Cours de Didactique 2025 Complet
Cours de Didactique 2025 Complet
Sommaire :
i
Pr LAGZOULI Mohamed Cours de didactique des svt (CRMEF SM)
ii
Pr LAGZOULI Mohamed Cours de didactique des svt (CRMEF SM)
iii
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iv
Pr LAGZOULI Mohamed Cours de didactique des svt (CRMEF SM)
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La didactique La pédagogie
- S’intéresse aux relations entre les - La pédagogie s’intéresse :
apprenants et les connaissances. - aux relations élèves/élèves.
- Une réflexion sur la transmission - aux relations maître/élèves.
des savoirs.
- à l’organisation de la classe pour favoriser les
- Attachée aux contenus apprentissages.
disciplinaires et à leur processus
d’apprentissage. - Renvoie à la conduite d’une classe, c’est-à-dire
aux aspects éducatifs et relationnels qui seraient
- S’intéresse essentiellement à la déterminants pour la progression de
science de l’enseignement et de l’apprentissage de l’apprenant.
l’instruction des apprentissages.
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didactique. Ainsi, un enseignant de SVT doit maîtriser les savoirs scientifiques, mais aussi
comprendre comment les élèves apprennent et quelles difficultés ils peuvent rencontrer.
Par exemple, l’enseignement de la photosynthèse peut être abordé selon plusieurs
démarches :
Une approche magistrale qui expose les différentes réactions biochimiques
impliquées.
Une expérimentation en classe qui permet aux élèves d’observer les échanges gazeux
des plantes.
Une modélisation numérique qui représente les étapes du processus en temps réel.
L’enseignant choisit les outils et les méthodes en fonction du contexte et des objectifs
d’apprentissage. Cette articulation entre pédagogie et didactique garantit une transmission
efficace et une appropriation durable des savoirs scientifiques.
3. Préoccupations de la didactique des SVT
Prise en compte des conceptions initiales des élèves
L’un des premiers enjeux de la didactique des SVT est d’identifier et d’analyser les
conceptions initiales des élèves. Ces conceptions, souvent issues de leur expérience
quotidienne ou de croyances populaires, influencent leur compréhension des phénomènes
scientifiques. Par exemple, de nombreux élèves pensent que seules les plantes vertes
respirent la nuit, alors que la respiration cellulaire est un processus permanent chez tous les
êtres vivants.
Les recherches en didactique montrent que l’apprentissage ne se fait pas par simple
accumulation de savoirs, mais par restructuration des connaissances préexistantes (Astolfi,
2008). Il est donc essentiel de confronter ces conceptions aux modèles scientifiques à travers
des démarches expérimentales et des discussions argumentées.
Développement de démarches pédagogiques basées sur
l’investigation
L’enseignement des SVT repose sur une approche active où l’élève est acteur de son
apprentissage. Pour cela, la mise en place de démarches basées sur l’investigation
scientifique est primordiale. Cette approche s’appuie sur plusieurs stratégies :
L’expérimentation : Les élèves formulent des hypothèses, réalisent des expériences
et analysent les résultats pour en tirer des conclusions. Par exemple, une étude sur la
germination des graines permet d’explorer les facteurs influençant la croissance des
plantes.
La modélisation : Certains concepts scientifiques, comme le cycle du carbone ou la
tectonique des plaques, sont complexes à observer directement. L’utilisation de
modèles physiques, numériques ou conceptuels permet de mieux les comprendre.
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L’analyse critique des données : Apprendre à interpréter des graphiques, des tableaux
de résultats ou des études scientifiques aide les élèves à développer leur esprit critique
et leur autonomie face à l’information scientifique.
En intégrant ces démarches, l’enseignement des SVT dépasse le cadre du simple
transfert de connaissances à une véritable démarche scientifique.
