Aero Journal 101 (E)
Aero Journal 101 (E)
SEENOTDIENST !
ATTENTION À LA MARCHE !
LE SERVICE DE SECOURS
EN MER DE LA LUFTWAFFE Les miraculés de la chute libre
EN KIOSQUE
cara tère
Aérojournal n° 101 Batailles & Blindés n° 121
presse & éditions
Ligne de Front n° 109
MASSACRE LA LUFTWAFFE
GUERRE D’EXTERMINATION
cara publishing
tère L'arme fatale, vraiment ?
LA PANZER-DIVISION
LA 8th AIR FORCE
À L’EST
Trucks & Tanks n° 103 LOS! n° 74 AJ Hors-Série n° 48
ACTUS : BRÈVES ET RECENSIONS // FRÉGATES : AFRIQUE DU SUD - LA CLASSE VALOUR
La flotte cuirassée de la Royal Navy
LA TRIÈRE
Durant GRECQUE
l’entre-deux guerres, les États-Unis sont loin de constituer
Capital
une Ship de
puissance l’Antiquité
militaire de premier plan. Si l’US Navy se situe en 1939
dans le peloton de tête des principales flottes de guerre, il en va très
différemment de l’US Army : forte de 174 000 hommes, elle n’occupe
qu’un piteux 19e rang, devant la Bulgarie mais juste derrière le Portugal.
Sa composante aérienne, l’Army Air Corps avec ses 26 000 aviateurs
(dont peu de pilotes) et ses 1 200 appareils peut donner le change, mais
les deux tiers de ces avions sont obsolètes et la doctrine n’a guère évolué
depuis la Grande Guerre. De quoi relativiser son 6e rang mondial.
IMPÉRIALE JAPONAISE
L’ÉNIGME DE L’ARMÉE
22/03/2024 09:47
Renseignements : Éditions Caraktère - Résidence Maunier - 3 120, route d’Avignon - 13 090 Aix-en-Provence - France
Tél : +33 (0)4 42 21 06 76 - [Link]
L'ACTUALITÉ DE L'AÉRONAUTIQUE p. 4
En bref
NOUVELLE RUBRIQUE
LES CARNETS DU PR. IVANOV p. 12
NOTAM
N° Le Sukhoï T-12
101
[NOTICE TO AIR MEN] ATTENTION À LA MARCHE ! p. 14
Chers lecteurs, Les miraculés de la chute libre
L’été sera chaud et votre magazine préféré en
profite pour vous amener un peu de fraîcheur avec
un article sur le Seenotdienst, l’unité de recherche LA DERNIÈRE MORT DE LA LUFTWAFFE p. 22
et de secours en mer de la Luftwaffe, qui fut
déployée de la mer du Nord à la Méditerranée, en Le dimanche noir des Jagdgeschwadern (P.2)
passant par le golfe de Gascogne et la Manche,
afin de récupérer les équipages tant allemands
qu’alliés abattus ou accidentés en mer.
Personne ne put en revanche porter secours le
14 janvier 1945 aux JG 300 et JG 301 qui ten-
tèrent de s’interposer entre les B-17 de la 8th Air
Force et les dépôts d’essence de Derben qu’ils
devaient bombarder ce jour-là. Bien que la sortie
des chasseurs allemands fut massive, l’escorte
de P-51 Mustang ne leur laissa aucune chance
et ce fut un vrai massacre qui scella quasiment la
fin de ces deux escadres affectées à la défense
du Reich. Plus jamais la chasse de jour allemande DAUNTLESS SUR RABAUL p. 50
n’allait être en mesure de lancer des interceptions
en nombre après cette hécatombe qui coûta à ces L’escadrille VB-98 dans les Salomon
deux seules Geschwadern 88 chasseurs abattus
et 51 pilotes tués. Or, bien d’autres JG furent
étrillées ailleurs dans le ciel d’Allemagne ce terrible SEENOTDIENST ! p. 62
« dimanche noir » en tentant d’approcher les B-17 Le service de secours en mer de la Luftwaffe
et les B-24. Le seul succès allemand – éphémère,
tant le combat fut à sens unique par la suite – fut
les lourdes pertes infligées au 390th BG très à
la traîne 15 km derrière les autres Groups et qui
CONVAIR B-58 HUSTLER p. 70
subit l’assaut du II.(Sturm)/JG 300 conclu par Une arme (presque) fatale !
les pires dégâts jamais endurés par ses B-17. On
vous laisse (re)découvrir cette bataille aérienne
passionnante des derniers mois de la Seconde
EN KIOSQUE LE 27 SEPTEMBRE 2024
Guerre mondiale.
AU SOMMAIRE DU N°102
L’E-2D Hawkeye,
photographié ici près du
Mont Fuji, repousse les
limites de la surveillance
aérienne avec sa
technologie de pointe.
(US Navy)
En décembre 2021, le Pentagone fit savoir développé par le Service industriel de l’aéro- La solution retenue pour les futurs E-2D
qu’il venait de notifier à Northrop Grumman nautique (SIAé), qui sera le garant de la capa- Advanced Hawkeye de la 4F permettra
un contrat d’une valeur d’environ 354 millions cité d’évolution autonome du système », avait « l’échange bidirectionnel en temps réel entre
de dollars pour « la production et la livraison » en effet expliqué le ministère des Armées, en des données autorisées provenant du système
de trois avions de guet aérien embarqués E-2D décembre 2020. natif américain et des données tactiques com-
« Advanced Hawkeye » pour le compte du En réalité, ce calculateur sera fourni par Eviden, plémentaires françaises, garantissant ainsi le
ministère français des Armées. Et de préciser l’entité qui fédère les activités cybersécurité, cloisonnement et la souveraineté de la chaine
que ces appareils seraient remis à la Marine big data et cloud du groupe Atos. L’annonce des systèmes embarqués », explique Eviden.
nationale d’ici avril 2027. en a été faite le 17 juin. Bien que ces trois avions de guet aérien doivent
É
« L’atelier Industriel de l’Aéronautique (AIA) être livrés en 2027, la Marine nationale aura à
volution de l’E-2C Hawkeye actuelle- de Cuers-Pierrefeu du Service Industriel de patienter trois ans de plus avant de pouvoir les
ment mis en œuvre par la Flottille 4F, l’Aéronautique aura la charge de l’intégration exploiter. En effet, une fois sortis des lignes
l’Advanced Hawkeye est ravitaillable en du calculateur multifonction de la gamme MLS d’assemblage de Northrop Grumman, ils pas-
vol. Doté d’un radar à balayage méca- Gateway pour le cloisonnement de la chaîne seront par le SIAé afin de recevoir leurs équi-
nique et électronique AN/APY-9, il peut suivre tactique française embarquée à bord de l’E-2D pements français (dont le calculateur d’Eviden).
simultanément un plus grand nombre de pistes, Hawkeye », a fait savoir Eviden. La Direction générale de l’armement (DGA)
qu’elles soient aériennes ou navale, à 360° « Ce nouveau contrat dans le domaine de les prendra ensuite en compte, avant de les
et sur de plus longues distances. Il dispose l’aéronaval militaire démontre notre exper- remettre au Centre d’expérimentations pra-
également d’un système de mesure de sou- tise et notre capacité à livrer des calculateurs tiques et de réception de l’aéronautique navale
tien électronique (MSE) AN/ALQ-217, de la sécurisés multifonctions », s’est félicité Bruno (CEPA/10S). Leur admission au service devrait
Liaison 16 et d’un dispositif IFF (identification Milard, vice-président et Directeur de l’entité être prononcée au moment où le porte-avions
amis/ennemis). Electronique de Défense et Aéronautique de Charles de Gaulle terminera son troisième (et
Cela étant, la fourniture d’un calculateur mul- l’industriel. Et d’ajouter : « Avec notre gamme dernier) arrêt technique majeur.
tifonction n’était pas inscrite dans le devis et de solutions MLS Gateway, nous mettons
le bon de commande. Et pour cause. « Les à disposition de nos clients des passerelles L’actualité de la défense et de la sécurité,
en partenariat avec :
trois aéronefs E-2D commandés pour la Marine sécurisées et souveraines qui répondent à
nationale seront adaptés aux besoins français leurs exigences métiers et à leurs spécificités
par l’intégration d’un calculateur spécifique, environnementales ».
4
Suède / 2024
Un Sukhoï Su-24M
des forces aériennes
russes, modèle souvent
impliqué dans les
affaires de violation
de l'espace aérien des
voisins de la Russie.
(Leukhin Fedor - CC
BY-SA 2.0)
Jonas Wikman,
commandant de la
force aérienne suédoise
et en charge de la
surveillance de son
espace aérien, avertit de
la vigilance accrue face
aux activités russes.
(USAF)
Après la Finlande, qui enquête sur l’incursion présumée de quatre avions notamment la cession de deux avions de commandement aéroporté
militaires russes au-dessus de son territoire, le 10 juin dernier, c’est et de détection avancée Saab 340 AW&C.
au tour de la Suède de dénoncer une violation de son espace aérien Ce n’est pas la première fois que la Suède dénonce une violation de
par la Russie. Et, visiblement, celle-ci a été sérieuse. son espace aérien par la Russie depuis le début de la guerre en Ukraine.
A
Ainsi, en mars 2022, deux chasseurs Su-27 « Flanker » et deux
insi, dans l’après-midi du 14 juin, un avion russe de type Su-24 « Fencer », potentiellement armés, s’étaient aventurés dans le
Su-24 « Fencer » a été détecté à l’est de la pointe méridionale ciel suédois, au niveau, là encore, de l’île de Gotland. Ils avaient été
de l’île stratégique de Gotland (surnommée le « porte-avions interceptés par des JAS-39 Gripen.
de la Baltique »).
La défense aérienne suédoise l’a alors averti, par radio, qu’il
était en train de commettre une violation de l’espace aérien.
Seulement, il n’en a pas tenu compte et a poursuivi sur le
même cap. Deux JAS-39 Gripen sont alors intervenus, ce
qui l’a contraint à faire demi-tour. Cette incursion a été de
« courte durée », a précisé l’état-major suédois.
« L’action russe n’est pas acceptable et témoigne d’un
manque de respect pour notre intégrité territoriale. Nous
avons suivi tout le processus et étions là pour intervenir »,
a commenté le général Jonas Wikman, le commandant de
la force aérienne suédoise.
Selon une photographie publiée par l’état-major suédois,
l’avion en question est, a priori, un Su-24 MR, dédié aux
missions de reconnaissance. Probablement qu’il surveillait
les manœuvres navales Baltops, actuellement organisées
en Baltique par l’Otan (dont la Suède fait partie depuis peu).
Cette violation de l’espace aérien suédois est survenue deux
semaines après que Stockholm a donné le détail de son
seizième paquet d’aide militaire (le plus important depuis
février 2022) à l’Ukraine. Pour rappel, celui-ci comprend
5
l'Actualité
de l'Aéronautique
Allemagne / 2024
INTELLIGENCE ARTIFICIELLE :
L’ALLEMAND HELSING IA MET AU POINT
DES CAPACITÉS AUTONOMES POUR LE COMBAT AÉRIEN
Par Laurent Lagneau
«
Il s’agit d’un drone de type chasseur qui
sera commandé par un pilote d’un avion
de combat actuel comme l’Eurofighter
et qui pourra assumer des tâches à haut
risque», a en effet expliqué l’industriel… avant
de préciser que le modèle présenté au salon
ILA allait surtout servir de « base » et de
« catalyseur » pour « déterminer les exi-
gences de conception » de la Luftwaffe (force
aérienne allemande).
Cela étant, Airbus Defence & Space ne pou-
vait sans doute guère être plus précis sur ce
point au moment de la présentation de ce
concept, sauf à faire une annonce prématu-
rée au sujet de son partenariat avec la société
Helsing IA, spécialiste des algorithmes d’intel-
ligence artificielle destinés aux applications
militaires et dont le siège social est à Munich.
Cet accord a en effet été officialisé le 5 juin.
Ainsi, Airbus Defence & Space et Helsing
6
aérienne est importante. La combinaison de plate-
formes habitées et non habitées jouera un rôle central
pour atteindre cette supériorité aérienne : avec un drone
Wingman à leurs côtés, les pilotes de chasse pourront
opérer en dehors de la zone de danger. Ils donneront les
ordres et auront toujours le pouvoir de décision. Soutenus
par l’intelligence artificielle, le Wingman prendra alors
en charge les tâches dangereuses », a détaillé Michael
Schoellhorn, PDG d’Airbus Defence & Space.
Selon les explications données par Gundbert Scherf,
co-dirigeant de Helsing, les « parties les plus dange-
reuses d’une mission sans pilote [à bord] auront un
haut degré d’autonomie et auront donc besoin d’une
intelligence artificielle ». Et d’insister : « Du traitement
des données collectées par les capteurs à l’optimisation
des sous-systèmes, les capacités définies par logiciel et
l’IA seront un élément essentiel du système Wingman
destiné à la Luftwaffe ».
Ce partenariat pourrait aller plus encore plus loin. En
effet, pendant qu’Airbus Defence & Space présentait voie et par la réaction des pilotes humains rencontrant
Michael Schoellhorn,
le concept Wingman, Helsing a confirmé l’existence du PDG d'Airbus Defence l’IA de Centaur », a commenté Antoine Bordes, vice-pré-
projet Centaur, lequel vise à mettre au point des capacités and Space (gauche) sident Intelligence Artificielle chez Helsing.
autonomes de combat aérien pour les « plateformes exis- et Gundbert Scherf, Ces premiers résultats sont si « encourageants » qu’ils
Co-PDG d'Helsing,
tantes » ainsi que pour les futurs systèmes de combat, devant la maquette de
ont convaincu l’entreprise « d’engager des ressources
tels que le Système de combat aérien du futur (SCAF), l'Airbus Wingman. importantes dans l’apprentissage et le développement
le Global Air Combat Programme (GCAP, ex-Tempest), (Airbus) de cette nouvelle génération d’intelligence artificielle pour
le Wingman, etc... les systèmes de combat aérien existants et futurs ».
« Le projet Centaur adopte une approche nouvelle pour Pour le moment, l’US Air Force fait la course en tête en
obtenir des capacités de vol et de combat autonomes matière de combat aérien assisté par l’IA, avec les pro-
de nouvelle génération, combinant un apprentissage grammes AACO (Autonomous Air Combat Operations)
par renforcement à grande échelle et des modèles de L'Eurofighter Typhoon, et ACE (Air Combat Evolution). Récemment, elle fait état
fleuron de l'aéronautique
fondation [modèle d’apprentissage automatique] pour européenne, en plein vol d’une vingtaine de vols d’essais, au cours desquels un
des performances et une capacité de collaboration sans lors d'une démonstration X-62A VISTA (Variable In-flight Simulation Test Aircraft),
précédent », a expliqué Helsing. aérienne. Cet avion de piloté par des algorithmes d’IA, a affronté un F-16 « clas-
chasse polyvalent est
« En utilisant une approche globale, nous exploitons les sique » en combat aérien à portée visuelle [1].
au cœur des capacités
enseignements des récentes avancées en matière d’IA et de défense de plusieurs
les appliquons au domaine aérien. Je suis enthousiasmé nations européennes. DR
(Steve Lynes - CC BY 2.0) [1] Voir Actualités d’AéroJournal 100.
par les progrès que nous avons déjà réalisés dans cette
7
l'Actualité
de l'Aéronautique
France / 2024
En octobre 2020, la Direction générale de l’arme- + Cet hélicoptère polyvalent affiche une vitesse de croisière de 300 km/h, une portée
ment (DGA) fit savoir que les contrats de déve- de 880 km et une capacité d'emport allant jusqu'à 20 soldats. Le NH90 est essentiel pour les
loppement de la version « forces spéciales » (FS) missions de transport, de sauvetage et de soutien des forces armées. (Airbus Helicopters)
de l’hélicoptère NH-90 TTH avaient été notifiés à Vue du bâtiment recherches et développement d'Airbus Helicopters à Marignane.
NHIndustries, Thales et Safran, via la NAHEMA Un centre d'excellence où innovation et expertise se rencontrent pour développer
(Nato HElicopter Management Agency). À les hélicoptères de demain. (Michel Rémon & Associés - CC BY-SA 4.0)
l’époque, il était question d’acquérir dix exem-
plaires pour équiper le 4e Régiment d’hélicoptères
de forces spéciales (RHFS) de l’Aviation légère
de l’armée de Terre (ALAT).
D
epuis, cette ambition a été revue à la
hausse dans le cadre de la Loi de program-
mation militaire (LPM) 2024-30. Ainsi,
en décembre dernier, huit NH-90 FS (ou
Standard 2) supplémentaires ont été commandés
par la DGA, toujours via la NAHEMA. Cela per-
mettra ainsi de transférer les hélicoptères Caracal
du 4e RHFS vers l’Escadron 1/67 Pyrénées, lequel
fait également partie des unités de l’armée de l’Air
& de l’Espace (AAE) mises à la disposition du
Commandement des opérations spéciales (COS).
Quoi qu’il en soit, quatre ans et demi après la
notification des contrats de développement,
8
ce programme vient de franchit une nouvelle panoramique 3D d’aide au pilotage associé à opérer dans des conditions très exigeantes ».
étape. Membre du consortium NHIndustries au casque binoculaire TopOwl. Enfin, la D’ici la fin de cette décennie, l’ALAT mettra
avec Leonardo et Fokker, Airbus Helicopters soute sera modifiée de manière à permettre en œuvre 81 NH-90 TTH. Les 63 exemplaires
a annoncé, ce 18 juin, que la campagne des opérations d’aérocordage avec autopro- actuellement en service ont effectué 50 000
d’essais en vol du prototype du NH-90 porté tection par les portes latérales. heures de vol au total.
au standard « Forces spéciales » venait de Dans son communiqué, Airbus Helicopters a
débuter. Celle-ci se poursuivra « jusqu’à indiqué qu’un troisième membre d’équipage Grâce à sa précision inégalée et à sa capacité
la fin » de cette année, conformément au prendrait place à bord du NH-90 FS, qui, de détection thermique avancée, l’Euroflir 410 a
« calendrier convenu » avec la DGA, a pré- outre l’Euroflir 410, sera doté d’un « nouveau ouvert de nouvelles perspectives en surveillance
et reconnaissance. Un véritable atout pour les
cisé l’industriel. générateur de cartes numériques » ainsi que missions de défense et de sécurité. (Safran)
Selon les spécifications techniques qui de « dispositions mécaniques et électriques
avaient été livrées par le ministère des dédiées au système d’ouverture distribuée Basé à Pau, le 4e Régiment d’Hélicoptères
de Forces Spéciales est spécialisé dans les
Armées en octobre 2020, le NH-90 « Forces (DAS) et d’un affichage numérique de visée opérations aéroportées et de reconnaissance.
spéciales » sera notamment doté de la monté sur casque (HMSD-DD) de nouvelle Composé de plus de 500 membres, il opère
boule optronique Euroflir 410 de nouvelle génération en vue d’une future intégration avec des hélicoptères tels que les Tigre, Caracal
génération, du système « Eurofl’Eye », ultérieure ». Et d’ajouter : « Ces systèmes et NH90, assurant des missions critiques
pour les forces spéciales françaises. (DR)
lequel repose sur un capteur multispectral amélioreront les capacités des forces spéciales
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l'Actualité
de l'Aéronautique
France / 2024
Avec une vitesse maximale de 290 km/h, une portée de 800 km et un arsenal comprenant
des missiles antichars, des roquettes et un canon de 30 mm, ce redoutable hélicoptère
d'attaque est un atout majeur pour les forces armées. (Besopha - CC BY-SA 2.0)
En février, l’US Army a brutalement mis de différents moyens, comme les drones et les Côté français, il était aussi question de per-
fin au programme FARA (Future Attack moyens spatiaux », fit alors valoir l’US Army. mettre aux Tigre de l’Aviation légère de l’ar-
Reconnaissance Aircraft) qui, lancé officiel- Faut-il pour autant en conclure que la guerre mée de Terre (ALAT) d’emporter des missiles
lement en 2018, devait se concrétiser par le en Ukraine a sonné le glas pour l’hélicoptère Akeron LP (ex-missile haut de trame).
développement d’un nouvel hélicoptère de de reconnaissance et d’attaque ? En tout cas, En mars 2022, les contrats relatifs au stan-
reconnaissance et d’attaque. Cette décision le ministère allemand de la Défense a décidé dard 3 du Tigre furent notifiés aux industriels
a été motivée par les retours d’expérience d’accélérer le remplacement des Tigre de la concernés, via l’Organisation Conjointe de
(RETEX) de la guerre en Ukraine. Bundeswehr par des appareils d’attaque plus
«
légers, en l’occurrence 62 H145M, dont cer-
Nous apprenons du champ de bataille, tains auront des capacités de lutte antichar.
notamment en Ukraine, que la recon- Seulement, cette décision a eu des répercus-
naissance aérienne a fondamentalement sions en France et en Espagne, deux pays
changé. Les capteurs et les armes mon- avec lesquels l’Allemagne était censée établir
tées sur divers drones sont plus omniprésents une coopération pour le développement du
et moins coûteux que jamais. […] En examinant standard 3 du Tigre. Celui-ci était ambitieux
le programme FARA à la lumière des nouveaux puisqu’il prévoyait d’intégrer à cet hélicoptère
développements technologiques, de l’évolu- le système de visée Strix NG, de nouveaux sys-
tion du champ de bataille et des projections tèmes de navigation, la suite avionique FlytX,
budgétaires actuelles, il a été estimé que les un dispositif d’autoprotection dérivé du CATS-
capacités accrues qu’il offrait pourraient être 150, des terminaux Micro TMA pour le guidage
obtenues de manière plus abordable et plus des missiles air-sol et de drones, le casque à
efficace en s’appuyant sur une combinaison viseur intégré TopOwl Digital Display, etc...
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Coopération en matière d’Armement (OCCAr), l’occasion du salon de l’armement aéroterrestre l’ajout du SICS ALAT (Système d’information
sans attendre l’Allemagne. Sauf que l’ambi- Eurosatory 2024, l’armée de Terre a précisé du combat Scorpion), l’intégration du poste
tion de départ fut réduite puisqu’il n’était plus que seulement 42 appareils allaient être radio CONTACT, la possibilité d’utiliser le
question que de moderniser 42 Tigre sur les modernisés. Que deviendront les 25 autres ? système de géolocalisation par satellite euro-
67 en dotation au sein de l’ALAT. « Le programme de rénovation mi-vie de l’hé- péen Galileo (en plus du GPS américain) et la
Puis, l’année suivante, le ministre des Armées, licoptère de reconnaissance et d’attaque Tigre « capacité de coopération drones-hélicoptères
Sébastien Lecornu, expliqua devant les parle- […] est destiné à prolonger le service opération- [MUM-T] ».
mentaires qu’il fallait « réinterroger le modèle » nel du Tigre au-delà de 2050 tout en l’adap- Dans un entretien accordé à Air & Cosmos, le
des évolutions du Tigre, à la lumière des tant à la réalité du champ de bataille futur. Il 13 juin, le commandant de l’ALAT, le général
enseignements tirés des combats en Ukraine. est mené en coopération avec l’Espagne et Pierre Meyer, a expliqué que la « rénovation
Finalement, la Loi de programmation miliaire prévoit la rénovation de 42 hélicoptères Tigre mi-vie telle qu’envisagée à ce stade doit per-
(LPM) 2024-30 rendit son verdict : le standard de l’ALAT », est-il en effet avancé dans un mettre des améliorations en portée de détec-
3 allait être abandonné au profit d’une moder- dossier de presse diffusé par l’armée de Terre. tion, de missile, de débattement du canon ». Et
nisation à mi-vie beaucoup plus modeste. Toujours conduit par l’intermédiaire de d’ajouter : « Le Tigre devrait comporter aussi
Étant donné que le tableau capacitaire de la l’OCCAr, ce programme est mené en coo- une part d’évolutivité, afin d’intégrer plus rapi-
LPM indique que l’ALAT disposera de 67 Tigre pération avec l’Espagne, avec la participa- dement et sans des chantiers importants des
en 2030 (de même qu’en 2035), on pouvait tion d’Airbus Helicopters, Thales et Safran innovations qu’on voit poindre, en matière de
penser que tous ces hélicoptères seraient Electronics & Defense. connectivité, de spectre des munitions, et pour
concernés par cette rénovation à mi-vie, désor- Parmi les évolutions prévues, l’armée de Terre permettre la coopération drone-hélicoptère tel-
mais désignée Mk2+ (ou RMV Tigre). Or, à cite la refonte de l’avionique, avec notamment lement importante ».
L'hélicoptère de combat
Tigre : une rénovation à
mi-vie qui pose question.
