19th Century
19th Century
(1800-1900)
VUE GENERALE SUR LE DIX-NEUVIEME SIECLE
I. ÉVENEMENTS POLITIQUES
L‘Empire de Napoléon Ier s‘écroule en 1815 à la bataille de Waterloo.
Aussitôt, c‘est la restauration de la royauté avec Louis XVIII, puis Charles
X. Mais les partisans de l‘Ancien Régime se heurtent aux partisans de la
Révolution et aux fidèles de Napoléon. D‘où une vie politique très agitée, et
des dates importantes:
1830 : 2ème Révolution. On chasse de France le roi Charles X. Cependant,
la révolution échoue puisque c‘est un nouveau roi, le dernier, qui remonte
sur le trône : Louis-Philippe. Le régime monarchique n‘est plus aussi absolu
qu‘autrefois, mais on le supporte mal.
1848 : nouvelle révolution. Cette fois, on proclame la République. Elle
dure 4 ans. En effet, le président de la République, Louis-Napoléon
Bonaparte, neveu de Napoléon I, fait un coup d‘état et rétablir l‘Empire en
1852. Ce sera le Second Empire.
1852 Ŕ 1870 : le Second Empire. Durant dix ans, c‘est une période de
prospérité matérielle pour la France; mais Napoléon III est trop ambitieux et
trop aventureux. Le Second Empire se termine par la guerre avec
l‘Allemagne et Bismark, et la défaite française de Sedan.
1857 : début de la Troisième République. La monarchie se trouve pour
toujours abolie en France et régime républicain, instaure pour la première
fois en 1789, définitivement établi.
II. REVOLUTION INDUSTRIELLE
Commencée en Angleterre, elle transforme bientôt la France à partir de
1848. Le développement des sciences pures et des sciences appliquées se
poursuit à pas de géant; les découvertes et les inventions se multiplient; les
moyens de locomotion transforment la vie de la société française et
européenne, surtout dans la seconde moitié du 19ème siècle.
En même temps se développe le syndicalisme, qui va devenir une nouvelle
force dans la nation, pour contrebalancer le gouvernement et developer un
sens plus aigu de la justice sociale.
III. COLONISATION
L‘Algérie a été conquise en 1830. À la fin du 19ème siècle, la pénétration se
fait en Afrique Centrale et en Indochine. Elle apporte, en même temps que
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l‘expansion économique, une connaissance plus exacte de ces régions qui,
jusque-là, étaient pratiquement ignorées.
Sous l‘influence de ces divers facteurs, le 19ème siècle a vu en quelques
dizaines d‘années la société et le mode de vie se transformer d‘une façon
prodigieuse. Et pareillement la littérature et les arts.
CARACTERES GENERAUX DE LA LITTERATURE FRANÇAISE
AU 19EME SIECLE
La Révolution de 1789 a détruit beaucoup d‘habitudes sociales et de modes
de pensée. L‘idée de liberté et d‘indépendance se répand dans la littérature.
Les écrivains du 19ème siècle seront des hommes qui cherchent, non pas à
server un homme, un gouvernement ou des institutions mais à se faire
entendre eux-mêmes. Il n‘y a plus de règles.
Aussi est-il difficile de définir en quelques mots le caractère de la littérature
de ce siècle. On peut dire qu‘elle est :
Indisciplinée
On a le droit de tout dire, ou presque. On voit donc apparaître des écrivains
très différents.
Le seul juge, c‘est le public des lecteurs. Mais ce public sera largement
guidé par la “Critique littéraire” qui tient une position très forte, grâce à
quelques écrivains (critiques littéraires) excellents et grâce aussi à la très
large diffusion des journaux.
Changeante
La succession rapide des événements et la transformation de la société
provoquent des changements successifs dans les moeurs, les idées, les gouts
et les sentiments. La littérature y est sensible. C‘est pourquoi, les ―écoles‖
littéraires et artistiques se succèdent; chaque génération nouvelle s‘opposant
à la génération précedente.
Divers courants de pensée s‘entre-croisent au cours du 19ème siècle :
- le goût de l‘ordre et de la clarté se heurte au besoin d‘exprimer des
sentiments passionnées.
- les excès dans l‘expression des sentiments entraînent un retour vers le réel.
- la recherché à tout prix du ―naturel‖ provoque, par réaction, le culte de
l‘art pur.
- le matérialisme, engendré par la révolution industrielle et par les
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idéologies socialiste et marxiste, suscite un renouveau de l‘idéalisme.
- le régime républicain, né de la Révolution, se heurte au Catholicisme, qui
avait soutenu la monarchie.
I
PÉRIODE DE RECHERCHE
(1800-1820)
Avec la disparition de l‘Ancien Régime et les terribles années de la
Révolution tout un système politique et social s‘est écroulé. Il faut en bâtir
un nouveau. Mais les guerres de l‘Empire, puis la défaite, ajoutent aux
bouleversements.
Aussi la littérature française, en ce début du 19ème siècle, est-elle assez
pauvre.
Mais il y a une exception, et c‘est un génie : Chateaubriand.
À LA RECHERCHE DE NOUVELLES IDEES
Sur quel système politique faut-il reconstruire la France? Telle est la
question qui se pose à ce moment.
Va-t-on revenir aux théories de gouvernement absolu de l‘Ancien Régime?
Pour un temps, la question est résolue d‘autorité par Napoléon qui exerce
une dictature absolue. La censure est très sévère, en particulier pour les
ouvrages politiques.
Cependant deux écrivains ―politiques‖ se distinguent par la force de leur
pensée et la vigueur de leur style. Ce sont :
- De Bonald
et Joseph de Maistre, dont l‘ouvrage principal s‘intitule ―Les soirées de
Saint-Pétersbourg‖.
Ces deux écrivains réclament un retour à l‘autorité politique et religeuse,
c‘est-à-dire, à la monarchie absolue en politique et à la soumission à la
religion catholique. Pour eux, toute société doit être fondée sur l‘autorité
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siono c‘est l‘anarchie, comme l‘ont montré les excès et les désordres de la
Révolution.
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ennui :… ―Pourquoi, s‘écrie Oberman, la terre est-elle ainsi désenchantée à
mes yeux? Jen e connais point la satiété, je trouve partout le vide.‖
OEUVRES PRINCIPALES
Mis à part des ouvrages de politiques ou d‘histoire sans grand intérêt; il faut
retenir les chefs-d‘oeuvre suivants :
Le Génie du Christianisme (1802)
C‘est une défense de la religion chrétienne. Chateaubriand y montre, contre
Voltaire et les autres philosophes, que le christianisme a produit des oeuvres
magnifiques, telles que les Evangiles, les cérémonies du culte, et surtout les
―cathédrales gothiques‖ du Moyen Âge.
En exaltant le sentiment de la beauté, Chateaubriand défend la religion et
réhabilite le Moyen Âge que, depuis la Renaissance, on avait oublié
volontairement, et dont Voltaire avait dit avec mépris ;
―C‘est une longue nuit‖.
Atala
LA POÉSIE ROMANTIQUE
Elle est emmenée par quatre poètes au lyrisme retentissant mais s‘enrichit
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de nuances variées avec d‘autres poètes plus discrets. Il n‘est pas possible
de les nommer tous.
LAMARTINE (1790-1869)
En 1820, paraît en librairie un recueil de poésies intitulé : ―Les
Méditations Poétiques‖. C‘est un succès prodigieux. L‘auteur, hier inconnu,
devient célèbre en un jour : il s‘appelle Alphonse de Lamartine. La poésie
romantique est née.
I. Les Méditations Poétiques
D‘où vient ce succès? Lamartine n‘est pas un homme extraordinaire. Il a
passé sa jeunesse à la campagne, tranquillement. C‘est un rêveur, sensible
aux beautés de la nature; c‘est aussi un ―mélancolique‖ (cf. Chateaubriand)
qui souffre d‘une souffrance vague et qui aime sa souffrance.
L‘absence d‘une personne aimée, le sentiment de solitude, l‘amour de Dieu,
l‘angoisse de la mort, l‘amour d‘une femme, le souvenir de son enfance, le
regret du temps qui passé, etc… tel est le sujet de ses poé[Link] homme
éprouve ces sentiments; et c‘est parce qu‘il a su les exprimer dans des vers
simples et mélodieux que Lamartine a été aimé et admiré. Quelques poèmes
sont particulièrement célèbres :
L‘Isolement : Souvent sur la montagne, à l‘ombre du vieux chêne…
Le Vallon : O vallons paternels, doux chants, humble chaumière…
Le Lac : O Lac, l‘année à peine a finis a carrière,
Et près des flots chéris qu‘elle devait revoir,
Regarde! Je viens seul m‘asseoir sur cette Pierre
Où tu la vis s‘asseoir…
Le vers préféré de Lamartine c‘est l‘alexandrin (12 pieds) dont le rythme
régulier et harmonieux, mais aussi monotone, convient bien à l‘expression
de sentiments discrets, vagues et tristes.
II. Les Harmonies Poétiques et Religieuses
Après ce premier succès, Lamartine entre dans la politiques, occupe de
hautes fonctions, joue un grand rôle dans la Révolution de 1848. Célèbre,
heureux, le poète publie un autre recueil de poésies personnelles, ―Les
Harmonies‖, où il remercie Dieu de son Bonheur, décrit les beautés de la
nature, les joies de l‘enfance et de la famille.
En même temps, il publie des ouvrages historiques en prose, d‘ailleurs peu
intéressants. Il se passionne pour la politique, mais se retire à l‘arrivée au
pouvoir de Napoléon III.
III Poète Épique
Lamartine aurait voulu écrire une épopée pour célébrer la marche de
l’humanité vers le progrès moral. Pour lui, l‘homme aspire toujours à
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l‘infini, à Dieu :
Borné dans sa nature, infini dans ses voeux,
L‘homme est un Dieu tombé qui se souvient des cieux.
Mais Lamartine n‘était pas un poète épique et il n‘a composé que deux
récits en vers, ―Jocelyn‖ et ―La Chute d‘un Ange‖, d‘ailleurs inachevés.
Le meilleur Lamartine c‘est le poète lyrique qui chante en vers délicats ses
souffrances et ses désirs :
Filles de la douleur, Harmonies! Harmonies!
