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Ropédol Og: L'utilisation Des Études Pédologiques Pour Détermination Du Potentiel de Fertilité Des Tropicaux

Le document présente l'utilisation des études pédologiques pour évaluer le potentiel de fertilité des sols tropicaux, en se basant sur des observations de terrain et des analyses chimiques. L'auteur souligne l'importance de la classification des sols et de la cartographie pour déterminer les vocations culturales, tout en tenant compte des variations dues à la roche-mère et au climat. Enfin, il met en avant la nécessité d'une approche intégrée combinant données génétiques et morphologiques pour optimiser l'utilisation des sols en agriculture.

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Ropédol Og: L'utilisation Des Études Pédologiques Pour Détermination Du Potentiel de Fertilité Des Tropicaux

Le document présente l'utilisation des études pédologiques pour évaluer le potentiel de fertilité des sols tropicaux, en se basant sur des observations de terrain et des analyses chimiques. L'auteur souligne l'importance de la classification des sols et de la cartographie pour déterminer les vocations culturales, tout en tenant compte des variations dues à la roche-mère et au climat. Enfin, il met en avant la nécessité d'une approche intégrée combinant données génétiques et morphologiques pour optimiser l'utilisation des sols en agriculture.

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B.T.I.

112-1962
I Ea2 I (L1 -AGRO - 121)

Ag ropédologie
L'utilisation des études pédologiques pour la détermination
du potentiel de fertilité des .sols tropicaux
par B. DABIN, directeur de recherches à 1'ORSTOM

PRÉSENTATION

Après un bref rappel des méthodes de travail retenues sous climat tropical, pour déterminer le potentiel de
fertilité et la vocation culturale principale, l'auteur réunit les données qui permettent de dresser une carte pédo-
logique, la plus usuelle devant comporter, selon lui, jusqu'aux familles de sol (la famille correspond à l'ensemble
des types créés sur une même roche-mère) à I'échelle d u 20000e. A ce stade se dégagent déjà les vocations.
Pour apprécier le potentiel, il insiste sur Ia nécessité de nombreuses observations portant :
1. Sur les cultures et les rendements obtenus, renseignements groupés par appeilation vernaculaire (1).
2. Sur la topographie et le micro relief.
3. Sur les divers horizons du profil et, pour chacun d'eux, il tient compte de la profondeur, de la matière
organique, de la texture, du profil hydrique, de la structure ,résultante, enfin.
Comme il constate l'existence dune zonalité de lu ferfilifé, les résultats de ces observafions peuvent
être extrapolés dans certaines limites, ce qui autorise des économies en matière d'analyses.
L'auteur bénéficie en Afrique, de cultures pérennes ou pluriannuelles exploitant plus profondément le sol,
en même temps que d'un climat plus excessif respecfant moins les travaux de l'homme. Aussi peut-il indiquer,
en application, les vocations culturales de diverses séries de sols.
En ferminant, l'auteur montre comment s'apprécie, par type classique de sol, d'après les seules analyses
de certains éléments chimiques du profil, le potentiel de fertilité pour telle ou telle culture dont les besoins sont
connus d'après d'autres travaux analytiques. C'est un des réxtltafs les plus spectaculaires du concept pédolo-
gique que d'avoir permis à des agronomes opérant dans des régions différentes d'un vaste continent, de ficher
l leurs observations, puis leurs analyses sur des groupes, sous-groupes, familles OU séries classiques définis
i l'avance et d'avoir ainsi contribué à accroitre considérablement la documentation bibliographique où se retrouve
l la notion de potentialité pour chacun des types étudiés.
II - C.E.R.

lI # DÉFINITION DES ÉTUDES PÉDOLOGIQUES E N M I L I E U T R O P I C A L


j
I On peut donner au terme (< Pédologie >) le sens très - la détermination des processus de formation et d'évo-
larqe de science du sol, mais en fait pour les pédoloques lution :
f r a i p i s travaillant en région tropicaie Ia pédologie- est
surtout I'étude sur le terrain et au laboratoire de tous les
- la classification, Ia cartographie ;
horizons des sols depuis le matériau originel jusqu'à Ia - I'étude des principaux caractères concernant les pos-
surface, avec pour objectifs principaux : sibilités d'utilisation et la conservation des sols. 1

