Développement psychologique de l’adolescent
Modèle social de l’adolescence
1. Perspective culturelle (Culturalisme)
Principaux auteurs : M. Mead, R. Benedict, B. Malinowski, A. Kardiner, M. Marcelli & A.
Braconnier
a. Adolescence = phénomène variable selon les sociétés :
Durée : courte dans sociétés simples (ex. : Samoa), longue dans sociétés complexes
(ex. : Occident)
Période + difficile quand société = plus complexe
b. Modalités de socialisation variées :
Inde (Muria) : dortoirs mixtes pour adolescents
Kenya (Masaï) : rôle de défense de la tribu
Ghana : séparation des sexes selon lignée maternelle/paternelle
c. Types de cultures (M. Mead) :
Post-figuratives : savoir transmis par les anciens
Co-figuratives : apprentissage entre pairs
Pré-figuratives : adultes apprennent aussi des jeunes
d. Réflexion de J. S. Bruner :
La société moderne, en changement constant, ne propose plus de modèles stables,
adolescents et adultes doivent s’adapter ensemble
2. Perspective historique (P. Ariès, M. Claes)
a. Avant 1900 :
Pas de distinction entre enfance et adolescence
b. Vers 1900 :
La jeunesse devient un thème littéraire et politique
Naissance du sentiment de groupe adolescent
c. Après la Première Guerre mondiale :
Apparition du clivage générationnel
Adolescence valorisée = "âge favori" au XXe siècle
d. Facteurs d’évolution (depuis les années 1970) :
Industrialisation
Allongement de la scolarisation
Rejet des normes traditionnelles (ex. : mariage)
Adolescence prolongée dans la famille
Nouvelles représentations de la sexualité
le modèle psychanalytique et le modèle psychologique de l’adolescence :
🧠 Modèle psychanalytique
1. Fondement
Adolescence = processus psychique déclenché par la puberté
Changement profond dans la dynamique de la personnalité
2. Auteurs majeurs et apports :
Auteur Concepts / Apports
Anna Freud Mécanismes de défense de l’adolescent face à la sexualité (ex :
ascétisme, intellectualisation)
D.W. Winnicott Adolescence = période de besoin de soutien, appartenance à
un groupe
A. Haïm Adolescence = travail de deuil des "objets infantiles"
E. Jacobson, O. Kernberg, Développement du narcissisme
A. Green
E. Kestemberg, P. Blos, Construction de l’Idéal du Moi
M. Laufer
F. Dolto, A. Birraux, P. Image du corps bouleversée
Jeammet
E. Erikson Identité (stade psychosocial)
H. Deutsch Socialisation
Masterson, F. Ladame, P. Étude des risques psychopathologiques, approche
Gutton... thérapeutique
3. Concepts clés :
Détachement des figures parentales
Choix de nouveaux objets d’investissement
Construction de l’estime de soi
Crise, autonomie, appartenance à un groupe
🧩 Modèle psychologique
1. Historique :
Début : 1904, avec Stanley Hall aux États-Unis (psychologie évolutionniste)
En Europe : développement plus tardif (H. Wallon, J. Piaget...)