C‘est le poète qui cherche refuge et consolation dans la nature, où il trouve
la paix, le silence, et le sentiment de l‘éternité :
Mais la Nature est là, qui t‘invite et qui t‘aime
Plonge-toi dans son sein qu‘elle t‘ouvre toujours;
Quand tout change pour toi la nature est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours.
ALFRED DE VIGNY (1797-1863)
Contemporain de Lamartine Alfred de Vigny en est cependant bien
différent. Sa vie a été une suite de déceptions : Vigny était officier dans
l‘armée
et rêvait de gloire militaire; mais après la chute de Napoléon, la vie de
soldat se passait, monotone, à l‘intérieur des casernes (barrackos), et Vigny
quitta l‘armée. Poète lyrique, il ne connut jamais le grand succès, et en
souffrit. Il fut refusé plusieurs fois à l‘Académie Française. Il se lança dans
la politique, mais, la encore, il subit des échecs. Marié à une femme peu
intelligente et bientôt infirme, Vigny ne connut pas le Bonheur familial. Il
mourut triste et désabusé.
Vigny, poète pessimiste
Tous ces faits expliquent que Vigny soit un ―pessimiste‖. Il ne voit dans la
vie qu‘une source de souffrances et de malheurs. Tous ses poèmes
traduisent cette conception pessimiste du monde. (cf. ―Poèmes antiques et
modernes‖).
Pour Vigny, l‘homme est un condamné qui ignore les motifs de sa
condemnation. Il ne reçoit aucun secours,
ni de Dieu, qui ne l‘écoute pas (cf. ―Moïse‖, ―le Déluge‖)
ni de la femme, dont l‘amour est trompeur (cf. ―La Colère de Samson‖)
ni de la nature qui est une ennemie :
On me dit une mère, et je suis une tombe.
Le poète ne cherche pas sa consolation dans la nature, car celle-ci reste
indifférente à ses souffrances :
Vivez, froide Nature, et revivez sans cesse
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Sous nos pieds, sur nos fronts, puisque c‘est votre loi;
Vivez, et dédaignez, si vous êtes décesse,
L‘homme, humble passager, qui dut vous être un roi;
Plus que tout votre règne et que ses splendeurs vaines
J‘aime la majesté des souffrances humaines;
Vous ne recevrez pas un cri d‘amour de moi.
(La Maison du Berger)
Vigny, poète stoïcien
Cependant Vigny ne cède pas au désespoir; au contraire, il accepte et subit
ses souffrances stoïquement, sans jamais se plaindre.
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Cependant, jamais découragé, Victor Hugo écrivit toujours, luttait, ayant
sans cesse plusieurs ouvrages en composition. Bien que l‘École Romantique
eût cessé dès 1850, Victor Hugo, qui en avait été le chef à partir de 1828,
continua seul à défendre sa doctrine littéraire, aimé et respecté même par
ceux qui ne partageaient pas ses idées ni ses gouts.
Ses funérailles à Paris furent une apothéose.
Le poète Lyrique
Doué d‘un talent merveilleux, Hugo a écrit des poèmes dans les genres les
plus divers. Il a épuisé tous les thèmes : Dieu, l‘amour, la pitié, la douleur,
la gloire, la mort, la fragilité de la vie, le bonheur, la patrie, la nature,
l‘océan, etc… Hugo peut être tour à tour tender, sensible, fraternel, naïf,
malicieux, désespéré, triste, satirique, violent, émerveillé, mystique, épique,
visionnaire.
Pendant 50 ans il publie des poésies en divers recueils :
- “Odes et Ballades” – “Les Orientales” où il chante l‘Espagne et l‘Orient.
- “Feuilles d’Automne” –“Chants du Créuscule” – “Les Voix
intérieures” – “Les Rayons et les Ombres” (1830-1840). Hugo traite de
l‘actualité politique, de la gloire de Napoléon, et de tous les thèmes
romantiques.
- “L’Âne” – “Les quatre Vents de l’Esprit” – “Le Pape”
- “La Pitié Suprême”; Victor Hugo, passionné des sciences occultes et de
l‘histoire des religions, compose des poèmes visionnaires et mystérieux.
- “L’Art d’être grand-père” – “chansons des rues et des bois”.
- “Les Contemplations” – Victor Hugo, bouleversé par la mort de sa petite-
fille, exprime ici avec une sincérité émouvante son amertume, sa douleur et
aussi son espoir en Dieu.
Le Poète Satirique
Le Poète Épique
- “La Légende des Siècles” (1859-1883). Comme Lamartine et Vigny, Hugo
a voulu écrire l‘histoire de l‘humanité, l‘épanouissement du genre humain,
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―l‘homme montant des ténèbres à l‘idéal‖ :
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poèmes. Il exprime ses chagrins et ses déceptions avec une sincérité si
prenante qu‘on ne peut oublier ses plaints douloureuses :
Le seul bien qui me reste au monde
Est d‘avoir quelquefois pleuré.
Les plus célèbres de ces poésies sont les ―Nuits‖ (Nuit de Mai, Nuit
d‘Octobre, Nuit de Décembre…)
Musset voit en songe apparaître sa Muse (c‘est-à-dire la fée qui lui a donné
son génie poétique); il lui dit ses souffrances. La muse lui répond que ses
souffrances ne sont pas inutiles parce qu‘elles lui permettent d‘écrire des
vers immortels :
Les plus désespéré sont les chants les plus beaux
Et j‘en sais d‘immortels qui sont de purs sanglots.
(Nuit de Mai)
D‘autre part, ses souffrances ne sont pas inutiles parce qu‘elles lui
apprennent que l‘homme ici-bas doit surmonter sa douleur :
L‘homme est un apprenti, la douleur est son maître
(Nuit d‘Octobre)
Rien ne nous rend si grands qu‘une grande douleur
(Nuit de Mai)
Musset était guéri des excès du Romantisme, et sa poésie se rapproche des
règles classiques, tout en conservant sa fantaisie et son ironie.
De tous les poètes romantiques, Alfred de Musset est le plus original, à
cause de sa grâce légère et moqueuse, et le plus humain aussi, à cause des
souffrances qu‘il a éprouvées et qu‘il a su exprimer avec une profonde
émotion. C‘est pour cela qu‘il a toujours été aimé. Et lui-même n‘a fait
qu‘aimer. Musset c‘est le poète de l‘amour :
Je me dis seulement : À cette heure, en ce lieu,
Un jour je fus aimé, j‘aimais, elle était belle.
J‘enfouis ce trésor dans mon âme immortelle
Et je l‘emporte à Dieu.
(Le Souvenir)
LES AUTRES POETES ROMANTIQUES
On peut dire que le Romantisme a été une grande révolution littéraire. Et
cette révolution, comme toute révolution, a entousiasmé la jeunesse. Si V.
Hugo, Lamartine, Vigny et Musset sont les quatre noms célèbres de cette
―école‖, il ne faut pas oublier qu‘un grand nombre d‘autres jeunes poètes
suivaient leur trace. Certains sont totalement oubliés aujourd‘hui parce
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qu‘ils n‘avaient pas de génie, ni même de vrai talent; d‘autres on tune gloire
locale; d‘autres enfin ont abandonné assez vite le Romantisme pour une
autre forme de poésie.
THEOPHILE GAUTIER
Le ―bon Théo‖ comme l‘appelaient ses amis a d‘abord été un argent
défenseur du Romantisme. Puis il a évolué et a cherché dans ses vers la
perfection de la forme. Il a défendu la théorie de “l’art pour l’art” : le poète
ne doit soutenir dans ses vers aucune cause; il doit seulement faire de
―beaux vers‖ (rythme, sonorité, couleur…) (i.e. ―Emaux et Camées‖)
Théophile Gautier assure la transition entre les Romantiques et les
Parnassiens.
Avec lui il faut citer encore : Théodore de Banville
Louis Bouilhet
LES POETES SATIRIQUES
Augustin Barbier, auteur de ―lambes‖ vigoureuse satire contre Napoléon.
(le ―lambe‖ est un vers grec au rythme particulier).
Pierre Beranger, dont les chansons ―politiques‖ étaient répétées par le
peuple tout entire. Il est assez oublié aujourd‘hui.
LES POETES RÉGIONALISTES
On les a appelés ‗petits romantiques‖. Ils chantent surtout leur pays natal.
Ainsi :
Brizeux, chantre de la Bretagne
Petrus Borel, auteur de chansons émouvantes sur les marins.
Victor de Laprade, et bien d‘autres dont le talent, quoique inégal, n‘est pas
sans charmes.
LES POETES DU REVE
Ce sont Aloysius Bertrand, Charles Nodier, et surtout Gérard de Nerval.
Avec eux la poésie et la prose se confondent. Ils cherchent à exprimer les
sensations et les pensées qui se situent à la limite du rêve et de la vie
éveillée. D‘où des vers estranges, des récits mystérieux, impalpables où les
faits de la vie quotidienne et les souvenirs vécus se mêlent au monde
illogique du rêve.
Ce courant nouveau dans la littérature française est dû à l‘influence de
poètes allemands.
Vivant en marge du Romantisme, instable, déséquilibré, Gérard de Nerval
était considéré par ses amis comme un bon ami, aimable, étrange et au style
agreeable. Mais sa reputation a grandi, et certains le considérent aujourd‘hui
comme un génie parce qu‘il a été l‘un des premiers à introduire dans la
littérature française le monde fascinant et mystérieux de l‘inconscient et du
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subconscient.
Dans ―Aurélia‖ et ―Les Filles du Feu‖ sa réussite est totale.
LE THEATRE ROMANTIQUE
Malgré les efforts de Voltaire pour renouveler la tragédie classique, le
théâtre traditionnel s‘était prolongé depuis Racine sans fournir aucun chef-
d‘oeuvre. Si l‘on met à part les comédies de Beaumarchais et de Marivaux,
aucune pièce de théâtre intéressante et durable n‘a été jouée sur la scène
française au cours du 18ème siècle et de la première partie du 19ème siècle.
I. CONDITIONS NOUVELLES
Au point de vue matériel, il y a eu beaucoup de progrès : la scène est plus
large, débarrassée des spectateurs importants qui l‘occupaient au 17ème
siècle, elle permet l‘évolution des acteurs et des figurants (support-cast) qui
sont de plus en plus nombreux. L‘éclairage perfectionné réhausse l‘éclat du
spectacle.
