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Le document présente une revue des législations récentes au Cameroun, incluant des lois et décrets sur divers secteurs tels que le ferroviaire, les finances publiques, et l'éducation. Il aborde également des jurisprudences importantes et des études sur le contrôle parlementaire des finances publiques, mettant en lumière les enjeux de transparence et de gestion financière. Enfin, des réflexions sur le droit comparé et des questions pratiques sont également discutées.

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Le document présente une revue des législations récentes au Cameroun, incluant des lois et décrets sur divers secteurs tels que le ferroviaire, les finances publiques, et l'éducation. Il aborde également des jurisprudences importantes et des études sur le contrôle parlementaire des finances publiques, mettant en lumière les enjeux de transparence et de gestion financière. Enfin, des réflexions sur le droit comparé et des questions pratiques sont également discutées.

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JURID I S

Périodique
REVUE DE DROIT ET DE SCIENCE POLITIQUE
I - LÉGISLATION 3
I.1 - Loi n° 2023/010 du 25 juillet 2023 régissant le secteur ferroviaire au Cameroun 3
I.2 - Loi n° 2023/011 du 25 juillet 2023 fixant les garanties et le recouvrement des créances 20
3 4è année de parution
par les entités publiques bénéficiaires au Cameroun

I.3 - Décret n° 2023/337 du 08 août 2023 portant statut spécial du personnel chercheur 27

I.4 - Decree n° 2023/421 of 19 september 2023 to lay down the system of remuneration and 34
benefits granted to secretaries-general and officials of regional and local authorities
I.5 - Décret n° 2023/422 du 19 septembre 2023 précisant les attributions des Secrétaires 37
Généraux des Collectivités Territoriales Décentralisées
Decree n° 2023/422 of 19 september 2023 to define the duties of secretaries-general
of regional and local authorities
Directeur :

I.6 - Décret n° 2023/434 du 04 octobre 2023 portant organisation et fonctionnement des 40 Paul-Gérard POUGOUÉ
Ecoles Normales d’Instituteurs
Decree n° 2023/434 of 04 october 2023 to lay down the organisation and functioning
Professeur Agrégé de Droit
of Government Teacher Training Colleges Privé et de Sciences
I.7 - Décret n° 2023/475 du 07 novembre 2023 précisant certaines attributions et fixant 52
criminelles
les avantages des comptables publics placés auprès des Collectivités Territoriales
Décentralisées
Decree n° 2023/475 of 07 november 2023 to define some duties and lay down the
benefits of public accounting officers assigned to regional and local authorities Rédacteur en Chef :
I.8 - Décret n° 2023/500 du 08 novembre 2023 portant réorganisation de l’Imprimerie 63
Nationale François ANOUKAHA
Decree n° 2023/500 of 08 november 2023 to reorganize the National Printing Press Professeur Agrégé de Droit
II - JURISPRUDENCE 77
Privé et de Sciences
II.1 - Jurisprudence annotée
criminelles
77
II.1.1 – Indemnisation des victimes d’accidents de la circulation – Remboursement des 77
frais non justifiés? Non – Fixation de l’indemnité sur la base des certificats médicaux
apocryphes? Non – Réparation du préjudice physiologique résultant de l’incapacité
permanente en l’absence de précision sur la date de consolidation de la victime? Non.
Rédacteur en Chef Adjoint :
Cour d’appel de l’Ouest - Arrêt n° 553/Cor et 554/Cor du 21 novembre 2023
Note : Raoul Andy NGOKO TIMO Narcisse MOUELLE KOMBI
II.1.2 – Pourvoi contre une décision d’un Tribunal administratif statuant en premier et 85 Professeur Agrégé
dernier ressort – Compétence de la CCJA? Oui – Incompétence de la juridiction
administrative de cassation? Oui – Incompétence des juridictions administratives
de Droit Public
pour connaître de contentieux des entreprises publiques? Oui
Cour Commune de Justice et d’Arbitrage - Assemblée Plénière, Arrêt n° 198/2023
du 30 novembre 2023
Note : Alassa MONGBAT
II.2 – Revue de jurisprudence 97
II.2.1 - Revue de jurisprudence de la Cour Suprême du Cameroun (Droit social) 97
Par Monique Aimée MOUTHIEU épse NJANDEU et Gislain Gregory TSASSE SAHA
II.2.2 - Revue de jurisprudence de droit bancaire (Cour d’appel de l’Ouest) 102
Par Yvette Rachel KALIEU ELONGO Cameroun 6000 F CFA
II.2.3 - Revue de jurisprudence du Conseil Constitutionnel du Cameroun 105
Par Stève TAMETONG NGUEMO TSIDIE et Charles TUEKAM TATCHUM Une Publication de
III - ÉTUDES ET DOCTRINE 111 l'Association pour la Promotion
III.1 – Le contrôle parlementaire des finances publiques camerounaises face aux secrets 111
Par Olivier FANDJIP
du Droit en Afrique (APRODA)
BP : 8100 Yaoundé
III.2 – Réflexions sur une innovation de la réforme du droit des collectivités territoriales 121 Tél. : (237) 222 20 80 11
décentralisées au Cameroun : Le «Public independent Conciliator » auprès des Régions
du Nord-Ouest et du Sud-Ouest
E-mail : [email protected]
Par René TIDO BATIO Cameroun

IV - INTÉGRATION JURIDIQUE - DROIT COMPARÉ - DROIT INTERNATIONAL 135


IV.1 – Soliloque sur les préambules des Traités portant sur les Droits de l’Homme 135
Par Guy David BETSEM A MBARA
IV.2 – Le sinistre causé par un véhicule aliéné en droit des assurances CIMA 144
Par Raoul Andy NGOKO TIMO
IV.3 – Les enjeux de la ratification des Règles de Rotterdam par le Cameroun 153
Par Gaston NGAMKAN

V – QUESTIONS PRATIQUES 165


V1 - Cameroun, l’âge de la majorité en question 165
Par Donald NOUNAMO KEMOGNE
V.2 - Libres propos sur la pertinence des sanctions relatives à la non-possession de la 173
carte nationale d’identité au Cameroun
Par Zacharie NKOUM NTOUMBA

Numéro 136 ISSN 1016-3131 Octobre – Novembre - Décembre 2023


Juridis
Périodique
N°136 Etudes et Doctrine .

III - ETUDES ET DOCTRINE


III.1 - Le contrôle parlementaire des finances publiques came-
rounaises face aux secrets
Par
Fandjip Olivier
Chargé de cours (Université de Dschang-Cameroun)
Dr en droit public, ancien boursier et Ater, chercheur et enseignant associé,
(Université Clermont Auvergne-UPR 4232-France)

Introduction Lassale distinguent les contrôles internes, encore dénom-


més contrôles administratifs, des contrôles externes qui
L’autorité de l’Etat au Cameroun est exercée, d’une part, comprennent le contrôle juridictionnel et le contrôle par-
par le président de la République, et, d’autre part, par le lementaire7. Le contrôle peut donc être administratif, ju-
Parlement1. C’est certainement dans ce cadre que le ridictionnel ou politique8. Sur le contrôle politique, il est
constituant a doté ce Parlement de deux fonctions essen- important de préciser qu’il connaît deux dimensions à sa-
tielles à savoir : le vote des lois et le contrôle de l’action voir : le contrôle politique exercé par le parlement en ce
du gouvernement. En d’autres termes, le parlement ca- qui concerne le budget de l’Etat et le contrôle politique
merounais, composé de l’Assemblée nationale et du Sé- exercé par les assemblées délibérantes élues régulière-
nat2, est doté d’une fonction législative et d’une fonction ment pour ce qui concerne le budget des collectivités ter-
de contrôle de l’action du gouvernement3. Au rang de ritoriales décentralisées9. La présente étude porte sur le
cette seconde fonction qui selon Pierre Avril est liée à la premier contrôle. Le contrôle peut aussi être appréhendé
première dans la mesure où « la législation est l’un des moyens sous un angle matériel, c’est-à-dire axé sur son contenu.
par lesquels s’exerce le contrôle »4, se trouve certainement le C’est soit un contrôle de régularité, soit un contrôle de
contrôle des finances publiques. Ce dernier domaine n’a performance10. En effet, relève la doctrine, « le contrôle de
de cesse de susciter des débats au sein de la doctrine l’exécution des lois de finances a été ressenti très tôt comme une
compte tenu de l’actualité au Cameroun. Quelques clari- nécessité primordiale au regard du respect de la légalité budgétaire,
fications terminologiques sont, au préalable, nécessaires c’est-à-dire de la conformité de l’exécution administrative et comp-
pour la bonne compréhension de l’étude. table aux règles de droit ainsi qu’à l’autorisation budgétaire donnée
par le parlement. A cette préoccupation initiale, exclusivement tour-
La notion de contrôle est synonyme de vérification ou de née vers un contrôle de régularité, est venue s’ajouter celle, plus con-
surveillance5. C’est en ce sens que la doctrine parle d’« opé- temporaine, d’une évaluation de la qualité de la gestion financière
ration consistant à vérifier si un organe public, un particulier ou un publique »11. C’est dire que le contrôle parlementaire ici est
acte respectent, ou ont respecté, les exigences de leur fonction ou des un contrôle politique ayant trait aux vérifications faites
règles qui s’imposent à eux»6. Il en résulte que le contrôle peut par le parlement en matière de finances publiques12. Il est
être appréhendé sous un angle organique, c’est-à-dire se- donc question des vérifications de la « conformité des com-
lon la nature de l’organe qui l’exerce. Sous cet angle, Mi- portements, décisions, et situations juridiques, aux normes régissant
chel Bouvier, Marie-Christine Eclassan et Jean-Pierre