LES ETUDES D E T E R R A I N
LES METHODES DE TRAVAIL , nes fournissent également des renseignements qui permet-
tent d'établir un plan de prospection; par la suite, la
Tout travail de terrain doit être précédé par I'étude
des documents concernant le climat, la géologie, la topo- ~

les aérien- I l l On entend Por ce mot toute appellation ou désignation locale em-
graphie, 19hydrographie,la Plovée uniquement par les sens du POYS.
-4-

confrontation de ces divers documents et des observations pes, ainsi que les grandes familles; elles indiquent la
de terrain facilite le tracé des cartes en précisant certai- répartition générale des sols en fonction du climat et des
nes limites de sols (sols correspondant à certains types principales roches-mères; il est possible de cartographier
de roche-mère, zones de boisement, zones de cultures, à I'échelle du 1/200000 les familles, mais les cartes dé-
zones d'érosion, zones alluviales, pointements rocheux, taillées utilisables pour les besoins de l'agriculture ne peu-
cuirasses, etc., en régions suffisamment découvertes la vent descendre en dessous du 1/50000, I'échelle la plus.
limite de certains sols peut être reconnue sur les photos courante &ant le 1/20000.
aériennes, mais cela nécessite une bonne connaissance du
terrain).
UTILISATION DES DONNEES GENETIQUES ET
Après ces études préliminaires la principale technique MORPHOLOGIQUES PIOUR LA DETERMINATION DE LA
de travail reste l'observation des profils en place ('pro- VOCATION CULTURALE
fondeur, couleur, texture, structure, compacité, porosité,
matière organique, racines, cailloux et graviers, humidité, A. La cartographie à petitle et moyenne échelle
nappes, accidents divers, etc.). Chaque profil est placé
La classification pédologique ne tient pas compte des.
dans son environnement (position topographique, pente,
besoins des végétaux, c'est pourquoi elle peut être très
couvert végétal).
différente d'une classification agronomique. Cependant
Toutes les données ainsi réunies par I'étude des docu- certains critères de classification sont fondés sur Ia na-
ments et les observations de terrain permettent d'établir ture et la teneur de divers constituants du sol dont I'ac- - -
une classification des sols, et de dresser plusieurs types tion sur les plantes est #parfoisconsidérable. I
de cartes : cartes pédologiques, cartes d'utilisation des 4
terres. La classification pédogénétique, telle que celle que nous
l
utilisons, fait intervenir au départ le facteur climat qui
est aussi un élément essentiel de la répartition des plantes
LA CLASSIFICATION DES SOLS ET LES DIFFERENTS cultivées, et la variation des propriétés du sol provoquée
TYPES DE CARTES par des différences de climat correspond également 6
La classification proposée par G. AUBERT est fondée des variations de fertilité. Dans les régions tropicales oÙ
sur Ia génétique des sols et comprend, du moins en ce les sols sont peu remaniés par l'homme on peut observer
qui concerne les sols tropicaux, les principales classes sui- dans certains cas une véritable zonalité de la fertilité.
vantes : Parmi les critères les plus couramment utilisés pour la
- les sals minéraux bruts; classification des groupes et sous-groupes, nous pouvons
citer :
- les sols calcomagnésimorphes ;
- l e degré d'altération (agissant sur la profondeur du
- les rankers et sols peu évolués; sol et Ia nature des colloides);
- les sols steppiques; - le degré de lessivage;
- les sols à humus doux et hydroxydes individualisés;
- l'importance du complexe absorbant et son taux de
- les sols hydromorphes ; saturation ;
- les sols salés. - l'accumulation des matières organiques et leur na-
Ces classes sont divisées en sous-classes et groupes; ture ;
nous ne pouvons donner ici la liste de tous les groupes, - l'accumulation et le concrétionnement des sesquioxydes
mais les grands groupes qui correspondent aux princi- ou du calcaire;
pales zones de cultures sont :
- l'importance des phénomènes de drainage et d'engor-
- les sols bruns et châtains steppiques ; gement ;
- les sols ferrugineux tropicaux plus ou moins lessivés; - Ia présence d'horizons texturaux ou structuraux h
- les sols ferrallitiques typiques ou humifères ; certains niveaux du profil.
- les solshydromorphes minéraux à gley et les sols hy- II est, parfois possible à ce stade de la clossification de
dromorphes organiques semi-tourbeux ; dégager certaines propriétés générales. C'est ainsi que
dans 'les différents groupes de sols ferrallitiques (faible-
- les sols peu évolués sur alluvions.
ment ferrallitiq'ues, ferrallitiques typiques, ferrallitiques les-
Les groupes sont divisés en sous-groupes, familles, sé- sivés) les propriétés agronomiques varient considérable-
ries, etc., la famille correspondant en particulier à la ro- ment en fonction du degré de lessivage qui est un des
che-mère, la série au faciès local, et les différents types, caractères du groupe. Par exemple, les sols ferrallitiques
phases, etc., étant caractérisés par les variations du pro- lessivés conviendront de préfkrence au palmier à huile
fil de la texture, etc. alors qu'on aura plus de chances de trouver de bonnes
Différentes échelles de cartes correspondent à différents terres à cacaoyer dans les sons ferrallitiques typiques et
niveaux de la classification; les cartes à I'échelle au les ferrisols qui sont une catégorie particulière des sols
1 /1 O00 O00 peuvent représenter les groupes, sous-grou- faiblement ferrallitiques.
-5-

