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Essai Sur Les Mythes Africains D'origine de La Mort

L'essai de Dominique Zahan explore les mythes africains concernant l'origine de la mort, soulignant leur rôle central dans la réflexion philosophique et religieuse en Afrique. Il met en avant la dialectique entre vie et mort, où la mort est inévitablement liée à l'existence humaine, et analyse des récits mythologiques qui expliquent comment le message de mortalité a été transmis aux humains. Ces récits révèlent des motifs communs et des structures narratives qui illustrent la relation complexe entre le monde divin et le monde humain.

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Essai Sur Les Mythes Africains D'origine de La Mort

L'essai de Dominique Zahan explore les mythes africains concernant l'origine de la mort, soulignant leur rôle central dans la réflexion philosophique et religieuse en Afrique. Il met en avant la dialectique entre vie et mort, où la mort est inévitablement liée à l'existence humaine, et analyse des récits mythologiques qui expliquent comment le message de mortalité a été transmis aux humains. Ces récits révèlent des motifs communs et des structures narratives qui illustrent la relation complexe entre le monde divin et le monde humain.

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EHESS

Essai sur les mythes africains d'origine de la mort


Author(s): Dominique Zahan
Source: L'Homme, T. 9, No. 4 (Oct. - Dec., 1969), pp. 41-50
Published by: EHESS
Stable URL: [Link] .
Accessed: 22/06/2014 06:09

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ESSAI SUR LES MYTHES AFRICAINS
D'ORIGINE DE LA MORT*

par

DOMINIQUE ZAHAN

Le probl?me de la vie et de la mort constitue en Afrique la base du sentiment


religieux et le fond inconscient de la r?flexion philosophique.
Vie et mort sont toutes deux ? donn?es ? ? l'?tre humain par le cr?ateur ;
elles sont les connotations fondamentales de l'existence et se trouvent si inti
mement li?es que l'une ne peut pas se concevoir sans l'autre. Celle-ci poss?de
cependant sur celle-l? un avantage incontestable : elle est marqu?e au coin
de la n?cessit? ; la vie aurait pu ne pas ?tre donn?e ; la mort, elle, ne pouvait
pas ne pas para?tre du moment que la vie existait. En somme, il serait assez
juste d'affirmer que la mort semble ?tre la cons?quence in?vitable de la vie.
C'est dans le contexte d'une telle dialectique que s'inscrivent presque tous
les mythes africains d'origine de la mort, depuis longtemps analys?s et class?s
par l'?rudition occidentale. Les th?mes de ces r?cits font appara?tre une grande
vari?t? de motifs invoqu?s par les usagers pour ? justifier ? l'entr?e de la mort
dans le monde des humains. Cependant, cette diversit? laisse rep?rer des fils
conducteurs d?s que l'on regarde ? travers les mailles des narrations. Certains
de ces mythes sont de simples signifiants redondants de la condition humaine,
d'autres se pr?sentent comme des raisonnements sp?cieux liant l'immortalit?
de l'?tre humain ? une exigence que celui-ci ne peut satisfaire parce qu'elle implique
la n?gation d'un des aspects essentiels de cette m?me condition humaine.

Un ensemble consid?rable de ces r?cits se rapporte ? ce que certains auteurs1


ont appel? le ?message manqu? ?. Selon ce th?me, la divinit? d?cide d'envoyer

* Cet article une partie


reproduit d'un chapitre de notre ouvrage Spiritualit? et pens?e
africaines (? para?tre). Partiellement, il a d?j? fait l'objet d'une communication au Congr?s
international sur les Valeurs permanentes dans le Devenir par l'Isti
historique, organis?
tuto Accademico di Roma (Rome, 3-6 octobre 1968).
1. Cf. H. Baumann, und Urzeit der Menschen im Mythos der Afrikanischen
Sh?pfung