(Ibex73 - CC BY-SA 4.0)
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LES CARNETS DU
PR. IVANOV
le
Sukhoi T-12
Par Yann Mahé LE LOURD SUCCESSEUR DU « FROGFOOT »
Le
Pr. Trifon E. Ivanov a travaillé durant 45 ans au ministère de l’Industrie aéronautique
de l’URSS. Toute sa carrière, il a eu sous les yeux d’innombrables liasses de documents
relatifs aux projets des avionneurs soviétiques (Sukhoï, MiG, Tupolev, Antonov, Yakovlev,
Iliouchine, Miassichtchev, Beriev, etc.) qui auraient pu entrer en service durant la Guerre
froide ou dû le faire si celle-ci s’était prolongée. Malgré la surveillance du KGB, il a réussi à conserver ses
notes concernant plusieurs avions. Aérojournal vous proposera régulièrement d’en découvrir… [1]
1981, le ministère à 1968 et le premier vol du prototype à 1975. forme d’un imposant appareil à aile en légère
En
de l’Industrie aéro- L’OKB (bureau d’études) de Sukhoï charge flèche inversée. Les saumons d’aile sont pour-
nautique soviétique à partir de 1984 Mikhaïl Petrovitch Simonov vus chacun d’un rail accueillant une nacelle
lance plusieurs pro- de mener le programme du Chtourmovik-90 de contre-mesures électroniques. La carac-
grammes d’avions de à son terme, le futur avion étant dénommé téristique la plus frappante du Sukhoï T-12
combat de nouvelle T-12 selon la nomenclature retenue par la firme réside dans la solution « presque bifuselage »
génération appelés à pour ses appareils en cours de développement. adoptée, puisque la partie avant de l’avion est
remplacer, au cours C’est encore une fois la brigade 100-2 d’Ar- séparée en deux habitacles distincts – direc-
de la décennie suivante, les appareils les nold Ivanovitch Andrianov (comme pour le tement hérités de celui du Su-25 – qui sont
plus modernes entrés en service au sein des T-710 [voir numéro précédent]) qui prend le connectés par une imposante section centrale
Voyenno-Vozduchnye Sily Soyouza Sovetsky projet en main, l’équipe d’ingénieurs affectée supportant la bidérive en V dont les plans sont
Sotsialistichesky Respublik (Forces aériennes à l’élaboration de l’avion demandé comprenant inclinés à environ 45°. Le cockpit gauche est
de l’Union des républiques socialistes sovié- V.V. Sakharov, V.A. Pavel, D. Kibetz, A.V. celui du pilote, dont le nez dissimule le radar.
tiques, en abrégé VVS). Ainsi, Istrebitel-90 Smirnov et V.I. Moskalenko, rejoints en 1985 L’habitacle droit est celui du navigateur officier
ou « chasseur des années 1990 » est censé par Evgueni Petrovitch Grounine qui jouera un systèmes d’armes et est donc équipé d’un sys-
succéder aux MiG-29 et Su-27 ; le pro- grand rôle dans le tracé des plans du T-12. tème optoélectronique d’acquisition de cibles.
gramme aboutira aux MiG 1.44 et Su-47. Les travaux sur la planche à dessins sont ache- La section centrale du T-12 dissimule éga-
Bombardirovchtsik-90 ou « bombardier des vés en 1989, alors que l’empire soviétique lement le réacteur dont l’entrée d’air est
années 1990 » est destiné à remplacer les est au bord de l’effondrement. Si plusieurs frontale : située sur la partie supérieure du
Tu-22M3 et conduira Sukhoï à tracer les plans propositions sont faites, elles concordent fuselage entre les deux habitacles, celle-ci
des Objekt 54 et T-60S. Enfin, nous intéres- toutes dans les grandes lignes : elles dif- se prolonge en forme de S jusqu’aux com-
sant directement, Chtourmovik-90 (en abrégé fèrent essentiellement par leur motorisation presseurs. Cette manche à air est cen-
Ch-90) ou « avion d’assaut des années 1990 » et des aménagements mineurs. La formule sée atténuer la signature radar de l’avion.
est amené à se pencher sur la succession du privilégiée par l’équipe d’ingénieurs affectée Plusieurs modèles de réacteurs sont envisa-
très efficace Su-25 Gratch (nom de code au programme Ch-90 est peu convention- gés, notamment deux RD-33K de 5 500 kgp
OTAN « Frogfoot) dont la conception remonte nelle, puisque ce biplace se présente sous la chacun ou un seul turboréacteur à double
12
Le Sukhoï T-12
flux Izdelie 107 mis au point par le Pr. P.A. le réacteur monté sur le T-12. À la sortie du longueur de 16,45 m, une envergure de 19 m
Kolesov, du bureau d’études de la motorisa- propulseur, la tuyère est aplatie pour minimi- et une surface alaire de 82 m². Son poids à
tion à Rybinsk, et renommé ensuite Trombone ser encore davantage la signature radar. La vide serait de… 21 tonnes et de 30 tonnes
en raison de sa forme. L’air est en effet aspiré vitesse maximale attendue du Ch-90 serait en ordre de combat dont 9 000 kg de charge
dans la manche commune puis s’engouffre de 820 km/h au niveau de la mer pour un offensive maximale ! Le poids excessif de ce
dans les compresseurs avant d’être séparé plafond pratique de 10 000 m et un rayon véritable camion à bombes semble faire naître
en deux flux dans autant de chambres de d’action de 1 850 km. des réserves chez certains généraux des VVS
combustion via une dérivation très élaborée Le train d’atterrissage du Sukhoï est quadricy- et une partie des ingénieurs, mais Simonov fait
et valvée qui permet d’obtenir un cycle ther- cle. S’il y a six points d’emport sous voilure, valoir que le T-12 n’est pas un avion censé faire
modynamique variable régulé par le pilote en la majeure partie de l’armement est logé en dans la demi-mesure : il doit pouvoir emporter
fonction de la vitesse ou du régime d’éco- soute interne. En outre, sur chaque flanc du une quantité énorme de missiles, bombes et
nomie de carburant dont il a besoin. Sur le fuselage est fixé un jumelage de canons GSh- roquettes afin de s’attaquer à toutes sortes de
banc d’essais, le Trombone produit une puis- 23 de 23 mm. cibles rencontrées au sol lors de sa mission.
sance de 18 500 à 23 500 kgp, estimée de Au contraire du compact Su-25, le T-12 a Tous les travaux sur le Sukhoï T-12 cessent à
18 500 à 19 000 kgp au maximum une fois des dimensions considérables, puisqu’il a une la disparition de l’URSS en 1992.
13
INSOLITE
1939
1945
AT TENTION
À LA MARCHE !
Par Luc Vangansbeke
On
peut se tuer en tombant dans un escalier, voire en trébuchant sur un seuil de porte…
comme on peut survivre à une chute de plusieurs centaines, voire des milliers de mètres.
Durant la Seconde Guerre mondiale, un nombre non négligeable d’aviateurs survit mira-
culeusement à la destruction de leur avion. Certains sont retirés vivants des débris de
celui-ci après un crash ; d’autres ont sauté en plein vol… sans parachute ou sans pouvoir l’ouvrir !
14
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Attention à la marchute libre
la
Les miraculés de
15
LE MITRAILLEUR Un Iliouchine Il-4 en vol,
vu depuis un autre avion
DE TOURELLE BOULE de la formation, lors d’une
mission de bombardement
Alan R. Magee naît le 13 janvier 1919 à Plainfield, sur les lignes allemandes.
dans le New Jersey. Après l’attaque japonaise sur Pearl Un équipage normal
comprend quatre hommes.
Harbor, il rejoint l’US Army Air Corps comme mitrailleur.
(DR)
Il est nommé Staff Sergeant et rejoint le 360th Bomb
Squadron (BS) du 303th Bomb Group (BG). Envoyée Le Staff Sergeant Alan R.
en Angleterre, l’unité s’installe à Molesworth, dans le Magee dans sa tourelle boule.
Celle-ci ne pouvait accueillir
Cambridgeshire. En raison de sa petite taille, Magee que des hommes de petite
est mitrailleur de tourelle boule dans l’équipage du First taille, sans leur parachute,
Lieutenant (1st Lt.) Arthur Adams. qui restait entreposé à
Le 3 janvier 1943, Magee effectue sa septième mission proximité dans le fuselage.
(American Air Museum in Britain)
à bord du B-17F Flying Fortress S/N 41-24620. L’avion
est baptisé « Snap! Crackle! Pop! » et arbore sur le nez
les trois personnages illustrant les boîtes de ricecrispies
produits par Kellogg’s, un nose art laissé par le 1st Lt.
Jacob Fredericks, qui a traversé l’Atlantique à ses com-
mandes et qui travaillait pour la firme avant la guerre.
L’objectif du jour est Saint-Nazaire, repaire des U-Boote
de la Kriegsmarine et surnommé Flak City en raison de
[2] L’espace étant trop
ses fortes défenses antiaériennes. Alors que le bom- restreint dans la tourelle
bardier survole la ville, il est touché par un coup direct boule pour porter un
et il apparaît vite à Adams qu’il faudra l’abandonner. parachute, le mitrailleur de verre ou de métal, un poumon percé, sa jambe droite
Magee quitte sa tourelle pour récupérer son parachute, porte uniquement le est fracturée en deux endroits et son bras gauche est
harnais. Le sac contenant
rangé à proximité, mais il constate que, percé d’un gros la voilure est rangé à tellement abimé qu’une amputation semble inévitable.
trou en son milieu, il est inutilisable [2]. Il est toujours proximité immédiate de Lorsque Magee reprend ses esprits, il est dans un poste
à se demander que faire lorsque l’explosion d’un autre la tourelle et est équipé de secours, mais il est transféré peu après à l’hôtel de
d’un système de clips
obus brise l’avion, éjectant Magee à une altitude de l’Hermitage à La Baule, transformé en hôpital par la
permettant de l’accrocher
22 000 pieds (6 700 m). rapidement au harnais. Kriegsmarine. « J’ai une grande dette envers un médecin
En tombant, le mitrailleur murmure une brève prière : militaire allemand. Il m’a dit : ‘Nous sommes ennemis,
« Mon Dieu, je ne veux pas mourir, car je ne connais rien [3] Hal SUSSKIND, mais je suis médecin avant tout et je ferai de mon mieux
20 000 Feet Without a
de la vie » [3]. Puis, le manque d’oxygène lui fait perdre Chute, The Alan Magee
pour sauver votre bras’ » [4]. Le docteur tient parole :
conscience. Il défonce la verrière de la gare de chemin Story, [Link] non seulement Magee garde son bras gauche, mais en
de fer de Saint-Nazaire et, lorsque des soldats allemands com/[Link] plus, il retrouve ses pleines capacités physiques. Rétabli,
s’approchent de lui, c’est pour constater qu’il vit encore, il est de nouveau transféré, cette fois vers un camp de
[4] Ibid.
mais à peine. Magee a 28 coupures dues à des éclats prisonniers en Allemagne, où il est libéré en mai 1945.
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Attention à la marchute libre
la
Les miraculés de
LE MITRAILLEUR
DE QUEUE
Le Sergeant (Sgt.) Nicholas S. Alkemade est né
en décembre 1922 à North Walsham dans le
Norfolk. Il travaille d’abord comme jardinier et
nous n’avons pu trouver la date de son enga-
gement dans la RAF, ni de détails sur son par- L’équipage du 1st Lieutenant Arthur Adams devant le Boeing B-17F Flying Fortress baptisé « Snap!
cours préalable à son arrivée comme mitrailleur Crackle! Pop! ». Remarquons le nose art juste derrière le nez vitré. (National Museum of the USAF)
au No 115 Squadron, basé à Witchford, dans Vue dans les années 1930, la gare de Saint-Nazaire, dans laquelle Alan R. Magee fait une entrée fracassante
le Cambridgeshire, et équipé de Lancaster II [5]. le 3 janvier 1943. Par miracle, la baie vitrée du toit amortit la chute libre du mitrailleur du B-17 ! (DR)
Dans la soirée du 24 février 1944, pour sa
14e mission, un raid sur Berlin, l’équipage
dont il fait partie grimpe dans le bombar-
dier portant le RAF Serial DS664 et baptisé
« Werewolf ». Le vol aller et le bombardement
se déroulent sans incident, mais vers minuit,
alors que le Lancaster survole les environs de
Schmallenberg, il est repéré par le Hauptmann
Heinz Rökker, de la NJG 2. Celui-ci manœuvre
son Ju 88 de manière à attaquer par l’ar-
rière et le bas. Bien qu’Alkemade riposte, le
« Werewolf » est incendié et le Flight Sergeant
James A. Newman, pilote, ordonne d’évacuer
l’appareil.
À l’arrière, Alkemade entend cet ordre par
l’interphone et positionne sa tourelle dans
l’axe de l’avion pour prendre son parachute
stocké à proximité [6]. En ouvrant les portes
de sa tourelle, il constate que le feu dévore
déjà le sac, laissant déborder la soie de la
voilure, qui commence à brûler à son tour.
[5] Version équipée de moteurs radiaux Bristol [6] Comme dans la tourelle boule du B-17,
Hercules au lieu des Rolls-Royce ou Packard Merlin la tourelle de queue du Lancaster est trop
habituels. Cette version avait aussi un plafond exigüe pour permettre le port du parachute et
opérationnel et une capacité d’emport moins élevés. le mitrailleur porte seulement son harnais.
17
Alkemade s’évanouit, probablement en réaction à la douleur de ses brûlures. Trois
heures plus tard, il ouvre les yeux. Il est étendu sur un tas de neige, au milieu d’un
bois de sapins. « Je crois que les branches étaient tellement entrelacées, que cela a
agi comme un trampoline. Cela a retardé ma chute progressivement, jusqu’à ce que
Alkemade referme les portes, mais le feu ne tarde pas à les je tombe dans les buissons et sur la couche de neige. En reprenant connaissance au
franchir, enflammant le liquide hydraulique de la tourelle. milieu de ces arbres, j’ai regardé en l’air, j’ai vu les étoiles à travers la forêt et je me
Les vêtements d’Alkemade commencent à se consumer. suis dit, ‘Bon Dieu, je suis vivant.’ J’étais dans un sacré état. Mon visage et mes
« J’étais brûlé au visage et aux mains. Je me suis dit : mains étaient brûlés, j’avais le dos complètement lacéré, des contusions multiples,
‘C’est la fin. Il vaut mieux sauter et en finir rapidement la moitié de mes cheveux arrachés et assez d’épines et d’échardes dans le corps
que rester là et griller vif.’ Alors, j’ai fait pivoter ma tourelle pour faire un feu de joie. Mais, j’étais vivant » [8].
manuellement vers tribord, j’ai ouvert les portes et je me Allumant une cigarette, Alkemade jette un regard sur les environs. La couche de
suis jeté dans le vide. Et je suis tombé. D’un seul coup, il y neige fait une épaisseur de 45 cm et l’ombre des sapins l’a empêchée de fondre au
avait un tel silence après tout ce vacarme. Je me suis senti cours des jours précédents. Bien qu’il ne souffre d’aucune fracture, le Britannique
très calme et paisible. Il me semblait que je tombais la tête est incapable de marcher et le froid fait sentir ses effets. Le jeune sous-officier se
la première. J'ai pensé : ‘Eh, bien, si c’est cela mourir, ce met à souffler dans son sifflet de détresse et, au bout d’un certain temps, ses appels
n’est pas très difficile. Il n’y a pas de quoi avoir peur.’ » [7]. attirent l’attention de quelques Allemands qui l’emmènent d’abord vers une infirmerie
[8] Ibid.
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la
Les miraculés de
Le pilote Alvin E. Levenson est transféré au Stalag Luft III de Sagan [9]. Début 1945,
immortalisé dans le cockpit afin de les soustraire à l’avance des troupes soviétiques,
de son bombardier en
piqué Curtiss Helldiver. les prisonniers sont transférés vers l’ouest, à marches
(DR) forcées, dans des conditions difficiles, auxquelles tous
ne survivent pas. Nicholas Alkemade sort indemne de
cette dernière épreuve et est libéré par les forces alliées
dans les derniers jours de la guerre.
C’est alors qu’il apprend que le Sgt. John P. Cleary,
navigateur, et le Sgt. Geoffrey R. Burwell, opérateur
radio, ont pu sauter en parachute. Tombant dans le
même bois qu’Alkemade, le premier s’est assommé en
heurtant un tronc d’arbre. Resté inconscient pendant
un bon moment dans le froid, il a failli perdre une jambe
et, souffrant de sérieux troubles pulmonaires, il a été
[9] Aujourd’hui Żagań, en
libéré durant un échange de prisonniers gravement
territoire polonais. C’est malades ou blessés en février 1945. Démobilisé en
du Stalag Luft III que 76 1946, Alkemade travaille dans une usine de produits
prisonniers de guerre alliés chimiques et survit à trois accidents. Après le troi-
s’évadent dans la nuit du
24 au 25 mars 1944.
sième, il devient vendeur pour un fabricant de meubles
et s’éteint en juin 1987.
LE PILOTE
locale, puis le font évacuer vers un hôpital à Meschede, Alvin E. Levenson naît dans une famille juive de l’État de
où ses brûlures sont soignées et de nombreuses échardes New York en 1920. Le jour de l’attaque japonaise sur
et épines retirées de son corps. Pearl Harbor, il est étudiant au Brooklyn College. Un mois
Le lendemain, la Gestapo s’intéresse à lui et, guère Bien que d’un aspect plus
plus tard, il quitte celui-ci pour s’engager dans l’US Navy,
convaincus par son histoire, ses interrogateurs le soup- moderne, le Curtiss SB2C dans laquelle il devient officier et pilote de bombardier en
çonnent d’être un espion. Les choses s’arrangent après Helldiver ne sera jamais piqué. Peu de détails sont disponibles sur son parcours,
la découverte de l’épave du « Werewolf », à bord de aussi apprécié de ses pilotes jusqu’à ce qu’il rejoigne le VB-98, un Squadron équipé
que son prédécesseur, le
laquelle on retrouve les débris du parachute, exactement Douglas SBD Dauntless. de Curtiss SB2C Helldiver mis sur pied le 28 août 1944
là où Alkemade l’a affirmé. Quelques jours plus tard, il (US Nara) et basé sur le porte-avions USS Yorktown (CV-10).
19
Directrice de l’éducation au Hampton Roads Naval Des B-24 Liberator du mon couteau et commencé à faire de grands gestes
485th Bomb Group de la
Museum, Laura Lawfer Orr décrit la mission d’un pilote dans leur direction, mais cela ne semblait guère les
15th Air Force en mission
de bombardier en piqué [10]. Une attaque débute géné- sur l’Italie. Ce groupe tracasser et ils ont continué à tourner, attendant que je
ralement à 20 000 pieds, altitude à laquelle un grand compte un miraculé : le meure. Mais moi, j’avais décidé de ne pas mourir » [12].
navire « a plus ou moins la taille d’une coccinelle sur 1st Lieutenant Olen C. Bryant. Secouru par un patrouilleur au bout de trois heures,
(IWM)
la pointe d’une chaussure ». Le pilote plonge selon un Levenson est hospitalisé avec des brûlures, des cou-
angle de 70°, tandis que les vibrations font crépiter pures de tous les côtés, des tendons endommagés aux
toutes les pièces de l’avion et que les obus de la DCA jambes et des blessures musculaires au bras gauche. Il
éclatent autour de lui. Il largue sa bombe au dernier apprend que le pilote de l’autre Helldiver a également
moment, à quelque 1 500 pieds. « Un bombardement survécu, mais que les deux mitrailleurs ont été tués.
en piqué était une aventure terrifiante défiant la mort ». Bien que l’idée de cesser de voler lui traverse l’esprit,
En mai 1945, Levenson participe à un exercice au-des- Levenson insiste pour reprendre le manche endéans
sus de Farallon de Medinilla, un îlot dans le nord de le mois, histoire de ne pas se laisser dominer par la
l’archipel des Mariannes. Sortant de son piqué, le peur. En tout, il effectue une cinquantaine de mis-
Helldiver en percute un autre et explose, éjectant sions de guerre entre son arrivée au VB-98 et la fin
Levenson de son cockpit et lui arrachant ses chaus- des hostilités. Au moment de sa démobilisation, en
sures. « Le choc m’avait sonné, et la première chose avril 1946, le Commander Edward T. LaRoe, un de
dont je me sois rendu compte, c’est que je tombais en ses anciens supérieurs, lui remet une lettre de recom-
tournoyant vers le côté. J’ai tiré la poignée d’ouverture mandation attestant de ses hautes qualités morales
une vingtaine de fois, mon parachute est sorti du sac, et professionnelles.
mais il ne s’est pas ouvert. Il battait l’air autour de Bien que les compagnies aériennes préfèrent recru-
moi, comme une bannière de soie. Des débris des deux ter d’anciens pilotes de multimoteurs, Levenson est
avions dégringolaient de tous côtés » [11]. engagé par la KLM et devient directeur des ventes
Parfaitement lucide durant sa chute, Levenson a au département fret à New York. Il y contribue à la
une pensée pour son épouse et son enfant, qu’il modernisation des procédures et des matériels, comme
n’a encore jamais vu, puis il percute la surface de la [10] David ROZA, This le développement d’avions cargos, la palettisation
mer. Quelques secondes plus tard, il réalise qu’il est WWII Navy pilot survived des cargaisons, le design des containers… En 1965,
a 1 200-foot fall into the
toujours vivant. Même s’il ne s’est pas déployé, son Pacific, then he got back il rejoint la Seabord World Airlines, spécialisée dans
parachute a ralenti sa descente et, la mer étant assez in the cockpit, https:// le transport de fret. Il y reste jusqu’à son départ à
agitée, il est probablement tombé sur la crête d’une [Link]/ la retraite en 1980, lorsque la compagnie est rache-
news/us-navy-bomber-
vague, pour ensuite glisser sur la pente de celle-ci, tée par la Flying Tigers Line [13]. Alvin E. Levenson
alvin-levenson/
comme sur un toboggan. meurt en 2008.
Ses ennuis ne sont pas terminés. Le pilote a perdu [11] Ibid.
son radeau pneumatique individuel, sa Mae West ne
se gonfle que partiellement et il doit faire face aux
[12] Ibid.
AUTRES MIRACULÉS
assauts des oiseaux marins. « J’en garde une phobie [13] La Flying Tigers
des poulets et autres volailles, je ne peux plus les Line sera absorbée à Les quatre cas décrits ci-dessus sont les plus connus
approcher. Les oiseaux n’ont pas cessé de m’attaquer, son tour par Federal et les mieux documentés, mais dans une guerre où
Express en 1989.
l’un d’eux me portant même un coup à l’œil. J’ai sorti des dizaines de milliers d’aviateurs ont été abattus ou
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Attention à la marchute libre
la
Les miraculés de
21
BATAILLE
1945 Le 14 janvier 1945, ayant décollé à 12h25 de Jüterbog, le Messerschmitt Bf 109 G-10 du Leutnant
Bruno Klostermann (cousin éloigné de l'as des as français) vient d'effectuer sa passe de mitraillage sur
des Boeing B-17G du 390th Bomb Group de la 3rd Air Division au nord de Rathenow, mais l'officier
de la 11./JG 300 est blessé par les tirs de riposte des Flying Fortress. Aussitôt pris en chasse par des
P-51D Mustang, il sera achevé quelques instants plus tard et s'écrasera à Scherau, près de Stendal.
(© Piotr Forkasiewicz)
22
La dernière mort
de la Luftwaffe
A
près les combats aériens sur la ligne de front qui ont coûté cher aux I./JG 1, JG 4, JG 11 et JG 53
confrontés à l’aviation tactique alliée, la chasse de jour affectée à la Reichsverteidigung (défense du
Reich) s’apprête à subir la loi des P-51 et P-47 de la 8th Air Force qui vont faire vivre un véritable enfer
aux JG 300 et JG 301 et permettre à plusieurs Fighter Groups de battre tous leurs records. Le « dimanche
noir » de la Luftwaffe sera le Big Day du VIII Fighter Command.
T
andis que les I./JG 1, JG 4, JG 11 et JG 53
se heurtent aux chasseurs-bombardiers de
la 2nd Tactical Air Force et de la 9th Air
Force, les 911 quadrimoteurs de la 8th Air
Force se dirigent vers leurs objectifs, escor-
tés par 860 chasseurs. Fort logiquement,
le premier rideau de chasse allemande est fourni par le
reliquat des autres escadres du II. Jagdkorps de Peltz
toujours engagé sur les Ardennes. Du fait de sa loca-
lisation géographique (Stab et I. Gruppe à Fürstenau,
II. Gruppe à Nordhorn et III. Gruppe à Plantlünne), la
JG 26 « Schlageter » va se retrouver aux premières loges.
Une semaine plus tôt, par mesure de prudence compte
tenu des dernières hécatombes, la 3. Jagddivision a inter-
dit à l’escadre de l’Oberst Josef « Pips » Priller de survoler
le territoire tenu par les Alliés, ce dans l’attente du recom-
plètement de ses effectifs. Ce 14 janvier en milieu de mati-
née, les stations radars du littoral néerlandais détectent les
premiers signes d’un important raid de la 8th Air Force.
