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17th Century

Le dix-septième siècle, connu comme le Siècle Classique, voit l'épanouissement des arts et l'émergence du Classicisme en France, particulièrement entre 1660 et 1680. Ce mouvement littéraire se caractérise par l'influence de la raison, l'étude du cœur humain, la recherche de la beauté et une forte présence de l'idée de Dieu. Les écrivains classiques, tels que Pascal, se concentrent sur des vérités psychologiques générales plutôt que sur des sentiments personnels, marquant ainsi une rupture avec la littérature plus personnelle du siècle précédent.

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17th Century

Le dix-septième siècle, connu comme le Siècle Classique, voit l'épanouissement des arts et l'émergence du Classicisme en France, particulièrement entre 1660 et 1680. Ce mouvement littéraire se caractérise par l'influence de la raison, l'étude du cœur humain, la recherche de la beauté et une forte présence de l'idée de Dieu. Les écrivains classiques, tels que Pascal, se concentrent sur des vérités psychologiques générales plutôt que sur des sentiments personnels, marquant ainsi une rupture avec la littérature plus personnelle du siècle précédent.

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DIX-SEPTIÈME SIÈCLE

1600-1700
On appelle le dix-septième français le Siècle Classique. L‘évolution amorcée à la 1.To begin

2. Reussir fin du 15ème siècle aboutit vers 1660 à l‘épanouissement des arts et à la Fulfillment

formulation d‘une doctrine littéraire nouvelle : le Classicisme.


SITUATION GÉNÉRALE
Au 17ème siècle, la France est prospère et puissante. Au point de vue politique, la
Troubled, Hectic situation est moins agitée qu‘auparavant. Les guerres de religion sont terminées et Before

si des troubles apparaissent encore, le gouvernement a maintenant assez de force


Supress, Control pour les réprimer. En effet, de grands hommes politiques dirigent la France : Le

Cardinal Richelieu, Mazarin, puis Colbert, le célèbre ministre de Louis XIV. Celui-
Ruled ci, appelé le ―Roi Soleil‖, règnera de 1660 à 1715 et donnera à la France la
première place en Europe.
Cette prééminence politique ne veut pas dire que tout était parfait dans le royaume
de France. Louis XIV était un roi absolu qui disait : ―L‘État, c‘est moi‖. Il a
start doing s/t entrepris des guerres contre les pays voisins dans l‘espoir de rendre la France plus

grande et plus puissante; mais vers la fin de son règne des échecs repétés ont
unsettled, shaken ébranlé le pouvoir royal. Quant au peuple, sa condition ne fut jamais très enviable. desirable

Cependant, d‘une façon générale, la situation financière et politique de la France


boost,favor est bonne. Ceci favorise le développement de la vie artistique d‘autant plus que
Louis XIV aime les arts et s‘entoure d‘une cour très brillante. Il encourage et aide
les artistes; il fait construire de splendides châteaux, tel le Château de Versailles. Il
fait venir à la cour les écrivains les plus réputés, il fait donner de brillantes
représentations théâtrales et, en un mot, ―patronne‖ les lettres et les arts.
passion Or cet engouement pour la vie artistique coincide avec l‘apparition, entre 1660 et
1680, de très grands écrivains. Ce sont les écrivains classiques.
Donc, quand on dit que le 17ème siècle est le siècle du classicisme, il faut bien voir
que cette définition ne s‘applique pas à l‘ensemble du 17ème siècle, mais
seulement à la période qui va de 1660 à 1680. Ces vingt années sont l‘Âge d‘Or de
―l‘École Classique‖.
QU’EST-CE QUE LE CLASSICISME?
Le Classicisme est une doctrine littérature et artistique qui se caractérise par quatre
traits principaux:
- Influence prédominante de la raison. L‘écrivain classique ne se laisse pas guider
par ses sentiments, il obéit à la raison, ce qui donne à sa pensée solidité et clarté.
- Étude du coeur humain. Ce qui intéresse l‘écrivain classique c‘est l‘analyse
psychologique; il veut montrer pourquoi et comment l‘homme se comporte de telle behave
ou telle façon dans la vie.
- Souci de la beauté. Pour l‘écrivain classique, beauté est synonyme de vérité:

― Rien n‘est beau que le vrai‖ écrit Boileau.


Mais le souci de la vérité conduit l‘écrivain classique à rechercher la beauté de la
forme, c‘est-à-dire l‘harmonie, l‘équilibre et la pureté du style.
- Présence de l‘idée de Dieu. La littérature classique est une littérature chrétienne,
ou du moins d‘esprit religieux. On y sent toujours l‘inquiétude métaphysique. La
morale qui s‘en dégage est une morale chrétienne.

