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Cet article explore la concurrence fiscale sur le bénéfice des entreprises au sein de l'Union européenne, en mettant en avant les théories récentes sur la taxation optimale et les distorsions engendrées par cet impôt en économie ouverte. Il examine également les disparités fiscales entre les pays européens et leur impact sur les décisions de localisation des entreprises et les comportements d'optimisation fiscale. Enfin, l'article présente des travaux empiriques quantifiant ces effets, soulignant la complexité de la fiscalité dans un contexte d'économie globalisée.

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Cet article explore la concurrence fiscale sur le bénéfice des entreprises au sein de l'Union européenne, en mettant en avant les théories récentes sur la taxation optimale et les distorsions engendrées par cet impôt en économie ouverte. Il examine également les disparités fiscales entre les pays européens et leur impact sur les décisions de localisation des entreprises et les comportements d'optimisation fiscale. Enfin, l'article présente des travaux empiriques quantifiant ces effets, soulignant la complexité de la fiscalité dans un contexte d'économie globalisée.

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La concurrence fiscale sur le bénéfice des entreprises :

théories et pratiques
Emmanuel Bretin, Stéphane Guimbert, Thierry Madiès
Dans Économie & prévision 2002/5 (no 156), pages 15 à 42
Éditions La Documentation française
ISSN 0249-4744
DOI 10.3917/ecop.156.0015
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La concurrence fiscale sur le bénéfice des
entreprises : théories et pratiques
Emmanuel Bretin(*)

Stéphane Guimbert(**)

Th. Madiès(***)

L’objet de cet article est de présenter dans un premier temps les principaux résultats portant sur
la taxation optimale du bénéfice des sociétés et sur les distorsions qu’engendre cet impôt en
économie ouverte. L’accent est en particulier mis sur les analyses théoriques les plus récentes
issues de la nouvelle économie géographique et des théories du commerce international.
Ensuite sont présentées différentes mesures des disparités fiscales au sein des pays de l’Union
européenne. La divergence de leurs résultats pourrait laisser perplexe, mais elle résulte en fait
des différences d’objets assignés à ces indicateurs. On s’intéresse enfin à quelques travaux
empiriques visant à quantifier l’effet des disparités de charges fiscales sur le comportement des
entreprises. Les écarts d’imposition peuvent en effet affecter les décisions de localisation des
entreprises et les flux d’investissements directs mais ils peuvent également entraîner des
comportements d’optimisation fiscale, difficiles à cerner sur le plan empirique.
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(*) Ministère de l’Economie, des finances et de l’Industrie, Direction de la Prévision, bureau des Études Fiscales.
E-mail : [email protected]
(**) Banque Mondiale
E-mail : [email protected]
(***) Université d’Evry Val-d’Essonne et GRID
E-mail : [email protected]
Les auteurs s’expriment ici à titre personnel : les institutions pour lesquelles ils travaillent ne sont en rien engagées par ce document.

Économie et Prévision n° 156 2002-5

15
Avec l’achèvement de l’Union monétaire, les risques d’indicateurs permettant d’apprécier les écarts de
de concurrence fiscale entre États européens, bien fiscalité entre États. Ceux-ci résultent non seulement
que déjà identifiés dès la fin des années quatre-vingt, de la forte disparité des taux légaux mais aussi des
se sont accrus. La constitution du marché unique différences de législations fiscales concernant la
européen, programmée pour le 1er janvier 1993 mais détermination de l’assiette et des règles de double
effectif dès 1990 pour les mouvements de capitaux, imposition. L’accent est ensuite mis sur les effets que
avait déjà suscité de nombreuses inquiétudes eu de tels écarts d’imposition peuvent avoir sur les
égard à ses effets sur les systèmes fiscaux nationaux. décisions de localisation des entreprises et sur les
La mise en place de l’euro empêche désormais flux d’investissements directs. Nous revenons enfin
totalement les gouvernements d’exercer leur sur la question de l’optimisation fiscale qui reste bien
souveraineté en matière monétaire et de manipuler difficile à cerner sur le plan empirique.
leur taux de change pour améliorer la compétitivité
de leur économie. Dans ces conditions, bien que ces
deux leviers de politiques économiques aient vu leur
efficacité se réduire considérablement au fil du
temps, nombreux sont les observateurs qui
L’analyse théorique de la fiscalité en
considèrent que la fiscalité reste le seul instrument économie ouverte
directement accessible aux gouvernements pour
renforcer l'attractivité de leur territoire économique Dans cette première partie, nous présentons un
national. La concurrence fiscale entre États panorama des analyses théoriques des questions
européens pourrait alors renforcer la contrainte que fiscales que soulève l’ouverture des économies. A
constitue déjà le Pacte de stabilité et de croissance
priori, en économie ouverte comme en économie
sur les finances publiques nationales.
fermée, la taxe sur le cash flow est optimale au sens
Après les recommandations faites par le rapport où elle ne distord pas l’allocation des
Ruding (1992), l’adoption par le Conseil européen investissements. Malgré tout, la première section
en 1997 d’un code de “ bonne conduite” concernant illustre le fait que l’ouverture des économies pose
la fiscalité des entreprises témoigne de la crainte des des questions fiscales spécifiques. La problématique
instances européennes que les disparités de devient plus complexe dès lors que les États peuvent
législations nationales en matière de fiscalité sur le avoir des comportements stratégiques, en particulier
bénéfice des sociétés ne se traduisent par des en présence de rendements croissants ou de
mouvements d’entreprises au sein de l’Union concurrence imparfaite sur le marché des biens
européenne pour des motifs uniquement fiscaux. (deuxième section). Enfin, le comportement
Aussi, l’objet de cet article est de présenter à la fois stratégique des entreprises se manifeste notamment
d’un point de vue théorique et empirique les enjeux par la manipulation des “prix de transfert” qui, selon
de la concurrence fiscale sur le bénéfice des sociétés l’analyse théorique, ont toutes les chances de ne pas
au sein de l’Union européenne. être optimaux (troisième section).

Taxation optimale du capital en économie


La première partie de cet article s’intéresse aux
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ouverte : les principaux résultats
principaux résultats en matière de taxation optimale
du bénéfice des sociétés et aux distorsions L’objet de cette premiere section est de présenter les
qu’engendre cet impôt en économie ouverte. principaux résultats en matière de taxation optimale
L’accent est mis en particulier sur les analyses du bénéfice des sociétés. Nous nous appuyons tout
théoriques les plus récentes de la concurrence fiscale d’abord sur une version simplifiée du modèle de
qui permettent de traiter des problèmes de double Haufler et Schjelderup (1999) pour montrer que, si
imposition des revenus transfrontaliers dans un les gouvernements peuvent choisir à la fois leur taux
cadre conceptuel plus adéquat que les modèles de d’imposition et l’assiette de l’impôt sur le bénéfice
fiscalité optimale. Les travaux sur la concurrence des sociétés, alors il est efficace d’autoriser la
fiscale se rapprochent désormais des modèles issus déductibilité complète du coût du capital (taxe sur le
de la nouvelle économie géographique et des cash flow). Ce résultat, désormais bien établi en
nouvelles théories du commerce international économie fermée, continue d’être vrai en économie
(notamment des modèles de politique commerciale ouverte quand les investisseurs nationaux peuvent
stratégique). Ils font aussi une large place à des aussi placer leur épargne sur un marché international
modèles dans lesquels la concurrence fiscale résulte du capital supposé parfaitement concurrentiel.
non pas de délocalisations physiques d’unités de
production, mais d’une manipulation comptable de Nous présentons ensuite les deux grands principes
bénéfices opérée par des entreprises multinationales d’imposition des revenus transfrontaliers (principe
à des fins d’optimisation fiscale. de la source versus principe de résidence) et leurs
propriétés au regard de la neutralité à l’importation
La deuxième partie de cet article essaie tout d’abord des capitaux (NIC) et de la neutralité à l’exportation
d’évaluer la réalité de la concurrence fiscale dans le des capitaux (NEC). Un point de vue de fiscalité
cadre européen en présentant un certain nombre optimale conduit à privilégier le principe de la

16
source, qui garantit la NEC et l’allocation efficace de Par conséquent, quand α i = 1, l’impôt sur le bénéfice
l’investissement. Nous montrons, enfin, que les des sociétés frappe uniquement les profits purs alors
systèmes fiscaux empruntent à la fois au principe de que, si α i < 1, l’investissement est aussi taxé (à
la source et au principe de résidence, ce qui pose un l’inverse quand α i > 1, l’investissement est
problème de double taxation des revenus subventionné).
transfrontaliers.
L’individu représentatif dans chaque pays maximise
Taxe sur le cash flow et optimum de premier rang une fonction d’utilité u i ( c 1i , c i2 ) sous sa contrainte
Considérons un modèle d’investissement et de budget intertemporelle. La résolution de ce
d’épargne à deux périodes avec un seul bien problème montre que le profil de consommation
homogène et deux petits pays ouverts (le taux intertemporelle de l’individu représentatif n’est pas
d’intérêt mondial est supposé exogène). Dans modifié par l’impôt sur les sociétés, car les ménages
chaque pays i ( i ={A, B}), l’agent représentatif, qui peuvent toujours placer leur épargne sur le marché
est à la fois consommateur et investisseur, reçoit une des capitaux. Plus intéressant pour nous est la
dotation exogène à la première période ( e i ) qui peut condition du premier ordre qui permet de calculer le
être soit consommée ( c 1i ), soit épargnée. L’épargne choix optimal d’investissement. Il suffit de dériver
( e i − c 1i ) est investie, soit dans la production l’équation (2) par rapport à k1 pour obtenir :
nationale, soit sur un marché international du capital (1 − α i t i )
(le retour net sur investissement dans chaque pays (3) f ′ ( k i ) = (r + θ) ∀ i = {A, B}
(1 − t i )
doit être égal à l’équilibre au taux d’intérêt – net –
mondial).
La condition (3) montre que, sauf pour le cas trivial
La production nationale utilise uniquement du où t i = 0, l’absence de distorsion sur le choix
capital pour aboutir à un bien échangeable à la d’investissement n’est vérifiée que si α i = 1. Dans
deuxième période. Les propriétés de la fonction de ce cas, la déductibilité du “vrai” coût du capital de
production f ( k i ) sont les suivantes : f ′ ( k i ) > 0 et l’assiette de l’impôt sur le bénéfice des sociétés fait
f ′′ ( k i ) < 0 (il existe donc implicitement un facteur que le retour sur investissement n’est pas taxé à la
fixe qui permet de dégager des profits purs). Le stock marge et que seuls les profits “purs” le sont. En
de capital dans les deux pays se déprécie au même revanche, quand α i < 1, la productivité marginale du
taux (θ ) de sorte que le coût d’usage du capital d’une capital est supérieure à son coût d’opportunité.
unité de capital est égal à ( r + θ ). Dans chaque pays i,
On suppose maintenant que chaque gouvernement
les profits avant impôt sont égaux à
choisit le couple ( t i , α i ) qui lui permet de maximiser
f ( k i ) − ( r + θ ) k i et ils reviennent au seul individu
la fonction d’utilité indirecte du consommateur-
résident. Les profits sont imposés dans le pays i à un
investisseur représentatif V i ( t i , α i ) sous la
taux t i . contrainte que ses recettes fiscales sont données et
exogènes ( R i > 0). Supposer que les recettes fiscales
La base imposable dans chaque pays est égale à la sont exogènes permet de se retrouver dans une
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valeur du produit moins une partie fixe (α i )du “vrai” configuration à la Ramsey et d’isoler les effets
coût du capital. Le paramètre α i peut être différent distributifs de l’impôt sur le bénéfice des sociétés(1).
selon les pays. En pratique cependant, α i < 1, ce qui
signifie que seule une partie des coûts liés à Le lagrangien s’écrit :
l’investissement est déductible (c’est le cas lorsque
l’investissement est en partie financé par (4) Li ( t i , α i , µ i ) = V i ( t i , α i ) + µ i {t i [ f ( k i )
autofinancement : le coût d’opportunité lié à ce mode
de financement n’est alors pas déductible). − α i ( r + θ ) ki − R i ]} ∀ i

Dans chaque pays i, la consommation à la deuxième En utilisant le théorème de l’enveloppe de façon à


période est égale aux profits après impôt réalisés par calculer ∂V i / ∂t i et ∂V / ∂α i et en normalisant
l’entreprise nationale π i auxquels il faut ajouter l’utilité marginale du revenu à l’unité, on obtient,
l’épargne réalisée à la période 1 augmentée des d’après (3), les conditions du premier ordre par
intérêts. La contrainte de budget intertemporelle du rapport aux deux paramètres constitutifs du système
consommateur du pays i est alors égale à : fiscal :

(1) c i2 = π i + (1 + r ) ( e i − c 1i ) ∀ i = {A, B} ∂Li ∂k


(5) = (µ i − 1)[ f ( k i ) − α ( r + θ )] + µ i t i i ξ i = 0
∂t i ∂t i
où π i = f ( k i ) − ( r + θ ) k i − t i [ f ( k i ) − α i ( r + θ ) k i ]
∂ Li ∂ ki
(2) = (1 − t i )[ f ( k i ) − ( r + θ )k i ] − (1 − α i )t i ( r + θ )k i (6) = − (µ i − 1) t i ( r + θ ) k i + µ i t i ξ i =0
∂αi ∂αi

17
(1 − α i )( r + θ ) n’est plus respectée. Inversement, la NIC est
où (7) ξ i = f ′ ( k i ) − α i ( r + θ ) =
(1 − t i ) respectée si le principe de la source est appliqué,
mais alors c’est la NEC qui est en défaut.
∀ i = {A, B} Les distorsions induites par chacun des deux grands
principes d’imposition internationaux ont fait l’objet
En différentiant la condition (7), on obtient :
de nombreux travaux qui s’appuient sur le modèle de
∂ ki (1 − α i ) ( r + θ ) Fisher à deux périodes en économie ouverte. En ce
(8) = sens, le modèle présenté ci-dessus s’inscrit dans
∂ ti (1 − t i ) 2 f ′′ ( k i ) cette lignée(3). Les principaux résultats obtenus dans
ce type de modèles peuvent être compris
∂ ki − ti (r + θ ) intuitivement en utilisant une simple condition
et = > 0
∂αi (1 − t i ) f ′′ ( k i ) d’arbitrage telle qu’elle doit être réalisée à
l’équilibre. Soit r et r ∗ le retour sur investissement
avant impôt (autrement dit la productivité marginale
Ceci montre que, si α i = 1, alors ξ i = 0 et le second
du capital) respectivement dans le pays d’origine et
terme dans les équations (5) et (6) disparaît. Il
s’ensuit immédiatement que µ i = 1 : le coût marginal dans le pays étranger. On notera de la même façon t et
des fonds publics est égal à l’utilité marginale du t ∗ le taux d’imposition prélevé dans le pays d’origine
revenu privé (rappelons-le, normalisée à l’unité). et dans le pays étranger.
L’impôt sur le bénéfice des sociétés n’est donc à
l’origine d’aucune charge fiscale excédentaire Si le principe de la source est appliqué, alors le retour
(excess burden). Par conséquent, quand les net sur investissement doit être le même à l’équilibre
investisseurs ont la possibilité de déduire en totalité dans tous les pays : (1 − t ) r = (1 − t ∗ ) r ∗ . Il s’ensuit
le coût du capital de la base imposable à l’impôt sur le immédiatement que le taux marginal de substitution
bénéfice des sociétés, la situation obtenue est celle intertemporelle est égal au taux d’intérêt mondial.
d’un optimum de premier rang. Rappelons que la L’allocation de l’épargne est efficace et la NIC est
neutralité de l’investissement peut être obtenue en respectée. Toutefois, si les taux d’impôt ne sont pas
autorisant la déductibilité immédiate des dépenses les mêmes dans les deux pays ( t ≠ t ∗ ), alors la
d’investissement à l’exception des charges taxation du capital selon le principe de la source ne
d’intérêt(2). permet pas d’égaliser les productivités marginales
( r ≠ r ∗ ) et l’allocation de l’investissement entre les
Régimes d’imposition internationaux et principes de deux pays n’est pas efficace : la NEC n’est pas
neutralité respectée.
On distingue traditionnellement deux grands Si le principe de résidence est appliqué, alors le
principes d’assujettissement à l’impôt sur le retour net sur investissement dans le pays d’origine
bénéfice des sociétés : le principe de la source (ou est égal à (1 − t ) r alors qu’il est égal à (1 − t ) r ∗ dans
principe de territorialité) et le principe de la le cas d’un investissement réalisé à l’étranger. Dans
résidence (ou principe du bénéfice mondial). Le
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ce cas, la NEC est respectée car le retour sur
premier suppose qu’un pays taxe l’ensemble des investissement avant impôt est le même dans les
revenus engendrés sur son territoire, que ceux-ci d e u x p a y s : (1 − t ) r = (1 − t ) r ∗ ⇒ r = r ∗ .
aient été réalisés par des résidents ou des Cependant, si les taux d’imposition diffèrent
non-résidents. Le second postule qu’un pays doit ( t ≠ t ∗ ), le retour net n’est plus le même du point de
imposer l’ensemble des revenus perçus par les vue de l’épargnant : (1 − t ) r ≠ (1 − t ) r ∗ . L’allocation
résidents nationaux, qu’ils aient été réalisés sur le de l’épargne est alors inefficace.
territoire national ou à l’étranger.
Ces résultats sont à rapprocher du théorème
L’application stricte de l’un ou l’autre de ces d’efficacité productive de Diamond et Mirrlees
principes évite les problèmes de double imposition (1971). Rappelons que, selon ce théorème, si un
m a i s e n g e n d r e d e u x t y p e s d ’ i n e ff i c a c i t é s gouvernement n’est pas contraint dans le choix des
économiques lorsque les systèmes nationaux impôts qui sont à sa disposition, alors l’ensemble
diffèrent : l’absence de neutralité à l’exportation de optimal des impôts est celui qui ne modifie pas les
capitaux (NEC) et de neutralité à l’importation de décisions de production. Appliqué à la lettre, ce
capitaux (NIC). Le principe de la NEC est respecté si théorème implique que le principe de la source est
une entreprise résidant dans un pays est soumise à un toujours inférieur au principe de la résidence, ce
taux d’imposition identique selon qu’elle décide dernier étant le seul à garantir que les décisions
d’investir dans son pays d’origine ou à l’étranger. La d’investissement et les choix de production ne sont
NIC requiert que deux entreprises installées dans un pas modifiés par la fiscalité.
même pays supportent le même taux d’imposition,
quel que soit le pays d’origine de la société mère.
Pour réaliser la NEC, il faut imposer les entreprises
selon le principe de la résidence. Dans ce cas, la NIC