Le respect des ordres reçus impose à la JG 26 de ne pas Décollage d'un Focke-Wulf Le moment ne peut être plus mal choisi. Si la
Fw 190 D-9 de la 7./JG 26
s’en préoccuper, car une confrontation dans le ciel des du terrain de Rheinsellen à
3. Jagddivision s’est donnée tout ce mal pour éviter la
Pays-Bas tournerait à un nouveau massacre. Toutefois, la toute fin de l'année 1944. confrontation avec de forts partis ennemis, c’était sans
le mouvement rétrograde des armées allemandes dans (Coll. J.L. Roba) compter sur la « Mighty Eighth » dont les 187 B-17 de la
le saillant ardennais nécessite la protection de la Tagjagd 1st Air Division, filant bombarder les ponts de Cologne,
afin que celle-ci écarte les chasseurs-bombardiers alliés viennent de franchir la côte batave au niveau d’Ostende,
des itinéraires de repli de la troupe. Par conséquent, les escortés par 42 P-51 et précédés par un Sweep de
II. et III./JG 26 prennent leur envol peu avant 11 heures 62 P-47 du 56th Fighter Group (FG). Malheureusement
pour une Jabojagd dans le secteur de Saint-Vith. pour les Allemands, la rencontre est inévitable…
23
78TH FG CONTRE JG 26 la formation d’Hackl est interceptée par sept
P-47, ceux qui composent le Flight d’alerte du
2nd Lieutenants Garfield Angove (389th FS) et
Richard M. Maurer (390th FS) ne rentrent pas ;
La mission commence pourtant bien pour la 366th FG ayant décollé en urgence du terrain ils sont faits prisonniers au sol. Les rescapés du
JG 26. Le II. Gruppe est mené par le Major belge d’As à l’annonce d’avions ennemis près Group américain ont beau réclamer un score
Anton Hackl qui s’est joint à l’Oberleutnant de Düren. Confrontés pour la première fois au de 2 avions ennemis abattus, 0 probable et
Hofmann et sa 8. Staffel. Étant donné que le Focke-Wulf Fw 190 D-9 affichant des quali- 2 endommagés à leur retour à As, il n’en est
Gruppenkommandeur a rencontré des difficul- tés supérieures à leur Thunderbolt, les pilotes rien : la 8./JG 26 ne subit aucune perte durant
tés pour rassembler ses escadrilles à cause de américains sont complètement dépassés par ce premier engagement.
l’épais brouillard persistant au sol, il a ordonné la 8./JG 26. Le Major Hackl et le Fähnrich La suite est bien moins réjouissante pour le II./
qu’elles se dirigent vers le sud chacune de Spahn revendiquent chacun un P-47, ce qui est JG 26 qui réussit à se reformer par la suite, les
leur côté. À mi-trajet du secteur à patrouiller, conforme aux pertes du 366th FG, puisque les 5./JG 26 de l’Oberleutnant Vogt, 6./JG 26 du
Le P-47D Thunderbolt
baptisé « Magic Carpet »,
avion du Lieutenant Colonel
Harold Holt de la 390th FS
du 366th FG (9th Air Force),
immortalisé en bordure de
piste de l'aérodrome belge d'As
durant le rude hiver 1944-1945.
Ce Group est impliqué dans le
combat aérien avec le II./JG 26
d'Anton Hackl le 14 janvier.
(IWM)
24
La dernière mort
de la Luftwaffe
Leutnant Sy (le Staffelkapitän, l’Oberleutnant Glunz, a cal. 50 la verrière en éclats et sortir la jambe droite du
[1] 2nd Lieutenant W.
dû rentrer au terrain peu après le décollage) et 7./JG 26 Warren, Pilot’s Personal train d’atterrissage. Puis, DeGain dépasse son adversaire
de l’Oberleutnant Radener ayant enfin fait leur jonction Encounter Report, et discerne le pilote allemand assis sur siège, juste avant
avec Hackl. Son groupe au complet, le Kommandeur 14 janvier 1945. que le Bf 109 ne redresse et que son moteur Daimler-
passe Aix-la-Chapelle et effectue un large virage sur la [2] Ibid.
Benz n’explose, l’avion partant aussitôt en vrille vers le
gauche à l’ouest de Cologne afin de gagner plus vite le sol. Et Warren de conclure son récit :
secteur de patrouille qui lui a été assigné. Sans le savoir, « Mon ailier, le Lieutenant DeGain, m’a fourni une excel-
l’as aux désormais 174 victoires se jette dans la gueule lente couverture tandis que je tirais. Il a alors à son tour
du loup. Suivie par un radar américain sur le continent, sauté le 109, y plaçant de nombreux coups. J’ai vu un
la présence de sa formation a été rapportée à la 1st Air autre avion ennemi, mais, alors que je virais pour l’atta-
Division et 25 P-51D Mustang du 78th FG se sont déta- quer, j’ai aperçu un autre Fw 190 se mettre en position
chés de l’escorte pour se porter à sa rencontre. derrière mon ailier. J’ai interrompu ma manœuvre, grimpé
Les chasseurs américains ne tardent pas à repérer à 5 km et expédié à cet appareil ennemi une rafale de deux
au sud-ouest de Cologne les traînées de condensation des secondes, avec déflection de 30° sur la gauche, plein
Fw 190 du II./JG 26 mais aussi des Bf 109 du III./JG 26 axe derrière lui et déflection de 30° sur la droite. J’ai
qui viennent d’arriver. La trentaine d’appareils allemands observé beaucoup d’impacts et la verrière a été larguée,
sont en train de s’assembler en formation, de façon fort puis l’avion s’est écrasé et a explosé. Le pilote n’a pas
désorganisée selon les Américains, lorsque ceux-ci leur été en mesure de sauter » [2].
tombent dessus par surprise. Le 2nd Lieutenant Willard Au même moment, le 1st Lieutenant Frank E. Oiler, du
Warren, du 82nd FS, se souvient de cette attaque qu’il 84th FS, s’en donne lui aussi à cœur joie :
mène avec son ailier venant du 84th, le 2nd Lieutenant « Je volais en position de Yellow 3 dans le Turquoise
William DeGain : Squadron [le 84th FS] à 25 000 pieds au-dessus de la
« Je volais en tant que Rainbow White 3, lorsque, dans région de Cologne, quand Rainbow White 3 a appelé pour
le secteur de Cologne, je vis plus de 15 « bogies » près signaler plus de 18 « bandits » directement en-dessous
du sol. Nous étions à 26 000 pieds à ce moment-là et de nous près du sol. Nous avons largué nos réservoirs
je ne pouvais pas les identifier, de sorte que Rainbow et effectué un retournement en plongeant droit sur
Leader m’a donné la permission d’aller vérifier de qui il eux. Le Rainbow Squadron [le 82nd FS] a fait écla-
s’agissait. Je larguai mes bidons et piquai vers le sol. Je ter la formation ennemie et le Turquoise Squadron les
me suis retrouvé au milieu d’une autre formation que je a attaqués alors qu’ils se dispersaient par groupes de
n’avais pas aperçue et ai fait éclater dans tous les sens deux ou trois. Turquoise Yellow Leader et son ailier
ce groupe de plus de 15 Fw 190, volant bien trop vite s’en sont pris à deux « bandits », remontant le lit d’un
pour pouvoir tirer, et j’ai continué ma course vers le bas ruisseau. Un Focke-Wulf 190 est arrivé entre nous en
pour tomber sur les « bogies » que j’avais vu à l’origine tirant, alors j’ai viré pour me placer dans sa queue. Je
depuis l’altitude. J’en ai distingué trois (deux Fw 190 et Un Messerschmitt Bf 109 G l’ai perdu au-dessus d’une zone boisée, mais je me suis
un Me 109) et entamé la poursuite. Je me suis retrouvé d'une unité non identifiée accroché à un Me 109 et deux Fw 190 qui étaient
plein axe derrière un Fw 190 et j’ai ouvert le feu, obser- photographié à quelques pourchassés par un unique P-51. J’ai contacté le P-51
secondes d'un départ en
vant des coups à la fois dans les ailes et le cockpit. Il a mission d'interception par radio pour lui dire d’en prendre un, et mon ailier et
glissé sur l’aile gauche et s’est écrasé. Le pilote n’a pas en 1945. Cette journée moi nous nous occuperions des autres. Les Fw 190
évacué » [1]. du 14 janvier sera l'une ont rompu dans des directions opposées et le Me 109
des plus épouvantables
De son côté, lancé à 720 km/h, DeGain, voyant son a grimpé tout droit. J’ai amorcé un cercle Lufbery à
de toute l'histoire de la
leader tirer son épingle du jeu sans être inquiété, se place chasse allemande... 1 100 pieds avec le Fw 190, et avec l’aide des volets,
derrière un Messerschmitt dont il fait voler à coups de (Coll. J.L. Roba) je me suis retrouvé dans sa queue en deux virages.
25
de l’altitude. En grimpant tout droit, j’ai réussi à m’appro-
cher à environ 2 000 pieds de lui et je lui ai tiré dessus
par en-dessous alors que je calais en vitesse, observant
un ou deux impacts sur sa queue.
J’ai alors interrompu mon attaque et rejoint le
Squadron » [3].
Les 6., 11. et 12. Staffeln de la JG 26 sont les premières
à se faire voler dans les plumes par les Mustang. La 6e
de Siegfried Sy perd trois pilotes tués : deux dans le
secteur Saint-Vith – Bastogne à 11h30, à savoir l’Un-
teroffizier Hans-Georg Böhter (Fw 190 D-9 « 1 noir »,
WNr. 400242) et l’Obergefreiter Volkmar Haarberg
(Fw 190 D-9 « 8 noir », WNr. 500121), le troisième à
12h15 au sud-est de Bonn, en l’occurrence l’Unteroffizier
Werner Binge (Fw 190 D-9 « 11 noir », WNr. 600148).
Les deux escadrilles du III./JG 26 s’en tirent un peu mieux,
avec un seul avion perdu chacune : le Bf 109 K-4 de l’Un-
teroffizier Erich Salewsky de la 12. Staffel (« 29 noir »,
WNr. 330439) tombé à 11h30 du côté d’Uckerath et le
Bf 109 G-14 du Fähnrich Walter Fischer de la 11. Staffel
(« 3 jaune », WNr. 462899) crashé à 11h45 au nord
d’Overath, mais aucun de leurs occupants ne s’en sort.
La 7e escadrille déplore la perte à 12h15 de l’Oberfeld-
webel Friedrich Roggenkamp qui périt dans son Dora-9
« 7 marron » (WNr. 500379) sur Saint-Vith.
Le combat aérien se déplace ensuite à l’est, les chasseurs
virevoltant dans tous les sens et s’affrontant pour beau-
coup à basse altitude, puisque les pourchassés tentent
de disparaître à travers les couches d’épais nuages bas.
Effort vain pour deux autres pilotes du III. Gruppe. À la
10. Staffel, le Leutnant Walter Kopp meurt à 12h00 aux
commandes de son Bf 109 K-4 « 28 noir » (WNr. 330380)
alors qu’il tente de s’échapper vers le nord, vraisemblable-
ment victime d’un Tempest du No 486 Squadron RNZAF,
peut-être le codé SA-A (EJ755) du Flying Officer C.J.
McDonald, crédité à 11h55 d’un Messerschmitt à 5 km
au nord de Münster. À la 9. Staffel, quoique la fortune des
armes ne lui sourie guère, le Leutnant Dietwin Pape est
un peu plus heureux. C’est le 1st Lieutenant Richard H.
Je lui ai décoché une rafale de trois secondes avec 35° Le 1st Lieutenant Frank E. Spooner, Turquoise Red Leader du 84th FS, qui l’a dans
de déflection et ai observé de nombreux impacts dans Oiler, pilote du 84th FS/78th sa ligne de mire : « Je me suis placé dans la queue d’un
FG, est crédité d'un Fw 190
le cockpit, le fuselage et les emplantures d’aile. Des abattu le 14 janvier 1945.
Me 109 et me suis rapproché jusqu’à environ 350 mètres
morceaux se sont arrachés de l’avion ennemi qui a fait (IWM) avant d’ouvrir le feu, observant des coups au but sur
un demi-tonneau et s’est retrouvé à l’envers. Nous étions l’avion ennemi. Il a effectué des actions évasives, mais
à une altitude d’environ 400 pieds à ce moment-là. je suis parvenu à encore m’approcher, cette fois jusqu’à
Mon ailier, le Lt. Bath, et moi avons alors commencé à 180 mètres, lorsque j’ai tiré et vu des impacts supplé-
grimper pour intercepter le Me 109 qui cerclait toujours à mentaires. Il s’est retourné, est parti en vrille et j’ai aperçu
6 000 pieds au-dessus de nos têtes. Il ne voulait pas se le pilote sauter en parachute » [4]. Il est 12h01 lorsque
battre. Tandis que nous montions en spirale, il grimpait Pape abandonne au sud de Cologne son Messerschmitt
aussi, prenant ainsi bien soin de conserver son avantage Bf 109 K-4 « 21 blanc » (WNr. 330390) criblé de balles
26
La dernière mort
de la Luftwaffe
27
Malgré son doublé attribué Il me reste une anecdote à conter. Je suis allé faire mon
de façon très optimiste, le rapport au contrôle, où l’on m’a demandé de m’asseoir
Major Anton Hackl (ici avec le
grade de Hauptmann) connaît pour discuter des dommages subis par mon avion avec
un 14 janvier 1945 très l’officier technique. Je devais me secouer les épaules
compliqué, puisque le II./JG 26 pour rester éveillé. Plus tard, quand j’ai retiré mon
qu'il commande est étrillé
casque, j’ai constaté qu’il était plein de cheveux. Le
dans la région de Cologne
par le 78th FG, plusieurs casque était intact, et je n’avais aucune blessure à la
fuyards de son Gruppe étant tête. Le choc provoqué par l’impact des balles avait dû
également abattus par le les faire tomber » [6].
No 486 Squadron RNZAF.
(US Nara) Les deux P-51 revendiqués abattus dans le ciel de
Remscheid par Hackl et Mittag semblent l’un et l’autre
infondés, comme nous le verrons plus loin. Malgré ses
succès en trompe-l’œil, la 8. Staffel a elle aussi été mor-
celée par l’attaque ennemie et une Rotte est poursuivie
jusqu’à Cologne par des P-51D. Les pilotes américains
voient l’un de ces deux Focke-Wulf s’écraser sur l’aéro-
drome de Cologne-Wahn à 12h15 : il s’agit du Dora-9
« 5 noir » (WNr. 500123) de l’Unteroffizier Gottfried
Burckhardt qui meurt dans l’accident. Le 2nd Lieutenant
Robert E. Smith, du 82nd FS, pourchasse au-dessus de la
grande ville rhénane un Fw 190 solitaire se dirigeant vers
le nord, avec lequel il entame une partie de cache-cache
dans les bancs de brouillard qui les amène à sauter les clo-
[6] Donald Caldwell, chers des églises et les sommets des immeubles. Smith
Day Fighters in Defence
réussit finalement à placer quelques coups de 12,7 mm
of the Reich, A War
Diary, 1942-45, Frontline dans le fuselage de son adversaire : alors qu’il évolue
Books, Barnsley, 2011, à 50 pieds au nord de Cologne, le chasseur allemand
emplacements 485-486. perd son aile gauche et s’écrase sur une position de Flak
occupée par trois pièces lourdes de DCA. Aucun avion
Quand je l’ai revu, il avait de larges trous dans le fuselage de la JG 26 n’est toutefois abattu dans ce secteur… Un
et les ailes ; il avait encaissé plusieurs obus. Le pilote a dernier pilote de la 8./JG 26, l’Unteroffizier Johannes
effectué un rapide virage sur sa droite pour s’échapper Schlimper, crashera son Fw 190 à l’atterrissage sur la
en piqué. J’étais toujours derrière lui, crachant le feu piste de Nordhorn à son retour de mission, s’en sortant
de toutes mes armes. Il a traversé la trajectoire de mes vivant, mais sa machine sera bonne pour la casse.
projectiles à plusieurs reprises et il est parti en piqué. Je Le Major Leonard Marshall, qui commande le C Group
pouvais voir que son hélice ralentissait, probablement du 78th FG ce jour-là, surgit en renfort après qu’une
parce que son moteur avait été endommagé. De façon station radar terrestre lui a indiqué, alors qu’il arrivait
Un Fw 190 D-9 de la 7./
à ne pas le percuter ou à ne pas passer devant lui, j’ai sur Giessen, une forte activité aérienne ennemie autour
JG 26 prend son envol
dégagé sur ma gauche tout en cherchant des yeux le de la piste de Nordhorn- de Cologne. Il repère bientôt trois silhouettes qu’il prend
Major Hackl. J’ai perdu la trace de mon Mustang, mais Clausheide en février 1945. pour des chasseurs de la Luftwaffe, mais comprend vite
j’ai compté trois avions brûlant au sol. Le Major Hackl On distingue une bombe qu’il s’agit d’un Mustang – celui du Lieutenant Louis R.
SC 250 de 250 kg accrochée
avait aussi eu un Mustang (il avait une cinémitrailleuse) au râtelier ETC 504.
Hereford, du 84th FS – poursuivant deux Bf 109. Le
et il confirmera par la suite ma victoire. […] ([Link]) voyant débouler, l’un des pilotes allemands panique,
28
La dernière mort
de la Luftwaffe
29
deux adversaires se placent pour l’achever,
il se sort encore avec brio du pétrin. Au jeu
du virage serré, il se montre une fois encore
le plus fort, rattrape l’un des Focke-Wulf et a
juste le temps de lui expédier quelques coups
qui touchent l’habitacle avant que ses armes
ne se taisent, leurs casiers à munitions vides.
Légèrement frappé par les balles de Lutz, le
Fw 190 ne demande pas son reste et quitte les
lieux. Il n’y en a donc plus qu’un. Ses munitions
épuisées, Lutz décide de l’aborder comme s’il
allait l’achever. Le coup de bluff fonctionne,
puisque le pilote allemand, sentant son heure
venir, s’enfuit aussitôt vers l’est. L’aviateur
du 84th FS repasse alors la ligne de front au
sud d’Aix-la-Chapelle. Perdu dans la brume,
il signale sa présence aux stations radars ter-
restres. Alors qu’il évolue à 350 pieds pour
se repérer, son Mustang est secoué par des
impacts. Des pièces de DCA alliées viennent de
le toucher. Lutz reprend de l’altitude pour sau-
ter en parachute et est récupéré au sol blessé
près du village belge d’Hauset par des GIs.
Leur devoir accompli, les Mustang du 78th FG
revendiqueront à leur débriefing en Angleterre
un score de 6-0-3 au détriment des Fw 190
Estimant que les nouveaux venus ne l’ont pas à son tour dans le moteur et les ailes ; son de la JG 26 et 6-0-3 sur les Bf 109 de la
encore vu, Lutz s’enfuit en virant sur la gauche, pilote éjecte la verrière et se parachute depuis même Geschwader. Des chiffres qui ne sont
mais la Kette le prend en chasse. Les quatre les 2 000 pieds. L’intéressé poursuit : « Je pas très éloignés de la réalité : neuf Langnase
appareils grimpent en virage serré. Dans la me suis ensuite retrouvé dans la queue du du II./JG 26 ont en effet été abattus par
peau du chassé, l’Américain presse la queue Fw 190 restant. Lorsque j’ai appuyé sur la eux et sept des pilotes allemands tués (dont
de détente sur son manche aussi fort que pos- gâchette, j’ai vu des impacts sur les ailes et Vogt) pour seulement quatre victoires à ce
sible : quatre de ses six Browning crépitent le cockpit. L’aile droite a pris feu, l’avion s’est Gruppe (dont deux attribuées à Hackl), tan-
enfin ! Il était temps. Dans ce cercle Lufbery, retourné sur le dos à environ 100 pieds d’al- dis que quatre Bf 109 ont été descendus et
Lutz vire mieux et rattrape ses adversaires. titude et s’est écrasé au sol ». Le pilote du trois de leurs pilotes sont morts pour aucune
Il décoche une courte rafale sur un Focke- P-51D voit alors deux autres Fw 190 fondre Luftsieg décrochée par le III. Gruppe. Les
Wulf et le manque. La seconde est la bonne sur lui depuis le nord et amorcer un nouveau revendications allemandes sont surfaites,
puisqu’elle oblige le monomoteur allemand, cercle Lufbery partant vers la gauche. Certes, puisque hormis les Mustang de Hereford et
durement touché, à rompre le combat. Puis, l’Américain encaisse un obus de 20 mm dans Lutz, seul un troisième P-51D doit se poser en
Lutz se rapproche du Bf 109 et le touche l’aile pour commencer, mais, alors que ses urgence sur le continent, le reste du 78th FG
À Cologne, dans le
quartier de Deutz, le pont
Hohenzollern écroulé dans le
Rhin après les bombardements
de l'USAAF en 1945.
(US Nara)
30
La dernière mort
de la Luftwaffe
Consolidated B-24H Liberator
578th Bomb Squadron
392nd Bomb Group
Wendling, Angleterre, janvier 1945
31
Le raid sur Hemmingstedt est également se délestent de leur charge offensive
une pure formalité. Les 91 B-24 qui y à 13h43, l’objectif étant parfaitement
sont envoyés ne font pas la moindre couvert de bombes, avec d’importantes
mauvaise rencontre dans les airs et les explosions et une très épaisse colonne
seuls tirs de barrage de la Flak dignes de fumée noire de 3 000 mètres de haut
de ce nom sont rencontrés au large des observées sur le site.
îles frisonnes et de celle d’Helgoland, ces À 13h55, sur le chemin du retour, les
feux antiaériens étant d’ailleurs qualifiés radars terrestres alliés signalent une
par les équipages américains de « faibles importante concentration de chasseurs
et imprécis ». Comme le ciel est dégagé ennemis dans le secteur du lac Dümmer,
et la vision de l’objectif excellente, le situé au nord-est d’Osnabrück. Il s’agit en
bombardement est considéré comme un fait d’une formation comprenant de seize
franc succès. À titre d’exemple, si seuls à dix-huit Focke-Wulf Fw 190 A-8 et A-9
27 de ses 29 quadrimoteurs larguent du IV./JG 54 ayant décollé sur alerte
correctement (deux appareils se débar- pour se porter à la rencontre des bom-
rassent prématurément de leur cargaison bardiers américains. Cette grosse quin-
en raison d’ennuis techniques à bord), zaine de jeunes pilotes de la « Grünherz »
le 392nd Bomb Group estime que 92 % l’ignorent, mais seuls deux d’entre eux
de ses bombes ont été placées à moins rentreront de cette sortie… Il faut dire
de 600 mètres de la cible, et parmi ce qu’ils ne sont pas particulièrement
total, que 71 % sont tombées à moins aidés par leur Gruppenkommandeur, le
de 300 mètres. Hauptmann Rudolf Klemm, qui n’est pas
Les autres Groups de la 2nd Air Division de la partie ; cet as aux 42 victoires était
volent donc vers Hallendorf et Ehmen. déjà resté au sol treize jours plus tôt,
Une partie de l’escorte est fournie par n’ayant pas eu envie (!) de prendre part
le 356th Fighter Group qui vit un trajet à l’opération « Bodenplatte », et semble
aller sans histoire. Ses P-51D Mustang être dans un état d’épuisement plus
passent la côte néerlandaise au niveau guère compatible avec le vol de guerre.
d’IJmuiden, patrouillent ensuite entre Abandonnant les Liberator à 30 km au
Quakenbrück et le sud d’Hambourg, sud d’Hanovre, le Major Strait emmène
puis arrivent au-dessus de Wittenberg les P-51D Mustang de son 361st FS
à 12h41. Quatre minutes plus tard, au-devant des Fw 190 du IV./JG 54.
alors que le 361st FS se trouve à 30 km S’interposant entre eux et leurs protégés,
au sud de Schwerin à une altitude de ils ne vont leur laisser aucune chance.
24 000 pieds, son commandant, le Le Flight du 1st Lieutenant Clifford T.
Major Donald J. Strait, et quelques Ashby doit pourtant se passer de deux
pilotes aperçoivent deux biréacteurs pilotes. Quelques minutes avant la ren-
Messerschmitt Me 262 – sans nul doute contre avec l’ennemi, le moteur Packard
de la JG 7 « Nowotny » – volant vers du Lieutenant Burden se montre en effet
le sud-ouest à 8 000 pieds sous eux. capricieux, si bien qu’Ashby ordonne à
Les P-51 plongent à leur poursuite, mais ce dernier de rentrer. Lorsqu’il demande
les jets allemands accélèrent et les dis- par radio un volontaire pour l’escorter, on
tancent sans forcer. À 12h55, le Group entend une mouche voler sur les ondes.
passe chercher les B-24 de la 2nd Air Personne ne veut manquer la grande
Division à 27 000 pieds à 25 km au nord bagarre qui s’annonce ! Finalement, le
d’Hambourg. Le 356th FG escorte les Lieutenant Cope se résigne à accepter,
145 Liberator chargés d’écraser le site une immense déception perceptible dans
pétrolier d’Hallendorf. Les Big Friends sa voix. Burden et Cope atterriront sans
Au-dessus d'un paysage allemand enneigé, un chasseur
de la 8th Air Force exécute un Fw 190 A dont le pilote
s'essaie à des manœuvres évasives désespérées pour tenter
d'échapper à son poursuivant qui ne le lâche pas et ne lui
laisse aucune chance... C'est le bidon d'essence ventral du
Focke-Wulf qui semble s'enflammer après une rafale.