Ainsi les écrivains classiques ne cherchent pas à exprimer leurs sentiments


personnels ni à décrire les charmes de la nature. Ils étudient l‘Homme. Leur art
vise à l‘expression de vérités psychologiques générales.
La littérature du 16ème siècle était une littérature personnelle. La littérature
classique est impersonnelle. Pascal en a formulé la loi en écrivant:
detestable
―Le Moi est haïssable‖. Après lui, les écrivains classiques n‘oseront pas parler
d‘eux-mêmes et s‘effaceront toujours derrière leurs personnages.
LA FORMATION DE LA LITTÉRATURE CLASSIQUE
(1600-1650)
La doctrine classique s‘est forgée dans la première moitié du 17ème siècle sous
l‘influence de divers facteurs. Comme il est naturel, l‘idéal de la Renaissance,
défendu par certains auteurs, est combattu par d‘autres. De cette lutte entre les
deux tendances sortira la doctrine classique.
CONTINUATION DE LA RENAISSANCE
Elle se manifeste dans tous les domaines et le principe fondamental de l‘imitation
des Anciens est toujours en vigueur. Toutefois une réaction se dessine contre les
abus et les licences qu‘avait entraînés la trop grande ardeur des écrivains du siècle
précédent. On veut mettre un peu d‘ordre dans la langue et dans les genres
littéraires.
Ainsi Malherbe, poète et grammarien, introduit des règles très strictes dans la
poésie. Vaugelas compose une grammaire qui aide à fixer la langue française. En
1635, Richelieu fonde ―L‘Académie Française‖ (40 membres qui seront appelés
―Immortels‖) dont le rôle est de rédiger un dictionnaire pour surveiller la langue et
combattre l‘abus des néologismes.
Lentement donc de nouvelles règles s‘introduisent dans la littérature et dans les
arts, qui réduisent la liberté de l‘écrivain et mettent un frein à l‘individualisme.
La littérature de ces quelque cinquante années porte la marque de cette évolution.
Elle est un mélange de genres et d‘idées où les excès cèdent peu à peu devant les
tentatives d‘ordre. On l‘a qualifiée de littérature ―baroque‖. Des influences
nouvelles expliquent cette transformation.
LES INFLUENCES NOUVELLES
upper-class Dans la société aristocratique du 17ème siècle apparaissent des modes et des goûts
nouveaux en même temps que se renouvelle la pensée philosophique et religieuse.
Plusieurs courants traversent la littérature et laisseront leur
empreinte sur la doctrine classique. On peut noter trios courants principaux: la
Préciosité, le Cartésianisme et le Jansénisme.
Les Salons : la Préciosité (1610-1640)
À cette époque la France n‘est pas troublée par des guerres très violentes. Aussi les
gens de la haute société se passionnent-ils pour la littérature et les arts. Les dames
de l‘aristocratie ouvrent des salons où elles reçoivent écrivains et artistes pour
discuter de problèmes intellectuels et de questions littéraires. Le salon de Madame
de Rambouillet fut particulièrement célèbre.
Les conséquences sont à la fois sociales et littéraires. Les habitudes, les moeurs
deviennent plus raffinées et la langue française s‘épure, car dans ces salons les
invités rivalisent de politesse et d‘esprit.
Mais ces raffinements seront poussés jusqu‘à l‘exagération, c‘est-à-dire la
préciosité. Préciosité dans le langage trop affecté : pour éviter les mots vulgaires
on emploie des expressions compliquées et fades au lieu de dire ―les pieds‖, on dit
―les chers souffrants‖. Préciosité dans les sentiments aussi : on recherche les
subtilités, pour aboutir dans l‘invraisemblable. Préciosité enfin dans les règles de
courtoisie et de politesse qui versent dans l‘affectation et le ridicule.
Plus tard Molière se moquera de cette mode (―Les Précieuses Ridicules‖) et les
classiques réagiront contre cette invraisemblance. Mais la Préciosité laisse des
traces dans la littérature classique. En particulier, le goût de l‘analyse
psychologique et le souci de la langue pure, du vocabulaire noble, en sont issus.
La Philosophie : Le Cartésianisme
Avant le 17ème siècle la philosophie était dominée par la pensée chrétienne. Au
Moyen Âge un très grand théologien, Saint Thomas d’Aquin (1226-1274), avait
écrit en latin plusieurs traités de philosophie scolastique où il traitait de l‘existence
de Dieu. Il proclamait l‘existence de Dieu comme un dogme de Foi mais
démontrait aussi que la raison humaine peut arriver à la connaissance de Dieu. En
somme, la philosophie thomiste (ou philosophie de
Saint Thomas) était une philosophie chrétienne qui utilisait ensemble la Foi et la
Raison.
Cette méthode philosophique est complètement renouvelée au 17ème siècle par le
philosophe français Descartes (1596-1650). Dans son ―Discours de la Méthode‖,
Descartes écarte la Foi comme instrument de réflexion philosophique au profit de
la seule Raison. Son système repose sur la constatation: ―Je pense, donc je suis‖.
À partir de là, Descartes met systématiquement en doute ce qui a été dit avant lui et
essaie, uniquement à l‘aide de sa raison, de construire sa pensée et son système
philosophique.
Descartes contribue ainsi à répandre le culte de la raison. Le cartésianisme, ou
méthode de réflexion s‘appuyant uniquement sur la raison, est à l‘origine de la
philosophie moderne. Directement influencés par Descartes, les écrivains
classiques accorderont la première place à la raison, donc au raisonnable et au vrai.
On peut dire que le cartésianisme introduit dans la littérature classique: logique,
ordre et clarté.
Le sentiment religieux: Pascal
La Renaissance et la Réforme avaient affaibli l‘importance de la religion en
littérature. Au 17ème siècle, le sentiment religieux redevient vigoureux. Pourquoi?
Plusieurs faits peuvent l‘expliquer. Sous Louis XIV, la religion catholique est
religion d‘État. La place du clergé, son rôle et son influence s‘en trouvent
renforcés. Le clergé catholique, qui avait subi une crise, se reprend et se se
développe : l‘inépuisable charité d‘un Saint Vincent de Paul et l‘influence
considérable de l‘Ordre des Jésuites attestent ce renouveau. Enfin Pascal et la
querelle du Jansénisme attirent l‘attention des gens instruits sur les problèmes
religieux.
Qu’est-ce que le Jansénisme?
C‘est une doctrine catholique fondée par le théologien hollandais Jansénius en
1640. En France cette doctrine fut acceptée par certains catholiques, notamment
par les théologiens du monastère de Port-Royal (à
Paris), mais vivement combattue par les Jésuites. Le Pape devait finalement
condemner le Jansénisme. Selon cette doctrine, l‘homme n‘est pas libre de faire le
bien ou le mal. Dès sa naissance exigeait une morale sévère. Elle mettait l‘accent
sur les imperfections et les faiblesses de la nature humaine.
PASCAL (1623-1662)
Blaise Pascal est un mathématicien et un philosophe. Il fréquenta Port-Royal et
défendit le Jansénisme contre les Jésuites, avec beaucoup de force et de talent dans
ses ―Lettres Provinciales‖. Mort jeune, Pascal n‘a pas écrit d‘ouvrage
philosophique, mais il a laissé des notes qui ont été recueillies sous le titre de
―Pensées‖.
Quelles sont ses idées sur l‘Homme? Pascal, comme Montaigne, estime que
l‘homme est une contradiction, un être à la fois misérable et admirable. C‘est un
être misérable et malheureux parce que son intelligence est limitée, son
imagination trompeuse, et ses instincts bons et mauvais tout ensemble. Cependant
l‘homme est un être admirable parce que, à la différence des animaux, il peut
penser, aimer, espérer.
L‘homme n‘est ni ange ni bête, écrit Pascal. Ou encore: l‘homme n‘est qu‘un
Roseau (reed), le plus faible de la nature, mais c‘est un roseau pensant.
Dès lors une question se pose. Comment expliquer cette contradiction? Selon
Pascal, seule la religion chrétienne est capable de donner la réponse exacte: la
grandeur de l‘homme vient de son origine divine, et sa misère vient du péché.
Ainsi, avant même l‘apogée de l‘école classique, on rencontre un très grand
penseur et bel écrivain qui s‘attache à l‘étude du coeur humain, et en montre toute
la complexité :
―Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas‖.
Et ce philosophe s‘inquiète de la destinée de l‘homme. À l‘insouciance
métaphysique des écrivains du 16ème siècle succède l‘angoisse:
―Le silence éternel des espaces infinis m‘effraie‖. (Pensées)
Vers le milieu du 17ème siècle, ces diverses influences combinées entre elles
s‘épanouissent dans ce qu‘on appelera le Classicisme. Dans la littérature des
années 1660-1680 on retrouve, en effet, les tendances qui se sont manifestées dans
la première moitié du siècle :
o Imitation des Anciens: les sujets des tragédies classiques, et même certaines
idées, sont empruntés aux auteurs grecs ou latins.
o Culte de la Raison : les héros de tragédie sont des raisonneurs qui sont toujours
vraisemblables.
o Goût de l‘analyse psychologique : dans la tragédie classique, il y a constamment
lutte entre la raison et les sentiments.
o Sentiment religieux : la littérature classique est une littérature de conception
chrétienne.
o Pureté du style : le vocabulaire des auteurs classiques est noble et abstrait; ils
evident les expressions trop communes et ils respectent les règles de bienséance.
LA POÉSIE LYRIQUE AU 17EME SIÈCLE
On appelle lyrisme l‘expression poétique de sentiments personnels.
Au Moyen Âge et au 16ème siècle la poésie française était une poésie
essentiellement lyrique. Au 17ème siècle le lyrisme disparaît complètement.
Pourquoi?
D‘une part, Malherbe (1555-1628) enterme la poésie dans des règles strictes qui
empêchent le poète de s‘exprimer librement. Aussi la poésie devient-elle pauvre
car l‘inspiration viendra moins de la sensibilité que de l‘intelligence : les poèmes
lyriques seront clairs, corrects, harmonieux parfois, mais sans emotion. Malherbe,
réformateur de la poésie, a exercé une influence considérable sur les poètes
postérieurs.
D‘autre part, la société lettrée du 17ème siècle est gagnée à l‘idéal classique.
―L‘honnête homme‖, c‘est-à-dire l‘homme cultivé qui aime la littérature, n‘aime
pas que le poète exprime ses sentiments personnels; il préfère découvrir des vérités
psychologiques générales.
Si bien qu‘au 17ème siècle on ne rencontre pas de grand poète lyrique français.
Dans la première moitié du siècle apparaît un courant poétique ―précieux‖ avec
des poètes intelligents, subtils, mais fades, comme par exemple Voiture et Racan.
C‘est au théâtre que triomphera la poésie, mais alors it ne s‘agit plus de poésie
lyrique.
Etouffé par la réforme de Malherbe, le lyrisme tiendra une place fort réduire dans
la littérature française du 17ème et du 18ème siècle. Ce sont les Romantiques qui,
au 19ème siècle, remettront la poésie lyrique au premier rang, renouant ainsi avec
Ronsard et les poètes de la Renaissance.
LE THÉÂTRE AU 17ème SIÈCLE
Quelle est la situation du théâtre au 17ème siècle? Tout au long du 16ème siècle on
a assisté à une lente évolution du théâtre, à la formation d‘un certain nombre de
règles destinées à mettre de l‘ordre dans la tragédie et dans la comédie. En outré,
bien que les sujets soient en majorité puisés dans les Livres Saints de la religion
chrétienne, des auteurs dramatiques s‘orientent déjà vers l‘histoire de l‘Antiquité
qui leur fournit ainsi des sujets neufs.
Avec le 17ème siècle une ère nouvelle s‘ouvre pour le théàtre. Deux genres sont
particulièrement florissants: l‘Opéra, qui est du théâtre chanté, et la Tragédie.
La tragédie va se développer et devenir plus vraisemblable qu‘au siècle precedent.
Moins populaire, ou, si l‘on veut, plus savante qu‘auparavant, elle prendra un
caractère aristocratique : seuls les gens instruits seront à même de l‘apprécier.
Et vers le milieu du 17ème siècle, le théâtre atteint sa perfection. C‘est le triomphe
du Théâtre Classique.
L’ÉCOLE CLASSIQUE (1660-1680)
Sous le nom d‘école classique on désigne un certain nombre d‘écrivains qui, en
l‘espace de vingt années, ont donné à la littérature française des chefs-d‘oeuvre
caractérisés par un même souci de l‘exactitude psychologique et de la pureté du
style. Parmi ces écrivains, il y a des prosateurs. Mais les meilleurs représentants de
cette école sont des poètes qui ont écrit pour la scène. En effet, les cinq grands
classiques sont:
- Corneille. Il est le père de la tragédie classique, bien qu‘il ait vécu et écrit dans la
première moitié du 17ème siècle.
- Racine. Avec lui la tragédie classique atteint la perfection.
- Molière. C‘est le plus grand auteur comique français.
- La Fontaine. Il a composé des Fables; ce n‘est donc pas un dramaturge, mais en
fait, chacune de ses fables est un petit drame dont les personnages sont des
animaux. La Fontaine était l‘ami de Racine, de Molière et de Boileau. On les
appelait les ―quatre amis‖.
- Boileau. C‘est un poète, mais ni lyrique ni dramatique. Dans ses poèmes Boileau
expose et défend l‘idéal classique. C‘est surtout un ―critique littéraire‖.

