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Guide BPA Chap2

Le chapitre 2 du guide sur les bonnes pratiques agricoles à La Réunion traite de l'importance de la fertilisation pour maintenir la fertilité des sols et fournir les nutriments nécessaires aux cultures. Il aborde les méthodes d'analyse de sol, les besoins des cultures, ainsi que les types d'amendements et d'engrais à utiliser, tout en soulignant l'importance d'une fertilisation raisonnée pour éviter la pollution des sols et des eaux. Les sections détaillent également les pratiques de fertilisation mixte et de fertigation, ainsi que les réglementations associées à l'épandage des matières organiques et minérales.
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Guide BPA Chap2

Le chapitre 2 du guide sur les bonnes pratiques agricoles à La Réunion traite de l'importance de la fertilisation pour maintenir la fertilité des sols et fournir les nutriments nécessaires aux cultures. Il aborde les méthodes d'analyse de sol, les besoins des cultures, ainsi que les types d'amendements et d'engrais à utiliser, tout en soulignant l'importance d'une fertilisation raisonnée pour éviter la pollution des sols et des eaux. Les sections détaillent également les pratiques de fertilisation mixte et de fertigation, ainsi que les réglementations associées à l'épandage des matières organiques et minérales.
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TABLE DES MATIÈRES DU CHAPITRE 2

Analyse des pratiques et des 2.3 CALCUL DE LA FERTILISATION .... 87


connaissances de l’exploitant ........... 64
2.3.1 Éléments à prendre en compte ... 88
2.1 DIAGNOSTIC . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66 2.3.1.1 Besoins de la culture
en éléments nutritifs . . . . . . . . . . . . . 88
2.1.1 Effectuer et comprendre
une analyse de sol . . . . . . . . . . . . . . . . 66 2.3.1.2 Caractéristiques
de la matière organique ......... 88
2.1.1.1 Fréquence conseillée
des analyses de sols . . . . . . . . . . . . . 66 2.3.2 Fertilisation mixte d’une culture . . . 88
2.1.1.2 Mode d’échantillonnage 2.3.2.1 Calcul de la fertilisation mixte
du sol d’une parcelle . . . . . . . . . . . . . 66 d’une culture . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 88
2.1.1.3 Diagnostic agronomique du sol 2.3.2.2 Aide au calcul de la fertilisation
à partir de l’échantillon mixte de cultures à La Réunion . . 88
prélevé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 69
2.1.1.4 Interprétation 2.4 ÉPANDAGE .......................... 93
des analyses de sol
et conseil de fertilisation ........ 69 2.4.1 Matières organiques . . . . . . . . . . . . . . 93
2.4.1.1 Réglementation sur l’identification
2.1.2 Besoins des cultures ............. 70
des matières organiques . . . . . . . . 93
2.1.2.1 Rappel général ................... 70
2.4.1.2 Distances réglementaires
2.1.2.2 Légumes en plein champ ........ 70 et préconisations techniques
2.1.2.3 Fruits ............................. 70 générales pour l’épandage. . . . . . . 93
2.1.2.4 Fourrages ........................ 71 2.4.1.3 Épandage des matières
organiques liquides. . . . . . . . . . . . . . . 97
2.1.2.5 Cas de la canne à sucre . . . . . . . . . 73
2.4.1.4 Épandage des matières
2.1.2.6 Cultures horticoles . . . . . . . . . . . . . . . 75
organiques pâteuses . . . . . . . . . . . . . 99
2.2 CHOIX DES AMENDEMENTS 2.4.1.5 Épandage des matières
ET ENGRAIS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 79 organiques solides . . . . . . . . . . . . . . 100
2.4.1.6 Autres types de matériel ...... 103
2.2.1 Matières organiques . . . . . . . . . . . . . . 80
2.2.1.1 Classification des différentes 2.4.2 Matières minérales ............. 103
matières organiques . . . . . . . . . . . . . 80 2.4.2.1 Épandage solide ................ 103
2.2.1.2 Mise en place de la fertilisation 2.4.2.2 Épandage liquide . . . . . . . . . . . . . . . . 105
mixte d’une culture . . . . . . . . . . . . . . 83
2.2.1.3 Difficultés à surmonter . . . . . . . . . . 83 2.5 FERTIGATION :
2.2.1.4 Intérêts . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83 CAS DE LA CULTURE HORS SOL . . 107
2.2.1.5 Risques liés aux matières 2.5.1 Généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
organiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
2.5.1.1 Principe de la culture hors sol . . 107
2.2.1.6 Critères de choix des matières
organiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 84 2.5.1.2 Contrôle de la solution nutritive . . 108
2.2.1.7 Gestion des matières organiques 2.5.2 Les effluents des serres :
sur l’île de La Réunion . . . . . . . . . . . 85 le drainage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
2.2.2 Matières minérales . . . . . . . . . . . . . . . 85 2.5.2.1 Présentation et contexte ...... 110
2.2.2.1 Présentation et choix 2.5.2.2 Quatre méthodes pour gérer
des matières minérales . . . . . . . . . . 85 les eaux de drainage . . . . . . . . . . . 111
2.2.2.2 Les principales formes
Ce qu’il faut retenir des Bonnes
d’engrais minéraux . . . . . . . . . . . . . . . 85
Pratiques Agricoles pour ce chapitre .. 114
2.2.2.3 Accessibilité aux matières
fertilisantes pour les plantes . . . . . 87 Pour aller plus loin ..................... 115

62
G UI DE DE S B ONNE S P R AT I Q UE S AG R I COL E S À L A R É UNI ON

CHAPITRE 2

AMENDEMENTS
ET ENGRAIS

LA FERTILISATION EST UNE PRATIQUE NÉCESSAIRE pour maintenir ou améliorer la fer-


tilité des sols et apporter les éléments nutritifs nécessaires à la culture. Les matières utili-
sées peuvent être organiques ou minérales. Cet apport de matière fertilisante doit être
raisonné pour associer production agricole de qualité et protection des milieux naturels. En
effet, sans le respect des règles de base, comme l’analyse de sol par exemple, on observe
des phénomènes de surfertilisation, d’épandage dans de mauvaises conditions conduisant
à l’entraînement d’éléments comme l’azote ou encore le phosphore vers les eaux profondes
ou les ravines, « réseaux d’alimentation » de nos captages en eau potable.

© G. Bourgault, CTICS

Par les auteurs : S. BUSSON (LEGTA St Joseph), P-F. CHABALIER (CIRAD-Réunion), J-S. COTTINEAU
(ARMEFLHOR), B. DE LABURTHE (FRCA), P. FOURNIER (CIRAD-Réunion), K. LEROUX (FARRE),
V. VAN DE KERCHOVE (CA), P. SALGADO (CIRAD-Réunion)

63
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

CHAPITRE 2
AMENDEMENTS ET ENGRAIS

analyse des pratiques


et des connaissances de l’exploitant
Ces questions ont pour objectif d’appréhender, de manière générale, la fertilisation sur
l’exploitation. Les conseils prodigués par le technicien seront ainsi mieux ciblés, et adaptés,
au cas par cas, en fonction des réponses de l’exploitant.

Comment détermine-t-il l’apport Comment détermine-t-il la dose/le


d’amendements ou d’engrais ? volume d’engrais à apporter ?
........................... cf. 2.1.1 et 2.1.2 ....................................... cf. 2.3
Connaître l’état initial du sol est la base d’une Une fois les besoins connus, il est primordial
fertilisation efficace. Ne pas connaître les carac- d’apporter la dose optimale afin de ne pas ris-
téristiques du sol peut entraîner un coût sup- quer de trop fertiliser et engendrer des coûts
plémentaire, une sur/sous-fertilisation ayant supplémentaires ainsi que des pollutions du
pour conséquence la mort ou l’affaiblissement sol et des eaux.
de la culture, ou encore, une pollution des sols
ou des eaux.
Connaît-il les conditions météorolo-
giques favorables ?
Connaît-il les besoins de ses cultures
....................................... cf. 2.4
en engrais ?
..................................... cf. 2.1.2 Épandre dans une fenêtre météorologique favo-
Pour effectuer une fertilisation efficace et opti- rable permet de limiter les pollutions et d’as-
miser ses rendements et la qualité de sa pro- surer l’efficacité de la pratique.
duction, l’exploitant doit connaître les besoins
de ses cultures en fonction de leur stade de Connaît-il les distances liées à l’épan-
croissance. dage des produits qu’il utilise ?
..................................... cf. 2.4.1
Utilise-t-il des matières organiques ?
Que cela soit au niveau des habitations ou des
..................................... cf. 2.2.1
cours d’eau, une réglementation existe. Elle
La fertilisation organique permet un recyclage est mise en place pour limiter les nuisances
et une valorisation des effluents d’élevage ainsi vis-à-vis des tiers ou encore limiter les apports
que des matières organiques urbaines, tout en de fertilisant dans les sols et cours d’eau. Pour
augmentant la fertilité du sol. En utilisant une cela, elle varie d’un type de fertilisant à un
ressource locale et en limitant les volumes d’in- autre.
trants minéraux, l’agriculteur participe au déve-
loppement durable et réalise des économies à Comment règle-t-il son équipement ?
l’achat.
Le contrôle-t-il fréquemment ?
....................................... cf. 2.4
Utilise-t-il des matières minérales ?
..................................... cf. 2.2.2 Un bon entretien et un bon réglage de son
matériel permettent à l’agriculteur d’appor-
La fertilisation minérale peut être couplée à
une fertilisation organique : c’est la fertilisation ter de façon homogène son fertilisant. « Ni
mixte. Elle permet de réduire les doses d’en- trop, ni trop peu ». La matière apportée est
grais minéral à fournir à la culture et, avec cer- utilisée efficacement. On évite ainsi des
taines matières organiques, d’obtenir un effet pertes financières et des risques inutiles
amendant. pour le milieu.

64
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Utilise-t-il la fertigation ? Comment gère-t-il ses eaux de drainage ?


......................................................................................... cf. 2.5.2

En culture hors sol, l’exploitant doit recycler ou traiter ses eaux de drainage. La loi l’y oblige, car
libérés directement dans le milieu naturel, ces effluents sont extrêmement polluants.

CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS


© Cheik.Saidou/Min.agri.fr

Station de traitement des effluents d’élevage SAS Camp Pierrot - Grand-Ilet Salazie

65
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Pour les prairies


2.1 DIAGNOSTIC
Des analyses de sol peuvent être effectuées avant
une implantation et à chaque renouvellement de
prairie. Par la suite, le conseil de fertilisation d’en-
tretien de la prairie est couplé à l’analyse de
l’herbe.
L’ANALYSE DE SOL :
BASE DU RAISONNE- En arboriculture
MENT EN FERTILISATION
Un prélèvement de sol doit être fait avant la plan-
Les analyses agronomiques de
tation pour optimiser la fertilisation et les correc-
sol renseignent sur les caracté- tions lors de la plantation des jeunes arbres. L’ho-
ristiques physiques, chimiques, rizon inférieur, de 30 à 100 cm de profondeur,
et biologiques des sols. Elles peut être également prélevé pour vérifier la fertilité
permettent de connaître la dis- de cet horizon. Le suivi de la fertilité du sol d’une
ponibilité des éléments miné- plantation pérenne peut se faire sur un rythme
raux et de l’eau dans le sol. Les de 5 à 10 ans.
résultats de ces analyses per-
mettent ainsi d’établir un plan
Pour le maraîchage intensif
de fertilisation optimal d’une
culture en valorisant au mieux Il est recommandé de suivre le sol sur des pas
les réserves du sol et en tenant de temps courts de 2 à 5 ans, car les apports
compte de ses besoins spéci- d’intrants étant importants, les évolutions du
fiques. sol sont rapides. Notamment, les surfertilisa-
La fertilisation raisonnée de tions font apparaître des déséquilibres dans le
cette façon est une composante sol pouvant créer des problèmes de croissance
essentielle de l’agriculture res- des cultures et éventuellement des pollutions
du milieu.
pectueuse de l’environnement.
Elle optimise les apports en évi-
tant des excédents et permet 2.1.1.2 Mode d’échantillonnage
de rééquilibrer le sol pour une du sol d’une parcelle
bonne nutrition de la plante. Le
risque de lixiviation de matières Période favorable
fertilisantes est diminué.
Pour une parcelle de canne à sucre, la meilleure
période se situe après la coupe : le sol est au
repos pendant la saison sèche. Toutefois, toutes
les périodes de l’année peuvent convenir, hormis
après un épandage d’engrais, d’amendement ou
2.1.1 EFFECTUER autre produit organique et minéral qui fausserait
ET COMPRENDRE l’analyse.
UNE ANALYSE DE SOL
Pour les autres cultures, on conseille également
de prélever le sol quand il est au repos, pendant
2.1.1.1 Fréquence conseillée la saison sèche et si possible avant l’implantation
des analyses de sols de la culture.

Pour la canne à sucre Localisation de la parcelle

Les analyses de sol sont effectuées tous les 4 à La parcelle choisie doit être localisée précisément,
7 ans, et au moins à chaque plantation, pour per- afin de noter ce renseignement sur les fiches
mettre de suivre l’évolution de la fertilité de la d’identification des échantillons qui sont remis au
parcelle et réajuster les fertilisations minérales laboratoire: nom du lieu-dit, de la route avoisinante
et organiques selon les besoins de la canne à sur carte IGN, coordonnées GPS, ortho-photos…
sucre et du sol. Au laboratoire du CIRAD, les cartes topographiques

66
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

IGN au 1/25000e sont consultables pour retrouver de la culture, et toutes autres caractéristiques
les coordonnées X-Y du point de prélèvement. similaires.
Selon sa surface et sa pente, une parcelle peut
Prélèvements des échantillons de sol être composée d’une ou de plusieurs zones homo-
dans la parcelle gènes.

Dans la parcelle, il faut définir les zones où sont Chaque grande zone homogène est prélevée sépa-
effectués les prélèvements qui constituent, après rément. On exclura les zones trop petites. Dans
mélange, un ou plusieurs échantillons. Un seul chaque zone homogène, 15 prélèvements élé-
échantillon est fabriqué pour chaque zone « homo- mentaires de sol doivent être effectués. Plusieurs
gène » de la parcelle (figure 1). techniques existent : par exemple, celle de l’As-
sociation Française de NORmalisation (AFNOR)
Une zone homogène : zone de même couleur et deux autres, plus simples, du Groupement
de sol, même précédent cultural, même his- d’Études Méthodologiques et d’Analyses des Sols
torique de fertilisation, même aspect végétatif (GEMAS).

Dans la parcelle où l’on souhaite effectuer


une analyse de sol, on localise les zone
puis on exclut les zones particulières (bord s homogènes (ici : 1, 2 et 3),
ure de parcelle, zones trop petites, etc.)
On choisit ici de prélever uniquement au .
centre de la zone 2, la plus importante en
estime suffisamment représentative de termes de surface et qu’on
la parcelle.

On applique alors une des deux méthodes


du GEMAS :
– soit on prélève le long d’une diagonale
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

traversant la zone désignée (zone 2 dans


– soit on détermine le centre de la zone cet exemple)
désignée, et on prélève dans un cercle de
ce point. diamètre de 15 m centré sur

Méthode d’échantillonnage en diagonale


Méthode d’échantillonnage à l’intérieur d’un
cercle
Figure 1 : Identification de la zone
homogène à échantillonner et exclu
sion des petites zones particulières (MVA
D/CIRAD)

67
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

PROTOCOLE D’ÉCHANTILLONNAGE

L’échantillon de sol est la base de la réflexion lorsque l’on veut mener à


bien une fertilisation.
Sa qualité est donc primordiale.
1) Sur un carré de 40 cm de côté, enlever les herbes, les résidus organiques
ou tout autre résidu pour obtenir une surface de sol propre ;
2) Les 25 cm de couche superficielle du sol sont prélevés : c’est la couche
travaillée, où se développent les racines des plantes, qui assure la
nutrition ;
• Utiliser de préférence une tarière (en zone peu caillouteuse), qui sera
enfoncée jusqu’à 25 cm de profondeur. Il faut 2 coups de tarière pour
atteindre cette profondeur. Si la terre change de couleur en profondeur,
en bout de tarière, éliminer la partie différente du prélèvement.
• Dans le cas de l’utilisation d’une bêche (ou d’une pelle), il faut creuser
jusqu’à 25 cm de profondeur (sauf si la terre change de couleur avant).
Les volumes de terre de chaque prélèvement étant plus importants
qu’avec une tarière, on met dans un premier seau le sol prélevé à la
bêche et on garde un sous échantillon dans un deuxième seau.
3) Les 15 prélèvements sont recueillis au fur et à mesure dans le seau de
12 litres. La terre finale remplit le seau à environ les 2/3. La terre est
émiettée, les cailloux sont enlevés et la terre contenue dans le seau est
soigneusement mélangée.
4) Dans le seau, prendre une dizaine de poignées de terre (soit l’équivalent
d’un kilo) pour remplir un sac plastique destiné au laboratoire. Ce sac
plastique doit être évidemment propre, neuf et assez résistant.
C’est l’échantillon moyen qui sera porté au laboratoire. Il y a un échan-
tillon moyen par zone. BIEN IDENTIFIER L’ÉCHANTILLON SUR LE SAC
AU MOYEN D’UN MARQUEUR INDÉLÉBILE.
5) Remplir la fiche d’identification qui accompagne le sac de l’échantillon.
a) coordonnées géographiques X-Y de la parcelle en précisant le référen-
tiel utilisé : carte IGN ou GPS
b) situation de la zone échantillonnée, s’il y a plusieurs zones dans la par-
celle
c) date du prélèvement
d) nom de l’exploitant et du responsable du prélèvement (dans le cas
d’une structure professionnelle ou d’un institut)
e) type de sol (il est également déterminé automatiquement par le sys-
tème expert du laboratoire du CIRAD en fonction de la localisation de
la parcelle) ; précédent cultural, culture en place, culture qui suivra
f) tout autre renseignement permettant de ne pas confondre l’échantillon
avec un autre prélevé dans des conditions similaires.
Votre échantillon est prêt à être déposé au laboratoire des sols du
CIRAD. Pour obtenir leurs coordonnées, reportez-vous à Votre carnet
d’adresses page 250.