Le décor varié, la musique, les costumes aux couleurs vives constituent un
attrait supplémentaire pour le spectateur.
La représentation de passions violentes, les coups de théâtre, les duels…
attirent les gens du peuple. Le public ainsi s‘agrandit, et les directeurs de
salles peuvent dépenser davantage d‘argent pour la mise en scène.
On joue parfois à Paris des drames étrangers, allemands surtout, dont
l‘intrigue et le romantisme fiévreux font éprouver des émotions jusqu‘ici
inconnues au spectateur français qui était habitué aux caractères artificiels et
aux déclamations froides et pompeuses des tragédies soi-disant classiques
du 18ème siècle et de la période révolutionnaire.
C‘est dans ces conditions que V. Hugo va faire son entrée sur la scène.
II. LE THEATRE DE VICTOR HUGO
1827, “Cromwell”.
Victor Hugo publie un drame historique qui dure huit heures et par
conséquent est impossible à jouer. Mais dans la préface, restée célèbre, il
indique ce que doit être le drame romantique : il n‘y a plus de règle des trios
unités; il n‘y a plus de séparation entre tragédie et comédie. Il y a seulement
un drame, c‘est-à-dire une histoire à la fois tragique et comique, sublime et
grotesque, parce que dans la vie quotidienne la tragédie se mêle toujours à
la comédie.
Et pour que ce ―drame‖ impressionne le spectateur, il y aura de l‘action,
beaucoup d‘événements, des passions violentes, à la fois tendres et terribles,
de la couleur locale (costumes d‘époque, décors…), de la variété et du
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lyrisme.
La préface de ―Cromwell‖ est le manifeste de l‘École Romantique.
1830, La bataille d’“Hernani”.
―Hernani‖ illustre brillamment les théories dramatiques de Victor Hugo.
C‘est l‘histoire brutale et tender d‘un bandit espagnol, beau, fier, et sans
fortune, qui lutte pour la liberté et la justice contre les ―grands‖ d‘Espagne
aime et épouse Dona Sol, fille d‘un duc, et finalement se suicide avec elle
pour rester fidèle à sa promesse.
Le jour où ce drame fut représenté pour la première fois à Paris, la sale de
théâtre s‘était divisée en deux camps : d‘un côté, les partisans des
classiques, et de l‘autre, les romantiques, barbus et bruyants, emmené par
Théophile Gautier qui portrait sa fameuse jaquette rouge. Il y eut une
bataille dans la salle et ―Hernani‖ fut un triomphe pour V. Hugo.
Hugo compose ensuite d‘autre drames, dont ―Ruy Blas‖, laquais amoureux
d‘une reine.
Un ver de terre amoureux d‘une étoile
―Le Roi s‘amuse‖, ―Marie Tudor‖, etc…
1843, “Les Burgraves”
Mais en 1843 son drame historique ―Les Burgraves‖ est un échec complet
alors que ―Lucrèce‖ tragédie classique de Ponsard, remporte un immense
succès.
Le drame romantique avait duré quinze ans.
AUTRES DRAMES ROMANTIQUES
Durant ces quinze années de triomphe du théâtre romantique, de nombreux
écrivains ont écrit pour la scène. Parmi eux, on peut retenir :
Alfred de Vigny
Après avoir présenté sans grand succès plusieurs drames historiques (La
Maréchale d‘Ancre, Stello…) et des adaptations de Shakespeare, Vigny
compose “Chatterton” (1835), pièce en prose, racontant l‘histoire
malheureuse d‘un poète méconnu qui meurt de pauvreté et de chagrin. Ce
drame porte l‘empreinte du pessimisme de Vigny.
Alexandre Dumas
Écrivain extrêmement fécond. A. Dumas (père) a écrit plusieurs drames
dont les sujets sont surtout empruntés à l‘Histoire de France. Ses pièces
faciles, alertes et brillantes ont connu, comme ses romans, un très grand
succès populaire.
Mais le seul écrivain de théâtre romantique qui ait produit des chefs-
d‘oeuvre c‘est Alfred de Musset.
III. LE THEATRE D’ALFRED DE MUSSET
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Il porte, comme sa poésie lyrique, cette marque de fantaisie, de liberté, de
grâce et d‘ironie qui caractérise Musset.
Les pièces de Musset ne sont pas faites pour être jouées mais pour être lues.
Lui-même les a publiées dans deux recueils intitulés.
“Spectacle dans un fauteuil” et “Comédies et Proverbes”.
Ce ne sont donc pas des drames violents à la V. Hugo mais de courtes
comédies légères, tendres, élégantes qui rappellent les comédies de
Marivaux. Comme Musset composait ses pièces sans avoir l‘intention de les
faire jouer, il passe très librement d‘une scène à l‘autre dans des lieux ou à
des époques différentes, sauté les siècles ou bien glisse brusquement du
drame sombre et cruel à la franche comédie, ou change complètement le
décor. Un lecteur assis dans son fauteuil peut facilement imaginer ces
renversements de situation, ces déplacements dans le temps et dans
l‘espace, et apprécier le charme des caractères. Mais, au théâtre, la
représentation est rendue beaucoup plus difficile.
De son vivant, Musset n‘a jamais vu jouer son théâtre. Mais les innovations
de la mise en scène permettent actuellement de représenter sans difficulté
ces pièces qui, toutes, ont été et sont encore jouées chaque année.
À cause de ses excès, de la schématisation de ses personnages, de la
psychologie fruste de ses héros, le drame romantique a lassé rapidement le
spectateur. Mais il a redonné de la vie au théâtre français : il lui a acquis un
public beaucoup plus large, a influencé la mise en scène et a fait passer sur
la scène le soufflé des grands sentiments, exagérés mais cependant
émouvants.
Aujourd‘hui on joue encore certains drames de V. Hugo tels que “Ruy
Blas”, “Marion Delorme” …Mais l‘auteur le plus apprécié, le plus aimé,
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parce que plus discret et plus humain que tous les autres, c‘est Alfred de
Musset.
LE ROMAN “ROMANTIQUE”
Le roman est un genre ―libre‖. Aucune règle ne le limite : dans un roman, il
s‘agit tout simplement de raconter une histoire. On ne s‘étonnera donc pas
que les romanciers soient de plus en plus nombreux, à l‘époque romantique,
où chaque écrivain cherche à exprimer ses sentiments personnels, ou ses
expériences, ou sa vision propre de l‘homme, de la société ou de la destinée
humaine.
De ce grand nombre de romanciers, il faut détacher trios noms : Balzac,
Stendhal, George Sand.
HONORE DE BALZAC (1799-1850)
Fils d‘une famille pauvre, Balzac est venu, jeune, tenter sa chance à Paris.
Toute sa vie, il a connu la gêne; accablé de dettes, il fut sans cesse poursuivi
par ses créanciers. Il avait un temperament ardent; aimant la vie et le travail
il écrivait sans arrêt; afin de provoquer un état d‘excitation il se levait la nuit
et écrivait à la lueur d‘une bougie, en consommant force café.
Balzac a composé plus de cent romans qu‘il a réunis sous le titre général de
“La Comédie Humaine”. En effet, il a voulu décrire dans ses livres toute la
société française de son époque, en choisissant comme personnages de ses
romans des hommes appartenant aux différentes classes sociales. Ainsi, par
exemple :
“Eugénie Grandet” : la vieille fille (old maid) provinciale et malheureuse.
“Le Père Goriot” : le père de famille vieux et faible qui se sacrifie pour ses
filles.
“Le Cousin Pons” : le vieil artiste maniaque et avare que tout le monde
trompe en vue d‘obtenir l‘héritage.
“Le Colonel Chabert” : histoire d‘un vieux soldat des guerres
napoléoniennes.
“Le Lys dans la Vallée”; “Splendeurs et Misères des Courtisanes”;
“César Birotteau”; etc…
Cette peinture des moeurs de la société remporta un très grand succès. C‘est
que Balzac avait du génie : en décrivant ses personnages, avec leurs
passions, leurs défauts, leurs vices, leurs désirs, leurs aspirations, Balzac fait
le portrait de l‘homme en général. Si, par exemple, l‘on éprouve de
l‘émotion devant les faiblesses et les deceptions du Père Goriot, c‘est que
l‘on retrouve finalement dans le portrait de ce vieil homme les traits de
caractère de n‘importe quel vieillard.
Il y a plus de 2.000 personnages dans l‘oeuvre de Balzac. Or tous semblent
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bien vivants devant nos yeux. Balzac, en effet, sait créer et donner de la vie
aux héros de ses romans. Comment?
Pour cela il observe beaucoup, note minutieusement tous les details, et
décrit très longuement, parfois trop longuement, l‘entourage et le cadre
physique, social, politique, religieux, dans lequel vivent ses personnages.
Puis, grâce à son imagination prodigieuse, Balzac grossit les faits et les
caractères, si bien que l‘on a l‘impression de voir ses personnages marcher,
parler, aimer, souffrir, comme des acteurs sur la scène d‘un théâtre.
Balzac ainsi réussit à évoquer, à travers ses très nombreux romans, un
véritable ―monde‖, qui est le reflet non seulement de la société française de
1830, mais aussi le reflet de l‘humanité.
Mais Balzac montre surtout les laideurs de la vie (pauvreté, malhonnêteté,
corruption, vice…). Cette tendance sera exploitée systématiquement par les
romanciers de la génération suivante.
STENDHAL (1782-1842)
Stendhal, qui est aujourd‘hui considéré comme un très grand romancier, (et
par certains comme le plus grand des romanciers de la littérature française)
est très différent de Balzac.
Il a mené une vie solitaire et triste, assez aventureuse. Timide et laid, il n‘a
pas connu de succès dans le monde, bien qu‘il en eût le désir.
Alors il s‘est mis à écrire des romans. Le héros principal, c‘est, sous des
noms divers, Stendhal lui-même ―tel qu‘il aurait voulu être‖. Ses deux
romans les plus célèbres sont : “La Chartreuse de Parme” et “Le Rouge et
le Noir.”
