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Adaptation de Georges Berdot: D'après Le Spectacle "1789" de La Compagnie Du Soleil Et D'ariane Mnouchkine

Le document présente une adaptation libre du spectacle '1789' de la Compagnie du Soleil, écrite par Georges Berdot, qui raconte des histoires symboliques sur la Révolution française à travers des personnages animaliers et des situations comiques. Le texte met en avant les thèmes de la souffrance, de la misère et des inégalités sociales, tout en intégrant des éléments humoristiques et des interactions entre les personnages. Le spectacle a connu un grand succès tant en France qu'à l'étranger, et l'auteur exprime son respect envers l'œuvre originale d'Ariane Mnouchkine.

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Laureano Ferro
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Adaptation de Georges Berdot: D'après Le Spectacle "1789" de La Compagnie Du Soleil Et D'ariane Mnouchkine

Le document présente une adaptation libre du spectacle '1789' de la Compagnie du Soleil, écrite par Georges Berdot, qui raconte des histoires symboliques sur la Révolution française à travers des personnages animaliers et des situations comiques. Le texte met en avant les thèmes de la souffrance, de la misère et des inégalités sociales, tout en intégrant des éléments humoristiques et des interactions entre les personnages. Le spectacle a connu un grand succès tant en France qu'à l'étranger, et l'auteur exprime son respect envers l'œuvre originale d'Ariane Mnouchkine.

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1

1789
La révolution doit s'arrêter à la perfection du bonheur

D'après le spectacle "1789"


de la Compagnie du Soleil et d'Ariane Mnouchkine

Adaptation (très libre) de Georges Berdot


2

Avant propos
Bi centenaire oblige, il m'avait été demandé d'écrire un spectacle sur la révolution française.. mais
–pour avoir vu jouer "1789" lors de sa création par la Compagnie du Soleil d'Ariane Mnouchkine-
je ne pus m'y résoudre, car je ne voyais pas trop comment il m'était possible de faire aussi bien.
J'ai alors demandé (simple lettre) à Ariane l'autorisation de reprendre son spectacle. Me
connaissant un tout petit peu (j'avais déjà monté d'elle "Méphisto" avec l'Atelier Théâtre Impro,
spectacle qu'elle était venu voir lors de sa création sur Bordeaux), elle m'a fort aimablement
répondu "oui". Le problème était qu'il n'y avait aucune trace écrite de "1789" (quoique édité par
"L'avant Scène" mais de façon partielle : seules quelques scènes et l'ordre chronologique de
l'action y figuraient). Il m'a fallu donc tout reconstituer..
Je ne cacherai pas que mon 1789 (mais je suis ainsi) était moins didactique, et plus enclin à
quelques disgressions humoristiques que l'original. Mais ce fut l'une des plus grandes aventures
que vécut le Théâtre Job (il connut un fantastique succès tant à l'étranger qu'en France). J'aurai
bien évidemment voulu qu'Ariane voit le spectacle, quitte à me faire tirer les oreilles pour mes
quelques excès. Cela ne s'est pas fait.. et peut être est ce mieux ainsi !..
Je tenais à raconter tout cela, car s'il advenait à une compagnie de vouloir "monter" ce 1789, il
faudrait d'abord en demander permission à la Compagnie du Soleil.. car –et même si j'ai eu un
immense plaisir à le ré-écrire-
Georges BERDOT

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Une immense scène. Diverses interventions dans le publicou sur des petites scènes annexes..
En fond de scène, une passerelle en bois avec de chaque coté deux escaliers amenant sur la scène..

Alors que le public s'installe dans la salle :

Un comédien s'installe à une petite table et commence à écrire une lettre


pendant qu'il écrit, on voit certains de ses camarades venir lui parler)..
NB = Cette image se retrouvera en fin de spectacle..

Le comédien entendra un roulement de tambour, lèvera la tête, sourira.. puis gagnera un coin de scène où viendra le rejoindre le joueur de
tambour..
Le comédien se transforme alors en bateleur / Le spectacle peut commencer..

Le joueur de tambour accompagnera tous les comédiens dans leurs déplacements..


3

Scène 1 : LE ROI MALADE

Bateleur
Il était une fois, dans un pays que vous avez oublié, un lion malade et accablé de peine..

Un comédien s'élance sur scène..

Le comédien Lion
Ce lion, ce sera moi..

Il se transforme en lion.. Il rugit..

Bateleur
(le reprenant) J'ai dit.. Malade et accablé de peine !

Le lion réalise..
Faible rugissement suivi d'une quinte de toux..
Démarche brinquebalante, il va s'installer sur un tabouret..

Bateleur
Ce pauvre lion, sentant la mort venir..

Apparition sur la passerelle de deux busards..

Le comédien Lion
prenant peur
Haaaaa..
Bateleur
.. fit alors appeler ses sujets ! On fit d'abord appeler le dindon..

Un 2ème comédien s'élance sur scène..

Le comédien Dindon
Et ce dindon, avec toute la noblesse qui lui sied, ce sera moi..

Il se transforme en dindon..
Il va auprès du lion..

Le Comédien Dindon
Alors, mon roi, ça ne va pas ?

Il lui tape sur le dos..


Le lion bascule en avant et roule sur la scène..

Le Comédien Dindon
Ce roi me semble en piteux état ! Même assis, il ne tient pas debout.. Je ne peux rien pour lui..
Bateleur
On fit alors venir le corbeau..

Un 3ème comédien s'élance sur scène..

Le comédien Corbeau
Et ce corbeau, avec toute la dévotion qu'on lui doit, ce sera moi..

Il se transforme en corbeau..
Il va auprès du lion (lequel est remonté sur le tabouret)..

Le Comédien Corbeau
Alors, mon roi, ça ne va pas ?

Il lui tape sur le dos..


Le lion bascule en avant et se retrouve de nouveau par terre..
Il n'apprécie guère..

Le Comédien Dindon
Alors, qu'en pensez-vous ?
Le Comédien Corbeau
Il manque d'assise, c'est évident..

Ils se regardent, échangent un petit sourire / ils semblent avoir eu la même idée
4

Les comédiens Dindon et Corbeau


Qu'on fasse venir l'âne !

Un 4ème comédien s'élance sur scène..

Le comédien Ane
Et l'âne.. Et bien, l'âne, ce sera moi !

Il se transforme en âne..
Il s'approche du corbeau et du dindon..

Le Comédien Ane
Vous m'avez fait demander ?
Les Comédiens Dindon et Corbeau
Oui..

Ils le frappent..
L'âne se retrouve à 4 pattes sur scène..
Le dindon et le corbeau installent le roi sur le dos de l'âne.. puis viennent se placer de part et d'autre de l'équipage ainsi créé..

Rythme tambour.. sur lequel on "marche" sur place.


Le roi est aux anges..
Le rythme tambour va en s'accélérant..

Bateleur
Et ce qui devait arriver arriva..

L'âne se révolte.. Il se redresse.. Le lion, le corbeau et le dindon se retrouvent par terre..

Roulement de tambour../

Bateleur
On salue..

Roulement de tambour (les comédiens saluent) ..

Bateleur
Et on s'en va..

Roulement de tambour pendant lequel les comédiens quittent la scène..

Scène 2 : MARIE LA MISÉRABLE


Bateleur
Et maintenant, veuillez écouter la pitoyable histoire de Marie, dite Marie la Misérable, qui vivait vieille et misérable dans une maison
vieille et misérable. Faut vous dire que cette Marie, vieille et misérable, naquit déjà vieille et misérable et ne connut jamais d'autre
existence que celle d'une petite vieille, vieille et misérable..

On a installé le décor "Maison" sur scène..


La Maison a deux portes en façade..
Marie, tenant dans ses mains une écuelle, est venue s'installer entre les deux portes..

Bateleur
Marie.. La maison.. et ce qui va avec !

On découvre deux chauve-souris pendues à la passerelle..

Bateleur
Faut vous dire que cette Marie, vieille et misérable, vivait dans un pays habité par deux ogres..

La 1ère porte porte est enfoncée.. Apparaît un prélat..

Le prélat
Que dieu bénisse cette maison !

La 2ème porte est enfoncée.. Apparaît un grand seigneur..

Le grand seigneur
Et que mes armes la protègent..
5

Ils viennent se placer de part et d'autre de Marie..

Le prélat
Ma dîme !
Le grand seigneur
Mon champart !
Marie
Mais je n'ai rien !
Le prélat
Ma dîme !
Le grand seigneur
Mon champart !
Marie
Mais puisque je vous dis que je n'ai rien..
Le prélat
Ma dîme !
Le grand seigneur
Mon champart !
Le prélat
Ma dîme !

Etc / le ton mont)..

Ils tirent sur l'écuelle qui se coupe en deux / Chacun en a arraché une moitié..
Il s éclatent de rire..

Marie
Pleurant
Maudits, je vous maudits..

Ils continuent de rire..


le rire va en s'amplifiant..

Roulement de tambour

Bateleur
On salue..

Roulement de tambour pendant lequel les comédiens viennent saluer le public..

Bateleur
Et on s'en va..

Roulement de tambour pendant lequel les comédiens quittent la scène.

Scène 3 : L'ACCOUCHEMENT
La bateleur
On continue ?
Le joueur de tambour
On continue !
Le bateleur
Même royaume, mais autre lieu.. Il était une fois un seigneur très chrétien qui, non content de posséder les corps, se plaisait aussi à
blesser les âmes !.. On regarde ?
Le joueur de tambour
On regarde !

Sur scène, allongée à même le sol sous un drap, Mariette. Elle est sur le point d'accoucher / A ses côtés, se tient Jeanne..
Présence de 2 tabourets et d'une bassine (sur l'un des deux tabourets, est plié un drap)
6

Mariette
Jeanne, j'ai mal !
Jeanne
Chante, ma petite, chante..
Mariette
elle chantonne.. / cri de souffrance
Il cogne, Jeanne, il cogne..
Jeanne
Sourire
Tout est prêt, le linge est blanc, l'eau est chaude, tout va bien..
Mariette
Jeanne, il cogne de plus en plus fort..

Apparition sur la passerelle d'un seigneur..

Le seigneur
Je suis le seigneur de cet endroit, j'ai bien chassé, mais je suis fatigué. De plus, ma botte me fait mal..

Il descend sur scène..


Il fait mine de taper contre une porte..

Le seigneur
Toc Toc, ouvrez moi !
Jeanne
C'est le seigneur, je voudrais le voir 100 pieds sous terre..
Le seigneur
Toc Toc.. ai-je dit !
Mariette
Souffrance
Jeanne..
Jeanne
Serre les dents, petite, serre les dents..

Elle fait mine d'ouvrir la porte..

Le seigneur
Entrant
Femme, j'ai le pied en compote, enlève moi la botte
Jeanne
Monseigneur, revenez demain..
Le seigneur
Ma botte !

Il s'assoit sur un tabouret.. Jeanne lui enlève sa botte avec difficulté..


Voyant Mariette pousser des gémissements, il prend un malin plaisir à faire de même...
(analogie entre le bébé qui va naître et la botte)

Jeanne réussit enfin à enlever la botte au moment même ou Mariette accouche (grand cri)…

Mariette
Jeanne..

Jeanne vient auprès de Mariette..

Le seigneur
regardant son pied
Mais il est tout mâché ! Réchauffe le..

Jeanne revient auprès du seigneur..

Jeanne
Monseigneur, je vous en supplie..
Le seigneur
Violent
Réchauffe le !

Il lui met son pied entre les jambes..


7

Le seigneur
Haaa..
Il retire son pied
Ha, cela va beaucoup mieux ! Il a repris des couleurs.. Mais il serait bon de le laver.. De l'eau chaude !
Jeanne
Je n'ai point d'eau chaude !
Le seigneur
jouant avec sa cravache
Tst Tst..

Jeanne lui amène la bassine.. Le seigneur y plonge son pied..

Jeanne revient auprès de Mariette..


Le seigneur retire son pied de la cuvette..

Le seigneur
Ha.. regarde comme il est beau !..
Il prend le drap posé sur le tabouret
Ha.. regarde comme il est beau !..
Il prend le drap posé sur le tabouret
Essuie le !
Jeanne
revenant auprès du seigneur
Mais ce drap..
Le seigneur
lui balançant le drap au visage
Essuie-le !

Jeanne s'exécute..

Le Seigneur
Rire
Le voila prêt à affronter le monde !

Il se rechausse, prend le drap, essuie sa botte.. Puis jette le drap dans la bassine..

Le seigneur
Tu m'as dit de revenir demain, c'est c e que je ferai.. Mon pied aime à être cajolé..

Il rit. Il se retire..

Jeanne
Maudit sois-tu !
Mariette
Jeanne, il ne crie pas..

Jeanne revient auprès de Mariette..

Roulement de tambour..

Le bateleur
On salue !

Roulement de tambour pendant lequel les comédiens viennent saluer le public..

Le bateleur
Et on s'en va !

Roulement de tambour pendant lequel les comédiens quittent la scène..

Scène 4 : LA DISETTE
Le bateleur
Or, en cette année là, dans tout le royaume, une terrible famine sévissait. Les femmes étaient trop affaiblies pour nourrir leurs enfants. Et
durant tout le jour, les hommes partaient à la recherche de quelque nourriture..

La scène qui suit est jouée simultanément par 5 couples..


(les textes sont dits en léger décalage / exception faite des 4 dernières phrases)
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Sur scène, assise sur un tabouret et tenant un bébé dans ses bras, une Femme.. Elle tente de réchauffer son enfant du mieux qu'elle le peut..
Elle chantonne..

Arrivée d'un Homme (il vient du dehors)..


Le couple se regarde..

L'Homme
Ni pain.. Ni lait.. Ni bois mort pour faire du feu.. Rien !.. Et devant les portes des églises, des enfants qu'on abandonne.. Trop d'enfants !..
Les portes ne s'ouvrent plus..
tendant les bras vers l'enfant
Donne.. Donne.. que je le berce.. Que je l'endorme..
La Femme, après avoir hésité, a donné l'enfant
Maudits. Nous sommes maudits. Maudits pour toujours..
à l'enfant..
Les hommes
Tu as faim.. Tu as froid.. Que de souffrance dans tes yeux...Trop de souffrance !..

Ils se retournent..
Ils étouffent l'enfant dans leurs bras..

Les Femmes
grand cri de détresse
Non..

Scène 5 : ANNONCE DU ROI


Un 2ème bateleur a remplacé le 1er..

Bateleur 2
Il va de soi que le royaume dont on vous cause n'a rien de fictif, car c'est du royaume de France dont il s'agit.. Misères et souffrances
étaient le lot du plus grand nombre.. Le bon roi Louis 16 -de par la grâce de Dieu- se décida alors à agir..

MUSIQUE (elle est partie dans le cri de détresse)

Entrée de Louis 16
Derrière lui, une grande carte de France..

Louis 16
Nous, Louis, Roi de France de par la grâce de Dieu, désirons que des extrémités de notre royaume et des habitations les moins connues,
chacun puisse nous faire parvenir ses voeux et réclamations de manière que, par une mutuelle confiance et par un amour réciproque, il
soit apporté le plus promptement possible un remède efficace aux maux de l'état et que nous soit rendu, à nous particulièrement, le calme
et la tranquillité dont nous sommes privés depuis fort longtemps...

Intervention de deux chanteurs..

Les deux chanteurs


Ecoutez, petits et grands / l'histoire d'un roi de 20 ans / qui va nous ramener en France /les bonnes moeurs et l'abondance..
D'après ce plan que deviendront / et les catins et les fripons / S'il veut honneur et bonnes mœurs / Que deviendront les grands seigneurs..
S'il aime les honnêtes femmes /que deviendront tant de belles dames / S'il bannit les gens déréglés / que feront les riches abbés..
S'il dédaigne parfum et encens / que deviendront les courtisans / Que deviendront les mécréants / si ses sujets sont ses enfants..

La chanson est visualisée = Apparaissent un grand seigneur, une belle dame, un riche abbé, un courtisan.. lesquels, en catimini, tels des
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rapaces, viennent enlever un morceau de la carte de France, laquelle est constituée comme un puzzle..
la carte de France était poussée dans un 1er temps par un valet)

A la fin de la chanson, il ne reste plus que l'entourage de la carte de France..


A la fin de la chanson, le roi reprend son discours..

Louis 16
Nous, Louis, roi de France de par la grâce de Dieu, désirons que des extrémités de notre pays..

Il veut s'appuyer sur la carte de France.. et passe à travers. Il chute..


Le valet l'aide à se relever..

Louis 16
quelque peu commotionné, après avoir constaté l'absence de la France, ne sachant plus très bien où il en est
../..un remède efficace aux remèdes de l'état et que nous soit rendu, à nous particulièrement, le calme et la tranquillité dont nous sommes
privés depuis fort longtemps..

Il sort de scène..

Les 2 chanteurs
Que deviendront les mécréants / si ses sujets sont ses enfants..

Ils se transforment en bateleurs..

Chanteur 1
Alors, tous voulurent écrire au roi..
Chanteur 2
Pour lui dire ce qui était bien et ce qui était mal..
Chanteur 1
et ce qui était bon et ce qui était méchant..
Chanteur 2
et ce qui devait rester et ce qui devait disparaître..
Scène 6 : LES CAHIERS DE DOLEANCES
Le joueur de tambour
roulement de tambour
Frères, le temps de la justice est venu ..
roulement de tambour
Frères, notre bon roi Louis 16, de par la grâce de dieu, se penche sur notre état....
roulement de tambour..
Frères, notre bon roi Louis 16, de par la grâce de Dieu, vous invite à lui écrire sur des cahiers appelés cahiers de doléances...
roulement de tambour
Frères, écrivez lui afin que soit porté remède à vos malheurs....
roulement de tambour.
Je reviens dans une heure reprendre vos copies..
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Il quitte la scène en jouant du tambour..