C‘est donc bien au théâtre, toujours écrits en vers, que la doctrine et l‘art classiques
ont été le mieux représentés.
LES CARACTÈRES DE LA TRAGÉDIE CLASSIQUE
La tragédie classique obéit à des règles strictes et elle a un cadre très limité :
Elle est toujours écrite en vers alexandrins (vers de 12 pieds).
Elle comprend toujours cinq actes.
Elle est soumise à la règle des ―trios unites‖:
Unité d‘action; le sujet doit être centré sur une seule intrigue principale.
Unité de lieu; l‘action doit se dérouler dans le même lieu durant les cinq actes.
Unité de temps; l‘action doit durer au maximum un jour (24 heures).
Le bon auteur classique doit respecter scrupuleusement ces règles de composition.
Quant au sujet lui-même, il revêt des caractères constants. La tragédie classique
montre la lutte des passions dans le coeur de l‘homme. Les héros, comme tout
homme en général, sont tiraillés entre le Bien et le Mal. La raison conseille de faire
le bien tandis que les instincts et les passions poussent vers le mal. En somme, une
tragédie classique est un ―combat intérieur‖.
Enfin les héros de tragédie classique sont toujours des rois ou des princes, non des
homes ordinaries. Ainsi la tragédie se déroule sur un plan supérieur : ce
n‘est pas une aventure banale ou un drame de la vie quotidienne, c‘est au contraire
quelque chose de grand, d‘extraordinaire, de pathétique.
En définitive, la tragédie classique met en scène de nobles personnages qui luttent
contre leurs passions. C‘est donc essentiellement un drame psychologique où les
évènements extérieurs sont secondaires. Et l‘histoire qui s‘y développe doit
toujours être vraisemblable : en effet, des personnages qui se trouvent dans des
situations irréelles et qui éprouvent des sentiments exagérés ou faux ne touchent
pas le spectateur. Or la tragédie classique, comme tout drame, est faite pour
émouvoir le spectateur.
LES REPRÉSENTANTS DE L’ÉCOLE CLASSIQUE
Pour bien connaître le classicisme il faut se pencher sur les oeuvres des auteurs les
plus représentatifs. L‘idéal classique étant un idéal de noblesse et de grandeur, et la
poésie étant considérée comme un genre plus noble que la prose, on ne sera pas
étonné de voir que les meilleurs représentants du classicisme sont des poètes.
Chacun d‘eux a son proper tempérament et son propre style, et cependant tous
adhèrent au même idéal. C‘est ce qui fait l‘unité de l‘école classique française.
PIERRE CORNEILLE (1606-1684)
Corneille est né à Rouen, dans la province de Normandie. Il étudia le Droit (Law)
et fut avocat. En France, les Normands ont la réputation d‘être rusés et prudents; ce
sont des gens qui réfléchissent avant d‘agir. On retrouve ce trait de caractère dans
les oeuvres de Corneille: les héros de ses tragédies raisonnent beaucoup et, avant
de se lancer dans l‘action, examinant avec soin toutes les conséquences possibles
de leurs actes.
Corneille a composé de nombreuses tragédies et également une comédie. C‘est lui
qui a été le véritable fondateur de la tragédie classique. Ses tragédies les plus
célèbres et les plus belles sont: ―Le Cid‖, ―Horace‖, ―Cinna‖ et ―Polyeucte‖.
Le Cid (1636)
Rodrigue, appelé Le Cid, est le fils d‘un grand capitaine espagnol. Il aime chimène,
fille d‘un autre grand capitaine espagnol. Mais le père de Rodrigue se querelle avec
le père de Chimène. Rodrigue doit venger son père qui a reçu un soufflet (slap) du
père de Chimène.
Rodrigue hésite entre son amour pour Chimène et son honneur : le devoir lui
commande de venger son père en se battant en duel avec le père de Chimène.
Finalement sa volonté triomphe de son amour : il se bat et tue le père de Chimène.
Celle-ci, qui aime toujours Rodrigue, demande cependant au roi de
punir Rodrigue pour venger l‘honneur de son père. Ainsi l‘honneur l‘emporte sur
l‘amour.
La tragédie du Cid, c‘est le triomphe de la volonté sur la passion de l‘amour.
Horace (1640)
L‘histoire se passé à Rome, au début de l‘empire romain. Trois frères, les Horace,
doivent se battre contre les trios frères Curiace. Les Horace défendent Rome et les
Curiace défendent Albe, ville voisine et rivale de Rome. Or l‘un des Horace est
marié à une soeur des Curiace, et Camille, une soeur des Horace, est fiancée à l‘un
des Curiace. Chez les combattants il y a donc lutte entre l‘amour de la partie et
l‘amour conjugal. Finalement le devoir l‘emporte et le patriotisme triomphe de
l‘amour.
Cinna (1640)
L‘histoire se situe également à Rome. Il y a eu une conspiration contre l‘empereur
Auguste. Le complot (plot) est découvert. Auguste hésite entre la vengeance et le
pardon. Finalement il pardonne. Ici, la générosité l‘emporte sur la passion de la
vengeance.
Polyeucte (1643)
C‘est une tragédie chrétienne, qui se déroule à Rome, au début du christianisme.
Polyeucte est un soldat romain qui s‘est converti à la religion chrétienne; il est
marié à Pauline, qu‘il aime profondément. Obligé de choisir entre le renoncement à
sa religion et la mort, Polyeucte, après hesitations, choisit la mort malgré son
amour pour Pauline. Ainsi l‘amour divin l‘emporte sur l‘amour humain.
L’ART DE CORNEILLE
Pierre Corneille n‘est pas véritablement classique, mais c‘est lui qui donne à la
tragédie ses principaux traits classiques.
Corneille n‘est pas un véritable auteur classique. Pourquoi? Il appartient à la
première partie du 17ème siècle, période de formation où se conjuguent
plusieurs influences, donc inégale. Corneille se plie difficilement à la règle des
trios unités : ses tragédies sont complexes et compliquées. Il y a plusieurs sujets
dans la même pièce; ainsi dans Le Cid, on relève une intrigue principale entre
Rodrigue et Chimène, et deux intrigues secondaires, l‘amour de Don Sanche pour
Chimène, et l‘amour de l‘Infante pour Rodrigue.
Il y a trop d‘événements extérieurs, ce qui rend difficile le respect de la règle de
l‘unité de lieu et de temps; dans Le Cid, en un jour il se passe une querelle (Don
Diègue et Don Gormas), deux duels, et une bataille contre l‘ennemi. Pareillement
dans Horace.
Il y a des scènes confuses et des tirades trop longues, parfois obscures.
Enfin les héros de Corneille sont trop souvent des hommes exceptionnels qui ont
peu de faiblesses; ils sont trop vertueux pour être vraisemblables; leur psychologie
n‘est donc pas toujours exacte. Rodrigue et Chimène sont les deux héros cornéliens
les plus humains et les plus émouvants : ils on tune volonté forte, mais ils
souffrent. Dans ses tragédies ultérieures, Corneille crée des personnages de plus en
plus vertueux et volontaires, mais de moins en moins humains.
Cependant par certains aspects Corneille est déjà un classique.
Il puise ses sujets dans l‘Antiquité, latine surtout, mais donne à ses héros, païens,
une attitude et des sentiments chrétiens. Ses tragédies sont déjà et surtout un conflit
de la volonté et des passions. C‘est par là que Corneille est un classique. Avant lui,
les aventures extérieures constituaient le principal intérêt de la tragédie; avec
Corneille, le contre de la tragédie c‘est le coeur des héros aux prises avec les
passions.
Enfin son style est classique, c‘est-à-dire équilibré: style clair, exprimant les
nuances des passions et les subtilités du raisonnement; style rapide, incisif, violent
même dans certains dialogues; style sublime et tendre dans les scènes d‘amour.
Certains vers de Corneille sont devenus des proverbes :
―Je le ferais encor, si j‘avais à le faire.‖
―A qui venge son père il n‘est rien d‘impossible.‖
―L‘amour est un plaisir, l‘honneur est un devoir.‖
(Le Cid)
QUEL EST LE BUT DE CORNEILLE?
Corneille cherche à provoquer l‘admiration du spectateur, en lui montrant des
hommes exceptionnels qui, par leur force de volonté, triomphent de tous les
obstacles. Son théâtre a donc une indéniable force morale.
Dans les meilleures tragédies, les héros cornéliens demeurent vraisemblables,
humains, parce qu‘avant de vaincre leurs passions ils hésistent et souffrent. Ce ne
sont pas des marionnettes, mais des hommes qui luttent.
Le théâtre de Corneille est essentiellement psychologique et moral. S‘il manqué
parfois de vraisemblance, c‘est que Corneille peint les hommes ―tels qu‘ils
devraient être‖, et non pas tells qu‘ils sont.
JEAN RACINE (1639-1699)
Lorsque Racine naît, près de Paris, Corneille est déjà un auteur célèbre; Le Cid est
représenté avec un grand succès en 1636, donc trios an savant la naissance de
Racine. Entre eux il y a une génération de différence, et durant cet espace de
temps, le goût classique s‘est définitivement affirmé. Corneille a bâti la tragédie
classique, Racine va la porter à la perfection.
L‘éducation qu‘il a reçue prépare Racine à son art : il apprend le grec et le latin; il
connaîtra donc parfaitement le grec et aura une solide connaissance des tragiques
grecs ; Eschyle, Sophocle et Euripide (4ème et 5ème siècle avant Jésus-Christ).
Racine est élève dans la religion chrétienne; il étudie à Port-Royal et subit
l‘influence janséniste, ce qui lui donne une conception pessimiste de l‘homme;
dans ses tragédies, il montrera surtout les faiblesses du coeur humain. Ses héros
sont le plus souvent des personnages de la mythologie ou de l‘histoire grecque; et,
comme chez les tragiques grecs, ils sont dominés par le Destin (Fate).
Cependant Racine prend aussi ses sujets dans l‘Antiquité latine ou dans la Bible.
Par ailleurs ses personnages ne sont pas chrétiens, mais Racine leur donne des