1 Article 4, Constitution du 18 janvier 1996, révisée la 14 avril 2008. 7 M. BOUVIER, M. C. ECLASSAN, J. P. LASSALE, Finances publiques,
2 Article 14 alinéa 1, Constitution. Paris, Lgdj, coll, « Manuel »,18eed, 2019-2020, p. 531.
8 A. BARILARI, Les contrôles financiers, administratifs, comptables et juridiction-
3 Article 14 alinéa 2, Constitution.
4 P. AVRIL, « Le parlement législateur », Revue française de science politique,
nels, Paris, LGDJ, 2003, 180 p.
9 Article 41, loi du 11 juillet de la même année portant code de transpa-
n° 31, vol, 31, 1987, p. 15. https://www.persee.fr/doc/rfsp_0035-
2950_1981_num_31_1_393942. Consulté le 04 oct 2022. rence et de bonne gouvernance des finances publiques.
10 E.S. KOUA, « Le contrôle parlementaire des finances publiques dans
5 Le Robert Poche 2015, Sejer 2014, préface Alain Rey, p. 153 ; M.
LEGRAIN (dir.), Dictionnaire encyclopédique, Paris, Les dictionnaires La- le (nouveau) régime financier de l’Etat au Cameroun », Revue africaine des
rousse, 2001, p. 817. finances publiques, n° 2, 2017, p. 123.
11 Ibid., p. 529.
6 G. CORNU, (dir.), Vocabulaire juridique, Association Henri Capi-
12 En ce sens, N. MEDE, Finances publiques Uemoa/Umoa, Sénégal, L’Har-
tant, Paris, PUF, 11e ed, 2017, p. 267.
mattan, 2017, p. 323

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les finances publiques »13 par le parlement camerounais. d’abord théorique. A cet égard, l’actualité dans les pays
S’agissant des finances publiques, la doctrine relève que africains, en général, et au Cameroun en particulier
les « finances publiques ont pour objet l’étude des problèmes finan- amène à examiner les normes relatives au contrôle poli-
ciers concernant l’Etat, les autres collectivités publiques, des méca- tique des finances publiques. C’est pour la simple raison
nismes qui s’y rapportent et des règles juridiques qui leur sont ap- que depuis quelques années, « toutes les sociétés, développées
pliquées »14. Dans un premier temps, la notion correspond ou en développement, sont confrontées à la réforme de leurs finances
à toutes les « opérations par lesquelles les personnes publiques et publiques et, par effet systémique, ces réformes rétroagissent, se ré-
privées participant aux missions d’intérêt général affectent les res- percutent de pays à pays si bien que l’on peut constater un rappro-
sources publiques aux charges correspondantes »15 et, dans un se- chement progressif des dispositifs »22. Cette réforme au Came-
cond temps, à la « science qui étudie ces opérations dans un con- roun s’est traduite par l’adoption de nouveaux textes
texte particulier »16. Il est de ce point de vue question des comme la loi du 11 juillet 2018 portant régime financier
normes de droit public qui se rapportent aux deniers pu- de l’Etat et des autres entités publiques ou encore la loi
blics17 ou encore toutes les normes qui organisent les ac- du 11 juillet de la même année portant code de transpa-
tions relatives au budget et à la comptabilité18 des per- rence et de bonne gouvernance des finances publiques.
sonnes publiques. La notion sera retenue ici au sens des La loi sur le régime financier de l’Etat a succédé à celle
opérations qui se rapportent à l’usage des deniers publics, du 26 décembre 2007 qui elle-même avait été adoptée en
à l’affectation, par les pouvoirs publics, des ressources remplacement de l’ordonnance du 04 février 1962. Le se-
financières de l’Etat aux charges auxquelles elles corres- cond texte de 2018 susvisé traduit la prise en compte de
pondent. Ce sont ces usages des deniers publics, ces af- l’ « exigence de transparence dans les finances publiques des Etats
fectations des ressources financières de l’Etat qui font membre de la CEMAC »23 conformément à la directive n°
l’objet d’un contrôle parlementaire. Un tel contrôle peut 06/11-UEAC-190-CM-22 CEMAC du 19 décembre 2011
être confronté à des secrets. Le terme secret est em- relative au code de transparence et de bonne gouver-
prunté du latin « secretum » qui signifie « lieu écarté, solitude nance des finances publiques. Cette question de la trans-
[…] »19. Il s’entend ainsi comme ce qui doit être caché, parence a suscité de nombreuses réflexions au sein de la
qui ne saurait être révélé donc devant être dissimulé. doctrine. La question a été posée de savoir « comment le
Mais le secret n’est ni un mystère ni un non-dit, il est droit budgétaire construit-il l’autonomie du principe de transpa-
même distinct de la discrétion. Le secret n’est qu’un « obs- rence ?»24. Les pays de la zone CEMAC « obéissent-ils à l’exi-
tacle susceptible d’être contourné ou détruit un jour »20 alors que gence »25 de transparence ?26 La transparence peut-elle être
le mystère lui« traduit ce qui est profondément caché, le plus sou- considérée comme un nouveau principe budgétaire en
vent sous un symbole, depuis l’origine des temps »21. Le contrôle Afrique de l’ouest ?27 En effet, il devenait « […] plus qu’im-
exercé par le parlement camerounais en matière de fi- pératif de procéder à la révision du cadre juridique des finances pu-
nances publiques peut ainsi être confronté à des infor- bliques, afin d’adapter les règles de gestion de la chose publique
mations ne pouvant être divulguées. L’on peut évoquer, financière aux différentes mutations structurelles et idéologiques de
par exemple, le secret de la correspondance, de secret l’Etat »28. Cette question de la transparence dans la ges-
professionnel etc. Au regard de ces clarifications termi- tion des finances publiques a encore marqué l’actualité
nologiques, la présente étude projette un certain nombre avec la gestion des fonds alloués à l’Etat du Cameroun
d’intérêt. pour la lutte contre la pandémie de la Covid 19. En effet,
les pays africains, à l’instar du Cameroun, s’étaient enga-
L’étude du contrôle parlementaire des finances publiques gés auprès du Fonds monétaire international en vue
face aux secrets comporte un double intérêt. Il est d’obtenir des fonds pour lutter contre la Covid 1929.

13 F. L. OWONA NDOUGUESSA, « Le contraste des institutions de globalisation et dynamiques locales Mélanges en l’honneur de Diarra Eloi et Yonaba
contrôle des finances publiques camerounaises », Revue africaine de finances Salifou, L’Harmattan, 2021, p. 32.
publiques, n° 9, 2021, p. 274. 24 BEGNI BAGAGNA, « Le principe de transparence dans les finances
14 E.C. LEKENE DONFACK, Finances publiques camerounaises, Paris, Ber- publiques des Etats membres de la CEMAC », Revue africaine de finances
ger-Levrault, coll, « Mondes en devenir », 1987, p. 14. publiques, n° 2, 2017, p. 192.
25 L-P GUESSELE ISSEME, « L’exigence de transparence dans les fi-
15 C. SIETCHOUA DJUITCHOKO, Institutions financières et finances pu-
bliques, Cours, Licence 2, université de Dschang, 2021-2022, p. 7 ; O. nances publiques des Etats de la CEMAC », op. cit, p. 61.
FANDJIP, Institutions financières et finances publiques, Cours, Capacité en 26 Voir aussi, H. AKEREKORO, « L’efficacité des contrôles de la nou-
droit, Université de Dschang, 2021-2022, p. 2. velle gestion budgétaire axée sur les résultats et la performance dans les
16 Ibid. Etats de l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine », Revue afri-
17 P. M. GAUDEMET, J. MOLINIER, Finances Publiques, tome 1, Bud-
caine de finances publiques, n° 11, 2022, p.7 ; A. MONGBAT, « Les innova-
tions dans la gestion et la gouvernance des finances publiques des Etats
get/Trésor, Paris, Montchrestien, 7e ed, 1996, p. 22. de l’Afrique francophone subsaharienne : le cas du Cameroun », Revue
18 G. ORSONI, Science et législation financière : budgets publics et lois de finances, africaine de finances publiques, n° 11, 2022, p. 103.
Paris, Economica, coll, « Corpus-Droit Public », 2005, p. 2. 27 ADAMOU ISSOUFOU, « La transparence des finances publiques : un
19 https://www.dictionnaire-academie.fr/article/A9S0990. Consulté le nouveau principe budgétaire dans l’union économique et monétaire
02 oct. 2022. ouest-africaine (UEMOA) ? », in N. Médé (contributions réunies par), Les
20 R. RAMZI GEADAH, « Fantômes et trésor derrière la baie vitrée. Re- nouveaux chantiers de finances publiques en Afrique Mélanges en l’honneur de Michel
gards sur le secret et la transparence », Les cahiers de la justice, n° 3, 2014/3, Bouvier, Sénégal, L’Harmattan, 2019, p. 269.
p. 352. 28 S. T BILOUNGA, Finances publiques camerounaises Budgets impôts douanes

