Col Blanc : Introduction Générale
Col Blanc : Introduction Générale
INTRODUCTION GÉNÉRALE
Pour certains, le Droit pénal des Affaires apparaît avec les sociétés commerciales. Or,
en réalité, son embryon se trouve dans l’infraction de la banqueroute, c’est-à-dire dès le XIIème
siècle. Autrement dit, c’est le droit de la banqueroute qui a entraîné le développement du Droit
pénal des Affaires. En effet, tout fonctionnement du commerce repose sur le crédit que font les
commerçants. Ainsi, lorsqu’un commerçant trahissait la confiance de ses créanciers, il remettait
en cause l’équilibre même du commerce qui repose sur ce crédit. On aura plus de créancier pour
prêter si on n’est pas sûr que les revenus vont revenir : d’où la notion fondamentale de confiance
1 Il s’agit d’une délinquance qui concerne un type de délinquant particulier. Elle concerne des délinquants qui
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émanent de la classe sociale moyenne voire supérieure. C’est une délinquance qui n’est pas violente : elle est même
qualifiée de délinquance d’astuce ou intellectuelle. Les moyens mis en œuvre ne font pas appel à la violence ; ils
nécessitent une forme d’intelligence assez développée.
2 LARGUIER (J.) et CONTE (Ph.), Droit pénal des affaires, coll. « U », Armand Colin, 11 ème éd. 2004, p. 2.
3 Désignent la fuite de plus de 11,5 millions de documents confidentiels issus du Cabinet d’avocats panaméen
Mossack Fonseca, détaillant des informations sur plus de 214. 000 sociétés offshores ainsi qu e les noms des
actionnaires de ces sociétés. Parmi eux se trouvent des hommes politiques, des milliardaires, des sportifs de haut
niveau, des chefs d’Etats ou de gouvernements.
4 Fondée en 1985 par K. Lay, Enron était devenue, en termes de capitalisation boursière, la 7 ème entreprise
américaine. Encensée par la presse et les analystes financiers comme nouveau modèle d’entreprise, sa valeur
boursière ne cessait de croître (90% en un an). En fait, l’entreprise gonflait artificiellement ses profits tout en
masquant ses déficits en utilisant une multitude de sociétés écrans et en falsifiant ses comptes. Le but étant ni plus
ni moins, de gonfler la valeur boursière.
Cours de Droit Pénal des Affaires. Par M. Vincent de Pierre OKWE NDONG, Docteur en Droit privé,
enseignant des Universités et Grandes Ecoles 2020-2021
qui gouverne le Droit des Affaires. En somme, le Droit pénal est dans la vie des affaires pour
protéger la confiance et le crédit essentiels au commerce.
Considéré comme un droit exceptionnel, le Droit pénal des affaires est la branche du
droit pénal général, qui étudie spécifiquement les infractions susceptibles d’intervenir dans la
vie économique et les sanctions qui leur sont applicables. C’est un droit spécial qui s’est donc
construit sur la base des règles du Droit pénal général, lesquelles n’étaient pas adaptées au
monde des affaires. En d’autres termes, l’apparition du Droit pénal des affaires, consubstantielle
à la vie des affaires, résulte de l’inadaptabilité des règles du Droit pénal général à la vie
économique.
Somme toute, le Droit pénal des Affaires est une discipline importante pour les
dirigeants sociaux et les cadres d’entreprises. En effet, il les édifie sur la criminalité des affaires
et les protège contre les sanctions susceptibles de frapper tous ceux qui contreviendraient à ses
dispositions. Le Droit pénal des Affaires a donc pour objectif la prévention et la mise en garde
sur les différentes actions que l’on peut entreprendre au sein d’une entreprise ou d’une société.
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Cette partie procède à la révision des concepts de Droit pénal général. Ainsi, avant
d’analyser les règles qui s’appliquent à l’action en justice et à l’organisation judiciaire (chapitre
II), il est nécessaire d’étudier l’expression « Droit pénal général » dont est issue la notion
d’infraction (chapitre I).
Le Droit pénal général est l’ensemble des règles de droit communes à toutes les
infractions et à toutes les peines y afférentes. Il est donc dominé par le principe de la légalité
des délits et des peines. Selon ce principe, il n’y a pas de délit, ni de peine sans texte de loi. Par
conséquent, il incombe au législateur l’obligation de prévoir toutes les infractions et les
sanctions y afférentes. Ce d’autant plus que la loi pénale est d’une interprétation stricte, non par
analogie, et répond au principe de la légalité des délits et des peines susmentionné. En d’autres
termes, le droit pénal n’admet pas de raisonnement par analogie. De fait, plusieurs infractions
demeurent impunies si aucun texte de loi ne les prévoit.
Pour pallier à cette insuffisance dans l’application de la loi, le législateur se voit obliger
de créer de nouvelles infractions (section 1) dans le but d’éviter les troubles à l’ordre public.
De même, il doit prévoir les peines (section 2) qui sanctionnent ces nouvelles infractions.
La question est de savoir comment face à un fait (infraction) donné, le juge parvient à
considérer qu’il s’agit d’une contravention, d’un délit ou d’un crime. Pour y parvenir, il y a lieu
de distinguer la classification légale (A), des autres classifications données par la doctrine (B).
A- La classification légale
La loi classe les infractions en tripartite, à savoir crimes, délits et contraventions. Cette
classification est faite en considération des infractions en partant de la plus grave à la moins
grave. De manière générale, c’est en fonction de la peine qu’on détermine la gravité d’une
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infraction. Ainsi, l’infraction punie d’une peine criminelle est qualifiée de crime. Celle punie
par une peine correctionnelle est un délit, et l’infraction punie d’une peine contraventionnelle
est une contravention. Par ailleurs, soulignons que la tentative de crime reste toujours
punissable. Or, la tentative de délit n’est punissable que si un texte le prévoit, et la tentative de
contravention n’est jamais punissable.
5 C’est le cas notamment du délit d’escroquerie. Celui-ci, suppose pour être consommé, d’une part l’utilisation de 4
manœuvres frauduleuses par l’escroc, et d’autre part, la remise d’une chose à l’escroc par la victime.
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A- La complicité
Parmi les cas de complicité prévus par la loi, nous avons la provocation, les instructions
et l’aide ou l’assistance. La provocation c’est le fait d’inciter une personne à commettre un
crime. Cette incitation peut se faire par des dons, ou menaces. Les instructions, quant à elles,
sont des renseignements ou informations donnés à quelqu’un en connaissance de cause, et qui
sont suivis d’effet (exemple : apprendre à quelqu’un comment falsifier les documents
comptables). Pour ce qui est de l’aide ou de l’assistance, elle concerne des actes postérieurs au
fait principal. Ces actes consistent à assister l’auteur de l’infraction.
B- La responsabilité
La question des personnes qui commettent l’infraction porte sur la complicité qu’elles
peuvent avoir avec d’autres personnes. Ainsi, sans procéder à l’analyse exhaustive des
différentes responsabilités, il est nécessaire de faire la différence entre la responsabilité pénale
du fait d’autrui et la responsabilité civile. La responsabilité pénale du fait d’autrui signifie
qu’on est responsable pénalement en raison de l’infraction commise par une autre personne.
C’est ainsi qu’un employeur peut être sanctionné des actes commis par ses employés. Un chef
d’entreprise peut être poursuivi – pour non-respect des règles de sécurité – des actes qu’il n’a
pas commis, si un ouvrier meurt alors qu’il n’avait pas de casque.
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La peine est la sanction qui touche toute personne ayant commis une infraction. Elle est
fonction de la nature ou qualification de l’infraction. Celle-ci, étant toujours assortie d’une
peine. Les peines sont différentes et diverses. Elles varient en fonction des circonstances qui
entourent la commission de l’infraction. En revanche, les peines ne sont pas éternelles, elles
sont sujettes à prescription. Ainsi, avant de voir les circonstances susceptibles d’éteindre une
peine (paragraphe 3), celles qui concourent à son aggravation ou son atténuation (paragraphe
2), il est judicieux d’étudier les différents types de peine (paragraphe 1).
La différenciation des peines s’effectue selon leur gravité (A), la façon dont elles sont
encourues (B), et selon leurs objets (C).
A- Selon la gravité
La peine la plus lourde est la peine criminelle qui peut être la réclusion criminelle à
perpétuité et à temps. Les peines criminelles sont relatives aux crimes ; les peines
correctionnelles sont appliquées aux délits et celles contraventionnelles aux contraventions.
Elles sont prévues soit pour aggraver, soit pour atténuer (A) la peine, et peuvent
concerner les personnes auteurs de plusieurs infractions (B).
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D’emblée, remarquons que l’aggravation des peines n’est possible que si un texte de loi
le prévoit, en énonçant expressément les circonstances aggravantes. Cependant, le juge dispose
de larges pouvoirs qui lui permettent de décider de la réduction de la peine, à l’exception des
cas d’exonération prévus par la loi. En d’autres termes, les circonstances atténuantes ne sont
pas exclusivement prévues par la loi. Bien qu’il s’agit d’un droit qui condamne (droit pénal),
toute la latitude est aussi donnée au juge d’apprécier et de juger les faits.
A titre de rappel, lorsque les infractions font l’objet d’une même poursuite, l’infraction
la plus grave éclipse les autres, si elles sont toutes passibles de peines de même nature. Par
contre, si les infractions sont passibles de peines de nature différente, elles feront l’objet de
poursuites différentes. Enfin, lorsqu’il y a des peines prononcées différemment et des poursuites
différentes donc plusieurs procès, la peine la plus grave va absorber la peine la moins lourde.
