Tribunal Arbitral Du Sport Court of Arbitration For Sport
Tribunal Arbitral Du Sport Court of Arbitration For Sport
Formation: Me Olivier Carrard (Suisse), Président; M. Bernard Foucher (France); Me Julien Fouret
(France)
Football
Sanctions disciplinaires contre une équipe pour absence délibérée à un match
Compétence du TAS
Absence de l’auteur de la décision en tant que partie intimée
Compétence d’un organe exécutif de modifier des dispositions statutaires
1. L’article 69 des statuts de la FAF dispose que “les décisions du tribunal arbitral d’Alger
concernant les clubs et les joueurs sont définitives et non susceptibles de recours devant
toute structure d’arbitrage étrangère. Néanmoins, la FAF se réserve le droit de faire
appel des décisions du Tribunal arbitral d’Alger auprès du TAS de Lausanne”. Cette
disposition doit être interprétée dans le sens que les décisions du TARLS tranchant –
notamment – les litiges entre les clubs et les joueurs sont en principe définitives (et
donc non susceptibles d’appel au TAS). En revanche, lorsque le litige oppose un joueur
ou un club, d’une part, à la FAF d’autre part, l’appel au TAS est ouvert et la limitation
rationae personae de la compétence du TAS doit être écartée. Une application littérale
des statuts de la FAF serait non seulement contraire au principe d’égalité de traitement
et aux statuts de la FIFA, mais également à l’article 100 du règlement des championnats
de football professionnel (saison 2019/2020) qui prévoit expressément la compétence
du TAS pour traiter des recours à l’encontre des sentences du TARLS. La possibilité
qu’une décision du TARLS puisse faire l’objet d’un appel est en outre prévue à l’article
106, al. 3 de la loi no 13/05 du 22 Ramadhan 1434, correspondant au 23 juillet 2013,
relative à l’organisation et au développement des activités physiques et sportives.
2. Il n’est pas obligatoire de citer comme partie Intimée l’auteur de la décision appelée
lorsqu’il a rendu cette décision en tant qu’organe juridictionnel ou quasi-juridictionnel.
championnats de football professionnel prévoit que “Le présent règlement peut être
modifié par décision du Bureau Fédéral”; toutefois, cette disposition ne donne pas la
compétence à l’organe exécutif de la FAF de modifier des dispositions statutaires de la
FAF qui ne peuvent l’être que par une délibération de son Assemblée générale.
I. PARTIES
2. La Fédération Algérienne de Football (ci-après: “la FAF” ou “la première Intimée” ou, avec
la Ligue professionnelle de football algérien, “les Intimées”) est une association de droit privé
algérien de type associatif regroupant les clubs de football algériens, responsable de
l’organisation du football dans ce pays. Elle a son siège à Alger, en Algérie.
3. La Ligue professionnelle de football algérien (ci-après: “la LPF” ou “la seconde Intimée” ou,
avec la FAF, “les Intimées”) rassemble les différents clubs algériens à statut professionnel de
la Ligue 1 et de la Ligue 2. Elle gère les championnats de football algérien, dont le championnat
national algérien de Ligue 1 par délégation de la FAF. Elle a son siège à Alger, en Algérie.
4. Cette partie de la sentence contient un bref rappel des faits principaux, établis sur la base des
moyens et preuves que les parties ont présentés au cours de la présente procédure. Des
éléments de faits supplémentaires peuvent être compris dans d’autres chapitres de la sentence,
selon l’appréciation de la Formation arbitrale.
5. Le 30 septembre 2019, le Bureau Fédéral de la FAF a autorisé la LPF à programmer les matchs
en retard lors des prochaines dates FIFA, à condition de ne pas programmer les rencontres
les jours des matchs de l’équipe nationale algérienne, soit les 10 et 15 octobre 2019.
6. Le 5 octobre 2019, la LPF a publié sur son site officiel la programmation de matchs en retard,
parmi lesquels la rencontre comptant pour la 4ème journée du Championnat de Ligue 1 entre
le Mouloudia Club d’Alger et l’USMA programmée pour le samedi 12 octobre 2019.
7. La date du 12 octobre 2019, retenue par la LPF, faisait partie de la série de dates du calendrier
FIFA pour les matches internationaux et l’USMA se trouvait notamment privée à cette date
du joueur Mouaid Ellafi qui était sélectionné avec l’équipe nationale libyenne.
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8. Le 6 octobre 2019, l’USMA a donc adressé à la LPF une demande de report en l’informant
que la programmation de cette rencontre ne respectait pas les dispositions de l’article 29.3 du
règlement des championnats de football professionnel saison 2019/2020, lequel article
indique en substance: “Le championnat de Ligue 1 s’arrête durant les dates FIFA et à chaque fois que
l’Equipe nationale des Locaux dispute une rencontre internationale”.
9. N’ayant pas eu de réponse de la part de la LPF, l’USMA a réitéré, par courrier du 9 octobre
2019, sa demande de report de match.
10. Par courrier du 10 octobre 2019, sous la signature de son Secrétaire Général, la LPF a informé
l’USMA qu’elle “ne [pouvait] réserver une suite favorable à [sa] demande. A cet effet, la rencontre MCA-
USMA est maintenue pour le Samedi 12 octobre 2019 à 17h45 au stade du 5 juillet 1962”.
11. Le 12 octobre 2019, les dirigeants de l’USMA ont décidé de refuser de participer à la rencontre
et l’Appelante ne s’est donc pas présentée au stade du 5 juillet 1962.
12. A la place de cette rencontre, les responsables de l’USMA auraient, par le biais des médias,
invité leurs supporters à se déplacer au stade Omar Hamadi de Bologhine afin d’assister aux
exercices d’entraînement de l’USMA.
13. Dès lors, le 14 octobre 2019, la Commission de Discipline de la LPF a constaté que:
“Attendu que le match entre le MC Alger et USM Alger pour la 4ème journée du championnat ligue 1 n’a
pas eu lieu en l’absence de l’équipe visiteuse USM Alger sur le terrain de jeu.
Attendu que les dirigeants de l’équipe USMA Alger ont déclarés délibérement [sic] de boycotter le match
en question.
Attendu que l’arbitre directeur a signalé sur la feuille de match avoir accordé le laps de temps réglementaire
de 15 minutes pour l’équipe de USM Alger.
Attendu que les faits reprochés au club constituent une infraction, sanctionné conformément aux dispositions
prévues par le code disciplinaire de la FAF, article 84 du code.
Attendu que la commission qui prononce la sanction, détermine la portée et/ou la durée de la sanction. En
application de l’article 37 du code disciplinaire de la FAF.
- Match perdu par pénalité à l’équipe de USM Alger pour attribué [sic] le gain à l’équipe de
MC Alger qui marque trois (03) points et un score de 3/0.
- Le club sera privé de la quote-part due au titre des droits de télévision pour le match en
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question”.
15. Par décision du 23 octobre 2019, la Commission Fédérale de Recours de la FAF a considéré
que “la décision rendue en première instance par la commission de discipline de la LPF ne [pouvait] pas faire
l’objet d’un appel” et a donc déclaré irrecevable le recours formé par l’USMA.
16. Le 31 octobre 2019, l’USMA a déposé une demande d’arbitrage auprès du Tribunal Algérien
du Règlement des Litiges sportifs (ci-après “TARLS”) ayant pour objet “le litige sportif entre
l’USMA et la ligue de football professionnel sur la programmation du Match entre MCA et l’USMA prévu
pour le 12/10/2019, et suite auquel la commission de recours de la FAF a rendu le 27/10/2019 une
décision par laquelle elle déclare irrecevable l’appel interjeté contre la décision de la commission disciplinaire de
la LPF. Cette décision annonce la défaite de l’USMA contre MCA avec un résultat de trois à zéro, déduit
trois points au club USMA, lui inflige une amende financière d’un million de dinars et le prive de la quote-
part qui lui est due au titre des droits télés pour le match en question”.
