UCAO-UUT
Instituts Supérieur des Sciences Juridiques
L3 Droit Public
2024-2025
Exposé en Droit International Humanitaire
Thème : La distinction entre combattants et civils en
Droit International Humanitaire
Présenté par :
Baragé Moussa Bachir
Chargée du cours : P. AGBOJAN
Sommaire
I. Une distinction consacrée par le droit
international humanitaire
A. L’immunité du civil : un principe cardinal à portée
conditionnelle
B. Le critère fonctionnel du combattant : une
appartenance organique aux forces armées
II. Une distinction affaiblie par les évolutions des conflits armés
contemporains
A. L’affaiblissement du principe de distinction par
les pratiques militaires dévoyées
B. Une remise en cause systémique liée à la
transformation des conflits : de la guerre
interétatique aux conflits asymétriques
PROBLEMATIQUE : comment le droit international humanitaire
établit-il la distinction entre civils et combattants ?
Introduction
La première règle coutumière droit international humanitaire
évoque que << Les parties au conflit doivent en tout temps faire la
distinction entre civils et combattants. Les attaques ne peuvent être
dirigées que contre des combattants, les attaques ne peuvent être
dirigées contre des civils. >>. Cette règle impose aux parties à un conflit
armé de distinguer, en tout temps, les civils – qui doivent être protégés –
des combattants – qui peuvent être attaqués. D’ailleurs le sujet qui nous a
été soumis pour analyse est une illustration et s’intitule : la distinction
entre combattant et civil en Droit International Humanitaire.
Au cœur de ce sujet se trouvent deux notions centrales du DIH : le
civil, défini comme toute personne n’appartenant pas aux forces armées
d’une partie au conflit, et le combattant, défini par son droit à participer
directement aux hostilités.
Cette étude s’inscrira dans le cadre du droit international
humanitaire coutumier, tel que codifié par le Comité international de la
Croix-Rouge en 2005, avec un accent particulier sur les conflits armés
internationaux et non internationaux, dans lesquels la mise en œuvre du
principe de distinction est à la fois juridiquement reconnue et pratiquement
mise à l’épreuve.
Historiquement, le principe de distinction trouve ses racines dans les
Conventions de La Haye (1899, 1907) et a été considérablement renforcé
par les Conventions de Genève de 1949 et leurs Protocoles
additionnels. Toutefois, c’est avec l’émergence des conflits armés
asymétriques et internes dans la seconde moitié du XXe siècle, notamment
dans les Balkans, en Afghanistan, ou plus récemment en Ukraine, que ce
principe est devenu un enjeu juridique central, confronté à de nouvelles
formes de guerre.
Dès lors, on peut s’interroger : comment le droit international
humanitaire établit-il la distinction entre civils et combattants ?
Ce sujet pose à la fois un intérêt juridique et pratique :
juridiquement, parce qu’il touche au cœur même du DIH et conditionne la
licéité des attaques ; pratiquement, parce qu’il détermine la survie ou la
vulnérabilité de millions de civils pris dans les zones de conflit.
1
Ainsi, pour éclairer ce sujet, nous verrons dans une première partie
que la distinction entre civils et combattants constitue un principe
central consacré par le droit international humanitaire (I), avant
d’analyser dans une seconde partie comment cette distinction tend à
être fragilisée par les réalités des conflits armés contemporains (II).
2
I. Une distinction consacrée par le droit international humanitaire
Cette distinction repose sur une approche différenciée selon le statut de la personne
concernée : d’un côté, une protection conditionnelle est reconnue aux civils (A) ; de l’autre,
les combattants, du fait de leur rôle fonctionnel, deviennent des cibles légitimes(B).
A. L’immunité du civil : un principe cardinal à portée conditionnelle
Le droit international humanitaire repose sur un principe fondamental : la protection des
personnes qui ne participent pas directement aux hostilités. Ce principe, connu sous le nom
de principe de distinction, impose aux parties à un conflit de distinguer, en tout temps, les
civils des combattants1. Il est affirmé avec force dans la Règle 1 du droit international
humanitaire coutumier, telle que formulée par le Comité international de la Croix-Rouge,
ainsi qu’à l’article 48 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève de 1949 2, qui
précise que « les parties au conflit doivent en tout temps faire la distinction entre la
population civile et les combattants ».
Dans cette logique, le civil bénéficie d’une protection contre les attaques, aussi longtemps
qu’il ne prend pas une part active aux combats. Il ne peut en aucun cas faire l’objet
d’attaques directes, sauf exception prévue par le droit. Cette protection est renforcée par
l’article 51 §2 du Protocole I, qui interdit de faire de la population civile l’objet d’attaques ou
d’actes de violence visant à semer la terreur3.
