Chapitre 7
Décharge électrique et Rigidité diélectrique
1. Définitions
La rigidité diélectrique est le champ électrique maximal que peut supporter un isolant avant que se
produise une décharge disruptive. La rigidité diélectrique se mesure en kV/mm ou kV/cm.
Une décharge électrique est un canal conducteur se formant, sous certaines conditions, entre deux
électrodes, à travers un milieu normalement isolant.
Une décharge est dite non autonome lorsque l’émission des électrons doit être provoquée par
apport d’énergie thermique (cathode chauffée) ou par irradiation. La décharge non autonome cesse
en l’absence de l’agent ionisant extérieur.
La décharge est dite autonome lorsqu’elle se maintient sans agent ionisant extérieur. La décharge
autonome est aussi appelée décharge indépendante.
2. Mécanismes de décharge dans les gaz
Divers phénomènes se produisent entre deux électrodes séparées par un intervalle de gaz et
soumises à une différence de potentiel.
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2.1. Décharge de collection simple
Soit deux électrodes baignant dans un gaz et soumises à une différence de potentiel 𝑈0 . En l’absence
de production d’électrons, aucun courant ne circule. Mais si, par exemple, la cathode est chauffée
ou si un rayonnement provoque une ionisation du gaz, alors un courant I commence à circuler, selon
une loi du type 𝐼 = (𝑈0 )𝜃 avec θ =1,5 ~ 2 (selon la pression du gaz). Le courant est limité par la
quantité d’électrons produits par unité de temps.
Ce type de décharge est invisible.
2.2. Décharge avec multiplication
e– + Z Z + + 2 e –
Le mécanisme décrit ici est principalement valable dans les gaz comme l’azote ou le CO2, qui ne sont
pas trop fortement électronégatifs.
L’énergie des électrons accélérés devient suffisante pour ioniser le gaz, d’où une multiplication
d’électrons disponibles pour contribuer au courant d’anode. On a alors une avalanche exponentielle
d’électrons.
2.3. Premier coefficient de Townsend
Le phénomène de l'avalanche conduit à la relation suivante entre le courant émis par la cathode, I0,
et le courant obtenu à l'anode, Ian :
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𝐼𝑎𝑛 = 𝐼0 𝑒 𝛼𝑑
Le paramètre α est le premier coefficient de Townsend, il vaut le nombre d'électrons engendrés par
électron incident et par unité de longueur.
Ce coefficient peut être relié au libre parcours moyen 𝜆̅ des électrons:
𝑙𝑛2
𝛼=
𝜆̅
La tension de seuil d'apparition de l'avalanche, Us , est proportionnelle au produit : pression du gaz x
distance inter-électrodes (p.d).
2.4. Capture électronique
Dans les gaz fortement électronégatifs, comme l’hexafluorure de soufre (SF6), un électron peut être
capturé par une molécule du gaz pour former un ion négatif stable :
e– + Z Z–
Dans ces conditions, les électrons disponibles pour produire l’avalanche sont un peu moins nombreux
que dans le cas précédent, une certaine fraction 𝜂 d’entre eux étant capturée par les molécules du
gaz.
𝜂 est appelé coefficient d’attachement et le courant à l’anode est donné par la relation :
𝛼 𝜂
𝐼𝑎𝑛 = 𝐼0 [ 𝑒 (𝛼−𝜂)𝑑 − ]
𝛼−𝜂 𝛼−𝜂
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2.5. Décharge avec émission secondaire
L’émission secondaire est une émission d’électrons à la cathode, due au bombardement par les ions
positifs.
Pour une tension assez élevée, les ions formés au cours des collisions avec les électrons sont accélérés
en direction de la cathode, avec une énergie suffisante pour provoquer l’émission d’un nouvel
électron, dit électron secondaire.
Pour que des électrons quittent la cathode, il faut qu’ils reçoivent suffisamment d’énergie pour
franchir la barrière énergétique que constitue la frontière avec le milieu extérieur.
