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INTERIEUR Light

Akhenaton, pharaon d'Égypte, a régné pendant dix-sept ans et a tenté d'imposer le culte unique du dieu Aton, bouleversant ainsi la religion égyptienne traditionnelle. Son règne a été marqué par des changements radicaux, y compris la destruction des temples dédiés aux autres dieux, ce qui a entraîné une grande résistance parmi le peuple et le clergé. Après sa mort, son nom et son culte ont été rapidement oubliés, et l'Égypte a retrouvé ses anciennes croyances.

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Akhenaton, pharaon d'Égypte, a régné pendant dix-sept ans et a tenté d'imposer le culte unique du dieu Aton, bouleversant ainsi la religion égyptienne traditionnelle. Son règne a été marqué par des changements radicaux, y compris la destruction des temples dédiés aux autres dieux, ce qui a entraîné une grande résistance parmi le peuple et le clergé. Après sa mort, son nom et son culte ont été rapidement oubliés, et l'Égypte a retrouvé ses anciennes croyances.

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Akhenaton

Akhenaton n’a régné que dix-sept ans, mais a eu le temps


de mettre sens dessus dessous l’Égypte, un pays qui pour-
tant s’y connaît en résistance des matériaux, et d’être mau-
dit pour les siècles des siècles. Il faut dire qu’avant d’en
arriver là, il a exagérément fait son pharaon. C’est le grand
frère d’Akhenaton qui devait monter sur le trône, mais,
patatras, celui-ci meurt et la tiare passe sur la tête du petit.

Jusque-là, les Égyptiens adoraient tranquillement leur


panthéon de dieux à tête de ceci ou de cela, sous l’égide
d’un trio en chef : Amon-Rê, le plus aimé peut-être, qui as-
L’Égypte des pharaons a duré plus
de 3 000 ans : son histoire s’achève surait la victoire et la richesse, Isis, épouse et mère idéale,
avec la conquête romaine, sous
le règne de Cléopâtre en 31 av. J.-C. et Osiris qui veillait sur les morts. Mais voilà qu’Akhena-
Cette période nommée « Nouvel
ton, qui s’appelait encore sagement Aménophis (comme
Empire » au cours de laquelle ont
régné les ancêtres et successeurs son père), arrive au pouvoir et décide, puisque maintenant
d’Akhenaton aux noms prestigieux
(Hatshepsout, Toutankhamon, c’est lui le pharaon !, que tout cela c’est fini. Il a 21 ans. Il va
Ramsès) a été très brillante.
instaurer le culte unique du dieu solaire, Aton, et va chan-
À l’exception des grandes
pyramides bâties mille ans plus tôt, ger de nom. Il sera désormais Akhenaton, « celui qui est
tout ce qui fascine dans l’Égypte
ancienne date du Nouvel Empire, bénéfique à Aton ». Mieux encore, il n’en fera qu’à sa tête
qui a pour capitale la riche Thèbes.
et il faudra l’idolâtrer, lui aussi, ainsi que Néfertiti, sa belle
Les pharaons se font construire
leurs sépultures dans la Vallée des et royale épouse, et leurs filles. Forcément, il s’ensuivit un
Rois et la Vallée des Reines. Le dieu
Amon-Rê vénéré par tous, domine sacré bazar.
parmi de nombreux dieux. On érige
des temples à Karnak, Louxor,
Abou-Simbel. Avant ces caprices, le pays était riche et stable. Il tour-
nait rond avec son équipe de dieux. On leur construisait
des temples et des palais. Le clergé collectait l’impôt et
les récoltes. Il en redistribuait un peu à une population
asservie et habituée à des travaux de bêtes de somme. Les AKHENATON (vers 1353-1335 av. J.-C.),
pharaon, époux de Néfertiti, a essayé d’imposer
pharaons avaient leurs tombeaux géants pointus, et les le culte unique du dieu Aton :
une véritable révolution dans une Égypte
momies, leurs bandelettes. Par ailleurs, les guerres et les croyant en une multitude de dieux.
12 Akhenaton Akhenaton 13

Pharaon, fils des dieux sur conquêtes rapportaient gros. Bref, tout cela roulait impec- Cela dit, ils n’en savent pas beaucoup plus, les historiens. Une diplomatie d’argile.
Terre, dirige le pays et doit faire En 1887 une paysanne labourant
respecter la loi de Maât, déesse de cablement, comme un bloc de pierre de mille tonnes sur Alors, on suppose. Certains ont même imaginé qu’avec sa terre sur le site de l’ancienne
l’Harmonie. Il est le lien entre les des rondins de bois. capitale d’Akhenaton met au jour de
Égyptiens et les dieux : Amon-Rê, son culte de la personnalité et sa manie du seul Aton, le curieuses tablettes d’argile gravées.
garant des victoires et richesses ; En décidant qu’à la place de tous les dieux supervisant leur pe- pharaon avait lancé la mode du dieu unique, dans notre ci- Devinant qu’il s’agit d’antiquités,
Isis, maîtresse de la vie ; son époux, la paysanne les vend au marché
Osiris, gardien des morts et de tit monde, il n’y en aurait plus qu’un, Akhenaton prive le cler- vilisation. Rien n’est moins sûr. Dès sa mort, vers 40 ans à bas prix, ignorant qu’elle
l’au-delà ; leur fils Horus, gardien gé de son argent et, pire, de son pouvoir d’intermédiaire entre tient là des lettres d’une valeur
du ciel… C’est dans l’indifférence (raison ? inconnue), les Égyptiens s’empressent d’effacer inestimable. D’autres tablettes
qu’Akhenaton fonde le culte du l’autre monde et les hommes. Voilà le chômage qui pointe les traces de son règne et de raser sa capitale. Le site reste issues du bureau des Archives
Soleil, Aton, dieu abstrait et dénué d’Akhenaton ont, à leur tour, été
de traits humains. Il fait détruire pour les prêtres… ça commence très mal. D’autant que, dans maudit jusqu’au XIXe siècle et les restes de ce que l’on pense tirées de terre. Y sont évoqués le
au marteau les images d’Amon, la foulée, pharaon fait détruire les anciens temples. commerce, les alliances militaires
mais n’exige pas de son peuple être sa tombe ont été profanés. et projets de mariages propices
qu’il se convertisse. Les prêtres de aux bonnes relations. Ce sont les
Thèbes, dont le pouvoir gêne depuis
longtemps les pharaons, sont un Il abandonne ensuite la capitale Thèbes, pour en fonder Le successeur d’Akhenaton, son frère, abandonne le titre
seuls témoignages permettant de
reconstituer les relations de la cour
temps affaiblis, mais triomphent une nouvelle, à quatre cents kilomètres de là, loin de tout. d’Égypte avec les royaumes voisins,
quand le nom d’Aton sombre Toutankhaton pour un autre plus classique : Toutankha- pendant les règnes d’Hatshepsout,
dans le sable. Tout cela n’est pas donné, mais « le pharaon soulignait qu’il mon. Quant au culte d’Amon-Rê et ses nombreux collè- Thoutmosis, Aménophis
et Akhenaton.
voulait construire sa ville à cet endroit et nulle part ailleurs, et que gues, il repart de plus belle.
si quelqu’un essayait de le persuader de la construire ailleurs, il ne Car ce n’est pas tout ça, les fantaisies et les caprices, mais
l’écouterait pas, même s’il s’agissait de la reine elle-même ». il y a encore un paquet de choses à bâtir.

