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15 Le Discernement

Le discernement est une capacité essentielle pour évaluer les situations avec clarté et bon sens, permettant ainsi aux chefs militaires de prendre des décisions éclairées, même en contexte d'urgence. Il repose sur des valeurs éthiques, la réflexion personnelle et la prudence, et se développe par l'expérience et la culture générale. Des témoignages d'opérations militaires illustrent l'importance du discernement pour éviter des erreurs et maintenir le contrôle dans des situations complexes.

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15 Le Discernement

Le discernement est une capacité essentielle pour évaluer les situations avec clarté et bon sens, permettant ainsi aux chefs militaires de prendre des décisions éclairées, même en contexte d'urgence. Il repose sur des valeurs éthiques, la réflexion personnelle et la prudence, et se développe par l'expérience et la culture générale. Des témoignages d'opérations militaires illustrent l'importance du discernement pour éviter des erreurs et maintenir le contrôle dans des situations complexes.

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LE DISCERNEMENT

LE DISCERNEMENT … QUOI ?
Le discernement peut être défini comme une disposition d’esprit permettant d’apprécier les choses selon
leur nature et à leur juste valeur, d’en juger avec bon sens et clarté. Agir avec discernement exige réflexion,
circonspection et prudence. La vertu de prudence n’est ici pas antinomique de l’acceptation du risque.
Elle doit être entendue au sens aristotélicien du terme comme : « le sens de l’adaptation des moyens
aux buts à atteindre ». Cette prudence n’a donc de sens que si elle débouche sur une décision et une
action. Ainsi, loin de l’acception courante en lien avec le principe de précaution, la prudence est source
de l’action efficace du chef militaire. Le discernement préserve donc de la confusion et fait appel aux
capacités de jugement du chef militaire. Pouvant s’acquérir par l’expérience, il est à développer en amont
de l’action. Le discernement se forge dans le travail personnel, la lecture, la réflexion, la culture générale.
Il permet de décider seul dans l’urgence des situations opérationnelles.

LE DISCERNEMENT … POURQUOI ?
• Il permet de conserver ses repères éthiques, dans le brouillard de la guerre ou lors d’engagements en
situation dégradée.
• Dès le temps de paix, le discernement aide à dénouer les situations complexes, en distinguant
l’important de l’accessoire et en restant focalisé sur la mission.
• Le discernement préserve le chef des excès, lui évitant de sur-réagir aux évènements.

PAS DE DISCERNEMENT … SANS :


• sens de la responsabilité ;
• repères éthiques ;
• exercice de réflexion personnelle et de capacité de jugement ;
• circonspection ;
• tempérance ;
• prudence et acceptation du risque ;
• hauteur de vue ;
• résilience psychologique ;
• clarté d’esprit.

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LE DISCERNEMENT … DANS LES TEXTES :
« Ce qui compte c’est l’aptitude à juger plus que la certitude des principes dont le revers est d’altérer la
capacité de jugement et d’adaptation. »
Général de Gaulle - Le fil de l’épée (1932).

« Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout, il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit. »
Charles Péguy, Pensées (1936).

