Correction de la séance 2
I. Alfred de Musset, figure majeure du romantisme
Courte fiche biographique et bibliographique (cf. site de la BnF) 1810-1857
Alfred de Musset naît à Paris en 1810, huit ans après
Victor Hugo, dans une famille bourgeoise. C’est un élève
brillant couronné de prix qui font l’admiration de sa
mère, mais sa vie d’étudiant sera courte et agitée.
Après son baccalauréat, il abandonne rapidement ses études pour mener une vie
de dandy, fréquentant les maisons closes et abusant de l’alcool. À dix-neuf ans, il
déclame lors d’une soirée du Cénacle une Ballade à la lune, qui le fait remarquer.
Il se considèrera cependant toujours en marge de l’école romantique jugeant qu’il
« était important de se distinguer de cette école rimeuse qui a voulu reconstruire et
ne s’est adressé qu’à la forme, croyant rebâtir en replâtrant ».
À vingt-deux ans, son père meurt au cours de l’épidémie de choléra qui touche Paris. Cette disparition le
marque profondément et le contraint à travailler. Il décide de vivre de sa plume et écrit des textes dans
la Revue des Deux mondes, mais la création est assez laborieuse. Il écrit ainsi à Paul Foucher : « Je me
sens par moments une envie de prendre la plume et de salir une ou deux feuilles de papier ; mais la première
difficulté me rebute et un souverain dégoût me fait étendre les bras et fermer les yeux. »
George Sand…
En juin 1833, il rencontre George Sand au cours d’une soirée organisée par François
Buloz, rédacteur en chef de la Revue des deux mondes à laquelle George Sand
collabore aussi. En juillet, ils sont amants ; à l’automne ils partent en Italie. Ce
voyage va s’avérer catastrophique car George contracte la dysenterie à Venise puis
c’est Alfred qui tombe malade. Il a des crises de démence, il court nu dans la pièce
ou essaye d’étrangler George : « des cris, des chants, des hurlements, des
convulsions, ô mon Dieu, mon Dieu, quel spectacle ! » écrit-elle. Toute sa vie, Musset
sera victime de telles crises. Quant à George, elle a une liaison avec Pagello, le
médecin italien de Musset, qui la protège aussi de ses accès de violence. Musset
découvrant leur liaison, l’insulte, la retient dans sa chambre ou la pourchasse dans
Venise. Puis il rentre à Paris et commence au printemps 1834 On ne badine pas
avec l’amour, œuvre de commande de Buloz, et Lorenzaccio, dont le thème lui a été inspiré par George Sand.
Au même moment, naît en lui l’idée d’écrire « notre histoire, il me semble que cela me guérirait et m’élèverait le
cœur », écrit Musset à son ancienne maîtresse. Ce sera La Confession d’un enfant du siècle qui paraîtra en
1836.
Quelques mois plus tard, Sand quitte Pagello et reprend sa liaison avec Musset, aussi orageuse qu’avant :
ces scènes, ces pleurs, ces repentirs font beaucoup souffrir l’écrivaine qui traverse une période sombre, d’autant
que leurs frasques sont connues du public : « une vipère me mange le cœur » écrit-elle. En mars 1835, leur
histoire se termine bel et bien. Musset retourne alors à l’écriture, aux salons et à ses maîtresses : Aimée d’Alton,
Mme Jaubert, Louise la grisette, l’actrice Rachel… Il publie anonymement d’abord, en 1836-1837 les Lettres de
Dupuis et Cotonet, pamphlet contre le mouvement romantique dont on peut retenir cette définition railleuse
: « Le romantisme, c’est […] la robe blanche des saules ; ô la belle chose, monsieur ! C'est l'infini et l'étoilé, le
chaud, le rompu, le désenivré, et pourtant en même temps le plein et le rond, le diamétral, le pyramidal, l'oriental,
le nu à vif, l'étreint, l'embrassé, le tourbillonnant ; quelle science nouvelle ! C'est la philosophie providentielle
géométrisant les faits accomplis, puis s’élançant dans le vague des expériences pour y ciseler les fibres
secrètes… »
Dans ces mêmes années il écrit un recueil poétique Les Nuits : La Nuit de mai et La Nuit de décembre en
1835, La Nuit d’août en 1836, La Nuit d’octobre en 1837.