18
Les différents systèmes de correction de la double pour un investisseur et plus l’incitation à investir à
imposition des revenus transfrontaliers l’extérieur des frontières est importante. Or, la libre
circulation du capital doit, toutes choses égales par
Dans les faits, les systèmes en vigueur sont un
ailleurs, aller dans le sens de l’efficacité économique
mélange du principe de la source et du principe de
et de l’augmentation du revenu mondial(4). Cet
résidence (Hugounenq, Le Cacheux, Madiès, 1999).
argument plaide pour un système de correction de la
En effet, les États taxent à la fois les revenus réalisés
double imposition qui réduit au minimum les
à l’étranger par leurs résidents et les revenus des
mouvements de capitaux entre pays, autrement dit le
non-résidents. Dans ces conditions, les revenus
crédit d’impôt total. Feldstein et Hartman (1979)
produits par un investissement transnational sont
soumis à une double imposition : dans le pays réfutent cet argument en montrant que, du point de
étranger où ils ont été réalisés et dans le pays de vue d’un pays exportateur de capital, le système de la
résidence. Il existe cependant trois systèmes pour déduction est préférable au système du crédit
éliminer ou réduire cette double imposition : le d’impôt parce que lui seul permet de maximiser le
système de l’exonération, de la déduction et du bien-être national. Feldstein et Hartman supposent
cependant que le pays exportateur de capital
crédit d’impôt. Ces systèmes engendrent des écarts
considère comme donné le taux d’impôt choisi par le
de rendements après impôt tirés d’un même
pays importateur (ou alors qu’il anticipe
investissement transnational.
parfaitement la réaction de ce dernier). Autrement
Dans le système de l’exonération, le revenu produit à dit, leur modèle ne prend pas en compte les
l’étranger ne supporte que le taux d’imposition interactions stratégiques entre les politiques fiscales
étranger. des deux pays. Or, comme le montrent Bond et
Samuelson (1989), et Oakland et Xu (1996),
Dans le système de la déduction, les impôts payés l’intégration des questions de double imposition
dans le pays étranger sont déduits de la base dans le cadre d’un jeu non coopératif entre États
imposable quand ils sont déclarés dans le pays de remet en question un certain nombre de ces
résidence par la société-mère. conclusions (voir section suivante, quatrième
paragraphe).
Dans le système du crédit d’impôt, le montant
d’impôt payé au pays de résidence est réduit à dû La concurrence fiscale comme un jeu non
coopératif entre États
concurrence des impôts payés au pays étranger (il
existe cependant des limites au crédit d’impôt). L’analyse théorique de la concurrence fiscale se
distingue des modèles de taxation optimale en
Du point de vue de l’investisseur, le système le plus économie ouverte en mettant l’accent sur
intéressant est celui du crédit d’impôt complet l’interdépendance des politiques fiscales :
(remboursable). Si le taux d’impôt est plus élevé l’hypothèse d’exogénéité de la politique fiscale du
dans le pays étranger que dans le pays d’origine, pays étranger est levée. Au sein de ce champ
alors l’investisseur est remboursé de la différence. d’études, on retiendra quatre séries d’analyses.
Le système le moins intéressant pour l’investisseur
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est l’absence de correction de la double imposition. Un premier ensemble de travaux, issu de l’économie
Enfin, la déduction apparaît comme un système publique locale et des travaux fondateurs de
intermédiaire. Partant de ce constat, certains en ont Harberger, met l’accent sur les inefficacités
immédiatement conclu que, du point de vue de produites par la concurrence fiscale en matière
l’efficacité globale (autrement dit pour l’ensemble d’offre de biens publics (la seule variable stratégique
des pays), il valait mieux corriger la double entre les mains des gouvernements est le plus
imposition en utilisant le système du crédit d’impôt souvent une taxe sur le capital mobile prélevée à la
plutôt que le système de déduction. En effet, plus la source).
correction de la double imposition est intéressante
Tableau 1 : système de correction de la double imposition et taux effectif d’imposition supporté par un
investissement transnational

Crédit d’impôt Pas de correction de


Déduction Exonération
Non remboursable Remboursable la double imposition

Rendement net d’un (1− t ) (1− t ∗ ) r ∗ (1− max (t , t ∗ )) r ∗ (1− t ) r ∗ (1− t ∗ ) r ∗ (1− t − t ∗ ) r ∗
investissement réalisé à (principe de la (principe de la source)
l’étranger résidence)
Condition d’arbitrage (1− t ) r = (1− t ) (1− t ) r = (1− max (t , t ∗ )) (1− t )r = (1− t )r ∗ (1− t )r = (1− t ∗ )r ∗
selon que l’investissement (1− t ∗ ) r ∗
est réalisé sur le territoire
national ou à l’étranger

19
Un deuxième ensemble de travaux se situe À l’équilibre de Nash fiscal, chaque gouvernement
explicitement dans le champ de la concurrence choisit un taux de taxe sur le capital tel que le taux
fiscale internationale et met l’accent sur la marginal de substitution entre le bien public et le bien
comparaison des règles de double imposition des privé (TMS) est supérieur au taux marginal de
revenus transfrontaliers dès lors qu’on utilise un transformation entre ces deux biens (TMT) : la
cadre stratégique (les modèles les plus anciens sont production de bien public est trop faible à l’équilibre.
du type MacDougall-Kemp et les plus récents se L’inefficacité provient du fait que chaque pays
situent dans le prolongement des travaux perçoit la fuite de capital vers les autres pays, suite à
précurseurs de Dixit, 1984). une augmentation de son taux de taxation, comme un
coût et ne tient pas compte de l’externalité fiscale
Un troisième ensemble de travaux jette un pont entre positive qu’elle engendre ainsi pour les autres pays.
les modèles de concurrence fiscale et ceux issus de la Dans ces conditions, les pays perçoivent un coût
nouvelle économie géographique (l’intégration marginal des fonds publics qui est supérieur à l’unité
économique renforce-t-elle ou, au contraire, alors qu’il n’en est rien pour l’économie. En outre,
rend-elle moins contraignante la concurrence plus l’élasticité du capital par rapport au taux de
fiscale ?) et issus de la politique commerciale taxation est élevée (ou de la même façon plus le
stratégique (que se passe-t-il quand les entreprises nombre de pays en concurrence est grand) et plus la
sont mobiles et qu’il y a concurrence imparfaite sur divergence avec l’optimum social est grande(6).
les marchés ?). Taxer le travail serait plus judicieux car les
travailleurs sont immobiles et l’offre de travail
Nous présentons enfin un quatrième type de modèles parfaitement inélastique (impôt forfaitaire).
– dits d’optimisation fiscale – dans lesquels la
concurrence fiscale se traduit non pas par des Cependant, comme l’ont montré Razin et Sadka
délocalisations physiques d’unités de production, (1991), si les gouvernements ont le choix entre taxer
mais par la manipulation des transactions internes le capital exclusivement selon le principe de la
entre filiales de groupes multinationaux de façon à source ou le taxer exclusivement selon le principe de
payer moins d’impôts. la résidence, alors, à l’équilibre de Nash fiscal, les
pays utilisent de façon exclusive le principe de
Mobilité du capital et offre sous-optimale de biens résidence et exonèrent les revenus de source
publics étrangère de tout prélèvement à la source. Autrement
Un premier type de travaux, à la suite des articles de dit, si on laisse faire la concurrence fiscale, tous les
Zodrow et Miezkowsky (1986), et Wildasin (1988), États devraient spontanément adopter le principe de
met l’accent sur les effets de la concurrence fiscale la résidence (ou du bénéfice mondial) et abandonner
entre régions (ou pays) sur l’offre de biens publics. le principe de taxation à la source (on est dans le
Quatre hypothèses fondamentales sous-tendent ces cadre d’un optimum de second rang de sorte qu’il n’y
modèles : (i) la seule assiette taxable est le capital qui a pas de gain à attendre d’une harmonisation fiscale).
est parfaitement mobile entre les pays (autrement dit,
à l’équilibre, le rendement net du capital est partout Le raisonnement est le suivant. Si un pays est
suffisamment petit pour n’avoir aucune influence
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identique) ; (ii) le stock total de capital dans
l’économie est fixe (autrement dit l’offre globale de sur le retour net sur investissement (ou sur le taux
capital est parfaitement inélastique et il n’y a donc d’intérêt mondial), alors les impôts prélevés sur les
pas accumulation d’épargne) ; (iii) la fonction de revenus (profits) issus de sociétés dont le siège social
production dans chaque région est à rendements est à l’étranger sont en définitive supportés par les
constants et ne dépend que du capital et d’un facteur facteurs les moins mobiles dans le pays de la source.
immobile (le travail, dont l’offre est supposée en En effet, les entreprises étrangères investissent dans
outre parfaitement inélastique) ; (iv) chaque un pays si le retour net sur investissement est le
gouvernement utilise une taxe unitaire sur le capital même que celui qu’elles peuvent obtenir ailleurs. Par
pour financer un bien public destiné aux ménages (le conséquent, elles ne continueront à investir dans un
taux marginal de transformation entre le bien public pays, malgré l’impôt sur les bénéfices, que si le
et le bien privé est égal à l’unité, par hypothèse). retour sur investissement avant impôt augmente
suffisamment, autrement dit si le revenu des autres
La concurrence fiscale est modélisée sous la forme facteurs (fixes) diminue suffisamment pour absorber
d’un jeu non coopératif dans lequel chaque pays (ou les effets de l’impôt. Dans ce cas encore, il serait plus
chaque région) choisit un taux de taxe sur le capital efficace de taxer directement les revenus du travail
prélevé à la source de façon à maximiser l’utilité du car cela évite les distorsions concernant
ménage représentatif qui réside dans sa juridiction en l’investissement(7).
considérant comme donnée les taux d’impôt des
autres pays (des autres régions). Nous nous Ces résultats ne semblent pas liés à l’exogénéité de
contentons d’énoncer ici le résultat standard auquel l’offre de travail (hypothèse iv). Ainsi, Bucovetsky
parviennent généralement ces modèles(5). et Wilson (1991) proposent un modèle proche de
celui de Zodrow et Mieskowsky, mais avec deux
périodes : à la première période, les agents

20
déterminent quelle fraction de leur dotation en économique (définie comme une réduction des coûts
ressources ils épargneront et, à la deuxième période, de transport) commence par réduire l’intensité de la
les travailleurs choisissent leur offre de travail. Les concurrence fiscale pour ensuite l’augmenter. En
deux auteurs montrent que, si les pays peuvent taxer effet, un résultat standard de la nouvelle économie
le travail (les travailleurs sont immobiles mais géographique est que les effets d’agglomération (et
l’offre de travail est maintenant – imparfaitement – donc la rente taxable) sont les plus forts pour des
élastique) et le capital à la source (le principe de coûts de transport intermédiaires – autrement dit
résidence est exclu) pour financer un bien collectif, pour des coûts qui sont à la fois suffisamment faibles
alors les deux taxes sont utilisées à l’équilibre, mais pour rendre l’agglomération possible et
dans des proportions non optimales (par rapport au suffisamment élevés pour que la concentration
résultat qui serait obtenu en suivant une règle de spatiale devienne nécessaire(9).
Ramsey) : le travail est trop taxé. Dans ces
conditions, le bien public est produit en quantité En matière d’harmonisation fiscale, les modèles de
sous-optimale. En outre, quand le nombre de pays la nouvelle économie géographique remettent en
augmente, le taux de taxation du capital diminue et cause l’idée selon laquelle il faudrait instaurer un
tend vers zéro, parce que l’élasticité de l’assiette taux de taxation commun entre tous les pays afin
fiscale tend vers moins l’infini (notons que d’internaliser les externalités fiscales responsables
l’externalité fiscale en jeu subsiste même si le taux du sous-approvisionnement en bien public (voir
d’imposition du capital est nul car le travail est lui supra). Au contraire, ils conduisent à privilégier
aussi taxé). Enfin, quand les gouvernements peuvent l’instauration d’un taux plancher situé juste
taxer le capital selon le principe de la source et de la au-dessus du taux des pays de la “périphérie”. En
résidence, l’équilibre de Nash fiscal correspond à un effet, le choix d’un taux commun qui serait trop élevé
optimum de second rang. pour les pays périphériques ne remettrait pas en
cause l’existence d’un équilibre de type
Concurrence fiscale et rendements croissants de cœur/périphérie (si les effets d’agglomération sont
localisation suffisamment importants) et nuirait à la fois au pays
Les travaux précédents supposent que le capital est du « cœur » et à ceux de la “périphérie”. Les premiers
parfaitement mobile et qu’il répond à toute variation seraient contraints de baisser leurs taux de
à la marge des taux de taxe qui le frappent. Or prélèvement obligatoire et leur offre de services
l’existence de rendements d’échelle croissants et publics alors même que les seconds verraient leur
d’une concurrence monopolistique constitue une avantage fiscal s’éroder alors même que celui-ci peut
force d’agglomération qui rend illusoire l’idée selon être important pour garder les activités économiques
laquelle les facteurs mobiles peuvent répondre à la qui ne sont pas soumises aux effets d’agglomération.
marge à des écarts de taux de taxation(8). L’inertie qui
provient des forces d’agglomération fait que la Concurrence fiscale et concurrence imparfaite sur le
marché des produits
concurrence fiscale ne conduit pas nécessairement à
des taux de taxation “trop bas” (comme dans les Les modèles standards de concurrence fiscale à la
modèles à rendements d’échelles constants) dès lors Wildasin supposent que le marché des produits est
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que le facteur mobile est concentré et qu’il produit parfaitement concurrentiel et que les firmes sont
une rente taxable. Baldwin et Krugman (2000) dénuées de tout comportement stratégique. Janeba
soulignent par exemple que les régions (1995 ; 1996 ; 1998) lève ces deux hypothèses en
“ périphériques” n’ont aucun intérêt à se lancer dans jetant un pont entre les travaux sur la concurrence
une course au moins-disant fiscal pour attirer des fiscale et ceux sur la politique commerciale
activités économiques au détriment du “cœur” car stratégique (10) . Rappelons que l’analyse de la
elles savent parfaitement que les régions les plus politique commerciale stratégique montre que les
riches sont en mesure de répondre à une stratégie gouvernements peuvent avoir intérêt à offrir des
agressive par des taux de prélèvement encore plus subventions à l’exportation à leurs entreprises de
faibles. Dans ces conditions, la concurrence fiscale façon à augmenter le bien-être national quand il
ne constitue pas à proprement parler une contrainte existe des rendements d’échelles croissants et une
pour les régions “périphériques” qui n’ont qu’à concurrence imparfaite sur le marché des produits.
définir leur politique fiscale en fonction d’objectifs Comme tous les gouvernements ont la même
internes. Le même type de raisonnement s’applique incitation, il s’ensuit que les subventions offertes
aux régions appartenant au “cœur” : celles-ci sont à l’équilibre non coopératif plus élevées que ce
peuvent choisir un taux d’imposition plus élevé que qui serait socialement souhaitable (du moins dans le
celui des régions “périphériques” mais à condition cas le plus simple où il y a concurrence sur un marché
que ce taux ne soit pas suffisamment élevé pour tiers).
inciter les régions périphériques à se lancer dans une
course au moins-disant fiscal (stratégie dite de “tax On remarquera que l’issue de ce jeu est assez proche
limit”). Plus intéressant sans doute est l’analyse que de celui de la concurrence fiscale. En effet, le jeu de
proposent Baldwin et Krugman des effets de concurrence fiscale visant à attirer du capital mobile
l’intégration économique sur la concurrence fiscale. se traduit par des taux de prélèvement trop faibles à
Il apparaît en particulier que l’intégration l’équilibre car les gouvernements n’internalisent