Cependant dans la majorité des cas, les divers sols d'un B. La oarbographie à grunde échelle
même groupe diffèrent notablement en fonction de la
Les études faites dans un but de mise en valeur et q u i
nature pétrographique et minéralogique du matériau ori-
comportent une cartographie au 1/50 O00 ou au 1/20 O00
ginel. La plus ou moins grande dureté 'de Ia roche, sa
nécessitent I'étude détaillée des différents types de sol ;
richesse en quartz, en minéraux calco-alcalins, ou ferro-
un certain nombre de facteurs peuvent être observés sur
magnésiens, impriment au sol des caractères différents au
le terrain :
point de vue profondeur, texture, structure, richesse chi-
mique, qui interviennent directement sur la fertilité, et Ces facteurs sont :
c'est donc au niveau de Ia famille de sol que peuvent
outre la topographie générale déjà signalée :
être énoncées certaines données de base concernant la
vocation culturale. Ainsi, en Côte d'Ivoire, on observe les - le microrelief, I'érosion ;
relations suivantes dans l'utilisation des sols ferrallitiques - Ia profondeur, la nature et les propriétés des divers
lessivés : horizons du profil.
- sur sables ferrugineux, vocation principale : palmier, I I est possible de déterminer par l'observation directe
hévéa ; les principales propriétés physiques des sols qui condition-
- sur granites et schistes quartzeux, vocation principale : nent pour une large part leur fertilité.
caféier ; En ce qui concerne les propriétés chimiques les ana-
- sur micaschistes et roches basiques, vocation princi- lyses rapides de terrain (type Barbier-Morgan) sont diffici-
pale : cacaoyer, bananier. lement réalisables e n milieu tropical; seul le pH colori-
métrique présente les mêmes possibilités de mesure en
Cette classification n'a rien d'absolu. Les plantes plus place qu'en pays tempérés; cette mesure a d'ailleurs
rustiques peuvent réussir sur les bons sols; par contre le rendu de grands services dans certains cas (cartographie
cacaoyer et le bananier, cultures exigeantes, donnent de des sols du Delta Central Nigérien) ce qui a conduit à
faibles rendements sur les sols pauvres, par exemple sur l'utiliser fréquemment comme indice rapide de fertilité.
les sables ou sur certains granites. Inversement, si l'on con-
sidère le cacaoyer sur micaschistes et roches basiques, on Pour les autres caractéristiques chimiques, le secours
observe un accroissement de fertilité en passant des sols du laboratoire reste indispensable, mais l'analyse de nom-
ferrallitiques lessivés aux sols ferrallitiques typiques, et, breux types de sols a montré que dans les sols peu re-
sous u n e pluviométrie suffisante, les rendements peuvent maniés 'par l'homme et en équilibre avec la roche-mère et
être encore plus élevés dans Ia zone de sols faiblement le climat, il existe une zonalité dss propriétés chimiques
ferrallitiques et des ferrisols. qui permet compte-tenu du matériau originel et du type
génétique, de prévoir dans ses grandes lignes la compo-
I I ne s'agit Ià que de données très générales; en réalité, sition chimique du sol. D'autre part ces analyses ont fait
il existe des différences minéralogiques dans les roches- apparaître un certain nombre de corrélations entre des
mères en particulier dans les granites qui permettent de facteurs appréciables sur le terrain tels que la texture, la
constituer des fumilles plus restreintes. D'autre part il est structure, le pH, et d'autres éléments de la fertilité tels
.possible de séparer dans chaque famille un certain nom- que la richesse en matière organique et en bases échan-
bre d'unités différentes ou séries de sols, en fonction de Ia geables.
topographie. Ces séries groupées en chaines de sols pré-
sentent des propri&& agronomiques très variables. Ainsi Pour un type de sol donné, les divers éléments de la
en ce qui concerne les sols ferrallitiques typiques sur fertilité sont généralement en équilibre et varient dans le
granite calco-alcalin, les vocations culturales pourront être même sens, ce qui facjlite considérablement l'appréciation
les suivantes : du potentiel agricole et permet d'économiser sur le nom-
bre d'analyses à effectuer.
- sols de plateau : cacaoyer ou caféier, parfois trop sec
pour le bananier ;
ETUDE DES PRINCIPAUX FACTEURS
- sols de pente : caféier seul en raison du gravillonne- MORPHOLOGIQUES DE LA FERTILITE
ment important ;
- sols de bas de pente : bananier ou cacaoyer - parfois A. Observations superficielles et dénominations
excès d'humidité pour le caféier. Vernaculaires
Sur le même type de roche-mère mais dans la zone des En parcourant le terrain on peut observer des variations
sols faiblement ferrallitiques, les cacaoyers pourront dif- d'aspect de la surface des sols (couleur, microrelief, com-
ficilement se maintenir sur les parties hautes. pacité). Elles n'ont pas échappé à certaines populations
locales qui ont fréquemment donné aux sols des déno-
Ces quelques exemples montrent que l'action sur la fer- minations vernaculaires qui correspondent souvent et par-
tilité de. différents facteurs tels que la roche-mère ou la fois d'une fagon très précise, à des différences de végé-
topographie, varie en fonction des groupes de sols et tation et de vocation culturale (exemples : sols e Dian >>,
prouve aussi l'intérêt de cette classification. << Moursi >>, << Boi >>, << Danga >>, avec les subdivisions e blé >.
-6-