Des paysans apparaissent derrière les draps..

Toinette
Gaspard, Nestine, vous avez entendu ?
Gaspard
Ben oui, avions entendu, étions point sourd !
Julie
Ce serait t'y la fin de nos misères ?
Justin
Ecrivez lui qu'il a dit !
Nestine
Quel bon roi, mais quel bon roi que nous avons là !
Toinette
C'est t'y que ce serait le bon Dieu que cet Homme là !
Justin
Ecrivez lui qu'il a dit !

Tous se sont regroupés devant les draps..

Nestine
Mais alors, si qu'on peut lui faire doléance, la gabelle ?
Gaspard
Ha ben ça, la gabelle, pfft ! Plus de gabelle ! La gabelle, terminé !
Toinette
Et le champart ?
Gaspard
Terminé itou !
Julie
La taille, les aides ?
Gaspard
Terminé que je vous dis !
Nestine
Les inondations..
Toinette
La grêle..
Julie
La maladie, la peste, la rage..
Gaspard
Ter-mi-né !
Justin
Et pis même la mort !
Gaspard
..!!.. Faudrait peut être pas trop lui en demander là !
Nestine
Hé, dites, le gros ventre, c'est pour qui ?

Gaspard, Toinette, Julie


Gestuelle à l'appui de leur dire
C'est pour nous !
Nestine
L'instruction et le bon causé ?
Gaspard, Toinette, Julie
Gestuelle à l'appui de leur dire
C'est pour nous !
Justin
empressé auprès de Julie
Et pis les caresses et les p'tits plaisirs ?
Julie
le repoussant
Ha non, là Justin, c'est pas pour toi !

Rires

Gaspard
Dites, tout ça, faut le dire haut et fort !
Nestine
Toinette, toi qui a grande gueule, dis y leur !
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Toinette
Je leur z'y dit ?

On acquiesce..

Toinette
au public
Eh ben, je vous l'dis ! Tout ce qui est bon, c'est pour nous.. et toute la merde, c'est pour eux !

Rires..

Justin
Suffit pas de l'dire, faut l'écrire !
Gaspard
..!!.. Nestine, faudrait du papier !
Nestine
Du parier ? Mais j'en ai point ! En fin Gaspard, le papier, c'est un lusque !
Toinette
Je peux prendre un carré de mon drap, ça fera l'affaire ! J'y déchire un morceau ? Il est tout frais lavé..
Julie
De ton drap ? Mais si tu y déchires, dans quoi qu'on t'enterrera ?
Toinette
On va pas lésiner pour un drap, non ? Un drap, en cette occasion ! ..
elle déchire le drap..
Qu'on va d'abord y marquer gabelle !
Justin
Ben, pour marquer, faudrait une plume ! Gaspard, t'as t'y une plume pour écrire ?
Gaspard
Ben non !
Justin
Et où qu'on va trouver une plume ? Une heure qu'il a dit le tambourineur..
Gaspard
Une plume ? Où qu'on va trouver une plume ?

Réflexion..

Caquètement d'une poule..


Une poule apparaît devant la scène..
Regard intéressé, on commence à la suivre. La poule commence à s'affoler (elle va et vient sur le devant de la scène).. On se montre de plus
en plus pressant (on suit ses mouvements)..

Gaspard plonge.. mais manque la poule !

Gaspard
Foutre Dieu, la laissez pas s'échapper !

On pourchasse la poule..
La poule semble avoir disparue..

Gaspard
..??.. Chut !.. Mais où qu'elle est posée cette foutue volaille ?
Julie
assise par terre
M'est avis que je suis assise dessus !

Rires..

Justin
Bouge pas que j'y passe la main pour l'attraper !
12

Julie
NON ! ..Justin, tu restes où tu es !

Elle passe la main sous son jupon et en retire une plume..

Julie
Ca y est, j'ai la plume !..
Elle se lève..elle donne la plume à Nestine..
A toi, Nestine !
Nestine
..!!.. Ben, avec quoi que je marque ?
Gaspard
Faudrait de l'encre !
Justin
Julie, t'aurais pas dû lâcher la poule !
Julie
Et pourquoi donc ?
Justin
On aurait trempé la plume dans le cul de la poule !
Toinette
Et t'aurais écrit avec du jaune d'oeuf !

Rires..

Gaspard
A défaut d'encre, faudrait trouver du noir !
Julie
Ou du rouge !
Justin
Tu veux y écrire avec du pinard ?
Toinette
J'ai trouvé ! Quelque chose de rouge ? .. du sang !
Nestine
Du sang ? Ha ben que non, on nous saigne déjà aux 4 veines, on va pas encore leur donner de not'sang !
Gaspard
T'as t'y une meilleure idée ? ..
lui tendant le couteau
Allez, coupe moi !
Nestine
Ha ça dame non ! Je t'couperai pas, même pour la gabelle !
Gaspard
Coupe moi que je t'dis !
Nestine
Non, je te couperai pas !
Justin
Mais coupe le pisqu'il t'le dit !
Nestine
Et pourquoi que tu te couperais pas, toi, hein ?
Justin
J'ai pas de couteau !
Toinette
Prend z'y celui du Gaspard !
Justin
A chacun ses affaires !

Gaspard se coupe lui-même..

Gaspard
Allez, vas-y, trempe ta plume !

Nestine hésite..

Justin
Mais trempe donc, ça va sécher !

Nestine trempe sa plume..


Tout le monde s'est regroupé autour du drap que Toinette a étalé par terre..

Toinette
Gabelle, gabelle.. Faut un "gueu" pour commencer ! Comment qu'on fait un "gueu" ?
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Justin
Mais pourquoi que tu veux y écrire un "gueu" ? C'est gabelle qu'il faut marquer !
Nestine
Oui mais gabelle, ça commence par un "gueu" !
Gaspard
Ben alors, fais un "gueu" !

Nestine écrit sur le drap..


Le résultat ne semble guère convaincant..

Toinette
Mais c'est t'y quoi, ça ?
Gaspard
C'est pas un "gueu" !
Justin
On dirait la queue d'un goret !
Nestine
Ben, moi, les "gueu", je sais pas faire.. Ecris donc, toi !
Justin
Ben, moi, je sais pas écrire !

On se regarde..

Julie
Gaspard ?
Gaspard
Ben.. pour les croix, ça va, mais pour le reste !
Toinette
Mais comment qu'on fait un "gueu" ? ..Gabelle ! Gabelle !

Retour sur scène du joueur de tambour..


(il arrive en jouant du tambour)

Le joueur de tambour
Ha ça, c'est t'y votre cahier, ça ?.. Ha ben si vous avez rien écrit, on pourra rien changer !.. Tant pis, mes tout bons, gueux vous êtes,
gueux vous resterez !

Il s'en va en jouant du tambour..


Visage défait, on le regarde partir..

Scène 7 : UN DETAIL DE L'HISTOIRE


Gaspard bondit dans la salle (sur le devant de la scène)..
Il tient à la main un parchemin..
Il s'adresse au public..

Gaspard
Mais il va de soi que bon nombre de cahiers de doléances parvinrent jusqu'au roi, car certains savaient écrire ! A preuve, écoutez ceci..
lisant le parchemin)
"Considérant que les juifs, par leurs vexations, leurs rapines, la duplicité cupide dont ils offrent journellement de si pernicieux exemples,
sont la principale et première cause de la misère du peuple, il soit porté remède à leur pullulation, qui, d'après des calculs et des états, a
été en croissant de 3000 qu'ils étaient au début du siècle à près de 20 000 suivant leur dernier dénombrement.. En conséquence, il ne
devrait être permis de contracter mariage qu'au fils aîné de chaque famille juive"...

Justin a rejoint Gaspard..

Justin
Et c'est signé de qui ?

Gaspard
"Clergé de Colmar".. Alors, Justin, qu'en penses-tu ?
Justin
Ben, on en trouvera toujours pour dire que ce n'est qu'un détail de l'histoire...

Scène 8 : LA REUNION DES ETATS GENERAUX


Un bateleur dans le public..

Bateleur 3
14

Et maintenant, Mesdames et messieurs, je vous demanderai la plus grande attention, car nous allons donner représentation de la très
célèbre comédie.. "La réunion des Etats généraux".. La scène se passe à Versailles ! Et qu'est ce qu'il y à Versailles ?.. Il y a .. Louis 16 !
Ce bon roi Louis 16 de par la grâce de Dieu !

Un spectateur (le candide) s'est approché..

Bateleur 3
Hé, toi, l'ami ?
Le candide
Qui ça, moi ?
Bateleur 3
Oui, toi !.. Suis moi !

Le bateleur entraîne le Candide jusqu'à une estrade où se trouvent un tabouret et une table..

Bateleur 3
Assied toi, l'ami, et regarde..

Il lui tourne la tête vers la scène..

Les comédiens sur scène (Necker, Louis 16, Noblesse et Clergé) ont toute l'apparence de marionnettes à fils (ils sont "manipulés" depuis la
passerelle par 4 bateleurs)..

Louis 16 est couché dans un coffre "Trésor Public"


Il dort . Il se réveille, sort du coffre, et fait quelques pas..
Un grand miroir suit ses déplacements..

Louis 16 se voit dans le miroir, il pousse un cri d'effroi..

Louis 16
Décidément, je n'arriverai jamais à ma faire à cette galerie de glaces ! .. Oh, quelle nuit ! J'ai fait un rêve atroce, un cauchemar terrible..
J'ai rêvé que j'étais complètement fauché ! .. Mais je suis tout courbaturé ! En temps ordinaire, je dors le dos bien à plat.. Mon lit se
serait il affaissé ?
Il retourne auprès du coffre..
Vide ! Ce n'était pas un rêve ! Je suis fauché..
Appelant
Necker ? Necker ?

Manipulation de Necker..

Necker
Me voici, me voilà, oh mon Louis, oh mon roi !
Louis 16
Necker, mon ministre, toi qui pense pour moi ! C'est affreux, je n'ai plus d'argent !
Necker
Plus d'argent ?

Louis 16
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Non, plus d'argent !.. T'as pas cent sous ?


Necker
C'est que je n'i plus d'argent moi non plus !
Louis 16
Quoi ? Necker, demi tour, nous te renvoyons !
Necker
Je n'ai plus d'argent, mais j'ai une idée !
Louis 16
Une idée, quelle idée ?
Necker
Il faut convoquer les Etats généraux ? Mais qu'est ce que c'est que ça que les Etats généraux !
Louis 16
Les Etats généraux ? Mais qu'est ce que c'est que ça que les Etats généraux ?
Necker
On convoque tous les richards du royaume, on fait semblant de leur demander leur avis et on leur prend tout leur argent !

Louis 16, séduit, éclate de rire..


(Necker idem)

Louis 16
Fais pour le mieux, je te laisse !

Louis 16 est remis dans son coffre..

Necker
Quel gros couillon que ce Louis !.. Bah, je vais convoquer les Etats généraux !..
Appelant
Etats généraux ! Etats généraux !

On abandonne la manipulation de Necker..

Manipulation de la Noblesse..

La noblesse
Moi, je suis la noblesse, et sur le peuple je m'engraisse.

Manipulation du clergé..

Le clergé
Moi, je suis du clergé, et sur le peuple je m'assied.. Oh, mais vous ici, mon fils !
La noblesse
Oh, mais vous ici, mon père..

Ils s'étreignent..

Le clergé
Dans mes bras que je vous baise..
Aparté
Et je te baiserai encore mon gaillard !
La noblesse
Qu'il me sied de vous voir en si bonne santé !..
Aparté
Et goupillon dans les fesses, je t'enfoncerai..
Le clergé
Que dites-vous là, mon fils?
La noblesse
Mais rien, mon père ! Triste idée que de réunir les Etats généraux !
Le clergé
Ce Necker en fait trop !.. Mais dites moi, mon fils, nous devions être trois !

Manipulation du Tiers Etat..

Le Tiers Etat
Moi, je suis du Tiers Etat, venu de loin, fier d'être là.. Bonjour, Messieurs !
La noblesse
Ca sent le fumier !
Le clergé
Ca sent la bouse !

La noblesse
16

Je dirai même plus ... Ca sent la merde !


Le clergé
Fi donc, mon fils, quel vilain mot ! Qui êtes vous ?

Le Tiers Etat s'apprête à répondre..


Manipulation de Louis 16 (il sort de son coffre)..

Louis 16
Ha, vous voilà réunis !
Le clergé et la noblesse
s'inclinant
Majesté !.. Dites moi, Louis, qu'est ce que c'est que c'est que ça ?..
ils désignent le Tiers Etat..

Louis 16
Eh bien, ça, c'est..
Reniflant
Mais, dites moi, ça sent la..
Le Clergé et la Noblesse
Oui, on sait !
Le Tiers Etat
Je suis le Tiers Etat !
Le clergé et la noblesse
Tiers Etat ? Mais qu'est ce que c'est que ça ,
Le Tiers Etat
Ca, comme vous dites, c'est 25 millions de français !

La noblesse et le clergé, effrayés, se retrouvent dans les bras de Louis 16..

Louis 16
Ha ça, les bras m'en tombent !
Le clergé et la noblesse
Ha non, Louis, c'est pas le moment, ne nous lâche pas !

Scène 9 : VOTE PAR TETE OU PAR ORDRE


On retourne auprès du bateleur et du Candide..
Des poupées ont été disposées sur la table..
Ces poupées représentent la Noblesse, le Clergé et le Tiers Etat..
(Noblesse et Clergé sont des poupées gigogne)
Le bateleur manipulera les poupées afin de donner vie à son explication..

Bateleur 3
.. Est ce que tu suis, l'ami ?
Le Candide
Ben, j'ai un peu perdu le fil !
Bateleur 3
Clergé ! .. Noblesse ! .. et Tiers Etat ! .. 3 ordres ! 3 nations dans la nation comme le disait .. ??
Le candide
..??.. Rousseau ?
Bateleur 3
Non, Voltaire !
Le Candide
Je suis pas passé loin !
Bateleur 3
Le clergé et la Noblesse ont naturellement parties liées et comptent autant de représentants que le Tiers Etat ! Oui, je sais, le Tiers Etat,
c'est 25 millions de français.. alors que le Clergé et la Noblesse, réunis, en comptent tout au plus un demi million ! Mais la question n'est
pas là.. La question est de savoir comment voter ! Par ordre, comme le voudrait Louis 16, et, en ce cas, ça nous fait ..??..
Le Candide
Deux contre un !
Bateleur 3
Tout bon, l'ami !.. ou bien alors par tête, comme le voudrait le Tiers Etat, et, en ce cas, ça fait ..??
Le Candide
Egalite !
Bateleur 3
Non !.. Parce que, si le Tiers Etat fait bloc, il n'en est pas de même pour le Clergé et la Noblesse.. car, dans leurs rangs, il s'en trouve
certains favorables aux idées du Tiers Etat..

Il fait sortir deux petites poupées des poupées Noblesse et Clergé et les fait rejoindre le Tiers Etat..
17

Bateleur 3
.. pas très nombreux, certes, mais suffisamment pour faire pencher la balance du coté du Tiers Etat !
Le Candide
Alors, comme ça, chez les aristos, y en a qui..
Bateleur 3
Oui ! L'abbé Grégoire, le Marquis de Lafayette, le Vicomte de Noailles, le Duc de Rochefoucauld..
Le Candide
Ben ça, alors, j'aurai jamais cru que ces gens là puissent se rallier à des gueux !
Bateleur 3
Tout doux, l'ami ! Ces gueux, comme tu dis, n'étaient pas des gueux.. mais des avocats, des banquiers, des bourgeois, et même quelques
transfuges des classes privilégiées tel Mirabeau.. Ni paysan, ni artisan.. Oh, rassure toi, ces gens là avaient été choisis par le peuple en
parfaite connaissance de cause.. Mais on avait pris des gens qui savaient causer !.. Tu t'y vois, toi, député ?
Le Candide
Ben non ! Avec mes sabots à Versailles ! Et pis, je cause plus avec mes mains qu'avec ma langue ! Et pis, même quand je veux phraser, ça
peut pas sortir ! Ca descend, ça me comprime l'estomac.. et ça me fait péter !
Bateleur 3
Rires
Enfin, quoiqu'il en soit, séance d'ouverture le 5 mai 1789, et tout aussitôt.. ??
Le Candide
Ca a pété !
Bateleur 3
.. Y a un peu de ça !

Scène 10 : LE VOTE
On retrouve Louis 16, la Noblesse, le Clergé et le Tiers Etat..
(on a abandonné le système Marionnette)

Clergé et Noblesse
Par ordre !
Le Tiers Etat
Par tête !
Clergé et Noblesse
Par ordre !
Le Tiers Etat
Par tête !
Clergé et Noblesse
Par ordre !

Etc, etc ..

Clergé et Noblesse se retournent vers Louis 16..

La Noblesse
Louis, fais quelque chose !
Le clergé
Louis, je t'excommunie !
Louis 16
..!!.. Par ordre ! .. Et je demande à chaque ordre de se constituer en chambrée particulière pour délibérer.. (se retirant) Non mais !

Clergé et Noblesse exultent..

Le Tiers Etat
Têtu
Par tête !
18

Scène 11 : L'ASSEMBLÉE NATIONALE


On retourne auprès du bateleur et du Candide..