17. Les conclusions de l’USMA dans sa demande d’arbitrage sont les suivantes:
- Constater que le litige porte sur la programmation réalisée par la LPF; il s’agit d’un litige sportif entre
l’USMA et la LPF, litige qui ne figure pas dans la liste exhaustive établit dans l’article 29 du règlement.
2. Sur le fond:
- Constater que la commission disciplinaire n’a pas déterminé les infractions disciplinaires commises par
l’USMA.
- Constater que la LPF a méconnu les dispositions de l’article 29 du règlement des championnats.
- Constater que le Bureau Fédéral n’a promulgué aucune décision qui modifie les dispositions de l’article
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sentence du 28 août 2020
18. Le 16 décembre 2019, “le Tribunal arbitral pour le règlement des litiges sportifs a statué en le refus de la
demande d’arbitrage pour non fondement en imputant à l’Union sportif de la Médina d’Alger les frais
d’arbitrage estimés à la somme de 50.000 DA”.
19. Par acte daté du 2 janvier 2020, une déclaration d’appel a été déposée par l’Appelante dans le
litige qui l’opposait à la FAF et à la LPF au sujet de la programmation de la rencontre entre le
MCA et l’Appelante le samedi 12 octobre 2019. L’Appelante sollicitait que soit reprogrammée
la rencontre entre l’Appelante et le MCA et que la situation soit ramenée à ce qu’elle avait été
avant la date du 12 octobre 2019.
20. Par courrier du 8 janvier 2020, le Greffe du TAS a accusé réception de la déclaration d’appel
et a invité l’Appelante à lui soumettre le nom et l’adresse complète de la ou les partie(s)
intimée(s), la désignation de l’arbitre choisi et la preuve de versement des droits de greffe de
CHF 1’000.-.
21. Les 10 et 13 janvier 2020, l’Appelante a informé le TAS qu’elle désignait M. Bernard Foucher,
Conseiller d’Etat à Limoges, France, comme arbitre dans la présente procédure.
22. Par courrier du 14 janvier 2020, le Greffe du TAS a initié une procédure arbitrale d’appel sous
référence TAS 2020/A/6696 Union sportive de la médina d’Alger (USMA) c. Fédération algérienne
de football & Ligue professionnelle de football algérien et en a informé les Intimées. Le Greffe du TAS
a également invité les Intimées à faire part de leurs observations sur la demande de l’Appelante
visant à une prolongation de 21 jours du délai pour le dépôt du mémoire d’appel et les a
informées qu’en l’absence d’observations dans un délai de quatre jours, le délai pour le dépôt
du mémoire d’appel serait prolongé au 6 février 2020. Les Intimées étaient également invitées
à désigner conjointement un arbitre dans un délai de dix jours.
23. Le même jour, le Greffe du TAS a transmis la déclaration d’appel au TARLS et l’a informé de
la possibilité de requérir son intervention comme partie à la procédure d’arbitrage
conformément à l’article R41.3 du Code de l’arbitrage en manière de sport (ci-après le “Code”)
dans un délai de 10 jours. Au surplus, le Greffe du TAS a invité le TARLS à lui faire parvenir
une copie de la décision dont il est fait appel, ainsi que de la page de couverture de la télécopie
par laquelle cette décision a été communiquée aux parties.
24. Le 22 janvier 2020, avec l’accord tacite des Intimées, le TAS a confirmé que l’Appelante était
invitée à déposer son mémoire d’appel d’ici au 6 février 2020.
25. Le 27 janvier 2020, le TARLS a transmis au TAS la copie de la décision appelée et a attiré
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sentence du 28 août 2020
26. Le 29 janvier 2020, le Greffe du TAS a informé les parties qu’étant donné que les Intimées
n’avaient pas nommé d’arbitre dans le délai imparti, il incombait dès lors à la Présidente de la
Chambre arbitrale d’appel de procéder à cette désignation.
27. Par courrier du 4 février 2020, le Greffe du TAS a invité le TARLS à lui faire parvenir une
traduction française de la décision et du document attestant de sa notification.
28. Le 5 février 2020, l’Appelante a demandé au TAS de solliciter du TARLS qu’il lui communique
son code d’arbitrage et a demandé que le délai pour déposer le mémoire d’appel soit suspendu
jusqu’à la réception de ce code.
29. Par courrier du même jour, le Greffe du TAS a confirmé qu’il allait écrire au TARLS comme
demandé par l’Appelante et a invité les Intimées à faire part de leur position sur la suspension
requise, leur silence valant accord avec ladite suspension du délai pour le dépôt du mémoire
d’appel jusqu’à réception du code demandé ou décision de la Formation arbitrale.
30. Le 6 février 2020, l’Appelante a, conformément à l’article R51 du Code, adressé au Greffe du
TAS son mémoire d’appel, en se réservant le droit de compléter ou d’amender ce mémoire
lorsque le code de l’arbitrage du TARLS lui serait communiqué. Dans son mémoire d’appel,
l’Appelante a sollicité la production par les Intimées du procès-verbal du Bureau fédéral de la
FAF publié sur son site internet, et a demandé que M. Kheïreddine Zetchi, Président de la
FAF, soit convoqué par le TAS comme témoin.
31. Par courrier du 11 février 2020, le Greffe du TAS a sollicité du TARLS un exemplaire de son
code d’arbitrage, applicable au moment du rendu de la décision appelée.
32. Par courrier du même jour, le Greffe du TAS a invité les Intimées à déposer leur réponse dans
un délai de vingt jours. A la demande des Intimées et en application de l’article R55 du Code,
le Greffe du TAS a toutefois informé les parties, le 2 mars 2020, qu’un nouveau délai de
réponse serait fixé après le paiement de sa part des avances de frais par l’Appelante.
33. Par courrier du 20 mars 2020, le Greffe du TAS a accusé réception de ce paiement et a invité
les Intimées à déposer leur réponse dans un délai de 20 jours dès réception de cette
correspondance par courrier.
34. Le 23 mars 2020, la seconde Intimée a sollicité du TAS la suspension de la procédure arbitrale
en raison de l’état d’urgence ordonné par les autorités algériennes.
36. Par courrier du 30 mars 2020, le Greffe du TAS a informé les parties du refus de suspendre la
procédure arbitrale décidé par la Présidente de la Chambre arbitrale d’appel du TAS. Il a
précisé que le délai pour le dépôt de la réponse de la seconde Intimée était de vingt jours dès
réception du courrier du Greffe du TAS du 20 mars 2020 par courrier.
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sentence du 28 août 2020
37. Par courrier des 31 mars et 7 avril 2020 et faisant ainsi suite à des requêtes de prolongation de
délai formulées par les Intimées, le Greffe du TAS a informé les parties que le Secrétaire
général du TAS avait décidé de prolonger le délai pour le dépôt des mémoires de réponse
jusqu’au 28 avril 2020.
38. Par courrier du 9 avril 2020, le Greffe du TAS a informé les parties que la Formation arbitrale
appelée à trancher le litige était composée de Me Olivier Carrard, Avocat à Genève, Suisse
(Président), M. Bernard Foucher, Conseiller d’Etat à Limoges, France, et Me Julien Fouret,
Avocat à Paris, France.
39. Par courrier du 17 avril 2020, le Greffe du TAS a invité les Intimés à faire part, au plus tard
dans leur réponse, de leurs observations sur les requêtes probatoires formulées par l’Appelante
dans son mémoire d’appel ainsi que dans son courriel du 5 février 2020. Le Greffe du TAS a
également invité les Intimés à lui faire part de leur éventuel désaccord avec la traduction de la
décision appelée, au plus tard dans leur réponse. Au surplus, le Greffe du TAS a invité les
parties à s’exprimer d’ici au 22 avril 2020 sur la tenue d’une audience.
