Master : Culture et littérature francophone moderne
Module : linguistique générale
La linguistique
contrastive
Préparé et présenté par : Encadré par :
KANNINI Abdelghani Dr. Mme AYAOU
Année universitaire : 2023/2024
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INTRODUCTION
Sur la planète terre, il existe entre 6000 et 7000 langues, certains pays comptent moins
de langues et d’autres plus. Il n’en demeure pas moins que le monde est plurilingue et
que les communautés linguistiques se côtoient et se superposent sans cesse.
Au Maroc par exemple, plusieurs langues et variétés linguistiques coexistent
actuellement, ce qui lui confère le statut d’Etat plurilingue. Ces langues sont l’arabe
standard, l’arabe marocain, l’amazigh, le français, l’anglais et l’espagnol.
En effet, cette diversité linguistique considérable, nourrie par des conditions
essentiellement historiques, géographiques, économiques et religieuses, fait du Maroc
une mosaïque de langues qui, d'un point de vue sociolinguistique, sont en
permanent contact pour donner naissance à divers phénomènes sociolinguistiques
à savoir : le bilinguisme, le plurilinguisme, l'alternance codique, la diglossie,
l'interférence linguistique, etc. Cette dernière constitue un type d'erreur linguistique
résultant du recours des locuteurs à leur (s) langue (s) maternelle (s) ou une langue
antérieurement acquise ou apprise pour pouvoir communiquer dans la langue cible.
La linguistique contrastive, qui est une branche de la linguistique appliquée s’intéresse
à l’étude de ce phénomène linguistique pour faciliter l’enseignement d’une ou des
langues étrangères.
Qu’est-ce que la linguistique contrastive ? Quel est son objectif et son objet d’étude ?
Qu’est-ce qu’une interférence linguistique ? Comment l’arabe marocain peut-il
entraver l’apprentissage du français ?
Quel est le lien entre la linguistique contrastive et la traductologie ?
Pour tenter de répondre à ces questions, nous allons suivre le plan ci-dessous.
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Le plan
INTRODUCTION :
I. La linguistique contrastive : définition, objet d’étude et évolution
1. Définition
2. Objectifs de la linguistique contrastive
3. La linguistique contrastive dans son évolution
II. Linguistique contrastive et interférence linguistique
1. Principes de l’analyse contrastive
2. Langue maternelle vs langue étrangère
3. L’interférence linguistique
4. Arabe marocain vs français
III. Linguistique contrastive et traductologie :
1. La traduction des expressions figées
CONCLUSION
BIBLIOGRAPHIE
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I. La linguistique contrastive : définition, objet d’étude et évolution
1. Définition :
La linguistique contrastive travaille sur « la comparaison des micro-systèmes de deux
ou plusieurs langues afin de faciliter leur enseignement et leur apprentissage ». Elle
consiste à opposer deux systèmes linguistiques différents afin de pouvoir repérer les
interférences manifestant dans la ou les langues secondes. Son principal rôle est de
prévoir, de décrire et d'expliquer les fautes et les difficultés dues à l'influence de la
langue source.
2. Objectifs de la linguistique contrastive :
La linguistique contrastive avait pour objectif sur le plan linguistique de comparer les
structures de deux ou plusieurs langues, apparentes ou non, afin d’établir une
corrélation entre ces langues de point de vue de leur génétique. Sur le plan didactique,
sa naissance se rapporte à la hausse des lacunes enregistrées dans l’enseignement des
langues étrangères.
Cette discipline avait pour second objectif l’analyse et la description des erreurs dues à
l’influence de la langue maternelle sur l’apprentissage de la langue étrangère ou
seconde.
La linguistique contrastive est assez étroitement liée à des hypothèses
psychopédagogiques sur la nature et le rôle des fautes dans l’apprentissage. Son
objectif est « de prévoir, de décrire et d’expliquer les fautes et les difficultés dues à
l’influence de L1 qui font par exemple qu’un élève allemand dira : « la soleil » ou
« j’ai le livre lu » un élève anglais : « son maison », un élève arabe : « le chien que je
le vois » etc. soit ce que l’on appelle désormais les interférences linguistiques »1.
L’apprentissage de la langue étrangère ou seconde diffère de l’acquisition de la langue
maternelle. Dans le cas du premier, l’apprenant se trouve dans un stade cognitivement
et intellectuellement avancé et possède déjà un bagage antérieurement acquis. Ce
bagage lui servira d’appui dans la suite de son apprentissage. Tandis que le deuxième
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Debyser Francis, la linguistique contrastive et les intérferences
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se fait dans un stade précoce, l’apprenant acquiert la langue de ses parents
naturellement et instinctivement en dehors de tout processus pédagogique. La langue
maternelle devient une sorte de repère fondamental dans la mesure où l’apprenant use
des structures de la langue source (la langue maternelle) pour avancer dans son
apprentissage de la langue étrangère.