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42 DOMINIQUE ZAHAN

aux hommes deux messages, l'un de mortalit?, l'autre d'immortalit?. C'est le


premier parvenu ? destination qui d?cide, une fois pour toutes, de la destin?e
humaine. Dans la plupart des cas, Dieu confie le message d'immortalit? ? un
animal lent, tandis qu'un animal rapide est charg? de porter lemessage de morta
lit?. Les Thonga racontent ? ce sujet un mythe que l'on peut, ? juste titre, consi
d?rer comme typique. ? Quand les premiers hommes furent sortis du marais de
roseaux, le chef de ce marais envoya le cam?l?on (loumpfana) leur porter le
message suivant : les hommes mourront, mais ils ressusciteront. Le cam?l?on
se mit en route, avec lenteur selon son habitude. Entre-temps, le chef changea
d'id?e et envoya le gros l?zard ? la t?te bleue, le galagala, dire aux hommes :
'Vous mourrez et vous pourrirez dans la terre !' Galagala partit aussit?t ? toutes
jambes et d?passa bient?t loumpfana. Il fit sa commission et lorsqu'enfin loump
'
fana arriva avec la sienne, les hommes lui dirent : Tu viens trop tard. Nous avons
d?j? re?u un autre message.' Voil? pourquoi les hommes meurent, w1
Les mythes de cette cat?gorie poss?dent une aire de distribution fort ?tendue
sur le continent africain en dehors. Chez les populations
et m?me bantou, leur
domaine pr?f?rentiel, l'un des
deux messagers est g?n?ralement le cam?l?on,
tant?t annonciateur d'immortalit?, tant?t charg? de faire conna?tre la mortalit?
aux humains. Il est oppos? ? une gamme ?tendue d'animaux porteurs d'un mes
sage contraire. Parfois le cam?l?on et ses antagonistes sont remplac?s par d'autres
animaux ; dans certains cas, le message part du monde des hommes sous forme
de requ?te adress?e ? Dieu, ou encore il arrive qu'un seul message soit envoy?
au lieu de deux.
La de ces affabulations ne doit pas cacher leur commune
diversit? intelligi
bilit?, laquelle se d?voile assez ais?ment si on leur applique un traitement rele
vant de la th?orie de l'information. Ces mythes reposent en effet sur trois postu
lats, dont les deux premiers sont perceptibles au niveau narratif tandis que le
troisi?me doit ?tre inf?r? de ce qui pr?c?de : i) distinction entre lemonde humain
et le monde divin ; 2) existence, entre ces deux mondes, d'un ? espace ? pertur
bateur du message, sorte de ? bo?te noire ? destin?e ? ? expliquer ? l'?cart diff?
rentiel entre 1'? entr?e ? et la ? sortie ? du message ; 3) inversion de la correspon
dance entre ? rapidit? ? et ? lenteur ? d'une part, vie et mort de l'autre, quand on
passe du monde de Dieu ? celui des hommes.
Il convient donc avant tout de noter que lesmythes dits du ?message manqu? ?
ne confondent pas le monde c?leste avec le monde terrestre ; il n'y a jamais,
dans les r?cits de ce type, cohabitation de Dieu et des ?tres humains : la raison
d'?tre du message s'y oppose. Certains mythes sont, ? ce sujet, si pr?cis qu'ils

V?lker, Berlin, : 268 ;H. Abrahamsson, The Origin III : 4 (? Studia


1936 of Death, Uppsala,
Ethnographica Upsaliensia ?). Pour la synth?se que nous pr?sentons ici, nous nous r?f?rons,
? une exception pr?s,
aux mythes cit?s par ce dernier auteur.
1. H.-A. Junod, M urs et coutumes des Bantous, Paris, 1936, II : 306.

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ORIGINE DE LA MORT 43

ont soin d'indiquer clairement ce postulat. Un r?cit ashanti raconte qu'autrefois


les hommes vivaient dans un commerce familier avec Dieu qui leur donnait
tout ce dont ils avaient besoin. Un jour, des femmes, g?n?es par la pr?sence divine,
oblig?rent Dieu ? s'?loigner, ce qu'il fit en laissant lemonde au pouvoir des esprits.
Quelque temps apr?s, l'invisible envoya aux hommes une ch?vre avec ce message :
? Il y a chose nomme la mort Un cela tuera
quelque qu'on (owu). jour quelques
uns d'entre vous. Cependant, m?me si vous mourez, vous ne serez pas pour cela
? La ch?vre
compl?tement perdus ; vous viendrez aupr?s de moi dans le ciel.
s'attarda en route pour manger. Voyant cela, Dieu envoya un deuxi?me messager,
lemouton, porteur du m?me message. Cet animal en modifia, cependant, le contenu
dans le sens de lamortalit? et, arrivant le premier chez les hommes, le leur commu
niqua. Quand la ch?vre se pr?senta ? son tour et transmit les paroles de Dieu,
personne ne la crut. Les hommes avaient d?j? accept? le message du mouton1.
La ? bo?te noire ?, espace compris entre les deux mondes que relie lemessage,
doit aussi ?tre prise en consid?ration. Elle ? contient ? les facteurs perturbateurs
du message et de sa charge informationnelle : la brousse qui, dans le mythe

