Planche de Khunrath.
PARTIE INITIATIQUE
(THÈSE DE DOCTORAT)
EXPLICATION INÉDITE D'UNE PLANCHE
DE KHUNRATH
La planche de Khünrath que nous étudions ici se
trouve généralement placée la septième dans la plu-
part des exemplaires de cet auteur, quelquefois mais
rarement la quatrième.
Deyons-nous voir un symbolisme dans cette classi-
fication?
Nous ne le pensons pas: les planches de Khünrath
affectent un ordre quelconque et leur immense variété
d'importance comme symbole et comme doctrine nous
font croire que si chacune renferme un enseignement
profond, du moins l'ensemble n'a pas été ordonné
vers un but spécial.
Cette planche est celle du gr<:.:nd Sabbat: on y
reconnaît immédiatement au cèntre, sous la forme
quaternaire, la pierre avec son nom XAO~ ou OMNIA. •
7
194 L'INITIATION
Elle surgit des éléments sublimés (1) : à gauche l'air
nouveau spirituel né de l'eau et viviffé par le feu di-
vin; à droite l'eau précieuse faite de poussière liqué-
fiée; en bas la terre' rouge fécondée par la conversion
du sel et prête à porter ses fruits; au milieu, enfin, le
mercure bisexué régénéré par le feu dont il est dit
dans l'exergue: Regenerando sublimetur mentigneus
xaGoÀtxoç t:lil-:, c'est l'androgyne à l'âme de feu dont les
bras et la tête tracent le signe'lV indiquant par là à
celui qui médite la nature et l'intensité du feu à
employer pour l'œuvre des trois jours (2), c'est la ma-
tière adamique devenue la Pierre Rouge (3), c'est le
grand œuvre terminé. Un serpent comme une flamme
s'enroule autour du personnage, et sa devise révèle la:
première partie de l'œuvre et la fixation du volatil:
iii'lVn' sapientia iiiil' incanzata dace nos veritatem.
On lit sur lui: Homo binarium l-ejiciens, Christo
indutus, et eum imitans. Le binaire rejeté, c'est la
nuit vaincue par la double clarté de l'encensoir et de
l'athanor (4) ; à cette double clarté seulement peut se
manifester le passage de la couleur blanche à la cou-
leur du Phénix, la terminaison du grand magistère. Un
seul vêtement, la robe de l'initié, couvre les deux fi-·
gures : sur le bord de la robe plongée dans le sable
du monde élémentaire se lit la formule du devenir ~
(1) Apoe., XXI, 7 ; et Lettre philosophique, trad. de ['alle-
mand, 1671. cliap.« De l'Eau ».
(2) Ch. Khünrath, Amphitheatrul1l, 111, question YIIl, p.
201.
(3) Quœ rubedo perjeetœ fixionis et fixœ perjec:tionis est
signatllra. Khünratb.
(4) Planche VI de Khünrath, le Laboratoire.
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX 195
Deum time et mandata ejus obsérva. Au centre, centre
de l'image et du pentacle, est inscrite la formule du
fils, du monde moyen, la loi de l'astral; à la tête, uni-
fiée, est réalisé le signe véritablement tout-puissant de
la pierre philosophale, le!l catholique.
A droite et à gauche, selon le mode cabbalistique,
sont les préceptes positifs (248. mV~!l) et les pré-
ceptes négatifs (365 nu..·~m~') de la loi: le binaire
avec la loi dure de Geburah, le septenaire avec la loi
clémente de Gedulah ; à droite, ce sont les symboles,
les préparatifs, l'étude longue et préliminaire de l'al-
chimiste, c'est la force magique du pentagramme
dans la conception, arme donnée à celui-là seul qui
la désire, la comprend et sait la mériter. A gauche,
c'est, dans le monde réalisateur, la marche à suivre,
le sentier d'où tout écart est un pas mortel: c'est
l'obéissance absolue à ce qui est écrit dans le sceau
de Schlomoh et dans la pentacle cruciforme. Mais si
le fils à qui ces conseils sont donnés a su consacrer
le talisman, s'il a compris et strictement observé le
mode opératoire du livre des maîtres, alors qu'il
espère et se réj()ulsse; dans l'athanor éblouissant de
feu, il verra au double courant des flammes (1) appa-
raître la pierre couleur de paon (lUNO) que les
sages nomment aussi UNIO et que nous voyons bril-
ler dans les flammes doubles ascendantes et descen-
dantes au sommet de la planche symbolique.
Telle est, d'une façon générale et au premier coup
(J) Nuctéméron des Hébreux, XC heure. Ev ~ iXYiXlYWY':iXt XlI
~lJ)\cxl t'oü OÙpCXYOÜ, etc .••
196 L'INITIATION
d'œil, l ensemble de la composition: une étude
détaillée de chacun des symboles nous permettra
d'approfondir la pensée de l'auteur et d'y recon-
naître, derrière le sens particulier à telle ou telle
branche des sciences occultes, la doctrine générale.
Le personnage central, si nous considérons le schéma
de son dessin, se présente comme composé de trois
cercles: tête, poitrine, segment inférieur, reliés et enve-
loppés par le cercle plus grand de la banderolle qui
sort de sa bouche; ce dernier, incomplet, est, nous
ravons vu, fermé par le schin que forment la tête et
les bras de la figure. Ce i:7, nous en savons la valeur;
c'est, comme l'a dit Eliphas Lévi, le flambeau planté
entre les cornes du bouc de Mendès, c'est la rose de la
Rose-Croix, comme l'a fait voir l'étude magistrale de
Stanislas de Guaita sur une planche de notre
auteur: nous retrouvons là signifiée l'immense valeur
de la prière magique, la puissance de l'homme de
Désir. Chacun des bras de la lettre porte la loi de la
vie humaine en évolution, le binaire ora et labora, loi
de reproduction (:lN) et de lutte auquel correspond le
premier nom divin il', celui par lequel Dieu créa
toutes choses.
Ces trois segments du personnage, synthétisés et
comme fondus dans une unité supérieure, nous
donnent la clef des lois générales qui régissent les trois
mondes: monde élémentaire, lois alchimiques de la
matière; microcosme, lois psycho-physiologiques de la
vie; macrocosme, lois générales d'existence et principes
d'évolution. .
Élémentairement, nous y YOYQ]1S, réuni dans la
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX 197
sphère d'Hylé, le ternaire des qualités premières:
soufre, sel, mercure. Les métaux dans leurs corres-
pondances planétaires se ran-
gent symétriquement et par
genre (+ et -) dans les dif-
férents cercles créant les bi-
naires analytiques des trois
principes. Trois qualités,
quatre éléments, sept formes
évoluées, synthétisés, n'est-ce
pas là la pure doctrine alchimique, féconde et uni-
verselle application de la
théorie des nombres à tout
ce qui se meut dans le temps
et dans l'espace?
Psychiquement, c'est la
volonté ou âme humaine
enveloppant les trois sphères
instincti ves, sentimentales
intellectuelles, chacun de ces trois principes se péné ~
trant d'ailleurs l'un l'autre de
façon que toute émotion affec-
tant l'un d'eux retentisse sur
les deux autres, produisant,
si un contre-ordre volontaire
ne survient, une série de rota-
tions fatalem ent déterminées
(action du Destin). Dans le macrocosme, la vo~
lonté humaine ne joue plus qu'un rôle intermédiaire:-
au-dessus et au-dessous d'elle viennent se placer deux-
formes des lois di.vines : Providence et Destin, l'une
19 8 L'INITIATION
spécialisée par le caractère de nécessité de toutes ses
œuvres, l'autre par l'absolue liberté de ses impulsions
originelles. Sans la volonté humaine, ces deux forces
n'auraient nul point de contact et, partant, pas de
résultante, pas d'action effective; le tout synthétisé
dans l'absolù vivant, dans la sphère divine. Et là
comme dans le microcosme, tout ébranlement d'une
sphère réagit sur les autres; le Verbe humain dans sa
sphère d'action est créateur à moins qu'un contre-ordre
n'émane de la sphère divine. Car la chaîne d'or qui
descend du brillant Olympe jusqu'au fond du Tartare
est telle que nul mouvement des profondeurs ne se
transmet à l'Olympe, mais que chaque éclair sorti des
yeux de Jupiter, chaque parole de sa bouche émeut
jusqu'aux plages les plus reculées de la terre et des
enfers.
Autour du personnage un triangle triple de légendes
nous donne les trois tormules suivantes:
'Sabbatlzum magnum, jubilœus œternus,jinis homi-
nis verum ac summum bonum frui mi1' paterno,
frate1'1w, atque amico.
Cabali corpus starum, gÙ'ans anima univet"sum,
linea spiritus viridis.
Quœrite primum regnum Del et justitiam ejus, et
lzœc omnia adjicientul' vobis.
Formules qui correspondent également aux trois
mondes et que nous interprèterons dans le sens alchi-
mique seulement, la transposition aux deux autres
mondes en étant aisée.
La première inscription, la plus interne, indique à
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX 199
l'adepte la recherche du mercure dans le monde élé-
mentaire (1).
Connais d'abord la matière dans ses lois étroites et
fatales, l'enchaînement de ses phénomènes, admire la
Providence ourdissant la trame du Destin, pénètre
en les secrets de Geburah (Justitiam) à Malchut
(Regnum), du plomb à l'argent, réalise en ton labo-
ratoire les conditions d'éclosion de l'or, et bientôt tu
connaîtras le pays d'Havila dont parle le Sepher Be-
1'esehrt, chap. II, v. 12.
La deuxième inscription correspond à l'ordre inter-
médiaire au second pas de l'œuvre; la ligne verte qui
entoure l'univers et le meut tout entier, Khünrath en
symbolise ailleurs l'essence sous le nom du lion vert
dissimulé et caché dans les cavernes du mont Saturne,
qu'il faut aller chercher et attirer par des caresses et
des flatteries spéciales à sa nature et faire sortir en
plein soleil. Enchaîné, ce lion te serél. soumis, et tu
deviendras alors pareil aux Mages assyriens dont le
glaive s'enfonce dans la gorge du taureau ailé. Cette
deuxième période correspond aussi au deuxième jour
qui doit être une œuvre de fixation et de sépa-
ration.
La troisième inscription symbolise la troisième
période et la réalisation complète du grand œuvre
(1) Cf. Poisson, Théories et Symboles, p. 79.
(1 C"est le l\lercure des tnercurcs
Et maintes gens mettent leurs cures
De le trouver pour leur affaire,
Car ce n'est mercure vulgaire. »
JEH1\N DE LAFONTAINE.
.... ---
200 L'INITIATION
dont la signature est le n, septenaire des septe-
naires qui met au front du philosophe «une gloire
divine plus grande que la mitre sacerdotale ou la cou-
ronne royale» (1).
C'est la possession absolue de la formule des muta-
tions: car, de même que l'homme uni à Dieu est Dieu
et veut ce que Dieu veut, de même la pierre unie au
monde majeur par le ferment du monde transforme
toute chose en toute chose. La richesse et le bonheur
qui naissent de la réalisation de l'œuvre sont indi-
qués par la possession de l'arcane 21 =
7 X 3 = 4,
développé dans ces promesses: le séjour dans la mai-
son du Père (patemo mn') et la cause fraternelle (fra-
terno) au-devant de l'enfant prodigue (et amico) (2).
Formant le cercle d'enveloppement extérieur, un
triple anneau émane, d'une part, du flamboiement
supérieur pour venir s'y absorber de l'autre: dans la
lumière d en haut se détachent les quatre lettres du
tétragramme, et dix rayons, droits et purs, s'en
échappent, répandant sur l'Univers les dix splendeurs
de leur vertu. S'élevant vers elles du monde inférieur,
(1) Khünrath.
(2) Cf. A.poc., v. 6: « .4gnum stantem tanquam occisum,»
et v. [4: «Et quatuor ani '11 afia dicebant amen et viginti qua-
tuor seniores ceciderunt in facies suas et adorallenmt vivan-
tem in secII/a secu/orunt. »
Là réside un des secrets du grand œuvre et Kircher (Œdipe'
égyptien) n'a.fait que commenter kabalistiquementces versets
quand il a .dit: },Jases itaque XLIX so/u~lllllod~ por:tarum not~·
tiam habult et pel' eas /egem dillmam !l!llestlgavlt; ad L mI-
nime permissus. Josue vero XL l'III talltllm Ilotitiam habuit
lIllillS minus qllam Moses et Sa/omo frllstra /aboravit ad rea-
periendam il/am: hanc sa/lis Dells homo Christlls.
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA ROSE-CROIX 20 l
dix flammes portent vers l'absolu les relatives aspi-
rations d'idéal de l'homme, et quelles profondes
leçons dans chacune de ces correspondances, quel
symbolisme, ne fût-ce que dans l'oscIllation, les den-
telures, l'incertitude de ces flammes matérielles et
brûlantes en face de l'impassible sérénité du rayon-
nement supérieur! Ce seul détail vaudrait une étude
particulière.
Des trois cercles, les deux plus internes qui tournent
en sens inverse comme on le voit encore dans certains
pentacles représentent les deux branches de l'échelle de
Jacob: c'est, comme le montre une inscription presque
invisible, l'échelle de l'union, les degrés de la connais-
sance. Emanés d'tl'i:J-PN pour y revenir après avoir
plongé dans les ténèbres de l'opposition, ce sont les
rayons d'N':lN, c'est graphiquement la représentation
de ce nom divin. L'Aleph-Thau, la substance,
a fait le geste' qui l'a passagèrement obscurci pour
renaître plus éblouissante dans l'Adam' Cadmon tri-
reunitus.
Unio, cognitio, ces deux mots donnent la clef des
deux modes de pénétration de l'absolu: l'un plus
inconscient, plus absorbant, c'est l'extase de la prière,
c'est la foi totale et la fusion par un retour accidenter
à l'unité; l'autre, la connaissance, indique à la fois un
mode de progression plus lent, plus humain, plus
rationnel et une possession plus voulue et plus libre
de l'héritage récupéré; c'est la différence qu'il ya dans
un autre monde entre la découverte fortuite d'un
corps ou d'une loi et la pénible mais tenace recherche
d'un problème longtemps poursuivi.
202 L'INITIATION
La correspondance denaire de ces degrés avec les
Séphiroths est facilement saisissable: entre les modes,
les facultés et les aspects s'établit la concordance sui-
vante:
SEPHlnOTHS MODES FACULTÉS ASPECTS VERTUS
Cheter Fides Mens Optimus omnia Castitas
videus
Binah Meditatio Intellectus Multus benigni- Benignitas
tale
Hochmah Cognitio Ratio Solus sa piens PrudentJa
Gedulah Amor Judicium supe· Misericors Misericordia
riu:i
Geburah Spes Jlldicium infe- Fortis Fortitudo
rius
Tiphereth Oratio Phanta.ia Longanimis Patientia
Netzah Conjunctio Sensus interior Justus Justitia
Hod Frequentia Sensus exterior Maximus Humilitas
lesod Familiaritas Medium Verax Zelotes Temperantia
Malchut Similitudo Objectum Terribilis Timor Dei
-
Au point de vue psychologique comme au point de
vue magique, c'est-à-dire réalisateur, de grandes con-
clusions peuvent être tirées de ce tableau qui doit) sui-
vant le mode d'étude, se lire en ternaire sur ces chémas
de l'arbre de la Cabale ou horizontalement comme un
tableau de concordance ordinaire. Fidèle à la méthode
cabalistique, nous n'entrerons pas dans une étude
de chaque terme qui, pour être détaillée, n'en serait
pas plus complète. La science occulte est de création
ORDRE KABBALISTIQUE DE LA, ROSE-CROIX 203
personnelle: à chacun selon son désir et sa dignité de
pénétrer plus ou moins loin les mystères des trente-
deux voies de la Sagesse.
M. HAVEN.
INITIATION KABBAL1ST1QUE 135
Initiation KhMMjue
En un manuscrit encore inédit d’Eliphas Lévi
(dont je dois la communication à la gracieuseté de
M. Chamuel) on lit ces quelques lignes, — je dirais
presque ces versets, — prophétiques: « Voici que la
lumière astrale fourmille d’esprits élémentaires.