Ainsi, dans l’exemple précédemment évoqué, on prendra comme l’infraction la plus grave, les
coûts et blessures volontaires. Car, cela porte atteinte à l’intégrité physique d’une autre
personne. Dans le cas où, la personne commettrait aussi un viol avant son jugement, ces deux
infractions étant de nature différente feront, bien évidemment, l’objet de poursuites différentes.
C’est la question de la prescription des peines. En effet, lorsqu’une peine est prononcée,
la société dispose d’un certain délai pour la faire exécuter. Lorsque ce délai est échu, la peine
ne peut plus être exécutée. Ce délai est de vingt (20) ans révolus pour les crimes, cinq (5) pour
les délits et deux (2) an pour les contraventions (art. 58, als. 1, 2 et 3 du Code pénal)6 . A signaler
que les crimes de guerre et de génocide sont imprescriptibles (art. 339 du nouveau Code pénal).
6 Il s’agit de la Loi n° 042/2018 du 05 juillet 2019 portant Code Pénal (nouveau Code pénal) 7
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La procédure pénale est l’ensemble des règles qui organisent le processus de répression
d’une infraction. C’est la description des interventions des autorités étatiques (police et juge)
depuis la plainte, la dénonciation ou la constatation d’une infraction, le rassemblement des
preuves, la poursuite des auteurs, jusqu’à leur éventuel jugement. Ainsi, nous allons examiner
tour à tour les juridictions pénales (section 1), et le procès pénal (section 2).
Les juridictions sont hiérarchisées par pallier. C’est ainsi qu’on distingue le tribunal de
police (A), le tribunal correctionnel (B), et la Cour d’assise (C).
A- Le tribunal de police
Il est compétent pour connaître des contraventions, sauf celles de cinquième classe qui
sont les plus graves de cette catégorie (exemple : violences volontaires ayant entraîné une
incapacité temporaire de travail). Le tribunal de police est présidé par le Commissaire de police
de la ville siégeant comme juge unique.
B- Le tribunal correctionnel
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C- La Cour d’assise
Elle est compétente pour connaître des crimes. Au plan territorial, elle juge les crimes
dans sa circonscription. Elle se compose de trois (3) juges professionnels et de 9 jurés. Les jurés
sont des citoyens tirés au sort sur une liste établi par le ministère de l’intérieur. Ces citoyens
matérialisent le principe selon lequel la justice est rendue au nom du peuple.
La Cour d’Appel (A) et la Cour de cassation (B) constituent les juridictions du second
degré.
A- La Cour d’Appel
B- La Cour de cassation
La Chambre criminelle se prononce sur les arrêts rendus par les différentes Cours
d’Appel et d’Assise. Elle est composée d’au moins cinq (5) juges. Elle ne revérifie pas les faits,
ne les juge pas non plus, mais vérifie seulement si le droit a été appliqué. C’est la raison pour
laquelle, on l’appel juge de droit ou de fond.
Le procès pénal commence toujours par les enquêtes dont le but est de rassembler un
maximum de preuves. Ces enquêtes permettent d’engager les poursuites, et sont menées par la
police judiciaire. Le déroulement du procès pénal entraîne souvent l’intervention d’un juge
d’instruction (paragraphe 1) pour préparer le procès avant son jugement (paragraphe 2).
Généralement, les poursuites portent sur deux (2) types d’action, à savoir l’action
publique (A) et l’action civile (B).
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A- L’action publique
L’action publique est exercée par, principalement, le ministère public. Elle peut aussi
être exercée par les administrations des douanes ou des impôts. Cette action est exercée contre
la personne qui a troublé l’ordre social et ses complices. L’action publique est déclenchée par
une citation directe devant le tribunal, lorsque l’instruction n’est ni obligatoire, ni nécessaire
(cas des affaires simples). En revanche, c’est-à-dire dans les affaires complexes, l’action
publique est déclenchée par un réquisitoire. Il revient au ministère public d’apprécier
l’opportunité d’engager l’action publique. Et, même si l’instruction a commencé, il peut décider
de ne pas la poursuivre et d’en mettre un terme. La non poursuite de l’instruction, décidée par
le ministère public, met ainsi fin à l’action publique, qui peut également prendre fin par la
prescription.
B- L’action civile
L’action civile résulte d’une infraction, et son but est la réparation pécuniaire du
dommage causé par cette infraction. Elle est exercée par la victime ou ses héritiers contre les
auteurs et complices de cette infraction ou contre les personnes qui en sont civilement
responsables. Dans le cadre des procédures pénales, la victime doit se constituer partie civile
dans une action exercée par le ministère public. Cependant, avant l’action publique, l’action
civile peut s’exercer par la voie d’une citation directe déposée par un Huissier. Elle comprend
trois étapes notamment l’instruction préparatoire (1), l’instruction par le juge d’instruction (2),
et le renvoie à la chambre d’accusation (3).
1- L’instruction préparatoire
Le juge d’instruction est saisi par le ministère public en lui indiquant les faits sur
lesquels il doit enquêter : c’est ce qu’on qualifie de réquisitoire introductif. En outre, le juge
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d’instruction peut être saisi par une plainte avec instruction des parties civiles. Il peut interroger
toute personne surtout lorsqu’il s’agit d’une plainte contre X. Les pouvoirs exorbitants accordés
au juge d’instruction lui permettent de rechercher des preuves au moyen d’une enquête pour
aboutir à un procès ou un non-lieu. S’il estime que son enquête est terminée, il rend une
ordonnance de clôture de la procédure. Sa décision peut être un renvoi devant le tribunal
correctionnel, s’il s’agit d’un délit, une demande de transmission au ministère public, s’il s’agit
d’un crime, ou une ordonnance de non-lieu, s’il pense que les charges sont insuffisantes. En cas
de vice de procédure, les décisions du juge peuvent être frappées de nullité. Par ailleurs, les
ordonnances du juge d’instruction peuvent faire l’objet d’un appel devant la chambre
d’accusation.
Le juge d’instruction exerce ses larges pouvoirs sous forme d’actes écrits appelés
mandats. On distingue ainsi :
- Le mandat de dépôt, qui concerne une personne déjà interrogée par le juge
d’instruction ;
- Le mandat d’arrêt, c’est-à-dire l’ordre qui est donné à la force publique de rechercher
et d’arrêter la personne visée. Cet ordre conduit la personne concernée au placement
dans une maison d’arrêt, avant son interrogatoire sous 24h par le juge d’instruction ;
- Le mandat de comparution qui est la convocation adressée à une personne.
3- La chambre d’accusation
Lorsque le tribunal est saisi par une ordonnance de renvoi, ou par une citation directe,
le procès s’ouvre. Contrairement à la victime qui peut se faire représenter, le prévenu est obligé
de comparaître personnellement. Le tribunal procède à l’audition de toutes les parties et reçoit
les réquisitions du ministère public. Ainsi, lorsqu’il estime avoir saisi tous les contours de
l’affaire portée au jugement, le tribunal se retire pour délibérer et prendre une décision. La
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même procédure est également suivie devant la Cour d’Appel en vertu du principe du double
degré de juridiction. L’Appel constitue ainsi une voie de recours contre les décisions rendues
par les juridictions du premier degré, à l’exception de la Cour d’assise 7 . Si le jugement est rendu
par défaut, la personne lésée peut faire opposition 8 dans un délai de dix (10) ans.
7 Pour les arrêts rendus par les Cours d’Appel et d’Assises, la partie lésée peut se pourvoir en Cassation auprès de 12
la Chambre criminelle. Le pourvoi doit intervenir dans un délai d’un mois. La décision définitive n’intervient que
quand toutes les voies de recours sont épuisées.
8 Les personnes peuvent faire opposition à un jugement rendu à leur absence.
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Parmi les infractions de droit commun que l’on applique au droit de la vie économique,
nous avons le vol (chapitre I), l’escroquerie (chapitre II) et l’abus de confiance (chapitre III). A
ces trois principales infractions, on enjoint le recel (chapitre IV), le faux en écriture, le
blanchiment et la corruption. Pour chacune de ces infractions, il est nécessaire d’examiner les
éléments constitutifs et des sanctions y afférents.
CHAPITRE I : LE VOL
Selon les dispositions de l’art. 292 du Code pénal ancien (art. 460 du nouveau Code
pénal), le vol est défini comme étant la « soustraction frauduleuse d’une chose appartenant à
autrui ». A travers cette disposition, pour qu’il y ait vol, il faut la réunion d’un certain nombre
d’éléments (section 1) susceptibles d’être sanctionnés (section 2).
Lorsque l’on examine la définition du vol prévue par l’art. 292 du Code pénal,
précédemment évoquée, il ressort que le vol nécessite la réunion de trois (3) éléments, à savoir
la soustraction, la chose soustraite, et la propriété d’autrui sur cette chose. Les éléments
constitutifs de l’infraction de vol se décomposent ainsi en un élément légal (paragraphe 1), un
élément matériel (paragraphe 2) et un élément moral (paragraphe 3).
A l’instar de toute infraction, le vol nécessite un élément légal pour qu’elle puisse être
constituée, c’est-à-dire un texte d’incrimination, qui décrit un comportement répréhensible et
prévoit une peine afférente. Pour le vol, le texte qui prévoit cette inf raction est l’art. 292 du
Code pénal. Cet article définissant et encadrant ce délit.