2. Auteurs et contributions :
Auteur Apport principal
P. Mendousse & G. Fondateurs de la psychologie de l’adolescence en France
Debesse
H. Wallon Importance des émotions et interactions sociales
J. Piaget & B. Inhelder Accès à la pensée formelle abstraite : raisonnement
hypothético-déductif
3. Implications :
Développement de l’autonomie intellectuelle
Capacité à penser le futur, les idéaux, les contradictions sociales
Changement dans le rapport au monde et aux autres:
L’adolescent et son corps
1. Introduction : Le corps, un enjeu central à l’adolescence
Rapport ambivalent au corps : amour / haine, fierté / honte, désir / peur
Citation de S. Tomkiewicz : le corps comme source d’angoisse et de réjouissance
Corps vécu ≠ corps perçu dans le miroir ≠ corps vu par les autres
Impact du regard d’autrui : gêne, pudeur, révolte, insatisfaction corporelle
L’adolescence = deuxième naissance → nouveau rapport au corps → nécessité d’une
approche prudente
2. La puberté : transformations biologiques et hormonales
Définition :
Ensemble des changements biologiques et anatomiques menant à la reproduction
Phénomène panhumain, spontané, limité dans le temps
Début puberté :
o Fille : premières menstruations
o Garçon : première éjaculation
Mécanismes hormonaux (A. Birraux) :
L.H. : stimule testicules et ovaires
F.S.H. : développement des follicules (fille) / spermatogenèse (garçon)
Androgènes : hormones mâles (testostérone), développement caractères sexuels
secondaires
Œstrogènes : développement organes sexuels féminins, répartition des graisses
Autres hormones : croissance osseuse et musculaire
3. Évolution physique chez les filles et les garçons
Chez la fille :
Âge Changements observés
approximatif
9-10 ans Croissance des ovaires/utérus, mamelons, bassin
10-12 ans Pilosité pubienne, pigmentation aréoles, poussée mammaire
11-13 ans Développement des organes génitaux, pilosité triangulaire
Vers 13 ans Pilosité axillaire + premières règles
Autres Prise de forme (hanches, fesses, seins), acné variable, puberté plus
précoce en Tunisie
Chez le garçon :
Âge Changements observés
approximatif
10-11 ans Début augmentation pénis/testicules, pigmentation scrotum
14-16 ans Pilosité pubienne losangique, pilosité thoracique/abdominale
Vers 15-16 ans Premières éjaculations, mue de la voix, élargissement thorax
Autres Prise de masse musculaire, acné, pilosité faciale, épaules plus larges
que hanches
4. Remarques clés
Durée de la puberté : de 2 à 6-7 ans (selon A. Birraux)
Séquence constante : développement mammaire précède l’éjaculation
Transformations visibles vs remaniements internes
Conséquences : vécu corporel bouleversé, nouvelle image de soi
Voici un schéma synthétique et structuré des parties 3.3 à 3.6, concernant l’image du corps
à l’adolescence, ses enjeux psychologiques, sexuels et psychopathologiques.
L’IMAGE DU CORPS À L’ADOLESCENCE
3.3 – L’image du corps
Perturbations majeures : insatisfaction corporelle, anxiété, plaintes somatiques
(maux de ventre, céphalées, vertiges…)
Crainte d’un développement dysharmonique (notamment chez les filles)
Terminologies multiples :
o Image du corps (P. Schilder)
o Image corporelle (F. Alvin)
o Image inconsciente du corps (F. Dolto)
o Corps imaginaire (S. Ali)
Lien entre corps, imaginaire et affectif
Quand ces préoccupations deviennent envahissantes, elles peuvent altérer la
concentration scolaire.
3.4 – Le corps de l’adolescent et la psychanalyse
Le corps = "capital-valeur" (E. Ebtiger)
Hypertrophie de l’investissement corporel → réveil des culpabilités oedipiennes
Nécessité de dépassement du complexe d’Œdipe
L’adolescent doit :
o Vivre avec un corps sexué et capable de procréer
o Renoncer à ses désirs infantiles sans renoncer au désir
o S’inscrire dans un nouvel ordre symbolique
3.5 – Corps et sexualité
Corps = objet libidinal → désirs, fantasmes, pulsions
Masturbation réelle ou mentale = équivalents pulsionnels
Conflit éthique lié à la culpabilité oedipienne
Quête identitaire sexuelle → dépassement de la bisexualité psychique (Freud)
L’entrée dans la génitalité peut être :
o Vécue comme une menace
o Suivie d’un repli régressif vers la sexualité infantile
La sexualité adolescente ≠ simple passage à l’acte
→ nécessite une intégration psychique progressive
Tension entre :
o Corps sexué biologique
o Sujet désirant/instinctif
3.6 – Aspects psychopathologiques liés au corps
A. Dépense physique comme réponse défensive :
Tradition ancienne (Freud, 1893) : sport = "cure" des troubles pubertaires
Sport = positif, s’il est :
o Volontaire
o Équilibré avec d’autres activités
Sport excessif :