Intégration des enjeux sociétaux et environnementaux
Les sciences de la vie et de la Terre occupent une place particulière dans la formation
des citoyens, car elles permettent d’aborder des problématiques sociétales majeures. Parmi
les préoccupations centrales, on retrouve :
L’éducation à la santé : Comprendre les bases de la biologie humaine, les mécanismes
des maladies, l’importance d’une alimentation équilibrée aide les élèves « future
parents » à adopter des comportements favorables à leur bien-être et au bienêtre de
leurs proches.
La préservation de la biodiversité : L’étude des écosystèmes et des interactions entre
les espèces aide les élèves à comprendre les menaces sur la biodiversité et
l’importance de protéger l’environnement.
Le changement climatique et les risques géologiques : L’étude des phénomènes
climatiques et des catastrophes naturelles (séismes, volcans, tsunamis) permet de
comprendre leurs causes, leurs mécanismes et leurs impacts sur la vie sur Terre.
Ces thématiques favorisent une approche éducative présente dans les pratiques
contemporaines permet de motiver les élèves à adopter des comportements responsables.
Didactique, histoire des sciences et épistémologie
L’histoire des sciences :
L’histoire des sciences a une place clé en didactique des SVT, car elle aide à donner
du sens aux connaissances en montrant comment elles se sont développées au fil du temps.
Elle permet de mieux comprendre les grandes avancées, les oppositions et les débats qui ont
façonné les savoirs enseignés aujourd’hui.
Apprendre les sciences, c’est aussi traverser des questionnements similaires à ceux
qu’ont connus les scientifiques du passé. Par exemple, l’adoption de la théorie de l’évolution
n’a pas été immédiate: elle a suscité des débats très long au sein de la communauté
scientifique et de la société. Aujourd’hui encore, certains élèves ont du mal à concevoir
l’évolution comme un processus naturel sans finalité.
L’histoire des sciences montre aussi que les modèles scientifiques ne se construisent
pas en un jour. En SVT, la théorie cellulaire ou la compréhension des mécanismes
génétiques ont évolué progressivement, avec des ajustements successifs. En intégrant cette
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perspective historique, l’enseignant peut aider les élèves à voir la science comme une
discipline en constante évolution, et non comme un ensemble de vérités figées.
L’épistémologie :
L’épistémologie est une branche de la philosophie qui s’intéresse à la nature, aux
fondements et à la validité des connaissances scientifiques. Elle questionne les méthodes
utilisées pour produire le savoir, les critères de vérité et l’évolution des théories au fil du
temps.
Dans l’enseignement des SVT, elle joue un rôle clé en aidant à différencier les faits
scientifiques des croyances et des idées reçues. Par exemple, la distinction entre hypothèse,
loi et théorie est souvent mal comprise par les élèves. Beaucoup pensent qu’une théorie est
une simple supposition, alors qu’en science, elle repose sur un ensemble de preuves solides
et vérifiables.
L’épistémologie permet aussi de mieux comprendre comment les connaissances
scientifiques sont validées. Elle illustre pourquoi certaines théories, comme celle de la
génération spontanée, ont été abandonnées au profit de modèles plus fiables. En développant
cet esprit critique, elle encourage une approche rationnelle et argumentée des sciences.
L’apport de l’histoire des sciences et de l’épistémologie à la
didactique des SVT
L’intégration de l’histoire des sciences et de l’épistémologie dans l’enseignement des
SVT offre plusieurs avantages didactiques :
Dépasser une vision dogmatique des sciences : Les élèves comprennent que les
savoirs scientifiques ne sont pas figés, mais qu’ils résultent d’un long processus de
construction et de validation.
Identifier les conceptions erronées : En observant les erreurs du passé, les élèves
prennent conscience de leurs propres conceptions initiales et de la nécessité de les
confronter aux faits expérimentaux.
Favoriser l’esprit critique : En montrant que la science progresse par essais, erreurs
et discussions, l’enseignant incite les élèves à adopter une posture réflexive face aux
informations scientifiques.
Rendre les sciences plus accessibles : L’histoire des sciences humanise la démarche
scientifique en mettant en avant les chercheurs, leurs doutes et leurs découvertes, ce
qui rend l’apprentissage plus vivant et concret.