L’élément matériel est indispensable, c’est un acte matériel qui permet de constituer
l’infraction. Ainsi, les tribunaux qui condamnent les prévenus pour vol doivent relever
l’existence de cet élément. Pour le vol, l’élément matériel se divise en trois (3) éléments : une
soustraction (A), une chose susceptible d’être soustraite ou volée (B) et la propriété d’autrui
(C).
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A- L’acte de soustraction
Soustraire c’est enlever, retirer quelque chose à quelqu’un contre son gré. Ce qui
implique une certaine contrainte pouvant aller jusqu’à la violence pour l’obtenir. C’est aussi un
acte matériel commis à l’insu du détenteur, dans le but d’entraîner un transfert de possession.
Au sens propre, soustraire c’est faire passer la possession d’un objet de la main de son détenteur
légitime dans celle de l’auteur du délit, c’est « prendre ou enlever » : il s’agit là d’un acte
matériel.
Le vol ne peut avoir pour objet qu’une chose susceptible d’être soustraite et d’être
appropriée. Pour cela, il faut deux conditions. D’une part, la possibilité de soustraction et,
d’autre part, la possibilité d’appropriation.
Il est nécessaire que l’objet de la soustraction soit à l’origine la propriété d’autrui. C’est
le cas, par exemple, de quelqu’un qui oublie son téléphone et vous le ramasser sans l’intention
de le lui restituer.
C’est une condition nécessaire de l’existence du délit : la soustraction doit donc être
frauduleuse. En d’autres termes, l’auteur doit avoir la conscience de commettre une
appréhension illicite, en se rendant maître de la chose contre le gré de son propriétaire originel.
Selon les circonstances dans lesquelles il est commis, le vol peut être un délit
(paragraphe 1) ou un crime (paragraphe 2).
Ici, on distingue le vol simple et le vol aggravé. Le vol simple est un délit correctionnel,
et est puni de trois (3) ans au plus et peut l’être, en outre, d’une amende d’un montant de
1.000.000 de francs au plus (art. 460, al. 2 du nouveau Code pénal). La tentative de vol est punie
au même titre que le vol consommé. Par ailleurs, elle peut se solder par un échec, et même dans
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ce cas, dès lors qu’il n’y a pas eu désistement volontaire, la tentative reste toujours punissable.
C’est le cas par exemple le fait de fouiller la poche d’un voisin même sans rien y trouver.
Par contre le vol aggravé, est un crime parce qu’il est commis avec une ou plusieurs
circonstances aggravantes. Il est puni de cinq ans d’emprisonnement au plus et de 2.000.000 de
francs d’amende au plus (art. 463, al. 3 du nouveau Code pénal). Est ainsi qualifié de vol
aggravé, celui qui « est commis par plusieurs personnes agissant en qualité d’auteur ou de
complice sans qu’elles constituent une bande organisée » ; celui qui « est commis par une
personne qui prend indûment la qualité d’une personne dépositaire de l’autorité publique ou
chargée d’une mission de service public » ; celui qui « est précédé, accompagné ou suivi de
violences sur autrui n’ayant pas entrainé une incapacité totale de travail » ; celui qui « est
commis dans un local d’habitation ou dans un lieu utilisé ou destiné à l’entrepôt de fonds,
valeurs, marchandises ou matériels » ; etc. (art. 463, al. 1 du nouveau Code pénal).
Tout auteur d’un vol commis avec l’une des circonstances aggravantes spécifiées ci-
dessus est puni de cinq (5) ans d’emprisonnement au plus et de 2.000.000 de francs d’amende
au plus. Les peines sont portées à sept (7) ans d’emprisonnement au plus et à 5.000.000 de
francs d’amende au plus, lorsque le vol est commis avec deux des circonstances prévues par le
présent article. Elles sont portées à dix (10) ans d’emprisonnement et à 10.000.000 de francs
d’amende au plus, lorsque le vol est commis avec trois (3) de ces circonstances (art. 463, als. 4
et 5 du nouveau Code pénal).
Le vol devient un crime, lorsqu’il est commis par une personne porteuse d’une arme
apparente ou cachée, ou par une bande organisée (art. 465, als. 1 et 2 du nouveau Code pénal).
Dans ces cas, le coupable est puni de travaux forcé à perpétuité. Le vol est aussi un crime
lorsqu’il est commis à mains armées avec prise d’un ou plusieurs otages.
CHAPITRE II : L’ESCROQUERIE
L’escroquerie c’est le fait pour toute personne, d’induire astucieusement en erreur une
autre personne par des affirmations fallacieuses, ou par des dissimulations de faits vrais, ou
d’exploiter astucieusement l’erreur où se trouvait une personne et la déterminer ainsi à des actes
préjudiciables à ses intérêts ou à ceux d’un tiers, en vue de se procurer ou de procurer un profit
pécuniaire illégitime.
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Aux termes des dispositions de l’art. 301 du Code pénal ancien (art. 469 du nouveau
Code pénal), l’escroquerie consiste à utiliser certains procédés (paragraphe 1) pour tromper la
victime afin de la déterminer à remettre certaines choses (paragraphe 3) à l’escroc qui agit
intentionnellement (paragraphe 4) et de manière frauduleuse (paragraphe 2).
L’escroquerie suppose également l’emploi des manœuvres dans l’un des buts
déterminés par la loi. La manœuvre peut être un mensonge écrit ou verbal émanant de l’escroc
et accompagnée par les éléments extérieurs comme la production d’un écrit, l’intervention d’un
tiers ou d’une mise en scène. Ainsi, l’escroc peut persuader sa victime de l’existence d’une
entreprise qui pourtant est fictive.
Il s’agit de l’objectif de l’escroc, à savoir la remise des biens, de fonds, des moyens
financiers. La remise de la chose permet de distinguer l’escroquerie du vol. En effet,
contrairement au vol, c’est la victime de l’escroquerie qui remet, elle-même, la chose à l’escroc
à la suite de la tromperie. La remise doit porter sur les choses prévues par la loi (art. 301 du
Code pénal). Il s’agit notamment des fonds (argent en liquide, virements, chèques).
Il n’est pas nécessaire que l’auteur des manœuvres frauduleuses ait agit sciemment,
parce que l’escroquerie n’est pas une infraction intentionnelle. Ainsi, il suffit que les éléments
matériels (emploi des manœuvres frauduleuses, la remise de la chose du fait de ces manœuvres)
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et légaux soient réunis pour que l’infraction soit déterminée. L’intention coupable c’est ainsi la
raison pour laquelle l’infraction a été réalisée.
L’escroquerie est punie d’une peine d’emprisonnement de cinq (5) ans au plus, et d’une
amende de 20.000.000 de francs au plus (art. 469 du nouveau Code pénal). Si le délit est commis
par une personne ayant fait appel au public en vue de l’émission d’actions, obligations, bons,
parts ou titres quelconques, soit d’une société, soit d’une entreprise commerciale ou industrielle,
l’emprisonnement peut être porté à dix (10) ans au plus et l’amende à 50.000.000 de francs au
plus.
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Lorsque l’on procède à une analyse minutieuse de l’art. 307 du Code pénal ancien, on
s’aperçoit qu’il retient sept (7) types de contrats, à savoir, le louage, dépôt, le travail salarié, le
travail non salarié, le mandat, le prêt à usage, et le nantissement. La définition de ces contrats
est identique à celle retenue par le Droit civil, mais puisqu’on est en matière pénale, ces contrats
ne peuvent pas être assimilés, selon le principe d’interprétation stricte du droit pénal des
affaires.
Aux termes des dispositions de l’art. 307 du Code pénal ancien, l’abus de confiance
s’entend du détournement d’un objet qui n’a été remis qu’à charge de restitution ou d’un usage
déterminé. Selon cette disposition, les choses doivent être remises et acceptées « à charge de
les rendre, de les restituer, de les représenter ou d’en faire un usage déterminé ». Ainsi, un
représentant qui ne restitue pas la marchandise mise à sa disposition pour démarcher la clientèle
commet inéluctablement un abus de confiance.
L’abus de confiance ne peut porter que sur certains objets. Sont ainsi susceptibles d’un
abus de confiance, les biens mobiliers corporels (meubles) ou incorporels (titre, quittances qui
constatent ou prescrivent, éteignent les droits). Les choses doivent être remises en application
du contrat. C’est parce qu’elle doit avoir été faite à la charge de la personne qui reçoit de rendre,
de représenter, de faire un usage ou un emploi déterminé, la remise de la chose est donc faite
dans un objectif bien précis qui ne constitue nullement un transfert de propriété, mais que la
personne qui reçoit la chose exécute un contrat.
De fait, dissiper peut s’entendre par le fait de détruire, vendre la chose, la donner ou
l’abandonner. Par contre, détourner la chose c’est donner à la chose une autre destination que
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L’abus de confiance est un délit intentionnel et l’existence de l’élément moral doit être
caractérisée. C’est parce que le détournement implique une idée de fraude, le coupable doit
donc avoir agi en connaissance de cause. Il savait qu’il n’avait pas la chose en tant que
propriétaire, mais qu’il devait la restituer. La preuve de l’élément moral ou intentionnel
incombe au ministère public. Il revient donc au procureur de prouver l’acte d’abus de confiance
du coupable.
L’abus de confiance est puni « d’un emprisonnement de trois ans au plus et d’une
amende de 2.000.000 de francs au plus, ou de l’une de ces deux peines seulement » (art. 473,
al. 2 du nouveau Code pénal). En outre, « Si l’abus de confiance a été commis par une personne
faisant appel au public afin d’obtenir, soit pour son propre compte, soit comme directeur,
administrateur, ou agent d’une société ou d’une entreprise commerciale ou industrielle, la
remise de fonds ou valeurs à titre de dépôt, de mandat ou de nantissement, la durée de
l’emprisonnement peut être portée à dix ans au plus et l’amende à 10.000.000 de francs au
plus » (art. 473, al. 3 du nouveau Code pénal).