C’est une nouvelle création qui se prépare. Déjà les
clefs de Salomon sont retrouvées et les mystères de
Haute Maçonnerie expliqués. Une école va se fon
der..... qui dans un siècle comptera J>ooo adeptes
et son dernier grand maître sera Hénoch. » Chaque
année nous approche de ce règne attendu cependant
que les isolés cherchent des yeux fraternels, que les
souffrances s’attisent en paroxysmes créateurs, que
les raisons inquiètes s’effarent et se taisent. Il y a deux
mille ans avant la loi, deux mille ans de loi, deux
mille ans de règne messianique. Ceux qui dès ce
jours ont crié vers l’aurore, vaincus d’avance et le
sachant, ceux-là sont plus nobles encore, plus sym
pathiques que les silencieux inconnus qui pour l’ave
nir conservent l’héritage et préparent les chambres
du palais. Ils seront pour le présent et l’avenir immé
diat, avant que l’heure ne sonne, des curieux et
d’extravagants dégénérés, et si quelque médecin dis
tingué parmi ses malades ne les classe, du moins
leur portrait, avec celui des inventeurs d’irréalisables
merveilles, en des cartons sommeillera.
Voici le résultat glorieux pour l'initié: le chemin,
c’est celui de tous ceux qui se sont mis en dehors des
136 l’initiation
banales conventions: c’est la haine et la déception si
quelques désirs ont survécu aux cabrages premiers:
mais la route est encore trop belle où marchèrent les
ancêtres. La haine, c’est de la force en puissance : la
lutte, c’est la matière première d’une réalisation :
quelques fleurs nouvelles, vierges encore arrachées
ou meurtries, c’est trop d’honneur. Ce qui attend
l’œuvre aujourd’hui, c’est l’étouffement et l’indiffé
rence, et s’il fut en elle une lumière assez brillante
pour percer les somnolentes ténèbres, c’est le spectacle
de cette œuvre fixée en mille reflets hideux et défor
mée en grimaçantes apparitions; jeux d’un astral
impur et pour longtemps encore! Larves, et combien
de coups frappés, combien de lumières éteintes avant
que vous ne mouriez, suffisamment !
Mais cette ère messianique annoncée par le maître
que fut Eliphas Lévi doit venir et peut-être un esprit
de demain existe-t-il quelque part qui lira ces mots.
C’est pour lui que j’écris. Si la voie entrevue avec la
mort et nulle couronne au terme ne l’effraie, si dans
le passé il a senti, quelque nuit, se dresser près de lui
l’ombre énorme d’un ancêtre, qu’il se souvienne du
frisson précurseur et de la mort entr’ouvrant ses portes.
Il a été appelé par son nom. Mais avant d’étudier les
livres sacrés, avant de chercher les maîtres qui,
l’heure venue, seront toujours là, et d’accourir au
temple réclamer l’Initiation, qu’il apprenne ce que
doit être l’Initié — ou s’en souvienne.
Aux mystères sacrés de la Khabbale (i) un homme
( i ) Ces règles sont traditionnelles, on les trouve dispersées en
divers textes ou commentaires. Parmi les textes, le nTiN DW
INITIATION KABBAL1ST1QUE l3y
n’est admis que s’il accorde une confiance totale,
ferme et de tous les instants à son maître et à ses
enseignements; bien plus, que s’il ne discute jamais
ses paroles et en prend l’engagement. Voilà, qui peut
éloigner bien des gens de la science sacrée ; mais
rappelons ici que nous ne parlons pas des sciences
occultes en général ; il n’est pas besoin de tout cela
pour connaître l’Od comme M. de Rochas ou l’her
métisme comme M. Berthelot. Ce n’est pas une
branche des connaissances humaines, c’est la haute
magie du bien et du mal, la science de la vie et de la
mort que le profane veut posséder et, comme l’a dit
Eliphas Lévi : « on peut demander d’être un peu plus
qu’un homme à celui qui veut devenir presque un
Dieu. » Cette apparente passivité, qui effrayera tant
de vanités, n’est que momentanée et personnelle.
Comme dans les écoles pythagoriciennes (cl. Aulu-
Gelle, Noct. Alt.., 1. I, ch. ix), le disciple doit écouter
et s’abstenir de toute discussion ou commentaire, il
doit donner, par ses paroles et ses actes, le témoi
gnage actif de son adhésion. Les révélations que
transmet la Khabbale sont divines et d’un ordre
plus élevé que ce qui peut tomber sous la norme
de la raison; les facultés actuelles sont épuisées et
comme annihilées par l’acte de la réception des
mystères. On est donc en droit d’exiger ce sacrifice,
on le doit même, car l’âme tout entière du néophyte,
de Rabbi Joseph Castiliensis, parmi les commentaires: Reu-
chlin : De Cabbala ; Paul Riccius, De Cœlesti agricultura ;
Rob. Fludd, Tractatus Apologetlcus... sont les sources prin
cipales et nous n’y renverrons plus.
138 l’initiation
la sincérité de ses aspirations, la force de son désir et
de sa volonté vont se juger à cette épreuve. S’il se
méprise assez et doute assez de ses pouvoirs pour
craindre en ce servage une mort definitive, il est
indigne d’approcher et, de lui-même, va s’enfuir. Bien
faible qui s’arrêtera dès le premier pas, bien grossie-
rement avare qui reculera devant un renoncement
aussi précieux !
En second lieu, le khabbaliste sera versé dans les
sciences et les arts profanes, car il doit s’être orné de
tous ses humains pouvoirs, celui qui rêve un tel hon
neur que l’Initiation. « Cependant pour tout dire, et
la raison l'explique comme l’expérience de chaque
jour permet de le vérifier, ce n’est pas avec peu de con
naissances, ce n’est pas avec une vague teinte des
sciences humaines, ce ri est pas avec une superficielle
culture que doit se présenter celui dont le travail, le
file, la volonté vont être désormais occupés à la con
templation desformes séparées, celui qui va pour ainsi
direviolerles sanctuaires mêmes de £>zew.»(Reuchlin).
Mais cette science profane ne sera pas la matière et le
point d’appui de la science absolue. Il faudra faire
le vide et la mort dans son âme; il faudra que tout y
redevienne inculte et ténébreux, comme Moïse
fit dans le désert (i) pour que le sol, désormais
fertile, soit prêt à de nouvelles moissons. Celui qui
n’a pas étudié les sciences du passé et du présent n’a
pas le droit d’en faire peu de cas : celui qui n’a fait
jouer en lui tous les engrenages des mathématiques,
(r) Zirolde deMose, Introd. ad. Histor. Eccles., ch. i, p. 26,
INITIATION KABBAL1ST1QUE l3g
tous les ressorts des sciences naturelles, toutes les
cordes de l’imagination, qui n’a ni pleuré, ni réfléchi,
celui-là n’a pas le droit de mépriser les larmes ou la
pensée, l’affirmation scientifique ou l’émotion artis
tique. Il sommeille encore; qu’il ne recherche pas la
lumière : souffleur il restera, s’il ne devient sorcier.
Je pourrais, parmi les anciens, citer plusieurs noms
de ces hommes qui furent des savants avant de deve
nir des écoliers en Haute-Science. Un exemple, de
nos jours, est plus précieux : un très grand artiste, un
maître en littérature, n’a pas reculé pour mériter
l’adeptat (i) devant les répugnances et les fatigues du
laboratoire. De tels exemples, s’il était nécessaire,
prouveraient à eux seuls que la chaîne de la tradition
n’est pas rompue.
En troisième lieu, les khabbalistes veulent que les
disciples qui recherchent leur science soient d’un âge
mur : ils sont en effet persuadés que nul ne peut être
capable d’une si sublime et si profonde religion s’il n’a
vieilli, s’il n’a vu se calmer en lui les passions, les
fougues de la jeunesse, affermissant et purifiant ses
mœurs, ses habitudes, devenant, aurait dit le xvne siè
cle, unhonnêtehomme. Tel était le sentiment de Rabbi
Eleazar quand il répondit à son maître Jochanan, qui,
dans sa bienveillance, le voulait initier de bonn e
heure aux mystères de la mercabah « 'Nüp » c’est-
à-dire : « Je n’ai pas encore blanchi. » Une purification
(i) M. Stanislas de Guaita, auteur de nombreux et savants
travaux de khabbale (dogmatique comme magique) depuis ses
premiers articles dans YArtiste, jusqu’à ses derniers ouvrages
Au seuil du mystère, le Temple de Satan.
140 l’initiation
s’opère, une sublimation continuelle dans le temps
pour celui qui médite et développe les germes déposés
en lui. Ce n’est donc pas une période d’état, encore
moins de déclin que réclame la tradition, c’est un
point de l’évolution où se sont éclairés et calmés les
principes troublés et agités jusque-là, où l’ange de la
mort—qui est le même que celui de la génération— a
été dominé par l'homme, où, en un mot, l’action est
possible, l’homme prêt à recevoir la connaissance et
à la réaliser.
La quatrième condition est une pureté absolue : et
ceci est presque une conséquence de ce qui précède,
une remarque qui laisse entendre que cet âge mûr est
variable suivant les individus. En méprisant cette
pureté, en sacrifiant à ses désirs, en considérant la
jouissance matérielle comme un terme, comme un
but en soi, l’homme se laisse aller à la plus dange
reuse des illusions et rend impossible toute élévation
psychique. Il faut choisir, non pas entre la volupté
et la vertu, c’est l’erreur de bien des sectes ; mais
entre l’amour et la victoire, et, sitôt le choix fait,
songer que la Beauté, reflet de la Couronne, est entre
les deux routes. Les trente-deux voies de la Sagesse ne
se découvrent qu’à ceux dont le cœur est bon :
^I33.b(l).
Une âme tranquille, délivrée de toute préoccupa
tion mondaine, est une condition également impor
tante : que l’esprit soit un lac où toutes les inspirations,
toutes les directions supérieures puissent se réfléchir
(i)Isaakben Eljakim. Amst. ; 1706.
INITIATION KABBAL1ST1QUE 141
sans qu’un mouvement d’en bas ne vienne troubler
l’eau et l’agite soudain. «Quittezfemmes, parents, en
fants et suivez-moi, » disait le Christ. « Vendez vos
biens et distribuez votre or aux pauvres, v disait Joa
chim de Flore à ses disciples. « Craignez jusqu’à
l’égoïsme de la famille et de l’amitié, » disent les
maîtres ; « soyez seuls en face de Dieu pour être plus
près de l’humanité. » C’est le silence, le sabbatisme
des auteurs : silence d’une heure pour que, haute et
plus sonore, la voix s’élève ensuite. Mais malheur
à ceux qui gardent toujours le silence, malheur aux
muets pour la moisson qu’ils ont semée, pour les
douloureuses passions des réparateurs futurs !
Quand le nouvel homme aura conquis ces degrés
d’ascèse il ne lui restera qu’un pas à franchir, qu’une
sanction à recevoir: l’illumination. Eclair et cri de
joie, communion qui arrache l’être à ses incertitudes,
à ses pénombres pour l’éblouir et le marquer au sceau
des 144.000 qui portent sur leur front le nom du
Père (1). L’illumination s’acquiert et s’attend: la mé
ditation seule ne la saurait produire.
Peut-être ce commentaire des qualités exigibles de
ceux qui veulent l’initiation surprendra-t-il quelques-
uns tant par le nombre que par la nature des vertus
à acquérir. Avant de s’indigner contre ces lois rigou
reuses, qu’ils méditent ; et bientôt le sens profond,
l’indiscutable vérité de ces mesures leur apparaîtront.
Chaque pas déjà fait, chaque degré atteint rendra le
travail plus facile. Qu’ils sachent en outre que c’est le
( l) ApOC., XI7, 11.
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S fiv o ln n te . ï' .-U n :üt» '■*■'6:,^ï-'V::-';:-;v-
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•©itrÈaua: ; Librairie Vanier, 19, quai Saint-M ichel, Paria.
PAPUS
( * ) Archives P h ilip p e ENGAUSSE.
par MARC HAVEN
Papus, de son nom magique, Gérard Encausse, né le 13 ju il
let 1865, à la Corogne, est le plus ardent et le plus érudit
représentant de roccultism e à Raris ; d’autres plus aptes que
nous à le faire ont pu en des jpages m agistrales (*) juger son
œuvre scientifique, m ais à coté du savant est l’hom m e de
combat dont l’active vulgarisation a si vivement rem ué les
jeunes im aginations et les m odernes apathies.
Form é aux luttes dès son enfance qui s’épanouit sur la Butte
encore livrée aux bohèmes survivants d’un quartier latin dis
paru, il fonde dès le collège Rollin sa prem ière Société et son
rem ier jo u rn al avec Xanrof, inconnu encore, et Gary de
£ acroze, l’initié futur, comme seconds et depuis cette époque
il éprouve ce besoin caractéristique chez lui d’une exubérante
activité d’entreprendre et de conduire trois batailles à la fois.
B rillant élève, m ais indiscipliné, il quitte le collège en rhéto
rique, term ine seul ses études et, libre de toute contrainte,
cherche sa route dans la vie. On le voit en même tem ps dans
les hôpitaux où ses m aîtres M artineau et Mesnet l’apprécient
de bonne heure, à la Faculté de médecine et à M ontm artre,
tan t au Chat Noir, dont il fut un des fidèles de la prem ière
heure, que mem bre — avec Vivien, Goudeau, J. Jouy — des
sociétés les plus variées et les plus gaies le plus souvent, comme
cette fam euse « Société d’expériences aérostatiques » du capi
taine Jovis dont le souvenir est resté joyeusem ent célèbre parm i
ses adeptes d’un jour. Mais bientôt un troisièm e côté de son
caractère apparaît : vulgarisateur dans l’âme et désireux de
se form er au difficile a rt de la parole, il triom phe de sa tim i
dité, de ses hésitations et passe ses soirées à faire pour l’Union
française de la jeunesse une série de conférences scientifiques.
C’est là sa grande crise de positivisme scientifique et de m até
rialism e intransigeant. — Les « Hypothèses » de G. Encausse
sont le prem ier ouvrage et le seul qui se ressente de cette
phase critique et peut-être encore sa brochure sur les « P rinci
pales découvertes anatom iques ». Pendant deux ans sa vie
s’écoule triple toujours : externe des hôpitaux chez Mesnet,
chez Labbé, chez Gougenheim, enfin chez Luys dont il est chef
de laboratoire depuis 1890, carrière hospitalière que vient
récom penser la médaille de bronze de l’Assistance publique en
(*) Les H o m m e s d ’a u j o u r d ’hui.
(1) Barlet, I n it i a ti o n de j u i n ÎS92.
— 110 —
1889 ; conférencier le soir et si apprécié dans son enseignement
que l’Union française lui décerne successivem ent la m édaille
de bronze, celle d’argent, obtient enfin pour lui en 1890 les
palmes académ iques ; — enfin naissant à l’Occultism e qui lui
m ontre sa véritable voie, initié au M artinisme, amené à l’étude
de FHerm étism e par la Médecine nouvelle de Louis Lucas il est
bientôt en rapport avec Barlet et Gaboriau, rédacteur au Lotus
dont les prem iers num éros furent grâce à eux si rem arquables,
enfin allié à la Société Théosophique comme à un pis aller.
C’est alors que comm encent ses productions occultes. Traité
élém entaire de Science occulte (1886) la Traduction du Sepher
Jezirah — la Notice sur Fabre d’Olivet et Saint-Yues d’Alueydre
(1887).
Ayant derrière lui l’appui m oral de son œuvre, la force que
lui donnait ses longues heures d’étude dans les bibliothèques
parm i les m aîtres anciens, Papus commence au nom des tra
ditions occidentales, sa lutte contre l’Occultisme purem ent
oriental des Théosophes. A com battre contre lui m eurent suc
cessivement ÏTsis, YHermès, le Sphinx tandis que la revue
Vïnitiation dégagée de toute alliance théosophique devient peu
à peu le seul organe de l’Occultisme et du groupe d’études
ésotériques. Q uant aux luttes accessoires, aux m ille et un
détails de cette campagne où la volonté tenace et l’infatigable
travail de Papus ont triom phé, nous sommes forcés de les
passer sous silence...