En 1840, à trente ans à peine, il commence une lente agonie sentimentale et artistique aggravée par une
fluxion de poitrine qui l’affaiblit durablement. C’est un homme usé et précocement vieilli par l’alcool et la
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mélancolie qui se plaint souvent à son frère Paul que « la vie était longue et que ce diable de temps ne marchait
pas ».
Quelques pièces de théâtre remarquées émergent d’une production passée quelque peu inaperçue : Il faut
qu'une porte soit ouverte ou fermée (1845) puis en 1847, Un caprice, première œuvre présentée au théâtre
dix-sept ans après l’échec de La Nuit vénitienne. Elle jouit d’un succès critique et populaire.
Musset reçoit la légion d’honneur en 1845, la même année que Balzac et est élu à l’Académie française en
1852. En 1857, il écrit un poème sombre et découragé intitulé L’Heure de ma mort :
L’heure de ma mort, depuis dix-huit mois,
De tous les côtés sonne à mes oreilles […]
Plus je me débats contre ma misère
Plus s’éveille en moi l’instinct du malheur
Il meurt, à 46 ans. Une trentaine de personnes sont présentes à son enterrement au Père Lachaise.
Variété de l’œuvre de Musset + réception et postérité de son œuvre :
Alfred de Musset s’exprime dans des genres très variés :
- la poésie (Les Nuits, Rolla),
- le théâtre (Les Caprices de Marianne)
- la prose (La Confession d’un enfant du siècle)
- Il remet même au goût du jour le proverbe qui était un exercice consistant à composer une pièce de théâtre
à laquelle un proverbe choisi à l’avance servait de modèle et donnait le titre de la pièce : On ne badine pas
avec l’amour, Il ne faut jurer de rien, Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée.
Musset décrit un amour absolu et exalté ; la souffrance qu’il procure est insoutenable, le désespoir qu’il
génère impérativement est incurable. Mais cette exaltation tire le poète au-dessus des hommes.
Alfred de Musset fut longtemps raillé par ses contemporains qui jugeaient sa vie tourmentée et son style
exagérément exalté et impudique. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que son œuvre fait l’objet d’une critique
plus mesurée et que l’on reconsidère sa prose et son théâtre. La première représentation de Lorenzaccio par
Sarah Bernhardt en 1896 contribua pour beaucoup à cette réhabilitation.
CITATIONS MUSSET, représentatives de son œuvre :
« Aimer est le grand point, qu'importe la maîtresse ?
Qu'importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse »
La coupe et les lèvres, 1831
« Rien ne nous rend si grands qu’une grande douleur ».
La Nuit de Mai, 1835
« Nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert ».
La Nuit d’Octobre, 1837
« Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots ».
La Nuit de Mai, 1835
CITATIONS sur MUSSET :
Gustave Flaubert : « Musset restera par ses côtés qu’il renie. Il a eu de beaux jets, de beaux cris, voilà tout.
Mais le parisien chez lui entrave le poète ; le dandysme y corrompt l’élégance ; ses genoux sont raides de ses
sous-pieds. La force lui a manqué pour devenir un maître ; il n’a cru ni à lui (?) ni à son art, mais à ses passions ».
(Correspondance à Louise Colet, 30 mai 1852)
Emile Zola : « O Paris ingrat ! S’il te faut des gloires littéraires, où est la statue de Musset, ce grand poète du
siècle, le plus humain et le plus vivant ? »
(Figaro, 6 décembre 1880)
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Le contexte historique, politique et culturel dans lequel a été composée la pièce
En 1834, lorsque Badine et Lorenzaccio sont publiés, c’est la Monarchie de Juillet ; le Roi Louis-Philippe
est à la tête de l’état depuis les 3 glorieuses de juillet 1830 qui a mis à la porte si j’ose dire, Charles X. Ce
nouveau régime qui s’installe cristallise tous les espoirs de stabilité après la succession de bouleversements
politiques que le pays travers depuis 1789.