Bateleur 3
Et alors, ça va très vite ! Le 6 mai, les représentants du Tiers Etat prennent le titre de députés des communes.. et, dans le mois qui suit, ça
va encore plus vite..
L'abbé Sieyes
dans le public
Messieurs, je vous propose de nous constituer en Assemblée ! Il serait souhaitable d'abandonner le titre d'Etats généraux.. Je vous
propose donc.. Assemblée Nationale des représentants communs et certifiés de la Nation française !
Bateleur 3
Celui là, c'est l'abbé Sieyes !
Mounier
dans le public
Voyons, Messieurs, nous ne sommes pas tous là, même si certains de nos collègues de la Noblesse et du Clergé nous ont rejoints.. Je vous
proposerai donc.. Assemblée légitime des représentants de la majeure partie de la Nation en l'absence de la Mineure partie !
Bateleur 3
Mounier !
Le Candide
Ben dis donc, avec celui là, faut pas être pressé pour se présenter !.. Et pourquoi pas "représentants du peuple français " ?
Bateleur 3
Mais dis moi, l'ami, tu parles comme Mirabeau ?
Le Candide
Flatté
Ha bon ?
Bateleur 3
Celui qui va suivre, c'est Legrand !
Legrand
dans le public
Voyons les choses plus simplement si vous le voulez bien.. Assemblée nationale ! .. Cela vous va ?
Mounier et Sieyes
Adopté !
Le Candide
Adopté !
Bateleur 3
Et dans la foulée qui suit, on vote un décret assurant la perception des impôts !
Mounier, Sieyes et Legrand
Adopté !
Le candide
Adopté !.. Ca, c'est bien, parce que, si c'est nous qu'on décide de percepter les impôts, il suffit de décider de pas les percepter !
Bateleur 3
Non !
Le Candide
Non ?
Bateleur 3
Non !.. Parce que le décret précise également qu'il est fait obligation d'assurer le service des intérêts de la dette publique !
Le Candide
..??.. Ca veut dire quoi, ça ?
Bateleur 3
Ca veut dire qu'il faut payer !.. Vois-tu, on ne voulait pas effrayer les créanciers du royaume, et ils étaient nombreux dans les rangs du
Tiers Etat... Je continue ?
Le candide
Oui !
Bateleur 3
Le 19 juin, le clergé cède et rejoint le Tiers Etat.. Et, là, ça provoque quelques remous dans l'entourage du roi !

Scène 12 : LA COLERE DE MARIE ANTOINETTE


Louis 16
Il est assis entre deux chaises (l'une est surmontée d'une croix, l'autre d'une couronne ou d'une épée)
Il bricole (serrurerie)

Entrée de Marie Antoinette. Elle est furieuse..

Marie Antoinette
Louis, tu es un abruti !
19

Louis 16
Mais enfin, Toinette !
Marie Antoinette
Tu n'es qu'un imbécile !
Louis 16
Mais enfin, Toinette !
Marie Antoinette
Le clergé nous lâche. Tu sais ce que ça signifie ?

Elle retire la chaise surmontée d'une croix..


Louis 16 se casse la figure..

Louis 16
Mais enfin, Toinette !
Marie Antoinette
Pourquoi avoir écouté Necker ?
Louis 16
se relevant
Mais enfin, Toinette !
Marie Antoinette
Il faut empêcher le clergé de singer de singer avec le Tiers Etat !
Louis 16
Mais enfin, Toinette !
Marie Antoinette
Abruti !

Elle lui tape dessus avec son ombrelle..

Louis 16
Mais enfin, Toinette !
Marie Antoinette
Mais arrête de répéter "Mais enfin, Toinette" !
Louis 16
Mais enfin, Toi...

"Jeu " Louis 16 / Marie Antoinette..

Louis 16
J'y suis ! je vais fermer la salle des Etats Généraux ! Comme ça, ils ne pourront pas se réunir ! ... Oui, mais que va dire le Tiers Etat ?
Marie Antoinette
Le Tiers Etat.. Prout !
Louis 16
Mais enfin, Toi... Toinon !

Marie Antoinette se retire..

Louis 16
Bon, je ferme. Clic, clac !.. Oh, je l'ai fait !.. Oui, mais le Tiers Etat ?.. Faudrait que je trouve une raison !.. Oh, j'y suis !

Il installe une pancarte "Travaux".. et se retire content de lui..

Scène 13 : LE SERMENT DU JEU DE PAUME


Entrée du Tiers Etat..

Le Tiers Etat
Fermé !.. Ha ça, on se moque de nous !
20

Une balle roule sur la scène..

Le Tiers Etat
prenant la balle
Une salle de jeu de paume !.. Et bien, en ce cas, nous nous réunirons ici -pour faire le serment solennel de ne jamais nous séparer et nous
rassembler partout où les circonstances l'exigeront jusqu'à ce que la Constitution du royaume soit établie sur des fondements solides-

Il s'assoit..

Le Clergé et la Noblesse ont écouté sans être vus..

Le clergé
Ha ça, mon fils, devant l'enthousiasme de ce peuple, qu'allons nous devenir ?
La noblesse
Ha ça, mon père,je vous confesse mon désarroi...
Le clergé
Jouons le jeu puisque nous ne pouvons faire autrement !

Ils viennent s'asseoir à côté du Tiers Etat ..

Le Clergé
Mr du Tiers Etat..
Clergé et Noblesse
Bonjour !
Le Tiers Etat
Bonjour, Messieurs !
Le Clergé
Nous passions..
Clergé et Noblesse
Par là !
Le clergé
Et nous nous sommes dit que..
Clergé et Noblesse
Peut-être.. Une partie à Trois ?

Ils tendent une raquette au Tiers Etat..

Le Tiers Etat
Mais avec plaisir ! Soyez les bienvenus !

Ils s'installent..

Clergé et Noblesse
A nous de lancer la balle !
Tiers Etat
Narquois
Ha non, Messieurs ! .. A moi !

Scène 14 : SEANCE ROYALE DU 23 JUIN

Un bateleur entre

Bateleur 4
Autant vous dire que cette partie à trois ne plut guère à Louis 16 qui entra alors dans une colère terrible. Et c'est cette colère là que nous
allons vous jouer, Mesdames et messieurs, dans la célèbre séance du lit de justice du 23 juin 1789 qui opposa d'une part Louis..

Entrée de Louis 16

Bateleur 4
.. dernier rejeton de la dynastie maudite des Capet.. et, d'autre part, ce lion superbe et généreux, ce Démosthène du 18ème siècle, j'ai
nommé le Conte de Mirabeau..

Entrée de Mirabeau..

Bateleur 4
.. qui, quoique aristocrate, a choisi de singer dans les rangs du Tiers Etat. Et pourquoi, Mr de Mirabeau ? Dites nous le ..
Mirabeau
Parce que, le peuple, je l'ai dans la peau.. (rugissement)...

On a un dispositif scénique de type ring..


21

Mirabeau et Louis 16 se sont assis sur des tabourets..


Ils sont entrés en scène tels des boxeurs..
Louis 16 a pour "soigner" le Marquis de Breux Brézé..
Mirabeau est accompagné d'un valet..
La noblesse, le Clergé et le Tiers Etat se sont alignés en fond de scène..

Louis 16
se levant, échauffement "boxeur"
Réfléchissez, Messieurs, qu'aucun de vos projets, aucune de vos délibération, ne peuvent avoir force de loi sans mon approbation spéciale.
Ainsi, je suis le garant de vos droits respectifs et tous les ordres de l'Etat peuvent se reposer sur mon équitable impartialité..

Rugissement sarcastique de Mirabeau

Louis 16
Apeuré
Toute défiance de votre part serait une grande injustice. C'est moi qui, jusqu'à présent, fait le bonheur de mon peuple..

Rugissement sarcastique de Mirabeau.

Louis 16
de plus en plus apeuré
Messieurs, je vous demande de vous séparer tout de suite et de vous rendre chacun dans les chambres affectées à votre ordre..

La Noblesse et le Clergé se retirent..

Le Tiers Etat, sur un signe de Mirabeau, ne bouge pas..

Louis 16
J'ordonne en conséquence au grand Maître de cérémonie..
Le Marquis
Marquis de Breux Brézé, c'est moi, c'est moi même..
Louis 16
..de bien vouloir préparer les salles..

Louis 16 se retire..
Le marquis (le genre efféminé) le remplace sur le ring..

Le marquis
à Mirabeau
Monsieur, allez, hop, on s'en va..
Mirabeau
se levant
Quelle est cette insolente dictature ? L'appareil des armes, la violation du temple national, pour nous commander d'être heureux, nous
qui sommes revêtus du sacerdoce politique et inviolable, nous, enfin, de qui 25 millions de français attendent un bonheur certain parce
qu'il doit être consenti, donné et reçu de tous..
Le marquis
Monsieur, vous avez entendu les volontés de mon maître !
Mirabeau
Oui
Rugissement
Nous avons entendu les intentions qu'on a suggéré au rois, mais, vous, qui ne sauriez être son organe, et pour cause..

Il ironise du geste et de la voix sur la virilité douteuse du Marquis..

Le marquis
Hoo...
Mirabeau
Vous, qui n'êtes pas là pour nous rappeler le discours, vous, enfin, qui n'avez ni place, ni droit de parler.. sachez que nous sommes ici par
la volonté du peuple et que nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes...
Le marquis
Est ce là votre dernier mot, Monsieur ?
Mirabeau
Rugissement
Oui..
Le marquis
Et bien, foutre, qu'il reste ! 1

Le marquis quitte la scène..

1
Authentique !
22

Mirabeau et le Tiers Etat se congratulent..

Scène 15 : LA TRAITRISE DU ROI


2 bateleurs..
Une maquette de l'Assemblée nationale avec figurines représentant les députés..

Le 1er bateleur s'adresse au public.


Le 2ème bateleur "visualise" le récit de son compagnon (il complète les bancs de l'assemblée nationale avec d'autres figurines)

Bateleur 5
Et ils sont restés au grand déplaisir du Roi (*).. et alors, Mesdames et messieurs, les choses se précipitent.. Le lendemain, la majorité du
clergé rejoint le Tiers Etat..
complément figurines
Le surlendemain, 50 députés de la Noblesse rejoignent à leur tour les rangs de l'Assemblée Nationale..
complément figurines
Voyant cela, le roi (*) enrage, mais capitule.. Et le 27 juin, il demande à l'ensemble du clergé et de la Noblesse de singer à l'Assemblée
Nationale..
complément figurines
Désormais -semble-t-il l'autorité du roi (*) est passée sous le contrôle du peuple.. Mais tout cela cache une affreuse traîtrise, car, ce même
27 juin, le roi (*).. fait appeler 20 000 hommes de troupes autour de Paris...

Le bateleur 6 fait apparaître 5 à 6 soldats..

Bateleur 5
le reprenant
20 000 hommes !

Le bateleur 6 cherche autour de lui, puis fait comprendre à son compagnon qu'il lui est difficile d'en faire apparaitre plus

Bateleur 5
..!!.. Et là, le peuple s'inquiète...

Arrivée de Mirabeau...

Mirabeau
Rugissement
Voilà donc un roi (*)... aimé par 25 millions de français, qui fait appeler à grands frais autour de Paris quelques milliers de soldats
étrangers..
moue dubitative
Il serait peut-être bon de lui demander le pourquoi de la chose..

Il se retire..

Le bateleur 6 juge préférable de l'accompagner..

Scène 16 : LE ROI AUX DEUX VISAGES


Bateleur 5
Et le 11 juillet, le roi se montre tel qu'il est..

Entrée en scène de deux rois.


Un roi de coeur et un roi de pique..
(même visage et mêmes habits)

Bateleur 5
Roi à double facette.. L'une rassurante..
Roi de coeur
Les troupes ne sont là, non pour réprimer, mais pour prévenir tout désordre. Vous n'avez donc aucune inquiétude à avoir..
Bateleur 5
Et l'autre menaçante !
Roi de pique
Je n'ai nullement l'intention de retirer mes troupes. Quant à Necker, ce fossoyeur de la monarchie, je le renvoie dans ses foyers..
Bateleur 5
Et oui, Mesdames et messieurs, en cette journée du 11 juillet, le roi menait double jeu..
23

Les 2 rois
Et pourtant, nous ne faisons qu'un. Louis, c'est moi, et moi, c'est Louis 2 ..

Ils avancent en se passant l'un devant l'autre..

Roi de coeur
Jamais je n'agirai contre mes sujets. Je suis économe et je tiens scrupuleusement mes comptes..
Roi de pique
Jamais quoiqu'il m'en coûte, je ne laisserai dépouiller ma noblesse..
Roi de coeur
Bien sûr, mon épouse, la Reine, est quelque peu dépensière je me dois de subvenir à ses extravagances..
Roi de pique
Jamais je ne céderai à l'Assemblée Nationale..
Roi de coeur
En vérité, seule la chasse me passionne. Une journée sans chasser est une journée ou rien ne se passe. Oui, rien.
Roi de pique
Gibier de potence que ceux qui se dressent contre moi, rien ne saurait aller contre mon autorité..
Roi de coeur
Je suis un Homme simple. J'adore bricoler et je porte grand cas aux serrures, excepté celle de ma Femme que je n'ouvre que de temps à
autre. Ce qui me laisse beaucoup de temps pour la lecture..
Roi de pique
Cette constitution, dont on me casse les oreilles, est un tissu d'âneries..
Roi de coeur
Je vais à la messe tous les dimanches, mais j'aurais aimé voyager autour du monde tel le capitaine Cook à qui je porte grande
admiration..
Roi de pique
Ces députés du Tiers Etat ne sont que d'ignobles aventuriers qui veulent entraîner la France en des chemins que je ne suivrais pas..
Roi de coeur
Voyez vous, je n'ai pas demandé à être roi...
Roi de pique
Tout ce que je fais est légal..
Roi de coeur
mais je dois faire avec.
Roi de pique
Parce que je le veux...

Les deux rois


De plus, depuis quelques temps, j'ai pris la fâcheuse habitude de m'endormir.. Et quand je dors, je ronfle.. Si vous voulez bien m'excuser..

Les deux rois quittent la scène..

Scène 17 : MARIE ANTOINETTE

Bateleur 5
Oui, mais il n'empêche que ce roi, plutôt bonhomme, est le même que celui qui renvoie Necker dans ses foyers.. (*).. et qui pense à faire
donner la troupe contre le peuple de Paris sans remords aucun ! Alors, à qui devons nous cette double personnalité ?

Irruption sur scène d'une Femme des Halles..

2
Prononcer "Lui"..
24

La Femme des Halles


Moi, je le sais !
Bateleur 5
Vous le savez ?
La Femme des Halles
Oui, je le sais !
Bateleur 5
Alors, dites nous le ..

Il quitte la scène..
La Femme monte sur la passerelle..

La Femme des Halles


Eh bien, je le dis.. A l'autrichienne, cette Toinon de malheur, et à son entourage !.. La Polignac, cette chamelle enragée !.. La Lamballe,
cette chienne lubrique, cette putain !... Le Conte d'Artois, frère du roi et pisseur de la plus pire espèce !

Sont entrés en scène..


- Marie Antoinette (elle tient en laisse un mouton)..
-La Polignac..
-La Lamballe..
-Le conte d'Artois..

La Femme des Halles


Elle a beau jouer les bergères au Trianon, jamais on ne vit Femme plus frivole, plus dépensière et plus effrontée de moeurs...
Marie Antoinette
Mais que dites vous là ? ... J'aime à être Femme avant que d'être reine, et mes petits plaisirs sont de très grande simplicité .. Tenez, le
théâtre me passionne, et il m'arrive moi même de jouer la comédie !
La Lamballe
Rosine dans le "Barbier de Séville" de Mr de Beaumarchais !
La Polignac
Et pourtant le roi n'aime guère ce Mr. de Beaumarchais !
Marie Antoinette
Il est vrai que ce Mr de Beaumarchais se montre parfois quelque peu.. Polisson !

On rit

Marie Antoinette
Mais ma préférence va à Mr Semaine ! Ses pastorales et féeries sont d'un goût exquis..
Artois
Vous fautes sublime dans le rôle de Babet ! Vous savez, cette paysanne qu'on voulait de force marier à un Homme riche..
25

Marie Antoinette
Oui, je me souviens.. A mon entrée en scène, je chantais cette charmante ariette..

Marie Antoinette se met à chanter..


Le refrain est repris par son entourage..

CHANSON

Couplet 1
L'un de ces jours, dans un vallon / qui termine la plaine / j'entendais dire à Madelon / au bord de la fontaine..
Refrain
Ha Ha Ha Ha / Ce n'est pas ça qui me met en peine / Ha Ha Ha Ha / Ce n'est pas ça qui me met en peine..
Couplet 2
Hé, Madelon, qu'avez vous donc / qu'avez vous qui vous gêne / n'avez vous pas un beau jupon / un jupon de Futaine...
Couplet 3
Voulez vous ce joli ciseau / le ruban et la gaine / ou bien voulez vous ce couteau / dont le manche est d'ébène...
Refrain
Ha Ha Ha Ha / Ce n'est pas ça qui me met en peine / Ha Ha Ha Ha / Ce n'est pas ça qui me met en peine..
Couplet 4
Madeleine, que voulez vous / Vous l'aurez pour étrenne / Est ce de l'or ou des bijoux / Voulez vous être reine
Refrain
Ha Ha Ha Ha / Ce n'est pas ça qui me met en peine / Ha Ha Ha Ha / Ce n'est pas ça qui me met en peine..

.../...

On s'esclaffe..

Artois
aparté public
C'est joué royalement faux ! 3

La Femme des halles réagit violemment..