Le peuple égyptien, que l’on ne soupçonnera jamais de


paresse, se retrouve donc, lui, avec du travail en plus, déjà
qu’il n’en manquait pas… Et il a sur le dos un chef coupé
des réalités, qui va un peu trop vite pour lui dans la rou-
tine millénaire. Le peuple accomplira sa tâche (l’habitude
sans doute), mais sans renoncer à ses chers dieux. Il faut
bien s’accrocher à quelque chose pendant que le pharaon,
qui est tout de même très spécial, prie, révolutionne l’art et
commande des statues à son image (silhouette féminine
et yeux en amande), même lorsque malade (de quoi ? on
ne sait), il finit obèse. Et tout ça pour ? Pour « asseoir son
pouvoir », expliquent les égyptologues. Ambitieux et méga-
lomane, le pharaon, mais pas bête…
Spartacus
On ne sait presque rien de ce fameux esclave qui, avant de
ressembler à Kirk Douglas au cinéma, a fait trembler Rome
comme une feuille de laurier. C’est un homme né libre, en
Grèce. Fait prisonnier et enrôlé de force dans l’armée ro-
maine, il déserte, est repris, puis vendu à un marchand,
un certain Batiatus. Celui-ci va en faire un gladiateur et le
produire dans des spectacles du côté de Capoue, au sud de
Rome.
Les esclaves qui se révoltent, Rome connaît bien et les écrase
Trois guerres d’esclaves. généralement vite. Avec Spartacus, ça va être une autre SPARTACUS (vers 100-71 av. J.-C.)
À l’époque de Spartacus, Rome, a dirigé, en 73 av. J.-C., la plus célèbre des
conquérante, multiplie les paire de manches. À la fois « doux » et « autoritaire », « cruel, révoltes d’esclaves contre Rome. Il a marché
prisonniers et en fait des esclaves. sur sa capitale, tenu son pouvoir et son armée
imaginatif et courageux », « il a une très grande influence sur ses en échec durant près de trois ans.
Les plus chanceux sont domestiques
en ville ou gladiateurs. Les plus compagnons », dixit les historiens grecs. Et sa femme, qui
nombreux travaillent à la campagne
au service des sénateurs. Ceux-ci sait lire les songes, est une magicienne !
ont beau faire régner la terreur,
les révoltes se multiplient. Dans
la seconde moitié du IIe siècle Un jour, Spartacus convainc 70 de ses compagnons de cir-
av. J.-C., une vraie guerre oppose
Romains et esclaves : leur chef que de s’enfuir en s’emparant de broches et de coutelas de
est même nommé roi. Puis ce cuisine (mesure de prudence élémentaire, les gladiateurs
sont 40 000 rebelles, qui ravagent
la Sicile. Il faudra pas moins de s’entraînent avec de faux poignards). Coup de chance, à
trois ans aux Romains pour envoyer
les derniers récalcitrants nourrir peine dehors, ils tombent sur des chariots chargés d’ar-
les fauves. Spartacus déclenche mes, des vraies… Ils seront une centaine, au bout d’une se-
la dernière et la plus meurtrière
des « guerres serviles ». Il a tant maine, 10 000 au bout d’un mois, et, excusez du peu, plus
terrorisé Rome que son nom
est resté durant des siècles de 150 000 à le rejoindre, un an plus tard.
une insulte en latin ! Avec ses copains gaulois Crixus et Œnomaeus, Spartacus
met en coupe réglée toute la région, récupérant armes et
vivres, qu’il partage entre les hommes équitablement (une
mesure très populaire). Fonçant vers Rome, Spartacus et
les siens rallient à eux les esclaves et les ouvriers agrico-
les pauvres, partout sur leur passage. Les propriétaires ont
beau équiper des milices privées contre eux, les rebelles
16 Spartacus Spartacus 17