41. Dans le délai prolongé, la deuxième Intimée a déposé sa réponse au Greffe du TAS le 28 avril
2020.
42. Par courrier du 8 mai 2020, le Greffe du TAS a informé les parties que la Formation arbitrale
avait décidé qu’il se justifiait d’ordonner les mesures probatoires requises par l’Appelante en
application de l’article R44.3 du Code et a invité les Intimées à déposer, d’ici au 14 mai 2020,
le procès-verbal du Bureau Fédéral de la FAF publié sur son site internet, ainsi que le code
d’arbitrage du TARLS. De plus, le Greffe du TAS a, une nouvelle fois, invité les parties à
s’exprimer sur la tenue d’une audience et sur la traduction de la décision appelée.
43. Par courrier du même jour, le Greffe du TAS a requis du TARLS la production d’une copie
de son Code ou Règlement de procédure d’ici au 14 mai 2020.
44. Par courrier du 12 mai 2020, le Greffe du TAS a invité l’Appelante à déposer d’ici au 19 mai
2020 des observations limitées aux questions d’incompétence et d’irrecevabilité soulevées par
les Intimées dans leurs réponses. A cet égard, le Greffe du TAS a transmis aux parties, pour
leur usage personnel, la sentence TAS 2018/A/5994. Par ailleurs, le Greffe du TAS a rendu
les parties attentives à l’absence du MCA de la procédure et leur a transmis les sentences TAS
2019/A/6348 et TAS 2019/A/6351.
45. Le 14 mai 2020, le TARLS a fait parvenir son règlement d’arbitrage au Greffe du TAS.
46. Par courrier du 18 mai 2020 et après consultations des parties, le Greffe du TAS les a
informées qu’une audience se tiendrait le 5 juin 2020 par vidéo-conférence. Au surplus, le
Greffe du TAS a invité les Intimées à se conformer à l’instruction qui leur a été donnée par la
Formation arbitrale de produire le procès-verbal requis, au plus tard d’ici au 20 mai 2020.
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sentence du 28 août 2020
47. Le 19 mai 2020, le MCA a requis son intervention à la présente procédure. Il concluait à
l’irrecevabilité de l’appel quant à la forme et à son rejet quant au fond.
48. Le même jour, l’Appelante a également transmis au Greffe du TAS cette intervention
volontaire du MCA et a précisé qu’elle y consentait.
49. Toujours le 19 mai 2020, l’Appelante a communiqué ses observations écrites s’agissant des
questions d’incompétence et d’irrecevabilité soulevées par les Intimés.
50. Par courrier du 20 mai 2020, le Greffe du TAS a consulté les Intimées quant à la participation
du MCA et leur a rappelé l’ordre de produire le procès-verbal requis. Les parties et le MCA
étaient également interpellés quant au statut de ce dernier. Il était précisé que vu la demande
du MCA et sauf objection adressée au Greffe du TAS d’ici au 25 mai 2020, il serait considéré
que tous acceptaient qu’il ait le statut de partie co-intimée.
51. Le 27 mai 2020, le Greffe du TAS a notifié aux parties une ordonnance de procédure les
invitant à la signer jusqu’au 2 juin 2020.
52. Par courrier du 28 mai 2020, le Greffe du TAS a informé les parties que le MCA était
désormais partie à la procédure. Il a également invité la FAF et la LPF à se conformer à
l’instruction qui leur a été donnée par la Formation arbitrale de produire le procès-verbal
requis.
53. Le 29 mai 2020, la LPF a communiqué au Greffe du TAS les liens pour accéder aux
communiqués de presse du Bureau Fédéral de la FAF. Elle a également communiqué au
Greffe du TAS l’identité des personnes qui assisteront à l’audience.
55. Par courrier du 2 juin 2020, le Greffe du TAS a relevé que le procès-verbal de la séance du
Bureau Fédéral de la FAF n’avait toujours pas été produit et a une nouvelle fois invité les
Intimés à en adresser sans délai une copie.
56. Par courrier du 3 juin 2020, le MCA a communiqué au Greffe du TAS l’identité des personnes
qui assisteraient à l’audience.
Les personnes suivantes ont également assisté à l’audience en vidéo-conférence avec l’accord
des parties:
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USMA c. FAF, LPF & MCA,
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- Pour le troisième Intimé: M. Mahdi Aizel, Secrétaire général du MCA et M. Ali Kamel
Abdelouahab, Assistant du Conseil d’administration, représentants du MCA, depuis
Alger; M. Ahcene Lenouar, Juriste, depuis Alger.
59. La première Intimée était absente lors de l’audience, ce qui a eu pour conséquence que M.
Kheïreddine Zetchi, Président de la FAF, n’a pas pu être entendu en qualité de témoin, comme
l’avait sollicité l’Appelante.
60. Lors de l’ouverture de l’audience, les parties ont confirmé ne pas avoir d’objections quant à la
composition de la Formation arbitrale. Les parties ont eu l’occasion de présenter et défendre
leurs positions respectives. A l’issue de l’audience, l’Appelante a confirmé que ses droits
procéduraux ainsi que ses droits de la défense avaient été respectés. La LPF et le MCA ont
également confirmé que leurs droits procéduraux ainsi que leurs droits de la défense avaient
été respectés. A cette occasion, la LPF a produit ses statuts, qui ne sont pas disponibles sur
son site Internet. La Formation a ainsi octroyé un délai au 12 juin 2020 aux parties pour
déposer leurs éventuelles observations strictement limitées à ces statuts.
61. Le troisième Intimé a transmis, le 5 juin 2020, au Greffe du TAS l’ordonnance de procédure
signée.
62. Le 8 juin 2020, la première Intimée a présenté ses excuses de ne pas avoir assisté à l’audience,
son avocat ayant estimé que les arguments présentés par écrit étaient suffisants. Elle
s’engageait par ailleurs à transmettre le lendemain au Greffe du TAS le procès-verbal de la
séance du Bureau Fédéral de la FAF. Ce qu’elle a fait.
63. Le 12 juin 2020, l’Appelante a indiqué au TAS qu’elle ne s’opposait pas à la production des
statuts de la LPF et déposé des observations y relatives.
64. Par courrier du 15 juin 2020, le Greffe du TAS a invité l’USMA, la LPF et le MCA à déposer
leurs éventuelles observations limitées au procès-verbal de la séance du Bureau Fédéral de la
FAF.
65. Par courrier du 20 juin 2020, la LPF a fait part de ses observations.
66. Par courrier du 22 juin 2020, l’Appelante a déposé ses observations et demandé au TAS de
déclarer le procès-verbal de la séance du Bureau Fédéral de la FAF irrecevable.
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USMA c. FAF, LPF & MCA,
sentence du 28 août 2020
67. Par courriel du 7 août 2020, la LPF a informé le TAS de la décision du Bureau Fédéral de la
FAF de mettre un terme au championnat professionnel d’Algérie en raison de la situation
sanitaire, et a affirmé sans autres explications que l’appel de l’USMA était devenu sans objet.
68. Par courrier du 12 août 2020, le Greffe du TAS a invité toutes les parties à faire part de leur
position quant à l’arrêt du championnat.
69. Le 19 août 2020, l’Appelante a déposé ses observations dans lesquelles elle a affirmé que son
recours présentait toujours de l’intérêt, notamment concernant le classement des clubs et leur
participation à différentes compétitions africaines et internationales, et a demandé au TAS de
rendre sa sentence avant le 31 août 2020, date du dépôt de la liste des clubs participant aux
compétitions internationales.
70. Par courrier du même jour, le Greffe du TAS a précisé que les parties étaient invitées à déposer
leurs éventuelles observations limitées à la correspondance de la LPF du 7 août 2020 d’ici au
24 août 2020.
