Kasbah S
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lahcen ousga
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Texte et photographie
Lahcen Ousga
Conception graphique
Lahcen Ousga
Correction
Rémi Droin
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LES KASBAHS
DU SUD MAROCAIN
REMI DROIN
Tr. LAHCEN OUSGA
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SOMMAIRE
TIZNIT.........................................................................................28
TEFRAOUTE..............................................................................38
TELOUATE.................................................................................44
OURZAZATE..............................................................................52
ZAGORA......................................................................................64
M’HAMID-EL-GHOUZLANE..................................................74
SKOURA......................................................................................88
TINGHIR...................................................................................106
ERFOUD-RISANI.....................................................................116
ERRACHIDIA...........................................................................126
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Préface
L’architecture est le signe visible des mœurs d’une nation, de ses goûts, de ses
tendances, plus que tout autre chose. Elle laisse une trace durable de l’état intellect-
uel d’un peuple, de sa vitalité, son énergie ou sa décadence. Elle est aussi un produit
à la fois d’une histoire et d’une technicité particulière. Toute architecture est une
réalité complexe où se conjuguent et se concrétisent les rapports que les hommes en-
tretiennent avec leur milieu pour produire et instituer leur cadre de vie. De ce fait, la
manière avec laquelle ce mode d’architecture est conçu est révélatrice. Elle porte les
traces et témoigne d’un mode de vie et d’une culture particulière, riche et en ligne
avec ce mode architectural qui assure sa persévérance et sa perpétuité.
L’écroulement parfois signalés, par ci par là, des murailles externes de certaines
bâtisses révèle être un indicateur fort de l’éclatement de cette société tribale, et de
ce fait d’une angoisse d’une perte d’une identité propre à cette région, théâtre d’une
variété d’événements qui ont marqué son histoire aussi bien que celle du Maroc
tout entier. Conscients ainsi de la valeur inestimable de ces trésors architecturaux de
terre, considérés comme des bijoux sur le sol majoritairement saharien, et par crainte
de leur perte, les habitants s’efforcent de travailler pour réhabiliter ces édiices ma-
jestueux, porteurs de toute une histoire riche et vivace et des traditions ancestrales
qui ont laissé leurs empreints sur le mode de vie des habitants..
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Tout en essayant de mettre à jour tous nos informations, nous avons aussitôt
ménagé d’intégrer de nouvelles photos, soit des anciennes kasbahs que l’auteur, lui-
même, n’a pas citées, ou de nouvelles kasbahs modelées sur les anciennes modèles.
Tout en se recueillant sur ces kasbahs, nous étions épris par la qualité hautement
pittoresque de ce mode architectural assez originaire et unique de part ses caractéris-
tiques, ses traits et ses atouts bien particuliers. Quand même, nous avons éprouvé de
la douleur pour le sort réservé à une variété de ces kasbahs qui sont soit, délabrées ou
laissées à l’abandon. La plupart des lieux sont désertés et ils n’y iguraient que des
tas de blocailles parsemés par terre.
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Il nous valait plus d’imagination pour visualiser, ces maisons, autrefois source
de vivacité, d’inspiration et d’hospitalité, ces ruelles, lieux de rencontres avec les
habitants et de découvertes et à travers lesquelles l’auteur frayait son chemin, leurs
habitants autochtones morts, mémoire d’une identité singulière, d’une unité tribale et
d’une tradition séculaire. Avec le départ ou la mort de ses habitants, il y’a risque de
perdre toute une mémoire collective, une mémoire témoignant d’une culture et d’une
identité singulière et d’une culture vivace et riche.
Lors de l’une de nos visites, nous avons pu même rencontrer l’une des personnes
que l’auteur avait rencontrée. Il s’agit du petit garçon; son informateur et guide à la
kasbah Amridil à Skoura. De nouvelles maisons sont construites autour de ces kas-
bahs. Avec le départ des habitants et l’abandon pour la plupart de ces édiices majes-
tueux, on assiste à un processus de mise à l’écart des valeurs anciennes régissant la
vie des habitants. Un sentiment d’individualisme l’emporte sur toutes les valeurs, y
compris le sentiment tribal. De nouvelles tendances et habitudes commencent à voir
le jour. Rares sont les kasbahs restaurées.
Et même dans ce cas, elles sont exploitées pour des raisons touristiques. Pour
d’autres, les travaux de restauration ou de réhabilitation se limitent assez souvent aux
murailles externes et aux façades donnant sur les routes que parcourent, entre autres,
les touristes. D’où se soulève la question du non intérêt que portent, entre autres, les
autorités compétentes pour ces trésors architecturaux, la non conscience et la perte
de ces valeurs inestimables.
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Introduction
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Les ksours mentionnés quelques lignes auparavant, sont sous forme de kasbahs
assez répandues au Sud-Est du Haut Atlas (Erfoud et Risani, par exemple), et bien
plus nettement une sorte de « castrum » de genre Romain, généralement oblong
et complètement entouré d’un mur presque non rompu d’une même hauteur. Les
Tighremts sont des ksours moins imposants, un autre type d’édiice sur lesquel le
voyageur peut tomber, hors des sentiers battus, tels les agadirs. Ceux-ci sont des si-
los, grands entrepôts pour les céréales et tout autre produit, d’une grande importance
pour les habitants berbères de la kasbah tribale. Les premières kasbahs (qasbas, plus
précisément) ont été construites par la dynastie almohade au 13ème siècle. Elles
n’étaient pas simplement sous forme de forteresses, mais elles prenaient igure d’une
section couronnée de murailles de la capitale du gouverneur, un complexe avec le
palais, la mosquée principale, la medersa (collège) et différents bureaux de l’Etat,
même si celui-là n’est qu’un terme d’usage assez moderne. Tunis, Alger, Tanger et
Marrakech offrent des exemples de telles kasbahs royales, mais elles ne sont plus
des édiices rudement somptueux qui surplombaient les villes; elles ont été modiiées
et modernisées à plusieurs reprises. La présence, ça et là, d’un palais annexe, d’une
mosquée, et d’une étendue d’un rempart original relève d’une circonstance de bonne
fortune.
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Pour cela, j’ai moins prêté attention aux traces ayant survécu des anciennes kas-
bahs royales, en préférant décrire seulement les kasbahs faiblement documentées et
qui n’avaient jusqu’alors aucune place remarquable dans l’histoire du pays. Celles-ci
sont des enceintes à l’allure de forteresses qui ont longtemps servi de refuge et de
foyer, comme châteaux défensifs, villages, et domaines tribaux des Berbères et des
Arabes du Haut Atlas et des régions du Sud. Il existe d’autres kasbahs plus loin au
Nord, dans le Moyen Atlas. Mais je me limiterai à celles que j’avais visitées au cours
des différentes années: les kasbahs du Haut Atlas et une dizaine d’autres aussi au Sud
de ces montagnes, et qui s’avèrent uniques au niveau artistique et historique, mais
encore peu documentées. Elles sont belles, nombreuses, ces centaines de kasbahs et
ksours que j’ai visités, et je ne serai capable de n’en citer qu’une petite sélection en
détail. Néanmoins, elles sont éparpillées sur des zones à variations topographiques.
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AIT BOHOUSH
AIT BOHOUSH
D’Agadir, j’ai pris le chemin pour voir tout d’abord, le caïd du district; le
représentant du gouvernement sur la région de Biougra. C’était à partir de son quar-
tier général et en sa compagnie, que j’ai repris mon chemin vers la kasbah, à en-
viron quinze miles du sud d’Agadir. Les propriétaires nous attendaient à l’entrée
de la kasbah, domaine privé d’une seule et unique famille. Âgés entre quarante et
soixante dix ans, vêtus de djellabas blanches et de turbans, les cinq membres les plus
âgés de la famille, semblaient bien apprécier notre visite. Ma présence constituait un
évènement de nature à stimuler un air de changement dans leur vie terne et solitaire
et deviendrait objet de discussion pour les jours à venir. Je n’ai pas pu connaître le
lien de parenté qui les unissait, mais j’ai pu remarquer que le caïd n’appelait que trois
d’entre eux « frères ».
1. Cette kasbah s’intitule kasbah Ait Bohoush et non pas kasbah Baboush comme l’auteur l’a rapporté.
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ARCHITECTURE DE TERRE
Tout objet qui avait plus de cinquante ou soixante ans - maison, tapis, poterie
ou bijouterie, était estimé « très ancien », peu importait son âge réel qui pouvait être
d’un siècle ou plus. Pour toute œuvre produite sans qu’aucun survivant ne soit là
pour en témoigner, on utilisait le qualiicatif ancien automatiquement acquis. Mes
hôtes m’ont conié que leur kasbah « actuelle », avait environ plus de cent ans et
qu’elle était apparemment bâtie par leur aïeuls.
Ait Bohoush était le ief des chefs des clans berbères; une forteresse familiale
privée plutôt qu’un village fortiié. Spacieuse, elle n’était pas construite en pierre
mais en pisé, qui est une sorte de boue locale satinée entre les bords en bois et
desséchée, et qui constituait le principal matériel de construction pour la plupart
des kasbahs du Sud. Le pisé, ou le tôbya, était en fait le matériel de construction le
plus usité au Maghreb et au Moyen Orient. Cet usage du pisé ou de la boue (sous
différentes formes), est typique des techniques de construction marocaine presqu’au
moment où les Berbères nomades ont renoncé à leur mode de vie errant pour des
habitations sédentaires.
Lors des époques les plus récentes, et même en érigeant des murs défensifs et
des fortiications, ils n’utilisaient plus la pierre, mais une matière qu’on pourrait
appeler, ciment ou béton (bétonnage), produite suite au mélange de gravier ou de
sable avec du lime. Les célèbres remparts almohades du 12ème siècle, ceignant encore
la ville de Marrakech, étaient entièrement construits en « béton ». Au il du temps,
ce matériel devenait dur, presque à l’image de pierre. Le « béton » et la technique
de son façonnage, provenaient du Maroc via l’Espagne, probablement au 10ème siè-
cle. Même s’ils optaient pour la technique de construction en pisé traditionnel, les
Berbères du Sud, se tournaient parfois vers le « béton » pour bâtir des structures
purement défensives. Ce n’était qu’àl’époque des Almohades, qui étaient les entre-
preneurs de bâtiments les plus créatifs du Maroc, que la pierre a été adoptée (toujours
mélangée avec du béton) pour construire les édiices religieux, telles les mosquées,
les minarets, et les grandes portes des villes. Le pisé et le béton, constituaient des
matériaux utiles – adaptables, faciles à manipuler et moins chers à confectionner -
mais la pierre était réputée pour être le tissu le plus approprié, malgré son coût élevé
et la qualité des artisans qu’elle exigeait.
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AIT BOHOUSH
Les kasbahs (et les ksours) du Sud, sujet de notre étude, étaient presque invar-
iablement construits en pisé ou tôbya. Après avoir abordé la grande porte d’entrée,
nous fûmes emmenés à travers un bon nombre de cours, et nous suivîmes ensuite nos
guides à travers des passages étroits, penchant subitement d’un angle droit à gauche
ou à droite. Après un moment, je fus gagné par une sensation de vertige. Cette archi-
tecture complexe n’était pas fortuite, mais c’était un dispositif destiné à contrecarrer
toute tentative d’assaut des membres d’une tribu hostile, visant à capturer le pro-
priétaire de la kasbah. Ce genre de plan relétait aussi la structure mentale arabe, de
nature rarement simple et correcte, mais plutôt entortillée, sophistiquée et réservée.
Elles étaient de tailles différentes; j’ai pu rester debout sur la terrasse d’une de
ces maisons, à les contempler de bas en haut. Visant à garantir un mode de vie proche
de la normalité, durant un long siège, ces passages détournés et à angles aigus, ces
barrières formidables de défense, rappelaient les citadelles médiévales européennes,
qui étaient des châteaux de plusieurs lignées. Mais les grandes issures parsemées
sur les murs, nous rappelaient que ces châteaux étaient en pierres tirées de carrières,
de nature en silex et en marbre pouvant subsister durant des siècles de guerre et à
l’usure du temps. La kasbah constituait un lieu de résidence non seulement pour les
familles de ses propriétaires, probablement au nombre de cinq, mais aussi pour les
domestiques et les hommes de peine qui travaillaient la terre.
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ARCHITECTURE DE TERRE
Bientôt des verres de thé étaient servis, du pain de cuisson plat et rond, du
beurre aussi fait maison, une grande soupière remplie de miel, un bol de noisettes et
un paquet de petit beurre de biscuits français probablement achetés pour l’occasion.
Ne pas goûter le pain et le miel délicieux, et se contenter d’un seul verre de thé au
lieu de trois, comme le voulait la tradition autochtone, n’était pas offensant; une
coutume abandonnée, vraisemblablement, par les citadins du Nord, mais encore per-
sistante dans cette kasbah. Les gens manifestaient un plaisir sans bornes, en recevant
un « ami de Sidna » (le Roi); un titre qui m’avait été conféré par le caïd, mon com-
pagnon à la kasbah, et qui m’a présenté avec ce statut à ses propriétaires.
2. Rbatis : de Rabat
3 L’auteur a utilisé certains mots en français dans le texte que nous laisserons en italique ou entre
guillemets pour permettre au lecteur de mieux se rendre compte du texte original.
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AIT BOHOUSH
Nous arrivâmes à la kasbah avant neuf heures du matin. J’avais quitté Agadir
à sept heures et à présent on approchait de midi. J’ai estimé avec le caïd, qui avait
des invités d’Agadir au déjeuner, qu’il était grand temps de partir. Nos hôtes ont
protesté unanimement, essayant de nous persuader de déjeuner avec eux. Ce n’était
que jusqu’à ce que le caïd les ait informés de ses propres engagements qu’ils ont
enin accepté de nous laisser partir. J’étais convaincu que, malgré leur pauvreté, les
femmes et les illes avaient préparé un déjeuner copieux, d’agneau rôti, de poulet et
de couscous. Les hommes nous accompagnèrent en bas d’un escalier par-dessus une
terrasse couverte d’un toit et à travers plusieurs cours pour regagner notre voiture. La
tradition mauresque, qui exige qu’un hôte accompagne ses invités vers son chameau,
cheval, mulet ou voiture, est toujours de rigueur. A la maison du caïd, ses invités,
tous des fonctionnaires du bureau du gouverneur étaient déjà assemblés. La maison
avait été construite du temps du Protectorat, dans le style d’une villa plutôt somp-
tueuse, toujours dédiée aux hauts fonctionnaires d’Afrique du Nord.
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Quelles étaient les origines de ces kasbahs principalement berbères et des édiic-
es uniques dans leur dessin aussi bien que dans leur forme ? La kasbah était le fruit
d’une existence tribale qui avait prévalue au Maroc pendant des milliers d’années.
Les tribus, grandes ou petites, étaient originairement des unités de famille qui deve-
naient graduellement une conglomération de plusieurs familles dont l’intérêt princi-
pal était de survivre et de vivre dans l’indépendance.
Au temps nomade passé, ils menaient un mode de vie errant à la recherche d’eau
et de pâturage, se défendant contre des concurrents potentiels, se jetant contre toute
tribu ayant déjà obtenue le monopole de l’eau convoitée et toute autre chose qui y
était associée. (Dans le Sud du Maroc, plusieurs milliers de Berbères mènent encore
une vie semi-nomade ou entièrement nomade). Lorsque la tribu se ixait, elle devait
tenir compte de l’inimité potentielle des tribus rivales. Ainsi chaque fraction de tribu
entourait ses espaces d’habitation de toutes les sauvegardes de défense suivant leur
propre architecture. Ainsi se dégageait l’intérêt des hautes murailles des maisons, des
remparts d’encerclement, des tours de garde et le recours à l’habitude de rassembler
tout être vivant, en dedans de l’aire fortiiée durant la nuit qu’ils passaient ensemble
avec les bêtes derrière la grande porte bien fermée et en sûreté, que le veilleur de nuit
aurait prévenu de l’approche potentiel de l’ennemi.
4. Cette kasbah, réhabilitée, demeure quand même désertée. Toute la famille a déménagé tout près
de la kasbah.
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AIT BOHOUSH
5. L’Arabia Felix est plus précisément le nom de l’ensemble de la péninsule arabiquee composée de
l’Arabie Saoudite, du Qatar, des Emirats Arabes Unis, du Yémen, de Dubaï, du Bahrein, du Koweit
et d’Oman.
6 Si l’auteur compare les gratte-ciel aux kasbahs dans l’inspiration architecturale, c’est à cause du
mode d’architecture très vertical des kasbahs, avec les tours et les remparts s’élevant généralement
très haut, à l’encontre des ksours, qui s’étendent beaucoup plus horizontalement.
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J’avais fait référence à la pauvreté des preuves documentaires. Mais nous pou-
vons glaner de sources bien fondées, que Léo Africanus a parlé des kasbahs au début
du 16ème siècle, en les appelant des castellis; comme des lieux de refuge entourés
de remparts. Il présumait qu’elles étaient apparues entre le 12ème et le 14ème siècle.
D’autres prétendent que ces kasbahs tirent leur origine de la période préislamique, du
temps où la population, face au danger, s’assemblait dans des lieux spéciiquement
dressés dans les montagnes ou les sommets des collines. Ces lieux de refuge et de
défense étaient qualiiés du nom punique original de « kasbah ».
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AIT BOHOUSH
Sous le règne des Almoravides aussi bien que sur celui des Almohades, les ré-
gions de kasbahs jouissaient beaucoup de la prospérité à la suite des régimes forts
et victorieux des deux grandes dynasties. Après la chute des Almoravides, le Maroc
a fait l’objet d’une arrivée massive des Arabes du Moyen Orient, une invasion que
subirent aussi les régions des oasis si bien qu’un mélange racial entre les Arabes et
les Berbères s’ensuivit. L’élément arabe domina les régions de kasbahs jusqu’au
15ème siècle, et ensuite une nouvelle souveraineté de Berbères survint, celle de la
dénomination Sanhaja. Naturellement, leur régime n’était plus «pur » et les Arabes
étaient devenus des habitants permanents des régions de kasbahs. Le mouvement
ethnique et tribal et la guerre devint une caractéristique plus ou moins permanente
de la vie au Sud, et même les souverains alaouites les plus puissants après le dix sep-
tième siècle ne pouvaient pas entièrement contrôler et dominer le Sud.
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C’est une architecture qui révèle, comme dans le cas de tant de châteaux
européens les plus réputés, la double intention du propriétaire, soucieux de sa sûreté,
et qui cherche à vivre en paix, comme fermier mais surtout en sa qualité d’hôte
recevant ses invités, et aussi en père de famille. Les experts ont tendance à dress-
er une typologie de trois catégories de kasbahs du Sud; une catégorie bâtie avant
l’avènement de la dynastie mérinide au 14ème siècle, une autre appartenant à l’ère
mérinide, et les kasbahs alaouites construites après la in du 17ème siècle. Parmi les
kasbahs les plus anciennes, iguraient celles dont on prétend que Yousef-Ibn-Tasha-
in; le fondateur de la dynastie almoravide durant le 11ème siècle, avait construites
dans le Sud, simultanément à la fondation de la ville de Marrakech. Son avènement
de la Mauritanie, a probablement inspiré certaines caractéristiques de l’architecture
des kasbahs berbères.
AIT BOHOUSH
Toutefois, cette hypothèse demeure très hasardeuse en raison d’un manque d’ar-
guments solides. Il est rapporté que Moulay Ismail, l’éminent sultan Alaouite de la
première partie du 18ème siècle, a construit une chaîne de forteresses sur un large
périmètre à travers le Maroc et «quarante kasbahs » au Sud. A la in du 18ème siècle,
le sultan Muhammad- Ibn-Yahya, a construit des kasbahs dans la région de Souss,
sur la frontière atlantique, dont la capitale actuelle est Agadir. D’autres kasbahs du
Sud ont été bâties par des sultans plus récents; à savoir Moulay Slimane et Moulay
Hassan au 19ème siècle.
A cette époque, le modèle architectural avait été déjà accompli, alors que les
kasbahs des 19ème et 20ème siècles, étaient simplement calquées sur des modèles
antérieurs qui s’inspiraient à leur tour du style des siècles anciens. Il est évident, que
les kasbahs du Sud sont des reproductions des originelles, les plus anciennes. En fait,
dans ces kasbahs, on peut encore constater le style de construction qui pourrait bien
remonter à six ou sept siècles. L’historicité de l’édiice n’est pas automatiquement
acquise, mais elle dénote le caractère remarquable et persistant de la tradition de la
kasbah. En fait, toutes les kasbahs du Sud ont pratiquement un arrière-plan similaire.
Les châteaux et les palais européens, étaient placés dans une variété ininie de cadres,
le gris foncé de Scotland, à teintes lumineuses de Naples et de Palerme, les pelouses
vertes d’Irlande, vert-gris de la Normandie. La plupart des kasbahs du Sud sont en-
tourées du même type de végétation, de palmiers dattiers et d’arbres fruitiers, sous
un ciel bleu, avec leurs silhouettes claires et limpides.
Les kasbahs dégagent peu de variations dans leurs formes, mais au niveau de la
couleur, la diversité est de mise. Cette couleur émane, bien entendu, de la terre avec
laquelle elles ont été construites et sur laquelle elles sont érigées, d’où les variétés
de gris clair, orange rouille, brun riche de cuivre, gris perle, ocre pur, brun crème,
café au lait ou rouge-rose, typique de Marrakech. Même les kasbahs de la même
localité, n’ont pas échappé à la règle de la variété et dont la terre change de couleur
et de nuance.
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Il existe un autre trait moderne que partagent les kasbahs du Sud, comparative-
ment avec l’architecture occidentale; à savoir leur étroite afinité avec la sculpture.
Certaines sont modelées, alors que d’autres sont ciselées, avec des murailles sim-
ples et massives, sans fenêtres, ni frontons, ni balustrades ou linteaux. Leurs tours
s’élèvent comme un cou ou une ogive, allégeant l’effet généralement pesant. Elles
constituent un seul bloc et ne sont pas montées en un nombre grandissant de pierres
ou de briques, mais elles sont pratiquement toutes modelées de la boue satinée qui
leur confère une harmonie naturelle, qu’un agencement de maison en briques avec
ornements, portes, alcôve et fenêtres arquées, ne peut jamais atteindre.
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TEFRAOUTE
TEFRAOUTE
Tefraoute n’aurait pas dû igurer dans un livre sur les kasbahs du Sud, elle ne
remplit pas la principale condition; à savoir la possession de «châteaux » de défense,
entourés de remparts avec des tours en talus. Les maisons de Tefraoute ne sont pas
crénelées et elles sont entièrement différentes des kasbahs au niveau du style, ce qui
fait d’elles des maisons mauresques. La population, dispersée dans une région bien
étendue, n’est pas divisée en différentes fractions, mais elle relève d’une seule tribu
intimement soudée. Toutefois, Tefraoute y était incluse pour des raisons assez con-
vaincantes.
Ses maisons étaient installées côte à côte, formant un long ruban et s’étendant
sur une plaine limitée des deux côtés par des falaises dures et rébarbatives, si bien
que la zone d’habitation est une place forte, une sorte de kasbah naturelle. C’est une
kasbah bâtie par la nature et non par l’Homme et les remparts sont aussi vieux que les
collines. Même si Tefraoute, une petite ville, couvre seulement le centre d’un pâté de
hameaux s’étendant sur plusieurs kilomètres, la région entière s’appelle Tefraoute.
Imprenable, Tefraoute ne ressemble à aucun lieu, du fait que sa fortiication est d’un
caractère féroce, d’une forte attitude, avec des montagnes, et afleurements et plus
particulièrement avec ses murs de rochers escarpés, dont certains sont d’une hauteur
de plusieurs centaines de pieds.
Ils n’ont pas la natte, la surface neutre de rochers spéciiques aux abondantes col-
lines et montagnes marocaines, ces roches luisent presque comme un miroir, comme
si elles étaient façonnées, sans dificulté, par un sculpteur ou un créateur d’armure
médiévale. Dans leur stature vacillante et leur « nature rocailleuse » intransigeante,
elles sont plus impénétrables que les tours et les remparts les plus solides des kasbahs
construites par l’Homme. Néanmoins, entre les rochers, se trouvent des parcelles
de terre arables, où sont cultivés amandiers, oliviers et limoniers. Leur verdure au
milieu d’un entourage rude avec des chaînes de montagnes comme arrière-plan, con-
fère à la scène un air d’une sérénité remarquable.
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OASIS-ROSE
Les guides français décrivent toujours la pierre locale comme une rose de gran-
it. Certes, à l’instar du granit, elle semble bien solide et résistante, mais je n’ai jamais
trouvé aucun morceau de couleur rose. Elle est uniformément gris foncé. Les mai-
sons à l’intérieur de cette enceinte diffèrent tout à fait des maisons de Fès, Marrakech
ou Meknès, et des habitations simples et sans prétention de la plupart des régions du
Haut Atlas. L’aspect majestueux de l’architecture traditionnelle de la kasbah leur fait
défaut. Ce long ruban est sous la forme des maisons de type européen. La ressem-
blance est saisissante avec les villas méditerranéennes. Le désordre et la pauvreté
assez souvent associés aux habitations des ouvriers agricoles sont acceptables. Ici,
on ne voit pas de mendiants, comme c’est si commun ailleurs au Maroc. D’ailleurs,
j’ai bientôt découvert qu’il n’y avait pas d’enceintes fortiiées d’agricultures, de fel-
lahs suivant de près la charrue, d’ateliers d’artisans, ou aucun autre signe du labeur
fruitier. Apparemment, toute la viande, les fruits et les légumes requis, et pratique-
ment toute autre chose, devait être apportés de l’extérieur, à travers les passages
dificiles des montagnes.
Tefraoute produit les amandes et un nombre réduit de fruits, qui restent insuff-
isant pour la consommation locale et ils sont cultivés en tant que bien de luxe plutôt
que produit ordinaire de consommation. Les Français avaient judicieusement con-
struit à Tefraoute un grand hôtel luxueux pour les touristes étrangers, mais il parais-
sait qu’il n’y avait ni café, ni salle de cinéma, mais seulement quelques simples
boutiques. Il n’y avait ni coin, ni artère pour les lirteurs du soir, considéré comme
phénomène constant, relatif au mode de vie nord-africain et latin. Une telle aridité
était incommode. En dépit des roches austères et de la grande distance qui sépare
cette partie du grand Atlas du reste du Maroc, c’était la main de l’Homme qui était
derrière l’existence de cette fata morganatique isolée.
On y relève l’absence de blocaille, de détritus et de tas poussiéreux qui s’accu-
mulaient dans les anciennes kasbahs construites en pisé. Celles-ci sont des maisons
lorissantes, de plusieurs étages, et équipées de fenêtres encadrées en bois, vitrées et
en fer forgé, construites il y a plus de trente ou quarante ans. Elles sont enduites de
plâtre et colorées d’une manière orthodoxe à l’européenne, et s’inscrivent en porte
à faux avec leur entourage rude. De couleur rose ou roux teinté, elles disposent de
châssis blancs et de dessins qui leur confèrent la netteté d’une carte postale bien
illustrée.
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TEFRAOUTE
Dans plusieurs maisons, il existe un panneau ou une frise dans une combinai-
son de blanc et de noir. Les parties blanches sont colorées et les parties noires sont
formées par le dessin de nombreux cailloux noirs encastrés dans le plâtre du mur,
plutôt que la mosaïque primitive. Nous sommes accoutumés à de telles ornemen-
tations bien communes aux banlieues victoriennes et edwardiennes, mais ici, elles
revêtent un aspect surprenant. Quels que soient leurs inconvénients, elles doivent
être considérées parmi les maisons les mieux construites et les plus lorissantes du
Maroc rural. Les maisons de Tefraoute, insèrent naturellement un élément apprivoisé
au paysage inaccoutumé de la région, et le visiteur est tenu de s’interroger: Comment
arrive t-il qu’une vallée mal dotée au niveau agricole au cœur du Haut Atlas, séparée
du reste du Maroc par des montagnes dificiles à traverser et liée par une longue route
raide en zigzags, et au cœur de laquelle elle est lacérée par des rochers fantasques qui
dramatiquement évoquent la préhistoire, a daigné exhiber un modèle architectural
aussi uniforme et bourgeois?
Les Français avaient judicieusement construit à Tefraoute un grand hôtel luxu-
eux pour les touristes étrangers, mais il paraissait qu’il n’y avait ni café, ni salle de
cinéma, mais seulement quelques simples boutiques. Il n’y avait ni coin, ni artère
pour les lirteurs du soir, considéré comme phénomène constant, relatif au mode de
vie nord-africain et latin. Une telle aridité était incommode8 . En dépit des roches
austères et de la grande distance qui sépare cette partie du grand Atlas du reste du
Maroc, c’était la main de l’homme qui était derrière l’existence de cette fata mor-
ganatique isolée. Les habitants de la tribu, connue sous le nom d’Amnelet, sont des
Tefraouitis, originaires de la tribu de Tefraoute. Mais assez peu d’entre eux résident
dans cette ville. La plupart des Tefraouitis habitent à Casablanca, Tanger, Fès, Me-
knès ou Marrakech et représentent la caste marocaine des épiciers. En fait, chaque
épicerie est gérée par un Tefraouiti avec ses ils, frères, cousins, neveux, ou beaux
frères.
Lorsque les jeunes membres du personnel de la boutique arrivaient à maturité,
il y avait de grandes chances qu’ils deviennent des associés de l’entreprise jusqu’à
ce qu’ils aient sufisamment d’économies pour quitter leur maitre ain que chacun
puisse acquérir sa propre boutique. D’abord, elle restait minuscule, avec une gamme
de produits limitée, gérée par le propriétaire et un garçon de dix ou douze ans. Par
la suite, elle pouvait devenir un établissement moderne plus qu’une simple petite
boutique dans laquelle on achète du sucre, des boites de sardines, du fromage et des
oranges.