restent insaisissables. Les propriétaires doivent appeler Spartacus organise même des combats de gladiateurs avec
Rome et ses légions à la rescousse. Mais, les officiers ne trois cents prisonniers. L’humiliation…
sont pas très chauds pour se battre contre des hommes de Rome aux abois arme alors puissamment le riche et vani-
vile condition. Ils auraient dû, les prétentieux… car pen- teux Crassus. Si, avec son armée de 50 000 hommes, il ne
dant ce temps, Spartacus pille villes et villages. parvient pas à vaincre Spartacus de front, il le repousse loin
de Rome. Les légions assiègent Spartacus, trahi par ses al-
Les esclaves, réfugiés sur les pentes du Vésuve, un volcan, liés, et attendent que son armée tombe de faim. Au bout
sont assiégés, mais Spartacus réussit à s’enfuir en fabri- du rouleau, Spartacus et les siens s’échappent encore une
quant des échelles avec des sarments de vigne pour ensuite fois (sous la neige !). Ils n’ont pourtant pas encore dit leur
massacrer les Romains endormis… De nouvelles troupes dernier mot ! Crassus recule, mais fini de rigoler ! D’autres
sont envoyées contre eux, mais toutes sont battues. Sparta- armées l’aident à bloquer les trublions. Décidé à mettre
« Celui qui va mourir te salue » :
les gladiateurs ont droit à une cus étonne par sa mobilité, il se permet même de surpren- Spartacus à sa botte, Crassus va jusqu’à punir de mort ses
nourriture abondante et à la
dre un général sénateur dans son bain. soldats en les décimant. Eh oui, décimer, c’est ça : en exé-
compagnie d’une femme pour
entretenir leur forme. Le combat Justement : le Sénat commence à s’énerver. Il charge le pré- cuter un sur dix pour motiver les neuf autres !
de gladiateurs, divertissement
coûteux, est un « cadeau fait au teur Varinius, un haut fonctionnaire, d’arrêter la progres-
peuple » par les sénateurs, ou par
l’empereur, soucieux de leur image.
sion de l’ancien gladiateur. Les esclaves sont mal armés, En mars 71 av. J.-C., c’est l’affrontement final. Spartacus
Des hommes libres, qui luttent mal équipés et ont souvent faim et soif. Mais « la haine qu’ils abat son cheval, déclarant qu’il en trouvera un meilleur, s’il
pour l’argent et assurent ainsi
la qualité du spectacle, se mêlent éprouvent contre ceux qui avaient été leurs bourreaux les rend ingé- l’emporte… ou qu’il n’en aura plus besoin, avant de mou-
aux esclaves. Les spectateurs –
nieux : plusieurs d’entre eux ont fondu leurs chaînes, pour en forger des rir au combat. 60 000 esclaves sont tués. La répression est Kirk Douglas
empereur compris – se répartissent
dans le rôle
en groupes de « supporters ». glaives et des flèches ». Et une nouvelle fois, ils s’échappent. terrible. 6 000 insurgés ramenés à Rome sont crucifiés le de Spartacus
Lorsque les gladiateurs sortent
vivants d’un duel, le public peut Il est temps pour Spartacus d’affronter Rome et les cohor- long de la via Appia, une sorte d’autoroute entre la capitale
décider de la mort de l’un d’eux
tes de Varinius en bataille rangée. Personne ne donnerait un et Capoue, pour faire un exemple.
d’un simple geste du pouce tendu
vers le sol… Mais, vu leur « prix », sesterce de sa peau. Résultat : les Romains sont une fois de Quant à Crassus, n’ayant vaincu que des esclaves, il n’ob-
il est plus intéressant de garder les
lutteurs vivants. Le fameux « Ave plus écrasés (et épouvantés par les cris de guerre du camp tiendra pas de lauriers du Sénat, mais une simple « ova-
Cesar, morituri te salutant » n’aurait
adverse). Spartacus s’offre en prime le luxe de récupérer le tion », le triomphe du pauvre.
été prononcé qu’une fois.
cheval et l’armure du chef ennemi, qu’il porte désormais
partout. Le mythe est en marche… On est en 72 av. J.-C. Jamais Rome n’avait eu si peur, et ce pendant près de trois
longues années. Et, désormais, tous savent qu’un autre
Au Capitole, ça chauffe. Deux consuls, Gellius et Lentulus, Spartacus peut toujours surgir.
sont nommés, mais ne tardent pas à être aplatis à leur tour!
Arthur Rimbaud
À 19 ans, il arrête d’écrire. D’un an jusqu’à dix-neuf ans file J’ai 17 ans, âge insolent. ARTHUR RIMBAUD (1854-1891),
Rimbaud est l’unique grand poète français, a su associer les mots
ma vie de poète. Je déteste déjà la société. Je veux quitter et les sons pour parler d’une quête
écrivain à avoir volontairement
renoncé à la littérature, après ne d’absolu, capable de rendre à l’homme
Puis à trente-sept, l’aventure s’arrête. ma cité.
son « état primitif de fils du Soleil ».
s’y être consacré que quatre ans,
Je suis Arthur Rimbaud, et il y a eu Je publie, je rime, y’a la césure, Jugeant la poésie impuissante
n’avoir publié que trois poèmes
à « changer la vie », il y renonce très tôt.
et un court livre Une saison en enfer. rarement si pur, si beau. mes strophes sont sûres.
Le poète devient ensuite aventurier,
voyageur, commerçant en Afrique. Je ne compte pas mes pieds
Des spécialistes discutent encore
Un, deux, trois, quatre, cinq, six ans… sur mes doigts :
des raisons de sa volte-face.
Pensait-il faire une simple pause ? voilà, j’en ai sept : ils coulent tout seuls de moi.
Voulait-il s’enrichir ? A-t-il craint
que son ambition artistique ne le mon père a quitté maman. Desdouets, principal du collège
mène à la folie ? C’est grâce à son Elle devient aigrie, sévère : une peste. de Charleville-Mézières,
ex-amant, le poète Verlaine, que
l’œuvre de Rimbaud a été connue. Enfant doué en tout, des mots je me la ville d’où je suis originaire,
Le mystérieux renoncement du joue. dit : « Intelligent, tant que vous voudrez,
jeune artiste, sa liaison orageuse
avec Verlaine (avec échanges C’est un vrai don. Je suis très bon. mais il a des yeux qui ne me plaisent pas…
de coup de feu !) et sa mort
Je suis surtout libre dans ma tête. Ce sera le génie du mal ou celui du bien. »
prématurée ont entretenu un
mythe, à la hauteur de son talent. Mais ma mère m’accable de ses Bravo, Desdouets :
préceptes. t’étais presque doué.
Huit, neuf, dix, onze… jusqu’à dix- Las, je mets le bazar,
sept : me fais la belle, Izambard,
j’apprends tout aisément. mon prof de lettres et de plume
J’écris des poèmes en latin, à des m’aide à déployer mes ailes.
camarades j’en revends : J’ai des poèmes dans les cheveux,
« il leur évitait cette pénible corvée »… et ils me tombent toujours
a-t-on commenté dans les yeux.
Quelle corvée ? C’est si aisé ! Me voici « voleur de feu ».
J’en écris même dans mes copies Feu vital, feu sacré : il sera fatal et agité.
de maths
et ma virtuosité épate ! Dix-huit, dix-neuf et vingt : fini l’école,
Je suis le meilleur tout le temps. fini le latin.
Je rafle les prix d’excellence, Je fugue, je fume, je suis bohème,
facilement. j’aime la Commune et renie
mes poèmes,
72 Arthur Rimbaud Arthur Rimbaud 73