Le personnage central en est un jeune homme : Fabrice del Dongo dans le
premier, et Julien Sorel dans “le Rouge et le Noir”. Tous deux ont le même
caractère : ils veulent vivre leur vie, connaître la gloire et l‘amour à
n‘importe quel prix, au mépris de toute religion et de toute morale. Cette
volonté tendue vers un but unique, cette ―leçon d‘énergie‖, c‘est la doctrine
de Stendhal (appelée aussi ―beylisme‖, car de son vrai nom Stendhal
s‘appelait Henri Beyle).
Les romans de Stendhal n‘ont connu aucun succès au 19ème siècle, parce
qu‘ils étaient écrits dans un style très simple, banal, sans images, ni
recherches. Stendhal lui-même disait qu‘il ne serait compris qu‘après sa
mort et qu‘il écrivait pour ―la génération future‖.
Aujourd‘hui, alors que les exaggerations romantiques ne passionnent plus,
Stendhal connaît la gloire : on aime son style qui met à nu tous les resorts
psychologiques des personnages, et on aime aussi le caractère volontaire de
ses héros.
19
GEORGE SAND (1804-1876)
C‘est une femme; contrairement à Stendhal, elle connut de grands succès
littéraires, mais on ne la lit plus guère aujourd‘hui.
George Sand reflète très bien son époque. D‘abord très romantique, elle
écrit des romans lyriques où, comme Rousseau, elle défend les droits de
l‘instinct et de la passion (Lélia).
Puis, influencé par les théories socialistes, elle mêle à son lyrisme des
revendications sociales (Consuelo).
Finalement, retirée à la campagne, elle décrit la vie paysanne, simple et
heureuse, en présentant les paysans sous un jour sympathique, alors que,
jusqu‘ici, les romanciers les décrivaient le plus souvent comme des hommes
frustes, sans éducation et avares. Ce sont ses meilleurs romans, les seuls qui
soient encore lus de nos jours (La Petite Fadette, La Mare au Diable…).
Le style de George Sand est agréable, mais il manqué de nervosité, il ennuie
un peu. Tandis que Balzac composait avec difficulté et corrigeait sans cesse
ses manuscrits, George Sand, elle, écrivait d‘un jet, sans jamais relire ses
écrits.
Aussi ses romans sont-ils monotones parce qu‘ils manquent un peu de vie.
AUTRES ROMANCIERS “ROMANTIQUES”
Ils sont très nombreux. On peut toutefois mentionner les noms des
principaux auteurs de romans autobiographiques et historiques.
Romans Autobiographiques
Depuis Rousseau (―Les Confessions‖), et Chateaubriand (―René‖…) les
écrivains aiment faire le récit de leur vie sentimentale. Ces romans
autobiographiques sont généralement écrits à la première personne (―je‖).
C‘est ainsi que
- A. de Musset raconte ses expériences dans ―Les Confessions d‘un Enfant
du Siècle‖.
- A. de Vigny dit ses aspirations et ses dégoûts de soldat dans ―Servitude et
Grandeur Militaire‖.
- G. de Nerval fait un admirable récit poétique ―Les Filles du Feu‖ où il
entremêle ses souvenirs à ses rêves.
- Benjamin Constant raconte son amour passionné et décevant pour une
femme dans un roman très court, d‘un style sobre et tendu : ―Adolphe‖
(1816).
Romans Historiques
20
Le succès des romans anglais de Walter Scott (Ivanohé, Quentin Durward
…) et des epopees antiques de Chateaubriand (Les Martyrs) favorise le
développement du roman ―historique‖ dont les aventures colorées, les
sentiments héroïques et l‘amour de la gloire enchantment le public
populaire.
V. Hugo compose un chef-d‘oeuvre où, mêlant comme au théâtre le sublime
au grotesque, l‘horrible à la poésie, il évoque magnifiquement le Paris
médiéval : ―Notre Dame de Paris‖. Puis il publie ―Les Misérables‖,
énorme roman historique et social, plein de tendresse et de pitié pour les
malheureux. Et encore ―Quatre-Vingt Treize‖, ―Les Travailleurs de la
Mer‖, etc…
Alexandre Dumas (père) a écrit, ou signé, car il avait des collaborateurs qui
écrivaient pour lui, de nombreux romans historiques, pleins de duels, de
disparitions, de poisons, de trahisons et d‘assassinats. Il n‘y a aucune
psychologie, mais des aventures, une action très rapide, invraisemblable, qui
emportent le lecteur loin du monde réel. On connaît par exemple ―Les
Trois Mousquetaires‖, ―Le Comte de Monte-Christo‖, etc…
On peut encore citer :
A. de Vigny qui dans son roman ―Cinq-Mars‖ évoque le règne de Louis
XIII (1610-1643), l‘époque héroïque où vivait Corneille.
Prosper Mérimée fait revivre le 16ème siècle dans ―La Chronique du Roi
Charles IX‖.
Il est aussi l‘auteur de ―Nouvelles‖ (short-stories), où il raconte d‘un ton
impassible les moeurs de contrées encore mal connues : ―Colomba‖ (en
Corse), ―Carmen‖ (en Espagne).
T. Gautier fait le portrait du soldat fanfaron dans ―Le Capitaine Fracasse‖.
Mais par leur souci du style et de la composition, Mérimée et Gautier
appartiennent déjà à la nouvelle école réaliste.
Chacun de ces romans a son intérêt. Capendant, Balzac et Stendhal ont
dominé leur génération et occupant le premier rang parmi les romanciers
français. Pourquoi?
- parce qu‘ils résument le romantisme à eux seuls : L‘un, Balzac, par sa
puissance d‘imagination, l‘autre, Stendhal, par son culte du héros
égocentriste et passionné.
- parce que leurs romans dépassent le cadre de leur époque : si les costumes
les habitudes sociales, les conditions et les lieux même où se déroule
l‘action de leurs romans ont changé, la psychologie des personnages
demeure toujours vraie.
21
L’HISTOIRE “ROMANTIQUE”
Le Romantisme a également influencé les historiens.
On a vu que pendant très longtemps l‘histoire avait été considérée comme le
récit plus ou moins exact des événements militaires et des guerres
entreprises par les rois ou les princes (XIIIème – XVII ème siècles).
L‘historien racontait ce qu‘il avait vu ou entendu dire; il ne cherchait pas à
verifier ni à expliquer les faits.
Les seuls historiens qui se soient préoccupés de donner les causes des
événements étaient presque toujours des ―religieux‖, comme Bossuet et
Fénelon, qui expliquaient trop souvent le déroulement de l‘Histoire par
l‘intervention de la Providence (Dieu).
C‘est Voltaire qui, le premier, tenta de réformer la conception de l‘Histoire :
il voulut en faire à la fois ―une science et un art‖.
Après lui les historiens s‘efforcent d‘atteindre la ―vérité historique‖. Mais
ils demeurent tous plus ou moins Romanciers et jugent le passé avec les
préjugés et les idées toutes faites qu‘ils en ont.
À l‘époque romantique, apparaissent deux grands historiens qui
renouvellent l‘Histoire : Augustin Thierry et Jules Michelet.
AUGUSTIN THIERRY (1795-1856)
Dans les “Récits des Temps Mérovingiens”, cet écrivain puise ses
renseignements à des sources sûres et fait en même temps un récit vivant et
coloré de l‘époque du Haut-Moyen-Âge français.
JULES MICHELET (1798-1874)
C‘est le grand historien romantique. Il a composé une “Histoire de France”
(30 volumes). Pour lui, l‘histoire ne doit pas être seulement l‘exposé exact
et méthodique des faits qui se sont produits au cours d‘une époque;
l‘histoire doit être “une résurrection du passé”.
Dans son oeuvre, Michelet fait revivre tout le passé de la France depuis le
Moyen Âge jusqu‘à la Révolution. Il pense qu‘une nation ―vit‖ comme une
personne, qu‘elle a une naissance, qu‘elle grandit et qu‘elle atteint l‘âge
adulte. C‘est un être vivant.
Michelet lisait beaucoup de documents afin d‘avoir des rensiegnements
exacts. Puis il essayait de revivre par l’imagination ces époques passées et,
grâce à son style passionné et image, composait de magnifiques panoramas
des événements significatifs de l‘Histoire de la France.
D‘autres historiens, plus méthodiques, travaillaient de leur côté. Avec eux,
l‘Histoire deviendra purement ―scientifique‖.
LA LITTERATURE RELIGIEUSE
Chateaubriand, au début du 19ème siècle, avait ranimé le sentiment
22
religieux que les philosophes et la révolution avaient voulu étouffer. Durant
tout le siècle un courant spiritualiste luttera contre un courant anti-religieux.
À l‘époque romantique, des écrivains et des orateurs talentueux défendent
avec vigueur la religion chrétienne, en empruntant à l‘école romantique son
style fiévreux, sa sensibilité et son imagination.
Eu égard à leur seule valeur littérature, et sans discuter leurs opinions,
citons ici : Lamennais (―Paroles d‘un croyant‖); Lacordaire; le grand
prédicateur romantique; Montalembert et Ozanam, tous deux publicists et
ardents défenseurs du catholicisme libéral.
Le journaliste Louis Veuillot, dans un style différent, s‘inscrit dans cette
lignée de literateurs catholiques.
LA FIN DU ROMANTISME
Le Romantisme a été un ―moment‖ très brillant de la littérature française
qui a donné de génies et des chefs-d‘oeuvre non seulement dans les lettres
mais aussi dans les autres arts, comme la peinture ou la musique.
Le Romantisme a été un mouvement européen bien qu‘il ne se soit pas
manifesté exactement au même moment dans chaque pays. En France, ce
mouvement littéraire et artistique a entrainé notamment :
- l‘éclipse du rationalisme au profit de la sensibilité et de l‘imagination.
- Le réveil du sentiment religieux.
- Le triomphe de l‘individualisme et du lyrisme.
- La connaissance des littératures étrangères, en particulier des littératures
anglaise et allemande.
23
savants pensent que tous les phénomènes obéissent à des lois de la nature
qu‘il faut découvrir et qui, une fois découvertes, permettront d‘expliquer le
monde et même la vie, sans qu‘il soit nécessaire de faire appel à la religion :
l‘univers entier, pense-t-on, est soumis au ―déterminisme‖, et un jour
viendra où l‘on pourra donner une explication purement scientifique du
monde et des expèces.