L’amende peut toutefois être portée au quart des restitutions et des dommages-intérêts
si elle est supérieure à ce maximum.
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la remise de la chose a eu lieu en vertu d’un contrat. Le bénéficiaire de cette remise n’ayant pas
employé des manœuvres frauduleuses, il n’y pas donc pas d’intention coupable à ce niveau.
CHAPITRE IV : LE RECEL
Le recel est sanctionné comme une forme de complicité. C’est dans les années 1990,
notamment en France, qu’il est devenu une infraction autonome, distincte de celle de
complicité. On doit savoir si les éléments constitutifs de l’infraction de recel sont réunis. C’est
un délit distinct de l’infraction principale.
L’infraction de recel est visée à l’art. 312 du Code pénal ancien (art. 477 du nouveau
Code pénal). Selon ce texte, « quiconque aura sciemment recelé, en tout ou partie, des choses
enlevées, détournées, ou obtenues à l’aide d’un crime ou d’un délit, sera puni des peines
applicables au fait qui a procuré les choses recelées ». Aussi, constitue un recel le fait, en
connaissance de cause, de bénéficier, par tout moyen, du produit d’un crime ou d’un délit. A la
lecture de cet article, on peut déduire que le recel est le fait de recevoir, détenir, conserver, ou
encore de tirer profit de choses dont on sait qu’elles proviennent d’un crime ou d’un délit.
Ainsi, pour qu’elle soit sanctionnée (section 3), l’infraction de recel doit, au préalable,
remplir des conditions préalables et nécessaires (section 1) pour sa constitution et être composée
par un certain nombre d’éléments (section 2).
Pour qu’il y ait recel, il faut obligatoirement la réunion de deux conditions préalables, à
savoir une infraction primaire ou principale (paragraphe 1), et la chose objet du recel
(paragraphe 2).
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concernées. Il s’agit d’un délit à la fois verticale et une infraction transversale. Le recel est
vertical parce qu’il découle de l’infraction primaire, et étend le champ des personnes qui vont
être sanctionnées. C’est une infraction transversale, parce qu’il peut y avoir recel dans
n’importe quel crime et n’importe quel délit. Aux termes des dispositions de l’art. 312 du Code
pénal ancien, susmentionné, l’infraction d’origine doit être un crime ou un délit. Pour n’importe
quelle infraction, on peut chercher si on ne va pas pouvoir atteindre, en plus, un receleur.
La pratique des affaires est assez riche et montre que l’infraction primaire peut être très
variable. En revanche, qu’il s’agisse d’un crime ou d’un délit, l’infraction principale doit être
qualifiée par le juge. On ne peut donc pas être condamné pour recel par une décision qui se
contenterait de dire que la chose, objet du recel, a une origine frauduleuse. Cette infraction doit
être punissable, et ne doit pas avoir perdu son caractère délictueux. Par contre, on ne peut plus
être receleur d’une infraction qui a été abrogée. Objectivement, il doit s’agir d’un fait punissable
qui donne lieu à condamnation pénale.
A priori, la nature de la chose recelée importe peu parce qu’elle est directement liée à
l’infraction primaire. Cette chose doit simplement pouvoir être dissimulée, transmise ou
détenue. Elle peut donc porter sur le même objet que celui de l’infraction principale. La chose
volée deviendra la chose recelée. On n’a pas une identité d’objet nécessaire. Le recel peut porter
sur autre chose que l’objet de l’infraction primaire. Autrement dit, le recel peut porter sur le
produit de l’infraction primaire. Exemple, on vol la voiture, l’objet c’est le véhicule, on revend
la voiture, et un tiers bénéficie du prix de la vente de la voiture : il est receleur.
Enfin, l’objet du recel peut être une chose matérielle, peu importe sa valeur juridique.
Ainsi, on s’interroge s’il peut y avoir recel d’une chose incorporelle. La jurisprudence l’a
admise pour une créance, un service de transport. Ces solutions sont aujourd’hui justifiées par
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le fait que le délit de recel s’applique non seulement aux biens détenus à l’origine, mais aussi à
ses produits.
Selon la jurisprudence, le recel ne peut pas porter sur une information, mais seulement
sur le support de cette information (Chambre criminelle, arrêt du 3 avril 1995). La chambre
criminelle confirme sa position en ajoutant que pour une information, il faut a priori distinguer
le recel par détention qui va supposer un support matériel, du recel profit qui peut être retenu
dès lors que l’information fait l’objet d’une exploitation patrimoniale (Chambre criminelle,
arrêt du 26 octobre 1995).
L’infraction de recel peut se réaliser de deux manières distinctes. Ce qui suppose qu’elle
n’est pas cumulative. Ainsi, on a le recel matériel (A), et le recel profit (B).
A- Le recel matériel
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personnellement, mais aussi par l’intermédiaire d’un tiers mandataire ou d’un préposé. En
somme, on considère que la notion de détention à elle seule englobe toutes les autres
(dissimulation, transmission). Ainsi, on a recel dans le fait de présenter à l’encaissement un
chèque dont on sait qu’il émane d’une personne qui a commis des escroqueries.
B- Le recel profit
C’est l’hypothèse du profit retiré de l’infraction d’origine. Selon la loi, c’est le fait de
bénéficier, par tous moyens, du produit d’un crime ou d’un délit. Cette notion est une
consécration de la jurisprudence antérieure, qui met fin à une partie des discussions sur la
question concernant le fait d’avoir la chose entre les mains. Elle conclut qu’il n’est pas
nécessaire d’avoir détenu la chose pour être considéré comme receleur. L’acte matériel s’étant
totalement dématérialisé. En effet, il suffit de profiter du produit issu de l’infraction d’origine,
de commander de l’étranger des marchandises dont on sait qu’elles ont été obtenues par abus
de confiance, le fait de posséder des actions d’une société dont la valeur a été augmentée.
Le dol général est le fait que le receleur connaisse l’origine frauduleuse de la chose au
moment de la détention, de la transmission, ou il profite d’elle. Selon la loi, c’est le fait de
détenir la chose sachant qu’elle provient d’un crime ou délit : en connaissance de cause.
Autrement dit, on n’est pas receleur par inadvertance, par imprudence, mais parce qu’on veut
l’être. On connait l’origine de la chose, mais on entend en profiter. Le problème est que parfois
l’auteur n’exprime pas son intention réelle. En pratique, on se heurte à un problème de preuve,
et on se retrouve avec une preuve par présomption de l’intention.
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Concernant la sanction, on a les règles générales, et les cas d’aggravation du recel et les
peines peuvent être doublées. Généralement, le receleur encourt les peines principales plus
sévères attachées à l’infraction d’origine dont il a connaissance, de même qu’il encourt les
peines complémentaires attachées à cette peine principale. En revanche, est-il possible de
poursuivre simultanément un individu comme auteur de l’infraction principale et recel ? En
d’autres termes, peut-on poursuivre une personne qui vole une moto et s’en sert pour aller au
travail ? A cette interrogation, la jurisprudence a répondu par la négative. Les juges considèrent
qu’il n’est pas possible de condamner la même personne comme auteur et receleur de
l’infraction d’origine. Ce sont des qualifications incompatibles dont exclusives. Les éléments
constitutifs s’auto-excluant. Quand on vole, on a l’intention de voler pour s’approprier la chose
d’autrui. Dans le recel, on garde une chose d’origine frauduleuse. En revanche, le complice de
l’infraction d’origine peut aussi être poursuivi pour recel. C’est une règle qui est logique : le
fait matériel de complicité et le fait matériel constitutifs du recel sont distincts9 .
9 On juge que rien ne s’oppose à ce que des prévenus reconnus coupables de complicité d’escroquerie et d’exercice 24
illégal de la profession de banquier puissent également être condamnés com me receleur de cette infraction, des
sommes issues de cette infraction. Ce sont des faits distincts à une date différente (Chambre criminelle 10 octobre
1996).
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La nécessité du droit pénal spécial sur les sociétés commerciales s’est imposée à partir
du moment où l’on a constaté l’inadaptabilité du droit pénal général à la répression que l’on
peut rencontrer dans le droit pénal des affaires, plus particulièrement pendant la constitution, le
fonctionnement, et la dissolution et la liquidation des sociétés. Face donc à l’inadaptabilité du
droit pénal général confronté aux agissements illicites dans la vie économique, il a fallu créer
de nouvelles incriminations pour sanctionner ces nouveaux comportements qui étaient
méconnues par le droit pénal général.
En revanche, soulignons que le droit pénal ne concerne pas tous les types de sociétés, y
compris les sociétés en nom collectif ou les sociétés en commandite simple. C’est surtout aux
sociétés par actions et à la SARL que le législateur a consacré l’essentiel de son arsenal
juridique répressif avec des exigences spéciales, lorsque les sociétés font appel public à
l’épargne ou si leurs titres sont inscrits à la côte de la bourse de valeurs.
Les infractions relatives aux sociétés commerciales peuvent ainsi être commises tout au
long des différentes étapes de la vie sociale. Parmi celles-ci, on distingue les infractions liées à
la constitution des sociétés (chapitre I), les infractions liées au fonctionnement des sociétés
(chapitre II) aux dirigeants ou les liquidateurs de société, à propos de certaines causes de
dissolution ou de liquidation des sociétés (chapitre IV). Enfin, il y a des infractions qui
concernent la comptabilité des sociétés (chapitre III).