Vaincre la banale réalité est Je veux me dérégler les sens, Après, la poésie et moi, c’est terminé. le froid ; besoin de chaleur. Une chute : je me blesse à la jambe,
l’objectif de vie du jeune poète. « Les
je cherche le beau ; Elle me déçoit, trop étriquée. Alors je pars vers d’autres cieux, l’Afri- En France, je rentre.
habitudes n’offrent pas de consolations
aux pitoyables jours », dit-il à un ami. mes cheveux longs dévalent mon dos. Je clame que mes textes sont que mérite mes yeux. Ça s’aggrave : on m’ampute.
« Vous roulez dans la bonne ornière »,
écrit Rimbaud à son professeur J’aime la vie et la hâte, je me révolte et des « rinçures » : J’en meurs.
de français adoré… parce qu’il m’exalte. voici venir le temps de l’aventure. Vingt-sept… C’était tôt, mais c’était mon heure.
enseigne pour vivre ! Lui, Rimbaud,
veut être entretenu, Verlaine Je prends vingt centimètres trente… trente-trois… trente-sept Je n’ai rien à regretter,
acceptera. « Ma ville natale est
en neuf mois. De vingt et un à vingt-six ans, ans… : j’ai tout goûté.
supérieurement idiote entre les petites
villes de province », il la quitte pour Le bac, ce sera sans moi. Ce n’est pas c’est à cet âge que, souvent, je marche des milliers de kilomètres,
Paris, mais y reviendra toujours.
Rimbaud a le parcours classique tout, je dis que « je ne resterai pas ici je vais à Chypre, je vais, je viens, me Ma légende peut commencer.
d’un artiste, né en province, je fais les 400 coups. longtemps ». pose dans des places de rêve, C’est en poète maudit
au XIXe siècle, sauf que chez lui
Paris, dont il est vite déçu, se dit « Il y a une chose impossible, c’est la vie telle Aden, Abyssinie. qu’on me décrit aujourd’hui.
« Parmerde ». Travailler devient Je traîne avec un homme plus vieux Je cherche un éden ? une utopie ? J’en inspire depuis des milliers :
« travaince » (du latin vincere : sédentaire » :
« vaincre »), car son but dans la vie de dix ans, plutôt courir que Charleville-Mézières ! Quoi ? rimailleurs ou rockeurs, ados rêveurs,
est de vaincre le sens commun des
c’est mon amant, le grand Verlaine, J’apprends des langues à foison, Nul ne sait, même pas moi. ou artistes tapageurs.
mots pour accéder à l’inconnu.
Nous nous ferons même la haine, je veux changer d’horizon. Je suis à cheval, en caravane, Ils prétendent tous savoir qui je fus.
autre sentiment. Vient la folie des voyages commerçant, trafiquant d’armes, Mais moi jamais je ne l’ai su.
Avec lui, je bois, fréquente des poètes. et d’autant de langages. aventurier, chef d’atelier d’un tri
Je suis ivre de mots comme de tout. On m’appelle « le voyageur toqué », de café,
Scandaleux, mais je ne suis pas dément, photographe, guide ou interprète.
je brûle la vie par les deux bouts, J’aime une femme, la langue arabe
je suis « l’homme aux semelles de vent... »
c’est mieux. et l’âme des pays,
Charleville- À pied, je parcours l’Europe et Java,
Nous allons de toit en toit, de nous les Gallas, Harar ou Djibouti. « Je dis qu’il faut être voyant,
Mézières, ville des coins d’Orient, se faire voyant. » Rimbaud a décrit
natale du poète
à nous, Pendant ce temps, bien loin de là, son projet littéraire dans une lettre
et du monde,
adressée à un ami. Il n’a alors que
allers et retours, on dit mon nom, glose sur moi,
mais reviens toujours à Charleville : 17 ans ! « Je dis qu’il faut être voyant,
Paris chez lui, chez moi, Londres, C’est à Paris : on parle d’une chose se faire voyant. Le poète se fait voyant
la Terre est ronde. par un long, immense et raisonné
Bruxelles et alentour. que je renie : dérèglement de tous les sens. Toutes
Un jour je suis soldat, un jour
Tumulte, passion, débauche et zut, mes textes, ma poésie. les formes d’amour, de souffrance,
déserteur, de folie ; il cherche lui-même, il épuise
lors d’une colère, 37, c’est ma fin. Dans ma boutique, en lui tous les poisons, pour n’en garder
un jour moribond, chef d’équipe,
que les quintessences. Ineffable torture
Verlaine me tire au revolver. à Aden, en Éthiopie,
vagabond, ingénieur. où il a besoin de toute la foi, de toute
Il part en prison, moi chez ma mère, je m’ennuie, la force surhumaine, où il devient entre
Je voyage tant et tant, du nord au sud,
tous le grand malade, le grand criminel,
et j’écris Une saison en enfer. je n’ai toujours pas trouvé le sens le grand maudit, – et le suprême
que, finalement, je ne supporte plus
de ma vie. Savant ! – Car il arrive à l’inconnu ! »
Sigmund Freud
« Quels progrès nous faisons ! – Bon, allongez-vous. Expliquez-nous tout ça. Hmm,
Au Moyen Âge, ils m’auraient brûlé,
à présent ils se contentent de brûler commencez par le début, s’il vous plaît…
mes livres », commente Freud,
– Nous avons été trois à esquinter les illusions de l’homme.
qui scandalise en montrant que
contrairement aux apparences Copernic lui a expliqué qu’il n’était pas le centre de l’Uni-
orchestrées par la société,
les hommes sont animés vers (dur…). Ensuite, Darwin l’a obligé à admettre qu’il
par la violence et leurs pulsions.
n’était qu’un cousin du singe (rude…). Et moi, j’ai montré
Son pessimisme est confirmé
par la grande boucherie qu’est pourquoi ça ne tournait jamais complètement rond dans
la Première Guerre mondiale, où
ses trois fils sont engagés. Mais, nos têtes, hé, hé, hé, de cousins du singe… Et, cela a été in-
en posant que la parole peut être
supportable à la société de s’entendre dire cela, « ja, unaus-
un outil permettant de faire de
l’existence une expérience moins stehlich », « oui, insupportable » !
pénible, il redonne aussi confiance
en l’humanité : « Il fait plus clair – Bien… Mais encore ?
quand quelqu’un parle », a dit
– Avec ma théorie, la « psychanalyse », j’ai expliqué que ce sont
un jour un petit garçon à Freud,
ce qui lui a donné à penser… nos désirs, nos envies, qui nous rendent si peu raisonnables…
– Hmm… On dit que vous auriez averti que vous nous « ap-
portiez la peste », que rien ne serait désormais pareil… Mais,
SIGMUND FREUD (1856-1939),
vous, qui vous intéressez tant à l’enfance, dites-en un peu médecin autrichien, a inventé la psychanalyse,
qui soigne en utilisant les mots et les symboles.
plus sur la vôtre… Il a montré que, autant que par le raison-
nement, l’homme est piloté par des pensées
– Je suis né en 1856 dans un petit bourg de l’empire austro- dont il n’a pas conscience.
hongrois… Mon père… il y avait en lui « un mélange de profonde
sagesse et de fantaisie légère, il a joué un grand rôle dans ma vie ».
J’ai eu cinq sœurs et deux frères. J’étais le fils préféré de ma
mère. Elle « m’a enseigné que nous avions été faits de terre et que nous
devions retourner à la terre »… À eux deux, mes chers parents
m’ont donné un prénom impossible : Sigismund Schlomo.
Je l’ai transformé en « Sigmund », qui signifie protection et
victoire. Mon père, commerçant en tissus, a été ruiné. Nous
avons déménagé à Vienne, vécu dans la misère.
– Bien… À l’école, ça se passe comment ?
– « Nul ne devinerait en me regardant… mais à l’école, déjà, j’étais
toujours parmi les opposants les plus hardis ; j’étais toujours là quand
76 Sigmund Freud Sigmund Freud 77