68
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

2.1.1.3 Diagnostic agronomique savoir s’il exporte ses pailles et si l’agriculteur a déjà
du sol à partir planifié des apports de cendres, de matières orga-
de l’échantillon prélevé niques, ou d’autres produits.

Le diagnostic agronomique du sol reprend : Le système calcule alors la fertilisation raisonnée la


plus adaptée au cas de figure : celle conseillée à
• Certaines caractéristiques chimiques du sol. la plantation et celle conseillée sur les repousses.
Les teneurs en carbone, azote, phosphore, potas-
sium, calcium, magnésium, sodium, la capacité Il donne des conseils sur la matière organique, le
d’échange cationique (CEC), le potentiel hydrogène chaulage, le niveau de phosphore du sol et les doses
(pH), la saturation en bases de la CEC. À partir de d’engrais NPK d’entretien. Il permet également de
ces éléments, sont calculés la teneur en matière faire des simulations: changements de rendement,
organique du sol, le rapport carbone/azote (C/N), apports de matières organiques ou minérales, etc.
la proportion de potassium en pourcentage (K %) Il recalcule automatiquement les fertilisations miné-
dans la CEC, le rapport magnésium/calcium rales complémentaires adaptées aux nouvelles don-
(Mg/Ca). La matière organique du sol est essen- nées entrées. Le technicien peut alors rechercher
tiellement décrite par ses teneurs en carbone et avec l’agriculteur la fertilisation la plus économique
en azote, et par le rapport C/N. et évaluer l’impact de ses choix techniques.

• Certaines caractéristiques physiques du sol. Dans plus de 40 % des cas, le système ne trouve
La détermination de la réserve utile en eau (par pas de formules ternaires NPK du commerce cor-
exemple : mesure de pF au laboratoire), la den- respondant à l’équilibre idéal des éléments NPK
sité apparente (sol en place), etc. pour la parcelle (la recherche est faite à plus ou
moins 20 % sur chaque élément). Il propose alors
• Certaines caractéristiques biologiques du sol. des mélanges d’engrais simples ou binaires.
L’activité biologique est évaluée à partir de la
mesure de la biomasse microbienne vivante de La plupart des agriculteurs n’ont pas l’habitude
celui-ci. C’est un test spécifique fait par respi- et ne sont pas équipés pour faire eux-mêmes leur
rométrie au laboratoire. mélange d’engrais et cette technique est peu
répandue. On emploie généralement des formules
À la demande, vous pouvez obtenir les teneurs ternaires NPK « standard ». Le technicien doit voir
en oligo-éléments (fer, zinc, manganèse, cuivre, alors quelle solution est possible pour l’agricul-
bore) ainsi que les éléments traces métalliques teur : faire des mélanges d’engrais simples (géné-
(ETM) du sol (ex. cadmium, chrome, cuivre, mer- ralement : P-supertriple et Kcl après la coupe et
cure, nickel, plomb, zinc…). urée décalée en couverture) ou appliquer des
engrais binaires ou ternaires les plus proches des
2.1.1.4 Interprétation apports NPK recherchés.
des analyses de sol
et conseil de fertilisation Pour les autres cultures
En fonction du diagnostic agronomique de sol, le
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

À La Réunion, il n’y a pas de conseil de fertilisation


laboratoire d’analyse propose, selon les cultures, automatisé en l’état du logiciel Serdaf V-2010.
un conseil de fertilisation plus ou moins détaillé. Seuls figurent sur le bulletin l’interprétation des
Ce conseil quantifie les éléments nécessaires à résultats d’analyse de sol et les besoins de chau-
la culture, définit les corrections du sol (acidité, lage (Ca et Mg) et de redressement en phosphore
apport de MO, phosphore, potassium) et propose (P) pour obtenir des niveaux souhaitables selon
des fertilisations d’entretien. les sols. Ces bulletins sont édités par le laboratoire
des sols du CIRAD.
Pour la canne à sucre En fonction des besoins nutritionnels de la culture,
Depuis 2010, le système d’interprétation automatique le technicien proposera des recommandations de
des analyses de sol « SERDAF » permet de réaliser fertilisation NPK, incluant ou non des chaulages
des calculs de fertilisation et propose des formules et des renforcements de fumure P.
d’engrais adaptées au rendement, aux pratiques cul- > Vous pouvez accéder au logiciel Serdaf sur inter-
turales et au sol de la parcelle. Lors de l’établissement net, introduire vos codes d’accès remis lors du
du bulletin de conseil, des renseignements précis dépôt de l’échantillon de sol auprès du laboratoire
portant sur l’exploitation sont demandés: rendement des sols du CIRAD, et obtenir vos conseils de
en canne espéré par l’agriculteur, système de coupe, fertilisation.

69
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

2.1.2 BESOIN DES CULTURES et les souches des graminées pérennes, comme
la canne et les fourrages, stockent également des
éléments nutritifs, qui peuvent être mobilisés par
Les besoins nutritifs d’une série de cultures loca- les organes en croissance.
lisées à La Réunion sont repris en annexe du
Les besoins nutritifs des plantes cultivées peuvent
« manuel de l’utilisateur » du logiciel de fertilisation
être estimés expérimentalement. Ils varient selon
« Ferti-Run 2008 ». Ce logiciel, édité par le CIRAD
que la récolte est faite en pleine phase végétative
et la MVAD, est accessible gratuitement sur inter-
(fourrages, brèdes, salades), en fin de phase végé-
net à l’adresse suivante :
tative (canne à sucre) ou au terme de la phase
http://www.mvad-reunion.org/-FERTI-RUN-2007- reproductrice (grains). Pour les plantes pérennes,
les prélèvements d’éléments nutritifs évoluent
Il couvre vingt variétés de légumes, six fruits et pour assurer à la fois la croissance de l’arbre et
des fourrages tempérés. Le mode de fertilisation la production fruitière. On considère qu’une
varie selon les cultures. dizaine d’années après la plantation, les besoins
des arbres fruitiers augmentent peu et corres-
2.1.2.1 Rappel général pondent simplement à la croissance des fruits.
Extrait du guide de la fertilisation
organique à La Réunion
(Chabalier et al., 2006) 2.1.2.2 Légumes en plein champ

L’apport de matière organique ne se fait qu’à la


L’absorption dépend des stades plantation, en une fois. Les besoins couverts à
de développement de la plante ce moment correspondent aux fumures de fond
et d’entretien, par cycle cultural. L’apport de
Pour les plantes annuelles, l’absorption des élé- matière organique sur ces cultures maraîchères
ments nutritifs suit quatre étapes : ne doit pas être systématique sur chaque cycle,
• Installation des premiers organes (racines, étant donné le grand nombre de rotations possi-
feuilles). L’absorption est faible ; bles dans l’année, surtout dans le cas des cultures
• Croissance rapide correspondant à la produc- à cycle court (laitue, radis…).
tion de nombreuses feuilles, riches en azote et
en phosphore.
C’est pendant cette période que les besoins sont Même si les quantités
les plus élevés. La plante absorbe d’abord N et K sont raisonnées, il est
alors que P est absorbé plus progressivement. Le plus prudent de limiter les
point critique est la forte absorption pendant la intrants organiques au maxi-
phase de croissance végétative rapide. Pour obte- mum à quatre apports dans
nir des rendements élevés, l’offre en éléments
l’année. L’opportunité d’un
nutritifs du sol ne suffit pas en général pour satis-
apport est à analyser à chaque
faire ce besoin instantané. Il est alors indispen-
mise en place de culture.
sable d’apporter une fertilisation à cette période
ou avant ;
• Reproduction, formation des fruits ou graines
(montaison, nouaison, floraison, fructification).
Cette étape commence pendant le stade de crois- 2.1.2.3 Fruits
sance précédent. L’absorption peut être élevée,
notamment en K pour les fruits charnus ; Plantes à cycle court
• Maturité. L’absorption d’éléments nutritifs est
réduite. Sont concernées, les cultures d’ananas et de
fraise, « à la plantation ». La matière organique
Pour les plantes pérennes, le système racinaire
est épandue sur la ligne de plantation et enfouie
permanent permet des absorptions plus régu-
dans le billon. L’apport est calculé pour satisfaire
lières.
les besoins de la culture en fumure de fond, les
Les besoins des arbres fruitiers sont élevés au fumures d’entretien étant réalisées avec des
grossissement des fruits. Les troncs des arbres engrais minéraux.

70
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Plantes à cycle long, pluriannuelles et variétés), de la saison, des exportations selon


le mode d’exploitation et le niveau de production,
Sont concernés les agrumes, letchis, manguiers, des restitutions par les animaux (déjections), du
bananiers, fruits de la passion et papayer. Pour lessivage par les pluies, etc. Les pratiques de fer-
chacune de ces cultures, les besoins en fertilisa- tilisation des prairies doivent s’adapter aux rythmes
tion sont : biologiques des plantes cultivées pour que le
• « à la plantation » : fumure de fond à épandre niveau de production fourragère varie le moins
sur la ligne de plantation et à enfouir ou à possible dans le temps. Adapter la fertilisation à
apporter au fond du trou de plantation et à la saison, c’est ajuster la production d’herbe à la
recouvrir de terre (pas de contact direct des consommation du troupeau.
racines de la plante avec la matière organique) ;
• « en production » : fumure d’entretien : matière Il n’y a pas de calendrier de fertilisation « type »
organique à épandre entre les lignes de plan- car les situations géographiques et climatiques
tation et à enfouir légèrement, par exemple par sont multiples. De plus, chaque exploitation a ses
des passages de disques légers. objectifs de production : c’est la demande du trou-
peau qui détermine la quantité de fourrage à pro-
2.1.2.4 Fourrages duire. Les dates d’apports d’engrais sont donc
choisies en fonction des fluctuations climatiques
Les espèces et variétés fourragères cultivées sont saisonnières et des besoins fourragers. Une seule
sélectionnées pour leur haut potentiel de produc- constante : les repousses doivent être fertilisées
tion. Elles sont donc exigeantes et nécessitent après chaque exploitation de l’herbe. L’apport de
une fertilisation pour leur implantation, leur pro- fertilisant (organique ou minéral) doit se faire dans
duction et leur entretien. Les niveaux de fertilisa- les jours qui suivent la coupe ou la sortie des ani-
tion dépendent du sol, du type de prairie (espèces maux, pour favoriser la croissance de l’herbe.

CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS


© Cheik.Saidou/Min.agri.fr

Élevage bovin sur prairie

71
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Le pic de production de saison des pluies, moins élevés en saison des pluies, à l’inverse des ren-
important, se décale vers la fin de saison grâce dements en herbe. En saison fraîche les indices
à une fertilisation moins riche en azote, à l’ensilage de nutrition progressent et permettent la produc-
des excédents et des pluies tardives favorisant tion fourragère nécessaire à l’alimentation du
cette tendance. On observe que des apports frac- troupeau et au maintien de la qualité de l’herbe
tionnés d’engrais assurent le maintien d’une pro- et de la composition floristique de la prairie. La
duction herbagère suffisante en saison fraîche forte variabilité des niveaux de nutrition en potas-
habituellement déficitaire en fourrage. sium tend à se réduire et la majorité des indices
se situe désormais dans une gamme plus res-
En saison des pluies, des engrais faiblement dosés
treinte, excès et carences devenant moins pro-
en azote, visant à limiter les excédents de fourrage
noncés. Bien que plus lente, la levée des phéno-
tout en alimentant le sol en phosphore et en
mènes de blocage du phosphore dans les
potassium selon les besoins exprimés par les
andosols devant être envisagée sur le long terme,
diagnostics, conduisent à la diminution des écarts
une nette amélioration des indices de nutrition
aux références souhaitables : moins d’excès et
en phosphore se manifeste en saison fraîche, par
de carences, baisse des variabilités saisonnières
la quasi-disparition des fortes carences observées
et interexploitations. En saison fraîche, la stimu-
les années précédentes. Compte tenu de l’insuf-
lation de la pousse de l’herbe, ralentie par les
fisance d’entretien calco-magnésien, on assiste
conditions hivernales avec des engrais plus for-
à une acidification progressive, plus ou moins
tement dosés en azote est atteinte.
marquée, des sols. Ces résultats, qui s’opposent
L’utilisation de formulations mieux adaptées à à l’optimisation des pratiques de fertilisation,
des doses plus raisonnées se retrouve dans l’évo- montrent que l’acidité des sols demeure l’un des
lution des indices de nutrition des prairies. Les principaux facteurs limitant la culture fourragère
niveaux azotés des parcelles sont toujours moins dans « les Hauts » de La Réunion.

© V. Barbet-Massin, ARP

Prairie de fauche

72
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Il faut prendre en compte la valorisation des présente des avantages indéniables. La teneur
effluents d’élevages pour intégrer les engrais de en matière organique d’un sol conditionne la qua-
ferme au plan de fertilisation mis en place avec lité du complexe argilo-humique. Son augmenta-
les éleveurs, le but étant de les valoriser au mieux tion entraîne une amélioration de la stabilité struc-
en les substituant autant que possible, aux engrais turale (enjeu érosion hydrique et éolienne) et une
minéraux. Le remplacement de la fertilisation augmentation de la capacité d’échange cationique
minérale par un amendement organique (com- qui se traduit par un meilleur stockage des élé-
posté ou pas) dans une proportion de 50 % vise ments minéraux nutritifs. Il doit ainsi être mobilisé
à préserver la qualité de l’eau sur certains terri- sur les zones d’action prioritaire identifiées pour
toires sensibles au lessivage de l’azote, notam- leur risque de pollution des eaux par l’azote ainsi
ment sur les zones d’alimentation de captage que dans les zones érosives.
d’eau potable, en diminuant d’au moins de moitié
la fertilisation minérale, facilement lessivable, et 2.1.2.5 Cas de la canne à sucre
en ajustant les apports organiques, plus stables,
en fonction de leur valeur fertilisante et des Parmi les principaux éléments qui servent à définir
besoins de la culture. L’apport de compost ou de une fertilisation, citons les besoins de la culture,
toute autre matière organique de « qualité » éligible les exportations et surtout les essais de courbe
sur la base des informations fournies par analyse de réponse aux éléments dans différentes condi-
du sol en remplacement de la fertilisation minérale tions.

CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS


© O. Ziberlin, DAAF

Tiges de canne à sucre

73
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Mobilisations totales en N P K par la canne à sucre

Mobilisations d’éléments minéraux selon les différentes compartimentations de la biomasse à la récolte


pour 100 tonnes de canne propre livrées à l’usine (soit 118 tonnes de canne au champ en considérant
15 % de perte à la coupe)

Teneur en % MS Matière sèche (MS) Quantités mobilisées (en Kg)

N P2O5 K2O MS en t/ha N P2O5 K2O

tige canne 0,25 0,18 0,75 32,6 81,5 58,68 244,5

feuilles vertes 1,20 0,34 1,20 6,6 79,2 22,44 79,2

feuilles mortes 0,22 0,22 0,50 10 22,0 22,00 50,0

choux 0,88 0,41 1,50 6 52,8 24,60 90,0

TOTAL —- —- —- 55,2 235,5 127,72 463,7

Figure 2 : Données pour 118 tonnes de canne propre au champ, R570 (CIRAD)

De ce résultat, nous pouvons tirer les exportations *Remarque : les données de teneurs moyennes en
moyennes pour une tonne de canne usinable pro- éléments utilisées sont issues d’une base de don-
pre (sans feuilles et sans choux). nées dans laquelle les variations analytiques sont
Une tonne de tige de canne propre (R 570) mobi- très importantes selon les essais et leur localisa-
lise et exporte les éléments suivants : tion.
0,81 kg de N – 0,59 kg de P2O5 – 2,44 kg K2O Nous avons choisi les valeurs de teneurs en élé-
Remarque : ceci est valable pour des rendements ments qui semblaient correspondre à une nutrition
proches de 100 t/ha récoltées, car les répartitions correcte de la canne.
de biomasse ne sont pas linéaires en fonction de
la biomasse totale produite. Besoins de la canne
Les restitutions au champ pendant le cycle et pendant la croissance
après la coupe de « non-tiges » seraient de
Les besoins de la canne varient en fonction du
154 N – 69 P2O5 – 219 K2O cycle. Les besoins azotés sont forts en début,
auxquels il faudrait rajouter 18 tonnes de mor- les besoins potassiques se situent plutôt en
ceaux de canne restant au sol soit un total de : milieu de cycle et les besoins en P sont assez
168 N – 78 P2O5 – 255 K2O continus.

