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Laurent Gajo

Daniel Coste, pionnier du français langue étrangère (FLE), partage son expérience et l'évolution de la discipline depuis le XXe siècle, en soulignant l'importance de la formation des enseignants et des institutions comme le CREDIF et le BELC. Il évoque également le lien entre le FLE et la francophonie, en identifiant cinq aspects de celle-ci, allant de la tradition à l'influence internationale. Ce MOOC vise à approfondir la compréhension et les outils liés à l'enseignement du FLE.

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Daniel Coste, pionnier du français langue étrangère (FLE), partage son expérience et l'évolution de la discipline depuis le XXe siècle, en soulignant l'importance de la formation des enseignants et des institutions comme le CREDIF et le BELC. Il évoque également le lien entre le FLE et la francophonie, en identifiant cinq aspects de celle-ci, allant de la tradition à l'influence internationale. Ce MOOC vise à approfondir la compréhension et les outils liés à l'enseignement du FLE.

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Laurent Gajo

Pour ouvrir ce MOOC nous avons la chance d'avoir avec nous Daniel Coste, qui est un des pionniers du
français langue étrangère. Daniel Coste a été professeur à l'École normale supérieure de Lyon. Il a aussi
dirigé le CREDIF, institution que nous allons évoquer tout à l'heure. Il a été avant ça professeur à
l'Université de Genève, où il a dirigé l'École de langue et de civilisation française.

Et donc, avec Daniel Coste, nous allons un peu imaginer quels sont les éléments principaux qui ont
planté le décor de la discipline français langue étrangère essentiellement dans le courant du XXᵉ
siècle. Daniel Coste merci en tout cas d'être avec nous à l'ouverture de ce MOOC, toi-même
évidemment, tu es entré dans le français langue étrangère à un moment donné dans ta vie à titre
personnel, tu as une pratique de l'enseignement du français.

Tu as commencé à te former dans des stages. Est-ce que tu peux nous en dire un petit mot avant qu'on
évoque de façon un petit peu plus théorique la constitution de la discipline ?

Daniel Coste

Bien volontiers. Merci d'abord Laurent de m'inviter à participer à ce MOOC. Mon histoire personnelle de
relation avec le français langue étrangère est bien ancienne, plusieurs décennies, je daterais volontiers
d'un séjour que j'ai fait aux Etats-Unis au cours de mes études universitaires et où je me suis retrouvé,
en quelque sorte le natif de service dans une formation continue destinée aux enseignant-es de français
américain-es, et où j'apportais en quelque sorte l'authenticité de la langue.

Mais dans un contexte qui était bien particulier, qui était celui des effets secondaires ou collatéraux,
disons, de la rivalité entre les États-Unis et l'Union soviétique et qui faisait qu’un intérêt pour la formation
des enseignant-es en langue espagnole, le français, et cetera était relancé. Et c'est dans ce contexte un
peu particulier en fait, où la dimension politique, la dimension en quelque sorte, rivalité était très
présente et où en même temps, il y avait à l’arrière-plan des contenus scientifiques comme la linguistique
appliquée, une révision de la façon de concevoir le français et cetera. Tout ça faisait un petit peu bloc et
ça été disons mon premier contact.

Après ça, j'ai fait moi-même un stage pour apprendre un peu ce qu'était l'enseignement avec des
méthodes nouvelles, et cetera.

Laurent Gajo

Donc c'est vrai qu'on entre souvent dans la pratique et puis ensuite, éventuellement, on cherche des
occasions de se former, d'avoir des outils un peu plus techniques pour affronter ce champ, comme
d'autres champs d'enseignement. Mais avant finalement ton contact avec le FLE il y avait quand-même
sur le marché, entre guillemets déjà, des offres. Si on pense à Ferdinand Brunot, qui avait aussi mis en
place une offre de formation, est-ce que tu peux l'évoquer ?

Daniel Coste

Oui, oui, oui non Ferdinand Brunot est une figure tout à fait intéressante. C'est un grand linguiste, un
grand grammairien, un grand pédagogue à bien des égards et en même temps l'historien d'une histoire
de la langue française monumentale et marqué aussi par un engagement politique assez fort. Il a été
maire d'un arrondissement de Paris, et cetera. Mais c'est lui qui, après avoir travaillé à l'Alliance française,
introduit en fait à la Sorbonne et c'est une première, quelque chose qui est l'école de préparation et de
perfectionnement des professeur-es de français à l'étranger.
Et c'est intéressant de constater que, en fait, l'entrée universitaire de quelque chose qui deviendra le
français langue étrangère c’est par le biais de la formation des enseignant-es. C'est quelque chose qui
est assez marquant. La recherche, en quelque sorte, viendra plus tard, viendra se greffer sur tout cela.
Mais au départ, et bien sûr, cette création, elle date de 1920.

Laurent Gajo

50 ans ou 60 ans avant l'entrée du FLE.

Daniel Coste

Absolument. Mais en même temps, deux ans après le traité de Versailles, deux ans après la fin de la
Première Guerre mondiale et deux ans après le fait que le traité de Versailles est signé pour la première
fois en anglais et en français, et l'anglais est en quelque sorte la langue de référence. Donc il y a quelque
chose qui, là aussi, a une dimension politique, une dimension internationale importante.

Laurent Gajo

Oui. C'est bien de le rappeler et on voit effectivement le rôle aussi pionnier et précurseur de Ferdinand
Brunot. Mais finalement, c'est un peu plus tard, après les années 50, qu'on installe aussi des institutions
en charge du français langue étrangère. On a parlé du CREDIF tout à l'heure. Il y a le BELC aussi, alors le
CREDIF est peut-être un petit peu plus orienté recherche et le BELC plus formation ou ce que tu peux
nous dire quelque chose sur ces deux instruments ?