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Avant l’intervention du droit OHADA, une société était régulièrement formée dès la
signature des statuts par les associés. Il est établi désormais que toute société jouit de la
personnalité juridique à compter de son immatriculation au Registre du Commerce et du Crédit
Mobilier (RCCM). Avant qu’elle soit immatriculée, l’existence de la société n’est pas
opposable aux tiers. Ceci étant, dans le cadre de la recherche du capital social en vue de la
constitution de la société, les associés peuvent être amenés à commettre quelques infractions,
notamment à travers des mensonges qui, comme on le sait, sont des comportements prohibés
dans le domaine des affaires qui est en principe réservé aux « hommes de bonne foi » et d’une
honnêteté irréprochable. Pour ce faire, le législateur incrimine les actes mensongers
suffisamment graves et dangereux tant pour les tiers et les associés que pour la société elle-
même. Les infractions en question concernent la simulation de souscription ou de versements
10 Selon l’art. 887 de l’AU : « encourent une sanction pénale : 1- ceux qui, sciemment, par l’établissement de la
26
déclaration notariée de souscription et de versement ou du certificat du dépositaire, auront affirmé sincères et
véritables des souscriptions qu’ils savaient fictives ou auront déclaré que les fonds qui n’ont pas été mis
définitivement à la disposition de la société ont été effectivement versés ; 2- ceux qui auront remis au notaire ou
au dépositaire, une liste des actionnaires ou des bulletins de souscription et de versement mentionnant des
souscriptions fictives ou des versements de fonds qui n’ont pas été mis définitivement à la disposition de la société
; 3- ceux qui sciemment, par simulation de souscription ou de versement ou par publication de souscription ou de
versement qui n’existent pas ou de tous autres faits faux, auront obtenu ou tenté d’obtenir des souscriptions ou
des versements ; 4- ceux qui, sciemment, pour provoquer des souscriptions ou des versements auront publié les
noms de personnes désignées contrairement à la vérité comme étant ou devant être attachées à la société à un titre
quelconque ; ceux qui, frauduleusement, auront fait attribuer à un apport en nature, une évaluation supérieure à
sa valeur réelle ».
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(section 1), la publication de faits faux (section 2), et l’émission irrégulière d’actions (section
3).
Paragraphe 1 : La simulation
Elle s’entend par l’établissement du caractère fictif des souscriptions ou des versements
et la preuve qu’ils étaient affirmés sincères et véritables. Le caractère fictif des souscriptions
doit absolument être de mise. Les souscriptions sont fictives, lorsque tous les éléments
susceptibles d’assurer la validité de l’engagement d’entrée en société ne sont pas réunis.
L’existence des versements implique que le dépositaire accepte de reconnaître qu’il a reçu des
versements qui, somme toute, ne lui ont pas été remis. Les versements sont fictifs quand il est
affirmé qu’ils ont été effectués, alors qu’il n’en a été rien. On parle de versement fictif en
l’absence de tout versement, nonobstant l’affirmation contraire, en cas de simulacre de
versements apparents. Selon la doctrine, « tous les procédés susceptibles d’accréditer, dans
l’esprit des tiers, cette idée, sont répréhensibles », et « peu importe la méthode utilisée :
déclarations verbales, reçus de complaisance, passation d’écritures ». De même, d’après la
jurisprudence, il peut s’agir des manœuvres suivantes :
Les manœuvres frauduleuses tendant à amener les actionnaires à verser les souscriptions
suffisent à constituer l’infraction, même si l’opération ne s’est pas réalisée.
Paragraphe 2 : La souscription
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principe égale au montant nominal de son titre. Le versement, quant à lui, est non seulement
constitué du premier versement effectué au moment de la constitution de la société, mais encore
des versements réalisés à la suite des appels des quarts subséquents.
La tentative d’obtenir des souscriptions ou des versements est punissable. Elle est
consommée lorsque l’agent aura accompli des actes de nature à amener l’engagement de
souscripteurs sérieux ou de versements de leur part. Il y aura tentative, par exemple, si les
fondateurs sollicitent la souscription d’actions sans réussir à l’obtenir. Le terme « sciemment »
qui caractérise l’élément moral suppose que l’auteur de l’infraction a agi en connaissance de
cause, qu’il a conscience du but poursuivi et connaît la fausseté des faits prétendus. C’est
l’élément intentionnel qui démontre la conscience qu’a l’agent de réaliser une simulation
susceptible d’entraîner des souscriptions ou des versements. En vérité il est de mauvaise foi.
Ceux qui, en connaissance de cause, préparent ou facilitent le délit par des faits
antérieurs ou concomitants à son exécution sont des complices. C’est le cas d’un Commissaire
aux Comptes qui affirme, devant l’assemblée générale des actionnaires, un bénéfice inexistant,
qui certifie sincère un bilan fallacieux, ou d’un Chef comptable qui falsifie les documents
comptables et les procès-verbaux du Conseil d’administration, ou encore un banquier qui
délivre des reçus de complaisance.
Ainsi, l’action publique existe dès la consommation du délit. La restitution des fonds
obtenus par simulation ou le versement des fonds font subsister le droit de poursuite de
l’infraction. Elle se prescrit par trois (3) ans, et le délai court à partir du jour de
l’accomplissement du délit. L’action civile, quant à elle, appartient à toute personne ayant subi
un préjudice du fait de l’infraction. Aux actionnaires victimes des agissements frauduleux, et à
la société en tant qu’être collectif, l’action étant alors exercée par les administrateurs contre les
fondateurs ou d’autres administrateurs. Un créancier de la société peut également intenter les
poursuites judiciaires.
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Cette infraction est réalisée en vue d’obtenir des souscriptions ou des versements. Il
s’agit de la publication de souscriptions ou de versements qui n’existent pas ou de tous autres
faits faux, et de la publication des noms de personnes désignées contrairement à la vérité comme
étant ou devant être attachées à la société, à un titre quelconque. Le régime de cette infraction
présente de nombreux points communs avec le délit de simulation puisqu’ils ont le même but,
à savoir obtenir des souscriptions ou des versements.
La publication est réalisée par l’emploi de tout moyen d’information destiné à toucher
le public : insertion dans des documents ayant un caractère officiel (journal d’annonces légales)
ou insertion dans des documents privés, ou leur distribution, tels que des imprimés. Ça peut être
aussi des articles parus dans la presse (annonces radiodiffusées ou projetées sur écran), ou
encore la tenue de propos en public, notamment la présentation d’un faux bilan à l’assemblée
générale des actionnaires. Des faits faux quelconques, des souscriptions ou versements
inexistants et des noms de personnes faussement attachées à la société peuvent être retenus
comme constitutifs du délit.
Les faits faux d’ordre juridique sont ceux qui consistent dans l’affirmation inexacte de
la constitution régulière de la société ou de la souscription intégrale du capital social. Les faits
faux d’ordre économique peuvent être, la publication de circulaires ou articles de journaux
annonçant une hausse considérable des actions, les affirmations inexactes sur le droit de
propriété, la publication dans un code, de cours fictifs. Les noms des personnes faussement
attachées à la société sont ceux des gens jouissant d’un grand crédit ou d’une notoriété certaine,
bien que dépourvues de tout lien avec la société. Ce délit est intentionnel, comme le souligne
le mot « sciemment ». Mais, s’agissant de la publication de noms de personnes faussement
attachées à la société, il est nécessaire que soit exigée, en dehors de la conscience des
agissements, la preuve de l’intention de l’auteur, d’autant plus que le texte précise comme but
de la publication « provoquer des souscriptions ou versements ».
Les auteurs sont ceux qui ont publié des faits en sachant qu’ils sont faux, pour obtenir
des souscriptions ou des versements : ce sont les fondateurs, les administrateurs ou les gérants.
Peuvent être poursuivis comme complices :
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a- Les démarcheurs qui, après avoir réuni les éléments mensongers destinés à faciliter
l’émission des actions, les ont portés à la connaissance du public sous forme de comptes
rendus inexacts et trop élogieux de l’affaire ;
b- Les journalistes qui publient en connaissance de cause, les articles mensongers
conformément à la demande des fondateurs ou des administrateurs ;
c- Le Commissaire aux Comptes qui, en connaissance de cause, certifie sincère un bilan
manifestement frauduleux, ou qui conseille un dirigeant en vue de présenter à
l’assemblée générale un bilan comportant de graves inexactitudes ;
d- Le conseil juridique qui prépare les actes frauduleux destinés à être publiés
Aux termes des dispositions de l’art. 886 de l’AU : « est constitutif d’une infraction
pénale, le fait, pour les fondateurs, le président-directeur général, le directeur général,
l’administrateur général ou l’administrateur général adjoint d’une société anonyme d’émettre
des actions avant l’immatriculation ou à n’importe quelle époque lorsque l’immatriculation est
obtenue par fraude ou que la société est irrégulièrement constituée ». Les fondateurs et les
administrateurs ont ainsi l’obligation de vérifier la régularité de la constitution de la société et
son immatriculation, avant de procéder à l’émission de titre. Faute de quoi, la loi s’applique
contre eux.
Les irrégularités dont il est fait état constituent donc une condition, un préalable à
l’infraction. Ces irrégularités concernent l’inobservation de certaines règles relatives à la
constitution des sociétés anonymes, à l’émission avant l’immatriculation ou à la suite d’une
immatriculation frauduleuse. En effet, l’émission d’actions est répréhensible si
l’immatriculation fait défaut ou si, d’une façon générale, les formalités de constitution ne sont
pas régulièrement accomplies. Il s’agit précisément de l’émission avant l’immatriculation de la
société au RCCM, et de l’émission faite à toute époque si l’immatriculation est faite en fraude.
