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Jean-André Faucher, né en 1921, a commencé sa carrière de journaliste à 16 ans et est devenu un expert des questions algériennes, publiant des révélations sur la rébellion algérienne. Il a été un acteur clé dans le journalisme français, dirigeant diverses rubriques et s'impliquant dans les débats sur l'Algérie. Le document aborde également l'histoire complexe de l'Algérie, marquée par des révoltes et des conflits, ainsi que la diversité de ses communautés.

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Jean-André Faucher, né en 1921, a commencé sa carrière de journaliste à 16 ans et est devenu un expert des questions algériennes, publiant des révélations sur la rébellion algérienne. Il a été un acteur clé dans le journalisme français, dirigeant diverses rubriques et s'impliquant dans les débats sur l'Algérie. Le document aborde également l'histoire complexe de l'Algérie, marquée par des révoltes et des conflits, ainsi que la diversité de ses communautés.

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Né en 1921, d a n s la b a n l i e u e p a r i -

sienne, Jean-André F a u c h e r débuta à


l'âge de seize a n s d a n s le m é t i e r de jour-
n a l i s t e et il fut t o u t d ' a b o r d le m o d e s t e
c o l l a b o r a t e u r d ' u n q u o t i d i e n d u soir.
A v i n g t a n s c e p e n d a n t , il a v a i t d é j à
o c c u p é u n e c e r t a i n e p l a c e d a n s la p o é s i e
m o d e r n e et d e g r a n d s a i n é s c o m m e J e a n
G i r a u d o u x et P a u l V a l é r y s ' e n t e n d a i e n t
a l o r s p o u r p r é d i r e q u ' i l s e r a i t un des
p r e m i e r s p o è t e s de sa g é n é r a t i o n .
Son d e s t i n d e v a i t être tout a u t r e p u i s -
q u ' i l allait t r è s vite se c o n s a c r e r exclu-
sivement au journalisme. Polémiste,
r e p o r t e r , c r i t i q u e , h i s t o r i e n , il d i r i g e
successivement dans plusieurs journaux
de P a r i s les r u b r i q u e s les p l u s d i v e r s e s .
S e c r é t a i r e g é n é r a l d u S y n d i c a t de la
P r e s s e P r i v é e et des Bulletins d ' I n f o r -
m a t i o n , il est a i n s i d e v e n u u n de ces
hommes aux lourdes confidences dont
l ' h e b d o m a d a i r e L ' E x p r e s s affirmait u n
j o u r q u ' i l s c o n s t i t u e n t un e m p i r e d a n s
la R é p u b l i q u e .
Depuis longtemps, Jean-André Fau-
c h e r est u n s p é c i a l i s t e des q u e s t i o n s
a l g é r i e n n e s . D e p u i s v i n g t a n s il est l ' a m i
d e s p r i n c i p a u x l e a d e r s m u s u l m a n s . C'est
en c o m p a g n i e de p l u s i e u r s d ' e n t r e eux
q u ' i l eut l ' o c c a s i o n de f a i r e d a n s les
d i v e r s e s r é g i o n s de l'Algérie des r e p o r -
tages qui e u r e n t à P a r i s un c e r t a i n
r e t e n t i s s e m e n t . Il fut a i n s i un des p r e -
m i e r s , a p r è s le d é c l a n c h e m e n t de l'in-
s u r r e c t i o n , à p u b l i e r des r é v é l a t i o n s
assez s e n s a t i o n n e l l e s s u r la r é b e l l i o n
algérienne.
D e p u i s le j o u r t r a g i q u e de la Tous-
s a i n t 1954, J e a n - A n d r é F a u c h e r a beau-
c o u p é c r i t s u r le d r a m e algérien. Au
f u r et à m e s u r e que le conflit p r e n a i t
de l ' e x t e n s i o n , il v o y a i t p l u s i e u r s de ses
a m i s r e j o i n d r e le c a m p d u F.L.N. Il était
de c e u x qui a v a i e n t vu c o u v e r le d r a m e
L'ALGÉRIE REBELLE
JEAN-ANDRÉ FAUCHER

L'ALGÉRIE
REBELLE

ÉDITIONS DU GRAND DAMIER


42, rue d'Ulm - PARIS ( V
© by J.-A. Faucher and Editions du Grand Damier
L'ÉTERNELLE I N S O U M I S E