Depuis, Papus a publié la série des volumes occultes que l’on
connaît — en 1889 le Traité m éthodique de science occulte —
(1.200 pages in-8°) le plus complet et le plus utile de tous les
livres d ’occultism e à conseiller au débutant comme à l’initié,
en 1890 — la Physiologie synthétique — œuvre d’application
de la m éthode aux sciences modernes, qui a eu le don de faire
bondir la Faculté de médecine, m ais l’insigne honneur d’être
appréciée p a r un seul de ses membres, le plus ouvert à toute
belle idée comme le plus universellem ent apprécié, M. le P ro
fesseur M athias Duvâl. En décembre 1891 — la Kabbale — où
la portion scientifique et m étaphysique de la doctrine est doc
tem ent exposée. Mais l’œuvre qui le~sacre à jam ais m aître en
occultism e et lui donne droit à la prem ière place parm i ceux
qui fu ren t ses collaborateurs, ses élèves, ou ses m aîtres, c’est
son ouvrage sur le « Tarot » synthèse absolue de la science,
dont les seuls initiés sans doute auront toute l’intelligence,
m ais qui aura pour chacun quelque chose d’instructif, arché
type, macrocosme, microcosme, tout s’y m eut selon la loi géné
ratrice et les guerres de Iohah s’y déroulent dans toute leur
rythm ique m ajesté.
De celui qui a écrit le Tarot nous avons le droit d’attendre
beaucoup encore : réalisation sur le plan scientifique comme
sur le p lan hyperphysique, tel est le schéma de ses productions
futures. Voilà la féconde existence de celui que l’on se plait à
représenter comme une dilettante de l’occultisme, telle est la
— III
m éthode ésotérique au dernier chef de celui à qui Péladan
reproche la vulgarisation de la haute science ; ces deux criti
ques tom bent également devant l’appréciation de qui sait lire
et com prendre. L ’occulte compte en lui un pionnier des plus
ardents, un sem eur pour la moisson future; et à tous les titres
Encausse m érite le nom que sa haute intuition a si bien su
choisir.
« Papus, médecin, daim on de la prem ière heure ».
M. H AVEN.
Sur le Comté de Ce.gUdstro.
eu la'bonne fortune d':lC'I1IIPl'il'il ya qUlelques
sur bois des armoiries de
2 La
Q
de son de
3° La de son acte de
rie M. Alessandro érudit avait
retrouvé la trace de deux de ces rares, nous
nous empressons de les faire connaître aux lec:tetlrS
de et de les mettre à la dispositioin de
nUILn:,iUUI, le docteur sur Ca,gii()stl'O
une étude sera des sensationnelles. en
donner le corn pite rendu d'un article
en (1) par le marquis S()ml1l1i Picen,ardi
sur les derniers de \."ill/l:JllUSlCU
incertains ."<,,,,,',\
à PAllpl'lnp. cela est
dans la Ri"i,ta di sloriche, numéro
Il, rase. VI, Pavie, chez Rossetti.
L'INITIATION
sans conteste, le 8 1 de Pietro Ballsalmo et
de Felice Bracconeri (1).
La famille Balsamo était et qUlelqlues-urls de
ses membres avaient des fonctions
en pluiSieurs siècles : sous le
L:alhloIilqule, Giacomo Balsamo
taine cornrniandalllt Milazzo et Patti (1517) et sei,RDceur
de Mirto et de Taormina. 1613, Pietro ......."'...,...J,
della « Straticote » de .Vle:SSlne,
prillCil)auté de et
de San Giacomo. En 1 Francesco Ba]!salmo
acheta la de Castellaci et fut sénateur et
de Messine: il eut deux Bal-
samo, baron de et
marquis de du royaume
en A cette Balsamo appar-
tinrent Fr. de
Messine dans
che:valiers de Malte.
s'honorait à une telle fa-
, du reste, de le renier. ce
n'était pas ses seuls titres : la mère de
son à la Brac-
fort connue et de bonne noblesse en Sicile. En
Simone Bracconeri la de Pis-
et fut châtelain de Castroreale : armoiries des
Br,IlCC:ODlen sont connues
(1) Et non pas Felicita Branconieri, comme l'écrit inexacte-
ment M. Sommi Picenard.i (p.
(2) à deux chiens passant et alterru!s li.
deux de même, rune en l'autre en cœur. ...:. Cf.
QUELQUES DOCUMENTS NOUVEAUX SUR CAGLIOSTRO 197
Par sa Felice elle tenait à la
mille des le de sa
Messine, fut des biens
Villlaf'rallca, et c'est en héritant de lui que
Ralsalmo à son nom celui de son oncle.
du reste ce que
dans ses et c'est ce
par la de M. de .."
de la à Paris en 1771.
à ses armes, sont Bal!sarno, et
que nous avons
d'un écu italien semi l' d'or à
un oiseau de de 3 d'azur
0
.surmonté d'une couronne de comte. Ces armoi-
ries se trouvent autour
de a été trouvé par
M. Alessandro Scala et fait main tenant de
coillec:tioins. L'existence de son cachet
d'une (1), ne constitue pas une
objec:tioln à ce que nous car c'était là un
un cachet de fantaisie ne
prlésente aucun avec des armoiries.
à la comtesse de née Lorenza
elle était fille de Giulseppe !'eli<:iarli, de
comme le prouve de ma-
AI. Scala. Rivista dei Ara/dico, Oct. Ann.lII,
n' 605. in-8,
Vie de J. Balsa:mo,
M. Sommi Picenll.rdi
sur de M. Morande sans doute
toire dans le Courrier dt tille de Luca
Andrea. On verra ci-contre que ce sont là deux erreurs.
L'INITIATIOS
que nous ci-dessous (1) et don t la
lég;1lisée est entre nos mains.
ANSO DSI DIE VERO 20 APRILIS
Pr.;colissis tribus denuociationibus
can° de lictia lUi ae Rmi Dni
per acta Gaudentii Notii sub die '9 sUlKal;1i
intlraptus Par"" Balsamo fiL q :
Panormitanum et Laurentiam Feliciani fiüam
JQ.S'epJIlI Rom : ex hac Par'" eorumq :
consensu verba de habito iuxtas.
COQe. Tridi : Rom. ritum
matrimonio coniunxi in hac eo-
ram notis testibus ad • u
Rev. Dno Are Vi-
cecur<' et Placidi PalllOl'miltaJoi
in Missre celebratione
: V. P.
civil ses la raison
ses relations avec l'ordre de Malte nous sernblerlt
élucidés; tout est de conforme aux dé-
elaratjorls de l'intéressé lui-même.
Nous à ces notes
(1) M. Alessandro ra retrouvé, l'a dans
son excellent article de Araldica cité, article
nous avons emprll.nté tous les documents
mais en iI!'lI fait avec
aux de qlle présenl:e
: nous avons rectifié ici ces Cet acte se
dans les Archivt!$ Santa Maria in Mon-
A Rome. Livre de 1751 à 1785, folio 53,
Parochus.
Parochia.
Adsistentibus. Le reste du texte est facile à comprendre.
QUELQUES DOCUMENTS NOUVEAUX SUR CAGLIOSTRO
curieuses. La est que
à Rome donne sur la per'SOime
le vit arriver à «Il
hOlrnrrle sans beauté
d'aussi
réussi à le monde une
La seconde note est relative aux événements
se de à Rome
déc. 1 Cette
Ca.glïosltro est peu connue: ses
se sont lui à Paris surtout.
faute de documents. Dans la Vie
de Balsamo les documents de la
Sainte Inciulisit:ioltl, l'auteur anonyme
de la Mac.'. et très peu de
On trouve dans le de l'abbé Bene-
cité par (2), un récit fort intéressan t
par chez le
de hautes de la
à l'abbé Benedetti
avoir « fait croire à ses
sous leurs yeux de l'eau
leur d'une merveilleuse non
« selJllerneltlt le fait arrivé le mois suivant à
« YUdW..I. le 5 une foule et de
« ferrlme:s, de vinrent assaillir le roi
mais encore la de la et le
« de la liberté. »
) Archiv. d'Elat de Venise. Lettre de l'ambassadeur Pietro
in Rîvîlta di Scîen(e Storiche. Ann. Il, faSt. VI •
La Corte e la societll di Roma, vol. 1.
200 ':INITIATION
Il y avait là le cardinal de .......,"''',
le
l'UI1l\,,'t:. Fred, Ennio VUtIlIU .... Vic"''''''Î
le le bailli .n.U<JU'''''
la prirlcesse SllOtacroc:e, prince:sse Rezzo-
nico et la comtesse Soderini; très aUl-Si
le bailli Le Tonnelier de ambassadeur de
l'ordre de Malte à en relations ........ ,..-.,,"J'''-
tro en ct lui fut très dévoué,
n'était pas une tenue ; car lors de
l'arrestation de aient dit des
auteurs mal on ne trouva comme
inscrits au rite et reçus par Cagliosltfo
trois personnes (1 l, furent on le
à la commuée en détention per-
que les condamnés
honoratlle. ce eut lieu
della tandis que, sur la
pult'lliclUe voisine. on brûlait les et les insignes
trouvés chez furent ées trois
maçons inscrits? le sa femme;
au il serait inconnu si le Sommi
Picenardi n'avait son nom et son rôle
Journal de l'abbé Ce fut un certain capu-
frère Francesco da San fut un
actif collaborateur de pour la
fusion de son et semble avoir de sa
l'année 1 fut le rôle de
cet hom me? Le fait que son zèle n'aboutit
provoquer la réunion
( 1) Lettres de l'ambaluadeur Donato.
QUELQUES DOCUMENTS NOUVEAUX SUR CAGLIOSTRO 201
secrète des cardinaux Antonelli
et du du cardinal Vicario en du
réunion décréta l'arres-
Cajgli()str'o; le que le frère Francesco da
bénéficiant faveur ne
fut condamné dix ans de réclusion dans la
son d'Aracœli (1), tout cela bien des suppo-
sitions. En tout cas, il ressort de là que
fut arrêté pour ses pour le rôle
avait en que pour un acte comme
celui de fonder une à Rome; l'auteur
anonyme de la Vie de Balsamo le reconnait
d'ailleurs et lettres de l'ambassadeur
Donato confirment le fait.
Le Sommi Picenardi a, nous l'avons
une étude assez détaillée sur les dernières années
de la vie de sa détention à la for-
teresse de San Leo
Bien ce "''''HU', les rap-
émanés du ou des officiers de
de la surveillance de Cagliost.ro, soit évid em-
ment hostile au y trouver des
documents intéressants.
de Donato.
Cette étude Il été faite les Archives d'Etat de
\': sulla per'so'lna di Ballamo de-
l'lominato il Leo
ordine della di VI. Ces
dOI;UITlenlts forment deux vol urnes de 1 (N. 87 18-
Deux autres cartons N. con-
tiellnelnt des lettres des om'Clers,
per'sormlliges officiels relatives il l'adlminisltration
resse, à et des rép10nsles li ces lettres.
202 L'INITIATION
Caig1i()stl'O enfermé d'abord au château o::>alln\·'j-UIl:!e
pour y être par le tribunal de la sainte In-
quisil:iOll, fut le 21 avril 1791, sur l'ordre du
Francesco Saverio à la forteresse de
sous la conduite de de
la corse, el entre soldats. Il y fut enfermé
dans un Il Tesoro. Nous ne
pas détails de cette sous la haute direc-
tion du
d'une nous pouvons dire que ca.gliios-
tro a souffert affreusement dans sa ; soumis
à la continuelle de
à fixe dans son cachot de peur
que par le suicide il ne veuille à la souf-
on ne le considérait même pas comme
des autres oe la forteresse: tout était ma-
tière à soupçon à son calme? Il dis-
sentiments ?
C'était de la comédie. Vivàit-il de et
nant trois dans la semaine? par
car il les autres dit le Si
tout à coup des hurlements (1)
Etait-ce sous les
int1err()gatiollS lt de l'Inqu;isi-
cris on
suivants ne
« avait
dans sonainsi
intérêt,
« n'II pliS pensé devoir
«à cette et conclut rai:sonnalJlelrnellt
.. était fou. Il se vit obligé de recourir à la •
(Lettres de des 4 juillet et 30 octobre 1793.)
QUELQUES DOCUMENTS NOUVEAUX SUR CAGLIOSTRO 203
s'entendaient au de bouleverser la for'ter'eslS<:.
on rassurait tout le monde: qu i
, était et on se vers son cachot; les
coups, la Ulemlent appiliqués n'ar-
ri'viaiellt même pas à le faire dit cYll1iqlueme:n
dans sa lettre du 30
let 1 Ses étaient sys.térnal:iqIJcf1l1erl t
on lui refusa un
tordait dans d'affreuses le secours
vement réclamait au médecin. Le I l sep-
\tembre 1791, à la suite d'une lettre anonyme reçue
par le cardinal Doria d'un soi-disant
fait par des à
l'aide« de ces inventions volantes
« ballons », on transféra
dans un autre dit
que chose comme
doute pour que ses cris s"elntendisslmt
là acheva de «:nlliffrir_
L'auteur a beau tout sous une
et démontrer par
chiffres du consacré aux prisOIlniers et par les
articles du rè#{le:melnt intérieur que cette
être douce aux ; il a beau tout
Il, « pr€!sellce de son cOtlfesseur le
c Passi, tout A coup il se mit il :
c Halte Je ne veux 1 Cela ne
c lert à que je ,uis ! »
(Lettres de Selmprollius, 1"' nov. 1.)
Il y aurait citer et A.."., Iv.,.... ,
être un chercheur intérêt il relire toutes ces an:m V'elI
de Pesaro.
L'INITIATION
par la fourberie de
cesse la à ]a fin, par sa
Iisme chez un homme violent et ma:njélqlle
sion se de cette lecture
atroce 1 Et si l'on pense y a cent ans de
câ en
n'était pas un
pour ses idées et non pour des on se demande
si l'on si: demain ne reverra pas de
I,;WJ:SC:S. si les bûchers sont bien éteints?
les lettres de fut
le 23 août 1 d'un ictus apIDplecl:ifo;rnle
l'emmena en trois Il succomba le 26 à
3 heures du matin. Son fut enterré à San Léo
entre les bastions dits et Il Ca-
dans un terrain à la apos-
car la lui fut refusée.
Du reste, voici le texte exact de son acte de
dont nous la
sial de San Leo. Lib.
Anno Domini
mitan us. cl:lristiallus, doctrina incredulus,
mala rama famosus disseminata per
varias
cui prope innumeram asseclarum (1)
1) Le Sommi Picenardi, pu lire les deux
mots allileclarum et plus loin: etc., ou n'en
saisi le les a laissés en j nous sommes heureux
pu les En voici le sens: .\ssecla signifie
sectaire compagnon; manum lIuarum veut
cette poterie, cette par ses mains.
QUELQUES DOCUMENTS NOUVEAUX SUR CAGLIOSTRO 205
turbam se pnedl.cal:1te cOll1cilia'vit.
varia discrimina vitlE e arte sua veteratoria
evasit incollumis : tandem sacros t .. isitionis
sententia dum pelrpetuêlm car-
cerem in aree civitatis
obstinatione careeris incommodis tolleratis annos 4.
menses 4. dies 5. ad ultimum vehementi
apopleJ!:JlE UlOJHJU, seeundum duritiem mentis et im-
pen,itells cor. nullo dato pœ:nil:entilE
tus moritur extra comm. S. Matris Eccles·· annos
natus 52 mens. 2 dies 28. Nascitur vixit in-
obiit infelieissime die 26 anni su-
sub horam 3 cum dimidio noctis. die in-
dicta fuit si Misericors Deus
ad man: suar ( Ei
ecclesiastica tumulatur ad
sUlper'ciliurn montis ad oecidentem lEqua
fere distantia inter duo muni menta habendis excu·
biis destinata l/ et Il
Casino in solo R. C. A. Die 28 pnedJcti hora 23.
In quorum etc.
ru"J"'...., Marini nl\,UilJ. civitatis Su Leonis.
de on le
dans son acte, un eletraor-
dinaire entêtement ans,
a du reste bon nombre de
Sommi Picenardi j nous
206 L'/:"!TIATION
mois et cinq jours aux souflrances de la prison!
M. Sommi Picenardi aurait dû approfondir cette
phrase.