Avec le processus d’émission secondaire, le courant à l’anode est donné par :
𝑒 𝛼𝑑
𝐼𝑎𝑛 = 𝐼0
1 − 𝛾(𝑒 𝛼𝑑 − 1)
𝛾 est le second coefficient de Townsend ; il dépend principalement de la nature du gaz et de l’état
de surface des électrodes.
2.6. Décharge disruptive
Lorsqu’on cherche à imposer une tension croissante, on aboutit à une décharge disruptive ou
claquage diélectrique.
En pratique, on observe une brusque augmentation du courant et une chute de la tension :
l’impédance du milieu gazeux s’effondre.
Ce phénomène crée un canal ionisé à travers le matériau et s’accompagne de divers effets lumineux,
sonores, chimiques, etc.
Dans les gaz ou les liquides, l’apparition d’une décharge disruptive est souvent appelée claquage ou
amorçage.
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2.7. Loi de Paschen
La limite à laquelle le courant d’anode tend vers l’infini correspond à la rupture diélectrique du gaz
(ou claquage).
Lors du claquage, la décharge devient fortement lumineuse et l’impédance du canal ionisé tombe
subitement : le courant augmente fortement et la tension s’effondre.
Compte tenu de la relation donnant α à partir de la théorie cinétique des gaz, on obtient la Loi de
Paschen donnant la tension disruptive en fonction du produit de la pression p du gaz par l’écartement
d des électrodes :
(𝑝 × 𝑑)
𝑈𝑑 = 𝑘
𝑙𝑛[𝐴(𝑝 × 𝑑)] − 𝐶
k, A et C : constantes dépendant du gaz et de la température.
Courbes de Paschen
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2.8. Décharge luminescente
Dans un tube fluorescent (gaz à basse pression, entre 100 et 5000 Pa) ou dans les ampoules à gaz à
haute pression (xénon, krypton, mercure, sodium : 105 – 106 Pa), le dépassement de la limite
disruptive conduit à une décharge luminescente, caractérisée par :
l’augmentation du courant ;
l’augmentation de la surface émissive de la cathode (régime normal), puis…
l’augmentation de la tension lorsque toute la surface cathodique est devenue émissive (régime
anormal).
Dans la décharge luminescente, la cathode reste froide.
2.9. L’arc électrique
L’arc électrique est une décharge électrique autonome transportant un fort courant sous une faible
différence de potentiel. Avec l’arc, la cathode devient chaude.
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3. Claquage dans les liquides
Le courant qui s’établit dans un liquide isolant, en fonction de la tension (ou du champ E) passe
schématiquement par 3 étapes, avant le claquage.
Le courant ohmique qui s’établit à faible champ est essentiellement tributaire des impuretés
présentes dans le liquide.
Il n’existe pas de « Loi de Paschen » dans les liquides.
4. Claquage dans les solides
Divers processus peuvent conduire au claquage dans un solide.
Le claquage thermique dû à l’élévation de la température par effet Joule (à basse fréquence) ou par
résonance avec la polarisation par orientation (autour du MHz).
Le claquage électromécanique dû aux forces de compression provoquée par le champ électrique.
Le claquage par streamer dû au déclenchement d’une avalanche électronique.
Le claquage par érosion dû essentiellement à l’effet des décharges partielles sur le long terme.
Dans les isolants solides, la décharge disruptive est appelée :
perforation, lorsqu’elle traverse le matériau en y produisant souvent des dégâts irréversibles.
contournement, lorsque l’arc ne traverse pas l’isolant mais suit sa surface externe ou un chemin
extérieur.
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5. Claquage dans le vide
Des intervalles « vides » soumis à des hautes tensions sont utilisés dans différents domaines :
dispositifs de coupure sous vide, séparateurs, purificateurs, tubes à rayons X, spectromètre,
accélérateurs de particules, canons à électrons, microscopes électroniques, tubes à vide, ...
La tension de claquage d’un intervalle « vide » dépend de nombreux facteurs : le type et la pression
des gaz résiduels, les matériaux et l’état de surface des électrodes, leur température et les impuretés
qui s’y trouvent, la nature des matériaux formant l’enceinte à vide, etc.
