Chapitre 1 : Base de la transmission numérique
Introduction
Les communications numériques regroupent les techniques permettant à deux machines, ou plus, d’échanger
des informations sous forme de symboles issus d’un dictionnaire défini au préalable. La communication entre
un téléphone et un serveur web, ou entre une souris et un ordinateur, ou entre deux robots sont des exemples
parmi tant d’autres de communication numérique.
Pour transmettre un message sous forme numérique, il faut passer par un ensemble d’étapes qui représentent
la chaîne de communication.
Dans ce cours, nous nous concentrons sur les trois blocs fondamentaux :
• le codage source, qui permet de transformer le message, quelle que soit sa nature, en séquence
numérique ;
• le codage canal, qui ajoute de la redondance d’information pour rendre la transmission plus robuste
face aux perturbations de la transmission ;
• la modulation, qui transforme la séquence numérique en un signal adapté à la transmission.
.
1.1-Definition du concept
1.1.1-Les communications numériques (digital communication) concernent la transmission
d’un message d’un émetteur vers un ou plusieurs récepteurs. L’émetteur et le récepteur peuvent être des
machines, des supports de stockage ou des humains. Le message correspond à une suite de symboles,
l’ensemble de tous les symboles possibles est appelé un alphabet. Une communication est numérique
lorsque le nombre de symboles dans l’alphabet est fini, à la différence d’une communication analogique pour
laquelle il existe un nombre infini de symboles possibles.
Si M est la taille de l’alphabet, c’est-à-dire le nombre de symboles le constituant, alors on dit que la
communication est M-aire. Si M=2, on parle de communication binaire.
1.1.2-Le signal numérique est un signal dans lequel l’information originale est convertie en une chaîne de bits
avant d’être transmise.
Il s’agit d’un moyen de transmettre des données qui convertit les données en valeurs distinctes, généralement
basées sur le code binaire sur lequel les systèmes informatiques travaillent, qui se compose de paquets
d’informations codées comme des chaînes de ceux et des zéros.
Contrairement à un signal analogique, qui est un signal continu qui contient des quantités variables dans le
temps, un signal numérique a une valeur discrète à chaque point d’échantillonnage.
La précision du signal est déterminée par le nombre d’échantillons enregistrés par unité de temps.
L’utilisation de la signalisation numérique permet une copie précise et presque identique de certains types
d’informations comme les chiffres, les lettres ou les couleurs de pixels individuels qui composent les images,
et ces informations peuvent être stockées sans dégradation à long terme de sa qualité.
1.2-Exemples
• La transmission entre un ordinateur personnel et un serveur web est numérique : seulement deux types
de symboles peuvent être transmis (0 et 1). La communication est donc binaire (M=2).
• En Morse, qui est aussi un type de communications numériques, on peut considérer que M=3 : les
symboles de l’alphabet sont le point, le trait et le silence.
• Entre un automobiliste et un feu de signalisation, la communication est également numérique ! Il y a
dans ce cas trois types de symboles : vert, orange et rouge (M=3). En Allemagne, il y a un quatrième
symbole avec l’orange-rouge et donc M=4.
• Entre deux humains, la communication est traditionnellement analogique ; la voix, même si elle utilise
un nombre possible de mots qui est fini, est modulée par l’intonation et l’expression faciale. Cependant,
il existe des cas où la communication entre deux humains est numérique, comme sur les pistes
d’aéroport entre le pilote d’un avion et le marshaller.
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1.3-L’intérêt du numérique
La popularité croissante du numérique dans les communications est due à plusieurs facteurs.
• Le numérique permet le routage (décision du chemin que prennent les messages) et l’adressage
(définition de la destination) dans un système multi-utilisateur (comme pour le courrier électronique).
• Des messages de natures différentes peuvent être transmis via le même canal (la fameuse offre triple-
play des box internet qui permettent d’acheminer du contenu web, des signaux de télévision ou de la
voix pour le téléphone).
• Le chiffrement de données est plus simple et plus performant qu’en analogique.
• Le stockage et la lecture d’information sur un support physique (disque dur SSD par exemple) sont à la
fois rapides et parfaits en comparaison à leur équivalent analogique (cassette par exemple).
• La reconstitution du message pendant le transfert pour limiter sa dégradation est possible (par
exemple, le premier câble à fibre optique transatlantique TAT-8 utilisait une centaine de répéteurs sous
l’océan).
• Les circuits d’électronique numérique sont généralement plus fiables et moins coûteux que les circuits
analogiques équivalents.
• Les caractéristiques des systèmes de communication numérique peuvent facilement être mis à jour
puisqu’il suffit de modifier le logiciel plutôt que le matériel.
1.4-Chaîne de communication
La chaîne de communication numérique représente les différentes étapes de traitement de l’information. Elle
relie l’émetteur au récepteur par l’intermédiaire d’un canal de transmission (channel). Le canal est le milieu
dans lequel est transmis ou stocké l’information du message (comme un câble électrique ou une fibre optique).