réactions des sentiments qui sont chrétiens, même jansénistes. En tout cas l‘idée de
Dieu est présente dans son oeuvre.
LES PRINCIPALES TRAGÉDIES DE RACINE
Racine a écrit une comédie ―Les Plaideurs‖, et onze tragédies; il en a composé
neuf entre 1660 et 1680, et deux entre 1689 et 1691. Les plus belles sont :
Andromaque (1667)
L‘histoire se situe dans la Grèce ancienne, lors de la destruction de Troie par les
Grecs. Hector, le chef de Troie, est mort dans la bataille, il a été tué par pyrrhus, le
roi grec vainqueur; il laisse une veuve, Andromaque, et un fils, Astyanax,
désormais prisonniers. De Pyrrhus.
Or Pyrrhus devient amoureux d‘Andromaque et veut l‘épouser. Celle-ci refuse,
fidèle au souvenir d‘Hector. Pyrrhus alors lui ordonne de choisir entre le marriage
ou la mort de son fils Astyanax. Prise entre deux sentiments très forts, la fidélité à
l‘époux disparu et l‘amour maternel, Andromaque hésite longtemps, et finalement
se décide à épouser Pyrrhus.
Mais la tragédie se termine dans le sang. Hermione, fiancée délaissée par Pyrrhus,
fait tuer celui-ci par Oreste, un jeune homme qui l‘aime mais qu‘elle n‘aime pas.
Pyrrhus meurt, Hermione se tue et Oreste devient fou. Dans cette tragédie, Racine
montre comment la violence des passions conduit au crime. Il évoque aussi la
beauté des sentiments maternels d‘Andromaque, épouse fidèle et mère courageuse.
Britannicus (1669)
L‘histoire se passe à Rome, sous Néron. Le jeune empereur Néron va commettre
son premier crime. Il tombe amoureux de Junie, fiancée de son frère Britannicus.
Afin de satisfaire sa passion, il répudie son épouse Octavie,
repousse les conseils de sa mère. Agrippine fait enlever Junie, et finalement fait
empoisonner Britannicus.
Cette tragédie est une analyse très poussée de l‘amour passion, c‘est-à-dire de
l‘amour non contrôlé par la raison ni par la volonté.
Bérénice (1670) et Bajazet (1672)
Encore deux tragédies où Racine analyse la complexité du sentiment d‘amour et
les faiblesses du coeur humain.
Iphigénie (1674)
L‘action est située dans la Grèce ancienne. Les Grecs veulent attaquer la ville de
Troie; pour cela, il faut traverser la mer, mais il n‘y a pas de vent pour pousser les
bateaux. Le roi grec Agamemnon consulte les oracles qui lui disent de sacrifier aux
dieux sa propre fille Iphigénie.
Pris entre son amour pour sa fille et son devoir de roi, Agamemnon se décide, mais
après bien des hésitations, à sacrifier sa fille. Iphigénie, qui redoute la mort,
accepte cependant et se soumet à la volonté de son père. Elle est sauvée au dernier
moment.
Phèdre (1677)
C‘est le chef-d‘oeuvre de Racine; le sujet est tiré de la mythologie grecque.
Phèdre est l‘épouse légitime de Thésée qui a un fils, déjà jeune homme, né d‘une
première femme. Or Phèdre, devenue belle-mère d‘Hyppolyte, l‘aime. Elle a honte
de sa passion coupable mais, dominée par le Destin, elle n‘a pas la volonté d‘y
résister. Elle déclare son amour à Hippolyte; celui-ci, horrifié, la repousse.
Pour se venger, Phèdre accuse Hippolyte devant son père Thésée en disant
qu‘Hippolyte l‘aime. C‘est une calomnie. Thésée chasse son fils qui se tue. Mais
Phèdre, prise de remords, se tue à son tour.
Dans cette tragédie, Racine montre combien la passion de l‘amour est dangereuse.
Phèdre n‘est ―ni tout à fait coupable, ni tout à fait innocente‖. C‘est
le Destin qui a voulu cet amour incestueux; mais Phèdre n‘a pas eu la volonté
suffisante pour triompher de sa passion.
Après cette pièce Racine quitte la théâtre. D‘une part, il est découragé : ses
ennemis critiquent ses tragédies. D‘autre part, il revient à la religion chrétienne
qu‘il semblait avoir quelque peu oubliée. Il se marie et occupe une charge à la
Cour de Louis XIV. Dix ans plus tard il revient à la scène avec deux tragédies
chrétiennes.
Esther (1689)
Le sujet est inspiré de la Bible. Pour la première fois Racine introduit des choeurs
qui commentent l‘action en chantant. Dans la tragédie classique grecque, le choeur
avait un rôle important.
Athalie (1691)
Le sujet est tiré de la Bible. Athalie est une reine païenne qui a usurpé le trône du
roi de Jérusalem en faisant massacrer tous les enfants de ce roi. Mais l‘un d‘eux,
Héliacin, a été sauvé par le grand prêtre du temple. Athalie ne le sait pas. Bientôt
elle a un songe étrange et elle apprend l‘existence de cet enfant, héritier légitime du
trône. Athalie veut le faire tuer; mais le le grand prêtre proclame Héliacin vrai roi
de Jérusalem, et Athalie est massacrée par les soldats. Quoique invisible, Dieu est
le personnage central de cette tragédie.
L‘analyse psychologique est très juste et la poésie admirable. Voltaire, qui pourtant
n‘aimait pas la religion, considérait Athalie comme la plus belle tragédie de
Racine.
L’ART DE RACINE
Quel est le but de Racine?
Corneille voulait susciter l‘admiration pour ses héros; Racine veut provoquer la
pitié en montrant les faiblesses de l‘homme, constamment dominé par ses passions.
La plus dangereuse des passions est l‘amour, qui peut conduire au crime.
Les personnages raciniens, quoique faibles et coupables, ne sont pas des êtres vils.
Le spectateur a de la sympathie pour eux. Aussi, a-t-on reproché au théâtre de
Racine d‘être immoral, de montrer les passions humaines sous un jour favorable.
En fait, le théâtre de Racine est aussi moral que celui de Corneille mais par une
voie différente. Corneille soulève l‘enthousiasme et fait aimer les sentiments
nobles: après avoir vu une tragédie de Corneille le spectateur désire imiter les
héros cornéliens. Racine, au contraire, provoque la pitié en montrant les
conséquences criminelles des passions : après avoir vu une tragédie de Racine, le
spectateur plaint les personnages raciniens et n‘est pas porté à imiter leurs
faiblesses.
Au total, Corneille et Racine poursuivent le même but en utilisant des moyens
différents : ils veulent émouvoir le spectateur par la peinture vraisemblable des
passions humaines, et, par là, l‘inciter à suivre dans sa vie les conseils de la raison
et de la morale chrétienne. C‘est la conception classique de l‘homme.
LA PERFECTION CLASSIQUE
Racine est un véritable classique qui se plie sans difficultés aux règles de l‘École,
de cependant évite toujours l‘artificiel pour atteindre le Vrai et le Beau.
Il puise son inspiration chez les Anciens, grecs et latins;
Il donne fréquemment à ses personnages, qui sont Païens, un comportement
chrétien, comme le veut l‘idéal classique;
Il obéit rigoureusement à la règle des trios unités : l‘intrigue est toujours simple
(unité d‘action); les événements extérieurs sont peu nombreux et surviennent dans
un lieu unique, généralement un palais (unité de lieu); la tragédie se déroule en
quelques heures (unité de temps);
Il concentre son étude sur le coeur humain. Une tragédie est une ―crise
psychologique‖ : Andromaque, représentée en 1667, est la première tragédie
classique centrée uniquement sur la lutte des passions.
Il fait toujours une analyse psychologique très nuancée, et donc vraisemblable; ses
personnages ont des vertus mais aussi des faiblesses; en cela ils ressemblent à tous
les hommes. Racine, a-t-on écrit, ―peint les hommes tells qu‘ils sont‖.
Enfin la poésie de Racine, toujours noble, équilibrée, variée, représente la
perfection du style classique. C‘est un style juste, et tout à la fois imagé et musical
: il est clair et vivant dans les dialogues; solide dans les raisonnement et dans les
monologues; évocateur dans les récits, où Racine sait, en quelques vers, donner
une description colorée et tragédie (par exemple, la destruction de la ville de Troie
dans Andromaque III-8; le songe d‘Athalie, Athalie II-5); c‘est un style surtout
musical, grâce au rythme et à l‘harmonie des vers, à l‘emploi de syllables et de
voyelles ouvertes. Ainsi :
―Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?‖
(Andromaque V., 5)
―Ariane, ma soeur, de quell amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée.‖
(Phèdre I, 3)
Depuis le 17ème siècle Racine n‘a pas cessé d‘être joué devant tous les publics.
Ses tragédies connaissent toujours le même succès. C‘est la preuve qu‘il a donné
une peinture exacte de la nature humaine.
MOLIÈRE
Molière, qui de son vrai nom s‘appelait Jean-Baptiste Poquelin, a mené la vie
aventureuse et agitée d‘un artiste, à la fois auteur et acteur de théâtre.
Il est né à Paris. Il a fait de bonnes études classiques (grec et latin) et commença
l‘étude du Droit. Puis il se tourna vers le théâtre et se fit acteur dans une troupe de
comédiens appelée “L’Illustre Théâtre”.
Pendant plus de dix ans Molière parcourt la France. Il apprend ainsi à connaître le
peuple : il observe les moeurs et les coutumes, il écoute parler les gens du peuple et
de la classe moyenne (paysans, commerçants, fonctionnaires,
médecins, avocats, …). En même temps, il compose des comédies qu‘il fait jouer
par la troupe dont il est le directeur.
Finalement il revient à Paris et devient l‘auteur comique préféré du roi Louis XIV,
qui lui commande des pièces et des ballets pour les nombreuses fêtes données à la
cour. C‘est Durant cette période qui Molière, qui a acquis beaucoup d‘expérience
et qui connaît bien son métier, écrit ses plus grandes comédies.
En 1673, Molière meurt sur scène en jouant la comédie du ―Malade Imaginaire‖.
Le génie de Molière
Molière est non seulement le plus grand auteur comique de la France, mais aussi
un génie universel dont l‘art est apprécié dans tous les pays du monde. On a