pr?c?dent, offre de la nourriture ? la ch?vre et la retarde sur son chemin ; l'herbe


qui, dans un r?cit kratchi, ? capte ? la m?decine d'immortalit? destin?e aux
humains et en b?n?ficie ? leur place2 ; les termites qui, selon une l?gende tikar,
deviennent nourriture de la grenouille, porteuse du message de vie, ce qui retarde
cet animal dans sa mission3. Essentiellement, la ? bo?te noire ? rend compte de
l'avance prise par le message de mortalit? sur celui de vie. En fait, comme on
le verra plus loin, elle fournit, au niveau de la narration, la justification du chan
gement s?mantique des notions de rapidit? et de lenteur.
Ces derni?res ne poss?dent pas la m?me signification dans le monde de Dieu
et dans celui des hommes. Dans le premier, la rapidit? connote la mort, tandis
que la lenteur est li?e ? la vie. Les tr?pass?s ? agit?s ? constituent la plus grande
menace de l'invisible vis-?-vis des humains ; leur ? activit? ?, dans ce sens, est
synonyme d'irritation et de courroux. De m?me, quand le ciel tue, il le fait au moyen
de la foudre, avec la c?l?rit? de l'?clair. Les morts se doivent de vivre dans un
temps lent. Pour eux, la ? vie ? ?quivaut au calme, au repos, ? la paix. Les vivants,
par contre, ne m?ritent ce titre qu'en vertu de leur activit?. Mouvement, rapidit?,
-effort,ardeur sont les indices les plus s?rs de leur vitalit?. La non-activit?, le
sommeil, la torpeur, les rapprochent de la mort et de l'inertie du cadavre.
Il est loisible maintenant de comprendre, que, partis du ? ciel ?, chacun des
deux annonciateurs se voit confier le message conforme ? son comportement :

i. : 198 ; cit?
Cf. Bulletin de la Soci?t? neuch?teloise de G?ographie 17 par Abrahamsson,
op. cit. : 5.
2. Cf. Cardinall, Tales Told in Togoland, Londres, 1931 : 27 sq. ; cit? par Abrahams
son, op. cit. : 6.
3. Cf. 67 : 273 sq.; cit? par Abrahamsson, op. cit. : 9.
Zeitschrift f?r Ethnologie

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44 DOMINIQUE ZAHAN

l'animal rapide est porteur du message de mort, l'animal lent ? convoie ? la vie.
?
Selon la logique ? humaine, cependant, recevoir la ? rapidit? ?, c'est avoir la vie,
tandis qu'accueillir la ? lenteur ?, c'est agr?er la mort. Aussi, lemessager rapide
arrive-t-il le premier dans le monde terrestre non seulement parce qu'il est plus
diligent, mais parce que, selon les hommes, il signifie la vie. En somme, la mort
s'introduit parmi les vivants sous le couvert de la notion de rapidit? qui signifie
? vie ? dans ? ? selon la ? ? du ciel.
l'optique humaine et mort logique
La ? bo?te noire ? et les messagers jouent le r?le de m?diateurs entre lemonde
c?leste et lemonde terrestre ; ils permettent le passage d'une signification ? l'autre
des notions d?not?es par la vie et la mort [cf. fig.).

MONDE C?LESTE MONDE TERRESTRE

= Mort = lenteur
Mort rapidit?,
"Boite noire"
espace s?parant
Dieu des Hommes

Lieu
de perturbation
du message
* lenteur 'Vie =
Vie rapidit?