74
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Contrôle de la nutrition pendant la croissance

Figure 3 : Besoins en NPK en fonct


ion des mois du cycle pour un rende
ment de 120 t/ha (CIRAD)

Le diagnostic foliaire (DF) sur canne à sucre est des appareils de type enjambeurs, soit à la main.
opérationnel depuis 50 ans. Il a été mis au point Les apports complémentaires de N ne doivent pas
à Maurice par P Halais. C’est un outil de contrôle dépasser 6-7 mois selon les cycles et le potassium
de la nutrition de la culture pendant la croissance, 8 mois. Dans le cas contraire, les changements
très utilisé dans les complexes sucriers. Il est com- de type de fertilisation sont à programmer sur la
plémentaire de l’analyse du sol. Il est très utile repousse suivante.
pour réagir rapidement puisqu’il informe de la
nutrition en éléments nutritifs de la canne en cours 2.1.2.5 Cultures horticoles
de levée entre le 4e et le 7e mois, en pleine crois-
sance. Il en existe quelques variantes dont une Les cultures horticoles constituent un domaine
méthode de calcul d’indices, en prenant en compte très vaste :
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

d’autres données. À La Réunion, les feuilles n° 3- • La floriculture, avec les fleurs coupées, les
4-5 sont prélevées et leurs tiers médian sont ana- potées fleuries, les plantes à massif, les potées
lysés au laboratoire pour leurs teneurs en N, P, K, vertes ;
Ca et Mg. Les teneurs obtenues sont comparées
• La pépinière, pour la production d’espèces
à une grille d’interprétation. Des corrections de
ligneuses, arbres et arbustes ;
fertilisation sont alors possibles en cours du cycle
si le prélèvement est fait tôt et si les délais d’ana- • La serriculture, avec la production floricole et
lyse sont rapides. Le plus souvent, les résultats de pépinière sous serre ;
sont difficilement exploitables l’année même, • Le paysagisme, pour la création de jardins et
compte tenu des délais d’analyse. Si des carences de grands espaces ;
sont observées une année, il convient de confirmer • L’horticulture maraîchère, pour la production
précocement le diagnostic l’année suivante, avant de fruits et légumes ;
d’intervenir sur une éventuelle modification de la
• L’arboriculture fruitière.
fertilisation. Les grands complexes sucriers sont
équipés d’avion permettant des épandages rapides La conduite technique, dans laquelle les pratiques
sur la canne déjà développée. Ici, nous sommes de fertilisation rentrent en compte, dépend de la
obligés d’intervenir en cours de cycle, soit avec destination finale de la plante produite.

75
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

© Cheik.Saidou/Min.agri.fr

Culture de roses

Il convient par ailleurs de préciser qu’au-delà de plantes particulièrement sensibles aux variations
ces différentes catégories d’activités comprises de ces facteurs, de par le plus faible pouvoir tam-
dans le terme d’horticulture, on peut aussi dis- pon généré par le contenant, de faible volume et
tinguer les cultures selon leur support, puisqu’on fermé.
peut produire dans des serres hors sol, en pleine
On distingue ainsi :
terre sous serre, en plein champ, et même sur
bâche en extérieur. • Les facteurs agronomiques
L’humidité suffisante et relativement constante
Les facteurs influençant l’assimilation permet la solubilisation des éléments minéraux,
des éléments minéraux par les racines et donc leur absorption par la plante. En excès,
elle provoque le lessivage et la perte d’éléments
Cette partie est présentée ici, car la culture en minéraux, et peut également asphyxier les
pot/sachet, fréquente en horticulture, rend les racines.

76
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

L’oxygénation du substrat est également essen- Méthodes d’évaluation des besoins des
tielle, pour permettre la respiration racinaire plants horticoles
nécessaire au mécanisme d’absorption.
• La théorie
La salinité du substrat, favorisée par les séche-
resses, doit être maintenue à un niveau accep- Les besoins en éléments minéraux des plants
table. Trop importante, elle limite l’absorption varient en fonction du stade de croissance.
de l’eau et des éléments minéraux ; trop faible, Il existe plusieurs méthodes calendaires de
elle génère des carences impactant les rende- fertilisation, en fonction du type de produc-
ments et la qualité de la production. tion. Pour les potées fleuries, la fertilisation
Le pH doit être maintenu à une valeur proche varie 2-3 fois en cours de culture, selon les
de 5,8, propice à l’assimilabilité de la majorité objectifs du stade de culture : végétation,
des éléments minéraux. La culture en pot, où induction florale et floraison/vente. Dans le
le pouvoir tampon du substrat est plus limité cas des plantes vertes, les apports sont plus
qu’en plein sol, est plus sujette aux variations réguliers, pour l’objectif uniquement végétatif.
de pH pouvant largement limiter l’absorption Enfin, pour les fleurs coupées produites hors
des minéraux. sol, on a un équilibre pour la culture du début
à la fin. L’utilisation de certains mélanges fer-
Enfin, l’équilibre ionique entre certains ions doit tilisants (et de certains substrats complémen-
être maintenu, afin de limiter les phénomènes tés) va favoriser l’enracinement, le développe-
d’antagonisme entre ions (ex. : Ca++ inhibe l’ab- ment du feuillage ou la floraison/fructification.
sorption de K+ et Mg++).
• La pratique
• Facteurs climatiques
Méthodes d’observation
On retiendra que des conditions de lumière, de
L’observation visuelle du développement de la
température de l’air et d’hygrométrie (le tout
plante donne de précieuses informations sur
constituant le climat ambiant) maintenues à
la conduite de la culture, et notamment, sur la
leur niveau optimal favoriseront l’absorption de
qualité de la fertilisation : couleur des feuilles,
l’eau et des éléments minéraux par les racines,
des fleurs, solidité de la charpente, taille de
notamment en favorisant l’évapotranspiration ;
l’entre-nœud, forme et taille des feuilles/fleurs.
elles sont également nécessaires à un bon
Vous pouvez obtenir des informations sur les
métabolisme global de la plante.
effets de carence ou d’excès en éléments miné-
Dans le cas des cultures hors sol, la bonne raux dans Techniques horticoles de P. Gautreau
croissance de la plante est encore plus dépen- et A. Mâchefer (cf. Bibliographie).
dante des conditions environnantes qu’en plein
Attention, d’autres facteurs entrent en compte
sol. On retiendra notamment que la tempéra-
dans le développement de la plante, et peuvent
ture du substrat joue également un rôle non
influer sur ces observations. Ils doivent être
négligeable sur l’absorption des éléments miné-
considérés par ailleurs : l’alimentation en eau,
raux, et donc sur l’efficacité de la fertilisation : la qualité et la quantité de lumière, l’utilisation
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

une température excessive (supérieure à 25°C), d’hormones, la salinité du substrat, sa porosité,


même pour les plantes tropicales, inhibe le phé- la pression parasitaire, l’antagonisme possible
nomène d’absorption racinaire. entre les éléments apportés, etc.
L’application d’un paillis de surface pourra par La culture en pot/sachet/support inerte (laine
exemple être utile pour limiter l’élévation de de verre, perlite) est particulière. En effet, on
température du substrat d’un pot exposé en n’aura pas dans ces supports l’effet tampon
plein soleil. d’un sol. Toute modification du substrat ou du
Plus la température est élevée, moins l’oxygène milieu (changement dans les apports en eau,
est disponible, d’où une limitation de la respi- dans la fertilisation, de la température du sol,
ration racinaire et donc de l’activité. Il est à etc.) aura des conséquences plus marquées et
noter qu’un renouvellement fréquent de la solu- plus rapides que dans une culture de plein sol.
tion du sol permet d’apporter de l’eau et de La conduite de la fertilisation hors sol demande
rafraîchir le substrat. Cependant, on observera donc encore plus de technicité et d’attention
une perte en éléments minéraux (effet de pour l’obtention de bons résultats de produc-
« chasse »). Attention à ne pas utiliser l’eau tion. D’autres méthodes permettent également
directement sortie d’un réseau d’irrigation resté d’évaluer la présence et la disponibilité des élé-
au soleil. ments minéraux dans le substrat :

77
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

© Cheik.Saidou/Min. agri. fr

Orchidées en pots

L’étude de la conductivité du substrat pots ou autres contenants, et on étudie la


Sur des plantes en pots, fleurs coupées hors conductivité des eaux excédentaires à la sortie
sol, plantes molles, plantes vertes, ou encore du pot. L’étude de cette fraction donne une
plantes lignifiées, on fait les mêmes contrôles idée assez fiable de la teneur en sels et en
qu’en productions maraîchères hors sol : suivi minéraux de l’eau libre dans le sol qui constitue
du contenu et de la conductivité des eaux de la fraction disponible pour l’absorption par les
drainage, en s’appuyant sur des mesures régu- plantes.
lières de conductivité et de salinité réalisées Méthodes complémentaires :
avec un appareillage adéquat (conductivimètre). Enfin, en pleine terre, on réalise si possible des
On s’appuiera également sur la classification analyses du sol fréquentes, afin d’évaluer la
de Penningsfeld, qui classe les plantes en fonc- présence et la disponibilité des éléments miné-
tion de leur résistance à la salinité et de leurs raux. Pour les cultures hors sol, on est capable
besoins en minéraux, et sur les connaissances d’estimer les besoins théoriques de la plante
théoriques concernant les besoins de la plante. grâce à la bibliographie existante. Le choix du
Méthode d’étude la plus courante : on draine substrat et des préparations fertilisantes inter-
à l’excès avec une eau claire un échantillon de viendra à la suite de ces évaluations.

78
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

2.2 CHOIX DES AMENDEMENTS ET ENGRAIS

LE PLAN DE FERTILISATION

Un plan de fertilisation ou plan de fumure est un document technique pré-


visionnel des besoins quantitatifs et qualitatifs en fertilisants, en vue de
réaliser l'objectif de production de l'agriculteur. Il doit être réalisé à partir
de l’analyse de sol.
Le plan de fumure est établi annuellement, pour chaque parcelle ou îlot cul-
tivé, et pour l'ensemble de celles-ci. Il est le résultat d'un compromis entre
les contraintes techniques (manutention, stockage, matériel d'épandage… )
et économiques (temps de travail, approvisionnement, coût…). La nature,
les doses et les dates d'apport sont fixées pour chaque parcelle et les quan-
tités de matière(s) organique(s) et d'engrais à apporter sont connues pour
l'ensemble de l'exploitation.
À La Réunion, les données scientifiques sur la migration, le comportement
général, des matières organiques sont mal connues. La prise en compte
des arrières effets de la fertilisation est donc difficile.
En conclusion : Le plan de fumure reste un outil d’optimisation de la pro-
duction basé sur le recensement d’informations de l’exploitation et un ques-
tionnement sur la conduite générale de la fertilisation à venir. Malgré le
manque de connaissance évoqué ci-dessus, il reste un outil de raisonnement
de la fertilisation applicable à La Réunion.

Choisir les matières fertilisantes et calculer le siens, engrais phosphatés), qui permettent de
volume à apporter nécessite de la part de l’agri- corriger, si nécessaire, le pH et la fertilité du sol.
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

culteur une tenue stricte de l’historique de ses


La fertilisation d’entretien de la culture, avec :
parcelles. L’instrument pour ce faire est le cahier
d’enregistrement. • Les apports organiques, qui ont un effet amen-
dant et/ou engrais ;
En cours d’année, le suivi de la fertilisation des
• Le complément minéral, qui permet de couvrir
cultures est réalisé à l’aide du cahier d’épandage
les besoins de la plante en éléments fertilisants
(cf. 5.3.2) obligatoire pour une Installation Classée
selon le principe des avances sur cultures.
pour la Protection de l’Environnement (ICPE), du
registre des matières organiques, obligatoire dans La quantité de matière fertilisante à apporter
le cadre des Bonnes Conditions Agro-Environne- résulte d’un raisonnement agronomique de la fer-
mentales (BCAE), ou d’un autre mode d’enregis- tilisation établie à partir des données suivantes :
trement. • Un diagnostic ou bilan cultural ;
Le raisonnement général de la fertilisation d’une • Un objectif cultural ;
culture intègre : • Une bonne connaissance des produits utilisés
Les corrections de fond : apport d’amendements (organiques et/ou minéraux) ;
minéraux (cendres, amendements calco-magné- • Une parfaite maîtrise de l’épandage.

79
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

2.2.1 MATIÈRES ORGANIQUES Selon ses effets


• Effet « engrais » (ex.: lisiers, fientes, boues…)
2.2.1.1 Classification Effets recherchés :
des différentes – Agit comme un engrais ;
matières organiques
– Éléments nutritifs rapidement disponibles
pour les cultures ;
Selon son origine – Effet fertilisant calculé à partir du coefficient
d’équivalence engrais (CE) correspondant à
• Agricole : fumiers, lisiers, fientes, composts,
chaque élément fertilisant (N, P2O5, K2O).
etc. ;
• Urbaine : boues d’épuration, composts de • Effet amendant [ex. : composts, fumiers
déchets verts, broyats de végétaux (BRF) ; (bovin, caprin…)]
• Agroalimentaire : écume de sucrerie, cendres, Effets recherchés :
vinasse de distillerie. – Permet la formation d’humus stable ;
– Améliore l’état physique du sol (ex. : meilleure
Selon certaines pénétration des racines dans le sol, meilleure
propriétés agronomiques circulation de l’air et de l’eau), formation et
entretien du complexe argilo-humique ;
• Composition organique et minérale (teneurs en
N, P2O5, K2O, Ca, Mg…) ; – Permet une plus grande activité biologique
dans le sol (présence de vers de terre…) ;
• Teneur en matière sèche, qui conditionne l’état
liquide, pâteux ou solide. Ce critère influence – Peut atténuer l’effet négatif d’un travail inten-
fortement la richesse en éléments minéraux sif du sol (accélération de la minéralisation
d’une matière organique (ex. : plus une matière de la matière organique du sol et dégradation
organique donnée est sèche, plus elle sera de sa structure), comme c’est parfois le cas
concentrée en éléments minéraux). en maraîchage.

Interprétation des effets


Effet fertilisant en kg pour
Effet amendant
effet effet 1 000 kg de produit brut Teneur en
catégorie
engrais amendant MS conversion en
N P2O5 K2O C/N MO ∑ 2 classes
5 classes

1 étoile faible, pauvre très faible <1 < 2,5 <3 0 - < 150 <5 < 100 <4 1

2 étoiles moyen faible 1 - < 3 2,5 - < 4 3 - < 7 150 - < 300 5 - < 10 100 - < 200 5 2

riche,
3 étoiles moyen 3 - < 6 4 - < 5,5 7 - < 10 300 - < 450 10 - < 15 200- < 300 6 3
important

très riche,
4 étoiles important ≥6 ≥ 55 ≥ 10 ≥ 450 15 - < 20 300- < 400 7 4
très important

5 étoiles très important très important —- —- —- —- ≥ 20 ≥ 400 8 5

Figure 4 : Intérêt agronomique de 26 matières organiques produites à La Réunion (CIRAD/CA) (Ci-dessus et ci-contre)

80
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Teneur Estimation Décret épandage de boue,


Intérêt
Matière en effet normes NFU 44-051,
Estimation effet fertilisant agronomique
organique matières amendant NFU 44-095
principal
sèches organique et NFU 42-001
N P2O5 K2O
Compost de fumier
Riche en K, moyen en N et P, Amendement organique
de bovin sur support
effet amendant moyen NF U 44-051
cellulosique
Compost de fumier Très riche en P et K, riche en N, Amendement organique
de poule pondeuse effet amendant important NF U 44-051
Compost de fumier Très riche en N, P et K, Amendement organique
de poulet de chair effet amendant très important NF U 44-051
Compost de fumier
Très riche en P, riche en K, moyen Amendement organique
de poulet de chair
en N, effet amendant important NF U 44-051
et de lisier de porc
Compost Riche en K, moyen en N, Amendement organique
de géranium effet amendant faible NF U 44-051
Compost de lisier de Riche en P,
porc et de bagasse effet amendant moyen
Fiente Très riche en N, P et K, Engrais organique
de poule pondeuse effet amendant très faible NF U 42-001
Riche en K, moyen en N et P, Amendement organique
Fumier de bovin
effet amendant moyen NF U 44-051
Très riche en K, moyen en N et P, Amendement organique
Fumier de caprin
effet amendant faible NF U 44-051
Moyen en N et P, Amendement organique
Fumier de cheval
effet amendant très important NF U 44-051
Moyen en P et K,
Fumier de lapin
effet amendant moyen
Très riche en K, riche en P, moyen Amendement organique
Fumier de mouton
en N, effet amendant moyen NF U 44-051
Fumier Très riche en N, P et K, Amendement organique
de poule pondeuse effet amendant très important NF U 44-051
Fumier Très riche en N, P et K, Amendement organique
de poulet de chair effet amendant très important NF U 44-051
Moyen en N et K, engrais organique
Lisier de bovin
dilué, effet amendant très faible
Riche en N et P, moyen en K,
Lisier de lapin
effet amendant faible
Moyen en N et K,
Lisier de porc
effet amendant très faible
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