ou Q fin )> correspondant à rouge ou noir, dans l e delta cependant, dans certains paysages très dégradés et très
central Nigerien ; sols << Dior >>, << Deck >>/ etc... au Sénégal). anciennement soumis à I'érosion, ils peuvent, au contraire,
Ces diverses catégories correspondent généralement à des être très sableux (Moyenne Côte d'Ivoire). La nature du
possibilités différentes d'utilisation culturale. Ainsi I'expé- matériau originel conditionne également d'ailleurs la gra-
rience a montré que les sols <( Danga-blé >> ne convenaient nulométrie des colluvions (généralement plus sableux en
pas au cotonnier alors qu'ils sont utilisables en riziculture; régions granitiques). Ces sols de bas de pente sont sou-
en revanche, les sols (< Moursi >) qui donnent les meilleurs vent assez pauvres chimiquement, mais ils sont profonds
rendements en coton conviennent mal au riz. Les études et beaucoup plus humides que les sols de plateau et de
pédologiques ont permis de préciser les données verna- pente. En certaines régions (Bas-Dahomey) ils sont très

1
culaires et d'en améliorer considérablement I'interprbta- bien adaptés à la culture du pa mier à huile.
tion. Dans les régions sèches, au CO traire, les sols de bas de
pente sont toui,ours plus argile x, et chimiquement plus
B. La topographie
riches que les sols d'e plateau t de pente. Ils reEoivent
II existe une relation étroite entre la nature du sol et les eaux de ruissellement. Ils s nt plus faciles à irriguer.
Ia topographie. On distingue généralemenf les sols de
Ces variations dans la texture, la profondeur, l'humidité
plateau, de pente, de bas de pente, de vallée.
et la richesse chimique des sols, déterminent les varia-
LES SOLS DE PLATEAU tions de vocation culturale dans les diverses chaines de
On appelle <<sols de plateau )> les sols des zones sols.
plates surélevées, ce sont des sols évolu&s, parfois même LES SOLS DE VALLEE
séniles (cuirasses) ou au contraire des sols jeunes (roche-
Ces sols peuvent être constitués à la fois de colluvions
mère à faible profondeur). Ce sont toujours des sols bien
et d'alluvions; leur granulomitrie dépend de la nature
drainés, sauf au centre de certains plateaux très étendus.
du matériau originel et des conditions de dépôt.
En zone humide, les sols de plateau sont fréquemment
De faibles variations de topographie influencent forte-
assez riches en argile et humus; ils ont une assez bonne
ment leur granulométrie, ainsi que leur richesse en humus,
rétention d'eau; leur richesse chimique est au moins
les parties les (plus basses étant les plus argileuses et les