La ? bo?te noire
?, en particulier, assure le fonctionnement propre de chacun
de ces mondes selon sa modalit? sp?cifique. Sans cet espace m?diateur l'?tre
humain passerait sans transition de sa ? ? ? la ? ? du
vie-rapidit? mort-rapidit?
ciel, et la notion de rapidit? couvrirait la confusion de la vie et de la mort.
Cette ?ventualit? n'est nullement un cas th?orique, car parfois le ciel envoie
la mort aux humains sans les ?gards r?v?l?s par les mythes qui nous
pr?occupent
ici. Ainsi les foudroy?s qui, partout en Afrique, jouissent d'un statut particulier,
en raison justement du fait qu'ils constituent des points d'impact imm?diat
entre le ciel et la terre, passent-ils de la vie ? lamort, sans, pour ainsi dire, changer
d' ? allure ? d'exister : ils restent dans un temps rapide et appartiennent totale
ment au
ciel1. Les pratiques concernant la foudre ob?issent ? la m?me id?e :
le lieu touch? par cette irruption non-m?diatis?e du ciel devient ? ciel ? et doit
?tre soustrait ? la propri?t? des hommes2.
Il est int?ressant de noter la fa?on dont les d?tenteurs des mythes du ?message
? traitent les deux messagers. A l'encontre de l'un comme de l'autre,
manqu?

i. Dans les soci?t?s africaines Y ?autel ? des gens


foudroy?s est en g?n?ral exclu de l'en
droit r?serv? aux ? autels ? des morts habituels. Au Buganda et au Burundi, la femme fou
droy?e qui a ?chapp? ? la mort revient de droit au souverain, ?tre
qu'on suppose d'origine
c?leste.
2. Le ? culte ? des de tonnerre de la m?me
pierres s'explique fa?on.

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ORIGINE DE LA MORT 45

l'aversion est presque


de r?gle. Le cam?l?on, notamment, est consid?r? d?favo
rablement par presque toutes les populations bantou et par d'autres aussi. Cette
aversion ? l'?gard de l'animal lent est doublement justifi?e : d'abord, parce qu'il
s'est laiss? devancer, sur le plan mythique, par son co?quipier, le messager de
mort ; ensuite, parce que dans le monde humain, la lenteur se trouve associ?e
? la mort1. La fa?on dont le cam?l?on est ? puni ? pour sa lenteur par les popula
tions qui le ? ha?ssent ? est significative, elle aussi. Les tribus thonga, zoulou,
venda, xosa, lamba, acoli, nyanja, ngoni et mushikongo l'agacent pour lui faire
ouvrir la bouche, puis jettent dedans une pinc?e de tabac, ce qui a pour effet
de faire mourir l'animal dont la couleur passe au pr?alable du vert ? l'orange et
de l'orange au noir. Cette pratique a sans doute pour but de marquer, du point
de vue de la mort, la position du cam?l?on par rapport ? la foudre : l'un tue par
sa lenteur, l'autre par sa c?l?rit? ; l'un est ? lenteur-mort ?, l'autre ? rapidit?
mort ?. Bien mieux : le cam?l?on peut ?tre consid?r? comme une sorte de ? fou
?
droy? permanent, tout comme les albinos qui, chez les Ba-Ronga, sont appel?s
? charbon-?clair ?, car ces gens pensent ? qu'ils ont ?t? br?l?s (hisa) par la foudre
dans le sein de leur m?re avant leur naissance ?2. Le rapprochement entre la
foudre, le foudroy? et le cam?l?on se justifie encore lorsqu'on sait que cet animal
?
est utilis? par les magiciens ?, ? l'instar d'un morceau d'arbre foudroy?, pour
la d?couverte des voleurs. ? Les magiciens se servent du cam?l?on pour d?couvrir
les voleurs. Ils en prennent un, l'enduisent d'une drogue qui le fait devenir tout
blanc et ils le l?chent. Alors le voleur, o? qu'il se trouve, devient aussi tout blanc,
et mourra s'il ne confesse sa faute. ?3
pas
en tant que m?diateur
Ainsi, entre le ciel et la terre quant ? Y ? origine ? de
la mort, le cam?l?on se trouve dans une position exceptionnelle : il est ? la fois
? lenteur ?, comme la ? vie ? du monde d'en haut, et ? cause ? c?leste de la mort
des hommes, comme la foudre. Il est, autrement dit, 1' ? incarnation ? des deux
notions contradictoires, la vie et la mort, r?unies en un seul et m?me ?tre.
Il est ais?, ? pr?sent, de constater que les r?cits d'origine de la mort, dits
mythes du ? message manqu? ?, sont d?pourvus d'intentionalit? ?tiologique
relative ? leur th?me apparent. Mais on peut dire qu'ils affirment avec emphase
la distinction entre le monde de Dieu et celui des hommes, l'existence d'un no
man's land (la ? bo?te noire ?) entre ces deux mondes, le caract?re mortel des
hommes et l'immortalit? de Dieu.
Cette mani?re de ? parler ? de la mort n'est pas sans int?r?t. Elle marque le
souci de situer le probl?me de l'existence humaine selon des coordonn?es discu
tables, certes, mais conformes ? la culture et ? la philosophie d'hommes pour