Cependant, cette immunité n’est pas absolue. Elle est conditionnée par le comportement du
civil sur le champ de bataille. L’article 51 §3 du Protocole I prévoit que les civils bénéficient de
cette protection « sauf s’ils prennent une part directe aux hostilités, et pendant la durée de
cette participation »4. Cela signifie qu’un civil qui accomplit un acte de nature militaire, tel
que poser une bombe, transmettre des coordonnées de cibles à une armée, ou tirer sur
l’ennemi, perd temporairement sa protection et peut être légalement ciblé.
1
Règle 1, Droit international humanitaire coutumier – Volume I : Règles, CICR, 2005, p. 3.
2
Protocole additionnel I aux Conventions de Genève du 12 août 1949 relatif à la
protection des victimes des conflits armés internationaux, 8 juin 1977, art. 48
3
Protocole additionnel I, art. 51 §2
4
Ibid., art. 51 §3.
3
Cette disposition est reprise dans la Règle 6 du droit coutumier, qui précise que la protection
du civil est levée dès qu’il prend part directement aux hostilités 5. Toutefois, cette perte de
protection est strictement encadrée : elle ne s’applique que pour la durée effective de la
participation. Une fois l’action terminée, le civil recouvre son immunité. Cette temporalité est
cruciale pour éviter les abus.
En 2009, le CICR a proposé une interprétation doctrinale de cette notion de « participation
directe », en identifiant trois critères cumulatifs :
1. Seuil de nuisance : l’acte doit causer un préjudice militaire direct à l’ennemi ;
2. Lien de causalité directe : l’acte doit directement provoquer l’effet nuisible ;
3. Lien temporel : la participation doit être limitée dans le temps6.
Dans les conflits récents, ces critères sont souvent mis à l’épreuve. Par exemple, dans le
cadre de la lutte contre les talibans en Afghanistan ou au Pakistan, certains civils ont été
ciblés par des frappes de drones pour avoir prêté un soutien logistique ponctuel à des
groupes armés, comme transporter des armes ou abriter des combattants. Or, selon
l’approche du CICR, ces actes, bien qu’utiles militairement, ne constituent pas toujours une
participation directe, car ils n’ont pas nécessairement de lien immédiat avec une opération
de combat.
Autre illustration : dans le conflit israélo-palestinien, des civils suspectés de collaborer avec
des groupes armés sont parfois visés sans preuve d’une action directe. De telles pratiques, si
elles ne répondent pas aux critères du DIH, peuvent constituer des violations graves et
tomber sous le coup de la qualification de crime de guerre.
Si le civil bénéficie donc d’une protection conditionnée à son inactivité militaire, il convient
désormais d’examiner la situation juridique du combattant, qui constitue l’autre pilier de la
distinction opérée par le DIH
B. Le critère fonctionnel du combattant : une appartenance organique aux forces
armées
5
Règle 6, Droit international humanitaire coutumier – Volume I : Règles, CICR, 2005, p.
22.
6
CICR, Interprétation de la participation directe aux hostilités en droit international
humanitaire, rapport de 2009, p. 49.
4
Le critère fonctionnel signifie que ce n’est pas le titre ou l’uniforme qui détermine si une
personne est un combattant ou non, mais la fonction réelle qu’elle exerce dans les hostilités.
À l’opposé du civil, la figure du combattant est précisément encadrée par le droit
international humanitaire. Le statut de combattant repose sur un critère fondamental :
l’appartenance organique à une partie belligérante, c’est-à-dire l’intégration à une structure
militaire identifiable et soumise à une chaîne de commandement7.
L’article 43 du Protocole additionnel I, précise que les forces armées d’une partie au conflit
sont composées « de toutes les forces, groupes et unités armés organisés qui sont placés
sous un commandement responsable […] et qui sont soumis à un régime de discipline
interne »8. Le combattant régulier est donc un membre officiel des forces armées,
identifiable comme tel, et agissant dans le cadre de la stratégie militaire de son État ou de
son groupe armé.
Cette fonction militaire fait du combattant un objectif militaire légitime. Contrairement au
civil, il peut être attaqué à tout moment, sans qu’il soit nécessaire qu’il soit en train de
combattre activement9. Il renonce ainsi, par son statut, à l’immunité dont bénéficie le civil.
En revanche, il bénéficie, en cas de capture, de droits spécifiques, notamment le statut de
prisonnier de guerre, conformément à la Convention de Genève III de 1949 (article 4) 10. Ce
statut lui garantit une protection contre les mauvais traitements, un procès équitable en cas
de poursuites, et un traitement conforme à son rang.