21 Ibid. comptabilité publique, Paris, L’Harmattan, coll, « Finances publiques », pré-


face de Louis Paul Motaze, 2021, p. 23.
22 M. BOUVIER, M.C. ECLASSAN, J.P. LASSALE, Finances publiques,
29 Voir à ce sujet E. S. KOUA, « Les engagements unilatéraux des Etats
op. cit., p. 19. africains auprès du FMI aux fins d’obtention des fonds pour lutter contre
23 L-P GUESSELE ISSEME, « L’exigence de transparence dans les fi-
la Covid-19 », Juridis Périodique, n° 129, 2022, p. 121 et s.
nances publiques des Etats de la CEMAC », in Les finances publiques entre

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Dans ce cadre, ils ont accepté de « procéder à la publication la question. Du point de vue pratique, elle permet de sai-
des données relatives à la commande publique »30, à inscrire les sir les sources ainsi que le fonctionnement du parlement
fonds Covid-19 dans les lois de finances et à veiller à une en matière de finances publiques.
gestion transparente desdites ressources31. Or, la gestion
de ces fonds ne s’est pas faite dans la transparence car la Cet intérêt conduit à poser la question suivante : dans le
chambre des comptes de la Cour suprême a diffusé un cadre de sa fonction de contrôle de l’action du gouver-
rapport d’audit et ouvert une enquête sur cette gestion. nement, notamment en matière de finances publiques,
Ce rapport n’avait pas été présenté à l’Assemblée natio- des informations couvertes par le secret peuvent-elles
nale en juin 2021. Cette situation pouvant alors amener être mises à la disposition du parlement camerounais ?
à se demander si c’est à cause des secrets que ce contrôle Autrement dit, le parlement au Cameroun a-t-il le droit
n’a pu se mettre en œuvre. Dans l’affirmative, ils consti- d’exercer sa fonction de contrôle des finances publiques
tueraient alors une dérogation à la transparence. Cela sans que lui soit opposé le caractère secret de certaines
montre la difficulté qu’éprouve la représentation natio- informations ?
nale à exercer sa fonction. Pourtant, le contrôle parle- Il en découle une hypothèse à savoir que les informations
mentaire au Cameroun32 a connu ces dernières années à caractère secret ne sont pas dévoilées au parlement ca-
des aménagements tendant à le renforcer33. C’est pour merounais lorsqu’il procède au contrôle des finances pu-
cette raison qu’un observateur souligne que « l’étendue des bliques. La vérification de cette hypothèse exige l’identi-
attributions du parlement traduit une constitutionnalisation des ac- fication d’une méthode.
teurs politiques et techniques en matière des finances publiques en
général et budgétaire en particulier »34. L’étude vise donc à ana- D’un point de vue méthodologique, l’étude se fera à
lyser la notion de secret dans le contrôle des finances pu- l’aide du positivisme juridique, notamment la dogma-
bliques au Cameroun afin de contribuer à la compréhen- tique et la casuistique, et des techniques de recherche que
sion des difficultés35 relatives à cette fonction parlemen- sont la recherche documentaire et l’enquête. Autrement
taire. A titre de droit comparé, la doctrine en France est dit, elle se fondera sur la méthode juridique déclinée en
récemment montée au créneau pour dénoncer les ma- l’interprétation des textes en vigueur, d’une part, et,
nœuvres du gouvernement visant à réaménager le secret d’autre part, sur des techniques documentaire et d’en-
défense pour limiter l’accès aux archives. Selon elle, « en quête. L’on pourra ainsi analyser les textes relatifs au con-
voulant substituer son appréciation à celle de la représentation na- trôle parlementaire des finances publiques. Il s’agit, es-
tionale, l’exécutif encourt le reproche de ne pas respecter la sépara- sentiellement, des normes constitutionnelles et celles re-
tion des pouvoirs »36. Il s’agit d’une attitude guidée par sa latives aux finances publiques en cette matière. Il faut,
« volonté de dissimuler les turpitudes passées, et en particulier celles par ailleurs, se pencher sur les « sciences collatérales du
des guerres coloniales »37. Un tel objectif est vain car ce « […] droit »40 ou encore ses disciplines voisines comme l’his-
serait mésestimer les efforts récents entrepris pour proposer une ré- toire41, et en prenant aussi en compte la comparaison.
paration-encore sélective-de la mémoire autour de quelques figures Partant de cette méthode, une articulation d’idée se for-
symboliques du combat pour l’indépendance »38 dans un pays malise à savoir que le contrôle parlementaire des finances
comme l’Algérie. Au Cameroun, les études ne se sont pas publiques au Cameroun n’échappe ni au secret défense
véritablement intéressées aux secrets dans le cadre d’une (I) ni aux secrets d’ordre médico-judiciaires (II).
réflexion d’ensemble, et particulièrement en ce qui con-
cerne les finances publiques39. Il s’agit donc ici d’appor-
ter un regard qui se veut assez complet et approfondi sur

30 Ibid., p. 123. 34 J. BIAKAN, « La Constitution et les finances publiques au Cameroun


31 Ibid. », Revue africaine de finances publiques, n° 2, 2017, p. 30.
32 En France on observe un renforcement du rôle des commissions par- 35 En ce sens : J. BIPELE KEMFOUEDIO, « Le rôle législatif du parle-

lementaires. Voir. S. DAMAREY, Finances publiques, Paris, Gualino, coll, ment camerounais dans les finances publiques: progrès réel ou simple fol-
« mementos », 2022, p. 161. klore ? », Revue internationale de droit africain, n° 87, 2010, p. 29 et ss ; J.
33 Voir : C. SIETCHOUA DJUITCHOKO, « Commentaire : le nouveau
KANKEU, « Les missions du parlement camerounais : regard sur une
illusion », Juridis Périodique, n° 73, 2008, p. 49 et ss ;
régime financier de l’Etat », Juridis Périodique, n° 72, 2007, pp. 46J. 36 O. FORCADE, S. LAURENT, B. WARUSFEL, « Archives et poli-
BIAKAN, « La réforme du cadre juridique des finances publiques au Ca-
meroun : la loi portant régime financier de l’Etat », in M. Ondoa (dir), tiques du secret. Ramener l’Etat à la raison démocratique », Esprit, n°
L’administration publique camerounaise à l’heure des réformes, L’Harmattan, 6/2021, p. 102.
2010, p. 18 ; B. GOUDEM LAMENE, L’information du parlement en droit 37 Ibid., p. 104.
budgétaire camerounais, Thèse, université de Yaoundé 2-Soa, 2014, p. 22 ; E. 38 Ibid.
S. MVAEBEME « Le renforcement du contrôle des finances publiques 39 L’on citera par exemple : S. NGUECHE, « Le contrôle citoyen des
au Cameroun », in D. Abouem à Tchoyi, S. C M’bafou (dir), Améliorer
l’efficacité de l’Etat au Cameroun. Propositions pour l’action, Paris, L’Harmattan, finances publiques en droit camerounais », Revue africaine de finances pu-
coll, « Etudes africaines », 2019, p. 431 ; ANDZOKA ATSIMOU, « Le bliques, n° 8, 2020, p. 193 ; E. S KOUA, « Le contrôle parlementaire des
renforcement des pouvoirs du Parlement dans la procédure budgétaire en finances publiques dans le (nouveau) régime financier de l’Etat au Came-
Afrique centrale : l’espace CEMAC », Revue africaine de finances publiques, n° roun », op. cit, p. 145 et s.
2, 2017, p. 271 et ss ; M. NGO MOMASSO, « La réforme des contrôles 40 J. CARBONNIER, Droit civil Introduction, Paris, Puf, coll, « Thémis droit
parlementaires non juridictionnels des finances publiques dans les Etats privé », 27e éd, 2002, p. 71.
d’Afrique francophone subsaharienne: analyse à partir des cas camerou- 41 En ce sens J. BOUDON, « La méthode juridique selon Adhémar Es-
nais et ivoirien », Revue africaine de droit et de sciences politiques, vol 3, spécial mein », in N. Hakim et F. Melleray (Études réunies par), Le renouveau de la
bis, 2nd semestre 2020, p. 203 et ss; A. TATIDOUNG KUETE, « La doctrine française. Les grands auteurs de la pensée juridique au tournant du 20 e siècle,
restauration du contrôle parlementaire en droit constitutionnel camerou- Paris, Dalloz, coll, « Méthodes du droit », 2009, p. 263.
nais: le cas du contrôle sanction », Revue africaine de droit et de sciences poli-
tiques, vol 9, n° 23, 2021, p. 121-146