Ainsi, la didactique des SVT ne se limite pas à la transmission de savoirs finalisés. Elle
vise à développer une compréhension critique des sciences, en intégrant leur dimension
historique et épistémologique pour former des citoyens éclairés et capables d’analyser le
monde avec rigueur.
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Sélection des contenus : choix des savoirs à enseigner en fonction des programmes
et des objectifs éducatifs.
Simplification et reformulation : adaptation du langage scientifique pour le rendre
compréhensible aux élèves.
Mise en contexte : utilisation d’exemples et de situations pédagogiques adaptées pour
faciliter l’apprentissage.
Lorsque cette transposition est mal réalisée (simplification excessive, absence de mise en
contexte), elle peut générer des obstacles didactiques et limiter la compréhension des élèves.
Relation Enseignant - Élève : La Médiation Pédagogique
Dans cette relation, l’enseignant joue un rôle de médiateur entre le savoir et l’élève. Il doit
organiser l’apprentissage en tenant compte des caractéristiques des élèves et de leurs
représentations initiales.
Cette médiation repose sur plusieurs principes :
Différenciation pédagogique : adapter l’enseignement aux besoins spécifiques des
élèves.
Interaction et feedback : encourager la participation et fournir des rétroactions pour
ajuster l’apprentissage.
Gestion des erreurs : exploiter les erreurs des élèves comme des leviers pour
améliorer leur compréhension (Astolfi, 2008).
Un déséquilibre dans cette relation peut entraîner une surcharge cognitive ou une perte de
motivation chez les élèves si l’enseignement est trop magistral ou trop peu structuré.
Relation Élève - Savoir : Le Processus d’Apprentissage
L’élève n’est pas un simple récepteur passif du savoir ; il doit s’approprier les connaissances
en les intégrant à ses schémas cognitifs existants. Ce processus repose sur plusieurs facteurs
:
L’activité de l’élève : apprendre nécessite une implication active et une confrontation
aux notions nouvelles.
Les représentations initiales : les élèves arrivent en classe avec des idées préconçues
qui influencent leur compréhension.
L’accompagnement métacognitif : il est essentiel que les élèves prennent conscience
de leurs propres stratégies d’apprentissage pour progresser (Vygotsky, 1985).
Si cette relation est négligée, les élèves peuvent développer des apprentissages superficiels
ou des conceptions erronées difficiles à rectifier.
3. L’Intérêt du Triangle Didactique dans l’Enseignement
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Le contrat didactique
Le concept de contrat didactique a été introduit par Guy Brousseau, didacticien des
mathématiques, pour expliquer les relations d’apprentissage entre l’enseignant et l’élève. Il
définit ce contrat comme « l'ensemble des comportements de l’enseignant qui sont attendus
de l'élève, et de l'ensemble des comportements de l'élève qui sont attendus de l'enseignant »
(Brousseau, 1986). Ce contrat, souvent implicite, régit le partage des responsabilités dans
l’acquisition des savoirs et influence les interactions pédagogiques en classe.
4. Définition et caractéristiques du contrat didactique
Le contrat didactique est un cadre implicite ou explicite qui définit les attentes réciproques
entre l’enseignant et les élèves. Il influence la manière dont le savoir est transmis et structuré
dans l’espace scolaire. Ce contrat repose sur un partage des responsabilités : l’enseignant
doit guider l’élève dans l’acquisition des savoirs, tandis que l’élève doit adopter un
comportement conforme aux attentes scolaires.
Selon Brousseau (1998), ce contrat repose majoritairement sur des règles tacites, c’est-à-
dire des attentes qui ne sont ni écrites ni formulées clairement mais qui structurent
néanmoins l’apprentissage. Par exemple, en sciences de la vie et de la Terre (SVT), un élève
sait qu’il doit observer un phénomène et en tirer des conclusions, tandis que l’enseignant
attend de lui qu’il applique une démarche scientifique rigoureuse.