OASIS-ROSE
Mais la majorité des maisons qu’il visitait dans les villes du Nord, n’étaient
pas mauresques, mais de type occidental, et sont de propriétés d’étrangers, prin-
cipalement des familles françaises. Ainsi, il s’inspire des maisons européennes. A
Tefraoute, on devait peut-être encore guetter l’éclairage électrique et l’eau canalisée,
sachant que la pénurie d’eau laissait les salles de bain et les éviers de la cuisine sans
conduits. (Dans mon élégant hôtel, l’eau coule seulement deux heures par jour dans
la salle de bain) 10.
9. L’auteur a effectué sa visite à Tefraoute en 1966 lorsque Tefraoute n’était pas encore équipée d’eau
et d’électricité. Pour s’approvisionner en eau, les habitants recouraient aux puits collectifs ou privés.
Quant à l’électricité, ils s’associaient en groupes et achètent des moteurs à gasoil pour générer de
l’électricité. Ce n’est qu’en 1970 que les autorités compétentes ont procédé à équiper cette ville en
électricité à base électrique et en eau potable. A cette époque, cela faisait défaut dans les hôtels et
autres infrastructures de base comme il n’y avait qu’un seul hôtel. Aujourd’hui, elle dispose de qua-
tre hôtels et trois maisons d’hôtes bien classés et elle est l’une des destinations les plus visitées au
Sud.
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Commande N° 270075 [Link]
TEFRAOUTE
En revanche, on est doté du matériel le plus rafiné pour préparer et servir le thé
à la menthe - Le plateau à thé, la théière, la boîte à sucre, la boîte à thé et à menthe,
faites en argent - et les riches tapis déployés sur le sol de toutes les salles; soient de
Rabat - les Rabattis, ou les moins chers et riches en couleurs originaires du Haut At-
las. Les femmes et les enfants restent à dans leurs maisons pendant que les hommes
retournent au travail dans les villes. A Tefraoute, ils portent le costume local; haïk,
turban et babouche; un costume solennel et bienséant. Mais lorsque vous les rencon-
trez dans leurs boutiques à Rabat, ou à Tanger, ils ressemblent aux mendiants, vêtus
d’un long habit boutonné en avant, de couleur kaki ou bleu foncé, d’un jeans et d’une
chemise au col ouvert. Ainsi, ils portent cet habit peu engageant tous les jours, dès la
première heure de l’aube jusqu’après dix heures du soir, heure à laquelle ils peuvent
enin se reposer pour la courte durée de la nuit. Quand j’ai visité Tefraoute pour la
première fois, j’ai mis beaucoup de temps à reconnaitre l’un de mes épiciers du Nord
portant son élégant habit local, lorsqu’il m’a adressé la parole. Les gens retournent
chez eux seulement pour passer le congé annuel d’un mois, et peut être pour une
courte visite occasionnelle durant certaines fêtes religieuses. Ils sont comblés de joie
de passer quelques jours à la maison, cette joie n’a d’égale que l’eldorado.
Certains habitants du district ne sont pas des Tefraouitis. Ceux-ci considèrent la
vallée au milieu des montagnes avec ses séries de hameaux, ses rochers dramatiques
et des parcelles de verdure, comme propriété exclusive. Malgré l’extension de cette
supericie, et même si certaines maisons sont construites sur un rocher isolé et sont
dificiles d’accès, la communauté demeure fermement soudée. Ils se connaissent en-
tre eux et la plupart des familles optent pour le mariage consanguin, comme si le
fait d’admettre des étrangers sous leur toit troublerait l’harmonie. A mon retour de
Tefraoute, mon épicier de Rabat et de Tanger ont exprimé leur étonnement lorsqu’ils
ont su que j’avais assisté à un grand mariage à Tefraoute. Ils m’ont bombardé de
questions sur les familles des mariés et le sujet du mariage a meublé leur conversa-
tion pendant plusieurs jours.
Pour des raisons compréhensibles, les maisons tefraouities sont modernes et
de style européen. Quelques unes d’entre elles cependant ont conservé un aspect
renvoyant à la force ayant animé les constructeurs des kasbahs. Dans ces maisons,
l’endroit de la porte de la façade est haut de plusieurs pieds de telle sorte qu’il serait
dificile pour un indésirable d’y pénétrer. Pour se faire, il serait obligé de grimper
un petit escalier qu’on laisse parfois à sa place, mais généralement, il se trouve à
l’intérieur. Ce «pont-levis» vestigial est visiblement défensif de nature. Même si les
maisons ressemblent assez fortement aux villas françaises ou italiennes, elles n’ont
pas de terrasses externes ou de balcons de la même manière que les kasbahs, résistant
aux inluences étrangères.
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Commande N° 270075 [Link]
ANTI-ATLAS
Malgré le caractère moderne des maisons, Tefraoute n’est pas du tout une ville
moderne. Personne ne pouvait assouvir ma soif de savoir l’époque exacte de sa con-
struction. Un jour, et à l’issue d’une invitation, j’ai appris du nouveau sur son âge.
Après avoir pris du thé dans une maison, mon hôte et ses amis m’ont invité à les ac-
compagner à leur « ancienne mosquée ». Nous étions à plusieurs miles de Tefraoute,
dans une petite ville construite par les Français, presque sans aucune propriété de
Marocains; au « village» Aguerd-ou-Dad, le centre particulier du quartier résidentiel.
L’ancienne mosquée était perchée sur un rocher élevé au dessus d’Aguerd-ou-
Dad, et nous avions emprunté un chemin à travers une colline assez escarpée d’un
incomparable perron. La mosquée était petite de telle sorte qu’elle était pratiquement
invisible de l’extérieur. Comme je me suis penché pour accéder à travers sa petite
porte d’entrée, j’ai réalisé que l’édiice devait être assez ancien. Sa pierre était deve-
nue noire non par l’effet de la poussière, de la fumée ou à cause de l’érosion, mais à
cause de l’âge. Sa boiserie, notamment celle du plafond, était noire, dure comme la
pierre et visiblement âgée de plusieurs siècles. Même si elle était divisée en plusieurs
sections, à l’intérieur elle avait seulement la dimension d’une salle moyenne. Mes
guides arguaient que la petite mosquée avait été construite au 9ème siècle; à l’époque
des Idrissides; la première dynastie marocaine arabo-musulmane.
Même si elle n’était plus opérationnelle, elle semblait être préservée pour la tra-
dition et le prestige. Je n’avais pas présumé que les épiciers berbères entêtés étaient
essentiellement des musulmans dévoués. Pourtant, ils évoquaient la petite mosquée
avec révérence et compassion, qui était en fait un symbole fort de l’antiquité de
Tefraoute et de sa très longue idélité à l’Islam. Logé au grand hôtel, j’étais l’hôte du
caïd et je prenais mes repas à l’air frais du jardin de sa résidence jouxtant mon hôtel.
Le caïd, plus généreusement, avait formulé le désir de m’accompagner durant mes
diverses expéditions et de me servir d’interprète. Un matin, il m’a tenu compagnie à
travers la rue principale d’Aguerd-ou-Dad; le quartier résidentiel, qui se distinguait
non seulement par le pâté de maisons privées des Tefraouitis les plus nantis, mais
aussi par le fait qu’il était dominé par un rocher ostentatoire et escarpé, haut de plus
d’un millier de pieds, et auquel les vieillards et les gens de culture française, ap-
pelaient « chapeau de Napoléon ».
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Commande N° 270075 [Link]
TEFRAOUTE
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Commande N° 270075 [Link]
ANTI-ATLAS
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Commande N° 270075 [Link]
TEFRAOUTE
Une fois le thé servi, des nappes (en plastique rose) ont été étalées sur des ta-
bles, ainsi que d’énormes bols de tajine; l’étuvée mauresque bourrée de morceaux
d’agneaux lottant parmi les poivrons, les olives, les tomates, les oignons, les pois,
les haricots et les carottes. Je n’avais pas songé que mon invitation se rapportait au
dîner, et j’étais bien incapable de faire honneur à l’offrande. Il aurait été indélicat et
disgracieux de prétexter un mal d’estomac dû à la chaleur, ou le régime draconien
auquel je devais me tenir. Ainsi, je m’accrochais à l’argument que je n’avais pas
compris que j’étais invité à dîner. Je me suis exposé à leur risée, car selon eux, ce
repas n’était que l’entrée. Le dîner ne serait servi qu’à huit heures du soir, lorsque
toutes les personnes présentes seraient revenues. Lors de ce repas, du «vrai » cous-
cous serait servi, comme je n’en avais jamais goûté de ma vie, raison pour laquelle
tout le monde voulait que j’y prenne part.
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ANTI-ATLAS
Après neuf heures, j’y suis bientôt retourné à nouveau. La petite place pub-
lique offrait une image ravissante. Les invités étaient assis ensemble à des places
spéciiques comme le veut l’ancienne tradition et l’habitude locale. Du côté de la
place, devant un bâtiment oficiel donnant sur le «chapeau de Napoléon», marqué
par sa position gigantesque et majestueuse, les plus vieux prenaient place, habillés
de djellabas blanches et de turbans, sur une douzaine de grandes chaises. Ils étaient
les seuls invités à s’asseoir sur les chaises de ce côté de la cour, dans leur isolement
ennobli par estime pour leur âge. Aux angles droits par rapport à leur emplacement,
étaient deux groupes d’hommes mûrs et jeunes, groupés plus ou moins selon leurs
tranches d’âge. En face des vieux, dans un espace en face d’une résidence récem-
ment construite, avec des fenêtres ornées de châssis blancs et en fer forgé, se trouvait
un groupe d’adolescents et de jeunes garçons de six ou de cinq ans. Chaque groupe
gardait quasiment le silence ou s’entretenait en murmurant tout bas. Et on pouvait
apercevoir les égards qu’avaient les jeunes générations pour les personnes âgées.
Les femmes, ou plutôt les jeunes illes se trouvaient dans la rue qui menait à la cour.
Elles étaient debout en petits groupes devant les maisons ou dans les entrées
libres, vêtues de leurs robes de fête allongées en soie ou damassées, avec des bijoux
de corail ou d’ambre brillant dans leurs cheveux et autour de leurs poignets et leurs
cous. Elles semblaient être les seules incapables de contrôler leurs émotions, piéti-
nant, chuchotant l’une à l’autre d’une manière agitée, riant tout bas et parfois laissant
éclater de petits cris. Le spectacle qui suivait n’était pas typiquement tefraouitie et
il aurait pu être présenté dans n’importe quelle région du Sud du Maroc. Des gens
portant des turbans, des djellabas, des babouches blancs (et non les jaunes plus ordi-
naires) et des dagues de famille argentées sur la hanche droite exécutaient des danses
tribales fortement syncopées au rythme de la musique des tambours et des lûtes. Un
tas énorme de branches de palmiers brûlait durant toute la soirée. Son feu rouge en
or vacillant, traduisait la scène des danseurs et des musiciens en poésie.
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Commande N° 270075 [Link]
TIZNIT
TIZNIT
Je suis passé par Tiznit à plusieurs reprises, mais j’ignorais qu’elle avait des
kasbahs. Une partie de ses étendues était ancienne, mais Tiznit, située à environ
quatre vingt dix miles au Sud d’Agadir, avait été fondée récemment en 1882 par le
sultan Moulay Hassan. Elle avait été considérablement élargie et développée par les
Français après la Première Guerre Mondiale. Autant qu’il m’en souvenait, elle était
une ville primitive, tout à fait sans kasbahs, dépourvue d’intérêt pour les étudiants
d’architecture. Pourquoi alors devrais-je m’arrêter là-bas ?
Des gens bien informés à Rabat m’avaient recommandé cette visite et le su-
per-caïd de Tiznit en était averti. Ma mémoire dessinait une image non assez fasci-
nante de la ville. Son seul « attrait » se résumait en son printemps bleu (son eau était
éminemment bleue), une jolie piscine bordée de palmiers; en un mot, le lieu parfait
pour un itinéraire touristique. Au cours de la semaine passée à Marrakech avant mon
départ au Sud, du fait de la chaleur battante de Juillet, j’avais eu un tel mal d’es-
tomac que j’en étais maigre. Et même si Agadir était légèrement moins chaude et que
Tiznit n’était pas sur le littoral atlantique, je pouvais probablement compter sur des
températures au dessus de cent degrés F. Voilà que je me mettais résolument à visiter
les endroits les plus chauds du pays en Juillet et Août.
Après avoir quitté Agadir tôt le matin, nous arrivâmes à Tiznit à huit heures, pré-
cisément devant les grandes portes gigantesques derrière lesquelles on disait que la
résidence du super-caïd était dissimulée. Les mokhaznis berbères11 de garde, parlant
peu le français ou l’arabe n’étaient pas coopératifs au début. Finalement, l’un d’en-
tre eux accepta d’avertir le « tout-puissant ». A cet effet, il n’était pas passé par la
grande porte frontale et n’a pas tiré une sonnette, mais il a disparu le long d’une rue.
Environ dix minutes s’écoulèrent avant sa réapparition et la grande porte frontale
s’ouvrit simultanément. Le super-caïd, sorti en personne, il ne portait pas l’uniforme
kaki comme prévu, mais une djellaba bleue et des babouches pour ses pieds nus. Je
réalisais bientôt que nous étions dimanche et que le super-caïd n’était pas de service.
Homme de petite taille, en le regardant des pieds à la tête je me suis rendu compte
qu’il n’avait point la stature d’un caïd. Il avait une peau assez blanche, des yeux ble-
us, plus éclatants que la couleur de ses habits. Avec une courtoisie exemplaire et un
français parfait, il m’a invité à entrer dans son domaine.
11. Des gardiens semi-militaires, des agents ou plus précisément, des agents des forces auxiliaires.
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Le Goundai était un galant attitré, homme de vieille roche avec les qualités
mauresques; telles l’hospitalité, la bravoure et une manière gracieuse de vivre. On
disait que son ancienne demeure à Tiznit portait toujours l’image d’un mode de vie
hautement civilisé. A l’époque, lorsqu’il construisait sa maison, une chanson berbère
chantait en ces termes les louanges du Goundai de Tiznit: « Tiznit; terre de beauté où
les gens sont turbulents - Tiznit où Goundai a construit des riyads12 de hauts murs
avant de te quitter pour le Gharb ». 13
Après le petit déjeuner, on m’a emmené voir mes propres quartiers. Ils se situ-
aient dans le grand édiice de couleur rouge dans le principal quartier résidentiel, en
face duquel j’étais passé entretemps, présumant que c’était la résidence de l’ex-khal-
ifa du sultan, et qui s’avérait être celle de son frère. Des mokhaznis armés assuraient
la garde devant la grande porte principale et l’édiice faisait penser à un palais prin-
cier dans une capitale provinciale. Ces divers bâtiments abritaient les bureaux du
super-caïd et les pensions de famille. Après être passé par une demi-douzaine de
mokhaznis et derrière un guide le long d’un grand jardin, regorgeant de cognassiers,
orangers et iguiers, j’arrivas à mon quartier. C’était un édiice spacieux, manifeste-
ment choisi à l’origine comme pension de famille. J’entrai dans une grande salle
avec des murs d’une hauteur remarquable, entourés de toutes parts de salles de sé-
jour. La mienne était plus grande que tout mon appartement à San Francisco; un bain
dont la supericie équivalait à mon petit salon californien se trouvait derrière.
TIZNIT
La salle de mon conducteur, de l’autre côté de la salle d’en face était un peu plus
petite que la mienne. Les autres salles de séjour étaient désertes et mes rares ren-
contres dans ce lieu n’étaient qu’avec les mokhaznis. Plusieurs d’entre eux avaient
étaient désignés pour s’assurer de mon bien-être au cours de ma courte visite. Leur
services ne revêtaient pas un caractère exigeant, sachant que je prenais tous mes
repas à la maison de mon hôte et que je ne passerais qu’une nuit dans ma chambre.
J’ai formulé des observations un peu plaisantes sur «les kasbahs de Tiznit» au caïd,
car je n’avais pas de certitude sur l’existence de tels édiices dans cette ville, mais
mes explications étaient mal appuyées par manque de preuves. Il m’a fait savoir
qu’il venait d’être nommé au poste quelques mois auparavant et qu’il ne s’était pas
connecté avec l’histoire locale. Mais il avait demandé l’assistance du conservateur
de biens immobiliers, qui allait nous servir de guide. Cet habitant de Tiznit depuis
environ trente ans entretenait remparts, grandes portes, fontaines et toute l’ancienne
architecture. Il avait une ine connaissance des coins et des recoins de ce lieu.
Il avait non seulement passé la plus grande partie de ces trente années à Tiznit,
mais il s’était aussi marié avec une ille mauresque, et il veillait, comme si c’étaient
les siens, sur ces trésors architecturaux jalousement et joyeusement comme un
amoureux. Il avoua n’avoir revisité la France qu’une seule fois depuis la Deuxième
Guerre Mondiale. Il connaissait parfaitement le Maroc et particulièrement l’histoire
de Tiznit. Je pouvais apprécier cette perfection, en faisant le parallèle avec l’attitude
plus supericielle de certains amis marocains envers l’histoire locale. Au début, j’ai
informé Monsieur F. que dans les manuels d’histoire français, y compris le Guide
Bleu, il était indiqué que Tiznit n’existait pas avant sa création en 1882. Sur ce point,
il a avancé des données plus précises. Il semblait qu’au cours de cette année, le sul-
tan Moulay Hassan n’avait pas « fondé une ville » mais il avait simplement érigé un
avant-poste défensif contre les tribus qui se battaient constamment entre elles.
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Commande N° 270075 [Link]
Il avait achevé son analyse en entourant les kasbahs locales déjà existantes,
d’une chaîne de hauts remparts. Lorsque Moulay Hassan est entré sur scène, Tiznit
était déjà une entité topographique, en tant qu’accumulation de kasbahs. Celles-ci
étaient devenues le noyau de sa fondation. Certaines de ces kasbahs étaient déjà an-
ciennes, datant d’avant son règne et quelques-unes remontaient même du 13ème siè-
cle, c’est-à-dire du temps des Almohades. Leurs structures d’origine avait totalement
disparu avant l’époque de Moulay Hassan, mais elles avaient été réparées, restaurées
et modernisées au cours des siècles, tout en maintenant leur style original. En même
temps que les kasbahs, leurs enceintes modernes étaient devenues l’avant-poste du
sultan et du makhzen (le gouvernement central). Dans les temps passés, elles avaient
aussi été les forteresses de différentes tribus et n’étaient soumises à aucune autorité
centrale.
Il n’y en avait qu’une seule, bâtie à la in du 18ème siècle qui n’était pas d’ap-
partenance tribale, et qui appartenait au makhzen ou plus précisément à Mohammad
Aghenaj, le khalifa14 du sultan. Elle servait d’avant-poste pour les expéditions du
souverain et ses troupes contre les tribus indociles à l’autorité centrale. La kasbah
non tribale existe encore. Connue sous le nom de la kasbah Dar Makhzen Kdim
(ancienne), elle abrite actuellement une prison. Située juste au-dessus de la Source
Bleue, ou Ain Alkdim (l’ancienne source, un nom arabe et pas berbère), elle oc-
cupe un joli emplacement - les prisonniers ne devaient pas s’y ennuyer. Ses remparts
défensifs sont hauts d’environ trente pieds, avec un certain nombre de contreforts
massifs et repoussants, semblables à ceux d’attrait typique et qui entourent la ville
de Marrakech. Les autres kasbahs anciennes ne sont plus identiiables, car elles ont
été incorporées dans la paire bâtie par Moulay Hassan.
14 Khalifa : représentant
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Commande N° 270075 [Link]
TIZNIT
Mais il fallait passer par une grande porte frontale, comme ce fut le cas avec
toutes les kasbahs. Cette grande porte menait vers la rue principale, étroite et modeste,
mais constituait bel et bien l’artère principale de la kasbah (de laquelle de petites ru-
elles s’embranchaient). Sur chaque côté de la rue, se trouvaient des maisons indivi-
duelles, d’un seul étage pour leur majorité, avec le rajout d’un deuxième au cours des
dernières années pour quelques-unes seulement. Dans certaines maisons, les fenêtres
étaient ornées de grilles en fer forgé. Le mode de vie au sein de ces kasbahs est
presque communautaire et intimement soudé. Ces kasbahs ne sont pas les demeures
de familles séparées l’une de l’autre, même en étroite proximité. Ce genre de com-
munautés existent partout, mais une telle cohésion est due au fait que la plupart
des familles vivaient dans la même demeure génération après génération. Ces com-
munautés avaient assisté à l’extension de la ville et avaient un sentiment d’orgueil
d’être à l’origine des changements. Les maisons étaient construites en pisé, mais
sans le rajout de la paille, comme il est toujours rapporté par les auteurs étrangers. La
paille se rajoute au pisé seulement pour entretenir les anciennes structures.
Les tours, aussi bien que les remparts du côté de la ville, avaient disparu. Mais
les remparts du périmètre de l’ancienne kasbah, refuge de la première ligne des
défenseurs, avaient été incorporés dans les murs entourant la ville moderne. Les
portes frontales de plusieurs maisons des kasbahs représentaient bon nombre de ves-
tiges survivants et forts précieux. Certaines étaient en forme d’arcs et d’autres encer-
claient d’anciennes boiseries. C’étaient des œuvres éclatantes.
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Commande N° 270075 [Link]
Mon guide français m’a fait part de ses efforts pour les préserver mais souvent en
vain, et l’histoire d’un propriétaire de maison qui utilisa son ancienne porte comme
bois de chauffage et l’avait remplacé par une porte moderne, corroborait cette thèse.
Au toucher de certaines anciennes portes en bois d’œuvre, éclatant pali, tendant vers
une couleur pastel argentée, il était aisé de croire que leur âge frôlerait trois siècles.
Dans la rue principale d’une kasbah, les portes frontales étaient enfermées dans une
saillie en pisé, se projetant comme la poche du mur de la maison, de manière à offrir
une protection contre le soleil ou la pluie et fournir un semblant d’intimité pour les
femmes qui passaient de longues heures debout devant les portes frontales à regarder
les passants et à bavarder avec les voisins.
Toutes les kasbahs de Tiznit - localement connues sous le nom ksbet – partagent
certains traits: Pour accéder à chacune, il faut traverser une grande porte massive
de façade, les séparant de la rue principale au-delà de la kasbah. Elles avoisinaient
toutes la rue principale, assez étroite, et la plupart d’entre elles possédaient des
portes frontales très anciennes. Elles concourraient aussi à créer l’atmosphère d’un
village, d’une famille ou d’une communauté tribale. Même si Tiznit n’est manifeste-
ment qu’une série de kasbahs, ses maisons de couleur rouge avec leurs volets et
portes bleus foncés, ne rivalisaient guère avec la beauté des maisons rose-rouges de
Marrakech, ou blanches avec boiserie bleue turquoise claire d’Essaouira (autrefois
Mogador), néanmoins elle était une bonne introduction aux kasbahs que je devais
visiter par la suite. Il était fort intéressant de découvrir que ces anciennes forteress-
es crénelées pouvaient servir comme fondation sur laquelle une ville aurait pu être
greffée plusieurs centaines d’années plus tard.
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Commande N° 270075 [Link]
TELOUATE
TELOUATE
A la tête d’une tribu connue pour sa bravoure dans les guerres, propriétaire du
plus grand château dans le Haut Atlas, caïd Brahim n’avait pas l’apparence d’un
chef tribal, d’homme à diriger ses guerriers dans le combat. Mince, vif, l’air rassuré,
parlant français comme un parisien cultivé et plus à l’aise dans le tournoiement so-
cial parisien que dans le Haut Atlas austère, il avait un savoir-faire d’un tacticien. En 1949,
lorsque je suis allé à sa maison palatiale à Marrakech, il a refusé de me recevoir – un
étranger non recommandé par l’administration française, était considéré ainsi indé-
sirable. Mais après qu’il s’est prudemment renseigné sur ma personne, ses portes
s’ouvrirent tout grand pour moi, et un jour il m’a invité à visiter Telouate. Telouate,
Dar Glaoui, (la maison de Glaoui) était la maison qui abritait les premiers membres
ambitieux de la famille. Même si cette famille était originaire d’autres régions du
Maroc, c’était à Telouate qu’elle avait procédé à la proéminence. L’ascension a com-
mencé avec si Muhammad, qui a adopté le nom de famille Mezouari.
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Commande N° 270075 [Link]
EMPIRE NOIR
Le khalifa, un petit homme gros, avec une barbe grise, m’a offert un déjeuner
copieux. Il m’a entraîné après, sur une terrasse, donnant sur une cour entourée de
murailles où une vingtaine de femmes vêtues de mousselines, de soie et ornées d’une
abondance de bijoux en soie, exécutaient des danses Glaoua au rythme des tambours
tenus par une quarantaine d’hommes assis sous forme d’un cercle sur le sol. Les
seuls spectateurs étaient le khalifa (qui a dû assister à ce type de performance une
centaine de fois) et moi-même.
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Commande N° 270075 [Link]
TELOUATE
J’ai été conduit à une partie de la kasbah qui renfermait des bâtiments clés et les
plus nouveaux à l’intérieur de l’immense complexe de maisons. Elle englobait aussi
une suite de galeries, chambres et arrière cours, qui constituaient le noyau dur du
domaine cérémonial du caïd Brahim. Ses quartiers privés, où sa propre femme et ses
enfants habitaient, se trouvaient dans d’autres habitations, probablement séparées
des quartiers d’accueil par plusieurs autres cours et édiices. La décoration de ces
quartiers était élaborée comme celle des célèbres medersas mérinides à Fès, et qui
se comptent parmi les monuments les plus rafinés de l’art décoratif mauresque. Les
sols étaient couverts de belles mosaïques, les murs étaient couverts soit de sculptures
d’arabesques ou de tuiles en desseins compliqués de plusieurs couleurs. Les plafonds
d’un style théâtral, étaient en bois sculpté et amplement colorés. Les stalactites in-
génieusement façonnées, occupaient une niche ça et là.
Le khalifa et moi-même étaient les seules personnes dans ces milieux sybari-
tiques, comme bien naturellement on ne s’attendait pas à ce que ni sa femme ni ses
enfants ne peuvent surgir en présence d’un étranger. A la in de notre tournée, j’ai
demandé à me laver mes mains et à ma surprise, un domestique m’a entraîné dans un
cabinet de toilette totalement moderne et élégant, équipé d’une cuvette et des robi-
nets à l’eau chaude et froide. Mais il n’y avait aucune goutte d’eau dans les robinets,
car dans une région aride, on doit attendre impatiemment la période du dégel de la
neige, pour pouvoir consommer prodigieusement de l’eau. Comme il n’y avait pas
de neige lors de mon expédition, les tuyaux restaient vides sans aucun moyen de les
remplir.
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Commande N° 270075 [Link]
EMPIRE NOIR
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Commande N° 270075 [Link]
TELOUATE
Il a un peu tergiversé lorsque je lui ai fait savoir que des dispositions précises
avaient été prises en mon nom par les autorités à Ouarzazate. Mais inalement, il a
obtempéré et je fus conduit dans son domaine. Avant d’entamer notre tour, je lui ai
rappelé que le khalifa me conviait au déjeuner et j’ai demandé s’il serait mieux de
l’attendre à la kasbah. Il a nié être au courant de ma visite ou avoir reçu aucun avis
de Ouarzazate ou du khalifa; son chef. Mais le bon homme n’avait aucune idée sur le
rendez-vous pour le déjeuner, a-t-il rétorqué. Soit qu’il m’a laissé dans l’ignorance
totale ou s’il s’est livré à une sorte de jeu politique, je ne pouvais point deviner. Mais
il était courtois, et il a ouvert la grande porte, menant aux parties principales de la
kasbah.
Le « palais blanc »; c’est-à-dire les quartiers oficiels du caïd Brahim, était cen-
sé être l’exploit le plus impressionnant de l’architecture marocaine de la kasbah.
D’une composition variée et remarquable, avec des arrières plans dramatiques de
montagnes, elle en fait était encore impressionnante. Même si la structure n’avait
subi aucun changement majeur dès ma première visite là-bas, la peinture blanche
s’écaillait. A l’intérieur, elle dégageait une image de désolation. Aussitôt que nous
avons laissé la grande porte derrière et nous avons commencé notre visite à travers
des passages étroits, tournant à gauche ou à droite tout en perdant notre sens de di-
rection, traversant plusieurs cours, marchant à travers un certain nombre d’étages et
ensuite s’arrêtant pour jeter un coup d’œil sur ce qui paraissait une série de cachots,
tous mes souvenirs immémoriaux de Telouate ont pris un sacré coup. Partout où je
regardais, la maçonnerie s’éboulait. La peinture sur les murs était pratiquement im-
perceptible et les quelques-unes des immenses portes, se trouvaient par terre et leur
bois de haute futaie, pesant était brisé.
Le labyrinthe jadis émouvant à travers lequel nous avions frayé notre chemin,
ne nous entrainait d’une chambre à une autre. Il nous a conduits à travers une série
d’espaces entourés de murs dans une phase bien avancée de désintégration. Les salles
d’accueil célèbres gardaient encore un peu de leur beauté d’un passé époustoulant,
mais elles ne comprenaient ni tapis, ni lampe, voire aucun meuble. La splendeur
éphémère de ce domaine, ne dépendait pas entièrement de ses tapis, lanternes de Fès,
soieries et damassés. Mais le choix de tout ce matériel avait pour unique objectif, un
mariage de raison avec l’architecture, et un rôle d’ornementation et d’utilité.
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Bien que leur disparition soit acceptable, elle revêtait un certain relent de regret.
Ces principales espaces d’accueil, étaient encore, plus ou moins intactes. Aucun des
tuiles sur les murs n’avaient disparu et ils étaient encore parmi les plus élégants à voir
au Maroc. Les colonnes étaient encore comblées de chapiteaux subtilement sculptés.