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I- L’opposabilité du secret défense en matière de missions d’enquête »47. S’agissant du cas particulier du con-
contrôle parlementaire des finances publiques trôle parlementaire des finances publiques, le secret dé-
En droit camerounais, le contrôle parlementaire des fi- fense sera admis par la loi n° 2007/006 du 26 décembre
nances publiques n’échappe pas à la règle du secret dé- 2007 portant régime financier de l’Etat, notamment en
fense. Il convient ici de dégager ses origines (A) afin de son article 70. Les origines de cette règle du secret dé-
mieux cerner son opposabilité dans le cadre de ce con- fense en matière de contrôle parlementaire des finances
trôle politique des finances publiques (B). publiques conduisent à examiner son opposabilité.

A - Les origines du secret défense en matière de B - Le secret défense opposable en matière de


contrôle parlementaire des finances publiques contrôle parlementaire des finances publiques

Evoquer les origines du secret défense dans le cadre du La protection des intérêts de l’Etat, à l’instar de sa sécu-
contrôle parlementaire des finances publiques, c’est rele- rité, de sa défense, constitue au Cameroun une exigence
ver ses sources historiques et juridiques. En effet, c’est qui s’applique également au contrôle exercé par le parle-
l’idée de protection, compte tenu du contexte de la ment en matière de finances publiques. Il est certes cons-
guerre notamment en Europe, qui a conduit les Etats, à tant que la question des finances publiques est impor-
l’instar de la France, à souligner la nécessité de garder se- tante. C’est à travers ces ressources que l’Etat procède à
cret certaines informations concernant l’Etat. C’est ainsi la satisfaction au quotidien des besoins d’intérêt général
que, souligne Bertrand Warusfel, le « secret du prince s’est d’où le nécessaire contrôle de l’utilisation desdites res-
traduit, au XIXe siècle, en un "secret militaire", d’abord protégé sources.
durant le temps de guerre, puis ensuite organisé et défendu dès le La loi de 2018 relative au régime financier de l’Etat est
temps de paix[…] »42. Dans ce même contexte, à partir assez prolixe sur cette question. En effet, elle a prévu un
de« l’entre-deux-guerres, on a assisté à une extension de l’applica- contrôle administratif, juridictionnel et surtout parle-
tion de cette notion à d’autres domaines d’activité considérés comme mentaire portant sur la régularité ou la performance et
ayant un rapport direct ou indirect avec la défense nationale »43. devant s’opérer pour tout ce qui concerne la mise en
C’est ainsi que ce secret finira par être admis dans de œuvre des lois de finances48. Ce contrôle effectué par le
nombreux domaines et concernera des renseignements parlement « […]s’exerce à l’occasion de l’examen des projets de
qui vont au-delà de la défense au plan militaire pour tou- loi de finances […] et vise également à s’assurer de la bonne exécu-
cher les domaines économique et même civil44. tion des lois de finances »49. Cette exigence est reprise par la
C’est certainement cet héritage, en raison de son histoire, loi de 2018 relative à la transparence, adoptée conformé-
que le Cameroun va intégrer dans son système juridico- ment à la Directive CEMAC précitée50. Dans ce cadre, il
politique la règle du secret défense. De manière générale, apparaît que les actions qui se rattachent aux recettes, dé-
c’est-à-dire sur la base de la Constitution, c’est sous la penses et au « financement des budgets des administrations pu-
Constitution de la République unie du Cameroun du 02 bliques doivent être soumises à un contrôle politique […]»51. De
juin 1972 qu’il est consacré. Bien que rendant facultatif manière concrète, pour exercer ce contrôle, le parlement
le contrôle de l’action du gouvernement par le parlement, a le droit de s’organiser en commissions parlementaires
cette Constitution avait prévu pour la première fois que et de désigner « chacune à l’ouverture de la première session or-
« le gouvernement, sous réserve des impératifs de la défense nationale dinaire de l’année législative un rapporteur général pour les recettes
et de la sécurité de l’État, fournit explications et renseignements à et des rapporteurs spéciaux chargés des dépenses publiques et du
l’Assemblée »45. Alors que la Constitution de la République contrôle »52. Cela s’applique tant aux fonds propres de
du Cameroun du 1er janvier 1960 prévoyait simplement l’Etat qu’à ceux à lui alloués par les bailleurs53. Par ail-
que le Premier Ministre était tenu de mettre à la disposi- leurs, l’exercice de ce contrôle peut aussi se faire à travers
tion de l’assemblée les explications sollicitées concernant des commissions d’enquêtes désignées, dont l’existence
ses actes ainsi que sa gestion46, celle de la République fé- ne peut aller au-delà de six mois mais renouvelable si be-
dérale du 1er septembre 1961 avait prévu que c’est désor- soin, en vue de connaître des questions financières54. Il
mais le gouvernement qui est tenu de fournir « toutes ex- faut également remonter à la Constitution pour percevoir
plications et tous renseignements sur son action à l’assemblée natio- cette exigence. En effet, selon la Constitution du 18 jan-
nale fédérale qui peut lui poser des questions orales ou écrites et qui vier 1996, le contrôle de l’action du gouvernement par le
peut enquêter sur l’activité gouvernementale en constituant des com- parlement s’opère par le biais des questions orales ou
écrites, ainsi que par la mise en place des commissions
d’enquêtes pour un objet précis55. Le constituant a, par

42 B. WARUSFEL, « Le secret de défense entre les exigences de l’Etat et les nécessité 50 Sur l’ensemble voir : Y. G. DJEYA KAMDOM, « L’influence du droit
du droit », http://www2.droit.parisdescartes.fr/warusfel/articles/secret- communautaire sur le système de contrôle des finances publiques au Ca-
def_warusfel2001.pdf, p. 3. Consulté le 04 oct 2022. meroun : à propos des directives Cemac du 19 décembre 2011 », Juridis
43 Ibid. Periodique, n° 104, 2015, p. 115.
44 P. SARTRE, P. FERLET, « Le secret défense en France », Etudes, 51 Article 40.

2010/2, tome 412, p. 166. 52 Article 85 alinéa 2 loi de 2018 sur le régime financier.
45 Article 28 alinéa 2, Constitution du 02 juin 1972. 53 En ce sens voir : BEGNI BAGAGNA, « Réflexion sur le contrôle in-
46 Article 38. ternational des finances publiques : le cas des Etats d’Afrique subsaha-
47 Article 30 alinéa 2.
rienne francophone », Revue africaine de finances publiques, n° 7, 2020, p. 37.
54 Article 85 alinéa 4, loi de 2018 sur le régime financier.
48 Article 83.
55 Article 35 alinéa 1, Constitution.
49 Article 84 alinéa 1, loi de 2018 sur le régime financer de l’Etat.