L’Antiquité passionne le père de la il s’agissait de défendre quelque idée extrême et, en règle générale, prêt à J’ai développé la technique de la « libre association », qui
psychanalyse. Féru de mythologie,
Freud s’en inspire dans sa pratique. payer pour elle. » J’étais un excellent élève. La lecture d’un essai permet d’exprimer ses pensées, sans réflexion, ni censure.
Dans son cabinet, des statues de sur la Nature de Goethe (« ach, was ein Mann ! », « ah, quel gé- Mais, ce qui a le plus fait enrager mes adversaires, c’est que
dieux d’Égypte, de Grèce, de Rome
et d’Orient fixent sa clientèle. nie ! ») m’a décidé à étudier la médecine. J’ai été un peu lent à je fasse payer mes consultations, comme n’importe quel
Il a popularisé le mythe d’Œdipe.
Ce dernier se croit adopté, il tue avoir mon diplôme, mais entre-temps, j’ai travaillé pour être médecin ! « Ach, ein richtiger, un “ vrai “ Skandal » ! Heureuse-
son père puis épouse sa mère, sans indépendant. À l’hôpital de Vienne, je me suis spécialisé en ment, peu à peu, j’ai eu des disciples.
savoir qu’ils sont en réalité ses
parents biologiques. Freud dit que, psychiatrie et dans l’étude du système nerveux. – Hmm…
comme dans ce mythe, tout enfant
rêve d’être l’unique objet d’amour – Bien, bien… – J’ai démontré que personne ne sait vraiment ce qu’il fait !
de son parent de sexe opposé et voit – Je me suis ensuite marié avec ma chère Martha. J’ai eu Ca paraît logique, pourtant… Il suffit de voir les horreurs
alors dans le parent de même sexe
un rival à éliminer. Le docteur pense une bourse pour aller à Paris, où j’ai rencontré l’immense commises par l’humanité… D’ailleurs, je n’ai jamais pré-
que, dans la vie d’une personne,
ce qu’elle a rêvé ou imaginé, ses docteur Charcot… « Ach, was ein Mann », « ah, quel génie » ! tendu guérir personne, non, mais juste aider chacun à vi-
« fantasmes », est aussi important Il soignait ses malades hystériques en pratiquant l’hypno- vre avec ses folies intimes…
que ce qui s’est passé.
se. Rentré à Vienne, j’ai fait connaître ses idées révolution- – Bien, vous nous avez donc vraiment apporté la peste…
Le Songe d’une L’humain laisse tomber dans
naires… Et, ça a été la catastrophe ! Mes collègues m’ont – Hé, hé, j’ai allumé une bombe ! Ma façon de faire, long- nuit d’été, l’oubli ses pensées les plus
de Marc Chagall dérangeantes, affirme Freud.
traité de doux rêveur… À 29 ans, j’ai ouvert un cabinet pour temps rejetée, a été jugée efficace sur les soldats rescapés
Sans cette évacuation, ce
les malades nerveux, sans grand succès. de la Première Guerre mondiale. J’ai été nommé profes- « refoulement », il n’aurait
pas l’énergie nécessaire pour
– Bon… Mais rien ne vous prédisposait à devenir le « méde- seur : ça a été un big-bang dans les salons viennois… J’en construire sa vie. Ces pensées
cin, spécialiste de l’amour » comme on vous a surnommé ? rigolais bien en douce ! évacuées construisent ce que Freud
appelle un « inconscient ». Cet
– Oui, ils m’ont accusé de voir du sexe partout, alors que « Comme si le rôle de la sexualité avait soudain été découvert officielle- inconscient doit être exploré pour
soigner certains problèmes ou
c’est eux… hé, hé, nous tous… Je résume vite fait, hein ? ment par Sa Majesté, l’empereur François-Joseph, la signification des simplement mieux vivre. Pour cela,
C’est à cause de la sexualité qu’on aime le pouvoir, Dieu ou rêves confirmée par le Conseil des ministres et l’utilité de la psychana- le psychanalyste est attentif aux
mots et à la parole du patient. Et, il
l’argent, qu’on tue ou se dispute en famille… « Un conte de lyse reconnue par le Parlement, à la majorité des deux tiers » ! s’intéresse à ce qui avait jusque-là
été jugé sans intérêt : par exemple,
fées scientifique » ont protesté mes confères. – Vous avez révolutionné le regard porté sur l’homme ? les lapsus (le fait de dire un mot à la
J’ai expliqué que, des enfants aux adultes plus sérieux, on – Hmm… Il y a eu peu de révolutionnaires aussi sages que place d’un autre) ou les rêves, « voie
royale qui conduit à l’inconscient ».
y pense tous, sans jamais vouloir le savoir, « sans vraiment moi : rivé à mon bureau et mes patients… Un révolution- Apparemment absurdes, ceux-
ci sont des messages codés. Le
en avoir conscience » ! Du même coup, j’ai révélé que nous naire avec six enfants, « ma fierté et ma richesse », mais ce qui psychanalyste doit aider son patient
avions tous un « inconscient ». fait pas mal de monde à table… à en déchiffrer le sens pour mieux
comprendre son esprit et ses
– Comment en êtes-vous arrivé à cette idée? – Bon. Nous poursuivrons la semaine prochaine… Ce sera émotions.
– En étudiant mon propre esprit et mes rêves, en écou- 300 euros.
tant mes patients atteints de tics, manies, angoisses… –– Oui… il faut bien vivre et ça n’est pas donné !
Gandhi
Il a inventé une méthode imparable pour avoir, à l’usure,
les Anglais qui exploitaient son pays : ne rien faire. Ou
presque, ce qui est une sacrée nuance…