(US Nara)
32
La dernière mort
de la Luftwaffe
histoire sur la base aérienne A-84 de Chièvres. du parachute ouvert. Gagnant la basse altitude, Il a rompu brusquement sur la gauche et je
Pendant ce temps, le contact visuel avec les j’ai entamé une lente orbite ascendante vers me suis évanoui [le fameux « voile noir »] en
« Jerries » est établi par le reste du 361st FS la droite. Durant cette orbite, j’ai observé un tournant avec lui. Il a alors eu l’opportunité
à 14h10 : les aviateurs américains repèrent P-51 qui poursuivait un 190 au ras du sol. Je de faire une passe frontale sur moi, mais au
entre 15 et 20 Focke-Wulf grimpant en large me suis retourné pour le couvrir au cas où il lieu de ça, il s’est détourné. Je me suis rap-
cercle de 10 000 à 14 000 pieds. Laissons en aurait besoin, mais le 190 a fait un brusque proché à 350 m plein axe derrière lui et j’ai
la parole à Strait : écart, a plongé droit dans le sol et a explosé. Je tiré, observant une concentration de coups au
« J’étais Lampshade Leader lors de la mis- me suis alors arrêté au niveau de ce P-51 et je but sur l’emplanture de l’aile. Plusieurs gros
sion du 14 janvier 1945. Tandis que nous l’ai identifié comme étant Chinwag White 3, le morceaux de la machine se sont détachés et
escortions les boxes de tête de B-24 sur le Lt. Burdick. Le combat étant presque terminé, ont endommagé mon hélice. J’ai continué à
chemin du retour, Nuthouse [indicatif radio je suis remonté dans la zone de combat et j’ai tirer à bout portant et je l’ai dépassé, de sorte
des stations radars terrestres] a appelé et ordonné au Chinwag Squadron de se reformer que j’ai pu voir des flammes dans le cockpit
annoncé qu’il y avait des « bandits » dans le et de mettre le cap sur la base » [7]. du Fw. Le pilote semblait mort. Il est allé tout
secteur du lac Dümmer. J’étais alors un peu La victime de Strait est peut-être l’Unteroffizier droit vers le sol et a explosé.
au sud-ouest d’Hanovre, j’ai alors ordonné par Friedrich Roßmann, blessé aux commandes de Tandis que je me détournais, j’étais à
radio au Chinwag Squadron [indicatif radio du son Fw 190 A-8 « 4 bleu » (WNr. 961127) 3 000 pieds et j’ai vu un autre Fw 190 sur
361st FS] de mettre les gaz et nous sommes de la 16./JG 54, l’un des quatre seuls pilotes, mes 12 heures au ras du sol qui fuyait le com-
arrivés au-dessus d’un grand lac quelques parmi tous ceux du IV./JG 54 abattus ce bat. Je me suis approché très vite de lui et j’ai
minutes plus tard. Incapable d’apercevoir quoi jour-là, à s’en sortir vivant. Deux autres avia- lâché une courte rafale, observant quelques
que ce soit, j’ai commencé à orbiter vers la teurs de la 16. Staffel périssent sous les coups impacts. Je l’ai dépassé rapidement et tandis
gauche. Chinwag Green Leader a appelé et des mitrailleuses de 12,7 mm des Mustang, que je grimpais vers la droite, il s’est accroché
annoncé qu’il y avait 15 ou 20 « bogies » à savoir les Unteroffiziere Hans Krawack derrière moi et a tiré une longue rafale alors
engagés dans un large Lufbery à environ et Eduard Schwarz dont les Fw 190 A-8 que je continuais à virer. C’est alors que le Lt.
10 000 pieds en dessous de nous. Je lui ai « 9 bleu » (WNr. 739180) et « 2 bleu » Ashby, qui était Chinwag White Leader, et son
répondu d’aller voir ça de plus près, car je (WNr. 738148) se crashent dans un champ ailier se sont rapprochés du Fw 190 et l’ont
n’étais toujours pas en mesure de les voir. à Verthe, près d’Osnabrück. obligé à interrompre son attaque sur moi. Le
Juste au moment où il commençait à des- L’un des participants du 361st FS à cet « Jerry » s’est mis à voler en rase-mottes, je
cendre, je les ai aperçus et j’ai immédiatement engagement est le 1st Lieutenant Walter M. me suis approché à 275 m droit derrière lui
emmené le reste du Squadron plus bas. En Baskin, qui a la particularité singulière d’avoir et j’ai tiré une longue rafale jusqu’à arriver à
arrivant à portée, je les ai reconnus comme à son actif deux tours d’opérations sur bom- bout pourtant. Seules trois de mes mitrailleuses
des Fw 190 et j’ai amorcé un rebond en bardiers et d’avoir rempilé pour un troisième tiraient. J’ai vu des coups sur le fuselage et son
ciblant un 190 solitaire qui volait à l’extérieur dans la chasse. Il est de facto le seul avia- hélice qui semblait balloter comme un mou-
du cercle Lufbery. Alors que je me rapprochais teur de la 8th AF à en avoir piloté ses quatre lin à vent. J’ai redressé quelques secondes
à bonne distance de tir, j’ai expédié une petite avions emblématiques : B-24, B-17, P-47 et avant que le Fw 190 ne tente un atterrissage
rafale, sans résultat. L’avion ennemi était P-51 ! Ce Mississipien de 22 ans narre le début sur le ventre. Le Lt. Ashby le suivait dans sa
toujours engagé dans son virage à gauche du combat avec le IV./JG 54 qu’il notifie de manœuvre et, alors que je dégageais, il tirait
lorsque j’ai ouvert le feu à nouveau, touchant 14h10 à 14h30 au sud-ouest du lac Dümmer : toujours lorsque le « Jerry » heurta le sol. Ce
cette fois le fuselage et le cockpit. Me rappro- « Au cours de la mission opérationnelle du Fw 190 a heurté une clôture, effectué plusieurs
chant toujours, j’ai tiré une autre bonne rafale, 14 janvier 1945, je volais en tant que Chinwag tonneaux, perdu une aile et s’est désintégré
observant de nombreux impacts sur le côté Purple 2, dans l’aile de Chinwag Purple Leader, en mille morceaux. Je revendique un Fw 190
gauche du fuselage et dans l’habitacle. L’avion le Lt. Hooker, lorsque nous avons repéré plus détruit, en collaboration avec le Lt. Clifford
ennemi a effectué une violente embardée et de 15 Fw 190 à 10 000 pieds. En plongeant T. Ashby » [8].
a plongé. Je me suis écarté sur la droite et pour les coiffer, j’ai perdu le Lt. Hooker alors
l’ai suivi dans sa chute, observant le pilote qu’il faisait un brusque écart en dessous de [7] Thomas P. Reynolds, Belle of the Brawl: A
s’extraire de l’avion à environ 3 000 pieds, moi. À ce moment précis, j’ai vu un Fw 190 Biographical Memoir of Walter Malone Baskin,
l’avion s’écrasant directement au sol. à environ 2 000 pieds sous moi sur mes Turner, 1996, emplacements 375 à 376.
J’ai basculé le sélecteur de mes armes sur le 10 heures. Je me suis rapproché à 550 m et
[8] Ibid., emplacements 375 à 376.
mode caméra et pris une courte série de photos j’ai ouvert le feu, observant quelques impacts.
33
Les pellicules 35 mm de la cinémitrailleuse de chasse deux Fw 190 A qui fuient le combat. Large vainqueur de ce combat sur le lac
Baskin montrent clairement un « 4 » sombre Voyant la paire de Mustang se rapprocher, Dümmer dont il sort sans avoir essuyé la
sur le fuselage du premier Focke-Wulf qu’il a les deux Allemands se séparent. Barnhart et moindre perte, le 356th FG ne rentre toute-
abattu, son biographe estimant – sans trop Urban suivent chacun le leur. Barnhart par- fois pas indemne à Martlesham Heath. Auteur
d’erreur possible – qu’il s’agit du Fw 190 A-8 vient à coiffer le sien dans un virage à gauche, d’un doublé, le 1st Lieutenant Freeman F.
« 4 noir » (WNr. 739178) de l’Oberleutnant ouvre le feu et le touche. Le pilote allemand Hooker, officier des opérations en second du
Helmut Radtke, Staffelkapitän de la 14./ largue sa verrière et saute dans le vide. Décidé 361st FS, a ensuite la mauvaise idée d’aller
JG 54, écrasé près d’Hesepe. La victime à infliger la frayeur de sa vie à sa victime, strafer le terrain d’aviation d’Hesepe, d’où il
partagée entre Baskin et Ashby serait, selon l’Américain effectue alors un 360° et fonce voit des chasseurs allemands décoller. Il a au
lui, le Leutnant Carl Resch, Staka de la 15./ droit sur le malheureux suspendu à son para- préalable averti de son initiative Strait, qui lui
JG 54 aux 14 victoires, descendu près du chute, l’évitant au dernier moment. Celui-ci a pourtant interdit d’attaquer : « ne le fais
Mittellandkanal à bord de son Fw 190 A-9 est forcément le Feldwebel Heinz Lehmann, surtout pas, « Hook », ils t’attendent de pied
codé « 1 jaune » (WNr. 205118) ; d’après une ayant évacué son Fw 190 A-8 « 9 blanc » ferme ». Ordre que Hooker s’est évidemment
autre version, Resch aurait réussi à sortir de (WNr. 739316) au-dessus de Bramsche, car il empressé de transgresser. Il aurait mieux fait
l’épave de son avion crashé dans la neige mais est le seul autre pilote du IV./JG 54 abattu ce d’écouter son supérieur, car il encaisse des
aurait été tué par les rafales d’Ashby. Radtke et jour-là à avoir réussi à sauter en parachute ; il coups de la Flak en endommageant au sol un
Resch sont morts en compagnie de leurs ailiers s’en sort avec des brûlures. De son côté, Urban Me 262. Dans un premier temps, ces impacts
respectifs, l’Unteroffizier Martin Schuster vient également à bout de son adversaire. Il sont sans conséquence, puisqu’il rallie son
(Fw 190 A-8 « 8 noir » WNr. 352519) et s’agit de l’un des deux autres camarades de ailier Walter Baskin, et tous deux mitraillent
l’Oberfeldwebel Heinz Seifert (Fw 190 A-8 Schwarm de Lehmann, dont on sait que l’un par la suite des trains sur les voies ferrées de la
« 13 jaune » WNr. inconnu), mais on ignore et l’autre sont impitoyablement pourchassés région. Or, quelques instants plus tard, Hooker
qui sont les vainqueurs de ces Kaczmarek. sur plusieurs kilomètres par les Mustang qui signale que sa pression d’huile est à zéro et
À ces deux pertes de la 15. Staffel, il faut les envoient au tapis sans réel combat entre qu’il doit se parachuter. En sautant, le pilote
ajouter l’Unteroffizier Otto Beckert, contraint Vörden et Bramsche : l’Oberleutnant Breitfeld américain heurte l’empennage de son P-51
à l’atterrissage forcé avec son Fw 190 A-8 et l’Oberfeldwebel Heinz Bruck meurent aux mais il parvient tout de même à tirer la poignée
près de Vörden mais qui s’en tire indemne. commandes respectives de leur Fw 190 A-8 d’ouverture de son parachute. Hooker termi-
Toujours est-il que le 1st Lieutenant Clifford « 5 blanc » (WNr. 739344) et Fw 190 A-9 nera la guerre dans un camp de prisonniers.
T. Ashby sort de ce combat crédité de 2 vic- « 4 blanc » (WNr. 750113).
toires plus une 3e partagée avec le 1st Lt. Trois autres Fw 190 A du IV./JG 54 sont abat-
Walter M. Baskin qui en décroche 1,5, le 1st tus avec certitude lors de ce violent combat II.(STURM)/JG 300
Lt. Freeman F. Hooker s’en voit accorder 2, aérien face au 356th FG, mais leurs pilotes ne
CONTRE 390TH BG :
le Major Donald J. Strait, le 1st Lt. Melvin
W. Baylor, le 2nd Lt. Clinton D. Burdick et
sont pas identifiés ; deux d’entre eux semblent
y avoir laissé la vie, le sort du troisième restant LA LUEUR AVANT LES
le 2nd Lt. William C. Jarvis seront chacun inconnu. En définitive, l’Unteroffizier Rudolf TÉNÈBRES
crédités d’un succès. Soit un total de 10 vic- Walter et l’Unteroffizier Heinz Kempken sont Mais le sort qui attend les JG 300 et JG 301
toires attribuées au 361st FS au détriment du les deux seuls aviateurs du Gruppe à rentrer à n’est rien, comparé au supplice enduré par
malheureux IV./JG 54. Vörden. Avec au moins quatorze Focke-Wulf le IV./JG 54. Ces deux escadres initialement
Et le calvaire du Gruppe n’est pas fini, puisque abattus – chiffre qui colle presque parfaitement dédiées aux missions Wilde Sau (chasse noc-
deux P-51D du 360th FS/356th FG et le White aux revendications du 356th FG (12 victoires) turne par des monomoteurs guidés dans un pre-
Flight du 352nd FS/353rd FG se joignent à – pour dix pilotes tués et deux blessés sûrs, le mier temps par radio puis repérant leurs cibles
la curée. Les nouveaux venus du 360th FS IV./JG 54 sort saigné à blanc de sa confronta- à la lueur des projecteurs de la Flak) sont alors
semblent accrocher la 13. Staffel, plus pré- tion avec les P-51 du Major Strait. Le Gruppe déployées en protection diurne de Berlin. La
cisément le Schwarm de l’Oberleutnant est tellement décimé qu’il sera dissous par le JG 300 du Major Kurt Peters (Kommandeur par
Werner Breitfeld qui cherche à s’écarter de la RLM quelques jours plus tard et ses survivants intérim) est dispersée entre Jüterbog-Waldlager
mêlée. Les 1st Lieutenants Robert E. Barnhart transférés à la JG 7 pour accélérer la consti- pour le Stab et le III. Gruppe, Borkheide pour le
et Theodore J. Urban prennent en effet en tution du II. Gruppe [9]. I./JG 300, Löbnitz pour le II.(Sturm)/JG 300 et
Reinsdorf s’agissant du IV. Gruppe. À la date
du 14 janvier, la JG 300 aligne 202 Fw 190 A
et Bf 109 G dont 146 opérationnels. De son
côté, la JG 301 de l’Oberstleutnant Fritz
Aufhammer est disséminée au sud de la capi-
tale du Reich, dans la région de Cottbus, avec
le Stab et le II. Gruppe à Welzow, le I. Gruppe
34
La dernière mort
de la Luftwaffe
à Finsterwalde et le III./JG 301 à Alteno. plus grand-chose de tout cela dans la soirée… étant contraints de faire demi-tour sur ennui
La Geschwader dispose de 109 Fw 190 A Les Fighter Groups affectés à l’escorte mécanique. Le rendez-vous avec les Heavies
dont 79 opérationnels. Ces 225 monomo- des 370 Boeing B-17 de la 3rd Air Division de la 3rd Air Division a lieu à 11h50 au nord
teurs en service représentent une force non envoyés sur les raffineries et dépôts d’essence de la ville balnéaire allemande de Cuxhaven.
négligeable, au détail près qu’en dehors des de Derben et de Magdebourg décollent de À l’approche de la cible, Derben, les avions
quelques as, la très grande majorité des effec- leurs bases anglaises globalement aux alen- du 357th FG se déploient en formation
tifs brille par son effrayante inexpérience du tours de 9h30. Deux d’entre eux nous inté- autour des B-17 évoluant à 24 000 pieds :
combat : la plupart des pilotes des JG 300 et ressent particulièrement. Le 357th FG du le 363rd FS du Captain Robert W. Foy (indi-
301 sont des Fähnriche ou Oberfähnriche âgés Colonel Irwin H. Dregne va jouer le premier catif Cement Squadron) prend place en
de 18 à 20 ans sortis tout droit de la branche rôle durant toute cette affaire. La première couverture haute à 30 000 pieds un peu en
aérienne des Jeunesses hitlériennes et ne tota- paire de P-51D du groupe efface la piste de retrait de la vague de quadrimoteurs, tandis
lisent au mieux que 120 heures de vol dont Leiston à 10h10, puis ses 66 chasseurs – que les 362nd FS du Major John B. England
à peine dix sur chasseur ! Pas étonnant que 22 de chaque Squadron (362nd, 363rd et (Dollar Squadron) et 364th FS du Major John
les vétérans les appellent « Kanonenfutter » 364th FS) – se dirigent sur la mer du Nord A. Storch (Greenhouse Squadron) assurent
ou chair à canon… [10] De fait, il ne restera sous la conduite de leur chef, dix Mustang leur protection rapprochée à 26 000 pieds.
35
Départ en mission du Fw 190 A-8 « 1 rouge » (WNr. 682204) au blindage renforcé
de la 5.(Sturm)/JG 300 à Löbnitz en décembre 1944. Il s'agit d'un cliché antérieur
de quelques semaines à notre action car c'est aux commandes de cet avion que
le Leutnant Klaus Bretschneider est tué le jour de Noël. La JG 300 utilisait alors
toujours une bande rouge comme marque d'identification, la « bande de la défense
du Reich » bleu-blanc-bleu n'ayant été adoptée par l'escadre que début 1945.
(E-N Archives)
Pour sa part, le 353rd FG prend son envol de Raydon à puissent s’attaquer aux boxes de Viermots (quadrimo-
compter de 9h43, le Major Wilbert H. Junttila menant teurs dans l’argot des pilotes allemands) sans craindre
le A Group et le Major Vic L. Byers le B Group, en tout les chasseurs d’escorte américains [11]. Ceux-ci ne vont
65 P-51 dont quatre accommodés pour la reconnais- pas mordre à l’hameçon, d’autant qu’ils ne croiseront la
Le B-17G S/N 42-102673
sance photographique. Là aussi, dix machines (dont deux route que d’un nombre restreint de Me 262 !
baptisé « Good Old Yank »,
de la PRU) doivent abandonner la mission en cours de du 571th BS/390th BG, ne Les premiers chasseurs allemands à arriver au contact des
route. À 11h55, les Mustang au nez à damier jaune reviendra pas de la mission « Amis » (Américains dans le jargon de la Luftwaffe) vers
et noir font leur jonction avec les B-17G du 34th BG sur Derben : il est abattu par 12h30 sont les 31 Fw 190 A-8 du II.(Sturm)/JG 300 qui
les Fw 190 A du II.(Sturm)/
au sud d’Helgoland. C’est le Group de quadrimoteurs JG 300 et s'écrase à Görne.
tombent entre Havelberg et Rathenow sur le 390th BG.
fermant la marche de la 1st Task Force de la 3rd Air (US Nara) Le dispositif de celui-ci a volé en éclats. Non seulement,
Division volant vers Derben ; il perd d’ailleurs deux B-17
du 7th BS sous les coups de la Flak au nord d’Hambourg :
le S/N 43-38419 nommé « Miss Betsy » (7 morts et
2 prisonniers) et le S/N 44-8263 (8 tués et 1 capturé).
Le 350th FS/353rd FG détache par ailleurs dix de ses
chasseurs afin d’assurer pendant 10 minutes la protection
d’un Boeing endommagé par la DCA et sorti de son box
afin de le raccompagner en toute sécurité jusqu’à Minden
où ces Little Friends le laissent.
Pendant ce temps, les aérodromes des JG 300 et JG 301
sont mis en alerte vers 10h30. Les décollages débutent
à 11h35 pour la première escadre et 11h50 pour la
seconde. En plus des relevés successifs de la position
des formations ennemies transmis par le contrôle aérien,
le ciel est parfaitement dégagé et facilite le repérage des
traînées de condensation à haute altitude. Coordonnant
la Reichsverteidigung ce jour-là, le Generalleutnant Josef
« Beppo » Schmid, commandant du I. Jagdkorps, a choisi
de faire sortir le III./JG 7 dont les Me 262 sont censés
jouer le rôle d’appât, afin d’attirer à eux les Mustang, de
sorte que les Fw 190 des II.(Sturm)/JG 300 et JG 301
36
La dernière mort
de la Luftwaffe
37
Focke-Wulf Fw 190 A-8
Avion du Leutnant Karl Spenst
Staffelkapitän 8.(Sturm)/JG 300
Löbnitz, Allemagne, janvier 1945
Neuf Flying Fortress descendus en quelques Werner, aux Feldwebel Fred Dohms et Ulrich vis de la fumée envahir la cabine. Lorsque
instants, jamais les pertes du 390th BG Hampel, et au Gefreiter Lutz Daniel. celle-ci se dissipa un peu, je pus constater que
n’avaient été si lourdes en une seule mission, Aussi fructueuse soit-elle, la Sturmangriff je n’avais plus de genou gauche. Ma jambe
un bilan éclipsant même celle sur Münster le contre le 390th BG n’est pas paisible pour et le pied étaient tombés vers l’arrière en glis-
10 octobre 1943 (huit quadrimoteurs perdus autant, car les mitrailleurs du Group ripostent sant de la pédale du palonnier, et par l’énorme
ce jour-là). L’attaque du Sturmgruppe est si furieusement et les épais blindages supplémen- déchirure du pantalon de cuir, je vis le sang
fulgurante et si violente que les témoignages taires des Sturmböcke ne sont pas toujours bouillonner dans une affreuse plaie. Par radio,
américains compilés dans les Missing Aircrew suffisants. Ainsi en fait l’amère expérience j’avertis mes camarades que j’étais blessé et
Reports sont fragmentaires au sujet de ces l’Unteroffizier Matthäus Erhardt, au manche que j’allais tenter de me parachuter.
neuf B-17 descendus. Très peu d’aviateurs de son classique Fw 190 A-8 « 6 rouge » Tout alla très vite : gaz réduits, verrière larguée
américains du Group ont eu le loisir de s’oc- (WNr. 738360) de la 5.(Sturm)./JG 300, et manche violemment repoussé vers l’avant…
cuper du sort des équipages voisins, tant cha- dont l’historien Jean-Yves Lorant a publié le Je tournoyai dans le vide, parvins en étendant
cun était focalisé sur sa mission pour sauver témoignage dans son incontournable historique un bras à stabiliser quelque peu ma chute sur
sa propre vie face à ce déluge du II.(Sturm)/ de l’escadre : le dos. Malheureusement, cela ne dura pas.
JG 300. Preuve que la Tagjagd, dans des cir- « Comme mes trois ailiers n’avaient aucune Ma jambe, pratiquement sectionnée, battait en
constances qui lui sont favorables (et elles expérience du combat, je choisis l’extrême tous sens comme une queue de poisson. Je
sont devenues tellement rares), peut encore droite du box attaqué, afin de subir le moins recommençai à tourner. Au bout de quelques
mordre… Côté allemand, cet engagement possible les effets du tir défensif des quadrimo- instants d’efforts, ma vue se troubla et je tirai la
éclair est logiquement marqué par moult sur-re- teurs. Je tirai sur un B-17, d’abord sur le poste commande d’ouverture du parachute. Lorsqu’il
vendications, puisque les pilotes du II.(Sturm)/ arrière qui nous gratifiait d’un feu nourri, puis s’ouvrit, je pus un peu reprendre mes esprits
JG 300, dans la confusion et l’excitation du sur l’aile gauche. Lorsque les deux moteurs et regarder l’heure. Il était exactement 12h20
combat, réclameront très exactement le double gauches du Boeing prirent feu, je cessai de [plutôt 12h35 selon Lorant]. Plus haut, le com-
de Luftsiege : un doublé à l’Oberfeldwebel tirer, sachant qu’il n’irait pas loin dans cet bat continuait. Je voyais sans cesse des avions
August Saarholz, et une victoire chacun à état. Je voulus en attaquer un second. En en feu tomber autour de moi et pus compter
l’Oberleutnant Heinz-Dieter Gramberg (Staka dégageant, mon Focke-Wulf passa dans une une bonne dizaine d’aviateurs parachutés dans
5.(Sturm)/JG 300), au Leutnant Karl Spenst gerbe de balles tirées par un mitrailleur. Trois les environs immédiats. Mon atterrissage sur le
(Staka 8.(Sturm)/JG 300), aux Oberfähnrich impacts au moins ravagèrent mon poste de sol glacé fut atroce. Les civils qui m’avaient vu
Friedrich-Wilhelm Poppe et Gerhard Pflüger, pilotage ; un dans la planche d’instruments de
aux Oberfeldwebel Richard Löfgen et Bert bord qui me cribla les mains d’éclats de verre [12] Jean-Yves Lorant, Bataille dans le ciel
Ruopp, aux Unteroffizier Fritz Krupper, Josef et de métal, un dans la boucle du harnais de d’Allemagne : une escadre de chasse dans
Schweiger, Heinz Aengenvoort, Walter mon parachute et le troisième dans mon genou la débâcle, Tome 2 : Septembre 1944-mai
1945, Éditions Larivière, 2005, p. 161-162.
Beuchel, Hubert Gausepohl, Hänsel, Karl gauche. J’entendis plusieurs explosions et je
38
La dernière mort
de la Luftwaffe
39
Débute alors ce que Merle Olmsted, vétéran du 357th FG Autre vue de la même
ayant rédigé l’historique du Group, désigne comme scène, quelques secondes
plus tôt : l'Oberleutnant
« la plus grande bataille entre chasseurs que l’unité a Gramberg pose son
jamais connu ». Fw 190 A‑8/R2 sur la piste de
Löbnitz en décembre 1944.
Encore une fois, l'appareil
357TH FG CONTRE
porte la large bande rouge de
fuselage, devenue bleu-blanc-
JG 300 ET JG 301 : bleu le mois suivant. Passé
LE GRAND MASSACRE
à la 5. Staffel entre-temps,
Gramberg est crédité d'une
victoire sur un B-17 (sa 2e) le
À la vue des P-51 se ruant sur elles, les formations de 14 janvier 1945. (E-N Archives)
Fw 190 A du II.(Sturm)/JG 300 éclatent dans tous les
sens, imitées par les avions du 357th FG de Dregne Né à Sandau le 1er avril
1925, le Leutnant Bruno
qui s’éparpillent à la poursuite des chasseurs d’assaut Klostermann, pilote de la
allemands. Au bout de quelques minutes, 48 P-51 du 11./JG 300, a le même arbre
20th FG et 22 P-47 Thunderbolt (des P-47D et de nou- généalogique que l'as des as
français Pierre Clostermann,
veaux P-47M dont c’est le baptême du feu) du 56th FG
sa branche protestante
viennent se mêler à la lutte. Les Américains prennent s'étant exilée en Allemagne à
rapidement l’ascendant. Car la discipline de vol est bien l'époque de la révocation de
plus rigoureuse de leur côté. Alors que beaucoup de l’édit de Nantes par Louis XIV.