Docteur MARC HAVEN.
qltlzed bvGOOg[c
= =<
CHIROMANCIE
Nouvelle méthode d'interprétation
Dans la chiromancie, comme dans toute science divinatoire,
il y a un double travail à faire et deux méthodes à employer. Il
faut, d'abord, du signe matériel remonter au principe, c'est-à-dire
induire. Cette induction repose sur certaines lois analogiques
propres à la science ésotérique et n'est valable que pour ceux qui
admettent ces lois; elle n'est possible que pour ceux qui sont
habitués à les mettre en œuvre. La seconde partie est à la portée
de tout le monde; c'est l'application à un cas déterminé de ces
principes généraux, elle ne nécessite qu'un esprit déductif et ana
lytique, du tact et du raisonnement.
A celui qui peut faire de la chiromancie inductive, c'est-à-dire
à l'initié, aucun livre n'est nécessaire que les œuvres‘ générales
des hermétistes. A celui qui ne connaît pas ces principes, il faudra
pour faire de la divination chiromantique, selivrer à une compi—
lation néthodique des anciens, àune sélection des interprétations
d'après la majorité des auteurs. C'est ce travail aride qu'a fait
Desbarolles, et l'estime d'Eliphas Lévi pour ses connaissances
prouve seulement que ce travail avait été consciencieusement fait.
Une ligne de la main, comme une cellule du corps, comme un
organe, est l'image spécialisée de l'individu tout entier. Scienti
_ 4 .—
et finit sous la main du bourreau. Y a-t-il rien de plus tristement
logique? Et voyez quelle clarté un peu de psychologie jette sur les
points les plus bizarres d'une science divinatoire trop décriée.
De nos jours l'esprit fantasque sera un malade et courra moins
de risques de finir en placede Grève, mais sa vie, modifiée par nos
conditions d'existence, n'en sera pas moins semée de faits extraor
dinaires. Médium peut-être, déséquilibré dans ses passions, d'un
individualisme intransigeant et pouvant aller jusqu'à l'acte criminel,
ce peut être un Caserio si d'autres signes l'indiquent; mais ce peut
être aussi quelque délicat révolutionnaire en art si le Soleil et
Mercure ont dressé son regard vers les cieux.
Tout cela s'enchaîne aussi: la science du chiromancien, au
moyen âge comme de nos jours, sera de déterminer d'après les
données générales, le tempérament et les signes concomitants, a
quel stade s'arrétera cette évolution, quel est le fait spécial qui la
caractérise, et d'éliminer un certain nombre d'interprétations
possibles, probables même, mais secondaires et qui resteront dans
les limites de l'inconscient, pour ne s'arrêter qu'au pronostic du
fait nécessaire, dominant, d'où va dépendre toute la vie du sujet.
Pourarriverà cela, que faut-il? D'abord fuir l'obscur empirisme
qui se borne a répéter quelques phrases apprises dans les livres
contradictoires; {pâture a laisser aux vendeurs de bonne aven
turc) — méditer et comprendre les lois générales de l'hermétisme
et bien posséder l'art de les appliquer à la chiromâncie; observer
beaucoup, pour acquérir une grande expérience des hommes et des
milieux sociaux : s'habituer à résoudre les problèmes psychologi
ques. avivant par ce travail l'intuition, cette faculté peu, connue
au développement presque illimité; enfin nous n'oublie ons pas
certaines conditions morales, requises dans tout art divinatoire,
indispensables pour le chiromancien en particulier. C'est layïcréation
de ce courant de sympathie allant du consultant au consulté et
réciproquement; une mise en communication doit s'établir avant
que le chiromancien ne parle. Que ce courant existe et la main
s'ouvre; s'il y a des mains fermées (1) cela tient a ce que le chiro
mancien n'est pas toujours animé de ces sentiments de paix et de
bienveillance, de cette charité rayonnante qui ne connaît pas de
résistance et qui porte avec elle la lumière.
Cela ne s'enseigne pas.
l
Dr MARC HAVEN.
(t) Desbarolles, p. 230.
UNE CURIEUSE HISTOIRE
On ‘écrit de Strasbourg, au Münchener n. N., qu‘il est mort
récemment a Chatenois (Alsacef, une jeune fille de 22 ans, Marie
Blind, dans des circonstances toutes spéciales. Elle faisait avec sa
mère une visite de ct’indoléance a une voisine. dont la fille venait
de mourir après une longue maladie. Cette voisine prit de travers
‘ou comprit mal les paroles consolatrices des deux visiteuses et
s‘écria, dans un état de surexcitation extrême, en s‘adressant à la
mère de Marie : Vous êtes une femme sans coeur. Vous ne savez
pas le mal que1ai1 la perte d‘un enfant. Mais vous en ferez l’expé
rience a votre tour, et ce ne sera pas long ! En même temps, elle
courut vers le lit de la morte, qu’elle secoua frénétiquement dans
ses bras, comme pour la réveiller. .
La jeune Marié Blind. atterrée, se sentit malade aussitOt, dut
s'aliter. mais en dehors des violents maux de tête dont elle disait
souffrir. le médecin aussitôt appelé. ne put découvrir de signe
d‘aucune maladie. Le curé ne réussit pas a tranquilliser la
malheureuse qui gémissait d‘étre condamnée à mourir. Elle
mourut etîectivement, quatre jours apr2es cet incident.
Neue metaplyasiche Rzmdschau, 1y05. Hcft. 3.)
L‘observation est précise; comment expliquer lelait?
Pour certains médecins il y a eu auto—suggestion ; mais on peut
répondre a cela que l‘action du médecin appelé. que celle du curé
auraient du si telle était la cause, la détruire, et guérir le mal.
Pour d'autres il y a en simple coïncidence ; la jeune fille était
atteinte d‘une maladie organique (tuberculose latente, ayant
évolué brusquement sous forme de 111éningite tuberculeuse, par
(9|dtumm ‘la agsdnlmu lun.{n‘u 919‘s‘13d ‘suc; un ou mad gu 3| .xagu
gu unw1g~w‘|
Jl‘l()d sn[ ‘smugds 1pdsn‘| np n[ auna_l a”_u ‘numu 1unsnodç 121
JJQ|OD m 13| nugnq ‘sauauunmu {une gär: wauuuamg.æ ms 9[ -sg.xçd
ap1pd c| apmmu la gugwwxçp uopg.mdde‘| aun‘p agpmmu ‘9[|9110LU
.mod msgunaauJ |g À 12 1;] 3m01 9| asgux un a.umm aun{p nonne
anbgämu : uogmuguumçp 19 uogmsgweuÂp un‘p IBIUOLUQ|Ç no) 9AJB[
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smo_lnol ngufigasua m uqnb mno,u suup sa| smamn sa| smd
wzuagaun ‘a.nfiqdwd sunp uns pnv.u .s‘ap 'saagfg.mvx 1gmgmp rg!çop :
n ‘aun‘°~.'[ uxmsn.x nçg| nu ‘sd.ma s:.y.xdn [2| umu nnbgs.(qd .md aun
n assmpum aâun.u9 m nun 9uugpn 1umnny sn|d 315011.} anb 91103
» naunssa l‘. 91'.) na.mdçs smd 1uatuanbsn.xq ap uns ‘addnp.xua snou
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KUNRATH : Amphithàtre de l'Universelle Sagesse. —— (I vol.
' gr. in—folio, Paris, Ficker, 5, rue de Savoie‘).
.Les Dit‘ Papus et Marc l—laven viennent de publier avec des
commentaires très curieux les [2 planches de l'Amphithéàtre de
Kunrath. Quelques-unes de ces gravures symboliques et hiérogly
phiques, de toute beauté, ont été l'objet d'études approfondies
faites par Stanislas de Gua‘t‘ta et par le Dr Marc l—laven. Mais’dans
cette nouvelle édition, un commentaire philosophique accompa
pagne et précise chaque planche, en donnant l'interprétation par
rapport aux étapes de la route que doit suivre celui qui cherche
l'lnitiation m et fixant les analogies que présente cette œuvre
symbolique avec l'œuvre entière de L.-Cl. de St—Martin. le Phi
losophe Inconnu. L'Amphithéàtre de Kunrath (texte) a été traduit
et publié dans la bibliothèque Rosicrucienne. , ‘ I
Ce livre extraordinaire contient tous les mystères de la plus
haute initiation ; il est, comme l'auteur l'annonce dans son titre
même : CIIristiano-Kabbalistique, divino—magique, physico-chimi
que, triple unique et universel.
C'est un véritable manuel de haute magie et de philosophie
hermétique, et l'on ne saurait trouver ailleurs, si ce n'est dans le
Sépher Jésirah et le Sohar, une plus complète et plus parfaite
initiation (I)
(1) Cf.: ELH‘HAS LÉVIZ Hisloirr de la Magie, pages 508, 300.
_ 13 ..
Dans les quatre importants coroliaires qui suivent l'explica
tion de la troisième figure, Kunrath établit:
l” Que la dépense à faire pour le grand oeuvre (à part l'entre
tien et les dépenses personnelles de l'opérateur), ne doit pas excé
der la somme‘ de trente thalers J'en parle sciemment, ajoute l'au
teur, l'ayant appris de quelqu'un qui le savait. Ceux qui dépen
sent davantage se trompent et perdent leur argent. Ces mots:
« l'ayant appris de quelqu'un qui le savait u, prouvent que Khunrath
n'a pas fait lui-même la pierre philosophale, ou ne veut pas dire
qu'il l'a faite, et cela par crainte des persécutions.
2° Khunrath établit ensuite l'obligation pour l'adepte, de ne con
sacrer à ses usages personnels que la dixième partie de sa richesse
et consacrer tout le reste à la gloire de Dieu et aux œuvres de
charité.
3° Il affirme que les mystères du christianisme et ceux de la
nature s'expliquant et s'illustrant réciproquement, le règne futur
du Messie (le messianisme) s'établit sur la double base de la
science et de la foi, en sorte que le livre de la nature confirmant
les oracles de l'Evangile, on pourra convaincre par la science et
par la raison les juifs et les mahométans de la,vérité du_ christia
nisme, si bien qu'avec le concours de la grâce divine, ils seront
infailliblement convertis à la religion de l'unité; il termine par
cette sentence :
SIGILLUM NATURAE ET ARTIS SIMPLICITAS.
Le azrhet de la nature et de l'art, c'est la simplicité. (Sédir).
o
o .
PHILIPPE D’AQUlN : Interprétation de l'Arbre de la Cabale.
l volume petit in 8° précédé d'une préface par le Dr Marc
Haven et orné d'une planche cabalistique inédite. Tirage
à 250 exemplaires numérotés. P. Charconac 1906. 4 fr.
Réédition d'un volume rarissime du xvnc siècle du au célèbre
rabbin Philippe d'Aquin. converti au christianisme, et où se
trouvent révélés les mystères des dix Sephiroth et des noms divins.
On sait que la connaissance des dix noms divins est la base de
toute action dans le monde ‘invisible et la clef de toute connais
sance d'après la théorie cabalistique. Ce livre est peut-être le
traité le plus complet écrit sur cette matière et c'est le plus clair :
on trouvera une préparation précieuse à l'étude du Zohar dont
une traduction complète doit paraître bientôt. Nous avons pu
faire restituer et imprimer la planche symbolique qui n'a jamais
été publiée et qui manque même au manuscrit original de la
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COMPTE RENDU DES LIVRES NOUVEflW‘
DEMAIN, par le baron de NOVAYE. — l vol in-rô de 450 pp.,
chez Le Thielleux, à Paris.
5
Lorsqu'on lit successivement plusieurs prophéties dev dates et
de pays différents, on arrive très vite à la lassitude d’abord, à la
confusion ensuite; les termes employés par les voyants leur étant
spéciaux, les points de repère fixés comme jalons pour indiquer
la succession des faits étant variables, le lecteur ne voit plus que
contradictions. Ces oppositions sont souvent plutôt apparentes
que réelles, et le livre que vient de publier le baron de Novaye
éclaircit singulièrement ce problème embrouillé. L’auteur, après
avoir réuni et réédité toutes les prophéties présentant un carac
tère sérieux d'authenticité qu’il a pu se procurer, s’est livré au
travail diflicile et méticuleux d'en établir les concordances. Cette
cinquième partie de son ouvrage est des plus instructives : on
voit le tableau prophétique unique, synthétisanf les données
éparses çà et là chez les voyants, se dessiner et les traits en appa
raître; chaque détail est accompagné des références au verset ou
au paragraphedecelledes 120 prophétiescitées qui l'a fourni. Quand
bien même les opinions personnelles du lecteur pourraient
différer des convictions spéciales de l'auteur sur certains points,
ce travail d'érudition sera fort approuvé de tous ceux qui s'inté
ressent aux prophéties, astrologues, historiens, amateurs curieux
de faits psychiques, et plus encore il sera estimé de ceux qui
respectant dans le passé les grandes figures de Nostradamus, de
Guillaume Postel, de Trithème, écoutant dans le présent des voix
autorisées, savent que l'aiguille qui marche sur l'horloge des
temps s'avance rapidement de nos jours vers des heures solen
nelles.
Dr MARC HAVEN.
u’!
Vi'—IRIGÏ’DGÏS
Lfl LYCI‘INTHROPIE CHEZ LES JflP°NflXS
On sait que pendant plusieurs siècles au moyen âge et à la
Renaissance,en France, les procès de sorcellerie, les chroniques
ont relevé de nombreux cas spéciaux de possession caractérisés
par le fait que la personne possédée, homméou femme, était per
suadée qu'elle était devenue loup; elle en manifestait tous les
goûts, tous les instincts, et, autant qu'elle le pouvait, tous les
gestes; on voyait ces êtres bizarres fuir leur village, errer la nuit
dans les bois et, chose singulière, vivre en bonne intelligence
avec les loups de la forêt voisine, qui ne manifestaient à leur
approche aucune frayeur ni aucune méfiance. La chronique dit
encore, et les histoires de sabbat racontent, que la forme même
de ces êtres était changée et que plusieurs fois on put constater
la métamorphose extérieure de ces possédés en forme de loup
— et réciproquement le retour brusque d'une forme de loup au
type humain, alors que la vie revenait au corps du possédé,
demeuré immobile, endormi, dans sa maison. Le fait qui n'est
pas inexplicable pour l'hermétisme n'est cependant pas sufiisam
ment établi pour qu'on puisse le discuter.
Mais ce qui est assez curieux, c'est de retrouver ces mêmes _
idées obsédantes, ces mêmes récits, de nos jours, au Japon,
parmi ce peuple bizarre, à la fois si enfant et si développé.
Une transformation analogue de la personnalité s'observe au
Japon chez des femmes. Mais ici c'est le renard, ammal fort
redouté en ce pays, qui est en cause.
Il se produit un dédoublement de la personnalité, la possédée
entend et comprend tout ce que dit le renard qui est en elle.
Elle le fait parler d'une voix étrange, différente de sa voix natu
relle. Elle a conscience de ses paroles, elle croit que le renard et
non elle les prononce.
Les Japonais ont recours à des procédés magiques pour traiter
ces cas de hantise ou, si l'on veut employer le langage moderne,
les malades atteints de ce dédoublement de la personnalité se font
traiter par l'hypnotisme.
Mais, avouons-le, le fait, le traitement et l'explication restent
aussi mystérieux qu'on emploie l'une ou l'autre formule.
Dr M. H.
Le Seuil du monde occulte
Il est ditficile de faire deviner à qui ne l'a pas éprouvé par lui
mème ce que c'est que le monde occulte ; presque tous viennent à
l'hermétisme attirés par la curiosité, ou lassés par des études qui
ne les ont pas satisfaits, ou poussés par quelque invincible besoin
de lumière; tous demandent une initiation, une révélation qui
doit, pensent-ils, leur donner en quelques instants ce qu'une exis
tence n'a pu leur fournir, ce que des siècles n'ont pu faire éclore
dans l'humanité. Il leur semble qu'un livre à lire, quelques confé
rences à écouter, doivent leur enseigner une forme nouvelle du
savoir et les métamorphoser. Voilà l'illusion de tous les débu
tants: ils ont appris le dessin, l'histoire naturelle ou le latin ;
pourquoi n'apprendraient-ils pas en six mois les sciences occultes?
C'est que l'hermétisme n'est pas une branche des connaissances hu
maines qu'on fixe dans sa mémoire ,en quelques leçons ; le nouvel
homme ne naît pas en nous en prononçant quelques formules anti
ques. Le travail d'élaboration, de fixation de la lumière, la régéné
ration de notre pauvre être humain si misérable, voilà l'œuvre
hermétique et il demande autre chose qu'une cérémonie mondaine
ou des œuvres de mémoire.
