Travail Pratique : Le principe du double
degré de juridiction dans l’ordre judiciaire
congolais
Introduction
Le double degré de juridiction, principe cardinal des systèmes judiciaires modernes, assure
aux justiciables le droit de contester une décision de justice devant une juridiction
hiérarchiquement supérieure. En République Démocratique du Congo (RDC), ce mécanisme
s’articule autour d’une hiérarchie institutionnelle claire : les Tribunaux de grande instance, les
Cours d’appel et la Cour de cassation. Ce travail explore la trajectoire procédurale entre la
Cour d’appel, instance de réexamen, et la Cour de cassation, garante de la légalité. Il s’attache
à démontrer comment cette dualité concilie équité substantielle et rigueur juridique au sein de
l’ordre judiciaire congolais.
I. Le double degré de juridiction : un impératif d’équité
1. Fondements légaux et constitutionnels
Le principe du double degré de juridiction est ancré dans l’article 19 de la Constitution
congolaise de 2006, qui garantit « le droit à un recours juridictionnel effectif ». Il est renforcé
par le Code de l’organisation et de la compétence judiciaires (LOJ), qui structure les voies de
recours. Ce dispositif répond à une exigence universelle : limiter les risques d’erreur judiciaire
en offrant un réexamen impartial des litiges.
2. Mécanisme opérationnel
Le système congolais se déploie en deux phases distinctes :
Premier degré : Les juridictions de base (Tribunal de paix, Tribunal
de grande instance) tranchent le litige en première instance. Leur
compétence varie selon la nature de l’affaire (civile, pénale,
commerciale).
Second degré : La Cour d’appel, saisie par voie d’appel, réexamine
intégralement les faits et le droit. Ce réexamen inclut une nouvelle
appréciation des preuves et une réinterprétation des normes
applicables.
Ce double filtre juridictionnel renforce la légitimité des décisions tout en consolidant la
confiance des citoyens dans l’institution judiciaire.
II. La Cour d’appel : réexamen intégral du litige
1. Compétences générales
La Cour d’appel constitue le pivot central du double degré de juridiction. Elle statue sur les
appels interjetés contre les jugements rendus en première instance, quelle que soit la matière
(article 82 LOJ). Son rôle ne se limite pas à un contrôle formel : elle réévalue le fond du
dossier, ce qui en fait une véritable juridiction de fond.
2. Spécificités par matière
En matière pénale : La Cour d’appel examine les condamnations
prononcées par les Tribunaux de grande instance, notamment les
peines d’emprisonnement ou les amendes. Elle peut modifier la
qualification juridique des faits ou réviser la peine.
En matière civile : Elle réinterprète les contrats, réévalue les
dommages-intérêts ou statue sur des questions de filiation. Son
pouvoir d’appréciation est large, mais encadré par les règles de
procédure.
3. Limites de l’appel
Les arrêts de la Cour d’appel sont susceptibles de pourvoi en cassation, mais uniquement sur
des questions de droit. Ainsi, le second degré marque la fin de l’examen des faits, sauf renvoi
exceptionnel après cassation.
III. La Cour de cassation : contrôle normatif et unité du
droit
1. Nature et fonction
Contrairement à la Cour d’appel, la Cour de cassation (siégeant à Kinshasa) n’est pas une
troisième instance. Elle incarne un contrôle juridictionnel suprême, exclusivement centré sur
la conformité des décisions aux règles de droit (article 154 LOJ). Son rôle est de garantir
l’unité d’interprétation des lois sur l’ensemble du territoire national.
2. Procédure de pourvoi
Le pourvoi en cassation est ouvert contre les arrêts rendus en dernier ressort par les Cours
d’appel. Il doit être fondé sur des motifs stricts, prévus par la loi :
Violation manifeste de la loi (erreur d’interprétation ou d’application)
Incompétence ou excès de pouvoir de la juridiction inférieure
Vice de procédure affectant la validité du jugement
3. Décisions et effets
Rejet du pourvoi : La décision attaquée devient définitive.
Cassation : L’arrêt est annulé, et l’affaire est renvoyée devant une
autre Cour d’appel pour éviter les conflits d’intérêts. La Cour de
cassation peut également statuer au fond si les faits sont
suffisamment établis (cas rares).
4. Impact systémique
Par sa jurisprudence, la Cour de cassation harmonise les pratiques judiciaires et fixe des
orientations contraignantes pour les juridictions inférieures. Elle joue ainsi un rôle préventif
en dissuadant les interprétations divergentes du droit positif.
Conclusion
Le double degré de juridiction, pierre angulaire de la justice congolaise, repose sur une
complémentarité fonctionnelle entre la Cour d’appel et la Cour de cassation. La première
assure un réexamen équitable des litiges, tandis que la seconde veille à la suprématie de la loi.
Ce tandem institutionnel répond à un double impératif : corriger les erreurs factuelles et
préserver la cohérence du système juridique. Toutefois, son efficacité dépend de
l’indépendance des magistrats et de l’accessibilité des recours pour les justiciables. Dans un
État en reconstruction comme la RDC, ce mécanisme demeure un levier essentiel pour
concrétiser l’idéal d’une justice transparente et équitable.