La Femme des Halles


Foutaises ! Ca joue les simples, mais, moi, je vous le dis.. Elle dépense toute la fortune du royaume en bijoux et toilette ! Elle a la passion
du jeu et ses dettes sont aussi grosses que ses...
Marie Antoinette
Calomnies !
La Femme des Halles
Elle trompe le roi ! Tenez, n'a t'elle pas installé dans ses appartements ce beau suédois, Fersen, dont elle est amoureuse ?
Marie Antoinette
Calomnies !
La Femme des Halles
Elle ne s'entoure que de charlatans, putains, ou faux prophètes tel Cagliostro..
Marie Antoinette
Calomnies ! Vous ne respectez rien, même pas la douleur d'une mère ! Mon fils, le dauphin, est mort il y a un mois et j'adorais cet enfant !
La Femme des Halles
Oui, vous aimez vos enfants.. mais ne cherchez surtout pas à m'apitoyer. Tous les enfants de France sont vos enfants, et vous n'avez
jamais pleuré que sur la mort d'un seul.. Vous avez le coeur sec !
Marie Antoinette
Calomnies !
La Femme des Halles
C'est elle qui a poussé le roi à faire venir les troupes autour de Paris. Elle profite de la faiblesse du roi et le manipule au gré de ses
humeurs..
Marie Antoinette et son entourage
Calomnies !

Ils quittent la scène..

La Femme des Halles salue leur départ d'un geste obscène..

Scène 18 : PARIS MENACE PAR LES TROUPES


Irruption sur scène de deux bateleurs..
Le bateleur 7 tient à la main un plan de Paris..

3
Authentique !
26

Bateleur 7
Si vous le voulez bien, nous allons laisser là l'imaginaire et revenir à la réalité.. Et la réalité, c'est 20 000 hommes de troupe qui
s'apprêtent à envahir Paris..
montrant le plan
Ce petit point, Charenton..
Bateleur 8
Le Royal Cravate y cantonne avec 2 000 hommes !
Bateleur 7
Là, Sèvres...
Bateleur 8
Occupé par le régiment de Salis Samade !
Bateleur 7
A St Denis..
Bateleur 8
Les 2 000 dragons de Nassau !
Bateleur 7
A St Cloud..

Bateleur 8
Les hussards de Berchery ! Quand au Royal Allemand, avec ses 8 000 hommes..
Bateleur 7
Il est partout.. à l'école militaire, à Versailles, au champ de Mars.. Là, là, et encore là..
Bateleur 8
Ils bloquent nos réserves de blé, détournent tous nos convois..
Bateleur 7
A Versailles, ils tiennent nos députés entre leurs griffes ! Ils n'attendent qu'un ordre, qu'un seul, pour détruire Paris..

Il met le feu au plan de Paris..

La Femme des Halles apostrophe le public..

La Femme
Etes vous bien lâches ? Qu'attendez vous pour vous révolter ? Les laisserez vous faire ?

Scène 19 : LA REACTION DES BOURGEOIS


Dans le public, un Homme (le financier de Breuil) se dresse sur une chaise..
A ses côtés, se tient son commis Benjamin..
L'Homme s'adresse au public..

De Breuil
Ecoutez moi.. Je m'appelle Charles Martin, j'ai acheté une terre près de Breuil, et on m'appelle Charles Martin de Breuil.. Mais, pas de
civilités entre nous ! Appelez moi.. De Breuil ! .. Savez vous ce qui nous arrive ? .. On nous a pris Necker ! Oui, Necker ! ... Il faut faire
quelque chose ! Et, moi, pour commencer, je ferme la bourse !... A propos, savez vous où passent vos impôts.. Enfin, je veux dire.. nos
impôts ? Aux nobles, mes amis, aux nobles !...
Il descend de sa chaise
Benjamin, suivez moi, nous allons à la banque..

Il traverse la foule. Benjamin le suit en portant la chaise..


(déplacements sur roulements de tambours)

Dans le public, un -un banquier- est debout sur une chaise (il semble chercher quelque chose)..
A ses côtés, se tient Thomas, son commis..

Le banquier
Mais où diable ai je pu mettre ces titres ?

Arrivée de De Breuil (lequel, tout aussitôt, montera sur sa chaise)..

Le banquier
Ha, ça, De Breuil, que me vaut l'honneur de votre visite ?
De Breuil
..??... Vous n'êtes pas au courant ?
Le banquier
continuant de chercher
Au courant de quoi ? ... Thomas, aidez moi, ils doivent se trouver sur l'étagère du haut !
27

De Breuil
Necker a été renvoyé !
Le banquier
Voilà, nous y sommes !...
réalisant brusquement ce que vient de lui dire de Breuil
Quoi ?
De Breuil
Necker a été renvoyé ! Et, par représailles, j'ai fermé la bourse..
Le banquier
Vous avez fermé la bourse ?
De Breuil
Oui
Le banquier
En ce cas, je ferme la banque !.. Ha, ça, ils vont voir à Versailles..
De Breuil
Moi, je pense qu'une petite révolution là dessus.. !!
Le banquier
Une révolution !? Qui eut dit, mon cher, que nous eussions fait un jour la Révolution ? .. Allons voir les Dutrinquier !
De Breuil
Les Dutrinquier, ces petits boutiquiers ?
Le banquier
Nous aurons besoin de tout le monde !
De Breuil
Evidemment..
Le banquier
Thomas, suivez nous !

De Breuil et le banquier traversent la foule. Benjamin et Thomas suivent en portant les chaises..
(déplacements sur roulements de tambour)
Dans le public, les Dutrinquier (le genre pas très courageux)..
Ils n'ont pas de chaise..
Dutrinquier aîné est sur les épaules de Dutrinquier cadet..
Ils semblent chercher quelque chose..

Dutrinquier aîné
Vous êtes sûr de les avoir rangé là ?

Arrivée de De Breuil et du banquier (lesquels, tout aussitôt, montent sur leur chaise)..

Le banquier
Messieurs !

Les Dutrinquier, surpris, sursautent..

Les Dutrinquier
Messieurs !
Le banquier
Ils ont renvoyé Necker !
Les Dutrinquier
Quoi ?

Ils se cassent la figure..

Les Dutrinquier
se relevant
Ils ont renvoyé Necker ?
De Breuil
Oui. Et j'ai fermé la bourse !
Le banquier
Et moi, la banque !
Les Dutrinquier
Vous avez fermé la bourse, vous avez fermé la banque ?
De Breuil et le banquier
Oui !
Dutrinquier aîné
En ce cas, Messieurs..
Dutrinquier cadet
Nous fermons boutique !

Arrivée précipités d'une Femme du peuple..


28

La Femme du peuple
Vous savez pour Necker ?
Tous
Oui, on sait !
La Femme du peuple
Mais le peuple veille et l'émeute gagne de partout !

Elle disparaît dans la foule..

Le banquier
Messieurs, c'est la Révolution !.. Il s'agit de nous organiser.. Nous nous devons de créer des milices bourgeoises afin de nous protéger,
nous, les.. les..

Il n'arrive pas à trouver le mot approprié..

De Breuil
Possédants ?
Le banquier
C'est cela même !.. De nous protéger, disais-je, contre les excès des troupes du roi !
De Breuil
Et de celles du peuple qui m'a l'air bien excité !
Le banquier
C'est cela même !... Messieurs, suivez moi.. et vive la Révolution !

Tout le monde gagne la scène..


Déplacement sur roulements de tambour

Scène 20 : CREATION D'UNE MILICE


Sur scène, un militaire chargé de décorations..
Il est armé de deux fusils..

Le banquier
Mr l'officier, Necker a été renvoyé ! J'ai fermé la banque..
De Breuil
J'ai fermé la bourse..
Les Dutrinquier
Et nous, on a fermé boutique..
Le banquier
Mr l'officier, il faut sauver l'Assemblée nationale. Et pour ce faire, nous avons décidé de former une milice..
L'officier
Une milice !.. Mrs, je suis soldat, j'ai servi sous Lafayette aux Amériques. Et si ces Mrs veulent apprendre le maniement des armes, je suis
à leur entière disposition ! Si ces Mrs veulent bien me prêter attention..

De Breuil et le banquier lui remettent chacun une énorme bourse..


(Seuls De Breuil et le banquier entourent le soldat / les Duplantier sont restés quelque peu en retrait)

L'officier
Admiratif
Parfait..

Il fait disparaître les bourses dans son habit..


Dans le même temps, De Breuil et le banquier ont délégué leur pouvoir à leur commis et se sont tranquillement assis sur leurs chaises...

L'officier
se retournant
Messieurs... ???

Il constate la substitution..
De Breuil et le banquier lui font un petit geste de la main pour qu'il poursuive..

L'officier
Messieurs..
donnant un fusil à Thomas et à Benjamin
vous avez dans la main un fusil.. Ca, c'est la main.. Et ça, c'est le fusil ! .. Et là, vous avez la gâchette.. Et maintenant, le plus difficile..
Veuillez regarder votre main.. Non, l'autre !.. Que voyez-vous ?... Un doigt !
Benjamin
J'en vois cinq !
Thomas
29

Moi aussi !
L'officier
J'ai dit UN doigt !
de Breuil
Benjamin, si on vous dit qu'il n'y a qu'un doigt, c'est qu'il n'y a qu'un doigt !
Le banquier
Mr l'officier connait son métier, que diable !
L'officier
Nous avons donc un doigt, et ce doigt, nous allons le glisser dans la gâchette.. Voilà.. et en cas de danger, on presse !
Le banquier
C'est ça, pressons, mon ami, pressons..
L'officier
NOOON .. Ils sont chargés !

Il récupère les fusils..


Il s'adresse aux Duplantier..

L'officier
Je suppose que ces Mrs veulent également apprendre le maniement des armes ?
Les Duplantiers
guère décidé
Eh bien...
De Breuil
Cela va de soi, Mr l'officier..
L'officier
Bien. Si ces Messieurs veulent me prêter attention..

Les Duplantiers lui remettent une bourse maigrelette.

L'officier
méprisant
Je vois..
leur donnant les fusils
Le fusil, la main, la gâchette, le doigt !

Les Duplantier semblent quelque peu perdus..

Duplantier aîné
Vous pourriez pas répéter pour le doigt !
L'officier
Je vois !..
Sèchement
Mrs, sachez que vous êtes soldat et qu'un soldat, ça obéit.. A mon commandement ..

L'officier donne des ordres que les Duplantier, complètement affolés, exécutent maladroitement..

Un coup de feu part..

L'officier
Furieux
Rendez moi ce fusil !
Dutrinquier aîné
C'est bien ce que je vous disais. J'ai pas très bien compris pour le doigt !

Un autre coup de feu part..

Dutrinquier Cadet
Ha ça, ça marche aussi avec deux doigts !
L'officier
au bord de la rupture
Rendez moi ces fusils !
Les Dutrinquier
Voilà, voilà...

L'officier récupère ses fusils et quitte la scène..

Le banquier
Et bien, voilà qui est parfait.. Mrs, l'heure est venue.. Nous pouvons lâcher le peuple..

Tout le monde le regarde surpris..


30

Le banquier
J'ai dit "lâchez le peuple", je n'ai pas dit "Armez le peuple"..

On semble soulagé..
On commence à crier "Lâchez le peuple" de plus en plus fort tout en faisant une prudente marche en arrière vers les coulisses pour se
cacher..

Scène 21 : LA PRISE DE LA BASTILLE


8 "parisiens" (hommes et femmes du peuple) disséminés dans le public...

1
Ecoutez. Ecoutez moi. Je vais vous raconter comment, nous le peuple de Paris, on a pris la Bastille. Mais avant de vous raconter
comment on l'a prise cette Bastille, il faut d'abord que je vous raconte comment tout a commencé, parce que vous pensez bien que c'est
pas une idée qui nous est venue un beau jour comme ça, on s'est pas dit "Tiens, on va prendre la Bastille". Non, c'est arrivé après une
longue suite d'événements et de souffrance qu'il faut que je vous raconte. En Mai 1789, les Etats généraux s'étaient réunis et, pour tout le
peuple de France et le peuple de Paris en particulier, ça avait représenté un immense mouvement d'espoir. On s'était dit que les choses
allaient changer, que nos misères allaient prendre fin, et voilà même que -naïvement- on s'était repris d'amour pour le roi et de confiance
en lui. Et puis les jours se sont mis à passer, bientôt les semaines, et on s'est aperçu qu'en réalité rien ne changeait et que le roi n'avait pas
du tout l'intention d'abandonner quoi que ce soit de son autorité, mais qu'au contraire il était bien décidé à la reconquérir entièrement et
à nous avoir à nouveau à sa merci, et que pour ça il était prêt à employer tous les moyens..
2
Par exemple, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais on n'avait pas grand chose à manger cette année là. La récolte avait été mauvaise
en 1788. L'hiver 89 avait été très long et très rude, et partout c'était la famine, et à Paris il fallait faire la queue pendant des heures devant
les boulangeries, et il y avait des enfants qui mourraient par centaines. Eh bien voilà que le roi au lieu de remédier à vit état de fait,
comme c'était son devoir après tout, s'est dit au contraire que c'était un très bon moyen pour nous remettre au pas comme il disait, et il
s'est arrangé pour nous affamer encore davantage, et y avait plus un chariot de grains qui rentrait dans Paris, plus un chaland de farine
sur la Seine, plus rien à manger. Tout était détourné, réquisitionné, pour Versailles, pour le roi, pour la reine, et pour la cour..
3
Et puis voilà que, non content de nous affamer, il a voulu aussi nous effrayer, et un beau jour on s'est aperçu que Paris était entouré par
20 000 soldats, et pas n'importe quels soldats, non pas des soldats français, parce qu'il s'était dit que des soldats français c'était peu sûr,
que c'était des gens comme nous, qui pouvaient fraterniser avec nous. Alors, il avait fait venir des soldats étrangers, des mercenaires, des
suisses, des autrichiens, des allemands, et il en avait disposé tout autour de Paris, à toutes les portes, mais aussi l'intérieur du Champ de
Mars, à l'école militaire, presque dans le Marais, et à Versailles. Il en avait disposé autour de l'assemblée nationale. Et nous, quand on
voyait ces gens là, on se disait " mais qu'est ce qu'ils font là, mais si le roi les a fait venir, c'est q
qu'il a les pires intentions contre nous, c'est qu'il veut faire sauter Paris, nous massacrer, chasser nos députés" et on avait très peur, et
c'était ça qu'il voulait..
4
Et puis, il en avait encore eu une autre idée. Necker, le ministre, nous, a tort ou à raison, on l'aimait bien Necker, on le considérait comme
notre ami. Après tout, souvenez vous, c'est quand même lui, Necker, qui -quelques années auparavant- avait divulgué les dépenses de la
Cour, c'est lui qui avait montré que l'atroce misère du peuple venait en grande partie de là, et que les impôts, ces impôts si lourds à
porter, et bien c'est quand même lui, Necker, qui voit demandé à ce qu'ils soient répartis plus équitablement, à ce que les nobles aussi en
payent leur part, et les Etats Généraux , ces Etats généraux qui -je le répète- avaient représenté tant d'espoir, et bien c'est lui, Necker, qui
avait soufflé au roi de les convoquer..
5
Pour tout cela, nous Necker, on l'aimait bien, et bien justement, parce qu'on l'aimait bien, le roi l'a renvoyé. Et bien, ça, Messieurs et
Mesdames, quand la nouvelle du renvoi de Necker est arrivée à Paris, on s'est dit "On peut par laisser passer ça, ça ne serait pas honnête.
Cet Homme qui nous a défendu, et bien maintenant qu'il est dans l'ennui, c'est à nous de la défendre" et je me souviens, la nouvelle de son
renvoi est arrivée à Paris le 12 juillet très exactement, c'était un dimanche, il faisait beau, et on s'est dit "eh bien, on va manifester"...
6
Oh, pacifiquement, remarquez. On n'avait pas d'armes, ni rien. On a été aux Tuileries par ce dimanche d'été un peu comme on aurait été
à la promenade avec les femmes, avec les enfants, mais aussi avec des bustes de Necker qu'on avait trouvé dans les musées, qu'on avait
voilé de crêpe et qu'on portait sur nos épaules, pour montrer qu'on était pas content, qu'on portait son deuil en quelque sorte..
3
Et bien, là, dans cette foule où -je vous le répète- il y avait des femmes et des enfants, vous ne savez pas ce qu'ils ont fait, ils ont chargé là
dedans avec des dragons à cheval et sabre au clair, les dragons du Prince de Lambesc c'était. Le Prince lui même chargeait à la tête de ses
troupes..
1
Alors, là Messieurs et mesdames, je ne sais pas si vous imaginez ce que ça peut donner une charge de cavalerie dans une foule comme cela,
si vous imaginez la terreur des gens, la bousculade, la panique, les gens qui courent de tous les cotés, qui trébuchent, qui tombent, qui se
piétinent....
2
Le miracle, c'est qu'ils sont tous descendus et qu'on s'est réuni par quartier, par corporation, dans les lieux publics, dans les églises,
partout où on pouvait se réunir, et qu'on s'est dit "Cette fois-ci, pour une fois, on va pas se laisser faire, on va se défendre, il faut trouver
des armes "...
7
Mais c'était ça qu'tait pas facile, c'est que des armes on en avait pas. Alors on a commencé courir de droite et de gauche, y a des gens qui
disaient "il faut forger des piques". Alors on s'est mis au travail, on a forgé des piques. 50 000 piques on a forgé en 36 heures, c'était pas si
mal...
31

8
Mais qu'est ce que vous voulez faire avec des piques contre des canons ? Alors on a pillé les magasins d'armuriers, y en a même qui ont
été au garde-meuble, et qu'est ce qu'ils ont trouvé au garde-meuble ? Des vieux fusils, des vieilles armures, des canons qui dataient de la
guerre de cent ans, on pouvait rien faire avec ça..
5
Alors, on a été aux Invalides, y en avait des fusils, mais quand ils ont appris qu'on s'y portait en foule, et qu'on avait l'intention de s'en
emparer, la garnison a reçu l'ordre de les cacher dans les caves. Mais, ça, nous, on l'a appris...
4
Alors, on s'est pas laissé faire, on a dévalé les escaliers, on a défoncé les portes, jusqu'à ce qu'on les ait trouvé les fusils..
3
Mais les premiers, mettez vous à leur place, quand ils avaient leur fusil en main, ils n'avaient plus qu'une idée, c'était de remonter, et à
ce moment là, et bien à ce moment là, ils se heurtaient dans le flot des autres qui descendaient, ce qui fait que là encore y en a eu des
bousculades. Y a des malheureux qui ont failli rester là étouffés dans le fond des caves. Mais enfin, quand même, aux Invalides, on a
trouvé 28 000 fusils et 20 canons on a trouvé..
7
Nous v'là avec nos fusils, pas de poudre et pas de balles. Qu'est ce que vous voulez faire, Messieurs-Dames, avec des fusils, pas de poudre
et pas de balle. Alors, ça a recommencé, les magasins de salpêtre, les gardes françaises aussi en avaient des balles, qui fraternisaient avec
nous, qui les partageaient...
6
Mais ça n'en faisait pas assez. On était presque 40 000 à ce moment là. Alors, d'un seul coup, y a un bruit qui a couru. De la poudre, des
balles, y en a, vous savez où ..

