INTRODUCTION
La philosophie est née en Grèce antique, tirée du grec Philosophia, signifie
littéralement « amour du savoir » et communément appelée « amour de la
sagesse », elle s’avère comme une démarche qui vise à la compréhension du
monde et de la vie, à travers une réflexion critique et rationnelle. La réflexion
philosophique se conçoit comme la recherche de la vérité axée sur un
questionnement sur le monde et les phénomènes.
La philosophie est une activité réflexion dont la substance consiste à s’interroger
l’homme et son environnement. Elle s’interroge sur les différentes manières de
penser et sur leur pertinence. Elle peut également s’intéresser à son propre
domaine, mais aussi à la science, à la religion, à l’idéologie, à la métaphysique et
différentes transformations de la pensée au cours de l’histoire de l’humanité.
Progressivement, en plus d’être une activité rationnelle, elle s’est constituée en un
mode de vie.
La philosophie s’est très tôt appréhendée comme une manière de vivre et non pas
uniquement comme une réflexion théorique. Il est vrai que la philosophie est
souvent perçue comme une discipline abstraite réservées à une frange de la
population, elle est apparait comme un outil très puissant qui peut façonner notre
manière de penser, de décider et d’interagir avec le monde. Elle peut aider à
clarifier nos croyances et à mettre à l’épreuve nos préjugés.
Fort de ce caractère incontournable de la philosophie dans l’existence humaine, il
serait important de l’inscrire au programme de l’enseignement secondaire. Pour
cela, le sujet qui semble nous intéresser est le suivant : « L’enseignement de la
philosophie dans le secondaire ivoirien et des progrès technologiques dans nos
sociétés actuelles à travers Le discours sur les sciences et les arts de Jean-Jacques
ROUSSEAU ». Dans l’histoire de la pensée philosophique, Jean-Jacques
ROUSSEAU repesente l’une des fifures emblematiques. Selon les temoignables
fidelement transmis , ce philosophe est né le 28 juillet 1712 et est mort le 2 juillet
1778 à Ermenonville en France. La philosophie de Rousseau est principalement
influencée par la philosophie de René DESCARTES, de Wilhelm LEIBNIZ et de
Nicolas MALEBRANCHE. Ce philosophe français est issu des courants de
pensées comme le Contractualisme, le Romantisme, le Républicanisme. Ses
principaux intérêts sont la politique, l’éducation, la science, l’économie et la
religion. Jean-Jacques ROUSSEAU est connu pour avoir écrit les ouvrages
suivants : Discours sur les sciences et les arts paru en 1749, Discours l’origine et
les fondements de l’inégalité parmi les hommes paru en 1755, Julie ou La
Nouvelle Héloïse en 1761, Emile ou de l’éducation en 1765, Du contrat social en
1762, Les Confessions de 1765-1770 et Les rêveries du promeneur solitaires écrit
de 1776-1778. Parmi ces ouvrages, celui qui semble retenir notre attention est le
Discours sur les sciences et les arts. Dans cet ouvrage, Rousseau point du doigt
les sciences, car elles ont contribué à modifier les mœurs. Ainsi sa philosophie de
la science se conçoit comme une critique contre les sciences et les arts. Pour
atteindre son objectif, il présente son ouvrage en deux parties, une partie adressée
à la critique contre les sciences et une autre adressée contre les arts. En réalité si
Rousseau érige une telle critique contre les sciences et les arts, c’est parce qu’ils
éloignent l’homme de la vertu. Selon Rousseau, les sciences et les arts sont
corrupteurs des mœurs. Et cette corruption des mœurs vise à camoufler le joug des
tirants en occupant les hommes à travers des futilités que représentent les sciences
et les arts.
Les sciences et les arts ont modifié le cours des mœurs en menant les hommes à
un esclavage. Cette propension de l’homme à toujours être porté vers l’outil
scientifique et technique, engloutit sa liberté. Les commodités et les conforts
qu’offrent la technoscience constitue une sérieuse entrave aux valeurs morales. J-
J. Rousseau ( 1751, p. 28) ne manque pas de souligner cet aspect de la science à
travers ces lignes
Si la culture des sciences est nuisible aux qualités guerrières, elle l’est
encore plus aux qualités morales. C’est dès nos premières années
qu’une éducation insensée orne notre esprit et corrompt notre
jugement. Je vois de toutes parts des établissements immenses, où l’on
élève à grands frais la jeunesse pour lui apprendre toutes choses,
excepté ses devoirs.