Il y avait encore des planches en mosaïque et des plafonds sculptés, presque tous
sans souillure. Même les volets des fenêtres, préservaient encore toute leur beauté,
avec l’embrouillement de leurs décorations arabesques, d’une peinture assez dense
au point de prendre l’aspect d’un teint laqué. Lors de ma précédente visite, j’ai omis
de relever un détail, se rapportant à la grande taille des parties des serrures du fer en
barres et des montures autour des tours des serrures des portes, elle étaient aussi ar-
gentées, incisés avec délicatesse et portaient des dessins abstraits. Même si les cham-
bres étaient nues, elles témoignaient encore d’une grande richesse. Mon chauffeur,
qui n’avait démontré aucun enthousiasme face à la beauté de certains bâtiments déjà
parcourus, était profondément ébloui et il n’arrêtait pas de toucher les mosaïques, les
boiseries, les sculptures et les tuiles.
Les questions qu’il a adressées à notre guide, exprimaient une ardente envie de
connaî tre le coût de chaque pièce de décoration, le nombre d’heures dédié à la réali-
sation de l’ouvrage et le salaire des artisans. La richesse quasi légendaire d’el-Glaoui
paraissait encore envoûter le simple marocain. Seuls les quartiers oficiels n’étaient
pas construits en pisé, mais en pierre. C’était pour cette raison qu’ils avaient sur-
vécu à l’érosion et la décomposition. Mais, il était dificile de prévoir maintes autres
décennies de survie. La demeure n’était pas chauffée au cours de la période glaciale
d’hiver, sans équipement, ni entretien et elle n’aurait probablement pas survécu plus
d’une génération. Le gouvernement du Maroc indépendant, s’était mis en grandes
dificultés en dépensant beaucoup d’argent pour la restauration des édiices histori-
ques délabrés sous le régime du Protectorat avant 1956.
La plupart des medersas à Fès, la grande porte des Almohades et les tombeaux
des Saâdiens à Marrakech, Chellah et les grandes portes des Almohades à Rabat et
celles de Meknès avaient été toutes parfaitement restaurées par de meilleurs sculp-
teurs, tuiliers et fabricants de mosaïque. Mais il était dificile de trouver un argument
qui tient la route, pour dépenser les deniers publics pour la réhabilitation d’une rési-
dence privée et moderne, si impressionnantes que fussent ses façades et si luxueus-
es ses pièces. Les structures qui méritaient une telle attention étaient toutes d’une
grande valeur historique et artistique, tandis que Telouate était le fruit d’une confec-
tion du 20ème siècle qui a simplement imité les styles et les techniques gratiiées par
des artistes et des artisans mauresques pour des centaines d’années.
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TELOUATE
Tous les anciens monuments, même s’ils étaient bâtis par les familles au pouvoir,
étaient des mosquées, des médersas, des grandes portesdes villes; toutes dévouées au
bien public. Mais Telouate était une entreprise privée, conçue juste pour faire plaisir
à un membre d’une famille tribale, dont les performances au cours du combat de la
nation pour l’indépendance, ne les honorait guère. En réalité, caïd Brahim, était l’un
des rares marocains qui n’était pas autorisé à regagner son pays après l’indépendance.
Il était contraint de s’exiler en France. Même si Telouate était reconstruite à grands
frais, à quoi cela aurait servi? Certes, elle aurait pu être un site d’attraction touris-
tique, mais dans pareille situation, elle n’était pas adaptée pour faire ofice d’hôtel.
Tous les Marocains que j’ai sondés leur opinion sur ce sujet, m’ont conirmé qu’il
aurait était souhaitable que ces grandes sommes d’argent, seraient mieux allouées à
la construction d’hôtels et d’écoles, vraiment nécessaires au pays.
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OUARZAZATE
OUARZAZATE
Lors des années cinquante du 20ème siècle, notamment les dernières années
précédant l’Indépendance du Maroc, El-Glaoui était plus célèbre que le Sultan. A
Paris, les honneurs étaient accordés à Thami-el-Glaoui; le Pasha de Marrakech au
même titre que les chefs d’Etats. En Angleterre, il a assisté à l’intronisation de la
Reine Elizabeth II. Au Maroc, on le redoutait, on obéissait à ses ordres, et on éprou-
vait aussi de la haine à son égard. Les Berbères au Sud le considéraient un peu
comme une idole supranaturelle, les autorités du Protectorat français le considéraient
comme leur allié stratégique dans leur lutte contre le nationalisme.
Pour les patriotes marocains, il était l’incarnation du diable, car il était un grand
défenseur de la collaboration inconditionnelle avec le colonialisme français, et il
était à la tête d’une faction petite, mais puissante. Il menait une vie pseudo-féodale
dans laquelle les méthodes démocratiques, la probité morale et le patriotisme étaient
méconnus. Une grande partie de la vie du Sud marocain était dominée par la famille
Glaoui et, même dans le cadre de la construction de la kasbah, les Glaouis avaient
créé leurs propres lois et maintenaient leurs propres intérêts, érigeant leurs propres
kasbahs dans les petites villes, les montagnes et les oasis.
Bien trop de choses étaient rapportées à propos du Pasha de Marrakech, par des
politiciens, historiens, sociologues et journalistes. Néanmoins, dresser un tableau des
kasbahs du Sud aurait été incomplet sans faire allusion au Pasha et à sa famille. Ils
étaient d’une origine moins ancienne, contrairement à ce que prétendaient quelques
uns de leurs partisans et ils n’avaient aucun statut particulier jusqu’au milieu du
19ème siècle. Le grand père des deux frères les plus célèbres; Madani et Thami,
était Ahmed-Ibn-Muhammad Amer, un petit marabout (potentiellement saint) et un
« cheikh sans inluence » qui gagnait sa vie en tant que marchand de sel à Telouate.
C’était son ils Muhammad qui était devenu le caïd de la tribu Glaoua et qui a adopté
le nom de Mezouari. Les frères Madani et Thami, étaient les seuls Glaouis qui étaient
parvenus à accumuler une grande richesse, en plus du pouvoir. Au cours des années
1890, ils ont soutenu le sultan Moulay Hassan, puis son ils Moulay Haid, sultan
entre 1908 et 1912. Finalement, ils ont fait cause commune avec la France colonisa-
trice. Madani, manifestement une personnalité suréminente, était devenu Ministre de
la Guerre puis Premier Ministre (grand vizir).
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OASIS-MONDE
Lorsqu’il est mort en Juillet 1918, il a laissé derrière lui 64 enfants dont 36
garçons. Toutefois, il n’a légué son pouvoir et sa fortune à aucun d’entre eux, mais à
son jeune frère Thami, dont la présidence de la famille Glaoui a été rendue légale par
le Général Lyautey; le premier Résidant Général de la France au Maroc. Selon des
sources oficielles, il a ajouté à son propre Harem de quatre vingt seize femmes, les
cinquante quatre de Madani. Il a aussi renforcé sa position avec le palais impérial,
en se mariant avec l’une des veuves de Madani, Lalla Zineb; ille du grand vizir el
Mokri.
Winston Churchill était son hôte le plus célèbre qui jouissait fréquemment de
son hospitalité et qui le recevait dans certaines occasions dans sa propre demeure
anglaise. Thami-El-Glaoui menait un mode de vie libertin en Europe comme au
Maghreb. La presse française à une certaine époque publiait ses photos tenant une
cigarette dans une boite de nuit, entouré d’une multitude de beautés de cabaret. Il
était d’une générosité proverbiale envers les jeunes femmes. A Marrakech, il a établi
pour son compte et celui de ses ils un terrain de golf en gazon taillé court, irrigué
chaque jour par des tuyaux posés spéciiquement sur tout le chemin des sources dans
le Haut Atlas.
La France prenait bien en charge l’éducation de ses enfants. Après 1956, Bra-
him, son ils ainé, n’a pas été autorisé à regagner le Maroc, mais l’un de ses jeunes
ils, Hassan, était devenu peintre célèbre à Paris et Abdessadeq, ambassadeur dis-
tingué dans plusieurs pays étrangers. La France accordait au Glaoui de l’aide i-
nancière volontairement car il était devenu le premier défenseur marocain du régime
français et un adversaire de l’indépendance nationale. In ine, il était profondément
hostile au sultan légitime Muhammad-Ibn-Youssef. Son attachement aux politiques
pro-françaises et son inimitié envers le souverain avaient pris au dépourvu beaucoup
de Marocains, sachant que le Pasha n’était pas sot et parfaitement conscient du désir
ardent du pays et du sultan pour l’indépendance nationale. Selon certains observa-
teurs, une envie sans bornes se cachait derrière son attitude de tirer proit du « mod-
ernisme», des réalisations et plaisirs occidentaux car il se doutait fort que le Maroc
de l’indépendance s’en détournerait. Il avait aussi pour ambition de s’accaparer le
titre de sultan qu’il souhaitait léguer à l’un de ses ils et devenir le fondateur futur
d’une « dynastie » Glaouie.
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OUARZAZATE
Avant l’existence de la petite ville, établie par les Français en 1928, Taourirte
dominait l’immense plaine environnante et le leuve d’Ouarzazate qui coulait en
contrebas. Contrairement à la plupart des capitales provinciales, Ouarzazate avait
peu changé au il du temps. J’avais eu l’habitude de la visiter à quelques années
d’intervalle, mais lors de ma visite en 1966, elle avait toujours le même visage bien
que la supericie de l’hôtel, propriété du gouvernement, ait doublé avec le rajout d’un
ou deux bâtiments oficiels. La petite ville était toujours afligée par une tempête
entraînant une grande colonne de sable ressemblant à une énorme gratte ciel mobile
- elle s’éclipsait après dix à quinze minutes et le soleil recouvrait ses droits, avec
lueurs et chaleur. Mais chaque maison, véhicule ou arbre étaient couverts de sable.
Les palmiers et les arbres fruitiers, alimentés par l’eau du leuve, constituaient une
sorte d’oasis dans le milieu urbain. La petite ville n’avait qu’une seule rue principale
dominée par une colline. A son sommet se trouvait la résidence du gouverneur et les
bureaux construits par les Français avec un style traditionnel d’un avant-poste isolé
- entourés de murailles, protégés de tours, d’une couleur extrêmement orange-rouge
- similaires à ceux présentés dans les ilms sur la légion étrangère.
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OASIS-MONDE
J’avais été invité plusieurs fois dans la résidence du gouverneur, mais en 1966,
les autorités m’avaient logé à l’hôtel au lieu de cette enclave militaire 15. Hormis, le
petit musée exposant les tapis Ouizguita semi-locaux, Ouarzazate offrait ses kasbahs
glaouies, notamment Taourirte, située à environ un mile de la ville-centre. J’étais
profondément ébahi, lors de ma première visite en 1949, par une kasbah théâtrale-
ment bâtie avec une grande densité d’habitants.
Il m’a invité pour du thé dans un logement confortable mais pas grandiose, dans
un des plus grands bâtiments et le mieux construit de la kasbah. Même s’il était le
cousin du caïd Brahim; l’aîné du Pasha et le chef oficiel de la tribu Glaoua, il n’était
pas puissant, moins riche et se positionnait loin du carré du pouvoir d’El-Glaoui.
Mais il régnait en maître sur la kasbah, et ses ordres étaient reçus comme s’ils avaient
la force de lois religieuses. Un homme à la peau noire, était aussi présent, pratique-
ment enseveli dans sa djellaba et son burnous. Il n’a pas pris part à notre conversa-
tion, apparaissant plus « absent », comme si son esprit avait voyagé dans un autre
siècle et dans un lieu assez lointain.
15. Au cours des dernières années, la ville d’Ouarzazate, s’est bien développée. Elle constitue l’un
des sites marocains les plus prisés par les réalisateurs de cinéma. Plusieurs ilms y ont été tournés.
Elle possède un aéroport international et une infrastructure routière bien aménagée. D’un climat aride
avec une pluviométrie annuelle faible,es précipitations sont faibles, irrégulières, voire nulles en été.
En hiver, les températures restent fraîches durant la nuit tandis qu’en été, la chaleur demeure battante
durant la journée. La couverture végétale est bien clairsemée et l’agriculture n’est possible que grâce
à l’exploitation des eaux de l’Oued Draâ. Elle est région a été reconnue par son patrimoine culturel
lorsque la kasbah de Taourirte et celle d’Ait ben Haddou furent inscrites parmi le patrimoine mondial
de l’UNESCO.
16. Achetée par la municipalité d’Ouarzazate en 1972, la kasbah de Taourirte est devenue une pro-
priété gouvernementale. Elle est scindée en quatre parties. Quarante sept familles y demeuraient en-
core, plus exactement dans la partie nommée « Stara ». Mais vu l’état de cette partie de la kasbah qui
risque de tomber en ruine, les autorités ont procédé, en Avril 2010, à reloger ces familles loin de la
kasbah. Dès lors, la kasbah demeure vide et constitue juste un lieu de visite pour les touristes. S’agis-
sant des Juifs, ils ont tous émigrés surtout en Palestine dès la in des années soixante après avoir vendu
tous leurs biens et maisons dans la kasbah.
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OUARZAZATE
Malgré le fait qu’il paraissait tellement vieux, j’ai ensuite appris qu’il était
seulement au début de ses soixante dix ans et qu’il s’appelait Muhammad-al-Arbi,
chose surprenante, il était le ils aîné de Madani-el-Glaoui; le fondateur réel du pou-
voir de la famille. Si son père s’était attaché à la tradition musulmane comme il était
de coutume, c’était lui et non pas son oncle Thami, qui aurait hérité la richesse et le
pouvoir de son père Madani-el-Glaoui. Quand il avait dix huit ans, son père, alors
grand vizir, le nomma Ministre de la Guerre. Je n’ai pu aucunement discerner la rela-
tion entre mes deux hôtes. Est-ce le khalifa, était le ils de l’homme noir ou son pet-
it-ils? Je n’ai pas tenté d’élucider la question, car il était mal vu de s’interroger sur la
famille et exiger des réponses précises. En 1966, Il n’y avait pas de khalifa de Glaoui
et d’ex-Ministre de la Guerre à la peau noir dans la kasbah. Les Glaouis n’habitaient
ni à Taourirte, ni dans aucune autre kasbah de leurs anciens domaines. La traitrise
du Pasha envers le sultan et la lutte de la nation pour l’indépendance ne pouvait être
totalement tolérée, et même si peu à peu ses ils avaient récupéré beaucoup de leurs
richesses, ils avaient perdu une grande partie de leur pouvoir et inluence.
Il aurait été inconvenant d’avoir une chaîne de kasbahs portant leur nom. Même
si Taourirte, était devenue une propriété gouvernementale, la plupart de ses habitants
autochtones, habitaient encore là-bas, et la nature des bâtiments était inchangée. Né-
anmoins, comme la plupart des kasbahs d’El-Glaoui, elle n’était pas soigneusement
maintenue. La propre résidence du khalifa paraissait déserte et tombée en délabre-
ment. On l’apercevant d’Ouarzazate, Taourirte paraissait encore imposante, sous
forme d’un tas de forteresses médiévales. Son air martial était adouci par les palmi-
ers dattiers qui s’élevaient à plusieurs endroits autour d’elle et l’encadraient fortuite-
ment. Les montagnes lointaines conféraient un arrière-plan romantique à l’immense
plaine désertique autour d’Ouarzazate. La silhouette de la kasbah dessinait le con-
tour de bâtiments dominants, de tailles diverses entourant la résidence du maître avec
une marque distinctive d’une variété de structures semblables aux tours.
La kasbah n’était pas entourée de remparts habituels car ses tours et les murs
sublimes de ses maisons les plus exposées pourvoyaient une forte protection. Le
complexe entier des bâtiments, à des degrés tellement différents en termes de gran-
deur et de hauteur, paraissait d’abord comme une conglomération incohérente. La
façade de plusieurs maisons avait été démembrée en un semblant de sections isolées,
et cela ajoutait un air général de vivacité. Les maisons couvertes de toits étaient tou-
jours ornées de crénelures. Certaines tours étaient modérément décorées en forme de
fenêtres étroites et en châssis arqués.
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KASBAH PHOTOGENIQUE
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OUARZAZATE
Même si elle était imposante par sa façade externe, elle était surpeuplée à l’in-
térieur et se distinguait par son désordre et sa pauvreté, ses cours de dimensions dis-
proportionnées, ses petites ruelles aussi étroites que les couloirs d’un appartement,
ses escaliers raides sous forme d’une simple succession de planchers en bois cloués,
menant seulement vers une petite entrée dans un mur, probablement «l’entrée» d’une
maison, d’un appartement ou d’une chambre. C’étaient des maisons de terre, un
peu moins austères que les simples cabanes, privées d’eau canalisée, drainage, et de
lumière électrique17. La plupart des habitants du domaine d’El-Glaoui vivaient dans
ces circonstances. Ces «maisons » étaient dissimulées de l’extérieur et étaient en-
veloppées derrière des habitations plus grandes, ainsi que des cours et des passages.
En 1966, certaines grandes maisons que les proches associés au khalifa occupaient
auparavant, avaient un certain ordre architectural et une prétention de confort, mais
elles étaient rares. Malgré le départ de leurs anciens propriétaires, les résidents étaient
encore attachés aux anciennes lois et coutumes. Certains jeunes hommes choisis-
saient de porter une chemise occidentale et un pantalon, mais la plupart des habitants
optaient pour la djellaba, les babouches et les femmes préservaient le même type
d’habillement qu’elles portaient vingt ans, voire un siècle plus tôt.
Ils semblaient tous aussi nécessiteux qu’ils l’avaient été sous la tutelle d’El-
Glaoui et ils vivaient dans la pauvreté la plus extrême. Même si le Pasha et ses ils
n’avaient pas vécu dans la kasbah, une partie de leur argent s’était iniltrée à Taourirte
et le khalifa était obligé de prendre soin des invités dont le passage proiterait aux
centaines de serviteurs-sujets. J’ai traversé un certain nombre de cours, d’escaliers
et en regardant par certaines fenêtres, je me suis réjoui de voir les palmiers, le leuve
et les plaines, (les mêmes plaines ayant fournies quelque unes des scènes les plus
impressionnantes du ilm «Lawrence d’Arabie »).
17. Cette kasbah se distingue par une beauté exceptionnelle. C’est ainsi que ces tours igurent sur
le billet de cinquante dirhams adopté à l’heure actuelle au Maroc. En 1972, elle fut achetée par la
municipalité d’Ouarzazate. Elle fait partie du village communautaire qui porte le même nom que la
kasbah. En 1989, elle fut restaurée par l’UNESCO en partenariat avec le Ministère de la Culture.
Classée patrimoine mondial par l’UNESCO depuis 1989, la kasbah est scindée à l’heure actuelle
en quatre parties : -La partie Sud-Est occupée par le Centre de Conservation et de Réhabilitation du
Patrimoine Architectural Atlasique et Subatlasique. -La partie Nord-Est restaurée en 1996 et livrée
à la curiosité des visiteurs. -La partie (Est) dite «Stara » que les habitants occupent et dont ils ne
cessent de modiier son aspect architectural. - La partie au centre de la kasbah qui est en ruine. Le
plan original de la kasbah a été chamboulé et ses espaces nivelés par l’usure du temps. Actuellement,
la bâtisse est largement fréquentée dans la mesure qu’elle est située au centre d’une ville touristique
connue à l’échelle mondiale par ses studios cinématographiques et ses paysages naturels, sans parler
de sa diversité socioculturelle.
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KASBAH PHOTOGENIQUE
kasbah Tiffultute
18. Abandonnée dès l’avènement de l’Indépendance, cette kasbah demeure à l’heure actuelle dans un
état avancé de délabrement. La plupart de ses murailles sont tombées en ruine. Sa blocaille est parse-
mée sur le sol. Les autres murailles qui se dressent encore sont fêlées à plusieurs endroits et risquent
de s’effondrer. Ses fenêtres, portes et autres bijoux, sont enlevés. Ses deux tours risquent de tomber en
ruine. Les brèches entraînées par la disparition des portes, fenêtres et autres trous dans les murailles
inspirent une ruine plutôt qu’une demeure habitable. Comme des cigognes fréquentent largement ce
site et y tissent leurs nids surtout sur ces tours, elle fut nommée à Ouarzazate « kasbah des cigognes
». Elle constitue quand même un lieu de visite pour les touristes à Ouarzazate.
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OUARZAZATE
Pourtant, ils semblaient s’accorder sur le fait que la kasbah avait « bien plus de
deux cent ans ». Finalement, je me suis rendu compte que mon enquête n’était qu’une
perte de temps. Tifultute n’avait pas de traits originaux, son plan et son matériel de
construction étaient plus ou moins identiques à ceux de la plupart des kasbahs du
Sud. Le fait d’entreprendre une investigation historique ou archéologique paraissait
à peine nécessaire car la forme de la kasbah avait été incontestablement conçue par
El-Glaoui, sans doute au 20ème siècle. L’aspect unique de Tifultute était l’absence
de lien historique. Elle faisait l’affaire des autorités, qui lors des années soixante la
transformèrent en une sorte d’hôtel ou d’auberge. Depuis lors, des groupes d’invités
étaient reçus dans la kasbah pour une nuit ou simplement pour un « dîner mauresque
» le soir, accompagné d’un groupe de musiciens, danseurs et chanteurs berbères.
L’autre moitié, non modernisée, gardait un certain charme rustique, mais elle
semblait tomber en ruine rapidement. Thami El-Glaoui aurait probablement trouvé
du plaisir dans la juxtaposition des patios cérémoniaux, des pilastres arqués et autres
traces d’un passé noble, et la paraphernalia hectique et compliquée des producteurs
de ilms. Elle n’était pas devenue un hôtel permanent mais un lieu de repos pour
les invités et les touristes spéciaux. Cette transformation était déjà en marche lor-
squ’en 1950, encore sous le Protectorat français, un ilm moins récent que «Law-
rence d’Arabie » a été monté sur place et il y avait nécessité de loger les acteurs
et autres personnels. Leur accommodation n’était pas de luxe mais des efforts plus
vigoureux ont été entamés pour satisfaire les auteurs du ilm « Lawrence d’Arabie »
durant les années 1960.
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ART ET CINEMA
kasbah Taliouine
Taliouine, était l’autre kasbah qui avait rapproché El-Glaoui du monde du ciné-
ma. Située non pas dans la région d’Ouarzazate, mais au-delà du Nord sur la route de
Taroudant, elle a été choisie comme l’arrière-plan d’un ilm intitulé « Itto » au début
de 1934. Entourée joliment de plantations d’arbres d’amande, et sise au pied d’une
montagne raide et infertile, Taliouine représente parfaitement le style de la kasbah
d’El-Glaoui. Etant la résidence de l’un des khalifas du Pasha, la kasbah a l’air de
bien se conformer à une construction avec un plan architectural. Ses toits et ses tours
sont exubérants, avec une abondance cinématique de crénelures. Elle comprend des
patios internes, pleins d’arbres et d’arbustes leurissants et ses contours sont assez ef-
icaces qu’ils attirent les regards de tout cinéaste. Mais inévitablement, elle lui man-
que la spontanéité rustique des kasbahs construites par des propriétaires modestes,
non assistés par les architectes et comptant exclusivement sur la main d’œuvre locale.
Elle semblait opulente, mais dégageait une image de « nouveau-riche ». Sa gloire
relevait du passé mais des photographies avant l’avènement de l’Indépendance mon-
trent quelle était bel et bien un domaine savamment aménagé et élégant20.
19. La kasbah Tifultut avait été longtemps désertée. En 1998, caïd Brahim, l’aîné de Thami el–Glaoui
a procédé à sa restauration. Dès lors, elle a ouvert ses portes en tant que lieu de visite pour les touris-
tes. Dressée sur une colline, elle prédomine la vallée d’Ouarzazate. Une partie de ses murailles sur la
façade à gauche, est cependant tombée en ruine.
20. On dit que cette kasbah a été construite au début du 20ème siècle, exactement entre 1906 et 1909
par l’un des magnats de la région nommé Sidi Abdallah ben Mbarek. Après, elle fut séquestrée par
le Pasha de Marrakech; Thami el-Glaoui qui l’a remodelé et réhabilité pour son khalifa de la région.
Après l’Indépendance, une partie de la kasbah a été aménagé de façon à établir une bibliothèque,
à l’initiative de l’association des « Oulémas de Souss ». A l’issue des jugements des tribunaux, les
héritiers de Sidi Abdellah ben Mbarek l’on récupérée en 1984. Même si la kasbah est considérée
patrimoine architectural enregistré dans le registre national, elle n’est pas classée parmi le patrimoine
national. Dès l’Indépendance, cette kasbah a été délaissée et abandonnée. Une partie de ses murailles
externes et internes sont délabrées. Ses tours sont affectées. Sur leurs façades externes, igurent
plusieurs issures. Au-dedans, des tas de blocaille demeurent parsemés par terre. Un mokhazni garde
toujours les lieux. Elle est un lieu de visite pour les touristes.
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OUARZAZATE
Même si les kasbahs Glaouies sont les plus célèbres et les plus impressionnantes
dans la région d’Ouarzazate, elles ne sont en aucune façon les plus intéressantes au
niveau artistique. La plupart d’entre elles, revêtent le label marrakshi, légèrement
étrange et sont construites distinctement par des architectes.
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ZAGORA
ZAGORA
A Rabat, j’avais imploré que Zagora soit intégrée à mon itinéraire, mais j’ai été
prévenu qu’une visite de cette ville en Juillet pourrait s’avérer être une démarche
hasardeuse. On rapporte qu’elle est l’endroit le plus chaud du Maroc, et la tempéra-
ture estivale descend rarement en dessous de cent dix degrés Fahrenheit, elle peut
quelquefois dépasser cent vingt cinq degrés.. Alors qu’à Marrakech et dans d’autres
régions montagneuses, la température nocturne peut descendre de plus de trente de-
grés, à Zagora les nuits estivales, sont presque aussi chaudes que les jours. Toutefois,
j’avais déjà visité Zagora au cours de l’été, et même si la température était torride,
j’avais pu survivre à l’épreuve. Ainsi, j’ai décidé de tenter l’aventure une nouvelle
fois.
Pour la première partie du trajet depuis Ouarzazate, nous avons pris une route
à travers un paysage montagneux et repoussant. Les montagnes étaient de pierres
noirâtres, arides, sans aucune trace de végétation. La route était carrossable, et nous
sommes arrivés à Agdz, à sept heures exactement du matin, juste à temps pour pren-
dre le petit déjeuner avec le caïd à l’heure convenue.
Agdz est une conglomération franco-marocaine, avec des souks d’une couleur
rouge, une mosquée moderne remarquable par ses dimensions et sa beauté, avec un
bloc de bureaux administratifs, également de couleur rouge, à une altitude moyenne
et une absence totale d’animation et de vitalité dans ce paysage aride. Pour atteindre
la résidence du caïd, nous étions obligés de dévier la route principale, et à quelques
centaines de mètres plus loin, s’étendait une immense oasis de palmiers et de verdure
d’un air aussi opulent que les autres oasis du Sud.
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Après avoir pris le petit déjeuner dans la loggia ombragée d’arbres, le caïd m’a
emmené faire un petit tour dans la kasbah principale, objet de mon intérêt dans la
région. Elle était somptueuse et dégageait un certain charme – fait ordinaire, lorsque
son bâtisseur n’est autre que le caïd Brahim-el-Glaoui. Même si elle était constru-
ite essentiellement en pisé, elle semblait solide, bien fondée, et ordonnée, comme
c’ était le cas, à l’intérieur de beaucoup de kasbahs. Son arrière-cour était entourée
de grands vestibules et de salles de séjour, plus adaptés à une maison patricienne
de Marrakech, qu’à une kasbah au bord du leuve Draâ. Son aspect le plus élégant
était son assez grand jardin, qui regorgeait d’arbres fruitiers et de plantes lorissantes.
D’Agdz à Zagora, le paysage auparavant spectral, changeait complètement de nature.
La route s’étendait le long du leuve Draâ, dont les bords étaient marqués d’oasis vertes
sur environ soixante miles.
21 A l’heure actuelle, la route reliant Ouarzazate - Agdz - Zagora a été bien aménagée. Comme ces
régions enregistrent un grand essor au niveau touristique, les autorités compétentes ont procédé en
1975 à son amélioration et à son élargissement essentiellement pour promouvoir le tourisme dans la
région.
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ZAGORA
Les deux bords du leuve, étaient parsemés de kasbahs, au milieu d’un foisonne-
ment de palmiers dattiers et d’arbres fruitiers. Ces kasbahs n’avaient aucune ressem-
blance avec celles construites dans les années quarante du 19ème siècle, mais elles
étaient vraiment anciennes, d’une construction authentique, et de proportions par-
faites que la tradition et la sensibilité spontanée des constructeurs avaient dictées.
La hauteur et la largeur de ces grands bâtiments, ainsi que le rapport entre eux, les
tours et les murailles mitoyennes, avaient l’harmonie et la perfection d’un objet d’art.
Même construites en pisé, les kasbahs semblaient assez solides. Leur dessin était le
fruit d’une rélexion logique, inhérente aux besoins d’une communauté tribale, vivant
dans des circonstances solitaires et constamment soumise au danger d’attaque de tri-
bus rivales.
Dans les kasbahs, je tombais toujours sur des murailles croulantes et des tas de
blocaille, des salles qui n’étaient autres que des espaces vides, quasiment non meu-
blés. Quelles étaient les fonctions assignées à ce genre de structures? Elles n’étaient
pas construites pour répondre à un « mode de vie agréable » au sens européen du
terme, ni destinées à une certaine pérennisation dans l’avenir. Force est de rappeler
que, contrairement au modèle commun de maison urbaine, la kasbah n’était pas un
domicile de type européen. Durant plusieurs mois de l’année, les gens passaient leurs
jours dans les oasis, travaillant la terre, et faisant la sieste l’après-midi à l’abri d’un
arbre ou d’un mur. Les repas réguliers n’étaient pas toujours pris convenablement et
pouvaient se composer de pain, de quelques dattes et d’une paire de tomates. Un peu
de charbon de bois et un pot pour préparer le thé à la menthe étaient toujours rap-
portés ou conservés sur le lieu de travail.