71. Le 21 août 2020, la FAF a transmis au TAS le procès-verbal du 29 juillet 2020, par lequel le
Bureau Fédéral de la FAF a décidé l’arrêt définitif du championnat 2019/2020, et a considéré
que la demande de l’USMA ne pouvait pas se concrétiser sur le terrain en raison de l’arrêt du
championnat.
72. Le 22 août 2020, la LPF a transmis au TAS le classement définitif du championnat pour la
saison 2019/2020, dans lequel l’Appelante est classée neuvième et le MCA second, en
précisant ainsi qu’en raison du classement l’Appelante ne peut prendre part à une compétition
africaine.
73. Le MCA quant à lui n’a pas donné suite au courrier du TAS du 12 août 2020 invitant les parties
à prendre position suite à la décision d’arrêt du Championnat.
74. Le 26 août 2020, l’Appelante a attiré l’attention du TAS sur le fait que la LFP aurait
volontairement omis d’évoquer la qualification de l’USMA pour la Coupe Arabe des Clubs et
partant sur la nécessité que la sentence soit rendue avant le 31 août 2020.
75. Les arguments des parties, développés tant dans leurs écritures respectives qu’au cours de
l’audience, ne sont repris ci-après que dans le cadre de la motivation de la présente sentence
et dans la mesure où les arguments ont une pertinence pour cette motivation. Partant, si seuls
les arguments essentiels sont exposés ci-après, toutes les soumissions ont naturellement été
prises en compte par la Formation, y compris celles auxquelles il n’est pas fait expressément
référence. Sont toutefois repris, in extenso, les conclusions des parties.
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USMA c. FAF, LPF & MCA,
sentence du 28 août 2020
76. Dans ses mémoires d’appel et en réponse sur compétence et recevabilité, ainsi que lors de
l’audience, l’Appelante a formulé les conclusions suivantes:
• Qu’il retienne que la LPF et la FAF n’étaient pas en droit de programmer la rencontre en le
MCA et l’USMA le samedi 12 octobre 2019;
En conséquence
o Qu’il annule purement et simplement les sanctions disciplinaires prononcées contre l’USMA
pour la Commission de Discipline à savoir:
▪ Match perdu par pénalité à l’équipe ASM Alger pour attribuer le gain à l’équipe
de MC Alger qui marque trois (03) points et un score de 3/0;
▪ Le club sera privé de la quotepart due au titre des droits de télévision pour le match
en question.
• METTRE à la charge des Intimés l’intégralité des frais de la procédure devant le TAS;
• CONDAMNER les Intimées à rembourser à l’Appelante la somme de 15 000 € au titre des frais
et honoraires de son conseil dans le cadre de la procédure devant le TAS”.
77. Les arguments que l’Appelante fournit à l’appui de sa demande peuvent être résumés comme
suit:
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sentence du 28 août 2020
79. Les arguments que la FAF fournit à l’appui de ses conclusions peuvent être résumés comme
suit:
- Quant à la compétence du TAS pour recevoir le présent appel, la FAF soulève que l’article
69 des statuts de la FAF dispose que les décisions du tribunal arbitral d’Alger concernant
les clubs et les joueurs sont définitives et non susceptibles de recours devant toute
structure d’arbitrage étrangère, et précise que l’article 58 al. 3 let. c des statuts de la FIFA
dispose que le TAS ne traite pas les recours relatifs aux décisions contre lesquelles un
recours auprès d’un tribunal indépendant, constitué en bonne et due forme et reconnu en
vertu de la règlementation d’une association ou d’une confédération est possible. Pour
ces raisons, la FAF considère que le TAS est incompétent pour statuer sur une décision
rendue par le TARLS.
auprès de la commission de recours de la FAF qui statuera en dernier ressort, sauf pour
les sanctions qui sont définitives et non susceptibles d’appel comme les sanctions ayant
trait aux forfaits confirmés, ce qui serait le cas en l’espèce. Par ailleurs, la FAF considère
que l’absence du TARLS comme partie intimée à la présente procédure, alors qu’il est
l’autorité qui a rendu la décision attaquée, entraîne l’irrecevabilité de l’appel.
- Sur le fond, la FAF soulève que l’Appelante n’a jamais fait appel de la décision du 10
octobre 2019 rendue par le Secrétariat Général de la LPF1, en violation de l’article 3 du
règlement des championnats de football professionnel.
- De plus, la FAF souligne que le communiqué de presse publié sur son site Internet
rapporte toutes les décisions prises par le Bureau Fédéral de la FAF et stipule clairement
que l’autorisation était conditionnée au fait de jouer en dehors des jours de rencontre de
l’équipe nationale, soit le jeudi 10 et le mardi 15 octobre 2019, et que conformément à
l’art. 28 du règlement des championnats de football professionnel, l’USMA aurait dû
respecter le calendrier des compétitions publié par la FAF. Ainsi, la FAF considère qu’en
décidant de boycotter le match, l’USMA a violé les dispositions règlementaires.
80. Dans sa réponse et lors de l’audience, la LPF a formulé les conclusions suivantes:
“01 – l’irrecevabilité de l’appel formulé par l’Appelante conformément à l’art. R47 du code.
81. Les arguments que la LPF fournit à l’appui de ses conclusions peuvent être résumés comme
suit:
1 Dans son mémoire du 27 avril 2020 p. 3, la FAF indique que: “l’USMA avait déposé une demande auprès de la commission
de discipline de la ligue du football professionnel sollicitant le report de la rencontre, cette demande a été rejetée par la commission de
discipline de la ligue du football professionnel et ce par décision du 10/10/2019”. La Formation arbitrale remarque que la
décision du 10 octobre 2019 a en réalité été rendue par le Secrétariat Général de la LPF.
TAS 2020/A/6696 15
USMA c. FAF, LPF & MCA,
sentence du 28 août 2020
l’objet d’appel qu’auprès des structures fédérales prévues par les présents règlements, ainsi
l’Appelante aurait dû interjeter un recours auprès des instances de recours algériennes
contre la décision de la LPF du 5 octobre 2019, et l’absence de recours au niveau interne
a pour conséquence que le TAS ne peut être saisi étant donné que les voies de recours
internes de la FAF ne sont pas épuisées en violation de l’article R47 du Code.
o Les cas de force majeure seront traités par les organes juridictionnels
conformément au règlement du championnat et en tant que besoin
conformément au règlement FIFA.
Ainsi, la LPF considère qu’étant donné que les responsables de l’USMA ont annoncé, par
le biais des médias, qu’ils boycottaient le match et ont invité leurs supporters à se déplacer
au stade Bologhine afin d’assister aux exercices d’entraînement de leur équipe, l’Appelante
a déclaré délibérément forfait pour le match programmé le 12 octobre 2019 contre le
MCA, et ainsi la Commission de discipline de la FAF n’avait d’autre choix que d’appliquer
l’article 84 du Code disciplinaire de la FAF.