i. Sauf dans le cas o? l'animal lent jouit, par ailleurs, d'une tr?s grande long?vit?,
telle la tortue. Dans ce cas, la lenteur-mort peut au de la lenteur-longue vie.
s'?clipser profit
2. Junod, op. cit., II : 391, n. 1.
3. Ibid. : 295.

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46 DOMINIQUE ZAHAN

lesquels la vie et la mort ne se con?oivent pas sans r?f?rence ? l'intervention


du ? ciel ?.
Ce m?me souci se refl?te dans un autre
ensemble de mythes o? la condition
humaine est, n?anmoins, pleinement en mise
relief. Les r?cits de cette cat?gorie
peuvent ? juste titre ?tre rang?s selon les divers secteurs r?f?rentiels correspon
dant aux fonctions essentielles de la vie.
La possibilit? d'engendrer que l'homme partage avec le monde animal et
v?g?tal et qui, en m?me temps, l'oppose au monde inorganique, est tout indiqu?e
pour faire comprendre l'origine de la mort. Quoi de plus frappant, en effet, que
la succession des ?tres dou?s de vie ? partir d'une souche unique, dont les reje
tons se remplacent les uns les autres au fil du temps ? La mort n'est-elle pas,
d'une certaine mani?re, li?e ? la facult? m?me de reproduction ? Si la vie se r?g?
n?re pour se conserver, il est juste de penser que la mort est cach?e, comme la
? division ? du vivant, ? l'int?rieur de l'acte de vie. Aussi,
supprimer la repro
duction des vivants ?quivaudrait-il ? confondre monde organique et monde
inorganique.
Un mythe nupe relate, ? ce sujet, qu'au commencement Dieu cr?a les tortues,
les hommes et les pierres ; il les fit m?les et femelles et pourvus de vie, ? l'excep
tion des pierres. Cependant, aucune de ces esp?ces n'engendrait. Un jour, la tortue
d?sira avoir une post?rit? et ? cette fin s'adressa ? Dieu dont la r?ponse fut qu'il
lui avait accord? ? elle et aux hommes la vie mais non la permission d'avoir des
enfants. En ce temps-l?, ajoute le r?cit, les hommes ne mouraient pas ; devenus
vieux, ils retrouvaient automatiquement une nouvelle jeunesse. La tortue
renouvela sa demande et Dieu la mit en garde contre le danger de mort qu'entra?
nerait une affirmative de sa part. La tortue passa outre et maintint
r?ponse sa

requ?te ? laquelle s'associ?rent les hommes, d?cid?s ? avoir des enfants quitte ?
mourir. Les pierres refus?rent de s'engager dans la m?me voie. Alors, Dieu accorda
aux tortues et aux hommes la facult? d'avoir une post?rit? et la mort entra dans
le monde, mais les pierres en furent exemptes1.
Non moins essentiel ? la vie est le sommeil
qui, p?riodiquement, plonge le
vivant dans cet ?tat d'inconscience que les hommes ont, de tout temps et sous
toutes les latitudes, rapproch? de la mort. Si les similitudes entre les deux ph?no
m?nes leur ? n?cessaire ? connexion, l'absence de l'un provoque l'?va
appellent
nouissement de l'autre
et laisse poindre l'id?e d'immortalit?. D?s lors, n'est-il
pas logique pour la d'?tablir un lien tout aussi ? n?cessaire ?
pens?e mythique
entre la vie sans fin et l'?tat de veille ?
Au d?but de la cr?ation, affirme un mythe bassa, les hommes ?taient immortels.
Point n'existaient en ce temps-l? haines et disputes ; les animaux eux-m?mes ?taient
respect?s comme des fr?res par les hommes auxquels, en retour, les b?tes ne fai

i. L. Frobenius, Atlantis, lena, 1921-1928, 9 : 227 ; cit? par Abrahamsson, cit. : 68.
op.