Ainsi, comme indiqué dans la Fig. 2, le message m, qu’il soit analogique (m(t)) ou déjà sous forme numérique
(m[n]), est transformé via les différents blocs de l’émetteur pour finalement devenir un signal
analogique x(t) qui est émis.
Le récepteur reçoit quant à lui un signal analogique y(t) qui diffère de x(t) à cause des perturbations sur le
canal de transmission. Les opérations inverses de l’émetteur permettent d’obtenir un message reçu m^, qu’on
espère être exactement le message émis.
1.5. Fonctionnement de chaque bloc
• Le convertisseur numérique–analogique (CAN) transforme le message analogique en message
numérique. Il effectue donc un échantillonnage et une quantification du signal portant le message
analogique. Le CAN n’est bien sûr pas utile si le message est déjà sous forme numérique (comme c’est
le cas d’un texte par exemple).
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• Le codage source effectue une mise en correspondance entre l’alphabet du message et celui du
canal. Par exemple, un texte dont les symboles sont les lettres et les signes de ponctuation est
transformé en message binaire dont les symboles sont 0 et 1. Le codage source peut également
effectuer une compression des données, c’est-à-dire réduire le plus possible la taille du message qui
sera effectivement transmis.
• Le chiffrement (parfois appelé, à tort, « cryptage ») consiste à modifier le message selon une certaine
règle pour garantir son authentification ou pour le rendre incompréhensible si on ne possède pas la
règle.
• Le codage canal ajoute de la redondance dans le message ; le message est donc rallongé. L’objectif
est de protéger le message des erreurs de transmission. Les codes utilisés permettent de détecter la
présence d’erreurs dans le message reçu, et parfois même de les corriger.
• Le multiplexage regroupe plusieurs messages différents pour qu’ils puissent être transmis sur le
même canal. Ce bloc peut être situé à d’autres endroits sur la chaîne.
• Enfin, la modulation convertit le message numérique en message analogique pour qu’il puisse être
transmis via le canal, qui est un support physique et donc forcément analogique.
1.5-Chiffrement
La cryptographie modifie le message pour le protéger et ainsi garantir :
• sa confidentialité (personne ne peut lire le message sans la clé) ;
• son authenticité (vérifier l’identité de l’émetteur) ;
• son intégrité (vérifier que le message n’a pas été modifié).
La modification est définie à l’aide d’une ou plusieurs clés,
On distingue trois familles de méthodes de chiffrement.
• Les algorithmes de chiffrement faible sont facilement décryptables. Ils consistent principalement à
remplacer les symboles du message suivant une règle assez simple, comme par exemple un décalage
des lettres dans l’alphabet pour les messages texte. Citons par exemple le chiffre de César qui
remplace chaque lettre d’un texte par la ne lettre suivante dans l’alphabet. Ainsi, si n=2, alors le mot «
ECOLE » devient « GEQNG ». Pour déterminer n, on peut tester toutes les possibilités (force brute) ou
observer les statistiques d’apparition de chaque lettre, sachant qu’en français la lettre « E » est la plus
courante.
• Les algorithmes de chiffrement symétrique nécessitent une clé qui sert au chiffrement et au
déchiffrement. La clé doit donc rester secrète. On peut citer l’algorithme AES qui est notamment utilisé
dans certaines communications WiFi.
• Enfin, les algorithmes de chiffrement asymétrique nécessitent deux clés :
o une clé publique, connue de tous, pour effectuer le chiffrement du message,
o une clé privée, gardée secrète, pour déchiffrer le message.
L’algorithme RSA est un algorithme de chiffrement asymétrique utilisé pour le commerce électronique, les
signatures électroniques, etc.
1.6-Multiplexage
Le multiplexage consiste à partager les ressources entre plusieurs messages issus de différents émetteurs et
récepteurs. On parle de MIMO (multiple input multiple outputs). Il existe quatre façons de multiplexer un
signal :
• multiplexage en temps (TDMA : time division multiple access) : le temps est divisé en plusieurs
créneaux, chacun étant affecté à un émetteur. Ainsi, les émetteurs envoient leur message les uns
après les autres ;
• multiplexage en fréquence (FDMA : frequency division multiple access) : chaque émetteur utilise une
bande de fréquence propre ;
• multiplexage en code (CDMA : code division multiple access) : chaque couple émetteur–récepteur
dispose de son propre codage ;
• multiplexage en polarisation (PDMA : polarisation division multiple access) : des polarisations
orthogonales sont associées aux émetteurs (la polarisation correspond à l’orientation des champs
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électromagnétiques). On peut ainsi atteindre quatre messages en parallèle en utilisant les polarisations
rectilignes et circulaires.
1.6.1 - Multiplexage Temporel TDMA
1.6.1.1-Fonctionnement
• Attribution de tranches de temps : Le canal de communication disponible est divisé en tranches de
temps égales. La durée de chaque créneau temporel est généralement très courte, souvent mesurée
en microsecondes.