souvent tenté de l‘imiter sans y réussir.
Il n‘est pas aisé de définir le génie de cet artiste. On peut toutefois discerner les
raisons pour lesquelles son théâtre est goûté par tous les publics.
Son théâtre n‘est pas aristocratique. Tout le monde, y compris les gens peu
instruits, peut l‘apprécier. Dans sa vie, en effet, Molière a fréquenté les gens du
peuple, il connaît donc bien leur psychologie. Aussi ses comédies sont-elles
toujours vraisemblables.
Par ailleurs, le but de la comédie est de faire rire en montrant les défauts et les
ridicules de l‘homme. Or on voit plus facilement les imperfections d‘un individu
que ses qualités : le ridicule ―sauté aux yeux‖. L‘art comique, et Molière y
excelle, consiste à le mettre en relief sans tomber toutefois dans la caricature.
Enfin Molière ne puise pas ses sujets chez les Anciens, mais dans l‘actualité, en
observant les gens qui l‘entourent. Son comique porte d‘autant mieux qu‘il vise des
individus dont les moeurs sont, tout compte fait, assez proches des nôtres. En tout
cas leurs défauts sont ceux de n‘importe quel homme vivant dans une société
donnée.
Ainsi le théâtre de Molière est plus simple et plus direct que celui de Corneille et
de Racine. En lisant ou en voyant jouer une tragédie, on demeure spectateur; mais
en voyant une comédie on y participe, on se fait acteur, car la comédie présente des
personnages ordinaries, qui ont des défauts et qui font rire.
Grand auteur comique, Molière est aussi un classique parce que, à travers ses
personnages, il peint l‘homme en général : l‘avarice, l‘hypocrisie, l‘orgueil, sont
des vices communs à tous les hommes. Les meilleures comédies de Molière sont
encore des comédies psychologiques.
LES COMÉDIES DE MOLÈRE
Molière a composé un grand nombre de comédies, mais elles n‘ont pas toutes la
même valeur. On peut les classer en trios catégories.
Auteur attitré de la cour royale, Molière doit fournir des ballets et des
divertissements à l‘occasion des fêtes données par le roi. Il écrit donc rapidement,
et sans avoir toujours l‘inspiration. Ses comédies ne sont alors que de simples
pièces agrémentées de musique et de danse, dont le but est de distraire le
spectateur; ainsi : ―Les Amants Magnifiques‖, ―Le Mariage Forcé‖, ou ―Le
Sicilien‖, etc. …
Directeur de troupe, Molière doit assurer du travail à ses comédiens et gagner de
l‘argent. Il est donc constraint de composer beaucoup de comédies populaires
amusantes qui attirent la foule. Ainsi : ―Les Fourberies de Scapin‖, ―Le Malade
Imaginaire‖, ―Le Bourgeois Gentilhomme‖, … Dans ces comédies, la force
comique vient non pas de la vérité psychologique des caractères, mais de moyens
extérieurs et divers, tels que situations drôles, langage vulgaire, costumes bizarres
et coups de bâton ou soufflets.
Génie authentique, Molière compose des comédies qui sont des chefs-d‘oeuvre. En
dépit des différences de civilisation, de culture, de race et de langue, ces comédies
obtiennent toujours le même succès partout où elles sont jouées : c‘est que Molière
réussit ici non seulement à amuser le public mais
encore à peindre l‘homme. Parmi ces comédies, certaines sont des comédies de
moeurs où Molière stigmatise les défauts propres à son époque : dans ―Les
Précieuses Ridicules‖ il se moque des femmes du 17ème siècle qui parlent un
langage affecté et se comportent d‘une façon qui n‘est pas naturelle. Dans ―Les
Femmes Savantes‖, il ridiculise les femmes qui, au lieu de remplir leur devoir et
leur rôle de femmes, ne veulent étudier que les sciences et paraître intelligentes.
Les plus grandes comédies sont cependant des comédies psychologiques ou
comédies ―de caractère‖. Ce sont essentiellement : ―Tartuffe‖, ―Dom Juan‖,
―Le Misanthrope‖, ―L‘Avare‖.
Dom Juan (1665)
C‘est un personnage très connu dans la littérature européenne. C‘est le type de
l‘homme cynique, riche, fier, impie et séducteur. Dans cette pièce Molière raconte
plusieurs aventures de Dom Juan qui se terminent mal. C‘est à la fois une farce,
une comédie psychologique et parfois une tragédie. Le caractère de Dom Juan est
très complexe.
Le Misanthrope (1666)
Alceste est un homme vertueux et franc. Il a un défaut : celui de dire toujours la
vérité à tout le monde. De ce fait il a de nombreux ennemis : le poète Oronte,
auquel il déclare en public que ses poésie n‘ont aucune valeur; Célimène, une
jeune femme qu‘il aime mais à qui il reproche sans cesse sa coquetterie; des
marquis et des hommes du monde auxquels il reproche d‘être superficiels, flatteurs
et hypocrites. Finalement Alceste, qui hait la société, partira vivre dans un désert.
Dans cette comédie Molière se moque des hommes qui, trop francs, ne savant pas
vivre en société. Alceste est malheureux à cause de sa trop grande vertu, poussée
jusqu‘à l‘exagération.
Or toute exagération est ridicule. C‘est pourquoi Alceste apparaît à la fois
symphatique et comique. Mais les personnages qui l‘entourent sont encore plus
ridicules qui lui.
L’Avare (1668)
Harpagon est un bourgeois riche mais avare. Son avarice est effrayante et ridicule :
il a des serviteurs, mais ils sont mal habillés; il a une calèche et des chevaux, mais
qui sont terriblement maigres; il reçoit invites et amis, mais il surveille lui-même la
composition des plats et économise les bougies; il refuse de donner de l‘argent à
ses enfants et veut les marier contre leur gré, et ses enfants le haïssent; Harpagon,
enfin, est amoureux mais les femmes, qui connaissent son avarice, se moquent de
lui.
Finalement un domestique lui vole sa cassette et Harpagon devient presque fou.
L‘avarice, défaut ridicule, conduit ainsi aux pires excès et à la tragédie.
Tartuffe (1669)
Dans cette comédie Molière étudie une question délicate, la place de la religion
dans la vie sociale.
Orgon est un homme qui croit sincèrement à sa religion et qui pense que tout le
monde est aussi sincère que lui. Or Tartuffe est un individu hypocrite qui trompe
Orgon en faisant semblant d‘être sincère et vertueux. Il se fait l‘ami d‘Orgon,
s‘introduit ainsi dans sa maison, courtise sa femme, essaie en même temps
d‘épouser sa fille afin d‘obtenir la dot (dowry).
Ainsi Orgon bourgeois honnête et pieux, nous apparaît ridicule parce qu‘il est sot
et se laisse berner par Tartuffe. Cependant celui-ci sera découvert et finalement
puni. Molière se moque donc ici des sots et des hypocrites. Mais comme cette
comédie vise la religion chrétienne, le roi Louis XIV en interdit la représentation
pendant plusieurs années.
Les Femmes Savantes (1672)
Molière attaque les femmes qui se prétendent instruites et savants, qui passent leur
temps dans les livres, et qui negligent de ce fait leur foyer. Ainsi Philaminte est une
femme qui est à la fois mauvaise épouse et mauvaise mère : elle délaisse son mari
pour faire de la poésie, et veut marier de force sa fille avec un poète sans talent
mais flatteur.
Molière estime qu‘une femme doit être instruite et cultivée, mais qu‘elle ne doit
pas sacrifier sa famille aux études.
L’ART DE MOLIÈRE
Le but de Molière est de faire rire (c‘est la définition même de la comédie) et en
même temps de peindre un caractère, tel que l‘avare, l‘hypocrite, le cynique, le
vaniteux.
À cet effet, Molière utilise tous les procédés comiques possibles, les uns vulgaires,
les autres plus raffinés : poursuites, coups de bâton, bousculades, costumes
grotesques; langage raffiné et artificiel, ou au contraire langage populaire et argot;
situations comiques, recontres inattendues; exagération des réactions et des
sentiments. Toute vertu devient ridicule quand elle est exagérée. En somme
Molière utilise tous les moyens qui lui permettent de mettre sur scène un
personnage ridicule qui fera rire le spectateur.
Molière est-il un écrivain classique? Par certains aspects, il s‘éloigne de la doctrine
classique. Ses comédies sont écrites soit en vers soit en prose; le nombre d‘actes
n‘est pas fixe. Sa langue n‘est pas noble ni musicale : on y trouve des mots
vulgaires. C‘est une langue parlée. Et sa poésie est souvent lourde. La construction
de ses comédies n‘est pas toujours sans défaut; il n‘y a pas de règle des trios unités
comme dans la tragédie. Enfin Molière ne cherche pas à imiter les Anciens. Par là
Molière n‘est pas un classique. Mais il faut se rappeler que le but de la comédie est
tout différent de celui de la tragédie. Ce sont deux genres bien distincts qui ont
chacun leurs règles particulières. Dans la comédie il est une règle fondamentale,
c‘est de faire rire en présentant un personnage bien vivant, ―en chair et en os‖.
Tout le reste est secondaire.
Ceci dit, il faut bien reconnaître qu‘en fait Molière est un très grand écrivain
classique. Classique veut dire universel. Or les personnages des comédies de
Molière sont universels, ce sont des types : Harpagon n‘est pas un avare
quelconque, c‘est véritablement le type même de l‘avare, car il réunit en lui les
traits essentiels et éternels de l‘avare. Et pareillement pour les autres
personnages. D‘ailleurs si depuis trios siècles Molière fait rire tous les publics du
monde, c‘est bien la preuve qu‘il a su saisir, et représenter d‘une façon
vraisemblable, les défauts et les vices de la nature humaine.
Voir un homme ridicule est toujours amusant, mais c‘est aussi triste parfois. C‘est
pourquoi certains passages des grandes comédies de Molière frôlent la tragédie, et
font
―Que lorsqu‘on vient d‘en rire, il faudrait en pleurer‖.
(A. de Musset)

