Contexte de l’étude
Au cours des dernières décennies, la population mondiale a connu une croissance
significative, atteignant environ 8,2 milliards d’habitants en 2024. Selon les projections des
Nations Unies, ce nombre pourrait s’élever à 8,5 milliards en 2030, 9,7 milliards en 2050,
pour atteindre finalement environ 10,4 milliards dans les années 2080. Cette expansion
démographique s’accompagne d’une urbanisation rapide, notamment en Afrique
subsaharienne, où de nombreuses villes enregistrent une croissance accélérée. Au Burkina
Faso, le taux d’urbanisation est passé de 19,4 % en 2018 à 32,52 % en 2023. Cette
urbanisation se concentre principalement dans les deux grandes villes du pays : Ouagadougou,
la capitale politique, et Bobo-Dioulasso, la capitale économique.
Bobo-Dioulasso, qui représente 15,4 % de la population urbaine du Burkina Faso, joue un rôle
essentiel en tant que centre économique. Toutefois, cette croissance urbaine rapide a favorisé
l’émergence de zones d’habitat spontané, communément appelées quartiers non lotis,
s’étendant sur plus de 4 000 hectares aux abords de la ville. Ces quartiers se caractérisent
souvent par l’absence de services urbains de base (eau potable, électricité, infrastructures
adéquates), ce qui exacerbe la pauvreté urbaine et pose d’importants défis en matière de
gestion foncière. Pour répondre à ces enjeux, le gouvernement burkinabé a lancé un
programme de restructuration des zones d’habitat spontané et un processus d’apurement du
passif foncier urbain, dans le but d’améliorer le cadre de vie des habitants.
C’est dans cette optique que s’inscrit le projet de restructuration de la zone non lotie du
secteur 29 de Bobo-Dioulasso. Ce projet vise à améliorer le cadre de vie des résidents par
l’implantation d’infrastructures essentielles et la régularisation des pratiques foncières. Il
témoigne d’une volonté de relever les défis liés à une urbanisation rapide et de promouvoir un
développement urbain inclusif et durable
Problématique
La croissance démographique rapide de Bobo-Dioulasso, deuxième ville du Burkina Faso,
engendre des défis majeurs en matière d’urbanisation et de gestion territoriale. Selon le
cinquième Recensement Général de la Population et de l’Habitation (RGPH) de 2019, la
population de la commune urbaine s’élevait à 984 603 habitants, marquant une augmentation
notable par rapport aux 554 042 habitants recensés en 2006. Cette croissance s’accompagne
d’une urbanisation accélérée, avec l’extension spatiale de la ville et l’apparition de quartiers
spontanés, souvent dépourvus d’infrastructures de base.
Le secteur 29 (Belle Ville), qui constitue notre site d’étude, se situe en périphérie de Bobo-
Dioulasso dans l’arrondissement 7. Il comporte, d’une part, une zone lotie et, d’autre part, une
zone non lotie construite sans respecter les normes d’urbanisme. Les terrains y sont occupés
de manière informelle, sans régulation adéquate, engendrant ainsi une gestion foncière
chaotique et une absence d’infrastructures de base.
Notre site, issu du lotissement du secteur 29, représente un futur secteur à restructurer et fait
face à de nombreux problèmes. Une proposition d’aménagement y sera formulée afin
d’améliorer les conditions de vie. Le site couvre une superficie de 50 hectares.
La voirie, élément essentiel de tout aménagement, présente plusieurs problématiques : les
pistes étroites compliquent la circulation des piétons et des véhicules, et en saison des pluies,
l’eau stagnante et un drainage insuffisant rendent les voies impraticables. En saison sèche, la
poussière envahit les routes. Une meilleure organisation et une reconfiguration de la voirie
sont donc nécessaires pour améliorer la circulation et la sécurité dans le quartier.
L’approvisionnement en eau potable est également problématique, de nombreuses habitations
n’ayant pas un accès direct à l’eau distribuée par l’ONEA. Bien que quelques puits et
fontaines publiques soient présents, leur nombre reste insuffisant.
L’accès à l’électricité est limité : la SONABEL alimente certaines zones du site, mais d’autres
restent privées d’électricité, notamment la nuit, contraignant la majorité des habitants à
recourir à des panneaux solaires.
Le site dispose de très peu d’équipements publics. L’absence d’un centre de santé et d’une
école bien équipée oblige les résidents à se déplacer pour accéder aux services essentiels. De
même, les équipements de loisirs et les espaces publics (terrains de sport, marchés aménagés)
sont quasi inexistants.
Sur le plan environnemental, l’urbanisation non planifiée entraîne déforestation, pollution
accrue et gestion inadéquate des déchets, affectant la qualité de vie des habitants. Le manque
de caniveaux et de systèmes de drainage efficaces provoque des stagnations d’eau en saison
des pluies, détériorant à la fois les conditions de vie et les voies d’accès. L’absence de
régulation foncière et le manque d’accès aux services de base accentuent les inégalités
sociales et économiques. Bien que des mesures aient été mises en œuvre par les autorités,
elles demeurent souvent insuffisantes.