Tous, les uns après les autres


à la Bastille..
Tous, ensemble
à la Bastille.
6
Alors on y a été à la Bastille et on s'est adressé à Delaunay, le gouverneur de la Bastille et on lui a dit..
2
"Delaunay, donne nous des armes"
6
Et bien, il a pas voulu nous en donner. Alors, on s'est dit "Ca ne fait rien, on les prendra quand même" et on a mis le siège devant la
Bastille..
5
Mais c'est que c'était pas facile. C'est que la Bastille, c'est une forteresse, c'est un château fort, avec des murs comme ça, avec des ponts-
levis, avec des grilles. On savait pas comment y entrer dans ce machin là. Alors, ont était là, autour, on s'énervait. Y avait à l'intérieur une
délégation qui avait réussi à entrer parce qu'il y avait un député à sa tête..
3
Thuriot, il s'appelait le député. Et Thuriot, il essaie de convaincre Delaunay de nous ouvrir les portes et qui y aurait pas d'effusion de
sang. Mais Delaunay voulait rien entendre et Thuriot il est ressorti gros Jean comme devant et il nous a dit..
8
"Je peux rien pour vous"
3
Alors notre désespoir n'a plus connu de fond, on se sentait impuissant au pied de ces murailles, quand y en a un de chez nous, un plus
malin que les autres, un charron c'était, il est passé par le toit des casernes qui jouxtaient la Bastille et avec une hache il a rompu les
chaînes du premier PONT-levis. Quand le premier PONT-levis a été tombé, on s'est engouffré dans la première cour..
1
Et alors, alors ils se sont mis à nous tirer dessus. La double garnison de Delaunay, un régiment d'invalides et des suisses. A un moment, y
a une 2ème délégation qui est aussi de l'Hôtel de ville, cette fois ci avec le drapeau blanc en tête pour parlementer. Nous, quand on a vu le
drapeau blanc, mettez vous à notre place, qu'est ce qu'on a fait ? Et ben on a baissé nos armes, on a cessé de tirer, et bien, eux, ils ont tiré,
tiré sur la délégation et sur le drapeau blanc...
4
On a dit "ça fait rien, plus y aura de morts, plus y aura de blessés, et bien ça comblera les fossés et on pourra passer" et c'est ce qu'on a
fait. On est passé de la 1ère cour dans la 2ème. De la 2ème dans la 3ème..
7
Nos rangs s'éclaircissaient, y en avait qui tombaient, y avait des morts et des blessés..
6
Y avait du sang qui coulait, de la fumée partout parce qu'il y avait le feu dans les cuisines..
8
On n'y voyait plus à dix pas. On savait plus qui était avec nous, qui était contre nous...
1
Mais on avançait..
Tous, ensemble
on avançait !
4
Et puis, à un moment, les Invalides, ils ont eu honte..
7
32

Ils se sont rendu compte de ce qu'ils faisaient


6
et qu'ils étaient en train d'égorger le peuple de Paris...
5
de tuer leurs frères..
3
qu'ils n'en avaient pas le droit..
8
Alors, ils ont baissé leurs armes..
2
Ils ont refusé de tirer sur nous..
1
Ils ont forcé Delaunay à se rendre..
7
Fou de terreur il était Delaunay et il s'est rendu;;
3
Et on l'a prise la Bastille..
Tous ensemble
On l'a prise !

Un Homme (9) se dresse devant le public..

9
Citoyens ! Le roi a renvoyé les 20 000 hommes de troupe et a rappelé Necker. Le roi viendra à Paris pour recevoir la cocarde tricolore.
Dès demain, sera entreprise la démolition de la Bastille, et nous danserons sur ses ruines. CITOYENS, LE PEUPLE EST VAINQUEUR !

On manifeste sa joie...

Tous, excepté 2, gagnent la scène..

2
s'adressant au public
Alors, là, croyez moi, pour ce qui est de fêter notre victoire, on y a été de bon cœur. Car, voyez vous, en faisant tomber la Bastille, nous,
les petits, les sans grade, les exclus, c'est comme si on avait retrouvé la liberté.. Oui !.. Alors, pendant plusieurs jours, on a fêté ça..

Scène 22 : LENDEMAIN DE FETE


Sur scène, une grande table recouverte d'un immense drapeau tricolore..
Nombreux parisiens et parisiennes (certains sont ivres)..
On chante..

Atmosphère de liesse..

Légèrement à l'écart, Grachus Baboeuf. Il écrit une lettre..

Femme 2
Vous buvez trop, les hommes !
Homme 1
Nuance ! On boit pas, on trinque !
Homme 2
Ce Delaunay, c'était un fieffé salop de gouverneur, mais pour ce qui est de son vin, je dis.. je dis..

Il s'écroule, ne pouvant tenir sur ses jambes / On rit..

Femme 1
Alors, là, c'est bien de vous, prendre la Bastille, et en ramener des bouteilles !
Homme 1
C'est pas des bouteilles, c'est des.. souvenirs ! Nuance !
Femme 3
Des souvenirs, m'étonnerait qu'il t'en reste beaucoup vu ce que tu as lampé !
Homme 1
Alors, disons que c'est des prises de guerre.. (butant sur le mot) Nu.. Nu..
Homme 4
Nuance !

On rit..

Homme 5
Allez, quoi, la Mélanie, fais pas la gueule ! les bouteilles, on y est tombé dessus par hasard ! Y a pas de mal à les avoir ramené !
Homme 4
33

C'est tout de même nous les vainqueurs !


Homme 6
Ce Delaunay, la tête qu'il faisait au bout de ma pique !

On rit..

Femme 3
Et ce coquin de Flesselles, le prévôt des marchands ! Ca lui apprendra à nous avoir refusé des armes !
Homme 4
D'autres têtes auraient dû tomber ! mais ce n'est que partie remise.. Il en suffit d'une seule pour faire tomber toutes les autres..

Il a mimé un jet de boule sur des quilles..


Tout se fige brutalement (changement de lumière / Seul Grachus Baboeuf est éclairé par une lumière blanche)..

Baboeuf
lisant la lettre qu'il vient d'écrire
Ho, que cette joie me faisait mal ! J'étais tout à la fois satisfait et mécontent ! Je disais Tant mieux et tant pis ! Je comprends que le peuple
se fasse justice. J'approuve cette justice lorsqu'elle est satisfaite par l'anéantissement des coupables. Mais pourrait-elle aujourd'hui être
moins cruelle ? Les supplices de tout genre l'écartèlement, la torture, la roue, les bûchers, les fouets, les gibets, les bourreaux multiples
partout nous ont fait de si mauvaises moeurs ! Les maîtres, au lieu de nous polisser, nous ont rendu barbares parce qu'ils le sont eux
même..
signant la lettre
Ton tendre époux.. Grachus Baboeuf !

L'action se poursuit tout aussi brutalement qu'elle s'était arrêtée..

Homme 2
Hé, la bastille, je vous ai raconté comment je l'ai prise la bastille ..?
Homme 5
Oui.. Tout seul qu'il était !

On rit..

Homme 2
Oui, tout seul ! Quand ils ont baissé le PONT levis, tout le monde est parti à droite, et moi, je suis parti à gauche ! Et que j'étais tellement
excité que je m'en suis pas pas rendu compte ! Que je suis tombé sur une dizaine de gardes suisses et que j'y ai foncé dedans en gueulant
"laissez passer le peuple"..
Homme 3
Et qu'ils t'ont laissé passer ?
Homme 2
Voui.. et que c'est alors que je me suis rendu compte que j'étais tout seul !
Homme 5
Et que t'es retourné sur tes pas en t'excusant ?
Homme 2
Ha non ! Que j'ai retourné, mais que j'ai pas excusé ! Que les Suisses, ils se sont écartés et que même y en a un qui s'est mis à gueuler
"laissez repasser le peuple "!

On rit..

Homme 1
Faut quand même pas oublier que le Louis.. ??
Femme 1
16 !
Homme 1
Oui, c'est ça.. Que le Louis..
Tous
16 !
Homme 1
Oui, c'est ça.. Que le.. que le roi, il a tout de même renvoyé ses troupes et qu'il est venu à Paris !
Homme 3
Voui, même que j'étais là !
Femme 2
C'est Bailly qui l'a reçu !
Femme 3
Qui c'est ça, Bailly ?
Femme 2
Ben, Bailly, il a été élu maire de Paris..
Homme 1
Voui.. Bastien, on leur montre ?
34

Homme 3
Voui..
Homme 1
Alors, moi, c'est Louis..
Tous
16 !
Homme 1
Voui.. Et lui, c'est..
Homme 2
Bastien !
Homme 1
Non, lui, c'est Bailly.. Nu.. Nuance !.. On y va..
Homme 3
Heu, salut Louis !
Homme 2
Salut Bailly !
Homme 3
Heu, que je vous remets cette cocarde tricolore pour sceller l'alliance.. auguste..
Homme 1
Non, louis !
Tous
16 !
Homme 2
Non.. Auguste et éternelle.. entre le monarque et le peuple.. Acclamations..
on se prête au jeu
A toi !
Homme 1
Heu heu..
Homme 5
Hé, il se rappelle plus !
Homme 1
Mais si que je me rappelle, mais que je le fais exprès.. Nuance !.. Emu qu'il était le roi.. Heu.. Mon peuple peut toujours compter sur mon
amour.. Où qu'elle est la cocarde ?
Homme 6
M'est avis que tu l'as entre les jambes !

On rit..

Homme 4
David et Goliath, vous connaissez ?

On ne connait pas..

Homme 4
Goliath était un géant.. Davis, lui, était tout petit.. Et pourtant David lança un défit à Goliath..
Femme 2
Je vois, David, c'est nous !
Homme 4
Voui..
Homme 1
Et Goliath, c'est moi..
Homme 4
Voui..
Femme 3
Et ça s'est terminé comment ?
Homme 4
David a gagné !
Homme 1
Alors, là, je m'insurge ! Plus fort que moi, on trouve pas !
Homme 4
C'est vrai, mais David, à défaut de force, ne manquait pas d'adresse. Il a pris une fronde et a touché Goliath, là, entre les deux yeux..
Homme 1
jouant le jeu
Ha !

Il s'écroule..On rit..

Homme 4
Et Goliath est mort !
35

Cela jette un froid..

Homme 5
Dis moi, l'ami, j'aime pas trop ton histoire. Le roi, c'est le roi et j'aime pas trop..
Homme 4
T'énerves pas ! Je racontais une histoire, c'est tout !
Homme 2
C'est ces saletés d'aristocrates qui lui tournent la tête !
Homme 3
Ben, ceux là, ils peuvent crever !
Homme 6
Certains immigrent déjà ! La Polignac. D'Artois, le prince de Condé, le maréchal de Broglie..
il jongle avec des fruits
Alors, Messieurs les Aristocrates, on tournait autour du roi..
jetant les fruits
Et, hop, on ne tourne plus !

On rit..

Homme 5
Et ça, vous connaissez ?
Il a sorti un yo-yo et joue avec..

Femme 6
C'est quoi ?
Homme 5
Un nouveau jeu ! L'émigrette ! Car on y trouve à la fois et la roue et la corde !

On rit..

Femme 2
Ces émigrants, faudrait quand même y garder l'oeil dessus.. et pis même la main !
Homme 1
Et si la main, tu la mettais plutôt dans ma culotte ?

On pouffe..

Femme 2
Dure
Dis l'Homme, la Bastille, j'y étais aussi, et si j'avais eu que ton machin dans la main pour enfoncer la porte, j'y serai encore..
Homme 1
Refroidi
Ca va, te fâches pas, je rigolais..
Femme 3
Et si on dansait ?

On acquiesce..

Homme 2
Le menuet, comme à Versailles !
Femme 1
Le menuet ? Mais je sais pas faire !
Homme 3
Dis, ho, t'es pas plus bête que l'autrichienne !

On se regroupe pour danser..


On danse..

Scène 23 : LA FAYETTE
Entre temps, la Fayette est apparu sur la passerelle..
Il descend l'escalier..
Il s'arrête, à mi-escalier..
Air suffisant, il regarde..

Homme 5
l'apercevant
La Fayette !
36

On manifeste sa foie..

Homme 6
C'est t'y vrai que vous avez été nommé commandant de la milice
Lafayette
Disons plutôt de la garde nationale !

On manifeste sa joie..

Lafayette
Et puisqu'on m'a offert ce commandement, je vous demanderai de ne plus faire de bruit, de vous taire, et de rentrer chez vous !..
On se regarde, interloqué
Sec
Je vous demande instamment de ne plus vous attrouper, de ne plus vous rassembler..
On a du mal à réaliser les propos de Lafayette
de plus en plus sèchement
Je vous ordonne de ne plus faire de manifestations intempestives.. J'interdis toute fête, toute réjouissance, tout mouvement de bonheur
qui pourrait troubler l'ordre !
Homme 4
De quel ordre parles-tu ? De celui des propriétaires ?
Lafayette
Menaçant
Faites ce que je vous dis ! Et sachez une chose, la révolution est finie !

Tous quittent la scène, le visage défait ..


Seule, la Femme 1 reste..
Lafayette et la Femme se regardent ..
Lafayette sourit et quitte la scène..

Scène 24 : LA NATION MALADE

La Femme s'adresse au public..

Femme 1
Ecoutez, écoutez-moi bien.. Ils nous ont poussé, oui, nous devant, eux derrière. Ils se sont servis de nous comme d'un bélier, et une fois la
porte enfoncée, ils sont rentrés.. Mais ils ont très vite refermé la porte.. et, nous, on est resté derrière, comme des pestiférés !.. Mais nous
avons un grand docteur..

Apparaît Marat dans le public..

Femme 1
Un prophète que chacun peut consulter ! Qui a besoin de lui ? Son diagnostic est sans défaut..

Un Homme rejoint Marat..


L'Homme porte dans ses bras une jeune fille évanouie, ceinte d'une écharpe tricolore..

l'homme
La Nation est malade, docteur Jean Paul Marat. Peux-tu la guérir ?

Il dépose la "Nation malade" dans les bras de Marat..

Marat
Elle est malade de manque d'amour.. J'abhorre la licence, les violences, mais quand je pense qu'il y a actuellement dans le royaume 15
millions d'hommes qui languissent de misère, qui sont près de mourir de faim.. quand je pense qu'après les avoir réduit à ce sort affreux,
le gouvernement les abandonne sans pitié, traite en scélérats ceux qui s'attroupent, les poursuit comme des bêtes féroces.. mon coeur se
serre de douleur et se révolte d'indignation. Je jure de mettre ma gloire à instruire le peuple de ses droits, à lui souffler l'audace de les
défendre et à le cingler chaque jour jusqu'à ce qu'il les ait recouvrés..

Il s'éloigne..

Scène 25 : LA GRANDE PEUR

Entrée paysanne 1

Paysanne 1
Nous, à la campagne, la prise de la Bastille, 2 à 3 jours après qu'on en a entendu causer et sûr que ça nous a fait plaisir..

Entrée paysanne 2
37

Paysanne 2
Mais on était tout de même inquiet. Faut dire qu'en province on est loin de Paris et que, nous autres paysans, on savait plus très bien où
on en était..

Entrée paysan 1

Paysan 1
Et puis, les grands seigneurs, les propriétaires, toujours là qu'ils étaient. Sûr que, eux aussi, ils étaient inquiets, mais, très vite, ils se sont
organisés..

Entrée paysanne 3

Paysanne 3
Et puis, il faut dire aussi que, en ce temps 1, on mangeait pas toujours à notre faim, et que le travail manquait..
Paysanne 1
Jamais on ne vit autant de vagabonds, de mendiants et de brigands. Par bande qu'ils étaient. Ils parcouraient le pays et nous prenaient le
peu que nous possédions..

Entrée paysan 2

Paysan 2
Et puis, il y avait des rumeurs de guerre. Soit disant que les piémontais étaient sur le point d'envahir le Dauphiné et que les Anglais
guignaient Brest..
Paysanne 2
Alors, oui, on a commencé à avoir peur.. On était sûr que tout ça cachait un complot, que les aristocrates se laisseraient pas faire..
Paysan 1
Pour sûr, les brigands, la disette, la guerre, le complot, peut-être que tout ça c'était comme une boule de neige qui grossissait au fur et à
mesure qu'elle roulait... Mais la peur était là !

Apparition de Mirabeau dans le public..