- Sur le fond, la LPF souligne qu’elle a maintenu la décision de programmer le match entre
le MCA et l’USMA, qu’après avoir obtenu une dérogation spéciale de la FAF datée du 30
septembre 2019 qui autorise exceptionnellement la LPF à programmer les matchs en
retard de la 4ème journée pour la date du 12 octobre 2019 pendant les dates du calendrier
FIFA, à condition que cela soit en dehors des dates où joue la sélection nationale, soit le
jeudi 10 et le mardi 15 octobre 2019. Ensuite, La LPF indique que la décision du Bureau
Fédéral de la FAF a été publiée sur le site officiel de la FAF, conformément à l’article 37
al. 4 des Statuts de la FAF qui prévoit que la transmission des procès-verbaux est assurée
par le secrétaire général et qu’ils sont publiés au bulletin officiel de la FAF. La LPF précise
enfin que, conformément à l’article 30 du règlement des championnats de football
professionnel, tous les clubs sont tenus de s’informer des décisions prises par la LPF
et/ou la FAF, celles-ci sont réputées avoir été portées à la connaissance des clubs, dès
leur publication sur les sites internet de la LPF et/ou FAF. Finalement, la LPF rappelle
que l’article 29 al. 3 et 4 du règlement des championnats de football professionnel prévoit
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USMA c. FAF, LPF & MCA,
sentence du 28 août 2020
que le championnat de ligue 1 s’arrête durant les dates FIFA et à chaque fois que l’équipe
nationale des locaux dispute une rencontre internationale, et un club peut demander le
report d’un match s’il a plus de trois joueurs titulaires en équipe fanion convoqués par
l’équipe nationale olympique, mais que l’article 136 du règlement des championnats de
football professionnel prévoit que le présent règlement peut être modifié par décision du
Bureau Fédéral de la FAF. Dès lors, la LPF considère qu’elle a agi conformément aux
directives et que, de son côté, l’Appelante a boycotté le match en violation de l’article 28
du règlement des championnats de football professionnel qui prévoit que les clubs sont
tenus de respecter le calendrier des compétitions établi par la LPF.
82. Dans son mémoire et lors de l’audience, le MCA a formulé les conclusions suivantes:
“En la forme
1. Déclarer la demande d’intervention du MC Alger recevable selon l’Article R 43.1 des Règlements de
procédure TAS
Au fond
83. Les arguments que le MCA fournit à l’appui de ses conclusions peuvent être résumés comme
suit:
- Enfin, le MCA souligne que le Bureau Fédéral de la FAF était en droit de programmer
les matchs en retard durant les dates du calendrier FIFA, mais en dehors des dates de
compétition de la sélection nationale prévue les 10 et 15 octobre 2019, conformément à
l’article 136 du règlement des championnats professionnels.
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sentence du 28 août 2020
V. COMPÉTENCE DU TAS
84. Conformément à l’article 186 LDIP, le TAS statue sur sa propre compétence.
85. D’après l’article R27 du Code, “le présent Règlement de procédure s’applique lorsque les parties sont
convenues de soumettre au TAS un litige relatif au sport. Une telle soumission peut résulter d’une clause
arbitrale figurant dans un contrat ou un règlement ou d’une convention s’arbitrage ultérieure (procédure
d’arbitrage ordinaire), ou avoir trait à l’appel d’une décision rendue par une fédération, une association ou un
autre organisme sportif lorsque les statuts ou règlements de cet organisme ou une convention particulière prévoient
l’appel au TAS (procédure arbitrale d’appel). (…)”.
86. L’article R47 du Code stipule quant à lui qu’“[u]n appel contre une décision d’une fédération, association
ou autre organisme sportif peut être déposé au TAS si les statuts ou règlements dudit organisme sportif le
prévoient ou si les parties ont conclu une convention d’arbitrage particulière et dans la mesure aussi où
l’Appelant a épuisé les voies de droit préalables à l’appel dont il dispose en vertu des statuts ou règlements dudit
organisme sportif”.
87. En l’espèce, il n’existe pas de convention d’arbitrage particulière conclue entre les parties au
sens de l’article R47 du Code. Les parties ont ainsi convenu de soumettre la résolution de leurs
éventuels litiges à l’instance créée à cet égard par la FAF et ce, en conformité avec l’article 66
des Statuts de la FAF (version 2018) qui prévoit que, notamment, les membres de la FAF, les
ligues et leurs membres et les clubs et leurs membres “s’engagent à soumettre leurs litiges
exclusivement aux juridictions de la FAF, de la CAF et de la FIFA”.
88. Partant, il convient de rechercher si les Statuts et règlements de la FAF, de la LPF et/ou de la
FIFA prévoient la compétence du TAS pour statuer sur le présent appel.
89. La Formation arbitrale a d’emblée écarté les exceptions d’incompétence soulevées par les
Intimés en raison de l’incompétence du TARLS en application de l’article 97, let. d du
règlement du championnat de football professionnel, et la décision de la LPF datée du 10
octobre 2019 qui n’auraient pas fait l’objet d’un recours. En effet, la Formation arbitrale
considère que ces questions ne font pas obstacle à la compétence du TAS mais concernent le
fond du litige.
90. Dans son mémoire de réponse, la FAF soutient également que l’application de l’article 69 de
ses statuts ferait obstacle à la compétence du TAS.
91. L’article 69 des statuts de la FAF dispose que “les décisions du tribunal arbitral d’Alger concernant
les clubs et les joueurs sont définitives et non susceptibles de recours devant toute structure d’arbitrage étrangère.
Néanmoins, la FAF se réserve le droit de faire appel des décisions du Tribunal arbitral d’Alger auprès du
TAS de Lausanne”.
92. Dès lors, la question qu’il convient de résoudre consiste à déterminer si les décisions rendues
par le TARLS sont susceptibles de recours auprès du TAS.
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sentence du 28 août 2020
93. Dans sa réponse, l’Appelante rappelle que le TAS s’est déjà prononcé sur la portée de l’article
69 des statuts de la FAF dans une sentence TAS 2018/A/5881, qui reprend des passages de
la sentence 2008/A/1631.
94. Dans ces sentences, la Formation a considéré que l’article 69 des statuts de la FAF doit être
interprété dans le sens que les décisions du TARLS tranchant – notamment – les litiges entre
les clubs et les joueurs sont en principe définitives (et donc non susceptibles d’appel au TAS)
et que l’appel au TAS est uniquement ouvert lorsque le litige oppose un joueur ou un club,
d’une part, à la FAF d’autre part, comme c’est le cas dans l’affaire TAS 2008/A/1631.
95. Ainsi, dans la sentence TAS 2018/A/5881, “la présente Formation partage l’appréciation selon laquelle,
dans un litige opposant un club à la FAF, l’art. 70 des statuts de la FAF ne peut pas être interprété en ce
sens que la décision rendue par le TARLS pourrait faire l’objet d’un appel devant le TAS de la part de la
FAF mais pas du club concerné. Une telle asymétrie serait en effet clairement contraire à l’égalité de traitement
entre les parties à un litige”. Le raisonnement de la Formation arbitrale a été confirmé par le
Tribunal fédéral dans son arrêt 4A_268/2019, consid. 3.4.3.
96. Dès lors que le présent litige oppose l’USMA, un club, à la FAF, la Formation arbitrale
considère que la limitation rationae personae de la compétence du TAS doit donc être écartée.
97. De plus, la Formation arbitrale relève qu’une application littérale des statuts de la FAF serait
non seulement contraire au principe d’égalité de traitement et aux statuts de la FIFA, mais
également à l’article 100 du règlement des championnats de football professionnel saison
2019/2020 qui prévoit expressément la compétence du TAS pour traiter des recours à
l’encontre des sentences du TARLS.
98. Enfin, en vertu du principe lex specialis derogat generali, il convient d’appliquer l’article 100 du
règlement des championnats de football professionnel saison 2019/2020, quand bien même
l’exclusion prévue par l’article 69 des statuts de la FAF ne devait pas être considérée comme
illégale et non opposable à l’Appelante.
99. Il résulte de tout ce qui précède que le principe de recours possible au TAS, posé à l’article 69,
al. 2 des statuts de la FAF et à l’article 100 du règlement des championnats de football
professionnel saison 2019/2020, s’applique et que la voie de l’appel au TAS doit être ouverte.
100. Par ailleurs, comme soulevé par l’Appelante, la Formation arbitrale constate que la possibilité
qu’une décision du TARLS puisse faire l’objet d’un appel est prévue à l’article 106, al. 3 de la
loi no 13/05 du 22 Ramadhan 1434, correspondant au 23 juillet 2013, relative à l’organisation
et au développement des activités physiques et sportives.