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Commande N° 270075 [Link]
La maison était le lieu de refuge pendant la nuit et un abri pour les femmes, les
petits enfants et les animaux. Ni le temps, ni la tradition ne permettaient aux deux
sexes de se côtoyer dans cet environnement social que le mode de vie et le charme
d’une maison confortable auraient favorisé. Les gens se rencontraient durant la soirée
dans un hameau qui s’apparente à un café. A défaut, ils se rassemblaient dans un coin
ombragé au pied de l’oasis, et à la mosquée chaque vendredi. Faute de moyens, la
fréquentation régulière du café n’était pas à la portée de tout le monde. Les habitants
n’avaient pas de meubles, et n’ en éprouvaient pas le besoin, faute d’argent. Une petite
table dédiée aux repas pouvait être à leurs yeux, assez utile pour valoir la peine de s’en
procurer.
Les armoires et les cofres n’avaient aucun intérêt car les habitants avaient peu
de chose à garder en réserve. Le vêtement de rechange, s’il y en avait, traînait par-
tout, comme il pouvait être cloué au mur. L’ acquisition des chaises était le cadet de
leur souci; l’habitude était de s’asseoir sur un paillasson, une natte ou par terre. Les
litières des petits bijoux des citadins, les ornements et les photographies de famille,
étaient des objets dont ils n’avaient probablement jamais entendu parler. Ce mode de
vie, stérile pour un citoyen européen, les satisfaisait amplement. J’ai remarqué pour
la première fois, que la couleur brune des kasbahs, le long du Draâ, apparemment
choisie contre l’usure du temps, relétait idèlement le paysage. Les montagnes loin-
taines au-delà du Draâ, étaient également brunes (Cette couleur n’est pas la couleur
naturelle des montagnes, elle peut être grise, mauve, voire rose, mais rarement d’une
teinte de café ou de chocolat). Ces kasbahs ressemblaient à des falaises escarpées, et
sans les feuillages qui les entouraient, on aurait pu les considérer comme des pièces
détachées de la longue chaîne de montagnes. Les diférentes nuances du brun des
montagnes rejaillissaient toujours sur la couleur brune du pisé; matière de construc-
tion des kasbahs. Il est courant que les kasbahs et les montagnes se mélangent et se
confondent en raison de leur couleur unie.
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Commande N° 270075 [Link]
ZAGORA
La kasbah de Zagora; une autre réalisation d’el-Glaoui, n’a pas suscité ma cu-
riosité car j’avais vu tant de ses édiices familiaux que je ne m’attendais pas à des
surprises en matière d’intérêt historique, d’originalité du plan ou de strict attache-
ment aux modèles authentiques berbè[Link], j’étais anxieux de visiter, ce
qu’on disait être l’une des zawiyas les plus renommées du Maroc, censée être la plus
ancienne du pays, avec une bibliothèque réputée. Il était étrange qu’une structure re-
ligio-intellectuelle, soit sise au Sahara du Nord, loin des attractions de la vie sociale
et des opportunités d’échanges intellectuels. Même parmi les gens de la capitale, peu
de monde avait visité cette bibliothèque, et on m’a assuré que je ne devais manquer
sous aucun prétexte de visiter la zawiya Nasiriya.
Signalons aussi, que Zagora, qui se trouve au bout de Fezouata; une riche zone
d’une longueur d’environ trente miles, était une ville d’une certaine importance,
probablement du fait que nombre de savants et de pieux y vivaient. Aujourd’hui,
elle est encore célèbre par la production de certaines espèces de dattes de qualité
supérieure au Maroc. Mais son prestige réel ne pouvait émaner que de sa distinc-
tion sociale et culturelle. Après avoir quitté Zagora, le leuve «s’écartait » d’environ
un mile de la route. Une colline raide s’élevant juste au dessus de ce chemin me
semblait être sans aucun intérêt jusqu’à ce que mon compagnon le caïd, attire mon
attention sur les quelques débris de murs encore collés à la pente. Ils étaient dans un
état de ruine avancé, qui donnait une idée du type d’édiice que c’était autrefois. Cela
faisait bel et bien référence à une phase importante de l’histoire du Maroc. C’était de
cet endroit qu’avait émergé, l’une des dynasties les plus intéressantes, puissantes et
pittoresques de l’histoire du pays.
22. Cette kasbah, propriété de l’ex-représentant du Glaoui à Zagora, a été rénovée et réhabilitée pour
servir comme « maison de l’Etudiant ». Elle abrite à l’heure actuelle des étudiants venant des villages
aux alentours de cette région suivant leurs études à Zagora.
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Commande N° 270075 [Link]
MARABOUTISME
Je n’ai pas omis de relever un fait plutôt surprenant, les Saâdiens s’étaient in-
stallés loin du leuve. Mon guide m’a aussitôt rétorqué que le leuve Draâ, coulait
alors juste au dessous de la forteresse des Saâdiens, puis il avait changé de cours au
il des siècles. Nous avons parcouru plus de la moitié de la longueur de Fezouata,
et nous avons traversé le leuve pour enin atteindre Tamegroute, un village plein de
kasbahs, emballées au cœur de l’oasis.
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Commande N° 270075 [Link]
ZAGORA
Les bibliothécaires et les employés du marabout, nous ont menés dans un grand
patio ou cour, entouré de bâtiments d’un seul étage. Les salles de droite et de gauche
constituaient la bibliothèque en bon état et savamment organisée. Mes hôtes s’ex-
cusaient de leur incapacité de n’exposer aucun des « grands trésors » auxquels ils
faisaient référence avec des soupirs sincères. Mais ils ont présenté plusieurs copies
très anciennes du Quran et quelques manuscrits subtilement écrits, âgés de plus d’un
demi-millénaire .24
Après avoir fait le tour de la bibliothèque, nos hôtes nous ont conduits vers le
sanctuaire; c’est-à-dire le mausolée du savant saint et fondateur de la Zawiya. Con-
trairement à l’architecture plutôt simple et même austère de la région, le tombeau
semblait presque étrange dans sa splendeur. Il était plus large que je l’avais imaginé,
bien construit et d’une conception élaborée, d’un toit approximativement pyramidal,
couvert de tuiles vertes brillantes. Le style de l’édiice était plutôt mauresque que
berbère ou méridional, d’inspiration de Fès ou de Meknès et non des régions du
Sahara. Il n’était pas très ancien. Il avait été construit à la in du 19ème siècle par le
Sultan Moulay Hassan, mais le nom et le statut de son fondateur prouvait bien que
Sidi M’Hamed-ibn- Nassir était tenu en révérence par la dynastie régnante. A côté
de son propre sarcophage assez large, il y avait des tombeaux de six membres de sa
famille, côte à côte, et tous couverts d’une variété de riches tissus mauresques .25
23. En 1983, Le Ministère des Habous et des affaires islamiques à procédé à la construction d’un
nouveau bâtiment en béton derrière le sanctuaire qui renferme le tombeau de Si M’Hamed Ben Nas-
ser pour servir de bibliothèque. Outre ses anciens manuscrits, la bibliothèque a été enrichie d’autres
manuscrits et livres religieux. Elle est un lieu de visite des étudiants et touristes.
MARABOUTISME
Bien que le «saint» soit profondément vénéré et que son établissement soit un
important centre religieux et culturel, la zawiya est quant à elle, une institution ortho-
doxe en Islam où il n’y a pas de place pour des saints particuliers, et tout leg religieux
de ces saints à l’humanité, si salutaires qu’ils soient, demeurent rattachés à leurs
personnes et à leurs doctrines. Toute la sagesse de l’Islam est incarnée par le Quran;
la parole de Dieu, transmise par le Prophète Muhammad, et les Hadith; le mémorial
des propres paroles et des actes du Prophète. N’importe quelle superposition est
considérée comme non orthodoxe et même hérétique. Pourtant, le Maroc a toujours
eu un bon nombre de « saints » de cet acabit. Les hommes, leurs doctrines et leurs
mémoriaux sont célèbres à titre de marabouts. En fait, le maraboutisme a joué un rôle
religieux et séculaire très important dans l’histoire du pays.
Un chef de la communauté, a insisté pour que l’on visite sa kasbah, non loin
de la bibliothèque. Bien qu’il fût tard, la chaleur était encore intenable, et l’inévita-
ble verre de thé à la menthe, très chaud et excessivement sucré, allait me priver du
plaisir de la visite. Mais comme il aurait été impoli de décliner l’invitation, nous
nous trouvâmes bientôt à l’intérieur de sa maison, ressemblant à une petite kasbah.
Elle était moderne avec des tours de défense, probablement conçues pour des rai-
sons esthétiques. Mais, les sophistications caractérisant ordinairement les kasbahs
lui manquaient. Elle n’avait, à titre d’exemple, aucun enchevêtrement de passages
ou d’escaliers à moitié-cachés qui conféraient aux kasbahs traditionnelles le mystère
d’un château magique.
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Commande N° 270075 [Link]
ZAGORA
6. En 1984, à cause de l’inondation du leuve appelé «Tlate» et qui traverse Tamegroute, l’école
coranique a été terriblement affectée par le lux d’eau, et est de ce fait totalement tombée en ruine.
Aucune autre école n’a été fondée à sa place. Le sanctuaire a également été affecté car l’eau s’est
iniltrée à l’intérieur. Après cette inondation, des travaux ont été entamés pour élargir la cour devant
le sanctuaire. Une nouvelle mosquée près de la cour et devant le sanctuaire ainsi qu’une maison pour
la réception des visiteurs du sanctuaire ont été bâties.
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MHAMID-EL-GHOUZLANE
M’HAMID-EL-GHOUZLANE
Je ne m’attendais pas à faire le trajet reliant Agdz à Zagora sur une piste anci-
enne, malgré l’assurance qu’on m’avait donnée de son réaménagement.27 Pourtant,
comme je venais bientôt de le constater in visu, la route était encore plus déplorable
qu’elle l’avait été l’année précédente et ma Fiat arriva à Zagora dans un état pitoy-
able. Heureusement le super-caïd local, un mathématicien de formation, était venu
immédiatement à la rescousse, en m’offrant une jeep pour l’itinéraire jusqu’à M’Ha-
mid. Après la nuit passée à Zagora, tôt le matin, j’ai pris le chemin pour M’Hamid
ou plus précisément Tagounite, considérée comme « la capitale» de la région de
M’Hamid. Tagounite se situe à environ cinquante kilomètres de Zagora, mais les
deux n’étaient reliées que par une piste également en piteux état, à l’instar de la route
reliant Zagora à Agdz et que seule une jeep ou un camion pouvait parcourir.
Le trajet nous a entraînés dans des plaines parsemées de pierres, puis à travers
la montagne d’Anegan, avec ses roches nues, d’une couleur brun-gris le matin et
d’un fauve vif le soir. A quelques intervalles de la route, s’étendait la bande verte
de palmiers et d’oasis. Tagounite était visible bien avant notre arrivée du fait de son
prestigieux minaret (de construction moderne). Un arc de triomphe d’un style hol-
lywoodien-mauresque d’invention française signalait qu’on était proche de la ville.
Le quartier général du caïd, était aussi bâti dans un style franco-saharien, avec des
bâtiments rouges et des tours «berbères ». Il n’y avait presque pas de végétation en
raison de la fréquence du vent shergi, qui avait détruit la plupart des plantes. Le caïd,
un jeune homme à la denture en or, s’est empressé de m’offrir un verre de thé à la
menthe, il accepta volontiers mon excuse, contrainte temps oblige. Mais il n’a pas
laissé iler l’occasion de me solliciter à un déjeuner en sa compagnie à Tagounite
après ma visite matinale à M’Hamid.
Il m’a présenté à son assistant qui devrait me guider au il de mes visites dans
certaines kasbahs où l’amazigh était la seule langue courante. A mi-chemin vers
M’Hamid, sur une piste cahoteuse, je réalisais qu’un aller-retour pour le déjeuner
dépassait toutes mes capacités. Il me fallait quatre heures pour entreprendre ce dou-
ble trajet; un intervalle de temps trop long que je n’étais pas disposé à perdre. J’ai
aussitôt fait part à mon guide que je devrais téléphoner à son chef ain de lui notiier
l’impossibilité d’honorer son invitation au déjeuner. Aussitôt arrivés à notre desti-
nation, il m’a conduit vers le seul poste de téléphone disponible et le caïd a accepté
courtoisement mes raisons.
Environ neuf mille habitants et près d’un millier de nomades en perpétuel hab-
itaient la région de M’Hamid 28. L’agriculture y était la base de l’économie locale.
Même si les céréales, les légumes et les fruits étaient cultivés, le seul produit rentable
était la récolte de datte qui atteignait seulement une moyenne de cinquante tonnes
par an. Mon guide m’a demandé quelle kasbah j’aimerais voir en premier. Face à
ma connaissance limitée de ces kasbahs car il n’existait pas de manuel qui traitait ce
genre de thématique et qui aurait pu m’éclairer, j’ai laissé le choix à mon guide, en
lui faisant part que mon intérêt penchait vers la kasbah la «plus intéressante ». Après
un moment de rélexion, notre choix s’est porté sur la kasbah Bounon, sise à un jet
de pierre de l’endroit où nous nous trouvions.
kasbah Bounou
MHAMID-EL-GHOUZLANE
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Commande N° 270075 [Link]
L’âge des enfants vacillait entre six et seize ans et les professeurs qui venaient
de l’extérieur de la région étaient payés par le gouvernement central à Rabat. La
scolarité était gratuite mais les familles des enfants devaient fournir les livres et au-
tres matériels. La raison de l’intérêt de mon guide pour la kasbah Bounon, estimée
comme la « plus importante», était la nature inhabituelle des mœurs sexuelles lo-
cales. Le sujet délicat des coutumes sexuelles mauresques nécessite qu’on l’aborde
indépendamment dans un livre, mais la réalité exceptionnelle à Ait Bounon nous a
poussés à lui réserver un très bref passage.
La conduite sexuelle dans les kasbahs repose sur une communauté étroitement
soudée, et fondée sur le respect de soi. A Bounon, on m’a appris que l’âge nuptial
pour les jeunes est entre quatorze ou quinze ans et, après le mariage, ils ne quittent
pas la maison des parents du nouveau marié. Cette coutume est rigoureusement re-
spectée sauf en cas de rares mésententes entre le jeune et les parents 30. Mon guide
n’a pas manqué d’évoquer le caractère apparemment étrange de cette tradition à
Bounon, considérée par lui comme une forme de « prostitution », bien que ceci
n’était pas toujours qualiié de commerce professionnel du sexe. Il a fait référence
aux amitiés entre des vieilles femmes, des divorcées, des veuves, appartenant à une
catégorie particulière de la tribu et les jeunes hommes célibataires de la même com-
munauté, désireux de se livrer à cœur joie à leurs affaires de cœur.
30. La moyenne d’âge du mariage dans cette kasbah est plus ou moins élevée par rapport au passé,
du fait des mutations qu’a subies la société marocaine lors de ces dernières décennies. Auparavant,
les illes fréquentaient rarement l’école. Leur rôle se limitait à s’occuper des travaux domestiques, du
travail agricole, telles la moisson, et la récolte des dattes et du blé, sans oublier la prise en charge du
bétail. Elles étaient analphabètes. De même, les jeunes, grâce au taux élevés de déperdition scolaire
et d’analphabétisme s’occupaientdu travail agricole et se mariaient tôt. Aujourd’hui, on assiste à un
changement au niveau du mode de vie des habitants. De nouvelles tendances commencent à voir le
jour. Les illes ainsi que les jeunes fréquentent de plus en plus l’école, C’est ainsi que la culture envers
le mariage tend à changer de couleur.
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Commande N° 270075 [Link]
MHAMID-EL-GHOUZLANE
Une partie de la beauté de la kasbah Talha Chorfa, a dû disparaître avec ses tours
détruites à cause des guerres ou ruinées par l’usure du temps. Mais elle conservait
malgré tout un certain attrait au milieu de ses longs palmiers dattiers. Cette kasbah
devait avoir trois cents soixante ans remontant ainsi à l’époque du règne de Moulay
Ismail. Il est rapporté que l’acacia ou Talha, arbre dont dérivait son nom, avait été
planté au centre de son site. Ses fondateurs étaient des shorfas alaouites (pluriel de
shérif); descendants du Prophète Muhammad de la lignée de la famille alaouite et qui
règne depuis la moitié du 17ème siècle. Mais en présence de milliers d’Alaouites au
Maroc, le privilège et les distinctions qui émaneraient de cette noblesse, demeuraient
purement théoriques.
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Commande N° 270075 [Link]
AVANT-POST DU DÉSERT
La moyenne d’âge du mariage pour les deux sexes est ixée entre quinze et
seize ans 31. Il est rapporté que le rapport sexuel pré-marital est soi-disant rare, car
les shorfas adhèrent d’une manière stricte aux codes moraux que les autres membres
des familles moins nobles. (Ma propre connaissance des mœurs des familles « pres-
tigieuses», tels les shorfas et les ulémas (théologiens) m’a laissé penser que la pré-
tendue abstinence est une iction et la réalité en est une autre, exercée avec habileté
dans le secret). La survie de l’institution des shorfas et du maraboutisme est souvent
considérée comme indice de l’esprit rétrograde du Maroc. Néanmoins, l’existence
des shorfas n’est que signe de la pérennité d’une classe privilégiée à la manière de la
persistance du Brahmine en Inde ou de l’ancienne aristocratie anglaise et française.
31. La moyenne d’âge du mariage des jeunes et des illes est élevée. En vertu des mutations qu’a
subies la société marocaine, rares sont les illes qui se marient avant l’âge de 18 ans même si de tels
cas persistent encore.
32. L’ancienne mosquée a été bien rénovée. Les enfants ont déserté l’école quranique pour une autre
école gouvernementale et que fréquentent aussi les enfants d’autres kasbahs non lointaines, et ce sur
la route menant vers le centre de M’Hamid-el-Ghouzlane.
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MHAMID-EL-GHOUZLANE
Les shorfas ont ainsi aménagé des espaces dédiés aux magasinages des dattes
dans les parties hautes de leurs maisons, connues sous le nom d’igaifa qui se com-
posent de rayons de feuilles de palmiers rangées l’une sur l’autre. On m’a appris
que la température et l’humidité restent à un niveau plus ou moins constant sur ces
rayons durant toutes les saisons et que les dattes conservées dans ces conditions sont
consommable pour trois ans.
La prostitution est quasi inexistante dans les kasbahs. La liberté sexuelle n’est
pas tolérée dans une communauté aussi renfermée où le mariage est encore assujetti
à l’ancienne tradition. Le jeune homme ne connaît pas sa iancée qui est toujours
choisie par sa mère. Le charme physique ou la compatibilité mentale des jeunes pré-
tendant au mariage ne sont pas les seuls critères de sélection d’une ille pour son ils.
Mais le statut social et inancier de la famille de la ille demeure indéniable. Dans
une société conservatrice où les deux sexes ne se côtoient pas ou ne partagent pas les
même espaces et préoccupations, le choix d’un partenaire se trouve ainsi rigoureuse-
ment restreint.
33. De l’avis du Cheikh de la kasbah, quarante cinq familles abritent encore cette kasbah; soit cent
cinquante personnes. Plusieurs familles ont émigré ailleurs ou quitté la kasbah pour bâtir de nouvelles
demeures à côté de l’ancienne bâtisse. Plusieurs maisons non habitées sont tombées en ruine. Comme
auparavant, le mariage mixte n’est pas encore toléré entre les Arabes « purs » et les «Drawas ». Les
deux communautés, même, s’ils cohabitent ensemble dans la même kasbah, adhérent encore, cha-
cune, aux codes instaurés par leurs tribus respectives.
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AVANT-POST DU DÉSERT
Fondée par la tribu Shleuh des Ait Ougharda, la kasbah El Ghouzlane, devait
avoir six cent trente neuf ans, une donne conirmée à travers les entretiens avec tous
les vieillards que j’ai rencontrés. Elle remontait au début du 14ème siècle lors du
règne de la dynastie mérinide. La conirmation de la véracité de cette date n’avait pas
été une tâche aisée, et parmi les agents d’autorité que j’ai interrogés plus tard à mon
retour au Nord, l’ignorance sur ce sujet était de mise. Manifestement, les habitants
autochtones de la kasbah ont hérité et transmis certaines notions ictives ou légen-
daires, généralement admises pour conforter leur prétention.
34. Cette ancienne kasbah est abandonnée et des brèches sur son toit risquent d’accélérer son effon-
drement au il du temps. Une nouvelle mosquée, construite selon les normes urbaines, a été construite
en face de cette kasbah.
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MHAMID-EL-GHOUZLANE
Même si la kasbah avait été construite par les Berbères, elle était depuis lors oc-
cupée entièrement par les Arabes « blancs » et les Arabes noirs Drawa. On disait que
les fondateurs berbères, avaient abandonné la kasbah juste après son achèvement. A
nouveau, cette brève information restait encore invériiable, mal fondée et laissait
des zones d’ombres qui planaient sur les circonstances du passage de la kasbah de la
main berbère à la main arabe.
Le cheikh prétendait que sa maison avait trois cent quarante ans, une donnée
vraisemblablement correcte. Le rassemblement dans sa maison était présidé par
l’homme le plus vieux; un homme âgé de quatre vingt dix neuf ans et les autres
membres avaient entre soixante dix et quatre vingt ans. Hormis notre hôte, personne
n’a prononcé aucun mot et nous étions assis sur des couvertures à ras de terre dans
une salle sans meubles. A côté des vieillards, deux petits garçons de six ou sept ans,
peut-être des ils ou des petits-ils de l’hôte, se tenaient assis écoutant la conversation
avec une crainte quasi religieuse sans rien comprendre. Loin de la maison du cheikh,
j’ai rencontré des habitants moins âgés de la kasbah. J’ai pris l’habitude d’animer des
conversations à certains carrefours dans les étroites ruelles. De tels coins étaient des
espaces exclusivement libres où certains hommes échangeaient leurs opinions à leur
guise, totalement impassibles.
35. De l’avis du Cheikh de la kasbah, cent quatre familles résident encore dans son enceinte, soit mille
deux cent personnes. Certaines autres familles ont construit leurs nouvelle maisons tout près du ksar.
D’autres ont émigré du fait, notamment, des années de vaches maigres qu’a subies toute la région
durant les années 1980 essentiellement. Ces familles sont toutes pauvres et se nourrissent des produits
de leurs terres et du pâturage. Au sein du ksar se trouve juste deux petites boutiques pour la vente de
produits alimentaires. La maison quoranique est délaissée et risque de s’effondrer. Certaines maisons
délaissées et abandonnées sont déjà tombées en ruine.
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AVANT-POST DU DÉSERT
Un des aspects particulier de la kasbah que je trouvais assez irritant était que,
à chaque moment, un troupeau de moutons et de chèvres s’élançait à travers la rue
extrêmement contiguë, soulevant un nuage de poussière qui ne se dissipait pas avant
le passage d’un autre troupeau. Le bétail ne trottait jamais d’une manière ordinaire,
mais il s’élançait comme s’il était pourchassé par des loups. Ils n’étaient en fait, di-
rigés que par un petit garçon ou une petite ille. In ine, j’ai trouvé le courage de me
plaindre de ces assauts qui mettaient à mal la quiétude de notre échange. Mais mes
auditeurs n’arrivaient pas à comprendre la cause de mon irritation et m’ont fait savoir
que les animaux étaient conduits aux pâturages ou de retour à la bergerie. Leur expli-
cation manquait de conviction, ce qui me laissait déduire que les jeunes bergers riv-
alisaient à travers ces courses dans les rues de la kasbah en guise de divertissement.
J’ai enin quitté les coins des rues pour visiter certaines maisons de la kasbah
et j’ai appris au cours des conversations quelques faits essentiels sur le système ju-
ridique régissant les kasbahs locales. Des sujets «d’intérêt personnel»; tels le mar-
iage, le divorce, l’héritage ou la propriété privée, relevait de la juridiction du kadi
de Tagounite; c’est-à-dire le juge traditionnel de la loi islamique. Les délits, tels les
vols, les agressions ou les meurtres faisaient l’objet d’une enquête traitée par le caïd
à Tagounite; un agent séculaire nommé par le gouvernement, assumant sa fonction,
même dans sa forme classique, à l’instar d’un magistrat d’instruction en France.
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MHAMID-EL-GHOUZLANE
36. En 1982, un arrondissement a été crée à M’Hamid. Ainsi, les sujets auparavant renvoyés à
Tagounite sont désormais traités par le caïd à M’Hamid. Celui-ci procède à traiter, entre autres, les
problèmes et doléances des habitants. Les sujets d’« intérêts personnels », tels le divorce, le mariage,
et traités auparavant devant le juge de la loi islamique à Tagounite sont renvoyés à Zagora au tribu-
nal instauré à cet effet, Zagora étant la capitale de la région. De nouvelles tendances s’enracinent,
comme on assiste à un changement au niveau des mœurs. La jeune génération s’attache de moins en
moins aux anciens us et coutumes. Des cas de vols de chameaux restent fréquents. La consommation
d’alcool et de tabac est de plus en plus visible et constitue même l’habitude quotidienne de certains
habitants.
37. Non loin de cette mosquée se trouve une école mixte que fréquentent les illes aussi bien que les
garçons de la kasbah. C’est une école primaire. La scolarisation demeure gratuite. L’âge moyen pour
le mariage, en général s’est élevé à dix huit ans même si des cas particuliers de mariage avant cet âge
restent fréquents.
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AVANT-POST DU DÉSERT
Contre toute attente, elle était meublée: un tapis était déployé sur le sol nu,
une petite table se trouvait au milieu, un petit canapé sur lequel on m’avait invité à
m’asseoir et une paire de coussins qui servaient de places pour les autres invités au
grand déjeuner. Il y avait aussi deux lits de fer, et sur l’un d’entre eux, était entassée
une collection d’ameublements en ibre. La présence d’un invité au Maroc indui-
sait constamment l’invitation d’autres invités, et trois amis du chaouch s’étaient mis
également à table. Sans se joindre à nous, l’hôte s’était livré à superviser lui-même
les dispositions. Le repas était copieux et d’une qualité hautement surprenante; un
plat de viande de mouton avec des amandes, suivi d’un autre plat de couscous à base
de viande de mouton et de grands raisins. Les verres de thé à la menthe de rigueur
s’en suivaient. La personne qui a payé les frais du repas m’est restée méconnue. Mais
j’espérais que le caïd allait rembourser le chaouch pour l’argent qu’il avait dépensé,
car la nourriture que les invités avaient consommée, l’aurait probablement comblé
pour la semaine entière.
J’ai visité une ou deux autres kasbahs à M’Hamid et cela a conirmé mon im-
pression qu’elles n’avaient rien d’original ou authentique à offrir au niveau histori-
que ou architectural. Un ou deux traits les distinguaient de la plupart des autres
kasbahs que j’avais visitées. Elles étaient toutes anciennes et semblaient tirer leur
origine du début de la période de la dynastie alaouite; entre la in du 17ème siècle et
le début du 18ème siècle. Les kasbahs que j’avais visitées à Skoura appartenaient à
des particuliers ou à des fermiers héritiers de familles anciennes.
Les kasbahs de M’Hamid n’étaient des propriétés individuelles mais des struc-
tures communales, fondées et occupées par une tribu, et de ce fait, authentiquement
tribales. Certes cette réalité conférait aux kasbahs, une situation économique con-
fortable ou rétrograde, ou un statut plus ou moins démocratique, mais ce genre de
jugement demeurait l’un des plus délicats et sans importance. Les facteurs régissant
le mode de vie des kasbahs de M’Hamid, de Skoura et d’autres régions oasiennes,
étaient le climat, les types de travail disponible, la fertilité de la terre et par-dessus
tout, les coutumes et les règles héritées d’un passé islamique et mauresque ancien.
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MHAMID-EL-GHOUZLANE
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Je me rendais souvent à Skoura, qui est une palmeraie ou plutôt une oasis située
à une petite journée d’Ouarzazate, à travers un terrain vague, pierreux et longeant
dans sa grande partie le leuve Dadès. Mais je n’avais jamais éprouvé le désir d’y
rester. Partout au Sud du Haut Atlas, un nombre indéniable d’oasis ressemblaient à
Skoura. Cette ville n’avait aucune distinction ni charme particulier. Le plus célèbre
était son avant-poste à l’Est, Elkalaâ Mgouna, car elle comprenait de grandes planta-
tions de roses. A droite sur la principale route, se trouvait un édiice inconvenant de
couleur rouge et de style victorien avancé (mais de construction française); l’usine
où les leurs étaient transformées en attar la plus sollicitée des roses.
Cette région regorgeait de kasbahs, notamment le long des leuves Todra, Draâ
et Dadès, elles s’élevaient du sol comme des champignons après la tombée de la
pluie. Elles semblaient toutes pittoresques, mais assez nombreuses pour que le voya-
geur s’arrête pour visiter chacune d’entre elles. Les kasbahs à voir de la route prin-
cipale sur le chemin aller-retour à Skoura semblaient moins intéressantes que celles
d’Ouarzazate et de Tinghir. J’avais la ferme certitude que la région pullulait de kas-
bahs gigantesques, mais il était nécessaire d’entreprendre des expéditions spéciales à
partir de Skoura.A cette in, j’ai saisi les autorités à Rabat, pour intégrer Skoura dans
mon itinéraire, qui ont à leur tour sommé courtoisement le caïd local de me loger, en
l’absence d’hôtel dans la région.
Skoura est située dans la plaine, en pleine campagne, et hormis une douzaine de
boutiques villageoises, elle ne se composait que de la résidence du caïd, ses bureaux
et des gardes du corps. Le tout était construit par les Français dans un «style saharien
» typique, avec des portes frontales « berbères » théâtrales, des tours inclinées, des
crénelassions; en un mot, le type d’architecture rendu immortel par les ilms du Beau
Geste des années 192038. A mon arrivée à huit heures du matin, j’étais surpris par les
cohortes d’ânes, de chèvres, de mulets, de moutons et les gens à pied ou à bicyclette.