Molière est-il un écrivain moral? On a souvent dit, notamment J.J. Rousseau, que
Molière est un écrivain immoral parce que parfois il ridiculise la religion, la
famille, la vertu. En fait, Molière ridiculise tout ce qui est exagéré, donc faux et
anti-naturel. La morale de Molière, c‘est ―le bon sens‖. Molière n‘est pas un
mystique, ni un moraliste, c‘est un homme raisonnable. Il a la sagesse pratique des
gens ordinaries, qui respectent la vertu, mais évitent les excès en toutes choses.
Dans les comédies de Molière, ce sont les domestiques, gens simples mais
honnêtes, qui expriment la pensée de l‘auteur.
LA FONTAINE (1621-1695)
Jean de la Fontaine a passé la moitié de sa vie à la campagne. Il aimait la nature et
observait la vie et les moeurs des animaux. À l‘âge de 50 ans il vient à Paris,
fréquente la haute société et devient l‘ami intime de Racine, de Molière et de
Boileau. À leur contact il s‘intéresse à la littérature et se décide lui aussi à écrite.
Son oeuvre comprend en deux series d‘ouvrages : les ―Contes‖, récits en prose,
élégants et spirituels, mais qui ignorant trop souvent la décence et la morale; les
―Fables‖, qui ont rendu La Fontaine célèbre, et dont la richesse et l‘originalité
sont appréciées aussi bien par les enfants que par les grandes personnes.
Le génie de La Fontaine
La fable est un genre littéraire très ancien qu‘on trouve dans la littérature sanscrite,
dans la littérature latine (Phèdre, et, aussi bien, dans toutes les littératures, arabe,
persane ou chinoise.
Le but de la fable est de prouver une vérité. C‘est donc une histoire morale. Le
génie de La Fontaine consiste en ce qu‘il a transformé le récit, traditionnellement
banal, en un petit drame avec un décor, des personnages et un dialogue. Ainsi la
fable, au lieu d‘être, comme chez les autres auteurs, un monologue plus ou moins
habile, devient un théâtre vivant. La Fontaine a dit lui-même que ses fables
forment ―une comédie aux cent actes divers‖.
Chacune de ses fables se développe en effet selon un scénario bien construit. Quel
est donc le plan d‘une fable de La Fontaine? Que les fables soient courtes ou
longues, le plan suit toujours la même ligne. Il se décompose en trios temps :
L’exposition, tout d’abord;
Le fabuliste plante le décor de l‘histoire qu‘il va narrer. Il le fait très rapidement,
en deux ou trios vers :
―Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où
Le héron au long bec, emmanché d‘un long cou.
Il côtoyait une rivière.‖
Ensuite le récit;
C‘est l‘essentiel de la fable. Les personnages agissent et parlent, chacun selon leur
caractère : le loup en animal cruel et glouton, le renard ruse, la fourmi travailleuse
et égoïste, la cigale brave mais insouciante. Les personnages sont en effet presque
toujours des animaux, plus rarement des hommes ou des choses personnitiées. Ce
récit est toujours vivant et varié, car La Fontaine sait décrire le personnage en
mettant l‘accent sur le trait caractéristique. Ainsi la fourmi, égoïste, parle d‘une
manière sèche et dure; le pigeon amoureux, s‘exprime dans une langue douce et
caressante; le lion, roi des animaux, a le ton assuré qui
convient aux hommes puissants et forts. Tout au long du récit le style renforce la
vraisemblance et le naturel des caractères.
Enfin, la morale;
Le récit se termine toujours par une réflexion morale, exprimée ou seulement
impliquée. C‘est une morale simple et pratique. La Fontaine ne prêche pas le
sacrifice, ni l‘héroïsme, il constate seulement la réalité. Il nous montre la vie telle
qu‘elle est et nous laisse le soin d‘en tirer la conclusion. Bien des vers de La
Fontaine sont devenus des proverbes :
―On a souvent besoin d‘un plus petit que soi.‖
(Le Lion et le Rat)
―En toute chose il faut considérer la fin.‖
(Le Renard et le Loup)
―Rien ne sert de courir, il faut partir à temps.‖
(Le Lièvre et la Tortue)
La morale de La Fontaine est proche de celle de Molière.
Très grand poète, La Fontaine écrit dans un style simple, parfois naïf, mais qui
suppose une parfaite maîtrise de la langue. Il connaît tous les rythmes et toutes les
ressources de le versification.
Avec lui, les animaux se comportent comme les hommes dans la société.
L‘ensemble de ses fables constitue une étude très complète de la psychologie de
l‘homme, tant des vertus que des défauts. Et c‘est en quoi La Fontaine est un
Classique.
BOILEAU (1636-1711)
Boileau est un parisien. Fils d‘une famillle modeste, il fait de solides études
classiques, fréquente quelque temps le barreau, puis, après ses premiers succès
littéraires, se lance hardiment dans la littérature.
Quel a été son rôle dans le groupe des ―quatre amis‖? Ce fut d‘exposer les règles
de la doctrine classique, qu‘il a lui-même codifiées, de les défendre ensuite contre
les écrivains qui ne les respectent pas ou les attaquaient.
LES OEUVRES DE BOILEAU
Boileau est un poète ou plutôt un versificateur. Il manque d‘inspiration, de souffle,
et de talent poétique proprement dit. Cependant toutes ses oeuvres sont écrites en
vers. Il y a :
les ― Satires‖, où Boileau attaque avec force les poètes de son époque qu‘il juge
mauvais, tels Chapelain, Chaulieu ou Cotin.
les ―Epîtres‖, ou lettres en vers adressées à divers personnages et traitant de sujets
variés, littéraires et moraux.
le ―Lutrin‖, poème à la fois épique et burlesque où Boileau fait preuve d‘invention
poétique.
―L‘Art Poétique‖ enfin, publié en 1674. C‘est l‘ouvrage principal. Dans ce long
poème, Boileau formule les règles générales de la poésie, puis les règles
particulières propres à chaque genre littéraire (sonnet, ode, satire, épopée, tragédie,
comédie, etc…). Il termine en donnant au poète des conseils moraux qu‘il estime
aussi nécessaires que les conseils littéraires; à l‘écrivain, Boileau recommande
avant tout le travail et la vertu, car, dit-il,
―Le vers se sent toujours des bassesses du coeur.‖
L‘Art Poétique, c‘est le code du classicisme.
QUEL EST L’IDÉAL CLASSIQUE SELON BOILEAU?
Boileau a des idées très précises sur la nature de l‘art classique. Les principales
sont les suivantes :
- l‘art classique doit être centré uniquement sur l‘étude de la nature humaine;
- il doit être guidé par la raison seule, car la sensibilité et l‘imagination empêchent
trop souvent le poète d‘atteindre le Vrai.