21
pas l’externalité fiscale positive qu’engendre une fiscale, quand les pays se livrent à une concurrence
augmentation de leur taux de taxe sur le capital. La pour s’approprier une rente (comme c’est le cas ici)
différence d’approche entre ces deux champs parce que les marchés ne sont pas parfaitement
d’analyses provient du fait que les travaux sur la concurrentiels, alors la concurrence fiscale ne
concurrence fiscale supposent le plus souvent que le conduit pas nécessairement à une situation de
marché des biens est parfaitement concurrentiel et “moins-disant fiscal”. Ces résultats doivent
que les firmes sont mobiles, tandis que ceux sur la cependant être traités avec circonspection pour au
politique commerciale stratégique supposent au moins deux raisons : en premier lieu parce que
contraire que les marchés fonctionnent en Janeba suppose qu’il y a concurrence à la Cournot sur
concurrence imparfaite et que les firmes ne peuvent le marché des produits. Or on sait qu’une
pas changer de localisation. Se pose dès lors la concurrence en prix a toutes les chances de renverser
question de savoir si la concurrence pour attirer des le résultat central de “ laissez-faire”. En second lieu,
entreprises (mobiles) ne renforce pas la course aux il est fait l’hypothèse que les gouvernements
subventions quand la concurrence sur le marché des choisissent leur taux d’impôt avant que les
produits est imparfaite. entreprises ne s’implantent dans un des pays. Or les
résultats seraient sans doute différents si la séquence
Janeba utilise un modèle de duopole proche de celui du jeu était inversée (hypothèse à ne pas négliger
de Brander et Spencer (1985) dans lequel les dans la mesure où les gouvernements peuvent
entreprises situées initialement dans deux pays revenir sur leur politique fiscale une fois que les
différents (pays A et B) produisent un bien entreprises se sont installées sur un site et supportent
homogène qui est vendu exclusivement sur un des coûts irrécupérables)(13).
marché tiers. Chaque gouvernement utilise une taxe
sur les profits prélevée à la source (qui, si elle est Correction de la double imposition dans un
négative, est une subvention à l’exportation). Il environnement stratégique
suppose, en outre, que la fonction de coût de chaque Les développements qui suivent reconsidèrent la
entreprise est à la fois indépendante du pays choisi et question de la double imposition des revenus
du pays où est installée l’autre entreprise (ce qui transfrontaliers quand il y a interactions stratégiques
revient à dire que le choix de localisation des (comportements non-coopératifs) entre les pays. Se
entreprises ne dépend que des écarts de fiscalité entre pose dès lors la question du choix d’une règle
les deux pays). La séquence de décision est la optimale pour réduire l’effet distorsif de la double
suivante : chaque gouvernement choisit à la première imposition des bénéfices dans un contexte de
étape son taux de taxe (qui peut être négatif, concurrence fiscale. Les résultats de la littérature
rappelons-le, de façon à pouvoir faire des restent cependant fragiles car ils dépendent très
comparaisons avec les travaux sur la politique étroitement des hypothèses retenues.
commerciale stratégique), les entreprises
choisissent à la deuxième étape leur lieu de Bond et Samuelson (1989), utilisant un modèle à la
production qui peut être différent de leur lieu de MacDougall-Kemp à deux pays, montrent par
résidence, enfin les entreprises choisissent à la exemple que les flux d’investissements directs entre
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troisième étape leur volume de production pays sont plus importants quand on est en présence
(concurrence à la Cournot). d’un système de déductibilité que lorsque c’est le
système du crédit d’impôt qui prévaut. Ils montrent
Janeba (1998) montre alors que, contrairement à ce en outre que les deux pays obtiennent un niveau de
que l’on aurait pu penser, les effets de la concurrence bien-être supérieur avec le système de déductibilité.
imparfaite et de la mobilité des entreprises ne se Ce résultat est en contradiction avec celui de Hamada
renforcent pas. Au contraire, quand les (1966) mais est similaire à celui obtenu par Feldstein
gouvernements taxent de la même façon l’entreprise et Hartman (1979), il est vrai dans un cadre théorique
nationale et l’entreprise étrangère (absence de différent. Plus précisément, Bond et Samuelson
discrimination), alors la situation de “laissez-faire” montrent que le système du crédit d’impôt conduit à
(ni taxe, ni subvention) constitue un équilibre parfait éliminer les flux d’investissements directs car le
du jeu et le niveau de bien-être est plus élevé que dans pays étranger (supposé importateur net de capital) a
le cas où les deux gouvernements se lancent dans une intérêt à choisir un taux d’impôt au moins aussi élevé
course à la subvention (en fait l’issue du jeu consiste que le pays d’origine de l’investisseur (supposé
à éviter de verser des subventions)(11). Il apparaît en exportateur net de capital) afin d’obtenir davantage
outre que la situation des deux pays est préférable, en de recettes fiscales (“profit capturing”). De son côté,
termes de bien-être, quand les entreprises ont la le pays exportateur de capital souhaite que son taux
possibilité de changer de localisation (mobilité des d’impôt soit plus élevé que celui du pays importateur
entreprises) à la situation d’immobilité (caractérisée de façon à obtenir les recettes fiscales nettes les plus
à l’équilibre par le versement de subventions). En importantes possibles. Par conséquent, à l’équilibre
revanche, les profits réalisés par chacune des de Nash, les taux d’impôt choisis par les deux pays
entreprises sont plus faibles dans le cas où les firmes sont à ce point élevés qu’ils éliminent les flux
sont mobiles(12). Autrement dit, contrairement au d’investissements directs à l’étranger. À l’inverse, le
résultat standard des modèles de concurrence système de la déduction conduit à une situation

22
meilleure pour les deux pays (du point de vue du Prix de transfert optimaux et optimisation fiscale
bien-être) car il ne supprime pas les flux des multinationales
d’investissements entre pays. Un résultat analogue
Nous concluons cette première partie en soulignant
est obtenu par Oakland et Xu (1996) qui montrent
que l’étude de la concurrence fiscale entre pays
que la non-correction de la double imposition est
suppose aussi de tenir compte des comportements
préférable au système de la déduction. En effet, la
d’optimisation fiscale des entreprises
non-correction permet d’augmenter les flux
multinationales. Celles-ci peuvent en effet
d’investissements directs entre pays, ce qui
manipuler la localisation des bénéfices comptables
augmente le revenu global des deux pays. En
réalisés par leurs filiales situées dans des pays
revanche, chez ces deux auteurs, le pays étranger,
différents de façon à payer moins d’impôts en jouant
importateur de capital, est dans une situation moins
sur leurs prix de transfert(14) (et en particulier sur les
favorable et il existe un conflit d’intérêt entre les
prix de cession internes)(15).
deux pays, le premier préférant le système de la
déductibilité alors que le second préfère la double
Pourtant, l’analyse théorique de cette question est
imposition.
relativement peu développée (même si les premiers
développements sont relativement anciens) par
Le résultat obtenu par Bond et Samuelson, et
rapport à l’abondance des travaux sur la concurrence
Oakland et Xu, est à la fois contre intuitif et non
fiscale dont l’hypothèse centrale est la mobilité
conforme à l’observation. En effet, très souvent, les
p a y s o ff r e n t u n c r é d i t d ’ i m p ô t ( m ê m e physique des bases imposables. L’analyse théorique
unilatéralement) pour les impôts payés à l’étranger et des prix de transfert trouve ses fondements dans les
les accords bilatéraux de double imposition travaux pionniers de Hirshleifer (1956), Copithorne
privilégient le crédit d’impôt ou l’exonération. En (1971), Horst (1971) ou encore Bond (1980) sur les
fait, le résultat de Bond et Samuelson et Oakland et entreprises verticalement intégrées. Pour
Xu repose sur l’hypothèse (héroïque) selon laquelle Hirshleifer, quand les décisions de production sont
le pays exportateur peut taxer différemment le déléguées aux filiales, le choix de prix de transfert
revenu produit par un investissement selon qu’il est adéquats permet d’obtenir des filiales qu’elles
réalisé à l’étranger ou sur le territoire national choisissent un même niveau de production à la
(principe de discrimination). Or, dans la réalité, cela condition que les décisions de production soient
n’est pas le cas car le taux de l’impôt sur le bénéfice prises de façon centralisée. Il s’agit donc de
des sociétés est le même, quelle que soit l’origine des déterminer les prix de transfert de telle façon que le
bénéfices. Par conséquent, si les revenus d’un profit global de l’entreprise soit le plus élevé
investissement réalisé à l’étranger sont davantage possible. Hirshleifer montre plus précisément que,
taxés, c’est du fait des distorsions introduites par la sous l’hypothèse d’indépendance de la demande et
double imposition. des choix de production entre filiales d’une même
entreprise multinationale, les prix de transfert sont
Ce constat permet à Janeba (1995) de montrer, en égaux aux coûts marginaux de production.
utilisant le même type de modèle que Bond et
Samuelson (mais en l’absence de discrimination), Horst (1971) et Kant (1990) se situent dans une toute
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que le revenu national des deux pays est, à autre perspective et montrent qu’une entreprise
l’équilibre, indépendant du système de réduction de multinationale peut aussi manipuler les prix de
la double imposition. Intuitivement, l’idée est que le transfert entre filiales situées dans des pays
pays exportateur de capital préfère que les flux différents afin de réduire leur charge fiscale
d’investissements directs vers l’étranger soient plus globale(16). Dans ce cas, l’entreprise multinationale
faibles quand le pays importateur taxe les profits cherche à déterminer les prix de transfert qui lui
d’origine étrangère. Cela conduit le pays exportateur permettent d’obtenir le niveau de profit après impôt
à réduire son taux d’impôt jusqu'à être nul de sorte le plus élevé possible. Dans ce type de modèles, la
qu’il n’y a plus de double imposition. Le taux multinationale contrôle le plus souvent deux filiales.
d’impôt choisi par le pays importateur détermine La première filiale est implantée dans le pays
alors l’allocation du capital à l’équilibre et le taux d’origine de la société-mère (cette dernière n’ayant
d’imposition effectif sur les profits d’origine pas d’autre rôle dans le modèle que de calculer les
étrangère. La situation est différente quand il y a prix de transfert optimaux). La seconde filiale est
concurrence imparfaite sur le marché des produits. installée dans un pays étranger où elle revend le
Comme le montre Janeba (1996), dans un modèle produit final qu’elle importe directement de la filiale
d’oligopole, l’utilisation préférentielle du système située dans le pays de résidence de la société-mère.
du crédit d’impôt pour réduire la double imposition Les décisions concernant le prix de transfert et les
des revenus transnationaux peut s’expliquer par le quantités produites sont prises au niveau de la
fait qu’il permet au pays d’origine de bénéficier d’un société-mère (hypothèse H1) et les deux filiales sont
déplacement de l’équilibre de duopole (“profit en situation de monopole sur le marché où elles
shifting”) similaire à celui observé dans les modèles opèrent (hypothèse H2) ( 1 7 ) . La conclusion
de politique commerciale stratégique. essentielle de cette littérature est que la
multinationale a intérêt à choisir un prix de transfert
faible (c’est-à-dire inférieur au coût marginal de

23
production de la filiale exportatrice) quand le taux concurrence à la Cournot, alors intuitivement on
d’imposition dans le pays de résidence de la filiale comprend bien que la multinationale sera incitée à
exportatrice (qui est aussi celui de la société-mère) choisir un prix de transfert plus élevé que le coût
est plus élevé que celui du pays dans lequel est marginal. En effet, si la multinationale choisissait un
implantée la filiale importatrice et un prix de prix de transfert faible (inférieur au coût marginal)
transfert plus élevé dans le cas contraire. de façon à permettre à la filiale située dans le pays 2
de vendre moins cher, alors l’entreprise concurrente
Les modèles de Horst et de Kant reposent cependant de cette filiale répondrait optimalement en baissant
sur deux hypothèses essentielles : la première est que son prix (stratégie agressive), ce qui serait
les décisions concernant les quantités produites ou la préjudiciable pour les profits de cette filiale et
politique de prix sont prises au niveau de la tête de partant de là pour la multinationale.
groupe (c’est-à-dire de façon centralisée) de manière
à maximiser le profit global après impôt de la Enfin, certains auteurs comme Bronchi et Devereux
multinationale. La seconde hypothèse (pour le moins (1995) et Haufler et Schjelderup (1999) ont analysé
restrictive) est que la multinationale est en situation l’effet des prix de transfert (et donc des politiques
de monopole sur les marchés nationaux où sont dites de “profit shifting”) sur la définition des
installées ses filiales. Schjelderup et Sorgard (1997) systèmes nationaux d’imposition des bénéfices
sont les premiers à avoir levé ces deux hypothèses et (définition de l’assiette et choix des taux
à en avoir apprécié les conséquences sur le calcul du d’imposition) quand il y a concurrence fiscale
prix de transfert optimal (18) . Les deux auteurs (autrement dit quand les taux d’imposition
supposent plus précisément (1) que la filiale située deviennent des variables stratégiques). Il apparaît en
dans le pays étranger est en situation de concurrence particulier que si les multinationales peuvent
à la Cournot sur son marché, (2) que la société mère manipuler leurs prix de transfert de façon à réduire
détermine de façon centralisée les prix de transfert leur facture fiscale, alors il peut être optimal pour
optimaux de façon à maximiser les profits nets chaque gouvernement d’accepter l’existence de
globaux de la multinationale et (3) que les filiales distorsions dans les décisions d’investissement de
déterminent de façon décentralisée les quantités façon à réduire les taux d’impôt (dans ce cas, le
produites. système de taxation des bénéfices s’éloigne à
l’équilibre de Nash fiscal d’une taxe sur le cash
On montre alors que le prix de transfert optimal flow).
dépend non seulement de l’effet “transfert de
bénéfice” (“profit shifting effect”) mis en avant par Au total, cette première partie montre que la
la littérature précédente (voir Kant, supra) mais concurrence fiscale se traduit par des inefficacités
aussi d’un effet appelé “effet stratégique” qui dans l’allocation du capital entre États (qui sont plus
provient de la concurrence à la Cournot sur le marché ou moins importantes selon les règles
étranger et qui incite toujours la multinationale à d’assujettissement à l’impôt sur les sociétés et de
choisir un prix de transfert inférieur au coût marginal correction de la double imposition). Le risque d’une
de la filiale exportatrice. Cet effet peut être interprété course au “moins-disant” fiscal (engendrant par là
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de la façon suivante : un prix de transfert plus faible même une offre sous-efficace des biens publics et un
que le coût marginal (que l’on suppose parfaitement report de la charge fiscale sur les facteurs les moins
observable par l’ensemble des entreprises présentes mobiles) ne doit pas toutefois être surestimé quand il
sur le marché) permet à la filiale installée dans le existe des forces d’agglomération résultant de
pays 2 de vendre une quantité plus élevée de rendements croissants ou/et d’une concurrence
produits. Les entreprises concurrentes anticipent monopolistique. Enfin, subsiste le risque que les
cela et leur meilleure réponse consiste à réduire leurs entreprises, notamment les multinationales,
ventes (stratégie de repli) de sorte que le profit de la manipulent les prix de transfert entre leurs filiales de
filiale installée dans le pays 2 augmente tout comme façon à faire apparaître davantage de profits dans les
le profit global de la multinationale (le rôle du prix de pays à faible fiscalité (ce risque pouvant être atténué
transfert n’est pas très éloigné de celui joué par les quand la filiale située à l’étranger est en situation de
subventions à l’exportation dans les modèles de concurrence sur le marché local).
politique commerciale stratégique). Remarquons,
comme on pouvait s’y attendre, que “l’effet
stratégique” dépend de la nature de la concurrence
dans le pays étranger où est installée la filiale
importatrice. En effet, si l’on fait l’hypothèse qu’il y
a concurrence en prix (à la Bertrand) et non plus

