0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
42 vues100 pages

Ressource Naturelle - Rapport

Le rapport analyse comment l'Afrique peut tirer parti de ses ressources naturelles durant la transition énergétique vers une économie à faible émission de carbone. Il aborde les tendances économiques, les défis liés à la pauvreté et les politiques nécessaires pour améliorer l'accès à l'énergie. Le document propose également des recommandations pour maximiser les bénéfices des ressources naturelles tout en soutenant la durabilité environnementale.

Transféré par

Elisah Amen
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd
0% ont trouvé ce document utile (0 vote)
42 vues100 pages

Ressource Naturelle - Rapport

Le rapport analyse comment l'Afrique peut tirer parti de ses ressources naturelles durant la transition énergétique vers une économie à faible émission de carbone. Il aborde les tendances économiques, les défis liés à la pauvreté et les politiques nécessaires pour améliorer l'accès à l'énergie. Le document propose également des recommandations pour maximiser les bénéfices des ressources naturelles tout en soutenant la durabilité environnementale.

Transféré par

Elisah Amen
Copyright
© © All Rights Reserved
Nous prenons très au sérieux les droits relatifs au contenu. Si vous pensez qu’il s’agit de votre contenu, signalez une atteinte au droit d’auteur ici.
Formats disponibles
Téléchargez aux formats PDF, TXT ou lisez en ligne sur Scribd

FRANÇAIS

Public Disclosure Authorized

AVRIL 2023 | VOLUME 27

UNE ANALYSE DES ENJEUX FAÇONNANT L’AVENIR ÉCONOMIQUE DE L’AFRIQUE


Public Disclosure Authorized
Public Disclosure Authorized
Public Disclosure Authorized

TIRER MEILLEUR PARTI DES RESSOURCES NATURELLES PENDANT LA


TRANSITION ÉNERGÉTIQUE

RAPPORT DU BUREAU DE L’ÉCONOMISTE


GROUPE DE LA BANQUE MONDIALE EN CHEF DE LA RÉGION AFRIQUE
REMERCIEMENTS
Ce rapport a été produit par le Bureau de l’économiste en chef pour la région Afrique sous
la supervision générale de Victoria Kwakwa et Ousmane Diagana. Pour ce numéro d’Africa’s
Pulse, l’équipe était dirigée par Andrew L. Dabalen et Cesar Calderon. L’équipe de base
était composée de James Cust, Megumi Kubota et Vijdan Korman.
John Baffes, Gracelin Baskaran, Sebastian Essl, Dawit Mekonnen, Patrick Alexander Kirby,
Will Pearson, Alexis Rivera-Ballesteros et Tessy Grace Vasquez Baos ont apporté de
précieuses contributions à ce rapport.
La revue par les pairs a été réalisée par Franziska Lieselotte Ohnsorge, Garima Vasishtha
et Sergiy Kasyanenko (pour la section 1), ainsi que par Kevin Carey et Martin Lokanc (pour
la section 2). Des commentaires ont également été reçus de Bekele Debele, Djeneba
Doumbia, Franz R. Drees-Gross, Sandra El Saghir, David Elmaleh, Jakob Engel, Kene
Ezemenari, Cornelius Fleischhaker, Zerihun Getachew Kelbore, Paulo Guilherme Correa,
Fiseha Haile, Yumeka Hirano, Wendy Hughes, Stella Ilieva, Tehmina S. Khan, Ashish Khanna,
Samuel Mulugeta, Dumisani Sihle Ngwenya, Abdoulaye Ouedraogo, Nathalie Picarelli,
Frederico Gil Sander, Philip Schuler, Smriti Seth et Natasha Sharma.
La communication, les relations avec les médias et l’engagement des parties prenantes
ont été dirigés par Flore de Préneuf avec l’équipe des relations extérieures et
organisationnelles, dont Georgette Dwomoh-Appiah, Caitlin Berczik, Patricia Riehn Berg,
Karima Bouckat, Kimberly Bumgarner, Christelle Chapoy, Marie Duffour, Rama George-
Alleyne, Artem Kolesnikov, Daniella van Leggelo Padilla, Laure de Petiville, Pabsy Mariano,
Svetlana Markova, Johanna Martinsson et Samuel Owusu Baafi. La production et le soutien
logistique ont été assurés par Beatrice Berman, Abrah Desiree Brahima, Kenneth Omondi et
Rose-Claire Pakabomba.
L’édition a été assurée par Sandra Gain. La version électronique et imprimée a été réalisée
par Bill Pragluski et la couverture conçue par Rajesh Sharma.
AVRIL 2023 | VOLUME 27

Ce rapport a été préparé par le Bureau de


l’économiste en chef de la région Afrique

TIRER MEILLEUR PARTI DES RESSOURCES NATURELLES


PENDANT LA TRANSITION ÉNERGÉTIQUE
© 2023 Banque internationale pour la reconstruction et le développement/La Banque mondiale
1818 H Street NW, Washington, DC 20433
Téléphone : 202–473–1000 ; Internet : [Link]
Certains droits réservés
1 2 3 4 26 25 24 23
La publication originale de cet ouvrage est en anglais sous le titre de Leveraging Resource Wealth During the Low
Carbon Transition. Africa’s Pulse, No. 27 (Avril) en 2023. En cas de contradictions, la langue originelle prévaudra.
Cet ouvrage a été établi par les services de la Banque mondiale avec la contribution de collaborateurs extérieurs.
Les observations, interprétations et opinions qui y sont exprimées ne reflètent pas nécessairement les vues
de la Banque mondiale, de son Conseil des Administrateurs ou des pays que ceux-ci représentent. La Banque
mondiale ne garantit ni l’exactitude, ni l’exhaustivité, ni l’actualité des données citées dans cet ouvrage. Elle
n’est pas responsable des erreurs, omissions, ou contradictions dans les informations qui y sont fournies, ni
de l’utilisation qui serait faite ou non des informations, méthodes, procédés ou conclusions présentés dans
l’ouvrage. Les frontières, les couleurs, les dénominations et toute autre information figurant sur les cartes du
présent ouvrage n’impliquent de la part de la Banque mondiale aucun jugement quant au statut juridique d’un
territoire quelconque et ne signifient nullement que l’institution reconnaît ou accepte ces frontières.
Rien de ce qui figure dans le présent ouvrage ne constitue, ni n’implique, ni ne peut être considéré comme,
une limitation des privilèges et immunités de la Banque mondiale, ou une renonciation à ces privilèges et
immunités, qui sont expressément réservés.

Droits et autorisations

L’utilisation de cet ouvrage est soumise aux conditions de la licence Creative Commons Attribution 3.0 IGO (CC
BY 3.0 IGO) [Link] Conformément aux termes de la licence Creative
Commons Attribution (paternité), il est possible de copier, distribuer, transmettre et adapter le contenu de
l’ouvrage, notamment à des fins commerciales, sous réserve du respect des conditions suivantes :
Mention de la source — L’ouvrage doit être cité de la manière suivante : Banque mondiale. 2023. Tirer Meilleur
Parti des Ressources Naturelles Pendant la Transition Énergétique. Africa’s Pulse, No. 27 (Avril). Washington, DC :
La Banque mondiale. doi: 10.1596/978-1-4648-1986-5. Licence : Creative Commons Attribution CC BY 3.0 IGO
Traductions — Si une traduction de cet ouvrage est produite, veuillez ajouter à la mention de la source de
l’ouvrage le déni de responsabilité suivant : Cette traduction n’a pas été réalisée par la Banque mondiale et ne
doit pas être considérée comme une traduction officielle de cette dernière. La Banque mondiale ne saurait être tenue
responsable du contenu de la traduction ni des erreurs qu’elle pourrait contenir.
Adaptations — Si une adaptation de cet ouvrage est produite, veuillez ajouter à la mention de la source le déni
de responsabilité suivant : Cet ouvrage est une adaptation d’une œuvre originale de la Banque mondiale. Les idées
et opinions exprimées dans cette adaptation n’engagent que l’auteur ou les auteurs de l’adaptation et ne sont pas
validées par la Banque mondiale.
Contenu tiers — La Banque mondiale n’est pas nécessairement propriétaire de chaque composante du
contenu de cet ouvrage. Elle ne garantit donc pas que l’utilisation d’une composante ou d’une partie
quelconque du contenu de l’ouvrage ne porte pas atteinte aux droits des tierces parties concernées. L’utilisateur
du contenu assume seul le risque de réclamations ou de plaintes pour violation desdits droits. Pour réutiliser
une composante de cet ouvrage, il vous appartient de juger si une autorisation est requise et de l’obtenir le
cas échéant auprès du détenteur des droits d’auteur. Parmi les composantes, on citera, à titre d’exemple, les
tableaux, les graphiques et les images.
Pour toute demande de renseignements sur les droits et licences, prière de s’adresser à World Bank Publications,
The World Bank Group, 1818 H Street, NW Washington, DC, 20433, USA ; courriel : pubrights@[Link].
ISBN (digital): 978-1-4648-1986-5
DOI: 10.1596/978-1-4648-1986-5
Conception de la page de couverture : Rajesh Sharma
Table des matières
Résumé analytique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 1

Section 1 : Tendances et évolutions récentes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

1.1 Croissance et pauvreté. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .9

1.2 L’environnement mondial . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18

1.3 L’environnement intérieur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23

1.4 Perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40

1.5 Risques pesant sur les perspectives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46

1.6 Politiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 48

Section 2 : Abondance des ressources naturelles, transition vers une


économie sobre en carbone et amélioration de l’accès à l’énergie en Afrique. . . . . . . . . . . . . . 55

2.1 Motivation . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55

2.2 Ressources naturelles : données et faits stylisés. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57

2.3 Accès à l’électricité : Perspectives et faits stylisés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 68

2.4 Discussion sur les politiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72

2.5 Recommandations politiques. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73

Appendice : Classification des pays. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83

Bibliographie. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 85

A F R I C A’ S P U L S E > i
Cartes
2.1 Les pays d’Afrique subsaharienne riches en ressources naturelles pendant
la flambée des prix des matières premières. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 57
2.2 Restrictions à l’exportation de minéraux et de métaux bruts
en Afrique subsaharienne, 2020. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 64
2.3 Potentiel et capacité installée pour l’énergie éolienne, solaire et hydroélectrique . . . . . . . . 71

Encadrés
1.1 Tensions entre les politiques monétaires et budgétaires suite aux pressions inflationnistes. . 31
1.2 Le double déficit persiste en Afrique subsaharienne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 34
2.1 Les réformes minières en Zambie ont permis d’améliorer les investissements et les revenus. 62
2.2 Le partenariat pour une transition juste en Afrique du Sud . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
2.3 Tirer parti du pool énergétique régional pour attirer les investissements dans les énergies
renouvelables. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 81
Figures
1.1 Contribution à la croissance du PIB, côté de la demande . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.2 Contribution à la croissance du PIB, côté de la production . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10
1.3 Taux de pauvreté en Afrique subsaharienne par sous-région . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 11
1.4 Croissance dans les pays d’Afrique subsaharienne en 2022 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 12
1.5 Prévisions consensuelles sur la croissance mondiale. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.6 Écart de production par rapport aux tendances pré-pandémie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18
1.7 Taux directeurs du G7 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.8 Évolution des écarts de taux des emprunts souverains de l’EMBI depuis le début 2022,
par notation de crédit. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19
1.9 Indices des prix de la Banque mondiale pour les économies émergentes . . . . . . . . . . . . 21
1.10 Prix mensuels moyens du café, du cacao et du thé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 22
1.11 Croissance de l’investissement par rapport à la croissance moyenne à long terme
en Afrique subsaharienne, par sous-région, 2010-2021 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 23
1.12 Croissance de l’investissement par rapport à la croissance moyenne à long terme
en Afrique subsaharienne, en fonction de l’abondance des ressources et de la
fragilité, 2010-2021 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 24
1.13 Croissance de l’investissement par rapport à la croissance moyenne à long terme en
Afrique subsaharienne, par type d’investissement (public, privé et étranger), 2010-2021 . . . 24
1.14 Croissance des envois de fonds par rapport à la croissance moyenne à long terme
en Afrique subsaharienne, par sous-région, 2010-2021 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25
1.15 Inflation médiane en Afrique subsaharienne, 2018-2025f . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26
1.16 Inflation globale et inflation alimentaire dans les pays d’Afrique subsaharienne, janvier 2023 .27
1.17 Variation cumulée des taux de change dans une sélection de pays . . . . . . . . . . . . . . . . 27
1.18 Taux directeurs et variation cumulée depuis janvier 2022 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29
1.19 Solde budgétaire en Afrique subsaharienne, 2018-2025f . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 30

ii > A F R I C A’ S P U L S E
1.20 Évolution du compte courant en Afrique subsaharienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
1.21 Dynamique de la dette publique en Afrique subsaharienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 35
1.22 Décomposition de la dette en Afrique subsaharienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
1.23 Composition de la dette extérieure publique et garantie par l’État
dans les pays d’Afrique subsaharienne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
1.24 Risque de désendettement extérieur. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 37
1.25 Marges actuarielles des obligations en Afrique subsaharienne. . . . . . . . . . . . . . . . . . . 38
1.26 Contribution à la croissance du PIB, côté demande. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
1.27 Contribution à la croissance du PIB, côté production. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 40
1.28 Prévisions de croissance du PIB pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe . . . . . . . . . . . . 41
1.29 Prévisions de croissance du PIB pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre . . . . . . . . . . . . . . . 43
1.30 La stagflation est-elle une menace imminente pour les pays d’Afrique subsaharienne ? . . . . 45
2.1 Baisse de la croissance du PIB par habitant après la flambée des
prix des matières premières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
2.2 Nombre total de pauvres en Afrique subsaharienne riche en ressources
et non riche en ressources . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 58
2.3 Budget d’exploration minière, par région, 1997-2021. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 59
2.4 Estimations de certaines réserves de métaux et de minerais en Afrique
subsaharienne, 2014-2022 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 60
2.5 Part de l’Afrique subsaharienne dans le commerce du cobalt. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 61
2.6 Réserves estimées de pétrole et de gaz en Afrique subsaharienne. . . . . . . . . . . . . . . . . 65
2.7 Découvertes de gaz naturel et décisions finales d’investissement . . . . . . . . . . . . . . . . . 65
2.8 Augmentation de la capacité de production d’électricité en Afrique dans
le scénario pour une Afrique durable, 2011–2030. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 66
2.9 Population n’ayant pas accès à des services énergétiques modernes en Afrique. . . . . . . . 68
2.10 Approvisionnement énergétique total de l’Afrique, par source, 2010-2020. . . . . . . . . . . . 68
2.11 Accès à l’électricité et impacts liés à la pandémie dans certains pays africains. . . . . . . . . . 69
2.12 Investissement global dans les énergies renouvelables en Afrique
et dans le monde, 2000-2020 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 71
B1.1.1 Orientation des politiques monétaire et budgétaire dans les
pays d’Afrique subsaharienne, 2023. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31
B1.2.1 Compte courant et solde budgétaire des pays d’Afrique subsaharienne, 2022-2023. . . . . . 34
B2.2.1 Évolution des prix des produits de base, 2013-2021. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 67
B2.2.2 La contribution du charbon aux revenus et à l’emploi a augmenté entre 2010 et 2020. . . . 67

Tableaux
2.1 Minéraux et métaux nécessaires à diverses technologies d’énergie propre . . . . . . . . . . . . 60
A.1 Classification des pays selon l’abondance des ressources en Afrique subsaharienne. . . . . . 83
A.2 Pays d’Afrique de l’Ouest et centrale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83
A.3 Afrique de l’Est et australe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83

A F R I C A’ S P U L S E > iii
iv > A F R I C A’ S P U L S E
Résumé analytique
La croissance économique en Afrique subsaharienne reste faible,
mais son ralentissement pourrait toucher à sa fin
u Si la croissance économique a ralenti, passant de 4,1 % en 2021 à 3,6 % en 2022, elle est en fait en hausse
de 0,3 point de pourcentage par rapport aux prévisions d’octobre 2022 d’Africa’s Pulse. Ce relèvement
reflète une performance plus positive de l’économie mondiale au cours du dernier trimestre de 2022.
L’économie américaine a fait preuve de résilience, grâce aux récentes mesures politiques et à la baisse
de l’inflation, les prix du gaz sont plus bas que prévu en Europe, et on s’attend à une reprise rapide de la
croissance en Chine avec la fin de sa politique de «zéro COVID».
u Malgré de récentes améliorations, l’activité économique dans la région devrait continuer à ralentir
pour atteindre 3,1 % en 2023, soit une révision à la baisse de 0,4 point de pourcentage par rapport aux
prévisions d’Africa’s Pulse d’octobre 2022. L’atonie persistante de l’économie mondiale, des taux d’inflation
en baisse mais qui restent élevés, et des conditions financières mondiales et nationales difficiles dans un
contexte d’endettement élevé expliquent l’abaissement de la note. La croissance est estimée à 3,7 en
2024 et 3,9 % en 2025, ce qui indique que le ralentissement de la croissance devrait atteindre un plancher
cette année. Un rebond de la croissance mondiale plus tard dans l’année, l’assouplissement des mesures
d’austérité et une politique monétaire plus accommodante dans un contexte de baisse de l’inflation sont
les principaux facteurs contribuant à l’augmentation de la croissance à l’horizon des prévisions.
u Les conditions de croissance restent toutefois insuffisantes pour réduire l’extrême pauvreté et stimuler
la prospérité partagée à moyen et long terme. La croissance du revenu par habitant estimée en Afrique
subsaharienne à 1,0 en 2022 et 0,6 % en 2023, est insuffisante pour avoir un impact significatif sur le
double objectif. La faible élasticité de croissance de la pauvreté et la pandémie mondiale ont encore
contribué à la lenteur de la réduction de la pauvreté dans la région. Le taux de pauvreté en Afrique
subsaharienne est projeté à 34 % en 2023, par rapport au pic de 35,3 % de la période de pandémie en
2020. La lente reprise du revenu par habitant dans la région, à 1,2 % l’année prochaine et 1,4 % en 2025,
ne permet toujours pas d’accélérer la réduction de la pauvreté pour que la région retrouve sa trajectoire
d’avant la pandémie.
u Les performances économiques de l’Afrique subsaharienne ne sont pas uniformes d’une sous-région ou
d’un pays à l’autre. La croissance du produit intérieur brut (PIB) réel de la sous-région Afrique de l’Ouest
et centrale (AFW) est estimée à 3,4 % en 2023, contre 3,7 % en 2022, tandis que celle de la sous-région
Afrique de l’Est et australe (AFE) est estimée à 3,0 % en 2023, contre 3,5 % en 2022. La performance de
la région est toujours tirée vers le bas par une croissance à long terme plus faible dans les plus grands
pays du continent. L’activité économique en Afrique du Sud devrait encore diminuer en 2023 (0,5 %) en
raison de l’aggravation de la crise énergétique, tandis que la reprise de la croissance au Nigéria pour 2023
(2,8 %) reste fragile à cause de la faiblesse de la production pétrolière et des nombreux défis politiques
que confronte la nouvelle administration. Ces perspectives compliquent la tâche des décideurs
politiques de la région qui cherchent à accélérer la reprise après la pandémie, à réduire la pauvreté et à
placer l’économie sur une trajectoire de croissance durable.

A F R I C A’ S P U L S E > 1
La croissance des investissements a fortement diminué dans tous les domaines
u L’Afrique subsaharienne est confrontée à de multiples défis pour retrouver son élan de croissance. L’un
de ces défis consiste à surmonter le ralentissement prolongé de la croissance des investissements dans
la région. La croissance de l’investissement en Afrique subsaharienne est tombée de 6,8 % en 2010-2013
à 1,6 % en 2021, avec un ralentissement plus marqué en Afrique de l’Est qu’en Afrique de l’Ouest. Vu les
répercussions économiques de la pandémie et de la guerre en Ukraine, la croissance des investissements
devrait rester modeste et inférieure au taux de croissance moyen des investissements au cours des
deux dernières décennies, non seulement en Afrique subsaharienne, mais aussi dans d’autres marchés
émergents et économies moins développées.
u La forte décélération de la croissance des investissements a été généralisée dans toutes les sous-régions,
dans les pays, qu’ils soient riches ou pauvres en ressources, et parmi tous les types d’investisseurs,
qu’ils soient publics, privés ou étrangers. Les pays de la région riches en pétrole ont connu la baisse de
l’investissement la plus importante et la plus persistante, contrairement aux pays pauvres en ressources,
qui affichent une baisse de l’investissement plus modérée. Les taux de croissance des investissements
publics, privés ou étrangers sont restés inférieurs à leurs moyennes à long terme pendant la plupart des
années de la dernière décennie. Alors que l’investissement privé national a connu une légère baisse au fil
du temps, l’investissement direct étranger s’est contracté au cours de la période 2016-2021. En revanche,
les envois de fonds ont bien résisté aux différents chocs survenus au cours de la dernière décennie, y
compris celui de la pandémie.
u Le ralentissement de la croissance des investissements en Afrique subsaharienne freine la croissance
à long terme de la production et du revenu par habitant, ainsi que les progrès vers la réalisation des
objectifs de développement durable. Les différences de vigueur de la reprise entre les sous-régions et
les pays sont en partie liées aux différences de croissance de l’investissement. Par exemple, la reprise
plus lente de la croissance en Afrique de l’Est par rapport à celle de l’Afrique de l’Ouest est liée au fort
ralentissement de l’investissement public et à la contraction de l’investissement privé (national ou
étranger). La faible croissance de l’investissement s’ajoute aux pressions macro-budgétaires, alors que
les besoins de financement sont importants, la marge de manœuvre budgétaire est limitée et les coûts
d’emprunt sont en hausse.

L’inflation semble avoir atteint un plafond, mais elle reste élevée et supérieure
à la cible fixée, et continuera à peser sur l’activité économique
u L’inflation des prix à la consommation en Afrique subsaharienne s’est fortement accélérée et a atteint en
2022 (9,2 %) un niveau record depuis 14 ans, sous l’effet de la hausse des prix des denrées alimentaires et de
l’énergie ainsi que de l’affaiblissement des monnaies. Les prix intérieurs des denrées alimentaires sont restés
élevés malgré la baisse progressive des prix mondiaux. L’affaiblissement des monnaies et l’augmentation
des coûts des intrants (carburants de transport et engrais) expliquent la viscosité des prix des denrées
alimentaires. Les chocs climatiques, en particulier dans la Corne de l’Afrique, ajoutent des pressions
inflationnistes du côté de l’offre. Le nombre de pays affichant des taux d’inflation annuels moyens à deux
chiffres est passé de 9 en 2021 à 21 en 2022. Le ralentissement de la demande globale, la baisse des prix
des matières premières et les effets du resserrement de la politique monétaire sur l’ensemble du continent
feront baisser l’inflation dans la région à 7,5 % en 2023, puis à 5,0 % en 2024. En outre, le nombre de pays
ayant une inflation à deux chiffres devrait tomber à 12 en 2023. Bien que l’inflation globale semble avoir
atteint un sommet l’année dernière, l’inflation devrait rester élevée et supérieure aux fourchettes cibles des
banques centrales pour tous les pays disposant d’un ancrage nominal explicite en 2023.
u Les taux d’inflation restent élevés et supérieurs aux cibles prévues, malgré les hausses rapides et fortes
des taux d’intérêt décidées par les banques centrales africaines. Par exemple, les autorités monétaires du
Ghana, du Mozambique, du Nigéria, de l’Afrique du Sud et de l’Ouganda, entre autres, ont rapidement
augmenté leurs taux de politique monétaire pour atteindre des niveaux record au cours des deux

2 > A F R I C A’ S P U L S E
dernières années. Les faiblesses de la transmission monétaire entre les pays africains pourraient
expliquer l’efficacité réduite du cycle de resserrement. Des outils inadéquats pour la mise en œuvre des
politiques et le manque d’indépendance des politiques peuvent contribuer à une faible transmission. La
prédominance fiscale et les restrictions des taux de change peuvent conduire à des résultats en matière
d’inflation qui sont contraires à l’intention du resserrement monétaire. Les taux d’inflation globale ayant
atteint des sommets dans certains pays à la fin de 2022 et au début de 2023, les responsables politiques
pourraient être tentés d’assouplir ou de suspendre leur politique monétaire contractionniste. Cette action
semble prématurée car les pressions inflationnistes sous-jacentes dans les pays de la région restent
élevées. En Afrique subsaharienne, la maîtrise de l’inflation reste essentielle pour augmenter les revenus
de la population et réduire l’incertitude qui entoure les prévisions de consommation et d’investissement.
Les politiques de lutte contre l’inflation devraient être complétées par des mesures de soutien des
revenus (via des transferts d’argent ou de denrées alimentaires) afin de protéger les plus vulnérables
d’une inflation obstinément élevée, en particulier de l’inflation des denrées alimentaires.

Des conditions financières mondiales défavorables et des niveaux


d’endettement élevés menacent la stabilité macro-budgétaire
u Le déficit budgétaire de la région s’est creusé pour atteindre 5,2 % en 2022. La persistance des déficits
budgétaires, conjuguée à une croissance atone, a entraîné une augmentation du ratio (médian) de
la dette publique au PIB, qui atteindra 57 % en 2022. La guerre en Ukraine a interrompu le processus
d’assainissement budgétaire entamé par de nombreux pays de la région au lendemain de la pandémie.
Une baisse significative de l’aide publique au développement et un accès restreint aux emprunts extérieurs
contribuent également à la détérioration des résultats budgétaires. En réponse à la hausse des prix des
denrées alimentaires et des carburants, les décideurs politiques ont eu recours à des mesures visant à
limiter l’impact de la hausse de l’inflation, telles que des subventions, des dérogations temporaires aux
droits de douane et aux prélèvements, et des mécanismes de soutien des revenus pour les plus vulnérables.
Ces mesures ont retardé la consolidation fiscale, car les déficits budgétaires dans la région restent élevés et
créent une pression supplémentaire sur le budget, en particulier pour les gouvernements dont la marge
de manœuvre fiscale est presque épuisée. Les efforts de consolidation visant à réduire la dette devraient
reprendre cette année et ramener le déficit budgétaire à 4,3 % en 2023, puis à 3 % en 2024-25.
u La dette publique en Afrique subsaharienne a plus que triplé depuis 2010, avec une forte augmentation
avant le début de la crise COVID-19. L’augmentation de la dette publique s’est accompagnée d’une
modification de sa composition en faveur de la dette intérieure, notamment pour répondre aux besoins
de financement liés à la pandémie. La dette intérieure représentait près de la moitié de l’encours de
la dette publique à la fin de 2021. Avec l’augmentation de la dette non concessionnelle et la part plus
importante des créanciers non traditionnels dans l’encours de la dette de la région, le service de la dette
publique a augmenté de manière significative au cours de la dernière décennie. Les ratios du service
total de la dette publique par rapport aux exportations et aux recettes ont atteint respectivement 28 et
41 %. Les risques de surendettement restent élevés : le nombre de pays de la région présentant un risque
élevé de surendettement extérieur ou en situation de surendettement était de 22 en décembre 2022. Les
spreads souverains ont augmenté et réduit le nombre de pays ayant accès au marché, ce qui augmente
les risques de refinancement pour les pays ayant d’importants remboursements d’euro-obligations.
u Les besoins de financement public brut ont augmenté régulièrement et restent supérieurs aux niveaux
historiques en Afrique subsaharienne (environ 11 % du PIB en 2020-22). Ils devraient se maintenir à 10 %
au cours des cinq prochaines années, les besoins de financement étant plus importants dans la zone
AFE que dans la zone AFW. Le resserrement des conditions financières maintient le coût des emprunts
extérieurs à un niveau élevé, ce qui exclut certains pays de la région des marchés internationaux des
capitaux. En réponse, les gouvernements ont de plus en plus recours au financement national. Cela
pourrait exercer une pression à la hausse sur les taux d’intérêt nationaux, ce qui, à son tour, pèsera sur
l’investissement et la production.

A F R I C A’ S P U L S E > 3
RÉPONSES POLITIQUES
u Les pays d’Afrique subsaharienne sont confrontés à un environnement mondial difficile, caractérisé
par une croissance mondiale atone et un resserrement des conditions financières mondiales. Des
taux d’inflation élevés, des taux d’intérêt domestiques élevés, des positions d’endettement élevées et
vulnérables et une capacité d’emprunt réduite s’ajoutent aux contraintes qui font que les économies
africaines ont du mal à financer leur reprise. Dans ce contexte, les décideurs politiques africains doivent
miser sur leur propre marge de manœuvre pour rétablir la stabilité macroéconomique, approfondir les
réformes structurelles afin de favoriser une croissance inclusive, et mettre en œuvre des politiques qui
saisissent les opportunités offertes par la transition sobre en carbone.
u Les richesses en ressources naturelles de l’Afrique recèlent un grand potentiel économique inexploité.
Environ un tiers du stock total de richesse en Afrique subsaharienne est détenu sous diverses formes de
capital naturel, y compris le capital naturel renouvelable comme les terres cultivées, les ressources en eau
et les forêts, ainsi que les actifs non renouvelables du sous-sol. Les gisements de pétrole et de minéraux
non renouvelables de la région ont atteint une valeur de plus de 5 000 milliards de dollars américains
au cours des années de prospérité (2004-14). Depuis 2000, l’Afrique subsaharienne est la région du
monde qui a connu le plus grand nombre de découvertes de pétrole, représentant 50 % de l’ensemble
des découvertes géantes des années 2010. La plupart des pays de la région sont déjà classés comme
riches en ressources et d’autres pays les rejoindront au fur et à mesure que de nouveaux investissements
débloqueront ces réserves non exploitées. Le nombre de pays riches en ressources est passé de 18 sur
48 avant le boom à 26 sur 48 à la fin du boom. Ainsi, la transition vers une économie sobre en carbone
devrait entraîner une augmentation du nombre d’économies dépendantes des ressources en Afrique, et
non une diminution.

Rétablissement de la stabilité macroéconomique


u La maîtrise de l’inflation reste essentielle pour assurer la stabilité macroéconomique. Si les autorités
monétaires de la région ont relevé leurs taux pour freiner la demande et contenir l’inflation, d’autres
interventions gouvernementales ont affaibli l’impact de ce resserrement monétaire. Par exemple, la
hausse des taux d’intérêt dans les pays à dominance budgétaire conduit à des anticipations plus fortes
de tensions budgétaires, de dépréciation de la monnaie et même d’inflation plus élevée. Les restrictions
de change qui ont augmenté les primes du marché parallèle ont également contribué à faire dérailler
la lutte contre l’inflation dans certains pays. Il existe un risque que le désancrage des anticipations
d’inflation alimente davantage l’inflation, accélère les hausses de taux d’intérêt et augmente la probabilité
d’un ralentissement de l’activité économique. Pour juguler l’inflation, il est essentiel de garantir
l’indépendance de la banque centrale (en termes d’instruments de politique et de prise de décision) et
de renforcer les institutions qui soutiennent une politique monétaire saine, transparente et responsable.
La coordination des politiques pour éviter les actions qui affaiblissent la transmission de la politique
monétaire est également essentielle. Dans ce contexte, il semble prématuré d’assouplir ou de mettre en
pause le cycle de resserrement monétaire, car les pressions inflationnistes restent présentes.
u Une politique budgétaire ancrée dans la viabilité de la dette peut aider à lutter contre l’inflation. La réduction
des risques liés à la viabilité des finances publiques et de la dette grâce à la mobilisation des ressources
nationales et à une plus grande efficacité des dépenses peut contribuer à freiner la demande globale
et l’inflation. Il s’agit notamment de mesures visant à accroître et à diversifier l’assiette fiscale, à
améliorer l’administration fiscale (par l’enregistrement des contribuables, la déclaration électronique
et le paiement électronique des impôts) et à mieux cibler les programmes de protection sociale
(enregistrement des bénéficiaires et transferts électroniques). Les réformes visant à renforcer les systèmes
de gestion des investissements publics (c’est-à-dire à accroître la transparence dans l’évaluation, la
sélection et l’approbation des projets d’investissement) et à réorienter les dépenses publiques vers des
investissements à forte valeur ajoutée produiront des dividendes importants.

4 > A F R I C A’ S P U L S E
u Il est essentiel d’accélérer la réduction et la restructuration de la dette afin de renforcer la stabilité pour assurer
la croissance. La communauté internationale a besoin de mécanismes permanents, complets et crédibles
pour faire face aux crises de la dette souveraine lorsqu’elles surviennent. Le cadre commun du G-20 pour
le traitement de la dette est le cadre le mieux adapté à la résolution des crises de la dette. Les institutions
financières internationales soutiennent ce cadre mais souhaiteraient que le processus soit plus rapide,
plus inclusif et qu’il couvre tous les créanciers. À ce jour, quatre pays de la région cherchent à restructurer
leur dette via le cadre commun, à savoir le Tchad, l’Éthiopie, la Zambie et, plus récemment, le Ghana. Le
Tchad est le seul pays à avoir négocié un accord avec ses créanciers dans le cadre de cette initiative, mais
sans réduction effective de la dette.
u On pourrait faire davantage pour accroître l’utilisation et l’accélération de traitements au titre du cadre
commun. Ce cadre peut être étendu à un plus grand nombre de pays, en particulier les pays à revenu
intermédiaire qui sont en situation de surendettement et qui ont besoin d’alléger leurs remboursements
de dettes qui sont devenus insoutenables. Des mécanismes visant à encourager une participation plus
précoce de créanciers privés et de nouveaux prêteurs bilatéraux tels que la Chine devraient être mis
en place afin de mieux aligner leurs incitations sur celles des créanciers officiels et des emprunteurs
souverains. Ce cadre devrait également permettre un traitement équitable de tous les prêteurs et,
espérons-le, un processus rationalisé et plus rapide de résolution des dettes. La suspension du paiement
du service de la dette pour les candidats au cadre commun pendant la durée des négociations pourrait
stimuler la participation. En résumé, une solution globale au problème de la dette pour les pays
emprunteurs passe par la suspension, la réduction, la résolution et la transparence de la dette. Une
meilleure coordination avec les créanciers et des efforts renouvelés en matière de transparence de la
dette faciliteront la réconciliation et la restructuration de la dette. Pour les pays où la viabilité de la dette
est en cause, une restructuration complète de la dette, y compris des réductions de sa valeur nominale,
devrait être envisagée.
u La mobilisation de financements concessionnels reste essentielle pour l’Afrique : le contexte extérieur reste
difficile, les niveaux d’endettement sont élevés, sa capacité à mobiliser des ressources nationales est limitée et ses
systèmes de gestion des investissements publics sont déficients. Compte tenu de l’augmentation des besoins
d’investissement du continent, y compris le financement de l’adaptation au changement climatique,
des prêts privés et non concessionnels seront nécessaires pour combler le déficit de financement. Les
institutions financières internationales, par exemple, peuvent aider les pays de la région à renforcer des
réforme essentielles pour améliorer leur accès au financement climatique concessionnel, notamment
en matière de gouvernance, de gestion des finances publiques et de la dette, de capacité statistique et
d’élaboration de stratégies climatiques. Les synergies entre les investisseurs publics et privés peuvent
contribuer à catalyser ce financement, car les investisseurs privés fournissant la plus grande partie du
financement, et les investisseurs publics couvrant les risques par le biais de garanties.

Approfondir les réformes structurelles pour favoriser une croissance inclusive


u Les réformes structurelles devraient stimuler l’investissement privé et améliorer la compétitivité à long terme des
entreprises africaines. Des réformes du marché visant à réduire les obstacles structurels et réglementaires à
la participation du secteur privé aux marchés des biens et des services sont essentielles. Les politiques en
matière de commerce et d’investissement étranger sont aussi nécessaires pour améliorer la participation
aux marchés internationaux et l’accès aux intrants intermédiaires. Ces réformes devraient être
accompagnées d’un renforcement des institutions chargées de faire respecter les lois sur la concurrence,
notamment par l’établissement d’agences indépendantes pour exercer la tutelle de la concurrence et
des systèmes de passation de marchés publics solides. Pour l’investissement public, il est essentiel de
renforcer l’efficacité dans un contexte de raréfaction des ressources pour financer son expansion. Il est
aussi essentiel de renforcer la crédibilité de la budgétisation pluriannuelle, d’améliorer la gouvernance
des projets d’investissement (y compris leur évaluation et leur sélection), ainsi que la gestion des
partenariats public-privé.

A F R I C A’ S P U L S E > 5
u Attirer les investissements étrangers et en tirer le meilleur parti fait partie intégrante de la stratégie de
croissance de la région. Des progrès dans les trois «I» de la région - infrastructure, institutions et
incitations - sont essentiels pour stimuler l’entrée de capitaux étrangers. L’expansion et la modernisation
du système de transport (y compris les routes, les aéroports et les ports), l’amélioration de l’accès à
un approvisionnement en électricité fiable et abordable et l’utilisation plus efficace de l’infrastructure
existante sont essentielles pour stimuler l’intégration économique dans la région. L’amélioration
des institutions passe par le renforcement des agences de promotion des investissements et des
exportations et par la modernisation des procédures de contrôle des douanes et des frontières. Le
maintien de taux de change réels compétitifs, la mise en œuvre de cadres réglementaires qui favorisent
la transparence, la concurrence et l’innovation, et la conception de politiques commerciales qui réduisent
les préjugés anti-exportation peuvent fournir les bonnes incitations aux investisseurs étrangers.