(on ne le regarde pas)

Mirabeau
Rien ne frappe davantage un observateur que le penchant universel à croire, à exagérer les nouvelles sinistres dans les temps de calamité.
Nous ressemblons alors aux enfants de qui les contes les plus effrayants sont écoutés..
Paysan 2
Mirabeau, sûr qu'il voyait juste, mais n'empêche que nos maîtres et seigneurs, ils faisaient tout pour nous dresser les uns contre les
autres, pour nous diviser..
Paysanne 2
Et puis, l'assemblée nationale, elle était loin de nous..
Paysanne 1
Oui, mais cette peur-là, au lieu de nous terrer comme des lapins dans nos terriers, ben on l'a maîtrisée. On s'est dit comme ça que si le
peuple de Paris avait pris la Bastille, nous autres, paysans, on se devait aussi de faire entendre notre colère..
Paysan 1
Alors, on a réagi. On a refusé de payer la gabelle, on a brûlé des châteaux, on a fait des grands feux de tous les registres où étaient
consignés les droits féodaux, on a pendu des hommes, pas que des brigands, non, des seigneurs..
Paysanne 3
Alors, à l'assemblée nationale, ils ont réagi, mais pas dans le sens qu'on pensait..

Apparition d'un député dans le public..


(on l'écoute)

Le député
L'assemblée nationale, informée que le paiement des rentes, dîmes, cens, redevances seigneuriales, est obstinément refusé, que des gens
armés se rendent coupables de violences, qu'ils rentrent dans les châteaux pour brûler papiers et titres.. déclare qu'aucune raison ne peut
légitimer les suspensions de paiement d'impôt et de toute autre redevance, jusqu'à ce qu'elle se soit prononcée sur ses différents droits..

Paysan 1
Et qu'est ce que tu feras si on ne paye pas ?
Paysanne 1
Et puis avec quoi payer ?
Paysanne 2
Nous n'avons rien. Rien.
Paysan 2
Si ce n'est que nos mains nues !
Paysanne 3
Tu veux nous les couper ?
Paysanne 1
Regarde bien, l'ami.. regarde à quoi nous ressemblons... QUE TE FAUT IL DE PLUS ?
38

Toute cette scène a été jouée très calme, sans animosité aucune (excepté toutefois la dernière phrase)

Tout en parlant, les paysans ont fait "quelque chose"..


Ce "quelque chose" est dressé à la fin de la scène et s'avère être un mannequin
Ce mannequin représente la "misère du peuple"..

Scène 26 : LA NUIT DU 4 AOUT


L'une des paysannes se transforme en bateleur..

Bateleur 9
Et alors, Mesdames et Messieurs, il advint ce que vous allez voir. Devant tant de misère, la noblesse toute entière et les hauts dignitaires
de l'église se prirent d'amour pour le peuple. . et se dépouillèrent de tous leurs privilèges..

MUSIQUE
Entrée d'un groupe d'aristocrates..
Tous tiennent un flambeau à la main.. (la scène a été plongée dans une lumière bleutée)..
On regarde, compatissant, la "misère du peuple"..

Tous commencent à se dépouiller..


On jette plumes, manteaux, pourpoints, bijoux, etc.. dans un élan de générosité très théâtrale..
On rivalise d'ardeur pour se montrer le plus généreux..
(cette scène est jouée avec une emphase extrême)

Apparaît le député le Chapelier..

Le Chapelier
Messieurs, je vous relis ce que vous venez de décider en cette nuit du 4 août. L'assemblée nationale vient de décider l'abolition du droit
exclusif de la chasse des garennes et des colombiers, l'abolition de la qualité de serf et de la main morte sous quelque dénomination qu'elle
existe, l'abolition de toute juridiction seigneuriale, l'abolition de toute taxe en argent représentative de la dîme, l'abolition des droits de
départ, de vacant, des annates et de la pluralité des bénéfices. Elle vient de promulguer l'égalité de tous les citoyens sans distinction aux
emplois civils et militaires, de promulguer l'établissement d'une justice gratuite débarrassée de la vénalité des offices. Elle vient de
décréter l'abolition des privilèges particuliers des provinces et des villes et la ré-formation des jurandes et compagnies de maîtrise.
L'assemblée nationale fera frapper une médaille et chanter un Te Deum solennel d'action de grâce pour éterniser la mémoire de ce jour..

Les aristocrates, au fur et à mesure du discours, changent d'attitude. S'opère entre eux une sorte de réveil mêlé de consternation et d'horreur.
On récupère avec frénésie tout ce dont on vient de se dépouiller et on s'enfuit en emportant serrés contre soi les "restes" de sa splendeur..

A la fin du discours (correspondance avec l'arrêt de la MUSIQUE), le Chapelier constate, non sans surprise, qu'il n'y a plus personne sur la
scène..

Scène 27 : LE DEBAT PARLEMENTAIRE


Le Chapelier se "transforme " en bateleur..
(éclairage spécifique sur lui / la scène est plongée dans le noir de façon à mettre en place le décor)

Le Chapelier
Et maintenant, Mesdames et messieurs, vous allez assister à un authentique débat parlementaire sur la question des droits de l'Homme et
du citoyen. Nos députés vont se produire devant vous et nous vous demandons la plus grande attention ! Voici la question du jour..
lisant un parchemin..
Article premier.. Tous les hommes ont un penchant invincible vers la recherche du bonheur, tout gouvernement doit donc avoir pour but
la félicité publique..

Brouhaha de voix venant de la scène..

Le chapelier
Furieux
Messieurs, je n'ai pas fini..

Le brouhaha cesse..

Le chapelier
Article 2ème..Les conséquences qui résultent de cette vérité incontestable sont -que le gouvernement existe pour l'intêret de ceux qui sont
gouvernés et non de ceux qui gouvernent- qu'aucune fonction publique ne peut être considérée comme la propriété de celui qui l'exerce -
que le principe de toute souveraineté réside dans la nation..

Brouhaha de voix venant de la scène..


39

Le chapelier
Furieux
Messieurs, je n'ai pas fini !

Le brouhaha cesse..

Le chapelier
Article 3ème.. La nature a fait les hommes libres et égaux en droit, les distinctions sociales doivent être fondées sur l'utilité publique..
Messieurs, c'est à vous !

Lumière sur scène..


Les bancs de l'assemblée nationale..
Assis à droite : les députés Malouet. Evêque de Langres, Grandin..
A gauche : les députés Durand, Barnave, Castellanes..
Au centre : un député W (lequel sera rejoint par le Chapelier)
(tous deux acquiescent systématiquement à toutes les opinions exprimées)

Dès que la lumière vient sur scène, le débat commence..


(on s'apostrophe / Malouet s'interpose)

Malouet
Messieurs ! Avant de discuter de tel ou tel article de la constitution. Je vous rappelle que nous devons nous prononcer sur la question
suivante : Mettrons-nous ou ne mettrons-nous pas une déclaration des droits de l'Homme en tête de la Constitution ?
Durand
Je suis chargé par mon baillage d'en réclamer une qui serve de base à notre constitution !
Evêque de Langres
Quel besoin avons-nous d'une telle déclaration ? Et qui serait en état de l'entendre ?
Durand
On l'affichera dans les villes, dans les tribunaux, dans les églises même.. Un peuple qui a perdu ses droits et qui les réclame doit connaître
les principes sur lesquels ils sont fondés et les publier. Un peuple ne peut se soumettre à des lois que s'il en connaît l'origine et la fonction.
Mais quelques personnes ici semblent redouter la publication de ces principes..
Evêque de Langres
Mon opinion n'est pas qu'on doive tenir le peuple dans l'ignorance, mais je prétends qu'on doit l'instruire par des libres et non par la
constitution et par la loi. Tout cela est inutile !
Barnave
Inutile ? On dit qu'elle est inutile parce qu'elle est écrite dans tous les coeurs, dangereuse parce que le peuple abusera de ses droits dès
qu'il les connaîtra ! Mais l'expérience et l'histoire répondent et réfutent victorieusement ces deux observations ! Je crois qu'il est
indispensable de mettre à la tête de la Constitution une déclaration dont l'Homme puisse jouir..
Grandin
Mais une déclaration des droits renferme nécessairement des matières abstraites et sujettes à discussion. Il n'est pas prudent d'exposer les
droits sans établir des devoirs. Une déclaration des droits illimités serait avidement accueillie par le peuple qu'elle rappellera à l'égalité, à
la liberté primitive..
Barnave
Et en quoi cela vous gêne t'il ?
Grandin
Mais enfin nos concitoyens ne concevront -ils pas que cette égalité originelle n'est malheureusement qu'une fiction philosophique ! Qu'on
restitue au peuple ses droits, certes, mais avec les réserves que doivent apporter les lois de la propriété, de la justice et de la tranquillité
publique. Gardons nous d'aller plus loin afin de prévenir tout danger !
Castellanes
Inutile ? Dangereuse ? Alors que le peuple se libre à des excès qui en font craindre de plus grands ? Mais, messieurs, je suis sûr que la
majorité de ceux qui m'écoutent pensera comme moi que le vrai moyen d'arrêter la licence est de poser les fondements de la liberté ! Plus
les hommes connaîtront leurs droits, plus ils aimeront les lois qui les protègent !

On l'apostrophe..
40

Malouet
Messieurs ! Le moment où nous sommes exige plus d'action et de réflexion que de discours. La nation nous attend, elle nous demande
l'ordre, la paix et des lois protectrices. Messieurs, nous avons pour concitoyens une foule immense d'hommes sans propriété qui
attendent avant toute chose leur subsistance d'un travail assuré, d'une protection continue, et qui s'irritent parfois -non sans de justes
motifs- du spectacle du luxe et de l'opulence... Mais je crois, messieurs, qu'il est nécessaire dans un grand empire que les hommes placés
dans une condition dépendante voient plutôt les limites que l'extension de la liberté naturelle !

Grandin acquiesce avant que les autres n'aient pu intervenir..

Grandin
Cela me semble raisonnable ! Il suffira que dans notre déclaration les mots de .. sûreté, propriété et liberté, soient définis comme
fondements de la société... De toute manière, il faut d'abord commencer par des lois qui rapprochent les hommes avant que de leur dire
comme dans les Etats Unis : Vous êtes tous égaux...

On s'apostrophe à nouveau..

Apparaît le député X..

Député X
Messieurs !.. je suis chargé de vous lire un projet -je dis bien un projet- des déclarations des droits de l'Homme établi par le 6ème
bureau...
Evêque de Langres
Et c'est qui ce 6ème bureau ?
Député X
C'est moi..
lisant un parchemin
Article 1er : chaque Homme tient de la nature le droit de veiller à sa conservation et le désir d'être heureux..

On semble d'accord..

Député X
Article 2ème : pour assurer sa conservation et se procurer le bien être, chaque Homme tient de la nature des facultés. C'est dans le plein
et entier exercice de ces facultés que consiste la liberté !

On semble d'accord..

Député X
Article 3ème : De l'usage de ces facultés dérive le droit de propriété ..

On semble d'accord..

Député X
Chaque Homme a un droit égal à sa liberté et à sa propriété..

On semble d'accord..

Député X
Mais chaque Homme n'a pas reçu de la nature les mêmes moyens pour user de ses droits. De là naît l'inégalité entre les hommes.
L'inégalité est donc dans la nature même..

Cette dernière phrase plonge tous les députés dans un abîme de perplexité..

Député X
L'inégalité est donc dans la nature même des hommes !

On hésite.. On acquiesce..
Tous se congratulent dans la plus parfaite et souriante solidarité..

Scène 28 : LES PROSTITUEES


Mariette (une prostituée) dans le public..
Des voix se font entendre = Mariette ? Mariette ?

Mariette
Oui ?

Arrivée de Rose et de Marthe (également des prostituées)..

Rose
Mariette, ça y est ! la déclaration des droits de l'Homme, elle existe.. Ils l'ont votée !
41

Mariette
Oui, je sais !
Marthe
Comment ça, tu sais ?
Mariette
Mon petit doigt me l'a dit !
Marthe
Et qui c'est ton petit doigt ?
Mariette
Ha ça, je dis pas !
Rose
Ce serait t'y pas Mirabeau, ton petit doigt ? Je crois savoir qu'il aime te rendre visite !

Elles rient..

Marthe
Est ce qu'il te paie seulement ? On le dit couvert de dettes !
Mariette
Ha ça, c'est mes affaires!
Rose
Et comment qu'elles vont, tes affaires ?
Mariette
Ben.. je lui fais crédit !

Elles rient

Rose
Dis Mariette, tu sais lire !?
Mariette
Oui, lentement, mais j'y arrive !
Rose
On aimerait savoir ce qu'elle dit, la déclaration ! Tu peux nous la lire ?
Mariette
Maintenant ?
Rose
Oui..
Mariette
faisant allusion au public
Et la clientèle ? Pour une fois où j'ai du monde !

Marthe
M'est avis qu'ils sont plus là pour regarder que pour consommer !
Rose
Ils partiront pas, va.. Allez, amène toi !

Elles gagnent la scène..

Scène 29 : LA DECLARATION DES DROITS DE L'HOMME


Sur la scène, un grand panneau représentant la déclaration des droits de l'Homme..

Les 3 femmes sont visiblement impressionnées..

Marthe
Ben, dis donc !
42

Rose
C'est beau..
Mariette
Oui
Marthe
Dis, ces 2 femmes, c'est qui ?
Mariette
Une allégorie !

On la regarde, surprises...

Mariette
Là, c'est la France qui a brisé ses chaînes !.. Et là, c'est la loi.. Regardez ! Elle montre du doigt ce qui est écrit.. et de l'autre, l'oeil suprême
de la raison !
Marthe
L'oeil suprême de la raison !
Mariette
Oui... Et cet oeil dissipe les nuages de l'erreur qui l'obscurcissent..
Rose
Ben, dis donc !
Marthe
Mais comment tu sais ça, toi ?
Mariette
Ben... mon petit doigt !

Elles rient

Rose
Et ce qui est écrit, ça dit quoi ?
Mariette
Lisant
Tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux !
Marthe
Ben, et les femmes ?
Marielle
Mais quand ils disent les hommes, c'est comme s'ils disaient les femmes. C'est pareil !
Rose
Ben, ça, tu vois, je savais pas ! Ca doit être une allégorie !

Elles rient

Marthe
Continue !
Mariette
Lisant
Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité publique..

Les deux femmes se regardent, intriguées..

Rose
Ca veut dire quoi ?
Mariette
Ben.. qu'on meurt pas forcément libres et égaux !
Les deux femmes accusent le coup..

Rose
Continue !
Mariette
Hé, ho, je vais pas tout vous lire, c'est écrit tout petit..
Marthe
Tape au hasard !
Mariette
Lisant
Tout citoyen peut parler, écrire et imprimer librement..
Marthe
Alors, là pour ce qui est d'écrire, je sais pas, mais pour ce qui est de parler, ils vont m'entendre..
Mariette
continuant de lire
sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi !
Les 2 femmes
43

..??..
Mariette
Ben.. T'as le droit de causer, mais pas de dire n'importe quoi ! Alors.. méfiance !.. Hé, ho, regardez.. Un client !

Les 3 femmes prennent tout aussitôt la "pose"...

Scène 30 : L'HOMME DE ST DOMINGUE


Son entrés sur scène 2 noirs qui protègent un gentilhomme avec un baldaquin..

Le gentilhomme
Mais, c'est mignon tout plein, ça.. Ainsi donc la voilà cette fameuse déclaration..

Déception des 3 femmes qui croyaient dans un premier temps que le gentilhomme s'intéressait à elles..

Le gentilhomme
J'ai fait le voyage tout exprès de St Domingue !.. Que dit-elle ..?
Rose
Que tous les hommes naissent libres et égaux !

Les noirs manifestent tout aussitôt leur enthousiasme. Ils laissent tomber le baldaquin et se précipitent dans les bras des 3 prostituées
(lesquelles rient de les voir aussi joyeux)..

Le gentilhomme
Revenez !.. On a parlé des hommes, mes doudous, pas de nègres !.. Et en tant que nègres, vous m'appartenez !.. N'est-il pas écrit que la
propriété est un droit inviolable et sacré, et que nul ne peut en être privé !...

Les 2 noirs accusent le coup..

Le gentilhomme
Allons, mes doudous, ,ne faites pas grise mine.. Revenez !

Les 2 noirs reprennent le baldaquin.. et s'en repartent avec le gentilhomme..

Les 2 femmes ont regardé partir le gentilhomme..

Rose
Dis moi ?
Marthe
Oui ?
Rose
Les gens riches, tu crois que c'est l'argent qui les a rendu aussi méprisables.. ou bien alors qu'ils sont nés comme ça ?
Marthe
..??.. Dis moi ?
Rose
Oui ?
Marthe
En premier, tu crois que ça a été la poule ou l'oeuf ?
Rose
..!!.. Fais comme si j'avais rien dit !

Elles retournent auprès de Mariette qui lit la déclaration...

Scène 31 : LA LOI
Rose
Alors ?
Mariette
Ben.. Ne peuvent être déterminés que par la loi !.. Doit être sévèrement puni par la loi !.. dans les cas déterminés par la loi..
Marthe
Mais la loi, c'est qui, c'est quoi ?
Mariette
(lisant) la loi est l'expression de la volonté générale !
Rose
Ben alors, la loi, c'est nous !
Mariette
Si on veut !
Marthe
Comment ça va, si on veut ? La volonté générale, c'est bien le peuple, non ?
44

Mariette
Oui !
Rose
Alors, c'est une bonne déclaration !.. On va boire un coup ?
Marthe
On va boire un coup !

Elles s'en vont vont en riant ..

Mariette
restée seule, songeuse
Oui.. Mais qu'en est il vraiment de la volonté générale ?..
elle a un petit geste fataliste et s'en va en courant
Hé, attendez moi les filles !

Scène 32 : LA VOLONTÉ GENERALE


Les "portes" de la déclaration s'entrouvent..
Apparaissent 2 bourgeois..
(ce peut être de Breuil et le Banquier)

Ils s'assurent qu'ils sont bien seuls. Ils se regardent en souriant..