Au cours d'un déjeuner-débat organisé à Paris, au


Pavillon Dauphine, p a r M. Gabriel du Chastain, alors que
l'insurrection algérienne venait d'éclater dans les Aurès,
M. Amar Naroun, député de Constantine, déclarait en
présence du Président René Mayer, du Président Georges
Bidault, et du leader de l'U.D.M.A., Ferhat Abbas :
— Les tribus qui descendent en ce moment de leurs
montagnes pour attaquer les troupes françaises aux envi-
rons de la localité de Khemchela, ce sont les mêmes qui,
il y a deux millénaires, harcelaient au même endroit les
centuries romaines.
Par cette seule phrase, M. Naroum venait de mettre ses
auditeurs en face de la réalité algérienne.
Il entendait ainsi rappeler à ceux qui ne le savaient
pas, et à ceux qui l'avaient oublié, que l'Algérie est depuis
toujours par excellence, la terre des insoumis.
Ce pays ne s'appelle Algérie que depuis le 31 octobre
1838. Ce fut une ordonnance de Louis-Philippe qui le
baptisa de la sorte, car à ce moment, Alger, dont les délé-
gués turcs avaient fait une capitale, était déjà une très
grande ville et son nom allait servir à créer ce mot nou-
veau « Algérie ». Le roi de France était ainsi en train de
donner son premier élément d'unité à une terre qui avait
toujours été divisée.
Au temps des Romains, on l'avait appelée la Barbarie,
ou pays des Barbares. On l'avait appelée encore la Mauri-
tanie, ou terre des Maures, désignant par là tout ce qui
s'étendait de l'actuel Constantinois aux rivages marocains.
Plus tard, les Arabes avaient englobé toute l'Afrique du
Nord sous un seul nom, le Maghreb, ce qui signifiait pour
eux : le pays du Couchant.
A l'origine, l'Afrique du Nord ne fut peuplée que de
Berbères. C'est avec juste raison que M. Jacques Soustelle
a p u écrire (1) :
— Depuis les Puniques jusqu'aux Français, en passant
par les Romains, les Vandales, les Arabes et les Turcs,
personne n'est entré en Algérie autrement que par la
conquête. Si la présence française est illégitime, seuls les
Berbères peuvent invoquer un droit qui se perd dans les
brumes de la proto-histoire.
C'est là un argument que j'ai souvent opposé à mes amis
arabes, mais s'ils veulent bien reconnaître qu'ils furent
des occupants au même titre que nous, ils s'empressent
généralement d'ajouter :
— En ce qui nous concerne, il y a prescription...
Et c'est là une réponse qui pèche par absence de
logique car il apparaît ainsi que si nous nous voyons refu-
ser des droits sur l'Algérie que revendiquent les chefs
arabes du F.L.N., ce serait seulement parce que notre
occupation par la force dura moins longtemps que la leur.

(1) J a c q u e s SOUSTELLE : Réponse à Raymond Aron (Plon 1957).