Tirer parti de la richesse des ressources pendant la transition vers une


économie sobre en carbone
u L’exploitation du potentiel des ressources naturelles permet d’améliorer la viabilité des finances publiques et de
la dette des pays africains. Ceci implique de mettre en place des politiques adéquates et de tirer les leçons
des cycles d’expansion et de récession du passé. Pour éviter la malédiction des «ressources présumées»,
dans laquelle les pays peuvent se retrouver en situation de surendettement ou de faible croissance avant
même que la production de ressources ne commence, il faut tempérer la pression qui pousse à emprunter
et à dépenser avant d’obtenir des recettes. Les découvertes de ressources peuvent libérer des forces
puissantes susceptibles d’influencer les politiques, mais aussi d’exposer les pays s’ils ne sont pas préparés à
une baisse des prix. Maximiser les recettes publiques tirées du pétrole, du gaz et de l’exploitation minière
offre la possibilité d’un double dividende pour les populations et la planète, en augmentant la marge de
manœuvre budgétaire et en supprimant des subventions implicites à la production.
u Il existe une opportunité importante et inexploitée de mobiliser les investissements étrangers et de générer
des recettes publiques supplémentaires. En moyenne, les rentes générées par les ressources naturelles
dépassent de 2,6 fois les revenus des ressources publiques (Banque mondiale 2023). Les gouvernements
pourraient donc s’approprier une plus grande partie de cette rente en adoptant des mesures et des
réformes adéquates en matière budgétaire. Des réformes de la gouvernance et des investissements
dans l’administration fiscale peuvent favoriser une captation plus élevée de la rente. La capture de la
totalité des rentes produirait également un dividende tant pour les personnes que pour la planète. En
ne capturant pas la valeur totale de l’extraction des ressources, le gouvernement fournit une subvention
implicite à la production, générant davantage d’émissions de carbone à partir d’un secteur pétrolier
insuffisamment taxé. De même, dans le secteur minier, si l’on ne parvient pas à obtenir une part équitable
des recettes pour le pays, on risque de léser les citoyens et de sous-évaluer les externalités sociales et
environnementales causées par l’extraction.
u Les ressources naturelles (pétrole, gaz et minerais) représentent une opportunité économique considérable pour les
économies africaines pendant la transition vers une économie sobre en carbone. La décarbonisation mondiale
crée une incertitude considérable, mais elle ouvre également de nouvelles voies pour tirer parti de la
richesse en ressources des pays afin de stimuler la transformation économique. D’une part, la transition
vers une économie mondiale sobre en carbone entraînera à terme une baisse significative de la demande
de pétrole, de gaz et de charbon en Afrique. Cependant, son calendrier et son ampleur restent incertains.
Cet abandon du pétrole et du gaz pourrait prendre des années, voire des décennies. Par contre, il pourrait y
avoir une forte augmentation de la demande pour les minéraux nécessaires à la transition vers une énergie
propre, tels que le lithium, le cobalt, le cuivre, le platine et le manganèse, dont beaucoup sont abondants
en Afrique, et qui sont utilisés pour les batteries, les véhicules électriques et d’autres technologies.
u L’intégration régionale et la mise en œuvre d’une zone de libre-échange continentale offrent un énorme potentiel
pour stimuler la transformation économique en Afrique subsaharienne. La zone de libre-échange continentale
africaine offre la possibilité de promouvoir la valorisation des minéraux sur le continent, en augmentant
la productivité des différents secteurs et la valeur globale des exportations. Une chaîne de valeur, allant

6 > A F R I C A’ S P U L S E
de la fabrication d’intrants intermédiaires tels que les machines (liens en amont) à l’extraction proprement
dite des minéraux, en passant par la phase de transformation (liens en aval), peut rarement être réalisée
par un seul pays en raison de contraintes d’échelle, de compétences, d’infrastructures et de capitaux. En
abandonnant une approche nationale de la valeur ajoutée, ce qui pourrait se faire au moyen de réformes
des restrictions à l’exportation, des politiques de contenu local et de la participation locale au capital en
vue de les définir à l’échelle régionale et continentale plutôt que nationale, les pays pourraient débloquer
des avantages comparatifs et participer à des chaînes de valeur au niveau régional. Les politiques
industrielles pourraient alors être configurées pour tirer parti des capacités régionales et continentales,
de la diversité des ressources, de l’élargissement des marchés de capitaux et de consommation, ainsi
que des spécialisations régionales ou nationales. Cependant, les infrastructures de transport et d’énergie
constituent des obstacles importants à l’exploitation de chaînes de valeur régionales. Elles devront
également faire l’objet de priorités, notamment en ce qui concerne les infrastructures transfrontalières.
u L’exploitation des ressources énergétiques peut améliorer l’accès à l’énergie. L’Afrique est confrontée à un
défi de taille pour atteindre ses objectifs en matière d’accès universel à une énergie de qualité. En
2022, 600 millions de personnes en Afrique, soit 43 % du continent, n’avaient pas accès à l’électricité.
Toutefois, la base de ressources de l’Afrique et les investissements associés pourraient contribuer à
accélérer les progrès en développant diverses sources d’énergie. Étant donné que de nombreux projets
liés aux ressources naturelles sont situés dans des communautés rurales éloignées, l’augmentation des
investissements dans les énergies vertes et les infrastructures régionales pourrait servir de levier pour
réduire la pauvreté rurale et promouvoir les gains de productivité.
u Les pays africains peuvent tirer parti de leurs ressources pour combiner le gaz et les énergies renouvelables afin
de répondre aux besoins nationaux. En donnant la priorité aux investissements étrangers dans les réserves
de gaz naturel récemment découvertes et sous-développées, on peut mobiliser les recettes d’exportation
et stimuler la production nationale d’énergie et l’accès à l’énergie. L’exploitation des réserves de gaz
naturel nécessite des investissements importants. Compte tenu de l’intensité en capital et de la nature à
long terme de ces investissements, les pays devraient élaborer et maintenir des politiques budgétaires
claires et stables qui soutiennent à la fois les exportations et la consommation intérieure, tout en tirant
le meilleur parti possible des ressources financières. Le gaz offre des possibilités considérables, tant au
niveau national qu’international, en tant que combustible de transition, en particulier lorsqu’il est déployé
parallèlement aux technologies des énergies renouvelables.
u L’optimisation des investissements dans d’autres ressources naturelles et leur taxation effective peuvent
également libérer une marge de manœuvre budgétaire pour des investissements indispensables dans
les infrastructures énergétiques nationales, y compris les systèmes ruraux d’énergies renouvelables et les
mini-réseaux. L’établissement de précieux clients clés pour le réseau peut aider à stimuler les finances des
services publics.
u La bonne gouvernance est un facteur déterminant de résultats économiques positifs provenant de la
richesse en ressources. Les décideurs politiques doivent par conséquent garantir de hauts niveaux dans
l’exercice par le gouvernement de ses responsabilités et dans le contrôle par le public de la taxation des
ressources et des investissements dans ces dernières de façon à maximiser l’impact de ces ressources
sur le développement. Des mesures telles que la divulgation des contrats, l’adhésion à l’Initiative pour la
transparence dans les industries extractives ainsi que la protection et l’élargissement de l’espace civique
peuvent contribuer à une meilleure gouvernance des ressources.
u Une transition équitable pour l’Afrique dépendra de l’exploitation réussie des avantages économiques des
ressources pétrolières, gazières et minérales, notamment de la bonne gouvernance et d’une gestion
macrofinancière saine des recettes tirées des ressources, tout en se préparant à un avenir sobre en
carbone. Une gestion et une gouvernance efficaces des richesses en ressources naturelles peuvent
débloquer d’importantes opportunités de création d’emplois, de valeur ajoutée et d’investissements dans
le développement humain. Compte tenu de l’abondance des ressources naturelles, cette richesse peut
jouer un rôle central dans la transformation de l’avenir économique de l’Afrique.

A F R I C A’ S P U L S E > 7
8 > A F R I C A’ S P U L S E
Section 1 : Tendances et évolutions récentes
1.1 CROISSANCE ET PAUVRETÉ
La croissance économique devrait ralentir légèrement passant de 4,1 % en 2021 à 3,6 % en 2022 ;
une révision à la hausse de 0,3 point de pourcentage par rapport aux prévisions d’Africa’s Pulse
d’octobre 2022. La croissance économique continue d’être soutenue par le commerce mondial, les
prix élevés des produits de base et la demande intérieure. Bien que toujours inférieure à la moyenne à
long terme, la révision à la hausse de l’activité économique pour 2022 est soutenue par l’amélioration
de la performance économique mondiale à la fin de 2022, ainsi que par une révision à la hausse de la
croissance dans plusieurs économies de la région. L’amélioration des perspectives à la fin 2022 a été
attribuée à des signes encourageants indiquant que l’économie mondiale pourrait éviter une récession,
à savoir la résilience de l’économie américaine, grâce à des mesures politiques récentes (par exemple, la
loi sur la réduction de l’inflation [Inflation Reduction Act] la loi sur l’investissement dans l’infrastructure
et l’emploi [Infrastructure Investment and Jobs Act], et la loi CHIPS and Science Act) et à la baisse de
l’inflation ; des prix du gaz plus bas que prévu et un hiver clément en Europe ; et la perspective d’une
reprise de la croissance en Chine à mesure que le pays met fin à sa politique « zéro COVID », ce qui se
traduit par un relâchement des goulets d’étranglement sur la chaîne d’approvisionnement. En outre,
près de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne ont enregistré une révision à la hausse de leurs
estimations de croissance pour 2022. C’est le cas de l’Afrique du Sud (0,2 point de pourcentage), de
la Zambie (0,8 point de pourcentage), de la Côte d’Ivoire (1 point de pourcentage), de la Mauritanie
(1,2 point de pourcentage), de la République démocratique du Congo (2,4 points de pourcentage) et
de l’Éthiopie (2,9 points de pourcentage).

L’activité économique dans la région, en dépit des améliorations récentes, devrait continuer à ralentir
pour atteindre 3,1 % en 2023, contre 3,6 % en 2022 ; toutefois, il semble s’agir du creux de la vague. Le
taux de croissance projeté pour 2023 a été revu à la baisse de 0,4 point de pourcentage par rapport aux
prévisions d’octobre 2022. L’atonie persistante de l’économie mondiale, des taux d’inflation en baisse,
mais élevés, et des conditions financières difficiles au niveau mondial et national dans un contexte
de fort endettement expliquent cette baisse. Ces facteurs peuvent accroître les risques de stagflation,
de tensions financières et de pressions budgétaires accrues. Plus de la moitié des pays de la région
ont enregistré une diminution de leurs prévisions de croissance pour 2023 par rapport à celles de
l’édition d’octobre 2022 d’Africa’s Pulse. Les prévisions de croissance pour 2023 de l’Afrique du Sud
ont été fortement revues à la baisse (de 0,8 point de pourcentage), la crise énergétique continuant de
paralyser l’activité économique. D’autres révisions à la baisse significatives de la croissance concernent
notamment le Ghana (1,1 point de pourcentage), le Malawi (1,4 point de pourcentage)1 et le Soudan
(1,6 point de pourcentage).

La croissance de l’Afrique subsaharienne en 2022 a été soutenue par la


consommation privée, bien que l’inflation ait réduit sa contribution
La croissance en Afrique subsaharienne en 2022 a été principalement soutenue par l’augmentation de
la consommation privée et de l’investissement brut en capital fixe, et moins par les dépenses publiques
et les exportations nettes (figure 1.1). La hausse des prix des denrées alimentaires et des carburants
dans la région et le resserrement de la politique monétaire pour juguler l’inflation pourraient avoir
érodé davantage le pouvoir d’achat des citoyens africains et, par conséquent, expliquer la contribution
de la consommation privée à la croissance plus faible en 2022 qu’en 2021. En outre, le coût élevé du

1 Au Malawi, la dégradation pourrait également être attribuée aux pénuries d’électricité généralisées causées par la centrale hydroélectrique de Kapichira (environ un tiers de
la capacité nationale), qui est restée hors service après avoir été endommagée par des cyclones au début de l’année 2022.

A F R I C A’ S P U L S E > 9
financement (interne comme
L’augmentation de FIGURE 1.1 : Contribution à la croissance du PIB, côté de la demande
externe), dans un contexte de
la consommation (en points de pourcentage)
privée et de 10
durcissement des conditions
l’investissement financières, freine la croissance
fixe brut a soutenu 8
de l’investissement.2 La
la croissance 6
économique consommation publique s’est
Pourcentage

de l’Afrique 4 contractée en 2022 en raison de


subsaharienne en l’absence de marge budgétaire
2
2022.
0
et du coût élevé des emprunts.
Le déficit du compte courant
-2
a diminué en 2022 par rapport
-4 à l’année précédente, grâce à
2018 2019 2020 2021 2022e 2023f
l’essor des exportations et à la
Croissance du PIB réel Consommation privée Investissement fixe brut décélération de la croissance
Exportations nettes Croissance du PIB réel des importations. Du point de
vue de la production, le secteur
Du côté de la FIGURE 1.2 : Contribution à la croissance du PIB, côté de la production
des services est le principal
production, le secteur (en points de pourcentage)
des services a été 5 moteur de la croissance, qui
le principal moteur explique près des trois quarts
de la croissance 4
de l’augmentation du produit
économique en 2022.
3 intérieur brut (PIB) en 2022
2
(figure 1.2). Les secteurs de
l’agriculture et de l’industrie
Pourcentage

1 ont apporté des contributions


0 modestes. Des phénomènes
météorologiques extrêmes
-1
(inondations en Afrique australe
-2 et sécheresses dans la Corne de
-3 l’Afrique et au Sahel) ont freiné
2018 2019 2020 2021 2022e 2023f
Agriculture Industrie Services
le secteur agricole. La hausse
Taxes nettes Croissance du PIB réel des coûts des intrants et les
Source : Projections des services de la Banque mondiale.
perturbations persistantes de
Remarque : L’évolution des stocks et les écarts statistiques ne sont pas présentés. e = estimation ; la chaîne d’approvisionnement
f = prévision ; PIB = produit intérieur brut.
ont réduit la contribution des
activités industrielles.

Les performances économiques modestes de la région se traduisent


par un ralentissement des progrès vers la réduction de la pauvreté et la
croissance inclusive
Le taux de croissance du revenu par habitant de 0,6 % prévu pour 2023 met en péril la capacité de la
région à atteindre le double objectif de réduction de la pauvreté et de renforcement de la prospérité
partagée à moyen terme. La réduction de la pauvreté reste faible. La lente reprise du taux de croissance
du revenu par habitant, prévue à 1,2 % en 2024 et à 1,4 % en 2025, ne suffira pas à remettre le continent
sur la trajectoire de réduction de la pauvreté qui prévalait avant la pandémie. Les performances

2 La section 1.3 décrit plus en détail le ralentissement de la croissance de l’investissement en Afrique subsaharienne.

10 > A F R I C A’ S P U L S E
économiques de l’Afrique subsaharienne ne sont pas uniformes d’une sous-région à l’autre. La croissance
du PIB réel de la sous-région de l’Afrique de l’Ouest et centrale (AFW) est estimée à 3,5 % pour 2023, soit
0,4 point de pourcentage de plus que celle de l’Afrique de l’Est et australe (AFE). Cette différence entre
les deux sous-régions est en partie liée à la moindre croissance de l’investissement en AFE au cours des
dernières années – qui est à son tour principalement due à une forte décélération de l’investissement
privé comme public. En termes de revenu par habitant, la sous-région de l’AFE a été affectée de manière
disproportionnée, avec une croissance projetée du revenu par habitant de 0,5 % pour 2023, en deçà
de la moyenne régionale. La
performance devrait rester
médiocre à court terme et FIGURE 1.3 : Taux de pauvreté en Afrique subsaharienne par sous-région (en %) Le faible taux de
s’améliorer progressivement croissance par ha-
45 bitant s’est traduit
jusqu’à 1,4 % en 2025. Ces par une réduction
perspectives posent des défis 40 plus lente des taux
aux décideurs politiques qui d’extrême pauvreté
au fil du temps.
cherchent à accélérer la reprise,
Pourcentage

35
réduire la pauvreté et placer
l’économie sur la voie d’une 30
croissance durable. Bien que la
croissance par habitant de l’AFW 25
(0,8 % en 2023) soit légèrement
supérieure à celle de l’AFE 20
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 2023 2024 2025 2026 2027 2028 2029 2030
cette année et dans les années
Afrique subsaharienne
à venir, la sous-région est
Afrique de l’Est et australe
confrontée à des défis similaires. Afrique de l’Ouest et centrale

Le faible taux de croissance Source : Estimations et projections des services de la Banque mondiale.
Remarque : Le taux de pauvreté est basé sur un seuil de 2,15 dollars US par personne et
par habitant, aggravé par la par jour en parité de pouvoir d’achat de 2017.

faible élasticité de la pauvreté


par rapport à la croissance,
laisse présager une réduction plus lente des taux d’extrême pauvreté au fil du temps. Ce taux dans la
région est ainsi passé d’un pic lié à la COVID-19 de 35,3 % en 2020 à 34 % en 2023, puis à 32,7 % en 2025
(figure 1.3). Le taux de pauvreté est nettement plus faible dans la sous-région AFW (26,8 % en 2023) que
dans la sous-région AFE (38,8 % en 2023), quoique le taux de cette dernière connaisse une réduction
légèrement plus rapide.

La croissance dans les pays d’Afrique subsaharienne apparaît comme


divergente et à plusieurs vitesses
L’Afrique subsaharienne montre une reprise de l’activité économique à plusieurs vitesses, avec de fortes
variations d’un pays à l’autre. La croissance modérée de la région en 2022 s’explique par le fait que les
grands pays du continent ont enregistré des taux de croissance inférieurs à leur moyenne à long terme.
De manière générale, c’est le cas de plus de la moitié des pays de la région. Parmi les dix principales
économies d’Afrique subsaharienne, qui ensemble représentent plus des trois quarts du PIB de la région,
huit affichent ainsi des taux de croissance inférieurs à leur moyenne à long terme. L’Angola, l’Éthiopie, le
Nigéria et le Soudan figurent parmi ces pays (figure 1.4).

A F R I C A’ S P U L S E > 11
La croissance dans FIGURE 1.4 : Croissance dans les pays d’Afrique subsaharienne en 2022 (en %)
de nombreux
16
pays d’Afrique
subsaharienne
14
reste inférieure à
la moyenne à long
terme. 12

10
Pourcentage

-2

-4
Soudan
République centrafricaine
Swaziland
Sao Tomé et Principe
Malawi
Congo, Rép.
Mali
Lesotho
Burundi
Afrique du Sud
Tchad
Comores
Burkina Faso
Guinée équatoriale
Sierra Leone
Gabon
Ghana
Nigéria
Zimbabwe
Cameroun
Angola
Namibie
Guinée-Bissau
Madagascar
Zambie
Mozambique
Sénégal
Gambie
Tanzanie
Guinée
Ouganda
Libéria
Togo
Mauritanie
Kenya
Bénin
Éthiopie
Botswana
Côte d'Ivoire
Rwanda
Maurice
Congo, Rép. Dém.
Seychelles
Niger
Cabo Verde
2022 2023 Moyenne LT

Source : Estimations et projections des services de la Banque mondiale.


Remarque : La croissance moyenne à long terme pour chaque pays (indiquée par les lignes vertes) est la croissance moyenne du produit intérieur brut sur
la période 2000-2014 (avant la chute des prix des matières premières).

L’activité économique en Afrique du Sud est freinée par les retombées de la guerre en Ukraine, les
phénomènes météorologiques extrêmes et la crise énergétique. Suite aux pannes d’électricité les plus
graves jamais enregistrées, les difficultés se propagent à d’autres secteurs que l’industrie manufacturière,
en particulier le commerce de détail. Au Nigéria, la production de pétrole a repris à la fin de l’année 2022,
grâce à l’amélioration de la sécurité qui a évité jusqu’à présent de nouveaux vols de pétrole ; toutefois, la
production reste inférieure au quota de l’OPEP+. L’activité économique non pétrolière est restée faible,
les secteurs agricole et industriel ayant subi l’augmentation rapide des coûts de l’énergie et des produits
de base, amplifiée par la faiblesse du naira sur le marché des changes. Malgré une croissance plus lente
que son taux à long terme, certains signes indiquent une forte activité économique en Angola, avec une
accélération de la croissance à 3,5 % en 2022, contre 1,1 % en 2021. La baisse de l’inflation, l’amélioration
des comptes budgétaires et la relance de la production pétrolière fin 2022 ont contribué à cette reprise.

D’autres pays affichent un rythme plus rapide que leurs taux à long terme et font preuve de résilience
dans l’environnement actuel de crises multiples. Au Kenya, la croissance de l’activité économique est
restée solide (5,2 % en 2022) grâce au renforcement de l’industrie manufacturière, à l’amélioration de la
confiance des investisseurs soutenue par la crédibilité du plan de stabilisation des finances publiques
de la nouvelle administration, et à une amélioration plus générale de l’appétit pour le risque. Malgré les
multiples chocs mondiaux, la croissance a bien résisté en Côte d’Ivoire (6,7 % en 2022). La consommation
privée, protégée de l’inflation par une augmentation des salaires publics, et l’investissement public
ont été les principaux facteurs favorables du côté des dépenses. L’industrie et les services ont été les

12 > A F R I C A’ S P U L S E
grands moteurs de la croissance du côté de la production (8,1 et 6,8 % respectivement). En République
démocratique du Congo, la croissance s’est accélérée pour atteindre 8,6 % en 2022, contre 6,2 % en
2021. Le secteur minier – en particulier le cuivre et le cobalt – a été la principale source de croissance
en raison de l’augmentation des capacités et de la reprise de la demande mondiale. Toutefois, la
croissance en dehors de ce secteur est restée modeste. Du côté des dépenses, la croissance a été tirée
par les exportations et les investissements publics, tandis que l’inflation a limité la contribution de la
consommation privée.

Pays riches en ressources


L’impact de l’évolution des prix des produits de base sur les pays riches en ressources dépend des
effets nets sur le commerce. Dans les pays où les exportations se sont maintenues et où les revenus
ont augmenté plus rapidement que la facture des importations, il y a eu une expansion de l’activité
économique. Le contraire s’est produit dans les pays où les déficits budgétaires et courants se sont
creusés. Dans les pays riches en pétrole, des cours du pétrole stables et relativement élevés en moyenne
ont entraîné une augmentation des recettes extérieures et fiscales, ce qui a permis aux comptes
courants et budgétaires de passer à des excédents. Cela a soutenu l’activité économique en 2022, qui
devrait avoir augmenté de 3,1 %, contre 2,8 % en 2021. La République du Congo et le Tchad devraient
sortir de récessions de sept et deux ans en 2022 grâce à une croissance de 1,5 et 2,2 % respectivement.
L’essor de l’activité économique reflète la hausse des prix du pétrole et la stabilité de la production
pétrolière, auxquelles s’ajoutent les bonnes performances du secteur non pétrolier. Les excédents du
compte courant et du budget se sont élargis en République du Congo, tandis que les déficits courants
et budgétaires sont devenus des excédents au Tchad au cours de l’année 2022. L’augmentation de la
production en Guinée équatoriale en 2022 (2,9 %) a bénéficié de la hausse des prix du pétrole, avec
une réduction du déficit du compte courant du pays et une amélioration du solde budgétaire. Les
subventions destinées à protéger les consommateurs contre la hausse des prix des denrées alimentaires
pourraient peser sur les finances publiques.

Les pays riches en métaux et minerais devraient connaître une croissance de 3,3 % en 2022, contre 5 %
en 2021. La croissance prévue en octobre 2022 a été relevée de 0,7 point de pourcentage, car les recettes
externes tirées par les prix élevés des métaux se sont accrues, tandis que la facture des importations
a augmenté à un rythme plus lent. Au Botswana, la croissance en 2022 s’est ralentie à 6,5 % après un
rebond à deux chiffres en 2021 (11,8 %). Les performances du pays ont été soutenues par l’augmentation
de la production de diamants et de cuivre, ainsi que par les cours élevés des métaux, la reprise du
tourisme suite à la levée des mesures restrictives et les conditions climatiques favorables au secteur
agricole. Toutefois, les mesures budgétaires adoptées pour freiner l’inflation pourraient faire pression sur
les finances publiques et entraver la croissance. En outre, les recettes provenant de l’Union douanière
d’Afrique australe ont diminué en raison du ralentissement de l’activité économique en Afrique du Sud.
En revanche, la croissance au Niger devrait augmenter de 10,1 points de pourcentage pour atteindre
11,5 % en 2022, grâce à l’expansion du secteur agricole après une grave sécheresse qui avait fait chuter
la croissance en 2021. Les investissements dans plusieurs projets d’infrastructure, en particulier la
construction de l’oléoduc et du barrage de Kandadji, ont stimulé la croissance du côté de la demande.

L’activité économique en Namibie s’est légèrement relevée pour atteindre 3,5 % en 2022, contre 2,7 %
en 2021. Cette accélération est due à la vigueur de l’exploitation minière, en particulier à l’augmentation
de la production de diamants, de cuivre et d’uranium. Toutefois, la croissance a été limitée par le
resserrement de la politique monétaire visant à maintenir la parité avec le rand sud-africain et à freiner
l’inflation. Après un rebond modéré en 2021, la croissance en Zambie devrait rester modeste, à 3,9 %
en 2022. La forte dynamique des services a soutenu l’activité économique, tandis que les difficultés

A F R I C A’ S P U L S E > 13
rencontrées dans les secteurs de l’exploitation minière et de l’agriculture ont fait obstacle à la croissance.
Le compte courant a continué d’enregistrer un excédent pour la quatrième année consécutive,
tandis que le déficit budgétaire s’est réduit, le gouvernement ayant consolidé les finances publiques
conformément au programme de restructuration de la dette prévu. De même, l’activité économique
devrait avoir augmenté au Libéria (4,8 %), en Guinée (4,7 %) et en Sierra Leone (3 %). Dans l’ensemble, la
croissance dans les pays riches en ressources devrait se ralentir légèrement, passant de 3,7 % en 2021 à
3,2 % en 2022.

Pays non riches en ressources


La croissance des pays non riches en ressources a été affectée plus que proportionnellement par
les multiples crises, alors que la dégradation des termes de l’échange alourdissait leurs factures
d’importation. La croissance du PIB réel des pays non riches en ressources devrait avoir baissé de
0,6 point de pourcentage, à 4,2 % en 2022. Pour ce groupe de pays, l’inflation en 2022 a presque doublé
pour atteindre 8,3 % (contre 4,3 % en 2021) ; le déficit du solde du compte courant s’est creusé jusqu’à
6 % du PIB et les déficits budgétaires se sont légèrement détériorés, à 5,6 % du PIB. Ces évolutions ont
accentué les pressions qui ont affaibli les monnaies nationales et conduit les décideurs politiques à
durcir leur politique monétaire, ce qui a pesé sur l’activité économique. Par exemple, la prévision de
croissance moyenne parmi les pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) est
de 5,6 % pour 2022, un chiffre en baisse par rapport aux 6 % de 2021, mais supérieur de 0,3 point de
pourcentage à la prévision d’octobre 2022 d’Africa’s Pulse.

La croissance du PIB s’est ralentie de plus d’un point de pourcentage par rapport à 2021 au Bénin (qui
a affiché une croissance de 6 % en 2022), au Burkina Faso (2,5 %), au Mali (1,8 %) et au Sénégal (4,2 %),
tandis qu’un léger ralentissement – inférieur à 0,5 point de pourcentage – a été observé en Côte d’Ivoire
(6,7 %) et au Togo (4,9 %). La sous-région se caractérise par des déficits budgétaires et courants (déficits
jumeaux) imputables aux interventions du gouvernement pour contenir l’inflation, qui a dépassé
l’objectif régional de 3 %.

En dehors de l’UEMOA, la croissance au Ghana devrait avoir ralenti en 2022 pour atteindre 3,2 %, contre
5,4 % en 2021, soit bien en dessous de la performance moyenne du pays avant la pandémie (6,1 %).
L’économie est aux prises avec des niveaux élevés de dette publique et une forte inflation (52,8 % en
février 2023) alimentée par un affaiblissement marqué du cedi (avec une dépréciation cumulée de 40 %
en 2022 et d’environ 20 % jusqu’à présent en 2023). Pour freiner la hausse de l’inflation, la Banque du
Ghana a relevé son taux directeur avec une hausse record de 1 500 points de base, jusqu’à 29.5 % en
mars 2023, contre 14,5 % en décembre 2021. La croissance du PIB réel de l’Éthiopie s’est élevée à 6,4 %
en 2022, soit un peu plus que les 6,3 % enregistrés l’année précédente. Le secteur des services est celui
qui a le plus contribué à la croissance, suivi par l’agriculture. Bien que la croissance réelle soit en hausse,
elle reste nettement inférieure au taux de 9,0 % enregistré en 2019 avant la pandémie de COVID-19.
De même, l’activité économique s’est accélérée à l’Île Maurice et au Mozambique, de 8,3 et 4,1 points
de pourcentage respectivement en 2022. La croissance au Mozambique s’explique par l’augmentation
de la production de charbon et d’aluminium, grâce à la forte demande mondiale, aux prix élevés et au
démarrage des exportations de gaz naturel liquéfié vers l’Europe. L’Île Maurice a bénéficié de la reprise
du tourisme, favorisée par son taux élevé de vaccination contre la COVID-19.

14 > A F R I C A’ S P U L S E
Les données de périodicité élevée révèlent des résultats mitigés dans les
pays africains
Les données d’activité récentes des pays de la région montrent des résultats mitigés au dernier trimestre
2022 et au début de 2023, dans le contexte de la guerre prolongée en Ukraine, de l’inflation mondiale
toujours élevée (et supérieure à l’objectif ) et de la réouverture de l’économie chinoise. Au niveau sous-
régional, les pays de l’AFE subissent une inflation supérieure aux objectifs des banques centrales. Les
banques centrales de la sous-région se sont engagées dans un cycle de durcissement de la politique
monétaire, ce qui a pour effet de freiner l’activité économique.

En Afrique du Sud, l’inflation globale a diminué lentement, atteignant 7 % en glissement annuel (sur
12 mois) en février 2023 (contre un pic de 7,8 % en juillet 2022), ce qui reste supérieur au plafond de
la fourchette cible de la Banque de réserve sud-africaine, comprise entre 3 et 6 %. La décélération de
l’inflation s’explique en partie par la baisse des coûts de transport. Toutefois, l’inflation des denrées
alimentaires n’a pas encore atteint son sommet, puisqu’elle affiche un taux annuel de 13,6 % en
février 2023. Les données d’activité à périodicité élevée suggèrent que l’Afrique du Sud a connu
une contraction plus forte que prévu au quatrième trimestre 2022 (1,3 % en glissement trimestriel).
L’aggravation de la crise énergétique a pesé sur l’activité économique, le gouvernement ayant déclaré
l’« état de catastrophe ». Cette contraction majeure s’est manifestée dans tous les secteurs économiques,
en particulier les services financiers, le commerce intérieur et l’industrie. La production agricole a baissé
de 3,3 % sur 3 mois, tandis que la production minière a diminué de 3,2 % sur 3 mois au dernier trimestre
de 2022. Des données plus récentes suggèrent une nouvelle dégradation de l’activité économique
au début de 2023. L’indice Absa des directeurs d’achat (PMI – Purchasing Managers’ Index) du secteur
manufacturier, corrigé des variations saisonnières, est tombé à 48,8 en février 2023 contre un sommet
de 53 pendant 7 mois consécutifs le mois précédent en raison d’un délestage record qui a sapé l’activité
commerciale. Les perspectives de croissance semblent plus faibles que prévu : le ministre des Finances
estime que l’économie croîtra de 0,9 % en 2023, soit une baisse par rapport au 1,4 % annoncé par le
Trésor en octobre dernier.

En revanche, l’économie angolaise semble avoir terminé l’année 2022 avec des performances solides,
qui se sont maintenues début 2023. Les données publiées au début de 2023 montrent que la croissance
du PIB s’est accélérée pour atteindre 3,9 % sur 12 mois au troisième trimestre 2022, contre 3,6 % sur la
même période au deuxième trimestre. La croissance des exportations a encore augmenté jusqu’à un
taux à trois chiffres au troisième trimestre 2022, tandis que la croissance des importations s’est ralentie.
Cela a conduit à un excédent commercial annualisé de 40 milliards de dollars US en septembre 2022, le
plus élevé en huit ans. La production de pétrole a augmenté pour le quatrième mois consécutif jusqu’à
1,16 million de barils par jour en janvier 2023, mais reste inférieure au quota de l’OPEP+. L’Angola pourrait
être l’un des principaux bénéficiaires de la réouverture de la Chine et de la légère remontée des cours
mondiaux du pétrole qui en résulterait. Les retombées positives de la demande chinoise et les bonnes
nouvelles économiques ont pu contribuer à une baisse significative des écarts de rendement sur les
obligations souveraines en dollars US en janvier. Le kwanza est resté relativement stable par rapport au
dollar US depuis le début de l’année, après un renforcement l’année dernière.

L’activité économique au Kenya continue de se redresser. Les dernières données publiées sur le PIB
montrent que l’économie a affiché une performance relativement bonne au cours de l’année dernière.
La croissance du PIB réel s’est élevée à 4,7 % en glissement annuel au cours du troisième trimestre 2022,

A F R I C A’ S P U L S E > 15
ce qui n’est pas loin en dessous des 5,2 % enregistrés au deuxième trimestre. Cette performance est tirée
par des augmentations dans l’industrie et les services et a été soutenue par un niveau élevé de crédit
du secteur privé, une amélioration de la confiance des investisseurs, une hausse des prix internationaux
pour les exportations de produits de base du pays (thé et café) et une reprise du tourisme. La confiance
des investisseurs a continué à être soutenue par les plans du nouveau gouvernement visant à stabiliser
les finances publiques, ainsi que par l’amélioration plus générale de l’appétit pour le risque. L’indice
PMI de l’ensemble de l’économie s’est relevé pour le troisième mois consécutif, avec un niveau de 52
en janvier 2023. L’économie éthiopienne a été freinée en 2022 par la forte inflation, la dépréciation de
la monnaie et la persistance des conflits. Au cours du premier semestre 2022, une nouvelle saison des
pluies ratée a pesé sur l’activité agricole, entraînant des pertes importantes de bétail et de récoltes.
Toutefois, la croissance de l’agriculture s’est redressée au cours du second semestre 2022. L’économie a
enregistré 1 milliard de dollars US de recettes d’exportation de produits agricoles, en particulier de café,
de thé et d’épices (qui ont représenté près des deux tiers des recettes générées), ainsi que de fleurs et
d’autres produits horticoles. En novembre 2022, le gouvernement et le Front populaire de libération du
Tigré ont accepté un cessez-le-feu et signé une trêve établissant une feuille de route pour la mise en
œuvre d’un accord de paix.

En Ouganda, la reprise de la croissance est restée solide au cours des trois premiers trimestres de 2022,
grâce aux bonnes performances des secteurs de l’industrie et des services. Les mauvaises conditions
climatiques ont continué à nuire à l’agriculture. L’investissement s’est légèrement redressé, grâce à une
forte croissance du crédit et de l’emploi, reflétant une dynamique vertueuse au niveau des entreprises.
La hausse des taux d’intérêt en réponse à la politique monétaire restrictive fin 2022 et début 2023 a
pesé sur l’investissement. L’activité économique au Rwanda a bien résisté en 2022, grâce à la reprise
du secteur du tourisme. En 2022, le tourisme est revenu à 68 % de son niveau d’avant la pandémie et a
généré 3,4 % du PIB en devises. Fin 2022, la première cargaison de gaz naturel liquéfié en provenance du
Mozambique est arrivée en Europe. Cette nouvelle position du pays en fait donc un marché alternatif pour
l’approvisionnement en gaz de l’Europe. Enfin, l’activité économique en Zambie s’est ralentie en 2022 en
raison de contractions dans les secteurs de l’agriculture, de l’exploitation minière et de la construction. Les
mauvais résultats de l’industrie minière ont été attribués à une baisse de la production de cuivre due à des
teneurs en minerai plus faibles et à l’atonie du redressement des opérations minières.

Dans la région AFE, les données récentes indiquent une nouvelle modération de la croissance au début
de l’année. En effet, les défis découlant des pressions fiscales croissantes, dans un contexte d’absence
d’espace budgétaire et d’endettement insoutenable ainsi que d’inflation obstinément élevée, affectent
les plus grands pays de la sous-région. Au Nigéria, les données sur l’activité récemment publiées
montrent des résultats mitigés. D’une part, la croissance du PIB réel a été plus élevée que prévu au
quatrième trimestre 2022. Elle est passée à 3,5 % en glissement annuel, contre 2,3 % au troisième
trimestre. L’activité des secteurs pétrolier et non pétrolier s’est améliorée fin 2022. Après une contraction
de 22,7 % en glissement annuel au troisième trimestre 2022, le PIB pétrolier a chuté de 13,4 % sur
12 mois au quatrième trimestre, alors que les services de sécurité progressaient dans la lutte contre
le vol de pétrole. En janvier 2023, la production de pétrole a augmenté pour atteindre 1,34 million de
barils par jour, soit le chiffre le plus élevé enregistré en dix mois ; mais elle est restée inférieure au quota
OPEP+ du pays. La croissance de l’activité non pétrolière a légèrement augmenté pour atteindre 4,4 %
en glissement annuel au quatrième trimestre 2022, contre 4,3 % au troisième trimestre. L’accélération
de la croissance de l’agriculture et la reprise de l’industrie manufacturière semblent être à l’origine de

16 > A F R I C A’ S P U L S E
cette augmentation. Cependant, les efforts de démonétisation qui ont débuté à la mi-décembre font
pression sur l’activité économique. L’indice PMI de la Stanbic IBTC Bank s’est contracté à 44,7 en février
2023, contre 53,5 en janvier 2022, la production des entreprises et les nouvelles commandes ayant été
fortement affectées par les pénuries de trésorerie. Les récentes dégradations des notations de crédit
en raison de la détérioration des comptes budgétaires ont contribué à assombrir les perspectives
économiques.

Au Ghana, les dernières données mettent en évidence la faiblesse de l’activité économique dans le
contexte des chocs mondiaux délétères et de l’instabilité macroéconomique accrue. La croissance du PIB
s’est ralentie pour atteindre 0,7 % en glissement trimestriel au troisième trimestre 2022, soit le résultat le
plus faible depuis le pire moment de la pandémie. La hausse de l’inflation et des taux d’intérêt a freiné
la consommation et l’investissement privés, tandis que la consommation publique a diminué en raison
du service de la dette élevé et de l’accès restreint aux marchés internationaux des capitaux. La confiance
des entreprises et des consommateurs s’est effondrée à la fin de 2022 ; toutefois, l’indice PMI se redresse
progressivement et semble indiquer une expansion de l’activité économique (50,2 en février 2023).
Sur le front extérieur, la croissance des exportations s’est maintenue, tandis que celle des importations
s’est ralentie. Le surendettement compromet également l’activité économique. Les représentants du
gouvernement cherchent à restructurer la dette extérieure du pays par le biais du Cadre commun. Le
cedi s’est affaibli et les écarts des taux souverains sont restés élevés depuis le défaut de paiement. En
Côte d’Ivoire, les données récentes suggèrent que l’économie a ralenti au quatrième trimestre 2022. La
production industrielle s’est contractée de 1,7 % en glissement annuel en novembre, en raison de la
faiblesse des secteurs minier et manufacturier. La balance commerciale est devenue déficitaire à la fin
de l’année 2022, car la croissance des importations est restée forte tandis que celle des exportations est
retombée. Enfin, l’inflation s’est encore ralentie, passant de 5,7 % en glissement annuel en novembre à
4,8 % en janvier, grâce à l’atténuation des pressions exercées sur les prix des denrées alimentaires.

A F R I C A’ S P U L S E > 17
1.2 L’ENVIRONNEMENT MONDIAL
La croissance mondiale devrait ralentir cette année et ne se redresser que faiblement en 2024,
principalement en raison de la combinaison de l’inflation élevée et du resserrement agressif de la
politique monétaire qui l’accompagne. Et ce, bien que les principales économies aient fait preuve de
plus de résilience que prévu au tournant de l’année, ce qui a entraîné une révision à la hausse des
prévisions de croissance
mondiale pour 2023 (figure 1.5).
La résilience FIGURE 1.5 : Prévisions consensuelles sur la croissance mondiale Le commerce mondial devrait
des économies ralentir fortement parallèlement
américaine et 3,5
européenne à la croissance mondiale,
3,0
ainsi que la malgré le soutien apporté par
réouverture de 2,5
le maintien de la reprise dans
Pourcentage

l’économie chinoise
ont contribué
2,0 le commerce des services,
à stabiliser la 1,5 en particulier du tourisme.
croissance mondiale 1,0 La faiblesse persistante de
au dernier trimestre
,5 l’économie implique que
2022.
l’activité mondiale ne devrait
0
pas revenir à sa tendance
22 fév.

22 mar.

22 avr.

22 mai

22 juin

22 juil.

22 août

22 sept.

25 oct.

22 nov.

22 déc.

23 jan.

23 fév.

23 mar.
pré-pandémie dans un avenir
Sources : Consensus Economics ; Banque mondiale. prévisible ; les marchés
Remarque : La dernière observation date du 15 février 2023.
émergents et les économies
L’activité mondiale ne FIGURE 1.6 : Écart de production par rapport aux tendances pré-pandémie en développement (EMDE)
devrait pas retrouver représentant la majeure partie
sa tendance d’avant 0
du déficit (figure 1.6). Les chocs
la pandémie dans un
négatifs des trois dernières
avenir prévisible, les -2
Pourcentage

EMDE étant respon- années – la pandémie, l’invasion


sables de la majeure -4 de l’Ukraine, l’envolée de
partie du manque à l’inflation et le durcissement de
gagner.
-6 la politique monétaire qui en
découle dans le monde entier
-8 – ont un impact durable sur les
2019 2020 2021 2022 2023f 2024f
perspectives économiques.
Économies avancées EMDE EMDE en dehors de la Chine
Les pressions inflationnistes
Source : Banque mondiale.
Remarque : Les taux de croissance globaux sont calculés en utilisant les pondérations du produit
ont commencé à s’atténuer
intérieur brut réel en dollars US aux prix et aux taux de change du marché moyens sur 2010-2019.
Les données pour 2023 et les années suivantes sont des prévisions. La figure montre l’écart entre les
vers la fin de 2022 en raison
prévisions actuelles et les Perspectives économiques mondiales de janvier 2020. La base de référence
de janvier 2020 est prolongée jusqu’en 2023 et 2024 en utilisant la croissance projetée pour 2022.
du ralentissement de la
EMDE = marchés émergents et économies en développement.
demande et de la baisse des
prix des produits de base.
Néanmoins, l’inflation reste
élevée dans le monde entier et bien supérieure aux objectifs des banques centrales dans la quasi-
totalité des économies ayant des objectifs de stabilité des prix. S’il est probable que l’inflation globale se
modère progressivement au cours de l’année, certains signes indiquent que les pressions inflationnistes
sous-jacentes pourraient devenir plus persistantes. L’inflation de base – un meilleur indicateur des
pressions inflationnistes – reste obstinément supérieure à l’objectif dans de nombreuses économies,

18 > A F R I C A’ S P U L S E
notamment aux États-Unis
FIGURE 1.7 : Taux directeurs du G7 En réponse à
(5,5 % en glissement annuel
l’inflation mondiale
en février 2023, après un pic 750 élevée, les banques
de 6,6 % en septembre 2022) centrales du monde
et dans la zone euro (5,6 % entier ont resserré
leur politique à un
en glissement annuel en 500 rythme exception-

Points de base
février 2023). En réponse, les nellement rapide.
banques centrales du monde
entier ont resserré leur politique 250
monétaire à un rythme
exceptionnellement rapide
(figure 1.7).
0
t t+7 t+14 t+21 t+28
Bien que ce resserrement ait
22 mar. 72 déc. 79 mai 99 juin 04 juin 15 déc.
été nécessaire pour assurer la
stabilité des prix, il a contribué Sources : BRI (base de données) ; Bloomberg ; Haver Analytics ; Indicateurs de développement
mondial (base de données) de la Banque mondiale ; Banque mondiale.
à une détérioration significative Remarque : Le taux directeur à court terme est pondéré par le produit intérieur brut nominal en
dollars US courants. « t » fait référence au mois précédant l’augmentation du taux directeur des États-
des conditions financières Unis. Le cycle se termine lorsque le taux directeur pondéré du G7 atteint son maximum. La définition
des cycles « à double pic » a été faite au jugé. Le cycle de mars 2022 a été prolongé en utilisant les
mondiales depuis le début de anticipations de taux d’intérêt implicites du marché à partir de mars 2023, telles qu’observées le 21
février 2023. G7 = Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni.
l’année dernière environ. Les
rendements des obligations FIGURE 1.8 : Évolution des écarts de taux des emprunts souverains De nombreux EMDE
d’État à long terme aux États- de l’EMBI depuis le début 2022, par notation de crédit ont été confrontés
à des sorties de
Unis et en Allemagne ont 12 capitaux massives,
augmenté au rythme le plus à un ralentisse-
10 ment important
rapide depuis près de trente
de l’émission
ans en 2022 et restent élevés 8 d’obligations et à
Percentage points

cette année. Les prix des une augmenta-


6
actifs ont connu une baisse tion des écarts de
générale et synchronisée ; la taux des emprunts
4
souverains, ce qui
croissance de l’investissement a entraîné une
2
s’est considérablement affaiblie grave détérioration
et les marchés de l’immobilier des conditions
0
financières.
se dégradent rapidement
dans de nombreux pays. La -2 Crédit solide Crédit faible
récente faillite de deux banques Sources : JP Morgan ; Moody’s ; Banque mondiale.

régionales aux États-Unis a Remarque : La variation des écarts de l’indice EMBI à partir de janvier 2022 est basée sur la
notation souveraine de Moody’s en devises. L’échantillon comprend 11 pays exportateurs et 35 pays
donné lieu à une action rapide importateurs d’énergie. L’échantillon exclut la Fédération de Russie, la Biélorussie, la République
bolivarienne du Venezuela, le Liban, l’Ukraine et la Zambie. La dernière observation date du 10 février
des autorités pour endiguer 2023. EMBI = Indice des obligations des marchés émergents (Emerging Markets Bond Index).

la contagion financière, mais


a néanmoins renforcé les inquiétudes des investisseurs quant aux vulnérabilités du système financier
mondial, ce qui devrait entraîner un durcissement des conditions de crédit. De nombreux EMDE ont été
confrontés à des sorties de capitaux massives, à un ralentissement important de l’émission d’obligations
et à une augmentation des écarts de taux des emprunts souverains. Les pays moins bien notés sont
confrontés à une détérioration beaucoup plus prononcée des conditions financières (figure 1.8).