Dans Le Grand cirque, Pierre
Focke-Wulf se retrouvent isolés sans cohésion dans ce Clostermann raconte que son
qui ressemble à un « chacun pour soi » désordonné, les père a reçu en 1949 une lettre
pilotes de P-51 peuvent presque toujours compter sur la de deux dames Klostermann
présence d’un ailier. Ainsi, l’Obergefreiter Otto Winkler, de (une religieuse et une vieille
célibataire) l'ayant informé
la 5.(Sturm)/JG 300, ne parvient pas à semer le Mustang de la mort de Bruno et de
qui s’accroche de longues minutes à lui et doit abandonner l'extinction prochaine de la
son Focke-Wulf touché en sautant en parachute, tandis branche allemande dont il était
que son camarade de la 7. Staffel, l’Oberfähnrich Klaus le dernier garçon. « Cloclo »
s'émeut de la disparition de
Lüdecke, est tué par un P-51 dans le cockpit de son ce lointain cousin titulaire de
Fw 190 A-8 « 18 blanc » (WNr. 960305). trois Luftsiege. (Coll. J.L. Roba)
40
La dernière mort
de la Luftwaffe
Douze autres appareils du II.(Sturm)/JG 300 II. Gruppe non identifiés. Soit un total de volantes ». Au sein du Schwarm de tête de
sont abattus lors du combat, mais il est impos- 16 appareils qui ne rentreront pas à Löbnitz la 9./JG 300, Grothues et son ailier, l’Unte-
sible de départager leurs vainqueurs entre les et au moins cinq aviateurs tués ! roffizier Klaus Lambio, font mouche chacun
mitrailleurs de B-17 et les pilotes de chasse Bien que s’étant rapidement jetés dans sur un quadrimoteur, mais la réplique des
sur P-51, même si ces derniers doivent logi- la mêlée pour venir en aide au II.(Sturm)/ mitrailleurs des B-17 coûte cher à ce qua-
quement se tailler la part du lion. Outre les JG 300, les Messerschmitt des I., III. et tuor : le Bf 109 G-10 de l’Unteroffizier Albert
quatre aviateurs du Sturmgruppe déjà cités, IV./JG 300 ne peuvent pas grand-chose Dennenwaldt est abattu et son pilote se
Jean-Yves Lorant recense : à la 5. Staffel pour lui, car ils se retrouvent eux-mêmes parachute indemne, tout comme doit le faire
le Kapitän Heinz-Dieter Gramberg qui n’a pris à la fois dans le combat tournoyant dans son G-10 le Fähnrich Horst Vogt pour
pu guère profiter de sa victoire décrochée avec les Mustang et les tirs croisés des sa part légèrement blessé, tandis que l’Ober-
quelques instants plus tôt mais qui évacue son boxes de bombardiers. La bataille aérienne fähnrich Grothues est tué au manche de son
chasseur indemne, à la 6. Staffel l’Oberfähn- impliquant la JG 300 se développe entre Bf 109 G-14/AS « 2 jaune » WNr. 460663
rich Hans Damrau tué dans son Fw 190 A-8/ 8 000 et 9 500 mètres d’altitude sur au sortir de sa ressource l’ayant par malheur
R2 « 1 jaune » (WNr. 680829) et le Gefreiter l’axe Perleberg, Havelberg et Rathenow. amené au beau milieu d’un box (mal remis
Hans Kißling mortellement blessé aux com- Seul le III. Gruppe parvient un tant soit peu d’une inflammation des sinus, cet as aux
mandes de son Fw 190 A-8 « 18 jaune » à éviter les chasseurs d’escorte ennemis. 12 victoires (dont 4 non confirmées) aurait
(WNr. 682843), à la 7. Staffel l’Unteroffizier Emmenés par l’Oberfähnrich Klaus Grothues, été victime d’un malaise en redressant trop
Reinhold Hofmann tué dans son Fw 190 A-8 les Bf 109 G effectuent à 9 600 m un léger brutalement). Volant respectivement avec
« 1 blanc » (WNr. 682925), et à la 8. Staffel virage à gauche, avant de piquer sur les B-17 la 11. Staffel et la 12. Staffel, le Leutnant
l’Unteroffizier Josef Schweiger mort à bord de de la 3rd Air Division. Comme une vingtaine Bruno Klostermann et l’Unteroffizier Willi
son Fw 190 A-8 « 11 noir » (WNr. 739288) de Mustang sont dans leur sillage à envi- Lohrey signalent par radio la destruction
et le Feldwebel Rudi Noske blessé dans son ron 1 000 m, quelques pilotes du Gruppe d’un Boeing au nord de Rathenow, mais le
Fw 190 A-8 « 19 noir » (WNr. 960316), virent pour leur faire face et permettre à premier est blessé par les rafales défensives
auxquels s’ajoutent six autres Fw 190 du leurs camarades d’attaquer les « forteresses des B-17 lors de sa passe de mitraillage.
Un Messerschmitt
Bf 109 G‑10 (à verrière
Erla) du I./JG 300 arborant
la bande tricolore de la
« défense du Reich »
attribuée à la Geschwader
au début de 1945. Cet
appareil a été retrouvé en
mai suivant à Prague-Kbely.
(DR)
41
Aussitôt pris en chasse par des P-51, le Bf 109 G-10 Page de droite, en haut : WNr. 490219, Fähnrich Heinz Schrepfermann tué
« 2 vert » (WNr. 491213) de Klostermann est achevé un Le Captain Robert W. Foy dans son Bf 109 G-10/AS « 8 blanc » WNr. 490224
commande le 363rd FS
peu plus loin, ne laissant aucune chance à son occupant. du 357th FG le 14 janvier et Fähnrich Henry Spanka ayant succombé à bord de
Crédité de trois Luftsiege, ce jeune homme qui aurait fêté et s'adjuge un doublé au son Bf 109 G-10/AS « 15 blanc » WNr. 491194 à la
ses 20 ans le 1er avril était, comme son nom l’indique, détriment de deux Focke- 10. Staffel laminée, les Fähnrich Heinz Christoffers tué
Wulf des JG 300 et/ou
un cousin éloigné – conséquence des guerres de religion dans son Bf 109 G-10 « 15 vert » WNr. 490186 et
JG 301. Cet as new-yorkais
et de la révocation de l’édit de Nantes – de l’as des as terminera la guerre avec Unteroffizier Gerhard Reiche mort dans son Bf 109 G-14
français Pierre Clostermann. 15 victoires à son actif. « 17 vert » WNr. 784174 à la 11. Staffel, et enfin l’Un-
(IWM)
Aux prises avec les Mustang et les Thunderbolt, le reste teroffizier Eberhard Schneider parachuté blessé de son
du III./JG 300 est à son tour taillé en pièces. Déjà forte- Bf 109 G-10 « 7 noir » WNr. 490316 à la 12. Staffel.
ment amoindrie par la passe de ses Schwärme de tête Enfin, au sein de cette dernière escadrille, un retarda-
sur les B-17, la 9. Staffel perd coup sur coup, au terme taire, l’Obergefreiter Gerhard Kraffzik, abandonnera en
d’un duel de cinq minutes avec quatre P-51, l’Oberfeld- vol à 13h00 son Bf 109 G-10 « 6 noir » à la suite d’un
webel Johann Schachtner tué dans l’explosion de son affrontement avec les P-51. Dix-huit avions abattus et
Bf 109 G-10 « 15 jaune » WNr. 490329 sur Rathenow 11 aviateurs tués, le III./JG 300 a encore plus souffert
et l’Oberfähnrich Josef Miller dans son Bf 109 G-10 que le Sturmgruppe… Seul le Staffelkapitän de la 11./
WNr. 490663 qui se parachute sans une égratignure. JG 300, l’Oberleutnant Friedrich « Fritz » Lonzius, peut
Au sein de la 10. Staffel, le Fähnrich Fridward Wipfli se targuer d’une victoire sur un chasseur américain (un
périt également au cours d’un combat avec les Mustang Mustang), une Abschuss ternie par l’endommagement
ayant « poivré » son Bf 109 G-14/AS « 12 blanc » de sa machine à l’atterrissage après avoir oublié de sortir
WNr. 785725. Le III. Gruppe enregistre dix autres son train d’atterrissage. Même bévue pour le Feldwebel
pilotes abattus dans cette bataille aérienne, sans que Karl Pichler de la 10. Staffel…
l’on connaisse leurs vainqueurs, mais la plupart devant Le P-51D Mustang S/N 44-
Le principal coupable de ces hécatombes est bien entendu
sans doute être des chasseurs américains : le Feldwebel 64051 « Little Sweetie 4 » le 357th FG, le premier groupe de chasse américain à
Egon Meier et l’Unteroffizier Erich Müller (Staffel incon- du Lieutenant Colonel avoir réagi. Ayant placé des coups sur la queue et le
nue) qui se sortent vivants de leurs « Gustav » près de Andrew J. « Andy » Evans fuselage d’un Focke-Wulf qu’il perd de vue après l’avoir
du 362nd FS/357th FG
Rathenow, l’Unteroffizier Friedrich Diestel tué dans son sur le tarmac de Leiston.
fait tomber en vrille (et qu’il ne peut donc revendiquer au
Bf 109 G-14/AS « 9 jaune » WNr. 782403 à la 9. Staffel, À ses commandes, Evans mieux qu’endommagé), son commandant Irwin Dregne
les Feldwebel Heinz Diessner tué dans son Bf 109 G-10 revendique quatre victoires se retrouve ensuite brièvement enfermé dans un cercle
« 5 blanc » WNr. 150796, Oberfähnrich Peter Bremer aériennes le 14 janvier Lufbery avec huit à dix Bf 109 lors de sa remontée mais
1945 sur des Fw 190.
mort dans l’habitacle de son Bf 109 G-10/AS « 19 blanc » (US Nara) parvient à s’en extraire pour venir en aide à un bombardier
42
La dernière mort
de la Luftwaffe
[13] Merle Olmsted, The 357th over Europe: the 357th Fighter
Group in World War II, Phalanx Publishing, 1994, p. 102.
43
À cela, il faudra ajouter le Captain Chester K. Maxwell
(364th FS) qui sera contraint de rompre le combat pour
aller se poser à Anvers après que son appareil a été troué
comme une passoire par un Mustang du 353rd FG et
le 1st Lieutenant Herman H. Delager (362nd FS) qui se
posera sur le continent sur le chemin du retour.
FRIENDLY FIRE !
Au niveau des succès, le 353rd FG n’est pas en reste,
puisque les pilotes du 351st FS (Lawyer Squadron)
repèrent les Fw 190 d’assaut et leur couverture haute
de Bf 109 juste avant qu’ils n’attaquent les B-17 soleil
dans le dos. Ils comptabilisent même dix Me 262 en train
d’orbiter, mais choisissent délibérément de les ignorer
compte tenu du danger immédiat pour les quadrimoteurs.
Mené par le 1st Lieutenant Howard P. Maree, le Yellow
Flight du 351st FS grimpe immédiatement pleins gaz à
la poursuite des assaillants. Le leader de la formation
s’adjuge un Focke-Wulf (pilote parachuté), celui du second
élément, le 1st Lieutenant James F. Hinchey, abat coup
sur coup un Bf 109 et deux Fw 190 (pilotes parachutés, le
dernier sautant juste avant qu’Hinchey ne tire sa dernière
rafale), tandis que l’ailier de ce dernier, le 2nd Lieutenant
James E. Frye, envoie un « 109 » percuter dans un
bois. Puis, à 13h15, les rafales de Maree sectionnent
l’aile droite d’un Messerschmitt 109, portant le score du
Yellow Flight à six victoires en quelques minutes. Très
flatteur, ce résultat est obtenu tout de même au prix de
belles frayeurs, car des P-51 au nez rouge (du 4th FG)
rodent comme des vautours à la recherche de la moindre
cible et ont la gâchette facile, comme le notifie Hinchey
dans son rapport :
« Je reprenais de l’altitude après avoir abattu mon
Fw 190, quand j’aperçus un monomoteur se rapprocher
à grande vitesse dans ma queue. Je rompis sur la gauche
pour lui faire face et le reconnus immédiatement comme
un P-51 au nez rouge, de sorte que je redressai et agitai
mes ailes quatre ou cinq fois. Ce P-51 peu reconnaissant Le combat aérien est si permit de me placer juste au-dessus de notre étrange
dantesque et le ciel tellement
profita de l’opportunité pour se glisser derrière moi et rempli de cibles potentielles,
ami, et je vis le Lt. Frye faire quelques cercles avec
commencer à tirer. Je rompis brusquement sur la gauche qu'il est parfois difficile aux lui, se placer dans sa queue et lui tirer dessus. Il s’est
et commençai à tourner avec lui. Je fonçai tout droit, pilotes, dans le feu de l'action, immédiatement retourné sur le dos à 500 pieds et est
nez vers le bas, agitant mes ailes comme un fou, dans d'identifier correctement les apparemment rentré ou a sauté en parachute – mais en
chasseurs poursuivis. Le 1st
un effort vain censé lui montrer que j’étais un Allié. Le Lieutenant James F. Hinchey tout cas, nous n’avons plus du tout été dérangés après
pilote de ce P-51 était soit un Américain aveugle soit un fait la désagréable expérience ça et les seuls avions autour de nous étaient ceux qui
Allemand qui savait parfaitement bien qui j’étais. J’appelai du Friendly fire, apparemment brûlaient au sol. J’ignore s’il est rentré chez lui ou s’est
dû à un Mustang du 4th FG.
le Lt. Frye, mon ailier, pour qu’il chasse ce fils de p… de parachuté car je l’ai perdu de vue quand il s’est retourné.
(IWM)
mon sillage, et fis un violent écart sur la droite. Cela me J’ai fini par croire que ce P-51 était piloté par un Allemand,
44
La dernière mort
de la Luftwaffe
quoiqu’il en soit, il était définitivement hostile » [14]. l’Oberfähnrich Georg Helk à bord de son Bf 109 G-10
[14] G.E. Cross,
Malgré quelques autres cas de Friendly fire signalés, les Jonah’s Feet Are Dry: « 11 jaune » WNr. 150808 et l’Obergefreiter Rudolf
chasseurs américains parviennent à rapidement coordon- The Experience of the Schulze aux commandes de son Bf 109 G-10 « 8 jaune »
ner leurs manœuvres et le IV./JG 300 en fait directement 353rd Fighter Group WNr. 491301. La 16. Staffel s’en sort mieux avec un
during World War II,
les frais, puisque le Gruppe du Major Heinrich Offterdinger Thunderbolt Publishing
seul aviateur tué, à savoir l’Oberfähnrich Joachim Krug
est disloqué au-dessus de Perleberg par les P-51 et les Ltd., 2001, p. 581. dans son Bf 109 G-10 « 16 bleu » WNr. 490242.
P-47. D’après Jean-Yves Lorant, les Mustang triomphent Parmi les très rares pilotes du IV. Gruppe à réussir à se
du Feldwebel Willi Kanzek tué dans son Bf 109 G-10 frayer un chemin jusqu’aux Flying Fortress, trois sont
« 4 jaune » WNr. 490395 de la 13./JG 300, de l’Un- victimes des ripostes des mitrailleurs américains en les
teroffizier Walter Hempe et du Feldwebel Walter Ibold attaquant : l’Oberfeldwebel Johannes Deutscher mort
qui évacuent en parachute leurs Bf 109 G-10 de la dans son Bf 109 G-10 « 11 noir » WNr. 490300 et l’Ober-
14. Staffel avant d’atterrir sains et saufs sur le plan- fähnrich Gerhard Rutschow tué dans son Bf 109 G-10
cher des vaches. Le combat aérien avec les chasseurs « 5 noir » WNr. 491184, qui appartenaient tous deux
américains est d’ailleurs fatal à la majeure partie de la à la 14./JG 300, ainsi que le Fähnrich Siegfried Schäfer
13. Staffel, puisque l’Oberfeldwebel Günter Esche périt à contraint de se parachuter blessé de son Bf 109 G-10
bord du Bf 109 G-10 « 9 blanc » WNr. 490247, l’Oberge- « 5 blanc » WNr. 491291 de la 13./JG 300. Le bilan de
freiter Gerhard Schlüter et l’Unteroffizier Alfred Dangl l’engagement est terrible pour le IV./JG 300 qui déplore
sautent en parachute blessés respectivement de leurs 17 avions détruits et 11 tués !
Bf 109 G-10/R6 « 1 blanc » WNr. 491155 et « 3 blanc » En contrepartie de ces lourdes pertes, les succès obtenus
WNr. 491229, chance que n’a pas leur camarade le – ou tout du moins réclamés – par le Gruppe sont maigres.
Gefreiter Werner Leimbach pulvérisé dans l’explosion en Au sein de la 13. Staffel, le Schwarm de ce même
Menant le 56th FG ce
vol de son Bf 109 G-10/R6 « 10 blanc » WNr. 491261. 14 janvier, tout premier jour Fähnrich Schäfer s’est acharné, juste avant la perte de son
La 14. Staffel perd de son côté l’Oberfähnrich Karl où le Group envoie des Schwarmführer, sur le B-17G S/N 43-37933 « Yankee
Leppers qui se parachute de son « Gustav », l’Ober- P-47M au combat, le Major Maid », un appareil du 838th BS/487th BG volant à
Paul A. Conger (à gauche)
feldwebel Josef Pernkopf mort dans son Bf 109 G-10 l’écart du combat principal après une collision en plein
perd deux Thunderbolt – mais
« 7 noir » WNr. 150788 et l’Unteroffizier Heinz Zängel un seul au combat (l'autre vol avec un de ses homologues de Squadron au sor-
tué à bord de son Bf 109 G-10 « 9 noir » WNr. 491242. sur ennui mécanique) – pour tir du Bomb run. Sa « forteresse volante » achevée
Trois pilotes de la 15./JG 300 perdent également la vie un bilan très flatteur de par les Messerschmitt, le pilote de « Yankee Maid »
19 avions allemands abattus,
face aux chasseurs « yankees » : l’Obergefreiter Günter 2 probables et 1 endommagé.
a ordonné à ses hommes de sauter et fait un atter-
Unger dans son Bf 109 G-10 « 3 jaune » WNr. 150782, (IWM) rissage forcé près de Redefin (1 tué et 8 capturés).
45
Spectaculaire cliché d'un B-17 Flying Fortress de la
3rd Air Division survolant le dépôt d'essence de Derben
matraqué par les boxes précédents. Le carré noir frappé
de la lettre J visible sur l'extrados de l'aile droite désigne
un appareil du 390th BG (le carré pour la 3rd Air Division,
le J pour le 390th BG). Les colonnes de fumée déjà
hautes et épaisses indiquent que les vagues précédentes
sont passées depuis quelques minutes déjà, confirmant
que le 390th BG est loin à la traîne (une quinzaine de
kilomètres) derrière le reste du 13th Combat Wing, ce
qui explique qu'il a constitué une cible de choix pour les
Fw 190 du II.(Sturm)/JG 300 et en a lourdement souffert.
Le fleuve visible est l'Elbe. (US Nara)
46
La dernière mort
de la Luftwaffe
LE BIG DAY
Le Boeing B-17G S/N 43-37933 « Yankee Maid », bombardier du 838th BS/487th BG,
est achevé par un Schwarm de la 13./JG 300 après avoir été victime d'une collision en Ce combat aérien du 14 janvier 1945 est dan-
plein vol avec le S/N 42-98013 et par conséquent dû sortir de son box. (IWM) tesque – il restera d’ailleurs dans les annales
de la chasse de la 8th AF – puisque la totalité
Le Feldwebel Willi Reschke, Experte de la 9./JG 301, est l'un des très rares pilotes de
la Tagjagd à pouvoir s'enorgueillir d'un doublé le 14 janvier 1945 : il revendique un P-51 et
de la JG 301 sur Fw 190 tente de pénétrer
un P-47, mais il est bien difficile de pouvoir formellement les lui attribuer... (DR) le dispositif de la 3rd Air Division à peu près
en même temps que la JG 300 ! Dans ses
mémoires, le Feldwebel Willi Reschke, as de
la 9./JG 301 titulaire alors de 15 victoires,
explique que l’interception de son escadre vire
dès les premiers instants, pour elle aussi, au
fiasco complet :
« Cette fois-ci, la formation n’a subi que peu
de changements de cap après s’être regrou-
pée, et nous avons survolé Berlin en direction
du nord-ouest. En raison de la distance qui
nous séparait de la cible, la Geschwader
aurait dû disposer de suffisamment de
temps pour atteindre l’altitude assignée de
8 000 mètres, mais grimper en formation
prend plus de temps, et le taux de montée
du Fw 190 A-8 chutait rapidement au-des-
sus de 6 000 mètres. Par conséquent, nous
étions encore en train de monter lorsque
nous avons atteint la zone d’opérations. La
visibilité était bonne en ce jour de janvier, et
les deux camps pouvaient se voir bien avant
que la bataille ne fut engagée. Alors que
la JG 301 s’approchait de l’espace aérien
à l’est de Rathenow, une importante force
de Mustang s’approcha de nos chasseurs
sur un cap réciproque, bien que l’ennemi
ait un avantage en altitude de 500 mètres.
Les deux groupes de chasseurs se rencon-
trèrent dans la case EF. Seuls les centres
de contrôle aérien de Treuenbrietzen ou de
Döberitz étaient capables de savoir si cette
rencontre pouvait être évitée. Mais la forma-
tion de la JG 301 avait le désavantage de
l’altitude, si bien que l’inévitable se produisit.
Ce jour-là, la majorité des pilotes de la JG 301
virent seulement les bombardiers de très loin,
dans la mesure où les Mustang ont piqué sur
notre formation comme un essaim de frelons.
À la tête du « Gruppe lourd », se trouvait
l’Oberleutnant Herzog, dont le Schwarm
volait devant et à gauche du mien. Il a été la
première victime de l’attaque des Mustang.
47
Son avion se trouvait à seulement 50 m du mien environ, Un Fw 190 A‑8 du I./
JG 301 abandonné
et je l’ai vu être balloté lorsqu’il a été frappé par une rafale
sur un terrain satellite de
de tirs, puis tomber brusquement. La même chose est Magdebourg à la fin de la
arrivée à bien des appareils de la JG 301, et il a fallu guerre. La Geschwader
surmonter ce premier choc qui nous avait paralysés. Pour souffre deux fois moins que
la JG 300 au cours de la
beaucoup de pilotes, ce premier contact a signifié la fin journée, mais l'ampleur de
de la mission, si ce n’est la fin tout court » [15]. ses pertes n'en reste pas
L’Oberleutnant Christoph Herzog, Staka de la 11./JG 301, moins catastrophique, avec
est donc le premier à tomber selon Reschke. Malgré 28 avions abattus et 19 tués.
(Archives Aérojournal)
sa blessure, il parvient à sauter en parachute de son
Fw 190 A-8 « 3 jaune » (WNr. 175925) et atterrit à
Kyritz ; évacué à l’hôpital, la guerre est finie pour lui. Il
est impossible de savoir quels sont les autres victimes
des P-51D, mais de nombreux autres pilotes de l’es-
cadre s’abattent en flammes dans le ciel de Kyritz, même
si par la suite, bien entendu, le combat tournoyant a
pu en ramener plusieurs d’entre eux par ici. Les autres
aviateurs du III./JG 301 à être descendus dans les envi-
rons de Kyritz sont l’Obergefreiter Günter Angermann,
de la 9. Staffel, tué dans son Fw 190 A-8 « 3 blanc »
(WNr. 176075) et l’Obergefreiter Egon Straub, de la
12. Staffel, blessé et contraint de poser sur le ventre son
Grande figure de l'aviation
Fw 190 A-8 « 10 noir » (WNr. 172355). Le I. Gruppe est
de bombardement, décoré de
plus durement touché. Il perd le Hauptmann Wolfgang la Croix allemande en or le
Hankamer, Ritterkreuzträger avec la KG 2 et Staka de la 27 juillet 1942 et de la Croix
1./JG 301, descendu et tué à l’est de la ville dans son de chevalier de la Croix de
fer avec la KG 2 le 29 octobre
Fw 190 A-9 « 1 blanc » (WNr. 206198), à la 2. Staffel, 1944, le Hauptmann Wolfgang
le Feldwebel Otto Sturm, qui succombe dans son Hankamer a été versé à
Fw 190 A-9 (WNr. 205068) pourchassé par plusieurs la JG 301 et y sert comme
Mustang et crashé à Barenthin à l’ouest de Kyritz, le Kapitän de la 1. Staffel
lorsqu'il est tué au combat le
Gefreiter Reinhard Kleinstück, blessé et qui évacue en 14 janvier 1945 sur Kyritz.
vol son Fw 190 A-9 (WNr. 206154), tout comme son (DR)
camarade, l’Oberfeldwebel Hans Schäfer, qui s’extrait
blessé de son Fw 190 A-9 (WNr. 206185), à la 3. Staffel, Werner Ebert, de la 6. Staffel, tué dans son Fw 190 D-9
le Fähnrich Wilfried Hacheney blessé et qui se parachute [15] Willi Reschke, « 16 rouge » WNr. 210260 et le Feldwebel Hans-Dieter
de son Fw 190 A-9 (WNr. 205977) et à la 4. Staffel, Jagdgeschwader Jander, de la 8. Staffel, qui périt dans le cockpit de son
les Feldwebel Walter Schmidt et Fähnrich Horst Strauß 301/302 “Wilde Sau”, Fw 190 A-9 « 7 bleu » (WNr. 207201).