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ailleurs, pris la peine de préciser qu’à l’occasion de toutes Il s’agit de sanctionner les nuisances63 à la sûreté de
les sessions ordinaires, la priorité sera accordée aux l’Etat64. Ainsi, le fait de révéler, de faire découvrir et sur-
échanges, notamment des questions des parlementaires et tout de trahir un secret défense est réprimé. A cet effet,
réponses des membres du gouvernement. Cette opéra- est puni « d’un emprisonnement de un (01) à dix (10) ans et
tion devant se dérouler chaque semaine à hauteur d’une d’une amende de cent mille (100 000) à dix millions (10 000
séance56. Ceci traduit toute l’importance de ces commis- 000) de francs ou de l’une de ces deux peines seulement, celui qui,
sions dans le système institutionnelle en vigueur au Ca- en temps de paix[…] dans un but autre que de le livrer à une
meroun. Ces commissions, en effet, « sont le lien où s’expri- puissance étrangère, s’assure la possession d’un secret de la défense
ment pleinement les rapports de force entre le législatif et l’exécu- nationale ou le révèle à une personne non qualifiée »65. Est égale-
tif »57. C’est certainement comme le souligne la doctrine, ment puni, notamment d’un « emprisonnement de un (01) à
un « élargissement du contrôle financier des commissions des finances cinq (05) ans et d’une amende de cinquante mille (50 000) à cinq
et du budget à toutes les questions relatives aux finances pu- millions (5 000 000) de francs ou de l’une de ces deux peines seu-
bliques »58. lement, celui qui, en temps de paix […] par imprudence, négligence
ou inobservation des règlements, laisse soustraire ou prendre con-
Ceci étant dit, signe de la transparence, laquelle irrigue naissance, en tout ou en partie et même momentanément, des objets,
même le droit international59, ce contrôle des finances matériels, documents ou renseignements qui lui sont confiés ou dont
publiques est parfois confronté au secret défense. En ef- il a la garde, et dont la connaissance pourrait conduire à la décou-
fet, dans le cadre de ce contrôle, des informations non verte d’un secret de la défense nationale »66. Le législateur came-
encore diffusées et pouvant servir à toutes « entreprises hos- rounais ne s’est pas limité à identifier les sanctions pré-
tiles à la république » peuvent justifier un refus de collabo- vues en cas d’atteinte au secret défense, il a également
ration de la part du gouvernement. Selon les termes de la essayé de définir cette notion même si la définition ne
Constitution du 18 janvier 1996, le parlement ne peut semble pas claire ; se voulant formelle comme en
procéder au contrôle de l’action du gouvernement que France67. Il précise qu’au sens du code pénal, « est réputé
« sous réserve des impératifs de la défense nationale, de la sécurité secret de la défense nationale […] tout renseignement de toute na-
de l’Etat[…] »60. Plus concrètement, comme en France61, ture susceptible d’aider des entreprises hostiles à la république et qui
lorsque le parlement camerounais exerce son contrôle, le n’a pas déjà été rendu public »68. C’est dire que toute infor-
gouvernement est tenu de lui fournir des renseignements mation pouvant contribuer à soutenir des actions visant
sauf en ce qui concerne les questions portant sur la dé- à porter atteinte à la république, alors qu’une telle infor-
fense et la sûreté du pays. Cette disposition d’ordre gé- mation n’a pas encore fait l’objet d’une publicité, est pas-
néral n’exclut pas le refus de la part du gouvernement de sible d’une sanction en vertu des exigences de la sûreté
fournir des renseignements au parlement lorsqu’il s’agit de l’Etat.
d’un contrôle portant sur la gestion des finances pu-
bliques. Cette idée est soutenue au regard de la loi de Le secret défense tend à protéger les intérêts de la puis-
2018 sur le régime financier de l’Etat. Selon ce texte, les sance publique et non ceux des individus. Tandis que cer-
rapporteurs spéciaux en charge des dépenses publiques tains secrets sont d’intérêt public, comme le secret dé-
ainsi que du contrôle de l’utilisation des fonds ont la pos- fense ou même l’infraction d’atteinte au développement
sibilité de réaliser des contrôles tant sur la base des pièces national69, d’autres relèvent d’un intérêt privé et d’autres
que sur le terrain. Dans ce cadre, les documents néces- encore «prétendent servir à la fois des intérêts publics et privés »70.
saires doivent absolument être mis à leur disposition à Le secret défense peut, comme tous les autres secrets,
l’exception de ceux qui portent sur des sujets secrets constituer un fondement juridique à la poursuite de
comme la défense nationale62. l’agent de l’administration qui y porte atteinte ou alors un
« privilège » derrière lequel le gouvernement peut s’appuyer
Au Cameroun, la violation du secret défense fait partie pour faire obstacle au contrôle71, particulièrement à celui
des infractions qui concernent la chose publique plus
précisément les atteintes à la sûreté extérieure de l’Etat.

56 Article 35 alinéa 3, Constitution. 66 Article 106 alinéa 5, Code pénal.


57 J. BOUHADANA, W. GILLES, « La présidence de la commission des 67 Voir par exemple : S. PERERA, « Le secret défense et l’administration
finances par un membre de l’opposition parlementaire : potentialités et de l’Etat de droit », Revue du droit public et de la science politique en France et à
enjeux », Revue française de finances publiques, n° 100, 2007, p. 206, cité par J. l’étranger, n° 2, 2022, p. 457 ; B. WARUSFEL, « Enjeux et limites de l’ou-
Biakan, « La Constitution et les finances publiques au Cameroun » op. cit, verture des données en matière de sécurité et de défense », Revue française
p. 30. d’administration publique, n° 167, 2018/3, p. 554 ; M. GUILLAUME, « Par-
58 J. BIAKAN, « La Constitution et les finances publiques au Cameroun», lement et secret (s) », op. cit, p. 68.
op. cit., p. 30. 68 Article 109, Code pénal.
59 En ce sens A. PETER, « La transparence comme principe du droit 69 Il est prévu à l’article 224 du code pénal consacré à l’atteinte au déve-
international public », in O. De Frouville (dir), Le cosmopolitisme juridique, loppement national qui dispose qu’ « est puni d’un emprisonnement de six (06)
Paris, A. Pedone, 2015, p. 3. mois à deux (02) ans et d’une amende de cent mille (100 000) à cinq millions (5 000
60 Article 34 alinéa 2, Constitution. 000) de francs, celui qui, dans le but de nuire au développement national, transfère à
61 Voir : M. GUILLAUME, « Parlement et secret (s) », Pouvoirs, n° 97,
l’étranger du personnel spécialisé ou livre à l’étranger des secrets industriels ou commer-
ciaux ».
2001/2, p. 67. 70 J. D. BREDIN, « Secrets transparence et démocratie », Pouvoirs, n° 97,
62 Article 85 alinéa 3, loi de 2018 sur le régime financier, précitée.
2001/2, p. 8.
63 Article 105 alinéa 2, 3 et 7, 106 alinéa 1, 4 et 6, code pénal. 71 P. P. NGO NOLLA, Secret et procès pénal au Cameroun, Mémoire de DEA,
64 C. PUIGELIER (dir), Dictionnaire juridique, Bruxelles Bruylant, coll, université de Yaoundé 2, Soa, 2010, https://www.memoireonline.com/
« Paradigme », 3e éd, 2020, p. 1062. 08/13/7292/Secret-et-proces-penal-au-cameroun.html#fn39. Consulté
65 Article 105 alinéa 1, Code pénal. le 28 oct. 2022.