Les penseurs et philosophes partagent ces opinions et les propagent dans le
public. Auguste Comte élabore son système de ―Philosophie Positive‖
(1830-1842); Ernest Renan, historien et philosophe, écrit en 1848 un livre
célèbre ―L‘Avenir de la Science‖, avenir qu‘il voit prodigieux; Darwin,
naturaliste anglais, publie en 1859 ―L‘Origine des Espèces‖ où il
systématise les théories du naturaliste français Lamarck (1744-1829) sur le
―transformisme‖ et la ―génération spontanée‖.
La Science devient ainsi toute-puissante. L‘imagination et la sensibilité
cèdent le pas à la Raison qui exige la soumission aux faits. Les écrivains
veulent en conséquences faire une oeuvre scientifique, c‘est-à-dire appuyée
sur des documents et des faits bien établis : ce sera une littérature
―réaliste‖.
Et comme la rationalisme scientifique pousse à l‘étude des problèmes
sociaux, et que les théories des socialistes français (Production, Fourier) et
les théories économiques et sociales de Karl Marx, l‘auteur célèbre du
―Capital‖ (1863), mettent l‘accent sur les défauts de la société, les
littérateurs seront amenés à peindre surtout des milieux sociaux considérés
dans leurs aspects les plus laids : la littérature réaliste se fera ―naturaliste‖.
III
LE REALISME
(1850-1880)
Le Réalisme s‘oppose directement au Romantisme.
Cette nouvelle doctrine littéraire s‘appuie sur les principes suivants :
L’Artiste doit être impasible : il ne faut pas qu‘on puisse deviner ses
sentiments personnels.
Son art doit être impersonnel.
L’Artiste doit respecter les faits : tout ce qu‘il dit doit être exact, précis,
scientifique.
Son art doit être soumis au réel.
L’Artiste doit toujours prendre soin de la “forme” de son oeuvre :
Il faut que son oeuvre soit ―belle‖ : pour cela, l‘artiste doit sans cesse
travailler son style comme l‘artisan travaille un objet. Car c‘est par le travail
seulement qu‘il pourra obtenir la reproduction exacte de la réalité.
24
L’ÉCOLE REALISTE
Les écrivains qui succèdent à la génération romantique ont, en commun, le
souci de l‘exactitude scientifique et de la beauté du style.
Cependant chacun d‘eux apporte sa contribution personnelle. Il est donc
difficile de les grouper en bloc sous le titre de ―École Réaliste‖.
Enfin, le Romantisme demeure toujours vivant avec V. Hugo qui,
pratiqement seul, le défendra avec succès jusqu‘à sa mort, en 1885.
Le tendance ―réaliste‖ se retrouve dans tous les genres littéraires. On peut, dans un souci de
POÉSIE
25
sur un banc, au soleil, et regardent les choses vivre autour d‘elles :
Ah! c‘est la saison douce et chère aux bonnes vieilles.
Les histories du feu, les longues veilles
Ne leur conviennent plus. Leur vieux mari, l‘aïeul,
Est mort; et quand on est très vieux, on est tout seul.
C‘est de la poésie sentimentale. Pas de lyrisme comme chez Lamartine ou
Hugo, et pas de rythme, ni d‘image recherchée comme chez Leconte de
Lisle.
Cependant le Romantisme continue avec V. Hugo lui-même. D‘autres
poètes empruntent à la fois au Romantisme et au Parnasse :
Jean Richepin, poète –puissant, coloré, et parfois vulgaire.
Jean Aicard (―Maurin des Maures‖)
André Theuriet, Gabriel Vicaire, Fablé, poètes régionalistes qui chantent
leur terre natale.
En somme, Leconte de Lisle et Hérédia seuls représentent parfaitement la
nouvelle école parnassienne.
Mais un poète à cette époque, ni romantique ni parnassien véritable, va
exercer une influence décisive sur la poésie française. Ce poète s‘appelle
Charles Baudelaire.
CHARLES BAUDELAIRE (1821-1867)
Sa vie a été lamentable. Il rompt avec sa famille à cause de son beau-père
(step-father) qu‘il n‘aime pas. À Paris, il vit péniblement, toujours endetté,
en mauvaise compagnie. Il s‘adonne à l‘alcool et meurt jeune, tué par les
excès.
Mais Baudelaire a une passion : la poésie. Il écrit peu et travaille par
brusques périodes. Un jour, il découvre les ―nouvelles‖ de l‘écrivain
américain Edgar Poe (1809-1849). En lui, il retrouve un frère, tant par
l‘imagination étrange que par la vie malheureuse. Baudelaire entreprend la
traduction en français des ―Histoires Extraordinaires‖ de Poe. On n‘en a
pas fait de meilleure après lui.
Le Poète
Baudelaire a fréquenté les Romantiques dont il a l‘imagination puissante. Il
a fréquenté aussi les Parnassiens, et, comme eux, il aime le vers ―bien fait‖.
On retrouve cette double influence dans sa poésie.
Mais l‘inspiration de Baudelaire est unique. En 1857, il publie un recueil de
poèmes intitulé les ―Fleurs du Mal‖ Scandale. L‘auteur est poursuivi en
justice et condamné à une amende.
C‘est que Baudelaire chante dans ses vers tout ce qui est laid, sordide,
repugnant; la foule grouillante, les rues désolées, l‘ivresse, le vice, le péché,
26
en un mot le Mal.
Son imagination névrossée lui fait préférer les sujets voluptueux et
macabres. Par exemple, il voit dans l‘horloge, qui marque la fuite du temps,
un être cruel et horrible :
Horloge! dieu sinistre, effrayant, impassible,
Dont le doigt nous menace et nous dit : ―Souviens-toi!‖
Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d‘effroi
Se planteront bientôt comme dans une cible.
Tous les poèmes de Baudelaire sont marqués par ce goût de l‘atroce, de
l‘inhumain. Mais le poète n‘exprime pas son dégoût de toute chose par des
plaints ou des cris romantiques; il regarde le Mal en face, et, parfois, il
trouve refuge et consolation dans le repentir et dans la souffrance elle-
même.
Si le poète est incompris des hommes et souffre, c‘est que
Ses ailes de géant l‘empêchent de marcher.
(L‘Albatros)
Le Précurseur des Symbolistes
Le grand apport de Baudelaire à la poésie française, c‘est d‘en avoir
renouvelé l‘inspiration. Avec lui, c‘est tout un monde inconnu et mystérieux
qui s’ouvre aux poètes : les Romantiques avaient laissé parler leur coeur;
Baudelaire, lui, découvre des ―correspondances‖ entre les choses et entre
les diverses sensations :
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.
Ainsi le monde entier est comme une vaste forêt peuplée d‘êtres mystérieux
qui parlent à l‘homme dans un langage secret.
La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles.
L‘homme y marche à travers des forêts de symbols
Qui l‘observent avec des regards familiers.
(Correspondances)
Désormais le rôle du poète sera de déchiffrer ces symboles pour leur
arracher leurs secrets.
LE THEATRE DE 1850 À 1900
I. LE THEATRE “REALISTE”
Par réaction contre les exagérations du théâtre romantique, le théâtre
Réaliste puise ses sujets dans la société contemporaine pour en dépeindre
les traits réels.
L‘auteur dramatique observe les moeurs de son temps; il regarde vivre les
hommes et les familles, montre les habitudes sociales, les vices : il étudie le
27
comportement des hommes de son époque.
En cette seconde moitié du 19ème siècle, l‘expansion industrielle met au
premier plan la question d‘argent; d‘autre part la lutte entre l‘esprit
scientifique et la religion provoque des réactions sur le plan social; la loi
autorise le divorce en 1884. Tout cela modifie les rapports familiaux et
sociaux; c‘est l‘étude de ces rapports que les auteurs dramatiques portent au
théâtre.
Les deux auteurs dramatiques importants à cette époque sont :
ÉMILE AUGIER
Il a écrit de nombreuse pièces où il défend avec ―son bon sens‖ les idées de
la bourgeoisie (ex. ―Le Gendre de Monsieur Poirier‖)
ALEXANDRE DUMAS (fils)
Lui aussi, dans ses pièces, expose les problèmes psychologiques et surtout
sociaux qui se posent à ses contemporains. Mais, il veut ―guider‖ ses
contemporains : Il leur fait la Morale.
Dumas sait développer une situation dramatique avec une logique très serrée
qui persuade le lecteur.
Parmi ses drames, ―La Dame aux Camélias‖ (histoire d‘amour malheureuse
entre une coquette parisienne et un jeune homme riche) a connu un très
grand succès, Le Cinéma a popularisé à travers le monde entier cette peintre
de moeurs.
II. LE THEATRE “NATURALISTE”
Les naturalistes prétendent décrire le plus fidèlement possible la réalité, en
ne considérant que les aspects les plus laids de cette réalité.
Au théâtre, Antoine, directeur-acteur fonde le Théâtre Libre : non seulement
les pièces qu‘on y joue, mais aussi les costumes et le décor copient
exactement le réel.
On est donc très loin du drame romantique avec ses couleurs, ses mots
sonores, ses costumes éclatants. On est scientifique.
L‘auteur représentatif, c‘est Henry Becque. Excellent écrivain, il peint avec
vigueur et sans complaisance les moeurs corrompues d‘une certaine partie
de la société (cf. ―Les Corbeaux‖; ―La Parisienne‖.)
III. LA COMEDIE
Le vaudeville (comédie légère où le rire naît de situations cocasses) trouve
des auteurs habiles avec Scribe (auteur de 400 comédies), Sardou et surtout
Labiche dont l‘imagination, la verve et la bonne humeur assurent,
aujourd‘hui encore, le succès à ses meilleures comédies (La Cagnotte; Le
Voyage de M. Perrichon; Le Chapeau de Paille d‘Italie…).
En définitive, la production théâtrale dans la seconde moitié du 19ème
28
siècle est abondante mais d‘un niveau médiocre. Bien des drames à succès
ne sont plus joués parce que les problèmes qu‘ils traitent ont perdu leur
intérêt.
C‘est encore le théâtre comique de Labiche qui a le mieux résisté à
l‘épreuve du temps.