A F R I C A’ S P U L S E > 19
Aux États-Unis, la hausse des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, conjuguée à un marché du travail
tendu, a poussé l’inflation à des sommets inégalés depuis plusieurs décennies en 2022, avant que les pressions
sur les prix ne commencent à s’atténuer vers la fin de l’année. Cette situation a entraîné le durcissement le
plus rapide de la politique monétaire le plus rapide depuis plus de 40 ans, avec un assainissement budgétaire
substantiel venu s’ajouter aux vents contraires monétaires. L’activité a été plus solide que prévu fin 2022, mais
la demande intérieure reste faible malgré un marché de l’emploi vigoureux, et la croissance devrait fortement
ralentir cette année. L’activité dans la zone euro a également été un peu plus forte que prévu grâce à un hiver
clément, mais elle ne devrait néanmoins échapper que de justesse à la récession en raison de la poursuite du
resserrement monétaire et des effets différés des prix élevés de l’énergie.

L’activité économique en Chine s’est nettement détériorée en 2022. Les restrictions liées à la COVID-19,
les sécheresses sans précédent et les tensions persistantes dans le secteur de l’immobilier ont freiné
la consommation, la production industrielle et l’investissement résidentiel, avec une compensation
partielle grâce à diverses mesures fiscales et de soutien au crédit. À la suite de l’assouplissement des
mesures de confinement, le nombre de cas de COVID-19 a atteint son maximum à la fin du mois
de décembre et a diminué courant janvier, selon le Centre chinois de contrôle et de prévention des
maladies. Les données récentes suggèrent une reprise rapide de l’économie nationale à mesure que la
vague de COVID-19 s’estompe. Ailleurs, l’activité reste robuste en Inde, dans de nombreux pays d’Asie de
l’Est et chez beaucoup d’exportateurs de produits de base ; mais d’autres EMDE sont confrontés à des
vents contraires dus à la combinaison de la croissance mondiale lente et de défis nationaux.

La combinaison du ralentissement de la croissance, de l’inflation toujours forte et du resserrement


des conditions financières dans un contexte d’endettement élevé accroît les risques de stagflation, de
tensions financières, de maintien des pressions budgétaires et d’investissements médiocres dans de
nombreux pays. La marge budgétaire s’est considérablement réduite et les inquiétudes concernant
la soutenabilité de la dette dans beaucoup de pays se sont aggravées, car les conditions financières
mondiales ont rendu plus difficile d’affronter le service de dettes qui se sont accumulées rapidement ces
dernières années, en particulier pendant la pandémie. Une inflation plus persistante pourrait entraîner
un durcissement monétaire beaucoup plus important, ce qui pourrait inciter les investisseurs à réévaluer
la viabilité des fardeaux de la dette élevés et croissants dans de nombreux pays, ainsi que la santé des
bilans des banques. Des signes de faiblesse d’un État souverain ou d’une institution financière importante
pourraient déclencher des effets de contagion et des tensions financières, qui risquent d’inclure une fuite
vers la sécurité généralisée et des sorties de capitaux substantielles de nombreux pays émergents.

Outre les risques liés au resserrement monétaire et aux conditions financières mondiales, un certain
nombre d’autres évolutions pourraient plomber la trajectoire de l’économie mondiale. Premièrement,
l’activité en Chine pourrait être plus faible que prévu en raison des tensions dans le secteur immobilier.
Deuxièmement, les tensions géopolitiques, qui se sont nettement accrues après l’invasion de l’Ukraine
par la Fédération de Russie, pourraient encore s’aggraver et toucher un plus grand nombre de pays.
Outre ses implications humanitaires, l’escalade des tensions risque d’accélérer la tendance à la
relocalisation improductive des chaînes d’approvisionnement, de mettre le système financier à rude
épreuve et de perturber l’approvisionnement en produits de base. Enfin, les risques liés au changement
climatique s’accroissent à mesure que l’évolution des tendances météorologiques contribue à des
événements de plus en plus perturbateurs, tels que des vagues de chaleur et des inondations. À court
terme, les catastrophes liées au climat peuvent peser lourdement sur l’activité ; à plus long terme, le
changement climatique peut rendre certaines zones peuplées inhabitables, réduire la productivité et
aggraver la pauvreté dans le monde.

20 > A F R I C A’ S P U L S E
Évolution des marchés des produits de base
Les cours des matières premières ont baissé ces derniers mois, à des degrés divers, en raison du
ralentissement de la croissance mondiale. Toutefois, en comparaison historique, ils restent élevés, ce qui
prolonge les défis liés à l’insécurité énergétique et alimentaire (figure 1.9). Les prix de l’énergie affichent
une tendance à la baisse, en particulier ceux du gaz naturel qui ont chuté au cours de l’hiver en raison de
températures plus douces que prévu. Le prix du pétrole brut Brent s’est élevé en moyenne à 83 dollars US
le baril au premier trimestre 2023, un chiffre qui représente une baisse considérable par rapport au pic
atteint au lendemain de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais reste largement au-dessus de la moyenne
enregistrée avant la pandémie.3 Les prix du pétrole restent volatils, alors que les marchés évaluent les
perspectives de la demande mondiale et l’imposition d’un plafond de prix sur les produits pétroliers russes.
Après avoir doublé entre le deuxième et le troisième trimestre 2022, les prix du gaz naturel ont plongé.
Au premier trimestre de l’année en cours, ils étaient inférieurs d’environ 44 % à leurs niveaux du premier
trimestre 2022. Les températures clémentes, la faible demande industrielle, les mesures de conservation
et le délai d’importation du gaz naturel liquéfié ont permis au stockage de gaz en Europe d’atteindre son
niveau le plus élevé depuis des années et ont contribué à la forte baisse des cours du gaz naturel. Aux
États-Unis, ceux-ci ont décliné d’environ 39 % en glissement annuel au cours du premier trimestre 2023, car
le temps plus doux a réduit la demande et la production de gaz naturel au cours des 10 premiers mois de
2022 a atteint des niveaux record.

Les prix agricoles ont continué


à diminuer pendant la majeure FIGURE 1.9 : Indices des prix de la Banque mondiale pour les économies Malgré la baisse des
partie de l’année 2022, après émergentes (2019 = 100) prix des produits
350 200 de base au cours
les sommets atteints entre des derniers mois,
février et avril, lorsque la guerre 300 180 ils restent élevés,
entre la Russie et l’Ukraine a prolongeant les
250 160 défis liés à l’énergie
éclaté (figure 1.9). Au cours des et à l’insécurité
derniers mois, ces prix sont 200 140 alimentaire,
restés globalement stables et tandis que les
150 120 prix agricoles ont
devraient se maintenir au-
continué à baisser.
dessus des niveaux d’avant la 100 100
pandémie. L’initiative céréalière
50 80
de la mer Noire, négociée par
l’ONU, ainsi que les meilleures 0 60
1/1/2019 1/1/2020 1/1/2021 1/1/2022 2/1/2023
récoltes dans d’autres grands
pays producteurs de blé et Indice des prix de l’énergie Indice des prix des engrais
Indice des prix agricoles (RHS) Métaux et minéraux (RHS)
de maïs ont aidé les denrées
alimentaires et les engrais Sources : Banque mondiale ; Bloomberg ; Haver Analytics.

à atteindre les marchés


mondiaux, ce qui a contribué à stabiliser les prix des céréales au cours du second semestre de l’année.
L’initiative a été renouvelée mi-mars pour une période plus courte ; cependant, l’incertitude quant à
son avenir et la guerre elle-même augmenteront la volatilité des prix, en particulier pour les produits de
base dont la région est un important fournisseur mondial, tels que le blé, le maïs et les engrais. Malgré
la baisse des cours mondiaux des produits agricoles, les prix des céréales sur les marchés locaux de
nombreux pays en développement restent proches des sommets historiques, en raison de la lenteur de
la transmission des prix mondiaux aux prix locaux et de l’appréciation du dollar US au cours des derniers

3 La moyenne du premier trimestre 2023 correspond au prix moyen du pétrole brut Brent (en dollars US par baril) pour les mois de janvier et février. Les données du mois de
mars n’étaient pas disponibles au moment de la publication.

A F R I C A’ S P U L S E > 21
mois. Cela affecte la sécurité alimentaire dans de nombreuses économies en développement. Après avoir
atteint leur niveau le plus élevé depuis 2007-2008 suite au début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine
en février 2022, les prix des engrais diminuent régulièrement depuis mai 2022. Toutefois, ce coût reste
plus élevé que dans les années précédant la guerre russo-ukrainienne ou la pandémie de COVID-19.

Les prix du café et du thé ont


Les prix du café et FIGURE 1.10 : Prix mensuels moyens du café, du cacao et du thé (en USD /kg) décliné tout au long de l’année
du thé ont baissé (figure 1.10). Le prix du café
3.0
tout au long de
arabica a baissé d’environ 19 %
l’année. 6
2.5
en glissement annuel au cours
du premier trimestre 2023,
5
tandis que le prix moyen
2.0
du thé dans les ventes aux
4 enchères de Mombasa a
1.5
diminué d’environ 13 % sur
3 12 mois. La principale pression
1.0
à la baisse sur les prix du café
a commencé en octobre 2022,
2 .5
en raison de pluies régulières
2019M01
2019M04
2019M07
2019M10
2020M01
2020M04
2020M07
2020M10
2021M01
2021M04
2021M07
2021M10
2022M01
2022M04
2022M07
2022M10
2023M01
au Brésil qui permettaient de
prévoir une augmentation de la
Café, Arabica Cacao (LHS)
Café, Robusta (LHS) Thé, Mombasa (LHS) production de café arabica de
16 % au cours de la campagne
Sources : Organisation internationale du café ; Organisation internationale du cacao ;
Comité international du thé. agricole 2022-2023 par rapport
Remarque : OIC = Organisation internationale du cacao ; kg = kilogramme. à celle de 2021-2022. La
chute des prix du café et du
thé affectera les recettes d’exportation de plusieurs pays africains qui dépendent des revenus de ces
matières premières. Les prix du cacao ont baissé pendant la majeure partie de l’année 2022, mais se sont
redressés depuis le quatrième trimestre 2022.

En revanche, les prix des métaux et des minéraux ont augmenté ces derniers mois, reflétant les
meilleures perspectives de l’économie chinoise après sa réouverture. Ils ont augmenté de près de 11 %
au premier trimestre 2023 par rapport au dernier trimestre d’octobre 2022, mais sont restés inférieurs
à leur pic de mars 2022. La réouverture de la Chine suite au revirement de sa politique « zéro COVID »
et les mesures visant à stimuler son secteur immobilier ont suscité l’optimisme quant à la demande
de matières premières industrielles. Par exemple, les prix du cuivre ont baissé au cours du premier
semestre 2022, mais augmenté régulièrement au second semestre. Alors que les cours du minerai de fer,
de l’aluminium, du plomb, du nickel, de l’étain et du zinc ont diminué pendant la majeure partie des trois
premiers trimestres de 2022, la tendance s’est inversée et ils se sont relevés progressivement à partir du
quatrième trimestre de 2022. La hausse des prix de ces métaux industriels devrait s’accélérer en 2023,
à mesure que la réouverture de la Chine s’affirme et que les taux d’intérêt des banques centrales du
monde entier se rapprochent de leurs sommets. De la même façon, les prix de l’or ont entamé un cycle
de hausse en octobre 2022, après avoir baissé au cours des trois premiers trimestres de l’année dernière,
et les prix ont continué à augmenter au cours du premier trimestre 2023. D’autres métaux précieux,
tels que le platine et l’argent, ont suivi une tendance similaire à celle des prix de l’or. Enfin, des risques
pesant sur les perspectives des prix des produits de base sont liés à des conditions météorologiques
défavorables, à des décisions politiques (en particulier l’accord de la mer Noire) et à l’augmentation des
coûts de l’énergie.

22 > A F R I C A’ S P U L S E
1.3 L’ENVIRONNEMENT INTÉRIEUR
Le ralentissement de la croissance des investissements freine
la croissance dans la région 4
L’Afrique subsaharienne se heurte à de très nombreuses difficultés pour retrouver le chemin de la
croissance. Au nombre de celles-ci figure le recul important de la croissance des investissements au cours
de la décennie précédant la pandémie. La croissance de l’investissement en Afrique subsaharienne a
ralenti, passant de près de 6,8 % en 2010-2013 à 1,6 % en 2020-2021, bien en deçà de la moyenne à long
terme sur la période 2000-2019 qui était d’environ 6,1 % (figure 1.11).5 En raison du ralentissement de la
croissance de l’investissement dans la région, la part de l’investissement dans le PIB a baissé de près de
3 points de pourcentage.

La décélération a été généralisée, la part des pays de la région dont la croissance des investissements
est en baisse passant de près de 25 % en 2010 à un pic de 68 % en 2020. Cette décélération est plus
marquée dans l’AFE, où la croissance de l’investissement est passée de 5,6 % en 2010-2013 à une
contraction moyenne de 0,1 % en 2020-2021, entraînant ainsi une baisse du ratio investissement/
PIB de plus de 4 points de pourcentage au cours de la période. L’atonie de la croissance de
l’investissement est moins marquée pour les pays AFW, pour lesquels le taux de croissance est passé
d’une moyenne annuelle de 6,9 % en 2010-2013 à 3 % en 2020-2021, ce qui implique une baisse du ratio
d’investissement moyen de la sous-région de 1,8 point de pourcentage du PIB (figure 1.11).

Le ralentissement de la
croissance des investissements FIGURE 1.11 : Croissance de l’investissement par rapport à la croissance La croissance des
moyenne à long terme en Afrique subsaharienne, par sous-région, 2010-2021 (%) investissements
est également observé dans en Afrique
divers groupes de pays d’Afrique 10
subsaharienne
9 a fortement
subsaharienne, en fonction de 8 ralenti.
l’abondance et de la fragilité des 7
ressources. Les pays riches en 6
Pourcentage

pétrole affichent la baisse la plus 5


importante et la plus persistante 4
3
de l’investissement par rapport 2
aux autres groupes. Après 1
avoir enregistré une croissance 0
2010-13

2014-15

2016-19

2020-21

2010-13

2014-15

2016-19

2020-21

2010-13

2014-15

2016-19

2020-21

annuelle moyenne de près de -1


8 % en 2010-2013, les pays riches
Afrique subsaharienne Afrique de l’Est et australe Afrique de l’Ouest et centrale
en pétrole ont en moyenne
Moyenne 2000-2019
connu une contraction de
l’investissement depuis la Source : Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale.
Remarque : La croissance de l’investissement est calculée comme le taux de croissance de la formation
chute des prix internationaux brute de capital fixe (exprimé en monnaie locale à prix constants). Cette définition est conforme à celle
de la Banque mondiale (2023). Les lignes noires en pointillé représentent la croissance moyenne à long
du pétrole en 2014-2015 terme de l’investissement pour chaque groupe correspondant, mesurée par la moyenne du groupe sur
la période 2000-2019.
(figure 1.12). Le ralentissement
de l’investissement est
également marqué dans les
pays de la région riches en métaux, bien qu’ils aient connu un taux de croissance plus élevé au début des
années 2010. Les pays qui ne disposent pas de ressources abondantes ont enregistré la décélération la plus
lente de la croissance de l’investissement, avec un taux annuel moyen qui est passé de 6,3 % en 2010-2013

4 La discussion sur le ralentissement de la croissance de l’investissement en Afrique suit l’analyse de la Banque mondiale (2023).
5 L’investissement est représenté par la formation brute de capital fixe en monnaie locale à prix constants. Sa définition est analogue à celle de la Banque mondiale (2023).

A F R I C A’ S P U L S E > 23
à 2,2 % en 2020-2021 (un niveau
Dans les pays FIGURE 1.12 : Croissance de l’investissement par rapport à la croissance
qui demeure bien inférieur à
riches en pétrole, la moyenne à long terme en Afrique subsaharienne, en fonction de l’abondance
croissance annuelle des ressources et de la fragilité, 2010-2021 (%) leur croissance moyenne à long
moyenne était de 12 terme, qui s’élève à 6,1 %). La
près de 8 % entre croissance des investissements
2010 et 2013, mais 10
est restée inférieure à la
elle s’est contractée 8
depuis 2014 et moyenne à long terme dans les
6
2015 en raison de pays fragiles après la chute des
la chute des cours 4
Pourcentage

prix des produits de base.


internationaux du 2
pétrole. 0 La forte baisse de la croissance
-2 de l’investissement dans la
-4 région est également évidente
-6 pour les investissements publics,
2010-13
2014-15
2016-19
2020-21
2010-13
2014-15
2016-19
2020-21
2010-13
2014-15
2016-19
2020-21
2010-13
2014-15
2016-19
2020-21
privés et étrangers (figure 1.13).
Ressources Ressources On observe en effet que la
Non abondants en Pays fragiles
ressources en ASS abondantes, abondantes, croissance de l’investissement,
pétrole en ASS Minéraux en ASS en ASS
qu’il soit public, privé ou
Moyenne 2000-2019
étranger, se situe en dessous
Source : Indicateurs du développement dans le monde, Banque mondiale.
de la moyenne à long terme
Remarque : La croissance de l’investissement est calculée comme le taux de croissance de la formation
brute de capital fixe (exprimé en monnaie locale à prix constants). Cette définition est conforme à celle (2000-2019) dans la plupart
de la Banque mondiale (2023). Les lignes noires en pointillé représentent la croissance moyenne à long
terme de l’investissement pour chaque groupe correspondant, mesurée par la moyenne du groupe sur des années considérées. La
la période 2000-2019. Les pays riches en ressources sont définis comme ceux dont les rentes naturelles
(à l’exclusion des forêts) dépassent 10 % du produit intérieur brut au cours des cinq dernières années. croissance des investissements
Les pays fragiles sont ceux qui figurent sur la liste des situations de fragilité et de conflit établie par la
Banque mondiale au cours des cinq dernières années. SSA = Afrique subsaharienne. privés a chuté de façon
relativement plus importante
La forte FIGURE 1.13 : Croissance de l’investissement par rapport à la croissance
(de 5,9 % en 2014-2015 à 3,1 %
décélération de moyenne à long terme en Afrique subsaharienne, par type d’investissement
la croissance de (public, privé et étranger), 2010-2021 (%) en 2020-2021) que celle des
l’investissement a investissements publics (de
touché l’ensemble 8
3,3 % en 2014-2015 à 1,6 % en
des investissements
publics, privés et
6 2020-2021), et a été plus volatile
étrangers. 4 tout au long de la période. En
revanche, les investissements
2
directs étrangers (IDE) se sont
Pourcentage

0 contractés en moyenne depuis


le début de la chute des prix des
-2
matières premières en 2014-
-4 2015. On a assisté au passage
-6 d’une croissance annuelle
2010-13

2014-15

2016-19

2020-21

2010-13

2014-15

2016-19

2020-21

2010-13

2014-15

2016-19

2020-21

moyenne de 1,9 % en 2014-


2015 à une contraction de
Secteur privé Secteur public IDE 3,7 % en 2016-2019, et à une
Moyenne 2000-2019 baisse encore plus importante
Sources : Indicateurs du développement mondial de la Banque mondiale ; Rapport sur l’investissement (5,1 % par an) après le début
dans le monde de la CNUCED.
Remarque : La croissance de l’investissement est calculée comme le taux de croissance de la formation
de la COVID-19 (2020-2021).
brute de capital fixe (exprimé en monnaie locale à prix constants). Cette définition est conforme à celle
de la Banque mondiale (2023). Les lignes noires en pointillé représentent la croissance moyenne à long
La contraction des IDE depuis
terme de l’investissement pour chaque groupe correspondant, mesurée par la moyenne du groupe sur
la période 2000-2019. IDE = investissements directs étrangers.
2016 peut être attribuée à la
baisse et à la volatilité des prix

24 > A F R I C A’ S P U L S E
internationaux des produits des industries extractives ainsi qu’à l’insuffisance des investissements dans les
activités d’exploration et de production parmi les champs pétrolifères nouveaux ou arrivés à maturité.

La tendance régionale masque des différences entre les sous-régions AFE et AFW. La croissance annuelle
moyenne des investissements publics et privés en AFE est inférieure à la tendance à long terme depuis
2010. Si les investissements du secteur privé se sont contractés depuis 2014-2015, la croissance des
investissements publics est restée positive bien que modeste (0,4 % en 2020-2021). Après une croissance
rapide en 2010-2013 (8,1 % par an), l’IDE s’est contracté à un taux annuel de 4,3 % par an au cours de
la crise de la COVID-19. Contrairement à l’AFE, la croissance des investissements privés et publics en
AFW est restée positive tout au long de la période 2010-2021. En outre, les investissements publics ont
soutenu l’activité économique dans la sous-région AFW grâce à une croissance légèrement plus rapide
que la moyenne à long terme en 2016-2019 et 2020-2021. Dans la sous-région AFW, les investissements
étrangers ont augmenté à un rythme plus élevé que la moyenne à long terme en 2016-2019 ;
cependant, ils se sont contractés de 1,94 % par an au cours de la crise de la COVID-19.

Les envois de fonds, une autre source de financement, ont relativement bien résisté aux différents
chocs survenus tout au long de la période 2010-2021, y compris pendant la pandémie de COVID-196.
La croissance des envois de fonds pour l’ensemble de la région est restée supérieure à la moyenne à
long terme de 2010 à 2015 (avec une croissance annuelle moyenne des envois de fonds supérieure
à 6 %), puis s’est ralentie pour atteindre une croissance positive de 3,5 % par an au cours de la
crise de la COVID-19 (2020-2021). Toutefois, l’évolution des envois de fonds au fil du temps diffère
considérablement d’une sous-région à l’autre (figure 1.14). Les envois de fonds vers les pays de la sous-
région EAF ont augmenté à un rythme proche ou supérieur à la moyenne de croissance à long terme
depuis 2016, et en particulier au cours de la pandémie de COVID-19 (6,6 % par an en 2020-2021). En
revanche, dans les pays de la
sous-région AFW, les envois de
FIGURE 1.14 : Croissance des envois de fonds par rapport à la croissance L’évolution des
fonds ont connu une croissance moyenne à long terme en Afrique subsaharienne, par sous-région, 2010-2021 (%) envois de fonds au
proche ou supérieure à la fil du temps diffère
tendance au cours de la période 12 considérablement
d’une sous-région à
2010-2015 et ont décéléré après 10 l’autre.
la chute des prix des produits
8
de base, pour atteindre un taux
Pourcentage

de croissance de 1 % par an en 6
2020-2021 . La résistance des
7
4
transferts de fonds au cours de
la crise de la COVID-19 dans 2
les pays de la région (et, en 0
2010-13

2014-15

2016-19

2020-21

2010-13

2014-15

2016-19

2020-21
2010-13

2014-15

2016-19

2020-21

particulier, dans les pays de


la sous-région AFE) peut être
Afrique subsaharienne Afrique de l’Est et australe Afrique de l’Ouest et centrale
partiellement attribuée à la
Moyenne 2000-2019
forte croissance des transferts
de fonds dans les pays riches Sources : Indicateurs du développement mondial de la Banque mondiale ; données de la Banque
mondiale sur les migrations et les envois de fonds.
en ressources (pétrole, minerais Remarque : La croissance des envois de fonds est calculée comme le taux de croissance des flux d’envois
de fonds (exprimés en dollars américains à prix constants). Les lignes noires en pointillé représentent la
et métaux). Toutefois, les taux croissance moyenne à long terme des envois de fonds pour chaque groupe correspondant, mesurée par
la moyenne du groupe sur la période 2000-2019.
d’augmentation des envois

6 Les envois de fonds correspondent aux envois de fonds des particuliers, tels que définis par la somme des transferts personnels et des rémunérations des salariés. Les
transferts personnels comprennent les transferts courants en espèces ou en nature effectués ou reçus par les ménages résidents au profit ou en provenance des ménages
non résidents (y compris les particuliers résidents et non résidents). La rémunération des salariés correspond au revenu des travailleurs frontaliers, saisonniers et autres
travailleurs à court terme qui sont employés dans une économie où ils ne sont pas résidents et des résidents employés par des entités non-résidentes.
7 Les tendances contrastées dans l’évolution de la croissance des transferts de fonds entre l’AFE et AFW peuvent être attribuées au fait que l’AFE est relativement moins
dépendante des flux en provenance des économies avancées (50 % contre 63 %) et que les flux intrarégionaux y sont relativement plus élevés (Banque mondiale 2021).

A F R I C A’ S P U L S E > 25
de fonds ont été inférieurs à la tendance dans les pays fragiles et se sont contractés dans les pays ne
disposant pas de ressources abondantes au cours de la pandémie de COVID-19.
Dans le contexte des retombées économiques de la pandémie de COVID-19 et de la guerre en Ukraine,
la croissance des investissements devrait rester modeste, voire inférieure au taux de croissance moyen
des deux dernières décennies. Cette tendance n’est pas spécifique à la région, mais s’étend à l’ensemble
des marchés émergents et économies en voie de développement8. L’analyse empirique suggère que
le ralentissement de la croissance de l’investissement pourrait être associé à des baisses de l’activité
économique, à la détérioration des termes de l’échange, à la faible croissance du crédit réel et au recul
des investissements dans les réformes climatiques9.
Le ralentissement de la croissance des investissements dans la région freine la croissance à long terme
de la production et du revenu par habitant, ainsi que les progrès dans la réalisation des objectifs de
développement durable. Face à des besoins de financement importants, à une marge de manœuvre
budgétaire limitée et à la hausse des coûts d’emprunt, les décideurs politiques de la région devront s’efforcer
d’améliorer l’efficacité des dépenses. L’augmentation des investissements nécessitera des financements
supplémentaires de la part du secteur privé et de la communauté internationale, l’accélération des réformes
pour améliorer les institutions qui soutiennent la croissance du secteur privé, le développement des marchés
de capitaux locaux, l’amélioration de la quantité et de la qualité des infrastructures publiques, l’amélioration
de l’efficacité des services publics et le renforcement de la mobilisation des ressources nationales.

L’inflation reste élevée, alimentée par les prix des denrées


alimentaires et l’affaiblissement des monnaies
L’inflation en Afrique subsaharienne s’est accélérée en 2022 pour atteindre 9,2 %, contre 4,5 % en 2021
(figure 1.15). Le ralentissement de la demande mondiale, la baisse des prix des matières premières et les
effets du resserrement de la politique monétaire sur le continent devraient ramener l’inflation à 7,5 %
en 2023, puis à 5 % en 2024 et 2025. L’inflation globale reste supérieure au plafond des fourchettes
cibles des banques centrales pour tous les pays disposant d’un ancrage nominal explicite. Les prix à
la consommation ont augmenté plus rapidement en 2022 en raison des perturbations de la chaîne
d’approvisionnement, de
L’inflation FIGURE 1.15 : Inflation médiane en Afrique subsaharienne, 2018-2025f (%) la demande refoulée liée
en Afrique 10 à la levée des restrictions
subsaharienne appliquées face à la pandémie
s’est accélérée, 9
passant de 4,6 %
et de la guerre en Ukraine. Le
8
en 2021 à 9,2 % nombre de pays affichant un
7
taux d’inflation annuel moyen
Pourcentage

en 2022.
6 à deux chiffres est passé de
5 9 en 2021 à 21 en 2022, ce
4 qui signifie qu’environ 45 %
3 des pays de la région ont
2
enregistré des taux d’inflation à
2018 2019 2020 2021 2022e 2023f 2024f 2025f deux chiffres l’année dernière.
Afrique subsaharienne, médiane Ce nombre devrait tomber à
Pays exportateurs de pétrole en Afrique subsaharienne, médiane 12 pays en 2023 et à 6 en 2025.
Exportateurs de minéraux et de métaux en Afrique subsaharienne, médiane
Pays d’Afrique subsaharienne non riches en ressources, médiane La hausse des prix des denrées
Source : Projections des services de la Banque mondiale. alimentaires et des carburants
Remarque : L’inflation est mesurée par les variations en pourcentage de l’indice des prix à la
consommation en utilisant la base de données du modèle macro-budgétaire de la Banque mondiale.
ainsi que la dépréciation
e = estimation ; f = prévision ; ASS = Afrique subsaharienne.

8 Banque mondiale 2020c.


9 Banque mondiale (2020f ).

26 > A F R I C A’ S P U L S E
du taux de change ont été les principaux moteurs des pressions inflationnistes dans la région et, en
particulier, dans des pays comme le Ghana, le Soudan et le Malawi (figures 1.16 et 1.17)10. Le cedi
ghanéen, la monnaie la moins performante de la région au cours de l’année 2022, a enregistré une
dépréciation d’environ 40 %. Il a subi une nouvelle dépréciation de 20 % en 2023. Les autres monnaies
ayant subi d’importantes pertes l’année dernière sont celles du Soudan (23,6 %), du Malawi (20,7 %),11
de la Gambie (14,6 %) et du Nigéria (10,2 %)12. En outre, la hausse des prix des denrées alimentaires et

FIGURE 1.16 : Inflation globale et inflation alimentaire dans les pays d’Afrique subsaharienne, janvier 2023 (%) La hausse des
90 prix des denrées
alimentaires et des
carburants ainsi
70 que la dépréciation
du taux de change
sont les principaux
50 moteurs des pres-
Pourcentage

sions inflationnistes
dans les pays de la
30 région.

10

-10
Bénin
Niger
Seychelles
Congo, Rép.
Côte d’Ivoire
Tanzanie
Guinée, Éq.
Gabon
Eswatini
Namibie
Afrique du Sud
Cameroun
Togo
Mali
Lesotho
Burkina Faso
Tchad
Kenya
Botswana
Zambie
Guinée-Bissau
Mozambique
Mauritanie
Ouganda
Sénégal
Madagascar
Maurice
Angola
Gambie
Cabo Verde
Nigéria
Malawi
Burundi
Rwanda
Éthiopie
Sierra Leone
Ghana
Soudan
Zimbabwe
IPC Alimentaire

FIGURE 1.17 : Variation cumulée des taux de change dans une sélection de pays (%)
20

10

-10
Pourcentage

-20

-30

-40

-50

-60
Ghana
Égypte
Sri Lanka
Pakistan
Turquie
Soudan
Ukraine
Malawi
Zambie
Eswatini
Afrique du Sud
Gambie
Royaume-Uni
Kenya
Botswana
Nigéria
Inde
Madagascar
Éthiopie
Chine
Indonésie
CFA Franc
Malaisie
Rwanda
Ouganda
Vietnam
Thaïlande
Congo, D.R.
Tanzanie
Mozambique
Somalie
Pérou
Brésil
Angola
Mexique

Sources : Haver Analytics ; Bloomberg.


Remarque : La figure 1.16 présente l’inflation globale (barres) et l’inflation alimentaire (points) en glissement annuel en janvier 2023. Au Zimbabwe, les taux
d’inflation globale et alimentaire dépassent les 100 %. IPC = Indice des prix à la consommation. La figure 1.17 présente la variation cumulative des taux de
change d’une sélection de monnaies de l’Afrique subsaharienne et du monde entre le 31 décembre 2021 et le 23 février 2023. Une variation cumulative
négative (positive) représente une dépréciation (appréciation).

10 Pour certains pays de la région, l’inflation est également alimentée par la prévalence de la domination fiscale et des distorsions de change qui ont donné lieu à des primes
croissantes sur les marchés parallèles (par exemple, l’Éthiopie, le Zimbabwe).
11 La Reserve Bank of Malawi a ajusté à la baisse le taux de change officiel kwacha-dollar américain de 25 % le 26 mai 2022. En outre, le kwacha s’est encore déprécié au cours
de la même période dans les bureaux de change, creusant ainsi l’écart avec le taux de change officiel.
12 Il est à noter que ces amortissements sont calculés du 31 décembre 2021 au 31 décembre 2022 et que le taux de change est exprimé en dollars américains par unité de
monnaie locale. Une baisse implique donc une dépréciation.

A F R I C A’ S P U L S E > 27
de l’énergie a continué à alimenter l’inflation globale. Les informations mensuelles disponibles pour
39 pays d’Afrique subsaharienne en janvier 2023 montrent que l’inflation alimentaire d’une année
sur l’autre reste élevée. Environ 75 % des pays de la région ont enregistré des taux d’inflation à deux
chiffres entre la fin de 2021 et la fin de 2022, les augmentations les plus rapides ayant été enregistrées
au Burundi, en Éthiopie, au Ghana, au Malawi, au Rwanda, en Sierra Leone, au Soudan et au Zimbabwe
(figure 1.16). L’inflation intérieure des prix alimentaires est restée stable dans certains pays africains,
tandis qu’elle a décéléré dans d’autres, bien qu’à un rythme beaucoup plus lent que la désinflation des
prix des denrées alimentaires sur les marchés mondiaux. Cette situation peut être attribuée à deux
facteurs : d’une part, la dépréciation de la monnaie, les pays de la région important la plupart de leurs
produits alimentaires de base, et d’autres coûts élevés des intrants (prix élevés du pétrole et du gaz
naturel affectant le transport et la réfrigération, et engrais azotés) ainsi que les événements climatiques
extrêmes (par exemple, les sécheresses dans la Corne de l’Afrique). La réduction de l’inflation et l’ancrage
des anticipations d’inflation doivent rester une priorité pour les décideurs politiques, afin d’éviter une
nouvelle détérioration des revenus et de la sécurité alimentaire de la population, ainsi que des troubles
sociaux et des conflits.

Le taux d’inflation devrait plafonner dans la plupart des pays de la région. Selon les prévisions d’inflation
annuelle moyenne, environ 70 % des pays de la région devraient avoir un taux d’inflation inférieur
en 2023 à celui de 2022. L’inflation médiane pour le groupe de pays où le taux d’inflation devait avoir
plafonné l’année dernière tombe à 8 % en 2023 (contre près de 10 % en 2022)13. Cependant, malgré
la baisse des taux d’inflation dans de nombreux pays de la région, les taux de croissance des prix à
la consommation restent élevés et supérieurs aux objectifs et aux niveaux d’avant la pandémie14.
En revanche, les taux d’inflation au Burundi, en Ouganda, au Ghana et au Soudan du Sud devraient
s’accélérer de plus de 3 points de pourcentage en 2023 par rapport à l’année dernière.

Les taux d’inflation nationaux enregistrés font également ressortir les différences entre pays dans
l’évolution des soldes extérieurs et budgétaires ainsi que dans la dynamique de la dette. L’inflation
devrait rester contenue dans les pays riches en ressources et en particulier, dans les pays riches en
pétrole où l’impact de l’inflation des denrées alimentaires et des carburants ainsi que de la monnaie
a été limité par une série de mesures monétaires et fiscales. Le taux d’inflation médian dans les pays
exportateurs de pétrole de la région devrait baisser à 5,2 % en 2023 et se stabiliser à 4 et 3 % en 2024 et
2025, respectivement (figure 1.15). Dans les pays non riches en ressources, l’inflation était élevée en 2022
(8,3 %) et devrait diminuer lentement pour atteindre 6,5 % en 2023 et se stabiliser à 5 % en 2025.

Les politiques des banques centrales doivent ancrer des attentes


inflationnistes toujours élevées
Lorsque l’inflation a atteint des records historiques en 2022, les responsables de la politique monétaire
de la région ont réagi avec célérité et de manière énergique en augmentant les taux directeurs à
des niveaux inégalés depuis de nombreuses années. Depuis janvier 2022, les banques centrales ont
relevé leurs taux directeurs de 350 points de base en Afrique du Sud, au Lesotho et en Ouganda, de
400 points de base au Mozambique, de 650 points de base au Nigéria et de 1 500 points de base au
Ghana (figure 1.18). Malgré ces hausses précoces et importantes des taux d’intérêt au cours des deux
dernières années, l’inflation reste supérieure à l’objectif fixé dans de nombreuses économies d’Afrique

13 Les informations de périodicité élevée confirment une décélération de l’inflation dans certains pays de la région depuis le dernier trimestre 2022, bien qu’à des rythmes
différents selon les pays. Dans près de 75 % des pays de la région, l’inflation en glissement annuel en décembre 2022 était inférieure au maximum enregistré cette année-là.
14 En décembre 2022, près de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne pour lesquels des données mensuelles sont disponibles (18 sur 39) ont enregistré une inflation à
deux chiffres.

28 > A F R I C A’ S P U L S E
subsaharienne, ce qui laisse
FIGURE 1.18 : Taux directeurs et variation cumulée depuis janvier 2022 (%) Les banques
supposer une transmission centrales ont
limitée de la politique 30 procédé aux
monétaire. L’efficacité réduite de 20
augmentations
précoces et
la politique monétaire peut être
importantes des
attribuée, entre autres facteurs, 15
taux d’intérêt pour

Pourcentage
à l’importance des chocs d’offre freiner l’inflation.
10
persistants qui alimentent
l’inflation (par exemple, les 5
prix des produits de base et
0
les chocs climatiques), au
manque perçu d’autonomie -5
Botswana
UEMOA
Maurice
CEMAC
Tanzanie
Namibie
Rwanda
Afrique du Sud
Lesotho
Kenya
Zambie
Ouganda
Mozambique
Nigéria
Angola
Ghana
de la banque centrale, aux
distorsions de change qui ont
élargi les primes du marché des Augmentation du taux Taux (23 fév.)
taux de change parallèles et à
Sources : Haver Analytics ; Statistiques financières internationales du Fonds monétaire international.
la prépondérance budgétaire. Remarque : Les barres représentent la variation cumulative du taux d’intérêt (en points de
Cette dernière semble se pourcentage) de janvier 2022 à février 2023. Les diamants signalent le taux de politique monétaire
à la fin du mois de janvier 2023. CEMAC = Communauté économique et monétaire de l’Afrique
pratiquer dans un nombre centrale ; UEMOA = Union économique et monétaire ouest-africaine.

croissant de pays d’Afrique


subsaharienne, où les créances nettes des banques centrales sur le gouvernement central ont augmenté
depuis le début de la pandémie et restent élevées15, ce qui permet d’établir un lien entre les évolutions
budgétaires et les attentes en matière d’inflation.

Malgré ces limites, certains comités de politique monétaire ont commencé à ralentir le rythme du
cycle de resserrement (Afrique du Sud) ou à le mettre en pause (Kenya, Mozambique et Ouganda)
lorsque les taux d’inflation ont commencé à atteindre des sommets à la fin de 202216. Les données
récemment publiées sur l’inflation aux États-Unis d’Amérique et dans certains pays européens indiquent
que les pressions inflationnistes sous-jacentes restent fortes et que l’inflation pourrait ne pas diminuer
régulièrement, ce qui fait craindre de nouvelles hausses des taux d’intérêt. La lutte contre l’inflation est
loin d’être terminée en Afrique subsaharienne ; les pressions inflationnistes restent obstinément élevées
et supérieures aux objectifs. La maîtrise de l’inflation reste essentielle pour accroître les revenus des
citoyens et réduire l’incertitude qui pèse sur les projets de consommation et d’investissement17.