38. Au cours de ces dernières décennies, Skoura a connu un épanouissement remarquable au niveau
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Dans la petite cour en face des bureaux du caïd, une grande foule était en at-
tente. A l’intérieur, la salle d’entrée, regorgeait d’hommes patiemment accroupis par
terre, au point que l’espace était archicomble. Presque tout le monde, portait le vête-
ment du terroir; djellaba, turban et babouches. Quelques personnes âgées portaient
même des dagues argentées sur leurs hanches. Cette foule n’observait pas une grève
générale ni ne participait à un soulèvement populaire. C’était tout simplement le
jour du souk hebdomadaire, le marché, qui coïncidait par hasard avec le jour de mon
arrivée - le choix de ce jour n’était pas du tout judicieux. Partout au Maroc, les jours
de souk sont considérés comme un événement majeur, dans la vie de chaque localité
rurale. La ville ou le village où se tient le souk hebdomadaire devient par la force des
choses le marché pour toute la région. Chaque paysan, ils, père et peut-être femme,
vont au marché même si cela nécessite de parcourir une distance de vingt miles ou
plus, sur une mule, un âne, une bicyclette ou à pied. Le souk n’est pas seulement un
lieu de vente et d’achat, mais aussi un lieu d’accueil des proches, des amis et surtout
un lieu d’échange et de bavardage.
Bien qu’une minorité seulement ait la chance de voir le caïd, avec un mince
espoir d’exposer ses problèmes, il y avait toujours des cheikhs et autres hommes
d’honneur que le caïd était obligé de recevoir personnellement. Ainsi, une visite qui
coïncide avec le jour du souk ne ferait point plaisir au caïd débordé. Contre toute
attente, le caïd m’accueillit sur le champ, et me prévint que dans sa résidence au-
delà de la rue, un mokhazni allait me servir le petit déjeuner. Il m’a aussi demandé
si je désirais visiter les kasbahs, il s’arrangerait pour qu’un guide m’emmène visiter
une kasbah dans la matiné[Link] pourrait admettre sur le champ que, dans un rayon de
vingt miles environ autour de Skoura, certaines kasbahs étaient très agréables. Il était
impossible d’obtenir des données historiques ou artistiques précises à leur propos et
une archive exact, une trace écrite semblait inexistante. Pourtant, des experts mod-
ernes, sont unanimes sur le fait que l’architecture des kasbahs de Skoura relétait le
style berbère imité de Sijilmassa; l’ancienne capitale du désert, sur le même site que
la ville de Risani aujourd’hui.
Ces kasbahs étaient construites dans le même style qu’au 15ème et 16ème siè-
cles, bien longtemps après la disparition de Sijilmassa. Celle-ci, dans sa forme la
plus moderne de Risani; lieu de naissance de la famille alaouite actuelle, était une
capitale occidentale, d’une certaine importance, mais on ignorait une grande partie
de son histoire ancienne. Il semble que la tribu Botr des Berbères Miknassa, s’était
établie là-bas au milieu du 8ème siècle.
urbanistique et touristique. Elle regorge d’une variété de maisons d’hôtes bien équipées et aux normes
d’hôtels bien classés.
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Entre 772 et 977 AD. elle était gouvernée par la tribu Banu Midrar, devenue
un centre jouissant d’une certaine aura politique et économique. Située au bord du
désert, elle servait de poste de relais convenable pour les caravanes, et hébergeait
des commerçants ou leurs agents venant de l’orient. Elle était aussi un centre pour
les pèlerins en route à la Mecque, ce qui lui a permis de développer une notoriété
religieuse distinctive, ainsi que sa propre identité culturelle. Au milieu du 11ème
siècle, elle a été conquise par Abdallah Ibn Yassin, l’un des fondateurs de la dynas-
tie des Almoravides. Deux cent ans après, elle a été prise par les Béni Marins, ou la
dynastie des Mérinides. Entre le 8ème et le 11ème siècle, elle s’est déclarée capitale
d’un royaume indépendant, qui s’étendait aussi loin que le leuve Draâ au Sud et la
ville de Fès au Nord. Les raisons de sa disparition à la in du 14ème siècle ne sont
pas nettement claires, bien qu’on considère que c’était dû à l’écroulement du barrage
principal sur le leuve Ziz. Le fondement de la kasbah de Risani (au cœur de l’anci-
enne Sijilmassa) par la nouvelle dynastie alaouite au milieu du 17ème siècle, était à
l’origine de son rétablissement.
On dit que Skoura est la première oasis dans laquelle les exilés du Sijilmas-
sa trouvaient refuge, et c’est là qu’ils continuèrent à imiter le style qu’ils avaient
développé dans leur capitale d’origine. Aussi, on dit que les habitants de Skoura
avaient hérité de Sijilmassa la igure de parole relevant de « la ville », dès lors qu’ils
y régnèrent ainsi que leurs habitudes plus rafinées que celles, assez rudes, des gens
des autres oasis. Un aspect distinctif des kasbahs de Skoura, comme dans la plupart
des kasbahs du Sud, est le « contraste », pour ne pas dire la contradiction qu’elles
révèlent entre leurs façades externes et internes.
Les maisons privées dans les villes marocaines n’ont, en pratique jamais, une
façade propre à la manière européenne, mais seulement des murs sans fenêtres. A
l’intérieur cependant, elles ont des patios hautement ornés, enrichis par des piliers
et des colonnades arquées, des linteaux en bois sculpté et d’autres exemples d’un
décor architectural prodigue. Pourtant, les kasbahs du Sud du Haut Atlas sont, en
apparence, l’un des édiices les plus impressionnants encore en existence. Avec leurs
remparts, les toits crénelés, les tours efilées, le plan global complexe, la splendeur
et la majesté, elles sont comparables aux châteaux médiévaux les plus remarquables
en Europe et au Moyen Orient. Cependant, une fois les façades au style romantique
franchies, vous vous trouvez dans un monde différent. Comme la plupart des kasbahs
sont construites en pisé, leurs murs sont souvent issurés et il est vraisemblable que
des tas de blocaille poussiéreuse traînent partout, non seulement au grand air, mais à
l’intérieur des structures, supposées constituer des salles.
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Au lieu d’un plan bien déini, comme ce fut le cas dans les maisons des villes,
avec un patio interne, la plupart des kasbahs se déclinent en une série accidentelle
de petites cours, de passages détournés et de coins obscurs, de salles établies comme
par hasard. Bien qu’il existe un but pratique derrière cette apparente absence de plan,
l’esthétique entre à peine en jeu. La présence inévitable du bétail à l’intérieur de la
kasbah élimine toute frontière entre les êtres humains et les animaux. Une chèvre, un
mouton ou des poulets se présentent aussi d’une manière naturelle dans une salle de
séjour qu’un enfant, un chien ou un chat. A l’exception de quelques kasbahs isolées,
propriétés de cheikhs très cossus ou magnats, tel el-Glaoui, les kasbahs qui ennoblis-
sent le paysage de ces oasis, se présentent sous forme de façades imposantes, avec
salles et passages, témoin de la frugalité dans tous ses états. Un constat de taille était
l’absence lagrante de meubles ou de toutes autres commodités. Mais les gens qui
habitent dans ces milieux modestes cultivent un sens de l’hospitalité extraordinaire
et une dignité irréprochable, archétype d’un mode de vie marocain au passé.
Toundoute était l’une des kasbahs les plus majestueuses de Skoura. Elle constit-
uait justement un maillon dans la chaîne étendue des conglomérations des édiices
semblables à un château, chacun d’entre eux était en fait une kasbah à part entière,
visible de ces voisines, mais tout à fait isolées. Toutes ces kasbahs ressemblaient à
des petites villes médiévales, plutôt qu’à des domaines particuliers. Elles avaient
toutes des murailles protectrices et un grand nombre de tours. Mais celles-ci étaient
rarement plus hautes que les bâtiments qu’elles étaient censées surveiller. Comme
toutes les kasbahs mauresques, elles avaient seulement des tours à angles droits, et
non les tours rondes, spéciiques à tant de châteaux européens et à certains édiices
du Moyen Orient. La kasbah de Toundoute était la propriété du Thami-el-Glaoui,
le pasha de Marrakech. Mais après l’achèvement de l’Indépendance du Maroc, elle
lui avait été conisqué au proit du gouvernement. Le Glaoui devait l’avoir spolié à
son ancien propriétaire; cette modalité d’acquisition n’était pas rare au il de l’his-
toire mauresque. Ses tours massives et ses crènelassions de couleur blanche lui con-
féraient un certain rapport avec la kasbah du Glaoui à Telouate.
Mon guide était un jeune de dix huit ans, choisi par le caïd, pour sa parfaite
connaissance de la kasbah. Etant Berbère, il ne parlait presque pas la langue arabe
et seulement une douzaine de mots de français. Sa présence n’était pas, à vrai dire,
nécessaire. Comme à Toundoute, les notables locaux, que le caïd avait prévenus de
ma visite imminente m’attendaient déjà. En entrant à travers une grande porte avec
entrée libre, ma voiture avait fait halte dans un endroit qui s’apparentait à une cour
de cérémonie, bordée de bâtiments à l’air solide, d’un style plus imposant que ceux
de la majorité des kasbahs.
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Mon jeune guide a salué mes hôtes, le cheikh et quelques notables, vêtus de
djellabas blanches et turbans, avec un baise-main, en s’inclinant profondément
devant eux. Parmi l’assemblée, un mokhazni nommé gardien du domaine par les
autorités, habillé d’un pantalon et d’une chemise kaki, se distinguait des autres. Le
jeune garçon l’a salué avec révérence et l’agent d’autorité a réagi avec une étreinte.
Le gardien n’était autre que le père du jeune, qui revenait juste à la maison, après les
mois d’absence des vacances scolaires d’été. La kasbah était censée avoir cent vingt
ans, mais elle était probablement plus récente. La date n’importait guère, car toutes
les grandes kasbahs, quelle que fut la date de leur fondation, étaient bien similaires.
Lors d’un après-midi, j’ai fait un tour dans la kasbah d’un cheikh, de style mod-
erne, située à quelques miles du Skoura. Il a abandonné le mode vestimentaire au-
tochtone; un comportement qui n’était pas légion parmi les propriétaires fonciers de
la région. Le cheikh portait un blue-jeans, une chemise moderne et des sandales au
lieu des babouches habituelles. La kasbah qu’il avait héritée de son père était grande
et se composait d’un nombre de bâtiments à tours, avec un style traditionnel. Elle
renfermait une annexe de surcroît peu habituelle et qui valait la peine.
39. Dès l’Indépendance, cette kasbah a été désertée et abandonnée. Le mokhazni, nommé gardien de
la kasbah a quitté les lieux dès 2007. Faute d’entretien, de travaux de restauration et de réhabilitation,
elle a commencé à tomber en ruine. En fait toute sa toiture s’est effondrée. Ses portes et ses fenêtres
ont été enlevées. Sa porte frontale a été bloquée par une planche pour empêcher toute entrée dans ce
domaine.
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D’un côté de la kasbah, un grand jardin où des palmiers dattiers, pêchers, igui-
ers, orangers et citronniers avaient été soigneusement plantés, constituaient le jardin
personnel du propriétaire, mais il ne faisait pas partie de ses plus grandes plantations
commerciales. Un petit pavillon moderne, donnant sur ce verger attrayant, compre-
nait une terrasse couverte d’un toit avec une salle avoisinante, construite en brique
au lieu du pisé. Il semblait que ce dispositif était excellent, car il permettait à son
propriétaire, de jouir de la beauté et de la fraîcheur de son jardin, tout en se re-
posant agréablement à l’ombre. Peu de propriétaires de kasbahs, pouvaient se vanter
d’un tel agencement gai, occidental et moderne, plutôt que berbère et traditionnel.
L’homme en question n’a éprouvé aucun désir de me faire visiter la kasbah de ses
ancêtres, mais il m’a emmené tout droit à son charmant «pavillon », comme il nom-
mait la nouvelle salle et la terrasse. Le cheikh préparait du thé à la menthe, pendant
que j’étais assis sur un tapis sur le sol de la terrasse, Le plateau, la théière, la menthe,
la boite de thé vert de Chine, le sucre et les verres, avaient été rapportés par son ils,
portant un vêtement de coton troué, en deçà de ses genoux. Le thé à la menthe est en
fait un excellent breuvage, au goût agréable et hygiénique, mais je ne pouvais pas
prendre plus de quelques verres par jour.
Il arrive certains jours qu’une vingtaine de verres avaient été placés devant moi,
toujours bouillants et sucrés comme la mélasse. Dans une température au-dessus
de cent degrés et après avoir bu quelques verres de thé à la menthe, il me fallait
me contraindre à ne pas enfreindre l’étiquette nationale en déclinant d’autres offres,
sinon une ou deux petites gorgées de chaque verre. Mon conducteur, par contre,
n’avait jamais refusé aucun verre du breuvage et il a parfois dû en boire plus de deux
douzaines - peut être l’une des raisons pour lesquelles ses dents étaient gris-bruns.
Il ne sortait pas du lot, car bon nombre de marocains avaient des dents très pauvres,
apparemment en raison de la consommation excessive du thé sucré, ce qui impliquait
que leurs dentures soient rarement exemptes de dépôts de sucre.
Bientôt, le ils a ramené une casserole d’eau fumante que son père a versé dans
la petite théière où il avait déjà mis les feuilles de thé, du sucre et des tiges de menthe
verte. Il avait fait mijoter tous ces ingrédients à mains nues, ayant négligé d’observ-
er une habitude mauresque que les personnes de la vieille génération respectaient
toujours, il n’avait pas lavé ses mains apparemment sales. C’était une violation rare
de l’étiquette indigène, car les mauresques sont scrupuleux à propos de la propreté
des mains, avant la préparation ou la consommation d’un repas. Quelques minutes
après, il tenait à verser du thé dans les verres, l’un d’eux m’a été remis par son ils.
En général, le thé à la menthe est d’une couleur jaune verte et tout à fait transparente.
Mais dans le cas actuel, le mien paraissait si crotté qu’il était impossible de voir à
travers le verre. Mais, je suis parvenu à gober un peu de la fange verte que je ne pou-
vais m’empêcher de regarder comme une offense de mon hôte.
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kasbah Ait Haddou
L’une des kasbahs de Skoura que je gardais en mémoire était celle d’Ait Had-
dou, fondée par le berbère Muhammad Bou Zigli il y a plus de cent ans, et dont
plus de quarante descendants y habitaient encore. Les dattes n’étaient pas le produit
agricole qui constituait la base de leur nourriture comme il était de coutume ailleurs,
mais les amandes. Au niveau architectural, il semblait que la kasbah n’avait aucun
attrait particulier. Avant d’arriver aux salles de séjour, je passai par un vestibule en
face, abondant en moutons, chèvres et poulets. L’aspect très caractéristique et peu
habituel d’Ait Haddou, était le statut et la beauté de ses femmes. Au Maroc générale-
ment, à l’exception de cercles très restreints dans les villes, les femmes ne côtoient
pas les hommes dans la société, si bien que les cérémonies sociales, tels les dîners
et les grands déjeuners, sont exclusivement masculins. Les femmes arabes restent
encore presque constamment voilées.
Les femmes berbères, même si elles sont généralement sans voile, s’associent
avec leurs concitoyennes, mais elles se manifestaient rarement en présence d’un
étranger. Le pacte de ségrégation des sexes est en général plus rigide parmi la popula-
tion des kasbahs du Sud qu’ailleurs. Par conséquent, il était surprenant d’apercevoir
la liberté de mouvement dont jouissaient les femmes à Ait Haddou. Non seulement
elles s’associaient librement avec les gens, mais elles paraissaient complètement in-
sensibles à la présence d’un étranger. Avant mon arrivée à Ait Haddou, on m’avait
souflé, que ses femmes étaient d’une beauté extraordinaire. Une fois sur place, j’ai
pu conirmer cette réalité. Partout, les femmes bougeaient librement en groupes, et
s’adonnaient à cœur joie au bavardage, à la manière des groupes d’hommes d’autres
kasbahs.
Elles me regardaient impudemment droit dans les yeux sans aucune touche de
timidité, à l’encontre de la majorité des femmes [Link]’on m’a présenté
à plusieurs d’entre elles, elles serraient ma main avec l’aisance spéciique d’une
hôtesse occidentale et la simplicité d’une femme « développée », sans baisser les
yeux, ni rire avec embarras. Au cours de notre conversation plutôt sommaire, (elles
parlaient seulement le berbère), lorsque je les regardais directement, elles ne détour-
naient pas naturellement leurs regards, comme si j’étais un membre de leur propre
famille. Certaines d’entre elles étaient très jolies, grosses et leurs jolis visages étaient
mis en valeur par leurs tenues traditionnelles et multicolores. Aux grands yeux noirs,
avec des petits nez, des lèvres joliment taillées, et les conigurations bien portantes,
certaines d’entre elles étaient d’une beauté que je n’avais jamais vue ailleurs. Leur
tenue de reine les rendait parmi les femmes les plus séduisantes du monde.
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En 1966, une grande partie du Maroc avait subi une rude sécheresse et, la récolte
était exceptionnellement pauvre, peut-être pas plus de vingt pourcent du taux nor-
mal. Néanmoins, les fermiers du Sud, qui avaient des terres cultivables aux bords du
leuve, avaient moins de raison de se plaindre car ils dépendaient de l’eau du leuve
pour l’irrigation et non pas uniquement de la pluie. La récolte du blé était bonne,
les pêchers et les iguiers étaient prometteurs et les amandes, qui étaient dans leur
phase inale, ne sortaient pas du lot. Cependant, la principale source de la richesse,
n’était autre que les dattes, la cueillette se déroulait aux mois d’Octobre et Novem-
bre, elles avaient encore une couleur jaune ocre plutôt que brune. Mais, elles étaient
déjà grosses et bien prometteuses. Mon invité était un homme aisé, au point d’em-
ployer six journaliers pour travailler la terre.
Ses propres ils ne travaillaient pas à plein temps à la ferme; ils étaient seule-
ment engagés pendant les périodes de récolte. Deux d’entre eux travaillaient à Rabat
en tant qu’artisans, mais ils passaient leurs vacances d’été à la maison, s’occupant
de la terre de leur père. Le fait d’exercer un travail régulier, souvent à Rabat ou
Casablanca et de s’engager dans une activité agricole de courte durée, était une par-
ticularité de la politique économique du Sud du pays. La kasbah du cheikh s’étendait
sur une vaste supericie, avec des tours et des cours appropriées. A l’intérieur, elle
ne dégageait pas l’image de l’anarchie habituelle, attestée par les coins obscurs, les
tas de blocaille et les salles désertes. A la place, il y avait de véritables chambres et
à l’aide d’un escalier proprement construit, nous atteignîmes une salle, où plusieurs
hommes de la région étaient déjà réunis. Aussitôt assis, le thé à la menthe était servi,
ainsi qu’un plateau d’amandes et du pain nouvellement cuit. D’énormes morceaux
de beurre et de miel avaient été ajoutés. Le miel leurait comme baume. Il était seule-
ment huit heures et demi du matin mais, aussitôt après avoir pris mon verre de thé,
l’un des ils du cheikh avait ramené un grand plat de six poulets grillés à l’huile et
des oignons; cela paraissait fort appétissant.
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SKOURA
L’hospitalité, comme je l’avais déjà mentionnée, était l’une des coutumes les
plus pérennes de la vie mauresque. Durant mes trois mois de visite par an au Maroc,
j’avais reçu autant d’invitations au déjeuner et au dîner que j’en aurais reçu en Cal-
ifornie ou à Londres au cours de plusieurs années. Mes repas de type américain ou
anglais étaient toujours de trois services.
Au Maroc, ils étaient rarement en deçà du double et d’autant plus dans la région
de Skoura où j’essayais de décliner les invitations aux repas, il m’était impossi-
ble d’échapper aux exigences de l’hospitalité. Certains repas qui m’étaient offerts,
semblaient avoir été préparés immédiatement, sans aucune considération pour les
contraintes du temps de mon arrivée, que ce soit tôt le matin ou tard dans la soirée.
Comme je n’avais jamais été habitué à manger un repas copieux pour le petit déje-
uner, je regardais les poulets fumants sans enthousiasme excessif, bien que l’odeur
fût très alléchante.40Quand même, je m’évertuais à tirer occasionnellement des tous
petits morceaux du plat. Mon chauffeur, par contre faisait bien honneur aux oiseaux.
Bien qu’il ait pris un déjeuner très consistant juste une heure plus tôt, il parvenait
encore à manger tout un poulet en un clin d’œil. De la manière la plus convaincante
dont j’étais capable, j’ai afirmé que j’avais reçu l’ordre du médecin de faire la diète.
Mon hôte accepta courtoisement mon excuse et il n’exerça aucune sorte de pression
lorsqu’on servit un bol de couscous bien garni. Du fait de toute cette prodigalité,
presque tout le temps à ma disposition s’était dissipé au «petit déjeuner » et je n’ai
pu consacrer qu’un bref regard à cette kasbah, totalement authentique, au niveau de
son plan et de son design même si elle n’était pas traditionnellement bien entretenue.
kasbah Lahsoune
40. Cette kasbah a été désertée en 2007. Ses murailles et tours, encore bien solides, se dressent encore.
Quand même, des travaux de réhabilitation demeurent nécessaires pour assurer son maintien encore
pour longtemps. Chacun des membres de cette famille, héritière de cette kasbah, a procédé à la con-
struction de sa nouvelle demeure tout près de la kasbah.
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AUTHENTICITE ET MODERNITE
A mon arrivé, à une heure trente, au bureau du caïd, la plupart des fonctionnaires
étaient déjà partis pour le déjeuner et le caïd m’attendait en compagnie de deux hauts
fonctionnaires; « Il y a un bon moment qu’on vous attend», étaient ces premiers
mots; «nous allons immédiatement partir à Lahsoune ». Je n’ai même pas eu le temps
de déposer mon bagage dans ma chambre, que nous sommes partis vers la kasbah;
le caïd et moi-même dans ma voiture et, ses compagnons dans la sienne. Guidés par
trois experts, je croyais que je serais capable, cette fois-ci, de me procurer quelques
informations précises à propos de la kasbah. Je savais déjà qu’elle était presque âgée
d’un siècle et qu’elle avait été le lieu de résidence du khalifa d’el-Glaoui; à savoir
son cousin Ahmed Ousaid Glaoui.
A la grande porte frontale, le cheikh local nous salua et nous avons été emmenés
vers la petite salle donnant sur le patio. A ma surprise, la salle était bien meublée,
de plusieurs tapis et de coussins de couleur velours - peu typique pour une kasbah
déserte 41. A ma demande de revisiter le reste de la kasbah, mes compagnons se
mirent à rire, et le caïd me it savoir qu’on m’invitait pour déjeuner. J’ai eu beau
réitéré notre conversation téléphonique, tous mes efforts étaient vains, et nous nous
installâmes sur les coussins et les tapis. Au même moment, un serveur apporta un
plat de méchoui ou d’agneau rôti, au grand plaisir de mes compagnons, suivi d’un
plat de poulets et d’un autre de viande, de légumes et le traditionnel couscous. Mais
je n’ai pas goûté un morceau de ce repas typique et traditionnel. Dans la tradition
mauresque, il était bien entendu primordial « d’honorer » un invité en le servant en
abondance, sans égard pour l’objet réel de sa visite.
41. Connue à Skoura sous le non « Dar Chair », « maison de l’orge », cette kasbah a été délaissée et
désertée depuis l’Indépendance. Une grande partie de ses murailles, toitures et boiseries est tombée
en ruine et parsemée par terre. Juste deux de ses tours se dressent encore mais elles risquent de s’ef-
fondrer au il du temps par l’effet du vent ou de la pluie car elles sont issurées à plusieurs endroits.
Son grand jardin n’est plus entretenu comme auparavant. Un gardien, qui habite à proximité, tient sa
sentinelle. Elle constitue malgré tout un lieu de visite pour les touristes qui se rendent dans la région.
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SKOURA
Le caïd et ses amis savouraient chaque instant et mon but d’étudier la kasbah
était plus ou moins négligé. Après avoir pris le déjeuner et le thé à la menthe, nous
avons quitté les coussins de velours et les tapis du Haut Atlas pour regagner la porte
frontale où les voitures et les conducteurs bien rassasiés nous attendaient. Heureuse-
ment que la kasbah Lahsoune ne suscitait pas beaucoup ma curiosité, sinon j’aurais
regretté amèrement toutes ces heures perdues.
kasbah-Bin-Chihab
La kasbah Bin Chihab42, plus grande que la plupart des kasbahs, était également
façonnée de manière plus cohérente. Ses quatre tours de coins, toutes de même hau-
teur (doucement efilées) étaient subtilement proportionnées. Elles étaient bien plus
hautes par rapport à la petite tour qui composait le centre de la façade principale et
la petite tour massive, qui constituait l’aile de l’édiice avoisinant. Les proportions
des quatre tours de coins en relation avec l’édiice sur lequel elles veillaient étaient
appropriées. La kasbah, bâtie sur un terrain légèrement élevé et entourée de murs de
tailles diverses et d’un cercle externe de palmiers, créait une harmonie d’une archi-
tecture rare aux traits naturels.
A l’intérieur, j’ai été introduit dans un jardin patio fortement vert, frais et om-
bragé, sous des arbres plantés en masse, avec de grosses oranges encore vertes.
Avant d’arriver au patio, nous passâmes par la porte d’entrée, où se trouvaient une
population gaie, d’ânes, de moutons, de chèvres et de poulets qui était l’avant-garde
traditionnelle d’une kasbah. La cour, même si elle était pleine d’animaux, et sans
doute balayée avant ma visite, était d’une propreté inattendue. Mon hôte, Muham-
mad-bin-Chihab, était un ancien cheikh, il portait une djellaba trouée et un turban usé
sur sa tête. Cependant, il s’évertuait, d’une manière ou d’une autre, d’avoir l’air de
jouir d’une honnête aisance. Même s’il était de petite stature, il se comportait avec
une dignité simple et faisait preuve de la courtoisie typique de ceux nés et élevés
dans les kasbahs du Sud.
42. Cette kasbah s’intitule kasbah-bin-Chihab et non pas «kasbah-Ben-chhb comme l’auteur l’a
rapporté, en omettant les voyelles.
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AUTHENTICITE ET MODERNITE
La salle donnant sur le patio dans lequel nous étions assis, n’avait aucun meuble
mais le sol était garni de couvertures multicolores, connues sous le nom de « Gla-
was». Le toit était enduit de cercles inexplicables et de longues lignes de différentes
couleurs. Le plan entier, même s’il s’inspirait indistinctement des origines maur-
esques, avait de fortes afinités avec des abstractions modernes de l’Ouest. Il s’avérait
qu’un peintre local était derrière ce type d’ouvrage, mais mon hôte ignorait totalement
la raison de ce choix. La kasbah, construite par l’un de ses ancêtres, était sa maison
personnelle et celle de ses frères avec leurs familles; en tout, vingt cinq personnes.
Même s’il était Arabe, son père avait été marié avec une « étrangère »; à savoir une
Berbère d’Ouarzazate. Il s’était lui marié avec l’une de ses propres cousines. Une fois
encore, ma visite se passait tôt le matin, mais aussitôt que nous nous fûmes assis sur
les tapis, du thé à la menthe fût apporté avec des dattes fraichement cueillies. (Cette
visite s’était passée en automne 1967, et non au cœur de l’été de l’année précédente).
Il avait aussi plusieurs illes, toutes mariées, «naturellement avec des Arabes».
Chaque noce lui avait coûté environ cinq cent dirhams (cent dollars ou quarante
livres sterling). Lorsque je m’apprêtais à partir, le ils de mon hôte s’éclipsa un mo-
ment pour m’apporter un panier de dattes. Je savais que je ne pouvais pas refuser le
présent au risque de blesser les donateurs. Il devait y avoir au moins l’équivalent de
cinq livres sterling pour ces dattes.
43. Cette kasbah, sise sur la rive droite du leuve Drâa, est totalement démolie. En 1986-1989, à
l’issue de la construction du barrage « El Mansour Eddahbi », cette kasbah a été totalement rasée de
fond en comble. Tous les arbres et champs qui l’entouraient ont été enlevés. Les six villages qui se
trouvaient le long de ce leuve, ont été déplacés. Les familles étaient sommées de quitter ces lieux. A
cet effet, on a octroyé à chaque famille un lot de terrain le long de la route menant à Ouarzazate. C’est
ainsi que le village appelé actuellement « Idlssane » a vu le jour. Contraint de quitter sa kasbah, lieu
de ses ancêtres, Muhammed-bin- Chihab, de l’avis de l’un de ses neveux que j’ai pu rencontrer lors
de ma visite de la région, est tombé grièvement malade et est mort peu après.
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Commande N° 270075 [Link]
SKOURA
J’ai visité nombres de kasbahs dans la région de Skoura dans la tentative de les
décrire toutes. Mais un ou deux aspects communs à la plupart d’entre elles, devraient
être mentionnés. J’avais procédé à décrire seulement les grandes kasbahs, propriétées
de personnes un peu riches, mais un nombre inestimable de kasbahs appartenait aux
gens qui auraient été décrits dans le monde occidental comme pauvres, voire presque
mendiants. Contrairement à certaines grandes kasbahs, celles-ci n’avaient aucun ar-
rière-jardin patio, même pas un oranger ou un groupe de géraniums. On y trouvait à
peine de vraies salles; seulement de petits espaces entourés de murs, tantôt couverts
d’un toit, tantôt à ciel ouvert. A l’intérieur, vous pouviez tomber sur d’autres hab-
itants, mais aussi des moutons, des mulets, ou du bétail. Au lieu de passer à travers
une porte, et le long d’un passage vers une espèce de cour, vous vous trouviez dans
un type de tunnel sombre ou dans une salle où une vieille femme accroupie broyait
à l’aide d’une pierre ou d’un marteau les coques rudes des amandes. Comme il est
de coutume dans les kasbahs berbères, les femmes travaillaient aussi dur que les
hommes.