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portant sur les finances publiques72. L’existence du secret lation de la part du gouvernement des informations tou-
défense se comprend aisément lorsqu’on observe l’actua- chant à la défense de l’Etat. Au-delà de cette épreuve, ce
lité mondiale en général et la situation camerounaise en contrôle parlementaire est également éprouvé par des se-
particulier, marquée par des préoccupations d’ordre sé- crets d’ordre médico-judiciaires.
curitaire. Cela fait déjà de nombreuses années que l’Etat
du Cameroun est confronté aux attaques terroristes de la II - L’opposabilité des secrets médico-judiciaires
secte islamique « Boko Haram» dans sa partie septentrio- en matière de contrôle parlementaire des fi-
nale, des menaces séparatistes dans les régions du Nord- nances publiques
ouest et du Sud-ouest ainsi que des incursions des re-
belles centrafricains à l’Est du pays73. Une telle situation Comme le souligne justement certains observateurs,
ne peut qu’amener les pouvoirs publics à porter un re- le« secret de défense n’est […] pas le seul secret que reconnaisse la
gard attentif sur le secret défense même dans le cadre loi, qui protège notamment le secret professionnel et ses diverses dé-
d’un contrôle relatif aux deniers publics. Dans une pers- clinaisons, comme le secret médical. Toutefois, à la différence de ces
pective comparative, l’on peut rappeler qu’en France, par autres secrets, il protège un intérêt supérieur collectif, celui de la na-
exemple, ce sont les « secousses de l’histoire, les guerres, l’occu- tion »83. C’est en ce sens que dans le contexte camerou-
pation allemande »74 qui ont conduit à une multiplication et nais, certaines questions d’ordre judiciaire, en raison de
à la protection des secrets. Mais dans un pays où l’on as- l’intérêt d’une bonne administration de la justice peuvent
siste à la montée en puissance de la transparence, notam- constituer une épreuve au contrôle parlementaire des fi-
ment dans la gestion des finances publiques, où « l’élabo- nances publiques. Il peut en être de même en matière sa-
ration des règles financières et le maniement des fonds publics doi- nitaire. Dans ce cadre, le parlement a droit à des infor-
vent inclure les notions de légalité, de publicité d’information, et mations à l’exception de celles couvertes par, d’une part,
d’intégrité »75, le secret apparaît de manière incontestable le secret de l’instruction (A), et, d’autre part, le secret mé-
comme « l’angle mort »76 de l’ensemble des« dispositifs de dical (B).
régulation des institutions »77, ou tout simplement comme un
« abus de la démocratie »78. Dans ces conditions, il est im- A - Le secret de l’instruction opposable en ma-
portant pour les membres du parlement de se garder de tière de contrôle parlementaire des finances
publiques
« tomber dans le piège »79 pouvant les réduire à des « victimes
conscientes ou inconscientes de certains services qui pratiquent un La doctrine en France a pu relever, concernant la procé-
art consommé de la dissimulation »80, d’une part, et, d’autre dure pénale, qu’elle « […] est aujourd’hui tiraillée entre deux
part, que le parlement ne perde pas de vue, et ce de ma- exigences contradictoires : d’un côté le secret, garant de l’efficacité
nière constante, l’importance de sa fonction, notamment des procédures, mais aussi de la présomption d’innocence, et de
de contrôle, ainsi que la protection des intérêts de l’Etat. l’autre, la demande de transparence des citoyens et des médias »84.
Il est constant que le secret défense a, à un moment La mise en œuvre par le parlement camerounais de son
donné, été considéré comme un prétexte, abusivement contrôle en matière de finances publiques connaît égale-
mis en œuvre pour dissimuler des actes n’ayant aucun ment cette exigence relative au secret judiciaire. En effet,
rapport avec la défense de l’Etat. En France par exemple, au regard de la Constitution du 18 janvier 1996, le gou-
Bernard Grasset révèle qu’il a souvent été « dévoyé, il a été vernement ne peut fournir des renseignements au parle-
longtemps perçu comme une pratique de pouvoir arbitraire avant ment que sous réserve des « impératifs […] du secret de l’in-
l’intervention du législateur au siècle dernier. Jadis et naguère, son formation judiciaire »85. Ces renseignements peuvent aussi
évocation a parfois servi des causes très éloignées de son objet réel. relever du cadre du contrôle parlementaire des finances
De la condamnation du capitaine Dreyfus aux écoutes de l’Élysée, publiques. L’examen de la loi de 2018 sur le régime fi-
en passant par l’assassinat de Ben Barka, la liste des errements nancier de l’Etat laisse apparaître une réserve allant dans
regrettables et souvent criminels en est la triste démonstration »81. le même sens. Ainsi, les rapporteurs spéciaux en charge
C’est la même idée que relevait il y a quelques années des dépenses publiques ainsi que du contrôle de l’utilisa-
Bertrand Warusfel82. tion des fonds effectuant des vérifications tant sur pièces
que sur place ont accès à tout document sauf pour des
En synthèse, le contrôle des finances publiques par le
parlement au Cameroun n’est pas dispensé de la dissimu-

72 Dans l’actualité judiciaire au Cameroun, il y a de cela quelques mois, le 77 J. M. BELORGEY, « L’Etat entre transparence et secret », Pouvoirs, n°
Tribunal criminel spécial, dans le cadre de l’affaire Edgard Alain Mebe 97, 2001/2, p. 29.
Ngo’o, poursuivi pour détournement des deniers publics, le mis en cause 78 G. CARCASSONNE, Le Point, n° 1308, 11 octobre 1997.
a invoqué le secret défense pour éviter de fournir des renseignements 79 B. GRASSET, « Secret défense », Pouvoirs, n° 97, 2001/2, p. 65.
concernant la nature du matériel militaire acquis pour l’Etat du Cameroun
alors qu’il était ministre de la défense. 80 Ibid.
73 En ce sens: O. FANDJIP, « La protection de l’intégrité territoriale de 81 Ibid., p. 65.
l’Etat par les citoyens. Etude à l’aune des droits camerounais et burki- 82 B. WARUSFEL, Le secret de la défense nationale Protection des intérêts de la
nabè », Revue des réflexions constitutionnelles, Société burkinabé de droit cons- nation et libertés publiques dans une société d’information, Thèse, Université René
titutionnel, août 2022, p. 69. Descartes, 1994, p. 323.
74 J. D. BREDIN, « Secrets transparence et démocratie », op. cit., p. 12.
83 P. SARTRE, P. FERLET, « Le secret défense en France », op. cit., ibid.
75 L. P. GUESSELE ISSEME, « L’exigence de transparence dans les fi-
84 C. AMBROISE-CASTEROT, C. COMBEAU, « La procédure pénale
nances publiques des Etats de la Cemac », op. cit., p. 59. dans la balance : entre secret et transparence », Les cahiers de la justice, n° 3,
76 Rapport public du Conseil d’État, Études et Documents, n° 47, Paris, La Do- 2014/3, p. 373.
cumentation française, 1995. 85 Article 35 alinéa 2, Constitution.

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sujets portant sur le secret de l’instruction86. Ainsi, les tive. Il convient peut-être de rappeler les termes des dis-
documents pouvant révéler des informations secrètes re- positions de la Constitution selon lesquelles « le parlement
latives à l’instruction ne peuvent être mis à la disposition contrôle l’action gouvernementale par voie des questions orales ou
du parlement dans le cadre de son contrôle en matière de écrites et par la constitution des commissions d’enquêtes sur des ob-
finances publiques. Le Code de procédure pénale ainsi jets déterminés ». Le «gouvernement, sous réserve des impératifs de
que le Code pénal consacrent quelques dispositions au la défense nationale, de la sécurité de l’Etat ou du secret de l’infor-
secret de l’instruction. A l’examen du premier texte, par mation judiciaire, fournit des renseignements au parlement »94. Du
exemple, en matière d’enquêtes de police, cette procé- point de vue législatif, il suffit de rappeler les dispositions
dure est placée sous le sceau du secret sauf à l’égard du de la loi de 2018 sur le régime financier de l’Etat selon
ministère public ou pour certaines affaires où, avec le visa lesquelles les commissions effectuent des contrôles rela-
du ministère public, les officiers de police judiciaire ont tifs à la gestion des finances publiques. Des documents
la possibilité de procéder à la publication des documents ne peuvent leur être refusés qu’en raison du secret dé-
et communiqués87. Il s’agit d’un secret professionnel en- fense, du secret de l’instruction.
tendu comme « l’obligation pour les personnes qui y sont sou-
mises de garder le secret sur les faits dont elles ont connaissance dans Le problème se pose au niveau du vocable « secret de
l’exercice de leur fonction, dans le cours de leurs activités »88. Ce l’instruction », selon la loi sur le régime financier, et le
secret est opposable à tous ceux qui participent à l’en- « secret de l’information judiciaire », selon la Constitu-
quête de police89. De même, dans le cadre des perquisi- tion. Autrement dit, s’agit-il du secret de l’instruction ou
tions, l’officier de police judiciaire qui a seul qualité pour de l’information judiciaire ? Selon le lexique des termes
prendre connaissance des documents ou papiers trouvés juridiques, l’instruction est synonyme de l’information
sur les lieux avant de les saisir doit observer le secret pro- judiciaire et s’entend comme la « phase de l’instance pénale
fessionnel90. Dans le cadre des enquêtes de flagrance, le constituant une sorte d’avant-procès, qui permet d’établir l’existence
même texte dispose que « celui qui sans l’autorisation du sus- d’une infraction et de déterminer si les charges relevées à l’encontre
pect ou de son conseil, du signataire ou du destinataire d’un docu- des personnes poursuivies sont suffisantes pour qu’une juridiction de
ment saisi au cours d’une perquisition, en révèle le contenu à une jugement soit saisie »95. Dans ces conditions, le vocable « ins-
personne sans qualité pour en prendre connaissance »91 encourt truction » utilisé par la loi sur le régime financier rejoint
une peine pour violation du secret professionnel. Seule celui de « information judiciaire » utilisé par la Constitution.
exception est faite lorsqu’il s’agit des nécessités de l’en- Cette version rejoint le droit pénal, notamment le Code
quête. camerounais de procédure pénale, qui utilise également
l’expression « information judiciaire ». De surcroit, le même
Il convient tout de même de relever que le secret judi- Code de procédure pénale désigne comme « juge d’instruc-
ciaire opposable en matière de contrôle parlementaire tion » le magistrat en charge de l’information judiciaire.
des finances publiques est un peu ambigu. Pour com- Cela dit, en cas d’information judiciaire ou d’instruction,
prendre ce caractère ambigu, il faut faire le lien entre la le contrôle parlementaire en matière de finances pu-
loi de 2018 sur le régime financier et la Constitution. Le bliques peut être confronté au secret de l’information ou
rapport entre la Constitution et les finances publiques a de l’instruction. En effet, obligatoire en matière de crime
été clairement mis en exergue par la doctrine92. C’est dire et facultatif en ce qui concerne les délites et les contra-
qu’analyser la question des secrets en matière de contrôle ventions, sauf exceptions prévues par la loi96, l’informa-
parlementaire des finances publiques au regard de la tion judiciaire est secrète97. Il s’agit du « principe aux termes
Constitution est tout à fait logique car, comme en droit duquel, sauf les cas où la loi en dispose autrement, les procédures
français, le constituant camerounais a « […]tenté d’élaborer d’instruction et d’enquête sont secrètes pour les personnes qui y con-
un compromis entre la nécessaire efficacité de l’action politique qui courent. Ces personnes sont soumises aux règles du secret profes-
tend à maximiser les pouvoirs et les préférences du gouvernement, et sionnel »98. Autrement dit, synonyme de l’instruction pré-
l’indispensable légitimité qui doit porter cette action : le gouverne- paratoire99, c’est cette « phase de la procédure pénale au cours
ment détermine, mais avec l’accord du parlement représentant de la de laquelle le juge d’instruction recherche des preuves constitutives
nation »93. En effet, comme on peut le noter, les secrets de l’infraction et décide le cas échéant, du renvoi en jugement de la
dans le cadre du contrôle parlementaire des finances pu- personne inculpée »100. C’est donc la phase qui précède le
bliques ont une base à la fois constitutionnelle et législa- procès, une phase où les actes posés par les présumés