La fraude s’entend comme une action révélant chez son auteur une volonté manifeste de nuire
à autrui ou de tourner certaines prescriptions légales. En somme, l’immatriculation représente
une étape fondamentale dans la vie sociale. Tant que la société n’est pas enregistrée, ses actions
ne doivent pas être émises : c’est un principe. Le délit est constitué même en l’absence de
mauvaise foi, par le seul fait de l’émission, dès lors qu’est établie l’existence de l’une des
irrégularités exigées.
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Dès qu’elle est créée, la société doit entretenir une activité dans le but d’accomplir son
objet social. Pour ce faire, elle doit fonctionner normalement. Ce qui justifie la mise en œuvre
des règles pénales en vue d’assurer la protection de ceux qui peuvent être victimes d’une gestion
frauduleuse ou trop imprudente. Ainsi compris, le droit pénal prévoit des infractions relatives à
la gestion des affaires sociales, pour empêcher les abus venant des dirigeants sociaux qui ont
un pouvoir pour engager la société sans justifier d’un mandat spécial, et sont chargés d ’assurer
la gérance, l’administration, la direction de la société.
En outre, toute société étant soumise à la tenue obligatoire d’une comptabilité en vue
d’un bon fonctionnement, les mêmes dirigeants, aidés dans leur tâche par les Commissaires aux
Comptes, sont appelés à administrer cette comptabilité dans le bon sens, au risque de poursuites
judiciaires, sachant que la comptabilité est un élément capital, voire obligatoire pour le
fonctionnement de toute société. La gestion de la société requiert donc des vertus qui empêchent
l’abus dans les pouvoirs étendus mis à la disposition des dirigeants. Or, ceux-ci peuvent abuser
des biens et du crédit de la société, de même qu’ils peuvent porter atteinte au droit des associés
de participer à la vie sociale. En effet, les dirigeants sociaux peuvent avoir la tentation d’utiliser
leur pouvoir de gestion et d’administration, non pas dans l’intérêt de la société qu’ils dirigent,
mais dans leur intérêt personnel.
Plus généralement, il arrive qu’ils en viennent à traiter le patrimoine social comme leur
patrimoine propre. De la sorte, ils peuvent se livrer à des détournements de biens de la société
dont ils ont la charge de diriger. Jusque dans les années 1930, ces détournements n’étaient
pénalement répréhensibles qu’au titre du délit de droit commun d’abus de confiance, applicable
au motif que les dirigeants sont des mandataires sociaux.
Conscient du fait que tout homme qui dispose du pouvoir est tenté d’en abuser, et les
organes légaux de la société en étant pourvus, il a été convenu de les empêcher d’en abuser ou
d’entraver l’exercice des droits légalement reconnus. Ainsi, dans le cadre de la gestion de la
société, les dirigeants peuvent abuser des biens et du crédit de la société (section 1), tout autant
qu’ils peuvent porter atteinte au droit des associés de prendre part à la vie de celle-ci (section
2). Aussi, le fonctionnement de la société nécessité que celle-ci soit contrôlée. Ce contrôle
effectué par les Commissaires aux Comptes peut être obstrué (section 3), voire refusé (section
4) par des manœuvres mises en place par les dirigeants sociaux.
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Selon les dispositions de l’art. 891 de l’AU sur les sociétés commerciales : « encourent
une sanction pénale, le gérant de la société à responsabilité limitée, les administrateurs, le
président directeur général, le directeur général, l’administrateur général ou l’administrateur
général adjoint qui, de mauvaise foi, font du bien ou du crédit de la société, un usage qu’ils
savaient contraire à l’intérêt de celle-ci, à des fins personnelles, matérielles ou morales, ou
pour favoriser une autre personne morale dans laquelle ils étaient intéressés, directement ou
indirectement ». Cette disposition légale incrimine les abus ou les atteintes ayant trait aux
valeurs patrimoniales que sont les biens sociaux ou le crédit de la société.
Bien qu’il soit communément dénommé abus des biens sociaux, le délit peut aussi se
commettre par usage abusif du crédit social. Ces délits ont une finalité commune, car ils tendent
à sanctionner les dirigeants qui traitent le patrimoine social comme leur patrimoine propre, en
méconnaissance du principe de séparation des patrimoines, ou qui gèrent la société dans leur
intérêt personnel, quand bien même leur mandat est un mandat de gestion dans l’intérêt de la
société. L’objectif du délit est en fait de sanctionner les confusions entre le patrimoine social et
patrimoine personnel.
Il peut s’agir de tous les biens mobiliers appartenant à la société (fonds sociaux,
matériels et marchandises). Il peut s’agir également de ses biens immobiliers et même des biens
incorporels (droit de créance, droit d’exploitation d’un brevet d’invention, droit de clientèle).
En somme, les biens sociaux représentent l’ensemble de l’actif mobilier et immobilier d’une
société destiné à l’intérêt de celle-ci. Les biens sociaux doivent appartenir à la société et celle-
ci doit être in bonis, c’est-à-dire que la société doit être maîtresse de ses biens. Le crédit social
correspond de façon générale à la confiance financière qui est attachée à la société en raison de
son capital, de la nature de ses affaires et de la bonne marche de celles-ci.
A propos de l’exigence d’un acte contraire à l’intérêt d e la société qui du reste paraît
délicate à cerner, il faut noter que le texte d’incrimination ne définit pas cette notion. Cette
question étant d’essence pénale, elle relève de l’appréciation du juge répressif et non de celle
des organes sociaux. A cet effet, on note la dépense sociale qui sert l’intérêt personnel des
dirigeants et qui n’a pas de contrepartie pour la société :
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Les personnes susceptibles d’être poursuivies sont les seuls gérants de la société dont
les qualités sont précisées dans l’incrimination. Toutefois, ceux qui ont participé au délit
peuvent non seulement être poursuivis comme complices mais encore comme receleurs de
choses.
L’élément intentionnel est doublement requis. Il faut que l’acte contraire à l’intérêt
social ait été commis de mauvaise foi et à des fins personnelles ou pour favoriser une autre
société dans laquelle les dirigeants sont intéressés directement ou indirectement. La mauvaise
foi correspond au dol général en ce qu’elle suppose que l’agent ait eu conscience du caractère
contraire à l’intérêt de la société de l’acte qui lui est reproché. Les fins personnelles requises
correspondent au dol spécial.
Le but de l’intérêt personnel peut être pécuniaire et direct, mais aussi professionnel et
moral, ou se traduire par la faveur accordée à d’autres personnes (entretien de relations d’amitié
avec un tiers ou volonté de consolider une situation au sein de la société et d’entretenir de
relations avantageuses avec des personnes influentes). Par ailleurs, les dirigeants sociaux
peuvent aussi rechercher un intérêt personnel indirect consistant dans l’abus commis pour
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favoriser une autre société, personne morale dans laquelle ils sont intéressés directement ou
indirectement.
Les associés représentent, dans toute société, les porteurs de parts ou d’actions, à qui la
loi reconnaît un certain nombre de droits. Il s’agit particulièrement des droits des actionnaires
dans les sociétés anonymes. Mais ces dispositions s’appliquent aussi aux sociétés à
responsabilité limitée, aux sociétés en nom collectif et aux sociétés en commandite simple. En
tant qu’ils interviennent dans la vie sociale en leur qualité de membres de l’assemblée générale,
leurs droits au sein de celles-ci doivent être pénalement garantis. Ces droits vont de la
convocation de l’assemblée à la tenue de celle-ci, en passant par l’exercice du droit de vote et
l’accès à l’assemblée.
Cependant, l’AU ne fait état que de l’obstacle à l’accès à l’assemblée. Et cett e infraction
est prévue par l’art. 892 qui dispose que : « Encourent une sanction pénale, ceux qui,
sciemment, auront empêché un actionnaire ou un associé de participer à une assemblée
générale ». Délit nouveau qui punit l’entrave à la participation à une assemblée d’actionnaires.
Cette infraction vise les dirigeants sociaux, en premier lieu, mais également tous ceux qui ont
empêché sciemment un actionnaire de participer à une assemblée. Il convient de noter que
l’infraction sera réalisée même si aucune décision n’a été prise par l’assemblée, étant entendu
qu’il est possible que les faits d’entrave aient eu pour but d’atteindre le quorum requis. L’auteur
doit nécessairement avoir agi en connaissance de cause.
Afin d’empêcher les dirigeants sociaux de se livrer à des actes tendant à aliéner le
patrimoine social, le législateur a prévu des mécanismes de contrôle de gestion. Le contrôle est
en principe exercé dans la société par un ou plusieurs Commissaires aux Comptes. Le contrôle
des comptes sociaux est devenu une obligation légale d’ordre public. Il s’impose du reste à
toutes les entités qui sont économiquement ou socialement importantes. Répondant à un souci
de transparence, il garantit la fiabilité de l’information financière donnée aux actionnaires, aux
investisseurs et plus globalement, au public. Ce contrôle est permanent, les Commissaires aux
Comptes pouvant procéder à toute période de l’année à tous contrôles qu’ils jugent opportuns.