Daniel Coste

Cela pourrait se discuter, le CREDIF c’était le centre de recherche et d'études pour la diffusion du français
donc l'affichage est clair, pour la diffusion du français. Le BELC c'était le bureau pour l'enseignement de
la langue et de la civilisation française, c'était un peu différent. Il y avait une relation institutionnelle forte
avec le ministère des Affaires étrangères, avec le ministère de l'Éducation nationale.

Donc, on a toute une dimension politique, institutionnelle à l’arrière-plan et en même temps, là encore,
on va retrouver des institutions qui commencent à exister véritablement par le biais de stages qui sont
organisés pour des enseignant-es de français partant à l'étranger ou en venant. Un mix entre des
professeur-es étrangers/ères et des professeur-es français/es dans des stages de formation d'été
notamment, ou dans des stages plus longs.

Et tout cela marque fortement le domaine initial. Véritablement. Il y a bien évidemment aussi, dans ce
cas-là, une relation à une dimension disons d'arrière-plan scientifique sur le structuralisme, sur le lexique
tel que posé par des enquêtes comme le français fondamental, mais tout cela constitue un ensemble
qui, à bien des égards, rappelle des choses qui se sont faites auparavant.

En même temps c'est à ce moment-là qu'on va véritablement parler de français de langue étrangère.
Les institutions qui étaient plus anciennes, comme par exemple le séminaire de français moderne de
Genève ou de Lausanne, on parlait de français moderne, ce qui était quand même déjà un premier choix.
Et puis ensuite, il y a peu à peu, cette montée en puissance lexicale de français langue étrangère, français,
virgule, langue étrangère.

Et puis ça a abouti à FLE, et cetera et cetera.

Laurent Gajo
Différentes déclinaisons, français langue seconde aussi dont on aura l'occasion de reparler. Et puis, si on
revient un petit peu justement sur la dimension plus scientifique, recherche. Il y a eu quand même le
développement aussi de différents supports éditoriaux, de collections, de revues, “Le français dans le
monde”. Est-ce que tu peux peut-être en dire un mot ?

Daniel Coste

Oui dire qu'au moment où des centres, disons très orientés comme le BELC et le CREDIF sont mis en
place, il y a parallèlement la création d'une revue, Le Français dans le monde, dont le titre est aussi assez
symptomatique et qui a pour vocation initiale, de par son rédacteur en chef de l'époque, d'être un
instrument pour les professeur-es de français à l'étranger.

Et peu à peu, cet instrument est devenu en même temps, et à certains égards le rédacteur en chef le
regrettait presque, un instrument de diffusion d'une réflexion didactique d'éléments de recherche. Et
parallèlement, une revue “Études de linguistique appliquée” mont ait en puissance de son côté sur le
domaine du français langue étrangère et, dans un troisième temps je dirais presque, des collections à
vocation véritablement de diffusion du savoir et des connaissances dans le domaine ont été créées.

Mais là encore, il y a des étapes successives et ce qui me frappe rétrospectivement, c'est que là aussi, la
recherche d'une certaine manière, arrive après une visée de formation dans le paysage.

Laurent Gajo

Alors pour terminer ce cadrage initial, est-ce qu'on peut évoquer un peu aussi la relation entre cette
mise en place de la discipline français langue étrangère et la francophonie ?

Daniel Coste

Oui.

Laurent Gajo

Parce que les outils sont d'abord plutôt français, même s'il y a quelques éléments en Suisse, en Belgique
ou ailleurs.

Daniel Coste

Moi, je suis tenté d'essayer de cadrer un petit peu les choses aujourd'hui en termes de cinq aspects de
la francophonie, un peu paradoxalement. Il y en a un premier, me semble-t-il, qui est une francophonie,
disons de tradition, une francophonie de discrimination aristocratique et sociale, celle qu'on connaît
bien, qui dure jusqu’au début du XXᵉ siècle, et même un peu plus loin, où les gens en Europe
correspondent en français, et cetera, et cetera. Il y en a une seconde qui est à l'évidence une
francophonie de domination, de colonisation, de post colonisation à bien des égards aussi, et dont on
voit encore beaucoup de traces aujourd'hui. Il y en a une troisième, à mon avis, qui est une francophonie
d'influence qui s'est manifestée très tôt par le fait qu’on s'intéressait à former des boursiers, des
stagiaires étrangers/ères qui pourraient être porteurs/euses de francophonie dans leurs pays respectifs,
mais aussi éventuellement influenceurs/euses pour le milieu économique donc il y avait cette dimension-
là.

II y en a une quatrième qui est importante aussi, qui est une francophonie de l'immigration, qui se situe
en gros, en relation aussi bien sûr avec la dimension postcoloniale qui fait qu'on va avoir, par exemple,
la mise en place d'un français langue d'intégration et ainsi de suite, d'un français langue de scolarisation
pour les enfants d'origine étrangère.

Et la dernière, bien sûr, celle qui peut être intéresse le plus au bout du compte, le projet MOOC, c'est
une francophonie disons du français international, c'est-à-dire le français en partage dans des pays
prioritairement, ou potentiellement, ou véritablement fortement francophones et où on a quelque chose
qui est une, une francophonie plurielle véritablement, mais où je crois qu'il convient de ne pas effacer
en quelque sorte celles que j'évoquais auparavant. Elles font partie du paysage presque dès le départ et
encore aujourd'hui.

Laurent Gajo

Un grand merci Daniel pour cet apport à la fois historique et conceptuel qui nous aide vraiment à entrer
dans ce champ finalement assez complexe du français langue étrangère. Et dans la suite de ce module,
nous allons approfondir l'outillage de cette discipline en envisageant différents apports, notamment des
apports relativement récents en lien avec la recherche.

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