Le critère fonctionnel prend toute son importance dans les conflits contemporains. Il permet,
par exemple, de distinguer les membres permanents d’un groupe armé non étatique
(comme une milice ou un groupe rebelle) des simples civils participant occasionnellement
aux combats11. Ainsi Le CICR, dans son étude de 2009 sur la participation directe aux
hostilités, précise qu’un membre à part entière d’un groupe armé organisé (qui exerce une
fonction de combat continue) perd de façon permanente la protection liée au statut civil,
contrairement au civil dont la protection n’est suspendue que temporairement12.
7
Règle 4, Droit international humanitaire coutumier – Volume I : Règles, CICR, 2005, p.
16.
8
Protocole additionnel I, art. 43, convention de Genève.
9
Règle 1, Droit international humanitaire coutumier – Volume I : Règles, CICR, 2005, p. 3.
10
Convention (III) de Genève relative au traitement des prisonniers de guerre, 12 août
1949, art. 4.
11
CICR, Interprétation de la participation directe aux hostilités en droit international
humanitaire, rapport de 2009, p. 33.
12
Ibid., p. 35-36.
5
Prenons un exemple : dans le conflit au Mali, les groupes armés comme le Groupe de soutien
à l’islam et aux musulmans (GSIM) comptent des membres qui assurent une fonction
militaire continue, notamment en patrouillant armés ou en planifiant des attaques. Ces
personnes sont assimilées à des combattants au sens du DIH. En revanche, un civil qui
fournirait temporairement des vivres ou des renseignements sans intégrer durablement le
groupe ne serait pas considéré comme un combattant — et resterait protégé.
La jurisprudence du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY), notamment
dans l’affaire Tadić (1995), a confirmé l’importance de ce lien organique. Elle a aussi
contribué à reconnaître que, même dans les conflits non internationaux, la distinction entre
combattants et civils doit être respectée, en adaptant les critères aux réalités du terrain13.
Toutefois, dans la pratique, l’identification claire des combattants reste parfois difficile.
L’absence d’uniforme, le camouflage parmi la population civile ou la nature informelle des
groupes armés compliquent l’application du critère fonctionnel. Cette situation entraîne des
risques de confusion et expose les civils à des attaques illégales, d’autant plus que certaines
forces armées ont parfois élargi de manière abusive la définition du combattant pour justifier
certaines opérations.
En définitive, cette distinction est règlementée par le droit international humanitaire ; elle est
cependant affaiblie par la réalité des conflits modernes.
II. Une distinction affaiblie par les évolutions des conflits armés contemporains
La mutation des formes de conflits rend plus difficile l’application rigoureuse des principes
établis par le DIH (B). Tant du point de vue des pratiques militaires (A) que de la nature
même des acteurs engagés, la distinction entre civils et combattants devient de plus en plus
floue, ce qui fragilise son effectivité.
A. L’affaiblissement du principe de distinction par les pratiques militaires
Bien que le droit international humanitaire consacre avec force le principe de distinction,
celui-ci se heurte, dans la pratique, à des comportements militaires qui en affaiblissent la
portée effective. Certaines méthodes de guerre, bien qu’interdites par les textes, sont encore
largement utilisées, compromettant la protection des personnes civiles.
13
TPIY, Prosecutor v. Tadić, affaire IT-94-1, décision du 2 octobre 1995 (décision sur la
compétence), §97-98.
6
En premier lieu, le recours aux attaques indiscriminées, interdites par les Règles 11 à 13 du
DIH coutumier, constitue une violation manifeste du principe de distinction. Ces attaques
sont dirigées sans discrimination contre des zones où se trouvent à la fois des objectifs
militaires et des civils, sans effort réel de ciblage précis 14. L’affaire Isayeva c. Russie (CEDH,
2005) en fournit une illustration saisissante : la Cour a constaté une violation du droit à la vie
(article 2 de la CEDH), après que l’aviation russe a bombardé une colonne de civils fuyant les
combats en Tchétchénie. Bien que les autorités aient invoqué la présence de combattants
dans la foule, la CEDH a estimé que les précautions nécessaires n’avaient pas été prises pour
protéger les civils, et que l’usage d’armes lourdes était disproportionné au regard de l’objectif
militaire poursuivi15.
Dans la même logique, la perfidie – c’est-à-dire le recours à la tromperie en se faisant passer
pour un civil ou une personne protégée – est prohibée par la Règle 65. Elle constitue une
méthode de guerre illicite, car elle rend impossible l’application correcte du principe de
distinction16. En dissimulant leur qualité de combattants, certains groupes armés incitent
l’adversaire à ne plus faire confiance aux signes distinctifs, ce qui peut mener à des attaques
arbitraires contre des civils.