o Recherche de dépassement, d’épuisement
o → Substitution à la satisfaction pulsionnelle
o → Signal de fragilité psychique
B. Troubles psychopathologiques corporels :
Dysmorphophobie : obsession d’un défaut corporel
Hypocondrie : peur d’être malade
Anorexie mentale : rejet du corps sexué (souvent chez les filles)
Agir corporel comme exutoire : fugues, délinquance, toxicomanie, suicide
Conclusion :
Toute activité corporelle à l’adolescence (même banale ou irritante aux yeux des adultes)
doit être lue comme l’expression d’un rapport ambivalent au corps : entre attirance, rejet,
construction identitaire, et tentative de maîtrise
4 – Le narcissisme à l’adolescence
4.1 – Définition du narcissisme
Origine psychanalytique (La Planche et Pontalis) :
→ "Amour porté à l'image de soi-même", en référence au mythe de Narcisse
Narcissisme et adolescence :
o Période marquée par des contradictions intérieures :
Grandir et rester enfant
Être autonome et dépendant
Avoir un corps sexué sans procréer
o Ces paradoxes nécessitent un travail psychique complexe, souvent comparé à
un travail de deuil
o Ce travail n’est possible que si les assises narcissiques sont solides
Concepts liés :
o Soi
o Idéal du Moi
4.2 – Repérage du narcissisme & événements déstabilisateurs
Critères de solidité narcissique (Winnicott, Chiland) :
1. Estime de soi
2. Limites internes/externes claires (malgré la puberté)
3. Protection des bons objets internes
Événements déstabilisateurs majeurs :
1. Rejet des images parentales :
o Nécessaire pour construire une identité stable
o Mais fragilise le narcissisme car :
Le rejet du parent du même sexe = perte d’une base identificatoire
structurante
o → Compensation par le groupe, la bande, les pairs (Idéal du Moi collectif)
2. Modification de l’image corporelle :
o Puberté → sexualisation du corps → trouble de l’image de soi
o Peut entraîner :
Gêne
Malaise
Sentiment d’infériorité
Difficultés relationnelles
o → Fragilisation du narcissisme corporel
Lien fort entre narcissisme & formation du Soi
4.3 – L’estime de soi
Définition (R. L’Ecuyer, 1978) : → "Perception que l’individu a de sa propre valeur,
influencée par le regard des personnes significatives et la comparaison sociale."
Rôle central à l’adolescence :
o Reflète l’investissement narcissique
o Permet le passage d’une centration sur soi à des activités sublimatoires
Vision d'Otto Kernberg (1975) :
Plus un individu investit à la fois sur soi et sur l’objet, plus il est capable :
d’aimer
de donner
d’exprimer de la gratitude
de sublimer ses pulsions
d’être créatif
→ Le narcissisme sain prend racine dès la petite enfance, à travers les réponses
adéquates des parents (aux besoins affectifs, pulsions, frustrations…)
Narcissisme & socialisation adolescente :
Investissements symboliques : chanteur, idole, star, sportif...
L’idole = support d’identification narcissique (projections du groupe)
Mais l’adolescent doit transcender cette illusion et affronter la réalité, comme Œdipe
qui démasque le démon (P. Ferrari, 1981).
Schéma – Le Schéma corporel, l’Image du corps et le Moi Idéal
1. Le Schéma corporel
Définition :
Représentation mentale du corps en mouvement, permettant de se repérer dans l’espace.
Fondé sur :
o Données sensorielles proprioceptives (internes)
o Données extéroceptives (externes)
Fonction :
o Outil d’action dans l’espace
o Nécessaire à la coordination motrice
o Touché en cas de lésions du lobe pariétal
Origine du concept :
Introduit par Paul Schilder (1923)
Développement :
Se construit par l’intégration sensori-motrice + relation au milieu
Atteint son niveau symbolique vers 5-6 ans (avec la latéralisation dominante)
2. L’Image du corps
Définition générale :
Représentation subjective, affective et imaginaire du corps, inconsciente, propre à chacun.
Différences avec le schéma corporel :
Schéma corporel Image du corps
Sensoriel et moteur Affectif et imaginaire
Conscient (en partie) Inconscient
Outil d’action Vécu intérieur subjectif
Rapport à l’espace réel Rapport aux autres et à soi-
même
Auteurs principaux :
A. Birraux : Le corps comme représentation symbolique
F. Dolto :
→ “Synthèse vivante des expériences émotionnelles, support du narcissisme”
K. Machover :
o Pas une simple image visuelle
o Intègre des représentations mentales, émotions, attitudes
o L’image du corps se forme dans la relation à autrui
Conséquence : L’image du corps influence la construction de la personnalité et les relations
interpersonnelles
3. Le Moi idéal (Freud, 1914)
Définition :
Instance imaginaire à laquelle le Moi se réfère, construite à partir d’un modèle idéalisé
(souvent une personne réelle).