L'un des plus grands maîtres modernes, poète et penseur su
blime, Villiers de l'Isle Adam, a mis dans la bouche d'un de ses
héros ces paroles révélatrices pour’ celui qui cherche la Voie dans
toute la sincérité de son cœur :
a Il n'est d'autre univers pour toi que la conception même qui
s'en réfléchit au fond de tes pensées; car tu ne peux le voir pleine
ment, ni le connaître, en distinguer même un seul point tel que ce
mystérieux point doit être en réalité.
« Si, par impossible, tu pouvais un moment embrasser l'omni
vision du monde, ce serait encore une illusion l'instant d'après,
,.— —.3
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tOI-SiP ‘ouop snos sos ‘sopox uo tn| 1UBJQ}UUJ o| suos owuqns op
uo,t ;Jo.txt[op oN S!JPUiOLUÛ_I sud uo 1ttttssttuossn,t XI‘IB suos -so‘p
ox-up JUd s|onbso[ [t ouosuog 1o 'outnqouo,t onbsind m ou smguos
SBti op u0gsnuu onb m 81 smo_; op "SJOAlUI‘IJ sgsgoqo B| sn|d 'ottt.\tp
» oN spmd sed oj sdurox t3 ‘nmnssou tu 13 Jo'lotttuos SUI?P oun
oouo|oput o|npo.tout no ‘osgoopug tu a mtndsgp ooxe o| JÏiBË'ÏUB]
umoïiunqo op R| o.rpnod 1o op t2| 'outuuo.t ni so [[01 mm_; annomo.xo
ni so un nom tub ou tuto_j JDl|qn()‘P as omot oouosso uuanb uo,p
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tm|ttsoJ op onoo osnuto~| tuop m suonuoo ol °1o.toos tOl-SiBUUODñH ;
l()l-DJQ_lOJd sunp gong” tt)1-S!BJIXH op 1’.[ oqooä np ‘opuow tuejuo
sop s.totuuost.td ; iOI-DPUAH np ;nuoxoq ni » ott.toA « mos oo onb m
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PARTIE INITIATIQUE
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Ce«e partie est réservée à l’exposé des idées de la Direction, des
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du Comité de Rédaction et à la reproduction des classiques anciens *S
La roprodnction des a rtic le s in é d its p u b lie s p a r VIn itiation
form ellem ent in terd ite, à moins d 'au to risatio n spéciale.
LES CRITIQUES DE CA6LI0STR0
E n 1 863 , M . C a m p a r d o n , un p u its de scien ce uni
versellem en t c o n n u des é ru d it s et c o n tin u e lle m e n t
mis à contribution p ar e u x ca r, p o u r so n m a lh e u r , le
savant se d ou b le d ’un h o m m e i n f i n i m e n t aim a b le,
publia dans son livre : Marie-Antoinette et le Procès
du Collier(i)des d o c u m e n t s c o n s e r v é s a u x A r c h i v e s et
dont on ne con naissait ju s q u e - l à q u e d es f r a g m e n t s . Les
pièces relatives à C a g l io s t r o n 'é ta ie n t pas a b s o lu m e n t
inédites (2), m a is elles étaient p u b lié e s « in e x t e n s o »
et les passages c o n n u s étaient d i s s é m i n é s d a n s des
brochures oubliées et r a r e s ; il m ettait a i n s i à la dis
position des ch e rch e u rs les pièces o r ig in a le s .
En 1902, M. F u n c k - B r e n t a n o a c o n sa c r é à C a glio stro
un chapitre entier et q u e lq u e s pages encore d a n s son
volume de VAffaire du Collier ( 1 ) .
h) P. Pion, 1 863 , in-8.
lice*ri a ‘etore au cornm issaire F o n ta in e , les ra p p o rts de p0'
d a n c î * £ * vrais ou fa u x > av a ie n t déjà été cités et utilisés
T P S 0Ur n e r de ^ E u r o p e , en 1 7 8 7 .
P. Hachette. , 9 0 2 , i n - 1 2 .
LES CRITIQUES DE CAGLIOSTRO I j .5
L ’intimité de Cagliostro avec le cardinal de Rohan,
sa lutte contre les accusations de Mme de la Motte jus
tifient la place que lui a réservée M. Funck-Brentano
dans son livre. Cette étude accessoire est faite aussi
bien que possible, écrite avec élégance; elle s’appuie
sur les documents Campardon, et sur quelques cita
tions des contemporains; mais l’auteur, ne voulant
pas outre-passer les limites assignées à l ’un seulement
de ses personnages, s’est borné à insister sur le rôle de
Cagliostro dans l’affaire du Collier, sur ses rapports
avec le Cardinal, sur sa défense et sur la polémique
qui s’ensuivit. Pour Cagliostro médecin, voyant,
inspiré ou thaumaturge, il n'a que railleries et mé
pris; sur tous ces points, qui ne l ’intéressaient pas, il
suit l’opinion établie, par tradition; mais en ce qui
concerne le procès du Collier, son jugement est nette
ment favorable, parce que c’est l’affaire etl’époquequ’il
avait étudiées particulièrement (i). Il est à remarquer
que tous ceux qui ont voulu examiner à fond un
détail, un fait isolé de la vie de Cagliostro sont arri
vés sur ce point spécial au même résultat (De Glei-
chen, Les Députés des Philalèthes, etc.) : ils ont pro
clamé leur estime pour lui.
E n 1904, un livre parut sur Cagliostro (2) d après
des documents inédits, selon le titre, mais, en tait,
(1) M. Funck-Brentano établit facilement les origines de la
jalousie de Mme de la Motte, de sa haine pour Cagliostro. et 1 in
nocence complète du comte de Cagliostro dans cette escroque
rie qui fut conçue et exécutée par Mme de la Motte seule
(pp. 107 et 269).
(2) C agliostro, par M. d’Alméras, P. Lecène-Oudin et Cie
190I, 1 vol. in-12.
10
J,5 l ’in itia t io n
n 'a p p o rtan t rien de n o u v e a u ni c o m m e documents
ni c o m m e interprétation des f a it s . L e liv r e ne diffère
de l ’étude partielle de M . F u n c k - B r e n t a n o que par ja
place p lu s im p o rt a n t e a c c o r d é e a u x d iffé r e n t s voyages
de C a gë*lio s tr o : son e n f a n c e , ses s é j o u r s en Anale-
O
terre, en R u s s ie , à R o m e , sa m o r t y s o n t r a c o n té s avec
force détails et n o n p lu s s e u l e m e n t s o n rôle à Paris
d a n s l'affaire d u C o ll ie r .
L e s m êm es d o c u m e n t s ( d o c u m e n t s C a m p a r d o n ).
les m êm es p a m p h le t s , les m ê m e s lettres d'indicateurs
de police co n stituen t les s o u r c e s , et les accusations,
les plaisanteries répétées d e p u i s 1 7 8 6 , n o u s les retrou
v o n s reproduites d a n s cet o u v r a g e a v e c u n peu plus
d ’ ironie et de sévérité e n c o re . S i l ’a u t e u r ne se piquait
pas d ’écrire de l’ histoire, et, p a r c o n s é q u e n t , si l'auto
rité de son livre ne d e v a it p a s en i m p o s e r a u x lecteurs
co m m e un ju g e m e n t d é f in it if s u r C a g l i o s t r o , il serait
absolum ent inutile de protester et de discuter. Des
rom ans ont été écrits s u r C a g l i o s t r o ( D u m a s , J. de
S a in t - F é l ix ,Cagliostro oui'Intrigant, C .M e n d è s . e t c .)
qui ne méritent pas u n e c r i t i q u e ; l ’a u t e u r d une
œuvre d ’im a g in a tio n est lib re d ’e m b e l l i r o u de noircir
son héros selon les b e s o in s de son récit. T e l n ’est pas
le cas de l ’o u v ra g e de M . d ’ A l m é r a s ; après l’avoir
achevé, un lecteur peut p e n s e r q u e la c a u s e est enten
due — j’en ai eu des e x e m p le s — et q u e C a g lio stro , Ie
dernier des voleurs, le p lu s r é p u g n a n t des proxénètes
a justement été e m p o is o n n é et m i s à m o rt par Ie
Saint-Office qui d é b a r ra s sa it a in si l ’h u m a n i t é d un
des plus dangereux c r im i n e ls q u ’elle eut à craindre-
Car c est 1 impression qui se dégage de c h a q u e pa£e i
LES CRITIQUES DE CAGLIOSTRO 147
la thèse qui se développe dans l ’ouvrage, la conclu
sion à laquelle ii aboutit; et comme il s’agit d ’une
étude complète, biographique et historique, accompa
gnée de références,suivie de pièces justificatives,com
prenant 35o pages uniquement consacrées à Caglios-
tro, comment ne pas accepter cette opinion comme
une vérité historique indiscutable?
C ’est cependant contre cette conclusion que je tiens
à m'élever, et je le fais avec d’autant moins de scru
pules et d ’autant moins de crainte de blesser l'auteur
— dont le livre est bien composé, élégamment écrit et
fort intéressant — que, chose extraordinaire, la con
clusion qu'on est amené à tirer de l'ouvrage n ’exprime
pas l'opinion véritable, le sentiment intime de l'au
teur. Entraîné par son sujet, par l ’opinion d'autrui,
par l'attrait de charger son personnage, par la facilité
de tourner en dérision tout ce qui touche au merveil
leux, M. d'Alméras a dépassé souvent sa propre
pensée, ou, en d'autres cas, n’a pas osé i avouer. On
le sent et cette impression n'est pas fausse; fauteur l'a
même reconnu : la multiplicité des libelles satiriques
des articles de chantage écrits contre Çagliostro a len
tement, progressivement, suggestionne son cerveau.
« Réduit à ces documents qu'ont inspiré la haine ou
simplement le besoin de médire, l’historien, avoue
l ’auteur (i), même en les maniant avec précaution est
(1) « En réalité, nous ne le connaissons que d après le mal
qu’on a dit de lui, par des rapports de police, par des lettres
d'indicateurs plus ou moins véridiques, par des pamphlets
dans lesquels la vérité est remplacée quelquefois par de 1 es
prit, souvent par de la haine ». D 'Alm éras, p. 3.
« On sent, à fé tu d ie rd e près que le personnage vaut mieux
que sa réputation ». D 'A lm éras, p. 5.
entraîné, q u 'il le v e u ille o u n o n , à en ad o pter, faut
de m i e u x , le parti p ris . »
E t c'est ce q u 'il a fa it ; de p l u s en p lu s m éfiant à
l e g a r d d e C a g lio s tr o , il s ’est la issé a l l e r à ne prendre,
c o n sc ie m m e n t ou n o n , d a n s les d o c u m e n t s , q u e ceux
qui étaient d é fa v o ra b le s à son p e r s o n n a g e , s a n s tenir
com pte p our c e u x - là de le u r o r i g i n e , s a n s mettre en
balance avec e u x les a r g u m e n t s p ré se n té s p ou r sa
défense par C a g lio s tr o ou p ar ses a v o c a t s .
P o u r les faits, m ê m e c h o i x , m ê m e m a n i è r e de les
ridiculiser, de les interpréter d 'u n e f a ç o n fâ c h e u s e pour
l'h o n n e u r et la loyau té de C a g l i o s t r o . D e l ’adepte, il
fait un S c a p in le p lu s s o u v e n t ; un i m p o s t e u r , si la
gravité des faits ne se prête p as s u f f i s a m m e n t à la
plaisanterie.
L e livre d evien t de la sorte un r é q u isito ir e dont
l ’argumentation peut se r é s u m e r a i n s i :
r L ’ h o m m e c o n n u en E u r o p e s o u s le n o m de C a
gliostro s ’appelait en réalité J o s e p h B a l s a m o ;
2e Or, J . B a ls a m o fut d a n s sa je u n e s s e un scélérat
de la pire espèce;
3° Donc, q uelque g r a n d io s e s et b ie n f a i s a n t s q u ’aient
pu paraître u ltérieu re m en t les actes de C a g lio s tr o ce
n étaient que fa u x s e m b l a n t s , c o m é d i e intéressée, et
gestes d ’h ypocrisie.
R aison n em en t aussi f a u x d a n s ses p ré m iss e s que
dans sa co n clu sion :
1 ' Que celui qui se n o m m a le co m te de C agliostro
s°it -Joseph B a ls a m o , cela est p o ss ib le , m a is a u
cune preuve positive n ’en a été d o n n é e ;
2 fût-il établi, la jeu n esse de B a l s a m o nous
LES CRITIQUES DE CAGLIOSTRO 149
est inconnue et le roman obscène publié par la
Chambre apostolique sous le titre de Vie de J. Bal
samo, ne reposant sur aucun document, n'offre ni
vraisemblance, ni valeur historique (i );
3UFùt-il admis môme que Cagliostro et Balsamo ne
faisaient qu'un, que son enfance fut espiègle et sa
jeunesse orageuse, est-ce que cela permet d ’affirmer
que sa vie ne doit jamais changer, et que l’homme
adulte n’ait pu se manifester tout autre que l ’enfant ne
le faisait prévoir ? Saint Augustin, saint François
d’Assise et tant d ’autres que l’on admire justement, ne
nous ont-ils pas donné des exemples de ces change
ments soudains et profonds ?
Nous ne pouvons discuter ici point par point les
arguments des détracteurs de Cagliostro, ni la valeur
de leurs documents ; ce serait dépasser les limites d’un
article : il faudrait écrire un livre sur Cagliostro et
c’est ce que nous ferons peut-être prochainement.
Mais qu’on veuille bien réfléchir à ceci : le comte de
Cagliostro apparaît en Europe à une certaine date et
tous les yeux se fixent sur lui; on ne trouve à l’ob
server, à le fréquenter, que motifs de sympathie,
que sujets d ’admiration. Lorsqu’il quitte Stras
bourg, la population entière pleure : « C ’est le Bon
Dieu qui s’en va. » Lorsqu’il habite Bordeaux, la mu
nicipalité doit le protéger contre les témoignages de
reconnaissance de tous; riches et pauvres, savants et
gens du commun, l’aiment et le recherchent. A Lyon,
(1) Carlyle, si sévère à l’égard de Cagliostro, rejette lui-
même toutes ces histoires « inventions d ’ un m enteur, dit-il,
plu s m enteur encore que son héros ».
j5 o l ' in itia tio n
ses m ira c le s et ses b ie n f a it s lu i c o n q u i è r e n t toutes les
âm es. A P a r i s , on c h e rc h e en v a i n à le co m p rom ettre
il sort g l o r i e u x d 'u n p rocès r e t e n t i s s a n t ; c e s t , en son
h o n n e u r, u n e m a n if e s t a t io n p u b l i q u e - il part pour
l’ A n g lete rre, la fo u le le suit j u s q u à la m e r et tombe
à g e n o u x q u a n d le v a is s e a u s ' é l o i g n e . A B â lc . la ville,
en h o m m a g e de g r a t it u d e , lui d é c e r n e le titre de
c it o y e n ; partout il éclaire les e s p rit s , g u é r it les corps,
c h a rm e les c œ u r s ; s a n s h a i n e co n tre s e s . persécuteurs
sans flatterie e n v e r s ses p ro t e c te u rs il su it sa route; on
le trahit, on le juge, on le tue.
V o il à les faits c o n n u s , h i s t o r i q u e m e n t v r a i s ; et que
leur o p p o s e - t - o n ? U n p a m p h l e t s a n s v a l e u r docu
m entaire, se ra p p o rtan t à u n e p é r io d e i n c o n n u e de la
v ie d ’ un p e rs o n n a g e q u ’on v e u t a s s i m i l e r à Caglios-
tro. On met des contes r i d ic u le s en b a l a n c e avec la
m erveilleuse réalité; on ose m ê m e leu r d o n n e r la pré
férence et faire r e ja illir l a b o u e de ces c a lo m n i e s in
téressées sur toute la g lo r ie u s e c a rriè re d u héros.