Lisier Très riche en N, moyen en P et K,


de poule pondeuse effet amendant très faible
Très riche en P,
Écume de sucrerie
effet amendant très important
Vinasse Très riche en K,
de distillerie effet amendant très faible
Boue d’épuration Riche en N, décret épandage boue
liquide effet amendant très faible épuration en agriculture
Boue d’épuration Riche en N, moyen en P, décret épandage boue
pâteuse effet amendant très faible épuration en agriculture
Boue d’épuration Très riche en N et P, décret épandage boue
solide effet amendant moyen épuration en agriculture
Boue d’épuration Très riche en N et P, décret épandage boue
solide-sèche effet amendant important épuration en agriculture
Compost Moyen en K, Amendement organique
de déchets verts effet amendant important NF U 44-051
Compost de déchets
Riche en P et K, moyen en N, Compost contenant des
verts et de boue
effet amendant important MIATES NF U 44-095
d’épuration

81
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Les classes ont été fixées afin d’assurer une bonne teneur en matières sèches (MS), effet fertilisant
répartition des diverses matières organiques dans en N, P2O5 et K2O.
chacune d’elle, excepté pour le critère C/N. En
Les effets agronomiques des matières sont à rela-
effet, dans ce cas, les classes retenues corres-
tiviser en fonction de leur teneur en matière sèche.
pondent à un effet agronomique. Par exemple :
Par exemple, une matière organique à faible teneur
• C/N < 5 effet essentiellement « engrais » ; en matière sèche, comme un lisier, aura un effet
• C/N = 10 début d’immobilisation ; fertilisant faible puisque les éléments sont dilués
• C/N ≥ 15 immobilisation confirmée. dans une grande quantité d’eau. Il suffit alors,
pour avoir un effet nutritif intéressant pour la cul-
L’effet amendant d’une matière organique a été
ture, d’apporter des doses importantes de cette
déterminé à partir de deux critères : C/N estimé
matière organique au champ (cf. 2.3).
et teneur en matières organiques (MO). L’effet
fertilisant en un élément (N, P2O5 ou K2O) d’une Cet intérêt agronomique des matières organiques
matière organique correspond, dans ce tableau, est donné à titre informatif et présente le mérite
à sa teneur totale en cet élément multipliée par de « classer » les effets agronomiques de ces
son coefficient d’équivalent engrais. Le coefficient matières. Il est donné sans tenir compte d’arrières
d’équivalence engrais d’une matière organique effets possibles des apports en question.
provient de sources bibliographiques, lorsqu’on
Toute autre information, telle qu’une analyse agro-
ne dispose pas de données locales.
nomique de la matière organique que l’on désire
Cinq classes ont été créées pour le critère « effet utiliser pour fertiliser une culture, doit évidem-
amendant », alors que quatre ont suffi à une ment être prise en compte dans le calcul de la
bonne répartition, dans le cas des autres critères : fertilisation.

© O. Pillot, DAAF

Mélange écume-cendre

82
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

2.2.1.2 Mise en place 2.2.1.4 Intérêts


de la fertilisation mixte
d’une culture • Faire des économies d’engrais : intéressant
dans le contexte international où le prix des
La fertilisation mixte est l’apport d’une fertilisation engrais a fortement augmenté ces dernières
organique et d’un complément minéral, le tout années et continuera sans doute à augmenter
satisfaisant l’ensemble des besoins nutritionnels avec la disparition progressive des sources
de la culture. d’approvisionnement en P et K.
• Structurer le sol (effet amendant) et/ou le fer-
Pour mettre une fertilisation mixte tiliser (effet engrais)
en place • Favoriser son bon fonctionnement (biologique…)
• Réaliser régulièrement (par exemple à chaque • Pérenniser le potentiel cultural du sol
plantation) une analyse de sol ; • Favoriser la filière locale, diminution du « coût
• Calculer les doses de matière organique et de carbone »
complément minéral à apporter ;
• Si possible, apporter des matières organiques
exogènes régulièrement (apports fractionnés) ;
• Enfouir les amendements permet d’en retirer L’épandage des matières
un maximum de bénéfices ; si possible, préférer organiques est une solu-
cette pratique à un épandage en surface ; tion efficace de recyclage
• Si possible, mécanisation légère (éviter le sous- et de valorisation des effluents
solage ou le labour trop profond). d’élevages. Cette méthode
limite également le recours aux
engrais chimiques coûteux.

Il est recommandé de frac-


tionner des apports en
2.2.1.5 Risques liés aux matières
matière organique, cela
organiques
permet de limiter les phéno-
mènes de lessivage [qui entraî-
nent une perte économique Risques sanitaires
(main-d’œuvre, gasoil et matière
fertilisante) et des pollutions] Les matières organiques brutes (non hygiéni-
et donc d’augmenter l’efficience sées), d’origine animale ou humaine peuvent
de l’apport de fertilisant. contenir des micro-organismes pathogènes.
Les risques sanitaires sont les risques de conta-
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

mination des populations humaines, des ani-


maux, de l’eau et de l’environnement en géné-
ral, par ces micro-organismes (s’ils sont
présents). Un compostage correctement réalisé
2.2.1.3 Difficultés à surmonter
avec une montée en température à plus de
• Se familiariser avec le calcul de la fertilisation 60 °C permet de limiter ce risque de contami-
(calcul manuel, logiciel FERTI-RUN…) ; nation. De plus, le respect de la réglementation
• Trouver une matière organique, la transporter concernant les distances d’épandage vis-à-vis
et l’épandre : moins facile qu’avec un engrais des points d’eau minimise les risques de pol-
chimique (volume, texture…) et demande sou- lution des milieux aquatiques.
vent un matériel spécifique ;
• Consacrer plus de temps de travail à la fertili- Pollution de l’environnement
sation ; • Elle provient d’éléments qui peuvent être
• Respecter une réglementation spécifique à contenus dans les matières organiques :
l’épandage agricole ; nitrates, phosphates, éléments traces métal-
• Maîtriser la variabilité de la qualité des produits liques (ETM), composés traces organiques
(concentration en éléments minéraux). (CTO), etc. ;

83
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

• Les contaminations peuvent apparaître en cas


de pratiques inadaptées de fertilisation orga-
nique : surdosage, répartition irrégulière sur
la parcelle, teneur élevée en certains éléments Des apports trop souvent
des matières organiques épandues, non- répétés d’un type de
enfouissement de matières à risque ; matière organique inap-
proprié, par rapport au type
• Types de pollutions : ponctuelle (ex. : fuite d’ef-
de matière organique du sol
fluent à partir d’un bâtiment d’élevage…), diffuse
(par exemple : rapport C/N dif-
(ex. : provoquée par l’épandage, le ruisselle-
ment, le lessivage) ; férent), peuvent avoir des
conséquences négatives impor-
• Impact potentiel sur l’air, l’eau (captages, tantes, sur la fertilité des sols,
forages, lagon…) et le sol ; à moyen terme.
• Nuisances olfactives, odeurs souvent désagréa-
bles et tenaces portées loin par le vent.

Modes de réduction des risques


• Type de culture et ses besoins en éléments
L’agriculteur qui produit et/ou utilise une matière nutritifs ;
organique doit prendre des précautions pour • Pour la matière organique :
réduire au maximum les risques sanitaires et envi-
– Origine
ronnementaux. Il doit connaître la composition
de cette matière organique pour garantir les meil- – Disponibilité
leures conditions d’utilisation sur les plans régle- – Homogénéité des produits à épandre
mentaires et agronomiques. (cf. : )
– Consistance
– Condition de stockage et stabilité
2.2.1.6 Critères de choix
des matières organiques – Mode et vitesse d’action
– Types d’éléments fertilisants disponibles
Une matière organique sera retenue pour la fer-
tilisation mixte d’une culture, en fonction de cri- – Mode d’épandage
tères tels que : – Coûts d’achat et de transport (épandre la
• Caractéristiques agronomiques du sol sur lequel matière organique le plus près possible du
est implantée la culture, corrections à y apporter. lieu de production, sauf cas exceptionnels)
Selon le type de matière organique du sol, choi- • Disponibilité en matériel d’épandage adapté ;
sir le type de matière organique exogène le plus
approprié à apporter: à action rapide ou à action • Législation en vigueur ;
lente avec un fort effet amendement ; • Impact sur l’environnement et risque sanitaire.

Classe de pente (p) Matières organiques pouvant être épandues

p<7% Tous types

7 < p < 20 % Produits solides*

20 < p < 40 % Produits normalisés homologués

p > 40 % Aucun
* : Fumiers et composts
Figure 5 : Épandage des matières organiques en fonction des pentes (CIRAD/CA)

la nor-
ockage, l'épandage,
sp ec t de la ré gle mentation sur le st et de mi nim ise r les
Le re n de s produits, perm
om olo ga tio t alo rs
malisation ou l'h risques sanitair es,
qui deviennen
po llu tio n et les .
risques de age, cf. chapitre 5)
les effluents d’élev
négligeables (Pour

84
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

2.2.1.7 Gestion des matières considéré comme une unité fertilisante, le mode
organiques sur l’île de calcul de la dose d’engrais à apporter à l’hec-
de La Réunion tare est le suivant.
Q = (U/d) x 100
État des lieux
et problématiques actuelles
Q = dose d’engrais à épandre par hectare
U = besoin de la culture en élément fertilisant par
Au fil des années, à La Réunion, on observe une hectare
augmentation des gisements de matières orga- d = teneur en élément nutritif de l’engrais
niques, tant au niveau agricole (qui est large- Par exemple, pour U = 120 unités d’azote/ha ; d’un
ment majoritaire) qu’urbain (qui va fortement ammonitrate titrant à 33,5 % de N (33,5 kg d’azote
augmenter). pour 100 kg de produit), Q = (120/33,5) x 100
En observant les gisements de matières orga- = 358 kg/ha d’ammonitrate N
niques et les lieux potentiels de valorisation agro-
nomique, on constate souvent une déconnexion 2.2.2.2 Les principales formes
entre les producteurs et les utilisateurs. Parfois, d’engrais minéraux
pour des matières organiques produites dans une
même zone, il y a une forte concurrence pour Les formulations d’engrais minéraux disponibles
trouver des surfaces d’épandage. Ainsi, il devient pour les agriculteurs apportent l’azote (N), le phos-
nécessaire de gérer les matières organiques à phore (P2O5) et le potassium (K2O), soit sous
l’échelle du territoire à l’aide d’outils comme le forme d’engrais :
plan d’épandage (cf. 5.3.2). • Simples qui ne contiennent qu’un élément N,
P ou K ;
Ceci est une nécessité pour :
• Composés binaires (deux éléments) : NP, NK ou
• La profession agricole (contrainte de production
PK ;
pour les éleveurs) ;
• Ternaires (trois éléments NPK associés). Les
• Les autres producteurs de matières organiques
ternaires NPK peuvent être du « bulk »,
(communes, communautés d’agglomération,
mélanges d’engrais simples ou de binaires. Ils
industries agroalimentaires) ;
sont alors composés de différentes natures
• Les utilisateurs (agriculteurs) ; de granulés, ce qui implique des risques de
• L’environnement. mauvais mélanges (granulés de densités dif-
férentes) ou de non-compatibilité (P-supertriple
Pour toute information complémentaire sur la et urée). Les ternaires peuvent aussi être for-
valorisation des matières organiques, pour des mulés par de l’engrais complexe, et dans ce
conseils techniques ou encore pour connaître cas, tous les granulés sont identiques : chacun
toute l’actualité dans ce domaine, contactez la comporte la même quantité de NPK. Ils sont
Mission de Valorisation Agricole des Déchets généralement plus chers, mais ne compor-
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

(MVAD) ou les coopératives agricoles (FRCA). Pour tent pas de risques d’utilisation. (cf. figure 6
obtenir leurs coordonnées, reportez-vous à Votre page suivante)
carnet d’adresses page 250.
Des engrais binaires et ternaires sont également
disponibles. Le choix de la forme d’engrais azoté
dépend du milieu, de la plante, etc.
2.2.2 MATIÈRES MINÉRALES
Pour l’azote, les nitrates agissent vite, l’urée résiste
mieux au lessivage et a un petit effet retard. Les
2.2.2.1 Présentation et choix ammoniaco-nitriques réalisent un compromis. En
des matières minérales général, il y a peu de différences d’efficacité entre
ces engrais. Le prix de l’unité fertilisante N est
Les principaux éléments nutritifs dont les cultures
déterminant dans le choix.
ont besoin sont : N, P, K, Ca, Mg, S et Si. Les
engrais minéraux commerciaux présentent des Il existe aussi des urées retard enrobées, plus
teneurs en N-P-K garanties par la réglementation. chères, qui libèrent l’azote entre 3 et 6 mois
Cette teneur exprime, en kilogramme, la teneur selon la qualité de l’enrobage et qui peuvent être
en éléments N, P2O5, K2O pour 100 kg de fertili- utilisées sur des plantes à cycle long comme la
sant. Un kilogramme d’élément fertilisant étant canne.

85
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Forme de l’élément Forme


Engrais simples Appellation Teneur (%) Teneur (%)
principal d’un autre élément

Ammonitrates 26 NO3- et NH4+

urée 46 NH4+
azotés

Sulfate d’ammoniaque
21 NH4+
(SO3)

Superphosphate triple
phosphatés 46 Phosphore
(TSP)

Di-amonium phosphate
18 NH4+ 50 Phosphore
(DAP)

Chlorure de potassium
potassiques 60 K+
granulé

Sulfate de potassium
50 K+ 43 SO3
simple SOP granulés

Figure 6 : Principaux engrais disponibles à La Réunion (sous réserve de modifications des formulations disponibles) (CIRAD)

Pour les phosphates, on peut utiliser deux Les engrais « canne à sucre »
formes : • Pour la plantation et le redressement : 0-23-30
• Les P insolubles et hyposolubles (phosphates • Pour l’entretien : 13-8-24 NPK, 16-10-26 com-
thermiques, P naturel) pour les fumures de sol plexe TIMAC, 18-7-30 HDLG
acide, pour les fumures de fond, pour les • Pour la fertirrigation : 20-0-34
plantes à cycle long ;
Les engrais « prairie » proposés pour l’entretien
• Les P solubles (TSP, DAP) pour les plantes à sont : 30-10-10 et 10-20-20.
cycle court.
Les engrais « maraîchage », à utiliser à la mise en
L’alternance des formes d’engrais phosphatés est place de la culture sont : 10-12-30 Sk Superma-
une chose très recommandable pour un sol. raîchage et 15-5-30 Sk.

86
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

2.2.2.3 Accessibilité de la solution du sol, à partir de laquelle les


aux matières fertilisantes plantes se nourrissent. Mais, le potassium étant
pour les plantes peu retenu dans les sols réunionnais, il est donc
conseillé de n’apporter que le strict nécessaire.
Les engrais azotés
Les autres éléments
Les engrais azotés, qu’ils soient sous forme nitrique
ou ammoniacale, sont intégrés dans les cycles d’or- Les plantes ont besoin de quinze autres éléments
ganisation/minéralisation de l’azote du sol sous minéraux pour pouvoir se développer normale-
forme organique. Seule, une petite partie de l’azote ment. Ce sont les éléments secondaires et les
des engrais est directement absorbée par la plante oligo-éléments. Comme les quantités prélevées
(au mieux, de l’ordre de 35 %). Une autre partie sont faibles voire très faibles, il n’y a souvent pas
est réorganisée au sein de la MO et une dernière besoin d’apports extérieurs. Dans des cas de
petite partie est perdue. Même dans les cultures carences en certains éléments, on est obligé de
fortement fertilisées, une partie importante de les apporter sous forme de sels (carbonates, chlo-
l’azote absorbé par les plantes provient de la miné- rures, sulfates) en faible quantité (souvent par
ralisation de l’azote organique du sol. Dans les pulvérisation foliaire d’éléments complexés avec
terres cultivées depuis longtemps et régulièrement l’EDTA). L’apport de cocktail d’oligo-éléments ne
fertilisées, c’est souvent l’azote qui est le principal résout généralement pas le cas de carence mais
facteur limitant de la croissance des cultures. La permet une bonne nutrition de la plante.
production dépend alors directement des apports
d’azote sous forme d’engrais minéral ou organique.
2.3 CALCUL
Les apports de phosphate
DE FERTILISATION
Les apports d’engrais ont pour objectif de main-
tenir, dans le sol, un stock de phosphate sous une
forme assimilable, suffisant pour les besoins de la
culture. En effet, le phosphore prélevé par la plante
provient essentiellement de complexes formés Afin d’optimiser les pra-
dans le sol. Dans les sols à fort pouvoir fixateur du tiques de fertilisation des
phosphore, une partie importante du P apporté est parcelles et réduire au
inclus dans des complexes avec des métaux (Al, maximum les sources de conta-
Fe) et devient alors, en partie, inutilisable pour la mination de l’environnement (sol
plante. À La Réunion, le CIRAD conseille donc de et eau), l’agriculteur doit calcu-
multiplier les besoins des cultures en phosphore ler la dose de matière organique
par 1,2 dans les sols peu fixateurs des Bas, et par et de complément minéral à
2 dans les andosols des Hauts de l’île (cf. para- apporter à sa culture, et ceci
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

graphe sur le calcul de la fertilisation). Dans le détail, de manière précise.


il existe de grosses différences de sensibilité au L’analyse de sol est incontour-
phosphore entre les plantes : les plantes maraî- nable pour cet exercice de
chères présentant de faibles systèmes racinaires même que la bonne connais-
sont les plus exigeantes. Les plantes pérennes sont sance chimique de la matière
plus rustiques. Cependant, la mycorhization des organique à utiliser.
racines de certaines plantes (ex.: les alliacées) par-
ticipe fortement à la nutrition en P de la plante par
l’extraction de formes de phosphore fortement
complexées du sol.
La dose à apporter dépend :
L’apport de potassium • Des caractéristiques et du rendement escompté
de la culture ;
Les sels de potassium sont très solubles. Les ions
K+ sont adsorbés sur le complexe d’échange du • Du type de sol sur lequel elle est implantée ;
sol, d’où ils peuvent facilement s’échanger pour • Des caractéristiques de la matière organique
maintenir à peu près constante la concentration utilisée.