Naît dans le processus de narcissisme primaire
Fonctionne comme repère d’identification pour le Moi en développement
Représente ce que le sujet aspire à devenir
Évolution :
Avant Œdipe : Le Moi se construit par référence à un autre idéalisé (Toi)
Après Œdipe : Le sujet devient son propre “Je”, avec un soutien éthique et imaginaire
propre
Remarque :
Freud ne distingue pas clairement entre :
Moi idéal (Idealich)
Idéal du Moi (Ichideal)
Voici une synthèse schématique claire et structurée de la partie L’adolescence et l’identité,
en regroupant les idées principales et les apports théoriques de façon accessible et visuelle.
L’Adolescence et la Construction de l’Identité
1. Introduction : l’adolescence, période centrale de construction identitaire
L’identité = sentiment de continuité de soi, même à travers les changements.
Construction dans une dialectique :
o Affirmation de soi
o Identification à autrui
L’adolescence = période de crise et de transformation
2. La théorie d’E. Erikson : l'identité psychosociale
Concept-clé : L’identité se construit au fil de 8 stades de développement, chacun marqué
par une crise à résoudre.
Spécificités :
Crises = cumulatives : chaque stade porte les traces des précédents.
Résolution réussie : équilibre entre aspects positifs et déséquilibre temporaire causé
par des capacités nouvelles.
Critiques (Meacham & Santelli, via H. Lehalle) :
Doute sur la chronologie rigide des stades
Difficulté d'opérationnaliser les transitions entre stades
Exemple : chez les filles, la crise d’intimité peut précéder la crise d’identité
Mérite d’Erikson : Avoir introduit la complexité du développement identitaire, avec une
vision interactionnelle et dynamique.
3. Les statuts identitaires de Marcia (1966, 1980)
Inspiré par Erikson, Marcia définit 4 modalités identitaires selon deux axes :
Crise (exploration)
Engagement (choix personnel)
Statut Exploration Engagement Caractéristiques
? ?
Identité Oui Oui Crise résolue, choix personnel
achevée
Identité Non Non Pas de recherche ni de choix
diffuse
Moratoire Oui Non Phase de recherche active, sans décision
Identité Non Oui Choix imposés (famille, culture), sans
forclose exploration
Critique de Lehalle :
Études faites seulement sur des garçons
Aucune indication génétique sur la formation identitaire
Conclusion :
La plupart des jeunes atteignent une identité achevée vers 21 ans
4. L’identité selon la psychanalyse (E. Kestemberg)
Spécificités psychanalytiques :
L’adolescent oscille entre dépendance et recherche d’autonomie
Transformations corporelles et éveil sexuel = facteurs de déstabilisation
L’identité se forme à travers une interrogation existentielle :
« Qui suis-je ? », « Comment être ? »
Notion essentielle :
Lien étroit entre identité et identification
Rejet des images parentales = nécessaire pour l’émergence de nouvelles
identifications
L’adolescent se construit en fonction de l’image que lui renvoient les adultes
la socialisation de l’adolescent,:
6.1 - Introduction :
Parler de socialisation à l’adolescence implique de mobiliser plusieurs notions clés comme
l’identité, l’image de soi et la personnalisation.
L’identité, déjà abordée, s’élabore entre maturité affective et sociale.
L’image de soi, influencée par les transformations corporelles, joue un rôle important
dans le développement de l’identité sociale.
Pour traiter ce thème, nous nous appuyons sur les travaux de Ph. Malrieu, A. Aubion-Roye
et V. Hajjar (1991), spécialistes de la socialisation.
6.2 - Le développement et le processus de socialisation :
6.2.1 - Généralités :
La socialisation à l’adolescence débute par une rupture avec les modèles parentaux,
ce qui peut générer angoisse, révolte ou incertitude (Ph. Malrieu, P. Tap).
L’adolescent est dans une position « entre-deux » : il quitte les protections de
l’enfance tout en cherchant une autonomie encore fragile.
Son identité sociale se construit dans ce tiraillement entre passé (liens anciens) et
futur (projets personnels), à travers l’adaptation des normes et modèles qu’il a reçus.
6.2.2 - L’environnement et les œuvres :
L’environnement (école, formation, amitiés, activités culturelles, etc.) a une influence
majeure.
Ph. Malrieu insiste sur l’importance des « œuvres » (modèles culturels, personnes
inspirantes, savoirs).
La confrontation aux institutions, aux règles et aux conflits contribue au processus de
personnalisation : appropriation progressive de toutes les expériences vécues.