101. Eu égard à ces considérations, la Formation arbitrale conclut qu’en application de l’article R47
du Code, le TAS est compétent pour statuer sur l’appel introduit par l’Appelante contre la
Décision attaquée.
TAS 2020/A/6696 19
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sentence du 28 août 2020
VI. RECEVABILITE
102. Conformément à l’article R49 du Code: “[e]n l’absence de délai d’appel fixé par les statuts ou règlements
de la fédération, de l’association ou de l’organisme sportif concerné ou par une convention préalablement conclue,
le délai d’appel est de vingt-et-un jours dès la réception de la décision faisant l’objet de l’appel. […]”.
103. En l’espèce, ni les statuts et règlements de la FAF, ni les textes gouvernant le fonctionnement
du TARLS ne contiennent une disposition prévoyant un quelconque délai pour faire appel
contre une décision arbitrale rendue par le TARLS. Il s’ensuit que l’article R49 du Code trouve
à s’appliquer au présent appel.
104. La Décision attaquée motivée est datée du 16 décembre 2019, de sorte que le délai de 21 jours
prévu à l’article R49 du Code a commencé à courir au plus tôt à partir de cette date-là.
105. Partant, la déclaration d’appel, déposée le 2 janvier 2020, l’a été dans le délai prévu par l’article
R49 du Code. Elle répond, par ailleurs, aux exigences de l’article R48 du Code.
106. Eu égard à ce qui précède, la Formation arbitrale conclut que l’appel est recevable.
107. Conformément à l’article R58 du Code: “[l]a Formation statue selon les règlements applicables et,
subsidiairement, selon les règles de droit choisies par les parties, ou à défaut de choix, selon le droit du pays
dans lequel la fédération, association ou autre organisme sportif ayant rendu la décision attaquée à son domicile
ou selon les règles de droit que la Formation estime appropriées. Dans ce dernier cas, la décision de la Formation
doit être motivée”.
108. En l’espèce, les règlements applicables sont les statuts et les règlements de la FAF et de la
LPF, ainsi que le Code disciplinaire de la FAF.
109. A titre subsidiaire, et eu égard au fait que les relations entre les parties au litige concernent
l’organisation des activités sportives, la Formation arbitrale appliquera en tant que de besoin
le droit algérien, et plus particulièrement la loi no 13/05 du 14 Ramadhan 1434 correspondant
au 23 juillet 2013 relative à l’organisation et au développement des activités physiques et
sportives. Dans la mesure où ce texte fait référence au Comité Olympique Algérien, la
Formation arbitrale appliquera également les Statuts et règlements de la COA.
110. Le 7 août 2020, la LPF a informé le TAS de la décision du Bureau Fédéral de la FAF d’arrêter
le Championnat de Ligue 1, et a invité le TAS à considérer l’Appel de l’USMA sans objet.
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111. Par courrier du 19 août 2020, l’USMA a indiqué que si l’arrêt du championnat pour la saison
2019/2020 pourrait avoir rendu sans objet la demande de reprogrammation du match MCA-
USMA, la question de la sanction disciplinaire, notamment la question de la pénalité de trois
points prononcée contre l’USMA et celle concernant l’attribution des 3 points au MC Alger,
conservent un intérêt, en particulier eu égard à la participation du club à certaines compétitions
continentales.
112. La Formation arbitrale rappelle de manière préliminaire la teneur de l’article R56 du Code qui
dispose que “Sauf accord contraire des parties ou décision contraire du Président de la Formation commandée
par des circonstances exceptionnelles, les parties ne sont pas admises à compléter ou modifier leurs conclusions
ou leur argumentation, ni à produire de nouvelles pièces, ni à formuler de nouvelles offres de preuves après la
soumission de la motivation d’appel et la réponse”.
113. Néanmoins, la Formation arbitrale considère que cette information doit être considérée
comme une circonstance exceptionnelle, raison pour laquelle le TAS a invité les parties à se
déterminer à cet égard, et accepte la production du procès-verbal du Bureau Fédéral de la FAF
du 29 juillet 2020.
115. Dans sa déclaration d’appel, l’Appelante a requis, en application de l’article R44.3 du Code, la
production, par les Intimés, du procès-verbal du Bureau Fédéral de la FAF du 30 septembre
2019, résumé sur son site internet.
116. Par courrier du 8 mai 2020, le Greffe du TAS a informé les parties que la Formation arbitrale
avait décidé qu’il se justifiait d’ordonner les mesures probatoires requises par l’Appelante en
application de l’article R44.3 du Code et a ordonné aux Intimées de déposer le procès-verbal
du Bureau Fédéral de la FAF publié sur son site internet, ainsi que le code d’arbitrage du
TARLS.
117. Par courriers des 8, 18, 20, 27 et 28 mai et 2 juin 2020, le Greffe du TAS a sollicité de la LPF
et de la FAF la production dudit procès-verbal en vue de l’audience fixée au 5 juin 2020.
118. Le 9 juin 2020, postérieurement à l’audience à laquelle elle a choisi de ne pas participer, la FAF
a produit le procès-verbal de la réunion du Bureau Fédéral de la FAF. Par courrier du 22 juin
2020, l’Appelante a considéré que la production de la FAF était tardive, et a conclu à
l’irrecevabilité de ce document.
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USMA c. FAF, LPF & MCA,
sentence du 28 août 2020
120. Toutefois, la Formation arbitrale relève que ce document ne doit donc pas être considéré
comme une nouvelle pièce produite par la FAF au sens de l’article R56 du Code, et constate
que cet article ne trouve pas application dans le cas d’espèce. Les autres parties ayant par
ailleurs eu l’opportunité de s’exprimer par écrit sur ce document, leur droit d’être entendu a
été dûment respecté.
121. Dès lors, la Formation arbitrale considère qu’il est logique et légitime d’accepter la production
du procès-verbal de la réunion du Bureau Fédéral de la FAF, étant donné l’intérêt de ce
document pour la présente procédure arbitrale.
122. S’agissant de l’absence du TARLS comme partie au litige, la FAF soutient que l’appel déposé
par l’USMA serait irrecevable dans la mesure où l’Appelante aurait dû mettre en cause le
TARLS étant donné que c’est la dernière instance à avoir rendu la décision attaquée.
L’Appelante estime au contraire qu’elle n’avait aucune obligation d’attraire le TARLS à la
procédure car c’est une instance de recours et non une partie à la procédure.
123. La question se pose alors pour la Formation arbitrale de savoir si l’Appelante avait l’obligation
de citer le TARLS comme partie Intimée.
124. De plus, les trois Intimés considèrent que l’Appelante n’avait pas la possibilité de faire appel
auprès de la Commission Fédérale de Recours de la FAF, puis par-devant le TARLS, en
application de l’article 97 let. d du règlement des championnats de football professionnel qui
prévoit que les sanctions ayant trait aux forfaits confirmés sont définitives et non susceptibles
d’appel. De plus, les Intimés soutiennent que l’Appelante n’a jamais formé de recours contre
la décision de programmer le match le 12 octobre 2019, et n’a donc pas épuisé toutes les voies
de recours internes.
125. L’Appelante estime au contraire qu’elle a bien contesté la décision de programmer le match le
12 octobre 2019, ainsi que le refus de reporter le match dans le cadre de son recours devant
la Commission Fédérale de recours de la FAF, puis par-devant le TARLS, et qu’il s’agissait de
la seule voie de recours qui lui était ouverte.
126. La question se pose dès lors pour la Formation arbitrale de savoir si l’Appelante a épuisé les
voies de recours internes, et si le recours devant le TARLS était recevable, ou si, au contraire,
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USMA c. FAF, LPF & MCA,
sentence du 28 août 2020
le recours de l’Appelante doit être considéré comme irrecevable, faute d’épuisement des voies
de recours internes.