La jeunesse romantique s’associe à cette volonté de changement, d’espoir, veut, souhaite un renouveau,
davantage de liberté, en politique comme dans les arts.
A la tête de cette génération romantique : Hugo, Lamartine, Dumas, Vigny … Musset, nous l’avons dit, se tient
à l’écart.
Pour rappel : acte de naissance du romantisme en France en 1820 (fin vers 1850) : publication de Les
Méditations poétiques de Lamartine, qui s’inspire du romantisme anglais et allemand.
La sensibilité, la littérature romantiques se traduit par :
- L’expression exaltée du moi, le fameux / « mal du siècle » évoqué par Musset dans son autobiographie,
Confession d’un enfant du siècle.
- L’exploitation de thèmes comme l’amour, la mort, la nostalgie, la fuite du temps, l’exotisme, le voyage, le
fantastique.
- La volonté de produire du nouveau, de se libérer des codes classiques : cf. La Bataille d’Hernani (1830) +
Préface de Cromwell d’Hugo (1827).
La Préface de Cromwell
(1827) : Hugo veut un théâtre libéré
des contraintes formelles :
- Cromwell est une pièce écrite
par Hugo en 1827. La pièce n’est pas
franchement passée à la postérité, en
revanche sa préface : OUI ! Elle est
en effet un manifeste romantique à
lui seul. L’auteur remet en question les codes du théâtre hérité par Aristote et les classiques du XVII° siècle.
- Il s’inspire de Shakespeare, son mentor (et non de Racine) dans le sens où il veut donner à voir un théâtre
plus VRAISEMBLABLE … La vie, ce n’est pas QUE la TRAGEDIE d’un côté, que la COMEDIE de l’autre. Il
crée un théâtre qui mélange « le grotesque » et le « sublime », le « beau » et le « laid », comme chez
Shakespeare, chez qui on rit et on pleure (Hamlet, Roméo et Juliette).
- Il rejette la règle de BIENSEANCE : La mort sur scène ne doit plus être cachée, dissimulée.
- Il rejette également LA REGLE DES 3 UNITES, trop contraignante, incapable de créer « l’illusion du vrai ».
- Il veut « tordre le cou à ce grand niais d’alexandrin » = il conserve le vers pour écrire ses pièces, mais souhaite
l’assoupir (plus de coupe à l’hémistiche par ex).
La Bataille d’Hernani (1830) : Quand la scène théâtrale devient un lieu de conflit politique.
- En 1830, année charnière de l’histoire politique, le jeune Hugo représente son drame romantique (mélange
des genres) à la Comédie française.
- Cette pièce, admirée par la jeune génération, est l’objet d’une polémique. En effet, les défenseurs du
classicisme sont scandalisés par la modernité de la pièce et les libertés prises par Hugo et chahutent la pièce.
Les jeunes romantiques ripostent et la scène de la Comédie française se transforme en ring de boxe !
- En d’autres termes, l’art est un prétexte : le conflit sur le théâtre opposant classiques/modernes est en réalité
un conflit politique ouvert opposant conservateurs et progressistes.
- Je termine en précisant que, même si Musset se tient à l’écart de cette agitation, il n’en reste pas moins qu’il
remet lui aussi en jeu une partie des règles du théâtre classique dans Badine… (cf. II).
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II. Badine en image : personnages, intrigue, cadre et enjeux de la pièce
Analyse des planches de C. Braud : Badine, « Les Jeux de la parole et du cœur »
Les personnages
- Perdican apparaît sur toutes les planches. Rasé de frais, fine moustache, cheveux gominés, vêtement
porté près du corps et taillé avec soin, lavallière blanche à pois noirs autour du cou, pantalons à rayures,
bottines et redingote noires : la représentation du personnage souligne une élégance recherchée, voire une
certaine affectation. Oisif et mondain, il prend le thé, se préoccupe de toilette féminine, de danse, de mariage
et multiplie les conquêtes. Il se montre séduisant, frivole, entreprenant et inconstant. Il est également
moqueur, railleur, impertinent et inconséquent. La familiarité et la liberté de son langage tranchent avec
sa tenue vestimentaire, son maintien, ses manières. Assez superficiel et irréfléchi, il apparaît aussi sensible,
larmoyant et presque puéril.