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3. La linguistique contrastive dans son évolution
La linguistique contrastive est née dans les années 1950 aux Etats Unis. Les deux
linguistes américains Uriel Weinreich (1926/1967) et Robert Lado (1915/1995) sont
considérés comme les fondateurs de la linguistique contrastive.
Dans son livre intitulé Linguistics across cultures: Applied linguistics for language
teachers, considéré comme l’ouvrage fondateur de la linguistique contrastive, Robert
Lado explique sa méthode contrastive en analysant deux langues différentes par leurs
systèmes phonologiques, leurs grammaires, leurs lexiques ou encore leurs cultures.
Selon Lado « c’est dans la comparaison entre langue maternelle et langue étrangère
que réside la clé des facilités ou des difficultés de l’apprentissage des langues
étrangères ».
Ce linguiste a observé dans des groupes d’élèves qui apprenaient l’anglais et qui ont
des langues maternelles différentes rencontrent des difficultés et des problèmes dans
l’apprentissage de la langue anglaise. Il a constaté que la langue source exerce une
influence ce qu’il appelle par transfert négatif sur l’apprentissage de la langue cible.
Ce phénomène est appelé aussi interférence.
Il a développé une nouvelle manière d’envisager et d’expliquer l’erreur, fondée sur la
description linguistique des différences culturelles opposant deux langues, l’une déjà
acquise ou apprise (L1) et l’autre à apprendre (L2) afin de faciliter l’apprentissage des
langues étrangères et d’une manière générale le passage de (L1) à (L2).
La linguistique contrastive a connu une évolution dans les années 1970, on a
développé de nouvelles théories dans l’analyse des micro-systèmes puis on les a
appliquées dans la comparaison entre les langues de grandes diffusion comme
l’allemand, l’italien, le français, l’espagnol,…
On a développé aussi la pragmatique contrastive, en effet, il ne s’agit pas seulement
de faire la description de telle ou telle langue, mais de rendre compte aussi de l’usage
de tel ou tel élément et d’expliciter sa valeur dans le contexte.
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II. Linguistique contrastive et interférence linguistique :
1. Principes de l’analyse contrastive :
Le premier principe de l’analyse contrastive est de proposer une comparaison
systématique entre L1 et L2 à différents niveaux linguistiques : phonologique,
grammatical, syntaxique et lexical.
Le protocole utilisé à l’origine respectait les étapes suivantes :
a. Description structurelle de L1 et L2 ;
b. Elaboration d’une liste préliminaire des structures équivalentes ;
c. Elaboration d’une hiérarchie de difficultés ;
d. Réflexion sur la prédiction des interférences pour l’élaboration du matériel
pédagogique.
Le deuxième principe est celui distinguer l’interférence contrastive de la non-
contrastive, c’est-à-dire définir s’il s’agit :
a) d’une interférence interlinguistique (externe) pouvant être expliquée par l’analyse
contrastive, puisqu’il s’agit d’une projection de L1 sur L2.
b) ou d’une interférence intralinguistique (interne) qui ne peut pas être expliquée par
l’analyse contrastive, puisqu’il s’agit d’une mauvaise appropriation ou généralisation
des règles de L2. Il s’agit donc d’un cas pouvant être traité par l’Analyse des Erreurs
afin de trouver une « thérapie linguistique ». Dans ce cadre, il ne faudra pas négliger
l’étude des aspects cognitifs et socio-affectifs qui médiatisent l’application correcte
des règles.
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2. Langue maternelle vs langue étrangère
Etymologiquement, la langue maternelle, appelée également langue première,
désigne la première langue qui s’impose à chaque individu, c’est généralement la
langue de la mère biologique d’où l’adjectif « maternelle », mais il se peut qu’elle ne
soit pas la première à être transmise à l’enfant. Isabelle Gruca et Jean-Pierre Cuq citent
un ensemble de critères qui permettent de définir la langue maternelle en tant que
telle :
- L’ordre d’appropriation : la langue maternelle est la langue de première socialisation
de l’enfant ;
- Le mode d’appropriation qualifié souvent de naturel ;
- Le critère de référence : elle est le système linguistique auquel l’apprenant se réfère
prioritairement, mais non exclusivement, de façon consciente ou non, lors de la
construction de ses nouvelles compétences en langue étrangère.