24
Tableau 2 : taux nominaux de l’impôt sur les
sociétés (IS) La concurrence fiscale en Europe :
tabou ou réalité ?
Différence
1986 1991 1995 1998 2001
1986/2001
Allemagne 56,0 50/36 45/30 45/25 25,0 - 31,1 Après cette présentation des travaux théoriques, la
seconde partie de cet article se propose d’évaluer la
Autriche 50,0 30,0 34,0 34,0 34,0 - 16,0
réalité de ces phénomènes à partir de quelques
Belgique 45,0 39,0 39,0 39,0 39,0 - 6,0 données quantifiées sur les économies européennes.
Danemark 50,0 38,0 34,0 34,0 30,0 - 20,0 En première analyse, deux éléments semblent
témoigner de l’existence de concurrence fiscale.
Espagne 35,0 35,0 35,0 35,0 35,0 - 0,0
Tout d’abord, l’observation des taux légaux
Finlande 33,0 23,0 25,0 28,0 29,0 - 4,0 d’imposition illustre l’existence de “comportements
France 45,0 42,0 33,3 41,6 36,4 - 8,6 stratégiques des États”, qui se traduisent par une
baisse généralisée de ces taux. Il existe certes une
Grèce 49,0 46,0 35/40 35/40 35,0 - 9,0
assez forte disparité parmi les taux européens. Mais
Irlande 50,0 43,0 40,0 32,0 20,0 - 30,0 il apparaît une tendance à la réduction des écarts et à
Italie 36,0 36,0 36,0 37,0 36,0 - 0,0 la baisse, les pays qui avaient un taux supérieur à
50 % en 1986, l’Allemagne, l’Autriche, l’Irlande et
Luxembourg 40,0 33,0 33,0 30,0 30,0 - 10,0 la Suède, ayant depuis largement réduit ce taux.
Pays-Bas 42,0 35,0 35,0 35,0 35,0 - 7,0
Portugal 42/47 36,0 36,0 34,0 32,0 - 15,0
Cherchant à expliquer ce mouvement, Gandhof
(2000) souligne l’importance du choix des
Royaume-Uni 35,0 34,0 33,0 31,0 30,0 - 5,0 États-Unis en 1986 de baisser leur taux d’IS. Il ne
Suède 52,0 30,0 28,0 28,0 28,0 - 24,0 faudrait néanmoins pas négliger l’importance des
Moyenne UE 44,3 36,7 35,1 34,9 32,0 - 12,3
préoccupations internes (Guimbert, 2001), comme
celle de favoriser l’investissement ou la neutralité de
États-Unis 46,0 34.0 35,0 35,0 35,0 - 11,0 l’impôt.
Suisse 4/10 4/10 4/10 7,8 7,8 - 2,2
Note : le taux est celui de l’impôt du gouvernement central ; la Ce premier indicateur est cependant très imparfait.
moyenne pour l’Union européenne est non pondérée. D’une part, une baisse du taux légal ne signifie pas
Source : OCDE. une réduction de la charge fiscale, dans la mesure où
elle peut être accompagnée d’un élargissement de
l’assiette. D’autre part, si la charge fiscale reste
inchangée, de telles réformes (baisse de taux et
Tableau 3 : part de l’IS dans les recettes fiscales élargissement d’assiette) peuvent se justifier par un
critère d’efficacité ou de neutralité fiscale, sans
1970 1975 1980 1986 1991 1995 1997
qu’elle soit un signe de concurrence fiscale. Aussi est
souvent considéré un deuxième indicateur, les
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Allemagne 8,1 % 6,9 % 7,9 % 8,4 % 6,3 % 4,4 % 5,9 % recettes tirées de l’imposition des sociétés : il
Belgique 6,9 % 7,3 % 5,7 % 5,8 % 5,4 % 6,6 % 7,5 % s’inscrit en baisse entre 1986 et 1997 dans sept des
Espagne 8,2 % 8,2 % 7,9 % 10,7 % 9,8 % 8,7 % 9,6 %
quatorze pays considérés. Cette tendance pourrait
témoigner d’une fuite de l’assiette fiscale des pays à
France 8,7 % 8,3 % 8,0 % 7,9 % 7,6 % 8,3 % 9,3 % forte fiscalité et/ou d’une réduction effective de la
Grèce 1,7 % 3,6 % 3,9 % 4,1 % 5,3 % 7,8 % 7,4 % charge fiscale de ces mêmes pays. Néanmoins, dans
plusieurs pays, les recettes sont en hausse au cours
Italie 6,8 % 6,4 % 7,9 % 10,7 % 9,8 % 8,8 % 9,6 %
des dernières années ; ceci vaut également si l’on
Pays-Bas 6,7 % 7,7 % 6,6 % 7,3 % 7,3 % 7,4 % 10,5 % observe la structure des recettes fiscales, dans
Portugal 14,5 % 8,8 % 7,9 % 5,5 % 9,7 % 8,2 % 11,0 % laquelle la part de l’impôt sur les sociétés a
récemment augmenté.
Royaume-
8,7 % 6,2 % 8,4 % 10,6 % 9,4 % 9,4 % 12,1 %
Uni
En fait, ces deux indicateurs sont très largement
Norvège 3,3 % 2,8 % 13,3 % 13,4 % 9,8 % 9,2 % 12,2 % insuffisants : la pression fiscale n’est pas qu’une
Suisse 7,6 % 7,8 % 5,8 % 6,3 % 6,4 % 5,7 % 5,9 % question de taux légal –mais également d’assiette, de
Canada 13,2 % 15,2 % 7,9 % 10,7 % 9,8 % 8,8 % 9,6 %
correction de la double imposition,...–. De nombreux
indicateurs ont, par conséquent, été développés pour
États-Unis 13,2 % 11,4 % 10,8 % 7,4 % 7,7 % 9,4 % 9,4 % mieux cerner les disparités de pression fiscale pesant
Japon 26,7 % 20,8 % 21,9 % 20,8 % 20,2 % 15,4 % 15,2 % sur les entreprises en Europe : ce panorama montre
Source : OCDE, calculs des auteurs. que la fiscalité prédispose le contexte européen à une
certaine concurrence fiscale (première section).
Ensuite, nous essayons d’évaluer l’ampleur de cette
concurrence en repérant ses effets : si le lien entre

25
fiscalité et mouvements des entreprises est différences dans le partage de la valeur ajoutée d’un
difficilement quantifiable, il n’en reste pas moins pays à l’autre. Si, par exemple, on considère que
que l’existence de nombreux régimes dérogatoires et l’impôt sur les sociétés pèse sur l’excédent brut
de divers systèmes d’optimisation fiscale témoigne d’exploitation (EBE)(20), il est souhaitable de définir
très probablement d’un certain degré de concurrence un ratio de recettes fiscales à l’EBE. Ce deuxième
fiscale entre pays industrialisés (deuxième section). indicateur isole l’effet des variations de taux et
d’assiette de l’impôt ; autrement dit, le premier
Des disparités selon différents indicateurs de indicateur, IS sur PIB, est le produit de cet effet et de
pression fiscale l’impact de la variation de l’EBE, dans le partage de
Les comparaisons internationales de système la valeur ajoutée.
d’imposition sont fort complexes du fait des
Ce nouvel indicateur confirme les conclusions
spécificités nationales des différents impôts. On peut
précédemment énoncées. Néanmoins, le classement
distinguer à un niveau très global deux grands types
des pays par ordre de pression fiscale est modifié.
d’indicateurs : les taux apparents d’imposition,
Ainsi, l’IS représente une part plus grande de l’EBE
rapportant des recettes fiscales effectives à leurs
au Royaume-Uni qu’en Italie, alors que c’est
assiettes économiques (type IS / EBE) et les taux
simulés – taux effectifs moyens ou marginaux – l’inverse si l’on raisonne sur les PIB : en effet, la part
portant sur des investissements fictifs(19). de l’EBE dans le PIB est plus importante en Italie
qu’en Grande-Bretagne.
Les taux apparents de taxation
Pour terminer cette présentation des indicateurs de
La mesure la plus immédiate consiste à comparer le taux apparents de taxation, nous considérons trois
montant des impôts payés par les entreprises. Pour approches plus complexes – et donc plus précises,
corriger des effets de taille, on rapporte souvent ces mais plus difficilement estimables et comparables
recettes au PIB. Cet indicateur, le ratio de recettes d’un pays à l’autre. La première consiste à améliorer
fiscales au PIB, prend en compte les effets de taux et l’estimation tant de la charge fiscale pesant sur les
d’assiette des législations nationales. Ainsi évaluée, entreprises que l’assiette sur laquelle elle pèse. Sur
l’imposition des sociétés ne semble pas vraiment ce dernier point, il s’agit en règle générale de
orientée à la baisse depuis le milieu des années restreindre l’EBE à l’excédent des seules entreprises
quatre-vingt (hormis en Allemagne, au Japon et en soumises à l’IS (ce qui est particulièrement
Norvège). important en Allemagne, par exemple, pays où les
entreprises non constituées en sociétés – et soumises
Néanmoins, l’indicateur est biaisé par des à l’IR – sont très nombreuses). Quant au premier
différences entre pays : l’impôt sur les sociétés point, il peut être souhaitable d’élargir le champ de la
n’impose pas les valeurs ajoutées (dont la somme est charge fiscale à d’autres impôts, comme la taxe
égale au PIB), mais des bénéfices. Une comparaison professionnelle en France ou en Allemagne, ou la
plus pertinente doit prendre en compte les taxe foncière. On définit ainsi un taux implicite de
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Tableau 4 : recettes d’IS rapportées au PIB Tableau 5 : recettes d’IS rapportées à l’EBE

1970 1975 1980 1986 1991 1995 1997 1970 1975 1980 1986 1991 1995 1997

Allemagne 1,3 % 1,0 % 1,4 % 1,7 % 1,1 % 0,5 % 0,9 % Allemagne 5,1 % 4,8 % 7,8 % 7,8 % 5,4 % 2,5 % 3,9 %

Belgique 1,5 % 1,7 % 1,5 % 1,8 % 1,7 % 2,2 % 2,6 % Belgique 5,1 % 6,9 % 6,3 % 6,7 % 6,0 % 7,8 % 9,2 %

Espagne 0,9 % 1,0 % 1,2 % 1,7 % 2,7 % 1,9 % 2,6 % Espagne 2,4 % 3,0 % 3,6 % 5,1 % 8,3 % 5,4 % 7,7 %

France 2,1 % 1,8 % 2,0 % 1,9 % 1,7 % 1,9 % 2,4 % France 7,3 % 8,1 % 10,6 % 8,5 % 7,8 % 8,3 % 10,5 %

Grèce 0,3 % 0,7 % 0,9 % 1,2 % 1,4 % 2,1 % 2,1 % Grèce 0,6 % 1,2 % 1,7 % 2,4 % 2,9 % 4,4 % 4,8 %

Italie 1,7 % 1,6 % 2,3 % 3,7 % 3,6 % 3,5 % 4,2 % Italie 4,8 % 5,1 % 6,5 % 10,2 % 10,8 % 9,8 % 11,8 %

Pays-Bas 2,5 % 3,3 % 3,0 % 3,3 % 3,4 % 3,3 % 4,6 % Pays-Bas 9,8 % 15,8 % 13,8 % 12,3 % 12,7 % 12,2 % 16,6 %

Portugal - - - - 2,8 % 2,7 % 3,7 % Portugal - - - - 7,6 % 7,0 % 9,8 %

Royaume- Royaume-
2,2 % 1,5 % 2,0 % 3,1 % 3,2 % 3,2 % 3,7 % 12,5 % 11,2 % 13,7 % 16,7 % 18,5 % 14,4 % 17,0 %
Uni Uni

Norvège 1,1 % 1,1 % 5,7 % 6,1 % 4,1 % 3,8 % 5,2 % Norvège 4,7 % 5,9 % 22,5 % 32,5 % 17,5 % 16,1 % 21,2 %

Suisse 1,6 % 2,1 % 1,6 % 1,9 % 1,8 % 1,8 % 1,9 % Suisse 6,2 % 9,6 % 7,6 % 10,6 % 13,1 % 11,4 % 11,4 %

Canada 3,6 % 4,6 % 3,8 % 2,8 % 2,1 % 3,0 % 4,0 % Canada 17,7 % 20,4 % 15,6 % 12,6 % 12,0 % 14,7 % 19,6 %

États-Unis 3,5 % 2,9 % 2,7 % 1,3 % 1,9 % 2,0 % 2,0 % États-Unis 17,2 % 14,3 % 14,3 % 6,0 % 9,5 % 9,2 % 8,8 %

Japon 3,5 % 2,9 % 3,7 % 3,9 % 3,7 % 2,8 % 2,7 % Japon 9,4 % 10,8 % 13,8 % 15,2 % 15,3 % 14,2 % 13,2 %
Source : OCDE, calculs des auteurs. Source : OCDE, calculs des auteurs.