• Segmentation des données : les données provenant de différentes sources sont divisées en paquets
ou trames plus petits, chacun convenant à la transmission dans un seul intervalle de temps.
• Transmission : Chaque source se voit attribuer un créneau horaire spécifique pendant lequel elle peut
envoyer ses données. Les données des différentes sources sont transmises les unes après les autres
de manière cyclique, formant un flux continu de données sur le canal.
• Réception : à l'extrémité de réception, le signal multiplexé est démultiplexé pour séparer les flux de
données individuels. Chaque flux de données est ensuite reconstruit en fonction de l'intervalle de
temps qui lui a été attribué lors de la transmission.
1.6.2 - Multiplexage en fréquence FDMA
1.6.2.1-Fonctionnement
Le FDMA est une technique de multiplexage qui a été largement utilisée dans les premières générations de
télécommunications mobiles.
• Le concept est relativement simple : chaque canal de communication se voit attribuer une bande de
fréquence unique, ce qui permet de transmettre plusieurs signaux simultanément sur un même support
sans interférence entre eux.
• Un des principaux avantages de cette méthode est que chaque utilisateur dispose de sa propre bande
de fréquence pendant toute la durée de l'appel, ce qui simplifie la gestion du signal et réduit les risques
de collision et d'interférence entre les canaux.
• Toutefois, cette méthode a aussi des limites, surtout en termes de capacité et d'efficacité spectrale,
surtout comparée aux techniques plus récentes comme le TDMA (Time Division Multiple Access) ou le
CDMA (Code Division Multiple Access).
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1.6.3 - Multiplexage en code CDMA
1.6.3.1-Fonctionnement
Dans le CDMA, tous les signaux occupent la même bande passante de fréquence et sont transmis
simultanément dans le temps, mais les différents signaux sont distingués les uns des autres au niveau du
récepteur par des codes d'étalement spécifiques ou un modèle de saut de fréquence.
1.7-Canal de transmission
Les canaux étant des dispositifs physiques, le signal qui y circule est toujours analogique, même si
l’information reste codée par un message numérique. La transmission est souvent perturbée par deux
phénomènes qui limitent la quantité de données pouvant être transmises :
• du bruit, qui peut être électronique (produit par les composants), électromagnétique (dû aux rayons
cosmiques du soleil) ou des interférences avec d’autres signaux (phénomène de diaphonie) ;
• des distorsions dues aux limitations physiques du canal ou aux imperfections des équipements :
o atténuation du signal,
o distorsion d’amplitude et de phase,
o échos (trajets multiples),
o largeur de bande du canal limité.
Pour ces raisons, un canal et souvent modélisé, en première approche, par un filtre passe-bas et un bruit
additif :
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Fig. 3 Modèle simple d’un canal.
Il existe plusieurs familles de canaux, avec leurs caractéristiques propres, qui sont listés ci-dessous.
1.7.1-Câble électrique
Un câble électrique simple est constitué de deux fils conducteurs d’électricité. On distingue notamment :
• le câble simple où les deux fils sont côte à côte ;
• la paire torsadée (Fig. 4) où les deux fils sont enroulés l’un sur l’autre : on limite ainsi les interférences
et la diaphonie, et on utilise ce type de canal pour des communications sur de courtes distances ;
• le câble coaxial (Fig. 5) où l’un des deux fils est en fait un treillis qui entoure l’autre fil. Ainsi, les
interférences avec d’autres dispositifs sont extrêmement réduites. Le câble coaxial est utilisé dans
certains réseaux Ethernet ou pour transmettre un signal vidéo sur quelques dizaines de mètres. Les
premiers câbles sous-marin étaient co-axiaux, mais ils sont maintenant largement dépassés par les
câbles à fibre optique.
Fig. 4 Paires torsadées. Fig. 5 Câble coaxial.
1.7.2-Fibre optique
Une fibre optique est un fil en verre ou en plastique qui conduit la lumière entre ses deux extrémités avec très
peu de pertes. De ce fait, elle présente très peu de distorsion et n’introduit quasiment pas de bruit. La fibre
optique est utilisée à tous les niveaux de l’architecture de communication : des câbles sous-marins aux
logements.
Fig. 6 Illustration d’un câble contenant plusieurs fibres optiques.
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1.7.3- Canal électromagnétique
Le canal électromagnétique regroupe tous les milieux où les ondes électromagnétiques (comme les ondes
radio ou la lumière) peuvent se déplacer. Typiquement, il s’agit de l’air libre. On distingue trois types de
propagation :
• la propagation en ligne de mire qui permet des communications très haute fréquence ; elle est utilisé en
téléphonie mobile ou pour la communication par laser entre bâtiments ;
• la propagation par onde de sol : l’atmosphère joue le rôle d’un guide d’onde ; elle permet des
communications à très basses fréquence et autorise la diffusion du message dans le monde entier (par
exemple en navigation) ;
• la propagation ionosphérique où les ondes rebondissent sur la ionosphère et la surface de la Terre.
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