Dès lors, en pareille discussion, seul le Kabyle serait
qualifié pour préciser ce que valent ces arguments arabes
en face des nôtres.
Les Berbères, qui furent convertis de force à l'Islam
par les Arabes, ont conservé leur langue et leurs coutumes
et, réfugiés dans les Aurès, en Grande et en Petite Kabylie,
dans la plupart des massifs montagneux et jusqu'aux
lisières du Sahara, ils constituent environ 30 % de la
population musulmane de l'Algérie.
Convertis par l'occupant, on ne saurait cependant
mettre en doute la sincérité de leur foi, et il est vrai que
dans certains secteurs de la Grande Kabylie, le fanatisme
religieux est encore plus puissant aujourd'hui que dans
toute autre région d'Algérie.
Dès lors, il devient évident que le problème algérien
est compliqué par l'existence de communautés diverses,
parmi lesquelles il convient de distinguer, outre les
Arabes et les Kabyles :
— Les Mozabites, au nombre de 50.000 environ, dont
le point d'attache est au sud, dans la région du M'zab,
dans le riche territoire de Ghardaïa. Très actifs, ils se
sont répandus dans le Tell et forment à Alger une partie
importante de l'élément commerçant de la ville.
— Les Européens qui sont plus d'un million, selon les
statistiques.
— Les Israélites, qui sont près de 150.000 et qui ont
réussi plus ou moins à se confondre avec la population
européenne de l'Algérie.
— Les néo-Français, qui forment une partie importante
de la population souvent très attachée à ses coutumes
et à ses traditions. C'est ainsi que dans l'Oranie on vit
pendant longtemps certains conseils municipaux déli-
bérer en langue espagnole.
— Les Noirs du Tell et les descendants de Noirs répar-
tis au Sahara.
— Une quinzaine de milliers de travailleurs agricoles
marocains installés dans le département d'Oran et qui
tendent à se fondre dans la population arabe.
Il est donc faux de prétendre comme le fait fréquem-
ment la propagande égyptienne, que l'Algérie est un pays
arabe.
Les vieilles familles juives dont les ancêtres vinrent de
l'Orient peuvent à juste titre faire observer aujourd'hui
que certaines d'entre elles étaient établies dans le pays
plusieurs milliers d'années avant l'arrivée des Arabes.
C'est avec la colonisation phénicienne qu'a débuté
véritablement l'histoire de ce pays. L'Afrique du Nord
vécut ensuite intensément cette période de l'occupation
romaine. Les légions occupèrent les plaines et y assirent
leur autorité mais les montagnes restèrent insoumises et
ce furent elles, qui comme à toutes les périodes de l'his-
toire algérienne, virent naître les révoltes. Les Romains,
comme devaient le faire plus tard les Français, ne purent
imposer leur pouvoir au fin fond des Aurès et des
Nementcha et contre eux inévitablement ces montagnes
devaient un jour fournir les grandes bandes qui allaient
descendre vers la plaine aussitôt que le pouvoir militaire
allait leur révéler les premiers indices de sa faiblesse.
Ce ne fut au cours des siècles qu'une longue succession
de révoltes et de guerres fratricides. Ce fut en 240, la
révolte des mercenaires, et les 70.000 insurgés, groupés
derrière le Libyen Mathiô narguèrent la puissance de
Carthage.
Il y eut plus tard la révolte des consuls romains Caïus
et Flaccus qui furent écrasés par les archers crétois du
consul Opinius.
Sous Auguste, il fallut organiser de grandes expéditions
militaires pour faire face à la révolte des Musulanes,
peuplade installée au sud de la Medjerda, et au soulève-
ment des Gétules, près des frontières actuelles du sud de
la Tunisie. On pense généralement qu'avant d'écraser les
rebelles, les troupes romaines durent mener plus de
vingt-cinq ans de combats incessants.
Sous Tibère, il y eut l'insurrection du chef berbère
Tacfarinas qui réussit à tenir tête aux légions pendant
sept ans. Tacfarinas était un déserteur de l'armée romaine
dans laquelle il avait servi et appris le métier des armes.
Il fallut en l'an 17 une bataille rangée de la I I I légion
pour venir à bout de cet homme qui avait réussi à orga-
niser ses compatriotes et à créer la première armée
berbère.
Toutefois, pendant plusieurs années encore, Tacfarinas
réussit à mener contre l'occupant romain une guerre de
harcèlements qui ne s'acheva que le jour où il fut tué en
combat non loin du lieu où se trouve aujourd'hui la loca
lité d'Aumale.
Les troupes romaines ne pénétrèrent dans l'Aurès qu'en
150, à l'occasion d'une nouvelle révolte. Les Berbères ne
cessaient de reprendre les armes à chaque génération.
Il fallut les combattre sous Hadrien, puis sous Antonin
le Pieux, plus tard encore sous Marc Aurèle, sous
Commode, sous Septime Sévère et sous Sévère Alexandre.
Lorsque la décadence romaine se précisa, les Berbères
qu'on avait pu croire partiellement romanisés, multi-