127. S’agissant de l’absence du TARLS comme partie au litige, la Formation arbitrale relève que,
conformément à la jurisprudence constante du TAS, notamment la sentence TAS
2007/A/1215, il n’est pas obligatoire de citer comme partie Intimée l’auteur de la décision
appelée lorsqu’il a rendu cette décision en tant qu’organe juridictionnel ou quasi-juridictionnel,
ce qui est incontestablement le cas du TARLS en l’espèce.
128. Dès lors, la Formation arbitrale considère qu’il n’était pas nécessaire d’attraire le TARLS dans
la procédure.
129. La Formation arbitrale relève que la décision du Bureau Fédéral de la FAF du 30 septembre
2019, qui autorise la LPF à programmer les matchs en retard lors des prochaines dates FIFA,
à condition de ne pas programmer les rencontres les jours des matchs de l’équipe nationale,
soit les 10 et 15 octobre 2019, peut être considérée comme une décision de principe.
130. Ainsi, le 5 octobre 2019, sur la base de cette décision de principe, la LPF a publié sur son site
officiel la programmation de matchs en retard, parmi lesquels la rencontre comptant pour la
4ème journée du Championnat de Ligue 1 entre le MCA et l’USMA programmée pour le
samedi 12 octobre 2019. La Formation arbitrale considère qu’il s’agit d’une décision rendue
par la LPF et il convient donc de se demander si l’Appelante disposait d’une voie de recours
contre cette décision.
131. Lors de l’audience, la seconde Intimée a indiqué que l’Appelante aurait dû former un recours
contre cette décision en vertu de l’article 3 du règlement des championnats de football
professionnel. Or, la Formation arbitrale relève que cet article ne fait qu’indiquer que toute
contestation de décision prise par les organes de la LPF ne peut faire l’objet d’appel qu’auprès
des structures fédérales prévues par les présents règlements et le recours aux juridictions de
droit commun est strictement interdit, mais n’indique pas la voie de recours directe que
l’Appelante aurait dû suivre pour contester la décision du 5 octobre 2019.
132. La LPF a également indiqué lors de l’audience que l’Appelante aurait dû faire recours auprès
de la Commission des Compétitions de la LPF, conformément à l’article 13 des statuts de la
LPF. La Formation arbitrale relève que cet article n’ouvre pas de voie de recours contre les
décisions de la LPF auprès de la Commission des compétitions de la LPF, mais fait état des
fonctions du directeur des compétitions que sont l’élaboration et l’exécution des calendriers
des championnats, l’homologation et la publication des résultats et classements des clubs et
l’édition périodique d’un annuaire des résultats et classements officiels. Ainsi, à la lecture des
statuts de la LPF, la Formation arbitrale n’est pas en mesure de confirmer l’existence d’une
Commission des Compétitions de la LPF, laquelle n’est pas mentionnée dans les statuts de la
LPF.
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USMA c. FAF, LPF & MCA,
sentence du 28 août 2020
133. La Formation arbitrale estime donc que l’article 3 du règlement des championnats de football
professionnel et l’article 13 des statuts de la LPF n’indiquent pas à l’Appelante de voie de
recours contre la décision du 5 octobre 2019. Toutefois, la Formation arbitrale soulève que
l’article 12-2 des statuts de la LPF dispose que le Secrétaire général de la LPF est également
en charge d’assurer le suivi et l’exécution des calendriers des compétitions.
134. Dès lors, la Formation arbitrale considère que, par ses courriers des 6 et 9 octobre 2019,
l’Appelante a valablement recouru contre la décision de la LPF du 5 octobre 2019, faute
d’autre voie de recours à sa disposition.
135. Ensuite, la Formation arbitrale relève que, le 10 octobre 2019, la LPF a rendu une nouvelle
décision par laquelle elle a refusé de reporter le match, et a maintenu la rencontre entre
l’USMA et le MCA le 12 octobre 2019, rencontre à laquelle l’Appelante a refusé de participer,
ce qui a engendré la décision de la commission de discipline de la LPF du 14 octobre 2019.
136. Selon l’article 97 du règlement des championnats de football professionnel, les décisions de la
Commission de discipline de la LPF peuvent faire l’objet d’un appel auprès de la Commission
de recours de la FAF. Pour être recevable, l’appel doit être introduit dans les deux jours
ouvrables à dater du lendemain de la notification de la décision contestée. La Formation
arbitrale relève ainsi que l’Appelante a valablement fait appel le 15 octobre 2019 contre la
décision du 14 octobre 2019 auprès de la commission de recours de la FAF, et retient que cet
appel porte également sur le refus de la LPF de reporter le match.
137. Finalement, la Formation arbitrale relève que même si, par hypothèse, l’on considérait que la
commission de discipline de la FAF n’était pas compétente s’agissant de la décision de refus
de reporter le match, l’Appelante aurait valablement saisi le TARLS, le 31 octobre 2019, contre
la décision du 10 octobre 2019 de la LPF.
138. En effet, l’article 10.3 du règlement d’arbitrage du TARLS dispose que le délai d’appel est de
vingt et un (21) jours, à compter de la notification à la personne de la décision objet de l’appel.
L’article 10.1 du règlement d’arbitrage du TARLS précise que les délais commencent à courir
un jour franc après la réception de la notification. Ainsi, en saisissant le TARLS le 31 octobre
2019, l’Appelant a respecté le délai de 21 jours pour recourir contre la décision du 10 octobre
2019 de la LPF.
c) Conclusions
139. Compte tenu de ce qui précède, la Formation arbitrale est d’avis que l’Appelante a valablement
recouru contre la décision du 5 octobre 2019 de la LPF auprès du Secrétaire général de la LPF.
140. Ensuite, la Formation arbitrale considère que la décision du 10 octobre 2019 du Secrétariat
général de la LPF, refusant de reporter la rencontre, a fait l’objet d’un recours auprès de la
Commission de discipline de la FAF, puis auprès du TARLS, conformément au règlement des
championnats de football professionnel, et dans le délai prévu par le règlement d’arbitrage du
TARLS.
TAS 2020/A/6696 24
USMA c. FAF, LPF & MCA,
sentence du 28 août 2020
141. Par conséquent, la Formation arbitrale décide que l’Appelante a valablement épuisé les voies
de recours internes et que ses recours devant le TARLS, puis devant le TAS sont par
conséquent recevables.
142. Les trois Intimés considèrent que, conformément à la décision du 30 septembre 2019 de la
FAF, qui autorise la LPF à déroger à l’article 29 al. 3 du règlement des championnats de
football, cette dernière était en droit de programmer le 12 octobre 2019 le match en retard
entre le MCA et l’USMA. Ainsi, les trois Intimés soutiennent qu’en refusant de jouer la
rencontre valablement programmée, l’Appelante n’a pas respecté l’article 28 du règlement des
championnats de football professionnel qui dispose que les clubs sont tenus de respecter le
calendrier des compétitions établi par la LPF.
143. De son côté, l’Appelante considère que la décision de la LPF de programmer la rencontre
entre le MCA et l’USMA au samedi 12 octobre 2019 a été prise en violation des statuts et des
règlements de la FAF et qu’elle est donc illégale.
144. La question se pose dès lors, pour la Formation arbitrale, de savoir si la décision de la LPF de
programmer la rencontre entre le MCA et l’USMA au samedi 12 octobre 2019 était légale,
avec pour conséquence l’obligation pour l’Appelante de disputer cette rencontre, ou si au
contraire, cette décision était illégale avec pour possible conséquence le bien-fondé du refus
de l’Appelante de disputer cette rencontre et l’irrégularité de la sanction disciplinaire
prononcée à son encontre.
145. L’article 78.2 des statuts de la FAF pose le principe suivant: “la FAF est tenue de se conformer au
calendrier international des matchs fixés par la FIFA”.