r
suffisante en fonction de la nature de leur roche-mère
plus humifères.
et ils sont moins sensibles que les sols de pente à I'érosion
hydrique; ces sols sont souvent parmi les plus fertiles. Les possibilités d'utilisation agricole des sols de vallée
dépendent des conditions d'in ndation et de drainage.
En zone sèche, les sols des zones surélevées sont SOU- Leur structure et leur perméabilité influencent très large-
vent les plus sableux ; ils sont très sensibles à la sécheresse mient leur fertilité. Leur riches e chimique est souvent
ainsi qu'à I'érosion éolienne. Ils sont fréquemment peu
bonne mais peut être limitée par leur acidité souvent
fertiles. assez forte.
LES SOLS DE PENTE C. Le microrelief
Les sols de pente subissent une évolution continuelle Le microrelieF qui n'apparaît pas sur les cartes topo-
du fait de I'érosion et du ruissellement. graphiq,ue est souvent caractéristique de certains groupes
En régions humides, les sols de pente s'enrichissent en de sols (microrelief <( gilgaï>> des argiles noires). Ce mi-
éléments grossiers, graviers, gravillons ; le lessivage crorelief qui peut atteindre des dénivellations maxima
oblique s'ajoute au lessivage vertical. Ces sols sont sou- d'un mètre, est dû à l'action de mouvements internes du
vent pauvres chimiquement et peuvent souffrir du manque sol, à la circulation d'eaux souterraines, à !'action des
d'eau ; dans le cas de pentes très fortes (sols de montagne) racines, au travail des animaux ou de l'homme. Dans le
ces sols peuvent cependant être rajeunis et l'on observe delta Central Nigérien, chaque type de sol a un micro-
alors dans la zone ferrallitique, des sols argileux pro- relief particulier dont l'action sur la fertilité est considé-
fonds (comme c'est le cas e n Côte d'Ivoire). rable en provoquant des variations locales d'humidité :
En zones sèches, les sols de pente subissent également sécheresse sur les ,points hauts, excès d'eau dans les a

les phénomènes d'érosion, mais ils s'enrichissent surtout points bas. Dans certaines zones alluviales, Ia croissance
en sable grossier; parfois des horizons profonds plus
8
du cotonnier par exemple, suit très exactement le micro-
comipacts sont amenés en surface et donnent des sols vallonnement du terrain: la ulture rizicole est égale-
durcis et stériles. En régions montagneuses il se forme des ment influencée par le micrcrrelief : le remplacement du
sols squelettiques peu utilisables en général. repiquage par le semis direct nécessite un planage du
terrain.
LES SOLS DE BAS DE PENTE Le problème du planage v rie considérablement sui-
Les sols de bas de pente reEoivent les éléments de vant les groupes de sols endis gés :
I l

colluvionnement, de granulométrie très variable, arrachés En régions sèches (sols bruns steppiques, sols bruns
aux niveaux supérieurs. rouges, etc...) un planage décapant le sol sur plusieurs
Dans les régions humides,,les sols de bas de pente sont dizaines de centimètres n'affecte en rien sa fertilité s'il
surtout finement sablo-argileux à limono-sableux. Parfois esf assez profond ;
-7-