J e le d e m a n d e à toute â m e ju ste : est-ce là de l’ his
to ir e ? A u n o m de la vérité n o u s d e v o n s ré c la m er. Si
des . pamphlets o r d u r ie r s et de f a u x t é m o ig n a g e s ont
écrasé un h o m m e , d e v o n s - n o u s , le s a c h a n t , en subir
1 influence ? S ’ils o n t été si n o m b r e u x q u ’e u x seuls
subsistent, q u ’ils ont étouffé les t im id e s protestations
de la bonne foi, est-ce u n e r a iso n p o u r en adopter le
parti pris ? S i, jadis, l’ ig n o r a n c e des m é d e c i n s , le fana-
tismedes prêtres o n t v o u é u n h o m m e au m é p r is et l ’ont
mené à la mort, a u j o u r d ’ hui, d a n s u n siècle q u i a vu
tomber les entraves religieuses, s’ é la rg ir p resq u e sans
imites les co n naissances scien tifiq ues, se révéler des
LES CRITIQUES DE CAGLIOSTRO l 5l
forces nouvelles, devons-nous répéter leurs anathèmes
et confirmer leur ju gem ent? N o n ; plus nous avons
conscience de la dignité de la personne humaine, de
l ’inviolable grandeur de son âme, plus nous avons à
réparer les injustices anciennes, plus sacrés sont nos
devoirsàl'égards des grands précurseurs.Et même si la
haine et l’envie ont détruit les témoignages que nous
pourrions avoir en faveur de ceux qui ont été grands,
méconnus et persécutés; même si nous hésitions et
devions nous tromper, c ’est un acte toujours noble,
c’est un geste fécond pour l’humanité et pour nous-
mêmes, de glorifier, fût-ce à l’excès, un héros dans
notre âme, tandis qu’il est odieux, il est criminel pour
soi et pour les autres, en se faisant l’écho de basses
calomnies, de diminuer la grandeur vraie de sa vie et
de porter atteinte en lui à l’idéal de l'humanité.
Docteur M arc Ha v e n .
PETITE CHRONIQUE DU MOIS
A propos d: l'acte de déni: dz Jouph Balumo cl du défi qu'il parla
au D‘ Roggmon. Leur: du D‘ Hue llavcn.
Notre aflîclc sur Burlet ct la publication (le Pacte
clc décès de joseph Bzælsanxo avec en bas de page
l'anecdote curieuse au sujet du défi porté au doc-
teur anglais Roggcrsou. nous ont valu du I)‘ Haro
Ilnven une dcznauirlc de rectification. Nous y sous-
crivous très volontiers. Mais nous avons pcnsé,puîs—
que nous en avions la bonne fortune, que la publica-
tion de la lettre suivie düunicalcs explications vau-
drait cent fois mieux pour la mise au point que la
meilleure note rectificative forcément aride et suc-
cinctc.
Et puis encore, pour une autre raison. La lettre
exprime à l'égard de notre cher Barlet des senti-
ments si affectueux que nos lecteurs nous sauront
gré (l'ajouter ce nouvel et précieux hommage d'un
très savant occnltiste dont le talent et l'esprit sont
appréciés par nous tous.
Autibes, 23 novembre 1924.
M. Paul CIIACORNAC,
u, quai Saint-Michel, Paris.
CHER MONSIEUR,
jeviens de lire avare ëmolionic [art beau omnzéro du
V0118 (PIsls consacré-ou grande partie à la nufmozro
de Barlet ; je’. rrgrrlte encore que ma santé’, si éprouvée,
m'ai! empêché de collaborer plus efficacement il cette
couvre pieuse .... ..
L'article de M. Redonne! au, si vivement ct affec-
iueuscnzeni, il mai! le nom de votre cher père à celui de
Harle! et des amis qui frëqunntaicnt alors votre maga-
sin, cercle des occultisles sur la rive garce/ra, comme
plus tard Chacune), ou son étroite boutique: de la rue
de Trävise réunit sur la riva droite les amateurs d'her-
mätisnre, est vraiment fort touchant pour ceux qui
composèrent ce fJdHl carde et qui tiennent, comme mai,
au grand honneur de collaborer au tombeau que vous
élevez d la snämaîre du Barlet. Ct‘! hommage, je le rends
aussi d voire père, bien que M. Redonne! n'a“ pas fait
PETITE CHRONIQUE DU MOIS 179
figurer mon nom parmi les fidèles du quai Saint-Michel.
Mais il parle sans doute d'un temps plus récent. Ma
vieille anxitie’ avec votre père remonta bien loir; : à la
publication des ‘Phéories et Symboles de Poisson. .
riant
Tous tes quinze jours, fidèles adeptes d'une loge A!
zliisraîmite, nous venions le prendre, Haatan, Ta- Q3 n.
bris. Seïlir et moi pour ga ner en devisant, la
rue Iloclnechouart. je n'ai pas ‘avantage de connaitre
-
n
.
J-
personnellement M. Redonnel. Voudrez-votas lui dire le
r
plaisir que j'ai eu à lire spécialement ces souvenirs et
quel écho sa voix a éveille’ dans ma mémoire.
Et puis voulez-vous, car cela vous concerne aussi,
vous éditeur et homme très érudit, lui dire que j'ai
consacré pas mal de temps et d'efforts ——
(au nzoins
trois ans de ma vie) à bâtir solidement une étude sur
Cagtiostro qui parut en I904 (je crois) sous la forme
d'un gros volume in—8°. je n'ai néglige‘ aucun docu-
ment; j'en ai moi-mente découvert quelques-arts; et,
je croyais qu'au moins la portion documentaire était
quelque chose qui devait attirer l'attention des cher-
cheurs et qui devait rester. j'ai publie’ texte et traduc-
tion pp. 294-295 l'acte de décès de Cagliostro, et
précise’. pp. 79—8o, les détails de l'anecdote que raconte
M. Redonnel. Le 1nédecin (anglais) â la cour de Rus-
sie dont il s'agit se nommait Roggerson.
Et je vois que mon travail, un des ouvrages que j'ai
le plus étudie’, que je considère presque, â cause (les
conclusions et généralisations qui m'ont permis de
faire le tour des sciences occultes et d'exprimer nos
pensées les plus arrêtées, de faire une sorte de testament
occulte. je vois que ce gros livre a passe’ inaperçu
d'esprits aussi délicats, aussi avertis que le vôtre et
celui «le M. Redonnel. n
j'en ai en quelque tristesse. je regrette de n'avoir
pas sous la main un exemplaire disponible de mon
. n'.
l
u Cagliostro» et l'adresse de M. Redonnel. je le lui
eusse envoyé. Après la constatation décevante du fait
que mon travail a été ignore’, est perdu pour tant de
gens, il serait assez futile de vous demander une inser-
tion pour réclamer une priorité. Cependant d l'égard
de ceux qui ont lu mon livre et qui pourraient croire
que j'ai méconnu, oublie’ certains documents que 1M. Re-
clonnel a su découvrir depuis moi, je C7015 qu'il est
bon de prendre date.
Et je vous prie donc de lrien vouloir, très amicale-
ment, ctemaazder à A4. Redonnel (le m'accorder à la pre-
180 LE vorLE D'ISIS
mièrc occasion la rectification que je sollicite. Si cela
lui fait parcourir mon u Maître incomiu» je suis
trouvera des choses intéressantes et
qonvaineu qu'il y aisément
cu'il reconnaîtra avec quel sérieux l'ouvrage
a été nzeïhodiquenæeizt construit, picisqtüil est du métier.
Ou. si vous voulez, vous männ’, rédiger cette note rec-
lificativcg/aites-Ie: quoique ce me soit 4U. une occasion
Redonnel.
tout amicale d'entrer en relation avec
Je trouverai encore, nzalgré la nmladie, les quelques
instants nécessaires à lui répondre, à l'occasion.
En tout cas, dites-lui bien la douce émotion que j'ai
eue à lire ses lignes; ce cher Barlet, j'entends encore
sa voix si paisible, si affectueuse.
A vous, très cordialement.
D‘ Marc HAVEN.
Je frappe mon mea culfm
Docteur, tout en requérant
sur ma
votre in (poiulgence
t ri n e,
oubli. Si l'on
cher
pour
ce qui n'est pas une omission ni un...
ôte de ma citation d'abord les noms des jolies fem-
mes, c’est-à-dire tous, et ceux des hommes qui selon
votre expression ne sont pas du métier, on ne trou-
vera que des noms dhccultistes défunts. Si j'avais
cité les u vivants n votre nom, so ‘ez en certain, eût
été un des premiers que ma p ume aurait écrit.
Toutefois, je mérite le blâme, in lzoe me ipse castigo,
{c
uisque venant de vous dire que n'ai rappelé que
es a morts n, j'ai omis mes amis A bcrt Jounet, René
Buchèrc, ce brave Julcvno et aussi ce u tant veni-
meux n L.-G. Uostrailles, "umeau de Léo Trézcnik,
comme chacun sait. M ea cu pa l
4!
133|!
Pour ce qui est de l'acte de décès, lors ue Paul
Chacornac eut reçu votre amicale lettre, i voulut
bien me donner a consulter votre llfaître inconnu.
C'était un livre neuf et destiné à la vente. Je n'ai
u connaître tout ce que vous dites de Cagliostro.
e ne suis pas de ceux qui d'un doigt distrait entrou-
vrent un livre et d'un œil non moins distrait en ar-
courent les li nes, du moins celles des pages qui n ont
pas besoin d être a déniaisécs n. Votre parole me sul-
fisait : si je lus les passages que vous si ualez, c'est
par curiosité, car tout ce qui a trait Cagliostro
m'intéresse et m'a toujours intéressé.
_
1-“
.2!
PETITE CHRONIQUE DU MOIS 18X
Le texte latin de l'acte de décès, que j'ai e_u entre
les mains est identique à celui que vous publiez nos
traductions (liffèrent nu peu, mais n'importe en-
core que je crois mon texte plus pr s de la hrase
latine. Et quant à l'anecdote, je 1’a.\ enten u m-
conter au temps de mon adolescence, et ce n’es_t pas
d'hier. Le nom du docteur anglais seul mïtait 1n-
connu.
Veuillez croire, mon cher Docteur, à rua fervente
admiration.
PAUL-REDONNE!"
Pourquoi “
le Dixmude "
a-t-il été anéanti i’
Tout le monde a présent encore à l'esprit l'horrible
catastrophe aérienne du Dixmude qui mit la. France
entière deuil. Tout le monde a lu les circonstances
en
dramatiques de cette horrible tragédie et tout le
monde a été profondément ému et bouleversé à l'an-
nonce de la disparition du vaillant équipage et de
son héroïque commandant, mais bien peu de per-
sonnes ont réussi jusqu'ici à pénétrer le mystère
ténébreux qui enveloppe cette angoissante catas-
trophe. Certes je ne me flatterai pas d'avoiret été plus
heureux et plus avisé que mes devanciers surtout
les savants éminents composant la commission
que
‘enquête, cependant il me semble qu'en qualité
dbccultiste je peux tout de même. malgré tout,
faire connaître ce dernier point de vue aux lecteurs
de cette Revue sans courir d'autres risques que
celui... du ridicule. Ceci dit en manière d'exorde,
j'aborde immédiatement l'objet de ce discours.
Tout d’abord contrairement à ce qu'en vain peuple
pense. je poserai eu principe que le Hasard zfexiste
pas (1). En ce qui me concerne je le répète le Hasard
est une divinité commode, complaisante qui sert
tout simplement à voiler notre ignorance des causes
premières et même secondes des phénomènes aux-
quels nous assistons et dont nous subissons les eficts.
Le n'est donc pas par hasard comme on a coutume
de le répéter qu'une tuile malencontreuse tombe
(l) V. ce que dit lnn Mongol, du llasard, chronique de
décembre dernier.
soient érigées en monument sacré, table d Emeraude
d ’un Kunrath moderne.
La vérité s’élèvera de terre comme l’arbre et
l ’homme, a dit le Zohar, parce qu elle est réalité.
Voici ces pages d ’or :
Dr M arc H a v e n .
LE P R O B L È M E D E L ’Ê T R E
« Par une belle matinée de printemps, un
homme s’éveille. Il prend conscience d ’être. Il per
çoit l ’existence de son corps, de ses membres. Il
ouvre les yeux ; les rayons brillants du soleil éclai
rent sa rétine. A ses oreilles parvient le chant joyeux
du coq devant l ’aurore. A ses narines arrive le par
fum de la rose embaumée qui s’ouvre à la rosée.
« Que cet homme veuille bien réfléchir, et à son
intelligence se posera, à ce moment, un problème
scientifique effroyable, le problème jamais élucidé
par aucun entendement humain, le problème de
l ’existence, de l ’être.
« Je suis peut-être cet homme, j ’existe. Où suis-
« je ? Qui suis-je ? Comment j ’existe ? Mes sens
« sont frappés par des forces inconnues qui me don-
« nent les idées de tact, de son, de lumière, d ’o-
« deur. Il y a quelque chose autour de moi, je n’en
« puis douter ; mais de cet univers que je pressens,
« de ce corps humain que je touche, je n’ai que des
(( représentations, des images, des signes.
« La notion que je possède de mon corps et du
« monde est une vision intérieure qui me paraît évi-
68
.« dente ; mais des idées ne sont pas des êtres. Four
« connaître la nature des objets que je suppose la
« cause extérieure de mes sensations, il faudrait
« que je pusse connaître l ’essence même de la sen-
« sation, or mon entendement ne me révèle rien de
« cette nature. »
(( Si cet homme veut continuer à penser, s’il veut
agir, il est obligé de s’affirmer à lui-même l ’exis
tence de cet Univers dont il possède en lui la re
présentation ; il est obligé de faire un acte de foi.
« Tout homme est un croyant.
)) Dans l ’humanité d ’autrefois ou d ’aujourd’hui,
bien petit fut ou est le nombre des penseurs capa
bles de démontrer la réalité du monde extérieur,
à eux-mêmes ou aux autres, par le seul raisonne
ment.
« Le savant, pour construire le monde dans son
esprit, comme le métaphysicien pour décrire Dieu
et l ’âme, ne se servent guère comme matériaux de
construction pour leurs échafaudages d ’idées que des
ombres projetées par l’entendement.
« Tous les symboles sous lesquels nous nous
« représentons le monde et nous-mêmes ne corres-
« pondent en dernière analyse qu’à des états de
« conscience incapables de nous apprendre la na-
« ture des esprits et des corps, s’ils existent. » (Ju
les Soury.)
(( Notre intelligence est capable d ’observer, d ’é
tudier la constance et l ’ordre de nos sensations. Sur
cette constance et sur ces rapports, elle bâtit des
généralisations qu elle nomme les lois de la Na-
»
ture. Notre intelligence est capable de se représen
ter le monde évoluant dans la durée et dans l ’es
pace ; mais le temps comme l ’espace ne sont que
des abstractions de notre pensée.
« La représentation que nous avons du monde
n’est qu’un phénomène cérébral.
« Déterminer les conditions des phénomènes de
nos sensations, en chercher les lois, voilà toute la
Science. Nous employons dans notre langage scien
tifique ou philosophique les termes de matière, de
force, d ’esprit, de Dieu, mais notre intelligence
humaine est absolument incapable de comprendre
le sens réel et profond de ce que ces mots expri
ment.
« Ces termes échappent à notre entendement de
nous médecins, comme ils ont échappé et échap
pent à l ’entendement des plus grands physiciens,
des plus grands mathématiciens, des plus rares
génies.
★
★-k
« Le problème des problèmes, c ’est ce problème
de l ’être. La vie est, l’Univers est, l ’intelligence
humaine n’a pas l ’ampleui suffisante pour en saisir
le mécanisme, pour en comprendre l ’origine, voilà
ce dont nous ne pouvons douter.
(( La plupart des hommes et même des savants
ne creusent pas dans leurs réflexions jusqu’à ce pro
blème ; ils sont satisfaits des idées courantes que
leur éducation, leur ambiance leur ont données ;
ils se contentent de cultiver le jardin de commerce,
d ’industrie ou de science qu’ils ont choisi ; occupés
de leur labeur quotidien, ils se croient sages d ’y
borner leurs ambitions et leurs désirs ; sont-ils
sages ? N ’est-ce pas, au contraire, la beauté même
de la science que cette soif ardente et inassouvie
de posséder le dernier mot des choses ?