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ORIGINE DE LA MORT 47

saient aucun mal. Lolomb, la divinit? qui ne dormait jamais, enjoignit aux hu
mains de toujours veiller, sinon la mort ferait son apparition dans le monde.
Mais ils ne purent r?sister au sommeil et pour cette raison la mort commen?a
son uvre1.

D'autres r?cits mettent en avant le besoin alimentaire et rattachent la mort


? la consommation de l'aliment essentiel ? la vie. Dans la cuvette congolaise,
o? la banane constitue la nourriture de base de la population, il est normal que
les mythes choisissent ce fruit pour en faire l'?l?ment significatif de la narration.
Chez les Basongh?, le cr?ateur Fidi Mukullu fit toutes choses ainsi que les
?tres humains. Il planta ?galement les bananiers. Quand les bananes furentm?res,
il envoya le soleil pour les cueillir. Celui-ci en apporta un panier plein ? Fidi
Mukullu qui lui demanda s'il en avait mang?. Le soleil r?pondit n?gativement et
le cr?ateur d?cida de soumettre sa r?ponse ? une ?preuve de contr?le. Il fit des
cendre l'astre du jour dans un trou creus? dans la terre, puis il lui demanda ?
moment il d?sirait en sortir. Le soleil : ?De bonne heure, demain
quel r?pondit
matin. ? ? Si tu n'as pas menti, lui dit le cr?ateur, tu en sortiras t?t demain matin. ?
Le jour suivant, le soleil apparut au moment par lui souhait?, ce qui confirma
son honn?tet?. La lune fut, ? son tour, charg?e de cueillir les bananes de Dieu
et futmise ? une ?preuve semblable. Elle aussi en sortit victorieuse. Vint le tour
de l'homme qui fut envoy? pour effectuer le m?me travail. Cependant, en route
vers le cr?ateur, ilmangea une partie des bananes r?colt?es et affirma ne l'avoir
point fait. Soumis ? la m?me ?preuve que les astres, il souhaita sortir du trou au
bout de cinq jours. Mais il n'en sortit jamais. Fidi Mukullu dit alors : ? L'homme
a menti. C'est pourquoi l'homme mourra et ne repara?tra jamais. ?2

L'?loignement du cadavre et de la pourriture constitue un autre trait dis


tinctif de la vie. Le contact avec la mati?re organique en ?tat de d?composition,
surtout quand il s'agit de la d?pouille mortelle d'un semblable, est finalement
une grave menace pour l'?tre vivant. M?me dans les populations qui pratiquent
le ? dess?chement ? du cadavre, l'homme finit par se s?parer d'un ?tre, fut-il
le plus cher. Les mythes dits de 1' ? enterrement pr?coce ? ne semblent pas tenir
compte de cette exigence et associent l'immortalit? de l'?tre humain au non
enterrement du cadavre.

Chez les Kongo, Nzambi cr?a l'homme et la femme. Celle-ci donna naissance
? un enfant. Le cr?ateur d?fendit aux parents de l'enterrer s'il mourait
; ils
devaient simplement le mettre dans un coin de la case
et le recouvrir de bois,
car au bout de trois jours l'enfant reviendrait ? la vie. Les parents ne crurent pas
les paroles de Dieu et quand l'enfant mourut, ils le mirent dans la terre. Alors

i. H AEssig, Unter den Urwaldst?mmen in Kamerun, 1933 : 98 ; cit? par


Stuttgart,
Abrahamsson, op. cit. : 36.
2. Frobenius, op. cit., 12 : 140 ; cit? par Abrahamsson, op. cit. : 52.

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48 DOMINIQUE ZAHAN

Nzambi : ? Je vous ai dit : n'enterrez pas l'enfant ;vous l'avez enterr?.