En régions humides (sols ferrallitiques ou même ferru- priétés du sol; elle est relativement aisée à déterminer
gineux lessivés) u n décapage de quelques centimètres rend sur le terrain. Elle joue un rôle capital dans la fertilité
le sol quasiment stérile. car, comme l’ont montré les études effectuées par de
Cette différence est dûe à Ia répartition variable de la nombreux pédologues travaillant dans diverses régions
matière organique en profondeur, ainsi qu’aux variations tropicales, de la teneur en argile 4- limon dépendent :
sa richesse en matière organique, sa richeise en bases,
de lessivage des horizons en fonction des groupes de
sa capacité de rétention pour l’eau, sa structure.
sols.
D. les Qléments morphologiques du profil
Cette corrélation entre teneur en argile + limon OU
en argile et le rendement des cultures, établie par exemple
Le profil est Ia succession de couches distinctes que par CI. CHAREEAU pour les doliques au Sénégal ou par
l’on peut observer sur une tranche verticale de sol. Ces J. MAYMARD pour le sorgho de décrue dans la vallée
couches distinctes peuvent être d’origine naturelle (hori- du Sénégal, présente cependant des exceptions comme
zons pédologiques) ou artificielle (travail de l’homme). celle de Ia culture de l’arachide. Pour d’autres cultures
(palmier à huile, hévéa, elle n’est valable que dans cer-
En climat tempéré, le travail de l’homme peut marquer taines limites).
pendant une longue période l’influence de I’évolution
naturelle. En climat tropical, l’action des facteurs cl¡- Outre la granulométrie de la fraction fine, la richesse
matiques, particulièrement agressifs, détruit rapidement en graviers, gravillons, galets ou blocs quartzeux de
le travail de l’’homme. Aussi, la succession des horizons, toutes sortes, influence considérablement la pénétration
de même que la structure, tend rapidement vers u n équi- radiculaire et diminue la fraction active du sol, la richesse
libre fonction des propri6tés intrinsèques du milieu. L’effet chimique, la rétention en eau, etc... L‘action néfaste des
de Ia culture ,peut cependant provoquer l’apparition OU éléments grossiers est d’autant plus faible que le climat
l’activation de processus naturels souvent néfastes. L‘action est plus humide et que la masse terreuse entre les gra-
des instruments aratoires accélère parfois à tel point le villons ou les blocs est plus argileuse.
processus d’érosion que le labour peut devenir très 4. LE PROFIL HYDRIQUE
nuisible (exemple : culture caféière sur défriche de
forêt). Le problème de l’eau [que cet élément agisse par défaut
OU par excès) est certainement le facteur de fertilité le
La nature et l’importance du travail à effectuer dans un plus important des sols tropicaux. L‘humidité d’un sol,
sol dépend en grande partie du type génétique (exemple : bien que subissant des variations continuelles, est cepen-
labours profonds utiles dans les argiles noires, ou les dant, en moyenne, assez caractéristique de ce sol. Cekte
sols hydromorphes argileux). humidité édaphique moyenne, qui est surtout une humi-
,
1. LA PROFONDEU’R dité potentielle, peut s’crpprécier sur le terrain, en fonc-
tion de la texture, de la structure, de la topographie, et
Les remarques précédentes montrent à quel point il de certaines caractéristiques du profil telles que, en
est utile de déterminer I’épaisseur des couches de sol particulier, les horizons de << gley >>.
utilisables par les ’plantes; leur structure et certains élé-
Par ailleurs, la présence d’une nappe phréatique, sa
ments de leur potentiel chimique (matière organique, pH)
peuvent être appréciés sur le terrain. profondeur, ses variations saisonnières, servent à la fois
au classement des sols hydromorphes et à la détermination
2. LA MATIERE ORGANIQUE de leur vocation culturale.
En climat tropical, cette matière organique est généra- 5. LA STRUCTURE
lement bien évoluée (seuls, certains sols organiques OU La structure est en quelque sorte une caracférisfique syn-
tourbeux possèdent un humus grossier). Elle est intime- thétique du sol, dépendant des autres facteurs, texture,
ment mélangée au sol mais sa présence dans celui-ci se matière organique, richesse en bases, humidité, ainsi que
reconnait par la teinte généralement plus foncée de d’influences externes.
l’horizon humifère, par un chevelu radiculaire plus dense,
par u n e action nette sur la structure généralement meil- U n sol argileux possédant une structure grenue ou
leure que celle des horizons sous-jacents. La profondeur grumeleuse, est soit riche en humus, soit bien pourvu en
de l’horizon humifère est assez facile à déterminer dans bases (en particulier en calcium) soit les deux à la fois.
Ia plupart des sols, la teneur en matière organique peut L‘évolution de la structure e n fonction de I’appauvrisse-
être appréciée par comparaisons avec des sols connus, ment en humus s’observe très bien sur les profils. Dans
compte-tenu de Ia couleur, de la texture, de Ia structure le cas d’un sol argileux, elle passe à polyédrique puis
et surtout du groupe de sols. II existe en effet une zonalité b prismatique en profondeur. Un sol limoneux à structure
de Ia teneur en matière organique qui dépend des va- fondue indique une terre battante, peu perméable, mais
riations du climat ou de I’hydromorphie. également de richesse chimique médiocre. Pour cette même
texture, un sol meuble est plus riche; ‘par contre il est
3. LA TEXTURE d’autant plus pauvre qu’il est plus compact. En ce qui con-
La texture est un des facteurs les plus importants du cerne les sols sableux, ils sont d’autant plus pouvres qu’ils
profil; elle conditionne en grande partie les autres pro- présentent u n e structure particulaire plus grossière.
-8-