Dans le vide, l’émission par effet de champ joue un rôle important. Une évaluation numérique
montre que le champ à la surface des électrodes devrait être au moins 100 fois supérieur au champ
homogène, ce qui n’est pas complètement élucidé.
Les tests de rigidité diélectrique d’un intervalle « vide » ne sont généralement pas reproductibles.
Chaque claquage modifie la composition du gaz et l’état de surface des électrodes. D'où l'importance
du conditionnement, avant la mise en service.
6. Rigidité diélectrique du SF6
Une tension de claquage nettement plus élevée que l’air permet de réduire d’autant les distances
entre les éléments entre lesquels existe une différence de potentiel (distance d’isolement).
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7. Rigidité diélectrique au choc (gaz)
Lorsqu’un choc de tension est appliqué sur un intervalle d’air, on observe que :
Au-dessous d’une certaine valeur de crête de tension, il n’y a pas de claquage.
Au-dessus de ce seuil, la probabilité d’amorçage passe de 0 % à 100 % quand la tension s’accroît.
On caractérise l’intervalle d’air par sa tension Ud,50 : valeur de crête de la tension pour laquelle la
probabilité d’amorçage est de 50 %.
Cette valeur est déterminée par interpolation, dans un diagramme gausso-arithmétique.
8. Effet de Couronne
L’effet de couronne consiste en l’apparition d’aigrettes et d’effluves autour d’un conducteur porté à
un potentiel élevé.
On appelle effluve, la décharge électrique faiblement lumineuse et ne produisant pas de bruit
particulier. Les effluves correspondent à la fin de la zone de Townsend 2, proche du claquage.
On appelle aigrette la décharge électrique intermittente en forme de houppe mobile. Elle est
généralement accompagnée d’un sifflement ou d’un crépitement. Les aigrettes constituent un état
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instable de la décharge, sous forme d’aller et retour entre la zone de Townsend 2 et la zone de
claquage.
L’effet de couronne peut être indésirable (par exemple autour des lignes à haute tension), ou au
contraire mis à profit dans certaines applications : générateurs électrostatiques, traitement de
surface, xérographie, production d’ozone, etc.
8.1. Effet de couronne sur ligne coaxiale
Lorsqu’on applique une tension croissante à une ligne coaxiale de rayons 𝑅1 et 𝑅2 , la décharge
disruptive survient à partir d’un seuil de tension, 𝑈𝑐 .
Deux cas sont à distinguer :
𝑅1 < 𝑅2 /𝑒 : apparition d’une zone ionisée, de rayon croissant, autour du conducteur central ; puis
amorçage d’une étincelle.
𝑅1 > 𝑅2 /𝑒 : amorçage d’une étincelle sans effet de couronne.
Correction de Peek
0,03 𝑅2
𝑈𝑐 = 𝐸𝑑0 𝐾𝑚 (1 + ) 𝑅1 𝑙𝑛 ( )
√𝐾 × 𝑅1 𝑅1
𝐸𝑑0 : champ disruptif standard, 𝐸𝑑0 = 30 𝑘𝑉/𝑐𝑚 en DC ou 21,2 𝑘𝑉/𝑐𝑚 efficace AC
𝐾: facteur de corrections climatiques
𝑚 : facteur de corrections liées à l’état de surface du conducteur
Le facteur entre parenthèses tient compte de la difficulté des électrons à produire l’ionisation de l’air
autour d’un conducteur de très petit diamètre.
Lignes monophasées
Pour une ligne monophasée, avec une distance D entre les conducteurs de rayon R, la valeur efficace
de la tension d’apparition de l’effet de couronne est donnée par :
0,03 𝐷
𝑈𝑐 = 2𝐸𝑑0 𝐾𝑚 (1 + ) 𝑅𝑙𝑛 ( )
√𝐾 × 𝑅 𝑅
Lignes triphasées
Pour une ligne triphasée symétrique dans laquelle les trois conducteurs sont disposés en triangle
équilatéral, l’effet de couronne apparaît dès que les tensions simples atteignent la valeur :
𝐾𝑚 0,03 𝐷
𝑈𝑐 = 𝐸𝑑0 (1 + ) 𝑅𝑙𝑛 ( )
√3 √𝐾 × 𝑅 𝑅
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8.2. Effet de couronne dans les réseaux
Les lignes électriques sont dimensionnées pour éviter l’effet de couronne. Celui-ci se produit
toutefois dans différents cas :
Par temps pluvieux ou par brouillard ; Les gouttes ou gouttelettes d’eau favorisent l’apparition
d’aigrettes autour des conducteurs. Ce sont bien les gouttes qui produisent cet effet ; l’humidité
a normalement l’effet inverse, sauf quand elle produit de la condensation sur les conducteurs.