Bourgeois 1
Tous les citoyens ont le droit de concourir à l'établissement de la loi !
Bourgeois 2
Mais il va de soi que seuls sont concernés les citoyens ayant droit de suffrage !
Bourgeois 1
Et il va de soi que ce droit de suffrage ne peut être accordé à tout le monde !
Bourgeois 2
Cela va de soi ! Nous dirons donc que seuls les possédants sont droit de suffrage !
45

Bourgeois 1
Cela va de soi ! Seront donc écartés tous les citoyens passifs !
Bourgeois 2
Cela va de soi ! Seuls pourront voter les citoyens actifs, moyennant bien sûr une petite cotisation !
Bourgeois 1
Cela va de soi ! Ces citoyens actifs se réuniront en assemblées générales et désigneront les électeurs..
Bourgeois 2
Cela va de soi ! Ces électeurs paieront également cotisation !
Bourgeois 1
Cela va de soi ! Ces mêmes électeurs se réuniront en assemblées électorales et désigneront les députés..
Bourgeois 2
Cela va de soi !.. Heu, pour la cotisation des députés, disons un marc d'argent !?
Bourgeois 1
Cela va de soi ! Seuls les gens de bien ont les qualités suffisantes pour administrer l'état, or nul n'a intérêt à administrer l'état s'il n'a pas
quelque bien !
Bourgeois 2
Cela va de soi ! Dites moi, ce marc, vous l'avez ?
Bourgeois 1
Cela va de soi ! Je suppose qu'il en est de même pour vous ?
Bourgeois 2
Cela va de soi ! ... Ce qui revient à dire que la volonté générale, c'est nous !
Bourgeois 1
Cela va de soi !
Bourgeois 2
le reprenant
Cela va de NOUS !

Ils gloussent d'aise..


Une voix se fait entendre..

Voix 1
La Constitution établit que la souveraineté réside dans le peuple, dans tous les individus du peuple ! Chaque individu a donc le droit de
concourir à la loi sinon il n'est pas vrai que les hommes soient égaux et que tout Homme est un citoyen !
Les 2 bourgeois
Effrayés
Robespierre !

Une seconde voix se fait entendre..

Voix 2
Citoyens passifs, citoyens actifs ? Tout cela est absurde, et pour s'en persuader, il suffit de dire qu'avec une telle loi, Rousseau, Corneille,
Mably n'auraient jamais été éligibles ! Les citoyens actifs sont ceux qui ont pris la Bastille et qui défrichent les champs !
Les 2 bourgeois
Effrayés
Loustalot !

Une 3ème voix se fait entendre..

Voix 3
Ainsi le pouvoir sera entre les mains des riches ! Et les pauvres, toujours soumis, toujours opprimés ! mais si les pauvres ont brisé le joug
de la noblesse, ils briseront de même celui de l'opulence !
Les 2 bourgeois
Effrayés
Marat !

Ils se sont rapprochés des portes de la déclaration..

Bourgeois 2
Laissons aboyer devant la porte !

Ils referment la porte derrière eux ..

Scène 33 : LE VETO
Un bateleur..

Bateleur 1O
Et maintenant, Mesdames et Messieurs, je vous propose -en toute simplicité- de retrouver notre bon roi Louis 16 qui n'en peut mais, qui
n'en peut plus..
46

Entrée larmoyante de Louis 16..

Louis 16
Mais c'est pas vrai ! Cette assemblée nationale, je la hais ! Une véritable calamité ! Si ça continue, je vais me retrouver en caleçon..
se tenant le ventre
Tout cela me rend malade !.. Mais où est passé mon porte chaise d'affaires ?

Entrée du porte-chaise (il transporte un seau hygiénique)..

Le porte-chaise
Me voici, Majesté !

Louis 16 (vu de dos par le public) urine dans le seau..

Entrée de Necker ..
(ce n'est plus le même comédien qui joue le rôle)
Il transporte une pile de dossiers..

Louis 16
Ha, Necker !.. Alors ?
Necker
Et bien, majesté, cela va de mal en pis.. Vous perdez chaque jour de votre autorité !
Louis 16
Hoo.. Necker, si je vous ai rappelé, c'est pour.. Enfin, quoi, vous avez de l'influence.. Alors, faites quelque chose !
Necker
C'est que..
petit geste embarrassé..
Louis 16
Ha, Necker, je ne vous reconnais plus !
Necker
Moi non plus, Majesté, et je ne suis pas le seul.. Mon crédit n'est plus ce qu'il a été ! .. On vous a toutefois accordé le droit de veto sur
toutes les décisions prises par l'assemblée nationale !
Louis 16
Ha bon ? Mais c'est très bien, ça !
Necker
Voui, mais ce veto n'est que suspensif, et non définitif !
Louis 16
Hoo, mais ils m'énervent, il m'énervent..
voyant les dossiers
C'est quoi, ça ?
Necker
Et bien, les décrets pris par l'Assemblée nationale !
Louis 16
Tout ça !
Necker
Oui !.. Soit vous les approuvez.. ,le roi consent et fera exécuter ".. soit vous ne les approuvez pas..
Louis 16
Et je dis non !
Necker
Non !
Louis 16
Comment ça, non ?
Necker
Non, vous ne pouvez pas dire non.. La formule exacte est "le roi examinera.. Je vous l'ai dit, majesté.. suspensif ! suspensif !
Louis 16
Hoo, mais ils m'énervent, ils m'énervent..
Necker
consultant les dossiers
Vous avez tout d'abord les décrets pris dans la nuit du 4 août !
Louis 16
Veto !
Necker
Celui-ci également.. "Il n'y a en France d'autorité supérieure à la loi. Le roi règne grâce à elle, et ce n'est qu'en vertu des lois qu'il peut
exiger l'obéissance"
Louis 16
Veto !
Necker
Un autre !.. Vous devenez Louis de par la grâce de Dieu.. et de la loi constitutionnelle de l'état !
Louis 16
Veto !
47

Necker
Un autre.. Vous ne pouvez choisir vos ministres parmi les députés de l'assemblée nationale !
Louis 16
..??.. Comment cela se fait-il ?
Necker
On dit Mirabeau prêt à vendre ses services au plus offrant ! Une façon comme une autre de l'écarter du pouvoir !
Louis 16
Veto !
Necker
Vous pouvez nommer vos ministres mais ceux-ci peuvent être mais en accusation par l'assemblée !
Louis 16
Veto !
Necker
Vous n'êtes plus roi de France et de Navarre, mais roi des français !
Louis 16
Veto !
Necker
Vous ne pouvez déclarer la guerre sans le consentement de ..
Louis 16
Veto !
Necker
Vous ne pouvez dissoudre..
Louis 16
Veto !
Necker
Il vous est ..
Louis 16
Veto !
Necker
Vous..
Louis 16
Veto !
Voix
éventuellement celles des comédiens venus s'installer en bord de scène
A la lanterne, le veto ! A la lanterne, le veto..
etc.. scandé / le ton monte progressivement / Arrêt brutal

Louis 16 et Necker ont écouté avec inquiétude..

Necker
malade d'inquiétude, désignant le seau
Si vous le permettez, majesté..
Louis 16
Veto !

Necker, dépité, quitte la scène..

Pendant toute la durée de cette scène, Louis 16 a uriné dans le seau (jeu en conséquence du porte- chaise)

Scène 34 : LE BANQUET
Entrée précipitée de Marie Antoinette..

Marie Antoinette
Louis ?
Louis 16
sursautant, ratant le seau)
Oui ?
Marie Antoinette
aux anges
Ils m'ont applaudi... Ils ont crié "vive la reine" !
Louis 16
se rebraguettant
Quoi ?
Marie Antoinette
Ils m'ont applaudi.. Ils ont crié "vive la reine" !
Louis 16
..!!.. Combien cela vous a t'il coûté ?
Marie Antoinette
Mais rien !
48

Louis 16
Stupéfait
Rien ?
Marie Antoinette
Rien !
Louis 16
Me laisseriez vous entendre qu'on a crié "vive la reine" spontanément ..?

Marie Antoinette
Mais bien sûr !
Louis 16
Interloqué
Ha ça, le peuple vous a acclamée et vous n'avez..
Marie Antoinette
Mais non, abruti, pas le peuple, le régiment des Flandres !.. Ha, fidé!es et braves soldats, quel bonheur que de les avoir accueilli à
Versailles !... Nous sommes invités à leur banquet !.. Je vous accorde qu'ils ont bu plus que de raison, mais leur fidélité à la couronne de
France me fait chaud du coeur ! Tous abordent des cocardes blanches ! Par contre, tout ce qui est tricolore a été foulé au pied.. Mais
venez donc ! Vous vous devez d'être avec eux !

Elle quitte la scène...

Louis 16
inquiet, se tenant le ventre
Holala, je ne sais pas pourquoi, mais...

Il quitte la scène..
(petit geste de la main en direction du porte-chaise pour lui signifier de le suivre)

Scène 35 : LES FEMMES A VERSAILLES..


Entrée d'un bateleur..

Bateleur 11
Rire
Vous pensez bien que le récit de ce repas -trop arrosé- et de ses quelques débordements courut bientôt dans tout Paris. On se mit alors à
réclamer le départ du régiment des Flandres, on accusa même le roi de comploter contre le peuple ! Faut vous dire que le peuple n'allait
pas très fort. L'hiver avait été rude, la récolte avait été bonne, et pourtant, le peuple de Paris crevait de faim. Oui, on ne trouvait plus de
pain, et quand on en trouvait, il était cher, très cher, trop cher. Les boulangers furent accusés d'avoir partie liée avec les aristocrates et de
vouloir affamer le peuple de Paris de façon délibérée.. Alors, Mesdames et messieurs, les femmes -Oui, les femmes- décidèrent de se
rendre à Versailles, de voir le roi, et de lui conter bien haut et bien fort leurs misères ! Et les hommes leur emboîtèrent le pas, armés de
bâtons, de piques et de couteaux..

Arrivée précipitée de Lafayette (débraillé)..

Lafayette
Qu'est ce que vous dites ?
Bateleur 11
Je dis que tout Paris est devant les portes de Versailles et qu'il serait bon, Monsieur de Lafayette, que vous y soyez aussi !
Lafayette
Ils sont partis sans moi ?
Bateleur 11
ELLES sont parties sans vous !
Lafayette
quittant précipitamment la scène
Attendez-moi !

Le bateleur, amusé, le regarde partir..

Bateleur 11
Faut vous dire que ce brave Homme a un sommeil de plomb ! Etonnez vous après cela qu'on l'ait surnommé Général Morphée !..
reprenant brutalement sa narration
Et les femmes -Oui, les femmes- tout d'abord impressionnées.."Ho, t'as t'y vu, la Jeannette, c'est le roi, Hou qu'il s'en bon".. puis
vaguement rassurées par quelques promesses.. "Quoi qu'y dit, la Jeannette, pour le pain ? Ha bon, on aura de la brioche".. se
ressaisirent très vite.. "Dis, la Jeannette, Paris Versailles, moi, ça m'a mis les pieds en gelée de coing, que si on doit lui recauser au Louis,
vaudrait peut-être mieux s'éviter le voyage".. Et alors, Mesdames et messieurs, les femmes -Oui, les femmes- ramenèrent le Roi à Paris..

Entrée précipitée d'une Femme..


(surprise du narrateur qui s'attendait visiblement à en voir arriver plusieurs)..

La Femme, trop émue, pour parler, fait comprendre au bateleur de quitter la scène..
49

Le bateleur quitte la scène..

Scène 36 : LE ROI A PARIS


La Femme s'adresse au public..

La Femme
Les voilà !

Elle désigne un point dans la salle..

MUSIQUE
Apparaissent deux grandes marionnettes représentant le roi et la reine..
Ces deux marionnettes sont portées et manipulées par des femmes..

Atmosphère de liesse..

On monte sur la scène..


On manifeste sa foie..

Intervention d'un député..

Le député M
Silence !.. SILENCE !.. Un peuple libre se doit d'être raisonnable. Si vous ne renoncez pas à ces actes précipités et illégaux, vous creuserez
vous-mêmes votre propre tombeau, et tous les honnêtes citoyens, effrayés, fuiront Paris qui ne sera bientôt plus qu'un désert !.. Le roi et
la reine seront logés aux Tuileries..

Tout le monde (désarroi profond) quitte la scène..

Scène 37 : RAPPEL A L'ORDRE


Le député M
s'adressant au public
Ecoutez moi bien.. Sachez que la révolution est finie, et que tout -absolument tout- doit rentrer dans l'ordre..

Apparaissent trois députés, portant chacun un "panneau" sur lequel est inscrit le mot : ORDRE
Ils se tiennent côte à côte. A chaque coup de cymbale, ils avancent d'un pas..

Le député M
En vertu de quoi, l'Assemblée nationale, considérant que la liberté affermit les empires, mais que la licence les détruit..
coup de cymbale
que loin d'être le droit de tout faire, la liberté n'existe que par l'obéissance aux lois..
coup de cymbale
que ces temps de crise nécessitent momentanément des mesures extraordinaires pour maintenir la tranquillité publique et conserver le
droit de tous..
coup de cymbale
décrète la loi martiale !..

3 coups de cymbale..
Au 3ème coup..
Les trois "ORDRE" laissent place à un gigantesque "ORDRE"
50

Le député M
Désormais, tout attroupement sera considéré comme criminel et sévèrement réprimé par la force militaire. Tout individu, convaincu
d'avoir commis des violences, sera puni de la peine de mort..

Arrivée de Marat..
Il évoluera devant le mot "ORDRE"

Marat
Les citoyens timides, les hommes qui aiment leur repos, les heureux du siècle ne redoutent rien tant que les émeutes populaires : Elles
tendent à détruire leur bonheur en amenant un nouvel ordre des choses. Ils ne parlent que d'apaiser le peuple et ils ont pour cela de
puissantes raisons. Car à quoi devons-nous la.. / ... liberté sinon aux émeutiers populaires ? C'est une émeute populaire qui a fait tomber
la Bastille, c'est une émeute populaire qui a fait avorter le complot aristocratique. L'assemblée nationale n'est entrée en activité que grâce
aux émeutes populaires ! C'est donc aux émeutes populaires que nous devons tout, l'abaissement des grands et l'élévation des petits.
Citoyens, cette loi ne servira qu'à vous anéantir ! Réveillez vous, citoyens, REVEILLEZ VOUS !

Scène 38 : L'INQUIETUDE DU PEUPLE


On retrouve la jeune Femme qui avait annoncé l'arrivée du Roi et de la Reine à Paris..

Elle s'adresse au public..


(elle est dans la salle)

La jeune femme
On ne savait plus très bien où on en était ! Lafayette ? Un arriviste.. On n'avait plus confiance en lui ! En août 1790, la garnison de Nancy
s'était révoltée contre ses officiers. La répression fut sanglante et Lafayette ne la condamna point. Tout au contraire !... Mirabeau ?...
Alors, celui-là, difficile de trouver quelqu'un de plus corrompu que lui. Il ne rêvait que de pouvoir et complotait contre l'assemblée
Nationale. Il rencontra même la reine, laquelle d'ailleurs l'impressionna beaucoup..

Apparition de Mirabeau..
(seul sa tête est éclairée / éclairage torche)

Mirabeau
Le roi n'a dans son entourage qu'un seul Homme sur lequel il peut compter .. sa Femme ! .. Vouah
rugissement

La jeune femme
De toute façon, Mirabeau, en avril 1790, pftt, il mourait..

Re-apparition de Mirabeau..
(la torche clignote)

Mirabeau
rugissement se transformant en râle d'agonie..

La jeune femme
Necker ? Depuis son rappel, il n'avait rien fait de bon.. Barnave..?..Lui, c'était l'Homme fort du moment ! Mais on s'en méf iait tout de
même .. Un notable ! Une tape dans le dos pour nous faire avancer, et un coup dans le ventre pour nous faire reculer !...Bien sûr, on avait
Marat, et même Robespierre qui commençait à faire entendre sa voix.. Mais, vraiment, on ne savait plus très bien où on en était ! Et puis,
aux frontières, ça s'organisait. On nous regardait avec des yeux tout ronds. La révolution, on n'aimait guère du côté de la Prusse, de
l'Espagne, de l'Italie, de la Suède, de l'Angleterre.. et même jusqu'à sa sainteté le Pape qui commençait sérieusement à s'inquiéter !

Scène 39 : LE PAPE
La scène est jouée à l'aide de mounaques, lesquelles sont manipulées par des comédiens...
(la scène se joue sur une table)..

Le pape (un comédien) prie devant Jésus sur sa croix (un 2ème comédien)..

Arrivée précipitée de deux enfants de coeur (un 3ème comédien)..


51

Enfant de coeur
El papo ? El papo ?
Le pape
Qué ? Qué ?
Enfant de coeur
Los francès ! Qué ils ont pondu une déclaration des droits de l'Homme !
Le pape
Qué ? Como ? Et que dicé cette déclaration ?
Enfant de coeur
Qué tous les hommes sont libres et égaux !
Le pape
Qué ? Como ? Qué c'est une hérésie ! Tous les hommes sont libres et égaux ?
Enfant de coeur
Si !
Le pape
Non ?
Enfant de coeur
Si !
Le pape
No !
Enfant de coeur
Si !
Le pape
Hooo..
à Jésus
Qué tu entend, toi ? Et qué que tu penses ?
Jésus
Applaudissant
Que je dis Bravo ! Bravo !
Le pape
Furieux
Qué ? ..
Menaçant
Ecoute moi bien ! Qué si tu applaudis encore, que yé prend un marteau et des clous et qué yé te cloue les pieds et les mains.. Et qué, crois
moi, ce sera ta dernière tentation !
Enfant de coeur
Et qué c'est pas tout ! Los frances, una constitution civile du clergé !
Le pape
No ?
Enfant de coeur
Si !
Le pape
Haaa... Qué yé les excommunie tous ! Vade rétro satanas ...
Enfant de coeur
Et qué c'est pas tout ! Los frances, ils mettent en vente les biens de l'église !
Le pape
No ?