« Quelques vulgarisateurs, qui se gaussent des
métaphysiciens, cherchent à expliquer le pourquoi
des choses avec les faibles lumières de la science
actuelle ; ils entassent hypothèses sur hypothèses,
concepts abstraits sur êtres de raison, ils reculent
les difficultés dans le temps passé, ou les éloignent
dans le futur. Le pourquoi des choses reste tou
jours ignoré, sanctuaire fermé à tous les labeurs
humains. Le vrai savant se garde bien de dépasser
la portée stricte de ses découvertes scientifiques et
de conclure par des affirmations qui ne découlent
nullement de ses constatations. Celui qui humble
ment réfléchit est obligé de se dire : nous ne saüons
pas, nous ignorerons toujours et ce monde et nous-
même,ignoramus et ignorabimus. Cette conscience
de notre lamentable faiblesse est pour tous ceux
qui pensent une véritable souffrance, souffrance qui
conduit les uns à un renoncement résigné devant
l ’iNCONNAISSABLE, qui porte les autres à une
humilité grave devant D lE U .
LA M A T IÈ R E
« La matière ne se manifeste à nous que par ses
qualités ; toutes ses qualités sont ou des mouve
ments comme la couleur et la température, ou des
forces comme la résistance. L ’attribut que la physi
que donne comme caractéristique de la matière, la
masse, est le rapport d ’une force à une accélération.
« Le bon sens nous crie que la matière doit avoir
une réalité en dehors de notre raison, mais l ’ensem
ble des qualités que nous attribuons à la matière
n’est qu’un effet produit sur nos sens par les mou
vements atomiques ou autres. Quand en mécanique
nous définissons la matière, « le substratum de la
masse ou de l ’inertie », nous émettons une idée
essentiellement abstraite.
A
(( La notion de matière est pour nous un legs du
passé. La notion de la matière nous vient des phi
losophes hellènes. La science moderne l ’a reçue de
l ’antique sans y apporter grands changements.
« Anaxagore de Clazomène, contemporain de
Leucippe et d ’Empédocle, vers la fin de V° siè
cle avant Jésus-Christ, admet que le monde est
sorti d ’une sorte de chaos dont les éléments primor
diaux, éternels, infinis en nombre et en petitesse,
sont des corpuscules matériels qu’il appelle semen
ces ou germes des choses (spermata). Ces particu
les, quelques petites qu’elles puissent être, possè
dent cependant toujours une certaine grandeur. La
somme de ces éléments existant dans l ’Univers est
constante ; elle ne saurait augmenter ou diminuer.
Ces éléments en s’unissant ou en se séparant déter
minent la production ou la dissolution des corps.
Les corps peuvent disparaître, mais les éléments
qvti les composaient persistent éternellement.
« Rien ne naît, ni ne périt ; mais les corpuscules
matériels existant de tout temps se réunissent, se
mélangent ou se séparent à nouveau.
« Les idées d ’Anaxagore ne furent vraiment pré
cisées que par Leucippe et Démocrite qui parais
sent avoir été les véritables fondateurs de la théorie
atomistique. Epicure et les philosophes et penseurs
qui suivirent n’y ajoutèrent rien de vraiment nou
veau. Epicure inspira le grand poète romain
Lucrèce :
Semina quæ rerum primordiaque esse docemus
unde omnis rerum nunc constet summa creata.
(Ces corps, dans notre doctrine, sont les semen
ces et principes des choses par lesquels a été créé et
constitué l ’Univers.)
namque eadem cœlum, mare, terras, flumina solem
constituant, eadem fruges arbusta animantes,
üerum aliis alioque modo commixta moventur.
(Les mêmes atomes qui forment le ciel, la mer,
la terre, les fleuves, le soleil, forment également
les moissons, les arbres, les êtres vivants, mais les
mélanges, l ’ordre des combinaisons, les mouve
ments diffèrent.)
(( Le X IX ’ siècle envisageait les corps maté
riels formés par des atomes qui s’unissent entre eux
pour former les molécules. Les molécules d ’un
corps composé étaient formées par au moins deux
atomes différents. La molécule d ’un corps simple
pouvait n’être constituée que par un seul atome
(hélium, mercure).
« Les atomes que les modernes estimaient voya
ger d ’une molécule à l’autre dans les transforma
tions chimiques ne sont guère différents des sper-
mata des Anciens.
« Ces atomes apparaissaient aux savants du
X IX 0 siècle mus par des forces, manifestation de
ce qu’ils appelaient Vénergie. Le monde apparaît
à cette époque composé de deux mondes distincts,
l ’un qui est le monde de la matière, l ’autre le
monde de l ’énergie.
« Le cuivre, le fer, le charbon, voilà des forces
<( de la matière ; le travail mécanique, la chaleur,
« voilà des formes de l ’énergie. Ces deux mondes
(( sont dominés chacun par une loi identique : on
« ne peut ni créer, ni détruire de la matière, on ne
« peut ni créer, ni détruire de l ’énergie. La ma
lt tière est la trame fondamentale des choses, 1’é-
« nergie est là pour l ’animer.
« Matière ou énergie peuvent revêtir un grand
« nombre de formes diverses, sans que jamais la
« matière puisse se transformer en énergie ou V é-
« nergie en matière.
« Nous ne pouvons pas plus concevoir de l ’éner-
« gie sans matière que la matière sans énergie. »
(Janet).
<( La scission du monde de la matière et du
monde de l ’énergie semblait, pour le commun des
étudiants et de leurs maîtres, définitivement établie.
On considérait même la démonstration de cette
séparation comme une des plus grandes découvertes
des temps modernes.
« Telle était la conception générale de la ma
tière quand la découverte de l’uranium et des
corps radio-actifs est venue troubler singulièrement
la confiance dans les idées classiques.
« Nîepce de Saint-Victor avait montré que les
sels d ’urane émettaient dans l ’obscurité des radia
tions capables d ’impressionner les plaques photo
graphiques.
« D ’autre part, Henri Becquerel, en Février
1896, montra que certains corps possèdent la pro
priété d émettre spontanément, sans qu’on leur
fournisse aucune énergie, des rayons de diverses
natures.
« Ces rayons ont une vitesse très variable ; elle
est pour les uns de quelques mètres par seconde,
elle est pour les autres de l ’ordre de celle de la
lumière. Parmi ces divers rayons, les rayons b
apparaissent chargés d ’électricité négative, et sont
semblables aux corpuscules électrisés qui, dans le
tube de Crookes contenant des gaz très raréfiés,
émanent de la cathode (pôle — ). Ces corpuscules
cathodiques, ces rayons b sont encore émis par les
métaux incandescents et libérés dans l’action de la
lumière ultra-violette ou des rayons X sur les mé
taux.
<( Les physiciens ont calculé que ces corpuscules
électrisés négativement sont beaucoup plus petits
que les atomes des corps, qu’ils possèdent une
masse deux mille fois plus faible que la masse du
plus léger des atomes matériels.
« Les études approfondies sur les spectres d ’é -
mission ou d ’absorption des gaz incandescents ame
nèrent les physiciens à admettre ce corpuscule ca
thodique nommé électron négatif, en quelque sorte
tangible dans les rayons b, est un constituant univer
sel de la matière.
« Ce corpuscule, qui se dégage de la matière, ne
paraît être que de l’électricité, sa masse est entiè
rement d ’origine électro-magnétique, son volume
est excessivement réduit ; en supposant l ’électron
négatif sphérique son rayon serait de
1 centimètre 1
—---------------------- ou ■ -------- ■. - ---- ■- ----------
10 “ 10 . 0 0 0 . 0 0 0 . 0 0 0.00 0
« Des recherches ultérieures ont montré, spécia
lement par l ’étude des rayons canaux dans les tubes
à gaz raréfiés et par les travaux de Rutherford sur
les corps radio-actifs, qu’à côté des rayons néga
tifs, il existait des rayons positifs formés de corpus
cules chargés positivement.
Les physiciens admettent actuellement que l’é
lectron positif aurait une masse deux mille fois plus
grande que celle de l ’électron négatif.
(( Corpuscules positifs de même que corpuscules
négatifs seraient de nature électrique.
« L ’atome d ’hydrogène, qui de tous les ato
mes possède la masse la plus petite résulterait de
l ’union d ’un seul électron positif ou noyau avec un
seul électron négatif. L ’atome d ’uranium, élément
le plus lourd, comprendrait 238 électrons positifs
et 92 négatifs.
« Rappelons qu’au début du siècle dernier, un
chimiste anglais, Prout, avait émis l ’hypothèse que
tous les éléments pouvaient être constitués par la
condensation progressive de l ’hydrogène, le plus
léger de tous les corps. Les découvertes modernes
semblent lui donner raison.
« Toutes les substantces matérielles étant for
mées d ’électrons, l’atome matériel ne peut plus être
considéré comme immuable ; aussi la transmutation
des métaux, cherchée autrefois par les alchimistes
et qui a suscité les railleries officielles du X IX ' siè
cle, loin d ’être considérée aujourd’hui comme une
utopie, est admise comme un fait certain.
« L ’électron présente par rapport à l ’atome une
dimension extraordinairement petite ; le volume
d ’un atome pourrait contenir quelques milliards de
milliards d ’électrons ; on admet qu’il en contient
au maximum quelques centaines ; par conséquent
les électrons sont séparés les uns des autres par des
distances formidables ; « imaginez, dit Becquerel,
« quelques moucherons voletant dans le vaisseau
« d ’une cathédrale ».
(( D ’après Rutherford, l ’atome constitue dans sa
structure et dans ses mouvements un ensemble ana
logue à un système solaire. Il est formé d ’un noyau
central composé des électrons positifs ; autour de ce
noyau gravitent, en nombre plus ou moins grand,
les électrons négatifs comme les planètes tournent
autour du soleil et, comme elles, séparés les uns
des autres par des espaces formidables.
« La matière constitue un réservoir formidable
d’énergie que l’homme est actuellement impuissant
à utiliser. Cette énergie W , pour une masse m dé
terminée, peut être représentée par la formule
W = mC
C représentant la vitesse de la lumière. En d’autres
termes, l’énergie intra-atomique égale la masse
multipliée par le carré de la vitesse de la lumière :
« dissocier 1 gr. de matière quelconque serait libé
rer une énergie capable de soulever 9 milliards de
tonnes à un kilomètre de hauteur ».
« Les électrons négatifs ou positifs que la science
moderne regarde comme les uniques constituants de
la matière sont définis par elle « les charges élé
mentaires d ’électricité ». L ’électron est une force
électrique sans support matériel.
(( Toute la matière serait donc de nature élec
trique. Notre corps, les objets qui nous entourent,
les vêtements qui nous préservent du froid, l’eau
que nous buvons, la fumée de nos cigarettes, le dur
acier de nos couteaux, tout serait de nature élec
trique. Nous serions bâtis d ’électrons, nourris d ’é
lectrons, revêtus d ’électrons.
« Evidemment, nous les vieux, élevés dans le
giron de la science du X IX e siècle, nous avons de la
peine à nous figurer la matière comme un simple
tourbillon de forces électriques. Nos jeunes gens qui,
tous, manient tous les jours des appareils de télé
graphie sans fil et jouent avec des forces qui ne
tombent pas sous leurs sens auront peut-être moins
de peine à saisir une conception de l ’univers plus
subtile que la nôtre.
« Quoiqu’il en soit, ce qui paraît AUJOURD’HUI
comme certain, c ’est que l’atome n’est pas un élé
ment très simple, inaccessible, irréductible, indes
tructible comme le pensaient les anciens et les sa
vants du XIX" siècle. L ’étude des corps radio
actifs montre certains atomes de structure très com
pliquée se dissociant en quelques minutes ou quel
ques jours en électrons libres et en atomes plus sim
ples.
« Toutes les choses de l ’univers ont un éclair de
vie entre deux éternités de mort. Les minéraux
comme les plantes, les animaux, les hommes ne
sont nés que pour croître, décroître, mourir. Debe-
mur morti nos nostraque. L ’atome matériel parti
cipe à la vie, il est né et il meurt.
<( La science moderne a pu saisir pour ainsi dire
l ’atome, le disséquer ; et alors, dans ce corpuscu
le infime du gaz le plus léger comme du diamant le
plus dur, est apparu à ses yeux éblouis un nouvel
univers d ’une amplitude formidable, d ’une struc
ture extraordinairement compliquée. A ses yeux,
dans l ’atome, la matière pondérable s’évanouit, il
ne reste plus qu’une charge électrique. Tout dans
la nature n’est qu'apparence ; il n’y a de réel que
l ’énergie. »
P. D e s f o s s e s .
Sache que la science s’obtient en honorant, en interro
geant, en servant les saees ; ces sages qui voient la véri
té sont ceux qui t’enseigneront la science.
L’U N IV E R S ET LA V IE
(Suite)
L ’È N E R G I E
Toutes nos connaissances sur le monde extérieur
viennent de nos sensations. Or, nos sens ne sont
impressionnés que par des mouvements ou par des
résistances à des mouvements.
La notion de mouvement se présente ainsi comme
une des notions fondamentales de l’esprit humain.
Les notions d’espace et de temps dérivent du
mouvement sans lequel nous ne saurions avoir ni
l’idée d’espace, ni l’idée de temps.
Tcm pns per sc non esl sed rebus ipsis
Consequilur sensus , transaction quid sit in ævo ,
T u m qutv res instet , quid porro dcinde sequntur.
Nec per sc quemquam tempiis sentire fatendum
Sem otum ab rerum motu placidaque quiete.
Le temps n’existe pas en lui-même, mais c’est des événements
eux-mêmes que déroule le sentiment de ce qui s’est accompli
dans le passé, de ce qui est présent, de ce qui viendra par la
-suite ; et personne, il faut le reconnaître, n ’a le sentiment du
temps en soi, considéré en dehors du mouvement des choses et de
leur repos.
L ecrèce. De Rerum N attira , v. 460.
Tout dans l’Univers est un perpétuel mouvement,
jamais d’immobilité, jamais d’arrêt.
De même que dans l’Univers immense ces millions,
ces milliards de soleils, de planètes, d’amas d’étoiles,
de nébuleuses, de mondes qui commencent, de
mondes qui finissent, se précipitent avec des vitesses
vertigineuses vers des buts qu’ils ignorent, de même
sur notre terre rien de stable : l’air est agité sans
cesse par des vents ; les eaux des océans sont remués
par les courants marins, les marées et les vagues ;
les montagnes se désagrègent.
Les atomes eux-mêmes des rochers ou des métaux
les plus durs ne sont que des tourbillons d’électrons.
Ces tourbillons d’électrons, qui constituent l’atome
et la molécule, ne s’incorporent à un corps que pour
le traverser et pour courir à de nouvelles formes,
tour à tour feu, vent, flot, terre, plante, animal,
homme. Dans le fragment de métal, dans le rocher
qu’on croit immobile, dans la rivière argentée qui
serpente, dans la flamme qui danse dans l’âtre,
dans le lys immaculé des champs, dans la belle fille
qui, au matin, chante sa joie de vivre, tout n’est
que mouvement incessant, tout n’est qu’essaim
dansant d’électrons. Le non-vivant se meut tout
aussi bien que le vivant.
L’Univers est fondé sur le mouvement perpétuel.
Ces mouvements, nous les considérons comme les
manifestations de forces et les résistances qu’ils
éprouvent comme les manifestations de forces qui
s’opposent aux forces productrices de mouvements.
Dans tous les cas, nous mesurons les forces par
leur travail ou par l’accroissement de la force vive
qu’elles ont communiqué aux corps sur lesquels
elles s’exercent. Le travail est le produit de la gran
deur de la force par le déplacement du corps auquel
elle est appliquée. La force vive qui mesure un travail
effectué est la moitié du produit d’une masse par
la carré de la vitesse de cette masse. C’est en généra
lisant ces notions de travail et de force vive qu’on
arrive à la notion d'énergie, énergie cinétique ou de
mouvement qui n’est autre que la force vive, énergie
potentielle qui est toute capacité de produire du
travail. L’énergie potentielle se présente sous diffé
rentes formes. C’est ainsi que nos traités scientifiques
parlent de l’attraction ou gravitation universelle qui
régit les grands corps sidéraux et fait tomber à
l’automne le gland du chêne sur le sol, de l'énergie
mécanique, de l'énergie calorique, de l'énergie chi
mique, de l'énergie électrique, de l'énergie rayonnante,
de l’énergie biologique.
Nous nous représentons assez bien l'énergie ciné
tique et l’énergie mécanique de. position sous forme
de mouvements d’ensemble de ce que nous appelons
une masse de matière pondérable (de ce que la
science actuelle appellerait une réunion considérable,
un gros essaim d’électrons).