Du point de vue de la fertilité, il existe une interaction cier la fertilité du sol sur le terrain. La structure, par .
entre structure et texture; pour une même compacité ailleurs, est utilisée dans la définition de tous les types
apparente un sol sera d'autant plus fertile qu'il sera de de sol jusqb'au niveau du groupe.
texture plus fine; inversement, 'pour une même texture,
il sera d'autant plus fertile qu'il sera plus meuble (mis Ces différents facteurs morphologiques que nous venons
à part les sols sableux). de présenter sont parmi les éléments de base permettant
La structure est donc, avec Ia texture et la matière de dresser une carte d'utilisation des sols à partir d'une
organique, un des facteurs essentiels permettant d'appré- carte pédologique.

LES CTUDES D E LABORATOIRE

Au cours des 15 dernières années de très nombreuses S Somme des bases échangeables
analyses de sols ont été effectuées dans les laboratoires le rapport - et le pH'
tropicaux ; cela constitue un inventaire assez com'plet des T Capacité d'échange
caractéristiques physiques et chimiques de ces sols qui
complète et précise les &tudes de terrains, mais ne permet enfin, pour plusieurs cultures et plusieurs régions, des
pas encore de donner une explication complète de Ia corrélations ont été établies entre :
dynamique des éléments dans le sol. I I reste donc de - Ia teneur en carbone total et les rendements;
nombreuses recherches à effectuer dans ce domaine.
- la teneur en azote total et les rendements;
Les études réalisées par un certain nombre de pédo- - la teneur en phosphore total et les rendements;
logues et d'agronomes travaillant dans des régions dif-
férentes, ont donné des résultats assez concordants, et - le pH et les rendements;
malgré les difficultés considérables pour obtenir des ren- - la somme des bases et les rendements.
seignements précis sur les rendements des cultures, il
est possible, b présent, de déterminer d'une faGon appro- Les normes d'interprétation varient en fonction des
ximative, le spotentiel de fertilité des sols en utilisant les types de sols et les cultures, mais le recoupement de
résultats d'analyses. toutds les données montre qu'il est possible de considérer
les réserves du sol en carbone, azote, bases échangeables,
Les conclusions essentielles qui ressortent de ces étwdes ...
phosphore, etc comme des tests de fertilité des sols.
sont :
L'interprétation des chiffres nécessite une bonne expé-
- d'une part l'importance des mesures concernant la
rience du milieu. Aucun chiffre ne peut être considéré
structure : indice de stabilité structurale (S. HENIN), rap-
isolément, mais ils doivent tous être re'placés dans Il'en-
ports de l'eau et du sol, mesures de perméabilité, courbes
semble des propriétés du sol (texture, drainage, acidité).
de pF, etc... Un certain nombre de corrélations ont été
C'est donc le sol lui-même, avec toutes ses caractéristiques
établies entre ces grandeurs (isolées ou associées) les
propriétés du sol (richesse en argile + limon, teneur en
particulières morphologiques, physiques et chimiques, qu'il
faut considérer. L'étude pédologique totale du sol est
carbone total) et les rendements des cultures ; nécessaire pour préciser ses caractères de fertilité. La
- d'autre part l'importance de certaines caractéristi- prospection pédologique amenant à connaître Ia répar-
ques chimiques ; des corrélations ont été établies entre tition des divers types de sols est ainsi l'un des éléments
Ia richesse du sol en (argile -I- limon), la teneur en car- de base permettant de déterminer Ia meilleure utilisation
bone total et la capacité d'échange de bases; entre : agricole d'une région.

IMt ROUENNAISE '


I
r
;
L'UTILISATION DES ETUDES PÉDOLOGIQUES
POUR LA DGTERMINAPION DU POTENTIEL
DE FERTILITÉ DES SOLS 'TROPICAUX
par B. DABIN, directeur de recherches à 1'ORSTOM

-.

Extrait du Bulletin Technique d'information des Ingénieurs des Services Agricoles ND 172 AOUT-SEPTEMBRE 1962.

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