6.3 - Les interactions entre pairs : amitié et désir amoureux
L’amitié :
Très investie à l’adolescence.
Une expérience de Power (1955) montre que les mots liés à l’amitié provoquent les
temps de réaction les plus longs entre 13 et 17 ans.
Selon Douvan et Adelson (1966), l’évolution de l’amitié passe par 3 phases :
1. 11-13 ans : amitié centrée sur les activités communes.
2. 14-16 ans : début de la confiance mutuelle, peur de la trahison.
3. Dès 17 ans : recherche de la différence, moins de fusion, l’amour commence à
concurrencer l’amitié.
Motivations à l’amitié :
o Ressemblance, conformité, expérimentation des rôles sociaux.
o Besoin d’un « double » pour se rassurer face à la perte des repères familiaux.
Le désir amoureux :
Étude de Castarède (1978) sur des adolescents « ordinaires » (16-21 ans) :
o 2/3 ont eu des relations sexuelles.
o L’acte sexuel est vu comme une relation affective importante et engageante.
o L’amour est valorisé, mais le mariage est remis en question (trop
contraignant).
o Pour beaucoup, le métier passe avant le mariage ou les enfants (notamment
chez les filles).
o Malgré la fin des tabous, les adolescents vivent encore des conflits internes
liés à la sexualité.
6.4 - Relations entre pairs et relations familiales :
L’amitié n’efface pas les liens familiaux.
Une recherche de Rodriguez-Tomé montre que, de 12 à 21 ans, le sentiment
d’intégration à la famille reste prédominant.
En cas de problèmes matériels ou moraux, les adolescents se tournent vers leurs
parents.
En cas de problèmes sentimentaux, ils s’adressent davantage à leurs amis, mais les
parents restent sollicités.
Les adolescents considèrent parents et pairs comme des soutiens, chacun dans des
domaines spécifiques.
Conclusion :
La socialisation à l’adolescence est un processus complexe mêlant affectif, social et
cognitif.
Elle vise à « devenir quelqu’un dans la société », ce qui suppose l’acquisition d’une
identité personnelle et l’épanouissement de la personnalité.
Le développement cognitif (jugement moral, capacité d’abstraction, apprentissage
par l’expérience) joue également un rôle fondamental dans ce processus.
7. Le développement cognitif de l’adolescent
7.1 Définition
Le développement cognitif à l’adolescence ne se limite pas à l’évolution des capacités
intellectuelles. Il englobe aussi l’élargissement des centres d’intérêt propres à cette
période : les idéologies (politiques, religieuses), les activités culturelles, sportives et les
réflexions existentielles. Nous analyserons principalement ce développement à travers la
théorie piagétienne du stade opératoire formel.
7.2 Les opérations intellectuelles
7.2.1 Acquisitions antérieures
Entre 7 et 12 ans, l’enfant entre dans le stade des opérations concrètes. Il développe une
pensée logique fondée sur la réversibilité et la déduction. Il ne raisonne plus uniquement
sur les aspects perceptibles d’un objet, mais sur le système de transformations auquel il
est soumis, ce qui lui permet de distinguer ce qui reste invariant à travers le changement.
À ce stade, les opérations portent principalement sur des objets concrets et
manipulables. Voici les principales acquisitions :
7-8 ans : conservation de la quantité de matière
9-10 ans : conservation du poids
11-12 ans : conservation du volume
Ce développement pave la voie à la pensée abstraite de l’adolescence.
7.2.2 Le stade des opérations formelles
Ce stade, qui débute vers 12-13 ans, est marqué par l’accès à la pensée formelle,
abstraite et logique. Piaget parle ici de raisonnement hypothético-déductif, c’est-à-dire
la capacité à raisonner à partir d’hypothèses, indépendamment du réel observable.
Deux grandes structures caractérisent ce stade :
1. La pensée combinatoire : L’adolescent peut envisager toutes les combinaisons
possibles entre deux éléments, comme démontré dans les travaux de Piaget (1972). Il
manipule des opérations logiques complexes.
2. Le système INRC : Il s’agit de la maîtrise de quatre opérations formelles :
o I : Identique
o N : Négation
o R : Réciproque
o C : Négation de la réciproque (ou corrélative)
Ces capacités permettent une véritable rupture cognitive. L’adolescent n’a plus besoin de
supports concrets pour penser : il peut désormais envisager le possible, l’hypothétique,
et raisonner sur des concepts abstraits.