87
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

À La Réunion, les arrières effets des fertilisations Coefficient d’équivalence engrais


organiques utilisées antérieurement ne sont pas de la matière organique
comptabilisés dans les calculs, contrairement à
ce qui se fait en métropole. Leur prise en compte C’est la fraction de l’élément N, P ou K de la
demanderait de connaître les antécédents cultu- matière organique qui réagit comme un engrais
minéral, dans des conditions optimales de culture.
raux, les conditions de culture, ainsi que les carac-
Ce coefficient peut être extrêmement variable
téristiques sur le comportement des matières
selon les cultures et les conditions d’application
organiques dans les sols, données qui ne sont
des matières organiques. Les valeurs reprises
pas bien connues à ce jour.
dans la figure 7 sont des coefficients moyens
issus de la littérature. Si vous avez une autre
source de données, vous pouvez changer ces
2.3.1 ÉLÉMENTS À PRENDRE valeurs. (cf. figure 7 ci-contre)
EN COMPTE

2.3.1.1 Besoins de la culture 2.3.2 FERTILISATION MIXTE


en éléments nutritifs D’UNE CULTURE

Les besoins en éléments nutritifs des fruits,


légumes et des fourrages tempérés sont présen- 2.3.2.1 Calcul de la fertilisation
tés en annexe du « manuel de l’utilisateur » de mixte d’une culture
Ferti-Run 2008 (http://www.mvad-reunion.org/ Vous pouvez baser le calcul de fertilisation soit
FCKeditorFiles/File/ferti-run/Manuel_FERTI- sur un des éléments N, P ou K, soit sur l’azote
RUN_2008.pdf). Il s’agit d’une fertilisation (N) uniquement, élément qui pose potentielle-
moyenne d’entretien, basée sur le principe des ment le plus de problèmes de pollution. Dans le
avances et des restitutions. Ces préconisations premier cas, prenez en compte la plus faible
de fertilisation sont issues des différents guides quantité de matière organique qui couvre les
techniques disponibles à La Réunion (Dossiers besoins de la culture en un de ces trois éléments.
technico-économiques de la Chambre d’Agricul- En d’autres termes, dès que le besoin de la cul-
ture, Guide de la fertilisation organique à La Réu- ture est couvert en un élément, retenez la dose
nion…). Les besoins d’une culture sont ajustables de matière organique qui permet de couvrir la
en fonction des résultats de l’analyse de sol fertilisation de la culture, afin de ne pas faire
effectuée sur la parcelle à fertiliser ou de votre apparaître de surfertilisation dans l’un ou dans
expertise. les deux éléments restants.
Selon la culture, son niveau de rendement et le Le complément minéral à apporter à la culture
type de sol (fixateur ou non en phosphore), les correspond aux besoins de celle-ci moins les
besoins nutritifs en azote, phosphore et potassium apports liés à la fertilisation organique.
(N, P2O5, K2O) de la culture sont à calculer pour L’apport de matière organique permet, dans tous
atteindre le rendement cultural espéré. les cas, de diminuer les doses d’engrais minéral
à fournir à la culture. De plus, certaines d’entre
2.3.1.2 Caractéristiques elles (composts, fumiers…) ont un effet amendant
de la matière organique important pour l’amélioration de la fertilité du sol.

Teneur en éléments nutritifs 2.3.2.2 Aide au calcul


de la matière organique de la fertilisation mixte
de cultures à La Réunion
Elle est exprimée en N, P2O5 et K2O, en % de la
matière organique brute, prise à une humidité Le logiciel FERTI – RUN – 2008
moyenne. Les teneurs moyennes en ces éléments,
des principales matières organiques produites à
La Réunion, sont reprises dans la figure. Si vous Afin de faciliter la pratique de la fertilisation orga-
disposez d’une autre source de données, vous nique des cultures, le CIRAD et la MVAD de la
pouvez changer ces valeurs. Chambre d’Agriculture proposent un logiciel de

88
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Teneur Teneur Teneur


Matières en azote total Moyenne en phosphore total Moyenne en potassium total Moyenne
organiques (kg N/t CE-N (kg P2O5/t CE-P2O5 (kg K2O/t CE-K2O
produit brut) produit brut) produit brut)

Boue d’épuration liquide 7,4 0,6 2,9 0,6 0,6 1

Boue d’épuration pâteuse 10,3 0,45 4,7 0,6 0,8 1

Boue d’épuration solide 24,8 0,45 18,8 0,6 2,1 1

Boue d’épuration
45,6 0,45 24,8 0,6 2,7 1
solide-sèche

Compost de déchets verts 9,1 0,1 4,3 0,5 5,8 1

Compost de déchets verts


14,4 0,15 9,5 0,5 7,9 1
et de boue d’épuration

Compost de fumier de bovin


7,6 0,15 3 1 7,3 1
sur support cellulosique
Compost de fumier
13,2 0,4 25 0,65 14,7 1
de poule pondeuse
Compost de fumier
24,7 0,4 17,3 0,65 19 1
de poulet de chair

Compost de fumier de poulet


7,7 0,15 13,2 0,65 7,9 1
de chair et de lisier de porc

Compost de géranium 9,2 0,15 1,8 0,5 8,6 1

Compost de lisier de porc


4,3 0,15 5 0,85 2,6 1
et de bagasse

Écume de sucrerie 7,4 0,1 9,1 1 1,2 1

Fiente de poule pondeuse 30,6 0,6 24,5 0,65 21 1

Fumier de bovin 6,2 0,15 3,1 1 7,2 1

Fumier de caprin 9,1 0,20 3,1 1 13,9 1

Fumier de cheval 5,3 0,23 2,6 1 1,6 1


CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

Fumier de lapin 4,8 0,2 2,7 1 3,2 1

Fumier de mouton 8,6 0,2 4 1 13,3 1

Fumier de poule pondeuse 12,4 0,6 20,4 0,65 10,8 1

Fumier de poulet de chair 22,5 0,5 20,1 0,65 18,8 1

Lisier de bovin 3,3 0,4 1,8 1 3,8 1

Lisier de lapin 6 0,55 4,4 1 4,9 1

Lisier de porc 3,5 0,4 2,3 0,85 3,4 1

Lisier de poule pondeuse 10,2 0,6 4,2 0,65 6,5 1

Vinasse de distillerie 2,6 0,2 0,7 1 16 1

Figure 7 : teneurs totales et coefficients d’équivalence engrais en NPK


de 26 matières organiques de La Réunion (CA-CIRAD-FRCA)

89
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

fertilisation mixte des cultures appelé FERTI-RUN Si le sol est bien équilibré, 800 kg/ha d’un
2008. Ce logiciel permet d’effectuer automati- engrais standard « canne à sucre » type 16-10-
quement des calculs de fertilisation organique et 26 ou 16-7-28 permettent d’obtenir un rende-
minérale pour un certain nombre de cultures. Les ment de 90 à 100 t/ha. La dose est proportion-
fertilisations d’entretien préconisées sont des nelle au rendement recherché, qui sert de base
apports en azote, phosphore et potassium, pro- de calcul.
venant d’une part, d’une matière organique et
d’autre part des engrais minéraux, la totalité étant Si le sol est déséquilibré en un ou plusieurs élé-
adaptée aux besoins de la culture. En revanche, ments, un rééquilibrage est possible par un choix
Les fumures de correction ou de renfort, ainsi d’engrais adaptés, qui rectifiera petit à petit les
que le chaulage, ne sont pas pris en compte. Le déséquilibres du sol.
type de sol a été pris en compte, de façon à majo- Pour chaque zone climatique, on doit suivre une
rer les apports en phosphore, pour tenir compte stratégie de fertilisation pour adapter les apports
des fixations par le sol. à la pluviométrie ou à la technique utilisée, afin
Logiciel disponible sur le site Internet : d’optimiser l’efficacité des engrais épandus. Cela
http://www.mvad-reunion.org/-FERTI-RUN-2007-. est d’autant plus nécessaire que l’on recherche
des forts rendements avec des applications d’en-
grais importantes. Voici deux exemples d’adapta-
Fiches ARTAS
tion de la fertilisation raisonnée pour de forts ren-
Il s’agit de fiches de calcul de la fertilisation mixte dements, obtenus en culture irriguée et en culture
de la canne à sucre, en engrais de fond à la plan- ferti-irriguée en goutte à goutte. (cf. figure 8 ci-
tation et en entretien. Ces fiches permettent le dessous)
calcul manuel de la fertilisation mixte de la canne • Exemple de la fumure d’entretien en goutte
à sucre, à la plantation et sur repousses. à goutte sur canne à sucre (repousse)

Le nouveau logiciel du laboratoire


Sur un sol de bonne fertilité, sans redressement
du Cirad « SERDAF » conseillé, on doit apporter en fertilisation d’en-
tretien chaque année sur les repousses, au mini-
Ce logiciel est disponible en ligne sur le site Inter- mum l’équivalent de 130 à 140 u d’azote, 80 u
net « http://margouilla.net » qui procure égale- de phosphore et 250 u de potasse, pour un ren-
ment un conseil de fertilisation mixte pour la dement prévisionnel de 140 t/ha.
canne à sucre.
Pour les parcelles conduites en goutte à goutte,
Les besoins en fertilisation minérale pour la canne on peut proposer un plan de fumure à base de
à sucre dépendent du rendement recherché de matières premières (urée, MAP, MOP) ou bien
la culture et de la fertilité du sol. avec de l’engrais 20-0-34 (+ MAP et MOP).

Figure 8 : Exemple de stratégie de


fertilisation sur des zones de cultu
re irriguée (CIRAD)

90
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Exemple de plans de fertilisation en fonction du cycle de la canne :

(CIRAD)
Figure 9 : Plan de fertilisation n° 1

CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

2 (CIRAD)
Figure 10 : Plan de fertilisation n°

• Cas des arbres fruitiers: exemple du manguier la dose d’entretien qui est fonction des exporta-
tions. Les doses sont données par arbre. Le prin-
Dans le cas des arbres fruitiers comme le man-
guier (cf. Guide de la production intégrée de la cipe est d’apporter l’azote en janvier après la
mangue à La Réunion, Cirad – Chambre d’Agri- récolte. De l’engrais NPK est apporté en juillet-
culture, 2009), le niveau de fertilisation augmente août à la floraison. En octobre, à la nouaison, des
régulièrement avec l’âge des arbres après la plan- apports de K complémentaires favorisent le taux
tation jusqu’à 11 ans où elle se stabilise alors à de sucre dans les fruits.

91
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

© G. Bourgault, CTICS

Épandage de lisier sur pailles de cann


es

92
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

La nature de ces matières organiques va induire


2.4 ÉPANDAGE de fait la technique d’épandage correspondante,
ainsi que le matériel adéquat.

2.4.1.2 Distances réglementaires


2.4.1 MATIÈRES ORGANIQUES et préconisations
techniques générales
pour l’épandage
2.4.1.1 Réglementation
sur l’identification
des matières organiques Préconisations techniques générales
pour l’épandage
Du point de vue de la réglementation, une matière
organique utilisable en agriculture a l’un des deux Pour réussir son épandage il est nécessaire de :
statuts suivants :
• Disposer d’un produit homogène
• Soit un statut de déchet si la matière est
brute, c’est-à-dire qu’elle ne subit pas de trai- Les lisiers sédimentent lors du stockage en fosse.
tement particulier ; Il est donc nécessaire d’utiliser un brasseur mélan-
• Soit un statut de matière transformée en geur hacheur pendant une demi-heure avant le début
matière fertilisante ou en support de cul- du chantier d’épandage. A minima, il est important
ture, si le déchet a subi une transformation de faire refouler la cuve à lisier dans la fosse.
améliorante. Les litières et fumiers d’élevage sont suffisamment
Si les matières organiques sont brutes, la régle- homogènes par rapport aux contraintes agrono-
mentation sur l’épandage relève du Ministère de miques.
l’Écologie et du Développement Durable selon • Réaliser un épandage homogène
plusieurs dispositifs (cadre ICPE, RSD…).
Rouler à vitesse constante, c’est :
C’est seulement lorsqu’un déchet organique ne pré- – ne pas utiliser l’accélérateur à pied,
sente pas de danger pour un sol et une culture qu’il
peut être valorisé directement en agriculture: c’est – régler son matériel par rapport aux passages
notamment le cas des sous-produits d’une exploi- difficiles pour obtenir la dose recherchée,
tation agricole. Dans ce cadre de gestion, le pro- – utiliser un matériel adapté au produit à épan-
ducteur du déchet reste donc responsable des condi- dre et à la quantité à épandre.
tions d’utilisation finale jusque dans sa valorisation,
• Éviter le ruissellement
y compris les modalités et les lieux d’épandage.
Il est source de pollution des milieux aquatiques
Si les déchets ont subi une transformation, ils peu-
et n’est pas rentable car l’effluent mal réparti
vent être valorisés en matière fertilisante ou en
n’est pas valorisé par les cultures (aucune éco-
support de culture, selon le cas. Les normes NFU
nomie d’engrais) :
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

définissent et caractérisent les produits transformés


pour en faciliter la distinction et le choix (par arrêté – Rester sur des parcelles mécanisables ;
interministériel). L’utilisation des normes impose – Ne pas se débarrasser des lisiers en épandant
au producteur de suivre un cahier des charges pour avec un coude depuis le bord du chemin ;
leur traitement et leur mise sur le marché. Des – Respecter les distances réglementaires
contrôles assurent que la matière organique répond d’épandage. Celles-ci s’avèrent suffisantes
bien aux normes. Mais le produit peut aussi être pour limiter les risques de pollution.
homologué par une commission d’homologation
des matières fertilisantes (CMFSC). Le producteur • Penser à vos voisins
de produits ainsi transformés en est responsable Ils sont principalement sensibles aux odeurs. Pour
seulement jusqu’à leur mise sur le marché. limiter ces désagréments, conseillez un épandage
On peut décliner en 3 catégories le type de adapté (jour et heure) en fonction de leurs activités
matières organiques épandables : et présence à proximité des parcelles concernées.
• Les matières organiques liquides ; L’emplacement des stockages d’effluents et
• Les matières organiques pâteuses ; matières organiques doit aussi intégrer les nui-
sances olfactives.
• Les matières organiques solides.

93
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Quantités maximales Quantités minimales


Produits à épandre Matériel d’épandage épandables par la machine épandables par la machine
(t/ha ou m³/ha) (t/ha ou m³/ha)

Épandeurs à hérissons horizontaux 50 40


Fumiers frais
Épandeurs à hérissons verticaux 50 30

Épandeurs à hérissons horizontaux 50 30


Fumiers évolués
Épandeurs à hérissons verticaux 50 20

Épandeurs à hérissons horizontaux


+ porte hydraulique
Fumiers compostés de volaille + table d’épandage 20 5
Épandeurs à hérissons verticaux
+ porte hydraulique

Tonne à buse palette 60 20


Lisiers de porc, de bovin,
de volaille
Tonne + rampe d’épandage 50 15
(buses ou pendillards)

Tonne
Boues liquides + rampe à enfouisseurs 25 15
ou à injecteurs

Figure 11 : Quantité épandable en un passage en fonction du matériel utilisé et de la matière organique à épandre (CIRAD)

À La Réunion, les deux types d’outils les plus utilisés actuellement sont la tonne à lisier avec une buse
palette pour les matières liquides et l’épandeur à fumier (hérissons horizontaux ou verticaux, sans
table d’épandage) pour les produits solides.

94
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Distances réglementaires d’épandage

CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

Figure 12 : Distances d’épandage d’effluents produits par les élevages


relevant du titre VIII du RSD (Mémento DAAF)

95
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

relevant de la réglementation ICPE


Figure 13 : Distances d’épandage d’effluents produits par les élevages
et délais d’enfouiss ement sur terres nues (Mémento DAAF)

Le Règlement Sanitaire Départemental et les Installations Classées pour la Protection de L’Environnement


sont caractérisés dans la partie 5.1.

96
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

2.4.1.3 Épandage des matières organiques liquides


Extrait du Guide de la fertilisation organique à La Réunion (Chabalier et al., 2006)

À La Réunion, l’épandage des lisiers se fait généralement à l’aide d’une tonne à lisier et d’une buse
palette, ce qui induit des odeurs désagréables et la volatilisation de l’ammoniac (d’où une perte de
fertilisant). L’enfouissement permet de résoudre ces deux problèmes mais occasionne un surcoût lié
à l’effort de traction et au temps de travail supplémentaire. La consistance et la fluidité des lisiers
varient avec l’espèce animale, la conduite de l’élevage et la dilution.