In Defense of the Reich
tués respectivement dans leur Fw 190 A-9 WNr. 206189 with the Bf 109, Fw 190
Ils sont très peu d’aviateurs de la JG 301 à réussir à
et WNr. 206191 et les Unteroffizier Hans Pieschel et and Ta 152, Schiffer se frayer un chemin jusqu’aux B-17. Si la riposte des
Feldwebel Emil Schubert blessés aux commandes des Publishing, 2005, p. 204. mitrailleurs américains est fatale à l’Unteroffizier Heinrich
Fw 190 A-9 WNr. 205930 et WNr. 203386. Enfin, le Fischer, qui s’écrase dans son Fw 190 A-9 « 9 bleu »
[16] Ibid., p. 204-205.
II./JG 301 ne semble perdre sur Pyritz que le Feldwebel WNr. 205946 de la 8./JG 301 au sud d’Havelberg, son
48
La dernière mort
de la Luftwaffe
Staffelkapitän, le Hauptmann Helmut Suhr, amis ou ennemis. Je profitai de chaque bonne blessé près de Breddin. Le II. Gruppe semble
s’adjuge un B-17 au-dessus de Mecklembourg occasion pour tirer des rafales sur des P-51 qui avoir particulièrement souffert durant la
(sa 9e victoire dont 5 non confirmées), de se trouvaient dans des positions menaçantes seconde phase de l’engagement, avec sept
même que le Fähnrich Hans Schäfer de la derrière mes camarades et les forcer à inter- machines abattues : le Feldwebel Herbert
4. Staffel (parfait homonyme de celui de la rompre leur attaque. Je me suis également Schaar (5. Staffel) tué dans son Fw 190 A-9
2./JG 301) en revendique un non loin de là à retrouvé à plusieurs reprises dans des posi- « 16 blanc » WNr. 205961, le Leutnant
l’occasion de sa toute première mission aux tions périlleuses et je devais veiller à ma propre Walter Kropp (6. Staffel) parachuté blessé sur
commandes de son Fw 190 A-9. Mais le pilote sécurité. Au cours de la bataille aérienne, j’ai Brandebourg de son Fw 190 D-9 « 7 rouge »
de la JG 301 qui tire le plus son épingle du jeu perdu beaucoup d’altitude. En dessous de moi, WNr. 210907, l’Unteroffizier Franklin Höhne
dans ces circonstances dramatiques est Willi je pouvais voir de nombreuses colonnes de (6. Staffel) tué par des Mustang aux com-
Reschke, qui revendique un doublé : fumée s’élevant du sol – des avions écrasés mandes de son Fw 190 D-9 « 15 rouge »
« Le Mustang qui avait tiré ses rafales sur amis ou ennemis, je ne pouvais pas dire – qui WNr. 210977 au nord-ouest de Neuruppin,
la machine de l’Oberleutnant Herzog fut en donnaient une bonne indication de la férocité le Feldwebel Clemens Schmoll (6. Staffel)
mesure d’utiliser sa vitesse élevée pour grimper de l’engagement. tué à bord de son Fw 190 D-9 « 13 rouge »
devant nos avions, mais en faisant cela, il m’a J’étais décidé à m’extirper de la bataille WNr. 210913 à l’ouest de Neustadt an der
donné l’opportunité de lui tirer une rafale avec aérienne et à trouver un endroit où atterrir, Dosse, le Feldwebel Heinz Riedel (8. Staffel)
mes deux canons MG 151 de 20 mm. Les mais je fus ensuite de nouveau entraîné dans exécuté par des P-51 à Havelberg dans son
obus traceurs qui passaient devant le Mustang le combat. Dans un virage à droite, je suis Fw 190 A-9 WNr. 206173, l’Unteroffizier
ont dû avoir un effet, car il a basculé vers en effet tombé sur deux P-47 Thunderbolt. Heinz Kettmann (8. Staffel) mort sous l’action
la gauche et a plongé. Cette manœuvre m’a Je n’avais pas encore vu ce modèle dans la de Mustang dans son Fw 190 A-9 « 8 bleu »
facilité la tâche, car j’ai pu ainsi prendre la bataille se déroulant plus haut, mais leurs inten- WNr. 207169 près de Stendal et l’Unteroffizier
vitesse que je n’avais pas auparavant. Ignorant tions belliqueuses étaient évidentes. À une Gustav Kilzer (8. Staffel) ayant subi le même
tout ce qui se passait autour de moi, je pris altitude de 2 000 mètres, mon Fw 190 virait sort aux commandes de son Fw 190 A-9
en chasse le Mustang et tirai partie de chaque clairement mieux, si bien que je me suis rapi- « 2 bleu » WNr. 207177. Enfin, le III./JG 301
manœuvre pour me rapprocher de lui. Le pilote dement retrouvé derrière les deux Thunderbolt enregistre trois pertes supplémentaires, en
du Mustang savait également que l’homme à et j’ai placé une rafale sur l’un d’eux. Émettant l’occurrence l’Oberfähnrich Karl Hänsel, de
bord du Fw 190 avait l’avantage et pouvait de la fumée, il a rapidement quitté le lieu du la 9. Staffel, ayant péri au combat face à des
choisir la trajectoire la plus courte à chaque combat. Le deuxième Thunderbolt semblait P-51 à bord de son Fw 190 A-8 « 13 blanc »
manœuvre aérienne. Il a tenté chaque astuce davantage intéressé à fuir vers l’ouest qu’à WNr. 175920, le Feldwebel Hubert Blomert, de
du manuel pour me semer, mais je restai dans poursuivre la bataille. À 13h15, j’ai atterri sur la 10./JG 301, disparu avec son Fw 190 A-8
sa queue et continuai à me rapprocher. Ce l’aérodrome de Königsberg-Neumark, à l’est « 9 rouge » WNr. 682006 et l’Oberfeldwebel
fut une lutte acharnée entre les deux pilotes, du lieu du combat » [16]. Kurt Kabler, de la 11. Staffel, tué dans le crash
chacun essayant d’améliorer sa position. La Ce P-47 touché est-il celui de Wither ? Difficile de son Fw 190 A-8 « 4 jaune ».
bataille se déroula jusqu’au bout comme si à dire. Toujours est-il que Reschke est une Le bilan de la journée – qui sera désormais
nous étions complètement seuls dans le ciel. lueur dans les ténèbres côté allemand. Car la surnommée le Big Day par le 357th FG –
Quand le Mustang remonta dans un virage à suite du combat aérien est un désastre pour est absolument terrible pour la JG 301, qui
gauche, je l’ai touché d’une rafale et le P-51 la JG 301, dont bon nombre de pilotes n’ont déplore 28 avions détruits pour 19 pilotes tués
a été secoué exactement comme le Fw 190 pas la chance de rentrer à leur terrain comme et 9 blessés ; pour compenser, elle n’est en
de l’Oberleutnant Herzog l’avait été un court Reschke. Au Geschwaderstab, l’Unteroffizier mesure de réclamer que 2 B-17, 1 P-51 et
instant avant. Ce pilote n’aurait pas la chance Albert Hoffmann est tué par des P-51 dans 1 P-47 abattus. Et celui de la JG 300 est
de consigner sa revendication de victoire dans l’habitacle de son Fw 190 D-9 « 2 noir » encore pire avec 60 chasseurs perdus et au
son carnet de vol. WNr. 210276 qui s’écrase à Strohdeme an moins quatre endommagés pour 32 pilotes
Ce n’est qu’à ce moment-là que j’ai à nouveau der Havel. Au I./JG 301, l’Unteroffizier Heinz morts au combat et 10 blessés ; elle reven-
vérifié ce qui m’entourait, en regardant d’abord Maximini (1. Staffel) ne se sort pas vivant dique en contrepartie – de façon très optimiste
derrière moi, comme toujours. Il n’y avait de son Fw 190 A-9 WNr. 206188 face – 26 B‑17, 4 P‑51 et 1 P‑47. En l’espace d’une
aucune trace de mon ailier, mais partout, des aux Mustang, l’Unteroffizier Willi Schmidt demi-heure, les deux Geschwadern embléma-
chasseurs s’entremêlaient et tournoyaient. Il (2. Staffel) est abattu en flammes dans son tiques de la défense du Reich ont subi une
était impossible de déterminer lesquels étaient Fw 190 A-9 WNr. 205906 et se parachute véritable saignée.
à suivre...
49
BATAILLE
DAUNTLESS
SUR RABAUL
Profils couleurs © Jean-Marie Guillou Par Grégory Pons
D
ans le Pacifique sud, au nord de la Nouvelle-Bretagne, la base aéronavale japonaise de Rabaul
constitue le principal obstacle barrant la route aux Américains vers les Philippines. Sa position
géographique et sa rade naturelle entourée de hauts sommets offrent une protection naturelle
idéale à la flotte japonaise.
Les
moyens aériens dispersés tout autour sont aussi consé- Tout comme l’atoll de Truk, les Japonais ont fait de Rabaul
quents, puisque pas moins de cinq terrains d’aviation une de leurs principales places fortes du Pacifique. Après la
protègent Rabaul et permettent d’accueillir des bom- campagne de Guadalcanal, les Américains se sont lancés
bardiers japonais pouvant attaquer les positions améri- dans une sorte de « saute-moutons » pour contourner
caines. D’autres bases aériennes installées en Nouvelle- et dépasser les positions japonaises île après île, afin de
Irlande, à quelques encablures, complètent le dispositif. s’éviter des combats et des pertes inutiles. Cette technique
50
Dauntless
sur Rabaul
51
Douglas SBD Dauntless
Avion du Lieutenant Van Gordon
VB-98
Piva, île de Bougainville, février 1944
52
Dauntless
sur Rabaul
Quant au détachement B, avec ses 18 SBD, il regagne Cette carte de navigation autour de laquelle sont dispersés un bon nombre d’appa-
Espiritu Santo d’où les hommes en profitent pour partir centrée sur Rabaul montre reils adverses. Si à l’ouest et au sud du terrain, la DCA
en permission à Sydney en Australie. les cinq terrains d’aviation est faible, elle est en revanche intense dans le secteur Est
japonais qui protégeaient
Les premiers vols au cours du mois de février se limitent la rade : Lakunai,
de l’aérodrome et à l’extrémité de la piste. De nombreux
à des repérages et des réglages d’artillerie autour du cap Keravat, Vunakanau, camions japonais stationnés aux abords de la piste sont
Torokina en coopération avec un appareil de l’US Army, Tobera et Rapopo. copieusement mitraillés. Un Corsair endommagé effectue
ainsi que quelques vols d’essai et de familiarisation. Le un amerrissage à environ 3 km du cap Saint-Georges et
3 février, la première mission digne de ce nom a pour coule immédiatement, tandis qu’un autre amerrit beau-
objectif le terrain d’aviation japonais de Tobera. Sous coup plus loin et parvient à lancer un appel radio. Les
la direction du Major McDaniel, de l’escadrille VMSB- SBD font demi-tour et rentrent à la base. La mission a
341 de l’US Marine Corps, 48 SBD de différentes unités duré 3h40 en tout et pour tout. De retour sur leurs aires
Carte de navigation
(VMSB-341, VMSB-236, VB-98 et VC-38) prennent l’air aérienne de la Nouvelle-
de stationnement, plusieurs bombardiers souffrent de
à 9h50 avec chacun une bombe de 1 000 livres sous le Bretagne et de la Nouvelle- problèmes mécaniques, à commencer par les moteurs.
ventre. Ils accompagnent 24 TBF Avenger des Marines Irlande. Rabaul et ses Le 4 février, aucune mission n’est prévue, les avions
et sont escortés par 72 chasseurs. La VB-98 met en terrains d’aviation se trouvent faisant l’objet de maintenances. Néanmoins, six SBD
à la pointe Nord de la
l’air 21 appareils dont cinq font demi-tour pour raison Nouvelle-Bretagne, tandis attaquent une zone de bivouac au nord-ouest de
mécanique. Les SBD effectuent leur approche par le sud que l’aérodrome de Kavieng Bougainville, au niveau de la plantation Sarime, sans
à 14 000 pieds et sont accueillis par une quinzaine de est situé à l’extrémité de la pouvoir observer les résultats, à l’exception de deux
Zero. Le Dauntless codé A-19 est endommagé au niveau Nouvelle-Irlande. L’île de départs d’incendie. Le Lt. Lord et son mitrailleur accom-
Green Island, sur laquelle
du moteur mais parvient à rentrer. La plupart des avions la VB-98 fut basée en mars plissent une mission de recherche dans le secteur du
de la VB-98 réussissent à placer leurs bombes sur la piste 1944, se trouve tout à droite. cap Torokina.
53
Mise en route des moteurs
pour ces SBD à Piva. Les
appareils étaient dispersés tout
au long des taxiways. Notez
la présence d’un extincteur au
pied de l’appareil au premier
plan. À droite, on distingue un
hydravion Grumman J2F Duck.
Le 5, une grosse opération est montée pour attaquer le terrain d’aviation cribler la piste. Quatre SBD ne parviennent pas à décrocher leur charge
de Lakunai, à l’entrée de la rade de Rabaul. Cent-quarante appareils sont offensive. Les mécaniciens ont du mal à résorber les dysfonctionne-
rassemblés, mais la VB-98 n’y participe que de manière symbolique ments des lance-bombes. L’opposition japonaise n’a été que très faible,
avec un seul avion. L’opération se déroule sous le commandement du avec seulement une dizaine de chasseurs rencontrés. Aucune perte
Lt. Young, de l’escadrille VMSB-236. Plusieurs batteries de DCA sont n’est à déplorer du côté américain, seulement deux Dauntless ayant
détruites et un gros cargo au mouillage est touché de plein fouet. Au été endommagés par des tirs de DCA.
cours des combats aériens contre une vingtaine de Zero, aucun SBD
n’est perdu, mais quatre chasseurs américains sont abattus : trois
Corsair et un P-40. Tout au long des opérations, les pylônes d’emport OBJECTIF VUNAKANAU !
des bombes sous les ailes des SBD présentent des dysfonctionnements :
à quasiment chaque mission, des projectiles de 100 lbs restent accro- Le 8 février, aucun vol ne peut être effectué en raison des conditions
chés ; les problèmes avec le point d’emport central sous le ventre du météo déplorables. Du côté d’Espiritu Santo, deux pilotes rejoignent
Dauntless sont cependant beaucoup plus rares. le détachement B de l’unité : le Lt(jg) Dunkum et l’Ens. Levenson. En
Le lendemain est un jour « off » pour la VB-98, au cours duquel les revanche le lendemain, 10 équipages se joignent à la formation de
mécaniciens préparent les appareils pour un gros coup le 7 février. SBD et TBF qui se lance à l’assaut de Vunakanau. Il s’agit de la pre-
Ce jour-là, 59 SBD accompagnent 24 TBF avec 80 chasseurs sur le mière attaque des Dauntless sur cette importante base de bombardiers
terrain d’aviation nippon de Tobera, car la cible primaire (Vunakanau) japonais. Soixante SBD et 15 appareils de remplacement décollent de
est voilée par des nuages. Chaque Dauntless emporte une bombe de Piva à 10h25 pour se joindre à 24 Avenger, 72 chasseurs assurant
1 000 lbs. Six machines de la VB-98 font demi-tour sur problèmes leur escorte. Seulement 8 à 10 Zero les attendent. Sept Dauntless
mécaniques et trois d’entre elles sont remplacées par les « Spares » subissent des dégâts, que ce soit de la part des chasseurs ennemis
(avions de remplacement) qui ont décollé avec elles pour les accom- ou de la DCA, mais aucun appareil n’est perdu. Toutefois, un SBD de
pagner pendant une partie du trajet. L’approche de l’objectif se fait à la VMSB-341 est plus sérieusement touché, le pilote et le mitrailleur
vitesse élevée à 15 000 pieds par l’est de la rivière Warangoi. Seize étant blessés, mais l’équipage parvient à rentrer. Sur les 12 SBD de la
bombes sont placées sur des pièces d’artillerie, cinq ou six Mitsubishi VB-98 engagés, quatre ont été contraints de faire demi-tour. Près de
G4M « Betty » et un Zero sont détruits, les autres projectiles venant 25 bombes ont permis de détruire quatre batteries de DCA et de réduire
54
Dauntless
sur Rabaul
Le terrain de Vunakanau vu
sous les bombes le 24 mars
1944. Cette photo a été prise
de son siège arrière par le
matelot mitrailleur ARM2c
H.W. Eley, juste avant que
son pilote, le Lt(jg) Duiro,
ne débute son piqué.
55
Ces trois Dauntless de
la VB-98 se dirigent vers
leur objectif et viennent de
franchir le cap Saint-Georges
à l’approche de Rabaul. Si
deux d’entre eux ont une
roulette de queue modifiée,
en revanche le tout premier
a conservé la petite roulette
d’origine qui se révèle
parfaitement inadaptée sur
les pistes de sable corallien.
En revanche, le lendemain, quatre Dauntless de Keravia, car le terrain de Lakunai demeure sont recensées, de nombreux bâtiments sont
effectuent une mission photo à l’aube pour masqué par une couverture nuageuse à basse laissés en flammes. Pas un chasseur japonais
couvrir le débarquement des forces néo-zé- altitude. Au cours de cette attaque, le Lt(jg) ne s’est montré et un seul SBD est perdu : tou-
landaises et américaines sur Green Island. Savage porte un coup direct sur un gros cargo ché par des tirs de DCA, le n° 120 piloté par
Les quatre pilotes sont témoins de l’attaque qu’il laisse en flammes derrière lui. Le navire est le Lt. Stewart de la VMSB-241 est contraint
d’une douzaine de bombardiers en piqué japo- présumé coulé. Plusieurs vedettes lance-tor- d’amerrir à 3 km au sud de l’îlot de Puruata.
nais D3A « Val ». Les Lts. Hedden et Sullivan pilles et de nombreuses barges japonaises sont Ses deux occupants sont récupérés par une
engagent même le combat et donnent la également envoyées par le fond. Deux autres vedette de secours avant même d’avoir gonflé
chasse à deux de ces Aichi avec leur unique cargos sont touchés de plein fouet par les leur canot de sauvetage.
mitrailleuse de 12,7 mm de capot. Ils enre- appareils de la VMSB-244. Les concentrations de troupes impériales à
gistrent plusieurs impacts sur l’un d’eux mais Le terrain de Vunakanau doit de nouveau être proximité de Piva menacent les positions amé-
n’ont aucune idée du sort de l’appareil japo- bombardé le lendemain, mais la vague d’as- ricaines, à tel point qu’une opération est lancée
nais. D’autres sorties sont accomplies autour saut est contrainte de faire demi-tour à cause le 25. Au cours de la même journée, les deux
de Piva pour effectuer des réglages d’artille- de la météo. Les hommes du détachement B premiers Dauntless du détachement B arrivent
rie et des prises de vue. Une aire de bivouac commencent leur transfert à partir d’Espiritu à Piva. Vingt SBD participent à une frappe
est bombardée à l’embouchure de la rivière Santo via le terrain de Segi Point en Nouvelle- sur Vunapope le lendemain car le terrain de
Mibo. La météo empêche les opérations toute Géorgie pour venir remplacer leurs cama- Lakunai, qui devait être initialement attaqué,
la journée du 16. rades du détachement A en première ligne. est de nouveau masqué par des nuages. Il
Le lendemain, la mission consiste à attaquer Seulement cinq équipages de Dauntless de n’y aucune opposition aérienne de la part des
des navires japonais au mouillage dans la baie la VB-98 participent à une opération contre Japonais ; seuls trois Zero sont aperçus et
de Keravia, ainsi que des positions d’artillerie Vunapope le 24 février qui mobilise 60 SBD, restent à distance. La DCA varie en intensité
au sud-ouest du cratère du volcan Vulcain. 24 TBF et 60 chasseurs. Plus de 40 explosions et en précision selon les secteurs. Les tirs en
Une dizaine d’autres SBD de la VB-98 tentent
une opération sur les positions radar du cap
Saint-Georges et les batteries de DCA, mais la
mission échoue en raison du mauvais temps
à l’approche de l’objectif. Elle est différée au
lendemain comme objectif secondaire alors
que les pilotes de la VB-98 sont partis à la
recherche de deux destroyers nippons signa-
lés au large de l’île d’Iro à proximité du cap
Saint-Georges. L’amiral Bull Halsey adresse
un message de félicitations aux pilotes pour
leurs excellentes performances au cours des
trois jours précédents.
La mission du 19 février contre l’aérodrome
de Lakunai est annulée en cours de route, et
le 20, les pilotes de la VB-98 sont au repos.
Le General Douglas MacArthur adresse un
message de félicitations au ComAirSoPac
(Commander Air South Pacific) pour l’effica-
cité des frappes contre Rabaul. Les opérations
reprennent le 22 février, avec à nouveau une
attaque sur des navires ancrés dans la baie
56
Dauntless
sur Rabaul
57
cratère Matupi à une altitude d’environ 100 m.
Quinze pilotes du détachement B et leurs
Dauntless reviennent alors à Piva. La VB-98
compte 38 bombardiers en piqué en première
ligne, et pour la première fois depuis plusieurs
semaines, les deux détachements qui com-
posent l’escadrille opèrent ensemble pour
enfoncer le clou sur Rabaul.
Le 5 mars, ce sont 60 SBD et 36 TBF (sans
escorte) qui attaquent des positions japo-
naises le long de la rivière Torokina, à deux
reprises au cours de la journée. Durant ces
deux missions, par chance pour les Japonais
dispersés dans la jungle, plus d’une trentaine
de bombes de 100 lbs ne parviennent pas
à se décrocher des Dauntless. Le reste du
détachement B regagne Piva, à l’exception
d’un SBD qui est resté à Segi Point à cause
d’un problème de moteur. Quinze pilotes du
détachement A partent d’ailleurs en permission
là-bas. Le reste des hommes effectue le voyage
par SCAT (bimoteur R4D, version navale du
C-47). Cette base arrière est bien moins éloi-
gnée par rapport à Espiritu Santo et dispose
de certains éléments de confort qui permettent
aux aviateurs de bénéficier d’un séjour répara-
Un sixième est plus gravement endommagé leur approche à 14 000 pieds, entament leurs teur, tout en restant relativement proches de
au niveau des palonniers et de la gouverne de piqués à 9 000, avant de larguer à 1 500 pieds la zone d’opérations. Le Lt(jg) Houghton reste
profondeur. Il effectue un atterrissage d’ur- et de dégager. Les deux pièces de DCA lourde néanmoins à Piva pour s’occuper de plusieurs
gence à Piva et percute un TBF heureusement au nord-est de la ville sont bien touchées, ainsi affaires concernant le renseignement en l’ab-
vide de charge explosive. L’équipage s’en sort que plusieurs autres batteries pour lesquelles sence du Lt. Gross.
indemne. Le terrain d’aviation de Lakunai est les résultats sont mitigés en raison de nuages Au matin du 6 mars, seul le Lt(jg) Levenson,
attaqué le lendemain, mais la VB-98 ne parti- épars. Plusieurs bâtiments le long de la plage de la VB-98, prend part à une attaque sur le
cipe pas à l’opération. sont frappés et incendiés. Un sous-marin est terrain de Lakunai. Tous les appareils larguent
Le 4 mars, le nombre de chasseurs d’escorte repéré à côté de la piste de Lakunai, au niveau leur bombe à l’estime, à travers la couche de
se réduit encore un peu, puisqu’ils ne sont plus de Sulphur Creek. Par ailleurs, plusieurs gros nuages. Le lendemain, c’est de nouveau le
que 24 à accompagner 48 SBD de la VB-98 hydravions quadrimoteurs japonais « Emily » et terrain de Lakunai qui est attaqué par 47 SBD
et de la VMSB-244 ainsi que 24 Avenger par- « Mavis » sont amarrés dans le port de Rabaul. et 24 TBF. Cette fois-ci, 18 Dauntless de la
tant bombarder des pièces de DCA à l’est de Enfin, une batterie de DCA lourde est repérée VB-98 sont de la partie et accompagnent
Rabaul. Après avoir traversé un front pluvieux à 400 m au nord de l’hôpital de Rabaul et plu- ceux de la VMSB-244. Seulement 16 chas-
en cours de route, les Dauntless effectuent sieurs positions de mitrailleuses au nord-est du seurs les protègent. L’approche s’effectue à
Green Island : les
équipages de Dauntless de
la VB-98 s’équipent pour une
mission au pied de la tente,
en attendant qu’un camion
vienne les récupérer pour les
amener à leurs appareils.