Le contrat didactique se distingue du contrat pédagogique, qui met davantage l’accent sur
les relations sociales entre enseignant et élèves (Mercier, 2013). Le contrat didactique, lui,
se focalise principalement sur la transmission des savoirs et sur la régulation des interactions
cognitives dans le cadre de l’apprentissage.
5. Le paradoxe du contrat didactique et la dévolution des problèmes
Un élément central du contrat didactique est le paradoxe qu’il impose à l’enseignant. Celui-
ci doit amener l’élève à produire des connaissances nouvelles sans pour autant lui donner
directement les réponses. Ce paradoxe illustre bien la difficulté pour un enseignant de
trouver un équilibre entre l’accompagnement et l’autonomie de l’élève.
Ce paradoxe est directement lié à la notion de dévolution développée par Brousseau (1998).
La dévolution correspond à l’acte par lequel l’enseignant transfère à l’élève la responsabilité
de la construction du savoir. Cela signifie que l’enseignant ne doit pas se contenter de
transmettre une connaissance, mais doit organiser la situation de manière à ce que l’élève la
découvre et l’assimile activement.
Par exemple, en SVT, au lieu de donner immédiatement la réponse à une question sur la
photosynthèse, l’enseignant peut proposer une expérience où les élèves doivent observer les
variations de dioxygène en présence et en absence de lumière. L’objectif est que les élèves
construisent progressivement la notion à partir de leurs observations et de leurs analyses.
6. Les ruptures du contrat didactique
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Le contrat didactique devient particulièrement visible lorsqu’il est rompu. Une rupture du
contrat didactique se produit lorsque les règles implicites du jeu didactique sont modifiées,
obligeant ainsi l’élève à réajuster sa compréhension et ses stratégies d’apprentissage.
Brousseau (1986) souligne que toute introduction d’un nouveau savoir constitue en soi une
rupture du contrat didactique, car elle vient remettre en question des connaissances
antérieures et nécessite une renégociation des attentes entre l’enseignant et l’élève. Par
exemple, en géométrie, un élève commence par dessiner des figures avec des instruments
(règle, compas), puis il doit progressivement abandonner cette approche concrète pour
utiliser des définitions et des propriétés abstraites. Ce changement peut être déstabilisant et
constitue un obstacle didactique.
Si l’enseignant ne prend pas en compte ces ruptures et ne les accompagne pas correctement,
elles peuvent générer des blocages d’apprentissage. L’élève peut alors avoir l’impression
que les nouvelles connaissances contredisent les précédentes, ce qui peut entraîner une perte
de confiance et une résistance au changement conceptuel (Sensevy, 2011).
7. Les effets pervers du contrat didactique
Bien que le contrat didactique soit une nécessité pour structurer l’enseignement, il peut aussi
engendrer des effets pervers lorsque les élèves se concentrent davantage sur les attentes
implicites de l’enseignant que sur le sens réel des apprentissages.
Stella Baruk (1985) illustre ce phénomène avec "l'âge du capitaine", un problème
mathématique absurde dans lequel on demande aux élèves : « Sur un bateau, il y a 26
moutons et 10 chèvres. Quel est l’âge du capitaine ? » La majorité des élèves tentent tout de
même de donner une réponse en manipulant les nombres donnés, car ils supposent que toute
question posée par un enseignant a forcément une solution rationnelle. Cela montre que les
élèves répondent souvent en fonction des attentes supposées du professeur plutôt qu’en
analysant véritablement le problème.
Par ailleurs, d’autres effets pervers liés au contrat didactique ont été identifiés :
i) L’effet Topaze
L’enseignant, volontairement ou non, fournit des indices implicites ou explicites qui
permettent à l’élève de répondre sans réellement comprendre le concept.