LE DISCERNEMENT … « AU CONTACT » :
Témoignage d’un capitaine commandant d’unité - opération TRIDENT - Kosovo - 2004 :
« Engagé au Kosovo à Mitrovica début 2004, la compagnie que je commande arme l’unité équipée de
capacités contrôle de foule du bataillon français. Le mandat que nous avons débuté en janvier s’annonce
calme : il est placé sous le signe du désengagement progressif. Pourtant, le 17 mars, le pays connaît une
soudaine flambée de violences. Dès les premières heures, les émeutes intercommunautaires font neuf
morts et plusieurs centaines de blessés dans la ville de Mitrovica et les enclaves serbes. Toutes les unités de
combat sont déployées en urgence sur le pont et en ville. En fin d’après-midi, le bataillon français compte
déjà douze blessés, pour la plupart polycriblés, suite à des jets de grenades offensives des émeutiers. En
début de soirée, nous parvenons à reprendre le contrôle du secteur, pour interdire le franchissement de
la rivière Ibar qui sépare les deux communautés. Dans la nuit, le bataillon danois voisin est victime de tirs à
partir de notre secteur. Le départ des coups est identifié. Le chef de corps donne alors l’ordre de riposter
et deux tireurs postés sur le toit d’un immeuble sont neutralisés à quelques minutes d’intervalles par le
groupe de tireurs d’élite de la compagnie.
L’action ponctuelle des tireurs d’élite à cet instant précis a permis de réduire la menace, d’employer la
force à un juste niveau et de poursuivre en sécurité la mission de contrôle de zone. Au-delà de la situation
tactique simple qui a entrainé la riposte, c’est bien l’analyse par le chef de corps des conséquences de
cette ouverture du feu, dans un contexte contraint d’emploi minimum de la force (à l’encontre d’individus
issus d’une population que nous devions protéger en toute impartialité) qui a conduit à prendre la décision
appropriée. Cette réaction a fait la preuve de notre détermination face aux partis en présence, en évitant
que la situation ne nous échappe. Elle a aussi eu un impact psychologique très positif sur le moral du
bataillon. Quelques jours plus tard, le dialogue avec les deux communautés kosovardes a d’ailleurs repris,
car ils ont parfaitement compris notre action. Cet usage maîtrisé de la force a fait basculer le rapport de
force et a mis un terme au déchaînement de violence. »

Témoignage d’un lieutenant chef de peloton - opération SERVAL - Mali - 2014 :


« Notre sous-groupement tactique interarmes à dominante blindée est engagé dans une opération
visant à lever le doute sur l’existence de caches d’armes utilisées par les groupes armés terroristes. Il
s’agit d’exploiter des coordonnées GPS récupérées sur le corps d’un combattant neutralisé par les forces
spéciales. Nous progressons en zone désertique en traçant nos propres pistes car il n’y a plus aucune
route, ni présence de population depuis des centaines de kilomètres. C’est alors que le véhicule de tête
croise un sillon fraîchement tracé dans le sable. Le commandant d’unité décide de suivre ces traces à
distance et nous abordons bientôt une dune, favorable à l’observation. Au loin, le panorama, troublé
par une brume de chaleur, révèle des individus enturbannés effectuant des va-et-vient réguliers entre
leur véhicule pick-up et un groupe d’arbres situés à proximité d’un puits. Les apparences et le contexte
indiquent un comportement suspect : leurs coordonnées correspondent aux indications transmises par la
cellule renseignement, leur attitude suggère un chargement ou un déchargement de matériel ; la tension
monte d’un cran, le chef de détachement comprend que son compte rendu peut entrainer des réactions
très différentes et faire basculer la situation.
Incapable d’apprécier distinctement les agissements du groupe observé, le capitaine décide d’aller à sa
rencontre, appuyé par un élément posté sur la butte. Son analyse lui révèle rapidement une scène bien
différente : les traces correspondent à une ligne de puits empruntée par les populations nomades qui
s’arrêtent de points d’eau en points d’eau et utilisent cordages et poulies de fortune laissées à hauteur des
arbres par les autres voyageurs1995
pour puiser
2000 l’eau
2005; le groupe
2010 observé était donc parfaitement inoffensif. Le
2014
doute fut levé en allant au contact de cette population de bergers qui avaient simplement établi un camp
de fortune à proximité, le temps d’une halte.
Le commandant d’unité aurait pu sur-interpréter la scène observée, aveuglé par la volonté d’agir, absorbé
par la seule réussite de la mission. Le discernement dont il a fait preuve a certainement permis d’éviter un
drame. Dans de telles circonstances, le chef doit conserver le recul nécessaire et une capacité d’analyse
rapide enrichie par la connaissance du milieu, son intuition et le souci de la précision. »

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