Qualification Choix du dispositif d’épandage,


de la matière équipant une tonne à lisier
Origine Type à épandre le jour avec compresseur Précautions
de la matière de matière de l’épandage
et recommandations techniques
liquide à épandre et après brassage
Possible
dans la fosse Conseillé
mais difficile
(MS: Matière Sèche)
Buse palette
Rampe buse palette
Dilué Rampe à pendillards
MS < 8 % Si répartiteur
hacheur :
enfouisseurs à socs
ou à disques
Si répartiteur
hacheur :
Bovin Lisier Buse palette
Si répartiteur
Ses fibres peuvent provoquer
hacheur : Rampe
le bouchage des rampes
Pur buse palette
ou des enfouisseurs et rendent
MS > 8 % Si répartiteur
le pompage difficile, il est conseillé
Assez visqueux hacheur : Rampe
de procéder un broyage-hachage
à pendillards
pour limiter ces difficultés.
Si répartiteur
hacheur :
enfouisseurs
à socs ou à disques
Buse palette
Se pompe facilement.
Rampe buse palette
Comme il se décante très rapidement,
Rampe à pendillards il est indispensable de l’agiter
Porcin Lisier MS < 8 %
Si répartiteur en cours d’épandage afin d’apporter
hacheur : un produit homogène sur l’ensemble
enfouisseurs de la parcelle.
à socs ou à disques
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

Si répartiteur
hacheur : Rampe Buse palette
buse palette
À brasser dans la fosse de stockage
Si répartiteur
MS < 12 % afin d’éliminer la croûte formée
hacheur : Rampe à
Volaille Lisier Peut être assez épais à la surface. Cette opération évite
pendillards
(Canard) le bouchage des tuyaux
Si répartiteur
lors de l’épandage.
hacheur :
enfouisseurs
à socs ou à disques
tonnes à lisier
multibuses Les boues non stabilisées épandues
Boues
Stations Buse palette sur sols nus doivent être enfouies
d’épuration MS < 14 %
d’épuration dans un délai de 48 heures
Urbaines Rampe à pendillards
après l’épandage.
Rampe buse palette
Si la vinasse est prélevée à plus de 50 °C
Tonne en acier
Sous-produit dans la cuve de distillerie, la tonne à lisier
Vinasse MS = 11 % inoxydable + rampe
de distillerie utilisée pour l’épandage doit résister
multibuses
à la chaleur et à l’acidité.

Figure 14 : Comparaison de matériels d’épandage de matières liquides (Bassez et al., 1997)

97
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

L’épandeur de lisier

Il se compose généralement d’une citerne, d’un compresseur d’air qui permet de remplir et de vider
celle-ci et d’un dispositif d’épandage (figures 15). L’épandeur permet donc le remplissage de la citerne,
le transport et l’épandage du produit liquide au champ. Le compresseur d’air (ou pompe à vide) permet
le remplissage ou la vidange de la cuve par une diminution ou une augmentation de la pression de l’air
qui s’y trouve.

Figure 15 : Les épandeurs à lisier et


le circuit complet (d’après Debroize
et al, 2004) (CEMAGREF)

98
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

L’équipement d’épandage assure l’apport de la L’enfouisseur pour sol cultivé nécessite un tracteur
dose de matière organique recommandée par le plus puissant. Il peut être :
plan de fertilisation ainsi qu’une bonne répartition – à dents rigides pour un bon mélange terre-
transversale et longitudinale du produit sur la par- lisier, ou à dents flexibles vibrantes pour un
celle. Il permet de limiter les pertes d’azote et meilleur affinement de la terre,
donc la pollution atmosphérique, ainsi que les
nuisances olfactives. – à disques, il optimise le recouvrement (pré-
férable à La Réunion).
On distingue :
L’enfouisseur polyvalent est muni de disques plats
• La buse palette dite « queue de paon » (coutres circulaires) de grand diamètre. Il permet
C’est le dispositif le moins cher et le plus courant un travail sur culture et prairie.
à La Réunion. Le jet liquide sortant de la buse est
éclaté par la palette. La fixation de la buse ne per- 2.4.1.4 Épandage des matières
met pas un calage précis dans les plans horizontal
organiques pâteuses
et vertical. Extrait du Guide de la fertilisation
organique à La Réunion
• La rampe d’épandage
(Chabalier et al., 2006)
Après la vanne de sortie de la citerne, le lisier est
envoyé dans des tuyaux qui l’apportent à la rampe. Les matières pâteuses sont trop épaisses pour
Celle-ci est plus souvent équipée d’une série de être pompées et trop fluides pour être transpor-
buses palettes (multibuses) que de pendillards. tées avec un épandeur à fumier non équipé de
Pour une largeur d’épandage de 12 mètres, il faut porte. Cette catégorie regroupe le fumier mou, le
compter 8 buses ou 40 pendillards. Par rapport lisier épais, la fiente humide de volaille et la boue
à la buse unique, les rampes réduisent les éma- d’épuration pâteuse.
nations d’ammoniac et assurent une répartition
homogène du lisier au sol sur une largeur fixe. Le CORPEN (Bassez et al., 1997) présente deux
Dans le cas de la rampe à pendillards, il est indis- dispositifs d’épandage latéral de produits
pensable de disposer, entre la sortie de la tonne pâteux : le dispositif à turbine avant et le dispo-
à lisier et la rampe, d’un ou deux broyeurs répar- sitif de rotor à chaînes et fléaux. Les doses épan-
titeurs pour répartir le lisier et éviter le bouchage dues avec ces deux dispositifs sont très irrégu-
des tuyaux par des matières solides (coquilles lières et ne procurent pas un résultat
d’œufs, plumes, paille, etc.). Les rampes d’épan- satisfaisant.
dage demandent un entretien très régulier du sys-
tème d’épandage (rampe et circuits hydrauliques).
Le dispositif à turbine avant
• L’enfouisseur
Par la mise en terre du lisier, l’enfouissement La caisse étanche comporte un fond mouvant se
diminue les pertes d’azote ammoniacal, ce qui déplaçant de l’arrière vers l’avant ou une vis qui
alimente une turbine placée à l’avant, dans l’axe
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

améliore la valorisation agronomique du lisier par


la plante et supprime les nuisances olfactives. du caisson. La turbine de grand diamètre projette
Le prix d’achat élevé d’un enfouisseur limite son latéralement le produit au travers d’une goulotte
utilisation par les agriculteurs. C’est pourquoi, à sortie orientable. La largeur d’épandage peut
son achat serait plutôt à envisager par une atteindre 8 mètres.
société d’épandage ou une CUMA. L’enfouisseur
pour prairie demande peu de traction. Il y a deux Le dispositif de rotor à chaînes
types d’enfouisseur pour prairie : et fléaux
– l’injecteur à patins, ou injecteur superficiel,
dépose le lisier au pied du végétal. Le sol est Un caisson étanche supporte un rotor longitu-
griffé par un petit coutre et le lisier est dinal, entraîné par la prise de force du tracteur
déposé. Une goulotte traînante suit pour ali- et muni de chaînes et de fléaux. Le rotor se
gner et protéger l’herbe des éclaboussures, déplace verticalement au-dessus de la caisse,
– l’enfouisseur à coutres circulaires (disques ce qui permet l’attaque progressive des fléaux
plats) cisaille verticalement le sol, sans dété- qui projettent le produit sur le côté grâce à un
riorer la prairie. déflecteur supérieur.

99
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

2.4.1.5 Épandage des matières organiques solides


Extrait du Guide de la fertilisation organique à La Réunion (Chabalier et al., 2006)

© V. Barbet-Massin, ARP
Épandage de matière organique solide

Types de matière organique solide queter. Il est donc conseillé de laisser « mûrir »
le fumier en tas durant deux mois afin de pouvoir
• Fiente sèche de poule pondeuse plus facilement l’émietter et le charger.
La fiente sèche doit être épandue à l’aide de maté-
Le fumier de mouton étant compact et difficile à
riel équipé pour apporter des doses de 2 à 4 t/ha.
émietter, il vaut mieux le composter pour en faci-
Ces doses sont très faibles et nettement infé-
liter l’épandage.
rieures à celles apportées par les épandeurs de
matière organique utilisés habituellement. L’uti- Le fumier de volailles de chair (poulets, dindes et
lisation d’un distributeur d’engrais (si le produit pintades) est à mélanger avant épandage car sa
est sec et pulvérulent) ou d’un épandeur à table composition dans l’étable varie en fonction du
d’épandage est conseillée. lieu de production.
• Fumiers • Composts
Le fumier de bovin a des densités variables selon Le compost de déchets verts urbains (avec ou sans
le type d’élevage et la proportion de paille ou de boue d’épuration urbaine) subit plusieurs retour-
copeaux de bois le constituant. Cette matière nements. Il est ensuite broyé et criblé. Le mélange
peut être assez hétérogène et difficile à déchi- est homogène et hygiénisé. Une bonne qualité du

100
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

tri en amont permet l’obtention d’un produit conte- d’épandage de boue d’épuration sèche granulée à
nant peu d’inertes (plastiques, verres, cailloux…). l’aide d’un distributeur d’engrais centrifugé porté.
Comme ce produit présente une qualité granulo-
Le compost de fumier est réalisé par l’agriculteur.
métrique similaire à celle des engrais, il s’écoule
Il ne comprend souvent que deux retournements
régulièrement, même si la poussière est abondante.
et n’est pas criblé. Pour l’émiettement à l’épan-
dage, le compost de fumier est homogène et bien
divisé. Mais un compost non protégé de la pluie Matériel d’épandage des fumiers et
devient mou et collant, ce qui réduit la régularité autres matières solides
et la largeur d’épandage.
L’épandeur à fumier permet d’épandre des
Pour l’écume sèche de sucrerie, l’épandage est matières dont le taux de matière sèche dépasse
fait avec un épandeur à hérissons muni de tables 20 %. L’épandeur est constitué d’une caisse mon-
d’épandage. tée sur châssis (équipée d’un fond mouvant et
d’un système de déchiquetage et de projection),
Pour les boues d’épuration urbaines sèches, le
d’essieux et de pneumatiques (figure 16).
CEMAGREF (Thirion et al., 2003) a réalisé des essais

CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

F)
deur de fumier à ridelles (CEMAGRE
Figure 16 : Vue générale d’un épan

101
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Le fond mouvant amène le fumier au contact du système de déchiquetage et de répartition (dispositif


d’épandage) (figure 18). La vitesse d’avancement du fond mouvant conditionne le débit de vidange de
l’épandeur (d). Le poids du produit (en tonne, t) chargé dans l’épandeur étant connu, la mesure du
temps de vidange (en minute) lors du premier passage permet de calculer le débit de vidange (t/minute)
de l’épandeur :
d (t/minute) = poids/temps
Les doses épandues à l’hectare peuvent être calculées selon la formule suivante :
D = (d x 600)/(I xV)
D = dose (t/ha) ; d = débit de vidange de l’épandeur (t/minute) ; l = largeur utile d’épandage (m) (c’est
la distance entre deux axes de passage consécutifs) ; v = vitesse d’avancement du tracteur (km/h) et
600 = facteur d’échelle permettant d’exprimer le débit en t/ha.

Figure 17 : Appareil à fond mouvant


(CEMAGREF)

Le choix du matériel est adapté est une étape compost, de boue d’épuration urbaine et de
importante. On distingue : fumier de volaille ;
• Le broyeur, pouvant être utilisé pour l’épan- • L’épandeur à deux hérissons verticaux per-
dage de fumiers compacts ; met un apport de doses d’au moins 10 t/ha
• L’épandeur traditionnel à deux hérissons sur une largeur d’épandage de 6 m. Une caisse
horizontaux est dépassé. La largeur d’épan- étroite, à roues de grand diamètre, est plus
dage est faible car elle correspond à celle de maniable qu’une caisse large ;
la caisse. Ce matériel épand irrégulièrement et • L’épandeur à quatre hérissons verticaux
ne convient pas à l’apport de faibles doses ; permet une largeur d’épandage de 5 m et
• L’épandeur à deux hérissons et table nécessite un entretien régulier du matériel.
d’épandage permet d’apporter des doses infé- Généralement, les épandeurs à hérissons ver-
rieures à 10 t/ha, sur une largeur d’épandage ticaux sont moins coûteux à l’achat et à l’en-
de 12 m. Il est bien adapté à l’épandage de tretien que les dispositifs à table d’épandage.

102
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

2.4.1.6 Autres types de matériel met une meilleure qualité d’épandage. Ce type
Extrait du Guide de la fertilisation d’investissement est réalisable par une CUMA
organique à La Réunion
(Chabalier et al., 2006)
ou une entreprise de compostage, mais plus dif-
ficilement pour une petite exploitation d’élevage,
vu le coût de ce matériel.
Matériel d’enfouissement
des matières organiques

Lorsque la matière organique, quelle que soit sa 2.4.2 MATIÈRES MINÉRALES


consistance, est épandue au champ, il peut être
intéressant de l’enfouir avec des disques ou des
L’efficacité de la fertilisation dépend du stade de
dents, sur sols cultivés. C’est le cas des boues
la culture lors de l’intervention et de la qualité de
d’épuration non hygiénisées apportées sur sol nu
l’épandage. Que l’épandage soit réalisé mécani-
(contrainte législative), ou lorsque l’on recherche
une meilleure valorisation de l’azote. quement ou manuellement, le produit doit être
distribué de façon homogène :
À La Réunion, sur les parcelles cultivées en • En épandage mécanique, un étalonnage précis
canne à sucre, l’enfouissement des matières assure l’homogénéité et le respect de la dose
organiques pourrait être réalisé avec deux types à l’hectare ;
d’appareils :
• En épandage manuel, des pesées régulières,
– La rotobêche, qui est une rampe munie
des points de repère sur la parcelle aident, avec
d’une série de bêches, accrochée au tracteur.
des calculs simples, à appliquer les produits
L’écartement des bêches peut être adapté à
de façon régulière et à la dose adéquate.
l’écartement des rangs de canne à sucre ;
– La déchaumeuse inter-rang, qui travaille Les engrais peuvent être apportés sous 3
également entre les rangs de canne à sucre. formes : solide, liquide ou par l’intermédiaire de
Elle mélange les chaumes à la terre après l’irrigation (cf. 2.5). Les appareils utilisés pour
la récolte de la canne et pourrait être utili- l’épandage varient selon la forme de l’engrais,
sée dans l’enfouissement de matières orga- la quantité à épandre dans l’année, les
niques. contraintes économiques et enfin la topographie
des terrains. À La Réunion, les épandeurs les
Matériel de compostage plus répandus sont les appareils de type porté
car ils sont bien adaptés à la petite taille des
Trois types de matériel permettent de retourner exploitations et à la quantité d’engrais manipulée
des tas mis à composter : la fourche du tracteur, dans l’année. On trouve aussi quelques appareils
l’épandeur classique utilisé en poste fixe (avec semi-portés, essentiellement parmi les distribu-
l’aide d’une fourche) et le retourneur d’andain. teurs d’engrais solide.
Le retournement avec la fourche du tracteur et Les conditions de terrains accidentés de La Réu-
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

l’épandeur classique utilisé en poste fixe est nion ne facilitent pas une bonne répartition de
contraignant, revient cher et convient à des l’engrais dans les parcelles. C’est pourquoi les
petits tas pour des exploitations individuelles. réglages doivent être précis et des contrôles d’ho-
La performance est de 10 à 15 t/h. Avec de mogénéité de répartition doivent être faits régu-
gros équipements, la performance peut atteindre lièrement. L’utilisation de localisateurs d’engrais
90 à 100 t/h. et des épandeurs à débit proportionnel à l’avan-
L’emploi d’un retourneur d’andain réduit le temps cement (DPA) reste marginale. Les matériels DPA
consacré au retournement et effectue un travail sont bien adaptés au relief mais ils sont plus oné-
de qualité. La moyenne des performances est reux que les appareils habituellement utilisés à
de 500 t/h. Ce matériel est destiné à traiter des La Réunion.
quantités importantes réparties sur des andains
assez longs (largeur de 3 à 4 mètres et hauteur 2.4.2.1 Épandage solide
de 1,8 mètre environ). L’utilisation d’un retour-
neur d’andain pour le compostage de fumier per- Les fertilisants minéraux solides se présentent
met de réduire de 50 % le volume initial de la sous forme de granulés (engrais NPK, chaux gra-
matière organique. Le compost, grâce à son nulée, KCl…), de perles (urée), ou de poudre (sels,
homogénéité et sa granulométrie plus fine, per- chaux pulvérulente).