- Aux côtés de Perdican apparaissent Camille puis Rosette. Le dessin de leur vêtement insiste sur leur
différence de condition sociale. Camille est habillée comme une aristocrate avec une robe à crinoline et un
chapeau sophistiqués, orné de rubans. Rosette est vêtue simplement comme une modeste paysanne. Sa
coiffe sobre et son panier connotent son appartenance roturière. Les deux personnages féminins sont des
rivales courtisées par le même homme. Indépendamment de ses motifs (qui évoluent à la planche 5), la
robe de Camille est métonymique de la rigidité morale et intellectuelle du personnage. Véritable carcan,
sorte d’armure rigide, elle l’isole et l’entrave. Camille ne peut pas laisser son corps s’abandonner à l’expérience
sensuelle, ce que souligne d’ailleurs Perdican. Les motifs de la croix sur la première toilette ainsi que le crucifix
qu’elle tient sur les planches 2 et 3 indiquent quant à eux l’interdit religieux que le personnage s’impose.
L’intrigue
- Les trois personnages forment le trio amoureux traditionnel du théâtre. L’attirance amoureuse, la
trahison et ses conséquences funestes, ainsi que les différences de conditions apparaissent comme
centrales pour l’intrigue.
- L’arrière-plan des planches apporte des renseignements sur la vie des personnages. Trois temporalités sont
déclinées : d’abord, le présent de l’action, temps des désordres amoureux et des erreurs (il se trouve au
premier plan où l’intrigue principale se déplie) ; ensuite, le passé des personnages (à l’arrière-plan des
planches 3, 4 et 5, 6) ; enfin, une allusion à l’avenir – celui de Camille (en arrière-plan, comme un flash-
back mémoriel annonciateur de ce qui attend la jeune femme, planche 2, ou une courte prolepse, planche 7).
Le cadre et ses enjeux
- Planche 1, on repère les mentions de lieu et de date qui rapprochent la scène d’un échange épistolaire, «
Venise, mars 1834 ». Deux noms (« Alfred de Musset » et « George Sand ») et un prénom (« Pietro ») sont
indiqués. Ce premier dialogue évoque un épisode de l’aventure italienne d’Alfred de Musset et de sa
maîtresse, l’écrivaine George Sand qui, lors de leur séjour à Venise, lui préféra un autre : le docteur Pietro
Pagello. Le triangle amoureux est ici formé de deux hommes qui se disputent une femme. Musset est
l’auteur de la pièce étudiée et George Sand, pseudonyme d’Aurore Dupin, est une écrivaine du XIX° siècle,
autrice de romans, de contes, de pièces de théâtre, d’articles politiques, ainsi que d’une riche correspondance
et de mémoires. Elle a notamment été la maîtresse de Musset et de Chopin. Femme indépendante et libre,
elle scandalisa ses contemporains. Le dialogue entre les écrivains et amants encadre les planches
dessinées et fournit un contrepoint à celui des personnages. Plus sérieux et posé, il enrichit le point de vue de
la BD, rendant à Sand les mots que Musset a puisés dans une lettre que l’écrivaine lui a adressée le 15 avril
1834.
- L’humour des planches dessinées pourrait bien associer l’histoire développée à une comédie mais la mort
de Rosette sur la dernière planche la relie à une tragédie. Ces pages interrogent le topos de l’amour. En
effet, les attitudes convenues des personnages, aussi bien enfants que jeunes gens, semblent former une
charge contre un cliché romantique, lui-même repris à l’amour courtois : celui de l’amant éperdu aux pieds de
sa dame souveraine. Les scènes d’enfance, quant à elles, peuvent évoquer une satire de la pastorale et des
aveux faits à la bergère au milieu d’un décor champêtre. Enfin, le portrait de Perdican en parfait hypocrite
n’est pas sans faire penser au Dom Juan de Molière, cet « épouseur à toutes mains » (Dom Juan, I, 1). Tout
comme la BD qui interroge les désordres amoureux par le dessin, la pièce de Musset pourrait bien s’apparenter
à une réflexion personnelle de l’auteur sur les affres de l’amour.