146. Ce principe est confirmé par l’article 29 al. 3 du règlement des championnats de football
professionnel qui dispose que: “Le championnat de Ligue 1 s’arrête durant les dates FIFA et à chaque
fois que l’Equipe nationale des Locaux dispute une rencontre internationale”.
147. Dès lors, il convient de déterminer s’il existe une exception à ce principe. A cet égard, la
Formation arbitrale relève que l’article 136 du règlement des championnats de football
professionnel prévoit que “Le présent règlement peut être modifié par décision du Bureau Fédéral”.
148. L’article 36 des statuts de la FAF précise que “Le Bureau Fédéral est l’organe exécutif de la FAF. A
cet effet, il est chargé notamment:
• D’arrêter et de mettre à jour les règlements généraux et les soumettre à la prochaine Assemblée
générale”.
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149. De plus, l’article 23.1 o) confirme que “l’assemblée générale en tant qu’autorité suprême et légiférante de
la FAF a la compétence d’adopter les règlements généraux de la Fédération qui lui sont soumis par le Bureau
Fédéral”.
150. Finalement, l’article 37.3 des statuts de la FAF dispose que “les décisions du Bureau fédéral font
l’objet de procès-verbaux, consignés sur un registre spécial coté et paraphé par le Président de la FAF”.
L’article 37.4 des statuts de la FAF précise que “la transmission des procès-verbaux est assurée par le
secrétaire général. Ils sont publiés au bulletin officiel de la FAF”. L’article 37.7 poursuit: “les décisions du
Bureau Fédéral entrent immédiatement en vigueur, sauf si celui-ci en décide autrement”.
151. De manière préalable, la Formation arbitrale relève que, durant toute la procédure au niveau
algérien, la FAF a toujours refusé de transmettre à l’Appelante le Procès-verbal de la réunion
du Bureau Fédéral du 30 septembre 2019, et ce n’est que le 9 juin 2020, soit postérieurement
à l’audience du 5 juin 2020, et sans aucune explication quant à la tardiveté de cette production
maintes fois réclamée, que la FAF a transmis ce procès-verbal au Greffe du TAS.
152. Ceci étant dit, la Formation arbitrale relève que, lors de sa réunion du 30 septembre 2019, le
Bureau de la FAF a pris la décision d’“[…] [autoriser], à titre exceptionnel, la LPF d’apurer les
matchs en retard durant la prochaine date FIFA à condition de ne pas programmer les rencontres les jours des
matchs de l’équipe nationale, soit les 10 et 15 octobre 2019 et de respecter la règlementation en vigueur”.
153. Ainsi, les Intimés considèrent que cette décision du 30 septembre 2019 a permis à la LPF de
déroger exceptionnellement à l’interdiction qui lui est faite de programmer des rencontres
pendant les dates FIFA.
155. Dès lors, la Formation arbitrale considère que le Bureau Fédéral de la FAF n’avait pas, à lui
seul, la compétence de déroger au principe posé par l’article 29 al. 3 du règlement des
championnats de football professionnel et, par conséquent, doute de l’existence juridique de
la dérogation contenue dans la décision du 30 septembre 2019.
156. A cet égard, la Formation arbitrale relève que, dans un article du 23 novembre 2019, le
Président de la FAF, M. Kheïreddine Zetchi, a affirmé que l’Appelante avait toutes les raisons
de refuser de jouer la rencontre programmée le 12 octobre 2019 en l’absence de son joueur
international libyen Ellafi qui se trouvait avec l’équipe de son pays. De plus, il a indiqué que
ce derby a été programmé lors des dates FIFA et la ligue se devait de consulter les deux clubs
pour avoir leur accord, ce qui ne s’est pas fait. La Formation arbitrale souligne ainsi que cet
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article de presse met en exergue l’absence de validité matérielle de la décision prise par le
Bureau Fédéral de la FAF le 30 septembre 2019.
157. De plus, la Formation arbitrale relève que la décision du 30 septembre 2019 du Bureau Fédéral
de la FAF de modifier le règlement des championnats de football professionnel, a, en tout état
de cause, été prise en violation de l’article 78.2 des statuts de la FAF qui prévoit que la FAF
est tenue de se conformer au calendrier international des matchs fixés par la FIFA.
158. Or, la Formation arbitrale note que l’article 136 du règlement des championnats de football
professionnel ne donne pas la compétence au Bureau Fédéral de la FAF pour modifier les
statuts de la FAF. Ainsi, les dispositions statutaires de la FAF ne peuvent être modifiées que
par une délibération de son Assemblée générale. Dès lors, le 30 septembre 2019, le Bureau
fédéral de la FAF ne pouvait pas prendre une décision qui avait pour conséquence de déroger
au calendrier international des matchs fixés par la FIFA. S’agissant de la rencontre entre
l’USMA et le MCA programmée le 12 octobre 2019, le Formation arbitrale considère donc
que l’Appelante était fondée à soutenir que la décision du Bureau Fédéral ne lui était pas
opposable, nonobstant l’absence de recours à l’encontre de cette décision, qui était une
décision de principe.
159. La Formation arbitrale constate en outre que, le 13 novembre 2019, la LPF a accepté de
reporter la rencontre entre Paradou AC et USM Bel Abbès, programmée le 16 novembre
2019, durant les dates FIFA, en raison de la présence d’un joueur appelé à disputer avec
l’Equipe Nationale le match international le 16 novembre 2019. La LPF a donc accepté
d’appliquer l’article 29.3 du règlement des championnats de football en raison de l’absence
d’un joueur du Paradou AC, mais a refusé de reporter la rencontre entre l’USMA et le MCA
en raison de l’absence d’un joueur de l’USMA, ce qui constitue une inégalité de traitement
entre les deux clubs.
c) Conclusions
160. Au vu de toutes ces considérations, la Formation arbitrale conclut que le Bureau Fédéral de la
FAF a pris sa décision du 30 septembre 2019 en violation du règlement des championnats de
football professionnel ainsi que des statuts de la FAF.
161. Etant donné l’absence d’existence juridique de la dérogation, la LPF ne pouvait donc pas
programmer la rencontre entre le MCA et l’USMA le 12 octobre 2019. De plus, la Formation
arbitrale souligne la différence de traitement opérée par la LPF entre les différents clubs.
162. Par voie de conséquence, la Formation arbitrale constate que la décision de la LPF du 5
octobre 2019 de fixer la rencontre entre le MCA et l’USMA le 12 octobre 2019, la décision de
refus du Secrétariat Général de la LPF du 10 octobre refusant de reporter la date de cette
rencontre et la décision de la Commission de Discipline de la LPF du 14 octobre 2019 infligée
à l’Appelante sont nulles, vu l’incompétence initiale du Bureau Fédéral de la FAF pour prendre
la décision du 30 septembre 2019. L’appelante ayant conclu à l’annulation desdites décisions,
il en sera ainsi ordonné. Il incomberait en outre à la LPF de reprogrammer la rencontre
comptant pour la 4ème journée du Championnat de Ligue 1 entre le Mouloudia Club d’Alger
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163. En outre, le Tribunal arbitral considère que, faute de base légale applicable, il ne se justifie pas
d’astreindre les Intimées à payer à l’Appelante CHF 1000.- par jour de retard dans la
programmation de la rencontre entre le MCA et l’USMA, dans un délai de quinze jours à
compter de la notification de la décision du TAS.
164. Par conséquent, la décision du Tribunal Algérien du Règlement des Litiges Sportifs du 16
décembre 2019 est entièrement annulée.
1. Dit que le Tribunal arbitral du Sport est compétent pour juger l’appel déposé le 5 janvier 2020
par l’Union Sportive de la Medina d’Alger à l’encontre de la Fédération Algérienne de Football
et la Ligue de Football Professionnel Algérien.
2. Dit que ledit appel est recevable quant à la forme et fondé quant au fond.
(…)