103
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Dans le cas Méthode de calcul


d’une correction du pH
par un apport de chaux • Dans le cas d’une application manuelle d’en-
grais solide
L’épandage est réalisé à la phase finale de la pré-
On vérifiera tout d’abord que l’on distribue cor-
paration du sol, manuellement ou mécanique-
rectement la bonne dose.
ment. Après l’épandage, la chaux est enfouie et
mélangée à la terre avec différents outils selon On désire épandre :
le type de sol. C’est également le cas pour la – une dose d’engrais solide Q (kg/ha),
fumure de fond de l’ananas par exemple où l’en- – sur une largeur E (m) qui peut représenter la
grais complet peut être épandu mécaniquement largeur d’une planche ou l’intervalle entre
en plein avant le billonnage ou bien de manière billons,
localisée sur le billon après la confection de ce
– sur une longueur L (m) sur laquelle il faudra
dernier.
répartir 1 kg d’engrais

Apport d’engrais La formule est donc : L = 10 000/(ExQ)


à la plantation • Dans le cas d’une application d’engrais à
l’aide d’un tracteur
Pour la culture de la canne à sucre, la technique
d’épandage dépend du mode de plantation : Avant d’épandre mécaniquement au champ, un
ensemble de réglages doit être effectué pour
• La plantation mécanique ou semi-méca- apporter de façon homogène la quantité exacte
nique. La planteuse ou le sillonneur réalisent de produit à l’hectare : les réglages de la liaison
le sillon au fond duquel est localisé l’engrais tracteur-outil et les réglages de l’épandeur.
avant le dépôt des boutures. La distribution de
l’engrais se fait en général proportionnellement On règle la liaison tracteur-outil sur plusieurs
à la vitesse d’avancement de la machine (c’est points :
le système DPA, Débit proportionnel à la vitesse 1 ) Relevage hydraulique en contrôle de position
d’avancement) ; pour régler la hauteur de l’outil ;
2 ) Prise de force de longueur adaptée ;
• La plantation manuelle.
3 ) Réglage de l’aplomb latéral en agissant sur
– Le sillonnage est réalisé manuellement ainsi
les chandelles ;
que l’apport d’engrais au fond du sillon.
Cette technique est très peu utilisée, sauf 4 ) Réglage de l’aplomb longitudinal par le 3e
dans les zones très accidentées et à forte point ;
pente. 5 ) Adaptation de la bonne vitesse de la prise
– Le sillonnage est réalisé mécaniquement. de force (540 tr/min en général).
L’apport d’engrais et le dépôt des boutures Sur l’épandeur, on règle la largeur d’épandage,
sont effectués manuellement. le débit du produit par minute et la vitesse
d’avancement pour obtenir au final la quantité
Fumure d’entretien voulue.
La largeur d’épandage peut être réglée par l’angle
Dans le cas de la canne à sucre, l’apport d’engrais d’oscillation du tube, par le changement du tube
est à faire dans les trois mois après la coupe. Au- oscillant ou par le changement de l’étrier. À noter
delà de cette période, l’importante masse végé- que la densité du produit peut faire varier la lar-
tative de la canne ne permet plus l’entrée d’engins geur d’épandage.
classiques dans la parcelle.
Le débit de l’épandeur varie en fonction du type
Dans le cas de l’arboriculture fruitière, la fertili- de produit et agit directement sur la quantité
sation est généralement apportée sous forme épandue par hectare puisque la vitesse d’avan-
solide et de manière fractionnée (selon les cement doit rester constante. Le réglage est réa-
espèces). En fonction de la taille du verger et/ou lisé uniquement par le degré d’ouverture du disque
de la topographie, l’apport peut se faire manuel- de dosage situé au fond de la trémie, par l’inter-
lement à l’aplomb de la frondaison ou mécani- médiaire d’une vis graduée située sur le côté de
quement sur la totalité du verger. l’appareil.

104
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

En général, les débits sont étalonnés par le dans les bacs et on établit la courbe de répartition.
constructeur et les informations fournies dans la Elle traduit l’irrégularité possible ainsi que les
notice technique. Mais compte tenu de la diver- points de chevauchement.
sité des produits (densité, aptitude à l’écoule-
ment), il vaut mieux effectuer un étalonnage à Le fonctionnement et les réglages de chaque type
poste fixe pour adapter les données constructeur d’appareil sont développés en détail dans le
si nécessaire. « Guide de la fertilisation de la canne à sucre à
La Réunion » (Émilie Fillols & Pierre-François
• Étalonnage de la vitesse du tracteur Chaballier, 2007).
La détermination de la vitesse réelle de déplace-
ment du tracteur permet de faire le bon réglage 2.4.2.2 Épandage liquide
de la vis d’ouverture des disques pour obtenir le
bon dosage à l’hectare. Dans le cas de la culture de l’ananas, les pulvé-
1 ) Prendre une distance D de 100 m par exem- risations foliaires sont particulièrement bien adap-
ple entre 2 jalons en laissant un espace suf- tées à la morphologie des feuilles qui ont la par-
fisant pour élancer et arrêter le tracteur. ticularité de pouvoir absorber les engrais. Compte
tenu des très fortes densités de plantation géné-
2 ) Mesurer le temps T en secondes pour par-
ralement sur paillage plastique, c’est aussi la seule
courir cette distance.
solution économique pour apporter les fertilisants
3 ) La vitesse réelle se détermine par : en fréquence et quantité.
V (km/h) = 3.6 x D / T
Les applications doivent s’échelonner tout au long
• Réglage de l’épandeur pour la quantité vou- de la phase végétative de la plante et s’organiser
lue à l’hectare de façon à ce que les apports augmentent de la
plantation au traitement d’induction florale (TIF)
Pour régler l’appareil, on doit disposer de certaines
données : pour les faire correspondre aux besoins de la
plante.
1 ) Q (kg/ha) : dose d’engrais à apporter à l’hec-
tare Pour mettre à la disposition de la plante les doses
2 ) L (m) : la largeur d’épandage croissantes, deux techniques sont possibles :
3 ) V (km/h) : la vitesse d’avancement • Soit on intervient à intervalles réguliers et on
applique les doses croissantes ;
4 ) De (kg/min) : le débit nécessaire
• Soit on applique des doses identiques mais on
De = Q x L x V / 600. réduit l’intervalle entre les applications au fur
À partir de ce débit nécessaire, on cherche la cor- et à mesure que l’on s’approche du TIF.
respondance avec le tableau constructeur ou avec C’est souvent cette dernière technique qui est
ses propres étalonnages. On obtient l’indice de préconisée car elle limite les risques d’erreurs
la vis de réglage de l’ouverture du disque de entre les parcelles.
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

dosage le plus adapté au débit nécessaire.


Le plus souvent, les pulvérisations foliaires com-
Technique d’épandage portent deux engrais en mélange pour apporter
en même temps azote et potasse. Afin d’éviter
Avant d’épandre sur la parcelle, il faut poser des des brûlures sur le feuillage, la concentration en
jalons ou des repères en fonction de la largeur engrais azoté ne doit pas dépasser 5 % et la
d’épandage. En culture fruitière, ce sont les rangs concentration totale en sels (azote + potasse)
qui servent évidemment de repères, de même doit être inférieure à 8 %. Pour des apports stan-
qu’en culture de canne à sucre, le rang à interligne dards (75 kg d’urée + 125 kg de sulfate de
fixe sert. En fonction de la largeur d’épandage de potasse), il est donc nécessaire d’épandre (75
l’appareil, on calcule le nombre de rangs entre + 125)/8% = 2 500 litres de solution.
deux passages.
Compte tenu de l’importance du volume à épan-
Une bonne solution pour contrôler tous ses dre, ce système est à réserver aux plantations
réglages est d’effectuer un test au champ : on dis- mécanisables et l’utilisation de pulvérisateurs à
pose de bacs d’égale surface sur la largeur d’épan- dos sur des plantations intensives se trouve de
dage (interlignes et rangs) correspondant à un facto quasi impossible : 2 500/20 = 125 appareils
aller-retour. Ensuite, on pèse l’engrais récupéré par hectare !

105
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Selon le type d’engrais potassique utilisé, il = 400 m2 , soit encore 400/E = 222 m si les
n’est pas toujours aisé d’assurer une dissolution billons sont espacés de 1,8 m.
correcte. La plupart du temps, ce mélange s’ef-
Une fois la cadence déterminée, on essaiera
fectue directement dans la cuve de traitement
de s’y tenir et surtout, on notera scrupuleuse-
en utilisant uniquement le retour cuve pour
ment les surfaces traitées avec chaque cuve
assurer le brassage. Des systèmes de prépa-
afin de contrôler systématiquement la qualité
ration des solutions sont parfois utilisés, met-
de l’épandage.
tant en œuvre des cuves mélangeuses avec une
agitation qui peut être soit mécanique (pales) Lorsque l’on utilise un pulvérisateur (le plus sou-
soit hydraulique (pompe). Ces systèmes assu- vent porté) muni d’une rampe, il faut commencer
rent généralement une meilleure mise en solu- par calculer les différents éléments :
tion des engrais et donc une meilleure homo- • Q (L/ha), quantité de solution d’engrais à
généité de l’application. apporter à l’hectare
Plusieurs matériels sont utilisables : • V (km/h) la vitesse d’avancement
• Pompe à dos ; • Db (L/min) le débit de chaque buse
• W (cm) l’écartement entre les buses
• Pulvérisateur porté pouvant être équipé :
• Dp (L/Min) le débit nécessaire de la pompe
– d’une lance (dans ce cas, le tracteur et la
cuve restent en extrémité de parcelle) • L (cm) la largeur de la rampe
– d’une mini-rampe portée à la main (2 billons) Ces différents éléments sont liés par les for-
– d’une rampe de largeur variable de 12 à mules :
18 m. Q = (60000 x Db) / (V x W) et Dp = (L x Db) / W

Réglage du matériel
Exemple :
C’est en pulvérisation manuelle (pompe à dos,
lance, mini-rampe) que l’on rencontre le plus de Pour
difficultés à effectuer un réglage correct : • Q = 2500 L/ha
Avec une pompe à dos de 20 L de capacité, on • Db = 2,5 L/min (on peut ajuster le débit en fonc-
peut traiter (avec notre exemple de mélange tion de la pression d’utilisation, selon les abaques
précédent) 10 000/2 500*20 = 80 m2. fournies par le constructeur pour le type de buse
utilisé)
Soit E l’entre-axe des billons (en m), la longueur
• W = 40 cm
sur laquelle il faudra épandre les 20 L sera 80/E,
soit 44 mètres de billon à l’écartement habituel • L = 1 200 cm
(1,8 m). Il faudra régler la vitesse du tracteur à 1,5 km/h (cf.
La difficulté consiste à conserver la vitesse plus haut) et la pompe devra avoir un débit au moins
d’avancement une fois qu’on l’a bien estimée. égal à 75 L/min. En réalité, si on veut assurer un
Malheureusement, le cheminement entre les retour cuve suffisant pour assurer l’agitation, la
billons est fréquemment gêné par la pente, ou pompe devra débiter au moins 75 + 20 % = 90 L/mn.
les roches, et a tendance à modifier la vitesse Selon les caractéristiques de son matériel (par
de progression et donc la régularité de l’épan- exemple pompe à débit plus élevé), il sera pos-
dage. La même difficulté se rencontre avec l’uti- sible d’augmenter le débit des buses, ou bien
lisation de pulvérisateurs portés (cuves de 400 les rapprocher pour permettre une vitesse
à 800 L) munis d’une lance ou d’une mini- d’avancement supérieure et donc un épandage
rampe. Or, c’est le système le plus utilisé à La plus rapide.
Réunion. De nouveau, la vitesse d’avancement
est réglée par le pas de l’homme et donc sou-
mise à variations selon la topographie du ter-
rain. Cela n’empêche pas d’effectuer un « cali-
brage » du pas afin d’obtenir le maximum de
régularité. Dans ce cas, on remplira la cuve
avec 100 L de mélange d’engrais et on ajustera
sa vitesse pour traiter 10 000/2 500*100

106
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Le maintien de l’eau et des éléments minéraux à


2.5 FERTIGATION: des niveaux optima dans la rhizosphère des
CAS DE LA CULTURE plantes est le principal facteur favorisant leurs
HORS SOL hautes efficiences d’utilisation, se traduisant par
des rendements élevés des cultures et une meil-
leure qualité. L’apport des engrais dans l’eau d’ir-
2.5.1 GÉNÉRALITÉS rigation, appelé « fertigation » ou « ferti-irrigation »
ou « irrigation fertilisante » est devenu, depuis
longtemps, une pratique commune en maraî-
2.5.1.1 Principe de la culture chage, permettant d’atteindre un équilibre ionique
hors sol optimal au niveau de la rhizosphère.
La surface occupée par des productions légu- Les systèmes de culture les plus employés sont
mières en culture hors sol sous serre est d’environ des systèmes dits « ouverts » ou « en solution per-
40 ha. La tomate, est sans conteste le légume le due » dans lesquels la solution nutritive est appor-
plus cultivé sous serre avec une production d’en- tée en excès par rapport aux besoins. Le drainage
viron 5 000 à 6 000 tonnes pour 75 % des surfaces qui en découle est collecté pour être évacué à
de serres maraîchères. Le principe de production l’extérieur.
hors sol consiste à apporter au niveau de chaque
plante par un système de goutte à goutte les élé- Ce drainage est nécessaire d’une part pour éviter
ments minéraux et les oligo-éléments dont la les risques d’accumulation d’éléments minéraux
plante a besoin. Les racines colonisent un substrat que la plante n’aurait pas assimilés et d’autre part
inerte servant de support à la plante et disposant pour homogénéiser la solution au sein du substrat,
de propriétés physiques particulières (rétention c’est-à-dire pour maintenir le système racinaire
en eau et en air importante). dans un milieu stable proche de la concentration
de la solution nutritive d’apport.

CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

Fente de drainage Canal de collecte


Substrat en fibre Système d’irrigation du drainage
en goutte à goutte au niveau bas
de coco du substrat
(capillaires)

à l’irrigation fertilisante sous serre


Figure 18 : Équipement nécessaire
sol à La Réun ion, FDGDON, CIRAD, 2009)
(Guide la tomate hors

107
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Le système de fertilisation (station de tête) com- • Le volume quotidien d’apport de solution nutri-
porte au minimum : tive. Un ou deux capillaires supplémentaires
• Deux bacs de 100 Litres pour fabriquer la solu- sont branchés sur le réseau de fertigation et
tion mère ; plongés dans un seau posé à proximité de ce
point de prélèvement ;
• Deux pompes doseuses volumétriques desti-
nées à diluer les solutions mères dans l’eau • Le volume quotidien des eaux de drainage. Ce
d’irrigation ; contrôle est effectué sur 12 à 18 plantes. On
collecte grâce à un système indépendant le
• Deux filtres : un filtre en amont et un autre à la
drainage de ces plants. C’est faisable dans le
sortie de la station ;
cas d’un substrat organique conditionné en
• Une vanne reliée à un petit programmateur inté- sacs ou dans le cas de scories placées dans
grant la fenêtre d’irrigation (exemple : de 7 à des pots ou dans de petites gouttières : elles
17 heures), la durée d’une irrigation et l’inter- doivent être situées au centre de la serre et
valle entre deux irrigations. être représentatives de la moyenne des indivi-
Cette station de fertilisation est destinée à dis- dus de la serre. De plus, il faut être très soi-
tribuer une solution unique évoluant en fonction gneux lors des pratiques culturales sur ces
du stade de la culture. Grâce au débit et à la pres- plantes : par exemple, la cassure de l’extrémité
sion du réseau d’eau, la solution nutritive est dis- de la tige ou la chute d’un fruit entraîne une
tribuée à chaque plant grâce à un système de diminution de l’absorption d’éléments minéraux
« goutte à goutte ». D’autres équipements peuvent et d’eau, qui se traduit par une augmentation
devenir rapidement indispensables comme une artificielle du drainage ;
réserve en eau et un surpresseur (pompe) pour • Le pH et l’électroconductivité de la solution
reprendre l’eau de la réserve et la mettre sous nutritive et des eaux de drainage. Le pH et
pression. Pour les exploitations de taille impor- l’électroconductivité sont mesurés sur ces
tante l’irrigation fertilisante est gérée par une sta- échantillons à l’aide d’un pH-mètre et d’un
tion de ferti-irrigation (ordinateur et matériel spé- conductivimètre.
cifique pour la gestion de l’irrigation fertilisante).
Cette station permettra de gérer différentes serres Volumes d’apport et de drainage
avec des variétés et/ou des espèces différentes
ou à des stades physiologiques différents néces- Le rapport entre les mesures du volume d’apport
sitant des solutions nutritives adaptées. et du volume de drainage permet de déduire le
taux de drainage, exprimé en pour cent. Le taux
2.5.1.2 Contrôle de drainage mesure la proportion de la solution
de la solution nutritive du substrat qui a été renouvelée (cf. Figure 21) :
Extrait du guide de la tomate
hors sol à La Réunion
1) Va, volume d’apport collecté avec x goutteurs,
(S. Simon, J. Minatchy, 2009)
2) Vd, volume de drainage issu de y plantes.
Trois paramètres de la solution nutritive doivent Vd / y
être régulièrement contrôlés : Taux de drainage (%) = x 100
Va / x

Valeur du taux de drainage calculé Conséquences pour la gestion de l’irrigation

Proche de la consigne fixée (30 % en moyenne)


La fréquence des fertigations répond aux besoins des plantes
Note : il peut être réduit à 10 % si le système de fertigation
est performant dans sa régularité

Augmenter la fréquence des irrigations


Inférieur à la consigne
pour éviter une concentration de l’engrais dans le substrat