Les gouvernements ont également eu recours à des instruments fiscaux pour limiter l’impact de
l’augmentation de l’inflation, en particulier sur les ménages, tels qu’entre autres, des subventions, des
dérogations tarifaires et des aides au revenu, ce qui risque d’accroître les pressions budgétaires dans les
pays, dont la marge de manœuvre budgétaire est réduite. Il est donc essentiel de coordonner les politiques
monétaire et budgétaire afin d’ancrer les attentes inflationnistes. L’encadré 1.1 décrit les arbitrages entre les
politiques monétaire et budgétaire visant à freiner l’inflation dans les pays d’Afrique subsaharienne.

15 Les données montrent que les créances nettes des banques centrales sur le gouvernement central dépassent 10 % du PIB dans des pays tels que le Burundi, la République
centrafricaine, la Gambie, le Ghana, le Malawi, le Mozambique, le Nigéria, la Sierra Leone et le Sud-Soudan, entre autres.
16 À contre-courant de la tendance, la Banque d’Angola a commencé à abaisser ses taux de politique monétaire à mesure que la monnaie se renforçait, et le processus de
désinflation se poursuit.
17 L’indice des prix des dépenses de consommation personnelle (PCE) – la mesure de l’inflation préférée de la Réserve fédérale américaine – n’a toujours pas atteint son
maximum ; il a augmenté de 5,4 % en glissement annuel en janvier 2023 (contre 5,3 % en décembre 2022). En excluant les prix de l’alimentation et de l’énergie, l’indice des
prix PCE a progressé de 4,7 % en glissement annuel (contre 4,6 % en décembre). En outre, l’inflation en France et en Espagne s’est accélérée en février 2023 (pour atteindre
respectivement 7,2 et 6,1 % en glissement annuel), alors que l’on s’attendait à une baisse ou à une stagnation des taux.

A F R I C A’ S P U L S E > 29
La hausse de l’inflation dans un contexte de chocs mondiaux et de
vulnérabilités intérieures met temporairement en veilleuse l’assainissement
budgétaire en Afrique subsaharienne
Le processus de consolidation entamé dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne à la suite de la
pandémie de coronavirus a été interrompu par la guerre en Ukraine. En réponse à la hausse des prix des
denrées alimentaires et des carburants, les décideurs politiques de la région ont eu recours à une série
de mesures limitant la hausse de l’inflation, et en particulier, l’inflation alimentaire, pour aider les plus
vulnérables. Ces mesures comprennent entre autres des subventions directes aux prix, les dérogations
temporaires aux droits de douane et autres prélèvements, et le soutien aux revenus (par le biais de
transferts d’argent et de denrées alimentaires). D’autres facteurs ont également affecté la consolidation,
parmi lesquels figurent la réduction considérable de l’aide publique au développement (due aux
conflits et aux prises de contrôle militaires dans certains pays africains, et au détournement vers des
pays hors d’Afrique), et le manque d’accès aux emprunts extérieurs (pour les pays participant au cadre
commun)18. Ces interruptions du processus de consolidation ont eu pour résultat un déficit budgétaire
élevé et une pression supplémentaire sur le budget, en particulier pour les gouvernements de la région
dont la marge de manœuvre budgétaire est presque épuisée. Le déficit budgétaire (médian) en Afrique
subsaharienne devrait se creuser, passant de 4,8 % en 2021 à 5,2 % en 2022. Il devrait se réduire à 4,3 %
en 2024 et à une moyenne de 3,0 % en 2024-2025 (figure 1.19). Le creusement du déficit budgétaire
en 2022 est principalement
dû à la détérioration des
L’équilibre FIGURE 1.19 : Solde budgétaire en Afrique subsaharienne, 2018-2025f (%)
résultats budgétaires des
budgétaire devrait
4 pays exportateurs de minerais
se réduire au
cours de la période et de métaux de la région,
2023-2025. 2 et ce malgré le fait que les
pays pétroliers prévoient un
0
excédent de 3 % du PIB. Le
Libéria, la Mauritanie et la
Pourcentage

-2
Sierra Leone font partie des
-4 exportateurs de métaux et
de minerais de la région qui
-6 ont connu une expansion de
leur déficit budgétaire de plus
-8 de 2 points de pourcentage
2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022e 2023f 2024f 2025f
en 2022. Les dépassements
Afrique subsaharienne, médiane
de dépenses liés aux chocs
Pays exportateurs de pétrole en Afrique subsaharienne
Exportateurs de minéraux et de métaux en Afrique subsaharienne macroéconomiques et
Pays d’Afrique subsaharienne non riches en ressources politiques et, dans certains
Source : Projections des services de la Banque mondiale. cas, la baisse des recettes
Remarque : Dans la figure 1.19, l’inflation est mesurée par les variations en pourcentage de l’indice d’exportation peuvent expliquer
des prix à la consommation en utilisant la base de données du modèle macro-budgétaire de la Banque
mondiale. e = estimation ; f = prévision ; PIB = produit intérieur brut ; ASS = Afrique subsaharienne. la détérioration des comptes
budgétaires de ces pays. Le
processus d’assainissement budgétaire devrait reprendre tout au long de la période de prévision (2023-
2025). Les soldes budgétaires resteront excédentaires dans les pays exportateurs de pétrole, tandis que
les déficits diminueront dans les pays exportateurs de minerais et de métaux ainsi que dans les pays non
riches en ressources, pour atteindre des moyennes de 3,2 et 3,3 % du PIB, respectivement, en 2024-2025.

18 En 2021, l’aide publique au développement nette et l’aide publique reçue par l’Afrique subsaharienne ont diminué d’environ 10 % par rapport à l’année précédente, pour
atteindre 54 milliards de dollars.

30 > A F R I C A’ S P U L S E
En 2023, la République du Congo et le Tchad enregistreront les excédents budgétaires les plus
importants de la région avec des recettes qui devraient dépasser les dépenses de plus de 4 % du PIB.
Cet excédent diminuera progressivement mais restera supérieur à 3 % du PIB. Leurs performances
budgétaires sont dues à l’augmentation des recettes pétrolières. En République du Congo, la
croissance des recettes a été soutenue par des réformes, dont entre autres, une plus grande efficacité
des dépenses publiques, l’introduction de systèmes de paiement électronique et le recouvrement
des arriérés d’impôts. Des améliorations ont également été constatées au Tchad en ce qui concerne la
numérisation des finances publiques ainsi que de l’administration fiscale et douanière. D’autres pays,
y compris l’Angola, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Lesotho devraient aussi afficher un excédent
budgétaire en 2023. Cet excédent devrait diminuer avec le temps en Guinée équatoriale, mais rester
ferme en Angola, au Gabon et au Lesotho. En revanche, le déficit budgétaire devrait dépasser 7 % du
PIB au Malawi, à Maurice et en Zambie.

L’inflation dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne est restée élevée, supérieure aux objectifs ENCADRÉ 1.1 :
des banques centrales et à l’inflation dans les économies avancées et dans l’économie mondiale. La Tensions entre
les politiques
figure B1.1.1 montre que pour 2023, pour près de 70 % des pays de la région, le taux d’inflation projeté
monétaires et
est supérieur à 4 % (le taux de référence mesuré par le taux d’inflation des pays avancés pour la même budgétaires
année), et 25 % des pays d’Afrique subsaharienne souffriront de taux d’inflation à deux chiffres en 2023. suite aux
Si l’on examine les résultats de la politique budgétaire, près de 70 % des pays de la région affichent un pressions
déficit budgétaire moyen plus important en 2022-2023 que le déficit de 3 % du produit intérieur brut inflationnistes
qui sépare les pays disposant d’une marge de manœuvre budgétaire de ceux qui n’en disposent pas.
Selon la figure B1.1.1, près de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne sont confrontés à la fois à une
forte inflation (faible marge de
manœuvre monétaire) et à des FIGURE B1.1.1 : Orientation des politiques monétaire et budgétaire
déficits budgétaires importants dans les pays d’Afrique subsaharienne, 2023
(faible marge de manœuvre
budgétaire). Parmi les cas notables, 15
on peut citer le Burundi, le
Ghana, le Nigéria, le Malawi et la
Solde budgétaire, 2022-23 (% du PIB)

10
Zambie, entre autres. En revanche,
COG
six pays (sur un échantillon de TCD
45) disposent d’une certaine 5
marge de manœuvre monétaire et GNQ
budgétaire pour assurer la stabilité GAB AGO
STP
macroéconomique et soutenir la 0 SOM BWA
0 CMR SYC 5 ERI 10 15 20 25
demande globale. La plupart de CAF MRT GIN
TZA MOZ COD GMB
ces pays sont des producteurs de GNB
SWZ
CIV ZAF UGA LBR
-5 BFA BEN MLI
SEN
TGONER
pétrole, comme la République du CPV MUS MDG
COM
KEN RWA
LSO NGA
Congo, le Gabon et le Tchad. La NAM BDI MWI
hausse des prix internationaux du ZMB GHA
-10
pétrole brut et le renforcement de Inflation IPC 2023 (%, moyenne de la période)
leurs monnaies offrent une marge
de manœuvre macroéconomique Sources : Fonds monétaire international, Perspectives de l’économie mondiale ; Banque mondiale,
Indicateurs du développement dans le monde.
à ces pays. Néanmoins, des Remarque : Les lignes en pointillé représentent des repères pour l’inflation (rouge) et l’équilibre
budgétaire (vert) qui indiquent si un pays dispose ou non d’une marge de manœuvre monétaire et
efforts devraient être entrepris budgétaire. Les points de référence sont définis par le taux d’inflation moyen des pays avancés en
2023 (4 %) et un déficit budgétaire de 3 % du PIB. Nous utilisons l’IPC pour les pays avancés afin
pour améliorer la résilience d’obtenir un taux d’inflation plus proche de la période avant la pandémie. IPC = indice des prix à la
consommation ; PIB = produit intérieur brut.
macroéconomique.

A F R I C A’ S P U L S E > 31
Le déficit du Ghana restera élevé tout au long de la période 2023-2025, l’ampleur du déficit étant
aggravée par des contraintes de financement majeures résultant d’une capacité limitée à émettre de
la dette intérieure à long terme et d’un manque d’accès aux marchés de capitaux internationaux. Un
accord sur un programme soutenu par le FMI et sa mise en œuvre contribueraient à contenir le déficit et
à fournir le financement nécessaire, notamment à travers des négociations en cours sur la restructuration
de la dette. En Zambie, l’assainissement budgétaire permettra de ramener le déficit à 6,9 % en 2025.
La voie de l’assainissement sera soutenue par des mesures d’amélioration de l’efficacité fiscale et par
la maîtrise des dépenses publiques en respectant strictement les projets prioritaires, en réduisant les
subventions inutiles et en renforçant les procédures de passation des marchés. Enfin, l’augmentation
des dépenses publiques en Afrique du Sud pour les aides sociales, les pressions salariales, la baisse des
prix mondiaux des matières premières et une croissance intérieure plus faible pèseront sur le déficit
budgétaire cette année. Les perspectives budgétaires davantage assombries par les conditions imposées
dans l’accord d’allègement de la dette de la compagnie nationale d’électricité Eskom, qui à moyen
terme, accroît les besoins de financement de 1,1 % du PIB en moyenne. Le déficit budgétaire est estimé à
4,2 % du PIB en 2022 et devrait atteindre 4,4 % en 2023.

Les déficits des comptes courants dans la région devraient se réduire


légèrement au cours des trois prochaines années
Compte tenu de la tendance à la baisse des prix des produits de base, le déficit régional des comptes
courants devrait s’améliorer légèrement pour atteindre 5,6 % du PIB en 2023, contre 5,5 % du PIB en
2022. Le déficit devrait diminuer régulièrement pour atteindre 4,8 % du PIB en 2024 et 4,2 % du PIB en
2025 (figure 1.20). Malgré un certain fléchissement, les prix de l’énergie (pétrole brut, gaz naturel et
charbon) restent supérieurs aux niveaux de ce déficit, ce qui permettra aux pays exportateurs de pétrole
d’enregistrer un excédent substantiel de 4,2 % du PIB en 2023. Toutefois, l’excédent de ces pays devrait se
réduire à 2,1 % du PIB en 2025, les prévisions faisant état d’une baisse des prix énergétiques.

Les projections par pays


Le déficit tendanciel FIGURE 1.20 : Évolution du compte courant en Afrique subsaharienne (% du PIB) donnent un tableau disparate
devrait se réduire
6 de l’évolution du déficit du
régulièrement entre
2024 et 2025. solde du compte courant
3 dans les pays exportateurs de
pétrole. Par exemple, l’Angola,
0
le Gabon et la République du
Pourcentage

-3 Congo devraient afficher des


excédents courants en 2022
-6 et maintenir un excédent au
-9 cours des trois prochaines
années, bien qu’à des niveaux
-12 décroissants. Le Nigéria,
2018 2019 2020 2021 2022e 2023f 2024f 2025f
premier producteur africain
Afrique subsaharienne, médiane de pétrole, ne devrait pas
Pays exportateurs de pétrole en Afrique subsaharienne atteindre un excédent de sa
Exportateurs de minéraux et de métaux en Afrique subsaharienne
balance courante en 2022.
Pays d’Afrique subsaharienne non riches en ressources
L’augmentation des recettes
Source : Projections des services de la Banque mondiale.
Remarque : Dans la figure 1.19, l’inflation est mesurée par les variations en pourcentage de l’indice
d’exportation de pétrole brut
des prix à la consommation en utilisant la base de données du modèle macro-budgétaire de la Banque
mondiale. e = estimation ; f = prévision ; PIB = produit intérieur brut ; ASS = Afrique subsaharienne.
est plus que compensée par
la hausse des importations de

32 > A F R I C A’ S P U L S E
produits pétroliers raffinés, la baisse des envois de fonds et la diminution des entrées de capitaux. En
outre, le déficit du solde du compte courant du Nigéria devrait se maintenir à une moyenne de 0,3 % du
PIB en 2023-2025 en raison de la baisse des prix et de la stagnation de la production pétrolière.

Contrairement aux pays riches en pétrole, les pays de la région riches en métaux et en ressources
minérales n’ont pas réussi à rendre leur balance courante positive en raison des prix élevés des produits
de base. Le déficit du solde du compte courant devrait se creuser pour atteindre 9,3 % du PIB en 2022, les
recettes d’exportation provenant de la hausse des prix des métaux étant insuffisantes pour compenser
l’augmentation significative des factures d’importation due à la hausse des prix des denrées alimentaires
et de l’énergie. L’amélioration attendue de l’activité économique mondiale et la baisse des prix de l’énergie
soutiendront les prix des métaux et des minéraux, qui ont déjà augmenté de près de 20 % en janvier 2023
par rapport à octobre 2022. Par conséquent, le déficit courant moyen des pays exportateurs de métaux et
de minéraux de la région devrait se réduire progressivement, passant de 8,2 % en 2023 à près de la moitié
(3,4 % du PIB) en 2025, parallèlement à la chute des prix des denrées alimentaires et de l’énergie.

À l’instar des pays exportateurs de pétrole, les exportateurs de métaux et de minerais présentent
également un tableau contrasté des déficits des comptes courants. La plupart des exportateurs de
métaux et de minerais, comme la République démocratique du Congo, la Guinée, le Libéria, le Niger et la
Sierra Leone, minerais connaissent des déficits des comptes courants. Par exemple, le déficit du compte
courant de la République démocratique du Congo s’est creusé pour atteindre 2,9 % du PIB en 2022
(contre un déficit de 0,9 % du PIB en 2021) malgré de solides recettes d’exportation, qui ont été plus que
compensées par l’augmentation des factures d’importation de denrées alimentaires et de combustibles.
Malgré la baisse prévue des prix des denrées alimentaires et des carburants, ce pays continuera
d’enregistrer un déficit du solde du compte courant au cours des prochaines années, en partie à cause
de la détérioration des termes de l’échange. Alors que de nombreux pays exportateurs de métaux et de
minéraux ont enregistré des déficits à deux chiffres de leurs comptes courants en 2022, quelques-uns
d’entre eux, dont la Zambie et le Botswana, ont renforcé la position de leurs comptes courants. En Zambie,
l’excédent de la balance des opérations courantes devrait passer d’une moyenne de 10% du PIB en
2020-2021 à 2,3% du PIB, en raison de la baisse des prix du cuivre et de l’augmentation des importations.
Toutefois, l’excédent du compte courant de la Zambie devrait rebondir l’année prochaine pour atteindre
4,3 % du PIB en 2024. En Afrique du Sud, de nombreux facteurs ont contribué à la détérioration du solde
des comptes courants. Les exportations ont souffert en partie des inondations qui ont endommagé le
port de Durban et de la détérioration des termes de l’échange du pays. Par conséquent, la balance des
comptes courants de l’Afrique du Sud est passée à un déficit de 0,5 % du PIB en 2022 (contre un excédent
de 3,7 % du PIB en 2021). Le déficit se creusera pour atteindre 1,6 % en 2023.

Enfin, l’augmentation des factures d’importation en raison des prix élevés de l’énergie et des denrées
alimentaires entraînera une détérioration du déficit du solde du compte courant pour les pays non
riches en ressources. Toutefois, le déficit médian du solde du compte courant de ces pays (6,1 % du PIB)
est inférieur à celui des pays de la région riches en métaux et en ressources minérales (9,3 % du PIB)
en 2022. Environ deux tiers des pays présentant des déficits courants à deux chiffres en 2022 (9 pays
sur 14) sont des pays non riches en ressources ; les autres sont des pays exportateurs de métaux et de
minerais. Le Mozambique devrait enregistrer le déficit le plus élevé de la région (36 % du PIB) en 2022, la
forte augmentation du déficit étant principalement due à l’importation de la plateforme GNL offshore,
qui a été entièrement financée par un véhicule d’investissement spécifiquement créé à cet effet.19 São
Tomé et Príncipe et le Burundi devraient avoir des déficits courants élevés, de l’ordre de 20,6 et 15,5 %
de leur PIB respectif en 2022. En Côte d’Ivoire, la balance commerciale est devenue négative, à -1,7 %

19 D’une façon plus générale, le déficit de la balance courante pour les grands investissements dans les ressources naturelles (« mégaprojets ») est entièrement financé par des
crédits commerciaux et des investissements directs étrangers.

A F R I C A’ S P U L S E > 33
du PIB en 2022, entraînant un creusement du déficit du compte courant de 4,0 % du PIB en 2021 à une
estimation de 6,5 % du PIB en 2022, en raison d’importations soutenues liées aux infrastructures et de
factures d’importation généralement élevées pour les denrées alimentaires et les carburants. Ce pays
devrait améliorer progressivement son déficit courant, grâce à la baisse des prix des denrées alimentaires
et des carburants au cours des trois prochaines années. L’encadré 1.2 présente une taxonomie des pays
en fonction de leurs soldes budgétaires et extérieurs, ce qui permet d’identifier les pays confrontés à un
problème de double déficit.

ENCADRÉ 1.2 : Les chocs mondiaux et nationaux qui ont affecté l’Afrique subsaharienne avant la pandémie ont creusé
Les doubles les déficits des comptes courants et des finances publiques de la région. Au début de la pandémie de
déficits COVID-19, les pressions budgétaires se sont accrues et les pays ont épuisé leur marge de manœuvre
persistants
budgétaire déjà limitée. Les déficits des comptes courants se sont également creusés, les exportations
en Afrique
subsaharienne ayant chuté pendant la pandémie. La figure B1.2.1 représente le compte courant et le solde budgétaire des
pays d’Afrique subsaharienne en 2022-2023 et met en évidence les pays qui présentent le problème de
double déficit. Dans la zone grisée (quadrant inférieur gauche), les pays ont affiché un déficit budgétaire
supérieur à 5 % du produit
intérieur brut (PIB) et un déficit Figure B1.2.1 : Compte courant et solde budgétaire des pays d’Afrique
du solde du compte courant subsaharienne, 2022-2023
supérieur à 3 % du PIB. Ces
10
pays sont identifiés comme
ayant d’importants problèmes 8
TCD
de double déficit – les cas 6
Solde budgétaire (en % du PIB)

notables sont le Ghana, le GNQ 4


Malawi et le Nigéria. SSD
2
STP GAB AGO
En revanche, quelques pays 0
ZWE BWA
de la région affichent des -20 -15 -10 SYC -5 0 5 10
GIN SDN CMR -2
positions budgétaires et des CAF ETH TZA COD
GMB SLE -4
comptes courants plus sains LBR UGA MLI GNB SWZ
SEN CPV BEN CIV
(quadrant supérieur droit). Par NER RWA TGO MDG BFANGA-6 ZAF
MUS COM KEN
exemple, l’Angola et le Tchad BDI LSO NAM
MWI -8
ont des comptes courants et GHA ZMB -10
des excédents budgétaires.
La hausse des prix du pétrole Balance des comptes courants (% du PIB)
contribue à l’amélioration
des soldes budgétaires et Sources : Fonds monétaire international, Perspectives de l’économie mondiale ; Banque mondiale,
Indicateurs du développement dans le monde.
extérieurs. En outre, ces Remarque : Les lignes en pointillé représentent des repères pour le solde budgétaire (rouge) et le
solde des comptes courants (bleu) qui indiquent si un pays a des soldes extérieurs et budgétaires plus
pays ont déployé des efforts sains ou non. Les repères sont définis par un déficit du solde du compte courant de 3 % en 2022-2023
et un déficit budgétaire de 5 % du PIB sur la même période. PIB = produit intérieur brut.
considérables pour consolider
leurs comptes budgétaires.
Le Tchad est l’un des quatre pays participant au cadre commun et le seul à avoir finalisé un accord de
restructuration de la dette. Environ 60 % des pays de l’échantillon (27 sur 46) enregistrent des déficits
budgétaires supérieurs au point de référence (déficit de 5 % du PIB) en 2022-23, tandis que près de 67 % des
pays de l’échantillon souffrent d’un creusement des déficits du solde du compte courant (supérieur au point
de référence de 3 % du PIB) au cours des mêmes années.

34 > A F R I C A’ S P U L S E
Le niveau d’endettement reste élevé et les vulnérabilités persistent
La dette publique en Afrique subsaharienne a plus que triplé depuis 2010, avec une forte augmentation
avant le début de la crise COVID-19. La dette publique nominale à la fin de 2022 est estimée à environ
1140 milliards de dollars, contre 354 milliards de dollars en 201020. La dette publique nominale dans la
région a augmenté plus rapidement avant le début de la pandémie mondiale, à un taux de croissance
annuel moyen de 12 % au cours de la période 2010-2019, contre 9 % au cours de la période 2020-
2022. L’augmentation rapide de la dette publique, associée à une croissance atone, a entraîné une
augmentation du ratio médian dette publique/PIB, qui est passé de 32 % en 2010 à 57 % en 2022. Les
estimations indiquent un recours accru à la dette publique intérieure dans la région, qui représentait
près de la moitié de l’encours de la dette publique à la fin de 202121. Au cours de la dernière décennie, la
composition de la dette publique s’est progressivement déplacée vers la dette intérieure, et les données
suggèrent qu’il y a eu un recours encore plus important à la dette intérieure pour répondre aux besoins
de financement liés à la COVID-19.

La sous-région AFE a enregistré


FIGURE 1.21 : Dynamique de la dette publique en Afrique subsaharienne La dette publique
un niveau de dette publique en Afrique subsa-
plus élevé que la sous-région 1.2 80
harienne a plus
AFW ; cependant, la dette que triplé depuis
2010, avec une
publique de l’AFW a augmenté 0.9 60 forte augmentation
plus rapidement au cours des
Mille milliards de dollars

avant le début de la
dernières années, en particulier crise COVID-19.

% du BIP
pendant la pandémie. Dans 0.6 40
cette sous-région, la dette
publique nominale a quadruplé,
0.3 20
passant de 109 milliards de
dollars en 2010 à 437 milliards
de dollars en 2022. Dans 0.0 0
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022
la sous-région AFE, cette
dette a triplé, passant de Dette publique, nom. (AFE) Dette publique, nom. (AFW)
Niveau d’endettement (à droite) Centrale et Ouest (AFW, à droite)
246 milliards de dollars en 2010 Afrique de l’Est (AFE, à droite)
à 707 milliards de dollars en Sources : Fonds monétaire international, Perspectives de l’économie mondiale, octobre 2022 ;
calculs des services de la Banque mondiale.
2022. Avant la pandémie, le Remarque : AFE = Afrique orientale et australe ; AFW = Afrique occidentale et centrale ;
taux de croissance moyen de la PIB = produit intérieur brut.

dette publique dans la sous-


région AFW était déjà plus élevé que dans la sous-région AFE (13 et 10 % par an, respectivement). Cette
différence s’est accentuée en 2020-2022, avec une augmentation moyenne de la dette publique de 12 %
dans la sous-région AFW contre 7 % dans la sous-région AFE. Néanmoins, les niveaux d’endettement
nominal plus faibles dans l’AFW se traduisent par des charges publiques plus faibles par rapport au PIB,
avec un niveau médian de dette publique par rapport au PIB de 56 % à la fin de 2022, contre 64 % dans
la sous-région AFE (figure 1.21).

La persistance de déficits primaires a été le principal facteur d’augmentation de la dette publique dans
la région. Ces déficits ont augmenté la dette publique de près de 20 % du PIB depuis 2015. Le taux de
change réel a également contribué à augmenter la dette publique de près de 7 % du PIB depuis 2015,
avec des contributions plus importantes en 2015, 2016 et 2018. D’une part, des facteurs non observés de

20 L’analyse exclut le Soudan, qui a atteint le point de décision de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés en 2021 et qui devrait bénéficier d’un allègement
substantiel de sa dette extérieure au cours des prochaines années.
21 En l’absence d’une base de données complète incluant la dette intérieure, ces chiffres représentent des estimations des services de la Commission basées sur différentes
bases de données de la dette.

A F R I C A’ S P U L S E > 35
la dette, dont la matérialisation des risques fiscaux ou l’augmentation de la couverture de la dette, ont
entraîné une augmentation de la dette de 12 % du PIB.22 D’autre part, la croissance du PIB réel a permis
de contenir la dette publique et de réduire son accumulation de près de 13 % du PIB en moyenne depuis
2015 (figure 1.22)23.

L’augmentation de la dette dans


Les déficits FIGURE 1.22 : Décomposition de la dette en Afrique subsaharienne (% du PIB)
la région s’est accompagnée
primaires
10 de changements parmi les
persistants ont été
le principal facteur 8 créanciers extérieurs. Entre
d’augmentation de 2010 et 2021, les pays d’Afrique
la dette publique
6
dans la région. 4
subsaharienne ont accru leur
recours aux euro-obligations et
Pourcentage

2
aux prêts de la Chine. Depuis
0 2010, plus de 15 pays de la
-2 région ont émis des obligations
-4 sur les marchés internationaux,
-6 ce qui a augmenté la part de
2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 la dette extérieure publique et
Déficit primaire Taux d’intérêt réel Croissance Taux de change réel garantie par l’État (PGE) de 18 %
Autres flux identifiés générateurs de dette Résiduel Variation de la dette publique en 2010 à 27 % en 2021. La part
de la dette officielle bilatérale,
Sources : Statistiques de la dette internationale de la Banque mondiale ; calculs des services
de la Banque mondiale. hors Chine, a diminué de 12
Remarque : PIB = produit intérieur brut. à 5 % au cours de la même
La part de la dette FIGURE 1.23 : Composition de la dette extérieure publique et garantie par
période, tandis que la part de la
multilatérale dans l’État dans les pays d’Afrique subsaharienne (% du total) dette bilatérale due à la Chine
la dette extérieure a augmenté, en particulier de
PGE a rebondi entre 100
2013 à 2016. En 2021, environ
2020 et 2021.
11 % de la dette extérieure PGE
80 de la région était due à des
créanciers chinois. La part de
60
Pourcentage

la dette multilatérale dans la


dette extérieure PGE a diminué
40 progressivement au cours de la
période 2010-2019 ; toutefois,
20 elle a rebondi en 2020-2021,
les institutions financières
0 internationales ayant fourni
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 des financements multilatéraux
Multilatéral Obligations Bilatéral, PC d’urgence (figure 1.23).
Bilatéral, Non PC sans la Chine Commerciaux et autres privés Chine

Sources : Statistiques de la dette internationale 2022 de la Banque mondiale ; calculs des services
Les risques de surendettement
de la Banque mondiale. en Afrique subsaharienne se
Remarque : PC = Club de Paris.
sont considérablement accrus

22 Les facteurs non observés comprennent tous les facteurs qui ne sont pas pris en compte par les flux de création de dette identifiés. Par exemple, la composante non
observée de la dette extérieure peut être plus importante et positive si : (1) les erreurs et omissions dans la balance des paiements sont importantes, (2) il y a d’importants
flux de portefeuille (non pris en compte), ou (3) un pays fait des surendettements parce qu’il accumule des réserves. Des questions similaires peuvent se poser dans le
cas de la dette publique globale. Une contribution positive de la composante non observée indique que la dette augmente au-delà de ce que nous observons dans les
flux identifiés. Par exemple, on pourrait observer une telle situation si le déficit primaire correspond à l’administration centrale (et ne tient pas compte des emprunts des
entreprises publiques), mais que les entreprises publiques empruntent et que la dette du secteur public augmente.
23 L’analyse de décomposition a exclu la Somalie, le Sud-Soudan et le Zimbabwe en raison de lacunes dans les données.

36 > A F R I C A’ S P U L S E
en raison de l’augmentation
FIGURE 1.24 : Risque de désendettement extérieur (part des pays Aucun pays de la
des niveaux d’endettement
actifs du CVD PFR) région ne présente
et de l’accroissement des un risque faible de
100
emprunts non concessionnels. surendettement.
En décembre 2022, le
80
nombre de pays de la région
présentant un risque élevé de
60

Pourcentage
surendettement ou en situation
de surendettement était déjà
40
passé à 22 (contre 20 en 2020),
ce qui représente 58 % des
20
pays de la région éligibles à
l’Association internationale
0
de développement (IDA), et
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
2019
2020
2021
2022
aucun pays de la région ne
Faible Modéré Élevé
présente un risque faible de
Source : Estimations des services de la Banque mondiale en date de décembre 2022.
surendettement (figure 1.24). En Remarque : Les données couvrent les analyses conjointes de la Banque mondiale et du
vertu du cadre de viabilité de la Fonds monétaire international sur la viabilité de la dette des pays à faible revenu d’Afrique
subsaharienne. Le nombre de pays varie selon les années. CVD PFR = Cadre de viabilité de la
dette des pays à faible revenu, dette des pays à faible revenu.

quatre pays de la région ont


vu leur cote de risque de surendettement se détériorer depuis le début de la pandémie de COVID-19.
En début 2023, le Ghana a demandé à restructurer sa dette bilatérale au titre du cadre commun du G20,
rejoignant ainsi l’Éthiopie, le Tchad et la Zambie, qui ont signé au début de l’année 2021. D’autres pays
de la région sont engagés dans des négociations bilatérales de restructuration. Des risques importants
pourraient encore aggraver les vulnérabilités de la dette publique dans la région, bien que la vague de
défaillances attendue par certains observateurs ne se soit pas encore matérialisée. Les pays d’Afrique
subsaharienne sont confrontés à de multiples défis, notamment le resserrement des conditions
financières, l’inflation élevée, les effets économiques de l’invasion russe de l’Ukraine et la crise persistante
de la COVID-19. Ces facteurs pourraient encore détériorer les conditions macroéconomiques et pousser
davantage de pays dont la solvabilité et la liquidité sont mises à rude épreuve à se retrouver en situation
de défaut de paiement.

Les besoins de financement public brut n’ont cessé d’augmenter et restent supérieurs aux moyennes
historiques en Afrique subsaharienne24. Ils sont passés d’une médiane de 3 % du PIB en 2008-2014 à
8 % du PIB en 2015-2019, et sont restés élevés en 2020-2022, à 11 % du PIB. Les besoins de financement
bruts moyens de la région pour les cinq prochaines années devraient se maintenir à des niveaux proches
de 10 % du PIB, les besoins de financement étant plus importants dans la sous-région AFE que dans la
sous-région AFW25. Le service de la dette extérieure dans la région a connu une hausse de 6 milliards de
dollars en 2010 à près de 34 milliards de dollars en 2021, cette hausse étant la plus forte dans la sous-
région AFE où ce service est passé de 4 milliards de dollars en 2010 à près de 22 milliards de dollars
en 2021. Le service de la dette extérieure GPE dans la région de l’Afrique subsaharienne est passé de
10 milliards de dollars en 2010 à près de 43 milliards de dollars en 2021. La sous-région AFE a affiché des
niveaux plus élevés de service de la dette extérieure GPE, passant de 7 milliards de dollars en 2010 à près
de 31 milliards de dollars en 2021. L’augmentation du service de la dette extérieure s’est traduite par une

24 Les besoins bruts de financement sont généralement définis comme les besoins financiers nécessaires pour renouveler la dette arrivant à échéance, définie comme le
déficit budgétaire, plus toute autre transaction nécessitant un financement, plus l’amortissement.
25 Entre 2014-2018 et 2020-2022, les pays dont les besoins financiers bruts publics ont le plus fortement augmenté sont la Zambie (environ 11 points de pourcentage du PIB)
et le Rwanda (15 points de pourcentage) dans la sous-région AFE, ainsi que le Ghana (19 points de pourcentage du PIB) et la Gambie (près de 20 points de pourcentage)
dans la sous-région AFW.

A F R I C A’ S P U L S E > 37
hausse des ratios du service total de la dette par rapport aux exportations et du service de la dette par
rapport aux recettes ; en 2021, l’Afrique subsaharienne a atteint respectivement 28 et 41 %.

La liquidation par des investisseurs de leurs euro-obligations conjuguée avec leur inquiétude croissante
concernant les perspectives mondiales constitue une nouvelle menace pour des pays d’Afrique
subsaharienne confrontés à d’importants remboursements d’euro-obligations. Plus de 15 pays de la
région ont eu recours (à plusieurs reprises) aux marchés internationaux. Malgré l’arrêt des émissions
d’obligations internationales en 2020 après le début de la pandémie, plusieurs pays (dont l’Angola, le
Bénin, le Ghana et le Kenya) ont émis des euro-obligations en 2021 et au début de 2022. Toutefois, les
spreads ont augmenté et réduit le nombre de pays ayant accès au marché, une situation qui accroît
les risques de refinancement pour les pays ayant d’importants remboursements d’euro-obligations
(figure 1.25), notamment le Kenya (2 milliards de dollars en 2024) et l’Angola (environ 1,7 milliard
de dollars en 2025). Par
conséquent, un nombre
Les spreads FIGURE 1.25 : Marges actuarielles des obligations en Afrique subsaharienne (bps)
croissant de pays ont négocié
souverains ont
augmenté et accru 1400 des programmes financés par le
les risques de Fonds monétaire international
refinancement. 1200 (FMI) pour répondre à leurs
1000 besoins de financement bruts.
Le Bénin, le Ghana, l’Ouganda
800 et le Rwanda ont récemment
signé des accords avec les
600
services du FMI. Le Burkina Faso
400 et le Malawi ont conclu des
accords avec les services du FMI
200 par l’intermédiaire du guichet
« choc alimentaire » de la facilité
0
de crédit rapide26. La Côte
22 sept.
22 sept.

23 mar.
22 mar.
22 mar.

22 août
21 nov.

22 nov.
22 nov.
21 déc.
21 déc.

22 déc.
22 mai
22 mai
22 juin
22 jan.

23 jan.
23 jan.
22 avr.
21 oct.

22 juil.
22 juil.

22 oct.

23 fév.
22 fév.

d’Ivoire négocie avec le FMI un


Angola Côte d'Ivoire Gabon Namibie nouvel accord triennal au titre
Nigéria Sénégal Afrique du Sud de la facilité élargie de crédit/
Source : Bloomberg.
mécanisme élargi de crédit, qui
Remarque : bps = points de base. sera axé sur l’assainissement
budgétaire fondé sur les
recettes et la viabilité de la
dette . En décembre 2022, le Conseil d’administration du FMI a conclu les consultations au titre de
27

l’article IV et la quatrième revue de la facilité élargie de crédit pour la Somalie. Les autorités somaliennes
enregistrent des progrès constants vers la satisfaction des conditions de l’Initiative « Pays pauvres très
endettés », ce qui permettra au pays de bénéficier d’un allègement total et irrévocable de sa dette.

Les pays d’Afrique subsaharienne ont eu du mal à faire face à l’augmentation de leur niveau
d’endettement et à la vulnérabilité accrue de leur dette. Certains pays ont eu recours à des opérations
de rehaussement de crédit ou de gestion du passif pour résoudre leurs problèmes d’endettement. Le
Bénin a reçu une garantie partielle de la Banque africaine de développement pour abaisser le coût de

26 Au Malawi, un décaissement de 88,5 millions de dollars au titre du nouveau guichet « choc alimentaire » de la facilité de crédit rapide a été approuvé en novembre 2022
par la réunion du Conseil d’administration du FMI et décaissé en décembre 2022. En outre, le gouvernement a demandé un suivi du programme avec la participation du
Conseil d’administration et a entamé des discussions avec le FMI en vue d’obtenir une facilité élargie de crédit.
27 L’amélioration de la mobilisation des recettes intérieures est l’un des plus grands défis que doit relever la Côte d’Ivoire en vue de maintenir le niveau des dépenses
publiques nécessaires pour soutenir les dépenses productives et sociales dans un cadre budgétaire durable.

38 > A F R I C A’ S P U L S E
son nouveau prêt commercial extérieur du pays. L’Angola et le Bénin ont utilisé une partie du produit de
nouvelles émissions d’euro-obligations pour racheter partiellement l’ encours des obligations. Plusieurs
institutions, telles que le Comité international de la Croix-Rouge et le Fonds mondial, proposent des
mécanismes de conversion de la dette.

Plusieurs pays sont revenus à la restructuration de leur dette pour résoudre les problèmes de viabilité
et reconstituer leur marge de manœuvre budgétaire. L’Éthiopie, le Ghana, le Tchad et la Zambie ont
demandé le traitement de leur dette extérieure au titre du cadre commun, et l’Arabie saoudite, la
Chine et l’Inde ont rejoint le processus de restructuration du Club de Paris28. Jusqu’à présent, seule la
restructuration au Tchad a été achevée.29 En Éthiopie, l’instabilité politique a interrompu le processus.
En Zambie, les détenteurs d’obligations contestent les hypothèses de l’analyse de la viabilité de la dette
réalisée par la Banque mondiale et le FMI, et la Chine a demandé l’inclusion de la dette multilatérale et
des détenteurs de dette intérieure non résidents dans le traitement de la dette. Le Ghana a demandé
un traitement de la dette selon le cadre commun au début de l’année 2023 ; des progrès doivent donc
encore être réalisés. Parallèlement à l’engagement du cadre commun, le Ghana a mené un programme
volontaire d’échange de dette intérieure. D’autres pays se sont engagés aux côtés des créanciers
privés et des bailleurs de fonds bilatéraux dans des actions de restructuration externe à travers des
engagements bilatéraux (Malawi)30.

Toutefois, ces mesures ne peuvent remplacer une solution globale et bien coordonnée pour les pays
en situation de surendettement. Les fortes pressions en matière de liquidité et de solvabilité pourraient
pousser un nombre plus important de pays dans une situation insoutenable qui nécessiterait une
restructuration complète de leurs obligations. Le cadre commun du G-20 pour le traitement de la dette
est le cadre le plus proche de la résolution de la dette disponible pour faire face aux crises de la dette
souveraine. Les institutions financières internationales telles que la Banque mondiale soutiennent
ce cadre, mais soulignent qu’il est possible de faire davantage pour renforcer le cadre commun. Ce
renforcement pourrait comprendre l’amélioration du processus, notamment par des étapes de mise
en œuvre claires et limitées dans le temps, l’introduction d’un moratoire sur le service de la dette pour
des candidats, une plus grande clarification de l’application de la comparabilité de traitement entre les
créanciers et l’extension du cadre commun aux pays qui ne sont pas encore éligibles.

28 Le Groupe de la Banque mondiale a apporté une aide significative aux pays en situation de surendettement, sous forme de subventions et de financements à des
conditions préférentielles. Par exemple, l’Éthiopie, le Tchad et la Zambie ont bénéficié de 7,9 milliards de dollars d’engagements (dont 4,5 milliards de dollars de subventions)
au cours des deux derniers exercices.
29 Les créanciers privés et officiels ont accepté de reprofiler une partie du service de la dette du Tchad dû en 2024 et de ramener le ratio du service de la dette par rapport aux
recettes en dessous de 14 % l’année prochaine.
30 Aux Seychelles, certaines opérations ont été menées pour garantir la viabilité de la dette après la pandémie : (1) une opération de gestion du passif en 2021 pour réduire les
risques de taux d’intérêt et de refinancement en échangeant des bons du Trésor contre des obligations du Trésor à échéance de 3, 5 et 7 ans ; et (2) une restructuration de la
dette d’Air Seychelles qui l’a réduite de deux tiers.