26
taxation des entreprises, rapport des prélèvements en Norvège ; mais, selon cet indicateur, on l’observe
pesant sur l’activité et l’actif des entreprises à également au Royaume-Uni et en Suisse alors que
l’excédent d’exploitation des entreprises soumises à cette tendance n’apparaît plus au Japon.
l’IS.
Ces différentes approches globales ont deux défauts
À nouveau, la hiérarchie des pays est sensiblement principaux. Tout d’abord, la construction de
modifiée, la position de la France et de l’Italie se l’assiette économiquement pertinente est complexe
dégradant. L’analyse de l’évolution de ces taux et, partant, difficile à comparer d’un pays à l’autre.
révèle également que, sur la période 1986-1997, une Ensuite, cette assiette est le plus souvent
tendance à la baisse s’observe bien en Allemagne et temporellement non cohérente avec les recettes
Tableau 6 : taux implicites de taxation des entreprises
1970 1975 1980 1986 1991 1995 1997
Allemagne 18,9% 22,4 % 26,9 % 21,2 % 16,5 % 12,0 % 12,7 %
Belgique 26,5 % 41,0 % 43,1 % 27,2 % 24,2 % 29,6 % 32,6 %
Espagne 6,8 % 9,2 % 8,3 % 9,0 % 13,9 % 8,3 % 12,5 %
France 36,1 % 54,9 % 76,1 % 50,4 % 44,6 % 51,4 % 55,1 %
Grèce 1,0 % 2,2 % 3,4 % 5,0 % 6,4 % 9,3 % 10,1 %
Italie 29,1 % 31,4 % 39,9 % 52,7 % 74,7 % 57,9 % 68,0 %
Pays-Bas 20,0 % 32,2 % 26,3 % 20,8 % 22,4 % 21,8 % 29,2 %
Portugal 19,1 % 18,7 % 13,9 % 11,2 % 23,6 % 18,4 % 25,5 %
Royaume-Uni 37,7 % 58,4 % 50,9 % 52,6 % 65,3 % 41,2 % 50,8 %
Norvège 8,8 % 11,4 % 29,9 % 45,8 % 22,3 % 19,9 % 25,8 %
Suisse 18,2 % 26,3 % 22,0 % 29,8 % 40,1 % 29,4 % 28,0 %
Canada 30,7 % 32,4 % 25,1 % 22,2 % 24,7 % 27,1 % 37,3 %
États-Unis 39,8 % 31,7 % 31,2 % 16,1 % 22,9 % 24,2 % 23,8 %
Japon 28,7 % 42,8 % 43,4 % 46,0 % 50,3 % 51,9 % 48,6 %
Source : OCDE, calculs des auteurs.

Tableau 7 : taux d’imposition de cas-types d’entreprises (en % de la valeur ajoutée)


– entreprises bénéficiaires –

États-Unis
France Royaume-Uni Allemagne Japon
New-York Texas
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Total des prélèvements hors IS : 3,1 0,6 2,3 1,5 1,4 3,6
– impôt local sur les sociétés - - - 1,4 - 2,3
– taxe professionnelle 2,9 - 2,4 - - -
– taxe sur les immobilisations 0,2 0,6 0,2 0,1 1,4 1,3
Impôt sur les sociétés national 4,9 3,6 5,5 4,9 5,0 4,1
Total des prélèvements 8,0 4,2 8,2 6,4 6,4 7,7

- entreprises déficitaires -

États-Unis
France Royaume-Uni Allemagne Japon
New-York Texas
Total des prélèvements hors IS : 3,3 1,0 0,7 0,2 1,2 1,4

– impôt local sur les sociétés - - - - - -

– taxe professionnelle 2,9 - 0,4 - - -

– taxe sur les immobilisations 0,4 1,0 0,4 0,2 1,2 1,4

Impôt sur les sociétés national 0,4 - - - - -

Total des prélèvements 3,7 1,0 0,7 0,2 1,2 1,4


Cette analyse fait l’hypothèse d’un coût salarial identique. Législations 1998.
Source : Fouillat (1999)

27
fiscales prises en compte : une bonne partie –mais l’investissement. Selon cette méthode, les positions
pas la totalité– des recettes d’une année est en fait liée de la France et, dans une moindre mesure, de
aux résultats de l’année précédente. l’Allemagne sont médiocres. On observe, par
ailleurs, une relative convergence des taux
Pour éviter ces défauts liés à l’agrégation, une d’imposition, la situation de la France s’améliorant
alternative consiste à calculer des taux moyens grâce à la réforme de la taxe professionnelle et à la
d’imposition en appliquant les législations fiscales à baisse du taux d’IS, celle de l’Allemagne bénéficiant
des cas-types d’entreprises. Une telle de la baisse du taux d’IS.
méghodologie,, appliquée par Fouillat (1999),
souligne le rôle des impôts pesant sur les facteurs de Toutefois, cette analyse repose assez largement sur le
production (machines, bâtiments, ...). En particulier, choix du cas type d’entreprise. Surtout, d’un point de
la taxe professionnelle en France explique largement vue théorique, les analyses sur la localisation des
le poids des prélèvements, notamment pour les activités mettent en évidence l’importance d’un
entreprises déficitaires. autre indicateur, le coût du capital. On définit ainsi le
taux effectif d’imposition du capital ou coin fiscal et
Une variante de cette approche consiste à calculer la social sur le capital comme l’écart entre le
pression fiscale que supportent effectivement les rendement avant et après impôt d’un investissement.
entreprises dans plusieurs pays. Pour cela, il faut Si ce dernier indicateur est riche de nombreuses
disposer de données d’entreprises dans plusieurs informations, son calcul est complexe dans la mesure
pays. Altshuler, Grubert et Newlon (1998) se livrent où il dépend du type d’investissement considéré.
à cet exercice à partir d’un fichier d’entreprises Plus précisément, il faut formuler une hypothèse sur
multinationales américaines. Une tendance à la le bien financé (matériel, bâtiment, …), les différents
baisse relativement marquée apparaît, mais la biens ouvrant droit à des amortissements différents,
dispersion des taux effectifs ne varie pas. Cette et sur les modalités de son financement
approche est cependant relativement discutable du (autofinancement, émission d’actions, emprunt),
fait d’un biais de sélection important dans le type celles-ci ayant des traitements comptables et fiscaux
d’entreprises étudiées : elle est cependant d i ff é r e n t s . U n e p r é s e n t a t i o n r a p i d e d e l a
intéressante pour évaluer l’impact des disparités sur méthodologie des taux effectifs d’imposition est
les arbitrages des entreprises. présentée en annexe(21).
Les taux effectifs de taxation
Tableau 9 : coins fiscaux marginaux sur le capital
Ces indicateurs microéconomiques permettent de
prendre en compte les règles d’assiette d’imposition 1991 1999
des entreprises. Néanmoins, ils ne considèrent que Allemagne 1,0 % 1,2 %
l’activité préexistante des entreprises, jamais leurs Belgique 1,3 % 1,2 %
nouveaux investissements. Spengel (1999) compare
Espagne 1,9 % 2,6 %
la pression fiscale que subira un investissement,
défini par sa composition et son rendement au cours France 2,1 % 2,8 %
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des années suivant sa réalisation, pour un cas-type Grèce 0,2 % 1,1 %
d’entreprise, défini par son bilan et son compte de Italie 3,1 % 2,3 %
r é s u l t a t . L’ a p p r o c h e e s t d o n c v o i s i n e d e s Pays-Bas 2,1 % 2,1 %
précédentes : néanmoins, au lieu de ne considérer Portugal 1,3 % 1,0 %
qu’un cas type d’entreprise, elle définit
Royaume-Uni 2,0 % 2,0 %
l’investissement type d’une entreprise type.
Norvège 2,3 % 2,0 %
Cette méthode calcule le taux d’imposition effectif Suisse 1,7 % 1,2 %
moyen qui réduit le rendement d’un investissement Canada 3,8 % 4,3 %
hypothétique, sous l’hypothèse des modalités États-Unis 3,0 % 2,4 %
habituelles d’imposition de l’entreprise qui réalise Japon 2,7 % 2,3 %

Tableau 8 : taux effectifs moyens d’imposition (1999) Lecture : en France, en 1999, le coin fiscal marginal d’un
investissement constitué de machines, de bâtiments et de stocks, et
financé conjointement par autofinancement, par émission d’actions et
(1) (2) par emprunt, est de 2,8 %. Ce coin correspond à l’écart de rendement
Allemagne 32,8 37,0 entre cet investissement marginal avant (6,2 %) et après impôt
(3,4 %) : le rendement après impôt est choisi de façon à être équivalent
France 39,9 48,6 à celui d’un placement en obligations, le taux d’intérêt réel étant de
5 % avant impôt (soit 3,4 % après impôt). En deçà de ce taux de
Pays-Bas 23,6 31,8 rendement requis avant impôt (6,2 %), le projet d'investissement ne
Royaume-Uni 21,0 25,8 sera pas entrepris.
Note : d'autres études se sont attachées à évaluer les coins fiscaux
États-Unis 30,7 33,8 marginaux relatifs aux années quatre-vingt-dix. Parmi celles-ci, nous
Notes : (1) imposition au niveau de l’entreprise (2) imposition au pouvons citer celle de l'OCDE (1991) et celle d'Hugounenq, Le
niveau de l’actionnaire. Cacheux, Madiès (1999).
Source : Spengel (1999) Source : Bretin (2000).

28
Depuis les travaux précurseurs de King et Fullerton Tableau 10 : taux effectifs moyens d’imposition
(1984), le coût du capital est traditionnellement des entreprises
évalué comme la charge fiscale pesant sur le
rendement d’un investissement marginal composé 1991 1999
d’un mélange de machines, bâtiments et stocks et Allemagne 38,0 % 46,1 %
financé à la fois par autofinancement, par emprunt et Belgique 45,7 % 33,1 %
par émission d’actions. En outre, l’estimation prend Espagne 34,9 % 12,1 %
en compte la fiscalité qui pèse sur l’investisseur, France 45,0 % 50,2 %
qu’il perçoive des intérêts, des dividendes ou des
Grèce 42,0 % - 9,6 %(22)
plus-values de son investissement.
Italie 40,4 % 27,3 %
Les coins fiscaux marginaux sur le capital ainsi Pays-Bas 58,4 % 50,4 %
calculés sont donc assez proches des décisions Portugal 39,1 % 25,9 %
d’investissement des entreprises. Leur analyse Royaume-Uni 16,5 % 19,0 %
montre principalement l’importance des distorsions Norvège 22,1 % 8,4 %
entre modes de financement et entre actifs investis.
Suisse 45,9 % 32,0 %
Ainsi, le mode de financement le plus avantageux est
généralement l’endettement ; cela s’explique Canada 34,0 % 42,6 %
principalement par le fait que les versements États-Unis 39,1 % 49,2 %
d’intérêts nominaux sont déductibles de l’impôt sur Japon 53,5 % 52,1 %
les sociétés, ce qui a pour effet de réduire Maximum 58,4 % 52,1 %
sensiblement les coûts marginaux du capital liés à
Médiane 40,4 % 33,1 %
l’endettement. En outre, les écarts d’imposition des
catégories d’actifs considérés reflètent Minimum 16,5 % - 9,6 %
principalement les différences de régimes Cœur UE 40,7 % 37,7 %
d’amortissement, les machines étant généralement Périphérie UE 38,7 % 9,5 %
moins imposées que les bâtiments. Cette analyse Source : Bretin (2000).
illustre que la taxation du bénéfice des entreprises
s’éloigne nettement de l’optimum décrit dans la
première partie (taxe sur le cash flow).
d’imposition en France de 50,2 % à 53,7 %. Ceci
Néanmoins, comme remarquent Devereux et résulte de la méthodologie. En effet, seul 16 % de la
Griffith (1998), cet indicateur n’est pertinent que valeur de l’investissement en machines et en
pour l’évaluation des décisions d’investissement bâtiments est intégré à l’assiette ; en outre, le taux
marginal : une multinationale qui a des filiales dans moyen de taxe professionnelle retenu est de 20 %. Au
différents pays utilise ce coût marginal pour choisir total, un investissement moyen (machines,
d a n s l a q u e l l e e ff e c t u e r u n i n v e s t i s s e m e n t bâtiments et stocks) n’est donc que faiblement
supplémentaire. En revanche, pour décider une imposé au titre de la taxe professionnelle.
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nouvelle implantation, c'est le taux effectif moyen
d'imposition qu’il y a lieu de considérer et non plus le A priori, ces deux dernières méthodes sont les plus
coût marginal du capital, car il est alors nécessaire de pertinentes puisqu’elles s’approchent du
prendre en compte les coûts fixes d'exercice de raisonnement tenu par un investisseur. Néanmoins,
l'activité. elles présentent le défaut de ne pas tenir compte de
tous les mécanismes d’optimisation à la disposition
Cette dernière méthodologie, présentée également de l’investisseur. Tout d’abord, on considère le
en annexe, est proche de la précédente, mais le même investissement moyen d’un pays à l’autre,
rendement escompté de l’investissement n’est pas alors que la fiscalité introduit des distorsions qui
calculé par la méthode comme étant le rendement impliquent que l’investisseur choisira un mode de
marginal, celui pour lequel les gains tirés de financement, voire une structure d’actifs, optimisé.
l’investissement sont tout juste égaux à son coût : Ensuite, par définition, cette méthode ne prend pas
dans cette méthode, au contraire, ce rendement est en compte les incitations spécifiques à
une hypothèse (on le suppose bien supérieur au l’investissement et les dérogations négociées avec
rendement marginal puisqu’il doit couvrir des coûts les administrations fiscales. Enfin, bien que la
fixes). Les mêmes distorsions sont mises en méthode des taux effectifs d’imposition permette
évidence. Dans ces estimations, la France apparaît en d’intégrer l’imposition du revenu des personnes
bas du classement juste devant les Pays-Bas et le physiques afin de déterminer la pression fiscale
Japon, le classement étant dominé par la Grèce et la totale pesant sur un investissement donné, on peut
Norvège. s’interroger sur la pertinence de cette prise en
compte dans le cas d’investissements réalisés par des
Notons que, dans cette méthode, la prise en compte multinationales. En effet, ayant accès à l’ensemble
de la taxe professionnelle pour la France n’a qu’un des marchés mondiaux de capitaux pour se financer,
impact limité et fait passer le taux effectif moyen le coût du capital levé par ces sociétés n’est

29
probablement pas déterminé par la fiscalité des Des disparités, mais de quelle ampleur ?
personnes dans le pays de l’investissement.
L’éventail des méthodologies et des résultats est a
Finalement, le principal intérêt de ces priori déconcertant. Ainsi, en rapportant neuf
méthodologies est de pouvoir prendre en compte indicateurs à leur médiane au sein des pays de
précisément les spécificités des investissements l’OCDE, on note combien il est difficile d’ordonner
transnationaux. En effet, il est possible d’évaluer le ces pays du plus au moins favorable fiscalement pour
coin fiscal ou le taux effectif moyen d’imposition de les entreprises (graphique 1). Il faut toutefois bien se
l’investissement d’une société-mère dans une de ses garder de mettre toutes ces approches sur le même
filiales à l’étranger. En plus des éléments purement plan. Des deux principales optiques présentées
nationaux, ces indicateurs prennent en compte les ci-dessus, on peut retenir les deux points suivants.
conventions fiscales bilatérales : globalement, on
distingue les pays qui imposent le bénéfice mondial Tout d’abord, les taux apparents d’imposition, les
mais qui, en contrepartie, accordent un crédit indicateurs les plus couramment employés, ne
d’impôt aux taxes acquittées à l’étranger (les renseignent que sur la répartition de la charge fiscale
États-Unis ou le Royaume-Uni par exemple) des entre les agents déjà présents dans une économie. Ils
pays qui n’imposent pas le bénéfice tiré des filiales ne sont donc que faiblement pertinents pour
étrangères jusqu’à ce qu’il soit rapatrié (la France ou l’évaluation des risques de concurrence fiscale, mais
l’Allemagne par exemple). À cet égard, il apparaît ils illustrent bien l’importance des choix nationaux
que les conventions fiscales internationales ont des en matière de répartition de la charge fiscale.
effets très divers selon le pays de la société-mère.
Ensuite, pour aborder les questions de concurrence
fiscale, il est préférable, comme les investisseurs le
Tableau 11 : classement, en termes de taux effectifs font, de simuler les prélèvements que subiront les
moyens d’imposition, du territoire français au sein de rendements d’un investissement. En contrepartie
l’UE en fonction du pays d’origine de la société-mère d’une perte de généralité, dans la mesure où ces
qui décide d’implanter une filiale dans l’un des quinze
pays de l’UE indicateurs s’appuient sur une quantité importante
d’hypothèses, le diagnostic sur la concurrence
Pays d’origine de la société-mère Classement du territoire français
fiscale gagne en pertinence. Sur cette base, il semble
qui décide d’implanter une filiale au sein des quinze pays de l’UE que la plupart des États aient cherché à renforcer leur
dans l’un des pays de l’UE susceptibles d’accueillir la filiale attractivité fiscale : même si la dispersion des taux
Allemagne 14/15
légaux d’imposition n’a que faiblement varié au
cours des années quatre-vingt-dix, les taux effectifs
Autriche 13/15
Belgique 14/15 Graphique 1 : taux d’imposition des entreprises -
dispersion de neuf indicateurs en écart à leur médiane
Danemark 13/15 100 % = valeur médiane des vingt-neuf pays
Espagne 14/15
Finlande 14/15
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300%
France 13/15 minimum
250% maximum
médiane
Grèce 10/15
200%

Irlande 14/15 150%

Italie 14/15 100%

Luxembourg 13/15 50%

Pays-Bas 13/15 0%

-50%
Portugal 11/15
-100%
Royaume-Uni 14/15
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Suède 13/15
N

Lecture : dans le cas où une multinationale, dont la société-mère est


italienne, décide d’implanter une nouvelle filiale dans l’un des quinze
pays européens, la France arrive en quatorzième position si l’on Note : on considère neuf indicateurs : taux légal d’IS, IS/PIB, IS/EBE,
compare les taux effectifs moyens d’imposition des quinze pays de taux implicite de taxation des entreprises, du capital, taux effectif
l’UE susceptibles d’accueillir la nouvelle filiale. marginal d’imposition, taux effectif moyen d’imposition des
Note : les taux effectifs sont calculés à partir de la législation fiscale de investissements nationaux, des investissements étrangers et des
1999 et sur la base d’une hypothèse de rendement de l’investissement investissements à l’étranger. On exprime ces neuf indicateurs par
rapport à la médiane des pays de l’OCDE. On représente les valeurs
égal à 20%. minimum, médiane et maximum de ces indicateurs pour chaque pays.
Source : calcul des auteurs. Ainsi, pour la France, les indicateurs se positionnent de 67 % (IS/PIB)
à 210 % (taux implicite de taxation des entreprises) de la médiane
OCDE.
Source : OCDE, calculs des auteurs.