Lorsque les conducteurs ou les isolateurs de la ligne commencent à être pollués, comme cela
finit forcément par arriver après un certain nombre d’années.
Lorsqu’un conducteur ou un isolateur est devenu défectueux, à la suite d’une rupture mécanique
localisée. Dans ce cas, les perturbations engendrées par l’effet de couronne peuvent servir à
localiser le défaut.
8.3. Pertes dues à l’effet de couronne
Pour 𝑈𝑠 ≥ 1,8 𝑈𝑐 , les pertes de puissance active par phase, dues à l’effet de couronne, sont données
par la formule de Peek :
𝑓 + 25 𝑅
𝑃 = 2,41. 10−9 √ (𝑈𝑠 − 𝑈𝑐 )2
𝐾 𝐷
𝑃 : perte de puissance active par unité de longueur [W/m ou kW/km]
𝑓 : fréquence du réseau [Hz]
𝑈𝑠 : tensions simples
L’expérience montre cependant que les pertes varient fortement selon l’état de surface des
conducteurs, qui lui-même dépend de facteurs climatiques, ainsi que du vieillissement des
conducteurs.
Pour 𝑈𝑠 < 1,8 𝑈𝑐 , les pertes de puissance active par phase, dues à l’effet de couronne, sont données
par la formule de Peterson :
2,25. 10−16 𝐸𝑑0 𝑓𝑈𝑠2
𝑃= ×𝐹
[ln(𝐷/𝑅)]2
Le facteur 𝐹 dépend du rapport 𝑈𝑠 / 𝑈𝑐 :
𝑈𝑠 / 𝑈𝑐 1 1,2 1,4 1,6 1,8
𝐹 0,05 0,08 0,3 1 3,5
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Les pertes dues à l’effet de couronne deviennent négligeables, par rapport aux pertes par effet Joule,
pour les lignes de grandes longueurs.
8.4. Autres effets causés par l'effet de couronne
Perturbations électromagnétiques : L’effet de couronne engendre un rayonnement
électromagnétique. Une différence de 20 dB est régulièrement observée entre les niveaux des
champs électriques perturbateurs mesurés par temps sec et par temps pluvieux.
Perturbations acoustiques : Les fréquences sonores émises par l’effet de couronne dans le
réseau électrique sont principalement comprises entre 2 et 15 kHz.
Production d’ozone : La production d’ozone autour des lignes à haute tension est généralement
modérée. Des mesures réalisées sous des lignes haute tension ont montré des concentrations
d’ozone de l’ordre de 0,004 ppm d’ozone par temps sec et jusqu’à 0,009 ppm par temps pluvieux.
Les seuils de toxicité de l’ozone, pour des effets réversibles (sensibilité bronchitique) correspondent
à 0,1 ppm pendant 7 heures ou 0,35 ppm pendant 1 heure. Dose létale : 50 ppm pendant 30 minutes.
La limite admise dans l’atmosphère est de l'ordre de 120 µg/m3, soit un peu moins de 1 ppm.
8.5. Utilisation de l’effet de couronne
Production d’ozone
• pour purifier : élimination des bactéries dans l’eau et dans l’air, oxydation des métaux lourds
dans les rejets industriels.
• pour blanchir : aliments, papier, textiles…
Production d’ions
• pour (dé)charger : élimination des charges statiques, xérographie.
• pour séparer : analyse chimique, élimination de poussière…
• pour la santé : ioniseurs d’airs.
Générateur corona
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