A F R I C A’ S P U L S E > 39
1.4 PERSPECTIVES
La croissance en Afrique subsaharienne devrait rester modeste, à 3,1 % en 2023, mais elle semble avoir
atteint son point le plus bas avec une activité économique estimée à 3,7 % et 3,9 % en 2024 et 2025,
respectivement. La croissance prévue pour la région en 2023 a diminué de 0,4 point de pourcentage
par rapport aux prévisions d’Africa’s Pulse d’octobre 2022. La décélération de la croissance en 2023
reflète plusieurs vents contraires à court terme, notamment le ralentissement de l’économie mondiale
(en particulier aux États-Unis, dans la zone euro et en Chine), les effets persistants de la pandémie
de COVID-19, l’inflation élevée, les risques financiers croissants dus à des dettes publiques élevées
atteignant des niveaux insoutenables, les perturbations persistantes de l’approvisionnement et la
guerre en Ukraine.

Sur le plan des dépenses, la croissance en 2023 est soutenue par des contributions modérées de
la consommation privée et de l’investissement fixe brut (plus faibles qu’en 2022). Cette situation
reflète l’impact de la hausse
La croissance FIGURE 1.26 : Contribution à la croissance du PIB, côté demande (points de des taux d’intérêt par les
en 2023 est pourcentage) banques centrales dans le
soutenue par des 10 but de contrôler les pressions
contributions
modérées de la 8 inflationnistes et la stabilisation
consommation 6 des prix des matières premières
privée et de à un niveau inférieur à celui
Pourcentage

l’investissement 4
qui prévalait au début de la
fixe brut.
2 guerre en Ukraine. En 2023,
0 la consommation publique
continue de contribuer de
-2
manière négligeable à la
-4
2018 2019 2020 2021 2022e 2023f 2024f 2025f croissance du PIB réel. En
effet, si les exportations se
Croissance du PIB réel Consommation privée Exportations nettes maintiennent, la croissance
Investissement fixe brut Croissance du PIB réel
des importations ralentit, avec
pour effet une diminution des
Le secteur des FIGURE 1.27 : Contribution à la croissance du PIB, côté production
services reculera en (points de pourcentage)
exportations nettes qui restent
2023 avant de se toujours négatives (figure 1.26).
redresser en 2024. 5 Sur le plan de la production,
4 une reprise dans l’industrie
3 et une modeste reprise dans
2 l’agriculture soutiendront quant
Pourcentage

1 à elles la croissance en 2023 et


0 2024. Le secteur des services
connaîtra une baisse en 2023
-1
avant de se redresser en 2024
-2
(figure 1.27).
-3
2018 2019 2020 2021 2022e 2023f 2024f 2025f Les prévisions de croissance
Agriculture Industrie Services Taxes nettes Croissance du PIB réel diffèrent d’un sous-groupe
à l’autre. Ainsi, la croissance
Source : Projections des services de la Banque mondiale.
dans la région excluant les
Remarque : la variation des stocks et l’écart statistique ne sont pas affichés. e = estimation ; p =
prévision ; PIB = produit intérieur brut. grands pays, tels que l’Angola,
le Nigéria et l’Afrique du Sud,

40 > A F R I C A’ S P U L S E
devrait être de 4,3 % en 2023 et atteindre 5,1 % et 5,2 % en 2024 et 2025, respectivement. Les pays
pauvres en ressources devraient connaître une croissance de 4,2 % en 2023, puis de 5,1 % et 5,3 % en
2024 et 2025, respectivement. La meilleure performance des pays pauvres en ressources peut être
attribuée aux gains réalisés grâce à la réduction de la facture des importations et à l’essor des services.
Par ailleurs, la croissance du PIB réel dans les pays riches en ressources restera à un niveau faible de 2,4 %
en 2023, mais rebondira légèrement à 2,9 % et 3,0 % en 2024 et 2025, respectivement. Cette croissance
reste inférieure au taux de croissance de 3,7 % observé en 2021. La croissance de ce groupe de pays est
tirée vers le bas par la baisse des prix des produits de base, ce qui témoigne d’une forte dépendance à
l’égard de l’industrie extractive.

La croissance dans les sous-régions demeure faible et elle devrait


atteindre son point le plus bas en 2023
La croissance de la région dans son ensemble masque d’importantes disparités dans les performances
des sous-régions et des pays individuels. En effet, dans la sous-région de l’Afrique de l’Est et australe
(AFE), la croissance de l’activité économique devrait atteindre 3 % en 2023, contre 3,5 % en 2022, mais
s’accélérer pour atteindre 3,7 % et 3,9 % en 2024 et 2025, respectivement (figure 1.28). La performance
économique de la sous-région AFE est tirée vers le bas par la performance régionale inférieure à la
moyenne de deux de ses plus grandes économies, à savoir celles de l’Afrique du Sud et de l’Angola.

En Afrique du Sud, l’activité


économique devrait fléchir FIGURE 1.28 : Prévisions de croissance du PIB pour l’Afrique de l’Est Dans la sous-région
et l’Afrique australe AFE, l’activité
en raison des contraintes économique devrait
8
structurelles — en particulier ralentir en 2023
la crise énergétique — et mais s’accélérer en
6 2024 et 2025.
des vents contraires qui
persistent tout au long de 4
la période de prévision. La
Pourcentage

croissance connaîtra donc un 2


ralentissement pour atteindre
0
0,5 % en 2023 (contre 2 % en
2022), et un rebondissement -2
à 1,3 % en 2024 et 1,7 % en
2025. Les faibles performances -4
2020 2021 2022e 2023f 2024f 2025f
prévues sont insuffisantes
Afrique de l’Est et du Sud
pour résoudre les problèmes Afrique de l’Est et Afrique australe, à l’exclusion de l’Afrique du Sud
de taux de chômage élevé Afrique de l’Est et Afrique australe, à l’exclusion de l’Angola et de l’Afrique du Sud
et d’inégalité croissante dans Pays non riches en ressources
AFE Exportateurs de minéraux et de métaux, Afrique du Sud non compris
le pays. La croissance des
CAE
dépenses de consommation
Source : Projections des services de la Banque mondiale.
privée devrait ralentir pour Remarque : AFE = Afrique de l’Est et australe ; CEMAC = Communauté économique et monétaire
s’établir à 2,0 % en 2023, contre de l’Afrique centrale ; e = estimation ; CAE = Communauté de l’Afrique de l’Est ; f = prévision ;
PIB = produit intérieur brut.
2,6 % en 2022. Alors que des
problèmes structurels et
des chocs mondiaux négatifs s’ajoutent à la reprise inégale après la pandémie, l’inflation élevée et les
effets persistants du cycle de resserrement monétaire, la détérioration du marché du travail et la faible
confiance (des entreprises et des consommateurs) devraient peser sur la croissance de la consommation
privée. La croissance de la consommation privée devrait rester stable entre 2024 et 2025. La croissance
de l’investissement connaîtra un léger ralentissement pour atteindre 4,2 % en 2023, contre 4,7 % en 2022.

A F R I C A’ S P U L S E > 41
Des investissements importants dans les infrastructures, y compris dans le secteur de l’énergie, devraient
soutenir cette augmentation. La croissance des investissements devrait ralentir pour s’établir à 4,4 %
entre 2024 et 2025. L’assainissement budgétaire devrait réduire la consommation publique de 2,7 %
en 2023, avec une contraction plus faible (de 0,5 %) entre 2024 et 2025. Sur le plan de l’offre, le secteur
agricole soutiendra la croissance en 2023, avec une croissance de 2,7 %, contre 0,3 %. L’industrie restera
sous pression en 2023, après une contraction de 2,3 % en 2022. Le secteur des services, qui soutient la
croissance depuis 2021, devrait ralentir en 2023 avant de se redresser en 2024 (1,5 %).

Le taux de croissance de l’Angola devrait ralentir à 2,6 % en 2023 (contre 3,5 % en 2022) et se stabiliser
à 3,1 % en 2025. Malgré une amélioration à la fin de 2022, la production de pétrole reste inférieure
au quota de l’OPEP+. La baisse des prix du pétrole pourrait nuire aux performances économiques de
l’Angola, car l’économie dépend encore largement de la croissance du secteur pétrolier. La formation
brute de capital fixe devrait augmenter de 2,7 % en 2023, après une contraction de 1,2 % en 2022. La
croissance de la consommation privée devrait ralentir, passant ainsi de 4,1 % en 2022 à 2,6 % en 2023.
La production de pétrole et de diamants devrait reprendre en 2023. La baisse des prix du pétrole risque
de réduire considérablement les recettes extérieures, car elle ne sera pas compensée par la reprise de
la production. L’excédent courant connaîtra une baisse, passant de 12,7 % du PIB en 2022 à 6,7 % du PIB
en 2023, en raison de la baisse de la valeur des exportations. Sur le plan de la production, les secteurs de
l’agriculture et des services resteront vigoureux à l’horizon des prévisions.

Si l’on exclut l’Afrique du Sud et l’Angola, la sous-région AFE devrait connaître une croissance de
4,4 % en 2023, qui devrait s’accélérer pour atteindre 5,1 % et 5,3 % en 2024 et 2025, respectivement
(figure 1.28). Ces résultats sont supérieurs à la croissance sous-régionale, avec une légère révision à la
baisse de 0,1 point de pourcentage pour 2023. Le Kenya devrait connaître une croissance de 5 % en
2023 (contre 5,2 % en 2021) et une expansion de 5,2 % et 5,3 % en 2024 et 2025, respectivement. Le
ralentissement de l’activité économique en 2023 est attribué à une décélération de la croissance de
la consommation privée associée à l’impact des taux d’intérêt plus élevés visant à juguler l’inflation.
En effet, la croissance de la consommation privée devrait chuter à 5 % en 2023, contre 5,2 % en 2022.
La croissance de l’investissement fera donc preuve d’une certaine résilience dans un contexte de
resserrement des conditions de financement, avec une croissance de 7,7 % en 2023, contre 7 % en
2022. Sur le plan de la production, la croissance au Kenya reflète de fortes augmentations de l’activité
dans tous les secteurs en 2023, avec une accélération de la croissance à 3,8 % dans l’agriculture et à
4,9 % dans l’industrie. La croissance des services restera soutenue, à 5,4 % en 2023, bien qu’en baisse par
rapport aux 7,5 % de 2022.

En Éthiopie, le PIB réel devrait croître régulièrement de 6,0 % en 2023 à 6,6 % et 7,0 % en 2024 et 2025,
respectivement. Avec l’accord de paix entre le gouvernement et le Front de libération du peuple du
Tigré, la reprise de l’activité économique est attribuée à une reprise des investissements, avec des taux
de croissance de 5,9 % en 2023 et une moyenne de 6,9 % entre 2024 et 2025. Sur le plan de l’offre, le
secteur agricole connaîtra un redressement grâce à l’amélioration des conditions météorologiques. La
Zambie quant à elle devrait connaître une croissance de 4,2 % en 2023, qui s’accélérera à 4,7 % entre
2024 2025. Cette accélération de la croissance est attribuée à la bonne performance des services,
au rebond de l’industrie minière et à l’amélioration de l’industrie manufacturière. À moyen terme, la
croissance de la production pourrait être entravée par l’incertitude persistante liée à la conclusion
des négociations en cours sur la restructuration de la dette. En outre, l’insuffisance de la production
d’électricité — associée au faible niveau d’eau du barrage de Kariba — peut affaiblir la production dans
les différents secteurs de l’économie.

42 > A F R I C A’ S P U L S E
Dans la sous-région de l’Afrique
FIGURE 1.29 : Prévisions de croissance du PIB pour l’Afrique L’activité
de l’Ouest et centrale (AFW),
de l’Ouest et du Centre économique dans
l’activité économique devrait la sous-région AFE,
8
croître de 3,4 % en 2023, contre à l’exception du
7 Nigéria, devrait
3,7 % en 2022, et elle devrait
6 croître de 4,5 %
s’accélérer pour atteindre en 2023 et encore
5
3,9 % et 4 % en 2024 et 2025, 4 plus rapidement en
respectivement (figure 1.29). 2024 et 2025.
3

Pourcentage
La performance économique 2
de la sous-région AFW est tirée 1
vers le bas par la performance 0
régionale inférieure à la -1
moyenne du Nigéria, sa plus -2
grande économie. En effet, -3
l’économie nigériane devrait 2020 2021 2022e 2023f 2024f 2025f
croître de 2,8 % en 2023, contre Afrique de l’Ouest et centrale Pays riches en pétrole
3,3 % en 2022 et elle devrait Afrique de l’Ouest et centrale, Nigéria non compris UEMOA
Exportateurs de minéraux et de métaux CEMAC
s’accélérer légèrement pour
Pays non riches en ressources
atteindre un taux annuel moyen
de 3 % entre 2024 et 2025. Cela Source : Projections des services de la Banque mondiale.
Remarque : AFW = Afrique de l’Ouest et centrale ; CEMAC = Communauté économique et monétaire
se traduit par une croissance de l’Afrique centrale ; e = estimation ; f = prévision ; PIB = produit intérieur brut ; UEMOA = Union
économique et monétaire ouest-africaine.
par habitant de 0,2 % en 2023
et de 0,4 % entre 2024 et 2025,
ce qui est insuffisant pour réduire l’extrême pauvreté qui sévit dans le pays. La croissance restera portée
par les services, le commerce, la construction, l’industrie manufacturière et l’agriculture. La production
de pétrole devrait rester faible en 2023, en raison de l’inefficacité et de l’insécurité, et se redresser
légèrement entre 2024 et 2025. Sur le plan de la production, la croissance en 2023 sera soutenue par
l’industrie (avec une croissance de 5,6 %) avec le projet de méga-raffinerie.

L’activité économique dans la sous-région AFW, à l’exclusion du Nigéria, devrait croître de 4,2 % en 2023,
puis de 5,4 % et 5,3 % en 2024 et 2025, respectivement (figure 1.29). La croissance en 2023 et 2024
devrait perdre respectivement 0,5 et 0,2 point de pourcentage par rapport aux prévisions d’octobre 2022.
Cette révision à la baisse s’explique par la persistance de taux d’inflation élevés, le resserrement des
politiques monétaires et fiscales, la poursuite du conflit dans la région du Sahel et le ralentissement de
l’économie mondiale. L’expansion de la sous-région AFW en 2023 (3,5 %) est supérieure à celle de son
homologue, AFE (3,0 %).

La croissance des pays de l’UEMOA devrait s’accélérer pour atteindre 5,5 % en 2023, contre 5,6 % en 2022,
et ces pays connaîtront une croissance plus rapide en 2024 (7,1 %). Les pays de l’UEMOA bénéficieront
d’une baisse de l’inflation des denrées alimentaires et des carburants, d’une politique monétaire
expansionniste (ou neutre dans le meilleur des cas) et d’investissements dans les infrastructures. L’activité
économique en Côte d’Ivoire, quant à elle, devrait légèrement ralentir en 2023 (6,2 %) en raison des vents
contraires mondiaux qui affectent les exportations, réduisent les attentes en matière d’investissement
privé et accroissent les incertitudes entourant l’évolution de l’inflation. Néanmoins, la croissance devrait
rester forte, avec une moyenne annuelle de 6,5 % entre 2024 et 2025, grâce à l’augmentation des
investissements résultant des réformes du marché en faveur de la concurrence. Au Sénégal, la croissance
devrait atteindre 4,7 % en 2023, contre 4,2 % en 2022, et se maintenir à 9,9 % en 2024. Les bonnes

A F R I C A’ S P U L S E > 43
performances économiques sont attribuées à une augmentation de l’investissement intérieur et à une
forte accélération de la consommation publique. Les investissements continus dans les infrastructures,
en particulier dans l’électricité, les transports et l’économie numérique, stimuleront la croissance au cours
des prochaines années. Les investissements dans l’agriculture intelligente face au climat contribueront à
atténuer l’impact des chocs climatiques.

Contrairement aux pays de l’UEMOA, les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique
centrale (CEMAC) devraient enregistrer de faibles performances économiques en 2023 (2,7 %), contre
2,9 % en 2022. Avec le ralentissement de l’économie mondiale, le prix international du pétrole — principal
produit d’exportation pour de nombreux pays de la CEMAC — sera en baisse, ce qui pèsera sur l’activité
économique. Au Cameroun, l’économie maintiendra sa croissance post-pandémique avec un taux de
croissance annuel moyen de 4,2 % entre 2023 et 2025, soutenu par l’investissement et la consommation
privée. Du côté de la production, tous les secteurs contribueront à la croissance. La production de gaz
naturel liquéfié, de pétrole et d’autres produits miniers devrait augmenter. La croissance économique
du Gabon restera inchangée à 3,1 % en 2023 mais connaîtra une légère baisse de 3 % en 2024 et 2025.
La croissance de l’investissement a baissé de 11,1 % en 2022 à 1,9 % en 2023, tandis que la croissance
de la consommation privée a augmenté de -0,2 % à 1 %. Sur le plan de la production, les secteurs de
l’agriculture et de l’industrie seront les principaux contributeurs à la croissance (et, en particulier, les
secteurs du bois et de la construction), tandis que la contribution des services restera limitée. En outre, la
production de pétrole reprendra à mesure que les investissements dans le secteur augmenteront.

Dans un contexte d’inflation élevée et de faibles perspectives de


croissance en 2023, le risque de stagflation augmente dans certains
pays de la région
La crainte d’une stagflation de l’économie mondiale se fait de plus en plus sentir et elle se manifeste
par une stagnation de l’activité économique, des taux d’inflation plus élevés et un taux de chômage
important. Les économies de l’Afrique subsaharienne et l’économie mondiale connaissent un épisode
de forte inflation qui s’explique par les blocages liés à la COVID-19 et les perturbations de la chaîne
d’approvisionnement, et qui est exacerbée par la guerre en Ukraine, entre autres facteurs. La guerre en
Ukraine a aggravé les perturbations de la chaîne d’approvisionnement et a intensifié la volatilité des prix
de l’énergie et des matières premières. De nombreuses banques centrales dans le monde ont réagi en
resserrant leurs politiques monétaires dans le but de juguler l’inflation. Par exemple, la Réserve fédérale
américaine a augmenté son taux de politique monétaire de 450 points de base depuis le 17 mars 2022.
Cependant, l’inflation a lentement diminué pour atteindre 6,4 % en janvier 2023, un taux qui demeure
supérieur à l’objectif d’inflation de 2 % de la Fed. Le lent processus de désinflation peut être attribué non
seulement aux problèmes persistants de la chaîne d’approvisionnement, mais aussi à la hausse des salaires
et à l’augmentation de l’épargne des consommateurs grâce aux chèques de relance du gouvernement.
De nouvelles hausses des taux d’intérêt visant à freiner l’inflation accentuent la pression sur les conditions
financières mondiales et augmentent le risque d’un ralentissement économique mondial.

L’augmentation des prix des denrées alimentaires est l’un des éléments marquants de l’épisode
inflationniste actuel — qui avait commencé avant la pandémie — en raison d’une demande refoulée à
mesure que l’économie mondiale levait les restrictions et des conditions météorologiques difficiles. De
nombreux pays d’Afrique subsaharienne ont connu une inflation globale élevée, alimentée principalement
par l’inflation alimentaire. Près des trois quarts des pays de la région dont les données sont disponibles
pour janvier 2023 ont enregistré un taux d’inflation alimentaire à deux chiffres d’une année sur l’autre, le
Zimbabwe (264 %), le Soudan (58,7 %) et le Ghana (61 %) affichant les taux les plus élevés (figure 1.16).

44 > A F R I C A’ S P U L S E
La hausse de l’inflation érode le pouvoir d’achat, ralentit la croissance et, si elle n’est pas combattue,
conduit le gouvernement à courir le risque d’un découplage des attentes d’inflation, ce qui aurait des
conséquences désastreuses pour les marchés financiers. De nombreux pays ont également accumulé
des dettes de plus en plus lourdes depuis l’ère pré-pandémique. Dans ce contexte, quels sont les risques
de stagflation dans les pays d’Afrique subsaharienne et quelles sont les politiques nécessaires pour
s’engager sur la voie d’une croissance durable dans un environnement macroéconomique stable ?

La figure 1.30 illustre les


risques de stagflation dans les FIGURE 1.30 : La stagflation est-elle une menace imminente pour les Plus d’un tiers
pays d’Afrique subsaharienne. pays d’Afrique subsaharienne ? des pays de la
0,3 région présentent
Elle considère que les pays un risque ac-
présentant un risque de Différentiel d’inflation avec les économies avancées, 2023
cru de stagflation
stagflation sont ceux qui ETH (quadrant supérieur
SLE gauche).
répondent à deux critères : (1) 0,2
leur revenu par habitant en SSD
GHA
2023 encore inférieur à celui
NGA
de 2019 (avant la pandémie),
MWI 0,1
et (2) le taux d’inflation moyen GIN
AGO STP GMB
projeté en 2023 supérieur au ZMB
COM MOZLBR MRT COD
BDI RWA
taux correspondant pour les GNQ MDG
CAF ERI UGA TZA KEN
NAM LSOZAF 0,0
MUS SWZ CIV
économies avancées. Selon BWA NER
-0,2 -0,1
TCD CPV SOM MLIGAB0,0 GNB SEN 0,1 SYC 0,2
la figure 1.30, les pays situés COG CMR
BFA TGO BEN
dans le quadrant supérieur
gauche présentent le risque -0,1
de stagflation le plus élevé. Les Ratio du revenu par habitant 2003/2019
données montrent qu’environ
Source : Projections des services de la Banque mondiale.
38 % des pays d’Afrique Remarque : cette figure illustre les compromis entre l’inflation et la croissance dans les pays de la
région. Elle compare la reprise du revenu par habitant en 2023 par rapport à 2019 (axe des abscisses)
subsaharienne présentent un au différentiel d’inflation projeté pour 2023 pour chaque pays d’Afrique subsaharienne par rapport
à celui des pays avancés (axe des ordonnées). Selon ces définitions, les pays situés dans le quadrant
risque accru de stagflation. De supérieur gauche de la figure présentent le risque de stagflation le plus élevé.

nombreux pays de ce groupe


ont également enregistré des
taux de chômage à deux chiffres, notamment les pays d’Afrique australe, l’Angola et le Nigéria, entre
autres. Les pays situés dans les quadrants de droite et présentant un faible écart d’inflation par rapport
aux pays avancés (par exemple, moins de 0,025) affichent une croissance modérée à robuste dans un
contexte relativement stable sur le plan de l’inflation. Pour les pays situés dans les quadrants de droite
avec un différentiel d’inflation plus élevé, la reprise de la croissance s’accompagne d’une hausse de
l’inflation (par exemple, le Ghana et l’Éthiopie). Dans ces pays, l’augmentation du coût de la vie pèse déjà
sur les consommateurs et les investisseurs, et pourrait peser sur la croissance économique.

A F R I C A’ S P U L S E > 45
1.5 RISQUES PESANT SUR LES PERSPECTIVES
Les risques aussi bien internes qu’externes qui pèsent sur les perspectives de la région restent orientés à la
baisse. Un ralentissement de la demande mondiale, — en particulier, une réouverture moins remarquable
de l’économie chinoise — porterait préjudice au commerce mondial et aux prix des produits de base. Les
prix des denrées alimentaires et du carburant pourraient demeurer élevés si la guerre en Ukraine venait à se
prolonger et, surtout, si l’initiative permettant le transport de céréales en mer Noire n’était pas prolongée.
La persistance de l’inflation et le risque de découplage des attentes d’inflation dans les pays avancés
pourraient accélérer le rythme des hausses des taux d’intérêt ou les maintenir à un niveau élevé pendant
une longue période. Dans ce contexte, un nouveau resserrement des conditions financières mondiales
pourrait augmenter le coût des emprunts externes et limiter l’accès des pays d’Afrique subsaharienne
aux marchés internationaux des capitaux. Les risques internes comprennent un niveau élevé de la dette
publique en Afrique subsaharienne, qui empêche les pays d’anticiper en début de période les dépenses
nécessaires au développement. L’aggravation des conditions météorologiques, en particulier dans la région
du Sahel et dans la Corne de l’Afrique, pourrait également peser sur les perspectives.

Risques externes
Les perspectives de croissance en Afrique subsaharienne peuvent davantage s’assombrir si les
performances économiques des principaux partenaires commerciaux de la région sont inférieures aux
prévisions. Par exemple, les banques centrales peuvent faire basculer l’économie mondiale dans la
récession en accélérant leurs hausses de taux d’intérêt en vue de freiner l’inflation. À ce scénario s’ajoute
une croissance plus faible que prévu en Chine, en raison de la levée des restrictions « Zéro COVID ». Cette
situation aurait un impact négatif non seulement sur le commerce mondial, mais aussi sur le commerce
direct avec l’Afrique.31 Les États-Unis, la zone euro et la Chine représentent 40 % du commerce global de
l’Afrique subsaharienne. Enfin, l’aggravation des turbulences financières aux États-Unis — à la suite de la
chute de la Silicon Valley Bank et de la Signature Bank — et en Chine — en raison de l’effondrement du
marché immobilier — peut se propager aux pays africains sous la forme d’une réduction de la demande
d’exportations de la région (en particulier les matières premières), des perturbations de la chaîne
d’approvisionnement et d’un fléchissement des cours des matières premières.

L’intensification de la guerre en Ukraine pourrait entraîner une augmentation des cours internationaux
des denrées alimentaires, des engrais et des produits énergétiques. La non-prolongation de l’accord
sur l’exportation des céréales de la mer Noire entre l’Ukraine et la Russie (qui a été prolongé d’au moins
60 jours le 18 mars 2023) pourrait entraîner des perturbations de l’approvisionnement et une hausse
des cours des céréales. Avant la guerre, l’Ukraine était un acteur majeur sur les marchés mondiaux
des denrées alimentaires dans la mesure où le pays représentait près de 10 % du marché mondial des
exportations de blé, près de la moitié du marché de l’huile de tournesol et 16 % du marché du maïs.
L’inflation que connaissent les pays d’Afrique subsaharienne demeure obstinément élevée en dépit d’un
cycle de resserrement agressif de la politique monétaire. De nouvelles hausses de l’inflation pourraient
non seulement éroder davantage le pouvoir d’achat des citoyens, mais aussi entraîner une crise
financière. En outre, l’insécurité alimentaire s’intensifierait, ouvrant la voie à un risque accru de troubles
sociaux et de sous-alimentation.

La persistance des pressions inflationnistes, résultant de l’étroitesse du marché du travail, pourrait


se traduire par une accélération du rythme des hausses de taux d’intérêt par les banques centrales
des économies avancées. L’inflation sous-jacente, qui est un meilleur indicateur des pressions

31 En revanche, un rebond plus rapide de l’activité économique en Chine, à la suite de la réouverture, pourrait avoir une incidence sur les cours internationaux des produits de
base (en particulier les cours des denrées alimentaires et des carburants) et se répercuter sur l’inflation globale.

46 > A F R I C A’ S P U L S E
inflationnistes sous-jacentes, reste élevée et supérieure aux objectifs des banques centrales. Une telle
évolution pourrait entraîner un découplage des anticipations d’inflation et un cycle de resserrement
de la politique monétaire plus agressif. En outre, les récentes turbulences sur les marchés financiers
américains pourraient retarder la fin du cycle de resserrement, la Réserve fédérale cherchant à trouver
un compromis entre la gestion de l’inflation et la stabilité financière. Dans ce contexte, un nouveau
resserrement des conditions financières mondiales entraînera des sorties des capitaux étrangers des
pays africains, ce qui affaiblira leurs monnaies et creusera leurs obligations souveraines. Il pourrait
également inciter les banques centrales de la région à resserrer davantage leurs politiques monétaires
si leurs monnaies sont sous pression. Enfin, les gouvernements africains, en particulier les pays de la
région qui présentent un risque élevé de surendettement, seront moins à même de répondre à leurs
besoins de financement toujours élevés à mesure que les coûts des emprunts (intérieurs et extérieurs)
augmenteront et que l’accès aux marchés internationaux des capitaux se restreindra.

Risques internes
Les niveaux d’endettement et les vulnérabilités de l’Afrique subsaharienne demeurent élevés, certains
pays de la région connaissant une amélioration lente en la matière. Les pays de la région disposent
encore d’une faible marge de manœuvre étant donné que leur marge de manœuvre budgétaire
demeure réduite dans la plupart des cas. La situation pourrait s’aggraver, en particulier pour les pays qui
ont perdu l’accès au marché du crédit et sont surendettés ou exposés au risque de surendettement. Si
ce problème n’est pas résolu, la dynamique de la dette pourrait dégénérer en une véritable crise, ce qui
accentuerait davantage le recul de ces pays. La communauté internationale doit trouver des moyens
plus adéquats d’accélérer le traitement de la dette. Les mécanismes de résolution actuels doivent être
renforcés pour leur permettre de faire face efficacement à une éventuelle crise de la dette, et il pourrait
s’avérer nécessaire de mettre en place des instruments complémentaires.

Les conditions climatiques extrêmes continuent de nuire à l’activité économique dans la Corne de
l’Afrique et au Sahel, aggravant ainsi les conditions humanitaires. La Corne de l’Afrique est en proie à une
sécheresse sans précédent depuis trois ans. Une sixième saison consécutive sans précipitations, comme
le prévoient certaines agences météorologiques pour la période allant de mars à mai de cette année,
aurait des conséquences dévastatrices pour les communautés de la région. Face à la défaillance des filets
de sécurité sociale et à la faiblesse de systèmes de santé, les ménages les plus pauvres auront recours à
des mécanismes d’adaptation malsains (y compris la restriction de la consommation) et le phénomène
de l’immigration s’accentuera.

Enfin, la violence et l’insécurité civile demeurent à des niveaux historiquement élevés non seulement
dans les pays à faible revenu de la région du Sahel, mais aussi dans les principales économies régionales
(Nigéria), tandis que les taux d’homicide atteignent des niveaux record en Afrique du Sud. Parallèlement,
la région est devenue l’épicentre mondial des activités extrémistes violentes en ce sens que près de la
moitié des décès liés au terrorisme en 2021 sont survenus en Afrique subsaharienne, et plus d’un tiers de
ces décès ont été enregistrés dans quatre pays (Somalie, Burkina Faso, Niger et Mali). L’extrémisme violent
s’est également propagé à d’autres parties de la région, comme le Mozambique, et met à rude épreuve
les vies, les moyens de subsistance et les perspectives de paix et de développement.32 Dans de nombreux
pays, l’accroissement de la fragilité induite par la pandémie est davantage amplifié par les vulnérabilités
aux chocs climatiques et le risque d’insoutenabilité de la dette. Ces nombreuses vulnérabilités combinées
au manque de résilience face aux chocs (économiques et climatiques) peuvent faire perdurer la pauvreté
et l’insécurité alimentaire qui, à leur tour, élargissent le spectre de troubles sociaux.

32 PNUD (2023).

A F R I C A’ S P U L S E > 47
1.6 POLITIQUES
L’Afrique subsaharienne est confrontée à d’innombrables défis à relever pour retrouver sa dynamique
de croissance. L’environnement mondial reste difficile, avec une baisse de la demande des produits
d’exportation de ses pays et un resserrement des conditions financières mondiales. Dans le même
temps, les économies africaines sont freinées par une inflation élevée, une marge de manœuvre
budgétaire insuffisante pour soutenir la reprise, des taux d’intérêt nationaux élevés, des niveaux
d’endettement élevés et une capacité d’emprunt réduite, y compris un accès restreint aux marchés de
capitaux internationaux pour les pays présentant des risques élevés en matière de dette souveraine.
Dans ce contexte, les économies africaines doivent de plus en plus s’appuyer sur leurs propres réformes
politiques et leur marge de manœuvre nationale pour agir dans trois domaines différents :

Premièrement, le rétablissement de la stabilité macroéconomique est essentiel à la croissance. Il est


essentiel de relever les taux d’intérêt et d’éviter les conflits politiques qui limitent l’efficacité de la
transmission monétaire (par exemple, la domination de la politique budgétaire et les distorsions de
change) pour ramener l’inflation à son niveau cible. Dans la mesure où les banques centrales se trouvent
au cœur de la lutte contre l’inflation, leur indépendance peut être renforcée par une politique budgétaire
ancrée sur la viabilité de la dette. Enfin, des politiques concrètes peuvent être mises en œuvre en
vue de stabiliser les ratios dette/PIB et chercher à réduire la dette des pays exposés à un risque élevé
de surendettement ou déjà surendettés. Il s’avère essentiel de renforcer le cadre commun de sorte
qu’il englobe davantage les pays présentant un risque d’insolvabilité et qu’il rende le processus plus
transparent et plus rapide.

Deuxièmement, l’adoption de réformes structurelles favorisant l’investissement privé devrait figurer


en tête des programmes politiques sur la croissance des pays de la région. Il convient de privilégier
les mesures politiques qui stimulent la compétitivité à long terme, notamment les initiatives visant
à améliorer la contestabilité des marchés et à promouvoir la mise en place d’un cadre réglementaire
solide. L’accroissement des investissements publics poserait un défi aux gouvernements confrontés
à d’importantes contraintes budgétaires et à un accès restreint aux marchés des capitaux. Les
investissements publics doivent donc être très sélectifs, les maigres ressources financières étant allouées à
des projets de grande qualité et ayant des effets multiplicateurs importants sur la production et l’emploi.
Enfin, il est nécessaire de mettre en place des politiques publiques visant à attirer les investissements
directs étrangers, notamment en développant et en modernisant les infrastructures de transport et autres
infrastructures liées au commerce, afin de stimuler l’intégration économique dans la région.

Troisièmement, les décideurs politiques africains doivent saisir les opportunités qui se présentent lors
de leur transition vers une économie sobre en carbone. Cette transition vers une économie à faibles
émissions de carbone est irréversible et nécessitera l’utilisation de minéraux abondants dans de
nombreux pays de la région. Les gouvernements des pays riches en ressources de la région peuvent
exploiter leur richesse en ressources — et plus particulièrement les ressources abondantes des industries
extractives — afin de (1) relever leurs défis budgétaires actuels en augmentant les recettes publiques, (2)
mener la transformation économique en tirant parti de la zone de libre-échange continentale africaine
et en libérant le potentiel des chaînes de valeur régionales pour créer des emplois, et (3) améliorer
l’accès à l’énergie, en modifiant progressivement le bouquet énergétique des combustibles fossiles au
profit des ressources plus renouvelables — le gaz naturel jouant un rôle en tant qu’énergie de transition.
Il est également essentiel d’exploiter les ressources énergétiques existantes et les recettes budgétaires y
afférentes pour parvenir à un accès universel à une électricité fiable et abordable.33

33 La section 2 du présent volume, intitulée « Abondance des ressources naturelles, transition vers une économie sobre en carbone et amélioration de l’accès à l’énergie en Afrique »,
examine plus en détail une série d’options stratégiques visant à exploiter les richesses en ressources pour assurer un développement durable et diversifié dans la région.

48 > A F R I C A’ S P U L S E
Rétablissement de la stabilité macroéconomique
La maîtrise de l’inflation est essentielle à la stabilité macroéconomique. Les taux d’inflation dans les pays
de la région sont restés élevés et supérieurs à l’objectif fixé, en dépit des augmentations précoces et
importantes des taux d’intérêt décidées par les banques centrales de ces pays. La maîtrise de l’inflation
demeurera un défi pour les autorités monétaires d’Afrique subsaharienne, en particulier pour celles dont
les politiques anti-inflationnistes sont inefficaces, qui ne disposent pas d’outils adéquats pour la mise en
œuvre des politiques ou n’ont pas d’indépendance en matière de politique monétaire.34 Le resserrement
de la politique monétaire s’est également avéré inefficace dans les pays où des interventions peu
orthodoxes ont été mises en place, telles que la monétisation des déficits budgétaires, les mécanismes
de prêt direct et les programmes de subvention non ciblés. Les restrictions de change qui ont augmenté
les primes des marchés parallèles ont également contribué à saper les efforts de désinflation.35 Le risque
de découplage des anticipations d’inflation favoriserait la poursuite de l’inflation, accélérerait les hausses
de taux d’intérêt et augmenterait la probabilité d’un ralentissement de l’activité économique.36 Un
assouplissement ou une suspension des cycles de resserrement monétaire semble prématuré dans la
mesure où les pressions inflationnistes dans les pays d’Afrique subsaharienne demeurent élevées.37 Dans
ce contexte, il est essentiel de garantir l’indépendance de la banque centrale (en matière d’instruments
de politique et de prise de décision) et de renforcer les institutions qui œuvrent en faveur d’une politique
monétaire saine, transparente et responsable pour juguler l’inflation. Une coordination étroite de la
politique budgétaire est nécessaire, au travers de mesures qui ne devraient pas compromettre les
objectifs d’inflation et la viabilité budgétaire (encadré 1.1).

Une politique budgétaire ancrée dans la viabilité de la dette combinée à une banque centrale autonome
et crédible peut contribuer à lutter contre l’inflation. Dans un contexte de pressions budgétaires
croissantes et d’accès restreint au financement, les attentes en matière d’inflation peuvent influer sur
le resserrement de la politique monétaire d’une manière contraire à ce qui était prévu. La hausse des
taux d’intérêt peut accroître le risque de tensions budgétaires, entraînant ainsi une dépréciation de la
monnaie et un taux d’inflation plus élevé. Dans ce contexte, il est essentiel de réduire les risques qui
pèsent sur la viabilité des finances publiques et de la dette en mobilisant les ressources nationales et en
améliorant l’efficacité des dépenses. Le renforcement de la mobilisation des ressources nationales passe
par des actions visant à diversifier l’assiette fiscale et par des solutions numériques visant à améliorer
l’administration fiscale et le recouvrement des impôts (par exemple, l’enregistrement électronique des
contribuables, le dépôt électronique des déclarations et le paiement électronique des impôts). Il est
également essentiel de repenser les incitations fiscales en faveur des activités propices à la croissance
(par exemple, la recherche et le développement et l’économie numérique). Sur le front des dépenses,
parmi les réformes visant à renforcer les systèmes de gestion des investissements publics figurent
(1) l’adoption de dispositions plus strictes et plus transparentes pour l’évaluation, la sélection et
l’approbation des projets d’investissement ; (2) un contrôle plus rigoureux des partenariats public-privé ;
et (3) une meilleure intégration entre la planification stratégique nationale et l’établissement du budget
d’investissement.38 Le ciblage des programmes de protection sociale peut être amélioré par l’utilisation
des technologies numériques. Les mesures de soutien du revenu, telles que les transferts en espèces,
devraient continuer à être déployées pour protéger les plus vulnérables contre les taux d’inflation élevés

34 Les limitations observées dans la politique monétaire visant à réduire l’inflation en Afrique subsaharienne sont également liées aux aspects suivants : (1) le poids plus
important des chocs d’approvisionnement sur l’inflation, tels que les chocs climatiques et les cours des matières premières, et (2) la faiblesse de la transmission de la
politique monétaire dans les pays où les marchés financiers nationaux sont sous-développés et où le secteur informel est important.
35 Les pays ayant des taux de change parallèles présentent généralement une inflation élevée. Plus des trois quarts des pays du monde présentant des taux d’inflation élevés
en 2021 avaient des marchés de change parallèles (Farah Yacoub et coll. 2022).
36 Mankiw et Reis (2018) ; Reis (2021).
37 Certains pays de la région ont adopté une approche plus prudente pour maintenir l’inflation sous contrôle tout en surveillant son impact global sur l’activité économique et
l’emploi. Par exemple, la Banque centrale des Seychelles a maintenu son taux de politique monétaire à 2 % et continuera à le faire pendant le premier trimestre 2023 pour
soutenir l’économie.
38 FMI (2015) ; Chaponda et coll. (2020) ; Miyamoto et coll. (2020).

A F R I C A’ S P U L S E > 49
et persistants, et en particulier contre l’inflation des denrées alimentaires. Enfin, la réorientation des aides
publiques vers des investissements hautement rentables sera très bénéfique aux gouvernements dont la
marge de manœuvre budgétaire est réduite.

Il est essentiel d’accélérer la réduction et la restructuration de la dette afin de renforcer la stabilité pour
la croissance. Dans le contexte de la crise pandémique, une série d’initiatives a été lancée dans l’optique
d’atténuer les problèmes de liquidité et de solvabilité des gouvernements des pays à faible revenu, y
compris la restructuration de la dette. L’une de ces initiatives, le Cadre commun pour les traitements de
dette, a été conçue pour répondre à un large éventail de problèmes liés à la dette souveraine et garantir
une participation massive des créanciers avec un partage équitable de la charge. Quatre pays d’Afrique
subsaharienne cherchent à restructurer leur dette par le biais du Cadre commun, à savoir le Tchad, la
Zambie, l’Éthiopie et, plus récemment, le Ghana. Le Tchad est le seul pays à avoir conclu un accord avec
ses créanciers au titre du Cadre commun, même si cet accord ne prévoit pas de réduction effective de
la dette. Jusqu’à présent, les différentes initiatives lancées pendant la pandémie n’ont pas permis de
réduire les niveaux d’endettement et les vulnérabilités des pays admissibles aux prêts de l’Association
internationale de développement.