LE ROMAN DE 1850 A 1900
De 1850 à 1900, le Roman français est dominé par deux grands noms :
Flaubert et Zola. Derrière eux, de nombreux romanciers ce font leurs
disciples ou continuateurs, tandis qu‘un petit nombre résiste au
―Réalisme‖.
Gustave Flaubert est considéré comme le chef des ―réalistes‖ et Emile Zola
comme le chef des ―naturalists‖. Qu‘est-ce à dire? Il n‘y a qu‘une
différence de degré : les Réalistes, à la suite de Balzac mais avec plus de
rigueur scientifique, veulent peindre dans leurs romans la vie telle qu’elle
est. Pour cela,
ils se renseignent, observent avec soin, consultent les documents de toutes
sortes et adaptent leur style au caractère de leurs personnages : les
Naturalistes, eux, systématisent la doctrine réaliste. Ils veulent faire un
roman ―scientifique‖ : le caractère et le comportement de leurs personnages
doivent être conformes aux lois découvertes par les savants (i.e. loi de
l‘hérédité). En même temps, ils montrent surtout dans leur peinture de
l‘Homme et de la Société les vices et les laideurs.
LES ROMANCIERS “REALISTES”
GUSTAVE FLAUBERT (1821-1880)
C‘est par son roman ―Madame Bovary‖ (1857) que Flaubert est devenu
célèbre. Dans ce livre, il raconte l‘histoire banale d‘une jeune femme
provinciale mariée à un homme qu‘elle n‘aime pas. Elle se suicidera.
Flaubert décrit en même temps les principaux personnages de cette petite
ville de Normandie où se situe le roman, tel le pharmacien Homais, homme
peu instruit mais prétentieux et ennemi de toute religion. Comme
Baudelaire, Flaubert fut poursuivi en justice par la censure, mais il fut
acquitté.
―L’Éducation Sentimentale‖, récit un peu autobiographique, est écrit avec
la même précision, le même souci du style. Flaubert, en effet, est un très
grand prosateur : il choisit ses mots, pour leur exactitude, leur sonorité et
leur couleur; il construit ses phrases patiemment, et les refait jusqu‘à ce que
leur mouvement corresponde exactement à leur signification.
Cependant Flaubert a composé d‘autres romans qui ne sont pas ―réalistes‖ :
ainsi ―La Tentation de Saint-Antoine‖ et surtout ―Salammbo‖ (1862), où
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l‘auteur fait revivre avec un luxe de couleurs tout à fait romantique la ville
de Carthâge, détruite par les Romains dans l‘Antiquité.
Réaliste par son ardeur à reproduire avec exactitude le passé d‘une
civilisation disparue, ou la vie quotidienne et valgaire d‘un homme de son
époque, Flaubert est en même temps un écrivain qui aime la Beauté. Son
style en est une preuve : Flaubert s‘enfermait seul dans sa chamber et
déclamait
chaque phrase qu‘il composait, pour en apprécier le rythme et la sonorité.
Le début de Salammbô s‘ouvre sur une phrase un peu mystérieuse :
―C‘était à Mégara, faubourg de Carthâge, dans les jardins l‘Hamilcar‖… La
répétition des voyelles ouvertes ―a‖, l‘emploi de l‘imparfait ―c‘était‘ et de
noms propres aux sonorités à la fois douces et larges, contribuent à créer
une atmosphère de mystère et de grandeur, évoquant un monde disparu.
GUY DE MAUPASSANT (1850-1893)
Il est connu surtout pour ses ―nouvelles‖, récits courts sobres qui décrivent
des scènes de la vie familière, tout des paysans. Ses romans, en particulier
―Bel-Ami‖ ―Boule de Suif‖, sont typiquement ―réalistes‖.
Maupassant est impassible. Il raconte en observateur froid et précis, et d‘un
style impeccable, les aventures de personnages le plus souvent vulgaires,
malhonnêtes et sans idéal.
Guy de Maupassant est le principal disciple de Flaubert.
II. LES ROMANCIERS “NATURALISTES”
Par réaction contre les romantiques qui se laissaient emporter par leur
imagination et leur sensibilité et transfiguraient la réalité, les realists ont
voulu décrire cette réalité avec exactitude.
Les Naturalistes ont voulu aller encore plus loin : selon eux, le roman doit
montrer le développement d‘un caractère dans un milieu donné et dans des
conditions données. C‘est donc de la science. Les Naturalistes s‘appuyaient
sur les théories scientifiques de leur époque; mais comme ces théories
étaient souvent inexactes et comme la psychologie humaine n‘obéit pas
rigoureusement aux lois de la physique et de la chimie, il s‘ensuit que les
Naturalistes ont, eux aussi, sans le vouloir, faussé la Réalité.
ÉMILE ZOLA (1840-1902)
Zola croit aux lois de l’hérédité ; il est persuadé qu‘un homme agit toujours
non pas selon sa volonté, mais sous l‘influence des tendances qu‘il a
acquises, à sa naissance, de ses parents. De même que dans son laboratoire
un
savant étudie au microscope la vie des microbes, de même Zola, dans sa
chamber de travail, reconstitute sur le papier toute la vie d‘une famille de
30
son époque, en function des lois de l‘hérédité.
Cette reconstitution ―scientifique‖ a pour titre : ―Les Rougon-Macquart‖.
C‘est, en vingt volumes, la description de la vie de tous les membres de
cette famille. Zola a imaginé que chacun de ses personnages vivait dans un
milieu différent (ouvrier-paysan-commerçant-industriel-banquier-politicien-
etc. …) et il les regarde vivre. Ses personnages sont mûs par leur
―tempérament‖ (nerfs-sang), et non par leur volonté Zola est un
matérialiste; il ne croit pas à l‘âme.
Aussi ses personnages sont-ils toujours vulgaires : ils vivent comme des
brutes, n‘ont aucun sentiment noble. Ils ont des vices mais pas de qualités.
Zola, écrivain, a le don de faire vivre les foules. Ce n‘est pas un artiste du
mot ou de la phrase comme Flaubert. Mais lorsqu‘il décrit le peuple de Paris
au travail, une grève ouvrière, ou les milieux de la banque, il le fait avec une
puissance et un relief saisissants.
Ses romans les plus connus sont ; ―L‘Assommoir, ―Nana‖, ―Le Rêve‖,
―La Terre‖, ―La Bête Humaine‖, ―Thérèse Raquin‖…
LES GONCOURT (EDMOND ET JULES)
Les frères Goncourt ont adopté la même méthode que Zola. On dit que leurs
romans son tune ―tranche de vie‖ (slice of life) parce qu‘ils sont l‘étude
scientifique d‘un ―cas‖ psychologique (i.e. Germinie Lacerteux).
Les Goncourt, à la différence de Zola, aiment le beau style, le style
―artiste‖.
Les Naturalistes se comportent comme de véritables savants : avant de
composer un roman, ils amassent une très grande quantité d‘observations et
de documents afin d‘atteindre la vérité scientifique.
Et cependant leur oeuvre entière n‘a aucune valeur scientifique, parce que
ces écrivains n‘ont systématiquement considéré dans la nature humaine que
les vices et les tares de l‘homme.
III. LES AUTRES ROMANCIERS
Le courant Naturaliste
L‘influence de Zola a été très forte dans la seconde moitié du 19ème siècle.
De nombreux romanciers se firent ses disciples, tels les frères Rosny,
Descaves, Paul et Victor Margueritte.
Cependant lorsque Zola eût publié ―la Terre‖, ces écrivains refusèrent de
suivre Zola dont le pessimisme, le matérialisme et le goût systématique pour
la laideur les lassaient.
Deux romanciers dits ―naturalistes‖ de grand talent sont à mettre à part :
J. KARL HUYSMAN
Il fut d‘abord un naturaliste fervent. Puis, après sa conversion au
31
Catholicisme, il écrivit ses meilleurs romans où, dans un style précis et
personnel, il peint les tourments de l‘homme toujours tiraillé entre son idéal
et ses passions. (i.e. ―Là-bas‖; ―À Rebours‖; ―En Route‖…)
ALPHONSE DAUDET
Tout le monde connaît ses contes : ―Lettres de mon Moulin‖; ―Tartarin de
Tarascon‖, pleins de fantaisie et de bonne humeur. Mais ce n‘est là qu‘une
partie de son oeuvre.
Daudet a composé plusieurs romans où, lui aussi, il décrit les moeurs de son
temps : ―Sapho‖ – ―Numa Roumestan‖ – ―Le Nabab‖ – ―Le Petit
Chose‖.
Comme les naturalistes Daudet s‘applique à reproduire la réalité. C‘est un
pessimiste, mais, à la différence de Zola, c‘est aussi un sentimental : il a une
grande pitié pour les hommes qu‘il aime. Il ne choisit pas systématiquement
les détails laids. Toute son oeuvre est pleine de mélancolie et de sympathie
humaine. Daudet sait émouvoir le lecteur et l‘amuser par son style vif et
malicieux.
Le Roman Psychologique
Deux romanciers, dans cette époque réaliste, se distinguent par leur
originalité. Ce sont :
EUGENE FROMENTIN
Son meilleur roman ―Dominique‖ est une étude psychologique
approfondie, dans là ligne du roman français classique.
OCTAVE FEUILLET
Dans ―Le Roman d’un Jeune Homme Pauvre‖, Feuillet décrit un monde
conventionnel, celui de la bonne société, éloigné de tout naturalisme mais
un peu fade.
Autres Romanciers et Conteurs
Parmi les nombreux écrivains de la seconde moitié du 19ème siècle il faut
retenir le nom de quelques romanciers qui se sont illustrès au moins par un
livre. Ainsi :
Charles-Louis Philippe, peintre réaliste de la misère (―Le Père Perdrix‖)
Jules Renard, auteur de ―Poil de Carotte‖ (1894)
Erckmann- Chatrian co-auteurs d‘une série de récits ―alsaciens‖ sur les
guerres de Napoléon (―L‘Ami Fritz‖ –―Histoire d‘un conscrit de 1813‖).