plièrent alors les tentatives pour secouer le joug.
De cette période, l'historien Charles-André Julien a
pu écrire (1) :
(1) Charles-André JULIEN : Histoire de l'Afrique du Nord (Paris
Payot - 1931).
— C'est l ' A f r i c a i n S e p t i m e Sévère qui r e t a r d a la
d é b â c l e en j o u a n t f r a n c jeu : « E n r i c h i s s e z le s o l d a t et
m o q u e z - v o u s d u reste », laissa-t-il c o m m e p r i n c i p e de
g o u v e r n e m e n t à ses fils. A p r è s lui, les p r o n u n c i a m e n t o s
d e v i n r e n t la règle et l ' E m p i r e ne fut p l u s q u ' u n e d i c t a t u r e
militaire tempérée p a r l'assassinat.
Les r é v o l t e s des B e r b è r e s d e v i n r e n t a l o r s p e r m a n e n t e s .
A c e r t a i n s m o m e n t s , sous le r è g n e de V a l é r i e n , il y en eut
de s p o n t a n é e s qui é c l a t è r e n t en d i v e r s p o i n t s d u p a y s et
qui m e n a c è r e n t d a n g e r e u s e m e n t l ' a u t o r i t é . C e u x des
B e r b è r e s qui a v a i e n t été r o m a n i s é s et qui é t a i e n t d e v e n u s
les m e i l l e u r s a u x i l i a i r e s des g é n é r a u x f u r e n t les p l u s
m e n a c é s p a r ces i n s u r r e c t i o n s . B e a u c o u p f u r e n t pillés.
N o m b r e u x f u r e n t é g a l e m e n t c e u x d ' e n t r e e u x qui f u r e n t
assassinés.
L e c h e f F a r a x e n , d e s c e n d u de la H a u t e K a b y l i e à la
tête d e ses b a n d e s , r é u s s i t à p é n é t r e r d a n s le t e r r i t o i r e
des N u m i d e s et à en r a m e n e r d e s p r i s o n n i e r s , p a r m i les-
quels b e a u c o u p de v i e r g e s c h r é t i e n n e s que l'Eglise d u t
racheter.
F a r a x e n fut t u é a u c o m b a t p a r u n d é t a c h e m e n t de la
cavalerie maure.
P e n d a n t t o u t le I I I siècle, les B e r b è r e s a f f r o n t è r e n t les
s o l d a t s d e R o m e . On vit a l o r s assez s o u v e n t les t r o u p e s
d e l ' o c c u p a n t t r a h i r en p l e i n c o m b a t et p a s s e r à l ' e n n e m i .
Le m o u v e m e n t des C i r c o n c é l i o n s fut s a n s d o u t e la p r e -
m i è r e r é v o l u t i o n p r o l é t a r i e n n e d e toute l ' h i s t o i r e afri-
c a i n e . Les o u v r i e r s a g r i c o l e s qui a v a i e n t r é s i s t é à la
r o m a n i s a t i o n et q u e l'Eglise c a t h o l i q u e , d e v e n u e toute
p u i s s a n t e sous C o n s t a n t i n n ' a v a i t p u c o n v e r t i r que s u p e r -
ficiellement, c o n n a i s s a i e n t a l o r s u n e m i s è r e é p o u v a n t a b l e .
D e p u i s l o n g t e m p s , il é t a i t facile de p r é v o i r q u e la p r e -
m i è r e o c c a s i o n s e r a i t la b o n n e qui leur p e r m e t t r a i t de se
précipiter sur les biens des possédants et d'en p r e n d r e
leur part. Ce fut la lutte menée impitoyablement p a r
l'Eglise contre la secte des donatistes qui permit aux
Circoncélions de passer à l'offensive contre les riches,
c'est-à-dire contre les profiteurs de l'occupation romaine.
Au nom d'une philosophie communiste assez sommaire,
ce prolétariat qui prétendait rétablir par la force plus de
justice entre les hommes se transforma vite en une rébel-
lion contre tout ce qui était romain. L'Eglise catholique,
en raison de son caractère latin, ne f u t pas épargnée et
les évêques durent faire appel à l'autorité pour activer la
répression. Toutefois, en de nombreuses régions, le petit
clergé catholique n'hésita pas à faire cause commune
avec les insurgés.
Un prince kabyle, Firmus, réussit à unir sous son com-
mandement les Circoncélions et les Donatistes et il réussit
à leur tête à s'emparer des villes de Caesarea et de
Icosium, c'est-à-dire des localités qui devaient devenir
plus tard Cherchel et Alger. Traqué p a r les cavaliers de
Théodose, il s'étrangla en 375.
Mais en 429, le roi vandale Genseric débarque en
Afrique à la tête de ses hommes et cette nouvelle invasion
va mettre un terme à l'occupation romaine. Les tribus
berbères vont engager aussitôt un combat contre le nou-
veau pouvoir. Au V siècle, alors que les ouvriers agricoles
pillent les propriétés, les bandes montagnardes de l'Aurès
descendent vers Tebessa, Lambèse et Timgad et leurs
raids sont si meurtriers que les populations désertent
bientôt ces villes.
Sous Hildéric, les Maures que commandait le chef
Antalas réussirent à étendre leur autorité sur une partie
du pays, mais il fallut attendre en 533 l'écrasement de
l'usurpateur vandale Gélimer p a r les troupes de Bélisaire
pour que les Romains retrouvent en Afrique du Nord leur
autorité perdue.
Pendant la lutte entre les Vandales et les Romains, les
Berbères avaient pris le parti des attentistes. Certes, à
l'occasion, certains d'entre eux n'avaient pas hésité à