En effet, l’obstacle au contrôle concerne les dirigeants sociaux qui le feraient dans le
dessein de l’empêcher s’ils ont commis des actes délictueux. Cette action peut se traduire par
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le défaut de désignation des Commissaires aux Comptes ou, s’ils les ont désignés, de ne pas les
convoquer aux assemblées générales. En outre, ils peuvent faire obstacle à leurs vérifications
d’usage ou leur refuser la communication des documents utiles pour l’accomplissement de leur
mission. Cela se comprendrait mal dès lors que l’art. 694 AU dispose : « le contrôle est exercé
dans chaque société anonyme par un ou plusieurs Commissaires aux Comptes ».
Ainsi, en tant que contrepoids des dirigeants sociaux, ils (Commissaires aux Comptes)
ne sont pas toujours les bienvenus pour ces derniers, parfois enclins à une gestion peu orthodoxe
de la société. C’est pourquoi, ils peuvent être amenés volontairement ou par négligence, à
s’opposer à leur désignation ou à s’abstenir de provoquer cette désignation. Et s’ils sont
légalement nommés, ils peuvent ne pas les convoquer aux assemblées générales et ainsi les
empêcher d’exercer leur mission de contrôle, de vérifications ou leur refuser la communication
de documents. Pour prévenir ces comportements nuisibles à la structure, le législateur Ohadien
menace de sanctions pénales, les dirigeants sociaux qui n’auront pas provoqué la désignation
des Commissaires aux Comptes (paragraphe 1) de la société ou ne les auront pas convoqués
aux assemblées générales (paragraphe 2).
Pour que l’omission de provoquer la désignation des Commissaires aux Comptes expose
les dirigeants à une sanction pénale, il faut :
Le délit a pour auteurs les dirigeants sociaux. Sa finalité est de sanctionner les dirigeants
qui entreprennent de faire échapper leur gestion comptable et financière au contrôle des
Commissaires aux Comptes. Bien que le délit soit dénommé non désignation des Commissaires
aux Comptes, l’infraction vise en réalité le fait de ne pas avoir « provoqué la désignation » des
Commissaires aux Comptes. Ceci s’explique par le fait que les Commissaires étant des
contrôleurs, ils ne peuvent pas être désignés directement par les dirigeants contrôlés. Ce délit
est un délit d’omission comme l’expriment les termes « ne pas avoir provoqué la désignation
des Commissaires aux Comptes ».
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Il peut aussi être un délit d’imprudence qui suppose bien évidemment la preuve d’une
faute de négligence si les dirigeants omettent d’accomplir les diligences nécessaires pour la
convocation de l’assemblée qui désigne les commissaires. L’action publique est mise en
mouvement contre les dirigeants ayant le pouvoir de convoquer l’assemblée générale, par le
ministère public, le délit étant un délit d’intérêt général.
Ce délit est d’ailleurs plus grave que le précédent et plus sévèrement puni. Il suppose la
mauvaise foi de l’auteur qui agit en connaissance de cause. Cette infraction n’est pas l’apanage
des seuls dirigeants sociaux (président, administrateur, directeur général). Il y a une diversité
d’agissements constitutifs de ces obstacles :
a- L’obstacle par opposition physique ou matérielle aux contrôles. Il se traduit par des
agressions physiques ou verbales à l’endroit du Commissaire aux Comptes pour
l’empêcher de procéder à ses vérifications ;
b- L’obstacle par refus ou défaut de satisfaction d’une demande de communication. Le
délit se commet par un refus catégorique ou exprès opposé à la demande de
communication, mais il le peut aussi en différant sans cesse la satisfaction de la demande
du commissaire, par promesses incessantes de communication qui ne sont pas tenues en
définitive.
Le délit, en principe d’action, peut donc aussi se commettre par omission délibérée de
satisfaction de la demande de communication. L’élément matériel suppose la conscience et la
volonté d’entraver les missions de contrôle des Commissaires aux Comptes. Les auteurs
principaux sont les dirigeants ayant commis les faits d’entrave aux fonctions des Commissaires,
mais il y a aussi les personnes qui n’ont pas la qualité de dirigeant mais qui sont au service de
la personne morale contrôlée, les salariés qui en raison de leur fonction ou de leur pouvoir dans
la société peuvent satisfaire les demandes d’information du Commissaire aux Comptes.
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En somme, l’infraction peut être commise par toute personne au service de la société
qui refuserait toute vérification ou ne communiquerait pas les pièces utiles comme les contrats,
les livres, les documents comptables et les registres des procès-verbaux. La jurisprudence
assimile même au refus proprement dit, la simple réticence à fournir des explications,
l’atermoiement inexcusable, la production partielle des documents.
Aux termes des dispositions de l’art. 899 de l’AU « encourt une sanction pénale, tout
Commissaire aux Comptes qui, soit en son nom personnel, soit à titre d’associé d’une société
de Commissaires aux Comptes, aura sciemment donné ou confirmé des information s
mensongères sur la situation de la société ou qui n’aura pas révélé au ministère public les faits
délictueux dont il aura eu connaissance ». Par ailleurs, l’art. 710 de l’AU énonce que : « le
Commissaire aux Comptes certifie que les états financiers de synthèse sont réguliers et sincères
et donnent une image fidèle du résultat des opérations de l’exercice écoulé ainsi que de la
situation financière et du patrimoine de la société à la fin de cet exercice ». Quant à l’art. 716
du même Acte, il déclare que le « Commissaire aux Comptes signale les irrégularités et les
inexactitudes relevées par lui au cours de l’accomplissement de sa mission, à la plus proche
assemblée générale. En outre, il révèle au ministère public les faits délictueux dont il a
connaissance, sans que sa responsabilité puisse être engagée par cette révélation ».
Les informations données en exécution de ces missions sont toutes celles que les
Commissaires aux Comptes sont appelés à donner en exécution des textes régissant leurs
missions et au travers desquelles ils rendent compte de leurs opérations de contrôle ou de
vérification. Elles ont toute vocation à être protégées pénalement contre le mensonge, car le
délit trouve sa raison d’être dans l’idée qu’un contrôleur légal ne « saurait mentir ».
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Pour la non révélation des faits délictueux, il faut dire que le Commissaire aux Comptes
est investi d’une mission permanente de contrôle de la situation comptable de la société. En tant
que collaborateur du parquet en l’espèce, il devient complice du délit de présentation de
comptes annuels ne donnant pas une image fidèle de la situation de la société, tout comme il
engage sa responsabilité en refusant de dénoncer les actes délictueux des dirigeants sociaux.
L’obligation de dénoncer, pourvue qu’elle soit nécessaire et raisonnable, crée des relations de
confiance entre les Commissaires aux Comptes et les magistrats. Elle est de nature à renforcer
aussi l’autorité du Commissaire aux Comptes à l’égard des dirigeants.
Ainsi, la loi réprime le fait pour le Commissaire aux Comptes de ne pas révéler au
Procureur de la République les faits délictueux. Ce délit suppose donc que soient réunis
l’élément matériel de la non dénonciation portant sur des faits délictueux et l’élément moral
résultant de la mauvaise foi. La révélation dont il est question doit porter sur toutes les situations
irrégulières et elle doit intervenir dès que le Commissaire aux Comptes ait connaissance du
caractère délictueux de ces faits. L’infraction n’est consommée que lorsque la non révélation
des faits délictueux dont il a eu connaissance a été faite sciemment. La révélation doit intervenir
en principe dès que le Commissaire aux Comptes ait connaissance du caractère délictueux des
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faits, et le commissaire ne peut dénoncer que les faits dont il a la connaissance, même s’il faut
admettre qu’en tant que professionnel, il y a une sorte de présomption de connaissance qui pèse
sur lui.
Les auteurs principaux sont les Commissaires aux Comptes, personnes physiques
exerçant le contrôle à titre personnel ou au titre d’associé de la société de Commissaires aux
Comptes assurant le contrôle. Peuvent être complices les collaborateurs du Commissaire aux
Comptes qui ont sciemment délivré en son nom une information mensongère. Par conséquent,
le ministère public peut initier les poursuites. Mais il y a aussi l’entité contrôlée qui peut se
constituer partie civile pour préjudice moral, car bien que n’étant pas destinataire de
l’information, elle en est le sujet, et le mensonge peut porter sur sa situation.
Les Commissaires aux Comptes doivent avoir eu connaissance des faits délictueux
qu’ils doivent révéler, mais le texte ne précise nullement la nature de ces faits. Dès lors, il est
admis que les Commissaires aux Comptes n’ont à révéler que les faits délictueux portant atteinte
à des intérêts dont ils sont les gardiens en raison de la finalité des missions qui leur sont confiées,
en tout cas au regard du rôle de gardien de la régularité financière de l’entreprise qui est dévolu
aux Commissaires aux Comptes.
Tout compte fait, le champ de l’obligation de révélation doit être déterminé par rapport
à la mission fondamentale des Commissaires aux Comptes qui est de garantir la fiabilité des
informations comptables et financières données par les responsables sociaux. L’omission
constitutive du délit suppose que le Commissaire aux Comptes n’ait pas informé le parquet des
faits délictueux dont il a eu connaissance. Les auteurs principaux de cette infraction sont les
Commissaires aux Comptes qui, exerçant le contrôle en leur nom personnel ou au titre d’associé
d’une société de commissaires aux comptes, n’ont pas révélé les faits délictueux dont ils ont eu
connaissance.
Le délit ne peut être imputé à leurs collaborateurs qui auraient découvert les faits
délictueux, l’obligation de révélation incombant aux seuls commissaires. Comme sujets actifs,
il y a le ministère public, mais l’action publique peut également être mise en mouvement par
les personnes pouvant se dire victimes du délit. Ce sont notamment les associés, mais aussi les
créanciers de la société.