Edmond About, journaliste, conteur, écrivain clair et ironique (―Le Roi des
Montagnes‖ –―L‘Homme à l‘oreille cassée‖…)
Jules Verne (1828-1905) a raconté dans de nombreux romans scientifiques
des aventures qui apparaissaient tout à fait impossibles, et que l‘on réservait
aux enfants (20.000 lieues sous les mers‖ – ―Le Tour du monde en 80
32
jours‖ etc). Notre époque le redécouvre, car les inventions modernes ont
réalisé ce que J. Verne avait pressenti, peut-être sans le vouloir. Et le cinéma
d‘aujoud‘hui illustre ces aventures.
Enfin il faut signaler l‘importance prise par le ―roman-feuilleton‖, ou
roman écrit par tranches hebdomadaires pour les lecteurs de journaux. Il y
faut beaucoup d‘aventures et du ―suspense‖. Des écrivains comme Dumas
(Père), Eugène Suë, Ponson du Terrail… s‘y sont illustrés. Mais c‘est de la
fabrication, non de la littérature.
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Fustel de Coulanges (―La Cité Antique‖ (1864) ou histoire de l‘antiquité
grecque et romaine).
Taine (Origines de la France Contemporaine‖, où il montre qu‘une nation
se développe comme une plante, sous l‘influence de ―la race, du milieu et
du climat‖. C‘est du matérialisme systématique.)
Ernest Renan (Histoire des origins du Christianisme (1863-1885) et aussi
l‘Avenir de la Science, écrit en 1848, mais publié en 1890.)
Renan était avant tout un philologue érudit, spécialiste des langues
orientales. Il a essayé d‘établir les fondements de l‘histoire des religions sur
des bases scientifiques et philologiques. Mais, en même temps, il montre
une sympathie pour les croyances religieuses quelles qu‘elles soient. C‘est
un sceptique, tolérant et ironique, qui aime les paradoxes.
Taine et Renan, qui se voulaient scientifiques, avaient un temperament de
poètes. Ils sont sensibles à tout ce qui est beau. La plupart de leurs théories
sont aujourd‘hui abandonnées, mais on continue à les lire à cause du charme
de leur style. Ils sont parmi les plus grands prosateurs français.
CRITIQUE LITTERAIRE
À cette époque, le grand nom c‘est Sainte-Beuve (Cf. ―Les Causeries du
Lundi‖). Poète, romancier, Sainte-Beuve est avant tout un critique littéraire
qui a voulu faire ―l‘Histoire Naturelle des espirits‖. En étudiant l‘oeuvre
d‘un écrivain, il analyse la vie de l‘auteur, sa famille, son tempérament, ses
idées, afin de pouvoir juger cet écrivain. Taine utilise cette même méthode,
mais systématiquement : selon lui, un écrivain est ―déterminé‖ par sa race,
le milieu et le climat où il vit. Enfin Brunetière, grand érudit a voulu
montrer ―l‘évolution des genres littéraires‖ : comme les êtres vivants, les
genres littéraires (épopée, lyrisme, théâtre…) naissent, grandissent, meurent
ou se transforment sous l‘influence de facteurs extérieurs. Grâce au
développement prodigieux du journalisme, la critique littéraire joue un rôle
déterminant dans la littérature.
IV
L’IDEALISME
OU LA RÉACTION CONTRE LE RÉALISME
(1880-1900)
Bien que l‘influence réaliste demeure très forte jusqu‘à la fin du 19ème
siècle, une réaction se fait sentir à partir de 1880 environ.
Au culte de la science et au matérialisme de l‘École Réaliste et Naturaliste,
le nouveau courant littéraire oppose :
- un certain mépris pour le rationalisme et l‘esprit de système,
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- le souci de la Morale et de la métaphysique,
- le goût de l‘irrationnel, du mystère, du symbole.
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Impulsif, contradictoire, Verlaine eut une vie errante et douloureuse. Il a
connu la misère, la prison. Brutal et mystique, il se convertit au
Christianisme, exprime ses remords avec une grande sincérité, puis retourne
aux abus avec la même simplicité.
Malgré tous les désordres de sa vie agitée, Verlaine gardait une âme
d‘enfant, toujours naïf et doux. Il gardait surtout l‘âme d‘un poète.
C‘est lui qui, dans son ―Art Poétique‖, exprime la doctrine symboliste :
pas d‘étalage lyrique, pas de discours, pas de sermons.
Il faut bannir l‘éloquence de la poésie : ―Prends l‘éloquence, dit-il au
poète, et tords-lui le cou‖.
pas de règles fixes en prosodie, mais :
De la musique, encore et toujours.
Et nul mieux que lui n‘a su être autant musician. Pas d‘éloquence dit-il,
c‘est pourquoi ses poèmes sont toujours très courts.
Chez lui tour est musique (mots légers – voyelles ouverts – cadences brisées
…) Et c‘est une musique très douce dont les notes s‘égrènent et s‘envolent.
On connaît la célèbre chanson sur l‘Automne :
Les sanglots longs
Des violons
De l‘Automne
Blessent mon coeur
D‘une langueur
Monotone …
ARTHUR RIMBAUD (1854-1891)
C‘est un enfant-génie. Ami de Verlaine, il vit en bohême comme lui. Il écrit
des vers étranges et magnifiques (Le Bâteau Ivre, Les Illuminations, Saisons
en Enfer). Or, à cette époque, il n‘est qu‘un adolescent. En effet, Rimbaud a
composé ses poèmes entre quinze et dix-huit ans, puis il a abandonné
complètement la littérature, il a même quitté la France pour aller faire du
commerce en Orient. Il est revenu en France pour mourir dans un hôpital, à
Marseille.
Le cas de Rimbaud est donc rare. Il demandait à la poésie autre chose que
des rimes et de la musique : il voulait découvrir un autre monde où les mots
aient une signification différente, où les sens et les modes de pensée même
seraient nouveaux :
―Je est un autre‖ disait-il, pour indiquer qu‘il voulait se dépersonnaliser
complètement. Il voulait atteindre au ―dérèglement de tous les sens‖. Dans
un sonnet fameux, Rimbaud a identifié les voyelles de l‘alphabet à des
couleurs :
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―À noir, E blanc, I rouge…‖
Ce que Baudelaire avait pressenti, Rimbaud a essayé de le réaliser; être le
poète, le ―voyant‖, qui découvre, à travers les correspondances de la
nature, les secrets d‘un monde nouveau.
STEPHANE MALLARME (1842-1898)
C‘est une tentative parallèle qu‘à coursuivie Mallarmé dont la vie de
professeur a été calme et studieuse.
Mallarmé a très peu écrit; son recueil principal s‘appelle ―Vers et Prose‖.
La plupart de ses poèmes sont obscures, indéchiffrables; on dit que c‘est de
la poésie ―hermétique‖ (tight-closed). D‘une part Mallarmé ne cherchait
pas à être compris de tout le monde, mais seulement de quelques disciples
qu‘il réunissait chez lui, une fois par semaine. D‘autre part, la poésie de
Mallarmé est difficile parce qu‘il utilise les mots pour leur valeur musicale
surtout, et en les chargeant d‘un sens inhabituel.
Ainsi chaque vers, chez Mallarmé, veut être à la fois une image (cf.
Parnasse), l‘expression d‘une pensée, d‘un sentiment, un symbole
philosophique, et une mélodie. On imagine quel travail savant et rigoureux
Mallarmé a dû accomplir pour obtenir ce résultat.
En somme, le but de Mallarmé était, non pas de découvrir un autre monde
(comme Baudelaire et Rimbaude), mais de créer un monde nouveau à partir
de la poésie.
Longtemps Mallarmé a été raillé. Mais bien qu‘obscur, il a obtenu des
succès poétiques parfois éclatants (―L‘Après-midi d‘un Faune‖). Et son
influence sur la poésie moderne a été très importante.
LES AUTRES POETES SYMBOLIQUES
Ils sont nombreux, car le symbolisme a marqué tous les poètes. Certains ont
poussé à l‘extrême la doctrine symboliste; d‘autres ont profité des leçons de
la nouvelle école, puis sont revenus à des formes plus traditionnelles.
Albert Samain (―Au Jardin de l’Infante‖) et Henri de Régnier sont les
maîtres fervents du mouvement. Emile Verhaeren, poète belge, accorde aux
rythmes nouveaux son lyrisme puissant (―Les Villes Tentaculaires‖). Jean
Moréas, G. Khan sont de bons disciples. Les ―Complaintes‖ de Jules
Laforgue, mort à 27 ans, sont d‘un symbolisme teinté d‘ironie et
d‘amertume.
Beaucoup d‘autres, un peu oubliés aujourd‘hui, voyaient dans le
symbolisme la plus haute forme de poésie.
L’IDEALISME DANS LES AUTRES GENRES LITTERAIRES
C‘est en poésie que l‘Idéalisme, comme nous l‘avons vu, s‘est manifesté
avec le plus de force, grâce à l‘école symboliste.
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Dans les autres genres littéraires, le Réalisme et la Naturalisme exercent
toujours une influence dominante. Cependant, dans les dernières années du
siècles, la réaction se dessine à travers certains écrivains. Par leur vie, ces
écrivains appartiennent aussi bien au XXème qu‘au 19ème siècle. Ils sont à
la jonction des deux siècles. Jusqu‘en 1914, la littérature française est
marquée par cette réaction contre le Réalisme et le Naturalisme.
Indiquons ici les principaux auteurs dont l‘influence se fait déjà sentir à la
fin du 19ème siècle, et qui continueront leur oeuvre à l‘époque
contemporaine.
THEATRE
L‘Idéalisme au théâtre signifie préoccupation morale ou, tout au moins,
abandon des peintures systématiquement laides, étouffantes et vides de
toute inquiétude métaphysique :
- François de Curel (Le Repas du Lion, 1897; La Nouvelle Idole, 1899)
compose des pièces à thèse où il étudie les conflits sociaux
René Bazin (La Terre qui meurt; Les Oberlé), catholique idéaliste et poète,
René Boylesve (Mademoiselle Clocque, 1899), analyste subtil et
mélancolique, henri Bordeaux (La peur de vivre; Les Roquevillard),
défenseur de la famille et de la religion, se rattachent tous, avec un talent
divers, à la tendance de Paul Bourget.
Il faut reconnaître qu‘on ne les lit plus guère aujourd‘hui.