Lorsqu’un enseignant pose la question « Que fait-on pour trouver l’aire d’un rectangle ? »
et que l’élève ne répond pas, il ajoute : « On multiplie la longueur par... ? » L’élève répond
alors « la largeur » sans forcément comprendre la notion d’aire, mais simplement parce qu’il
reconnaît l’attente du professeur.
Lors d’une étude sur la respiration cellulaire, si un élève peine à répondre sur le rôle de
l’oxygène, l’enseignant dit : « Sans oxygène, que se passe-t-il avec la production d’énergie
? » L’élève peut répondre « Elle diminue » sans comprendre le processus réel de la
fermentation lactique ou alcoolique.
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Dire que « le manteau terrestre est comme un liquide épais » peut induire une vision erronée
de la tectonique des plaques. Les élèves risquent de penser que les plaques flottent sur un
magma liquide, alors que le manteau est en réalité solide mais ductile sur le long terme.
vi) L’effet Droopy-Goofy
Définition : L’enseignant laisse transparaître, consciemment ou non, son approbation ou sa
déception lorsqu’un élève répond, ce qui influence la réponse des autres élèves.
Un professeur demande : « Comment dit-on ‘maison’ en anglais ? ». Un élève hésite et dit
« home ». L’enseignant sourit. Un autre élève ajoute « house » en voyant la réaction et reçoit
un hochement de tête approbateur. Ce comportement guide inconsciemment les élèves vers
la réponse jugée correcte sans véritable réflexion.
Lorsqu’un élève répond « Les virus sont des êtres vivants », l’enseignant esquisse une
grimace. Les autres élèves comprennent alors qu’ils doivent contredire cette affirmation,
même sans avoir analysé les critères du vivant.
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La transposition didactique
1. Définition
Le concept de transposition didactique a été introduit par Chevallard (1985) pour décrire
le processus par lequel un savoir scientifique est transformé en un savoir enseignable. En
effet, les connaissances produites par la recherche scientifique ne peuvent être directement
transférées dans l’enseignement sans adaptation. Elles subissent des modifications pour être
accessibles aux élèves et conformes aux exigences institutionnelles.
La transposition didactique comprend deux niveaux :
La transposition externe, qui concerne l’adaptation du savoir scientifique en un
savoir à enseigner, souvent sous l’influence des institutions éducatives et des
programmes scolaires.
La transposition interne, qui se produit en classe lorsque l’enseignant adapte le
savoir à son public, par des reformulations, des analogies ou des mises en situation.
Dans le cadre des sciences de la vie et de la Terre (SVT), la transposition didactique est
essentielle pour rendre compréhensibles des concepts complexes comme la génétique,
l’évolution ou la tectonique des plaques.
2. Le savoir savant et les pratiques sociales de référence
a. Le savoir savant
Le savoir savant correspond aux connaissances scientifiques produites par la communauté
de chercheurs. Il est issu de recherches, validé par des méthodes rigoureuses et évolue en
fonction des avancées scientifiques. Il est souvent complexe, spécialisé et s’appuie sur un
langage technique et des modèles théoriques précis.
En biologie, les connaissances sur la régulation de l’expression des gènes sont très
détaillées en génétique moléculaire et impliquent des mécanismes complexes comme
l’action des facteurs de transcription et l’épigénétique.
b. Les pratiques sociales de référence
Les pratiques sociales de référence regroupent les usages sociaux et professionnels du
savoir savant. Ce sont les contextes où ces connaissances sont appliquées dans la société.
Les recherches sur la génétique ont des applications en médecine (thérapie génique,
diagnostic des maladies génétiques) et en agriculture (OGM, sélection génétique des
cultures).
Ces pratiques influencent le choix des savoirs à enseigner, car elles permettent d’identifier
les connaissances socialement pertinentes pour la formation des citoyens et des futurs
professionnels.