exécuter des Romains pour le compte du chef vandale
dans le temps même où certains autres faisaient à Béli-
saire de magnifiques promesses, mais en fait ils avaient
laissé leurs deux occupants régler leurs comptes entre eux.
Mais dès que les Vandales furent écrasés et que Rome
entreprit de réorganiser ses possessions africaines, les
révoltes berbères reprirent de plus belle. Les cavaliers
romains se firent alors égorger sur les routes et Solomon
dut organiser contre les rebelles des expéditions impor-
tantes. Près de Kairouan, 10.000 Berbères furent en repré-
sailles exécutés par les soldats de Rome. Ce n'était rien
encore puisque un peu plus tard, en 535, 50.000 périrent
dans une seule bataille. Mais Solomon qui voulait se
transporter dans l'Aurès et y régler une fois pour toutes
leur compte aux tribus insurgées, dut finalement renoncer
à son projet.
L'année suivante, c'est une partie de l'armée romaine
qui se révolte sous les ordres du soldats Stozas. Les
Berbères prirent le parti, une fois de plus, de demeurer
neutres.
Ils avaient eu tort sans doute puisque dès que les
révoltes militaires eurent été écrasées, ce fut contre les
insurgés de l'Aurès que se retourna l'armée romaine.
Cette fois, l'Aurès fut violé, ses guerriers vaincus et la
puissance romaine s'affirma sur le massif des irréduc-
tibles.
Cela ne devait durer que quatre ans. La lutte reprit
et Solomon fut tué. Le chef berbère Antalas et le soldat
révolté Stozas, qui avait épousé une femme du pays, se
retrouvèrent unis contre l'armée. Ils luttèrent jusqu'en
548, mais Jean Troglita réussit à les vaincre et de 548 à
563, les Berbères durent respecter la paix romaine.
Mais après quinze ans, les combats vont reprendre.
Le chef berbère Gamul sera tué en 578, mais son vain-
queur, Gennadius, dut se battre de longues années encore
pour barrer la route de Carthage aux Berbères mena-
çants.
En 640, les Arabes pénétrent en Afrique. Ce ne fut
cependant qu'en 681 que Oqba se mit en marche vers
l'Ouest à la tête de ses troupes. Il devait traverser tout
le territoire algérien et progresser jusqu'au nord du
Maroc. Mais Oqba ne put atteindre ses objectifs. Les Ber-
bères, convertis à l'Islam, allaient retrouver leur unité
autour du chef Kossayla, répudier la religion que les
Arabes leur avaient imposée et se regrouper autour de
l'Aurès pour faire face au nouvel occupant venu cette fois
de l'Est.
Le chef arabe Abd-el-Malik dut lutter deux ans contre
Kossayla qui fut tué en combat près de Kairouan. Les
Arabes étaient ainsi vengés car un peu plus tôt, Kossayla
qui avait tendu un piège à Oqba qui revenait sans méfiance
de son expédition au Maroc l'avait fait égorger dans les
sables.
Une reine de l'Aurès, que l'on croit avoir été de reli-
gion juive, la Kahina, refit alors l'unité de son peuple,
lui redonna la foi, se porta à sa tête contre l'armée de
l'envahisseur arabe, réussit à le vaincre et à le rejeter
très loin vers l'Est.
Elle régna cinq ans. Mais les Arabes de Abd-el-Malik
revinrent alors en nombre, trouvèrent des alliés parmi
les Berbères qui s'étaient dressés contre le pouvoir de la
Kahina et la vieille guerrière livra dans les Aurès une
dernière bataille au cours de laquelle elle fut tuée.
Ce peuple berbère que nous voyons ainsi à travers les
siècles mener sans désemparer la même lutte contre tous
ceux qui sont venus s'établir sur son sol, il n'a pas
changé depuis les jours de l'occupation romaine.
M. Jacques Soustelle, accomplissant chez les Chaouïa
son premier voyage de Gouverneur de l'Algérie, pouvait
écrire à ce sujet (1) :
« Dans les gorges de Tighanimine, au milieu d'un
paysage farouche, une plaque de marbre aux caractères
encore bien visibles, encastrée dans le rocher, commé-
more le passage de la Légion « Augusta » qui combattit
une révolte de l'Aurès sous le règne d'Antonin le Pieux.
« Dix-huit siècles plus tard, le paysage n'a pas changé,
le peuple guère plus. Ici, dans l'Aurès, nous sommes au
cœur de ce pays berbère qui se dressa tant de fois opi-
niâtrement, contre les Romains, les Vandales, les Byzan-
tins, les Arabes, les Turcs et nous-mêmes. C'est contre
les Arabes que leur grande héroïne, la Kahina, de reli-
gion judaïque, a mené la lutte la plus célèbre, devenue
légendaire. Les Chaouïa vivent là comme ils ont toujours
vécu, accrochés aux vagues formidables et fgées des
cordillères sur les flancs desquelles se dispersent leurs
mechtas ».
Dès cette époque, la Kahina ayant été vaincue et sa
tête ayant été expédiée au khalife, les Berbères vont
prendre l'habitude qu'ils conserveront pendant des siècles
de vivre aux côtés des Arabes sans jamais se mêler à eux,
sans jamais se confondre avec eux. Toutefois, au XX siè-
cle, l'unification allait faire de rapides progrès.