Réduire la fréquence des irrigations pour éviter le lessivage


Supérieur à la consigne des substrats (gaspillage d’eau et d’engrais)

Figure 19 : Taux de drainage et conséquences pour l’irrigation (CIRAD, FDGDON)

108
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Acidité : 5,5 ≤ pH ≤ 6,2 La valeur 0,85 est une valeur calculée et fixe : elle
représente le facteur de corrélation entre la
Le paramètre d’acidité, mesuré par le pH, concentration en engrais et l’électroconductivité.
désigne le caractère acide, neutre ou basique
d’une solution. Les solutions nutritives utilisées La conductivité optimale de la solution nutritive
sont toujours légèrement acides, 5,5 ≤ pH ≤ 6,2, se situe aux environs de 2 mS/cm2. Elle dépend
car cela réduit les risques de précipitation des du climat, du stade végétatif et de la variété cul-
matières fertilisantes dissoutes et permet une tivée. La conductivité optimale de la solution de
absorption optimale des éléments minéraux. La drainage est alors identique à celle de la solution
solution nutritive est en réalité élaborée sur la d’apport : les ions et l’eau sont absorbés dans les
base des besoins « théoriques » des plantes. mêmes proportions pour que la plante ne manque
Selon leur état physiologique et les conditions de rien.
environnantes (ensoleillement, température…), Pour le substrat, on tolère une conductivité d’en-
ces besoins changent. Les plantes prélèvent seu- viron 3 mS/cm 2 . Il faut éviter les variations
lement ce dont elles ont besoin (eau et ions) et brusques de conductivité dans le substrat car les
laissent le reste. racines ne s’adaptent que progressivement à leur
Cette absorption partielle entraîne alors les modi- environnement. Quand une correction est néces-
fications du pH suivantes : saire, il vaut mieux modifier la conductivité de la
solution nutritive par paliers de 0,2 à 0,3 mS/cm
• L’absorption préférentielle des anions (SO4- -,
et observer les valeurs obtenues dans le subs-
NO3-, H2PO4-, Cl-) provoque l’alcalinisation (c’est-
trat.
à-dire une augmentation du pH) de la fraction
liquide au sein du substrat et, par conséquent, La concentration en engrais conditionne fortement
de l’eau de drainage ; le prélèvement de l’eau par la plante. L’absorption
• L’absorption préférentielle des cations (NH4+, de l’eau par les racines est régulée par un équilibre
K+, Na+, Ca++, Mg++) provoque une acidification entre la concentration minérale à l’intérieur des
de la fraction liquide au sein du substrat, c’est- cellules des racines et celle à l’extérieur des
à-dire une baisse du pH. racines : l’eau migre du milieu le moins concentré
vers le milieu le plus concentré.
C’est pourquoi il faut vérifier chaque jour le pH
de la solution nutritive apportée et le pH du drai- Selon la qualité du substrat, trois cas peuvent se
nage : ce sont les variations entre les valeurs de présenter :
ces deux pH qui sont intéressantes à interpréter. • L’eau et les solutés sont absorbés en quantité
Elles renseignent sur les besoins réels et condui- suffisante ;
sent à modifier régulièrement la solution nutritive • L’électroconductivité (EC) du substrat est faible.
en fonction des valeurs mesurées. L’eau n’est pas très liée aux engrais et se
déplace spontanément du milieu le moins
Électroconductivité (EC) concentré vers le milieu le plus concentré, c’est-
à-dire du substrat vers la plante. L’eau traverse
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

L’électroconductivité (appelée aussi conductivité) facilement la membrane des cellules radicu-


d’une solution (EC) représente la concentration laires ;
globale en éléments minéraux de la solution. Elle • L’électroconductivité du substrat est forte. L’eau
se mesure à l’aide d’un conductivimètre élec- est trop liée aux engrais et il n’y a pas assez
trique. Plus la solution est riche en engrais, plus de différence de concentration entre le substrat
elle conduit l’électricité et plus la conductivité est et l’intérieur de la racine. L’eau n’est alors pas
forte. L’unité de mesure est le Siemens par mètre absorbée en quantité suffisante.
carré. Pour les solutions nutritives, les valeurs
sont faibles et s’expriment plus généralement en En cours de culture, la mesure de la conductivité
milliSiemens/cm2. de l’eau de drainage permet de résoudre deux
problèmes (cf. figure 22) :
La relation entre électroconductivité de la solution
• La solution de drainage est plus concentrée
nutritive (EC) et la concentration totale en engrais
que la solution d’apport. L’eau est préférentiel-
est la suivante :
lement absorbée par la plante. Le risque de
Concentration en engrais phytotoxicité est lié à un excès de salinité dans
de la solution nutritive (g/l) le substrat. Si la conductivité est trop élevée
= EC de la solution (mS/cm) x 0,85 dans la solution de drainage, il est déconseillé

109
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

de la diminuer en arrosant à l’eau claire. Il est préférable de surirriguer 1 ou 2 jours avec une solution
d’apport d’une conductivité légèrement inférieure à la normale (0,2 mS/cm en dessous de l’EC nor-
male) tout en respectant un drainage de 30 % ;
• La solution de drainage est moins concentrée que la solution d’apport. Les ions sont préférentiellement
absorbés par la plante. Les plantes risquent d’exprimer des déséquilibres. Il suffit alors d’augmenter
progressivement l’électroconductivité de la solution d’apport.

Électroconductivité solution nutritive Électroconductivité eau de drainage

trop faible (< EC solution nutritive) trop forte (> EC solution nutritive)

Problèmes culturaux
En début de culture, il peut s’agir
d’une libération d’éléments par le substrat.
Il faut alors augmenter le drainage.
En cours de culture, cela peut s’expliquer
Il faut augmenter l’EC
Déjà faible par une diminution des prélèvements
de la solution nutritive.
d’éléments minéraux par la plante.
Il faut alors vérifier l’état des racines
et la conduite climatique, puisque le climat
de la serre intervient sur la transpiration
des plantes.

Normale Il faut augmenter l’EC de la solution nutritive. Il faut diminuer l’EC de la solution nutritive.

Problèmes culturaux
En début de culture, il peut y avoir
un stockage d’éléments dans le substrat
– exemple : absorption d’azote
et développement d’une microflore.
En cours de culture, il peut y avoir
Il faut diminuer l’EC
un prélèvement élevé d’éléments minéraux
Déjà forte de la solution nutritive.
qui induit le développement de plantes
vigoureuses. La conduite de la culture
et celle du climat doivent être ajustées
pour obtenir un meilleur équilibre.
Il faut faire une analyse de la solution
nutritive et du substrat.

Figure 20 : Modification de l’électroconductivité de la solution nutritive en fonction de l’électroconductivité


de la solution de drainage, pour un drainage égal à 30 % (CTIFL, 1995)

2.5.2 LES EFFLUENTS ments nutritifs qui vont, soit s’infiltrer dans le sol,
DES SERRES: soit s’écouler dans le milieu environnant.
LE DRAINAGE La quantité de solution drainée et rejetée peut
atteindre 20 à 30 % des apports, soit l’équivalent
2.5.2.1 Présentation et contexte de 2 000 à 3 000 m3 par hectare et par an.

Une part importante de la production de légumes Au total, sur une année, le rejet à une concentra-
sous serres est obtenue actuellement à partir des tion d’environ 1,5 à 2 g/l représente de 3 à 6
cultures hors sol « en solution perdue ». Ces tonnes d’éléments minéraux sous forme ionique
méthodes de culture engendrent actuellement par ha dont 1 tonne à 1,5 tonne d’azote sous
des eaux de drainage contenant encore des élé- forme NO3-. (cf. : )

110
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

Concentration Quantité d’éléments Quantité d’engrais


Surface de serres Volumes Quantité d’azote
de la solution minéraux sous (éléments fertilisant
maraîchères d’effluents par ha N-NO3
de drainage formes ioniques uniquement)

40 ha 2 000 à 3 000 m3 1,5 à 2 g/l 3 à 6 tonnes/ha 3 000 à 4 000 U/Ha 300 à 400 U/ha

Tableau 21 : Récapitulatif sur les quantités d’effluents de serre à La Réunion (ARMEFLHOR)

2.5.2.2 Quatre méthodes Épandage des eaux


pour gérer les eaux de drainage sur culture
de drainage
• Collecter les drainages pour les utiliser sur
d’autres cultures (en sol sous abris ou en
Optimisation des apports plein champ)
en solution fertilisante
La maîtrise des effluents liquides hors sol passe
• Réduire quantitativement les drainages en en premier lieu par une récupération performante
s’approchant des besoins des plantes des eaux de drainage. Le système de récupération
Dans la pratique, un drainage est nécessaire pour doit être à l’abri de sources de contamination et
éviter le risque d’accumulation de certains éléments éviter les fuites. Les eaux de drainage ainsi récu-
dans le substrat et limiter les effets d’une irrigation pérées doivent être stockées temporairement. Le
hétérogène provoquant des manques d’eau avec dimensionnement du stockage doit être pensé en
accumulation de sels sur certaines zones. fonction de la réutilisation prévue.
Il est possible de diminuer de façon conséquente Un système de pompage puis d’épandage (asper-
le drainage en utilisant des outils permettant de sion, goutte à goutte…) doit équiper la parcelle
mieux appréhender la consommation de la plante. sur laquelle le drainage doit être épandu.
Différents systèmes de pilotage de l’irrigation Il convient également de penser à la filtration afin
existent en culture hors sol. Le plus communé- d’éviter les bouchages du système d’irrigation.
ment utilisé est le pilotage par solarimètre. Il existe Suivant la culture, sur laquelle l’utilisation des
en effet une bonne corrélation entre le rayonne- eaux de drainage est prévue, un système de dés-
ment solaire (ensoleillement) et la transpiration infection est requis.
de la plante. L’utilisation du solarimètre permet
donc de régler au mieux l’apport de solution avec • Collecter les drainages et les réutiliser sur
la consommation de la plante et donc de limiter la même culture dans un système dit
les rejets dans l’environnement. « fermé » ou en « solution recyclée »
• Mieux adapter la composition en éléments Cette méthode consiste à récupérer le drainage,
nutritifs de la solution aux besoins des le traiter et le réinjecter dans la culture en place
CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

plantes en mélange avec la solution nutritive « neuve ». Le


traitement est nécessaire pour éviter les risques
Il est possible de remplacer en partie les nitrates
de contamination essentiellement de champignon
par d’autres ions (sulfate, chlorure…). C’est ce
qui est pratiqué en privilégiant les apports de cal- ou de bactérie sur l’ensemble de l’exploitation.
cium ou de potassium non plus sous forme de Différentes méthodes de désinfection existent :
nitrate (nitrate de calcium ou nitrate de potassium) – Chlore gazeux – Ultra-Violets
mais en partie sous forme de chlorure (de calcium
ou de potassium) ou sulfate de potassium. Ces – Ozone – Traitement thermique…
substitutions sont cependant limitées. – Ionisation

juin
r 1992, décret du 12
ex te législat if (loi sur l’eau du 3 janvie ra ble . Il int er dit le
Le cont ibrée et du
) im po se de gé re r l’eau de façon équil ns ag ric ole s da ns les
96 xploitatio
t des effluents d’e
déversement direc er ra ine s.
et so ut
eaux superficielles

111
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

L’ARMEFLHOR étudie en ce moment l’impact sur utilisent l’oxygène des nitrates pour respirer et
le rendement du recyclage en circuit fermé avec dégagent de l’azote gazeux (N2). Cette réaction
deux types de matériel de désinfection de la solu- nécessite de la matière organique.
tion de drainage :
D’après les données bibliographiques, le passage
– Désinfection par ultra-violets dans le bassin filtrant abaisse fortement la
– Désinfection par ionisation concentration en nitrate dès 7 jours. Au bout de
10 à 14 jours, la concentration en azote passe en
Rejet aux normes : dessous du seuil de 50 mg/l.
envoyer le drainage Des essais sont actuellement en cours à l’ARME-
dans un bassin filtrant
FLHOR pour :
à macrophytes
• Évaluer la quantité de matière organique suffi-
Le producteur choisit avec cette méthode de reje- sante pour dénitrifier le milieu ;
ter des effluents aux normes. La teneur limite • Évaluer la capacité d’épuration pour les autres
tolérée dans une eau de consommation est de éléments minéraux ;
50 mg de NO3-/l. Même si le rejet d’eau potable
• Évaluer l’impact sur la flore bactérienne ;
n’est pas l’objectif, cette valeur est habituellement
prise comme référence lorsqu’on parle de pollu- • Évaluer la pertinence du matériel végétal.
tion azotée. Pour toute information complémentaire, contactez
Le principe de la dénitrification de ces bassins l’ARMEFLHOR. Pour obtenir ses coordonnées,
est basé sur l’activité de bactéries anaérobies qui reportez-vous à Votre carnet d’adresses page 250.

Schéma 22 : Coupe transversale d’un


bassin filtrant à macrophytes à flux horiz
ontal (ARMEFLHOR)

112
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

CHAPITRE 2 : AMENDEMENTS ET ENGRAIS

113
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

CHAPITRE 2
AMENDEMENTS ET ENGRAIS

ce qu’il faut retenir des bonnes


pratiques agricoles pour ce chapitre
La base du raisonnement en fertilisation est l’analyse de sol. Elle permet de suivre la
qualité des sols et d’apporter les bonnes corrections, les bons amendements, et d’assurer
à la plante un support fertile. L’échantillonnage est à la portée de tous et l’analyse par le
laboratoire du CIRAD est peu coûteuse au regard du raisonnement de fertilisation et donc
de la baisse des coûts qu’elle induit.
Pour assurer l’efficacité de l’engrais épandu sur une parcelle, il faut connaître les besoins
de la culture, de la plantation à la récolte. Cette connaissance permet au cultivateur d’ap-
porter la bonne dose au bon moment en favorisant l’assimilation par les plantes tout en
limitant les risques de pollution par transfert dans les cours d’eau.
Établir un plan de fertilisation à partir de l’analyse de sol permet à l’exploitant d’élaborer
un document technique prévisionnel des besoins quantitatifs et qualitatifs en fertilisant,
en vue de réaliser son objectif de production. Malgré le manque de connaissances sur les
arrières effets de la fertilisation à La Réunion, il reste un outil central de réflexion sur la
fertilisation à mettre en place.
L’agriculteur a le choix entre matières minérales et matières organiques. Leurs utilisations
répondent à une réglementation et à une technicité qu’il est nécessaire de connaître pour
assurer un bon rendement et éviter toute pollution des masses d’eau : calcul de la dose à
apporter, réglage de l’épandeur, distances réglementaires d’épandage à respecter, prise
en compte de la pente et des conditions météorologiques, etc. Toute fertilisation doit être
réfléchie pour être efficace.
En culture hors sol, les eaux de drainages ne doivent en aucun cas être évacuées directement
dans le milieu naturel. Des moyens de traitement existent pour ces effluents.
En ce qui concerne la gestion des déchets, il est recommandé de se rapprocher de
la Chambre d’Agriculture pour toute information concernant les lieux de collecte
et les conditions d’acceptation des déchets. Vous pouvez également vous reporter
à l’annexe III de ce guide.

114
GUIDE DES BONNES PRATIQUES AGRICOLES À LA RÉUNION

CHAPITRE 2
AMENDEMENTS ET ENGRAIS

POUR ALLER PLUS LOIN


VOS OUVRAGES :
ARTAS, 2007. Gagnez plus, c’est possible en mettant l’engrais ou l’herbicide au bon
moment. Cahier technique – La canne, n° 12, Aout 2007, 8 p. Disponible gratuitement
à l’adresse : http://www.canne-progres.com/cahiers_techniques/intro.php
ARTAS, 2006. Les analyses de sol. Cahier technique - La canne, n° 7, Aout 2006, 8 p.
Disponible gratuitement à l’adresse : http://www.canne-progres.com/cahiers_techniques/
intro.php
Bourgaut G., ARTAS, 2006. Bonnes pratiques agricoles en production de canne à
sucre. Version 4, février 2006, 23 p. Disponible au CTICS
Chabalier P.-F., Fillols E., 2007. Guide la fertilisation de la canne à sucre à La Réunion.
Avril 2007, 166 p. Disponible à la Chambre d’Agriculture de La Réunion
Chabalier P-F., Van De Kerchove V., Saint Macary H., 2006. Guide de la fertilisation orga-
nique à La Réunion. Avril 2007, 302 p. Disponible à la Chambre d’Agriculture de La Réunion
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la Chambre d’Agriculture de La Réunion

VOS SITES INTERNET :


http://www.mvad-reunion.org : Site de la Mission de Valorisation Agricole des Déchets,
de nombreuses publications sur la valorisation des matières organiques (fumiers, lisiers,
composts, boues de STEP, etc.)
http://www.cirad.fr/reunion/produits/prestations/analyses_agronomiques :
Adresse du laboratoire des sols du CIRAD, formulaire de demande d’analyses, tarifs de
l’année en cours, etc.
http://www.reunion.eaufrance.fr : Système d’information sur l’eau du bassin Réunion
Vous pouvez consulter et emprunter gratuitement l’ensemble des ouvrages de
ce guide, et bien d’autres publications, à la bibliothèque du CIRAD au pôle « 3P »
à St-Pierre (cf. Votre carnet d’adresses page 250)

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