Histoire et évolution de la science politique
La science politique est l’étude systématique du pouvoir, des gouvernements, des institutions
et du comportement politique. Bien que l'observation du pouvoir existe depuis l'Antiquité, en
tant que discipline scientifique, elle est relativement récente.
Antiquité
Les origines de la pensée politique remontent à l'Antiquité grecque. Platon (427-347 av. J.-
C.) et Aristote (384-322 av. J.-C.) furent parmi les premiers à théoriser le rôle de l'État et les
différentes formes de gouvernement. Aristote est parfois considéré comme le "père" de la
science politique pour avoir systématisé l'observation des constitutions dans son œuvre La
Politique. À Rome, Cicéron développa des réflexions sur le droit naturel et la république.
Moyen Âge
Au Moyen Âge, la réflexion politique se mêle à la théologie. Saint Augustin (La Cité de
Dieu) et Saint Thomas d'Aquin (Somme théologique) défendent l'idée d'un ordre politique
soumis à Dieu. La politique est perçue comme un instrument au service d'une finalité
religieuse.
Renaissance et Modernité
La pensée politique se laïcise avec la Renaissance. Nicolas Machiavel (1469-1527), avec Le
Prince, rompt avec la tradition morale en analysant la politique comme un jeu de pouvoir
pragmatique. Son approche est considérée comme fondatrice de la science politique moderne.
Thomas Hobbes (Le Léviathan), John Locke (Traité du gouvernement civil) et Jean-
Jacques Rousseau (Du contrat social) marquent l’émergence des théories du contrat social
au XVIIe et XVIIIe siècles.
Ces auteurs interrogent la légitimité du pouvoir et les fondements de l'autorité politique,
posant les bases des démocraties modernes.
XIXᵉ siècle : Institutionnalisation
Au XIXᵉ siècle, la science politique commence à se structurer comme discipline autonome.
L’étude du politique se diversifie avec des penseurs comme Karl Marx, qui analyse les
rapports de pouvoir à travers les classes sociales et l'économie.
La révolution industrielle, la montée des nationalismes et l’extension du suffrage universel
poussent à une analyse plus empirique du phénomène politique. Alexis de Tocqueville (De la
démocratie en Amérique) étudie les effets sociaux et culturels de la démocratie.
XXᵉ siècle : Professionnalisation
Après 1900, la science politique se professionnalise, particulièrement aux États-Unis. Max
Weber, en Allemagne, introduit une méthode rigoureuse et distingue la politique comme «
métier ». Aux États-Unis, Woodrow Wilson (futur président) plaide pour un enseignement
scientifique de la politique. La création d'associations comme l’American Political Science
Association (1903) marque l’émergence d’une discipline distincte.
Au milieu du siècle, l'essor du behavioralisme (analyse du comportement politique)
renouvelle profondément la science politique : on privilégie les méthodes quantitatives, les
sondages, l'observation des comportements électoraux.
XXIᵉ siècle : Globalisation et nouvelles approches
Aujourd'hui, la science politique est un domaine global et interdisciplinaire. Elle intègre des
méthodes issues de la sociologie, de l'économie, de l'histoire et même des sciences
informatiques. L’étude du politique inclut désormais de nouveaux thèmes : gouvernance
mondiale, mouvements sociaux, environnement, droits humains, et influence des technologies
(réseaux sociaux, intelligence artificielle).
La discipline est marquée par une tension entre analyse normative (ce que devrait être) et
analyse empirique (ce qui est réellement).