Autre dérive notoire : l’utilisation de boucliers humains, proscrite par la Règle 97, où des
civils sont délibérément utilisés pour dissuader l’ennemi de frapper un objectif militaire.
Cette pratique, qui instrumentalise la protection accordée aux civils et constitue une
violation grave du DIH17.
Dans l’arrêt Finogenov c. Russie (CEDH, 2011), la Cour a également souligné que même en
situation d’urgence extrême, comme une prise d’otages par des terroristes, l’État ne peut se
soustraire à son obligation de protéger la vie des civils. L’utilisation d’armes incendiaires lors
de l’assaut par les forces spéciales russes, ayant entraîné la mort d’un grand nombre
d’otages, a été jugée excessive18. La CEDH a rappelé que le principe de proportionnalité et de
précaution reste applicable, même face à des menaces terroristes.
14
Règles 11 à 13, ibid., p. 38–42.
15
Cour EDH, Isayeva c. Russie, n°57950/00, arrêt du 24 février 2005, §191–200.
16
Règle 65, Droit international humanitaire coutumier – Volume I : Règles, CICR, 2005, p.
221.
17
Règle 97, ibid., p. 340.
18
Cour EDH, Finogenov et autres c. Russie, n°18299/03 et 27311/03, arrêt du 20
décembre 2011, §211–236.
7
Enfin, l’arrêt Tadić rendu par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie (TPIY) en
1995 est, comme le rappelle le document du CICR, une référence fondamentale. Il consacre
l’applicabilité du DIH, et notamment du principe de distinction, aux conflits armés non
internationaux, soulignant que les personnes qui ne participent pas directement aux
hostilités doivent bénéficier de la protection la plus étendue possible.
Outre les stratégies militaires contraires au droit, l’évolution même des conflits armés vers
des formes asymétriques et non conventionnelles pose des défis structurels au principe de
distinction.
B. Une remise en cause du principe de distinction liée à la transformation
des conflits : de la guerre interétatique aux conflits asymétriques
Le droit international humanitaire s’est historiquement développé dans le contexte des
conflits armés interétatiques, opposant des armées régulières facilement identifiables,
obéissant à une chaîne de commandement hiérarchisée et portant des uniformes distinctifs.
Dans ce cadre, la distinction entre civils et combattants était relativement claire, tant sur le
plan juridique qu’opérationnel19.
Or, cette configuration est aujourd’hui largement dépassée. Les conflits contemporains sont
majoritairement des conflits armés non internationaux, opposant des États à des acteurs non
étatiques – groupes rebelles, milices, mouvements terroristes, ou encore forces
paramilitaires non conventionnelles. Ces conflits dits « asymétriques » brouillent
profondément les catégories juridiques traditionnelles sur lesquelles repose le principe de
distinction20.
En effet, les groupes armés non étatiques ne répondent que rarement aux critères définis à
l’article 43 du Protocole I, à savoir : être placés sous un commandement responsable, avoir
une structure organisée et se soumettre aux règles du DIH. L’absence d’uniformes, de signes
distinctifs visibles, ou encore le mélange délibéré parmi la population civile rendent
l’identification des combattants extrêmement difficile 21. Cette confusion volontaire ou
structurelle entraîne des violations du principe de distinction, soit par l’impossibilité
19
Voir l’introduction générale, Droit international humanitaire coutumier – Volume I :
Règles, CICR, 2005, p. xxv–xxvi.
20
Ibid., commentaire de la Règle 1, p. 3.
21
Protocole additionnel I, art. 43 ; Règle 4 du DIH coutumier, CICR, 2005, p. 16.
8
matérielle de faire la différence, soit par exploitation stratégique de cette ambiguïté par
certains groupes armés.
Bibliographie
- [Link]/sites
9
- Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Droit international humanitaire
coutumier – Volume I : Règles, Jean-Marie Henckaerts et Louise Doswald-Beck,
Cambridge University Press, 2005.
- Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Interprétation de la participation
directe aux hostilités en droit international humanitaire, rapport, Genève, 2009.
- Sandoz Yves, Swinarski Christophe, Zimmermann Bruno (dir.), Commentaire du
Protocole additionnel I, CICR, Genève, 1986.
- Cour du P. AGBOJAN, Droit International Humanitaire
- Conventions de Genève du 12 août 1949 et Protocoles additionnels I et II
du 8 juin 1977.
10