de d?clarer
C'est pourquoi tous vos descendants seront sujets ? la maladie, ils mourront,
? cause de ma d?fense que vous avez viol?e, w1
Cette seconde cat?gorie de mythes d'origine de la mort se diff?rencie sensi
blement de celle du ?message manqu? ?. L?, nous assistions ? un ?discours ? com
fond?, peut-on dire, sur une v?ritable ? th?orie ? de l'information ; ici, la
plexe
narration rev?t un caract?re plus simple et plus direct : elle rev?t la forme d'un
raisonnement dont la conclusion consiste en une option conforme ? la condition
actuelle l'?tre humain, face ? une des caract?ristiques
de essentielles de la vie.
En effet, chacun des mythes de la cat?gorie qui nous pr?occupe ici propose
? l'homme un choix entre la mortalit? et l'immortalit?. Mais, tandis que la pre
mi?re branche de l'alternative (la mortalit?) exprime la condition actuelle de
l'?tre humain, la seconde (l'immortalit?) conduit ? sa n?gation.
Il est ?vident que la clef de vo?te de ce raisonnement est fournie par l'?tat
? actuel ? de l'humanit?, caract?ris? entre autres par la le sommeil,
g?n?ration,
l'alimentation, la s?paration de la pourriture2. Si la pens?e mythique ?tablit un
lien n?cessaire entre la mort et chacune de ces caract?ristiques prises s?par?ment,
c'est qu'un tel lien existe d'abord entre elles et la mani?re d'?tre de l'homme.
Par l'immortalit? s'oppose ? cette derni?re de la m?me
ailleurs, fa?on que l'as
pect n?gatif des caract?ristiques essentielles de la condition humaine ? leur aspect
Il en r?sulte que l'homme ? ? pour la mortalit? parce qu'elle est
positif. opte
conforme ? sa condition en aucune il ne ? ?
; mani?re, pourrait opter pour l'immor
talit? sans rejeter automatiquement sa mani?re d'?tre [cf. tableau, p. 49).
D?s lors, ce qui est digne d'int?r?t dans les mythes de cette cat?gorie, outre
le type de raisonnement qu'ils affectionnent, ce sont les aspects particuliers
sous lesquels est saisie la condition humaine. Ceux-ci se rapportent le plus souvent
aux fonctions jug?es vitales : sexualit?, repos r?g?n?rateur de force, nourriture,

hygi?ne, etc. Toutefois, il en existe d'autres qui ont trait, par exemple, ? la connais
sance, ou ? l'?tat ?motionnel que doit engendrer la mort parmi les vivants. Un
mythe serer et un mythe korongo rendent compte du premier de ces aspects.
A l'origine, disent les Serer, les hommes ne mouraient pas. Le premier ?tre ?
subir la mort fut un chien. On l'enterra dans une termiti?re, au pied d'un baobab,
et comme personne n'avait vu auparavant un ?tre mort, ce fut un grand ?v?ne
ment. Les femmes se mirent ? danser, le chien fut envelopp? dans un tissu et
on tira des coups de fusil. Quand Dieu (Koh) vit tout ce que les hommes faisaient
pour le cadavre d'un chien, il se mit en col?re et, ? partir de ce moment, la mort

i. Institut royal colonial belge, M?moires g : 25 ; cit? par Abrahamsson,


(i)
op. cit. : 98.
2. Ne sont ?num?r?s ici que les aspects expos?s ci-dessus. Les mythes d'origine de la
mort prennent, cependant, d'autres aspects en consid?ration, tels que l'activit?, la sant?,
la distinction entre hommes et animaux, entre hommes et v?g?taux, le temps, etc.

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ORIGINE DE LA MORT 49

Les contraires des caract?ristiques


Immortalit? lien n?cessaire essentielles de la condition humaine
actuelle

opposition opposition

Condition actuelle
lien n?cessaire
de l'?tre humain

essen
Caract?ristiques particuli?res
tielles de la condition humaine
lien n?cessaire
actuelle

Mortalit? lien n?cessaire

devint aussi le lot des ?tres humains1. Le r?cit korongo choisit comme objet
d'enterrement un tronc d'arbre. Au commencement des choses, dit-on, les hom
mes ne mouraient pas, aussi leur nombre allait-il sans cesse croissant. Dans leur
ga?t?, les hommes commenc?rent ? ex?cuter des enterrements caricaturaux en
transportant en procession des troncs d'arbres qu'ils enterraient ensuite en grande
pompe. Quand Dieu vit cela, il fut irrit? et envoya la maladie et la mort dans le
monde afin de punir les hommes de leur moquerie2.
Il est facile d'?tablir la structure de ces deux r?cits en fonction de ce qui a
?t? dit plus haut. La condition humaine actuelle ?tant li?e ? la distinction entre
? ?
hommes et animaux hommes enterr?s, animaux non enterr?s
(mythe serer)
ou entre hommes et arbres (mythe korongo) hommes ? non
enterr?s, arbres
enterr?s ?, se trouve associ?e ? un aspect qui corrobore cette distinction,
la mort
??
tandis que l'immortalit? (? impossible r?aliser) va de pair avec la confusion
des hommes ou des animaux, des hommes et des arbres. L'un et l'autre de ces
r?cits insistent, on le voit, sur des aspects de l'intelligence et de l'esprit auxquels
les cultures int?ress?es attribuent, sans doute, la plus grande valeur : distinguer
et classer, opposer et associer les choses, afin d'?viter la confusion.
L'?tat ?motionnel cons?cutif ? la mort est l'objet d'un mythe, entre autres,
des Bena Kanioka. Un chasseur appel? Kassongo visita sans y ?tre autoris? le
village de Mauesse pendant la saison s?che, temps marqu? par la mort et le
dess?chement des ?tres c?lestes. Un jour, Mauesse fit une observation au chasseur