- En dépit de la mort de Rosette et des larmes qui l’accompagnent, la BD semble adopter un parti pris de
désinvolture devant la douleur de l’amour et d’irrévérence devant la souffrance des personnages.
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La genèse de l’œuvre : les lettres d’A. de Musset et de G. Sand
Liens AUTEUR/ŒUVRE :
Lettres Musset/Sand Badine Thèmes Points communs
styliques
« Mais je vois aussi la main de « […] si l’ange de l’espérance La foi comme Mise en scène de la
Dieu qui s’incline vers moi, et vous abandonne, lorsque vous remède à l’amour parole vraie et
qui m’appelle vers une serez seul avec le vide dans le blessé transcendante qui
existence durable et calme. » cœur, pensez à moi qui prierai s’oppose aux paroles
pour vous. » Fallacieuses.
George Sand (Mai 1834, p.
150, l. 23-24) Camille à Perdican (p. 51, l.
180-181)
« […] un jour tu puisses « […] on se retourne pour Amour sincère Reprise à l’identique
regarder en arrière et dire regarder en arrière, et on se dit :
comme moi : j’ai souffert J’ai souffert souvent, je me suis
souvent, je me suis trompé trompé quelquefois ; mais j’ai
quelques fois, mais j’ai aimé. aimé. C’est moi qui ai vécu, et
C’est moi qui ai vécu et non non pas un être factice créé par
pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »
mon orgueil et mon ennui. »
George Sand (Mai 1834, p. Perdican à Camille (p. 55, l.
150, l. 34-35) 275-276)
[…] elle comprendra bien ce […] tu sais ce que disent ces bois Fusion des Tonalité lyrique
que disent tous ces oiseaux, et ces prairies, ces tièdes amants avec la Lexique de la nature
toutes ces rivières avec les rivières, ces beaux champs nature Perceptions/sens
harmonies du monde — elle couverts de moissons, toute Personnifications
reconnaîtra tous ces milliers cette nature splendide de Énumérations
de frères, et moi pour l’un jeunesse. Tu reconnais tous ces Hyperboles
d’entre eux ; elle nous milliers de frères, et moi pour l’un
pressera sur son cœur ; elle d’entre eux ; lève-toi ; tu seras
deviendra blanche comme un ma femme, et nous prendrons
lys, et elle prendra racine racine ensemble dans la sève du
dans la sève du monde monde tout puissant. »
toutpuissant.»
Alfred de Musset (février Perdican à Rosette (p. 70, l. 60-
1835, p. 153, l. 5-6) 62)
[…] je ne l’ai pas tuée, si j’ai Je ne sais ce que j’éprouve ; il Culpabilité Métaphore
de son sang après les mains, me semble que mes mains sont
c’est que je l’ai ensevelie […]. couvertes de sang. »
»
Alfred de Musset (février
1835, p. 154, l. 29-30) Perdican à Camille (p. 84, l. 40)
La lettre du 23 août 1834 : Musset et Sand ou la tradition des amants mythiques (p.150)
- Dans cette lettre, Musset compare sa liaison avec George Sand à celles d’amants mythiques : Roméo et
Juliette puis Héloïse et Abélard dans la mesure où, les obstacles rencontrés par ces couples lui rappellent
ceux rencontrés dans sa relation avec G. Sand.
- Les familles de Roméo et Juliette (les Montaigu et les Capulet) font obstacle à l’amour des jeunes gens.
C’est l’oncle d’Héloïse qui s’oppose à l’union de sa nièce (elle a 16 ans) et d’Abélard, son professeur.
Enceinte, elle trouve refuge dans un couvent. Mais son oncle fait émasculer Abélard, qui devient moine.