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« Dans les manuels scolaires, la théorie de l’évolution est souvent exposée sous forme
de lois générales, sans mention des débats et des résistances qu’elle a rencontrés. Les
contributions de Darwin, Lamarck et d’autres scientifiques sont simplifiées, et les
controverses qui ont marqué l’acceptation de la théorie disparaissent. L’élève reçoit donc un
savoir « finalisé », déconnecté du contexte historique de sa production. »
Dé-contextualisation
La dé-contextualisation est le processus par lequel un savoir scientifique, issu d’un
contexte spécifique (expérimental, technologique, sociétal), est extrait de son cadre
d’origine pour devenir un contenu générique enseignable.
« Les connaissances sur la photosynthèse proviennent d’expériences précises, comme
celles de Jan Ingenhousz (1779), qui ont démontré le rôle de la lumière dans la production
d’oxygène par les plantes. Or, en classe, la photosynthèse est souvent enseignée sous la
forme d’une équation simplifiée (6CO₂ + 6H₂O + lumière → C₆H₁₂O₆ + 6O₂) sans
référence aux conditions expérimentales ayant permis d’élaborer cette équation. »
Désynchrétisation
La désynchrétisation consiste à découper un phénomène complexe en éléments
distincts, qui sont enseignés séparément dans le temps et dans des contextes différents, alors
qu’ils sont liés dans la réalité.
« Dans l’enseignement, la dérive des continents, le volcanisme et les séismes sont souvent
étudiés dans des chapitres distincts. Pourtant, ces phénomènes sont étroitement liés à la
dynamique interne de la Terre et à la convection mantellique. Cette séparation artificielle
peut nuire à la compréhension globale du phénomène et amener les élèves à voir ces notions
comme indépendantes, alors qu’elles résultent d’un même processus géodynamique. »
4. Enjeux de la transposition didactique en SVT
La transposition didactique est indispensable pour adapter des savoirs complexes au
niveau scolaire. Toutefois, elle présente des limites :
Elle peut simplifier à l’excès certains concepts, réduisant ainsi leur compréhension
profonde.
Elle risque d’éloigner le savoir enseigné de la réalité des pratiques scientifiques.
Elle peut entraîner des conceptions erronées si les liens entre les différentes notions
ne sont pas reconstruits en classe.
Pour pallier ces difficultés, les enseignants doivent intégrer une approche épistémologique,
en montrant comment les savoirs scientifiques sont construits et validés, afin d’éviter une
vision figée et dogmatique des sciences.
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Éviter les obstacles cognitifs : Une formulation trop abstraite dès le départ peut
entraîner des incompréhensions et des blocages.
Favoriser le transfert des connaissances : Un élève qui atteint un niveau formel peut
réinvestir ses savoirs dans d’autres contextes.
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Situations d’enseignement-apprentissage
1. La Situation Didactique.
Définition.
La situation didactique est un concept central en didactique qui désigne l’ensemble
des interactions entre l’enseignant, l’élève et le savoir dans un contexte d’apprentissage. Elle
repose sur l’idée que l’élève ne reçoit pas passivement un savoir, mais qu’il doit le construire
à travers des situations conçues pour le confronter à un problème et l’amener à mobiliser ses
connaissances (Brousseau, 1998).
L’enseignant organise ainsi une situation qui pousse l’élève à s’interroger, explorer,
expérimenter et argumenter, afin de faire évoluer ses conceptions initiales vers un savoir
structuré et validé.
Principes de la Situation Didactique
Interaction entre trois pôles : L’élève, l’enseignant et le savoir interagissent en
permanence dans la construction des apprentissages (Triangle didactique, Sensevy, 2011).
Apprentissage par action : L’élève est placé face à un problème qui l’amène à tester
des hypothèses et à expérimenter.
Conflit cognitif : L’apprentissage est souvent déclenché par une rupture avec les
conceptions initiales de l’élève, qui doit adapter sa pensée pour intégrer un nouveau savoir.
Dévolution du problème : L’enseignant doit amener l’élève à s’approprier le problème
sans lui donner immédiatement la solution. Ce processus, appelé dévolution (Brousseau,
1998), permet à l’élève de s’engager activement dans la recherche d’une réponse.