86 Article 85 alinéa 3. 94 Article 35 alinéas 1 et 2.


87 Article 102 alinéas 1 et 3. 95 S. GUINCHARD, T. DEBARD, et al (dir), Lexique des termes juridiques,
88 P. P. NGO NOLLA, Secret et procès pénal au Cameroun, Mémoire de Paris, Dalloz, 25e éd, 2017-2018, p. 1153.
DEA, université de Yaoundé 2, Soa, 2010, https://www.memoireon- 96 Article 142 alinéas 1 et 2, Code de procédure pénale.
line.com /08/13/7292/Secret-et-proces-penal-au-cameroun.html#fn39. 97 Article 154, Code de procédure pénale.
Consulté le 28 oct. 2022. 98 S. GUINCHARD, T. DEBARD, et al (dir), Lexique des termes juridiques,
89 Article 102 alinéa 2.
op. cit., p. 1874.
90 Article 97.
99 S. YAWAGA, L’information judiciaire dans le code de procédure pénale came-
91 Article 108. rounais, Yaoundé, Presses universitaires d’Afrique, 2007, p. 24.
92 J. BIAKAN, « La Constitution et les finances publiques au Cameroun », 100 E. NGO BAHA, Les droits de la défense au cours de l’information judiciaire
Revue africaine de finances publiques, n° 2, 2017, p. 13. au Cameroun, Mémoire, Master en droit de l’Homme, université catholique
93 X. VANDENDRISSCHE, « Le parlement entre déclin et modernité », d’Afrique centrale, 2013. https://www.memoireonline.com/01/20/
Pouvoirs, n° 99, 2001, p. 61, cité par J. Biakan, « La Constitution et les 11468/m_Les-droits-de-la-defense-au-cours-de-l-information-judiciaire-
finances publiques au Cameroun », op. cit., p. 28. au-Cameroun6.html#toc18

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coupables sont analysés en vue de leur éventuelle incul- consacrée en ce qui concerne les comptables de fait109
pation. Ainsi, en présence de cette phase du procès pénal, ainsi que le pourvoi en cassation110. Partant donc de
le gouvernement peut évoquer le secret de l’instruction l’idée que « de façon générale, il n’existe pas de contentieux qui
pour ne pas fournir des informations au parlement. Cela ne puisse donner lieu à une mesure d’instruction »111, que« toute
est tout à fait normal car « le caractère secret implique […] affaire, quelle qu’elle soit, repose sur l’allégation de faits et la partie
nécessairement que la procédure ne soit pas publique et qu’en prin- sur laquelle pèse le risque de la preuve peut rencontrer des difficultés
cipe elle ne soit pas relatée par la presse »101. Le secret de l’in- pour établir leur réalité et emporter la conviction du juge »112, il ne
formation judiciaire, comme le relève un auteur, devien- serait pas exagéré de dire que l’instruction, selon la loi de
drait « […] une digue de papier lorsque le tam-tam médiatique 2018 sur le régime financier de l’Etat, ne concerne pas
s’empare d’un dossier »102. seulement l’instruction en matière pénale mais l’instruc-
tion devant toutes les juridictions. En définitive, dans le
De tout ce qui précède, l’on est en présence d’une règle cadre du contrôle parlementaire des finances publiques,
qui ne peut concerner que le droit pénal, notamment la le secret judiciaire peut être valablement opposé aux par-
procédure pénale103. Dès lors, la question se pose de sa- lementaires. Cette opposabilité des secrets semble avoir
voir si cette réserve devrait se limiter à l’instruction en été renforcée par l’adoption d’un secret supplémentaire
matière pénale. En effet, même si l’expression informa- à l’instar du secret médical.
tion judiciaire peut être synonyme d’instruction dans le
cadre du procès pénal, est-il raisonnable d’exclure l’idée B - Le secret médical opposable en matière de
que l’instruction peut aussi concerner le procès civil ? contrôle parlementaire des finances pu-
L’instruction en matière pénale serait alors une définition bliques
restrictive car, l’instruction peut aussi s’entendre dans un Le secret apparaît toujours problématique, notamment
sens large en prenant en compte le droit civil, adminis- lorsqu’on est au sein d’une « […] société où la tendance est
tratif, le droit public financier (juridiction des comptes). plutôt à sacraliser la transparence, transparence, presque érigée en
En d’autres termes, l’instruction, expression consacrée dogme, […] dans laquelle la communication des informations cons-
par la loi sur le régime financier peut aussi « englober non titue une priorité majeure »113. Toutefois, lorsqu’on con-
seulement l’échange des conclusions des parties, mais également les voque cette notion de secret dans le domaine de la santé,
plaidoiries »104. C’est aussi la communication des pièces et elle « a derrière elle une longue tradition, à connotation positive,
des conclusions. C’est certainement pour cette raison liée à un souci de protection du patient »114.
que le premier titre du premier livre du Code de procé-
dure civile camerounais est consacré à « l’introduction et Au Cameroun, le contrôle des parlementaires en matière
[…] l’instruction de l’instance ». Dans le procès civil, l’on de finances publiques peut aussi être confronté au secret
peut convenir que l’instruction correspond à cette phase médical. Cet autre secret opposable aux parlementaires
au cours de laquelle « après que le tribunal ait été saisi par le semble supplémentaire au regard de la Constitution du
demandeur à l’instance, sont échangées par les parties ou leurs avo- 18 janvier 1996. En effet, partant de l’idée que tant le se-
cats leurs conclusions et les documents au vu desquels, l’instruction cret défense que le secret judiciaire qui sont consacrés
terminée, le tribunal tranchera le différend dont ils l’ont saisi »105. depuis la Constitution en son article 35, reprises par la loi
En procédure administrative contentieuse, l’examen, par portant régime financier de l’Etat, le secret médical,
exemple, de la loi n° 2006/022 du 29 décembre 2006 quant à lui, est singulier à la loi de 2018. Autrement dit,
portant organisation et fonctionnement des tribunaux comme la Constitution, l’article 85 alinéa 3 de la loi de
administratifs n’exclut pas l’idée d’instruction. Les ar- 2018 sur le régime financier de l’Etat a consacré en plus
ticles 64 à 93 sont consacrés aux « mesures d’instruction » du secret défense et du secret judiciaire le secret médical
qui comportent les enquêtes, les descentes sur les lieux, lui aussi opposable en matière de contrôle financier
l’audition des parties, la vérification des écritures et l’ex- exercé par le parlement. Ainsi, le pouvoir de contrôle sur
pertise. Selon la loi n° 2003/005 du 21 avril 2003 fixant place et sur pièce des rapporteurs spéciaux du parlement
les attributions, l’organisation et le fonctionnement de la en matière de finances publiques, en dehors du secret dé-
chambre des comptes de la Cour Suprême, c’est un « ma- fense et judiciaire, peut se heurter à un refus de produire
gistrat rapporteur »106 désigné par le président de section qui des documents pouvant porter atteinte au secret médical.
est chargé de l’ « instruction de chaque compte »107. Dans le L’idée est qu’en raison de la discrétion ainsi que du res-
cas où cette instruction donne à voir des infractions, la pect que l’on doit à la personne humaine, le médecin ne
justice peut être saisie108. L’instruction est également saurait divulguer des informations relatives à la santé de