L’enseignement secondaire sollicite fortement ces compétences nouvelles, notamment
dans les mathématiques, les sciences ou la philosophie.
7.2.3 Approche critique du stade formel
Bien que Piaget estime que la plupart des adolescents accèdent à ce stade vers 14-15
ans, plusieurs chercheurs (notamment M. Claes, 1990) ont émis des critiques. Ils pointent
:
Le manque de représentativité des échantillons utilisés par Piaget
L’absence de standardisation des épreuves
Le fait que de nombreux adultes n’atteignent jamais ce stade (analyse combinatoire,
réversibilité formelle)
L’accès à la pensée formelle n’est donc ni systématique, ni universel. En 1972, Piaget lui-
même soulignait l’importance de l’environnement intellectuellement stimulant et des
expériences cognitives vécues pour atteindre ce stade.
Malgré ces critiques, tous reconnaissent l’impact de ces acquisitions sur d’autres
dimensions du développement adolescent, notamment les interactions sociales.
7.2.4 Les déviations du développement cognitif
Selon une lecture psychanalytique (notamment A. Freud), l’apparition de ces capacités
cognitives doit être analysée en lien avec la pulsion génitale propre à l’adolescence.
Chez certains adolescents, il y a un surinvestissement de l’intellect, par l’usage
excessif de la défense par intellectualisation et parfois l’ascétisme. Cela traduit une
tentative de répression des pulsions sexuelles.
Chez d’autres, l’excitation liée à cette nouvelle capacité cognitive, perçue comme
ayant une connotation sexuelle inconsciente, entraîne culpabilité, inhibition scolaire
et sentiment d’incapacité, souvent liés à des conflits inconscients de rivalité avec les
parents.
7.3 Le jugement moral
Les travaux de Piaget (1955), puis de Kohlberg (1958-1975), ont permis d’étudier
l’évolution du jugement moral à l’adolescence. Ce jugement se rapporte aux normes
sociales (justice, droit, responsabilité).
Selon Kohlberg, le développement moral suit 6 stades, répartis en trois niveaux. À
l’adolescence, on observe souvent :
Stade 4 : Respect des lois, du devoir, et de l’ordre établi. L’individu agit pour éviter les
sanctions et ressent une culpabilité s’il les transgresse.
Stade 5 : Intériorisation de normes sociales universelles, dépassant la simple
conformité à l’autorité.
Trois constats principaux :
1. Le développement moral progresse de manière spectaculaire à l’adolescence.
2. Cette évolution suit un ordre invariant, lié au développement cognitif (notamment à
l’abstraction nécessaire à l’intériorisation des normes).
3. Des fluctuations intra-individuelles (passage du stade 4 au 5, conflits, ambivalence)
sont fréquentes et reflètent la complexité de la pensée adolescente.
Les travaux de Kohlberg ont cependant été critiqués pour leur universalité supposée,
notamment en raison de l’influence des cultures sur les normes morales.
7.4 L’intérêt pour les idéologies
L’adolescence est une période propice à la découverte et à l’adhésion aux idéologies
politiques ou religieuses. Le jeune s’enflamme pour des idées souvent transmises par les
parents, les pairs ou les médias.
Cependant, les évolutions sociales (crises économiques, désenchantement politique, etc.)
ont modifié ces dynamiques. Les jeunes d’aujourd’hui s’investissent souvent plus dans la
défense de leur avenir immédiat que dans des projets idéologiques structurés.
Quelques données issues de la recherche :
Adelson (1975) a montré que peu d’enfants nord-américains de 10-12 ans
comprennent le fonctionnement politique.
Percheron (1978) observe que les jeunes français sont davantage politisés : ils
maîtrisent des termes comme « droite », « gauche », « république », mais rejettent
souvent les idéologies structurées (ex. : capitalisme, révolution).
Les agents de socialisation politique :
1. La famille : rôle initial, mais limité.
2. L’école : développe la confiance dans les institutions, la compréhension de la
citoyenneté, mais ne transmet pas les choix partisans.
3. Les pairs : influencent les comportements politiques en maintenant les clivages
culturels et sociaux.
4. Les médias : rôle ambivalent. Certains adolescents les considèrent peu influents, mais
des chercheurs comme Chafee (1970) estiment qu’ils modèlent en profondeur la
conscience politique.