58
Dauntless
sur Rabaul
59
La mission dure à peine une heure. Deux des 14 autres SBD et 18 TBF qui attaquent des avec la VMSB-243. La vague d’attaque se
appareils emmènent des observateurs de pièces de DCA sur le terrain de Rapopo. Au compose de deux détachements, le premier
l’US Army. Les Japonais sont coriaces et s’ac- cours de cette même journée, la VB-98 reçoit basé à Green Island et l’autre plus en arrière qui
crochent à leurs positions, à tel point que de l’ordre de faire mouvement sur Green Island. décolle de Piva. Les formations se retrouvent
nouvelles frappes sur les collines autour de Piva Dix-sept de ses appareils avec leurs équipages au-dessus du cap Saint-Georges et effectuent
doivent être effectuées. Le 18 mars, un raid quittent Piva et vont se poser sur cette nouvelle leur approche à 15 000 pieds, à vitesse éle-
est effectué sur des batteries de DCA autour base qui les rapproche de Rabaul. vée. La piste ennemie est criblée d’impacts et
de Rabaul avec 35 SBD qui obtiennent de très Dès le lendemain, neuf d’entre eux participent mise hors d’usage. Les équipages observent
bons résultats, puisque dix coups directs sont à une attaque sur le terrain de Vunakanau avec plusieurs épaves d’appareils japonais tout
placés sur des pièces d’artillerie de différents 15 SBD et 17 TBF. Leur escorte n’est plus autour de la piste avant que les appareils ne
calibres. Deux appareils sont touchés mais que de huit chasseurs. Les pilotes de chasse se regroupent au-dessus de l’embouchure de
parviennent à rentrer. L’un d’eux est criblé japonais semblent être devenus des fantômes. la rivière Warengoi pour rentrer.
de plus de 15 impacts ! Les opérations ralentissent, les jours de repos Le 25, la VB-98 est de repos, mais le lendemain
Le 19, quatre pilotes qui avaient rejoint alternent avec les missions. Le 22 mars, la elle participe à une attaque contre le terrain
Guadalcanal la veille reviennent à Piva avec VB-98 participe à un raid sur Vunakanau sans de Kavieng. La formation compte 54 SBD et
quatre nouveaux SBD. Seize Dauntless de aucune perte. Deux jours plus tard, c’est à 24 TBF. Deux jours plus tard, un autre raid a
l’escadrille se joignent à une formation de nouveau cet objectif qui est attaqué en jonction pour objectif une aire de dépôt de munitions
et de ravitaillement au cap Tavui à proximité
de Rabaul. Le 28, douze pilotes et leurs mitrail-
leurs effectuent des patrouilles de recherche
en mer pour localiser les éventuels survivants
d’un B-24 disparu dans un rayon de 180 km
autour de Green Island, sans succès. Pendant
ce temps, neuf autres équipages et leurs appa-
reils participent à l’attaque d’une position japo-
naise à Kabagada Point, à l’ouest de la ville
de Rabaul. Malheureusement, la météo se
dégrade et les contraint à faire demi-tour. Le
lendemain est un jour de repos et le 30 mars,
la VB-98 effectue ses trois dernières missions
pour le mois. L’objectif de la première est un
60
Dauntless
sur Rabaul
FIN
DE PARTIE
Tout au long du mois d’avril 1944, la VB-98
poursuit ses assauts contre Rabaul et ses
terrains d’aviation à partir de Green Island,
mais elle n’effectue que 11 missions. Les
attaques sur Rabaul vont se maintenir
encore pendant plusieurs mois, mais la résis-
tance des Japonais ne va cesser de faiblir et
finir par devenir symbolique. L’assaut tant
attendu par l’ennemi contre cette position
ne viendra jamais : Rabaul finira simple-
ment par se retrouver à l’arrière des troupes
alliées et sera totalement isolée du reste
des forces nippones. La constante pression
exercée sur Rabaul tout au long des trois
premiers mois de l’année 1944 aura permis
aux Américains d’affirmer leur supériorité
aérienne dans les Salomon tout en gardant
l’initiative de l’offensive. De leur côté, les
Japonais furent poussés à se réfugier dans
la défensive pour assurer le ravitaillement
de leur place forte. Incapables de réunir des
moyens conséquents pour une contre-of-
fensive, ils perdirent leurs positions comme
groupe de navires dans la baie de Keravia qui est attaqué par 18 SBD avec six TBF et sept chas- on perd une partie d’échecs à l’usure, et
seurs. Les pilotes de la deuxième mission rentrent bredouilles de la recherche d’un sous-marin sans réelle stratégie. Assurés de la qualité
signalé le matin même à proximité de Rabaul. La troisième mission est lancée contre le terrain de leurs aviateurs qui se confirma au fil
de Vunakanau avec seulement 11 appareils de la VB-98 qui décollent de Green Island pour des affrontements, et par le jeu d’un roule-
rejoindre une autre formation en provenance de Piva. Cinq batteries de DCA sont endomma- ment d’unités sans cesse renouvelées, les
gées au nord-ouest de la piste qui n’a pas été réparée depuis la dernière attaque du 24 mars. Américains purent tester autant de tactiques
Plusieurs colonnes de fumée s’élèvent depuis Rabaul et Vunapope, ainsi que de Vunakanau qui portèrent leurs fruits et leur évitèrent des
lorsque les Dauntless quittent l’objectif. Deux bombardiers « Betty » recouverts par des filets pertes inutiles. La campagne des Salomon
de camouflage semblaient en bon état au nord-ouest de la piste. vint confirmer que la clé de la victoire allait
Le 31, le détachement B comprenant 20 SBD et 27 pilotes est stationné à Green Island, tandis résider dans la maîtrise du ciel, sans laquelle
que le détachement A est basé à Segi Point, en Nouvelle-Géorgie, avec 18 SBD et 26 pilotes toute offensive au sol relèverait du hasard.
où il effectue des vols d’entraînement.
26 mars 1944 : objectif
en vue ! Approche par les
Dauntless de la VB-98 du
terrain de Kavieng à la pointe
Nord de la Nouvelle-Irlande.
61
UNITÉ
1939
1945
Jolie vue dynamique d’un hydravion Dornier Do 18 du
Seenotdienst sur le point d’amerrir pour porter assistance à
un équipage de la Luftwaffe en détresse. Le canon MG 151
de 20 mm de la tourelle arrière est pointé en retraite dans
le ciel pour faire face à toute menace éventuelle.
(Sauf mention contraire, toutes photos Coll. C. Goss)
SEENOTDIENST !
Par Chris Goss
Au
début de la Seconde Guerre mondiale, la Luftwaffe dispose d’une branche de secours en
mer des équipages appelée Seenotrettungsdienst, mais plus connue sous sa forme abrégée
de Seenotdienst. Chris Goss nous narre l’histoire de cette formation souvent négligée alors
qu’elle s’est avérée si importante dans l’organigramme de la force aérienne allemande.
D
ès le mois d’avril 1939, un service de secours aérien en par des équipages civils mais en août 1939, ils sont pris en compte
mer, relevant de la Deutsche Gesellschaft zur Rettung par la Luftwaffe et l’unité commence à s’agrandir. Désormais inté-
Schiffbrüchiger (Service maritime allemand de recherche grés au Seenotflugkommando 1 basé à Bad Zwischenahn, les He 59
et de sauvetage), est formé à Norderney, dans le nord sont répartis entre Norderney et List auf Sylt. Au même moment,
de l’Allemagne, et est déclaré opérationnel en juillet de le Seenotflugkommando 2 est constitué à Pillau. Toutefois, du fait
la même année. Il est à l’origine équipé de trois hydra- de l’imminence de la guerre, le Seenotflugkommando 1 est entière-
vions Heinkel He 59 codés WL-APIE, WL-AHAN et WL-AKAR qui, ment déplacé sur Norderney avec un simple détachement conservé
outre les marques nationales sur les ailes et l’empennage, arborent la à List et intègre le Seenotzentrale Nord, lui-même subordonné au
Croix-Rouge sur le fuselage. Ces appareils sont initialement maniés Marinegruppenkommando West, tandis que le Seenotflugkommando 2
62
SEENOTDIENST !
MONTÉE EN PUISSANCE
Durant les premiers sept mois de la guerre,
les hydravions He 59 opèrent au-dessus de la
Baltique et de la mer du Nord, portant secours
aussi bien aux pilotes amis qu’ennemis. Le
volume de leurs missions croît soudainement
en avril et mai 1940 à la suite de l’invasion du
Danemark et de la Norvège, les appareils du Le Heinkel He 59 N immatriculé D-ARYX du Seenotflugkommando 3. Au début de la guerre mondiale,
la livrée est blanche avec croix rouge pour éviter les tirs ennemis, mais bien vite, avec la multiplication
Seenotflugkommando 1 se transférant ainsi des attaques adverses, le camouflage standard sera appliqué et l’armement monté en tourelles.
sur Stavanger-Sola. L’un des sauvetages les
plus remarquables de cette période intervient Le He 59 D WNr. 1522 immatriculé D-AHIK du Seenotflugkommando 1 vu en opération en
juillet 1940. Notez la livrée toujours blanche qui cédera la place au camouflage réglementaire
le 30 avril, lorsque six Blenheim du No 110
le mois suivant. Cet appareil sera perdu sur accident le 8 septembre 1943.
Squadron menés par le [Link]. Ken Doran,
DFC, attaquent Stavanger. Les Messerschmitt
Bf 109 de la 4./JG 77 abattent le bimoteur
de Doran et celui manié par le [Link]. Ron
Abbott. Seul Doran survit : après un bain en
mer de deux heures, il est récupéré à 24 km
à l’ouest de Stavanger par un He 59 du
Seenotflugkommando 1 aux mains de l’Un-
teroffizier (Uffz.) Helmut Barthmann. Ken
Doran était un pilote chevronné de Blenheim
et avait reçu la Distinguished Flying Cross
(DFC) pour sa participation à une attaque
contre des navires de guerre allemands le
4 septembre 1939.
Avec l’offensive à l’ouest, la Luftwaffe dispose
progressivement, à mesure de la progression
de la Heer, de bases toujours plus nombreuses
sur le littoral des Pays-Bas, de Belgique et de
France, bases qui seront bientôt fort utiles en
prévision du débarquement en Angleterre [Voir
Aérojournal n° 99 & n° 100]. Par conséquent,
le Seenotflugkommando 1 peut faire opérer un
petit nombre d’appareils depuis Amsterdam-
Schellingwoude dès la fin mai 1940.
Heinkel He 59 N
Seenotflugkommando 3
Boulogne-sur-Mer, France, juillet 1940
63
Un He 59 du Seenotdienst d’une unité non
identifiée est engagé dans une course contre la
montre en compagnie d’une vedette rapide de
secours en mer, en mer du Nord en 1940 ou 1941.
64
SEENOTDIENST !
La reddition de la France
permet à la Luftwaffe de
faire main basse sur des
hydravions Breguet 521
Bizerte, dont 17 exemplaires
sont pris en compte par le
Seenotdienst qui en fera un
usage intensif quasiment
jusqu’à la fin de la guerre.
65
Le Breguet Bizerte WNr. 0026 immatriculé KD+BE de la
1. Seenotstaffel est photographié à Hourtin, en Gironde, en
septembre 1940. Il sera perdu en baie de Gascogne le 21 avril 1941,
à la suite d’un ennui moteur mais son équipage sera secouru.
Puis, le 9 avril, c’est un He 59 D de la 3. Seenotstaffel qui est abattu en face du En arrière plan, le Do 24 T-3 WNr. 0087 immatriculé DJ+ZM de la
cap Gris-Nez par trois Spitfire du No 64 Squadron, l’un de ses occupants étant tué. 7. Seenotstaffel. Dans la vedette, coiffé de la casquette d’officier, se
Enfin, le 5 mai, un He 60 D de la 2. Seenotstaffel aux mains de l’Oberfeldwbel tient debout le Hauptmann Hans Lösch, Kapitän de cette escadrille.
Peu après que ce cliché a été saisi, le 23 décembre 1943, cet appareil
Paul Stockhinger est descendu en baie de Seine par le [Link]. Jean Offenberg percutera une maison au décollage du port de Cythère et s’écrasera,
du No 145 Squadron ; l’observateur et Staffelkapitän Oberleutnant zur See Hans tuant trois membres d’équipage et blessant les trois autres. (via Daehn)
Hilbig est blessé. Cette série noire contraint la Luftwaffe à prendre des mesures : de
plus en plus de ces missions sont ainsi effectuées avec escorte, réaction efficace Quelques instants plus tard, de retour à bord du Do 24 T-3
codé DJ+ZM de la 7. Seenotstaffel, l’équipage s’apprête à
puisqu’aucun autre avion du Seenot ne disparaît au combat le restant de l’année redécoller. Ce cliché permet d’apprécier l’insigne de l’unité, un
1941, quand bien même d’autres appareils sont perdus sur accident ou dans d’autres ange debout sur un nuage fouillant la mer avec une longue-
circonstances inconnues. vue. Le dos de la photo date cette scène au 1er décembre 1943.
L’année 1942 est marquée par un nouveau remaniement du Seenot et de ses unités Notez que la partie en-dessous de la ligne de flottaison a été
repeinte en plus sombre, de la couleur du fuselage. (via Daehn)
volantes, la répartition de ces dernières étant la suivante au début du mois de juin :
- Seenotbereichskommando I (Brest) avec la 1. Seenotstaffel (Brest) et le
Seenotflugkommando Hourtin (Hourtin, France).
66
SEENOTDIENST !
Un Dornier Do 24 T-3 de la
3. Seenotstaffel photographié
à Berre-l’Étang, près de
Marseille, en 1943.
Le Bristol Beaufighter
au Serial T4935 du No 252
Squadron s’est posé sur
la Méditerranée le 11 mars
1942, mais son équipage,
composé du [Link]. Bernard
Moody et du Sgt. Ian Philip, est
secouru par un Do 24 T de la
7. Seenotstaffel. Comme une
parenthèse dans la guerre,
sauveteurs et secourus posent
ensemble avec un grand
sourire pour la postérité.
(via Daehn)
67
L’année 1944 voit l’ultime réorganisation du
service de sauvetage en mer de la Luftwaffe,
avec la formation des Seenotgruppen, cha-
cun alignant normalement une escadrille
(Seenotstaffel) et un élément naval sur
vedettes rapides (Seenotflottille). Voici l’ordre
de bataille au mois d’août :
- Seenotgruppe 20 (Malcesine, Italie) avec la
Seenotsuchstaffel (Udine).
- Seenotgruppe 50 avec la Seenotstaffel 50
(Oslo).
- Seenotgruppe 51 avec la Seenotstaffel 51
(Tromsø)
- Seenotgruppe 60 avec la Seenotstaffel 60
(Pillau [Baltiïsk]).
- Seenotgruppe 70 avec la Seenotstaffel 70
(Athènes).
- Seenotgruppe 80 (Jever, Allemagne) avec
la Seenotstaffel 80 (Norderney).
- Seenotgruppe 81 (Bug, Allemagne) avec la
Seenotstaffel 81 (Parow).
L’appareil le plus représenté est toujours
le Do 24 T-3 mais d’autres modèles font
également leur apparition en unité. Les
Seenotgruppen 60 et 80 comptent ainsi tous
deux des Messerschmitt Me 410 A-1 affec- activité qui n’échappe évidemment pas à 11h45 avant de parvenir à les semer dans
tés à la Such-und Schutzstaffel de certains la Luftwaffe. Le [Link]. George Chester les nuages. Une heure plus tard, l’équipage
Seenotgruppen, une escadrille de combat qui décolle donc à 10h55 et va rencontrer son de Chester repère six canots pneumatiques
est utilisée à la fois pour la recherche en mer funeste destin sous la forme de deux Me 410 contenant environ 10 naufragés, mais tandis
et la protection des hydravions de sauvetage. dont un autre Warwick, celui du [Link]. qu’ils leur larguent une chaloupe de sauve-
Ernest Rhodes, signale subir les attaques à tage, leur Warwick est attaqué :
UNE VRAIE
BATAILLE AÉRIENNE
D’AVIONS SAR !
C’est ainsi qu’un pilote de Me 410, l’Oberleu-
tant Heinz Langer, du Seenotgruppe 80, est
crédité d’une victoire sur un Halifax le 29 sep-
tembre 1944, un Wellington le 7 octobre
et, partagé avec le Fahnenjunker-Feldwebel
Wehrmann, deux Wellington le lendemain
8 octobre ! Ironie du sort, les deux der-
nières victimes de ce duo sont en fait deux
Warwick de sauvetage en mer du No 280
Squadron pilotés par les [Link]. George
Chester et [Link]. Bert Mason (le premier
équipage survit, mais aucun homme parmi le
second). Ce doublé mérite plus ample récit.
Au cours de cette journée du 8 octobre, le
No 280 Squadron recherche activement des
survivants en mer du Nord, avec pas moins
de 16 sorties accomplies en 24 heures, une
Dornier Do 24 T-2
7. Seenotstaffel
Athènes-Phalère, Grèce, octobre 1943
68
SEENOTDIENST !
En 1944, la Such-und
Schutzstaffel des Seenotgruppe 60
et Seenotrgruppe 80 utilisent
des Me 410 A-1 à la fois pour la
recherche en mer et la protection
des opérations de récupération
des équipages, respectivement
depuis Pillau et Jever/Norderney.
« Deux Me 410 ont alors attaqué depuis les nuages. Les mitrailleurs promu à la tête du Seenotgruppe 20 volant sur Fw 190 A-8 mais sa
arrière et dorsal ont ouvert le feu sur les assaillants dont l’un a rompu le chance l’abandonne le 16 février 1945, quand il est abattu en mer à
combat avec le moteur bâbord fumant. Le Me 410 restant a continué 12 km au sud de Grado en Italie par le 1st Lt. Walter « Lefty » Selenger
à attaquer et a d’abord touché le système hydraulique, si bien que du 318th Fighter Squadron. Langer est selon toute vraisemblance le
le train d’atterrissage s’est affaissé. L’avion a effectué de violentes dernier pilote du Seenot à être tué au combat par un avion ennemi au
manœuvres évasives, mais l’attaque s’est poursuivie. Moteurs, tou- cours de la Seconde Guerre mondiale...
relles, gouvernail, gouvernes de profondeur et fuselage ont tous été
touchés et la queue a pris feu. Le mitrailleur arrière a été blessé par
des éclats d’obus de canon. L’avion ennemi a délivré neuf passes dis- LA FIN
tinctes et à 13h03, le Warwick a amerri, se brisant en trois morceaux
et coulant en 10 secondes. » Tandis que la fin du conflit approche, le Seenot de la Luftwaffe n’est
Par chance, hormis le mitrailleur de queue blessé et le navigateur plus que l’ombre de lui-même, au point que le 22 avril 1945, ne sont
ayant eu l’épaule disloquée, le reste de l’équipage s’en tire indemne. plus guère sur le pied de guerre que :
Le Me 410 cercle autour des aviateurs britanniques pendant quelques - le Seenotgruppe 80 (à Jever) avec la Seenotstaffel 80 (à List) et la
minutes, puis disparaît, avant de finalement revenir à 15h40 en Such-und Schutzstaffel 80 (à Jever) ;
compagnie d’un Do 24. Le Messerschmitt effectue un passage à - le Seenotgruppe 81 (Bug) avec la Seenotstaffel 81 (Parow) et la
basse altitude sur le canot et tire trois fusées éclairantes rouges. Such-und Schutzstaffel 81 ;
C’est alors qu’un autre Warwick du No 280 Squadron, celui piloté - le Seenotgruppe 50 avec la Seenotstaffel 50 (Oslo) ;
par le [Link]. Bill Harpur, accompagné par les deux Beaufighter - le Seenotgruppe 51 avec la Seenotstaffel 51 (Tromsø).
du No 489 Squadron du [Link]. John Reynolds, DFC, et du [Link]. Force est de constater qu’en ce qui concerne l’utilisation d’avions et
Lloyd Stuchbery, fait à son tour son apparition, apparemment sans d’unités aériennes dédiées au sauvetage en mer, la Luftwaffe était
se rendre compte de la présence du Me 410 qui commence alors à bien plus en avance que la RAF dont les Squadrons de ce type ne
s’approcher des nouveaux venus sans être vu, jusqu’à ce qu’inter- furent formés qu’en octobre 1941, si bien qu’elle avait été contrainte
viennent fort à propos deux Hudson du No 279 Squadron aux mains d’utiliser durant cet intervalle pour le SAR des appareils détournés de
des [Link]. Henning Pedersen et [Link]. Don Carmichael. Après un leur rôle principal. Côté allemand, les équipages du Seenot ont volé
court engagement, tous les appareils rompent le combat et rentrent à avec distinction et sens du dévouement tout au long de la guerre et
leur base. Quant à l’équipage de Chester, il sera secouru le lendemain. le nombre de personnels des deux camps qui leur doivent la vie est
Pour conclure cette anecdote, précisons que Heinz Langer est ensuite incalculable mais doit certainement se compter en milliers d’aviateurs.
69
AVION
1949
1970
CONVAIR B-58
HUSTLER
Par Guy Julien
Le
B-58 a été conçu au milieu des années 1950 dans le seul but de donner un avantage décisif
(et ultime...) aux États-Unis en cas d’engagement nucléaire avec les Soviétiques. L’idée
prévalant alors était en effet qu’un bombardier supersonique serait trop rapide pour per-
mettre la moindre réaction concertée de leur défense aérienne. Or, quand le Hustler est
entré en service (!), la donne avait changé. L’avenir appartenait désormais à des missiles bien plus rapides
que lui et ainsi capables de le remplacer ou, selon les cas, de le détruire !
La bête dans son élément. Le Convair B-58 (ici un A-15-CF, S/N 60-1118), véritable
concentré de technologie, est également une parfaite réussite esthétique.
(Toutes photos US Nara)
70
Convair B-58
Hustler
En
En matière de conception d’avions
de combat, les États-Unis ont
depuis longtemps fait, avec la
furtivité, un choix structurant.
Cependant, dans les années 1950,
la technologie Stealth demeurait du
domaine de la pure théorie. L’approche paradigmatique
de l’Air Force était alors fondée avant tout sur la vitesse
qui, seule, pensait-on, pouvait permettre de percer les
défenses ennemies et garantir la survie du vecteur dans
un espace aérien hostile. Cette exigence aujourd’hui pas-
sée de mode (dans une certaine mesure) a néanmoins
permis de produire des appareils technologiquement très
avancés. Plus d’un demi-siècle après avoir été retiré du
service actif, l’un des vestiges des temps les plus chauds
de la Guerre froide, le Convair B-58 Hustler, conserve
l’aspect futuriste et vénéneux qu’il affichait en 1960
lorsqu’il a rejoint les rangs du Strategic Air Command
(SAC). Ce simple constat mérite qu’on revienne sur le
développement et la carrière météorique d’un bombardier
hors du commun.
GENÈSE Maquette à l’échelle 1 dégrader dans ces conditions ses caractéristiques de vol.
En avril 1946, l’USAAF lance le programme dit GERBO I d’une préfiguration finalement Ayant bénéficié, après la capitulation du Reich, de la pro-
non retenue du B-58 en
pour Generalized Bomber Study, auquel la firme Convair tection octroyée par les forces américaines aux savants
configuration nacelles doubles.
(précédemment Consolidated), qui a produit durant le Le bidon ventral à vocation et aux ingénieurs allemands dans le cadre de l’opération
conflit les bombardiers B-24 Liberator et B-32 Dominator, duale (carburant et armement) « Paperclip », Lippisch réside alors aux États-Unis. Pour
est immédiatement associée. L’avionneur est alors engagé est déjà présent mais son l’USAAF, pour Convair et pour la suite de notre histoire,
dessin évoluera également.
dans le processus de développement du gigantesque cela tombe très bien.
B-36 Peacemaker. Or, le programme de recherche qui Reprenant, avec la collaboration de l’ingénieur alle-
lui est confié en constitue la parfaite antithèse. Il s’agit mand, les travaux conduits pour le compte de la défunte
en effet de mettre au point un appareil ultramoderne Luftwaffe quelques mois plus tôt sur le P-13 (un petit
disposant d’une voilure à faible allongement capable en delta propulsé par un réacteur alimenté à la poussière de
théorie et au moins sur le plan aérodynamique d’aller charbon), le constructeur américain y substitue un turbo-
au-delà de la vitesse du son (1 234 km/h au niveau de réacteur Westinghouse J-30. Alimenté très classiquement
la mer). Ce concept apparaît d’autant plus ambitieux que par du kérosène, celui-ci bénéficie d’une batterie d’appoint
personne qui en soit revenu vivant n’a alors pu franchir constituée de six fusées à carburant liquide. Cependant,
ce fameux « mur » dont les contours ont été précisément le réacteur se révèle d’une dimension trop importante
définis en 1877 par le physicien autrichien Ernst Mach pour être intégré au dessin retenu, celui d’une aile volante
passé à postérité après l’adoption de l’unité de mesure ou plutôt d’un obus ailé inspiré du P-13. À la même
portant son nom. époque, cette approche conceptuelle inspire également
Les bureaux d’études de la firme établie historiquement les Britanniques qui travaillent sur le projet Miles M-52
à San Diego (Californie) puis à Fort Worth (Texas) sont Le prototype XB-58 et les Français avec les productions Leduc en l’associant
engagés à la même époque par un appel d’offres lancé en (S/N 55-0660) photographié toutefois à la technologie du statoréacteur. Néanmoins,
août 1945 visant à doter l’aviation militaire des États-Unis en 1957. L’appareil déclasse Convair, de façon très pragmatique, change rapidement
d’un intercepteur de nouvelle génération capable de voler immédiatement celui qui son fusil d’épaule, en optant pour une configuration rela-
l’a précédé : à savoir, le
à 700 mph (1 127 km/h) et d’atteindre 50 000 pieds B-47, qui, à l’arrière-plan, tivement plus classique avec un fuselage à l’intérieur
(15 240 m) en quatre minutes. Convair emporte l’adhé- paraît devenu archaïque. duquel la turbine du J-30 peut être installée sans difficulté.
sion de l’Air Force, mais sa première épure, le MX-813
doté d’ailes en flèche et équipé d’un statoréacteur, peine
à convaincre l’Air Materiel Command après les résul-
tats peu satisfaisants d’essais en soufflerie conduits
sur une maquette.