Les enfants ne faisaient pas exception et c’étaient souvent les jeunes qui aid-
aient le plus à la récolte des dattes. Un homme ou un garçon était obligé de grimper
seul le tronc du palmier sans aucune aide, juste muni d’un couteau entre ses dents
pour s’en servir. Une fois le sommet atteint, il devait attacher une corde à ses bottes et
après les avoir coupées du tronc à l’aide de son couteau, il rabaissait la lourde charge
au sol. Il pouvait jeter en bas les bottes des dattes subordonnées ou prématurées pour
être rattrapées par les assistants ou ramassées du sol. La culture des dattes était non
seulement la principale ressource économique dans le district de Skoura mais aussi
dans la plupart des kasbahs du Sud. Les dattes, bien entendu, sont l’un des fruits les
plus nutritifs et constituent l’alimentation essentielle de la majorité des habitants du
Sud pendant plusieurs mois de l’année. La datte n’était pas d’origine marocaine; elle
avait poussé pour la première fois dans un pays arabe qui est probablement l’Irak.
Des fragments de palmiers dattiers avaient été découverts dans les patries des
Sumériens, qui vécurent huit mille ans avant. Le palmier dattier était l’un des plus
anciens arbres cultivés; il avait été planté quatre mille ans avant par les Babyloniens
puis par les Assyriens et les Phéniciens. La datte avait été introduite au Maroc au
cours des conquêtes arabes durant les septième et douzième siècles et introduite (par
les Espagnols) au Mexique, Pérou, Californie et en Floride, seulement à la in du dix
huitième siècle. Les dattes ne sont apparues en Europe du Nord, que le siècle dernier,
par des missionnaires de retour de l’Afrique du Nord. Elles n’ont été introduites en
Angleterre qu’au début du vingtième siècle.
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Commande N° 270075 [Link]
AUTHENTICITE ET MODERNITE
Pendant les bonnes saisons, chacun travaillait la terre sans heures ixes, hormis
le Vendredi, considéré jour saint, et dont une partie de la journée était consacrée à
la mosquée. Les grandes fêtes religieuses sont aussi considérées comme jours de
vacances. Le jeûne, durant le mois de ramadan, est naturellement observé avec la
soumission la plus ferme. Aucun homme ou femme n’aurait songé boire ou manger
durant les heures entre la disparition et la réapparition de la lune. Excepté les jours de
fêtes et les saisons de loisirs, les gens travaillaient la terre et s’attachaient encore aux
coutumes héritées du passé de la même manière qu’elles avaient été observées par
leurs ancêtres pendant d’innombrables siècles. Les outils utilisés pour l’agriculture,
les méthodes de travail, les vêtements qu’ils portaient, les fruits et les légumes qu’ils
cultivaient, tout ceci avait à peine changé au cours des mille dernières années.
Partout où une parcelle de terre était destinée à la culture des céréales, elle
était soulevée à l’aide d’une charrue primitive, tirée inévitablement par un chameau
et un âne (ou une mule). Parmi la jeune population, de nouvelles tendances et habi-
tudes commençaient à voir le jour. Mais, le mode de vie était encore déterminé par
l’ancienne génération, qui admettait les mœurs tracés par la croyance religieuse et les
normes tribales.
44. La récolte dattière a enregistré ces dernières années au Maroc une forte baisse. A l’heure actuelle,
le Maroc produit moins de trente cinq mille tonnes de dattes chaque année. Ceci est attribué, entre
autres, à la sécheresse, l’insufisance des ressources en eaux, la maladie affectant les palmiers, l’ex-
igüité des terrains irrigués. Ainsi, Le Maroc, recourt à l’importation de cette riche alimentation, pour
subvenir à ses besoins en la matière.
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Commande N° 270075 [Link]
SKOURA
Les parties hautes des tours, étaient égayées par des encarts sous forme d’arcs
élancés ou de fenêtres «aveugles» et d’autres représentations modelées avec ruse.
Le bâtiment central et certaines tours plus basses permettaient de voir une suite
d’arcs séparés ou reliés ensemble par de grandes colonnes modelées. A côté de ces
embellissements en forme de voûte, la façade était aussi illuminée par des bandes
étroites de dessins élaborés en argile, ayant la igure des encarts de briques. Ces
igures de «briques » poussées en avant et fuyantes, étaient apparemment dérivées
des modèles mésopotamiens et perses, et auraient probablement émanés de l’Andal-
ousie à Sijilmassa qui était le berceau originel du style, ou au moins des décorations
encore communes à Skoura.
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Commande N° 270075 [Link]
BURG MOYENNAGEUX
Que ces angles soient carrés, triangulaires ou d’un modèle en zigzags, tous ces
embellissements avaient comme points d’application des alignements essentielle-
ment droits et des angles distinctifs, et n’avaient pas de motifs circulaires ou ovales
- Une limitation imposée par l’utilisation de briques dans les plans originaux au
Moyen Orient. Grâce à ces ornements ingénieux, Amridil avait une qualité artistique
rarement achevée dans les autres kasbahs. Le fait de réitérer la phrase « elle est âgée
d’un siècle » aurait dû me rendre sceptique, mais comme j’ai été assuré par ses pro-
priétaires qu’Amridil était âgé de cent ans, j’ai considéré cette afirmation comme
exacte dès le début.
Mais plus tard, j’ai découvert à l’aide de registres oficiels, comme ils en exist-
ent encore, que la kasbah n’avait été construite que récemment, en 1911, ce qui ren-
dait la pureté de tout son style plus étonnant, ainsi que le fait d’échapper totalement
aux mécanismes modernes et étrangers, comme ceux qu’on trouve assez souvent
dans les kasbahs d’el-Glaoui. Amridil avait été construite par si M’Hamed Lfqih, «
mon ancêtre », comme le nommait le propriétaire actuel, Si Ahmed-bin-M’Hamed.
C’était probablement son propre père, car le monsieur qui m’a donné cette informa-
tion avait un certain âge, et il avait certainement dû vivre le processus de construc-
tion d’Amridil. Les questions liées à l’âge, aux dates sont, ici comme ailleurs au Sud,
traitées avec une nonchalance très étonnante.
Mon hôte habitait dans la partie centrale de la kasbah. Ses trois ou quatre frères
habitaient dans les autres ailes. En tout, on dit qu’une cinquantaine de personnes
habitaient dans son domaine. A l’intérieur d’Amridil, j’ai été emmené à travers plu-
sieurs vestibules extrêmement primitifs et il m’a fallu monter des escaliers pénible-
ment raides avant d’arriver aux toits des bâtiments ou aux sommets des tours, pour
admirer la scène d’alentour. A la in du périple, après une autre ascension épuisante,
nous arrivâmes dans une petite salle en haut de la kasbah. C’était le cabinet d’études
du petit ils du propriétaire; un jeune de dix huit ou dix neuf ans, qui parlait un peu
français et qui avait reçu une éducation moderne dans un lycée d’une ville du Nord.
L’hôte lui-même était extrêmement réservé et il avait à peine prononcé un mot. Il a
passé outre les services d’un hôte à son petit-ils Naciri. Ce jeune homme avait man-
ifestement les aptitudes d’un savant.
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Commande N° 270075 [Link]
SKOURA
Ma visite constituait évidement une bonne opportunité pour une réunion sociale
autour d’un pot de café et de thé à la menthe. Nous étions environ une douzaine
de personnes. Certains hommes d’un certain âge étaient probablement les frères de
l’hôte. Nous avons tous ôtés nos chaussures avant de nous asseoir, exception faite de
mon chauffeur qui me servait de guide, et du caïd. Hormis la beauté de la kasbah et
le comportement émérite de ses habitants, nul doute que ces gens vivaient dans l’ex-
trême pauvreté et se contentaient du minimum pour vivre45. Les personnes présentes
portaient des djellabas démesurées, et même la salle, considérée comme la meilleure,
pour recevoir les invités, n’avait presque pas de meubles, et des tas de blocaille de
boue traînaient partout et même à l’intérieur. Lors de mon départ, le petit ils m’a
conduit en bas des escaliers et à travers les cours vers ma voiture. Son grand père et
les autres hommes d’un certain âge formaient une sorte de cortège. Ils étaient restés
debout devant la splendide façade de la kasbah jusqu’à la disparition de ma voiture
au coin d’une rue. Ce soir même, au dîner, le caïd, mon hôte à Skoura, m’avait fait
cadeau d’une boite d’allumettes portant un dessin coloré d’Amridil.
Quelques mois après, j’ai reçu un appel téléphonique de Naciri; le jeune sa-
vant d’Amridil qui voulait me rencontrer. Il devait passer un jour à Marrakech, ma
ville de résidence. Il arriva une heure après, n’était pas habillé en shirt, pantalons et
babouches, mais il portait un costume de ville et des chaussures, tous assez élimés.
Au cours de notre conversation, j’ai appris qu’il était en route vers Casablanca où il
allait habiter avec un grand frère pour poursuivre ses études.
45 Cette kasbah, demeure encore impressionnante avec ses tours et murailles rafinement décorées.
En tant qu’exemple remarquable de l’architecture de la kasbah, elle a été choisie comme fond d’image
sur l’ancien billet monétaire de cinquante dirhams au Maroc. Désertée, elle reste cependant un lieu
de visite pour les touristes. Une nouvelle bâtisse modelée sur l’ancienne kasbah lui a été rattachée.
Celle-ci a ouvert ses portes en tant que maison d’hôtes en 2008.
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Commande N° 270075 [Link]
Il aurait aimé étudier le français et l’anglais mais il s’était désisté faute de moy-
ens. Il reconnaissait à nouveau la pauvreté extrême de sa famille. Quand il est arrivé
à mon appartement, Naciri a placé un panier dans le coin de la salle et j’ai cru qu’il
s’agissait de ses affaires de voyage, mais quand il s’est apprêté à partir, il m’a remis
le panier, avec un sourire presque élogieux, me coniant qu’il contenait des dattes
cueillies en mon honneur, hors de sa kasbah de Skoura. Naturellement, j’ai été obligé
d’accepter le présent. J’ai vidé le panier que je lui ai remis, et après son départ j’ai
examiné les dattes. Elles étaient parmi les meilleures que je n’avais jamais goûtées:
grandes, savoureuses, sucrées comme du miel. Il y avait l’équivalent d’un pactole de
dix huit livres sterling
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Commande N° 270075 [Link]
TINGHIR
TINGHIR
La plupart des kasbahs le long du leuve Todra et Dadès, étaient des ksours, et
notamment celles de Tinghir. Il est parfois dificile d’établir les différences entre
une kasbah et un ksar (voir note introductive). En général, une kasbah sert de dom-
icile personnel d’une personnalité importante de la tribu, et les parties basses, sont
réservées aux membres compatriotes et les subalternes. Un ksar prend la forme d’un
village fortiié ou entouré de murailles, d’une petite ville ou d’un centre communau-
taire pour les habitants de la même tribu ou de tribus différentes capables de vivre
ensemble en paix. En règle générale, le ksar est grand, et abrite plus d’habitants
qu’une kasbah. Il y a des mesures d’exception à cette règle, comme la kasbah princi-
pale d’El-Glaoui à Ouarzazate, qui est plus grande que tout autre ksar, et la kasbah de
Telouate qui est aussi vaste et étendue. En termes de traits architecturaux, toutefois,
ces deux kasbahs diffèrent complètement d’un ksar typique.
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Commande N° 270075 [Link]
Une kasbah tend à mettre l’accent sur le vertical alors qu’un ksar opte pour
l’horizontal, si bien que les maisons privées et les tours ne s’élèvent pas de façon
aussi marquée. Il est dificile de faire une typologie des kasbahs de Tinghir, car elles
combinent certains traits à la fois spéciiques aux kasbahs et aux ksours, et n’expri-
ment point de référence pure à aucun de ces édiices. Elles se composent rarement
d’un seul domicile, mais de plusieurs, au sein du même complexe, ou elles sont en-
tourées des mêmes remparts. Ainsi, elles peuvent être considérées comme des ksours
plutôt que des kasbahs. Toutefois, elles s’écartent souvent de la forme à angle droit,
rectangulaire spéciique aux ksours (comme nous l’avons découvert plus tard) mais
elles tendent à s’étaler dans toutes les directions si bien que leur forme et proil sont
accidentés. Dans ce sens, on peut les qualiier de kasbahs.
Comme nous l’avons déjà mentionné, la plupart des ksours ou kasbahs dans
la région de Tinghir, ont des tours traditionnelles inclinées intérieurement comme
elles se terminent en pointe et sont parfois comblées de crénelures. Certains murs
de la demeure, ont une ornementation primitive, toujours sous forme d’une ligne en
zigzags ou d’une suite de triangles enchaînés, gravés simplement en pisé ou parfois
façonnés dans une certaine profondeur et qui renvoient aux ornements des reliefs du
minaret Koutoubia à Marrakech et d’autres monuments almohades. Certaines tours
se distinguent par des décorations plus élaborées, par exemple les ornementations de
formes et dimensions diverses des différentes parties du ksar Ait Amitane, qui se car-
actérise d’un embellissement sophistiqué gravé dans les murs, une suite de formes
triangulaires, ou de rangs des losanges grand format, ou de longues fenêtres obscures
semblables à une niche.
Cataloguer ces traits permet juste de relever qu’elles étaient modelées avec sim-
plicité. Mais il est agréable de voir le rang bien soigné des igures, les proportions
relatives et les jeux d’ombre et de lumière. De telles ornementations sont essentiel-
lement de nature berbère et africaine, spontanées, non sophistiquées, moins com-
pliquées que les arabesques, non inluencées par les modèles provenant de Mar-
rakech et d’Andalousie. Une grande partie de leur beauté est redevable aux ombres
profondément projetées. La principale construction de la kasbah-ksar de Tinghir,
n’est pas forcément dominée par les quatre tours de coins, l’un des traits agréés des
kasbahs classiques dressés avec plan. (Il y a des kasbahs avec moins de quatre tours,
mais de telles limitations semblent plus fréquentes dans les ksours).
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Commande N° 270075 [Link]
TINGHIR
Les tours ne sont pas aussi hautes ou aussi remarquables que celles des kas-
bahs au-delà de l’Ouest, comme à Skoura ou à Ouarzazate. Elles constituent vis-
iblement un trait secondaire de la construction; une concession à la tradition. Ces
kasbahs–ksours dressés sur les rivages des leuves Dadès et Todra ressemblent aux
châteaux-forts des moyens âges, jalousement préservés en Europe. Mais ici, ils sont
exposés contre un ciel bleu sous le soleil brillant, et l’air merveilleusement clair du
désert.
Peu de ces « châteaux » de Tinghir ont de vastes remparts, bien communs au-
delà de l’Ouest. Ils avaient en commun de hautes murailles. Exempts de toutes sort-
es de saillie ou d’embellissements architecturaux, il aurait été dificile, même pour
l’escaladeur le plus habile de les grimper. Dressés complètement sur un niveau uni,
ils avaient le dessus d’une tour défensive élaborée. Répandus au milieu de la verdure
des oasis, établis toujours sur des points plus élevés, d’un alignement droit et d’une
couleur sable, les complexes de ce coin du Maroc à l’air d’une île, et plus remarqua-
ble que les magniiques kasbahs se marient harmonieusement avec les paysages.
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Commande N° 270075 [Link]
Les chambres donnaient sur un patio interne, typiquement mauresque 46. cheikh
Bassou nous conduisit en haut de l’escalier, vers une chambre au premier étage, prob-
ablement réservée à la réception des invités. Je fus étonné par la qualité de son équi-
pement; canapé, tapis, plusieurs tables, lampes de table et autres accessoires tout à
fait exceptionnels, comme je le savais pour l’avoir éprouvé dans les kasbahs. Notre
hôte, un homme trapu d’un certain âge, ne travaillait plus la terre. Il employait quatre
hommes de peine pour la culture des olives et dattes. Il ne les payait pas avec de l’ar-
gent, mais en leur cédant un cinquième de la récolte en plus de trois repas quotidiens:
Pour le petit déjeuner; ils avaient droit au thé à la menthe et au pain, pour le déjeun-
er; il leur offrait la viande, les vivres de la campagne et le pain, quant au souper; ils
avaient le couscous au menu.
46. Le nom entier de ce cheikh, est cheikh Bassou Ali. Il était l’un des cheikhs les plus riches de
Tinghir. Il s’est marié avec l’une des ex-femmes de Thami el-Glaoui, le Pasha de Marrakech. Mort en
1993, cette kasbah a été acheté par un Espagnol en 1994 qui a procédé à sa réhabilitation en tant que
maison d’hôtes, connue à Tinghir sous le nom de « kasbah Tomboctou », une sorte de kasbah bien
aménagée, et bien classée aux normes d’un hôtel luxueux.
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Commande N° 270075 [Link]
TINGHIR
Lorsque j’ai demandé quel était l’intérêt de ces tours à l’air farouche de sa kas-
bah, à peine essentielles au milieu du vingtième siècle, il a admis qu’elles avaient été
érigées pour des raisons purement décoratives, et par respect pour la tradition. Même
les remparts entourant son domaine, étaient établis car ils étaient « traditionnelle-
ment» proportionnées. Même si nous arrivâmes à sa kasbah immédiatement après
notre petit déjeuner, cheikh Bassou a exigé que nous partagions son thé à la menthe,
le pain très chaud, le beurre et le miel. L’atmosphère du lieu, la propreté et l’ordre
régnant, avaient bien l’air d’une demeure qui n’avait rien à envier aux maisons des
villes du Nord. La kasbah moyenne du Sud était dans l’abandon, sinistrée, pleine de
poussière et de blocaille et le plus souvent sans caractère primitif. J’ai visité d’au-
tres kasbahs de la région, également avec des remparts, des tours efilées, un patio
interne, et hautes de plusieurs étages, mais elles n’étaient pas dédiées à un mode de
vie plus confortable ou agréable, et aucune n’était intéressante au niveau historique.
kasbah d’el-Glaoui
La kasbah de Glaoui, était sans contestation, la plus grande à Tinghir. J’y suis
passé devant plusieurs fois durant les années précédentes. Mais durant le Protec-
torat français, le khalifa de Glaoui ne permettait à aucun étranger de la visiter sans
les ordres de son maître, et le Pasha aurait à peine accordé une telle permission à
un étranger sans avoir lui-même reçu les consignes des autorités françaises. Après
l’avènement de l’Indépendance nationale en 1956, la kasbah avait été expropriée par
le gouvernement, et demeurait interdite d’accès aux Marocains au même titre qu’aux
étrangers. Contemplée de l’extérieur, la kasbah de Glaoui était majestueuse. En don-
nant sur la banlieue de la zone centrale de Tinghir où la route principale menait vers
la vallée, elle veillait sur le leuve, sur la petite ville et sur une grande partie de la
région avoisinante. En un mot, elle était stratégiquement bien située.
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De l’intérieur, elle avait une splendeur faisant d’elle une kasbah unique en son
genre, comparée aux autres kasbahs locales. Elle disposait d’une grande arrière-cour,
et les chambres du bâtiment principal entouraient son patio interne; un trait car-
actéristique des maisons berbères plutôt que mauresques. Les dizaines d’années
d’absence d’habitants, qui n’y résidaient qu’occasionnellement, avaient entraîné un
grand délabrement du domaine entier, mais on pouvait encore apercevoir des ara-
besques de modèles arabo-andalous sculptées, non typiques des kasbahs berbères.
Même dans son état lugubre, la kasbah illustrait l’image du mode de vie aisée de ses
fondateurs. Mais le fait de prendre conscience de la grande rapidité avec laquelle
la ruine survient au Maroc, à chaque fois que le maître ne fréquente plus les lieux,
m’accablait toujours47. Pratiquement toutes les kasbahs longeant les leuves Todra et
Dadès étaient assez neuves, bien que le respect de la tradition ait entraîné la préser-
vation de l’aspect médiéval. Quelle que soit la date de leur construction, la plupart
d’entre elles avaient été totalement ou partiellement détruites durant les deux péri-
odes de «paciication»: La première en 1893, lorsque les trois grandes tribus berbères
se battaient entre elles jusqu’à l’extermination, puis en 1930, lors de la révolte des
Berbères contre les Français qui ont détruit de fond en comble presque toutes les
demeures tribales.
Ainsi, la plupart des kasbahs locales, ont été bâties de nouveau à partir de cette
date, plus ou moins modernisées, tout en conservant le plan et le style des constructions
originales. Une innovation de grande portée étaient les fenêtres pourvues de châssis en
bois et la plupart protégées de grilles en fer forgé. Les nouveaux remparts étaient pe-
tits, et les constructions étaient plus modestes qu’auparavant. Les kasbahs construites
après la Deuxième Guerre Mondiale étaient modernes en terme de conception, avec une
taille plus réduite, des tours accroupies, et une prépondérance induite par des fenêtres
externes avec l’exubérance de carreaux vitrés, inconnus dans le passé; encore une rareté
parmi les kasbahs de l’Ouest.
47 Abandonnée depuis l’Indépendance, cette kasbah, surplombant toute la vallée de Tinghir, et d’un
charme irrésistible, risque de s’effondrer. Une grande partie de ses murailles et tours sont tombées en
ruine et restent parsemées par terre. D’autres, qui se dressent encore sont fêlés en plusieurs endroits.
Toute sa décoration, y compris fenêtres, portes, a été enlevée. Elle a été achetée par un investisseur lo-
cal qui envisage de la réaménager en tant que complexe touristique. Mais jusqu’à présent les travaux
n’ont pas encore commencé.
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TINGHIR
kasbah de Boumalène Dadès
Pour y accéder, il fallait passer à travers une grande avant-cour, comme celle
d’un château français. Ensuite, il y avait un groupe de plusieurs bâtisses, chacune
avec un patio orné d’arcs en colonnade, et égayé par une variété d’arbres fruitiers.
Cet agencement n’était pas typique aux kasbahs du Sud. Elle semblait avoir été pro-
jetée par un architecte du monde externe, non disposé à garder le style rigoureux de
la tradition locale. Les tuiles vertes des linteaux sur les portes de devant, couvrant
certaines parties des toits, les types de boiserie revêtant d’autres portes avec des
motifs, partiellement berbères, arabes, et andalouses semi-naturelles, témoignaient
des inluences « étrangères ». Le caïd de Boumalène, qui me faisait ofice de guide,
m’avait fait savoir, que les autorités à Rabat projetaient de moderniser cette kasbah
et la transformer en hôtel « de luxe ». Elle était sans doute, beaucoup plus appropriée
à cette in, qu’aucune des kasbahs authentiquement tribales de la région, antique ou
modernisée48.
[Link] kasbah a été désertée. Dès l’Indépendance, l’ex-représentant l’a désertée pour résider dans
sa kasbah à « Imiter » près de Tinghir. En 1978, le président d’alors de la commune rurale de Bou-
malène y résidait jusqu’en 1988. Même si elle a de nouveau été désertée, elle demeure encore sous
la tutelle de cette famille qui la garde. Des issures igurent sur ses murailles externes et sur ses tours.
Elle constitue un lieu de visite pour les touristes.
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Commande N° 270075 [Link]
Les kasbahs de Tinghir ressemblaient bien à celles des régions de Skoura, Ouar-
zazate et M’Hamid. La terre arable le long du leuve était tellement éparpillée que je
me demandais s’il était encore possible de maintenir l’ancien système tribal, et sous
quelle forme ? Il paraissait bien que dix tribus vivaient dans cette région, chacune
avec son cheikh. Chaque tribu comprenait entre trois et cinq mille personnes et se
groupait dans une partie bien déinie de l’oasis; à savoir sur les collines la surplom-
bant, et le complexe servait de forteresse pour tout le voisinage. La tribu la plus
proche, habitait dans son domaine à une distance proche. Les deux étaient toujours
séparées par un territoire rudement montagneux. La séparation établissait des limites
non seulement pour les kasbahs actuelles de chaque tribu, mais aussi jusqu’à son ter-
rain agricole. Ce plateau se trouvait toujours près de ses kasbahs et du leuve. Mais
la terre était excessivement chère, et même les hommes riches n’en possédaient que
de petites parcelles. Pour la propriété, la terre n’était pas mesurée en hectares ou en
ares, mais en quarantième d’hectare, soit un aishar. Cette très petite parcelle, pouvait
coûter un demi-million de francs. Si des palmiers dattiers et autres arbres fruitiers,
tels les oliviers, les orangers, les iguiers et les pêchers étaient déjà cultivés sur la
terre, son prix aurait été même encore plus élevé.
TINGHIR
Mais ce n’était pas lui qui présidait les trois assemblées annuelles, dirigées
par le président de la communauté. Contrairement au cheikh, celui-ci n’était pas un
agent rémunéré mais un représentant élu par les tribus et il offrait bénévolement ses
services. Il exposait les problèmes de la communauté des trois tribus devant l’admin-
istration centrale, c’est-à-dire, à l’agent nommé par le gouvernement central, le caïd,
ou dans le cas de Tinghir, au super-caïd.
Jour après jour, je passais une grande partie de la matinée et le soir à une heure
tardive en quête de kasbahs. Dans la plupart des cas, les propriétaires étaient avisés
à l’avance du moment de mon arrivée par le super-caïd. Mais plusieurs d’entre eux
m’ont reçu sans aucun rendez-vous préalable. Toutes les kasbahs étaient impres-
sionnantes dans leurs façades pittoresques à l’extérieur, et anciennes à l’intérieur.
Aucune d’entre elles, ne se distinguaient pour des traits historiques remarquables,
dignes d’être mise à part. Pourtant, l’une d’entre elles que j’ai découverte par pur
hasard, paraissait faire partie du temps passé. Elle se situait à plusieurs miles de
Tinghir et pour l’atteindre du côté de la route, nous étions obligés de marcher pour
une bonne distance sur un terrain rude et rocheux sans aucune trace de végétation.
Mais avant d’aller loin, le cheikh qui me tenait compagnie, a été abordé par un jeune
d’une apparence plutôt pitoyable, qui nous a offert ses services de guide. Lorsque
nous atteignîmes inalement la kasbah ou le ksar, nous avons estimé qu’il donnait
l’aspect d’une certaine grandeur, avec ses hautes murailles. Le cheikh m’a assuré
qu’elle devait avoir au moins deux siècles et durant toutes ces années, elle était la
possession de la même famille.
A une certaine époque, elle avait dû être une belle structure, mais du fait de son
pisé croulant, de brèches entraînées par la disparition de ses portes et autres trous dans
ses murs, elle faisait plutôt penser à une ruine qu’à une demeure habitable. S’arrêtant
à l’intérieur, nous nous trouvâmes dans une obscurité presque totale. Les espaces
vides à travers lesquels nous étions passés, méritaient à peine l’appellation de cham-
bres. Ils étaient juste des espaces entre des murs de terre en ruine ou partiellement
brisés. Une sorte d’escalier raide, menait aux hauts étages, mais je ne me sentais pas
la force d’y mettre les pieds. Nous étions seulement éclairés par une lampe à gaz,
tenue par le jeune homme qui, à ma surprise, se révélait être le propriétaire du ksar.
Il était nu-pieds, avait dix huit ans environ et portait une djellaba entièrement trouée.
Sa sous-alimentation était très évidente et les teints pâles de son visage cachaient mal
la tristesse qui se lisait au fond de ses yeux. Il ne parlait pas français, mais je n’étais
pas sûr que c’était pour cette raison, qu’il était peu disposé à m’adresser la parole.
Même le Berbère le plus illettré m’aurait salué, de n’importe quelle manière, d’un «
salam eilikum », et d’ajouter un ou deux mots en guise de salut.
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Commande N° 270075 [Link]
Ce jeune homme était assez effarouché, ou réservé, pour parler à un étranger qui
n’était autre, que l’invité du super-caïd et arrivé en plus, dans une voiture conduite
par un chauffeur de l’administration. J’ai appris ensuite qu’il était orphelin et même
s’il avait hérité le grand ksar, il n’était pas associé à aucun terrain, et de ce fait, au-
cune pauvre parcelle de terre pour cultiver les quelques vivres de campagne pour
son propre proit. Il avait quatre jeunes frères, tous sans emploi. Comment, parve-
naient-ils à trouver le moyen de vivre? Ai-je demandé au cheikh. Il m’a répondu que
c’était par le biais de la charité des amis, qui leur offraient des miettes de nourriture.
Ce n’était pas la première fois que je rencontrais des gens extrêmement pauvres au
Maroc, un pays potentiellement riche, néanmoins encore assommé par la pauvreté
générale. Pourtant, le fait de voir le jeune homme assez maigre et au teint pâle, por-
tant un vêtement tout déchiré, miteux et découragé ou timoré, était sufisant pour me
saper le moral pendant toute la journée.
Finalement nous quittâmes le sombre ksar et nous avons pris la route sur une
pente rocailleuse vers notre voiture. Lors de notre marche, le cheikh m’a demandé
si je pouvais intervenir auprès du super-caïd en lui parlant du jeune homme pour
qu’il puisse lui trouver un travail. J’ai promis de faire ainsi dès mon retour, et j’ai
demandé s’il aurait été convenable de donner au jeune homme quelques dirhams.
Mais le cheikh s’était ardemment opposé à l’idée. Selon la coutume, le propriétaire
le plus pauvre du ksar, même s’il était mendiant, ne devait pas recevoir d’argent. Le
jeune était le propriétaire d’un ksar, patrimoine familial depuis plusieurs générations.
Même s’il possédait le ksar, il aurait perdu un certain rang social qu’il chérissait sans
doute, et j’aurais blessé son honneur en lui offrant de l’argent en guise de cadeau.