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- Le rapprochement fait par Alfred de Musset n’est pas sans prétention tant ces couples sont célèbres. Si
l’intensité de la passion vécue par les amants de Venise et les souffrances qu’ils endurent peuvent justifier
la comparaison, ce ne sont pas des obstacles extérieurs qui entravent le bonheur d’Alfred de Musset et
de George Sand mais bien leurs tourments intérieurs.
- Le rapprochement a donc ses limites, même si on comprend bien la dimension tragique, la fatalité que
Musset souhaite mettre en évidence par cette comparaison. Toutefois, il faut reconnaître que Musset avait
raison sur un point : « on ne parlera jamais de l’un sans parler de l’autre » (p. 151, l. 34-35). En effet, leurs
deux noms demeurent associés dans la mesure où leur amour a nourri leurs œuvres littéraires respectives.
Le titre et le lien avec le parcours
LE TITRE
- Lorsque Musset publie sa pièce en 1834, il lui donne pour sous-titre « proverbe », l’identifiant pour le public
de l’époque à un genre très en vogue. Le proverbe est avant tout un genre théâtral pratiqué alors dans les
salons, dans les cénacles. Il s’agissait d’improviser une saynète sur un proverbe que le public devait deviner.
Musset en écrit plusieurs, s’inspirant d’auteurs du XVIII° siècle comme Carmontelle ou Théodore Leclercq.
- Comédies-proverbes de Musset : Il ne faut jurer de rien / Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée.
- Le titre fonctionne comme une mise en garde, un avertissement, ce que souligne l’emploi de la négation
syntaxique totale, qui encadre le verbe « badiner », conjugué au présent de vérité générale. Musset, on le
comprend souhaite, à travers une brève histoire, nous édifier. Le « on », pronom personnel indéfini possède
une dimension globalisante qui inclut le lecteur. Cette pièce fonctionne donc comme un apologue (récit court
à visée morale, à l’instar du conte philosophique ou de la fable).
- « Badiner », selon le CNRTL signifie « folâtrer, s'amuser, se livrer à des jeux puérils ou galants ». Ainsi, le
titre fonctionne de manière programmatique : l’amour est un sentiment avec lequel on ne plaisante pas …
LE PARCOURS : « Les jeux de la parole et du cœur »
- Jeux : mot au pluriel, il suggère la variété. Si un jeu est par définition ludique et divertissant, il peut aussi
être cruel quand il est mis au service d’une manipulation. Il convient d’ajouter que le terme appartient au
lexique théâtral : les personnages joueraient-ils un rôle ? Mise en abyme ? Théâtre dans le théâtre.
- Cœur : Il est le siège des sentiments les plus intimes, associé à l’émoi amoureux.
- Parole : Outil de communication, le langage permet de convaincre et de persuader. Or, persuader, c’est avant
tout séduire … Et si l’on en croit l’étymologie du mot (se/ducere = amener à soi, conduire vers soi, détourner
du droit chemin), séduire signifie manipuler … Le séducteur, Perdican, à l’œuvre dans les planches de la
BD ne semble pas doté des meilleures intentions, ou, en tous cas, se sert de sa rhétorique, de son éloquence
pour séduire et Camille, et … Rosette …
La structure de la pièce (cf. tableau synoptique p.105)
- Les pièces classiques sont écrites en 5 actes (acte I : exposition / actes II-IV : nœud dramatique / acte V :
dénouement).
- Ici, on ne compte que 3 actes : Acte I : exposition et nœud de l’intrigue principale / acte II : Péripéties / acte
III : multiplication des péripéties + dénouement. Globalement, la composition reste somme toute,
traditionnelle.
- La règle des 3 unités n’est EN REVANCHE pas respectée selon le vœu de N. Boileau (cf. Art poétique :
« Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli ») : les intrigues
se multiplient, les lieux varient et l’action s’étend sur plusieurs jours.
- Enfin, en observant le tableau de votre fiche n°3, on note une alternance entre différentes tonalités :
comique, lyrique, polémique et tragique.