Enfant de coeur
Si !
Le pape
Mais c'est une catastrophe ! Qué ils vont me prendre tout ! Et qué yé vais me retrouver en caleçon ! (à Jésus) Et de quoi qué j'aurais l'air
en caleçon, tu peux me le dire, toi, hein .. ??.. (il réalise l'incongruité de sa question / Jésus étant vêtu d'un pagne).. Hé.. Qué yé serai
humble.. (il se remet à prier..)
52

Scène 40 : LA VENTE AUX ENCHERES


Un marchand de biens..

Le marchand
Nous avons maintenant tout loisir de contribuer au bien être de l'état, et, pour ce faire, nous allons procéder ici même à la mise en vente
des biens de l'église. Il va de soi qu'il est permis à tous et à toutes de participer librement à cette mise en vente. Considérant toutefois que
seuls les gens de biens peuvent se porter acquéreurs de telles richesses, il semble exclu que cette mise en vente puisse intéresser le tout
venant, à savoir les pauvres, auxquels toutefois il est donné permission de regarder. Mais, attention. On regarde, mais on ne touche pas !..
Bien, aujourd'hui, grande vente aux enchères d'un superbe domaine..

Entrée d'une bonne soeur transportant la maquette d'un domaine..


(très défilé de mode)
Elle posera la maquette sur une grande table, puis se retirera..

Le marchand
...appartenant aux bénédictins de St Gilles avec abbaye, château, cave à blé, grenier à foin, dépendances diverses, meubles et vaisselles..
Mise à prix -et c'est donné- 5 000 livres !... Si vous voulez bien vous approcher..

MUSIQUE
Arrivée dans le public de 4 couples de bourgeois..
(air suffisant)
On se salue..
On monte sur scène..
On s'installe autour de la table..

Le marchand
il va de soi que le seul bien être de l'état, et par la même du peuple français, pousse ses gens de bien à acquérir un tel domaine..
Les 4 couples acquissent
Ils n'en font nullement une question personnelle..
Les 5 couples se retrouvent tout aussitôt avec la serviette autour du cou et guignent la maquette)...

NB ) la maquette a toute l'apparence d'un énorme gâteau -ce qu'elle est en réalité..

Le marchand
Bien... Les enchères peuvent commencer.. Nous avons dit 5 000 livres..
BH1
5 000 !
BH2
6 000 !
BH4
7 000 !
BH3
8 000 !
BF4
9 000 !
BH2
10 000 !
BH3
Voyons, cher ami, vous êtes déjà propriétaire de la plupart des domaines alentour. A quoi bon vous porter acquéreur de celui-ci ?
BH2
Mon épouse aime les bénédictins !
BH1
11 000 ! ... La mienne attend un enfant ! Autant que celui-ci naisse dans la paix de Dieu !
BH4
Un enfant ? Mais j'en suis ravi pour vous, Madame.. et désolé pour vous, Monsieur !
BH1
Qu'est ce à dire ?
BH4
Et bien, il est fort louable que vous vous intéressassiez au bonheur de l'enfant de votre femme !
BH1
Mais c'est aussi le mien !
BH2
Tiens donc !... 12 000 !
BF3
13 000
BF2
14 000
BF1
15 000
53

BH1
20 000 !...
se rendant compte qu'il vient de surenchérir sur sa femme
Oh pardon !
BH3
25 000
BF4
20 000 livres pour une bondieuserie, comme vous y allez, Monsieur !
BH3
Oui, Madame, j'y vais ! Désolé que vous ne puissiez suivre !
BH2
30 000 ! Je veux ce domaine !
BH3
31 000 ! Sachez, Mr le parvenu, que je ne lâcherai pas prise !

BH1
35 000 ! Ce domaine sera à moi !
BF4
36 000 !
BF1
37 000 !
BF3
38 000 !
BF2
39 000 !
BH4
40 000 ! Ce domaine me revient de droit..
BH1
41 000 !
BH4
42 000 !
BF3
43 000 !
BH4
44 000 !
BH3
45 000 !
BH4
46 000 !
BH1
47 000 !
BH4
48 000 !
BH2
49 000 !
BH4
50 000 !..
il porte la main sur la maquette..
BH1
Lâchez ceci, Monsieur, ou je vous corrige !
BH4
53 000 !
BH2
Faquin !
BH4
55 000 !
BH3
Goujat !
BH4
57 000 !
BH1
Malappris !

BH4
60 000 !
BF1
Vous le voulez ? Et bien, tenez !

Elle prend un morceau du "gâteau" et le lui jette à la figure..


La bataille fait très rapidement rage / Gigantesque bataille de tarte à la crème..
54

Arrivée de Marat..
(les bourgeois cesseront de se battre dès qu'il parlera)

Marat
Citoyens ! Qu'aurons nous à gagner à détruire l'aristocratie des nobles si elle est remplacée par celle des riches ?.. Voyez comment parmi
nous l'avarice et la cupidité ont divisé les citoyens..

Les bourgeois, apeurés, battent en retraite..

Marat
Sachez qu'on ne cherche qu'un prétexte pour vous égorger ! Et ce prétexte, le voici : le roi s'enfuit !

Scène 41 : LA FUITE DU ROI


MUSIQUE
Le roi et la reine surgissent dans le public..
La reine est juchée sur les épaules d'un laquais..
Le roi suit en transportant une pile énorme de valises...
On se "balade" dans le public..

On s'arrête..

Le roi
à un paysan tenant une fourche
Dites moi, mon brave, où sommes nous ?
Le paysan à la fourche
Quoiqu'y veut celui là avec sa bouche en cul de poule ?
Le roi
Où sommes-nous ?
Le paysan à la fourche
Ben que vous êtes à Varennes ! ..??.. Mais je vous reconnais, vous.. Mais quèque vous faites ici ? Vous voulez t'y pas rentrer chez vous, ou
qu'à grands coups de fourche dans le séant que je vais vous renvoyer d'où que vous venez !
Le roi
Apeuré
Demi tour, on rentre..

Le couple repart
(accompagnement MUSIQUE)

Ils arrivent sur scène..

Un parisien est là et les regarde..

Le roi
Heu, cher peuple de Paris, me voilà parmi vous..
Le parisien
..!!..
Le roi
de plus en plus embarrassé
Heu, c'est un malentendu.. On.. Comment dirais je..
Marie Antoinette
On nous a enlevés !

Intervention des bourgeois..


55

(ceux de la mise en vente / situés dans un coin de la scène, ils ont assisté à l'arrivée sur scène du roi et de la reine)

On entoure le roi et la reine en proclamant leur innocence..

Le groupe quitte la scène..


Le parisien les regarde partir...

Intervention de Barnave (lequel a assisté à la sortie du roi et de la reine)

Barnave
Sa majesté dit vrai ! Elle a été enlevée..
Le parisien
petit rire méprisat
Député Barnave, crois tu le peuple de Paris assez couillon pour avaler de telles couleuvres !

Barnave
..!!.
Le parisien
Un jour arrivera où je te montrerai mon cul !

Il quitte la scène..

Scène 42 : BARNAVE / BABOEUF


Barnave s'adresse au public..

Barnave
Tout changement est aujourd'hui fatal, tout prolongement de la révolution est aujourd'hui désastreux. La question, je la place ici :Allons
nous terminer la révolution, allons nous la continuer ?... On nous fait grand mal quand on perpétue ce mouvement révolutionnaire qui a
détruit tout ce qu'il y avait à détruire, qui nous conduit au point où il fallait nous arrêter, et qui ne cessera que par une détermination de
tout ce qui peut composer la nation française.. Si la révolution fait un pas de plus, elle ne peut le faire sans changer. Un pas de plus dans
la ligne de la liberté, et c'est l'anéantissement de la royauté. Un pas de plus dans la ligne de l'égalité et c'est l'attentat à la propriété.. LA
REVOLUTION EST FINIE !

Une Femme se dresse dans le public..

La Femme
Finie ?.. Tu nous as fait sortir de nos trous à rat et tu voudrais nous y remettre ? Sache, citoyen Barnave, que la révolution n'est pas
finie.. Veux tu entendre ce qu'à écrit Gracchus Baboeuf ?.. Ecoute, ça te concerne.. "Perfides, vous qui cirez qu'il faut éviter la guerre
civile, qu'il ne faut point jeter parmi le peuple de brandons de discorde ! Mais quelle guerre civile est plus révoltante que celle qui fait voir
tous les assassins d'une part et toutes les victimes sans défense de l'autre ! Pouvez-vous faire un crime à celui qui veut armer les victimes
contre les assassins ?... Que le combat s'engage sur le fameux chapitre de l'égalité et de la propriété !.. Que le peuple renverse toutes les
anciennes institutions barbares ! Que la guerre du riche contre contre le pauvre cesse d'avoir ce caractère de toute audace d'un côté et de
toute lâcheté de l'autre ! Tous les maux sont à leur comble, ils ne peuvent plus empirer. Ils ne peuvent se réparer que par un
bouleversement total ! Voyons le but de la Société, voyons le bonheur commun, et venons après mille ans changer ces lois grossières "..
Alors, citoyen Barnave, crois-tu que tu vas arrêter la révolution .. ? On n'arrête pas un incendie en y crachant dessus ..

Des bougies sont allumées les une après les autres sur toute la longueur de la scène (de façon à se retrouver dans un théâtre à l'ancienne).

Scène 43 : LE COMEDIEN
Un comédien à sa table de maquillage.. Il écrit une lettre..
(plume d'oie pour ce faire)
Le comédien = le bateleur qui a lancé le spectacle..

Il relit la lettre qu'il vient d'écrire..

Pendant la lecture, tous les comédiens du spectacle viendront l'entourer /Ils sont visiblement intéressés par le contenu de la lettre..
(donner ainsi l'impression que la lettre est "collective)

La table de maquillage à laquelle le comédien est installé est situé en fond de scène..
(sur le devant de la scène, les bougeoirs).
56

Le comédien
"Très chère épouse.. Aujourd'hui 30 septembre 1791... Je suis bien arrivé à Paris, et si je ne t'ai pas donné de mes nouvelles plus tôt, c'est
que j'ai eu fort à faire. Si tôt arrivé, j'ai pris contact avec Ruggieri qui projet de faire comédie pour célébrer la prise de la Bastille. La
comédie est annoncée véritable, mais je pense pour ma part que c'est tromperie, car beaucoup de ceux qui y figurent font comme moi
profession de comédien. J'ai eu autre proposition pour jouer dans une pièce de Mr de Beaumarchais. Le rôle est petit et le paye en
rapport. Je ne pourrai pas t'envoyer de l'argent. Demande à mon père si tu avais difficulté. C'est un Homme bon, même s'il n'aime pas le
métier que je fais. J'ai trouvé à me loger et me nourris chichement en évitant le boire. Ici, à Paris, tout est cher et c'est grand danger de se
promener. Les gens ont mauvaise mine et ont grande peur de s'attrouper. Tous ont encore souvenir de la fusillade de Juillet sur le
Champ de Mars. Les soldats ont méchamment tiré sur le peuple. Une mère m'a parlé de son enfant mort. J'ai été voir nos députés à
l'assemblée nationale. Ils se sont grandement disputé. J'ai fâcheuse impression que le pouvoir a altéré leur sincérité. Ils ont beaucoup
donné à la révolution et semblent vouloir maintenant en tirer profit. Tout cela ne présage rien de bon. Mais je suis content, car j'ai pour
la révolution tendresse et amour. Je ne connais rien à la politique, je ne suis qu'un comédien. J'ai joué force comédies et tragédies. Bien
ou mal, mais j'ai aimé jouer car je le faisais dans la sincérité de mon coeur. Je sais maintenant qu'un comédien se doit d'amuser, mais
aussi de railler les travers de nos maîtres. J'ai vu pantomime au champ de Mars. On y jouait en improvisant. A la fin, un riche
commerçant s'asseyait sur le roi comme sur un tabouret, et puis il faisait même chose avec un pauvre à qui il donnait à boire et manger
pour le rendre plus gras. Mais il était assis dessus. La farce était grossière mais cela m'a plus car elle était juste. Certains voudraient
nous faire croire que la révolution est finie, mais ce n'est pas vrai. Le bonheur commun est certes utopie, mais on se doit d'aller le
chercher et pour cela ne jamais s'arrêter. C'est cela qui fait la vie, et ce n'est point violence que de lutter pour cela. Je sais maintenant
qu'un saltimbanque se doit de mêler sa voix à celle des humbles et de lutter contre tous les pouvoirs quels qu'ils soient. Peut-être suis je
naïf, mais cela ne fait rien. Ton tendre époux qui t'aime et qui t'embrasse..

Il reprend sa plume et signe la lettre...


Un roulement de tambour se fait entendre.

Scène 44 : LE SALUT FINAL


Le comédien sourit. Il se lève, gagne le devant de la scène..

Le comédien
voix tonitruante
Il était une fois dans un pays que vous avez oublié..

Roulement de tambour
Tous les comédiens gagnent le devant de la scène..

Le comédien
On salue !

Roulement de tambour..
On salue

Le comédien
Et on s'en va...

Tous quittent la scène..

MUSIQUE

Noir final
57

Lors de la création

Georges BERDOT
Bateleur 1 / Gaspard / Mounier / Mirabeau / De Breuil / Récitant Bastille / Homme 2 / Député W / Bourgeois 2 / Le marchand /
Le comédien /
Marc AUFFRET
Joueur de tambour / Le joueur de tambour doléances / Legrand / D’Arbois / Récitant Bastille / Homme 4 / Aristocrate / Député X /
Le porte chaise / Le pape /
Francis BREL
Comédien Lion / Couple 1 Disette / Le clergé / Dutrinquier cadet / Homme 3 / Paysan 1 / Evêque de langres / Nègre 1 /
Bateleur 1O / Bourgeois /
Agnès SAUBION
Busard puis Chauve-souris / Couple 1 Disette / La poule / La nation malade / Aristocrate / Femme de Paris / La jeune femme /
Muriel MACHEFER
Busard puis Chauve-souris / Couple 3 Disette / Julie / La Lamballe / La femme du peuple / Récitant Bastille / Femme 3 /
Aristocrate / Marthe / Femme de Paris / Bourgeois / La femme /
Georges BARAX
Comédien Corbeau / Couple 4 Disette / La noblesse / Roi de cœur / Dutrinquier ainé / Homme 6 / Le député / Barnave /
Nègre 2 / Bourgeois /
Patrice THIBAUD
Comédien dindon / Louis 16 / Roi de pique / Homme 5 / Grandin /
René CARAZ
Comédien Ane / Couple 3 Disette / Le Tiers Etat / Bateleur 7 / L’officier / Récitant Bastille / Marat / Castellane /
Porteur de Marionnette /
Marilou FOLL
Marie la Misérable / Nestine / La femme des halles / Récitant Bastille / Femme 1 / Rose / Femme de Paris / Bourgeois /
Jean François TOULOUSE
Le grand Seigneur / Couple 2 Disette / Le grand Seigneur Puzzle / Necker 1 / Bateleur 4 / Bateleur 5 / Thomas / Récitant Bastille /
La fayette / Malouet / Homme de St Domingue / Bourgeois /
Frédéric FOUCAULT
Le prélat / Couple 5 Disette / Le riche abbé / Le candide / Bateleur 6 / Benjamin / Durand / Necker II / Le parisien /
Maryvonne RIEUPET
Mariette / Couple 5 Disette / La Polignac / Paysanne 1 / Femme de Paris / Bourgeois /
Martine PONT
Jeanne / Couple 4 Disette / Toinette / Marie Antoinette / Récitant Bastille / Femme 2 / Aristocrate / Mariette /
Daniel GROS
Le seigneur / Justin / Abbé Seyes / Marquis de Breux-Brézé / le banquier / Récitant Bastille / Homme 1 / Le Chapelier / Bourgeois 1
/ Bateleur 11 / Bourgeois /
Véronique DIEUAIDE
Bateleur 2 / Bateleur 3 / Bateleur 8 / Récitant Bastille / Paysanne 3 / Bateleur 9 / Femme de Paris / Bourgeois /
Odile BERANGER
Couple 2 Disette / Paysanne 2 / Femme de Paris / La Nonne /
Olivier MEUNIER-QUINSAC
Le porteur du puzzle / Manipulateur / Le valet de Mirabeau / L'homme / Aristocrate / Porteur de Marionnette / Manipulateur Jésus /
Jean-Francois BOS
Le courtisan / Manipulateur / Grachus Baboeuf / Aristocrate / L'enfant de cœur / Le paysan /
58

THEATRE JOB Présente

Une création de

Ariane Mnouchkine / Théâtre du Soleil


Adaptation et Mise en scène de Georges BERDOT
Avec Odile BERANGER, Véronique DIEUAIDE, Marilou FOLL, Muriel MACHEFER, Martine PONT,
Maryvonne RIEUPET, Agnès SAUBION, Marc AUFFRET, Georges BARAX, Georges BERDOT, Francis
BREL, Jean François BOS, René CARRAZ, Frédéric FOUCAULT, Daniel GROS,
Olivier MEUNIER-QUINSAC, Patrice THIBAUD, Jean François TOULOUSE
Costumes Odile BERANGER Marionnettes et Masques Sylvianne PARIS
Décors Serge DIMITRI Réalisation des décors Bruno MARCHAND et Olivier MEUNIER-QUINSAC
Régie Françoise SANALOUBAT, Loran CHAPOTOT-PRIEUR, Freddy LEON , Yvan LABASSE
Assistanat Mise en scène Maryvonne RIEUPET

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