La résolution de la crise de la dette en Afrique subsaharienne nécessiterait une solution globale de la


part des pays emprunteurs et une plus grande coordination avec les créanciers. Les solutions globales
concernant l’endettement passent par la suspension, la réduction, la résolution et la transparence de
la dette. À ce jour, les pays qui ont reçu un financement du FMI et de la Banque mondiale pendant
la pandémie se sont engagés à prendre des mesures de gouvernance spécifiques dans l’optique
d’améliorer la responsabilisation et la transparence, y compris des dispositions pour suivre les dépenses
liées à la COVID-19. Parallèlement, la Banque mondiale et le FMI collaborent avec d’autres partenaires de
développement pour contribuer à renforcer la gouvernance, la responsabilisation et la transparence. Les
progrès réalisés dans ces domaines par les pays endettés faciliteront la réconciliation et la restructuration
de la dette.

Il est essentiel d’accélérer le traitement de la dette au titre du Cadre commun, car il s’est avéré difficile
de faire négocier un groupe de créanciers plus diversifié et plus complexe. Des mesures visant à
formaliser le processus de mise en œuvre — telles que l’adoption d’un calendrier clair pour les
différentes étapes du processus, l’évaluation des paramètres de la comparabilité du traitement et des
règles et procédures transparentes — pourraient contribuer à réduire les délais d’allègement de la
dette. Cette mesure pourrait être complétée par d’autres visant à accroître l’adoption du Cadre, telles
que la suspension du service de la dette de tous les candidats envers les créanciers officiels pendant
les négociations, et l’élargissement des conditions d’éligibilité pour inclure d’autres pays à revenu
intermédiaire (tranche inférieure) très endettés et vulnérables. Le Cadre commun devra également
prévoir un mécanisme visant à encourager la participation du secteur privé. Par exemple, faire participer
les créanciers commerciaux dès le début des négociations peut contribuer à harmoniser les mesures
incitatives des créanciers commerciaux avec celles des créanciers publics et des emprunteurs souverains.
La clarification de la méthodologie d’évaluation des différents types d’allégement de la dette des
créanciers privés permettrait également d’évaluer la comparabilité du secteur privé et d’encourager la
participation des créanciers. Dans le cas des pays ayant une dette insoutenable, les créanciers devraient
viser une réduction pure et simple de la dette.39 L’absence d’un processus prévisible, ordonné et rapide
de restructuration de la dette souveraine est coûteuse et limitera les perspectives de reprise tout en
augmentant l’incertitude.40

39 Les initiatives passées en matière d’allégement de la dette montrent que, lorsque la dette est insoutenable, une solution ne peut être obtenue que par un allégement
intégral de la dette, y compris des réductions de la valeur nominale de la dette (Nagle 2022 ; Banque mondiale 2022).
40 Banque mondiale, 2020 b.

50 > A F R I C A’ S P U L S E
Approfondir les réformes structurelles pour favoriser une croissance inclusive
La faible croissance des investissements s’ajoute aux pressions macro-financières qui pèsent sur l’activité
économique en Afrique subsaharienne. Les réformes structurelles qui soutiennent l’investissement privé
devraient mettre l’accent sur le renforcement de la compétitivité à long terme des entreprises africaines.
En Afrique subsaharienne, les marchés sont souvent caractérisés par des pratiques et des structures
anticoncurrentielles, avec des monopoles de la part des gouvernements, dans bien des cas, qui détiennent
des parts de marché importantes dans des secteurs économiques stratégiques de plusieurs pays. Les
pays de la région ont beaucoup à gagner en encourageant la concurrence.41 Le programme politique
qui renforce la compétitivité comprend :42 (1) des réformes des marchés de produits qui réduisent les
obstacles structurels et réglementaires à la participation du secteur privé aux marchés de biens et de
services, (2) une politique générale de la concurrence efficace comprenant des lois sur la concurrence
solides et une agence de mise en œuvre financée et dotée d’un personnel indépendant, (3) des politiques
commerciales et des politiques d’investissement visant à attirer l’investissement étranger direct qui
améliorent la concurrence étrangère et l’accès aux intrants intermédiaires, et (4) des politiques budgétaires
et des systèmes de passation de marchés qui soutiennent la concurrence. Ces réformes structurelles qui se
renforcent mutuellement ainsi que des politiques macroéconomiques saines sont nécessaires pour attirer
les investissements. En outre, le renforcement de la coopération entre les autorités nationales chargées de
la concurrence est essentiel pour lutter contre les pratiques anticoncurrentielles des grandes entreprises
dans un contexte d’intensification du commerce et de l’intégration au niveau régional.

L’investissement public, qui a été le moteur de la croissance de nombreux pays de la région au cours des
dernières décennies, pourrait demeurer plus faible dans un avenir prévisible pour les gouvernements
confrontés à d’importantes contraintes budgétaires et à un accès restreint aux marchés des capitaux.
D’où l’importance d’allouer les maigres ressources budgétaires à des projets d’investissement de haute
qualité ayant des effets multiplicateurs sur la production et l’emploi. L’amélioration de l’efficience de
l’investissement public en Afrique subsaharienne passe par le renforcement de la crédibilité de la
budgétisation pluriannuelle, de l’efficacité de l’évaluation et de la sélection des projets, de la gestion des
partenariats public-privé, entre autres. En outre, la promotion de la transparence et de la surveillance
des projets d’investissement public comprend l’amélioration des processus de passation des marchés,
l’amélioration de la transparence des données (y compris le processus budgétaire), la réalisation d’audits
et de diagnostics indépendants des systèmes actuels de gestion privée des investissements publics.

Enfin, les politiques publiques visant à attirer les investissements étrangers et à en tirer le meilleur parti
doivent porter sur trois domaines importants, à savoir les infrastructures, les institutions et les incitations.
L’élargissement et la modernisation du système de transport et des ports, l’amélioration de la fiabilité et de
l’accès à l’électricité et la promotion de l’utilisation efficace des infrastructures existantes sont essentiels
pour stimuler l’intégration économique dans la région.43 Les réformes institutionnelles devraient inclure
le renforcement des agences de promotion des investissements et des exportations, des autorités de
contrôle des frontières et des douanes. Offrir les bonnes incitations aux investisseurs étrangers consiste à
maintenir des taux de change réels compétitifs, des cadres réglementaires favorables à la transparence, la
concurrence et l’innovation, ainsi qu’à concevoir des politiques commerciales qui réduisent les obstacles
à l’exportation. Pour tirer le meilleur parti de ces flux d’investissements étrangers, il faut améliorer les
réseaux de base et les services financiers afin de favoriser la croissance de l’industrie, ainsi que la création
d’un contenu local, en particulier dans le cas des industries extractives.

41 Des données récentes montrent que l’augmentation de la concurrence en Afrique subsaharienne à des niveaux correspondant au quartile supérieur des institutions
mondiales est associée à une augmentation d’un point de pourcentage du taux de croissance du PIB réel par habitant — obtenue principalement grâce à une plus grande
compétitivité des exportations et à une croissance de la productivité (Cherif et coll. 2020).
42 IMF (2019), Cherif et coll. (2020).
43 Qiang et coll. (2021).

A F R I C A’ S P U L S E > 51
Tirer meilleur parti de la richesse des ressources lors de la transition
vers une économie sobre en carbone
Le potentiel inexploité des pays de la région qui disposent de ressources abondantes offre une option
supplémentaire pour relever les défis budgétaires actuels et soutenir la reprise économique. Il s’agit
notamment de politiques budgétaires qui optimisent la valeur tirée de l’industrie extractive tout en
offrant un environnement fiscal stable, d’une meilleure gestion des cycles de hausse et de baisse des
cours des matières premières et de politiques conçues en vue de la diversification des portefeuilles
d’actifs, favorisant ainsi l’investissement dans le capital humain et physique, parallèlement à la protection
du capital naturel renouvelable. Les politiques suivantes soutiendraient ces efforts.

Optimiser la valeur tirée des combustibles fossiles et de l’exploitation minière. Les pays riches en ressources
peuvent tirer une plus grande partie de la valeur de leurs ressources au service du développement. Les
rentes provenant des ressources naturelles représenteraient 9 % du PIB de l’Afrique subsaharienne, riche
en ressources. Toutefois, ce chiffre dépasse de loin les recettes perçues par les gouvernements, les rentes
étant en moyenne 2,6 fois plus élevées que les recettes du gouvernement. Cette constatation montre que
les pays ne parviennent pas à s’approprier la totalité de la rente. Il est possible de faire davantage dans
les domaines suivants : (1) taxer efficacement le secteur pour capter une plus grande part des rentes sans
dissuader des investissements suffisants, et (2) investir ces revenus dans l’économie, pour accumuler du
capital productif sous la forme d’infrastructures, d’une main-d’œuvre formée et d’un environnement sain
et productif, y compris la terre, l’eau et les forêts. Des pays comme la Zambie ont été en mesure d’accroître
les investissements miniers tout en menant des politiques qui améliorent la perception des revenus par le
gouvernement. Enfin, les pays peuvent promouvoir de nouveaux investissements pour saisir le potentiel
de croissance des nouvelles découvertes et explorations, en soutenant des approches claires et cohérentes
des politiques sectorielles, y compris des modalités fiscales qui ne nécessitent pas de révisions cycliques,
mais qui permettent de capter une part des recettes dans des conditions tarifaires élevées ou faibles.

Gérer les cycles de hausse et de baisse en tirant les leçons des cycles précédents. Les décideurs politiques
doivent prendre garde à la « pré-malédiction des ressources ». Les pays doivent être attentifs aux
politiques qui permettent de gérer les attentes et d’assurer la viabilité des finances publiques. Pour éviter
la pré-malédiction des ressources, qui peut plonger les pays dans une situation de surendettement ou
de faible croissance avant même que la production de ressources ne commence, il faut tempérer la
pression exercée pour emprunter et dépenser avant d’engranger des recettes.

Améliorer la viabilité de l’économie en utilisant les revenus du secteur des ressources. Pour passer d’une
épargne nette ajustée négative à une épargne nette ajustée positive, les gouvernements doivent investir
dans le capital humain, notamment dans l’éducation et la santé, dans le capital produit, en particulier
dans les infrastructures, et dans le capital naturel tel que les forêts, les terres cultivées et le tourisme axé
sur la nature. Les revenus générés par les secteurs minier et pétrolier peuvent servir au financement
de ces formes de capitaux. La divulgation des prêts adossés à des ressources naturelles devrait être
accrue afin d’améliorer le rapport qualité-prix et de protéger les pays. À titre d’exemple, la République
démocratique du Congo a publié des contrats de prêts adossés à des ressources naturelles entre ses
sociétés minières publiques et un consortium de sociétés chinoises, ainsi qu’avec un grand négociant de
matières premières. Pour encourager davantage les avancées en la matière, les pays peuvent mettre en
place des règles juridiques concernant la divulgation des contrats de prêt.

Préparer l’avenir, notamment en investissant dans la diversification des actifs. En raison de la pression exercée
par le syndrome hollandais, les décideurs politiques des pays riches en ressources naturelles pourraient
obtenir des résultats plus concluants en travaillant à la diversification des actifs plutôt qu’à celle des
exportations. Le rapport The Changing Wealth of Nations 2021 suggère que cibler la diversification du

52 > A F R I C A’ S P U L S E
portefeuille d’actifs — investir dans le développement du capital humain et physique — au lieu de
la diversification des exportations peut être une politique efficace pour une croissance économique
durable.44 Les pays devraient soutenir la transition vers l’automatisation et la mécanisation. Compte tenu
de la baisse attendue des emplois miniers liée à la mécanisation, il est essentiel d’identifier de nouveaux
moyens d’accroître les possibilités d’emploi. Les compétences transférables et les chaînes de valeur qui ne
sont pas liées au carbone seront importantes. Par conséquent, le soutien apporté par les gouvernements
ne devrait pas favoriser les secteurs des combustibles fossiles par le biais de subventions ou d’une sous-
taxation, mais plutôt promouvoir le développement de compétences à grande échelle, le développement
de liens et la création de valeur.

Se servir de la zone de libre-échange continentale africaine pour mettre en place des chaînes de valeur
régionales. La richesse en ressources de l’Afrique subsaharienne peut jouer un rôle important dans la
création d’emplois (plus nombreux, de meilleure qualité et inclusifs) et la transformation économique en
mettant en place des chaînes de valeur dans le cadre de la zone de libre-échange continentale africaine,
et en fournissant des sources d’énergie et des investissements supplémentaires pour favoriser l’accès
universel à une électricité fiable et abordable.

Œuvrer à l’harmonisation des tarifs et à la réduction des barrières non tarifaires. À court terme, aucune
nouvelle taxe ne devrait être exigée. À moyen terme, les pays devraient harmoniser conjointement les
taxes et redevances minières. L’harmonisation fiscale comporte trois volets, notamment, la péréquation
des taux d’imposition, la définition commune des assiettes fiscales nationales et l’application uniforme
de règles convenues. L’absence d’une politique fiscale harmonisée peut compromettre l’intégration
régionale, même avec la mise en place d’une union douanière, d’un marché commun et d’une union
monétaire.45 Une première étape importante consisterait à créer un taux plancher commun. La mise
en œuvre de taxes et de réglementations harmonisées nécessite des données et des institutions
solides dotées de capacités de coordination et d’application de la loi. La création et la mise à jour
régulière d’une base de données fiscales en ligne fournissant des informations complètes sur les
structures fiscales nationales peuvent être utiles à la compréhension des disparités. Elles constitueraient
également une source de responsabilisation en identifiant publiquement les pays qui se désolidarisent
des initiatives régionales.

S’attaquer aux obstacles politiques qui entravent le commerce intrarégional. Évoluer des restrictions à
l’exportation définies au niveau national vers une approche continentale et régionale. Les restrictions
nationales rigoureuses à l’exportation en Afrique peuvent empirer la situation de tous les pays
concernés. Ces restrictions peuvent avoir un impact négatif non seulement sur la production minière
nationale en dissuadant les investissements, mais aussi sur d’autres secteurs, notamment le transport
et la logistique, les services et la construction. Cette situation peut entraver la capacité des pays à
mettre en place des chaînes de valeur régionales, où un certain degré de spécialisation régionale et
d’avantage comparatif peut libérer de nouvelles possibilités qu’une approche nationale ne peut pas
permettre d’obtenir. À moyen terme, les pays pourraient être mieux à même d’exploiter les restrictions
régionales ou continentales à l’exportation, ce qui signifie que les restrictions ne seront pas imposées
aux exportations vers d’autres pays au sein de la communauté économique régionale ou de la juridiction
de l’Union africaine, mais qu’elles sont en fait imposées aux exportations effectuées en dehors de la
région, conformément aux objectifs de la zone de libre-échange continentale africaine. L’allègement des
contraintes liées à l’infrastructure, notamment en matière de transport et d’électricité, peut contribuer au
développement des chaînes de valeur régionales.

44 44 Banque mondiale (2020a).


45 FMI (2015a).

A F R I C A’ S P U L S E > 53
Remplacer les politiques de contenu local par des approches continentales et régionales (communautaires
économiques régionales) de politiques de contenu au lieu d’objectifs et d’approches définis au niveau national.
Plusieurs pays africains souffrent d’une pénurie de compétences et d’une capacité limitée à produire des
intrants clés ou à y accéder lorsqu’ils travaillent au niveau national. Les politiques de contenu régional
peuvent réduire le poids des contraintes actuelles en permettant aux pays d’accéder à une plus grande
réserve de main-d’œuvre qualifiée et d’intrants nécessaires. Les entreprises opérant dans la région
peuvent mettre en œuvre des programmes de formation et de renforcement des capacités au profit des
microentreprises et des petites et moyennes entreprises, parallèlement à l’approvisionnement régional.

Exploiter les ressources énergétiques pour améliorer l’accès à l’énergie en Afrique subsaharienne. L’Afrique doit
relever un défi de taille pour atteindre ses objectifs en matière d’accès universel à une énergie de qualité.
En 2022, 600 millions de personnes en Afrique, soit 43 % du continent, n’avaient pas accès à l’électricité.
Cependant, les ressources disponibles de l’Afrique et les investissements associés pourraient contribuer à
accélérer les progrès vers l’atteinte des objectifs en développant diverses sources d’énergie.

Investir dans l’accès à l’énergie domestique, attirer les investissements dans l’approvisionnement en gaz
domestique afin de promouvoir l’accès à l’énergie domestique et d’augmenter les recettes d’exportation.
Élaborer et maintenir des politiques d’investissement stables afin de tirer parti de l’approvisionnement
en gaz domestique en vue des recettes d’exportation et de la consommation intérieure. L’exploitation
des réserves de gaz naturel nécessite des investissements importants. Compte tenu de la forte intensité
capitalistique et de la longue durée de ces investissements, les pays doivent élaborer et maintenir
des politiques budgétaires claires et cohérentes qui favorisent les exportations et la consommation
intérieure, tout en saisissant la valeur intégrale de la ressource.

Exploiter les recettes budgétaires et les investissements des secteurs minier, pétrolier et gazier pour soutenir
l’accès universel à l’énergie. Les recettes budgétaires générées par l’industrie extractive sont essentielles
pour combler le déficit de financement des énergies renouvelables. En 2018, l’Agence internationale
de l’énergie estimait que les pays d’Afrique subsaharienne auraient besoin de 28 milliards de dollars US
par an jusqu’en 2030 pour parvenir à l’accès universel à l’électricité. De cette somme, 13 milliards de
dollars US seraient consacrés aux mini-réseaux électriques, soit 7,5 milliards de dollars US pour le réseau
électrique et 6,5 milliards de dollars US pour les investissements hors réseau électrique. Compte tenu
des niveaux élevés d’endettement des pays de la région, ceux-ci pays devraient s’efforcer de tirer parti
des recettes budgétaires tirées de l’industrie extractive plutôt que de s’appuyer sur la dette extérieure,
dont une grande partie est devenue inaccessible ou onéreuse par suite de dégradations de leur notation
souveraine.

54 > A F R I C A’ S P U L S E
Section 2 : Abondance des ressources naturelles, transition
vers une économie sobre en carbone et
amélioration de l’accès à l’énergie en Afrique
2.1 MOTIVATION
La transition vers une économie mondiale sobre en carbone a commencé. Bien qu’il faille des décennies
pour éliminer progressivement les marchés du pétrole, du gaz et du charbon au niveau mondial, la
période de transition présente des incertitudes et des risques importants pour les exportateurs de
combustibles fossiles et de minerais en Afrique. Les pays riches en ressources en carbone, telles que le
pétrole, le gaz et le charbon, sont confrontés à la perspective imminente d’une baisse de la demande et
d’une diminution potentiellement durable des prix. Selon les estimations, 80 % des réserves prouvées de
combustibles fossiles doivent rester sous terre pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de
carbone fixés à Paris (Bos et Gupta 2019), sans compter les importantes réserves non découvertes. Dans
le même temps, la demande de nombreux métaux et minéraux pourrait augmenter considérablement
dans les années à venir pour répondre aux besoins de l’économie sobre en carbone. La transition vers
une économie à faible émission de carbone pourrait créer une demande de 3 millions de tonnes de
minéraux et de métaux nécessaires au déploiement de l’énergie solaire, éolienne et géothermique d’ici à
2050 (Banque mondiale 2020). Un grand nombre de ces minéraux se trouvent en abondance en Afrique.
Des pays comme la République démocratique du Congo, l’Afrique du Sud et la Zambie sont déjà des
acteurs clés de la transition vers une économie sobre en carbone, puisqu’ils sont de grands producteurs
de cobalt, de cuivre et de platine. Pour ces pays riches en métaux et en minéraux, les perspectives à long
terme pourraient être meilleures que pour les producteurs de combustibles fossiles.46
Cette section examine les opportunités en matière de ressources naturelles de l’Afrique et les actions
que les décideurs politiques devraient envisager de prendre pour réaliser le potentiel économique des
ressources pétrolières, gazières et minérales pendant la transition énergétique. L’analyse est basée sur un
prochain rapport de la Banque mondiale Africa’s Resource Future (Cust et Zeufack, 2023).
Malgré cette importante opportunité, la richesse des ressources naturelles pose également des
problèmes auxquels les pays ont dû faire face avant même que la transition vers une économie sobre en
carbone n’ait commencé à s’accélérer. À la suite de la baisse des prix des matières premières à partir de
2015 et de la pandémie plus récente de COVID-19, les pays ont accumulé des niveaux élevés de dette
extérieure, réduisant ainsi leur capacité budgétaire à financer des objectifs de développement essentiels.
Par conséquent, les ressources naturelles restent une source essentielle de recettes fiscales, même si la
demande et les prix peuvent être volatils et incertains.
Néanmoins, la région dispose d’un important potentiel de ressources inexploitées, connues et
découvertes chaque année. Au cours des deux dernières décennies, de nouvelles découvertes majeures
ont été concentrées en Afrique subsaharienne, en particulier dans les secteurs du pétrole et du gaz. Cela
signifie que la richesse du sous-sol de la région a augmenté depuis le début du millénaire, alors que de
nombreux projets potentiels sont encore en cours de développement ou n’ont pas encore fait l’objet
d’investissements. La région étant relativement peu explorée par rapport à d’autres parties du monde, les
pays n’ont pas encore une idée exacte de leurs richesses souterraines.

Les recettes fiscales générées par l’extraction des ressources peuvent créer la marge de manœuvre
budgétaire nécessaire pour investir dans le capital humain et le capital produit, ainsi que dans des
politiques visant à améliorer la résilience et à contribuer à la réduction de la pauvreté. Les prix des

46 Voir, par exemple, AIE (2021).

A F R I C A’ S P U L S E > 55
métaux et des minerais sont restés élevés, et les prix du pétrole et du gaz ont de nouveau atteint les
niveaux d’avant 2014, ce qui représente une opportunité pour financer les moyens permettant de relever
ces défis. Toutefois, les pays peuvent faire mieux pour exploiter pleinement la valeur de leurs richesses
en ressources. Les améliorations de la gouvernance et les investissements dans le renforcement des
capacités budgétaires peuvent permettre d’améliorer la perception des recettes. L’augmentation des
recettes publiques pourrait également contribuer à corriger les effets environnementaux causés par
l’extraction, en particulier la subvention implicite à la production de carbone engendrée lorsque les pays
ne taxent pas suffisamment l’extraction de pétrole et de gaz.

Il existe d’importantes possibilités de promouvoir les chaînes de valeur régionales, en particulier


celles qui exploitent les métaux et les minéraux nécessaires à la transition vers une économie sobre
en carbone. Outre les précieuses recettes fiscales qu’elle génère, la production minière peut être
utilisée comme intrant dans la production industrielle, générant des emplois, des liens commerciaux
et stimulant la transformation économique. Toutefois, pour tirer parti de ces possibilités, il faudra
adopter une approche plus régionale de la valeur ajoutée, compte tenu de la petite taille de nombreux
pays de la région. L’intégration régionale, l’amélioration des infrastructures nationales et régionales et
l’harmonisation du commerce régional permettront le développement de chaînes de valeur régionales
qui pourront mieux exploiter les avantages comparatifs, en regroupant les activités et en réalisant des
économies d’échelle propres aux marchés plus vastes.

L’augmentation des revenus issus de l’extraction des ressources naturelles joue également un rôle
important dans l’amélioration de l’accès à l’électricité sur le continent, compte tenu des faibles niveaux
d’investissement privé. En 2022, 590 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’avaient pas
accès à l’électricité. Des mesures draconiennes devront être prises pour parvenir à l’accès universel
à l’électricité, car le rythme de croissance de la population africaine est plus rapide que celui de la
production d’électricité. Pour parvenir à l’accès universel, il faudra diversifier les sources d’énergie,
développer les infrastructures en réseau et hors réseau, renforcer les pools énergétiques régionaux et
attirer les investissements dans les énergies renouvelables sur l’ensemble du continent, plutôt que dans
un petit nombre de pays, comme c’est le cas jusqu’à présent.

En outre, les pays devront faire davantage pour renforcer les cadres réglementaires et mettre en œuvre
des réformes clés pour améliorer les performances des services publics et la viabilité financière du
secteur afin d’attirer les investissements dans les énergies renouvelables.

L’Afrique est bien pourvue en matières premières nécessaires à la mise en place d’énergies renouvelables
pour l’accès à l’énergie domestique et pour accélérer la transition vers une économie sobre en carbone.
Par exemple, le Zimbabwe possède l’une des dix plus grandes réserves de lithium au monde, et d’autres
pays, comme la Namibie, ont commencé à construire des mines de lithium. L’Afrique du Sud est le
premier producteur mondial de manganèse ; la République démocratique du Congo abrite près de
70 % de l’offre mondiale de cobalt utilisé dans les batteries lithium-ion ; et Madagascar, le Mozambique
et la Tanzanie figurent parmi les dix pays possédant les plus grands gisements de graphite (AIE 2022a).
L’exploitation de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf ) peut permettre aux pays,
dont la plupart sont confrontés à des contraintes d’infrastructure et de capital, entre autres, de créer des
chaînes de valeur régionales d’énergie propre.

Une transition équitable pour l’Afrique dépendra de l’exploitation réussie des avantages économiques
des ressources pétrolières et minérales, grâce à la bonne gouvernance et à une gestion macrofinancière
saine des recettes tirées des ressources, tout en se préparant à un avenir sobre en carbone. Compte tenu
de l’abondance des ressources naturelles, cette richesse peut jouer un rôle central dans la transformation
économique de l’avenir économique de l’Afrique.

56 > A F R I C A’ S P U L S E
2.2 RESSOURCES NATURELLES : DONNÉES ET FAITS STYLISÉS
Le secteur extractif est un élément essentiel de l’économie de l’Afrique subsaharienne, tant en termes
de revenus que d’exportations. Les minéraux, le pétrole et le gaz représentent un tiers ou plus des
exportations de la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, et ils peuvent représenter une part similaire
des recettes publiques. L’Afrique subsaharienne compte aujourd’hui nettement plus de pays riches en
ressources qu’au début du XXIe siècle, et ce nombre tend même à augmenter en raison des nouvelles
découvertes qui ont lieu chaque année. Selon une définition (FMI 2012), le nombre de pays riches en
ressources a augmenté, passant de 18 sur 48 avant la dernière flambée des prix des matières premières
en 2004, à 26 sur 48 à la fin de la flambée en 2015 (carte 2.1). Cela signifie que la majorité des pays
d’Afrique subsaharienne peuvent être classés comme riches en ressources, et que d’autres sont en passe
d’atteindre ce statut après deux décennies de nouvelles découvertes majeures. Cette tendance est due
à une combinaison de nouvelles découvertes, d’une nouvelle production et de l’augmentation des prix
des matières premières, qui ont fait grimper les niveaux d’abondance et de dépendance à l’égard des
ressources et ont attiré davantage de pays dans le groupe des pays riches en ressources.

L’Afrique subsaharienne dispose d’importantes réserves de ressources telles que le pétrole, le gaz et
les minéraux, mais la région a du mal à convertir cette richesse en une prospérité durable. Lors de la
dernière flambée des prix des matières premières, qui a duré de 2004 à 2014, la croissance économique
s’est accélérée pour atteindre des
niveaux record dans les pays de la
CARTE 2.1 : Les pays d’Afrique subsaharienne riches en ressources Vingt-six des 48
région riches en ressources. Mais naturelles pendant la flambée des prix des matières premières pays de la région
cette prospérité s’est avérée précaire sont classés comme
et dépendante du niveau élevé des riches en ressources.
prix des matières premières, et peu
de pays africains ont cessé d’être des
économies axées sur les ressources
au cours de cette période. Depuis la
chute des prix des matières premières
en 2014, l’Afrique subsaharienne riche
en ressources a connu une croissance
plus lente que la moyenne régionale,
ce qui est conforme à l’hypothèse
de la « malédiction des ressources »
(figure 2.1).

Lors des précédents cycles de hausse Riches en combustible fossile


et de baisse des prix des matières Riches en minéraux
premières en Afrique subsaharienne, Pauvres en ressources
les pays riches en ressources de la Afrique du Nord et Soudan du Sud
région ont manqué des occasions
de convertir les revenus tirés de Source : Basé sur FMI 2012.
Note : Les pays riches en ressources sont définis par le FMI (2012) comme des pays à faible
ces ressources en une prospérité revenu, à revenu intermédiaire de la tranche inférieure ou à revenu intermédiaire de la tranche
supérieure qui avaient soit des revenus tirés des ressources naturelles, soit des exportations
durable et diversifiée. Cette situation équivalant à au moins 20 % des recettes budgétaires totales ou exportations, respectivement,
sur la période 2006-10, y compris les pays ayant des réserves identifiées mais dont la
a entraîné un ralentissement de production n’a pas commencé ou n’a pas atteint des niveaux significatifs. Les pays où lee
principaux types de ressources naturelles sont le pétrole ou le gaz sont en bleu. Les pays où le
la croissance économique et des principal type de ressource naturelle est les minéraux et les métaux sont en orange. Le Soudan
du Sud n’est pas inclus dans la classification des pays riches en ressources du FMI (2012).
progrès décevants en matière de

A F R I C A’ S P U L S E > 57
réduction de la pauvreté. D’ici
Après la fin de FIGURE 2.1 : Baisse de la croissance du PIB par habitant après la flambée des
2030, on estime que plus
la flambée des prix des matières premières
prix des matières de 80 % des pauvres de la
5
premières en 2015, population mondiale vivront
la croissance a chuté en Afrique et près de 75 % dans
dans les pays riches 4
en ressources, et ces les pays riches en ressources
derniers continuent 3 naturelles. Par conséquent,
de croître plus l’éradication de la pauvreté
Pourcentage

lentement que les


2 dans le monde devient un défi
pays non riches en
ressources. disproportionné auquel sont
1 confrontés principalement les
pays d’Afrique subsaharienne
0
riches en ressources (figure 2.2).
-1 ASS RR ASS non RR Reste du monde RR Malgré l’abondance des
1998-2003 2004-14 2015-20 ressources du sous-sol, il
Source : données de la Banque mondiale 2022. importe, pour les exploiter
Remarque : Croissance du PIB par habitant par groupe avant le boom = 1998-2003 ; Boom = 2004- en vue d’un développement
2014 ; après le boom = 2015-2018, RR = pays riches en ressources en Afrique subsaharienne ; Non RR
= pays non riches en ressources en Afrique subsaharienne ; Reste du monde RR = pays hors Afrique durable, que leur production
subsaharienne qui atteignent le même seuil de richesse en ressources.
ne se fasse pas au détriment
D’ici 2030, on FIGURE 2.2 : Nombre total de pauvres en Afrique subsaharienne riche en d’autres formes de capital
estime que 80 % de ressources et non riche en ressources naturel, comme les forêts,
la population mon- les terres cultivées et les
400
diale en situation
d’extrême pauvreté
écosystèmes biodiversifiés.
350
vivra en Afrique Malheureusement, la
subsaharienne, 300 dégradation de l’environnement
principalement
250 s’est accélérée dans les pays
dans les pays riches
en ressources. riches en ressources et pourrait
200
Millions

s’aggraver. L’épuisement des


150 ressources naturelles en Afrique
100 subsaharienne a augmenté
50 d’environ 150 % pendant le
boom économique, et dans
0
1995 2000 2005 2010 2015 2020 2025 2030 les pays de la région riches en
ressources, cet épuisement a
ASS RR ASS non RR augmenté de plus de 190 %.
Source : Cust, Rivera-Ballesteros et Zeufack 2022.
La superficie totale des forêts
Remarque : La figure montre le nombre de personnes vivant avec moins de 1,90 dollar par jour. Les a diminué de 2 %, passant
données projetées commencent après 2020, et les données historiques manquantes sur la pauvreté
ont été complétées par interpolation linéaire en utilisant les données disponibles. RR = riche en d’environ 6,9 millions de
ressources ; ASS = Afrique subsaharienne.
kilomètres carrés en 2004 à
6,5 millions de kilomètres carrés
en 2014. Néanmoins, la contribution par habitant des pays d’Afrique subsaharienne au changement
climatique mondial reste la plus faible de toutes les régions. Les gouvernements africains peuvent
prendre des mesures pour tirer parti de la décarbonisation mondiale, accélérer la diversification de leurs
économies, renforcer leur résilience aux chocs extérieurs et anticiper le déclin éventuel des marchés des
combustibles fossiles.

58 > A F R I C A’ S P U L S E
L’un des principes essentiels de la durabilité économique des richesses en ressources est d’utiliser les
occasions créées par une période prospère pour promouvoir la diversification de l’économie. Bien que
de nombreux pays aient activement mis en œuvre des stratégies de diversification au cours de leurs
périodes de boom des ressources, le bilan des réussites est médiocre. Par exemple, le Tchad et le Soudan
ont connu une concentration accrue de leurs exportations, tandis que la Tanzanie et l’Ouganda ont été
en mesure de diversifier leurs exportations.

Bien qu’elle soit relativement


peu explorée, l’Afrique FIGURE 2.3 : Budget d’exploration minière, par région, 1997-2021 Les pays africains
subsaharienne possède (millions de dollars US) restent à la traîne
en ce qui concerne
la majorité des réserves 6 000
les dépenses
de matières premières d’exploration
essentielles. En 2021, le budget 5 000 minière, bien
que la région soit
d’exploration minière en relativement peu
Millions de dollars US

4 000
Afrique subsaharienne était explorée et dispose
le deuxième plus faible au d’un potentiel
3 000 inexploité.
monde (figure 2.3) - environ la
moitié de celui de l’Amérique 2 000
latine, de l’Australie et du
Canada - bien que la région 1 000
ait une superficie trois fois
supérieure à celle du Canada 0
1997

1999

2001

2003

2005

2007

2009

2011

2013

2015

2017

2019

2021
et de l’Australie. En 2021, sur
une base annuelle, le budget Amérique latine Canada Australie Reste du monde
d’exploration du Canada a États-Unis Afrique Pacifique
augmenté de 62 %, suivi par Source : S&P Global Market Intelligence 2022.
l’Australie (39 %), les États-Unis
(37 %) et l’Amérique latine
(29 %). Le budget d’exploration en Afrique n’a augmenté que de 12 %, et la grande majorité de
l’exploration reste concentrée sur l’or, plutôt que sur les métaux verts qui sont essentiels pour la
transition vers une énergie propre (Baskaran 2022). Pourtant, le continent africain recèle une grande
partie des ressources minérales mondiales, notamment des éléments précieux du groupe platine (59 %
des ressources mondiales totales) et des diamants (48 %) ; le continent occupe une position dominante
dans les métaux ferro-alliés tels que le cobalt (75 %), le manganèse (68 %) et le graphite (59 %) ; et
des ressources en lithium non exploitées (Guj et coll., à paraître). Il existe d’importantes possibilités
d’améliorer la connaissance de la géologie des économies africaines, et la coopération internationale
peut contribuer à soutenir ces investissements.

A F R I C A’ S P U L S E > 59
Matières premières nécessaires à la transition vers les énergies propres
L’Afrique subsaharienne dispose abondamment de ressources essentielles à la transition vers les énergies
propres. Le passage des combustibles fossiles aux énergies propres pourrait créer une demande de
3 milliards de tonnes de minéraux et de métaux nécessaires au déploiement de l’énergie solaire, éolienne
et géothermique d’ici à 2050 (Banque mondiale 2020). La transition vers des énergies à faible émission de
carbone augmentera la demande de nombreuses ressources que l’on trouve en abondance dans la région.
L’Afrique abrite la quasi-totalité des ressources essentielles à toute une série de technologies énergétiques
propres. Elle possède des parts particulièrement importantes de cobalt, de manganèse et de platine.
Comme le montre la figure 2.4, de nouvelles découvertes ont considérablement augmenté les réserves de
cobalt et de manganèse de l’Afrique. Le continent possède également plus de 75 % des réserves mondiales
de platine et de chrome. L’Afrique exporte la quasi-totalité du cobalt mondial (figure 2.5), qui est la seule
matière première utilisée pour toutes les formes d’énergie présentées dans le tableau 2.1.
TABLEAU 2.1: Minéraux et métaux nécessaires à diverses technologies d’énergie propre

Captage et
Solaire Énergie solaire Stockage de
Éolienne photovoltaïque concentrée Hydroélectricité Géothermique Nucléaire Gaz stockage du
l'énergie carbone
Cobalt
Cuivre brut
Aluminium brut
Minerai de
chrome
Graphite
Manganèse
Nickel brut
Minerai de zinc
Minerai de titane
Lithium
Source : Banque mondiale 2017.
Remarque : Les cellules vertes indiquent le rôle important de ces minéraux et métaux dans chaque technologie à faible émission de carbone

La ZLECAf est un moyen


De nouvelles FIGURE 2.4 : Estimations de certaines réserves de métaux et
découvertes et de minerais en Afrique subsaharienne, 2014-2022
essentiel de créer des chaînes
la poursuite de de valeur des énergies propres à
l’exploration 140 2,7 mrd tonnes l’échelle régionale. Elle regroupe
permettent
d’accroître les 54 pays africains représentant
130
Réserves indexées (2014=100)

réserves connues 15,6 mio tonnes une population totale de plus


de métaux et d’un milliard de personnes et
de minéraux 120
essentiels. un produit intérieur brut (PIB)
combiné de plus de 3 400
110
230 mio tonnes milliards de dollars (Banque
mondiale 2020). La ZLECAf
100
offre une opportunité sans
précédent de développer la
90
2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021 2022 chaîne de valeur de la mine
Cobalt Cuivre Manganèse au marché à l’intérieur du
Source : Banque mondiale, 2023. continent. L’ensemble de
Remarque : Les estimations des réserves ne tiennent pas compte de l’épuisement des réserves
la chaîne de valeur, allant

60 > A F R I C A’ S P U L S E
de la fabrication d’intrants
FIGURE 2.5 : Part de l’Afrique subsaharienne dans le commerce du cobalt La part de l’Afrique
intermédiaires tels que les
dans l’offre
machines (liens en amont) à 1,4 100 mondiale de

% du commerce mondial total de cobal


l’extraction proprement dite

% du commerce total de cobalt en ASS


90 cobalt a augmenté
1,2 au cours de ces
des minéraux passant par 80
1,0 70 dernières années.
la phase de transformation
(liens en aval), peut rarement ,8 60
50
être assuré par un seul pays ,6 40
en raison de contraintes de 30
,4
compétences, d’infrastructures 20
et de capitaux. Bien que de ,2 10
nombreux pays aient accordé la 0 0
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012
2013
2014
2015
2016
2017
2018
priorité à l’enrichissement local,
peu d’entre eux ont la capacité Minerais de cobalt (éch. de gauche) Minerais de cobalt (éch. de droite)
de l’entreprendre au niveau Cobalt métal (éch. de gauche) Cobalt métal (éch. de droite)
national. En outre, les marchés Source : Banque mondiale, 2023.
régionaux permettraient de
mieux tirer parti des avantages
comparatifs régionaux et des économies d’échelle propres aux grands marchés. Si elle est mise en œuvre
de manière efficace, la ZLECAf permettra à divers pays du continent de se spécialiser dans une partie
précise de la chaîne de valeur et de transporter les parties de cette dernière entre les pays participants
sans droits de douane. Ceci permettra à l’ensemble de la chaîne de valeur de s’unir de manière
compétitive en Afrique.

Compte tenu des ressources dont dispose la région, de nombreuses technologies liées aux énergies
renouvelables pourraient être produites en partie ou en totalité en Afrique, si l’on tire parti de la ZLECAf.
L’encadré 2.1 décrit comment les récentes réformes minières en Zambie se traduisent déjà par une
amélioration des investissements et des revenus. Cet exemple souligne à la fois l’importance d’améliorer
la gouvernance pour renforcer la réactivité potentielle de l’offre des pays africains producteurs de
minerais afin de tirer parti de la transition vers une économie sobre en carbone, mais aussi la marge de
manœuvre dont disposent les gouvernements pour changer les résultats, lorsqu’il existe une volonté
politique en ce sens. Toutefois, la Zambie a également adopté une approche régionale en concluant un
protocole d’accord sur les minerais nécessaires à la production de batteries et les chaînes de valeur avec
la RDC et les États-Unis. Ce protocole pourrait débloquer une valeur encore plus grande s’il est mis en
œuvre, en combinant les opportunités disponibles à la fois pour la Zambie et la RDC, tout en tirant parti
du capital et de la technologie de pays tels que les États-Unis.

Le succès peut dépendre de facteurs supplémentaires, notamment les coûts de financement, la base
de compétences pour les industries de haute technologie et la capacité à puiser dans les compétences
régionales que la Zambie et la République démocratique du Congo ne possèdent peut-être pas.