Face à ces défis, se pose la question centrale suivante :
« Quelles stratégies et actions mettre en place pour améliorer le cadre de vie des habitants de
la zone non lotie du secteur 29 de Bobo-Dioulasso ? »
Cette interrogation soulève plusieurs sous-questions :
• Quels sont les problèmes les plus urgents à résoudre ?
• Quels équipements et services sont nécessaires pour améliorer le quotidien des habitants ?
• Comment encadrer et planifier l’occupation informelle dans la zone ?
C’est dans cette optique que nous avons choisi le thème de ce mémoire de licence.
Les Objectifs
Objectif principal
Restructurer la zone non lotie du secteur 29 de Bobo-Dioulasso.
Objectifs spécifiques
• Analyser l’état des lieux pour identifier les formes d’occupation actuelles dans le quartier.
• Identifier et organiser les espaces en fonction des usages adaptés aux besoins des habitants.
• Élaborer un plan de restructuration visant à organiser et structurer la zone de manière
cohérente.
Les Hypothèses
Hypothèse principale
Le projet de restructuration contribuera à l’amélioration du cadre de vie dans la zone non
lotie.
Hypothèses spécifiques
• L’analyse du site permettra d’identifier les différents problèmes existants.
• L’intégration d’équipements de base répondra aux besoins actuels et futurs des habitants.
• Une restructuration bien planifiée améliorera l’accessibilité et le cadre de vie.
Résultats Attendus
Résultat principal
• Élaborer le projet de restructuration pour l’aménagement du site.
Résultats secondaires
• Identifier les besoins et contraintes pour orienter la planification.
• Proposer un plan de restructuration répondant aux besoins des habitants.
• Mettre en place un règlement d’urbanisme adapté.
Méthodologie
Pour mener à bien cette étude, une feuille de route a été établie afin de vérifier la validité des
hypothèses et d’assurer une collecte et une analyse rigoureuses des données. Cette
méthodologie repose sur plusieurs étapes : le choix du site, la collecte des données, leur
analyse et traitement, ainsi que l’élaboration des propositions.
Choix du site
Le choix de ce site s’explique par les défis d’urbanisation qu’il présente, notamment
l’occupation informelle et l’insuffisance des infrastructures de base. Sa restructuration
permettra d’améliorer les conditions de vie en intégrant des équipements adaptés. Par ailleurs,
cette initiative pourrait servir de modèle pour d’autres zones non loties, favorisant ainsi une
urbanisation maîtrisée et durable.
Collecte des données
• Recherche documentaire : Consultation de diverses sources (schémas directeurs, plans
d’occupation des sols, règlements d’urbanisme, rapports de mémoire, ouvrages spécialisés,
articles scientifiques et publications institutionnelles).
• Visite de terrain : Identification des caractéristiques physiques et environnementales du site,
avec prise de photos illustratives.
• Entretiens avec des personnes ressources : Recueil d’informations sur les conditions de vie,
les besoins et les attentes des habitants.
Questions posées lors des entretiens
Introduction :
– Pouvez-vous vous présenter (nom, âge, profession) ?
– Depuis combien de temps vivez-vous dans cette zone ?
– Comment percevez-vous la situation actuelle de votre quartier ?
Cadre de vie :
– Quels sont les principaux problèmes que vous rencontrez au quotidien ?
– Quelles sont, selon vous, les priorités à résoudre en urgence ?
Infrastructures et équipements :
– Avez-vous accès à des infrastructures de base telles que l’eau potable et l’électricité ?
– Quels équipements publics (écoles, centres de santé, marchés) sont présents ?
Voirie et mobilité :
– Comment évaluez-vous l’état des routes et chemins ?
– Quels moyens de transport utilisez-vous principalement ?
Assainissement et environnement :
– Comment est gérée l’évacuation des eaux de pluie ?
– Quelles sont les principales difficultés liées aux déchets et à l’assainissement ?
Changements et attentes :
– Quels changements souhaiteriez-vous voir dans votre quartier ?
– Quelles améliorations, en termes d’infrastructures et de services, devraient être apportées ?
Participation citoyenne :
– Seriez-vous prêt à participer à des réunions ou à des actions de concertation pour le
développement de votre quartier ?
– Comment pensez-vous que les habitants pourraient contribuer à son amélioration ?
Conclusion :
– Avez-vous des suggestions concernant le développement de votre quartier ?
– Souhaitez-vous ajouter quelque chose sur l’aménagement de votre quartier ?
Analyse et traitement des données
L’analyse et le traitement des données consistent à organiser, étudier et interpréter les
informations collectées sur le terrain pour mieux comprendre les défis et besoins du site. Cette
étape a permis d’identifier les principaux problèmes liés à la voirie, à l’assainissement, à
l’accès aux services de base et aux équipements, ainsi que les contraintes environnementales.
Ces résultats ont servi à établir des priorités d’aménagement et à proposer des solutions
adaptées.
Proposition d’aménagement
La proposition repose sur l’analyse des problèmes détectés, le diagnostic établi et
l’identification des besoins. Elle vise à mettre en œuvre des mesures conformes aux
réglementations et aux stratégies d’urbanisme afin d’assurer un aménagement optimal du site.