Selon Jean-Jacques ROUSSEAU, le progrès des sciences a rendu l’homme en un
esclave, dépendant des machines. Dans l’analyse de Rousseau, il déplore
« l’aveuglement de l’homme qui, pour nourrir son fol orgueil et je ne sais quelle
vaine admiration de lui-même, le fait courir avec ardeur après toutes les misères
dont il susceptible et que la bienfaisante nature avait pris soin d’écarter de lui ».
Le raisonnement de Rousseau a encore de la valeur à notre époque actuelle. Avec
l’avènement de la rationalité technologique de pointe, notre environnement se
métamorphose à un rythme assez inquiétant. Nous semblons vivre sous l’emprise
de la force de la technologie, qui est d’ailleurs le fruit de la rationalité humaine.
Face à la montée fulgurante et à l’envahissement de nos sociétés par la chose
technologique, nos valeurs intrinsèques sociales s’évanouissent progressivement
pour laisser place à l’individualisme, à l’intolérance, à la divergence, à
l’indifférence et le gout exagéré pour le gain. Cet état de fait semble rabaisser
l’homme et contribuer à sa décadence et à sa déchéance. Mais, au juste, qu’est-ce
qui motive le choix d’un tel sujet ?
Nous avons opté pour le choix de ce sujet pour des raisons pédagogique,
scientifique et socio-économique. La motivation pédagogique se justifie par le
souci de faire connaitre aux élèves du secondaire et surtout ceux des classes de
première et de terminale la notion de science et de technologie. Ce souci de faire
connaitre cette notion se traduit aussi par un établissement de rapport entre la
science, la technologie et le bonheur de l’homme. Mieux, nous voulons
démontrer, selon une démarche pédagogique que la science a envahi tous les
domaines d’activité humaine, elle y a contribué quelques fois à leur essor, mais
qu’elle a engendré la déchéance des valeurs humaines.
Au niveau scientifique, nous voulons aborder la question de la philosophie dans
son rapport avec la technoscience. A ce niveau, la tache nous incombe de mettre
en lumière les questions éthiques que soulève la technoscience. Ce consiste à
évaluer la science et la technique, pour comprendre à quel point elles seront utiles
à l’humanité. L’analyse de l’outil technologique se conçoit à premier abord par
une évaluation du progrès de la société qu’il apporte. Nous voulons véritablement
comprendre pourquoi les progrès technologiques tels que les robots, la
biotechnologie et la biotechnologie suscitent autant d’enthousiasme de la part de
nos contemporains. Ce progrès est dû à une amélioration des connaissances
humaines appliquées à la production. Il a permis l’enrichissement de nos sociétés
depuis les origines de l’humanité et depuis le début de la révolution industrielle.
Cette analyse permet donc de comprendre que nos sociétés sont portées
inexorablement vers le progrès, les conséquences de ce progrès sont mitigées. La
technologie est devenue très sophistiquée au point où elle est capable des
innovations qui dépassent l’entendement, mais il faut reconnaitre qu’elle s’éloigne
des valeurs de dignité et de respect de l’homme.
Au niveau socio-politique, nous voulons interroger les progrès technoscientifiques
pour comprendre à quel point ils satisfont l’homme. Regroupés en progrès
matériel ou social, les sciences et la technique ont défini une ligne marquant
l’amélioration des conditions de vie sociale de l’homme. Cela se traduit par une
accumulation des biens matériels pouvant satisfaire l’homme dans sa dimension
physique et biologique. La technologie actuelle a la capacité d’engendrer pour
l’homme un progrès économique, social et politique. Cela s’entend comme une
accumulation des biens pouvant faciliter une production plus élevée. Il faut aussi
noter que c’est le développement économique qui conduit au progrès social.
L’épanouissement social ne peut s’effectuer un progrès économique au préalable.