A F R I C A’ S P U L S E > 61
ENCADRÉ 2.1 : L’élection du nouveau gouvernement en 2021 a entraîné une série de réformes dans le secteur minier
Les réformes zambien qui ont commencé à porter leurs fruits en attirant des investissements étrangers et en augmentant
minières
la production. Les recettes publiques générées par l’exploitation minière sont également en hausse.
en Zambie
ont permis
d’améliorer les
· Le gouvernement a revu le cadre fiscal de l’exploitation minière afin de mettre en place un
investissements environnement stable et compétitif pour la politique minière, dans le but d’augmenter les
et les revenus investissements et la production (Fitch 2021). Les réformes précédentes avaient entraîné un
changement du régime des redevances tous les deux ans pendant près de vingt ans.
· Le gouvernement s’est engagé à augmenter la production de cuivre de la Zambie au cours de la
prochaine décennie pour la faire passer de 800 000 à 3 millions de tonnes par an.
· Dans les deux mois qui ont suivi son entrée en fonction, la nouvelle administration a mis fin à la double
imposition en rendant les redevances minières déductibles de l’impôt.
· Le régime fiscal a été adapté et les redevances ont été ramenées à des niveaux plus compétitifs.
· Le pays a connu une évolution marquée vers la coopération régionale en signant un protocole d’accord
avec la République démocratique du Congo et les États-Unis en vue de l’exploitation des ressources
présentes dans les deux pays africains pour fabriquer des batteries électriques.

En peu de temps, la Zambie a commencé à inverser la tendance à la baisse des investissements dans le
secteur minier. First Quantum Minerals a annoncé un investissement de 1,3 milliard de dollars US pour
construire une mine de nickel et augmenter la production de cuivre en Zambie (Business Day 2022).
Anglo American est revenu en Zambie après deux décennies, avec une coentreprise de 70 % avec Arc
Minerals, qui aura le droit d’explorer la province du Nord-Ouest de la Zambie, riche en cuivre (Reid 2022).
Barrick Gold a intensifié ses activités d’exploration, son PDG Mark Bristow ayant noté que le nouveau
régime fiscal des redevances minières, entré en vigueur cette année, permettra à l’entreprise de dégager
des flux de liquidités supplémentaires. Ces liquidités supplémentaires pourraient permettre d’agrandir la
mine de cuivre zambienne de Lumwana, prolongeant ainsi sa durée de vie de 2042 à 2060 (Reuters 2022).

Ces réformes commencent à inverser la tendance des politiques précédentes qui semblaient dissuader
les investissements. Selon la Chambre des mines, les entreprises ont retenu plus de 650 millions de dollars
d’investissements en 2019 (Warwick 2019). Vedanta avait déjà fermé sa fonderie de Nchanga, invoquant
sa non-rentabilité en raison des droits d’importation de 5 % imposés auparavant. Glencore a fermé son
exploitation de Mopani et l’a vendue pour un dollar en espèces. Les mines telles que Mopani restent
confrontées à des défis, et le bilan est encore mitigé malgré de premiers succès.

Depuis, le pays a vu ses recettes publiques augmenter, y compris celles provenant du secteur minier. Les
réformes fiscales, l’augmentation des investissements miniers et la bonne tenue des cours mondiaux du
cuivre ont dopé les recettes publiques et les recettes d’exportation de la Zambie. L’exploitation minière
continue d’être un point d’ancrage pour le Trésor et les comptes extérieurs, contribuant à plus de 40 % de
l’ensemble des recettes publiques en 2022.

Enseignements relatifs aux efforts de la Zambie pour opérer un redressement


L’intégration régionale est désormais encouragée plutôt que des politiques définies au niveau national.
Après la signature de l’accord de coopération avec la République démocratique du Congo, le gouverneur
de la Banque de Zambie, Denny Kalyalya, a souligné que l’accord permettrait d’augmenter les entrées de
devises étrangères à long terme. Le pays pourrait ainsi payer le service de sa dette et financer ses objectifs
de développement essentiels.

62 > A F R I C A’ S P U L S E
· Les révisions régulières des politiques fiscales ont découragé les investissements en créant de ENCADRÉ 2.1
l’incertitude dans l’environnement d’investissement. La Zambie a adopté une série de mesures visant à Suite

attirer de nouveau l’investissement et la valeur ajoutée dans le pays. Il s’agit notamment d’instruments
fiscaux (élimination de la double imposition et réduction des taux de redevance), d’accords de
coopération régionale visant à encourager les investissements tout au long de la chaîne de valeur, et
d’un climat désormais plus favorable aux investissements étrangers.
· Le gouvernement a amélioré l’environnement favorable — et le secteur privé a réagi positivement.
Lors du Sommet des dirigeants États-Unis-Afrique, la République démocratique du Congo, la
Zambie et les États-Unis ont signé un protocole d’accord sur les chaînes de valeur des batteries
de véhicules électriques, en mettant l’accent sur la fourniture par le secteur privé américain d’une
expertise technique et d’un financement pour construire une chaîne de valeur allant de la mine à la
chaîne d’assemblage en République démocratique du Congo et en Zambie. Peu après, une société
d’exploration californienne, KoBold Metals, qui utilise l’intelligence artificielle et l’apprentissage
automatique pour identifier les gisements de métaux nécessaires à la fabrication de batteries, a annoncé
un investissement de 150 millions de dollars pour construire une mine de cuivre en Zambie. L’entreprise
utilisera des outils d’intelligence artificielle pour traiter les données de forage et optimiser l’exploration
du cuivre et du cobalt à la mine de Mingomba, qui présente le potentiel d’être une mine de cuivre de
premier plan.
Il reste encore beaucoup à faire, mais les premiers signes sont positifs. Ce constat souligne la possibilité
qu’ont les gouvernements africains de saisir l’opportunité que représentent les minéraux, en particulier
lorsqu’il existe une volonté politique de réforme et un appétit pour la collaboration régionale.

Le récent accord signé entre la Zambie, la République démocratique du Congo et les États-Unis
pour la création d’une chaîne de valeur régionale pour la fabrication de batteries électriques à
partir des minerais présents dans les deux pays africains constitue un nouvel exemple passionnant
de collaboration régionale. Cet accord marque également une rupture potentielle par rapport aux
approches de valorisation du secteur minier précédemment orientées vers l’échelon national. La
République démocratique du Congo produit plus de 70 % du cobalt mondial et la Zambie est l’un
des plus grands producteurs de cuivre au monde. En construisant une chaîne de valeur régionale, les
deux pays renforcent leur valeur ajoutée et peuvent soutenir une transition énergétique juste pour les
travailleurs et les communautés (voir également l’encadré 2.2 sur le plan d’investissement de l’Afrique
du Sud pour une transition énergétique juste.) Les deux pays africains ont établi un partenariat avec les
États-Unis pour tirer parti de l’expertise technique, du financement et du développement commercial
de ce pays (Burger 2023). Parmi les autres pays riches en ressources, davantage de chaînes de valeur
régionales et continentales peuvent être développées pour les technologies énergétiques propres
qui peuvent être déployées au niveau national et exportées. Malheureusement, une série de barrières
tarifaires, non tarifaires et politiques continuent d’entraver le développement des chaînes de valeur
régionales de l’Afrique, telles que les restrictions manifestes à l’exportation, y compris vers les pays
voisins, qui vont directement à l’encontre de l’esprit de la ZLECAf (carte 2.2).

A F R I C A’ S P U L S E > 63
Les restrictions CARTE 2.2 : Restrictions à l’exportation de minéraux et de métaux bruts en Afrique subsaharienne, 2020
à l’exportation
de métaux et de
minéraux imposées
par les pays
peuvent entraver le
développement des
chaînes de valeur
continentales et
régionales.

Interdiction d’exportation
Contingent d’exportation
Taxe à l’exportation
Licence non automatique
Aucune restriction
Non recherché

Source : D’après la base de données sur les échanges de matières premières, OCDE 2020.
Note : Le code couleur indique la sévérité de la restriction et non le nombre de restrictions. Les pays en gris n’ont pas de données.

Combustibles fossiles
Les exportateurs de combustibles fossiles font face à l’essentiel de l’incertitude, en raison de l’évolution
des politiques, du comportement des consommateurs et des tendances technologiques. Tout
comme la préoccupation du secteur privé au sujet des « actifs irrécupérables », les pays pourraient
se retrouver avec des réserves de combustibles fossiles non exploitées, ce qui créerait le risque de
« nations échouées » (Cust, Manley et Cecchinato 2017) (figure 2.6). Le premier défi est que la richesse
en hydrocarbures pourrait perdre de sa valeur au fur et à mesure que le monde se décarbonise, ce qui
mettrait à rude épreuve les finances des pays riches en hydrocarbures (Malova et van der Ploeg 2017).
Cette baisse potentielle de la valeur rend un certain nombre de pays très vulnérables, en particulier au
Moyen-Orient et en Afrique du Nord, mais aussi dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne. En
outre, les pays africains riches en hydrocarbures ne peuvent pas facilement monétiser cette richesse.
Les pays riches en hydrocarbures détiennent une grande partie de leurs richesses sous la forme de

64 > A F R I C A’ S P U L S E
combustibles fossiles, mais pour
FIGURE 2.6 : Réserves estimées de pétrole et de gaz en Afrique subsaharienne Les réserves de
bénéficier aux populations,
pétrole de la région
ces richesses doivent 70 400 ont augmenté après
être extraites et vendues. deux décennies
60 350

Gaz naturel (en millions de térajoules)


Cependant, l’extraction de découvertes
300 majeures.
des ressources du sol est

Barils de pétrole (milliards)


50
coûteuse. Ces pays pourraient 250
40
se trouver confrontés à une 200
course pour sortir du marché 30
150
des combustibles fossiles
20
au moment même où les 100
producteurs accélèrent 10 50
l’extraction alors que les
0 0
prix baissent.
1980
1982
1984
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
2010
2012
2014
2016
2018
Le gaz naturel peut jouer un Pétrole (éch. de gauche) Gaz naturel (éch. de droite)
rôle important pour l’Afrique Source : Banque mondiale 2023

et le reste du monde en
tant que combustible de FIGURE 2.7 : Découvertes de gaz naturel et décisions finales d’investissement Les découvertes
de gaz naturel en
transition, à mesure que Afrique ont conduit
25 15
les pays développent leurs Mozambique GNL à des décisions
capacités en matière d’énergies concernant de nou-
20 12 veaux investisse-
renouvelables. L’Afrique détient Coral South GNLF
(Mozambique) ments importants.
13 % des réserves de gaz
15 Nigéria Train 7 9
naturel connues dans le monde Hilli Episeyo GNLF

Mtpa
tmc

et 40 % des découvertes de (Cameroun)


10 6
gaz naturel entre 2010 et
GTA GNLF
2020. Il s’agit notamment de (Sénégal et Mauritanie)
5 3
découvertes au Mozambique
et en Tanzanie au début des
années 2010, en République 0 0
2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020
arabe d’Égypte en 2015, au
Le reste de l'Afrique Nigéria Sénégal et Mauritanie Afrique du Sud
Sénégal et en Mauritanie à la fin Tanzanie Mozambique Égypte DIF GNL (axe de droite)
des années 2010, et en Afrique
Les découvertes majeures de gaz dans les années 2010 ont déclenché une série
du Sud, où du gaz naturel a été
de décisions d’investissement dans des projets GNL axés sur l’exportation
découvert au large de la côte
Source : IEA 2022a.
méridionale en 2020 (figure 2.7). Remarque : tmc = trillion de mètres cubes ; Mtpa = million de tonnes par an ; GTA = Greater Tortue
Ahmeyim ; GNLF = gaz naturel liquéfié flottant ; DIF = décision finale d’investissement.
Ces découvertes ont contribué
à l’augmentation de 20 % de
la production de gaz naturel au cours des années 2010. Plus de 5 000 milliards de mètres cubes de gaz
naturel ont été découverts sur le continent, mais leur exploitation n’a pas été approuvée. Cela pourrait
permettre de produire 90 milliards de mètres cubes supplémentaires par an jusqu’en 2030, dont les deux
tiers, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), pourraient être utilisés pour les besoins nationaux,
le reste étant destiné à l’exportation. L’utilisation du gaz naturel en Afrique maintiendrait sa contribution
aux émissions de carbone à moins de 10 gigatonnes au cours des dix prochaines années et, si on l’ajoute
au niveau d’émissions existantes, elle représenterait 3,5 % des émissions totales (AIE 2022a).

A F R I C A’ S P U L S E > 65
Le gaz naturel et les
Même dans les FIGURE 2.8 : Augmentation de la capacité de production d’électricité en
énergies renouvelables
scénarios d’énergie Afrique dans le scénario pour une Afrique durable, 2011–30
durable à faible seront probablement
teneur en carbone, 300 importants pour aider les
le gaz naturel joue pays africains à atteindre
350
un rôle de transition
important dans le l’accès universel à l’énergie.
200 L’AIE (2022a) modélise un
pool énergétique de
l’Afrique. scénario pour une Afrique
150
durable (figure 2.8), dans
100
lequel tous les objectifs de
50 développement liés à l’énergie
sont atteints, y compris
0
2011–2020 2021–2030 l’accès universel aux services
Combustibles fossiles Énergies renouvelables énergétiques modernes
Source : AIE 2022a.
d’ici 2030, parallèlement à la
Remarque : L’axe des ordonnées correspond à la capacité installée (GW). mise en œuvre intégrale des
engagements climatiques
de l’Afrique. Dans ce
scénario, la demande d’électricité de l’Afrique augmente de 75 % d’ici à 2030. Le scénario contient les
considérations et les paramètres suivants :
· La production de gaz naturel continue d’augmenter à court terme, grâce à une série de découvertes
majeures dans les années 2010.
· Les énergies renouvelables, principalement l’énergie solaire photovoltaïque, représentent la majorité
des nouvelles capacités ajoutées en raison de la baisse constante des coûts due à une adoption rapide
à l’échelle mondiale. D’ici à 2030, l’énergie solaire et l’énergie éolienne représenteront ensemble 27 %
de la production d’électricité, soit huit fois plus qu’aujourd’hui.
· Une fois que les centrales actuellement en construction seront achevées, l’Afrique ne construira pas
d’autres centrales au charbon.
Selon le modèle de l’AIE, l’accès universel à l’énergie comprend un mélange de combustibles fossiles et
d’énergies renouvelables. Au cours de la prochaine décennie, la part des énergies renouvelables dans
cette combinaison augmente considérablement, mais le gaz naturel continue à jouer un rôle important
en tant que combustible de transition. Il est probable que cette tendance se retrouve dans d’autres
régions du monde, ce qui implique un rôle important à la fois pour la consommation intérieure et pour
l’exportation de gaz naturel à partir des économies africaines.

ENCADRÉ 2.2 : Lors de la Conférence des Nations unies sur le changement climatique (COP26) à Glasgow, un groupe de
Le partenariat pays riches s’est engagé à verser 8,5 milliards de dollars pour soutenir les engagements de l’Afrique du
pour une
Sud en matière de décarbonisation, tout en promouvant le développement durable et en minimisant
transition juste
en Afrique
les conséquences pour les travailleurs et les communautés. L’économie sud-africaine est presque deux
du Sud fois plus intensive en carbone que celle de la moyenne des pays du Groupe des vingt et elle est la 14e
émettrice mondiale de gaz à effet de serre.
Le charbon est un pilier de l’économie sud-africaine :
· L’Afrique du Sud est le septième producteur de charbon et le quatrième exportateur. Il s’agit d’une
source de revenus essentielle pour le pays, compte tenu de la hausse des prix du charbon (figure B2.2.1).
· Le pays tire 70 % de son énergie domestique du charbon.
· En 2019/20, les entreprises d’extraction de charbon ont versé 2,1 milliards de rands en redevances.

66 > A F R I C A’ S P U L S E
· L’emploi dans le secteur du charbon a fortement augmenté, passant de 74 025 travailleurs en 2010 à ENCADRÉ 2.2
Suite
95 193 en 2020, soit un taux de croissance de 28,6 % (d’autres matières premières économiquement
importantes, notamment l’or et les métaux du groupe platine, ont connu une réduction de l’emploi au
cours de cette période).
· Le revenu des ménages généré par l’emploi dans le secteur du charbon a plus que doublé au cours de la
dernière décennie (figure B2.2.2).
Malgré la contribution FIGURE B2.2.1 : Évolution des prix des produits de base, 2013-2021
importante du charbon à
la consommation nationale 430 790
d’énergie, la sécurité énergétique 380

Rand indexé sur l’or, (2007=100)


690
reste faible en raison de Indice Rand (2007=1000) 330
l’insuffisance des infrastructures. 590
280
En 2021, alors que le pays 490
commençait à se remettre de 230
390
la pandémie, les délestages 180
électriques ont augmenté de 290
130
38 %, soit plus de 2 400 heures. 80 190
Cela représente 1 136 heures 90
30
de coupure de courant, soit
Jan-13
May-13
Sep-13
Jan-14
May-14
Sep-14
Jan-15
May-15
Sep-15
Jan-16
May-16
Sep-16
Jan-17
May-17
Sep-17
Jan-18
May-18
Sep-18
Jan-19
May-19
Sep-19
Jan-20
May-20
Sep-20
Jan-21
May-21
trois heures par jour pendant
toute une année civile. Cela Minerai de fer Platine Charbon Or
suggère qu’en dépit de ses Source : Banque mondiale, 2022a

53,2 milliards de tonnes de


réserves de charbon, le pays
FIGURE B2.2.2 : La contribution du charbon aux revenus et à
n’est pas parvenu à fournir un l’emploi a augmenté entre 2010 et 2020
approvisionnement adéquat en
34 000 100 000
Rémunération des salariés (en milliers de rands)

énergie domestique.
32 000
Néanmoins, compte tenu de 30 000 95 000
sa situation socio-économique 28 000 90 000

Emploi (nombre)
fragile et de l’importante 26 000
contribution du charbon 24 000 85 000
à l’énergie domestique, au 22 000
développement communautaire, 80 000
20 000
à l’emploi et aux revenus des
18 000
ménages, la transition de l’Afrique 75 000
16 000
du Sud vers une économie à
14 000 70 000
faible émission de carbone est 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2021
un espace politique fortement
Salaires Emploi
contesté. En novembre 2022,
lors de la COP27, l’Afrique Source : Minerals Council South Africa, 2022

du Sud a annoncé son plan


d’investissement pour une transition énergétique juste. Les 8,5 milliards de dollars US seront utilisés pour la
mise hors service des centrales à charbon, le financement d’emplois alternatifs dans les zones d’extraction
du charbon et les investissements qui faciliteront le déploiement accéléré des énergies renouvelables et
les investissements dans de nouveaux secteurs de l’économie verte. L’Afrique du Sud est un « prototype »
qui permet de voir si ce modèle de financement et de partenariat peut soutenir efficacement les pays en
développement à forte intensité de carbone dans leur décarbonisation.
Sources : Conseil des minéraux d’Afrique du Sud (2022) ; Banque mondiale (2022a).

A F R I C A’ S P U L S E > 67
2.3 ACCÈS À L’ÉLECTRICITÉ : PERSPECTIVES ET FAITS STYLISÉS
L’accès à l’énergie est l’un des défis les plus importants auxquels l’Afrique subsaharienne est confrontée
en matière de développement. En 2022, 600 millions de personnes en Afrique, soit 43 % du continent,
n’avaient pas accès à l’électricité (figure 2.9). La grande majorité d’entre elles — 590 millions, soit
98 % — se trouve en Afrique subsaharienne. La région est donc loin d’avoir atteint le septième objectif
de développement durable des Nations unies, qui consiste à « garantir l’accès de tous à une énergie
abordable, fiable, durable et moderne » (AIE 2022a).

Le charbon, le gaz naturel et le pétrole représentaient 77 % de la production totale d’électricité en


Afrique en 2019. Les plus gros consommateurs du continent — l’Afrique du Sud, l’Égypte, l’Algérie et le
Nigéria — ont largement influencé ces tendances. L’Afrique du Sud est le plus gros consommateur de
charbon du continent et le seul producteur d’énergie nucléaire. La production d’électricité en Afrique
a augmenté d’environ 25 % au cours de la dernière décennie, en grande partie grâce à l’augmentation
du gaz naturel (IRENA
Les pays africains FIGURE 2.9 : Population n’ayant pas accès à des services énergétiques 2022). La contribution des
ont des besoins modernes en Afrique énergies renouvelables
importants et a. Personnes sans accès b. Personnes sans moyens à l’approvisionnement
croissants en à l’électricité de cuisson propres
matière d’accès
énergétique total de l’Afrique
1 000
à l’électricité et à est passée de 16 % en
d’autres services 2010 à seulement 21 % en
Millions de personnes

énergétiques 750
2020, ce qui indique que
modernes.
des investissements et des
500
innovations supplémentaires
sont nécessaires pour accélérer
250
les progrès (Figure 2.10).
0 La croissance rapide de la
2000 2005 2010 2015 2021 2000 2005 2010 2015 2021
population africaine s’est
Afrique de l'Est Afrique de l'Ouest Afrique centrale Afrique australe Afrique du Nord traduite par une demande
Source : IEA 2022a. d’énergie qui dépasse de
plus en plus l’offre. À l’heure
La contribution FIGURE 2.10 : Approvisionnement énergétique total de l’Afrique,
des énergies par source, 2010-2020 actuelle, l’Afrique représente
renouvelables à
7 25
18 % de la population
l’approvisionnement mondiale, mais moins de 6 %
énergétique de 6
l’Afrique a augmenté de la consommation mondiale
20
au cours de la 5 d’énergie (AIE 2022a). En 2018,
dernière décennie. 13 pays d’Afrique subsaharienne
15
Pourcentage

4 avaient un taux d’accès inférieur


105 GW

3 à 25 %, contre un seul pays


10
d’Asie en développement
2
(OCDE 2018). Ces défis
5
1 s’ajoutent au taux de croissance
démographique de l’Afrique
0 0
2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 subsaharienne – la région
connaît une croissance de 2,7 %
Total des énergies non renouvelables Total des énergies renouvelables
par an –, soit plus du double de
Part des énergies renouvelables (%)
l’Asie du Sud (1,2 %) et le triple
Source : IEA 2022a.
de l’Amérique latine (0,9 %)

68 > A F R I C A’ S P U L S E
(The Economist 2020). À long terme, il est nécessaire de développer et d’augmenter les sources d’énergie
diversifiées pour suivre le rythme de la croissance démographique. D’ici 2050, la population de l’Afrique
subsaharienne devrait atteindre 2,5 milliards d’habitants, soit un quart de la population mondiale. D’ici
2100, la population de l’Afrique subsaharienne devrait atteindre 4,3 milliards d’habitants. Actuellement,
près de la moitié des Africains qui n’ont pas accès à l’électricité vivent dans une poignée de pays : la
République démocratique du Congo, l’Éthiopie, le Nigéria, la Tanzanie et l’Ouganda. Quatre de ces pays
comptent parmi ceux qui connaissent la croissance la plus rapide au monde. D’ici 2100, la population
de la Tanzanie devrait augmenter de 378 %, celle de la République démocratique du Congo de 304 % et
celle de l’Éthiopie de 156 %. Le Nigéria, qui est déjà le pays le plus peuplé du continent, dépassera les
États-Unis pour devenir le troisième pays le plus peuplé du monde (Gramlich 2019). D’autres pays sont
en bonne voie pour atteindre un accès total à l’énergie d’ici 2030, notamment le Ghana, le Rwanda et le
Kenya (AIE 2022a) – voir la figure 2.11.

FIGURE 2.11 : Accès à l’électricité et impacts liés à la pandémie dans certains pays africains Les pays ont
progressé dans la
Taux d'accès à l'électricité Population supplémentaire sans accès réduction des écarts
2015 2021e 2019 – 2021e (millions de personnes) d’accès à l’énergie ;
cependant, des
millions de
Rép. Dém. du Congo personnes ne
bénéficient pas
Ouganda
de services énergé-
Tanzanie tiques modernes.
Soudan
Niger
Angola
Burkina Faso
Madagascar
Malawi
Zambie
Tchad
Éthiopie
Somalie
Ghana
Côte d'Ivoire
Mali
Libéria
Togo
Mozambique
Sénégal
Érythrée
Gambie
Rwanda
Nigéria
Kenya

25% 50% 75% 100% 1 2 3 4 5


Source : IEA 2022a.

A F R I C A’ S P U L S E > 69
La pandémie de COVID-19 a eu un effet négatif important sur l’accès à l’électricité. La pandémie a érodé
les progrès réalisés au cours des cinq années précédentes – le nombre de personnes n’ayant pas accès
à l’électricité a augmenté de 4 % en 2021, par rapport à 2019. Cette situation est le résultat de difficultés
cumulées, notamment (1) la capacité fiscale et financière limitée des gouvernements et des ménages
à développer de nouvelles connexions au réseau et hors réseau, et (2) les blocages entraînant des
perturbations de la chaîne d’approvisionnement et d’autres perturbations logistiques. Dans plusieurs
pays, le nombre de personnes n’ayant pas accès à l’électricité a augmenté rapidement entre 2020 et
2021, malgré les progrès réalisés avant la pandémie. Au Ghana, au Kenya, au Rwanda, au Sénégal et en
Côte d’Ivoire, les chiffres sont restés stables ou ont diminué. La pandémie a eu l’effet le plus important
sur l’installation de nouveaux systèmes autonomes hors réseau, puisque la majorité des nouveaux
raccordements depuis 2020 ont été des raccordements au réseau. Les ventes de systèmes solaires
domestiques indépendants, y compris les panneaux solaires et les batteries d’une capacité d’au moins
20 watts, ont diminué d’environ 20 % en Afrique subsaharienne entre 2019 et 2021 (AMEHR 2021).

La crise aggravée par l’inflation et la COVID-19 a encore affaibli la capacité des ménages à payer
l’électricité. L’AIE a estimé qu’au début de 2022, 10 millions de personnes en Afrique subsaharienne
ayant accédé à l’électricité n’auraient plus les moyens de la payer. Certains gouvernements ont affecté
des ressources budgétaires à l’amélioration de l’accès à l’énergie. Cela se limite généralement aux
réseaux nationaux, bien que les systèmes hors réseau soient un élément essentiel des plans d’action
énergétiques dans les deux tiers des pays de la région. Il existe quelques exceptions. Par exemple,
le plan de viabilité économique 2020 du Nigéria a alloué 620 millions de dollars à l’installation
de panneaux solaires dans 5 millions de foyers. De même, le gouvernement rwandais a réservé
30 millions de dollars pour subventionner l’électrification rurale à l’aide de la technologie solaire
(AIE 2022a). Malheureusement, le prix de la technologie a considérablement augmenté en raison
de la pandémie, car les prix des matières premières ont accru et les perturbations logistiques ont
été omniprésentes. En mai 2022, le prix du polysilicium, nécessaire à la fabrication des plaquettes
photovoltaïques, était 350 % plus élevé qu’en 2019. Parallèlement, les prix d’autres technologies
énergétiques propres ont également augmenté (AMEHR 2021).

L’inégalité entre les pays se creuse sur le front des énergies renouvelables. En 2018, la moitié des
investissements dans l’énergie solaire ont été réalisés au Maroc, 62 % des investissements dans
l’énergie éolienne ont été réalisés en Afrique du Sud et les investissements dans l’énergie solaire
thermique ont été concentrés au Maroc et en Afrique du Sud (IRENA 2022). Dans l’ensemble, quatre
pays ont représenté 75 % des investissements dans les énergies renouvelables entre 2010 et 2020 :
l’Afrique du Sud, le Maroc, le Kenya et l’Égypte. Au niveau régional, l’Afrique australe a reçu la plus
grande part des investissements, mais ceux-ci étaient essentiellement concentrés en Afrique du Sud.
Vient ensuite l’Afrique du Nord, principalement au Maroc, puis l’Afrique de l’Est, dont plus de la moitié
est allée au Kenya, l’Afrique de l’Ouest, dont la majorité est répartie de manière assez égale entre le
Nigéria, le Sénégal, la Mauritanie, le Ghana, la Sierra Leone et le Burkina Faso, et l’Afrique centrale, qui a
reçu le plus faible niveau d’investissements dans les énergies renouvelables (figure 2.12).

À l’heure actuelle, la majorité des investissements dans les énergies renouvelables proviennent du
secteur public, ce qui contraste fortement avec les tendances mondiales. Au niveau mondial, seuls
14 % des investissements directs dans les énergies renouvelables sont financés par des fonds publics.
Le financement public joue un rôle plus important sur le continent africain : entre 2010 et 2020, 78 %
du financement des énergies renouvelables provenaient de prêts à terme, 20 % de financements de
bilan et 2 % d’obligations, de prêts au développement, de prêts à la construction, d’impôts et d’actions
syndiquées. Le recours au financement public résulte généralement de l’incapacité des pays à attirer

70 > A F R I C A’ S P U L S E
des capitaux privés en raison des risques politiques, économiques et juridiques qu’ils perçoivent. Pour
compenser cela, les gouvernements peuvent attirer des capitaux privés grâce à des incitations fiscales,
des garanties et des instruments réglementaires, ou en améliorant la gouvernance ainsi que la clarté et la
stabilité globales de l’environnement d’investissement. Les garanties sont devenues un outil efficace, car
elles peuvent aider à gérer les risques (IRENA 2022).

FIGURE 2.12 : Investissement global dans les énergies renouvelables en Afrique et dans le monde, 2000-2020 Les investissements
dans les énergies
Milliards d'USD, 2020 renouvelables
2000-2009 2010-2020 Cumul 2000-2020 ont augmenté
de manière

MONDIAL 587 2 254 2 841 significative dans


toutes les régions
milliards USD milliards USD milliards USD
du continent.

AFRICA 4,8 0,8%


55 2,4%
de l'investissement
60 2%
de l'investissement
milliards USD de l'investissement milliards USD milliards USD
mondial mondial mondial

Afrique du Nord 1,9 milliards USD 17,5 milliards USD Afrique australe Afrique du Nord
38% 32%
Afrique de l'Ouest 0,5 milliards USD 3,9 milliards USD
Afrique de l'Est 2,0 milliards USD 9,7 milliards USD 60 Afrique
USD milliards
Afrique centrale 0 1,3 milliards USD de l'Ouest
7%
2% 20%
Afrique australe 0,3 milliards USD 22,4 milliards USD Afrique centrale Afrique de l'Est
Sources : BNEF 2021 ; IRENA 2022.
Remarque : les données du BNEF excluent les investissements dans les grandes centrales hydroélectriques (plus de 50 mégawatts).

CARTE 2.3 : Potentiel et capacité installée pour l’énergie éolienne, solaire et hydroélectrique

a. Éolienne b. Solaire c. Hydroélectrique

Capacité (GW) Capacité (GW) Capacité (GW)


Installée Potentielle Installée Potentielle Installée Potentielle
0–0.1 0–10 0–0.1 0–1 0–0.1 0–1
0.1–1.0 10–20 0.01–1.0 1–10 0.1–1 1–10
1.0–2.0 20-30 0.1–1.0 10-100 1–3 10-100
>2.0 >30 >1.0 >100 >3 >100

Source : IRENA 2022.


Note : GW = gigawatts.

A F R I C A’ S P U L S E > 71
2.4 DISCUSSION SUR LES POLITIQUES
Les ressources naturelles de l’Afrique ont trois rôles essentiels à jouer à l’avenir : (1) une source de recettes
fiscales, pour financer les principaux objectifs de développement sans augmenter la dette extérieure ; (2)
une occasion de stimuler la transformation économique par l’intégration régionale et la valeur ajoutée ;
et (3) la fourniture de sources d’énergie supplémentaires et l’investissement pour promouvoir l’accès
universel à l’électricité.
· Les revenus tirés des ressources naturelles constitueront une source essentielle de revenus fiscaux alors que
le continent est aux prises avec des niveaux d’endettement élevés. Sur les 38 pays d’Afrique subsaharienne
couverts par les analyses de viabilité de la dette menées dans le cadre conjoint de la Banque mondiale
et du Fonds monétaire international sur la viabilité de la dette des pays à faible revenu, 9 pays sont
en situation de surendettement, 28 présentent un risque élevé et 7 présentent un risque faible de
surendettement. La richesse en ressources naturelles de l’Afrique reste un élément important de son
redressement économique, compte tenu de ses vastes réserves et de son potentiel d’investissement
inexploité. Environ un tiers du stock de richesse de l’Afrique subsaharienne est détenu sous diverses
formes de capital naturel, y compris les gisements de pétrole et de minéraux non renouvelables, qui
ont atteint plus de 5 000 milliards de dollars américains pendant les années de prospérité (Banque
mondiale 2021a).
· La ZLECAf offre une opportunité sans précédent de développer la chaîne de valeur de la mine au marché sur le
continent. La ZLECAf libère le potentiel de promotion de la valorisation des minéraux sur le continent, ce
qui augmente la productivité sectorielle et la valeur globale des exportations. La chaîne de valeur – de la
fabrication d’intrants intermédiaires tels que les machines (liens en amont) à l’extraction proprement dite
des minéraux, en passant par la phase de traitement (liens en aval) – peut rarement être réalisée par un
seul pays en raison de contraintes liées aux compétences, à l’infrastructure et au capital, entre autres. Bien
que de nombreux pays aient donné la priorité à l’enrichissement local, peu d’entre eux ont la capacité de
l’entreprendre entièrement au niveau national. Si elle est mise en œuvre de manière efficace, la ZLECAf
permettra à différents pays de se spécialiser dans des parties sélectionnées de la chaîne de valeur et de les
transférer sans droits de douane entre les pays participants, ce qui permettra à l’ensemble de la chaîne de
valeur de se regrouper de manière compétitive au sein de l’Afrique.
· La bonne gouvernance est un facteur déterminant de résultats économiques positifs provenant de la
richesse en ressources. Les décideurs politiques doivent par conséquent garantir de hauts niveaux dans
l’exercice par le gouvernement de ses responsabilités et dans le contrôle par le public de la taxation des
ressources et des investissements dans ces dernières de façon à maximiser l’impact de ces ressources
sur le développement. Des mesures telles que la divulgation des contrats, l’adhésion à l’Initiative pour la
transparence dans les industries extractives ainsi que la protection et l’élargissement de l’espace civique
peuvent contribuer à une meilleure gouvernance des ressources.
· Les pays africains peuvent tirer parti de leurs ressources pour combiner le gaz et les énergies renouvelables afin de
répondre aux besoins domestiques de la région. Le gaz naturel et les énergies renouvelables peuvent aller de
pair, en particulier si le gaz est à la fois un combustible de transition et une source de revenus d’exportation.
L’Afrique dispose d’un important potentiel en matière d’énergies renouvelables, mais il est essentiel d’attirer
les investissements (figure 2.13). L’Agence internationale pour les énergies renouvelables estime que l’Afrique
pourrait disposer d’une capacité de 310 gigawatts d’énergies renouvelables d’ici 2030. Cela s’explique
en partie par le fort potentiel de la région en matière d’énergies propres : elle dispose de 10 térawatts de
capacité solaire, de 350 gigawatts de capacité hydroélectrique, de 110 gigawatts de capacité éolienne et de
15 gigawatts de capacité géothermique (carte 2.3) (BAD 2018). Les pays africains sont également riches en
minéraux et métaux « verts » nécessaires à la construction de ces technologies énergétiques propres.

72 > A F R I C A’ S P U L S E
2.5 RECOMMANDATIONS POLITIQUES
Tirer meilleur parti des ressources naturelles pour améliorer les recettes
fiscales et la croissance économique
Recommandation 1 : optimiser la valeur tirée à la fois des combustibles fossiles et de l’extraction
minière tout en s’attaquant aux externalités négatives, sociales et environnementales.
Les potentielles ressources encore inexploitées en Afrique offrent aux décideurs politiques d’importantes
et nouvelles opportunités. En s’appuyant sur une approche claire, cohérente et stable, ils peuvent
promouvoir des politiques sectorielles et de nouveaux investissements qui permettront de capturer tout
le potentiel de croissance des nouvelles découvertes et explorations.

Premièrement, les gouvernements devraient chercher à saisir toute la valeur des rentes tirées des ressources
en proposant des conditions fiscales attirantes pour les investisseurs et résistantes aux mutations. La
Banque mondiale évalue la valeur de ces rentes à 2,6 fois le niveau des recettes publiques actuellement
perçues en Afrique riche en ressources. Cela implique que non seulement les citoyens ne bénéficient pas
d’importantes recettes inexploitées et cohérentes avec les mêmes niveaux d’investissement, mais également
que d’importantes subventions sont accordées à la production. Cette situation n’est pas satisfaisante pour les
deux pays et, dans le cas des subventions données à l’extraction pétrolière, pour le climat. La captation de la
pleine valeur de l’extraction des combustibles fossiles permettra de se rapprocher du véritable coût social de
l’extraction pétrolière, contribuant ainsi à réduire les émissions mondiales.

Une meilleure taxation des industries extractives offre un « double dividende », à la fois pour les
personnes et pour la planète. Beaucoup plus pourrait donc être fait pour investir dans l’administration
fiscale et capter une plus grande part des rentes tirées des ressources. La communauté internationale
pourrait également apporter son soutien aux efforts des gouvernements de la région pour atténuer le
changement climatique et améliorer les résultats en matière de développement. Mais cela nécessite une
nouvelle approche du partenariat qui permettrait aux pays producteurs de tirer la valeur maximum du
secteur pétrolier. À moins de fixer la tarification du carbone à la tête de puits, la réduction des subventions
implicites à la production peut être un pilier important d’une stratégie d’atténuation à long terme.

Les gouvernements peuvent atteindre un niveau plus élevé de captation des rentes en améliorant
l’environnement de gouvernance et le régime fiscal, améliorations qui permettront de réduire
l’incertitude et les risques d’exploitation perçus. De plus, les investissements dans l’administration fiscale
et les capacités associées, telles que la négociation de contrats, peuvent être rentabilisés grâce à une
augmentation des recettes. La communauté internationale peut jouer un rôle précieux en aidant les pays
à tirer le meilleur parti de leurs ressources.

Deuxièmement, les gouvernements devraient rechercher des arrangements fiscaux clairs, cohérents
et résistants face aux mutations. Par exemple, 72 % des entreprises minières interrogées par le Fraser
Institute ont déclaré en 2020 que les incertitudes liées à l’administration, l’interprétation et l’application
des réglementations existantes étaient plus ou moins dissuasives ou étaient une raison pour laquelle
elles ne chercheraient pas à investir en Afrique du Sud (Yunis et Aliakbari, 2020).

Dans la pratique, une combinaison de redevances et d’impôts sur les bénéfices, ou d’instruments
non fiscaux équivalents, peut être utilisée pour assurer une récupération maximum et efficace des
rentes au bénéfice des gouvernements et de leurs citoyens. Les pays doivent éviter et minimiser les
incitations fiscales et concevoir, en évitant une complexité inutile, des dispositions fiscales qui pourront
être administrées et contrôlées de façon réaliste. Rendre les dispositions budgétaires résistantes aux

A F R I C A’ S P U L S E > 73
mutations réduit également le besoin de les réviser fréquemment sous pression en réponse à des
facteurs externes tels que les cycles des prix. Compte tenu de l’horizon temporel de leurs décisions,
les investisseurs préfèrent la stabilité budgétaire, en particulier s’il s’agit de développer de nouvelles
découvertes dont la région détient une part disproportionnée.

La Zambie est l’exemple à la fois de l’échec de politiques incohérentes et d’un début de redressement
réussi. En 2018, la Zambie relevait son taux de redevances pour la 10ème fois en 16 ans, retenait le
remboursement de la TVA, imposait une double taxation car les redevances minières n’étaient plus
déductibles des impôts et adoptait une approche nationale en instaurant un droit d’importation de 5 %
sur les concentrés de cuivre. L’incertitude de la politique budgétaire peut avoir un impact négatif sur le
secteur minier : la production a alors chuté malgré des prix élevés et les investissements ont cessé. Dès
son élection en 2021, le nouveau gouvernement a cherché à restaurer la crédibilité et à instaurer des
politiques plus stables. L’impact a été la reprise des investissements, une hausse de la production de
cuivre et des recettes abondantes alors que les conditions des prix mondiaux s’amélioraient.

Troisièmement, les gouvernements devraient développer des politiques qui aident à garantir que
les entreprises intègrent leurs coûts sociaux et ceux de la durabilité liés à l’exploration minière et
à la fermeture de puits. Des externalités négatives substantielles peuvent résulter de l’extraction
des ressources, en particulier la pollution, les conséquences sur la santé des travailleurs et des
communautés, les dommages causés aux infrastructures et les dommages irréversibles causés aux
sols. Ces coûts devraient être intégrés via une taxation extérieure et donc pris en compte dans les
décisions d’investissement des entreprises. Ces coûts devraient être également pris en compte lors de
la conception du régime fiscal afin d’assurer la clareté et la stabilité des politiques. Les gouvernements
devraient envisager d’inscrire dans leur législation des normes environnementales et sociales robustes
afin d’aider à renforcer la stabilité politique plutôt que de négocier séparément ces dispositions.

Recommandation 2 : gérer les cycles d’expansion et de récession


L’expérience des différentes économies au cours des derniers cycles d’expansion et de récession
du prix des produits de base en Afrique peut fournir des informations pertinentes aux décideurs
politiques d’aujourd’hui. La hausse du prix des matières premières place une fois de plus la richesse en
ressources de l’Afrique au centre des décisions économiques, et la façon dont ces décisions sont prises
déterminera les résultats pour une génération d’Africains. Ci-après quelques suggestions basées sur
ces enseignements.