(2) ROMAN IDEOLOGIQUE
On peut désigner sous ce nom le roman qui n‘est qu‘un cadre commode où
l‘auteur exprime ses pensées, politiques ou religieuses, ou son esthétique,
bref sa vision du monde.
Maurice Barrès (1862-1923), écrivain, journaliste, essayiste, politicien, a
été, avant 1914, l‘un des inspirateurs de la jeunesse française, un ―guide‖.
Il y a, en lui, une double tendance : d‘un côté, un individualiste fervent, un
égocentriste (cf. sa trilogie Sous l’oeil des Barbares 1888) d‘un autre côté,
un nationaliste et un adversaire de la démocratie parlementaire; il a voulu
écrire le roman de l‘Énergie Nationale (Les Déracinés 1897; L’Appel du
Soldat 1900).
Son culte du ―moi‖ et de l‘―énergie‖ le rapproche de Stendhal.
L‘oeuvre de Barrès est très vaste. Son style est raffiné, précieux, influencé
par les rythmes subtils et les recherches du Symbolisme. Maurice Barrès
était un homme très intelligent, épris d‘idéal, ennemi de la vulgarité,
mystique, et artiste. Il fut aussi un politicien ardent, et, comme tel, s‘est fait
beaucoup d‘ennemis.
(3) ROMAN FANTAISISTE ET PHILOSOPHIQUE
L‘oeuvre romanesque de Anatole France (1844-1924), très variée, peut être
réunie sous ce titre. Elle se compose de romans autobiographiques (Le Livre
de mon ami 1885), psychologiques (Le Lys Rouge 1894), historiques (Les
Dieux ont soif 1912), philosophiques (La Rôtisserie de la Reine Pédauque
1893), fantaisiste (Le Crime de Sylvestre Bonnard 1881).
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Anatole France, comme Renan, est un esprit très cultivé, érudit. Ce savant
est aussi un ironiste, un sceptique, qui se moque de tout mais avec
gentillesse, et un homme sensible à la misère humaine (Crainquebille 1901).
Anatole France a combattu violemment le matérialisme de Zola. Mais lui-
même ne prétend pas donner de leçons. C‘est avant tout un conteur, un
excellent écrivain, qui a retrouvé la phrase limpide et souple des écrivains
français du 18ème siècle. On lui a, assez justement, reproché son
dilettantisme, son humanisme égoïste; mais il reste un très grand prosateur.
(4) ROMAN EXOTIQUE
L‘exotisme dans le roman est une autre forme de création contre le
Naturalisme. C‘est un romancier isolé qui l‘apporte : Pierre Loti
(1850-1923). Officier de marine, il voyâge à travers le monde entier, surtout
en Orient et dans le Pacifique. Il décrit ce qu‘il voit, ce qu‘il sent, avec
beaucoup de couleurs, à la façon des peintres ―impressionnistes‖.
Mais Loti, qui a perdu la foi chrétienne, retrouve sans cesse au contact des
beautés changeantes de la Nature l‘idée de la mort et de l‘anéantissement
total. D‘où cette impression de désolation et de tristesse, renforcée par un
style alangui, qui se dégâge de ses livres. Les plus célèbres sont : Mon Frère
Yves, 1883; et Pêcheur d’Islande, 1886.
Aux environs de 1900, ce sont les noms de Bourget, A. France et P. Loti qui
dominent le Roman français.
***
D‘ailleurs le cadre du roman s‘est beaucoup élargi et, au XXème siècle, le
Roman va server à exprimer, autour d‘une intrigue quelconque, toutes les
formes possibles de la pensée, depuis la poésie jusqu‘à la philosophie et la
politique.
IDEES GENERALES SUR LE 19ème SIECLE
Ce fut un siècle extrêmêment varié et riche, dans tous les domaines, et
marqué par :
la succession des écoles littéraires (Romantisme, Réalisme, Idéalisme),
le conflit entre la science et la religion, le matérialisme et la foi,
le caractère ―européen‖ de l‘Art (influences des diverses littératures),
la transformation de la poésie et des Arts plastiques, considérés non plus
comme simple délassement, mais comme moyen de connaissance d‘un
monde nouveau.
I. LES DIVERSES INFLUENCES ETRANGERES
Comme il est naturel, chaque école littéraire se découvre des précurseurs
dans les littératures voisines ou se réclame de maîtres nouveaux. D‘ailleurs
le développement des traductions facilités les échanges d‘un pays à l‘autre
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et crée dans le public lettré un engouement, souvent passager, pour des
thèmes ou des doctrines littéraires venus de l‘étranger.
Durant tout le 19ème siècle, la littérature anglaise et la littérature allemande
sont les mieux connues et les plus appréciées. Toutefois, vers la fin du
siècle, on découvre la littérature américaine, scandinave et russe.
DE 1800 A 1850
Shakespeare et les romantiques anglais sont à l‘honneur en France : Byron,
Keats, Shelley, Walter Scott; et aussi la philosophie allemande (Kant,
Fichte, Hegel) et les poètes du rêve que sont Arnim, Novalis, Tieck,
Brentano et Jean-Paul Richter.
À côté des romantiques italiens (Alfieri, Manzoni et Sylvio pellico), on note
aussi une certaine faveur pour deux écrivains espagnols du 18ème siècle,
Calderon et Lope de Vega.
À PARTIR DE 1850
C‘est toujours d‘Angleterre que viennent les auteurs les plus goûtés du
public; d‘une part les romanciers comme Dickens, George Eliot, Thackeray,
les
soeurs Brontë dont le succès en France favorise l‘acclimatation du réalisme,
et, d‘autre part, les artistes et esthètes tels que Carlyle, Ruskin, Oscar Wilde
et les poètes ―lakistes‖ (Wordsworth) ou pré-raphaëlites (Rossetti) qui
préparent le terrain au symbolisme. Autour de 1900, le public découvre les
romans de Thomas Hardy, et la poésie de Swinburne et de Tennyson.
D‘Italie, les littérateurs accueillent avec faveur les théories pessimistes de
Leopardi, de Fogazarro et les beautés formelles de la poésie de Carducci.
Les drames étranges, à tendance sociale, de Hauptmann (Allemagne) sont
représentés sur les scènes françaises.
Mais le soufflé nouveau vient des États-Unis, de Russie et de Scandinavie.
L‘imagination hallucinée d‘Edgar Poë, la poésie mélancolique de
Longfellow et le poésie libre de Whitman suprennent le lecteur français
autant que les romans de Mark Twain et les récits colorés du far-west de
Fenimore Cooper.
Avec les romanciers russes Gogol, Tourgueniev, Dostoïevsky et Tolstoï ce
sont les thèses sociales et le romantisme russe qui pénètrent en France. Leur
influence sera très forte.
Enfin la France découvre dans les drames symbolists et violents des
dramaturges scandinaves, Bjooernson, Strindberg et Ibsen, une nouvelle
façon de sentir.
Ces divers courants littéraires enrichissent la littérature nationale par leurs
apports nouveaux : écrivains et lecteurs ouvrent leur esprit et leur âme à des
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idées, à des sentiments et à des techniques littéraires que leur impérament et
leur formation ne leur permettaient peut-être pas d‘éprouver et d‘imaginer.
LES BEAUX-ARTS
Le 19ème siècle a été une époque particulièrement pour l‘Art français,
spécialement en peinture, sculpture et musique. On retrouve la même
évolution dans la littérature.
DE 1815 À 1850
Le Romantisme triomphe avec les peintres Géorge et Delacroix, avec les
sculpteurs Rude et Barye, avait musician Berlioz.
Chacun d‘eux, dans son proper domaine, fait éclate la passion, la force et les
couleurs. Le peintre, le sculpteur et le musician expriment, comme les
poètes, leurs ments personnels.
À PARTIR DE 1850
Le Réalisme influence également les Arts Plastiques (peinture et sculpture)
et la musique. L‘artiste essaye de représenter avec fidélité les paysâges ou
les personnages qu‘il voit, les couleurs, les formes. Ainsi en peinture Millet,
Corot, Courbet, et le caricaturiste Daumier; et sculpture : Carpeaux.
Quant aux musiciens français, tels que Bizet et Chabrier, ils font entendre
une musique plus sobre, moins passionnée, que celle de Berlioz. Mais c‘est
le musician allemande Wagner, génie puissant, qui domine la musique
européenne par ses opéras.
La fin du 19ème siècle voit naître, en même temps que la poésie symboliste,
une splendide école française de peinture, appelée ―Impressionnisme‖. Le
peintre ne veut plus exprimer ses sentiments sur une toile, ni décrire des
scènes, il veut seulement traduire ses impressions par des couleurs. En
somme, comme le poète symboliste, il veut ―suggérer‖ un paysâge par
exemple, et non pas en faire une photographie. Aussi, dans cette peinture, le
dessin compte peu : il n‘y a pas de lignes précises; tout est flou; seul le jeu
des couleurs et de la lumière crée une impression ou suggère un sujet
quelconque. Les grands noms de cette école sont : Manet, Monet, Renoir,
Degas, Sisley, Signac, Pissaro, etc.
En sculpture, Rodin triomphe
En musique : Saint-Saens, César Franck, puis Chausson, Duparc et Fauré,
qui mettent en musique les poèmes parnassiens et symbolists.
Les poètes symbolists comme Rimbaud et Mallarmé essayaient d‘atteindre
un autre monde ou d‘en construire un nouveau au moyen de la poésie. La
même volonté de découverte, le même désir d‘aller au-delà du monde réel se
retrouve chez des peintres de génie qui s‘appellent : Cézanne, Gaugin, Van
Gogh, et chez des musiciens qui, vers 1900, vont causer une véritable
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révolution dans le monde musical : Ravel, et Claude Debussy.
L‘influence de ces artistes sur l‘Art contemporain européen, et même
mondial, a été decisive.
Ainsi, aux alentours de 1900, l‘Art – qu‘il soit poésie, peinture, sculpture ou
musique – se charge d‘une signification entièrement nouvelle : il n‘est plus
une simple distraction, il devient un moyen de changer le monde réel, une
véritable ―création‖.
Tel est l‘horizon immense et inquiétant qui s‘ouvre à la littérature française
du 20ème siècle.
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