(1) J a c q u e s SOUSTELLE : Aimée et S o u f f r a n t e Algérie ( P a r i s - Plon - 1957).

Un détachement rebelle en embuscade


à proximité d'une route algéroise.
Documents des Hôpitauxx
civils d'Alger.
Sous le commandement d'un des leurs, Tarik, nous
allons voir les Arabo-Berbères partir à la conquête de
l'Espagne, puis de la Gaule. Ce furent eux qui arrivèrent
jusque devant Poitiers et il est incontestable qu'ils furent
les responsables de cette défaite. M. Charles-André Julien
donne cette explication (1) :
« Leur retraite, après la victoire de Charles Martel, fut
moins due à l'ardeur des Francs qu'aux révoltes provo-
quées, dans le Maghreb extrême, p a r le partage, au béné-
fice des seuls Arabes, des terres espagnoles, et p a r les
exactions ou les violences des gouverneurs de Tanger ».
Toutefois, d'autres historiens ont donné une version
différente que rapporte M. Pierre Fontaine, un des jour-
nalistes et écrivains qui connaissent le mieux ces pro-
blèmes de l'Afrique du Nord (2) :
« Les Arabes auraient été battus à Poitiers par la défec-
tion de l'infanterie kabyle, pour un retard de solde
mêlé à une querelle religieuse ».
Nous lui laisserons la responsabilité de cette version.
Il apparut ainsi que les Berbères, intéressés par les
Arabes à la conquête et aux pillages, n'en refusaient pas
moins toute assimilation et n'attendaient que le prétexte
de nouveaux soulèvements.
Au VIII siècle, alors que les Béranès s'insurgent au
Maroc, les Zenata se révoltent en Tunisie et dans le Sud-
Constantinois. Ce fut en 742, que les insurgés qui mena-
çaient Kérouan furent écrasés p a r l'armée du gouverneur
d'Egypte, Hanzala ibn Safouan. Mais les Ourfedjouna,
venus du Sud tunisien, et les kharidjites se battirent pen-
dant plusieurs années pour la possession de la ville et il

(1) Charles-André JULIEN : opus Cité.