Désobéir au quotidien… En 1920


Gandhi exhorte les Indiens Gandhi, dit aussi le Mahatma (la « Grande Âme »), naît sous
à boycotter les vêtements anglais. le signe de l’effort permanent. « J’exerçais une garde jalouse sur
Puis, avec les responsables du
Parti du Congrès (qu’il dirige ma conduite. Si je méritais ou semblais, aux yeux du maître, méri-
jusqu’en 1934), il appelle, à la
ter d’être repris, cela m’était intolérable », se souviendra-t-il. Un GANDHI (1869-1948), père de la
« désobéissance civile » : à se
non-violence, organise la résistance
détourner des tribunaux, écoles, jour, il vole un morceau d’or, en tout bien tout honneur, contre les Anglais et contribue à gagner
de l’administration dirigés par l’indépendance de l’Inde. Partisan de la to-
les Anglais. La population est pour rembourser une dette contractée par son frère. Mais, lérance entre religions, il meurt assassiné.
lasse de payer l’impôt anglais sur Il demeure le symbole du pacifisme.
le sel recueilli sur les rivages de se sentant coupable, il avoue tout dans une lettre et voilà
son pays. En mars 1930, Gandhi qu’à sa lecture son père, un notable pourtant sérieux, fond
marche 388 kilomètres jusqu’au
bord de l’océan, où il ramasse en larmes. Puis « il ferma les yeux pour réfléchir et déchira le bout
symboliquement un peu de sel, vite
rejoint par une foule non violente. de papier. Moi aussi, je pleurais. Je pouvais voir qu’il souffrait atro-
60 000 personnes sont pourtant cement ».
emprisonnées et il y a des morts :
le monde entier est choqué. Gandhi On imagine l’ambiance à la maison… D’autant que la ma-
déclare alors : « Le poing qui a tenu Une manifestation
ce sel peut être brisé, mais le sel ne sera non-violente contre man, une vraie « sainte », jeûne à tout bout de champ. Mais
jamais rendu. » les Anglais
c’est comme ça, dira Gandhi, qu’on attrape le virus de
l’ahimsa, de l’action par la non-violence. Bref, ce n’est pas
la « brigade du rire » chez les Gandhi, surtout qu’ensuite le
jeune homme est marié d’office, qu’il s’en veut d’avoir été
absent lorsque son père meurt, et qu’il devient, à 16 ans,
chef de famille.

Le jeune Gandhi voudrait faire médecine. Raté, il est un


élève médiocre, et il n’est pas si calé que ça en anglais.
Justement, pourquoi pas l’Angleterre ? Pour travailler son
accent et apprendre les lois de Sa Très Gracieuse Majesté ?
L’ami qui a soufflé l’idée a beau être un brahmane, ce qui
se fait de plus costaud en matière de traditions indiennes,
84 Gandhi Gandhi 85