- Le critère d’appartenance : il détermine les références culturelles qui constituent le
domaine sans lequel l’appropriation d’un idiome ne devient pas véritablement une
appropriation linguistique. Ce critère marque l’identité sociale d’un individu.
Les deux auteurs définissent la langue étrangère comme étant l’opposée de la langue
maternelle. Elle revêtit donc un caractère de xénité (c’est-à-dire d’étrangeté) d’un
point de vue social ou politique dont les traits seraient les suivants :
La distance matérielle : déterminée par la géographie. Par exemple le français est plus
distant que l’arabe.
La distance culturelle : l’appréciation correcte de ce paramètre définit un usage
convenable des connaissances idiomatiques ;
La distance linguistique relative aux familles de langues. La dimension de la
transcription des dites langues n’est pas exclue.
En général, une langue est considérée comme étant étrangère du moment où elle fait
l’objet d’un enseignement-apprentissage explicite, notamment à l’école.
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3. L’interférence linguistique
Après avoir défini les concepts de langue maternelle et langue étrangère, il convient de
signaler que leur contact n’est pas toujours synonyme d’autonomie de part et d’autre
chez beaucoup d’individus. Aussi, faudrait-il se mettre à la place du sujet-apprenant du
FLE pour se rendre compte du fait qu’à défaut d’une compétence lui permettant de
développer un bilinguisme symétrique, que celui-ci s’appuie d’une manière
inconsciente sur sa langue première pour formuler ses propos dans un contexte qui
requiert l’usage de la langue étrangère, ce qui crée une sorte d’interférence qui nuit à la
qualité de l’acte aussi bien verbal que scriptural. Ainsi, le sujet traite le système de la
langue cible (en l’occurrence le français) selon les mêmes règles que celles de la
langue source (en l’occurrence l’arabe). D’après Weinreich, ce phénomène désigne :
« Un remaniement de structures qui résulte de l’introduction d’éléments
étrangers dans les domaines les plus fortement structurés de la langue, comme
l’ensemble du système phonologique, une grande partie de la morphologie et de
la syntaxe et certains domaines du vocabulaire. »
Autrement dit, l’interférence est une violation inconsciente d’une norme de la langue
par l’influence des éléments d’une autre langue. Ce processus peut également avoir
lieu à l’intérieur d’une seule et même langue quand une norme est inconsciemment
violée, par fausse analogie avec une autre norme de la même langue, Exemple :
(septante, huitante)
L’interférence peut avoir lieu dans les conditions suivantes :
a) Quand on parle plusieurs langues, dans un pays comme le Maroc qui se
caractérise par une diversité linguistique comme l’arabe marocain et l’arabe
standard, le tarifit, le tachlhit, etc.
b) L’interférence peut avoir lieu dans certaines familles, dans lesquelles le père et
la mère parlent avec les enfants deux langues différentes. Ce qui a pour
conséquence que les enfants deviennent polyglottes.
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c) L’interférence a toujours lieu quand on apprend une langue étrangère et quand
la langue maternelle diffère de langue seconde au niveau de la syntaxe, la
morphologie, la phonologie, etc.
4. Arabe marocain vs français
Une comparaison entre les langues permettraient de comprendre et de différencier les
systèmes formels propres à chaque langue et ceci dans le but de faciliter
l’apprentissage des langues dites étrangères. Notre tâche consistera à confronter deux
langues : l’arabe marocain et le français pour voir l’influence de la langue arabe
marocaine sur l’apprentissage de la langue française.
L’arabe marocain et le français, deux modes d’expression d’une culture différente,
marquent par leur morphologie des portées sémantiques. Le mouvement des langues,
des cultures consigne ainsi des perspectives cognitives qui reflètent sans doute une
façon particulière d’appréhender le réel.
Nous nous intéressons aux interférences d’ordre syntaxique, ce type d’interférences
détermine les changements qui peuvent affecter les marques grammaticales d’une
langue seconde. Le locuteur organise la structure grammaticale de la phrase dans une
langue seconde suivant les règles grammaticales de la langue maternelle ou première.
A titre d’exemple: le système des prépositions comme dans * « L’auteur parle sur…».
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Erreurs dues à l’interférence linguistique (arabe/français)
a) Il est difficile pour une fille de supporter tout ça. صعٍة على تىت اوها تحمل هادشً كله
b) Ce livre porte le nom de « le petit chaperon rouge »ٌحمل عىىان
c) L’événement qui a effacé le sourire de son visage. الحدث اللً محا االتتسامة مه وجهها
Ces phrases marquent bien l’influence de l’arabe marocain sur l’apprentissage du
français. On remarque que les élèves recourent à la traduction littérale de l’arabe
marocain en français.