i. C. Tastevin, ?tudes missionnaires 2 : 85 ; cit? par Abrahamsson, op. cit. : 100.


2. S. F. Nadel, The Nuba, Londres, 1947 : 268 ; cit? par Abrahamsson, op. cit. : 101.

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50 DOMINIQUE ZAHAN

et en m?me temps, il lui remit un paquet. Peu apr?s, le fils de Kassongo mourut.
Ce dernier ne comprenant pas ce qui arrivait ? car en ce temps les hommes

jouissaient d'une vie ?ternelle ?, retourna au village de Mauesse pour s'en infor
mer. Alors, on lui fit comprendre que le paquet re?u pr?c?demment contenait
la punition de sa transgression, et on lui conseilla de retourner chez lui, de placer
son fils d?c?d? sur une natte et de pleurer. Kassongo fit ce que Mauesse lui avait
prescrit, tous les gens se rassembl?rent autour du cadavre et se mirent ? danser
tout en se lamentant. Cependant Mauesse envoya son chien pour voir si les humains
mangeaient et riaient au lieu de pleurer. Le chien retourna chez son ma?tre et
dit : ?D'abord, j'ai vu les hommes se lamenter. Puis j'ai vu les hommes manger,
vu se lamenter. Ensuite, ?
puis j'ai les hommes j'ai vu les hommes jouer et rire.
Mauesse alors sa sentence : ? les hommes ne m?me pas
prof?ra Puisque peuvent
?tre tristes, alors ils doivent tous apprendre ? mourir, w1
La structure de ce mythe est comparable ? celle des r?cits pr?c?dents. La condi
tion humaine implique des rites fun?raires complexes dont l'accomplissement
n'exclut pas, bien au contraire, les repas, les beuveries, l'exaltation et m?me
une certaine all?gresse. Or, pour ?viter la mort, les hommes du mythe auraient
d? s'astreindre uniquement aux pleurs et ? la lamentation. Cette exigence de
rimmortalit? contredit la mani?re d'?tre de l'homme et devient d?s lors ? inac
ceptable ?.

Comme on peut le constater, tous ces mythes ? ? l'instar des r?cits dits du
? message ?? ne sont pas, malgr? leurs apparences, destin?s ? nous
manqu?
renseigner sur l'origine de la mort. Mais par le truchement du probl?me qu'ils
se proposent de r?soudre, ils laissent appara?tre la conception de leurs d?tenteurs
au sujet de la condition humaine. La vie (F ? immortalit? ? originelle) constitue
la donn?e fondamentale de la mani?re d'?tre de l'homme, celle d'o? toutes les
autres d?coulent. La pens?e ne peut la saisir, pour la comprendre, qu'en la dotant
de tous les attributs contraires ? ceux qui caract?risent la mortalit?. Cela va de
soi puisque, d'une part, la mort se situe aux antipodes de la vie et que, d'autre
part, la m?me mort fournit aux humains une exp?rience bien plus r?aliste et plus
convaincante que la vie.
La vie a aussi la priorit? dans le temps, elle est avant la mort. Par cette exi
gence de la pens?e, bien mise en relief dans les mythes, ces r?cits constituent le

premier essai de l'?tre humain de s'appr?hender lui-m?me diachroniquement ;


ils sont des tentatives de l'homme ? la recherche des ?l?ments de son histoire ;
ils sont m?me des ?bauches de la premi?re histoire de la destin?e humaine.

i. Frobenius, op. cit., 12 : 174 ; cit? par Abrahamsson, op. cit. : 100 et 101.

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