30
moyens d’imposition des investissements sont, Déterminants de la localisation des entreprises et rôle
globalement, en baisse. On ne peut cependant pas de la fiscalité
conclure sur les motifs qui peuvent expliquer ce
Malgré l’existence de disparités marquées entre les
phénomène : simples comportements mimétiques ou
pressions fiscales pesant sur les entreprises en
crainte réelle de subir des mouvements de
Europe, les effets directs de la concurrence fiscale en
délocalisation ?
termes de mouvements d’entreprises restent
L’existence de disparités ne permet cependant pas difficiles à observer. La forte croissance des flux
d’en inférer l’impact effectif sur l’économie et sur d’investissement direct au cours des quinze
les recettes fiscales, encore moins le caractère dernières années s’explique par bien d’autres
dommageable. Pour cela, il faut se faire une idée de la facteurs que des considérations fiscales (Thomsen,
sensibilité des entreprises à ces disparités : à 2000). Les explications avancées sont multiples :
sensibilité donnée, l’augmentation des disparités mentionnons notamment l’approfondissement du
entraîne des réactions plus importantes des marché unique et la recherche d’économies
entreprises ; néanmoins, si la sensibilité s’avérait d’échelles par mouvement de concentration (CGP,
limitée, ces disparités pourraient être négligées. De 1999).
surcroît, il existe des justifications à ces disparités.
Parmi ces facteurs, l’effet de la fiscalité est difficile à
En particulier, une des fonctions traditionnellement
mettre en évidence. De nombreuses études cherchent
avancées à l’imposition du bénéfice des entreprises
à évaluer l’impact des paramètres fiscaux sur les flux
est la taxation de la rente qu’elle tire de leur position
d’investissement direct étranger (IDE). Les études
géographique (qui leur permet de profiter des
réseaux, de la main-d’œuvre et du marché local) : à sur données agrégées aboutissent à des évaluations
rentes différentes devraient correspondre des très diverses et donc peu utilisables (Hines, 1999).
impositions différentes(23). L’une d’entre elles est toutefois originale sur trois
points. Tout d’abord, Gropp et Kostial (2000)
Les incertitudes sur les effets de la concurrence calculent des taux effectifs d’imposition sur données
fiscale d’entreprises : cette mesure originale prend bien en
compte les différents aspects de la législation fiscale
A priori, des disparités fiscales somme toute assez et, en outre, les éventuels comportements
marquées devraient largement affecter les arbitrages d’optimisation à la disposition des firmes. Ensuite,
des entreprises, que ce soit pour leur choix de ces auteurs distinguent, dans certaines
localisation ou pour leur stratégie fiscale. Aussi, spécifications, les différentes formes de financement
deux comportements devraient conduire à une des investissements : ils semblent ainsi vérifier que
réduction des recettes tirées de l’imposition des les pays imposant le bénéfice mondial – par
entreprises : soit les gouvernements réagissent à ces opposition à ceux qui exonèrent les profits réalisés à
disparités par une réduction de la charge fiscale l’étranger, mais pas leur rapatriement – ont
pesant sur les entreprises, soit les entreprises tirent davantage de flux sortant et que ces flux sont
les conséquences de ces disparités et réallouent leurs davantage financés par emprunt ou par émission
actifs. d’actions que par des bénéfices réinvestis. Enfin,
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cette étude évalue l’effet des flux d’IDE sur l’assiette
Le paragraphe précédent illustre que la première fiscale des États : il semble ainsi que les recettes
réaction, celle des pouvoirs publics, ne semble pas fiscales soient effectivement augmentées (resp.
pouvoir être écartée, mais qu’une tendance marquée diminuées) par les flux entrant (resp. sortant).
et généralisée n’apparaît pas clairement – jusqu’à ce
jour. Reste donc à évaluer l’importance des Malgré tout, la robustesse de ces résultats reste
arbitrages des entreprises. Ceux-ci devraient limitée compte tenu des effets de structure qui
apparaître dans les composantes de la balance des peuvent exister dans la composition géographique
paiements d’un pays comme la France. On note ainsi des flux d’IDE. C’est pourquoi les approches sur
le fort développement des investissements directs, données bilatérales d’investissements directs
que ce soient ceux des non-résidents en France ou étrangers aboutissent à des résultats plus probants.
ceux des résidents à l’étranger ; corrélativement, Ainsi, Bénassy-Quéré, Fontagné et Lahrèche-Révil
depuis quelques années, le montant des revenus tirés (2000) mettent en évidence un effet négatif de la
des investissements directs augmente fortement. Les fiscalité sur ces flux, confirmant que les IDE
effets peuvent également transiter par les échanges réagissent au rendement après impôt. Leur analyse
de biens (manipulation des prix de transferts) et de met en évidence l’importance des conventions
services (redevances et brevets). Ce paragraphe fiscales bilatérales. En effet, le déterminant fiscal
présente quelques analyses des effets de la fiscalité retenu est l’écart entre les taux apparents IS/EBE de
sur ces différents facteurs. la filiale et de la maison-mère : néanmoins, ce
déterminant n’est significatif que s’il est corrigé des
effets des conventions fiscales.

31
Avec une approche similaire, Bretin et Guimbert Même en supposant les flux bien estimés pour la
(2001) mettent en évidence un impact problématique qui est la nôtre, se posent encore deux
significativement négatif de la fiscalité sur les flux questions. En premier lieu, celle du déterminant
d’investissement bilatéraux. Cette étude s’attache à fiscal à prendre en compte. Certes, l’approche de
souligner l’importance des différents paramètres Bretin semble pertinente puisque les taux moyens
fiscaux en illustrant que, bien plus que le taux effectifs reproduisent le calcul d’un investisseur qui
IS/EBE, ce sont les taux moyens effectifs doit prendre sa décision. Néanmoins, c’est un
d’imposition qui importent(24). Il apparaît ainsi que investissement “moyen” qui est pris en compte alors
les écarts de taux apparents de taxation, même qu’il est certain que l’investisseur optimise son mode
corrigés des conventions fiscales, ne sont pas de financement, et peut-être même la nature de
significatifs dans les spécifications retenues. Il en va l’investissement, en fonction des caractéristiques
de même pour les taux effectifs marginaux de fiscales observées dans chaque pays. Il est même
taxation des investissements transnationaux. En probable, notamment pour les grosses opérations,
revanche, les écarts de taux implicites de taxation, que des transactions avec les administrations fiscales
corrigés des conventions fiscales, et surtout les taux sont menées pour aménager les conditions fiscales.
effectifs moyens de taxation des investissements Enfin, la plupart des études se concentrent sur la
transnationaux sont des déterminants apparemment fiscalité des entreprises alors que les charges sur le
significatifs des flux d’IDE bilatéraux. travail sont souvent avancées par les firmes
multinationales comme obstacle à leurs
Ces deux études comportent une évaluation de investissements.
l’impact de réformes fiscales en Europe et mettent
l’accent sur les effets potentiellement redistributifs En second lieu, ces analyses économétriques se
d’une harmonisation ou d’une coordination des heurtent toutes à un problème d’identification. Elles
législations fiscales. Ainsi, selon Bretin et Guimbert d o i v e n t e n e ff e t p r e n d r e e n c o m p t e l e s
(2001), en France, la suppression de la surtaxe d’IS caractéristiques spécifiques à chaque marché.
de 10 % aurait eu sur les flux d’IDE de 1996 un effet Compte tenu du nombre de ces déterminants et de
très important, de plus de 5 % (de baisse des flux leur approche sur une forme réduite des modèles
sortants et de hausse des flux entrants). Les résultats d’arbitrage microéconomique, il semble difficile
de Bénassy-Quéré, Fontagné et Lahrèche-Révil d’identifier simultanément l’impact de ces
(2000) mettent également en évidence des effets caractéristiques (taille du marché, réglementation,
significatifs. Selon cette étude, la compétition sur les présence de réseaux de communication, …) et
seuls taux nominaux serait moins coûteuse que sur l’impact de la fiscalité. La question se complique
les taux effectifs ; en outre, la perte de recettes qui en encore du fait que certains de ces déterminants –
résulterait serait, au moins en partie, compensée par notamment en termes de dépenses publiques – sont
les gains en investissements directs liés à la eux-mêmes liés à la fiscalité.
réalisation de l’Union monétaire en Europe(25).
Enfin, la plupart des études ont des difficultés à
Toutefois, ces études, qui évaluent des flux agrégés prendre en compte les effets d’agglomération. La
par des déterminants globaux, restent relativement “nouvelle économie géographique” met pourtant en
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critiquables. On sait, tout d’abord, que l’évaluation avant la possibilité que les investissements attirent
des flux d’IDE pose problème. Au-delà des les investissements (cf. première partie). Une étude
difficultés statistiques qui limitent les comparaisons de Head et alii (1999) sur données individuelles
internationales, trois particularités de ces indicateurs d’entreprises japonaises aborde cette question. Il
doivent être mentionnées. Tout d’abord, la apparaît que les aides à l’investissement (faibles
distinction entre investissement direct et taxes ou subventions) ont bien un effet sur les
investissement de portefeuille, même harmonisée investissements des firmes japonaises aux
d’un pays à l’autre, reste ténue (le seuil de détention États-Unis : les États américains qui ont cessé leur
de l’investissement est conventionnel). Ensuite, ces aide ont vu les investissements japonais réduits.
flux sont très volatils notamment du fait du poids de Néanmoins, l’efficacité de ces aides est largement
grosses opérations d’investissement – souvent des neutralisée par leur utilisation dans la plupart des
fusions ou acquisitions, plus que des créations de États ; en outre, les États qui n’ont pas déjà une
capacités – : il est probable que les déterminants de certaine concentration d’implantations japonaises
ces opérations diffèrent de ceux pris en compte par pourront difficilement compenser ce retard, même
ces études. Enfin, les flux d’investissement directs avec des aides. L’étude de Mayer et Mucchielli
incorporent les bénéfices réinvestis des filiales. Or (1999) confirme ce point.
ces bénéfices sont, arithmétiquement, une fonction
décroissante du taux d’imposition. La corrélation Plusieurs études sur données individuelles existent
négative observée pourrait donc n’être qu’un également sur les entreprises américaines et leurs
artefact statistique. En outre, là aussi, il semble clair implantations à l’étranger. Ainsi, Altshuler, Grubert
que les déterminants du réinvestissement des et Newlon (1998) mettent aussi en évidence une forte
bénéfices diffèrent de ceux des nouveaux sensibilité des investissements au taux d’imposition.
investissements. Pour ce faire, ces auteurs considèrent les taux

32
d’imposition que subissent effectivement les filiales pourrait amener ce facteur à jouer un rôle très
d’entreprises américaines implantées à l’étranger : la important dans le processus de localisation de
mesure est donc pertinente, mais elle suppose que l’activité européenne.
ces entreprises aient déjà effectué leur choix ; en
outre, le taux mesuré dépend déjà de l’optimisation Le s signe s de l’im portanc e de s pr océdés
fiscale des firmes. Cette étude montre, en outre, que d’optimisation fiscale
la sensibilité semble plus forte au début des années De surcroît, à court terme, l’incertitude sur l’ampleur
quatre-vingt-dix qu’au milieu des années des effets de la fiscalité sur la localisation ne doit pas
quatre-vingt. conduire à minimiser l’impact de ce facteur sur le
comportement des entreprises. À défaut de se
Une autre analyse, celle de Devereux et Griffith traduire par des flux de capitaux à long terme, la
(1998), présente l’intérêt supplémentaire d’utiliser concurrence peut passer par des phénomènes
des déterminants fiscaux ex ante précis, les taux d’optimisation plus complexes. Il s’agit pour cela de
effectifs moyens d’imposition (cf. supra) et de transférer le revenu imposable dans des pays à faible
s’appuyer sur un modèle théorique précis(26). Il est imposition des entreprises. Il est clair que ces
ainsi supposé, dans la lignée de nombreux travaux comportements ne sont pas à la portée de toutes les
sur l’investissement à l’étranger, que la firme décide entreprises, mais des seules multinationales. Dans la
d’abord de s’internationaliser (exporter ou investir à mesure où il ne s’agit pas de délocalisation, il est peu
l’étranger), puis choisit entre ces deux options et probable que l’efficacité productive soit très affectée
enfin, conditionnellement à la décision d’investir à par ce type de pratique. Malgré tout, le financement
l’étranger, choisit la localisation de sa filiale. Cette des dépenses publiques en est affecté : l’optimisation
étude conclut à un fort effet du taux effectif fiscale permet à une multinationale de profiter des
d’imposition sur le troisième de ces choix, i.e. sur le services publics d’un pays sans en subir l’intégralité
choix d’une multinationale américaine qui hésite de la contrepartie en termes de prélèvements
entre plusieurs localisations en Europe. En revanche, obligatoires.
la fiscalité ne semble pas être un déterminant du
choix de l’internationalisation (décision de vendre à Un premier procédé consiste à optimiser les sources
l’étranger, et, le cas échéant, d’exporter ou d’investir de financement des filiales. En effet, si la société
à l’étranger). mère finance sa filiale étrangère avec des actions,
elle réduit son bénéfice imposable jusqu’à ce que des
De toutes ces approches, on peut retenir quelques profits soient rapatriés sous forme de dividendes.
conclusions importantes. L’impact des disparités Inversement, si la société mère finance cette filiale
fiscales sur la localisation semble bien établi. Il est par emprunt, elle reçoit des intérêts, qui sont
cependant probablement plus déterminant pour taxables, mais réduit le bénéfice de sa filiale qui
arbitrer entre plusieurs destinations déduit les intérêts de son résultat. Ainsi, il est
–conditionnellement au choix d’investir à préférable, pour des raisons fiscales, d’utiliser la
l’étranger – que pour prendre la décision d’investir à dette (resp. l’émission d’actions) pour financer des
l’étranger. Néanmoins, pour des raisons très filiales dans des pays à forte (resp. faible) taxation
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variées –mesure de la charge fiscale, impact des des entreprises.
phénomènes d’agglomération géographique,
difficulté à isoler les aspects fiscaux–, beaucoup Hines (1999) présente quelques études empiriques
d’incertitudes restent sur l’ampleur des effets de la illustrant la réalité de cette distorsion. Dans le même
fiscalité sur la localisation des entreprises. Ce ordre d’idée, Altshuler et Grubert (1996) analysent
d’autant plus que des pays à fiscalité relativement les financements des filiales étrangères de
élevée, comme la France, bénéficient d’arrivées de multinationales américaines. Cette étude note
capitaux assez importantes. Des éléments l’importance des investissements entre société-mère
d’explication résident dans les justifications des et filiales : les filiales dans les pays à faible
disparités de charge fiscale (par exemple comme imposition ont intérêt à investir dans les actifs
contrepartie d’écarts de rentes de localisation dans financiers d’autres filiales (ou de la mère) pour éviter
tel ou tel pays). En outre, il est probable que les de subir le complément d’imposition des dividendes
transactions menées par les multinationales avec les rapatriés aux États-Unis(27). Certaines législations
administrations fiscales réduisent de facto les fiscales imposent d’ailleurs des limites aux procédés
disparités mesurées. d’optimisation du financement des groupes
multinationaux, en limitant par exemple la
En dépit d’une ampleur incertaine, il faut souligner possibilité de sous-capitaliser une filiale(28).
les risques d’un impact cumulatif des disparités
fiscales. En effet, comme l’explicite la “nouvelle Un procédé alternatif d’optimisation fiscale consiste
économie géographique”, les phénomènes de à transférer des profits lors des transactions entre
localisation peuvent présenter de fortes filiales. Pour faire une évaluation globale de ces
discontinuités. Aussi, même si l’impact de la optimisations, Bartelsman et Beetsma (2000)
fiscalité est e ff e c t i v e m e n t limité, considèrent que le rapport de la valeur ajoutée à la
l’approfondissement de l’intégration européenne rémunération salariale dans chaque secteur devrait