c’est quand même un beau scandale dans le clan Gandhi. Lorsque, au bout de vingt ans, le Mahatma rentre en Inde, Les conditions de l’indépendance
désespèrent Gandhi. Son pays est
S’éloigner du pays fera de « cet enfant un paria jusqu’à la fin de sa réputation est immense. Ça tombe bien car, ici, il y a du certes libre en 1947, mais divisé dès
1948. Il est amputé à l’ouest et l’est
ses jours ! » Tant pis. Après avoir juré à sa mère de « ne tou- boulot, avec tous ces Anglais… Mais d’abord il faut bien se pour créer un État musulman (qui
cher ni au vin, ni à la femme, ni à la viande », les trois grands loger, la Grande Âme fonde un ashram, une ferme collec- se partagera ensuite entre Pakistan
Une introuvable unité. et Bangladesh). Cette « partition »
Lorsqu’en 1931 des négociations dangers qui guettent l’Indien en voyage, il fait sa valise. Au tive, avec 25 disciples. Ensuite, il opte pour l’habit tissé à la se fait dans la violence : 1 million
sur l’indépendance de l’Inde de morts, plus de 10 millions
s’ouvrent à Londres, elles échouent revoir l’Inde ! Ici, Londres. maison. Si la mode prend, les usines de tissus des Britan- de déplacés. Gandhi cherche
sur les divisions religieuses. Le l’apaisement avec les musulmans,
Là, il découvre les « good manners » (leçons de danse et d’élo- niques n’auront plus un sou indien. Pas bête… Pour enfon-
futur drapeau indien a beau mêler ce qui lui attire les foudres des
le vert pour l’islam, le safran pour cution), se prend pour un dandy et, il faut bien le reconnaî- cer le clou, il lance une grève, et réussit à faire reculer les intégristes hindous. L’un d’eux
l’hindouisme, et le blanc pour les l’assassine le 30 janvier 1948. Le
autres religions, chacun suit son tre, vit un peu dans le fog, le fameux brouillard britannique, discriminations raciales et les impôts écrasants réclamés pays adule toujours le « Père de la
parti. Il faut compter aussi avec nation ». Son message de tolérance
en négligeant ses promesses. Mais au final tout s’arrange. par la Grande-Bretagne. Sinon, lorsqu’il n’y a pas grève,
les intouchables, groupe banni par a aussi inspiré l’Américain Martin
la religion hindoue, majoritaire, Il obtient son diplôme de droit et, surtout, c’est la révéla- Gandhi décide parfois de ne plus parler, et toc ! pendant un Luther King, le Polonais Lech
qui hiérarchise la société selon le Walesa, le Sud-Africain Nelson
supposé degré de pureté de chacun. tion : il se découvre viscéralement indien. an. Pareil, lorsque ça barde trop entre Indiens musulmans Mandela ou la Birmane Aung San
Pour obtenir l’union, Gandhi Suu Kyi. En 2007, l’ONU a déclaré
jeûne et frôle la mort. À la radio, et hindous, il met tout le monde d’accord en ne mangeant
l’anniversaire de sa mort « Journée
on suit son état de santé heure par Pourtant, de retour en Inde, le jeune avocat a un peu de plus. Et retoc ! internationale de la non-violence ».
heure, jusqu’à ce que « les portes des
temples, fermés depuis des millénaires mal avec les lois locales, qu’il connaît mal et, en plus, il bé- En 1919, lors d’une action pacifique, les Anglais tirent sur
aux intouchables, s’ouvrent pour eux ».
gaie ! Aussi, lorsqu’un poste s’offre en Afrique du Sud, il se la foule. Bilan : 400 morts, 1 000 blessés. Pour Gandhi,
Après la Seconde Guerre mondiale,
l’indépendance est acquise, dit qu’à 24 ans sa carrière va peut-être enfin décoller. Pas pourtant patient, la coupe est pleine, il faut gagner l’indé-
mais toujours pas l’unité.
de chance, dans ce pays gouverné par les Boers et les An- pendance !
glais (oui, à l’époque, ils sont partout), on est très raciste. Campagne de désobéissance civile, grèves, manifesta-
Lorsqu’un jour, dans un train, le contrôleur lui ordonne tions, répressions, prison, insurrection : l’Angleterre, déjà
e
d’aller en 3 classe, « avec les Noirs et les Indiens », c’est bien mal en point après la Seconde Guerre mondiale, n’en
parti : il ne bouge pas ! Il est expulsé du wagon, mais ce peut plus de son problème indien et du gourou en tunique
n’est pas très grave, parce qu’en réponse il crée un parti. blanche ! Ça dure depuis trente ans et lui attire la désap-
Il explique aux foules le satyagraha, « la force de la vérité ». Sa probation internationale. L’indépendance est proclamée le
méthode : désobéir et endurer la répression, jusqu’à ce que 15 août 1947.
l’adversaire reconnaisse ses torts. Durant sept ans, c’est ter-
rible : des milliers d’Indiens sont torturés ou emprisonnés Depuis, cherchez des révolutionnaires non violents, par-
comme Gandhi, mais suivent sa voie. En déclenchant des venus à leur but : il y en a peu. Comme quoi pour quelqu’un
grèves, Gandhi finit par gagner des droits pour les mineurs, qui n’a rien fait ou presque…
les travailleurs indiens d’Afrique du Sud. Très fort !
Rosa Luxemburg
70 « sans domicile fixe » meurent « Je suis différente à chaque instant », disait Rosa, « et la vie est
intoxiqués par un aliment dans un
foyer de Berlin, le 1er janvier 1912. faite d’instants ». Certes, mais la sienne fut constante dans
Luxemburg s’indigne. Extraits : le « toujours plus ». Peut-être, parce qu’elle a dû se battre
« Brusquement sous les apparences
frivoles et enivrantes de notre pour être reconnue comme femme, intellectuelle, juive et
civilisation, on découvre l’abîme béant ROSA LUXEMBURG
de la barbarie et de la bestialité. marxiste, ce qui fait beaucoup. Et, tout ça, en aspirant à
(1871-1919), Allemande,
On en voit surgir des tableaux dignes être normale, ce qui n’est jamais simple. est une des deux grandes
de l’enfer : des créatures humaines figures de la Ligue sparta-
fouillant les poubelles à la recherche kiste qui, après la Première
de détritus. […] Et le mur qui nous Guerre mondiale, veut rallier
sépare de ce lugubre royaume d’ombres Malade à 5 ans, elle reste boiteuse, mais choisit l’option à la révolution les ouvriers
s’avère brusquement n’être qu’un décor du monde entier. Elle meurt
« sports difficiles » à l’école. Brune, polonaise et juive au assassinée.
de papier peint. […] Chaque jour des
sans-abri s’écroulent terrassés par la milieu de têtes blondes russes et orthodoxes (le tsar de
faim et le froid. […] Seul les mentionne
le rapport de police. […] À présent, Russie occupe la Pologne), on la « tolère » seulement : par-
il s’agit de hisser les corps empoisonnés ce que c’est la meilleure de toutes…
des sans-abri de Berlin qui sont la chair
de notre chair […] en criant “à bas Choquée par la pauvreté (déjà…) qu’elle voit à Varsovie,
l’infâme régime social qui engendre
de pareilles horreurs”. » elle se met à la politique, section « activités interdites »,
avec pour objectif le chambardement international. Elle a
18 ans, et ce ne sera pas un feu de paille. Le pouvoir ne plai-
sante pas non plus, et elle doit s’exiler, cachée dans une
charrette de foin. Direction : la Suisse. Ses parents espè-
rent que le climat la calmera…