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Selon l’art. 889 de l’AU : « Encourent une sanction pénale, les dirigeants sociaux qui,
en l’absence d’inventaire ou au moyen d’inventaire frauduleux, auront, sciemment, opéré entre
les actionnaires ou les associés la répartition de dividendes fictifs ». Le dividende correspond
à la part du bénéfice social que l’on attribue à chaque actionnaire ou associé, et c’est après
approbation des états financiers de synthèse et constatation de l’existence de sommes
distribuables que l’assemblée générale détermine la part du bénéfice à distribuer, selon le cas,
aux actions et aux parts sociales. Ceci étant, tout dividende distribué en ne suivant pas cette
procédure est un dividende fictif.
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moral, à savoir un inventaire fictif ou frauduleux, une répartition de dividendes fictifs et une
mauvaise foi.
L’inventaire s’analyse comme un relevé descriptif et estimatif des créances, des dettes
et des biens de la société. Il s’agit du bilan ou de tout compte rendu permettant d’apprécier
objectivement l’état du patrimoine social. Selon la jurisprudence, « tout document rendant
effectivement compte de la consistance de l’actif et du passif vaut inventaire ». A défaut
d’inventaire, il n’est pas possible de savoir si la société a ou n’a pas fait de bénéfices. Tout
dividende attribué sur des bénéfices qui ne sont pas légalement distribuables, c’est-à-dire tout
dividende distribué en violation des dispositions légales est fictif.
La répartition est en fait opérée dès leur mise à disposition des actionnaires par une
décision des dirigeants ouvrant à leur profit un droit privatif dont la valeur entre aussitôt dans
leur patrimoine. L’ordre de mise en paiement des dividendes suffit donc à consommer le délit,
lequel ne se renouvelle pas lors de leur perception.
Les sujets passifs de cette infraction sont les auteurs principaux qui doivent avoir la
qualité de dirigeant exigée par les textes. Les dirigeants de fait de ces sociétés peuvent
également être auteurs du délit. Les complices sont ceux qui, en connaissance de cause, ont
sciemment concouru à la préparation ou à la commission du délit. Comme à propos du délit de
présentation ou de publication de comptes infidèles, ils peuvent être des experts comptables ou
des Commissaires aux Comptes qui auraient été les concepteurs des manipulations ayant fait
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apparaître les bénéfices fictifs. Les associés pourraient aussi être déclarés complices s’ils
avaient voté de mauvaise foi la délibération décidant de l’attribution de dividendes fictifs.
Les sujets actifs sont le ministère public, les actionnaires agissant à titre individuel, à
condition qu’ils aient acquis leurs titres après la distribution des dividendes (fictifs) et en raison
de cette distribution. Les créanciers à qui l’infraction réduit le gage.
Aux termes des dispositions de l’art. 890 de l’AU : « Encourent une sanction pénale,
les dirigeants sociaux qui auront sciemment, même en l’absence de toute distribution de
dividendes, publié ou présenté aux actionnaires ou associés, en vue de dissimuler la véritable
situation de la société, des états financiers de synthèse ne donnant pas, pour chaque exercice,
une image fidèle des opérations de l’exercice, de la situation financière et de celle du
patrimoine de la société, à l’expiration de cette période ».
En effet, les scandales financiers des années 1930 ayant fait apparaître la nécessité de
mieux protéger les associés, les créanciers et investisseurs, il était apparu nécessaire
d’incriminer la présentation ou la publication de bilans inexacts dans certaines sociétés. À
l’origine qualifié de délit de faux bilan, ce délit est désormais dénommé délit de présentation
ou de publication de comptes annuels ne donnant pas une image fidèle de la situation de la
société. Il protège les associés mais aussi les créanciers et les investisseurs potentiels contre les
mensonges entachant les comptes sociaux. Il protège aussi l’ordre public, économique et
financier qu’il peut gravement déstabiliser.
Le délit suppose que les comptes présentés aux actionnaires ou publiés soient des
comptes annuels ne donnant pas une image fidèle de la société. En effet, seuls les comptes
annuels sont protégés. Ces comptes regroupent trois documents comptables, à savoir :
a- Le bilan qui décrit les éléments d’actif et passif de l’entreprise et fait apparaître de
manière distincte les capitaux propres ;
b- Le compte de résultat qui récapitule les produits et les charges de l’entreprise sans tenir
compte de leur date d’encaissement ou de paiement et qui fait apparaître, après
déduction des amortissements et provisions, les bénéfices ou les pertes de l’exercice ;
c- L’annexe qui complète et commente l’information donnée par le bilan et le compte de
résultat.
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La comptabilité doit être établie conformément aux règles et principes comptables qui
veulent que les comptes soient « réguliers, sincères et donnent une image fidèle du patrimoine,
de la situation financière et du résultat de l’entreprise ». Un manquement à ces règles ou principe
constitue la première condition de l’infidélité des comptes. A cette condition s’en ajoute une
autre voulant que l’irrégularité comptable ait une incidence significative sur l’exposé de la
situation de la société.
Le principe de régularité signifie que les comptes doivent être établis conformément aux
règles et procédures comptables. Le principe de sincérité, quant à lui, suppose que les comptes
doivent être établis conformément aux connaissances de leurs auteurs (conception subjective
de la sincérité). En outre, il signifie que les comptes doivent être établis de façon à permettre à
leur lecteur d’avoir une bonne information sur les affaires sociales. Ceci étant, l’intervention du
droit pénal après l’établissement de la comptabilité a pour but la répression de l’information
infidèle. Ici, il s’agit de punir les auteurs du délit de présentation ou de publication des états
financiers infidèles.
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les dirigeants sociaux qui, sciemment, lorsque les capitaux propres de la société deviennent
inférieurs à la moitié du capital social du fait des pertes constatées dans les états financiers de
synthèse, n’auront pas fait convoquer, dans les quatre mois qui suivent l’approbation des états
financiers de synthèse ayant fait apparaître ces pertes, l’assemblée générale extraordinaire à
l’effet de décider, s’il y a lieu, la dissolution anticipée de la société ; n’auront pas déposé au
greffe du tribunal compétent, inscrit au registre du commerce et du crédit mobilier et publié
dans un journal habilité à recevoir les annonces légales, la dissolution anticipée de la société
».
A travers cette disposition, le droit pénal assure la protection de toutes les personnes
dont les intérêts sont menacés quand il est impérieux que la société soit dissoute. Celle-ci, est
dissoute dans deux hypothèses dont la première est antérieure à l’opération et la deuxième
postérieure à cette dissolution.
Si l’actif net d’une société est devenu inférieur à la moitié du capital social, du fait des
pertes constatées, et que les dirigeants sociaux n’ont pas convoqué dans les quatre mois qui
suivent l’approbation des états financiers de synthèse ayant fait apparaître ces pertes,
l’assemblée générale extraordinaire, ou s’ils n’ont pas déposé au greffe du tribunal de
commerce, fait inscrire au registre du commerce et du crédit mobilier et publié dans un journal
d’annonces légales, la dissolution anticipée de la société, ils tombent sous le coup de cette
infraction, car ils sont de mauvaise foi, et cette mauvaise foi des dirigeants sociaux se traduit
par l’adverbe « sciemment » utilisé dans le texte de l’incrimination. Nous sommes donc en
présence d’un délit d’omission.
Les incriminations relatives à la liquidation de la société sont prévues par les art. 902,
903, 904 et 905 de l’AU. D’après une règle générale, dès qu’elle est l’objet de la dissolution,
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une société est en liquidation, pour quelque cause que ce soit. Sa raison ou sa dénomination
sociale est suivie de la mention : « société en liquidation ». Pour protéger les tiers, la dissolution
ne produit ses effets à leur égard qu’à compter de la date à laquelle elle est publiée au registre
du commerce.
Le rôle du liquidateur dans la réalisation de ces opérations est capital. D’où l’intérêt de
réglementer ses actes, tant du point de vue de sa nomination que de celui de l’exercice de sa
mission. Le liquidateur est le représentant de la société en liquidation. Ses pouvoirs sont
déterminés d’après la mission qui lui est confiée et qui consiste à réaliser l’actif, acquitter le
passif et répartir le solde disponible.
Dans le cadre de l’exercice de sa mission, le liquidateur est soumis à des obligations qui,
lorsqu’elles ne sont pas satisfaites, peuvent nuire aux intérêts des associés et des tiers. C’est
pourquoi, il encourt une sanction, s’il ne convoque pas les associés, en fin de liquidation, pour
statuer sur le compte définitif, sur le quitus de sa gestion et la décharge de son mandat et pour
constater la clôture de ladite liquidation.
L’AU prévoit une sanction pénale contre le liquidateur d’une société, pour défaut de
publicité de sa nomination et le non dépôt des décisions prononçant la dissolution. C’est donc
un délit d’omission. Le liquidateur peut aussi être auteur d’une infraction de commission et
poursuivi pénalement lorsqu’il, de mauvaise foi, aura : « fait des biens ou du crédit de la société
en liquidation, un usage qu’il savait contraire à l’intérêt de celle-ci, à des fins personnelles ou
pour favoriser une autre personne morale dans laquelle il était intéressé, directement ou
indirectement ; cédé tout ou partie de l’actif de la société en liquidation à une personne ayant
eu dans la société, la qualité d’associé, de commandité, de gérant, de membre du conseil
d’administration, d’administrateur général ou de Commissaire aux comptes, sans avoir obtenu
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Il s’agit dans le cas d’espèce, d’une soustraction de l’actif de la société au détriment des
associés. En définitive, il convient de souligner que la mauvaise foi du liquidateur étant
évidente, celui-ci mérite des sanctions pénales.
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