(2) Pierre FONTAINE : Dossier secret de l'Afrique du Nord (Paris - les
Sept Couleurs - 1957).
fallut attendre 758 pour que l'iman Aboul Khattab puisse
nommer gouverneur un noble qui avait été élevé à Kai-
rouan même, Abd er-Rahman ibn Rostem.
D'origine persane, ce dernier devait devenir plus tard
l'iman shismatique de la région de Tiaret.
Les Arabes du gouverneur Omar ibn Hafç-Hazarmard,
traqués p a r les Berbères d'Abou Qorra durent s'enfermer
dans la ville de Kairouan devant laquelle les insurgés
mirent le siège. Le gouverneur se fit tuer en essayant de
sortir de la ville à la tête de ses troupes. Les Berbères
ayant progressé vers l'Est sous le commandement de
l'iman Abou Hatim furent cependant vaincus en Libye
en 772. Pendant quinze ans, les populations berbères
devaient en représailles être soumises à une terrible
répression. Des tribus entières furent décimées. Des
familles nobles furent égorgées en totalité. Cette fois, les
Berbères aspirèrent à la paix et les chefs kharidjites qui
avaient échappé aux massacres s'efforcèrent de négocier
avec les Arabes les conditions d'une coexistence paci-
fique.
Toutefois, le particularisme berbère demeura assez
puissant pour que chez les Chaouïa, dans la tribu des
Berghouata, le chef Salih ait pris à cette époque l'initia-
tive d'adopter la religion islamique et de traduire le
Coran en langue berbère.
Il semble bien que les historiens soient d'accord pour
affirmer qu'au X siècle, alors que les Chrétiens et les
Juifs réussissent dans les villes à s'entendre relativement
bien avec les Arabes, ces derniers continuent à considérer
que les Berbères, même lorsqu'ils sont convertis à l'Islam,
demeurent leurs pires ennemis.
La plupart des émirs avaient considéré que leur tâche
essentielle consistait à faciliter l'assimilation des Ber-
bères au point d'en faire de véritables Arabes. Plusieurs
parmi eux firent en ce sens de louables efforts. Il est
évident qu'ils échouèrent et que les Berbères leur prou-
vèrent, mieux encore qu'à tous autres, qu'il ne saurait
y avoir dans leur pays, d'occupation paisible.
Ils n'acceptèrent de s'entendre avec les soldats arabes
que lorsque les émirs purent leur trouver hors de l'Afri-
que des prétextes de guerre et de pillage. C'est ainsi
qu'en 827, miliciens arabes et guerriers berbères enva-
hissent ensemble la Sicile sous les ordres du chef Azad et
enlèvent les villes de Palerme et de Messine.
La Petite Kabylie traversa ces siècles sans que les
émirs de Kairouan aient jamais eu la possibilité d'y
asseoir leur autorité. En principe, ils étaient les maîtres
du pays, mais ils ne se risquèrent jamais à vouloir en
administrer la preuve. La tribu des Kotama qui occu-
paient le pays était connue comme une des plus hostiles
aux Arabes et de nombreux déserteurs y trouvaient refu-
ge. Ce fut un prédicateur venu de la Mecque, Abou
Abdallah, qui, installé dans une forteresse kabyle prêcha
la révolte vers l'an 900 et réussit à entraîner les Kotama
à l'assaut de Mila qui fut pris en 902. L'émir essaya de
faire campagne en Petite Kabylie mais il fut vaincu p a r
les montagnes et par les neiges et en 904, les Kabyles
s'emparèrent de Sétif. Jusqu'en 909, ils ne connurent que
des victoires et réussirent à plusieurs reprises à mettre
en fuite les armées arabes.
L'ordre kabyle fut juste et Abou Abdallah s'efforça
d'apporter la justice dans les régions qu'occupèrent les
Kotama. Toutefois, il fit massacrer tous les nègres dont il
entendait débarrasser le pays. Et lorsque sa victoire fut
bien assise, il dit adieu aux Kotama et disparut du pays
pour aller prêcher ailleurs sa vérité.
Celui qui avait été son maître, et au nom duquel il
avait prêché la révolte aux Kabyles, Obaïd Allah, devait
se présenter en 910 aux Kotama et prendre chez eux le
titre de El Madhi. Désormais, grâce à la révolte des
Kotama, la puissance des émirs n'existait plus. Les Ber-
bères avaient ainsi pris sur l'envahisseur arabe une
éclatante revanche.
Toutefois, le désordre ne tarda pas à s'instaurer dans
l'Etat kabyle. Le prédicateur Abou Abdallah étant revenu
vivre aux côtés du Mahdi ne tarda pas à critiquer ses
méthodes et à condamner sa gestion. Il fut exécuté alors
sur l'ordre de Obaïd Allah.
Celui-ci se fit construire en Tunisie une nouvelle capi-
tale, Mahdiya, d'où il entreprit des expéditions vers l'Est.
De 913 à 921, il fit la guerre en Libye et en Egypte,
réussit à s'emparer de Tripoli et d'Alexandrie, mais il
fut sans cesse repoussé vers la Tunisie. Toutefois, ses
bateaux firent de fréquents voyages vers la Corse, la
Sardaigne, les rivages de l'Italie, de la France et de
l'Espagne où ses marins pillèrent et enlevèrent des pri-
sonniers. Il étendit son pouvoir jusqu'au Maroc où ses
hommes finirent par vaincre les Idrissites.
Son fils, qui avait occupé Constantine et Alexandrie,
voulut poursuivre l'œuvre de son père. Il tenta un débar-
quement sur les côtes méditerranéennes de la France.
Il réussit pendant un certain temps à occuper le port de
Gênes. Toutefois, Aboul Qasim était très impopulaire et
un saint homme de condition fort modeste, Abou Yazid,
qui p a r surcroît était boiteux, réussit à convaincre les
Berbères que l'heure était venue pour eux de chasser
le fils du Mahdi. Il promettait un Etat démocratique,
gouverné p a r un conseil de sages. Mais il fut impitoyable
dans la guerre et ce fut après avoir versé beaucoup de
sang qu'il put entrer en maître dans la ville de Kairouan.
On put croire pendant quelques mois que cette nouvelle
révolte allait définitivement l'emporter, mais Abou Yazid
échoua devant la capitale berbère de Mahdiya. Il voulut
alors s'enfuir vers l'Egypte ou le Soudan, mais encerclé
par les tribus du chef Ziri, il fut fait prisonnier, et
mourut en captivité des blessures qu'il avait reçues au
cours de son dernier combat.
Le petit-fils du Mahdi, El-Moïzz, dirigea ses efforts vers
l'Egypte. Son principal général, Djawhar, à la tête d'une
immense armée, envahit le pays et ce fut lui qui créa la
ville qui devint plus tard le Caire. La dynastie fatimide
qui allait gouverner l'Egypte jusqu'au XII siècle, s'ins-
talla définitivement au Caire en 873, avec les derniers
survivants de la tribu des Kotama et abandonna l'autorité
sur le Maghreb à la tribu des Canhadja.
Ce fut leur chef, Ziri, qui fonda les villes d'Alger, de
Médéa et de Miliana. Mais de 980 à 1060, ses héritiers
durent mener la lutte contre les Zenata qui refusaient
de reconnaître leur autorité et qui continuaient à res-
pecter celle du khalife de Cordoue. En 1017, les Can-
hadja d'Achir et ceux de la dynastie ziride se séparèrent
et le territoire fut partagé.
Vers 1050, une nouvelle invasion des Arabes de la
tribu des Beni Hillal ravagea cruellement le pays. Ce fut
alors un affreux désordre qui régna. L'état berbère
éclata et une multitude de petites principautés arabes,
gouvernées par des chefs de bandes, livrèrent le pays à
l'anarchie.
Les Berbères avaient institué un ordre social. Cette
invasion de pillards rejeta brutalement le pays dans un
Moyen Age misérable qui accentua encore davantage le