Nous nous faisons une idée beaucoup moins nette
de l'énergie chimique, de l’énergie calorique, de l’é -
nergie lumineuse, de l’énergie électrique, bien que
nous puissions déterminer quantitativement les
rapports qui existent entre elles.
Nous ne pouvons absolument pas nous faire une
idée de ce qu’est l'énergie biologique et encore moins
de ce qu’est l'énergie intellectuelle.
Il semble quet oute énergie sur la terre (1) vient
(1) S t é ph a n e L ed u c L'énerÿte de la vie. Paris, 1921, A. Poinat,
éditeur.
du soleil, en tout cas la lumière et la chaleur viennent
de lui.
Stéphane Leduc a écrit sur ce sujet des pages
admirables et trop peu connues (1).
Sans trêve, depuis des milliers et des milliers
d’années, le soleil projette dans l’espace une quan
tité formidable d’énergie. La terre n’en recueille
qu’une infime portion, qui est, à l’ensemble de
l’énergie rayonnée, dans le rapport de la surface
du grand cercle de la terre à l’immense surface
d’une sphère ayant pour rayon la distance de la
terre au soleil. « Cette proportion, d’après TyndalL
est de 1 /2.320.000.000, de sorte que le soleil verse
dans l’espace une quantité d’énergie pouvant ani
mer deux milliards trois cent vingt millions de
terres comme la nôtre » (S. Leduc).
Ainsi font les innombrables soleils qui constituent
les étoiles. L’esprit humain reste confondu devant
le spectacle vertigineux de la quantité d’énergie
qui circule dans l’espace incommensurable.
En quoi consiste cette énergie intersidérale ? Nul
ne le sait. L’énergie qui nous vient en quantité
formidable du soleil, en quantité, semble-t-il, mi
nime des autres étoiles, traverse l’espace sans l’é
chauffer, sans l’éclairer. Les espaces intersidéraux
sont le royaume de la nuit et du froid, noir absolu,
froid absolu (273° au-dessous de zéro centigrade).
Les livres classiques nous disent que l’énergie
solaire nous vient sous forme de chaleur et de lu
mière ; en réalité, la chaleur et la lumière naissent
dans l’atmosphère et sur la terre de la transforma
tion, par la matière pondérable, de l’énergie rayon
nante.
L’énergie que la terre reçoit du soleil est, par
minute, de 270 trillions de grandes calories ; c’est
aussi l’énergie que la surface totale de la terre perd
par rayonnement vers l’espace, en une minute. Ce
rayonnement de la terre est surtout intense la nuit
et la terre se refroidirait vite si la chaleur solaire
qui lui est versée durant le jour ne venait compenser
le rayonnement nocturne.
La terre est un transformateur d’énergie. L’eau
des océans, des lacs, des fleuves reçoit l’énergie
rayonnante du soleil et la transforme en chaleur,
en travail mécanique, vaporisation de l’eau qui
s’élève dans l’atmosphère.
L’atmosphère terrestre reçoit l’énergie rayonnante
du soleil et renvoie par diffusion la lumière douce
qui constitue le bleu du ciel. L’atmosphère terrestre
est un transformateur d’énergie.
Transformateur d’énergie, la chlorophylle des
plantes qui capte, accumule, potentialise l’énergie
rayonnante du soleil, en séparant le carbone de
l’oxygène de l’air, rendant l’oxygène à l’atmosphère,
combinant le carbone avec l’eau de la sève pour
fabriquer la cellulose, les amidons, les fécules, les
gommes, les sucres.
Cette cellulose, cet amidon, ces fécules, ces sucres
mangés par l’animal ou par l’homme fourniront
Yénergie animale. Quand l’homme ou l’animal,
transformateur d’énergie lui aussi, appliquera son
énergie biologique à faire tourner une roue, il trans
formera l’énergie biologique en énergie mécanique ;
celle-ci, par frottement de la roue, engendrera de
la chaleur, énergie calorique, et, si la roue active
une dynamo, l’animal ou l’homme produira de l’c-
nergie électrique avec laquelle il pourra obtenir de
Yénergie lumineuse ou de Yénergie chimique à volonté.
C’est ainsi qu’on est amené à considérer l’énergie
comme une entité susceptible de différentes formes
pouvant s’échanger l’une dans l’autre et se commu
niquer d’un corps à un autre.
Ces communications peuvent d'ailleurs se faire
soit directement par contact, soit indirectement par
rayonnement.
Tout sur la terre est transformateur de l’énergie
qui lui arrive des abîmes de l’espace. Tout sur la
terre émet de l’énergie, des radiations vers J’espace.
Tout sur la terre est un rouage infime d’un méca
nisme énergétique immensément grand (1).
Quelle que soit l’idée que l’on se fasse de la cons
titution intime des corps, la vérité aujourd’hui re
connue et désormais incontestable, c’est que l’uni
vers visible n’est pas ce qu’il paraît être à nos sens.
N’est-ce pas, dit Flammarion, pour les philosophes
si dédaignés par les esprits dits positifs, une singu
lière revanche de voir le soutien matériel du monde
disparaître précisément avec les conquêtes de la
mécanique, de la physique, qui proclament le triom
phe de l’invisible.
L’énergie est pour la science l’entité essentielle,
mais le point d’interrogation est toujours là : Qu’esl-
ce que l’énergie ?
P. D e s f o s s e s .
(1) Presse Médicale N° 100 et 101, 1923
LES TROIS DEGRÉS DU TEMPLE
Grave et mélancolique, une voix s ’élève parmi les
clameurs passionnées de la foule (19). Elle dit sa
tristesse de ce que les hommes obscurcissent toujours
les plus purs flambeaux de science et de sagesse ;
elle déplore que le champ fécond de la philosophie
hermétique soit envahi par une floraison malsaine
de plantes vénéneuses et étranges. Elle ne nous
adresse point de reproches, mais de fraternels aver
tissements, car le sage si bon qu’est le Docteur Marc
Haven n’a jamais rien reproché à quiconque. Il pré
vient les curieux à l’esprit téméraire du danger qu’ils
courent sous les ombres mortelles, parmi les sources
empoisonnées de ces bosquets enchantés, aussi per
fides cpie ceux du magicien Klingsor. Il nous adjure
tous de revenir à la terre, de reprendre le manche
de la charrue pour briser péniblement la glèbe aride
sous les ardeurs du soleil, de semer le froment qui
nourrit plutôt que de nous attarder dans le jardin
des illusions. Et ces paroles nous troublent parce que
celui qui les dit sut prêcher d ’exemple et consacrer
sa vie, dans la retraite et le silence, à l’idéal le plus
haut.
Le Docteur Marc Haven trace à nos yeux le tableau
sévère des ravages exercés dans les esprits par la
griserie du merveilleux : renaissance de la superstition,
déchéance des intelligences qui s ’écartent des données
■ Jl L ■
(19) D r Marc Haven, Le Retour k la Terre, Psyché, mai 1913,
166 ESSAIS PHILOSOPHIQUES ET ÉSOTÉRIQUES
de la logique et de la raison pour adhérer aveuglément
à n'importe quel système bizarre, déchéances des
cœurs qui oublient toute morale et toute religiosité
pour demander aux pratiques fantastiques de la magie
la réalisation de leurs appétits, vent de folie qui passe
sur la société, détraque les nerfs, écrase les volontés,
fausse Assentiments et qui conduirait l’humanité vers
une nouvelle Babel s ’il devait souffler longtemps
encore.
Mais, sans doute, le mal est-il passager, car il est
dans la nature de l’ivresse de se dissiper graduelle
ment. Et c ’est une ivresse véritable qui s ’empara des
esprits lorsqu’une pléïade de hardis révélateurs, dans
l’espoir de rénover la science et la philosophie, rompit
la règle du silence initiatique pour jeter en pâture
à la foule les perles les plus rares de la pensée
humaine.
i.es arcanes religieux de la Chaldée, de l’Egypte
et de l’ Inde, les lois cosmogoniques soigneusement
voilées par les astrologues et les alchimistes, les
mystères de l’ascèse intérieure des anciens mages,
les symboles hermétiques et maçonniques, les révéla-
j_m ____ .1____ ...... i w__ _ i __ _ j . ‘ 11 ^ _
toutes les mains. Comment ne pas s’enivrer jusqu’à
perdre la raison devant une aussi riche nourriture
spirituelle ? Comment arrêter l’effort furieux et indis
cipliné de l’ imagination amenée à la porte du royaume
des merveilles ?
Dans son enthousiasme enfantin, la foule oublia
que, pour se nourrir des fruits de la sagesse et de la
science, il faut les avoir soigneusement détachés de
l’arbre, que l’effort d ’un autre homme ne peut jamais
remplacer l’effort personnel, que les trésors spirituels
sont choses intransmissibles. Elle oublia que le seul
mobile qui doive pousser l’homme sur le sentier de
la vérité est la soif même de la vérité et qu’il la ut
s ’entendre appeler intérieurement pour avoir le droit
LES TROIS DEGRÉS D U TEMPLE 167
\
de marcher vers la lumière. Celui-là n ’est pas créé
encore pour la science qui ne sent pas cruellement
l’étendue de son ignorance. Celui-là n ’a pas à désirer
une illumination plus grande de son esprit, qui n ’est
pfls accablé par ses erreurs, ses mesquineries, son
impuissance et qui ne gémit pas comme un captif
dans sa geôle. Convoiter par curiosité ou par vanité
des biens spirituels dont le besoin impérieux n ’existe
pas en nous est un manque de sincérité ; or le
mensonge n ’a jamais conduit qu’à la mort.
Les lumières nouvelles que l’antique sagesse appor
tait à l’effort scientifique et philosophique contempo
rain risquaient de devenir plus dangereuses qu’utiles,
si les récipiendaires n ’étaient pas dignes de les rece
voir, s ’ils refusaient de se soumettre à l’ascèse
nécessaire qui doit préparer le grand œuvre intérieur,
s ’ils dédaignaient de gravir une à une les trois marches
du temple.
La sensibilité de l’homme, sa sentimentalité, son
intelligence, son âme spirituelle croissent suivant des
lois analogues à celles qui régissent le corps physique,
lois naturelles qu’on ne saurait enfreindre sans
évoquer le désordre et la maladie. Trois phases
successives rythment l’existence de chaque être au
sein de la vie universelle : la ,
Vexpansion. )u milieu ambiant l’individu reçoit des
matériaux ; dans le repos il les assimile, les identifie
à son essence, les fait soi et augmente d ’autant sa
personnalité ; puis il réagit sur le milieu ambiant
pour remplir de lui-même l’espace, créer, reproduire
sa propre forme à l’infini, s ’épanouir en d ’autres
créatures et les marquer de son sceau.
Vient ensuite une phase de repos, — une mort, —
qui prépare le recommencement d ’un nouveau cycle.
Ce cycle est universel. La planète le parcourt dans
les trois saisons du printemps, de l’été et de l’au
tomne auxquelles succède l’hiver qui est une mort.
L ’être physique le manifeste par ses trois besoins
ESSAIS PHILOSOPHIQUES ET ESOTÊRIQUES
fondamentaux : la faim, le repos et l ’amour. Il n’est
;r>as jusqu’à l’esprit du mystique, parvenu aux cimes
es plus lointaines du royaume terrestre et sur les
frontières du monde spirituel, qui n ’exprime dans
des chants passionnés sa faim de Dieu, son besoin de
repos en Dieu, son désir d ’union avec Dieu. Rien de
ce qui se déroule sous l’orbe lunaire n ’échappe à cet
aspir et à ce respir de la vie universelle. Notre cœur
et notre intelligence y sont soumis, et, lorsque le
néophyte, lassé des vanités du monde, tourne ses
regards et ses désirs vers le temple de la sagesse, il
doit gravir successivement les trois degrés du temple.
Les anciens hiérophantes nommaient ces degrés :
la - discipline, l’initiation et l’adeptat. Les maçons en
ont fait l’ apprentissage, le compagnonnage et la
maîtrise. Le symbole de cette marche nécessaire de
l ’esprit humain se retrouve jusque dans les trois
grades universitaires de bachelier, licencié et docteur
que délivrent les Facultés. Ces mots divers expriment
une même idée : si l’enseignement de la vérité ne
tombe pas sur un être qui la désiré, qui la digère et
l ’assimile par un travail intérieur, elle ne portera
jamais aucun fruit. Pour devenir maître, il ne suffit
pas d ’avoir été bon écolier, il faut encore avoir passé
par la phase mystérieuse de l ’initiation.
La foule, grisée de merveilles, renversa 'échelle
sacrée ; les étudiants, impatients et présomptueux,
crurent pouvoir enjamber le second degré du temple.
Ils imaginèrent qu’il suffisait de connaître les livres
révélant les mystères, d ’écouter la parole d ’un confé
rencier, pour devenir des maîtres et: brandir le sceptre
de vie. Désillusion cruelle. Comme dans les contes
de l’Orient, l’or et les pierreries qu’ils croyaient saisir
se transformaient en silex et en plomb sous leurs
doigts. Les pommes de Fraïa devenaient pour eux
des fruits vénéneux. La clef de vie d ’Osiris n ’était
plus qu’une baguette de sorcier, impuissante à créer
autre chose q u ’une vaine fantasmagorie. Aujourd’hui,
LES TROIS DEGRÉS DU TEMPLE 169
nous sommes accablés sous le poids des livres, des
revues, des conférences» des révélations, des systèmes,
des pratiques de tous genres. L is disciples dignes de
ce nom sont remplacés par une foule d ’esprits cré
dules, naïfs ou perversement ambitieux, souffrant
d ’une indigestion d ’idées inassimilables, errant au
hasard de secte en secte et d ’école en école, dévorant
chaque jour le livre nouvellement paru qui doit leur
donner le secret de l ’Univers, le pourquoi de la vie
et la révélation définitive des mystères, à la façon
des malades qui essayent chaque jour le nouveau
remède prôné par un empirique. Mais, en revanche,
ceux-ci peuvent se compter qui savent cultiver leur
ardin secret, fixer le volatil, tuer le dragon pour
boire son sang, rendre l’or potable et lire au livre
de la nature ; disons plus simplement encore en
écartant tout symbolisme : ceux qui savent labourer
profondément leur nature humaine sous les rayons
du soleil divin.
C ’est à la terre qu’ il faut revenir. C ’est vers
l’initiation, l’ascèse spirituelle et l’effort intérieur que
la jeune génération doit s ’efforcer. Q u ’elle laisse de
côté les constructions artificielles du mental, brillants
et fragiles palais de mots, d ’idées, de systèmes ;
qu’elle repousse toute merveilleuse fantasmagorie qui
la détournerait du patient et humble travail quotidien ;
q u ’elle apprenne quels puissants moyens de culture
spirituelle sont le silence, la contemplation et la
méditation ; qu’elle sache communier avec le Verbe
dans toutes les manifestations de la vie. Alors la
lumière viendra vers elle parce q u ’elle clésirera
sincèrement la vérité, parce q u ’elle voudra la vivre
et la réaliser sur terre au lieu de la considérer comme
un amusant objet de collection. Q u ’on y prenne
garde : le Destin nous offre toujours une occasion de
mettre nos théories en pratique et de faire l’appli
cation de nos principes. Si nous n ’obéissons pas à sa
muette invitation, il nous accable du poids de nos
vaines paroles.
170 ESSAIS PHILOSOPHIQUES ET ESOTERIQUES
Ce qui importe dans l’œuvre humaine, ce n ’est pas
les actes accomplis, mais la manière de les accomplir.
Toutes les choses de ha terre, même celles que
l’homme estime le plus haut, sont également vaines
ou également importantes. Aux yeux de l ' infini, il
est indifférent de gouverner un royaume ou de tailler
un crayon. La seule chose qui donne à nos gestes
plus ou moins de valeur, dans l ’immense Univers,
est le plus ou moins d ’âme que nous incorporons eu
eux. Celui qui peut tailler un crayon à la perfection
possède en lui l’esprit de perfection et son geste fait
rayonner cet esprit sous les deux, Celui qui a creusé
droit un sillon peut faire descendre la rectitude sur
la terre. Celui qui, humblement et obscurément,
accomplit une œuvre infime de toute sa conscience
et de tout son amour, entraîne le monde vers la
perfection finale.
' Juin 1913.