2. Les Composantes de la Situation Didactique
Une situation didactique efficace repose sur plusieurs éléments clés, qui assurent une
progression dans l’apprentissage.
Le Contrat Didactique
Le contrat didactique est l’ensemble des attentes implicites et explicites qui régissent
les interactions entre l’enseignant et l’élève. Il détermine ce que l’élève doit faire pour
apprendre et ce que l’enseignant attend de lui.
Exemple de contrat didactique : « L’élève sait qu’en sciences, il doit observer, émettre
des hypothèses, expérimenter et conclure. L’enseignant attend qu’il respecte cette démarche
sans lui donner immédiatement les réponses. »
Le contrat didactique évolue tout au long de l’apprentissage. Lorsqu’une rupture du
contrat didactique intervient (par exemple, si l’enseignant change soudainement les règles
d’évaluation ou introduit un concept inattendu), l’élève doit ajuster ses stratégies
d’apprentissage.
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Le Milieu Didactique
Le milieu didactique représente l’ensemble des ressources matérielles et intellectuelles
mises à disposition de l’élève pour construire son savoir. Il comprend :
Les supports pédagogiques (manuels, documents, expériences, simulations).
Les interactions sociales (travaux de groupe, débats, échanges avec l’enseignant).
Les outils numériques qui facilitent l’exploration et la visualisation des concepts.
Un bon milieu didactique doit être riche et varié, pour permettre à l’élève de tester
différentes stratégies et de confronter ses idées à la réalité.
La Progression Didactique
L’apprentissage doit être organisé en phases successives, pour permettre une
évolution progressive des connaissances :
1 Situation déclenchante : L’enseignant pose un problème qui suscite l’intérêt des élèves.
2 Exploration et investigation : Les élèves cherchent des solutions, expérimentent et
confrontent leurs hypothèses.
3 Structuration : L’enseignant aide à formaliser les concepts et à organiser les savoirs
acquis.
4 Réinvestissement : Les élèves appliquent leurs connaissances à d’autres situations, pour
vérifier leur compréhension et favoriser la mémorisation.
3. Typologie des Situations Didactiques
Les situations didactiques peuvent être classées selon leur degré de structuration et
d’autonomie laissée aux élèves.
Situation Didactique Ouverte
L’élève construit son savoir de manière autonome à partir d’un problème donné.
L’enseignant joue un rôle de guide, en fournissant des ressources et des conseils sans
imposer une solution unique.
Exemple : Un projet de recherche où les élèves explorent un phénomène et formulent leurs
propres conclusions.
Situation Didactique Semi-Guidée
L’enseignant oriente les élèves en posant des questions et en suggérant des pistes de
réflexion.
Un cadre méthodologique est défini, mais les élèves doivent encore faire preuve
d’autonomie.
Exemple : Une enquête scientifique où l’enseignant guide la méthodologie, mais où les
élèves interprètent les résultats eux-mêmes.
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La situation d’évaluation
1. Définition.
L’évaluation est une composante essentielle du processus d’enseignement-apprentissage.
Elle permet de mesurer le niveau d’acquisition des savoirs, d’analyser les progrès des élèves
et d’adapter les stratégies pédagogiques pour répondre à leurs besoins.
Une situation d’évaluation est une situation d’apprentissage conçue pour recueillir des
informations sur la compréhension et la maîtrise des connaissances par les élèves. Elle ne se
limite pas à une simple notation, mais vise à orienter et à améliorer l’enseignement en
fonction des résultats obtenus (De Ketele & Roegiers, 1996).
2. Les Objectifs de l’Évaluation.
L’évaluation permet avant tout de mesurer les apprentissages en vérifiant le degré de
compréhension des notions enseignées. Elle joue également un rôle clé dans l’identification
des difficultés, en détectant les obstacles rencontrés par les élèves afin d’y remédier. Grâce
aux informations recueillies, l’enseignant peut adapter son enseignement en ajustant ses
pratiques pédagogiques pour mieux répondre aux besoins spécifiques des apprenants. Enfin,
l’évaluation favorise l’autoréflexion, en aidant les élèves à prendre conscience de leurs
progrès et de leurs lacunes, ce qui les engage dans un processus d’apprentissage plus
autonome et efficace.