Il est donc impossible de dissocier le progrès social du progrès économique, c’est
ce point de vue K. Marx (1938, p. 48) essaie de défendre dans Manifeste du parti
communiste, il dit ceci « L’essence économique ne peut être substituée de
l’essence sociale vu que tout développement historique, social s’accompagne de
son développement économique ». Pour Marx, le progrès social dépend de la
dimension économique ou l’accumulation des biens.
L’enseignement de la philosophie dans le secondaire ivoirien et surtout la
philosophie de la technoscience de J-J Rousseau n’est pas fortuit, il semble
contribuer à élever le niveau de culture des apprenants et à enrichir leur esprit. Les
diverses disciplines enseignées dans les établissements scolaires secondaires ne
donnent qu’une fraction de connaissance. Cet enseignement philosophique
pourrait favoriser l’accès de chaque élève à l’exercice réfléchi du jugement sur les
technologies actuelles et lui donner la capacité de penser par lui-même. De ce fait,
il est important de poser la question fondamentale suivante : Le choix de
l’enseignement de la philosophie et des progrès technologiques est-il pertinent
pour les sociétés actuelles ? Pour répondre à cette question, il est important de
savoir que la philosophie est actuelle, elle s’intéresse à tout ce qui touche à la vie
d’une société. Et, aujourd’hui, il peut être également difficile d’aborder les
questions contemporaines sans questionner le poids des progrès technologiques
dans nos sociétés. Alors, l’enseignement de la philosophie dans les établissements
secondaires de la Côte-d’Ivoire relève-t-elle d’une nécessité ? Enseigner la
philosophie au secondaire semble répondre à une attente intellectuelle, sociale et
personnelle, mais elle peut également s’adosser à un philosophe. Pour mieux
structurer une étude philosophique sur les progrès technologiques, le choix peut
porter sur Jean- Jacques Rousseau et son ouvrage Discours sur les sciences et les
arts. Comment structure sa pensée dans cet ouvrage ? L’analyse du contenu de
cet ouvrage, Rousseau apparait comme l’un des critiques des sciences en raison de
leurs aspects immoraux. Les progrès technoscientifiques, aux dires de Rousseau
semblent oublier l’homme dans sa dimension profonde, c’est-à-dire sa dignité et
son respect, chose qui pourrait être préjudiciable à l’épanouissement total de
l’homme. Mais dans la démarche critique de Rousseau se trouve une réhabilitation
morale et éthique de l’homme. Il fait une analyse critique des sciences pour attirer
l’attention de l’opinion sur ses éventuels dangers et menaces destructrices. Dans
ce sens, en quoi la philosophie rousseauiste peut être un apport dans la réflexion
sur les progrès technologiques ? Cette question nous permettra de nous inspirer de
la philosophie de Rousseau pour traiter la question des progrès technologiques
dans la philosophie.
L’objectif principal de cette étude est de démontrer que les progrès technologiques
concourent à l’épanouissement de l’homme. Le premier objectif secondaire va
consister à montrer la différenciation entre les progrès. Le deuxième sera à
montrer que les progrès technologiques actuels peuvent satisfaire les aspirations
matérielles de l’homme. Le troisième appelle à une complémentarité entre les
progrès matériels et les progrès moraux.
Cette étude va donc consister à aborder la problématique de l’enseignement de la
philosophie dans le secondaire ivoirien. Cela passe aussi par une présentation de
la philosophie de Jean-Jacques Rousseau dans Discours sur les sciences et les
arts. En dernier lieu, il sera question de mettre en lumière la contribution de Jean-
Jacques Rousseau pour des enseignements pertinents sur les progrès
technologiques dans le secondaire ivoirien.
Pour y arriver, nous utiliserons les approches historique et pédagogique. La
méthode historique est un ensemble de réflexion qui porte sur les procédés, les
moyens, les objectifs et les finalités. Cela va donc permettre de retracer le
contexte dans lequel l’enseignement de la philosophie intervient. Quant à
l’approche pédagogique, elle est un ensemble de principes et méthodes utilisés
pour faciliter les apprentissages. Elle nous aidera à démontrer avec subtilité
l’importance des progrès technologiques et aussi la nécessité de les repenser.