33
être proche d’un pays à l’autre. Or ces ratios récents de Grubert et Slemrod (1994). Ces deux
semblent être affectés par les taux de taxation : en auteurs ont analysé les raisons pour lesquelles les
d’autres termes, la valeur ajoutée déclarée dans les multinationales américaines détiennent des filiales à
pays à forte taxation serait anormalement faible. De Porto Rico. Ils concluent que le traitement fiscal
cette étude, il semble que les phénomènes de prix de favorable dont jouissent les entreprises installées sur
transfert soient significatifs : selon ses auteurs, en ces territoires incite les multinationales américaines
moyenne, une hausse du taux d’imposition des à détenir des filiales sur ces territoires afin de
sociétés ne permettrait pas une hausse des recettes minimiser leur charge fiscale globale, notamment en
fiscales à cause de ces comportements effectuant des mouvements purement comptables de
d’optimisation. profit en faveur de ces filiales. De même, une étude
de Fontagné et Freudenberg (1999), mettant en
D’autres études s’intéressent plus directement aux évidence des valeurs unitaires des exportations
trois principales méthodes : irlandaises élevées, peut être considérée comme un
– majorer ou diminuer les prix d’achat ou de vente signe de l’usage des prix de transferts.
(manipulation des prix de transferts) ;
– verser des redevances excessives ou sans En revanche, les travaux de Bernard et Weiner
contrepartie (une redevance rémunère en principe (1990), portant sur les compagnies pétrolières
les services rendus tels que la concession d’une américaines, montrent que le prix des transactions
licence d’exploitation, d’un brevet) ; portant sur les produits pétroliers intra-firmes n’est
– octroyer des prêts sans intérêts ou remettre des pas très éloigné par rapport au prix pratiqué sur le
dettes (cf. supra). marché spot pour le même type de produits, ce qui
semblerait indiquer que les prix de cession internes
Tout d’abord, les entreprises multinationales ont la ne sont pas systématiquement utilisés comme un
possibilité de se soustraire à une partie de leurs moyen d’évasion fiscale.
obligations fiscales en manipulant les prix de
transferts à l’occasion de transactions effectuées Quant aux transferts de profits par royalties ou
entre des établissements ou des filiales situées dans redevances, Kopitz (1976) trouve une corrélation
des pays différents. Il est fiscalement avantageux négative entre le versement de royalties effectué par
pour une multinationale que ses filiales, situées dans des filiales étrangères à leur société-mère située aux
des pays dont le taux d’impôt sur les sociétés est États-Unis et l’écart de pression fiscale entre
élevé, surévaluent le prix d’acquisition des biens et versement de royalties et versement de dividendes.
services provenant d’établissements ou de filiales L’auteur montre que, si le coût fiscal des dividendes
situées dans des pays ayant des taux d’impôt sur les est de 1 % supérieur à celui des royalties, alors le
sociétés relativement faibles et sous-évaluent leur versement de royalties augmente de 0,56 % (soit une
prix de cession internes. Certes, les législations élasticité de -0,56). Ces résultats sont confirmés par
fiscales exigent que ces “prix de transferts” soient les ceux de Hines (1995) qui trouve une élasticité de -0,4
mêmes que ceux qui seraient pratiqués avec des ou de Grubert (1995) qui conclut à un impact
entreprises tierces (cf. 1.3 et OCDE, 1995)(29) ; significatif des taux de retenue à la source et des taux
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cependant, ces dispositions sont difficiles à faire d’impôt sur le bénéfice des sociétés sur la propension
appliquer. des filiales étrangères à verser des royalties à leur
société-mère située aux États-Unis.
C’est notamment le cas pour les royalties et les
redevances (pour l’utilisation d’une licence ou d’un Ces résultats doivent cependant être manipulés avec
brevet) que versent les filiales situées à l’étranger à précaution car la corrélation négative entre
leur maison-mère. Le paiement de redevances et de versement de royalties et fardeau fiscal associé ne
royalties constitue alors un substitut au versement de signifie pas forcément que les entreprises
dividendes et permet à la société-mère de rapatrier manipulent illégalement leurs prix de transfert pour
une partie des bénéfices de sa filiale à un moindre échapper à l’impôt. En effet, ces estimations, en ne
coût fiscal. Cette méthode est notamment prenant pas en compte certaines variables pouvant
avantageuse dès lors que les bénéfices distribués font expliquer l’intérêt pour une entreprise de recourir au
l ’ o b j e t d ’ u n e d o u b l e i m p o s i t i o n . L’ U n i o n système des royalties, laisse ouverte l’explication
européenne tente de s’accorder pour adopter une selon laquelle ce système est tout simplement
directive sur cette question. favorable aux entreprises dont les filiales sont
implantées dans des pays où les taux de prélèvements
Lall (1973), dans une étude déjà ancienne mais qui sont faibles. Plus généralement, les études
observe directement des prix de cession internes économétriques sur les prix de transfert parviennent
pratiqués par les entreprises pharmaceutiques ayant difficilement à mettre en évidence une manipulation
des filiales en Colombie, a montré que, compte tenu des prix de transfert pour des motifs d’évasion
du régime fiscal préférentiel de la Colombie, les flux fiscale car, la plupart du temps, les indicateurs
internes de biens et services reçues par les filiales retenus ne sont qu’indirects (Hines, 1999).
colombiennes étaient très largement surfacturées.
Ce résultat semble corroboré par les travaux plus

34
Enfin, l’impact des disparités fiscales sur le
comportement des entreprises transite par les Conclusion : quel avenir pour la
différents régimes spécifiques qui incitent les concurrence fiscale ?
multinationales à optimiser la localisation de
certaines de leurs activités. De nombreux régimes
dérogatoires concernent des activités La présentation des analyses théoriques de la
particulièrement mobiles (les centres d’appels, les fiscalité en économie ouverte et des disparités
holdings, …)(30). La recherche et développement fiscales, notamment au sein de l’Union européenne,
(R&D) fait aussi l’objet d’une attention particulière, laisse a priori une grande place pour la concurrence
compte tenu de sa mobilité, mais également de ses fiscale. Un examen attentif conduit toutefois à
externalités potentielles sur le reste de l’économie. nuancer ce propos.
Aux États-Unis, en particulier, on a observé l’effet de
ces mesures lors de la suppression de la déductibilité D’un point de vue théorique, la concurrence fiscale
totale des dépenses de R&D en 1986. Le niveau des risque de conduire à un équilibre sous-optimal dans
retenues à la source sur les redevances affecte aussi la lequel les biens publics sont proposés en quantité
localisation de la R&D : dans la mesure où la R&D insuffisante, les États ne prenant pas en compte
dans une filiale peut se substituer à l’importation de l’externalité que leurs décisions fiscales font peser
technologie et, partant, au versement de redevances, sur leurs partenaires. Ce point est très délicat à
la fiscalité crée une incitation à la localisation de la vérifier : la comparaison internationale de dépenses
R&D dans les pays où ces retenues à la source sont publiques est en effet complexe. En outre, on
élevées. n’observe pas directement de réelle perte de recettes
fiscales liées à la concurrence entre États. Enfin,
Malgré tout, ces conclusions – des régimes l’existence de comportements stratégiques des États
spécifiques sont créés car les entreprises ont le qui conduiraient à une baisse de la pression fiscale
pouvoir de négociation suffisant pour contraindre les pesant sur les entreprises reste incertaine : certes, les
États – sont nuancées par l’évaluation de Harry taux nominaux sont orientés à la baisse ; cependant,
Grubert (1998) sur données d’entreprises cette tendance peut reposer sur des préoccupations
américaines. Cette étude vérifie bien un certain tout autre que celle de concurrence fiscale
nombre d’évolutions vers un surcroît de concurrence (motivations internes) et, en outre, elle est
fiscale : il y a des pressions à la baisse sur les taux accompagnée d’un élargissement de l’assiette de
d’imposition, notamment dans les pays pauvres, l’impôt qui la modère.
petits et fortement ouverts ; les activités mobiles –
définies par celles qui ont initialement des taux À défaut d’observer l’incidence finale d’une telle
d’imposition faibles – ont bien profité d’une baisse concurrence, on peut espérer déceler ses effets via
de charge fiscale plus importante. Pourtant, un ses canaux de transmission. L’analyse théorique
certain nombre d’autres aspects attendus de la souligne le rôle des arbitrages des entreprises : après
concurrence fiscale ne sont pas observés. La baisse avoir évalué le coût du capital et le rendement après
de la charge fiscale ne semble pas plus importante impôt de leurs investissements dans chaque pays,
d’une part, elles choisissent la localisation de leurs
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dans le secteur financier que dans le secteur
manufacturé ; les nouvelles implantations ne activités et, d’autre part, elles optimisent la pression
semblent pas tirer davantage profit de la concurrence fiscale qu’elles subissent. L’impact sur la
que les plus anciennes ; la baisse des taux localisation de l’activité semble bien établi, mais
d’imposition n’est pas plus marquée dans les zones l’observation de pays à taux d’imposition élevé et à
fortement intégrées comme l’Union européenne. attractivité forte conduit à s’interroger sur l’ampleur
Notons cependant que les évolutions présentées dans de cet effet. Les comportements d’optimisation
cette étude sont probablement sensibles aux années fiscale sont, quant à eux, bien établis, même si, par
d’évaluation (1984-1992). En effet, il est probable nature, leur ampleur reste également incertaine.
que les phénomènes concernés se sont intensifiés
depuis le début des années quatre-vingt-dix. En Conclure à une ampleur incertaine ne permet
outre, la réforme fiscale américaine de 1986, en toutefois pas complètement de relativiser les risques
réduisant le taux d’imposition des sociétés, a modifié de concurrence fiscale. Certes, l’économie
les incitations des firmes américaines à investir à géographique illustre que des forces
l’étranger et à optimiser leur charge fiscale. d’agglomération peuvent permettre d’attirer des
investissements malgré une pression fiscale forte.
Au total, l’existence d’une pression des entreprises Néanmoins, ces mêmes analyses théoriques
sur le potentiel fiscal des États semble largement soulignent le caractère cumulatif des forces de
acquise : les comportements d’optimisation fiscale, localisation : même si leur effet de court terme reste
par définition imparfaitement observables, sont une limité, les disparités fiscales pourraient, à long
réalité. Malgré tout, il est plus délicat de savoir dans terme, marquer la localisation des activités en
quelle mesure cet effet sur les recettes fiscales se Europe.
double d’un impact sur la localisation des activités
réelles dans les différents pays.

35
En outre, les mécanismes fiscaux se traduisent
d’ores et déjà par des distorsions importantes sur Notes
l’allocation et les formes des investissements. Les
processus de réduction des “pratiques fiscales
dommageables” en cours dans deux enceintes (1) Une façon de justifier cette hypothèse est de considérer
qu’il existe une contrainte politique (voir par exemple Haufler,
internationales, l’Union européenne et l’OCDE, 1997).
devraient permettre de réduire sensiblement ces
distorsions. (2) Ce qui correspond à un impôt sur le cash-flow au sens où
l’entend la Commission Meade (1978) ; voir aussi la
Pourtant, la contrepartie de ces travaux pourrait être proposition de Hall et Rabushka (1995) qui va dans le même
un renforcement de la concurrence fiscale sur des sens.
bases plus larges : s’il n’est plus possible d’attirer des (3) Voir aussi Giovannini (1990) ; Razin et Sadka (1991).
activités en créant des régimes dérogatoires, la (4) Par libre circulation du capital, on entend une situation dans
concurrence passera par la réduction globale de la laquelle il n’y a pas de distorsions dans l’allocation
charge fiscale. À tout le moins, des pays à forte internationale du capital à cause de la fiscalité.
fiscalité pourraient être tentés par une concurrence
(5) Pour une synthèse des travaux sur le sujet, voir par exemple
fiscale “défensive”, la baisse de leur fiscalité vers la Delage (1999) et Madiès et Paty (2000).
moyenne devant limiter leurs pertes de base fiscale.
Ce premier mouvement risquerait alors de (6) Notons que si la concurrence fiscale s’exerce entre pays de
déclencher une concurrence fiscale “offensive”, les taille différente (voir Bucovetsky, 1991, et Wilson, 1991), le
petit pays (en termes de population) choisit un taux de taxe plus
pays dont la fiscalité constituait un avantage
faible que le grand. Le coût d’opportunité du bien public est
comparatif étant tentés de le reconstituer par une plus élevé dans le petit pays parce que l’élasticité de la
nouvelle baisse. productivité marginale du capital par tête y est elle-même plus
élevée. Le petit pays est alors importateur net de capital et le
Il deviendra alors encore plus complexe de niveau d’utilité de ses habitants est plus élevé que celui des
distinguer les comportements de concurrence fiscale ménages qui résident dans le grand pays.
dans la mesure où les allégements de charges fiscales (7) Chacun notera cependant que contrairement à ce que prédit
pourront être motivés par des considérations la théorie, la plupart des pays ont un taux d’impôt sur les
intérieures, comme la stimulation du potentiel de sociétés positif et ils taxent les profits des entreprises
production. Dans un tel contexte, un surcroît contrôlées par des non-résidents.
d’harmonisation ou de coordination fiscale
(8) Cf. Ludema et Wooton (1998), Kind et alii (1998),
permettrait certes de mieux maîtriser ces risques en
Andersson et Forslid (1999) ou encore Forslid et Ottaviano
Europe mais ne répondrait pas à la question des pays (1999), qui s’appuient sur les travaux précurseurs de Krugman
tiers (comment limiter la concurrence entre un (1991), Krugman et Venables (1996) et Venables (1996) sur la
nombre réduit de pays quand d’autres pays ne sont nouvelle économie géographique
pas contraints ?). En outre se poserait le problème de
(9) Notons cependant que les effets de la fiscalité ne sont pas
l’allocation entre les différents pays des ressources
les mêmes selon que les activités économiques sont
tirées de l’imposition du bénéfice des entreprises : agglomérées ou dispersées (Ludema et Wooton, 1998). En
toute tentative de coordination dont l’objet est de
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outre, Andersson et Forslid (1999) ont montré que la stabilité
réduire les distorsions fiscales et de mieux prendre de l’équilibre avec dispersion des activités économiques peut
en compte les externalités inter-juridictionnelles être affectée par des impôts qui opèrent une redistribution entre
permettrait d’accroître les recettes fiscales, sans le facteur mobile (travail qualifié) et immobile (travail non
qu’une réponse ne soit apportée à l’allocation de ces qualifié) car cela modifie les forces d’agglomération. Il
recettes. apparaît en particulier qu’une augmentation, même
parfaitement coordonnée, des taxes sur le facteur mobile peut
rendre l’équilibre avec dispersion complètement instable et
conduire à une agglomération où l’activité économique et tous
les travailleurs qualifiés se concentrent dans un seul pays.
(10) Cf. par exemple Eaton et Grossman (1986) ou Helpman et
Krugman (1989).
(11) Comme le souligne Janeba (1998, p. 145), “the usual
subsidy race changes into a subsidy-avoiding race”
(l’argument est assez proche de celui de Markusen, Mory, et
Olewiler, 1995). En revanche, quand les gouvernements ne
sont pas tenus de verser une subvention à l’entreprise étrangère
localisée sur leur territoire (discrimination), alors ils sont
incités à subventionner l’entreprise nationale et à taxer
l’entreprise étrangère.
(12) Du moins si les fonctions de coûts sont identiques pour
toutes les entreprises et si la demande est concave.
(13) Concernant la question des coûts irrécouvrables et de la
crédibilité de la politique fiscale dans une situation de