divorce entre les Kabyles et leurs envahisseurs.
La civilisation qui était en plein développement fut
alors sérieusement menacée, et cet état se prolongea
jusqu'en 1151. Il fallut en effet la victoire de Abd el-
Moumin, revenu d'Espagne, sur le roi Yahya, à Sétif,
pour que la puissance des Beni Hillal soit bafouée. Si
dans certains endroits, comme dans le Sud tunisien, les
occupants arabes avaient adopté les mœurs des Berbères,
dans beaucoup d'autres régions les Berbères avaient été
arabisés p a r la force.
Le roi normand de la Sicile qui avait réussi à asseoir
son autorité en Libye et en Tunisie entreprit alors l'a
conquête de l'Afrique du Nord, mais il se heurta à Abd
el-Moumim et en 1160 il dut définitivement renoncer à ses
projets.
En 1184, c'est Ali ibn Ghaniya, de la puissante tribu
qui règne alors sur une partie des Iles Baléares, qui
débarque à Bougie et s'empare de la ville. Il trouva
l'appui de nombreuses bandes arabes et put alors con-
quérir Alger et Miliana. Il mit ensuite le siège devant
Constantine, mais revenues d'urgence d'Espagne, les trou-
pes du khalife le rejetèrent vers l'Est. Son frère allait
réussir quelques années plus tard à s'y créer un royaume
s'étendant de Tunis à Bône.
Il fallut une nouvelle guerre pour le déposséder et pour
le contraindre à se réfugier dans les déserts du sud. De
là, cet homme indomptable qu'on appelait Yahya relança
sans cesse de nouvelles insurrections. On se battit alors
à Biskra, près de Tébessa, et de nombreux villages furent
rasés ou ravagés par les guerriers. Mais Yahya, devenu
chef de bandes d'insoumis, parcourut pendant de nom-
breuses années encore, jusque vers 1235, toutes les régions
de l'Afrique du Nord et ses coups de mains contre les
troupes et les places fortes du khalife furent quotidiens.
On le vit même un jour s'emparer par surprise de Mar-
rakech.
Toute l'histoire de l'Algérie n'est ainsi qu'une longue
succession de guerres, où les renversements d'alliances,
les trahisons, les invasions sont monnaie courante. En
1347, Constantine, Bougie et Tunis sont enlevées par le
sultan mérinide Aboul Hazan. Il fut vaincu l'année sui-
vante par les tribus révoltées à l'issue d'une bataille qui
se déroula près de Kairouan. En 1353, le sultan Abou Inan
annexe Bougie et s'empare de Constantine, de Bône et de
Tunis, en 1357. Mais lui aussi connaît de sévères défaites
dans l'Aurès et il doit regagner le Maghreb. Bougie et
Bône seront encore occupées en 1366 et Tunis en 1370.
On vit ensuite les Espagnols, les Portugais et les Anglais
découvrir l'Afrique du Nord et s'efforcer vainement de
s'y installer en maîtres. En 1585, les marchands de la City
de Londres envisagèrent même de grouper tous les inté-
rêts commerciaux qu'ils avaient acquis dans le pays dans
un trust unique qui devait s'appeler la Barbary Compa-
ny.
La France n'apparaît en Afrique du Nord qu'en 1533.
Son premier consulat est ouvert au Maroc en 1577. Trois
agents diplomatiques fréquentent alors la cour du sul-
tan El-Mançour et lui servent de médecins. En 1607,
Moulay-Zaïdan entretenaient des relations très cordiales
avec le roi de France Henri IV, mais onze ans plus tard
un incident vint brouiller le Maroc et la France. En effet,
un Marseillais qui jouissait au Maroc de privilèges diplo-
matiques vola le souverain marocain et il fallut attendre
que Richelieu accorde sa protection à Isaac de Razilly
pour qu'un traité fût signé qui accordait aux Français
d'importants débouchés commerciaux.
Tout le monde voulait alors s'installer en Afrique. Les
Anglais faisaient main basse sur Tanger qu'ils allaient
devoir abandonner au XVII siècle. Les Portugais s'éta-
blissaient dans les fronteiras du rivage atlantique du
Maroc, alors que les Espagnols s'efforçaient de créer des
têtes de ponts en Algérie et en Tunisie. Mais les Turcs
avançaient et ruinaient les espérances des Européens.
Chaque tribu arabe avait fini par créer son propre
royaume. Le pays était morcelé. Sur la Kabylie régnait
alors le roi de Kouko, originaire de la région de Michelet.
Toute la région comprise entre Bône et Collo relevait du
cheikh de Constantine. Chaque port tendait à devenir
une république autonome soumise à la loi des marchands.
Il en fut ainsi à Alger, à Oran, à Bougie. De ces ports
partaient fréquemment des navires corsaires qui allaient
piller les côtes des pays chrétiens et qui ramenaient des
esclaves.
Alors que le roi d'Espagne entreprenait sa croisade
africaine contre les infidèles du Maroc, sa flotte s'empa-
rait du port de Mers-el-Kébir (1505) et de Bougie (1510).
Cherchel et Mostaganem, pour ne pas subir le même
sort, s'engagèrent à payer un lourd tribut à l'Espagne et
Alger lui abandonna un îlot qui permettait le contrôle
du port.
Alger était alors une république de pirates. On y trou-
vait au XV siècle parmi ses 20.000 habitants, de nom-
breux Arabes, mais aussi des réfugiés venus déjà de tous
les grands ports méditerranéens.
En 1516, les notables d'Alger sollicitèrent l'intervention
du corsaire turc Arroudj, un des quatre frères Barbe-
rousse. A la tête d'une escadre de vingt à vingt-cinq navi-
res, Arroudj était devenu la terreur des mers. Il avait
perdu un bras en donnant l'assaut à Bougie. Il avait occu-
pé Djidjelli en 1513, et les Algérois firent appel à lui
pour rejeter la tutelle espagnole. Mais il prouva aussitôt
qu'il entendait régner en maître sur la ville et les Algérois
inquiets cherchèrent alors à se débarrasser de lui. Il
réprima sauvagement le complot et occupa successive-
ment Cherchel, Miliana, Médéa et Ténès.
Les habitants de Tlemcen firent appel à lui pour chas-
ser leur roi qui était devenu l'allié des Espagnols et le
corsaire turc ne se fit pas prier pour prendre la ville sous
sa protection.
Toutefois, il s'engagea trop loin vers le Maroc et l'ar-
mée espagnole, aidée par de nombreux volontaires arabes,
réussit à l'enfermer dans la ville d'Oran, d'où il ne put
s'échapper que pour tomber dans une embuscade où il
se fit tuer.
Alger, grâce à lui, était cependant devenue la capitale
du pays et son frère, Khayr Ed-Din allait poursuivre son
œuvre. Ce fut lui que l'Histoire connaît sous le nom de
Barberousse et qui fut en fait le créateur de la puissance
ottomane en Afrique du Nord. Dès la mort de son frère,
il prêta serment au sultan turc Sélim qui lui donna le
titre de pacha et une armée puissante de 6.000 hommes
disposant de canons redoutables.
Il les utilisa aussitôt pour réprimer une révolte des
Algérois qui avaient cru que la mort du corsaire Arroudj
allait suffire à les libérer. Les Espagnols qui avaient cru
pouvoir mettre le siège devant Alger se firent également
repousser en 1519, mais les Kabyles du roi de Kouko qui
n'acceptaient pas cette ingérence turque firent cause
commune avec les Espagnols et, vaincus en Kabylie, les
Turcs durent alors abandonner Alger et se réfugier à
Djidjelli, qui avait été leur première place forte et qui
leur restait fidèle.
Il fallut préparer la reconquête. En 1521, les Turcs

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