Attention à la « malédiction des pré-ressources », tout comme de la malédiction des ressources. Les
pays doivent être attentifs aux politiques qui sont compatibles avec la gestion des attentes tout en
assurant la viabilité budgétaire. Éviter la malédiction des pré-ressources, c’est-à-dire une situation où
les pays peuvent se retrouver en surendettement ou faire face à une faible croissance avant même que
la production de ressources ne commence, signifie tempérer les attentes des citoyens et la pression
correspondante exigeant d’emprunter et de dépenser avant de percevoir les recettes d’une production
de ressources. Les découvertes ont montré qu’elles libéraient des forces puissantes qui pouvaient
façonner les politiques, mais aussi exposer les pays qui n’étaient pas préparés à une baisse des prix.
Cela est particulièrement vrai car la décarbonisation mondiale implique à l’avenir non seulement une
baisse des prix des combustibles fossiles mais aussi des variations plus fortes des prix de toutes sortes de
ressources naturelles, variations dues à l’inadéquation de l’offre et de la demande. Se tromper coûte cher,
car le surendettement et les fortes récessions dues aux ressources peuvent provoquer davantage de
retournement économique que la valeur positive de l’expansion.

74 > A F R I C A’ S P U L S E
Améliorer la viabilité de l’économie en utilisant les revenus du secteur des ressources. Pour passer d’une
épargne nette ajustée négative à une épargne positive, les gouvernements doivent investir dans le
capital humain, en particulier l’éducation et la santé, le capital produit, notamment les infrastructures
et le capital naturel, comme les forêts, les terres cultivées et le tourisme axé sur la nature. Les revenus
générés par les secteurs minier et pétrolier peuvent être utilisés pour financer ces formes de capitaux.

Déplacer les considérations politiques de l’exploitation vers la gestion des actifs. L’utilisation durable
des ressources naturelles exige que la richesse nationale globale augmente, en particulier le stock de
capital naturel, afin de préserver la prospérité des générations futures ainsi que l’environnement. Une
épargne nette ajustée positive est une étape vers cet objectif, mais l’atténuation de l’impact négatif de
l’extraction des ressources sur l’environnement et l’agriculture contribuera également à garantir que les
niveaux globaux de capital naturel ne diminuent pas mais augmentent dans les pays africains riches en
ressources. De plus, la comptabilisation des recettes provenant des actifs naturels en voie d’épuisement,
non plus en tant que flux de recettes mais comme actif, peut aider à garantir que les recettes seront
investies dans l’avenir et non affectées à la consommation récurrente. La gestion à long terme de la
richesse en ressources exige une nouvelle approche de la viabilité des finances publiques et de la
croissance économique. La comptabilité de la richesse offre aux décideurs un moyen de regarder au-
delà du PIB et de considérer le portefeuille de richesses, la diversification des actifs et le développement
durable stimulés par la richesse des ressources.

Investir dans d’autres formes de capital naturel telles que les forêts, les terres cultivées et les ressources
en eau et les protéger sont également des points importants qui doivent être pris en compte par les
pays riches en ressources. L’extraction des ressources du sous-sol peut mettre ces actifs sous pression
et les conflits où les terres et les ressources sont contestées peuvent présenter d’énormes risques. Une
bonne gouvernance, une solide gestion de l’environnement et le réinvestissement des recettes tirées des
ressources peuvent contribuer à soutenir la prospérité économique des régions rurales, principales zones
d’extraction des ressources.

Les gouvernements africains devraient également travailler avec leurs partenaires pour accroître la
diffusion des prêts garantis par des ressources afin d’optimiser l’utilisation des ressources et protéger
les pays. Il est impératif que les informations détaillées des prêts garantis par des ressources soient
rendues publiques. Plusieurs gouvernements ont commencé à prendre d’importantes mesures dans ce
sens (Maslen et Aslan 2022). La République démocratique du Congo, par exemple, a publié les contrats
adossés à des prêts garantis par des ressources et conclus entre ses sociétés minières publiques, un
consortium de sociétés chinoises et un grand négociant en matières premières. Pour encourager
davantage les avancées dans ce domaine, les pays devraient mettre en place des règles juridiques de
divulgation des contrats de prêt.

Recommandation 3 : préparer l’avenir.


En raison des pressions exercées par le syndrome hollandais, les décideurs politiques des pays riches
en ressources seraient plus efficaces en travaillant davantage à la diversification des actifs qu’à la
diversification des exportations (Cust et Rivera-Ballesteros 2021). Le rapport Changing Wealth of
Nations – 2021 (Banque mondiale, 2021a) suggère que cibler la diversification du portefeuille d’actifs et
investir dans l’expansion du capital humain et physique plutôt que de diversifier les exportations peut
être une politique efficace pour une croissance économique durable. Cette recommandation s’appuie
sur des travaux antérieurs explorant les avantages de la diversification du portefeuille (Gill et coll. 2014 ;
Peszko, van der Mensbrugghe et Golub 2020).

A F R I C A’ S P U L S E > 75
Diversifier les actifs est une stratégie que les pays dépendants des combustibles fossiles peuvent
poursuivre en vue de gérer les risques d’une transition sobre en carbone. Peszko, van der Mensbrugghe
et Golub (2020) constatent que les politiques de décarbonisation initiées par les importateurs de
combustibles peuvent déclencher des forces macroéconomiques qui encouragent la diversification
des exportations des pays traditionnellement exportateurs de combustibles. Cette approche entraîne
une moindre dépendance vis-à-vis des recettes d’exportation des combustibles fossiles et une
diversification en aval des chaînes de valeur des combustibles fossiles, à forte intensité d’émissions. Une
telle diversification peut représenter une zone de confort pour les exportateurs de combustibles fossiles
mais augmente leur exposition aux impacts des multiples canaux de la transition sobre en carbone, tels
que l’ajustement carbone aux frontières, les technologies de rupture et les préférences changeantes
des consommateurs et des investisseurs. La diversification des actifs peut être une alternative durable à
long terme, mais c’est également une proposition difficile car elle demande la découverte de nouvelles
sources d’avantages comparatifs et l’accumulation d’actifs produits inconnus et de capital humain, en
particulier de nouvelles compétences et capacités.

Les pays doivent soutenir la transition vers l’automatisation et la mécanisation. Compte tenu de la
baisse attendue des emplois dans le secteur minier suite à la mécanisation, il est crucial de trouver de
nouvelles façons d’élargir le champ des opportunités d’emploi. L’avantage démographique se traduira
par une forte augmentation du volume de la main-d’œuvre, et l’exploitation de cette main-d’œuvre dans
le secteur minier nécessitera le renforcement des fondations de l’éducation de base. Il sera important
de créer et de mettre en œuvre des programmes de développement des compétences alignés à la fois
sur la mécanisation et les activités économiques diversifiées pour absorber la baisse de la demande de
main-d’œuvre due à la mécanisation. De même, l’adoption à grande échelle de nouvelles technologies
est nécessaire pour conduire la transition sobre en carbone, offrant ainsi aux pays africains l’opportunité
de travailler ensemble via l’intégration régionale.

Se servir de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pour


mettre en place des chaînes de valeur régionales
Recommandation 4 : œuvrer à l’harmonisation tarifaire.
Les pays devraient rapidement reconsidérer leurs projets de création ou d’augmentation à court terme
des tarifs. Dans le cadre de la ZLECAf, les membres devraient éliminer 90 % des lignes tarifaires au cours
des 5 à 10 prochaines années, tandis que 7 % supplémentaires, jugées sensibles, disposeront de plus de
temps. 3 % seront autorisées à figurer dans une liste d’exclusion. Plus de 80 % des pays ont déjà soumis
leur liste de réduction tarifaire. C’est une première étape de mise en œuvre et cela signifie qu’aucun
nouveau tarif ne devrait être promulgué.

À moyen terme, les pays devraient entreprendre l’harmonisation régionale des taxes et redevances
minières. L’harmonisation fiscale comporte trois volets : l’égalisation des taux d’imposition, la définition
commune des assiettes fiscales nationales et l’application uniforme des règles convenues (Mansour
et Rota-Graziosi 2013). L’absence de politique fiscale harmonisée peut compromettre l’intégration
régionale, même si une union douanière, un marché commun et une union monétaire sont mis en
place (FMI 2015). Des taux d’imposition harmonisés éliminent les distorsions fiscales et empêchent la
concurrence pour les capitaux. La concurrence fiscale peut provoquer une course vers le bas qui ne
profitera à aucun pays compte tenu de la réduction des recettes fiscales. L’harmonisation des tarifs et des
redevances nécessite une mise en œuvre stricte, en particulier en ce qui concerne la coordination et la
surveillance. Une première étape importante serait la création d’un taux plancher commun.

76 > A F R I C A’ S P U L S E
La mise en œuvre de tarifs et de réglementations harmonisés nécessite des données et des institutions
solides dotées de capacités de coordination et d’application. La création et la mise à jour régulière d’une
base de données fiscale en ligne enregistrant toutes les données sur les structures fiscales nationales
peuvent être utile pour comprendre les disparités. Elle serait également une source de responsabilisation
en identifiant publiquement les pays qui s’écartent des efforts régionaux. Cette base de données devrait
être complétée par le financement et le renforcement des capacités d’une institution régionale qui
pourrait fournir une assistance à la formation des gouvernements nationaux, coordonner des forums
et des réunions garantissant un dialogue continu et appliquer des politiques d’harmonisation. De
telles institutions régionales soulèvent de nombreux défis, comme par exemple l’Union économique
et monétaire ouest-africaine (UEMOA), qui n’avait pas fourni à son institution régionale les ressources
nécessaires à une surveillance efficace (FMI, 2016).

Recommandation 5 : atténuer les barrières non tarifaires, notamment celles liées


au secteur minier.
Comme le coût des transports rend non compétitif le développement de la chaîne de valeur régionale,
les principaux échanges commerciaux régionaux devraient être cartographiés pour identifier les zones
où devraient être renforcées les infrastructures, notamment les routes, les voies ferrées et les ports.
Cette cartographie peut identifier les infrastructures qui ont le plus grand potentiel de déblocage du
commerce régional. L’amélioration significative aux niveaux national et régional des infrastructures de
transport et d’énergie sera nécessaire pour libérer tout le potentiel des chaînes de valeur régionales.

La Namibie, par exemple, dispose du potentiel pour devenir la porte d’entrée de la ZLECAf en ouvrant
le commerce par voie terrestre de l’Afrique australe au reste du continent et l’accès aux marchés de
l’UE et des États-Unis via ses ports. Bien que le Forum économique mondial ait qualifié les routes
namibiennes de meilleures d’Afrique, la plupart des marchandises en vrac sont acheminées par voie
ferrée. Plus de 50 % des lignes ferroviaires où opère actuellement la compagnie ferroviaire publique
TransNamib ne respectent pas la norme minimale de 18,5 tonnes par essieu stipulée par la Communauté
de développement de l’Afrique australe. Le transport des marchandises en vrac, incluant le transport
des marchandises de la Zambie, génère environ 93 % des revenus de TransNamib. Cette compagnie s’est
montrée intéressée par le transport ferroviaire de marchandises en vrac entre l’Angola, le Botswana, la
Zambie et le Zimbabwe.

Un paysage politique devrait être créé qui soit favorable à la production d’énergie privée et permettant
aux entreprises d’exporter pour répondre aux besoins régionaux. En 2021, le gouvernement sud-africain
a annoncé que les entreprises seraient autorisées à produire jusqu’à 100 mégawatts d’électricité sans
licence, une augmentation significative par rapport à la précédente limite de 1 mégawatt. Par ailleurs, il a
également annoncé que les entreprises minières pourraient acheter de l’électricité à d’autres entreprises
productrices excédentaires. Les sociétés minières sud-africaines ont maintenant 3 900 mégawatts de
projets d’énergie renouvelable en cours. Pour mettre cela en perspective, 100 mégawatts suffisent aux
besoins en électricité de 2 grandes mines sud-africaines. Cette décision diminue considérablement
la pression exercée sur Eskom, la compagnie publique d’électricité du pays, tout en garantissant que
l’électricité n’est plus un goulot d’étranglement pour le secteur minier. À plus long terme, la création d’un
environnement politique permettant aux entreprises minières d’exporter de l’énergie renouvelable vers
d’autres pays peut atténuer les contraintes régionales.

A F R I C A’ S P U L S E > 77
Recommandation 6 : résoudre les obstacles politiques qui impactent la valeur ajou-
tée du secteur minier régional
Passer des restrictions à l’exportation définies au niveau national à une approche continentale et
régionale. En Afrique, de strictes restrictions des exportations au niveau national peuvent aggraver la
situation de tous les pays concernés. Les restrictions nuisent non seulement à la production minière
nationale, mais affectent également d’autres secteurs, notamment ceux du transport et de la logistique,
des services et de la construction. Les restrictions à l’exportation peuvent avoir des effets négatifs directs
sur d’autres pays de la région. L’imposition (maintenant annulée) par la Zambie de taxes à l’importation
et à l’exportation a également affecté la République démocratique du Congo qui exportait du cuivre
vers la Zambie pour y être transformé. Par la suite, la transformation par la Zambie des produits de
base de la République démocratique du Congo est devenue non rentable sur le plan commercial. À
moyen terme, les pays devraient plutôt recourir en termes d’exportation à des restrictions régionales ou
continentales plutôt que nationales. Ces dispositions garantiraient que les restrictions ne concernent pas
les exportations vers d’autres pays au sein de la communauté économique régionale ou de la région de
l’Union africaine, mais les exportations vers d’autres pays hors de la région, conformément aux objectifs
de la ZLECAf.

Remplacer les politiques de contenu local et les objectifs définis au niveau national par des approches
continentales et régionales (Communauté économique régionale). De nombreux pays africains
manquent de compétences et n’ont qu’une capacité limitée à produire ou à accéder aux intrants clés
lorsqu’ils travaillent au niveau national. Les politiques de contenu régional peuvent réduire le fardeau
des contraintes actuelles en permettant à ces pays d’accéder à un plus grand bassin de main-d’œuvre
qualifiée et aux intrants nécessaires. Parallèlement à l’approvisionnement régional, les entreprises
opérant dans la région pourraient mettre en œuvre des programmes de formation et de renforcement
des capacités pour les micro, petites et moyennes entreprises.

Le développement au niveau (sous-)régional d’un cadre réglementaire de participation au capital


pourrait faciliter le passage d’une approche nationale à une approche régionale de la participation
au capital des entreprises locales. Aujourd’hui, plusieurs pays ont des politiques qui exigent une
participation locale au capital des entreprises du secteur extractif. Par exemple, la nouvelle loi minière
du Kenya subordonne l’octroi de chaque licence minière à une participation locale d’au moins 35 % des
droits miniers ; et en Namibie, toutes les licences minières sont conditionnées par une participation d’au
moins 15 % détenue par des propriétaires locaux. Ces politiques d’actionnariat local peuvent décourager
les nouveaux investissements dans les pays où le marché des capitaux est peu développé, là où la
mobilisation de capitaux locaux peut être difficile ou le nombre d’investisseurs potentiels trop faible.
L’élargissement au niveau régional de l’accès au capital local peut permettre d’exploiter des marchés de
capitaux plus consistants et faciliter l’émergence d’entreprises minières régionales de taille moyenne qui
ont le capital nécessaire et un intérêt suffisant pour investir dans divers pays africains. Une exigence de
participation régionale plutôt que nationale au capital pourrait également permettre à ces entreprises
africaines de bénéficier du transfert de compétences et de technologie de grandes multinationales
telles que Rio Tinto, Glencore, BHP ou Anglo American. Cette participation régionale au capital pourrait
être d’abord atteinte au niveau de la sous-région, par l’intermédiaire des communautés économiques
régionales. La mise en œuvre rapide de la ZLECAf peut faciliter le transfert de technologie au niveau de
l’Union africaine et l’accès aux marchés de capitaux continentaux.

Reconsidérer les plans de mise en œuvre ou d’augmentation des tarifs liés aux chaînes de valeur
régionales du secteur extractif. Dans le cadre de la ZLECAf, les membres devraient éliminer 90 % des

78 > A F R I C A’ S P U L S E
lignes tarifaires au cours des 5 à 10 prochaines années, tandis que 7 % supplémentaires, jugées sensibles,
disposeront de plus de temps. C’est une première étape de mise en œuvre et cela signifie qu’aucun
nouveau tarif ne devrait être promulgué. Les pays peuvent aller plus loin et chercher à minimiser les
nouveaux tarifs ainsi qu’à réduire ceux existants liés à la promotion du développement des chaînes
de valeur des industries régionales extractives en Afrique. Malheureusement, une grande partie de la
politique du secteur extractif est aujourd’hui formulée en termes nationaux plutôt que régionaux et
certains pays peuvent tenter d’exclure le secteur extractif de la ZLECAf.

Recommandations pour améliorer l’accès à l’électricité


Recommandation 7 : exploiter l’approvisionnement en gaz domestique pour fa-
voriser l’accès à l’énergie tout en générant des recettes d’exportation.
Des politiques stables d’investissement sont nécessaires pour tirer le meilleur parti des
approvisionnements nationaux en gaz et améliorer les recettes d’exportation et la consommation
intérieure. L’exploitation des réserves de gaz naturel nécessite des investissements importants,
notamment dans les infrastructures offshore et le transport du GNL. Compte tenu de l’intensité en
capital et de la nature à long terme de ces investissements, les pays devraient élaborer et poursuivre des
politiques budgétaires claires et stables qui supportent à la fois les exportations et la consommation
intérieure, tout en attirant suffisamment d’investissements. Bien qu’il puisse être intéressant pour
les pays de conserver une grande partie du gaz pour la future consommation d’énergie planifiée,
de telles restrictions peuvent affaiblir les arguments économiques en faveur de l’investissement et
retarder considérablement les décisions d’investissement. Les pays devraient rechercher des accords
d’investissement dans leurs réserves de gaz qui soient compatibles avec la réalisation des objectifs
nationaux en matière d’énergie et de développement, tout en garantissant des exportations suffisantes
de gaz naturel pour générer des recettes fiscales et d’exportation. Des politiques efficaces peuvent
soutenir une transition efficace de l’étape de projet jusqu’à l’exploitation.

Disposant de politiques stables d’investissement, les pays peuvent travailler avec le secteur privé pour
accélérer les projets. Depuis le début de la crise en Ukraine, le marché mondial du gaz naturel est sous
pression. L’Europe a été particulièrement touchée, l’approvisionnement en gaz de la Fédération de
Russie ayant été interrompu au début de l’invasion. Les efforts accélérés de l’Europe pour diversifier
l’approvisionnement en gaz sont de bon augure pour certains pays. L’Algérie, fournisseur de longue
date de gaz naturel à l’Europe, a connu depuis le début de la crise une forte augmentation des contrats
de marchés. La compagnie gazière publique égyptienne (EGAS) a signé un accord de développement
à court terme des exportations de gaz naturel vers l’Europe (l’Égypte a enregistré en année courante
une augmentation de 10 % des exportations de gaz pour les huit premiers mois de 2022). En Afrique
subsaharienne, un certain nombre de projets ont été accélérés. Le Mozambique a mis en service l’unité
d’extraction et de liquéfaction de gaz naturel Coral Sul FLNG et l’opérateur Eni a annoncé son intention
de développer une deuxième plate-forme flottante pour le GNL dans le même champ, dont la mise
en œuvre pourrait être accélérée. En République du Congo, le développement du champ extracôtier
Marine XII a été accéléré et une unité d’extraction et de liquéfaction de gaz naturel devrait permettre de
démarrer les exportations de GNL d’ici mi-2023. En Angola, la société publique Sonangol s’est associée
à BP, Eni, Chevron et TotalEnergies pour finalement décider en juillet 2022 d’investir dans le champ
extracôtier de Quiluma et Maboqueiro. En ce qui concerne le développement extracôtier conjoint du
Sénégal et de la Mauritanie, la première phase de Grand Tortue Ahmeyim a été considérée achevée
à 80 % au début du troisième trimestre 2022, un démarrage prévu au troisième trimestre 2023 et les
premières exportations de GNL réalisées d’ici la fin de l’année (AIE, 2022b).

A F R I C A’ S P U L S E > 79
Recommandation 8 : exploiter les recettes fiscales et les investissements dans les
secteurs minier, pétrolier et gazier pour soutenir l’accès universel à l’énergie.
Les recettes budgétaires générées par l’industrie extractive sont essentielles pour combler le déficit de
financement des énergies renouvelables. L’Agence internationale de l’énergie estimait en 2018 que les
pays d’Afrique subsaharienne avaient besoin de 28 milliards de dollars américains par an jusqu’en 2030
pour atteindre l’accès universel à l’électricité. Cette somme se décomposait en 13 milliards de dollars
américains pour les mini-réseaux, 7,5 milliards de dollars américains pour le réseau de transport et 6,5
milliards de dollars américains pour les investissements hors réseau (Ireri et Shirley 2021). Compte tenu
des niveaux élevés de surendettement des pays de la région, ceux-ci devraient se concentrer sur la
mobilisation des recettes budgétaires des secteurs extractifs plutôt que sur la dette extérieure, dont une
grande partie est devenue inaccessible ou coûteuse en raison de la dégradation de leur dette souveraine.

Un paysage politique devrait être soutenu pour se prêter à la production d’énergie privée. Ce support
pourrait être la possibilité pour les sociétés du secteur minier de devenir clients d’ancrage et leur
ouvrir l’opportunité d’approvisionner les communautés environnantes. Un exemple est décrit dans
la recommandation 5 : le gouvernement sud-africain a initié en 2021 une politique permettant aux
entreprises de générer une certaine quantité d’électricité sans licence. En plus de résorber le goulot
d’étranglement énergétique qu’était devenu l’approvisionnement en électricité, élément dissuasif pour
les sociétés minières, le passage à la production privée a permis aux entreprises de fournir l’électricité
excédentaire produite aux communautés environnantes, en particulier aux écoles, hôpitaux et ménages.

L’exploitation minière en tant que client principal peut également aider à stimuler les finances des
services publics et à réduire le risque d’investissements tels que la production d’énergie renouvelable.

Recommandation 9 : renforcer les infrastructures de réseau et de mini-réseau, mais


surtout éviter les alternatives électriques de mauvaise qualité.
Bien que l’expansion des réseaux nationaux soit essentielle pour élargir l’accès à l’électricité, les solutions
alternatives sont souvent plus abordables et adaptées aux besoins des marchés ruraux, à faible revenu ou
micro-commerciaux. Les solutions décentralisées, en particulier les mini-réseaux, peuvent être un moyen
rentable d’atteindre l’objectif de l’accès universel à l’électricité. Mais certaines approches populaires, telles
que les systèmes solaires domestiques, peuvent ne pas fournir l’électricité de qualité nécessaire pour
répondre aux ambitions du développement. Ces systèmes peuvent être judicieusement déployés là où
la connexion au réseau est impossible ou non rentable et les pays doivent éviter de subventionner ou
d’allouer les rares capitaux à des options de production d’électricité de faible qualité lorsqu’il existe des
options rentables et éprouvées de production à partir des systèmes de réseau ou de mini-réseau. Entre
2010 et 2020, 70 % des investissements mondiaux hors réseau (1,7 milliard de dollars américains) ont été
faits en Afrique. Il est primordial pour que les pays atteignent l’objectif de développement durable n° 7
« Garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable »
de développer des mini-réseaux, d’étendre les réseaux et d’entamer la réforme des services publics.
Entre-temps, l’intégration régionale pourrait soutenir davantage l’exploitation du potentiel important de
production d’énergie renouvelable (voir l’encadré 2.3 pour exemple).

80 > A F R I C A’ S P U L S E
La Namibie est une destination très attractive pour les investissements dans les énergies renouvelables. Le ENCADRÉ 2.3 :
pays jouit d’un des niveaux de rayonnement solaire les plus élevés au monde, une grande partie du pays Tirer parti
du pool
recevant près de 3 000 kWh par mètre carré de rayonnement solaire. La Namibie bénéficie également
énergétique
d’excellentes ressources éoliennes, avec une vitesse moyenne du vent pouvant dépasser 10 m/s à la régional pour
hauteur d’éoliennes standard. Si ces ressources étaient bien exploitées, la Namibie pourrait non seulement attirer les
répondre à sa propre demande croissante d’électricité, mais deviendrait également un exportateur investissements
régional de premier plan vers d’autres pays pairs du Pool énergétique d’Afrique australe (SAPP) et dans les
énergies
bénéficierait alors des recettes d’exportation correspondantes.
renouvelables
Source : Banque mondiale (2021b).

Les solutions de mini-réseaux peuvent être efficaces là où les gouvernements tardent à étendre le
réseau. Au Nigéria, par exemple, cet objectif nécessiterait d’ajouter chaque année sur la période 2022-
2030 10 millions de personnes au réseau, alors que le réseau est la solution la plus rentable pour
80 % de la population qui n’a pas encore accès à l’électricité. À ce jour, le Nigéria a raccordé au réseau
un maximum de 4,3 millions de personnes en une seule année. Si 4,5 millions de personnes étaient
raccordées au réseau chaque année entre 2022 et 2030, 60 % de la population aurait accès à l’électricité
via des systèmes de mini-réseaux. Ces solutions sont également mieux adaptées à l’objectif étant donné
que 95 % des Nigérians qui n’ont pas accès à l’électricité vivent dans des zones rurales, soit là où il peut
être difficile d’atteindre l’échelle nécessaire permettant de fournir un accès de qualité à l’électricité.

A F R I C A’ S P U L S E > 81
Appendice : Classification des pays
TABLEAU A.1 : Classification des pays selon l’abondance des ressources en Afrique subsahariennea

Pays riches en ressources


Pays non riches en ressources
Pétrole Métaux et minerais
Angola Botswana Bénin Gambie Rwanda
République du Congo République Démocratique Burkina Faso Ghana São Tomé et Príncipe
Guinée Équatoriale du Congo Burundi Guinée-Bissau Sénégal
Gabon Guinée Cabo Verde Kenya Seychelles
Nigéria Libéria Cameroun Lesotho Somalie
Soudan du Sud Mauritanie République centrafricaine Madagascar Soudan
Tchad Namibie Comores Malawi Tanzanie
Niger Côte d’Ivoire Mali Togo
Afrique du Sud Érythrée Maurice Zimbabwe
Sierra Leone Eswatini Mozambique
Zambie Éthiopie Ouganda
a
Remarque : Les pays riches en ressources sont ceux dont les rentes provenant des ressources naturelles (à l’exclusion des forêts) dépassaient 10 % du produit intérieur
brut au cours de la période 2015-2021.

TABLEAU A.2 : Pays d’Afrique de l’Ouest et centrale

Pays riches en ressources


Pays non riches en ressources
Pétrole Métaux et minerais
Guinée Équatoriale Guinée Bénin Gambie
Gabon Libéria Burkina Faso Ghana
Nigéria Mauritanie Cabo Verde Guinée-Bissau
République du Congo Niger Cameroun Mali
Tchad Sierra Leone République centrafricaine Sénégal
Côte d’Ivoire Togo

Remarque : Depuis juillet 2020, à des fins opérationnelles, la région Afrique de la Banque mondiale a été divisée en deux sous-régions : l’Afrique de l’Ouest et
centrale et l’Afrique de l’Est et australe. L’analyse présentée dans ce rapport reflète cette situation. Les pays riches en ressources sont ceux dont les rentes tirées
des ressources naturelles (forêts exclues) dépassent 10 % du produit intérieur brut.

TABLEAU A.3 : Afrique de l’Est et australe

Pays riches en ressources


Pays non riches en ressources
Pétrole Métaux et minerais
Angola Botswana Burundi Mozambique
Soudan du Sud République Démocratique Comores Rwanda
du Congo Érythrée São Tomé et Príncipe
Namibie Eswatini Seychelles
Afrique du Sud Éthiopie Somalia
Zambie Kenya Soudan
Lesotho Tanzanie
Madagascar Ouganda
Malawi Zimbabwe
Maurice

Remarque : Depuis juillet 2020, à des fins opérationnelles, la région Afrique de la Banque mondiale a été divisée en deux sous-régions : l’Afrique de l’Ouest et
centrale et l’Afrique de l’Est et australe. L’analyse dans ce rapport reflète cette configuration. Les pays riches en ressources sont ceux dont les rentes tirées des
ressources naturelles (forêts exclues) dépassent 10 % du produit intérieur brut.

A F R I C A’ S P U L S E > 83
Bibliographie
AIE (Agence internationale de l’énergie). 2021. “The Role of Critical Minerals in Clean Energy Transitions.” AIE,
Paris.
———. 2022a. Africa/ Energy Outlook 2022—Analysis. Paris: IEA. [Link]
outlook-2022.
———. 2022b. Gas Market Report, Q4-2022. Paris: IEA. [Link]
outlook-2022.
Akhtar, S., J. Haas et U. Volz. 2022. Debt Relief for a Green and Inclusive Recovery. T7 Task Force International
Finance and Economic Recovery Policy Brief.
BAD (Banque Africaine de Développement). 2018. “Why Africa Is the Next Renewables Powerhouse.”
December 7. [Link]
powerhouse-18822.
Banque mondiale. 2017. “The Growing Role of Minerals and Metals for a Low Carbon Future.” Banque
mondiale, Washington, DC.
———. 2019. “Digging Beneath the Surface: An Exploration of the Net Benefits of Mining in Southern Africa.”
Banque mondiale, Washington, DC.
———. 2020. “The African Continental Free Trade Area: Economic and Distribution Effects.” Banque mondiale,
Washington, DC.
———. 2021a. The Changing Wealth of Nations 2021: Managing Assets for the Future. Washington, DC: Banque
mondiale.
———. 2021b. “Namibia Country Private Sector Diagnostic.” Banque mondiale, Washington, DC.
———. 2022a. “South Africa Country Climate and Development Report.” CCDR Series. Banque mondiale,
Washington, DC.
———. 2022b. Global Economic Prospects, January 2022. Washington, DC: Banque mondiale.
———. 2023. Global Economic Prospects, January 2023. Washington, DC: Banque mondiale.
Barhoumi, K., H. Vu, S. Nikaein Towfighian et R. Maino. 2018. “Public Investment Efficiency in Sub-Saharan
African Countries What Lies Ahead?” Fonds monétaire international, African Department Paper Series No.
18/09. Washington, DC : Fonds monétaire international.
Baskaran, G. 2022. “Could Africa Replace China as the World’s Source of Rare Earth Elements?” Brookings
Institution, Washington, DC, December 29. [Link]
could-africa-replace-china-as-the-worlds-source-of-rare-earth-elements/.
Beirne, J., N. Renzhi et U. Volz. 2021. “Feeling the Heat: Climate Risks and the Cost of Sovereign Borrowing”.
International Review of Economics & Finance, 76, 920-936.
BNEF (Bloomberg New Energy Finance). 2021. “Renewable Assets.” Database, BNEF. [Link]/projects/
search (subscription required).
Bos, K. et J. Gupta. 2019. “Stranded Assets and Stranded Resources: Implications for Climate Change
Mitigation and Global Sustainable Development.” Energy Research and Social Science 56: 101215.
Burger, S. 2023. “US, DRC and Zambia Sign MoU to Strengthen EV Battery Value Chain.” Mining Weekly, January
19. [Link]
chain-2023-01-19.

A F R I C A’ S P U L S E > 85
Chamon, M., E. Klok, V.V. Thakoor et J. Zettelmeyer. 2022. “Debt-for-Climate Swaps: Analysis, Design, and
Implementation.” IMF Working Paper WP/22/162, August.
Chaponda, T., C. Matsumoto et L. Murara. 2020. “The Public Investment Management Assessment Framework:
An Overview.” In Well Spent: How Strong Infrastructure Governance Can End Waste in Public Investment,
edited by G. Schwartz, M. Fouad, T. Hansen et G. Verdier. Washington, DC: Fond monétaire international.
Cherif, R., S. Dhungana, X. Fang, J. Gonzalez-Garcia, M. Mendes, Y. Yang, M. Yenice et J.E. Yoon. 2020.
“Competition, Competitiveness and Growth in Sub-Saharan Africa.” IMF Working Paper WP/20/30, February.
Cust, J., D. Manley et G. Cecchinato. 2017. “Unburnable Wealth of Nations.” Finance and Development 54 (1).
Cust, J. et A. Rivera-Ballesteros. 2021. “The Nonrenewable Wealth of Nations.” In The Changing Wealth of
Nations 2021: Managing Assets for the Future, 193–223. Washington, DC: Banque mondiale.
Cust, [Link] A, Zeufack. 2023, “Africa’s Resource Future” Banque mondiale, Washington DC.
The Economist. 2020. “Demography: Africa’s Population Will Double by 2050.” The Economist, March 26.
[Link]
Farah Yacoub, J.P., N. Hamadeh et C. Reinhart. 2022. The pitfalls of parallel currency markets: higher inflation
and lower growth. World Bank Blogs, Let’s Talk Development, March.
[Link]
growth
Fitch Solutions. 2021. “Tax Breaks to Stimulate Mining Sector in Zambia.” March 5. [Link]
com/mining/tax-breaks-stimulate-mining-sector-zambia-05-11-2021.
FMI (Fonds monétaire international). 2012. “Macroeconomic Policy Frameworks for Resource-Rich
Developing Countries.” Policy Paper, IMF, Washington, DC. https:// [Link]/2txKGzB.
———. 2015a. “Options for Low-Income Countries’ Effective and Efficient Use of Tax Incentives for
Investment.” Report to the G20 Development Working Group, FMI, Washington, DC.
———. 2015b. Making Public Investment More Efficient. Fiscal Affairs Department, IMF Staff Report, Fonds
monétaire international, Washington, DC.
———. 2016. “West African Economic and Monetary Union: Common Policies of Member Countries.”
Press Release, Staff Report, and Statement by the Executive Director for the West African Economic and
Monetary Union. Country Report 16/96, FMI, Washington, DC.
———. 2019. Sub-Saharan Africa Regional Economic Outlook: Navigating Uncertainty. Fonds monétaire
international, Washington, DC, octobre.
———. 2020. Fiscal Monitor: Policies for the Recovery. Fonds monétaire international, Washington, DC,
octobre.
Georgieva, K., M. Chamon et V. Thakoor. 2022. “Swapping Debt for Climate or Nature Pledges Can Help Fund
Resilience.” IMF Blog, 14 December.
[Link]
fund-resilience
Gill, I. S., I. Izvorski, W. van Eeghen et D. De Rosa. 2014. Diversified Development: Making the Most of Natural
Resources in Eurasia. Washington, DC: Banque mondiale.
GOGLA (Global Off-Grid Lighting Association). 2021. “Global Off-Grid Solar Market Report, Semi-Annual
Sales and Impact Data 2021.” GOGLA, Amsterdam, Netherlands. [Link]
resource_docs/gogla_sales-and-impact-reporth2-2021_def2.pdf.

86 > A F R I C A’ S P U L S E
Gramlich, J. 2019. “For World Population Day, a Look at the Countries with the Biggest Projected Gains—and
Losses—by 2100.” The Pew Research Center, Washington, DC, July 10. [Link]
tank/2019/07/10/for-world-population-day-a-look-at-the-countries-with-the-biggest-projected-gains-and-
losses-by-2100/.
Griffith-Jones, S., U. Volz et K.P. Gallagher (2021). “Debt relief by private creditors: Lessons from the Brady Plan».
DRGR Working Paper. Berlin, London, and Boston: Debt Relief for Green and Inclusive Recovery Initiative.
Guj, P., R. Schodde, B. Boucoum et J. Cust. Forthcoming. “Mineral Resources of Africa.” Banque mondiale,
Washington, DC.
IRENA (International Renewable Energy Agency). 2022. “Renewable Energy Market Analysis: Africa and
Its Regions.” IRENA, Masdar City, United Arab Emirates. [Link]
Renewable-Energy-Market-Analysis-Africa.
Ireri, B. et R. Shirley. 2021. “Powering Growth.” Fonds monétaire international, Washington, DC. [Link]
[Link]/en/Publications/fandd/issues/2021/09/fighting-climate-change-in-Africa-ireri.
Malova, A. et F. van der Ploeg. 2017. “Consequences of Lower Oil Prices and Stranded Assets for Russia’s
Sustainable Fiscal Stance.” Energy Policy 105: 27–40.
Mankiw, N.G. et R. Reis. 2018. “Friedman’s Presidential Address in the Evolution of Macroeconomic Thought.”
Journal of Economic Perspectives, 32(1): 81–96.
Mansour, M. et G. Rota-Graziosi. 2013. “Tax Coordination, Tax Competition, and Revenue Mobilization in
the West African Economic and Monetary Union.” IMF Working Paper WP/13/163, Fonds monétaire
international, Washington, DC.
Maslen, S. et C. Aslan. 2022. “Enhancing Debt Transparency by Strengthening Public Debt Transaction
Disclosure Practices.” EFI Insight, Banque mondiale, Washington, DC.
Minerals Council SA. 2021. Facts and Figures 2021. Minerals Council South Africa, Johannesburg. https://
[Link]/downloads/send/16-featured/1875-facts-and-figures-2021
Minerals Council South Africa. 2022. “Facts and Figures.” Minerals Council South Africa, Johannesburg.
Miyamoto, H., N. Gueorguiev, J. Honda, A. Baum et S. Walker. 2020. “Growth Impact of Public Investment
and the Role of Infrastructure Governance.” In Well Spent: How Strong Infrastructure Governance Can End
Waste in Public Investment, edited by G. Schwartz, M. Fouad, T. Hansen et G. Verdier. Washington, DC:
Fonds monétaire international.
Nagle, P. 2022. “Five lessons from past episodes of debt relief.” World Bank Blogs, Let’s Talk Development, The
World Bank, Washington DC, January 31 [Link]
episodes-debt-relief
OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). 2018. “Financing Climate Futures:
Rethinking Infrastructure.” OECD, Paris. [Link]
[Link].
Peszko, G., D. van der Mensbrugghe et A. Golub. 2020. Diversification and Cooperation in a Decarbonizing
World: Climate Strategies for Fossil Fuel–Dependent Countries. Washington, DC: Banque mondiale.
PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement). 2023. Journey to Extremism in Africa:
Pathways to recruitment and disengagement. PNUD, New York, New York.
PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement). 2023. Journey to Extremism in Africa:
Pathways to recruitment and disengagement. UNDP, New York, New York.

A F R I C A’ S P U L S E > 87
Qiang, C.Z., P. Kusek, V. Steenbergen et B. Viney. 2021. The road to recovery in Sub-Saharan Africa: Capitalizing
on transformative opportunities from shifting FDI patterns. World Bank Blogs, African Can End Poverty,
[Link]
opportunities-shifting-fdi
Reid, H. 2022a. “Anglo American to Return to Zambia with Arc Minerals Copper Deal.” May 12. https://
[Link]/business/exclusive-anglo-american-return-zambia-with-arc-minerals-copper-
deal-2022-05-12/.
———. 2022b. “First Quantum Minerals Approves $1.25bn Zambia Mine Expansion.” Business Day, May 9.
[Link]
125bn-zambia-mine-expansion/.
Reis, Ricardo. 2021. “Losing the Inflation Anchor.” Brookings Papers on Economic Activity, 307-361, Fall 2021.
Reuters. 2022. “Barrick CEO Says Zambia’s Lumwana Mine Life Could Be Extended to 2060.” Reuters, October
26. [Link]
be-extended-2060-2022-10-26/.
S&P Global Market Intelligence. 2022. “Report: World Exploration Trends 2022.” S&P Global Market Intelligence,
New York. [Link]
Volz, U., S. Akhtar, K.P. Gallagher, S. Griffith-Jones, J. Haas et M. Kraemer. 2020. Debt Relief for a Green and
Inclusive Recovery: A Proposal. Berlin, London & Boston, MA: Heinrich-Böll-Stiftung; SOAS, University of
London; & Boston University.
———.2021. Debt Relief for a Green and Inclusive Recovery: Securing Private-sector Participation and
Creating Policy Space for Sustainable Development. Berlin, London & Boston, MA: Heinrich-Böll-Stiftung;
SOAS, University of London; & Boston University.
Volz, U., K. Berensmann, S. Burke, K.P. Gallagher, S. Griffith-Jones, M. Kessler et I. Monasterolo. 2022. “Addressing
the Debt Crisis in the Global South: Debt Relief for Sustainable Recoveries” T7 Task Force Sustainable
Economic Recovery Policy Brief.
Warwick, F. 2019. “Zambia 2019 Copper Output Drop Due to New Mining Taxes.” S&P Global Market
Intelligence, December 27. [Link]
news/metals/122719-zambia-2019-copper-output-drop-due-to-new-mining-taxes-com.
Yunis, J. et E. Aliakbari. 2020. “Fraser Institute Annual Survey of Mining Companies 2020.” Fraser Institute,
Vancouver. [Link]

88 > A F R I C A’ S P U L S E
A F R I C A’ S P U L S E > 89
90 > A F R I C A’ S P U L S E
RAPPORT DU BUREAU DE L’ÉCONOMISTE
EN CHEF DE LA RÉGION AFRIQUE

[Link]

Vous aimerez peut-être aussi