36
concurrence territoriale, le lecteur pourra se référer à la des filiales étrangères, ils montrent que la fiscalité affecte bien
littérature initiée par Doyle et Van Wijnbergen (1994). Pour les décisions d’investissement au travers de leur impact sur le
plus de détails, voir aussi Madiès (1997). coût du capital. Cette approche évite l’estimation d’une forme
réduite du modèle ; néanmoins, la construction des indicateurs
(14) Les prix de transfert sont les prix auxquels une entreprise
de taux effectifs, marginaux ou moyens, comme dans les
transfère des biens corporels, ou rend des services à des
études de Bretin (2000) et de Devereux et Griffith (1998),
entreprises associées.
s’appuie sur le même modèle de coût du capital.
(15) Cf. par exemple Weichenrieder (1996).
(27) Cf. également supra l’étude de Gropp et Kostial (2000).
(16) Voir aussi Kant (1990) pour un modèle plus général. Grubert (1998) présente une évaluation contraire à cette
(17) Pour être plus précis, deux cas de figure peuvent alors se analyse concernant la répartition du financement par emprunt.
présenter, selon qu’il existe un crédit d’impôt partiel ou (28) Ainsi, en Allemagne, des dispositions fiscales limitent la
complet. Cette distinction n’est pas anodine car, dans le part des intérêts versée à une société mère étrangère pouvant
premier cas, on est en présence d’un système de taxation selon être déduits afin de limiter l’incitation à financer les filiales en
le principe de la source alors que, dans le second cas, le Allemagne uniquement par émission d’emprunts (cf.
principe d’assujettissement est le principe de résidence (dit Weichenrieder, 1996).
aussi principe du bénéfice mondial).
(29) Afin d’empêcher certaines pratiques consistant à localiser
(18) Voir aussi Madiès (2000) pour une extension de ce à l’étranger des bénéfices normalement imposables en France,
modèle et Zhao (2000). l’article 57 du Code Général des Impôts (CGI) permet à
l’administration de redresser les résultats déclarés par les
(19) Cf. les études de l’OCDE (2000) ou de Bretin et Guimbert
entreprises françaises qui sont sous la dépendance ou, à
(2000).
l’inverse, qui ont le contrôle d’entreprises situées hors de
(20) Alternativement, on pourrait utiliser le chiffre d’affaires France. En vertu de cette disposition, les bénéfices
ou le résultat d’exploitation : on considère ici que l’IS pèse sur indirectement transférés à de telles entreprises établies hors de
les revenus économiques de l’entreprise et que ceux-ci sont France, soit par voie de majoration des prix d’achat ou de
évalués par l’EBE. Cet indicateur est aussi choisi dans un souci diminution des prix de vente, soit par tout autre moyen, sont
de comparabilité internationale. Plus précisément, l’indicateur rapportés au résultat de l’entreprise résidente de France. Ce
utilisé, issu des comptes nationaux de l’OCDE, est net des dispositif est également applicable aux entreprises placées
amortissements (mais brut des provisions). sous la dépendance commune d’une même entreprise, d’un
(21) Cf. Bretin (2000) pour une présentation plus précise de la groupe ou d’un consortium, en même temps qu’une ou
méthode. plusieurs entreprises étrangères. En revanche, la condition de
dépendance ou de contrôle n’est pas exigée si le transfert est
(22) Ce taux d'imposition moyen effectif négatif pourrait réalisé au profit d’entreprises établies dans un pays à fiscalité
laisser penser qu’en Grèce les investissements sont privilégiée. La notion de régime fiscal privilégié est celle
subventionnés. En fait, ce taux résulte principalement de la retenue par l’article 238A du CGI qui prévoit que les personnes
prise en compte de l’imposition des personnes. Comme les domiciliées ou établies hors de France sont regardées comme
dividendes sont imposés au taux zéro et qu’un avoir fiscal est soumises à un régime fiscal privilégié dans l’État ou le
remboursé, le taux effectif de taxation des entreprises apparaît territoire considéré si elles n’y sont pas imposables ou si elles y
très faible. sont assujetties à des impôts sur les bénéfices ou les revenus
(23) Haufler (1999) justifie ainsi l’existence d’une taxe notablement moins élevés qu’en France.
minimum en Europe (imposition de la rente tirée de la position (30) Cf. publications de l’Union européenne (“Code de
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sur le grand marché) : on peut faire de même en supposant que conduite”) et de l’OCDE (“Forum sur les pratiques fiscales
la rente varie d’un pays à l’autre. Bénassy-Quéré, Fontagné et dommageables”).
Lahrèche-Révil (2000) tentent de mettre en évidence une
relation en U entre taux d’imposition et distance avec les (31) Parmi les pays qui imposent les gains en capital, certains
partenaires : pour les distances moyennes, un faible taux d'entre eux n'imposent que les gains en capital réels et ne
d’imposition peut compenser un éloignement des partenaires ; tiennent donc pas compte des gains en capital purement
à l’inverse, pour les grandes distances, les coûts de nominaux qui résultent de l'inflation.
délocalisation sont trop élevés et les pays peuvent se permettre (32) Le gain est "net" car il est corrigé de la dépréciation
d’avoir un taux d’imposition élevé. Leurs résultats ne sont que économique de l'actif.
faiblement concluants.
(24) Cf. supra les indicateurs de taux d’imposition des
investissements transnationaux.
(25) Les simulations de Gropp et Kostial (2000) s’appuient sur
des évaluations des flux globaux et non bilatéraux de flux
d’IDE. Selon cette étude, une hausse de 10 points du taux légal
d’IS entraîne une réduction (hausse) des flux entrant (sortant)
de 0,3 point de PIB (0,2 point). Leur approche permet
d’illustrer que l’harmonisation en Europe vers un taux médian
entraînerait principalement de lourdes pertes fiscales pour
l’Irlande et des gains pour l’Allemagne et l’Italie.
(26) Cummins et Hubbard (1994) opposent leur démarche à
celle de la majorité des études : au lieu d’estimer une forme
réduite d’un modèle non spécifié, ils estiment directement
l’impact de la fiscalité sur le coût du capital et l’effet final sur
l’investissement. Sur données d’entreprises américaines ayant

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Condition d’arbitrage du marché des capitaux
On suppose que tous les investissements doivent avoir un
rendement suffisant pour assurer aux bailleurs de fonds un
taux de rentabilité au moins aussi élevé que celui qu’ils
obtiendraient en utilisant la même somme d’une autre
manière (par exemple en achetant des obligations du
Trésor), ce qui s’exprime par la condition d’équilibre
suivante du marché des capitaux :
(1− md )
i (1− mi )Vt = Dt + (1− z )(Vt + 1 −Vt − N t ) + η z π Vt
1− c
où Vt est la valeur boursière des actions de la société au
début de la période t ,
i le taux d'intérêt nominal (le taux d’intérêt réel est pris égal
à 5 %),
mi le taux marginal au titre de l'impôt sur le revenu des
personnes physiques (IRPP) sur les intérêts perçus par les
bailleurs de fonds,
md le taux marginal de l'IRPP concernant les dividendes
reçus par les actionnaires,
Dt les dividendes payés par la société durant la période t,

c est le taux de crédit d'impôt applicable sur les dividendes


payés par la société (dans le cas de systèmes fiscaux
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réduisant la double imposition),
N t est la valeur des nouvelles actions émises par cette
société durant la période t,
z est le taux marginal au titre de l'IRPP perçu sur les gains en
capital des actionnaires de la société,
et où le dernier terme représente la valeur d'indexation des
plus-values en capital aux fins d'imposition (η est égal à 1
s'il y a indexation et à 0 autrement)(31).
Cette équation – une condition d’arbitrage sur le marché des
capitaux – impose simplement l’égalisation du rendement
après impôt des actions (membre de droite) et du rendement
après impôt des prêts (membre de gauche). En réarrangeant
l’expression précédente, on obtient la valeur boursière de la
société :

{γ Dt − N t + Vt + 1}
(2) Vt =
1+ ρ

avec
((1− mi ) i − η z π ) (1− md )
ρ= et γ = ;
1− z (1− z )(1− c )

40
ρ peut s’interpréter comme un taux d’actualisation et γ est Comme trois modes de financement sont possibles, on
quelquefois appelée "variable de discrimination fiscale", s'attend à avoir trois rendements différents pour
indiquant une discrimination entre la distribution de l'investissement considéré. Dans chaque cas, le mode de
dividendes et le financement par actions nouvelles. financement détermine N et B, ce qui permet d’éliminer D
entre les équations (3) et (4). On obtient ainsi le revenu R en
En considérant l'équation (2) itérée à chaque période, on fonction du taux de rendement p (on note τ le taux de l'impôt
peut écrire le revenu après impôts qui découle d’un sur les sociétés).
investissement nouveau à la date t, où d représente
l'opérateur "différence par rapport à la situation avant 1er cas : autofinancement
investissement supplémentaire"
Dans le cas d'un autofinancement, dN t + s = dBt + s = 0∀ s, ce

 γ d Dt + s − d N t + s  qui fait que l'on obtient un revenu après impôts de :
(3) Rt = ∑  
s= 0  (1 + ρ )s  γ
Rt = −γ (1− A ) +
1+ ρ
{ (1+ π ) ( p + δ ) (1− τ )
d Dt + s représentant ainsi le surcroît de dividendes distribués
à la date t + s dû au nouvel investissement effectué à la date t.
+ (1+ π ) (1− δ ) (1− A ) }
L'égalité emplois-ressources concernant les fonds de avec τ le taux d'imposition des bénéfices non distribués.
l’entreprise est nécessaire pour le calcul des dividendes
2ème cas : émission d'actions
Afin de poursuivre l'analyse, il est nécessaire de spécifier la
valeur des dividendes D et des nouvelles actions émises N. Dans le cas d'une émission d'actions,
Pour cela, on écrit l’égalité emplois-ressources concernant
l'utilisation des fonds de la société : dBt + s = 0∀ s, dN t = 1− A, dN t + 1= − (1− A ), dN t + s = 0∀ s > 1

(4) Dt − N t = Q ( K t −1 ) − I t + Bt − (1+ i ) Bt −1−Tt et l'on trouve dans ce cas l'expression du revenu qui s'écrit :
γ
où Q ( K t −1 ) est la production de la période t, qui dépend du Rt = −γ (1− A ) +
1+ ρ
{ (1+ π ) ( p + δ ) (1− τ )
stock de capital de la période précédente,
ρ (1− γ )
I t est l'investissement, + (1+ π ) (1− δ ) (1− A ) } − (1− A )
(1+ ρ )
Bt est la dette contractée à la période t, qui doit être
remboursée à la période suivante 3ème cas : endettement

et Tt est l’impôt dû par les sociétés à la période t. Enfin, lorsque la source de financement est l'endettement,
les contraintes financières sont : dN t + s = 0∀ s, dBt = 1− A et
dBt + s = 0∀ s > 1et le revenu s'écrit :
L’évaluation du revenu tiré d’un investissement dépend
de son mode de financement γ
Rt = −γ (1− A ) +
1+ ρ
{ (1+ π ) ( p + δ ) (1− τ )
Les équations (3) et (4) permettent d’exprimer le revenu R
en éliminant les dividendes D et les actions nouvelles N. En γ (1− A )
choisissant des unités appropriées de capital et de + (1+ π ) (1− δ ) (1− A ) } + {ρ − i (1− τ )}
(1+ ρ )
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production, on normalise les prix des biens à l'unité pour la
période t. On note A la valeur actualisée des provisions pour
amortissement sur une unité de capital. Le coût net d'une Le calcul des taux effectifs d’imposition marginaux et
unité de capital pour la période t vaut donc 1− A. On note δ le moyens se déduit alors des résultats précédents
taux de dépréciation économique des actifs. D’une part, la mesure du coût marginal du capital est définie
Considérons un investissement qui accroît d'une unité le implicitement par l’équation : Rt = 0
stock de capital physique de la société uniquement à la En notant ~p la solution de cette équation qui est en fait le
période t, de telle sorte que d K t = 1 et que d K s = 0∀ s ≠ t . coût marginal du capital, on obtient :
Cela implique une augmentation de l'investissement d'une
(1− A )
unité pour la période t, soit dI t = 1, et une réduction au cours ~
p=
(1− τ ) (1+ π )
{ ρ′− π + δ (1+ π ) } − δ
de la période t +1 qui vaut d I t + 1= − (1− δ )(1+ π ) car
l'équation du capital s'écrit :
avec ρ′= ρ pour l'autofinancement,
K t = (1− δ ) K t −1 + I t
ρ′= ρ / γ pour l'émission d'actions et
L'accroissement du capital à la période t entraîne une
ρ′= i (1−τ ) pour l'endettement.
augmentation de la valeur de la production à la période t +1
qui peut s'écrire d Qt + 1 ( K t )(1+ π ) = ( p + δ )(1+ π ), où p D’autre part, dans le cadre d’une analyse en taux moyens, le
représente le gain net de l'investissement(32) effectué à la rendement de l’investissement p est à présent supposé
période précédente. Notons que nous avons simplifié connu et il n’y a désormais plus aucune raison pour que le
l'analyse en supposant que π était un taux d'inflation revenu R soit nul. Cela étant, il est clair qu’un projet sera
commun à la fois pour le capital et pour la production. entrepris si le revenu économique est positif Rt ≥ 0,
c’est-à-dire pour des taux de rendement tels que p ≥ ~ p.

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Afin de déterminer le taux d'imposition moyen effectif, il
est également nécessaire d’évaluer le revenu avant impôt
Rt∗ d’un tel investissement. Comme précédemment, la
valeur de la production augmente de ( p+δ ) (1+π ), soit un
revenu actualisé par le taux d'intérêt nominal de :
1 p−r
Rt∗ =
1+ i
{(1+ π ) ( p + δ ) + (1+ π )(1− δ )} = 1+ r
Ce revenu est bien entendu indépendant du mode de
financement choisi. Enfin, dans le but de construire le taux
d’imposition moyen effectif défini par Devereux et Griffith,
il faut diviser la différence Ri∗ − Ri par le rendement
escompté de l'investissement que l'on actualise au taux
d'intérêt nominal, ce qui revient à prendre comme
dénominateur p / (1+ r ).
Ainsi, en utilisant les expressions trouvées précédemment,
on peut en déduire une mesure du taux d'imposition moyen
effectif :
Rt∗ − Rt
EATRt = , soit
p
1+ r

p−r  γ
EATRt = − [( p + δ )(1+ π )(1− τ )
1+ r  1+ ρ

p
− ((1+ ρ )− (1−δ )(1+ π ))(1− A )] + K }
1+ r
avec
K = 0 dans le cas de l'autofinancement,
ρ (1− γ )
K =− (1− A ) dans le cas d'une augmentation de
(1+ ρ )
capital et
γ (1− A )
K=
(1+ ρ )
{ ρ − i (1− τ )} dans le cas de l'endettement.
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