Principe
Le processus d'haplodiploïdisation comprend l'obtention de plantes haploïdes à partir des
organes porteurs des cellules reproductrices, appelés gamétophyte mâle ou femelle, et le retour
vers la phase diploïde (Himour). Les plantes obtenues n'ont qu'un seul lot de chromosomes au
lieu de 2 normalement, qui est doublé naturellement ou artificiellement afin qu'elles deviennent
fertiles. Cette méthode permet la création de lignées pures, qui portent exactement la même
information sur chaque chromosome d'une paire. Elles peuvent être obtenues par androgenèse,
par gynogenèse, par fécondation avec du pollen irradié ou par croisements interspécifiques
(Chaib).
Mécanisme de la technique
6 étapes sont importantes pour obtenir des races pures à travers cette technique :
A- Production de plantes mères : Le sélectionneur effectue un croisement entre deux lignées
parentales présentant des caractéristiques intéressantes et complémentaires. Ce croisement
produira la génération F1. Ce sont les plantes mères pour l'obtention de la phase haploïde. A ce
stade, toutes les plantes sont identiques. En revanche, sur ces plantes, la méiose à l'origine de
la formation des gamètes permet la ségrégation des caractères, selon les lois de Mendel et les
recombinaisons entre les chromosomes parentaux. Les individus F2 seront alors tous différents
les uns des autres, c'est la disjonction des caractères. Pour faciliter le travail de sélection,
l'haplodiploïdisation va permettre d'obtenir des plantes homozygotes.
B-Obtention de la phase haploïde : Il s'agit de récupérer les cellules ayant subi la méiose
avant la fécondation. C'est là que commence le travail de laboratoire. L'obtention des plantes
haploïdes peut se faire par culture in vitro de cellules destinées à fournir les cellules
reproductrices ou gamètes. S'il s'agit de gamètes mâles, on parle d'androgenèse. S'il s'agit de
gamètes femelles, c'est la gynogenèse.
C- Retour à l'état fertile diploïde : Pour utiliser en sélection une plante régénérée par l'une de
ces voies, il faut disposer de plantes fertiles et donc diploïdes. L'état haploïde étant instable,
l'individu régénéré est parfois diploïde, on parle de doublement spontané du stock
chromosomique. Pour le blé, on peut compter 20 à 25 % d'haploïdes doublés spontanément, 60
à 65 % chez l'orge. Sinon, on provoque artificiellement un doublement des chromosomes, le
plus couramment par l'action d'un agent chimique, la colchicine. Les plantes obtenues sont des
diploïdes homozygotes : elles possèdent deux copies identiques de chacun de leurs
chromosomes et donc portent des paires de gènes ou allèles identiques, d'où leur grand intérêt.
D- Sélection des lignées : Le matériel ainsi fixé est livré au sélectionneur. Le sélectionneur va
alors trier les plantes en fonction des critères agronomiques et technologiques recherchés. La
multiplication de ces plantes se fera par autofécondation : tous les descendants seront des copies
identiques de leurs parents.
E- Traitement à la colchicine : La colchicine bloque la mitose après la duplication des
chromosomes et les cellules deviennent diploïdes. Le traitement à la colchicine peut se réaliser
au stade plantule par trempage des racines ou injection dans les méristèmes. Les taux de
doublement sont alors très variables. Actuellement, se développent des traitements in vitro au
stade embryonnaire.
F- Déterminisme du niveau de ploïdie : Une vérification de la ploïdie des plantes régénérées
peut être effectuée précocement par cytométrie de flux. Une substance fluorescente se liant à
l'ADN permet la coloration des cellules. La mesure de la densité de cette coloration permet de
déterminer le niveau de ploïdie. Sinon, la constatation de la fertilité de la plante garantit qu'elle
est effectivement diploïde.
Types
1. L’androgenèse ou les plantes "sans mère"
C'est la régénération de plantes entières à partir de culture de cellules sexuelles mâles : des
grains de pollen immatures, soit par culture de pollen isolé, soit par culture d'anthères. Son
objectif est d’obtenir des plantes haploïdes doublées, (après doublement spontané ou artificiel
par colchicine). Ainsi des lignées pures sont produites en quelques mois au lieu de 8 à 10 ans
par technique classique d'autofécondation. L'obtention de lignées pures est une étape presque
toujours nécessaire des programmes d'amélioration des plantes. C'est une technique
fréquemment utilisée chez le blé, le riz, la pomme de terre, le tabac, le maïs, l'asperge, le piment,
etc. et en routine chez le colza, l'orge et l'aubergine. Elle amène un important gain de temps, ce
qui permet de mettre plus rapidement sur le marché de nouvelles variétés présentant des
avantages pour l'agriculteur, l'industriel ou le consommateur. En effet une plante homozygote
est directement obtenue, ce qui évite de faire une dizaine de générations d'autofécondations
pour obtenir une lignée pure, état nécessaire aux programmes de sélection végétale. Le blé
Florin a été la première variété issue d'androgenèse inscrite au catalogue français (Chaib).
Les plantes obtenues par cette technique sont totalement homozygotes, cela permet de dévoiler
des caractères intéressants par l'expression des allèles récessifs habituellement cachés. Ces
gènes pouvant être exploités éventuellement. Des recombinants intéressants peuvent ainsi être
détectés et exploités, une résistance à une maladie par exemple.
2. La Gynogenèse ou les plantes "sans père"
Ce type d’haplodiploïdisation a le même objectif que pour l'androgenèse. Elle consiste à
cultiver des ovules ou des ovaires non fécondés, le plus souvent immatures, sur un milieu
artificiel. Les plantules obtenues ayant un seul stock de chromosomes. La gynogenèse est
souvent utilisée chez les espèces qui sont récalcitrantes à l'androgenèse, avec des risques
d'obtention de plantes albinos très faibles voire nuls. C'est une technique utilisée chez la
betterave sucrière, le gerbéra, le riz, la laitue, la pastèque, le pommier, le triticale, le tournesol,
etc.
La gynogenèse peut se manifester dans d’autres techniques à savoir les croisements
interspécifiques en fécondant un ovule avec du pollen d'une autre espèce souvent sauvage et
proche pour élimination des chromosomes de l'espèce sauvage. La plantule qui se développe
est haploïde. C'est une technique largement utilisée chez l'orge, (Hordeum vulgare X Hordeum
bulbosum), mais également chez le blé et la pomme de terre (Solanum tuberosum X Solanum
phureja), et la pollinisation avec du pollen irradié (inactif mais néanmoins capable d'initier
des divisions cellulaires de l'ovule), ceci permet l'obtention d'une plantule sans fécondation
donc également avec le seul lot de chromosomes maternels assurant le développement des fruits
par parthénogenèse, n'ont pas de graines ou de pépins (melon, le pétunia, l'asperge, l'oignon,
la pastèque).