Lorsque j’ai parlé au super-caïd du cas du jeune homme, grande fut sa surprise
de ne pas en avoir été avisé auparavant. Il a promis de visiter le ksar le jour suivant,
et m’a demandé des explications sur l’histoire de cette trouvaille. Purement par ac-
cident, ai-je répondu. A mon retour d’un autre ksar, j’avais aperçu au loin le contour
au style pittoresque de ce ksar, et j’avais demandé au chauffeur de m’y conduire. Le
cheikh, qui me tenait compagnie, connaissait le ksar de nom, mais il ne l’avait jamais
visité, et il ne connaissait presque rien sur son propriétaire.
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ERFOUD-RISANI
Erfoud – Risani
Erfoud et Risani sont considérées comme les oasis les plus méridiennes du
Maroc central. M’Hamid et Zagora se situent plus loin à l’Ouest, et le long de la
côte atlantique; à savoir sur la frontière de l’Ouest, le Maroc s’étendant plus loin au
Sud, comme il comprend l’immense province de Tarfaya et atteint ainsi Rio Del Oro.
Mais cette extension de la frontière du Sud, n’a été achevée qu’après l’Indépendance
en 1956. Au Maroc « ancien », Erfoud, Risani ainsi qu’une douzaine de villages sem-
blables, étaient les dernières zones habitables dans cette partie du Sahara. Au-delà
de leurs limites, aucune source d’eau, ou de culture verte n’existait, et personne ne
pouvait gagner sa vie.
Sijilmassa, fondée par les Marocains en 757 AD. était la capitale de la province
de Tailalet entre le 12ème siècle et le moment de sa destruction au 15ème siècle.
On dit qu’elle avait été fondée en premier lieu par un Général romain, qui portait le
nom de Sigillum Massa. Sijilmassa était devenue son nom « littéraire » et le nom
local de Medinelt-el-Hamra a remplacé le nom latin pour la référence générale. Les
Berbères Kharidjite s’étaient servi d’elle, comme centre de défense contre les en-
vahisseurs arabes et leur orthodoxie musulmane. Ensuite, elle a été occupée par les
dynasties respectivement, almoravide, almohade et mérinide. Mais en 1315, elle a
arraché son indépendance sous le règne d’Abou Al Hasan Ali, le ils du gouverneur
mérinide à Fès. Tous les livres d’histoires marocains, rapportent sa richesse et sa
puissance. Pourtant, aucune chose, qui rappelle son ancienne grandeur, n’a survécu à
présent. Aujourd’hui, le centre de Tailalet n’est pas Sijilmassa, mais la capitale de la
province, Ksar-es-souk, ( actuellement errachidia) située à quarante miles au Nord.
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Commande N° 270075 [Link]
SITE DE SIJILMASSA
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Commande N° 270075 [Link]
ERFOUD-RISANI
ksar Maâdid
L’entrée du ksar Maâdid, n’était pas semi-caché, comme il en est souvent des
grandes portes des kasbahs, mais il était proéminent. En réalité, le ksar n’avait pas
juste une porte d’entrée unique, mais sept autres isolées, chacune d’une dimension
considérable et d’une solidité remarquable. D’une ouverture taillée en fer à cheval
au centre d’un grand panneau peu orné, elles étaient lanquées de chaque côté par
des contreforts protubérants et à l’image d’une tour. Au sein du ksar, je n’avais pas
l’impression d’être dans une demeure entourée de murs ou dans une rude prison; un
sentiment d’oppression qui m’afligeait dans certaines kasbahs.
Au lieu d’être comprimé dans des ruelles étroites et obscures entourées par de
hauts murs et constamment obligé de tourner à gauche ou à droite et de traverser des
cours minutieuses, je me trouvai dans une grande cour à ciel ouvert, en grande partie
bordée par un pâté de petites maisons. Je me trouvais en réalité, dans une petite ville
plutôt que dans un village. De cette place, des rues exiguës se déclenchaient dans
plusieurs directions, incomparables aux artères du nouveau Rabat ou Casablanca,
mais très semblables aux ruelles de Fès, ou de l’ancienne médina de Marrakech,
malgré leur cachet très ancien. Contrairement au nombre moyen de kasbahs, la plu-
part des ksours comprenait un fondouk; une sorte d’hôtel primitif pour les voyageurs
passagers et leurs animaux. Ces derniers ne passaient pas toujours les nuits au sein du
ksar, mais dans une étable à ciel ouvert à l’extérieur des murs. Ils y restaient durant
les jours froids d’hiver. Un autre aspect lié au ksar, était la présence du cimetière
local, une étendue de terre en plein air, seulement marqué par des pierres plantées
sur le sol; le simple tombeau des Marocains pauvres. Ces cimetières étaient le plus
souvent situés aussi près que possible du marabout ou du petit «sanctuaire » funérai-
re du saint local.
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Commande N° 270075 [Link]
SITE DE SIJILMASSA
A ksar Maâdid, j’étais stupéfait du fait que les femmes portaient encore le voile,
à l’encontre des femmes dans les kasbahs. Les femmes berbères, méprisaient le voile
et elles côtoyaient plus librement les hommes que leurs consœurs arabes. Cependant,
le ksar Maâdid n’est pas berbère mais arabe et il abritait trois tribus différentes dont
le nombre se situaient autour de six mille personnes.Même si certaines régions du
Maroc sont indéniablement des territoires où habitaient les Arabes (telle que Fès), ou
d’une manière prédominante les Berbères (Marrakech), dans la plupart des régions,
la population est devenue rapidement de sang mêlé. Néanmoins, les régions du Sud
du Haut Atlas et du Nord du Sahara sont pour la plupart berbères, et durant toute ma
tournée à la recherche de kasbahs, j’ai surtout rencontré des communautés berbères.
J’aurais été étonné de tomber sur un ksar où habitaient exclusivement les Arabes, si
je n’avais pas su qu’à seulement quelques kilomètres de là, se trouvait le berceau des
Alaouites ou des Filalis; la dynastie arabe régnant au pays. Ceci explique pourquoi la
plupart des ksours éparpillés entre Erfoud et Risani ne sont pas berbères mais arabes.
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ERFOUD-RISANI
L’orge, les prunes et les pêches, avaient déjà été récoltées. Le maïs poussait
encore et prenait de l’embonpoint et la saison de la cueillette des dattes ne s’annon-
cerait qu’à in Octobre. Ces hommes, revêtant des djellabas usées, des turbans légers
autour de leurs crânes, semblaient prospères, mais ils étaient encore classés comme
des « capitalistes », chacun possédait sa petite parcelle de terre à l’oasis, et la terre
arable dans la plupart des kasbahs, était excessivement chère.
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En fait, chaque once de terre, était cultivée et les céréales, les vivres de cam-
pagne, étaient cultivés en tant que culture végétative sous les arbres fruitiers. Les
propriétaires fonciers avaient toujours quelques moutons et chèvres. J’étais assis
parmi mes hôtes pour un bref échange de questions et réponses, avant que de grands
verres de thé à la menthe aient été servis. Après avoir eu le mien, j’ai eu la permission
de visiter d’autres parties de la maison où j’ai trébuché sur les accumulations de blo-
cailles sur le sol, comme d’habitude, lorsque je passais par des chambres familiales,
avec des murs nus, sans fenêtres, ni meubles.
Au centre de la terrasse où nous avons pris place, se trouvait une large ouverture
qui m’a laissé l’impression qu’il menait dans un puits en contrebas. C’était la cage
d’escalier, étroite et raide à travers laquelle j’étais passé pour arriver à la terrasse.
Deux endroits conclaves et vides aux coins de la terrasse étaient alignés avec des
pierres. Ils semblaient être des « fourneaux » et l’un d’eux sentait encore quelques
cendres de charbon. On m’a assuré qu’ils avaient plus d’un siècle. Même si le ksar
Maâdid était éminemment arabe, Erfoud n’était pas du tout une petite île exclu-
sivement arabe au milieu d’un entourage berbère, et comme il est déjà indiqué plus
haut, plusieurs shorfas y demeuraient. Basés essentiellement à Risani et dans son
voisinage, et éparpillés dans plusieurs ksours environnants, la plupart de ces shorfas,
sont des descendants non seulement du Prophète Muhammad à travers la lignée roy-
ale alaouite, mais aussi à travers la famille la plus vénérée d’Idriss I et II; les deux
fondateurs de la dynastie idrisside aux 8ème et 9ème siècles. Ils provenaient de Fès
jusqu’à l’actuel Tailalet pendant le règne de la dynastie Idrisside.
La majorité de la population locale, était ainsi de race arabe; les Idrissides et les
Alaouites sont des Arabes. Mais la population autochtone, qui vivait toujours dans la
région était Berbère. Elle relèvait de plusieurs subdivisions de l’importante tribu ou
plutôt de la confédération d’Ait Atta. La langue courante était soit l’arabe; la langue
des shorfas et des Arabes de « la plaine», ou tamazighte pour les Berbères. Les Ara-
bes locaux étaient sédentaires et ils se focalisaient sur le travail de leurs parcelles de
terre. Mais à l’approche de l’été, avec l’annonce de la pénurie d’eau, près de deux
tiers de la population masculine, se dirigeait vers les villes du Nord à la recherche de
travail. Ils rejoignaient leurs oasis en Août ou Septembre, pour l’importante récolte
de l’automne, et particulièrement celles des dattes en Octobre-Novembre.
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ERFOUD-RISANI
Parmi les Berbères, près de trente pourcent étaient sédentaires, plus de soixante
pourcent menaient une vie nomade à l’instar de leurs ancêtres. Avec la tombée de la
pluie, peu d’entre eux quittaient la région et ils y restaient même en été. Mais durant
les périodes de sécheresse, neuf personnes sur dix partaient entre Avril et in Août.
Dans l’un des petits ksours d’Erfoud, on m’a de nouveau assuré qu’il était « l’un des
plus anciens », et qu’il était fondé au 16ème siècle. Contrairement au ksar Maâdid,
il était entièrement berbère et, (ce ne fut pas le cas dans les kasbahs de Tinghir) ses
membres faisaient partie de plusieurs tribus, au lieu d’une seule.
A nouveau, il se distinguait des ksours de Tinghir, du fait qu’il était présidé non
par un homme plus âgé, chargé de gérer les affaires d’une seule tribu, mais par un
cheikh qui gérait simultanément plusieurs autres ksours. Ainsi, le ksar représentait
l’archétype, de la grande diversité au sein de la structure sociale berbère. Le ksar
avait des portes d’entrées attrayantes, construites en pisé, une ouverture frontale en
forme de fer à cheval ainsi que les deux éperons massifs se projetant sur son côté
droit et gauche, retenant un dispositif attractif de reliefs purement géométriques et
triangulaires. L’entrée était divisée en quatre hautes ogives pareilles à un étalage, et
le concept entier, était une invention bien plus berbère que mauresque ou arabe. A
l’intérieur du ksar, j’ai retrouvé l’atmosphère d’une petite ville de province, grâce
à l’espace à ciel ouvert, aux petites ruelles étroites, aux maisons privées et à une ou
deux épiceries.
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Risani est plus petite qu’Erfoud. Dans cette dernière, les autorités m’ont logé
dans un grand hôtel, moderne et confortable, mais totalement désert au mois d’Août
où il n’y avait pas de restauration. Cette ville ne disposait apparemment d’aucun
restaurant pour manger. Risani n’avait certes pas d’hôtel semblable, et là-bas, j’ai
fortement apprécié l’hospitalité du caïd. A une certaine époque, Risani avait une
communauté assez importante de Juifs, qui y avait vécu pendant plusieurs siècles et
dont les femmes étaient habituées à attirer les regards par leur coiffure pittoresque et
universelle. Ces Juifs avaient émigré en grand nombre en Palestine, mais peu d’en-
tre eux sont retournés à Risani où ils bénéicient d’une position privilégiée, comme
la plupart de leurs coreligionnaires, à travers le Maroc. La prétention de Risani à la
renommée, est due à son site de Sijilmassa, et au fait qu’elle abritait la zawiya de
Moulay Ali shérif; le fondateur de la dynastie alaouite marocaine, qui a été enterré à
Risani en 1640. Son mausolée est encore un lieu de pèlerinage pour les Marocains.
ksar Tighmart
Près du mausolée se trouve le ksar Tighmart, dont une grande partie est tombée
en ruine. Mais il exaltait encore son magniique modèle avec toute sa grandeur. Le
pisé de la porte d’entrée était authentiquement sculpté ou plutôt modelé en relief et
on pouvait encore apercevoir les vestiges de la décoration de ses tuiles colorées. Il
n’y avait pas de tels ornements fantastiques à Erfoud. Mais, de telles tuiles pouvaient
être considérées comme un luxe, car le zellik, l’ouvrage en mosaïque était parmi les
traditions les plus anciennes répandues en force dans l’art de la décoration maur-
esque.
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ERFOUD-RISANI
ksar Turemt
Le ksar Turemt était plus fructueux et devait avoir quatre siècles. Le vestibule
était embelli par trois arcs bien proportionnés, au-delà desquels se trouvaient des
ruelles exiguës à l’abri du soleil et du vent, du fait des troncs de palmier qui faisaient
ofice de toiture. A côté de ces ruelles, les chemins détournés, étaient bordés par des
habitations privées et qu’on pouvait appeler corridors. Les habitations étaient toutes
construites autour d’un patio clôturé, dont le centre n’était pas couvert de toit.
Mais pour la plupart, les grosses colonnes en pisé, soutenant les toits de la de-
meure projetait leur ombre sur lui. La synthèse des ruelles couvertes de troncs de
palmier solides, d’une entrée arquée décorée et de grosses colonnes en pisé soutenant
les toits des maisons, était une technique bien commune dans plusieurs autres ksours
à Risani. Si le matériel de base de construction avait été la brique et la pierre plutôt
que l’équivalent marocain de bidet, ces bâtiments auraient pu résister plusieurs siè-
cles. Le système de colonnes d’appui, éminemment solide, un arrière patio et la
construction du toit avec du bois excellent, semblait une technique exceptionnelle
qui semblait avoir bien fait ses preuves.
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KSAR-ES-SOUK
ERRACHIDIA
Le colonel m’avait reçu avec égard en ma qualité d’invité étranger non engagé
dans la politique. Il possédait avec sa femme un amas rafiné de tapis et de poteries
mauresques, tous acquis pour rien. Certaines salles de la résidence oficielle ressem-
blaient à un musée d’art mauresque proprement dit. Quelques années plus tard,
j’étais à nouveau logé dans la même maison, passée entre les mains d’un gouverneur
marocain, originaire de l’ancienne ville de Fès, moins familier dans la gestion d’une
maison moderne européenne. Le lieu paraissait tombé en ruine, le jardin abandon-
né, les conduites d’eau dans les salles de bain étaient vides et toutes les salles dans
la pension de famille étaient sales et négligées. Quelques années plus tard, j’ai de
nouveau visité Errachidia, lorsqu’un nouveau gouverneur marocain; un homme de
caractère d’un profond savoir du mode de vie occidental, régnait en maître sur cette
ville.
49 Appelée autrefois, « Ksar-es-souk » - le ksar du marché - cette ville, lors d’une visite de Hassan
II en 1975, a été baptisée Errachidia, et ce en commémoration de l’un de ses ancêtres Moulay Rachid
qui a établi les fondements de la dynastie alaouite.
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KSAR-ES-SOUK
En vue d’engager la conversation, j’ai demandé au père ce que faisaient ses ils.
En pointant du doigt le plus âgé, probablement au début de la vingtaine, et en s’ex-
primant dans un français rudimentaire incompréhensible pour les ils, le maître de
céans m’a fait savoir, que le jeune homme souffrait d’une légère arriération mentale,
et ne pouvait de ce fait s’investir dans aucun travail régulier. Il s’acquittait seulement
de tâches ménagères, préparait le thé et exécutait d’autres fonctions proportionnelles
à sa capacité. Les deux jeunes, vêtus de djellabas parsemées de trous, travaillaient
«occasionnellement » à l’oasis. Le père aussi bien que les ils, semblaient mal nour-
ris. La possession de leur maison, sans doute héritée, ne pouvait être considérée
comme signe distinctif, en l’absence de terre arable, qui marque la différence entre
un pauvre et un autre qui se bat pour survivre.
Les gens qui avaient une parcelle de terre, pouvaient toujours se pourvoir de
pain, légumes et certains fruits. Les dattes, que la plupart des Marocains du Sud trou-
vaient moyen de préserver pour une bonne partie de l’année, comme fruits, étaient
exceptionnellement riches en protéines. Mais la zone du ksar était pauvre et il n’y
avait presque aucune parcelle de terre à exploiter. Néanmoins, je ne pouvais pas
décliner le verre de thé à la menthe qui m’était offert, car tout refus aurait été bles-
sant pour mon hôte, qui s’était excusé avec une sincérité très touchante, pour son
incapacité à me servir du pain, du miel ou une assiette d’amandes. Au cœur de l’été,
les amandes étaient récoltées dans la plupart des régions du Maroc et presque à
chaque occasion où on m’offrait du thé à la menthe au Sud, il était associé avec des
amandes. Ainsi, ne pas avoir d’amandes à cette saison, était synonyme de forte pré-
carité. Toutefois, j’étais en présence d’un homme, propriétaire d’une maison et dont
la famille avait vécu au ksar, probablement depuis des centaines d’années et non à un
mendiant vivant dans un taudis. Même si la température s’élevait occasionnellement
au-dessus de cent vingt degrés et qu’il était dificile, pour moi et mon chauffeur de la
supporter, visiter le Sud au cœur de l’été, était intéressant.
Les touristes ne rôdaient pas dans les environs et aucun étranger ne s’aventurait
dans ce milieu indigène. La nouvelle de ma présence comme unique étranger, s’était
répandue très vite à travers le ksar. Une vingtaine de garçons et d’hommes d’âges
confondus, assemblés dans une rue étroite, n’aurait voulu à aucun prix rater l’occa-
sion d’apercevoir l’étranger, au moment de mon départ de la maison accompagnée
de mon hôte et de ses trois ils. Avec un esprit amical, réservé et sans aucun rire
sournois ou hypocrite, souvent adressé à l’encontre d’un étranger, dans les modestes
petites villes de la Méditerranée, personne n’avait prononcé un mot ni ne m’avait
accueilli. De même, ils n’ont pas rivalisé pour m’inviter à leurs domiciles.
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On disait, que j’étais l’invité de l’homme de chez qui je venais de sortir. (Ma
mémoire n’a point retenu les circonstances de mon entrée dans cette maison). Entre-
temps, quelqu’un parmi les guetteurs, exhortait les gamins, de nous laisser poursuiv-
repaisiblement notre chemin. La foule ralentissait la marche quelques secondes, puis
continuait de plus belle derrière moi et mes hôtes. Dans une ville du Nord, les enfants
auraient, dans des situations similaires, essayé de me gêner et de me déconcerter,
en demandant à grands cris, des « francs » ou des « cigarettes ». Personne ne s’est
approché maladroitement de nous, n’a sollicité la charité ni réclamé aucune sorte
d’aide. Curieux, ils manifestaient encore du respect pour une personne étrangère vis-
iblement sans intentions hostiles. Certes, il était dificile d’être sûr que les habitants
des différents ksours de Tailalet étaient plus pauvres que ceux des kasbahs au-delà
du Nord et de l’Ouest. Toutefois, j’avais l’impression que c’était une réalité.
A Tinghir, sans s’attarder sur les niveaux de vie exceptionnels des habitants de
Tefraoute, la majorité des hommes portaient des djellabas et des turbans blancs qui,
malgré l’aspect ancien, avaient toujours l’air de vêtements proprement tenus. Dans
la région d’Errachidia, les gens étaient bien mal vêtus, et à en juger sur l’apparence
générale, ils dégageaient l’impression de personnes vivant dans la précarité. Etablir
une comparaison des habitations de la population pouvait à peine induire à des con-
clusions valides, car elles étaient d’une grande simplicité dans les deux régions et
presque sans aucun ameublement. Elles étaient en principe des refuges contre le
soleil et la chaleur (contre le froid de l’hiver), sans aucun lien avec les maisons ur-
baines bien bâties du Nord. Des tentes de nomades seraient moins austères. Mais la
plupart de ces constructions étaient non seulement conçues pour élever une famille,
mais aussi expressément rangées pour des raisons traditionnelles. Mise à part la pau-
vreté des Berbères et des Arabes du désert et des montagnes du Sud marocain, ils
partageaient un trait commun qui pouvait être décrit dans les termes de l’ancien
monde comme « distinction ».
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KSAR-ES-SOUK
Ils associaient constamment mon chauffeur aux repas auxquels ils m’invitaient,
et ils le traitaient en tant qu’invité respectueux, sans jamais omettre la différence
entre lui et moi - l’employeur et l’employé. Ils lui accordaient une place au milieu
des membres de leurs familles ou parmi les autres invités. Mais si le repas était servi
sur deux tables à part (ce fut le cas lorsque le nombre de personnes dépassait huit ou
dix) il n’avait pas de place à ma table, et ils veillaient à ce qu’il ne prenne aucune part
à nos conversations. Ceci était la pratique d’une hôte victorienne ou edwardienne
réservée. Mais cela se résumait à une question d’urbanité et de comportements ordi-
naires des gens ne possédant pas le savoir-faire victorien ou edwardien. La majorité
des jeunes habitants des villes du Nord, avaient renoncé aux courtoisies d’antan,
rejetées car perçues comme des marques d’humiliation et arriérées. Ils voyaient la
nécessité de contrecarrer les habitudes des vieillards au proit de «l’approche scien-
tiique ». Les gens défavorisés, de la montagne et des régions du désert, avaient été,
jusqu’à présent, moins exposés aux inluences occidentales et ils s’en tenaient encore
aux anciennes lois sociales. Le fâcheux déclin des bonnes mœurs dans les villes,
se faisait de plus en plus sentir au cours de mes visites au Maroc, depuis plusieurs
décennies. La bonté innée des Blédards du Sud (les campagnards) est incomparable
avec la rudesse grandissante des jeunes citadins qui confondaient insolence et pro-
grès.
Après être passé par la grande porte arc-boutée de la façade du ksar local, je me
trouvais à l’intérieur d’une enceinte partielle à l’intérieur de trois arcs en fer à cheval.
Bien proportionnés, ces arcs constituaient un petit refuge qui servait de lieu de repos
et de sommeil pour les gardiens de nuit. Aujourd’hui, les gardiens n’existaient plus,
et les arcs avaient perdu leur fonction. Mais ils témoignaient avec modestie qu’un
but utilitaire avait été accompli avec beauté et grâce. Pour la première fois, je me
rendis compte de l’existence de puits d’eau interne ou privé, singularité des ksours
de cette région. Dans plusieurs ksours, j’avais minutieusement remarqué ces puits,
qui se situaient dans une sorte de salle de cour, au centre des maisons privées (Ils
desservaient non pas une maison particulière mais le ksar tout entier).
Tous les puits que j’avais explorés, étaient construits de pierre, d’une supericie
d’environ un mètre, rond ou carré, et hauts d’environ dix huit pouces. L’eau souter-
raine sous certaines maisons, était d’une importance capitale pour leurs habitants.
La présence de telles sources était à l’origine de l’emplacement de plusieurs ksours.
Mais la disponibilité de l’eau pour un certain nombre de maisons personnelles, con-
stituait l’exception plutôt que la règle.
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En dépit de mes relations avec des hommes hauts placés, je n’ai pénétré dans
des mosquées mauresques que dans de rares occasions. Ainsi j’ai exprimé ma recon-
naissance à ceux qui m’avaient accordé le privilège d’y accéder. J’ai ôté mes chaus-
sures et j’en ai franchi le seuil. La petite mosquée couvrait une partie de l’espace où
se trouvait le puits, mais elle lui était séparée par ses murs. Elle avait une forme tra-
ditionnelle, à angle droit et bien modeste et pouvait à peine comprendre plus de cent
personnes. Elle était assez sublime et malgré sa dimension restreinte, avait un style
simple grâce à la colonnade à angle droit des arcs en fer à cheval qui la divisaient, en
un espace interne et un autre externe.
Des arcs faits seulement de boue compressée, de belles proportions, que les
constructeurs mauresques avaient achevés spontanément et dont les Almohades du
12ème siècle se prévalaient en tant que maîtres suprêmes. Il était inadmissible pour
moi, un «inidèle » de rester plus d’une ou deux minutes à l’intérieur de la mosquée.
J’ai immédiatement, remercié chaleureusement mes guides, tout en me dirigeant vers
la sortie pour remettre mes chaussures.
50 Jami: mosquée en langue arabe, à ne pas confondre avec Jmaâ qui renvoie au conseil tribal.
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KSAR-ES-SOUK
ksar Targa
À l’intérieur, elle n’avait pas l’air d’un ensemble d’espaces délabrés, entourés
de murailles, mais elle avait de vraies salles savamment construites. La salle de sé-
jour où nous étions assis, d’un haut plafond était dotée de lumière électrique, ainsi
que de tapis sur le sol et des matelas mauresques et de canapés le long de trois de
ses murs. Elle était l’une des rares références de maison civilisée comme je n’en
avais trouvé dans nul autre ksar. Environ huit cent habitants résidaient dans ce ksar
alors que mon porte-parole berbère en estimait le nombre à seulement trois cent. La
contradiction lagrante entre ces deux chiffres était un exemple typique du manque
de iabilité des statistiques livrées par des gens sur lesquels les gens comptaient pour
mieux s’informer de la réalité de leur vécu. Lors de ma visite, j’étais accompagné
par un agent bien instruit, choisi par le gouverneur de la province. Il avait reçu une
éducation française et il était employé au département traitant les sujets inhérents
aux statistiques locales.
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BERBERITE
Nommé à vie, il ne pouvait être renvoyé qu’en cas de délits. C’est lui qui décid-
ait comment et combien de locataires nouveaux pouvaient être acceptés51. Les hab-
itants du ksar étaient des fellahs, des petits fermiers ou des ouvriers agricoles tra-
vaillant la terre à proximité. Toutefois, la pénurie de terre destinée à l’agriculture a
poussé la majorité à s’orienter vers d’autres métiers. Certains sont devenus des petits
commerçants, d’autres des ouvriers et une minorité bien instruite sont fonctionnaires
dans l’administration publique. Les habitants étaient entièrement d’origine berbère,
mais peu à peu, le ksar avait laissé entrer des résidents arabes, et par la suite, un lien
social fort s’était établi entre les deux communautés. On m’avait cependant informé
qu’il n’existait pas d’alliance entre les deux races.
Peu après, mon hôte, son père et les quelques personnes âgés de la salle, ont ar-
gué, que le «racisme » était la principale raison qui justiiait leur répugnance envers
l’alliance, malgré le rejet catégorique dans l’Islam de toute forme de discrimination
et qu’oficiellement les Arabes et les Berbères prétendaient qu’il existait une égalité
sociale et politique complète entre eux. Je n’ai pas pu m’assurer des facteurs raciaux,
tribaux ou locaux, qui déterminaient que l’âge moyen du mariage à Targa était con-
sidérablement plus élevé que dans d’autres ksours où il semblait être entre seize et
dix huit ans pour les garçons et quelques années de moins pour les illes. Plusieurs
personnes m’ont afirmé qu’aucun homme à Targa ne se serait marié avant l’âge de
vingt ans et qu’aucune femme avant seize ou dix huit ans. La plupart des hommes
étaient monogames. Seulement quelques uns parmi les plus riches étaient mariés à
deux épouses.
Quelques-uns parmi eux pouvaient avoir jusqu’à quarante hectares de terre; une
possession assez considérable par rapport aux petites parcelles de terre (très chères)
plus loin à l’Ouest. Mais les terres de maïs, dattiers, oliviers, iguiers et amandiers
n’étaient pas fructueuses. L’un de ces nantis, qui s’est par la suite associé à notre
groupe, m’a convié à visiter sa maison. A ma surprise, même si le propriétaire était
membre du ksar, il possédait une maison indépendante à l’extérieur de la résidence
commune et habitait une sorte de villa avec jardin. Des tapis et un certain ameuble-
ment de type européen étaient disposés à l’intérieur. Le maître de céans avait aussi
une voiture. Ainsi, au niveau local, il passait pour être un homme d’une richesse
considérable. Par son franc parlé et son apparence, il ne ressemblait pas à l’archétype
du résident très réservé du ksar. Par la suite, j’ai rejoint mon premier hôte, le jeune
berbère, un homme marié qui avait deux enfants.
51 Selon l’un de mes informateurs qui réside encore au ksar, environ quatre cent familles, toutes
pauvres, y habitent encore. Alors que certaines familles ont quitté le ksar pour habiter ailleurs, d’au-
tres familles, généralement pauvres, ont intégrée le ksar. Les habitant adhérent encore aux coutumes
anciennes et ont d’ailleurs conservé les mêmes types d’habillements.
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Commande N° 270075 [Link]
KSAR-ES-SOUK
Lors de nos conversations ultérieures, il s’est montré moins réservé comme s’il
prenait plaisir à partager sa profonde connaissance de la réalité locale avec un visi-
teur étranger. A voix basse, il m’a révélé que les jeunes hommes célibatires du ksar,
fréquentaient les prostituées, soit de la ville d’Errachidia ou plus loin à Rich; une cité
située à environ cinquante miles au Nord. « Les mœurs à Rich sont plus libérales »,
a-t-il expliqué, « et les personnes en question, échappent au contrôle des membres
de la famille ou des amis ». Les jeunes hommes payaient les prostituées entre trois
cent et cinq cent francs (environ six shillings). Les maladies vénériennes étaient
répandues parmi les jeunes, mais elles étaient traitées gratuitement à l’hôpital local 52
Les tâches pénibles étaient le sort de la plupart des femmes berbères. Mais à
Targa, elles n’exerçaient aucun travail en dehors de leurs foyers. Tout le travail
agricole incombait aux hommes. Sachant que dans les maisons anciennes et dépour-
vues de meubles, les femmes n’avaient probablement pas beaucoup de travail, j’ai
supposé que la broderie et la confection de leurs vêtements, occupaient le plus clair
de leur temps. Mais on m’a appris, qu’elles sombraient dans l’oisiveté à longueur de
journée et le rassemblement pour des heures de commérage était un loisir quotidien.