101 NAUT POL, « Le secret de l’instruction ne doit pas être le secret de 106 Article 27.
polinichelle », Revue juridique de l’Ouest, n° 4, 1996, p. 443. 107 Ibid.
102 EVA JOLY, Notre affaire à tous, Paris, Editions Les Arènes, 2000, p. 15.
108 Article 37.
103 Sur la notion, voir Ph. KEUBOU, La procédure pénale au Cameroun, Paris,
109 Article 40 alinéa 2.
L’Harmattan, coll, « Bibliothèques de droit », 2021, préface de F. Anou- 110 Article 45.
kaha, p. 19 et ss.
104 C. PUIGELIER (dir), Dictionnaire juridique, op. cit., p. 615. 111 J. HERON, T. LE BAR, K. SALHI, Droit judiciaire privé, Paris, LGDJ

105 S. BRAUDAU, Dictionnaire du droit privé, https://www.dictionnaire-ju-


Lextenso, coll, « Précis Domat droit privé », 7e ed, 2019, n° 1084.
112 Ibid.
ridique.com/definition/instruction-procedure-civile.php. Consulté le 02
oct, 2022. En ce sens, voir l’article L. 463-6 du code de commerce français 113 M-H MOUNEYRAT, « Ethique du secret et secret médical », Pouvoirs,
qui réprime la « divulgation par l’une des parties des informations concernant une n° 97, 2001, p. 47.
autre partie ou un tiers et dont elle n’a pu avoir connaissance qu’à la suite des commu- 114 Ibid.
nications ou consultations auxquelles il a été procédé ».

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son patient115. C’est certainement cette idée qui a conduit


le législateur de 2018 a consacré le secret médical en ma- Conclusion
tière de contrôle parlementaire des finances publiques.
C’est dire que dans le cadre du contrôle de l’usage des
fonds publics par le parlement, l’on ne saurait lui fournir
des documents qui pourraient porter atteinte au secret Au Cameroun, il est certain que le contrôle parlementaire
médical. Comme tout autre secret professionnel, le secret de l’action gouvernementale est consacré et concerne
médical oblige toute personne qui dans le cadre de sa également les finances publiques. Cela traduit une remar-
fonction a eu connaissance des faits confidentiels de ne quable évolution car le « schéma des contrôles de l’exécution des
pas les révéler sauf dans des cas fixés par les textes116. lois de finances, le contrôle politique opéré par le parlement tient en
C’est certainement parce que la protection de l’intimité principe la première place »121 dès lors qu’« ayant initialement
d’autrui par le secret médical, au-delà de son fondement autorisé la mise en œuvre des opérations de recettes et de dépenses,
contractuel, a aussi un caractère d’ordre public. Du point ce dernier doit en suivre le déroulement puis se prononcer sur l’exé-
de vue de l’intérêt général, la Cour de Cassation en cution définitive du budget »122.
France l’a souligné en ces termes : « en imposant à certaines Mais la préservation de certains intérêts non négligeables,
personnes, sous une sanction pénale, l’obligation du secret comme comme par exemple la défense et la sécurité de l’Etat ou
un devoir de leur état, le législateur a entendu assurer la confiance des secrets d’ordre médico-judiciaires, conditionne ce
qui s’impose dans l’exercice de certaines professions et garantir le contrôle politique des finances publiques. Ces secrets ap-
repos des familles qui peuvent être amenées à révéler leurs secrets paraissent dans une certaine mesure comme des limites à
par suite de cette confiance nécessaire »117. D’un point de vue de l’exercice de ce contrôle surtout lorsqu’on peut relever,
la protection de l’intérêt privé, ce secret vise à protéger par exemple, que le secret défense peut constituer un «
l’intimité, la vie privée des patients. A cet égard, Marie […] outil juridique dont les autorités gouvernementales fixent dis-
NICOLAS-GRECIANO met en exergue cette idée en crétionnairement le contenu et les limites au gré des besoins de leur
rapportant les propos suivant d’Emile Garçon cités par politique et des contraintes du moment »123. Cette situation
Amandine Dufour : « le bon fonctionnement de la société veut pourrait ainsi permettre de faire de ce secret un « […]
que le malade trouve un médecin […] mais […] le médecin […] moyen de dernier recours capable de préserver l’exécutif de la curio-
ne pourrai [t] accomplir [sa] mission si les confidences qui [lui] sont sité de l’opinion publique, mais plus encore de celle des deux autres
faites n’étaient pas assurées d’un secret inviolable »118. C’est pouvoirs »124. C’est dire que le caractère flou125 du secret
ainsi qu’au Cameroun, la doctrine a pu relever pour le défense mérite quelques clarifications. Ces dernières per-
déplorer« […] la légèreté, la persistance et la montée des indiscré- mettraient de réduire les craintes qu’il soulève126. Pour ce
tions et négligences de certains médecins » alors que la soumis- qui est du secret judiciaire, sa formulation par la loi sus-
sion du médecin au secret médical est clairement consa- cite quelques interrogations notamment lorsqu’on la
crée119. confronte aux dispositions de la Constitution en la ma-
Le Code pénal camerounais réprime toute violation du tière. C’est dire qu’en droit camerounais, le contrôle des
secret professionnel. A cet effet, lorsqu’en l’absence de finances publiques par le parlement n’échappent pas à
toute permission venant de qui de droit, un professionnel certains « angles morts ».
révèle des faits confidentiels dont il a eu connaissance ou Cependant, il est également possible de s’interroger sur
alors qui lui a été confié en raison de sa profession, il est la portée de ces secrets à la lumière de la loi de 2018 sur
passible d’une peine privative de liberté allant de trois la transparence lorsqu’elle prévoit que « les parlementaires
mois à trois ans ainsi que d’une amende allant de vingt à disposent d’un droit d’information et de communication sans réserve
cent mille francs120. C’est fort de tous ces éléments que sur tous les aspects relatifs à la gestion des deniers publics »127. La
le législateur a rendu opposable le secret médical dans le question mérite d’être relevée dès lors qu’on peut consi-
cadre du contrôle parlementaire des finances publiques. dérer que l’information dont il s’agit s’entend comme
tout acte qui tend à fournir aux parlementaires des « […]
renseignements, documents ou tout autre moyen de savoir et d’accès
à la connaissance susceptibles de l’éclairer […] en vue d’améliorer
son autorisation des lois de finances et parfaire son contrôle de la

115 Voir : A. D. TJOUEN, « Le médecin et son patient : L’obligation de 119 Article 4, loi n° 90-36 du 10 août 1990 relative à l’exercice et à l’orga-
se taire », Revue africaine des sciences juridiques, n° 1, 2000, vol, 1, p. 70. nisation de la profession de médecin au Cameroun.
116 Plus largement voir : R. S. M ASSOUMOU, La responsabilité pénale du 120 Article 310.
médecin traitant dans le système pénal camerounais, Mémoire de DEA, université 121 M. BOUVIER, M.C. ECLASSAN, J.P. LASSALE, Finances publiques,
de Douala, 2006, https://www.memoireonline.com/10/10/4008/m_La- op. cit., p. 572.
responsabilite-penale-du-medecin-traitant-dans-le-systeme-penal-came- 122 Ibid.
rounais8.html#toc13. Consulté le 30 sept 2022.
117 Cass. crim, 19 déc. 1885, rapp. Tanon, Bull. crim, 1885, n° 363 ; S., 123 B. WARUSFEL, « Le secret de défense entre les exigences de l’Etat et les nécessité

1886, p. 86 cité par M. NICOLAS-GRECIANO, « Le secret profession- du droit », op. cit., ibid.
nel en matière social et médico-sociale. Le jeu des responsabilités civile et 124 Ibid.
pénale », Revue du Centre Michel-de-L’Hospital, n° 20/2020, p. 3. En ligne 125 S. NGUECHE, « Le contrôle citoyen des finances publiques en droit
https://revues-msh.uca.fr/revue-cmh/index.php?id=108&file=1 con- camerounais », Revue africaine de finances publiques, op. cit., ibid.
sulté le 06 oct 2022. 126 E. S. KOUA, « Le contrôle parlementaire des finances publiques dans
118 Ibid., p. 2.
le (nouveau) régime financier de l’Etat au Cameroun », op. cit., p. 145 et s.
127 Art. 13 alinéa 2.

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gestion des deniers publics »128. Cette ambigüité traduit certai- et les enjeux apparaissent aussi opaques, rébarbatifs ou incompré-
nement l’idée qu’« il est peu de domaine dans les sciences de hensibles aux profanes, et parfois même sur certains points hermé-
l’homme qui soient à la fois aussi politiques et dont les mécanismes tiques aux spécialistes »129.

128B. GOUDEM LAMENE, L’information du Parlement en droit budgétaire 129 M. BOUVIER, M.C. ECLASSAN, J.P. LASSALE, Finances publiques,
camerounais, op. cit., p. 20. op. cit., p. 19.

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