3. Typologie des Évaluations
L’évaluation peut se décliner en plusieurs types selon son objectif et son moment
d’application.
L’Évaluation Diagnostique
L’évaluation diagnostique a pour objectif d’identifier les acquis et les difficultés des
élèves avant d’entamer une nouvelle séquence d’apprentissage. Réalisée en début
d’enseignement, elle permet de recueillir des informations sur les conceptions initiales des
élèves et d’anticiper les obstacles qu’ils pourraient rencontrer.
Elle aide l’enseignant à adapter son enseignement en fonction du niveau de la classe,
garantissant ainsi une progression plus efficace. Contrairement à l’évaluation sommative,
elle ne donne pas lieu à une notation, mais sert à analyser les besoins des élèves. Parmi les
outils fréquemment utilisés, on retrouve les QCM, discussions, exercices de mise en
situation et questionnaires d’auto-évaluation.
L’Évaluation Formative
L’évaluation formative a pour objectif d’accompagner l’élève tout au long de
l’apprentissage et d’ajuster l’enseignement en fonction des difficultés rencontrées. Elle se
déroule de manière continue au cours de la séquence et permet de suivre la progression des
élèves en temps réel.
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Ensuite, elle doit être fiable, en assurant des résultats cohérents et reproductibles.
L’équité est également essentielle : l’évaluation doit être juste et adaptée aux profils des
élèves, en tenant compte de leurs besoins spécifiques. Par ailleurs, une bonne évaluation
repose sur la transparence des critères, qui doivent être clairement expliqués aux élèves pour
éviter toute confusion. Enfin, elle doit être formatrice et constructive, servant avant tout
d’outil d’apprentissage plutôt que de simple moyen de sélection.
5. Enjeux et Défis de l’Évaluation
L’Impact sur l’Apprentissage
L’évaluation influence directement la motivation et les stratégies d’apprentissage des
élèves. Une évaluation bien conçue favorise leur implication active, en leur offrant des
repères clairs pour mesurer leur progression et ajuster leurs efforts. Lorsqu’elle est adaptée
aux besoins des élèves, elle permet de réduire le stress et d’éviter la démotivation, souvent
causée par des évaluations mal calibrées.
À l’inverse, une évaluation trop punitive ou exclusivement basée sur la notation peut
avoir des effets négatifs. Elle risque d’induire une anxiété excessive, qui freine
l’apprentissage, et de pousser les élèves à se concentrer uniquement sur la performance, au
détriment de la compréhension réelle des savoirs. Il est donc essentiel de concevoir des
évaluations équilibrées et bienveillantes, favorisant à la fois l’acquisition des connaissances
et la confiance en soi.
L’Équilibre entre Différentes Formes d’Évaluation
L’enseignant doit veiller à équilibrer les différentes formes d’évaluation afin
d’optimiser l’apprentissage des élèves. L’évaluation diagnostique, réalisée en début de
séquence, permet d’identifier les acquis et les difficultés pour adapter l’enseignement.
L’évaluation formative, intégrée tout au long de l’apprentissage, accompagne la progression
des élèves en leur fournissant des feedbacks constructifs. Enfin, l’évaluation sommative,
menée en fin de séquence, valide les connaissances et compétences acquises.
Cette combinaison garantit un apprentissage progressif et structuré, où l’élève devient
acteur de son propre parcours. En alternant ces types d’évaluation, l’enseignant favorise une
approche plus individualisée et dynamique, permettant à chaque élève de mieux comprendre
et d’améliorer ses apprentissages.
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Pr LAGZOULI Mohamed Cours de didactique des svt (CRMEF SM)
Références bibliographiques
Voici les références bibliographiques formatées en style APA 7e édition :
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