Cette influence affecte l’ordre canonique de la phrase.
a) L’emploi erroné des prépositions, notamment « de, dans, sur »
Erreurs commises Remédiation Source de l’erreur
dans se jour Pendant ce jour-là de arabe standard : فً ذلك الٍىم
Le livre que tu m’as offert Le livre que tu m’as offert à الكتاب الري أهدٌتىً فً عٍد
dans mon anniversaire l’occasion de mon anniversaire مٍالدي
Je te conseille de le livre Je te conseille de lire ce livre. أوصحك تهرا الكتاب
Nous remarquons que les maladresses affectant l’emploi des prépositions dans les
phrases du tableau ci-dessus sont dues à la traduction littérale de l’arabe marocain ou
standard.
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III. Linguistique contrastive et traductologie :
Il existe une relation d’interdépendance entre la linguistique contrastive et la
traductologie. En effet, de même que la traductologie est une discipline auxiliaire
de la linguistique contrastive, de même la linguistique contrastive est une discipline
auxiliaire de la traductologie.
Les contrastivistes confrontent souvent des textes originaux avec leurs traductions
afin d’obtenir des données permettant d’analyser les contrastes entre deux langues.
Les traductologues, quant à eux, considèrent la linguistique contrastive comme un
outil essentiel d’aide à la traduction, car les résultats obtenus par les contrastivistes
permettent d’apprécier plus aisément les équivalences.
1. La traduction des expressions figées
Généralement, la traduction mot à mot des expressions figées aboutit à une
incompréhension. Certaines locutions ne trouvent pas leurs équivalent en langue
d’arrivée, leur traduction littérale mène souvent à des cas d’incompréhension, à des
phrases qui n’ont pas de sens.
Pour illustrer cette notion, voici quelques exemples :
-Manger la grenouille
-kla [Link] (s’approprier les fonds déposés)
-dar missa (vider la caisse)
Cette expression figée signifie « s’approprier de l’argent d’autrui ». Pour traduire cette
expression figée en arabe marocain, on a cherché son équivalent en langue marocain :
kla [Link] / dar missa. Nous remarquons que les deux expressions partagent la
même idée même si elles sont lexicalement différentes.
En effet, la connaissance du vocabulaire et de la grammaire ne suffit pas pour
comprendre ou pour faire comprendre certaines locutions et expressions figées.
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La connaissance du contexte culturel est très importante pour ne pas se heurter aux
difficultés occasionnées par l’ignorance des réalités extralinguistiques.
Parfois on peut traduire littéralement certaines expressions tout en gardant leur sens
figé.
(1) Il a éclaté de rire
= ṭeṛṭeq b ḍ-ḍeḥk
(2) il a vidé son coeur
= xwa qelb-u
(3) avoir avalé sa langue
= bleɛ lsan-u
Ces trois exemples sont traduits littéralement tout en gardant leur sens figé. L’image
métaphorique est conservée en langue d’arrivée (l’arabe Marocain). La traduction de
ces exemples se présente sous forme d’expressions figées en arabe marocain.
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Conclusion :
En guise de conclusion, la linguistique contrastive, depuis son apparition a
souvent été liée à des aspects de la linguistique appliquée, par exemple pour faciliter le
transfert interlingual dans le processus de traduction de textes d'une langue à une autre,
pour éviter les erreurs d'interférence dans l'apprentissage d'une langue étrangère, ou
encore pour trouver des équivalents lexicaux dans le processus de compilation de
dictionnaires bilingues.
Les études linguistiques contrastives peuvent également s'appliquer à la description
différentielle d'une ou plusieurs variantes ou catégories de textes au sein d'une langue,
comme les styles (rhétorique contrastive), les dialectes, les registres ou les
terminologies de genres techniques.
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Bibliographie et Webographie:
- Cuq J-P. et Gruca I., Cours de didactique du français langue étrangère et seconde,
Grenoble, PUG, 2002
- Debyser Francis. La linguistique contrastive et les interférences. In: Langue
française, n°8, 1970. Apprentissage du français langue étrangère. pp. 31-61; in
[Link] consulté le 10
décembre 2023
- Ducrot O. et Shaeffer J.-M., Nouveau Dictionnaire encyclopédique des sciences du
langage, Paris, Seuil, 1995
-Neveu F., Lexique des notions linguistiques, Paris, Armand Colin, 2009
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