―Aimez donc la raison; que toujours vos écrits


Empruntent d‘elle seule et leur lustre et leur prix.‖
- il doit se fonder sur l‘imitation intelligente des Anciens, car ceux-ci avaient une
très bonne connaissance de la nature humaine;
- il doit être soumis à une discipline stricte : chaque genre littéraire a ses propres
règles, c‘est-à-dire des limites que l‘écrivain est tenu de respecter absolument;
- il est le fruit d‘un travail incessant, car l‘écrivain doit beaucoup travailler s‘il veut
écrire dans les règles :

―Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.


Polissez-le sans cesse et le repolissez;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.‖
- il doit enfin respecter l‘idéal religieux chrétien, c‘est-à-dire être toujours moral.

L’INFLUENCE DE BOILEAU
Elle a été très forte au 17ème siècle. Grâce à lui, l‘École de 1660 a triomphé de
tous ses ennemis. En Boileau, Racine, La Fontaine et Molière ont trouvé un
conseiller avisé et un défenseur courageux, et même violent.
Boileau n‘est pas un ―créateur‖ comme ses trios autres amis; son génie c‘est la
critique littéraire. En quelques vers, il peut condamner définitivement un écrivain
et le déconsidérer tant devant la cour du Roi qui fait les grandes réputations, que
devant l‘opinion littéraire de l‘époque. Aussi les écrivains sont-ils sensibles aux
jugements de Boileau : ils le craignent et le respectent.
Vers la fin du 17ème siècle, l‘influence de Boileau sera mons nette, car une
tendance moderne apparaîtra. Mais Boileau restera l‘exemple du parfait
―Classique‖.
LA PROSE AU 17ème SIÈCLE
Si le génie classique s‘est manifesté essentiellement au théâtre et dans la poésie, il
ne faut pas croire que la prose a été négligée. Il existe au 17ème siècle plusieurs
excellents prosateurs.
La doctrine classique pénètre d‘ailleurs la prose. Les prosateurs visent, eux aussi,
au Vrai et au Beau. La langue s‘épure et se fixe : on bannit les mots vulgaires, les
expressions trop communes, les néologismes trop audacieux; le style se fait plus
savant et plus ample; on recherché le ton solennel qui convient à la dignité et à la
vérité. Car les prosateurs du 17ème siècle n‘ont de goût et de passion que pour
l‘analyse du coeur humain déceler les mobiles qui pousser l‘homme à agir, étudier
son comportement, mettre à nu ses vertus et ses vices, telle est leur préoccupation.
En bref, comme les dramaturges, les prosateurs veulent, chacun dans leur domaine,
peindre l‘Homme et non pas se peindre eux-mêmes.
Mais dans la prose comme au théâtre on discerne une évolution : une première
période où l‘influence de la préciosité est sensible; une seconde période qui
correspond à l‘apogée de la doctrine classique; et une derrière période où
apparaissent des préoccupations nouvelles.
L‘éloquence est un genre très cultivé au 17ème siècle. Toutefois ce n‘est pas le
seul. Parmi les auteurs les plus intéressants, il faut relever le nom de ceux dont la
renommée ne s‘est jamais démentie.
LES ORATEURS
L‘art oratoire est à l‘honneur à cette époque. Le mode de vie favorise en effet le
développement de ce genre littéraire ; à la cour de Versailles, le roi Louis XIV et
ses courtisans écoutent régulièrement les sermons que prononcent, à l‘occasion des
fêtes religieuses et des grands événements, les prédicateurs catholiques.
Le plus célèbre de ces prédicateurs est Bossuet. Né à Dijon, il fut ordonné prêtre et,
plus tard, devint évêque (bishop). Pendant plus de dix ans il est le
prédicateur officiel à la cour où il occupe aussi la charge de précepteur du Dauphin
(crown-prince). Outre ses ―Sermons‖ et ―Oraisons Funèbres‖, il compose deux
ouvrages d‘histoire où il veut montrer que tous les événements heureux ou
malheureux s‘expliquent par la volonté de Dieu.
Bossuet est un prêtre; aussi, dans ses sermons cherche-t-il à faire réfléchir ses
auditeurs sur le sens de la vie et sur le destin qui attend l‘homme après sa mort.
Pour cela il fait appel à l‘enseignement de l‘Eglise catholique, et aussi à la raison.
Il le fait dans une langue claire, riche et directe : pas de préciosité, pas
d‘académisme, pas de style politique. Sa pensée, toute empreinte des leçons du
christianisme, est toujours sérieuse mais aussi passionnée : c‘est qu‘il veut
persuader, convaincre son auditoire et, comme tous les grands orateurs, il
s‘échauffe et s‘emporte. Ses sermons ne sont donc pas monotones ni ennuyeux,
mais au contraire toujours simples et vivants.
Bossuet aime le style solennel; il fait de longues phrases bien construites et
rythmées, dont le mouvement suit le développement de la pensée. C‘est ce qu‘on
appelle des ―périodes‖. Rigueur de la pensée, solidité du raisonnement, pureté du
style, c‘est toujours le classicisme.
À côté de Bossuet, qui est l‘un des plus grands prosateurs de la France, d‘autres
orateurs, prêtres également, se sont illustrés au 17ème siècle. Parmi eux citons :
Bourdaloue, Massillon et Fléchier.
LES ROMANCIERS
Le roman était en vogue dans la première moitié du 17ème siècle. Mais il s‘agissait
de romans ―précieux‖, qui sont aujourd‘hui illisibles, parce que les personnages
sont conventionnels, les sentiments exagérés, la psychologie fausse et le style trop
raffiné et trop pédant. Ce genre connut cependant un grand succès dans la société
de l‘époque. Deux auteurs étaient particulièrement célèbres : Mademoiselle de
Scudéry pour ses romans ―Le Grand Cyrus‖ et ―Clélie‖, et Honoré d’Urfé pour
son roman galant ―L‘Astrée‖.
En fait il n’y a qu’un seul bon roman au 17ème siècle. C’est un roman
purement psychologique intitulé “La Princesse de Clèves”. L’auteur en est
une femme, Madame de Lafayette. Écrit dans un style dépouillé, centré sur
l’étude de caractères, c’est une oeuvre classique et le premier roman français
authentique. Dans les siècles suivants, de nombreux romanciers se réclameront de
cette esthétique.
LES ÉCRIVAINS PERSONNELS
Sous ce titre on peut regrouper quelques écrivains qui échappent à toute
classification. Eux aussi, bien sûr, ont ce goût de l‘analyse psychologique et de
l‘équilibre, du raisonnable, qui est la marque du classicisme. Cependant leur
personnalité, leur tempérament et leurs sentiments apparaissent avec netteté dans
leurs ouvrages. Classiques par formation, ils s‘intéressent à l‘Homme mais aussi à
eux-mêmes.
- Les Mémorialistes
Un mémorialiste est un écrivain qui écrit des ―Mémoires‖, c‘est-à-dire qui note
ses observations et ses souvenirs en vue de les publier. Si l‘auteur a une forte
personnalité et un esprit d‘observation aigu, ses ―Mémoires‖ peuvent être
intéressants tant au point de vue historique et sociologique que littéraire. Les
mémoires du Cardinal de Retz, décédé en 1679, nous renseignent sur les moeurs de
la société de son époque. Ceux du Duc de Saint-Simon (1675-1755), écrits dans un
style très vivant, nous instruisent sur ce qui se passait à la cour du roi Louis XIV.
En faisant le portrait critique des personnages qu‘il a fréquentés à la cour, Saint-
Simon fait une étude psychologique magistrale.
- Les épistoliers : Madame de Sévigné (1626-1696)
C‘est une femme de la société aristocratique. Veuve à l‘âge de 25 ans, elle se met à
écrire presque quotidiennement à sa fille qui est mariée et habite loin d‘elle, dans le
Sud de la France. À cette époque la lettre est le seul moyen de communication;
l‘art épistolaire est donc très développé et très apprécié dans
la bonne société : les lettres sont lues et commentées en public, comme aujourd‘hui
les journaux.
Madame de Sévigné écrit beaucoup (on a dix volumes de Lettres) et sur les sujets
les plus varié. Elle raconte à sa fille tout ce qui se passe et se dit autour d‘elle, à la
cour et chez ses amis; tout ce qu‘elle fait aussi; et comme elle va souvent à la
campagne dans ses propriétés et qu‘elle aime la nature, elle décrit ce qu‘elle y voit.
Madame de Sévigné est presque le seul écrivain du 17ème siècle à parler de la
nature. Rousseau dira qu‘‖elle a mis du vert dans la littérature‖. Elle dit tout ce
qu‘elle pense, tout ce qu‘elle sent, tout ce qu‘elle aime ou n‘aime pas.
Son style est familier, léger, mais toujours pur et brilliant. Madame de Sévigné est
l‘exemple caractéristique de la femme cultivée du 17ème siècle, qui a du talent, qui
aime les arts, et qui subit l‘influence classique.
- Les Moralistes : La Rochefoucauld (1613-1680)
La Rochefoucauld est l‘auteur célèbre des ―Maximes‖, ou pensées exprimées en
phrases brèves et impersonnelles. C‘est un aristocrate déçu par la vie et donc
pessimiste.
Dans ses Maximes il prétend donner de la nature humaine une peinture exacte. Il
pense que toutes les actions, bonnes ou mauvaises, sont dictées par l‘intérêt; ce qui
pousse l‘homme à agir, ce n‘est jamais la bonté ou la générosité, c‘est toujours
l‘égoïsme. Les vertus, écrit-il, se perdent dans l‘intérêt comme les fleuves dans la
mer. L‘amertume de l‘auteur explique sa vision pessimiste de l‘homme.
Par son style concis, tendu, La Rochefoucauld annonce une nouvelle manière
d‘écrire, celle des écrivains du 18ème siècle.
Mais deux autres prosateurs, La Bruyère et Fénelon, annoncent par leurs idées
une nouvelle manière de penser. C‘est la fin de l‘époque classique