Là, elle tombe amoureuse de Leo Jochiges, beau révolu-


tionnaire. Mauvaise pioche : c’est un coureur de jupons.
Rosa s’accroche. Il lui en fera baver. Pas grave ! Ses convic-
tions la poussent au travail, elle devient une militante célè-
bre. Non sans mal. Dix ans de boulot, et en quatre langues,
pour contrer l’antisémitisme et le mépris des femmes que,
justement, son génie ravive. Pfff…
Pas facile, non plus de vivre balancée entre la révolution en
marche et ceux qu’elle aime. En Pologne, sa mère adorée
est morte, puis c’est son papa, qui lui écrit : « Tu es telle-
88 Rosa Luxemburg Rosa Luxemburg 89

L’explosif après-guerre. En Europe, ment occupée par des causes sociales… Je ne t’ennuierai plus avec retourne à la case « prison ». Cette fois, c’est pénible, mais
les classes les plus pauvres, qui ont
déjà payé un lourd tribut sur les mes lettres… Ton père qui t’aime. » Et, crac ! il meurt. Dur. Sans elle en ressort plus forte. Ce qu’il faudrait, c’est une bonne
champs de bataille entre 1914 et compter qu’avec Leo, ça n’avance pas beaucoup. Tant pis, révolution. On se dit que ça va mal finir. Eh bien, oui !
1918, sont frappées par le chômage
et la misère. En octobre 1917, la Rosa milite davantage et se marie avec un autre. En 1900, En Finlande, elle prend le thé avec des militants russes, des
Russie a vu la révolution triompher
avec les bolcheviques, emmenés elle choisit un Allemand pour avoir des papiers et rejoindre pointures, comme ce Lénine, future étoile de LA révolu-
par Lénine et Trotski. La vague à Berlin le Parti socialiste, puis divorcer. tion d’octobre 1917. Rosa le juge « très intelligent », quoique
révolutionnaire atteint d’autres
pays. Sans parvenir à s’installer, « autoritaire et fermé », avec son « esprit étriqué de veilleur de nuit ».
elle bouleverse l’Allemagne de
Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht Elle les secoue rudement les Allemands, Rosa : ses grèves Bien vu. Rentrée chez elle, ça repart : prison et théorie, ou
(du 5 au 15 janvier 1919), l’Italie à mener, ses meetings à lancer et ses livres à écrire… On vice versa, un peu de peinture et d’amour aussi (toujours
et la Hongrie. Ces expériences-là
dessinent un projet différent de l’appelle la « Querelleuse » au Parti socialiste. Mais, pour pas avec Leo).
celui que Lénine et Trotski sont en
train de réaliser. Ce « communisme faire comprendre à tous que l’exploitation de l’homme par
de conseils » d’ouvriers et de
paysans, plus proche de la
l’homme, demain, c’est ter-mi-né, elle a besoin de ses res- Les dix dernières années de sa vie, tandis que l’Europe pré-
démocratie, moins dépendant d’un pectables dirigeants. Même s’ils lui « donnent des nausées », pare la Première Guerre mondiale, Rosa travaille à la paix. «
parti, moins militarisé, est dénoncé
par Lénine d’un mot méprisant : avec leur petit confort bourgeois… qui la tente elle-même Si on attend de nous que nous brandissions les armes contre nos frères
le « gauchisme ». un peu. D’ailleurs, ça tombe bien, elle va s’y essayer. de France et d’ailleurs, alors nous nous écrions : nous ne le ferons pas
Leo accepte de vivre avec elle. Enfin, « un petit logement à nous, À Berlin lors de
! » Elle dérange : on l’exclut du Parti socialiste, qui pense
la « révolution
nos meubles… un travail calme et régulier… chaque été un mois à la qu’avec la guerre, ce n’est pas le moment de révolution- spartakiste »,
en janvier 1919
campagne » et « peut-être aussi, un petit, un tout petit bébé ? Est-ce ner la société. Second rendez-vous manqué, après Leo, la
qu’on ne pourra jamais ? » Non. La vie à deux ne durera pas. révolution russe de 1917, elle est emprisonnée. Libérée en
1918, elle crée son parti, la « Ligue spartakiste », qui donne
En 1904, Rosa se repose… Trois mois de prison, de « mer- la migraine à ses anciens amis socialistes modérés, arri-
veilleux calme », se réjouit-elle. Motifs ? Sa lutte pour l’union vés au pouvoir. Ceux-ci déclenchent des campagnes contre
des ouvriers de tous pays et contre les frontières, bref, son les partisans spartakistes et noient leurs manifestations
« internationalisme ». En sortant, elle repeint son apparte- dans le sang. Le 15 janvier 1919, lors de l’insurrection ré-
ment (ah, l’action reprend !) et s’occupe de Puck, son lapin volutionnaire de Berlin, Rosa est sauvagement assassinée
domestique. Mais c’est vite étouffant ce train-train… avec un camarade, Karl Liebknecht. Les coupables, d’ex-
Elle file en Pologne, en 1905, comploter contre l’occupant soldats, resteront impunis.
russe. Elle risque sa vie, mais là, au moins, « on n’accouche
pas… de mouches crevées comme à Berlin, mais d’un tas de choses Elle adorait la vie, de toutes ses fibres.
géantes ». La situation se calme, Rosa prépare déjà la suite et Elle avait 48 ans. C’est passé si vite.

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