Cependant, ayant opté pour une voilure en delta affec-
tée d’une forte flèche, Ralph Schick et Adolph Burstein,
en charge du projet, sont bientôt orientés vers les
recherches conduites en Allemagne durant la guerre par
le Dr. Alexander Lippisch. Celui-ci, esprit brillant à qui
l’on doit la conception du Me 163 Komet, a par ailleurs
également travaillé depuis le début des années 1930
sur le concept de voilure delta. Aile d’abord adaptée à
des planeurs, de possibles évolutions vers les appareils
militaires à hautes performances sont rapidement envisa-
gées. Outre une plus grande résistance structurelle, une
telle configuration apparaît particulièrement bien adaptée
au vol à très haute vitesse. Lors du franchissement de
la barrière sonique, elle laisse par ailleurs le bord d’at-
taque de l’aile en dehors de l’onde de choc. Celle-ci se
concentre sur la partie avant du mobile aérien sans trop
71
Le nouveau delta dispose d’une dérive mais est dépourvu
d’un plan fixe. Le dessin présenté en 1946 est accepté
par l’USAAF. Moyennant quelques modifications dont
la plus visible consiste à ramener le poste de pilotage
initialement positionné dans la partie centrale de l’avion
jusqu’à l’avant de la machine, un prototype désigné XP-92
est aussitôt mis en chantier. Il est par la suite désigné
successivement XF-92 puis XF-92A après l’avènement
en 1947 de l’Air Force en tant que branche autonome des
forces armées des États-Unis. Propulsé désormais par un
J-33-21 développant une poussée à sec de 2,2 tonnes,
l’appareil effectue son premier vol le 18 septembre 1948.
Incapable de dépasser la vitesse du son en palier, il s’attire
plus de sarcasmes que de louanges de la part des pilotes
d’essais auxquels est confié l’unique exemplaire produit. Il
va néanmoins permettre de défricher les caractéristiques
de vol d’une voilure atypique qui, à cette époque, est
loin de répondre à toutes les attentes de ses promoteurs.
Toutefois, après avoir reçu ses premiers bombardiers
(moyens) à réaction North American B-45 Tornado en
1947 et s’apprêter deux ans plus tard à déjà recevoir
son remplaçant, le Boeing B-47 Stratojet, l’USAF lance
en 1949 un nouvel appel d’offres, GERBO II visant à lui
donner un successeur supersonique ! Le « 50660 » est une étude comparative sur plans, son projet MX-1626
photographié ici lors d’essais emportant l’adhésion de la Material Division est déclaré
de roulage à grande vitesse
réalisés au début de 1957.
officiellement vainqueur de l’appel d’offres SAB-51 le
DÉVELOPPEMENT On remarque l’absence de 18 septembre 1952.
l’imposant bidon ventral. Au début de 1953 à Fort Worth, l’approche théorique
Prévues pour durer neuf mois, les premières études sont a cédé le pas aux travaux pratiques et on commence
lancées en ce sens dès le 15 juin 1949. En avril 1950, donc à travailler sur les XB-58 et XBR-58 (version spé-
l’avant-projet n’est cependant toujours pas bouclé. Entre- cialement dédiée à la reconnaissance dont le développe-
temps, les exigences du donneur d’ordres ont cru au ment ne sera pas poursuivi). Il devient très rapidement
rythme des fulgurantes avancées technologiques enre- évident pour tout le monde que les trois réacteurs GE
gistrées à cette époque. Un rayon d’action de 7 200 km, J-53 positionnés à raison de deux sous les ailes en
dont près de la moitié franchissable à Mach 1,5 (1,5 fois nacelles et d’un dernier au niveau de la dérive délivrant
la vitesse du son) au-dessus de territoires ennemis, est ensemble à peine 11 tonnes de poussée avec réchauffe
en effet désormais requis ! On rappellera que le B-47, qui seront bien insuffisants pour permettre d’atteindre les
vole à plus de 800 km/h, ne peut guère accomplir de mis- performances attendues. Le remplacement des J-53
sion au-delà de 3 200 km de sa base (sans être ravitaillé par deux J-79 bien plus performants n’apparaît pas
en vol), les performances attendues de son successeur non plus satisfaisant. Il faut attendre 20 mars 1953
apparaissent donc tout à fait stupéfiantes et selon certains Un TB-58 au décollage. pour que la configuration du nouvel appareil (MX 1964)
avis éclairés tout bonnement irréalistes. Chez Convair, Le TB-58A, reconnaissable désormais quadriréacteur, triplace à aile delta transpor-
plus que la vitesse, c’est la distance franchissable qui au dessin de sa verrière, est tant armement et carburant en nacelle extérieure soit
une variante tardive biplace
pose problème, dans la mesure où les turboréacteurs de destinée à la formation des définitivement arrêtée.
première génération sont particulièrement gourmands en pilotes. Ceux-ci devaient Le premier vol d’un XB-58 est réalisé par le pilote d’usine
kérosène, surtout s’ils sont poussés à pleine puissance ! auparavant se familiariser au Beryl A. Erikson le 11 novembre 1956. L’appareil
Sous la supervision de Robert H. Widmer, le bureau vol supersonique sur ailes
(S/N 55-0661) franchit le mur du son le 30 décembre
delta avec des TF-102A
d’études songe alors à proposer un bombardier parasite Delta Dagger également de la même année et est rejoint deux mois plus tard
lancé depuis un B-36. Cette idée n’ira pas au-delà de fabriqués par Convair. par un second prototype. « On passait Mach 1 sans
quelques ébauches et ultérieurement d’une solution de
transport pour la cellule du XB-58. En 1950, un nouveau
cahier des charges apparaît dans le General Operational
Requirement (GOR) SAB-51 qui définit le futur bombardier
stratégique comme devant être capable de voler par tous
les temps à plus de 50 000 pieds afin de délivrer une
charge nucléaire sur un objectif situé à 7 400 kilomètres
de sa base de départ avec un seul ravitaillement en vol.
L’avion doit en outre être compact, facile à prendre en
main, d’un entretien aisé et opérationnel dans les cinq
ans ! Un peu plus tard, l’exigence posée d’une capacité
d’évolution supersonique à basse altitude est levée mais
demeure bien entendu requise en ce qui concerne les
niveaux de vol supérieurs.
Douglas, North American, Lockheed et Martin se révé-
lant incapables de proposer une étude approchant des
desiderata officiels, seules demeurent donc en lice les
firmes Boeing et Convair, concurrentes depuis deux
décennies pour la fourniture de vecteurs stratégiques
à l’Air Force. Boeing vient de remporter une manche
avec son bombardier intercontinental XB-52, tandis que
Convair s’impose dans le domaine supersonique. Après
72
Convair B-58
Hustler
73
Model 58-9 et prévu pour accueillir 58 passagers…
Par ailleurs, le YB S/N 55-662, devenu NB-58A, est utilisé
pour les essais en vol du réacteur General Electric J-93
destiné à équiper les futurs B-70 Valkyrie et F-108 Rapier,
préparant ici un futur qui finalement ne sera pas ! À
l’issue de la campagne d’évaluation, le NB devient un
TF (presque) ordinaire.
Quant au nom de Hustler, il serait tiré, selon le journal
de la société Convair, Convariety, d’une réflexion prêtée
à l’un de ses ingénieurs lors de l’analyse des premiers
vols d’essai : « Sounds like it’ll really be a hustler... ».
Qu’a-t-il voulu sous-entendre par là ? Le mystère reste
entier. La traduction polie de Hustler est « arnaqueur »
mais on ne voit pas trop en quoi en l’occurrence celui-ci
ferait référence, puisque le B-58 répond parfaitement à
son cahier des charges. Alors bien sûr, Hustler au féminin
a une tout autre signification qui est celle retenue par le
magazine de charme éponyme assumant son intitulé très
cru. « Tricheur » ou « garce », le nom est resté. Au début,
ce surnom attribué ne l’était que de manière officieuse
au sein du bureau d’études. Cependant, et contre toute
attente, l’USAF l’a finalement officialisé (à contrecœur
selon certaines sources...). Il fait peu de doute pour le
Pentagone que des noms plus militairement acceptables
tel que Vindicator ou Lancer auraient mieux convenus au
B-58. Hollywood les lui attribue donc quand il partage la
vedette du film Fail Safe avec Henry Fonda en 1964 et
puis en 2000 dans son remake avec George Clooney.
74
Convair B-58
Hustler
75
Le B-58 se pilote en monoplace. Le Major
Fitzhugh L. Fulton, équipé de sa combinaison de
vol à haute altitude, illustre ici cette caractéristique
assez unique sur un bombardier américain.
76
Convair B-58
Hustler
à une altitude donnée lorsque la pression pré- dans certaines versions) ainsi qu’une petite UN RELATIF
définie est atteinte. Lors du largage, un dis-
positif automatique assure la fermeture des
provision supplémentaire de 1 500 litres de
JP-4. L’idée qui prévaut ici est que le pilote, en
ÉCHEC MILITAIRE
conduites de carburant, maintenant ainsi la cas de besoin, peut toujours se débarrasser de Fondant sans doute beaucoup (trop) d’espoirs
pressurisation de l’appareil. Cependant, sujette son réservoir sans pour autant devoir abandon- sur le futur B-70, successeur désigné du B-52,
à des problèmes récurrents de fuites de kéro- ner l’idée de bombarder sa cible. Par ailleurs, le General Curtiss LeMay, incontournable et
sène, la MB-1C, bien qu’elle demeure dans à compter de 1962, les appareils en service presque inamovible commandant du SAC, ne
l’inventaire de l’Air Force toujours associée sont progressivement équipés de quatre points cache pas qu’il n’a jamais aimé le B-58. Il le
au B-58, est rapidement reléguée au second d’emport sous les ailes pouvant recevoir autant considère en effet comme trop petit, beaucoup
plan par la nouvelle TCP (Two Component d’ogives B43 ou B61 d’une puissance variant trop coûteux à entretenir et nécessitant en
Pod). Longue de 16,5 mètres, cette dernière entre 70 kilotonnes à 1 mégatonne. Outre cet outre un nombre excessif de ravitaillements en
est constituée de deux éléments superposés. arsenal offensif pouvant atteindre au maxi- vol pour accomplir une mission. Au contraire
La coque inférieure, la plus massive, contient mum 7,8 mégatonnes, l’appareil est armé de leur chef, les aviateurs affectés au deux
14 700 litres de carburant avion (JP-4) et pour sa défense d’un canon T-171E3 M61 Combat Wings équipés de ce bombardier super
peut être larguée de manière indépendante. Vulcan approvisionné à raison de 1 200 obus véloce et ultramoderne l’ont en général appré-
La coque supérieure contient quant à elle une (soit une capacité de tir en continu de moins cié malgré l’évolution considérable de l’état de
bombe Mk 53 (4 000 kg, 4 mètres de long et de 15 secondes). Positionné à l’extrémité du la menace et des doctrines d’emploi depuis le
un pouvoir destructeur poussé à 9 mégatonnes fuselage sous la grande dérive, l’arme est lancement du programme.
Essai du système d’éjection
particulier du B-58, chaque
membre d’équipage se
trouvant en effet éjecté en
cas de besoin dans une
capsule hermétique dont
l’aspect évoque vaguement
celui d’une chrysalide.
Un B-58, équipé de
l’imposante nacelle MB-1C,
se voit présenter, sur le
chariot, le nouveau système
TCP (pour Two Component
Pod) ; plus fonctionnel,
celui-ci ne remplacera
toutefois pas complètement
l’ancienne MB-1C.
77
Revue d’armement pour
ce B-58A. Les grosses
bombes thermonucléaires sont
emportées dans la nacelle
externe et ne figurent pas sur
ce cliché, à l’inverse des quatre
B43 exposées ici et montées
en cas de besoin sous les
ailes. Sous le nez de l’appareil,
on distingue la provision d’obus
de 20 mm alimentant le canon
hexatube M-61 Vulcan en
batterie à l’arrière du fuselage
mais téléopéré depuis l’avant.
« Le profil de mission initial du B-58 était de réaliser à basse altitude notre approche à l’échéance vont alors être utilisés par les liquidateurs de
Mach 0,91, avant d’accélérer à Mach 2+ et de grimper en phase d’attaque au-dessus tous bords.
de 50 000 pieds. Nous avions la capacité de tenir ensuite ces paramètres sur une Son rayon d’action, considéré comme inadapté, est
distance de plus de 1 600 km », se souvient le General Harold E. « Hal » Confer, d’abord critiqué. Un temps numéro 2 (et plus tard n° 1)
un des tous premiers pilotes du SAC à avoir été déclaré opérationnel sur Hustler au du SAC, le Major General John McConnell, sarcastique,
sein du 3958th Operational Evaluation and Training Squadron. « Au-dessus de la déclare à ce propos : « Cela continuera à nous poser des
cible, nous devions larguer la nacelle contenant l’arme nucléaire et retourner à notre problèmes tant que notre ennemi principal ne sera pas
base à une vitesse de croisière de Mach 0,91. Nous pouvions ainsi distancer tous le Canada (plutôt que l’URSS) ».
nos chasseurs de l’époque. Lorsque le B-58 a été conçu, les Soviétiques n’avaient Il est vrai que le Hustler n’affiche en effet qu’un rayon
pas encore vraiment perfectionné leurs systèmes de missiles sol-air et ne disposaient d’action relativement modeste de 3 440 km supérieur
pas davantage d’un intercepteur supersonique capable de voler à très haute altitude. néanmoins à celui de son prédécesseur, le B-47, ainsi
Le B-58 avait été créé pour profiter de ces lacunes. Il l’aurait très bien fait si les à celui de son concurrent soviétique, le Tupolev Tu-22
choses en étaient restées là ! ». Avec l’entrée en service progressive de missiles Blinder, qui vole pour la première fois en 1959 et entre
intercontinentaux, les uns enterrés dans leurs silos à terre, les autres à l’abri dans en service en 1962. Donc, pour un bombardier moyen,
les tubes de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins tapis au fond des océans, le supersonique qui plus est, il n’y a rien là de rédhibitoire
temps d’une guerre nucléaire se décompte désormais en minutes. Le B-58, pour a priori, d’autant plus qu’un seul ravitaillement en vol lui
rapide qu’il soit, conserve toujours l’heure pour référence. De plus, l’introduction offre une allonge conséquente d’un peu plus de 7 000 km.
des missiles antiaériens soviétiques S-75 (SA-2 Guideline pour l’OTAN), capables C’est insuffisant toutefois pour atteindre Moscou d’une
de filer à Mach 3,5 jusqu’à une altitude supérieure à 75 000 pieds, ruine la relative traite depuis le Texas ou l’Indiana. Compte tenu des
impunité dont aurait pu jouir le B-58 en cas de conflit. profils de mission spécifiques et de moindres capacités
Cependant, plus que les évolutions des défenses ennemies, ce sont les luttes poli- internes d’emport de carburant, un B-58 requiert en outre
tiques, les rivalités entre services et les contraintes budgétaires qui seront à l’origine plus de ravitaillement qu’un B-52 et donc plus de dis-
de la mise au rebut prématurée du B-58. Tous les prétextes de nature à en précipiter ponibilité des précieux ravitailleurs KC-135. Sa capacité
à consommer cette ressource rare est même évaluée
par le SAC comme étant à 33 % supérieure à celle du
bombardier lourd de Boeing. Le coût d’une mission de
B-58 excède donc nettement celui de la même confiée à
un « Buff » (surnom du B-52 [voir Aérojournal hors-série
n° 37]). Mobilisant beaucoup de ressources dans le cadre
opérationnel, le bombardier supersonique déjà cher à
l’achat serait dispendieux en termes de coûts d’entretien.
Il est vrai que chacun des 116 appareils construits est en
moyenne revenu à 25 millions de dollars aux contribuables
américains contre 14 initialement prévus et à peine 7
pour un B-52 ! L’assertion reprise par ses détracteurs
selon laquelle cela rendrait l’appareil plus coûteux que son
propre poids en or est toutefois grossièrement exagérée.
Néanmoins, les comptables du Pentagone ne désarment
pas. Instruisant à charge le procès du B-58, ils relèvent
ainsi qu’au titre de l’année fiscale 1961, le programme
a déjà coûté 3 milliards de dollars (22 milliards de dollars
au cours actuel). Appareil très avancé, le Hustler génére-
rait ainsi des dépenses particulièrement importantes en
matière de maintenance. Le coût moyen de maintenance
par heure de vol pour le B-47 est ainsi évalué à 361 $,
pour le B-52 à 1 025 $, et à 1 440 $ pour le B-58, une
heure de vol de ce dernier type d’appareil nécessitant
78
Convair B-58
Hustler
Hustler en entretien.
L’heure de vol d’un B-58
nécessitait un budget quatre
fois supérieur à celui dévolu
au maintien en condition de
vol d’un B-47 : Mach 2 était
sans doute à ce prix…
79
Toutes ces critiques abondamment relayées par la presse
vont faire douter l’USAF et l’amener à renoncer toute
amélioration sur ce modèle, à abandonner tout dévelop-
pement, comme le B-58 B, et à annuler tout programme
de prolongation de la durée de vie des cellules préma-
turément usées. Les revêtements, confrontés au mur
de la chaleur rencontrés aux hautes vitesses, souffrent
particulièrement. À Mach 2, les surfaces de contact du
bombardier subissent ainsi régulièrement un échauffement
de l’ordre de 125° C. La structure elle-même souffre
des évolutions à fort facteur de charge, à tel point que
sont proscrites toutes les manœuvres entraînant plus de
2 g positifs au décollage et 3 g en vol. Ainsi malmené,
la durée de vie d’un B-58A, estimée à 7 000 heures au
maximum, ne sera pas étendue.
Enfin, un dernier argument à charge est formulé par les
opposants au Hustler sur un plan inattendu : l’équilibre
écologique et la tranquillité du citoyen américain. Si le
terme « écocidaire » avait été inventé, il lui aurait sans
doute été appliqué, signe évident de la modernité du
quadriréacteur de Convair. Au milieu des Sixties, le public
supporte de moins en moins les nuisances sonores liées
au franchissement du mur du son au-dessus du territoire
américain ou même en bordure de ses côtes. Certes,
le B-58 n’est pas le seul appareil militaire disposant de
cette capacité, mais, malheureusement pour lui, il en
devient vite le plus emblématique. L’interdiction des vols
supersoniques domestiques hors cas d’urgence ou à l’in-
térieur de zones de manœuvre restreintes est donc mis
en œuvre au début des années 1960 au niveau fédéral,
chaque État demeurant libre de rendre cette législation
encore plus contraignante. C’est sur ce dernier écueil
que va buter finalement le Huslter ainsi d’ailleurs que le
Concorde 10 ans après lui, lorsque sera envisagée une
exploitation commerciale outre-Atlantique.
CONCLUSION
En décembre 1965, le secrétaire d’état à la Défense
Robert McNamara annonce un retrait anticipé des B-58A
du service actif au plus tard en 1970. Ce retrait concomi-
tant à celui de 345 B-52 des premières versions entrées
en service doit être compensé par le déploiement de
210 General Dynamics FB-111, la merveille des mer-
veilles, multirôles et omni-services (ou l’inverse), un avion
porté par le Sec Def depuis l’époque Kennedy…
Avec 94 B-58A opérationnels, l’année 1964 constitue
l’apogée de la courte carrière dans l’Air Force de ce
modèle. Quand le dernier est mis au rebut en janvier
1970, les commandes de FB-111 ont été revues dras-
tiquement à la baisse. Avec la détente qui s’amorce, le
SAC entre alors dans une période de vaches relativement
plus maigres. Stockés un temps, les B-58 sont envoyés
au pilon en 1977. Seules quelques pièces de musée
témoignent encore de l’aspect futuriste et vénéneux affi-
ché par celui qui demeure un avion d’exception à défaut
d’avoir été un bombardier de légende.
80
Convair B-58
Hustler
SOUVENIRS, SOUVENIRS...
Affecté au 43rd BW, Darrell R. Schmidt a piloté le B-58. Il nous livre les manettes des gaz jusqu’à atteindre l’indication « Full Military
ici quelques-uns de ses souvenirs : Power ». À ce stade, on observait nos quatre réacteurs entrer l’un
« On effectuait généralement un ou deux déploiements chaque après l’autre en postcombustion. On prenait tout de suite une pente
année sur la base de Morón située près de Séville en Espagne. Cela de montée conséquente. Néanmoins et presque sans effort, on
était perçu comme une récompense par les équipages invités à y passait de 600 nœuds indiqués [1 111 km/h ou Mach 0,90 ; NdT]
participer. En revanche, au sein des équipes au sol qui, dans ces à beaucoup plus. Le Machmètre commençait à clignoter puis à se
conditions, devaient trimer à 7 000 kilomètres de leurs habitudes, stabiliser au-delà de Mach 1 pour ensuite s’élever plus lentement
ce type d’exercice n’était pas particulièrement apprécié. Deux B-58 vers Mach 2. À 50 000 pieds, on ramenait l’appareil en palier en
effectuaient le vol aller, tandis que deux équipages de remplacement réduisant fortement la puissance afin d’éviter de dépasser notre
embarqués sur un C-135 d’accompagnement les avaient précédés vitesse maximale. L’avion donnait en tout cas l’impression d’en
à destination. Nous assurions ensuite les missions à tour de rôle. être tout à fait capable. Ces Hustler paraissaient avoir des capacités
Je me souviens être arrivé sous le soleil d’Andalousie à bord d’un d’accélération quasiment illimitées !
avion de transport. J’ai ensuite brièvement piloté un de nos appareils Si tous les indicateurs étaient au vert, on engageait alors de nou-
vers Torrejón près de Madrid, d’où nous devions le lendemain nous veau le pilote automatique, laissant le navigateur diriger l’appareil
envoler vers Little Rock pour le trajet retour. Ce jour-là, il pleuvait vers sa cible. Nous devions dans cette phase de vol maintenir une
des cordes. L’entrée dans le poste d’équipage d’un B-58 se faisait vitesse indiquée de 1 200 mph (Mach 1,5), mais aux altitudes où
exclusivement au moyen de trois trappes ménagées au-dessus du on évoluait, il n’était pas rare de rencontrer fréquemment des jet-
poste d’équipage. Avec les trombes d’eau dont nous gratifiait la streams. La présence de ces vents violents nuisait à la précision de
météo, il y avait toutes les chances de transformer notre poste de nos frappes, toutes fictives qu’elles pussent être, en nous faisant
pilotage en baignoire longtemps avant de pouvoir nous y instal- rapidement perdre ou gagner plus de 200 km/h de vitesse sol. Dans
ler. Bien qu’elle puisse sembler rudimentaire d’après les standards la dernière phase de la course de bombardement, on sélectionnait
actuels, nous disposions alors de ce qui se faisait de mieux en sur une fréquence radio dédiée affichant une tonalité en continu.
matière d’électronique embarquée... En tout cas, pas plus que ceux À l’instant du largage simulé, l’ordinateur de bombardement, à qui
d’aujourd’hui, nos systèmes de l’époque n’appréciaient l’humidité. revenait l’initiative, coupait également la communication radio, de
En vain, nous avons donc attendu dans le camion que la pluie se telle sorte qu’il était ensuite possible pour les observateurs au sol
calme. À un moment, de guerre lasse, on a dû y aller quand même. de déterminer la zone d’impact de notre projectile virtuel. Mission
Le problème est survenu en plein milieu de l’Atlantique ! Toutefois pas accomplie, on quittait alors le corridor de vol supersonique pour
exactement là où nous l’attendions. Notre chef d’équipe nous avait regagner tranquillement notre niveau de vol initial à 0,91 de Mach
donné des chiffons pour essuyer l’eau de nos coussins de siège, mais en adoptant un cap pour un retour vers l’Arkansas ».
cela n’a pas beaucoup aidé. On avait le c… trempé,
et à mi-chemin au-dessus de l’océan, nos fesses ont
commencé à nous démanger. C’était un vrai problème.
Le Hustler n’offrait pas suffisamment de place pour se
lever et de se gratter un petit peu. Heureusement, on
avait de quoi s’occuper et ainsi ne pas trop y penser.
On a ainsi effectué notre premier ravitaillement peu de
temps après avoir atteint notre altitude de croisière.
Un second nous a été nécessaire au large de la côte
américaine. Entre-temps, le pilote de l’autre B-58 a
eu le temps de se poser une question existentielle :
« Tu crois que l’onde de choc te secouerait beaucoup
si je passais Mach 2 dans ton sillage ? » Avant que
j’aie eu le temps de répondre, le bougre s’est laissé
distancer avant d’engager à fond sa postcombustion.
Le voyant faire, j’ai désactivé le pilote automatique Photographié en 1967, le S/N 59-2442 appartenant au 43rd BW regagne
et me suis tenu prêt à encaisser l’onde de choc. Il sa base de Little Rock à l’issue d’un vol d’entraînement. Les B-58 ne seront
est passé comme un bolide à moins de 200 mètres jamais engagés au combat dans quelque cadre que ce soit.
de notre aile droite. Rien, pas de bang supersonique,
Ravitaillé par un KC-135, le B-58 dispose d’un rayon d’action de 7 000 km. Celui
pas d’onde choc, il ne s’est absolument rien passé. photographié ici réalise une mission d’entraînement au-dessus des États-Unis.
De retour à la maison, on a discuté autour d’une bière
bien fraîche de cette apparente singularité physique.
On a fini par considérer que l’effet avait été gâté par
notre vitesse de déplacement elle-même voisine de
Mach 1 [Mach 0,91 ; NdT] affichée sur un même axe.
Nous étions coutumiers des passages à Mach 2. En
fait, nous disposions même d’une procédure de largage
à cette vitesse. Nous la mettions régulièrement en
pratique au-dessus d’un polygone situé à proximité de
Saint-Louis (Missouri). Après autorisation du contrôleur,
on enclenchait la procédure permettant le passage en
supersonique, soit manuellement soit selon séquence
automatisée que nous appelions en tournant simple-
ment un curseur. Dès lors, tout, des paramètres moteur
jusqu’à la gestion du centre de gravité de l’appareil,
était géré par nos calculateurs de bord, ce qui, en
temps de guerre, nous aurait libéré pour d’autre tâches
plus offensives... Après, il ne restait plus qu’à pousser
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