Définitions des termes clés
• Cadre de vie : Environnement dans lequel évolue une personne, influençant sa qualité de vie
par l’ensemble des éléments naturels, bâtis et sociaux. (Dictionnaire Larousse)
• Restructuration urbaine : Opération consistant à réorganiser ou à réaménager un ensemble
devenu inadapté. Selon la loi n°017-2006 du 18 mai 2006 portant code de l’urbanisme et de la
construction du Burkina Faso, il s’agit d’une opération d’aménagement visant à réorganiser et
équiper une partie du tissu urbain, qu’elle soit aménagée ou non. Cette opération peut inclure
l’amélioration de la voirie, la mise en place de réseaux divers et l’installation d’équipements
de base.
• Quartier non lotie : Quartier dont l’organisation spatiale ne suit pas une structure
géométrique définie, caractérisé par une urbanisation informelle en dehors des procédures
officielles. L’habitat y est souvent construit en terre, sans adduction d’eau, sans électricité, ni
voirie bitumée, et l’occupation des terrains n’est pas officialisée. Issus d’une extension
urbaine d’anciennes zones rurales, ces quartiers se retrouvent souvent sous-équipés et
confrontés à des problèmes d’insécurité.
• Urbanisation : Processus historique de transformation des sociétés, marqué par
l’augmentation du nombre d’habitants vivant en ville et la concentration des populations dans
ces espaces. Ce phénomène varie selon les pays et les villes. (Dictionnaire de l’urbanisme)
Revue de littérature
Plusieurs auteurs ont abordé la question des quartiers non lotis en s’intéressant à leurs
origines, leur organisation spatiale, leur rôle dans l’urbanisation et les stratégies d’adaptation.
• Dr Léandre Guigma (février 2019) présente l’occupation spatiale de la zone non lotie du
Marteau dans son ouvrage Le « Marteau », un coup dur sur l’homogénéisation des quartiers
de Ouagadougou. Il souligne que la fabrication et la transformation continue des quartiers non
lotis résultent de stratégies d’appropriation foncière menées par des citadins, en collaboration
avec des chefs traditionnels et les premiers occupants. Il distingue quatre types d’occupation
dans ces zones : zones non aménagées ou inconstructibles, terrains à usage d’habitation,
grands domaines à usage non résidentiel et squatters sur des domaines délimités ou titrés. Il
met également en avant la diversité des formes spatiales dans les zones loties et non loties.
• Ophélie Robineau (2014), dans Les quartiers non lotis : espace de l’entre-deux dans la ville
burkinabé, analyse l’origine des quartiers non lotis et leur place dans l’urbanisation. Elle
prend l’exemple de Bobo-Dioulasso pour montrer que la forte augmentation de la population
urbaine a entraîné un retard croissant de l’offre de logements par rapport à la demande. De
nombreuses familles ont ainsi construit clandestinement des maisons en banco à la périphérie
des quartiers lotis, sur des terrains achetés auprès des premiers occupants, contribuant à
l’extension spatiale de la ville. L’auteure distingue trois types d’espaces bâtis : zones loties,
zones non loties et zones issues d’un ancien habitat rural, désormais intégrées à la ville. Elle
précise également que les quartiers non lotis se situent à la frontière entre l’urbain et le rural,
tant par leur style architectural que par leur gestion foncière, qui combine législation urbaine
et pratiques coutumières.
L’approche de ces auteurs montre que les quartiers non lotis possèdent un double caractère –
rural et urbain – nécessitant des aménagements spécifiques adaptés à leur réalité.
Plan indicatif
Première partie : Analyse diagnostique du site
• Chapitre 1 : Analyse du contexte du projet
• Chapitre 2 : Levé de l’état des lieux
• Chapitre 3 : Diagnostic du site
Deuxième partie : Propositions d’aménagement
• Chapitre 4 : Programmation urbaine
• Chapitre 5 : Parti d’aménagement
• Chapitre 6 : Mise en œuvre du projet
• Chapitre 7 : Étude de cas similaires et règlementation
Bibliographie
• Code de l’Urbanisme et de la Construction : Loi n°017-2006 du 18 mai 2006, Article,
Ouagadougou.
• Ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme (2019) : Schéma Directeur d’Aménagement du
Grand Ouaga, rapport final actualisé, Ouagadougou, Volumes I et II, 234p et 128p.
• G2 CONCEPTION (2022) : Plan d’Occupation du Sol de la Commune de Ouagadougou
(POS), Ouagadougou, 99 pages.
• Guigma Léandre (2019) : Le « Marteau », un coup dur sur l’homogénéisation des quartiers
de Ouagadougou, Atelier de maîtrise d’œuvre urbaine, Ouagadougou, 36p.
• Robineau Ophélie (2014) : Les quartiers non lotis : espace de l’entre-deux dans la ville
burkinabé, Carnets de géographes, 12p.
• Agence Perspective (2008) : Cadre d’intervention stratégique pour la résorption de l’habitat
spontané dans les treize chefs-lieux de région et à Pouytenga, rapport définitif, Ouagadougou,
139p.