LA FIN DU 17ème SIÈCLE


Vers 1690 la monarchie absolue de Louis XIV laisse apparaître des fissures. La
cour est toujours très brillante et les arts florissants, mais des idées nouvelles
commencent à se répandre. Elles visent aussi bien le régime politique et social que
la mode littéraire et la doctrine classique : on suggère des réformes tant en
politique qu‘en littérature.
Les deux écrivains importants qui critiquent cet état de choses sont La Bruyère et
Fénelon.
LA BRUYÈRE (1645-1696)
Il est né et a vécu à Paris, à l‘écart de la Cour ou du moins sans se mêler aux
courtisans. Indépendant et solitaire, il observe les hommes et les moeurs de son
temps.
En 1688, il publie un livre intitulé ―Les Caractères‖. Ce sont, sous forme de
tableaux et de récits assez brefs, des réflexions sur le comportement de l‘homme en
société, et particulièrement dans la société du 17ème siècle.
La technique de La Bruyère, c‘est le portrait : en quelques lignes il décrit le
comportement de l‘homme vaniteux, du distrait, du gourmand, du flatteur, de
l‘hypocrite. Les personnages qu‘il peint sont des hommes que La Bruyère a
probablement rencontrés au cours de sa vie; à chacun d‘eux il a emprunté quelques
traits pour finalement créer comme Molière dans ses comédies, un ―type‖. Ainsi,
par exemple, Grathon n‘est pas seulement le portrait d‘un homme particulièrement
gourmand que l‘auteur a observé au cours d‘un banquer, mais c‘est véritablement
―le‖ gourmand. La peinture est si vraisemblable que ces portraits, puisés dans les
modèles qu‘offrait la société du 17ème siècle, restent valables pour tous les
hommes. En cela, La Bruyère est un classique.
Mais La Bruyère décrit d‘autre part ce qu‘il voit à son époque. Et il voit que la
justice est souvent corrompue, que les financiers gaspillent l‘argent du pays, que le
clergé ne pratique pas toujours le christianisme qu‘il prêche, que les
paysans sont très malheureux, que les riches ont toujours raison et les pauvres
toujours tort.
Cet état de choses déplorable, La Bruyère l‘explique en partie par les imperfections
de la nature humaine : les hommes sont dominés par leurs passions. Mais il laisse
aussi entendre, tout en décernant des éloges au roi, que certains abus pourraient
être corrigés. Et il compte bien que le roi est assez fort et assez bon pour le faire.
La prose de La Bruyère n‘est plus celle de Bossuet. Sa phrase est courte, incisive,
alerte. Au siècle suivant, Voltaire écrira comme lui. Par ailleurs, La Bruyère
critique la société de son temps. C‘est là un element nouveau qui annonce la
critique plus violente des philosophes du 18ème siècle.
FÉNELON (1651-1715)
Fénelon appartient à une famille aristocratique. Comme Bossuet, il fut prêtre,
précepteur d‘un duc, et évêque. Il a composé un grand nombre d‘ouvrages
théologiques, philosophiques et didactiques. Le plus connu et le plus important est
―Les Aventures de Télémaque‖, roman que fut publié en 1699. C‘est un livre à
but éducatif, mais c‘est aussi un pamphlet politique critiquant la monarchie absolue
de Louis XIV. Fénelon fut d‘ailleurs renvoyé de la cour après la publication de cet
ouvrage.
Fénelon est riche d‘idées nouvelles, et, non content de critiquer ce qu‘il estime
mauvais ou insuffisant, il propose ou esquisse des solutions. Esprit libéral, il fait
confiance en la nature humaine; ses idées pédagogiques par exemple, prennent le
contre-pied des idées reçues il est persuadé, contre les Jansénistes, que le fond de
la nature humaine est bon; par là il annonce les théories de Rousseau. Il est
favorable à l‘instruction des jeunes filles. En politique, il est partisan évidemment
de la monarchie, mais il s‘élève contre l‘absolutisme royal. Il met son élève (c‘était
le petit fils de Louis XIV) et garde contre les tentations de la puissance et de la
force. En littérature, il critique la sécheresse de la doctrine classique, la rigidité des
règles, la trop grande place
occupée par la raison au détriment de la sensibilité et de l‘imagination. Lui-même,
qui a reçu la formation d‘un honnête homme, écrit comme un classique cependant
par sa sensibilité et sa nonchalance, donne un ton nouveau : la raison cède le pas au
coeur.
Ainsi, dans la dernière période du 17ème siècle, La Bruyère et Fénelon réagissent
contre la doctrine classique et contre les idées dominantes de leur époque. C‘est un
signe de la transformation des esprits. On s‘achemine progrèsivement vers les
théories du 18ème siècle.
IDEES GENERALES SUR LE 17ème SIECLE
Le 17ème siècle français peut être divisé en trios périodes inégales.
Une période d‘évolution et de préparation à l‘idéal classique (1600-1660) : d‘une
façon générale, on reste fidèle à l‘idéal de liberté et d‘individualisme de la
Renaissance. Toutefois des influences nouvelles se font sentir avec les Salons, le
cartésianisme, et la renaissance du sentiment religieux. Cette effervescence
aboutira à un esprit nouveau, le Classicisme. Un écrivain de théâtre domine de très
haut la littérature de ce demi-siècle : Pierre Corneille.
La période de l‘École Classique (1660-1680) : c‘est l‘époque des chefs-d‘oeuvres
dramatiques et de la rencontre heureuse de plusieurs très grands écrivains, dont le
fameux groupe des quatre amis : Racine, Molière, La Fontaine et Boileau.
La période de transformation de l‘idéal classique (après 1680) : les dernières
années du 17ème siècle montrent une évolution des idées. Apparemment la société
politique et le monde littéraire sont inchangés, mais apparaissent des écrivains qui,
quoique toujours fidèles au génie classique, apportent dans leurs oeuvres des
préoccupations et un style neufs.
Le Classicisme représente le courant principal du 17ème siècle. Cependant, même
aux plus beaux jours de l‘école classique, il y a eu des écrivains secondaires qui ne
se sont pas pliés aux règles de l‘École. Une étude détaillée de littérature de ce
siècle révèlerait la persistance de certains courants antérieurs.
Le Classicisme se manifeste non seulement en littérature mais dans tous les arts,
notamment en architecture et en peinture. La grandeur du siècle du ―Roi Soleil‖
éclate dans les majestueux palais royaux aux proportions équilibrées et aux lignes
solennelles, tels le château de Versaillles, le palais du Louvre, le Palais-Royal; elle
éclate aussi dans les splendides ―jardins français‖ au tracé régulier et aux
perspectives très larges.
En peinture, c‘est le plein épanouissement de la peinture française. Les peintres
s‘inspirent volontiers des événements de l‘histoire de l‘Antiquité; leurs toiles sont
savamment composées et les couleurs énergiques. Ici encore c‘est le triomphe de
l‘ordre, du solennel et du beau. Le maître de la peinture classique française est
Nicolas Poussin. Avec lui, il faut citer un admirable paysagiste, Le Lorrain, et les
trios frères Le Nain. Un bon nombre de leurs toiles sont aujourd‘hui au musée du
Louvre.
En somme, le siècle classique s‘est presque exclusivement intéressé à l‘Homme.
Les questions politiques et sociales on tune place très réduite dans l‘oeuvre des
écrivains. Or, au siècle suivant, ce sont précisément ces questions qui seront au
premier plan. De psychologique, la littérature deviendra surtout philosophique et
politique.

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