Au niveau de la scolarité, la situation du ksar s’était nettement améliorée depuis
l’avènement de l’Indépendance en 1956. Sous le protectorat français, aucune école
n’existait dans cette localité. Aujourd’hui, il n’y en avait qu’une. Après un échange
avec un Berbère assez accueillant, on m’a guidé du ksar vers l’école à proximité.
Elle avait la forme d’une petite construction dans un espace libre et comprenait
une seule salle de classe. Une leçon était en cours, en présence de trente enfants, âgés
de douze à quatorze ans. Il y avait parmi eux deux petites illes habillées d’une façon
formellement traditionnelle; en pantalons long, de couleurs brillantes, sous leurs ju-
pes semi-longues multicolores et chatoyant de rouge, orange, vert clair, bleu et rose
saumon. C’était un cours de géométrie, qui semblait séduire les enfants attentifs et
apparemment à l’aise avec le sujet.
52. Les mœurs ont changé au il du temps, partout au Sud. Auparavant, il était dificile, pour un
homme de côtoyer une femme au sein des ksours hors des liens du mariage. Les personnes qui
s’adonnaient à la prostitution cherchaient leurs partenaires loin des regards. A présent, en vertu des
mutations qu’a subies la société marocaine, y compris le Sud, les habitants s’attachent de moins en
moins aux lois et coutumes héritées du passé. Des cas d’adultère sont même signalés dans les ksours.
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Commande N° 270075 [Link]
CHERIFISME
Le bâtiment de l’école, était des plus simples, mais la mosquée du ksar à l’en-
trée principale, allait avoir la perspective d’un bel avenir, vu qu’elle était en cours
de reconstruction et de rénovation avec son agréable façade blanche sculptée d’ara-
besques. Avec ses cinq nefs et ses arcs tenus par des pilastres assez lourds, elle était
d’une largeur étonnante. A côté, se trouvait un puits doté d’une conduite moderne
pour mener l’eau à la salle d’ablution adjacente et au hammam. La mosquée pouvait
aussi s’enorgueillir de son éclairage électrique. Mes compagnons n’ont pas tenté de
dissimuler leur plaisir et leur orgueil de voir leur mosquée dotée d’équipements aussi
modernes.
ksar Sidi-Abou-Abdillah
Outre les shorfas, le ksar abritait un certain nombre de Harratins (har- le blanc),
ou deuxième race blanche, qui désigne les arabes métis; avec un parent blanc et l’au-
tre noir. La désignation de la « couleur » d’un Harratin découlait toujours de celle
du père et non de la mère. On disait que les shorfas, originaires du ksar, dénigraient
le travail manuel considéré comme rabaissant pour leur noblesse ancestrale. Dès
lors étaient-ils indisposés à travailler même dans leurs propres terres. Ainsi, tout le
travail agricole devait être fait par des individus de « rang inférieur » qui n’étaient
autres que les Harratins. Néanmoins, peu à peu les shorfas se sont mis à travailler la
terre pour leurs gagne-pains. Devenus des fermiers actifs, leurs femmes étaient néan-
moins fermement attachées à leur vie traditionnelle et on les voyait rarement quitter
leurs maisons, même pour puiser l’eau du puits communal, acte considéré comme
dévalorisant et dégradant
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Commande N° 270075 [Link]
KSAR-ES-SOUK
En rase campagne, le ksar était étendu et disposait d’un certain nombre de tours,
donnant dans toutes les directions. Contrairement au ksar berbère de Targa, il se
distinguait par son originalité architecturale et, même si une grande partie de son
édiice avait été récemment restaurée, il avait un style antique. L’un de ses traits
caractéristiques résidait dans ses ruelles à ciel ouvert, sans couverture de troncs de
palmiers. Cent soixante familles ou près de mille âmes y cohabitaient53. Comme
prévu les mœurs sexuelles des habitants étaient plus rigoureuses que dans les autres
ksours et aucun acte de débauche ou de prostitution n’était connu au sein de l’en-
ceinte fortiiée.
On m’a appris que les veuves et les femmes divorcées ne se soumettaient pas au
plaisir des jeunes hommes, à l’instar de certains autres groupements. Les règles reli-
gieuses et la bonne moralité étaient très estimées dans une communauté de shorfas.
Mais je ne pouvais cependant pas admettre de manière catégorique que la chasteté
était absolue parmi les jeunes hommes célibataires. Je n’aurais probablement pas
osé enquêter sur ce sujet si mon guide, l’agent choisi par le gouverneur, n’avait pas
été apparemment libéré des préjugés et des superstitions. Il accepta volontiers de
m’épauler dans cette initiative hasardeuse qui consistait à interroger les habitants sur
leurs comportements sexuels.
Les personnes sélectionnées pour l’entretien devaient évidemment être des je-
unes hommes et mon guide arrangea savamment le départ des plus âgés qui étaient
en notre compagnie dans la maison du cheikh. Il était inutile de compter qu’un jeune
homme puisse parler franchement de sa vie sexuelle en présence des pères et des
hommes âgés. Dans des circonstances ordinaires, il aurait été impossible de pousser
les hommes âgés à quitter la salle, mais je pouvais compter sur des pouvoirs excep-
tionnels car mon guide m’avait présenté comme « ami de malik » (le roi) et invité du
gouverneur. En mettant l’accent sur le poids de tels pouvoirs, mon guide a prié les
vieux de partir, en leur demandant d’inviter les jeunes à s’entretenir avec l’étranger.
Sans prononcer une seule parole, les hommes ont pris la sommation de mon guide
comme un « ordre royal » et ils ont quitté la salle. Au bout de quelques minutes, trois
jeunes hommes nous ont rejoints, dont deux étaient des shorfas âgés entre quatorze
et seize ans et l’autre un Harrattin de dix huit ans. Ils ont tous nié avoir eu des ex-
périences sexuelles. Ni moi ni mon compagnon ne les croyaient mais il était dificile
de leur extorquer la vérité. Après tout, notre intérêt s’est soudainement porté sur des
jeunes également réservés, surgis de nulle part. Les « victimes » étaient deux jeunes
hommes âgés de dix huit et vingt ans.
53. A présent le ksar est tombé en ruine. Toutes ces maisons sont délabrées et tombées par terre, à
l’exception de ses murailles externes qui résistent encore.
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CHERIFISME
L’expérience qu’ils ont partagée pouvait être extrapolée sur les autres cas dans
les ksours et présentait une réponse valable, même si elle ne revêtait pas de caractère
scientiique. L’homme de vingt ans était un shérif qui devait célébrer son mariage,
le jour suivant (Comme toutes les fêtes musulmanes au Maroc, cela devait durer
plusieurs jours et devait coûter un petit pactole). En l’interrogeant sur son âge au
moment de sa première relation sexuelle, il a nié catégoriquement avoir « couché
avec une femme». Même en recourant à un jeu diplomatique pour passer aux aveux,
notre effort était vain.
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KSAR-ES-SOUK
Il avait eu son premier rapport à l’âge de douze ans, avec une prostituée à Er-
rachidia, contre deux cents francs (Une telle précocité n’était pas étonnante car les
Marocains devenaient sexuellement mûrs à un très jeune âge et des cas de garçons de
dix ans se livrant aux rapports sexuels sont légion). Depuis cette expérience précoce,
il avait eu des rencontres sexuelles une fois ou deux chaque année, toujours avec des
prostituées. La fréquence n’était pas régulière, faute d’argent. Au cours de l’année
précédente ou celle d’avant, le coût de chaque rencontre s’était élevé à trois cents
francs. Mon guide, le fonctionnaire administratif, m’a assuré plus tard que je pouvais
prendre les déclarations des deux jeunes comme des références de la vie sexuelle
dans la plupart des ksours locaux.
Moult autres discussions au ksar54 des shorfas et ailleurs, m’ont permis de relever
que le libertinage, répandu parmi les jeunes marocains citadins, était rare au bled,
même dans les kasbahs et les ksours. La réalité de la vie dans ces milieux, limités au
niveau spatial et social ainsi que la pauvreté perpétuelle imposaient aux gens de s’ab-
stenir de se livrer à ce genre d’actes. Il est admis que même après le mariage, rares
sont les hommes qui demeurent complètement idèles à leurs femmes. Ils s’adonnent
aux rapports sexuels occasionnels avec des prostituées à Errachidia ou à Rich. Un
homme bien averti m’a conié que de tels comportements persistent généralement
jusqu’ à l’âge de quarante ou quarante cinq ans (âge correspondant probablement
à cinquante cinq ans pour les Britanniques). En prenant de l’âge, « tous les Maro-
cains» renoncent au libertinage et deviennent des maris idèles. A cinquante ans ou
plus, seulement un cinquième des époux marocains et pères cèdent à la tentation de
« coucher avec une prostituée ».
54. Ce ksar est totalement délabré et toutes ses maisons sont tombées en ruine. Certaines parties
de ses murailles externes sont tombées aussi par terre, d’autres risquent de s’effondrer à défaut de
travaux de réhabilitation.
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RELIGIOSITE ET DIVINITE
Peu à peu, la zawiya servit à désigner ce que nous aurions appelé un monastère
ou un retrait; une fondation religieuse ou une chapelle. Une zawiya n’est pas une
réelle institution islamique orthodoxe, car elle doit sa création à un saint ou à un
marabout dont la doctrine est reçue par ses adeptes comme la base de leur croyance
islamique. Une zawiya pouvait être dédiée entièrement à l’éducation religieuse; à
savoir la propagation du « Saint Livre » comme l’avait conçue le «saint » fondateur,
et pouvait aussi dispenser l’éducation aux jeunes analphabètes ou fournir des servic-
es de charité en faveur des nécessiteux. La zawiya de Moulay Abdallah-ibn-Itahir
(située actuellement dans un ksar connu sous le nom Brani) a été fondée sous la
dynastie saâdienne; à la in du 16ème siècle. Son fondateur aurait été le professeur
d’Ahmed-El-Mansour, le monarque le plus célèbre de cette dynastie. Certaines par-
ties du ksar semblaient avoir survécu jusqu’à ce jour, mais dans son plan et son
architecture, il ressemblait aux autres ksours de la région. Ses différentes ruelles,
protégées contre le soleil, par des toits de troncs de palmiers, comme de coutume,
étaient entrecoupées de passages étroits entre des maisons aux murs culminants.
Le ksar était d’une pauvreté intimement liée aux édiices poussiéreux et constru-
its en pisé et parsemés de remblai produits par ce type de matériaux. L’intérieur de
la maison, relétait la simplicité du mode de vie de ses habitants. Les salles étaient
hautes et ainsi bien « aérées » mais elles n’avaient pas de meubles et ne dégageait
aucun signe de confort. Âne, chèvres, moutons, poulets et une petite vache ex-
trêmement maigre, se trouvaient dans la première maison visitée. A ma question sur
l’habitat des propriétaires de cette famille hétérogène, on m’a informé que nous nous
trouvâmes dans la bâtisse réservée aux animaux. Les propriétaires habitaient dans
une maison à proximité et cette séparation entre les habitants et le bétail semblait
d’usage dans ce ksar si particulier. Ce dernier avait uniquement un puits d’eau col-
lectif et la porte à quelques yards conduisait au jâmi, à la mosquée.
J’ai récidivé en pénétrant dans cette mosquée, également petite, mais bien pro-
portionnée et ornée d’arcades en colonnes, une ressemblance frappante avec la
première mosquée visitée dans cette région m’a laissé penser qu’elle était sa jumelle.
Le guide sélectionné, était un petit homme avec une djellaba blanche et de quelques
dents brunes. Je déclinais poliment ses modestes invitations pour prendre du thé à
la menthe. Sa voix et sa façon de parler étaient d’un ton très bas, et il donnait l’im-
pression d’une personne profondément pieuse, en quête d’une sainteté que la zawiya
pouvait peut-être lui procurer.
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KSAR-ES-SOUK
Il avait une hauteur d’environ sept pieds et était entièrement couvert de bouts de
vêtements de différentes couleurs. J’ai été accompagné par mon guide qui avait l’al-
lure d’un saint, alors que Brahim; mon chauffeur de Rabat, était d’un style très « mod-
erne» et d’un esprit séculier. A l’opposé de certains chauffeurs de mes précédentes
visites au Maroc, au cours des premières années, Brahim semblait n’avoir jamais mis
les pieds dans une mosquée et il n’avait certainement pas appris le Quran par cœur.
Il incarnait l’image du jeune marocain citadin indigène d’après l’Indépendance, dont
le seul souci était l’augmentation de salaire et les plaisirs de la vie; une combinai-
son constamment décrite comme synonyme de « progrès ». Grand fumeur, il portait
exclusivement des vêtements occidentaux, et exprimait parfois des points de vues
cyniques sur la religion, qu’il considérait comme « obstacle au progrès ». J’ai été très
surpris de le voir s’approcher du tombeau dans une attitude nettement pieuse, s’age-
nouillant, se prosternant et embrassant le coin du tombeau situé seulement à une
semelle ou deux au-dessus du sol où la pierre devenait noire, en raison des centaines
et des milliers de baisers de pèlerins. Il resta dans cette posture un bon moment,
bredouillant une prière.
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RELIGIOSITE ET DIVINITE
J’aurais dû accepter un autre verre, mais avec une extrême courtoisie, j’ai dé-
cliné l’offre avec l’argument qu’il fallait revenir à la hâte chez « mon hôte, son
excellence le gouverneur ». Même si ce refus, aurait pu être blessant pour le shérif,
l’impassibilité et les teintes pâles de son visage, faisait plus penser à un saint mort
momiié qu’à un homme pauvre jouissant de la vie. Il accepta volontiers mes excus-
es sans le moindre indice de désapprobation. J’ai inalement quitté le marabout en
gentille compagnie du shérif, que j’ai remercié pour son hospitalité, avec le vague
pressentiment qu’il allait rebrousser chemin vers le sanctuaire en quête de l’union
spirituelle avec Moulay Abdallah-Ibn-Itahir aussitôt après mon retrait. Pendant que
je m’apprêtais à partir, le shérif s’est dirigé vers un arbre tout proche contre lequel
quelqu’un avait placé une motocyclette. Il avait peut-être considéré qu’il n’était pas
courtois de mettre une pièce séculaire de la mécanique moderne à proximité d’une
chapelle sacrée et il aurait appelé quelqu’un pour la retirer. Mais rien de cela n’a été
fait. A la place, il a retroussé sa longue djellaba, il a enfourché le véhicule et il a mis
ses pieds sans chaussettes avec des babouches sur les deux pédales. Il est parti à la
hâte en direction d’Errachidia avec un grondement épouvantable avant même que
ma voiture reprenne la route55.
ksar Mushkelal
D’un point de vue historique, l’un des ksours locaux les plus intéressants, était
ksar Mushkelal, situé à quelques miles d’Errachidia. Il n’était pas rattaché à une oa-
sis d’arbres variés et de verdure rafraîchissante, mais il se situait dans un entourage
vaguement accidenté, brunâtre et pierreux, repoussant plutôt qu’attrayant. Il avait
l’air d’une petite ville médiévale; lugubre, avec peu d’attrait romantique dans son
ensemble.
55 Cette zawiya a été réhabilitée. Elle est encore gérée par les shorfas du ksar qui se chargent de
collecter les dons des visiteurs venant solliciter la bénédiction du Saint.
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Commande N° 270075 [Link]
KSAR-ES-SOUK
Il m’a fallu un peu de temps pour trouver le cheikh local, qui accepta à cœur
joie de me servir de guide. Le mokhazni que le gouverneur m’avait désigné, mé-
connaissait Mushkelal et l’offre du cheikh était appréciable. Certaines anciennes
maisons juives ressemblaient encore à des carcasses vides car leurs propriétaires
en avaient enlevé chaque morceau de bois précieux. Ainsi, il n’y avait ni portes, ni
plafonds en bois. Il ne restait que la boue, un amas de murs en pisé croulant qui, à
une certaine époque, renfermaient quelques salles. Autrefois, les Juifs et les Berbères
cohabitaient au ksar, mais les propriétaires les plus récents étaient des Berbères. Les
ruelles étaient aussi étroites que celles de la plupart des ksours. Juste une seule ruelle
un peu plus large marquait la ligne de démarcation entre la partie berbère et la partie
juive du ksar. En dépit de leur étroite proximité, les deux communautés, avaient vécu
ensemble en paix pendant plusieurs siècles.
La plupart des Juifs étaient des petits commerçants, gérant leurs boutiques ou
travaillant comme tailleurs, cordonniers ou fabricants de babouches et de sandales
locales. A une certaine époque, le ksar servait de marché important, de souk et les
Juifs jouaient un rôle actif. Après l’occupation du Maroc par les Français en 1912, ils
ont déplacé le lieu du marché à Errachidia et la plupart des Juifs ont été démunis. Le
ksar était trop petit pour supporter une large proportion désœuvrée de ses habitants.
Après 1956, le gouvernement marocain a décidé de déplacer les Juifs de leur milieu
peu lucratif et il leur a proposé de les établir à Errachidia; une offre que les Juifs ont
accepté après avoir vendu leurs maisons à leur voisins berbères.
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Commande N° 270075 [Link]
JUDAITE ET BERBERITE
Tandis que le ksar était devenu entièrement berbère, la population juive à Er-
rachidia est montée en lèche, et dans la rue principale, la plupart des boutiques
semblaient appartenir aux commerçants juifs. Le cheikh m’a emmené visiter la syn-
agogue de naguère mais, de l’extérieur, elle ressemblait aux maisons avoisinantes.
Malgré la disparition de toute sa boiserie, l’entrée de devant était bloquée par des
planches, et le cheikh m’a appris qu’aucun Berbère ne s’était jamais hasardé à mettre
les pieds dans cet ancien lieu de culte56 .
Certaines maisons achetées par les Berbères avaient été modernisées. La méth-
ode traditionnelle du « modelage de la boue » avait cédée la place aux méthodes
modernes, à savoir la technique d’enduisage de plâtre des murs internes. Le cheikh
m’a invité dans sa maison personnelle qui était probablement l’archétype des mai-
sons modernes. Sa salle de « séjour » avait des murs droits et un plafond plat hori-
zontal et les deux étaient enduits d’une peinture détrempée, à l’instar des maisons
des villes du Nord.
Elle avait une fenêtre ajustée d’un châssis en bois et quelques meubles; un can-
apé bas ou plutôt l’un des matelas mauresques reposant sur une plateforme en bois
près du grand mur et une petite table ronde avec plateau, théière, boîte de thé, bol de
menthe fraîche et un bol de [Link] aspect « moderne » était complètement étrange
à la tradition du ksar comme je l’avais relevé à plusieurs reprises, c’était un indice
d’une forte probabilité d’expansion. Ma visite à la maison du cheikh était entière-
ment fortuite et non programmée. Néanmoins, peu après mon arrivée à sa maison,
une demi-douzaine de notables, sétaient manifestés. Ils étaient tous vêtus de djella-
bas blanches et de turbans qu’ils devaient porter spécialement pour l’occasion, à la
différence des habits blancs et élimés, des personnes rencontrées lors de notre tour
au ksar. Les notables portaient des chemises blanches trouées car ce ksar semblait
vraiment pauvre. L’inondation dévastatrice du leuve Ziz durant l’hiver dernier et les
mois de sécheresse qui s’ensuivirent, avaient appauvri la plupart des habitants de la
région.
56 Toutes les familles Juives de la région d’Errachidia ont émigré ailleurs dès la in des années soix-
ante après avoir vendu tous leurs biens et maisons.
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Commande N° 270075 [Link]
KSAR-ES-SOUK
Comme il n’y avait pas de terre arable près du ksar, ses jeunes hommes devaient
partir tôt le matin à bicyclettes à Errachidia. D’autres, sans bicyclettes, devaient faire
le voyage à pied matin et soir. Notre hôte, le cheikh, portait aussi des vêtements
troués comme ses confrères notables. Mais il était visiblement rentier, possédant une
maison « moderne » dont une salle équipée de plusieurs meubles et était à même
d’offrir du thé à la menthe pour ses nombreux invités, avec un grand plat d’amandes
récemment écossés. Plus tard, après l’avoir remercié pour son hospitalité, il s’est ex-
cusé pour le « triste » accueil qu’il m’avait réservé. Mais le thé et les amandes étaient
tout ce qu’il « possédait pour le moment». Il aurait sans nul doute offert à ses invités
tout ce qu’il avait entre les mains, comme c’était le cas pour la vieille génération de
Marocains57 .
57. Ce ksar est totalement déserté et abandonné. Toutes les familles ont déménagé ailleurs. Alors que
certaines maisons se dressent encore, d’autres sont tombées en ruine. Une partie de ses murailles est
tombée par terre.
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JUDAITE ET BERBERITE
Sur sa rive la plus basse à gauche, se situait une vaste oasis étendue, pas aussi
grande que celle de Zagora ni aussi abondamment garnie de palmiers dattiers qu’Er-
foud, mais se prolongeait sous forme d’un étroit ruban vert parallèle au leuve avec
une suite de ksours s’élevant au milieu d’arbres fruitiers et de palmiers dattiers. D’un
mélange de couleur sable et dune, ces ksours se composaient toujours de murailles
se dressant l’une sur l’autre et de maisons escaladant les pentes, constituant toujours
de grands complexes semblables à des puzzles.
Leur aspect pittoresque était mis en relief grâce à la variabilité de leurs couleurs
le long de la journée et avec leurs surfaces unies plus élevées, ils se confondaient
presque avec le rocher de couleur sable qui s’élevait comme un mur derrière eux.
Parfois, il était dificile de distinguer un ksar de son arrière-plan. Sa structure et sa
couleur étaient pratiquement identiques au terrain rocailleux sur lequel il s’élevait,
comme si le rocher mère lui-même était démembré en grands cubes qui constituait la
kasbah ou le ksar. Toutes les bâtisses le long de cette étendue du leuve Ziz étaient du
même style, de la même couleur et du même matériel de construction. La succession
et l’harmonie des ksours, n’étaient pas cassées par un ensemble de villas ou de cha-
lets couverts de toits rouges et ornés de fenêtres basses. C’est son image complète-
ment uniiée et son mariage parfait avec son environnement qui conféraient à cette
partie du Ziz son caractère spécial.
J’étais particulièrement anxieux de visiter le ksar Ait Attmane. Même s’il était
peu visible de la rive droite et que ses contours se perdaient dans le milieu rocailleux
de la colline sur laquelle il s’accrochait, je m’efforçais parfois de l’admirer de loin
lors de mon chemin aller-retour sur la route principale d’Errachidia. Ait Attmane
était très ancien; il devait avoir environ six cent ans et il remontait au temps des
Mérinides. Il était sis à une certaine distance de la capitale provinciale et s’élevait
en pente inclinée depuis l’oasis duquel dépendait la nourriture de ses habitants. Il
abritait plus de cent familles dont tous les membres travaillait la terre. Ait Attmane
avait été construit d’une manière presque unique en pierre de couleur faon des col-
lines environnantes. Son plafond n’était pas de palmiers mais d’une espèce d’argan;
olivier de la région d’Agadir.
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KSAR-ES-SOUK
C‘était l’un des ksours les plus pittoresques que je contemplais par moments et
qui était également dificile d’accès. On devait d’abord s’approcher du leuve tout
en montant ou en descendant du penchant de la colline sur la route principale assez
escarpée et traverser ensuite le leuve. En été on pouvait le faire seulement à pied
en ôtant chaussures et chaussettes et en enroulant le pantalon jusqu’aux genoux.
Traverser le leuve Ziz par bateau au début du printemps pouvait facilement devenir
une aventure hasardeuse. Cette partie de Tailalet avait subi les inondations dont
nous avons déjà parlé, et une grande partie de la terre cultivée au nord d’Errachidia
avait été complètement détruite et d’innombrables maisons rasées juste quelques
mois avant ma visite.
En avançant vers Ait Attmane j’ai pu constater les débris des maisons disparues
et des arbres déracinés traînant par terre dans un décor incompatible avec le calme
du leuve paisible sous un ciel bleu sans nuage et une forte température de plus de
cent degrés F. Bien que la récente inondation ne soit pas la première que la région ait
subie, elle paraissait être la plus dévastatrice. Elle avait non seulement entraîné beau-
coup de dégâts mais elle avait aussi engendré la perte d’une grande quantité d’eau si
précieuse s’étant inalement dispersée dans les régions du Nord qui en avaient moins
besoin. L’inondation avait été à l’origine la décision de Hassan II d’amorcer des
plans pour fonder un barrage sur le leuve Ziz ain de préserver des futures inonda-
tions, en gardant l’eau dans des réservoirs pour l’exploiter ensuite dans l’irrigation
de la terre qui devait pour l’instant rester en friche.
A quelques miles avant Ait Attmane, la présence d’un certain nombre de tentes
et de voitures indiquait la place où des ingénieurs étrangers avaient déjà entamé
leur travail exploratoire en vue du projet de construction de ce barrage. Avant de
traverser le leuve Ziz, mon chauffeur avait demandé à un gamin nu-pieds âgé de
huit ou dix ans de surveiller notre voiture que nous étions obligés de laisser au bord
du leuve. Le garçon était ravi et, immédiatement avait pris place à même le sol, à
un mètre ou deux de la voiture. Après avoir traversé le leuve, nous remontâmes un
chemin rocailleux et rudimentaire sous des palmiers dattiers et iguiers. Finalement,
nous arrivâmes en face de la muraille externe du ksar. Une fois à travers sa grande
porte d’entrée, nous nous trouvâmes dans un espace étroit, partiellement ombragé où
environ une dizaine de personnes étaient accroupies et se livraient au commérage.
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JUDAITE ET BERBERITE
Ces vieux hommes et autres entre deux âges, étaient les notables du ksar. Le
plus âgé d’entre eux, un homme âgé de quatre vingt six ans, édenté, avec une petite
barbe blanche, était trop bavard. Tous les hommes m’ont généreusement fait l’offre
de me faire visiter les lieux. Nous avançâmes en montant le long d’un chemin ro-
cailleux entouré de maisons dont les murs étaient montés de pierres sans doute tirées
d’une carrière de la colline jouxtant le ksar. Elles ne tenaient pas par le ciment mais
apparemment par une sorte de pisé. Comme on en trouve partout dans la plupart des
ksours de Tailalet, une ruelle à travers laquelle nous nous frayâmes un passage, était
couverte d’un toit de madriers de bois d’œuvre. Il paraissait dur et solide comme la
pierre, abstention faite, de son arbre d’origine. Les espaces nus entre ces troncs d’ar-
bres étaient emplis de roseaux de bambou; matériel commun pour la toiture de la rue
dans la plupart des médinas marocaines.
Même si les maisons étaient construites en pierre, hormis leur solidité, elles
n’étaient que légèrement différentes de celles construites en pisé. Nous en avons
visité plusieurs et, comme d’habitude, nous sommes tombés sur une chèvre ou deux
et les autres animaux domestiques étaient constamment logés près de l’entrée. Les
quartiers de résidence des propriétaires étaient toujours dépourvus d’ameublement.
Je fus par la suite conduit vers le puits d’eau collectif. Comme je m’y attendais, une
porte mitoyenne menait au jâmi. Je n’avais manifesté aucune volonté d’y accéder
mais mes compagnons avaient ouvert la porte et m’y avaient convié à la mosquée.
Elle était exiguë, d’une forme ancienne et carrée car elle n’avait aucun arc interne
comme ceux qui embellissaient les autres mosquées. A la place des colonnes, elle
avait trois grands troncs d’arbres s’élevant du sol pour supporter le toit. Son mihrab
était une cavité semblable à une niche dans le mur face à l’Est, décoré d’un simple
dessin de quelques lignes courbées, colorées en rouge et vert, les couleurs nationales
du Maroc.
Comme elles étaient le seul trait décoratif au sein du jâmi, elles étaient plus
marquantes. Tout près, se trouvait un minbar façonné d’une manière simple; la
chaire ou le piédestal pour l’imam ou le prédicateur, fabriqué en bois non verni et
non coloré, mais également orné d’un dessin géométrique d’une couleur rouge et
verte. Outre le vieil homme à la barbiche blanche, seuls deux autres personnes âgées
étaient entrés dans la mosquée pour me faire ofice de guides. Ils se sont placés dans
un endroit reculé et je me suis installé dans un autre coin pour ne pas m’imposer. Le
vieil homme est monté sur le minbar et il avait pris quelque part la longue canne ou
le bâton qu’un imam est censé tenir dans sa main. Il était manifestement l’imam titu-
laire du ksar. Sa présence sur le minbar m’a plutôt intimidé, je me suis trouvé à mon
insu, non seulement dans une salle de prière, mais dans une mosquée au moment
d’une pratique religieuse.
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Commande N° 270075 [Link]
KSAR-ES-SOUK
L’un de mes compagnons m’a invité à sa maison pour prendre du thé à la men-
the et je l’ai remercié sous prétexte que je n’avais pas le temps - pour les Maro-
cains, l’une des excuses les moins convaincantes et les moins intelligibles - et que je
devais retourner à Errachidia. Sans plus insister sur l’invitation, l’homme continua sa
marche au côté de notre groupe. Enin nous sortîmes du ksar, tout en empruntant le
chemin vers le lit du leuve. Descendre à pied sur des pierres petites ou grandes, ou
des branches jonchant le sol, était très hasardeux. Même si je ne me suis pas plaint,
un homme et un autre jeune m’ont pris la main, pour m’assister dans mon avancée
mal assurée. Avant d’arriver au bout de notre chemin, au lit du leuve, un homme a
soudainement surgi à toute allure du ksar, accompagné d’un garçon.
Ils portaient une théière, des verres et deux paires de pain, le tout enveloppé
dans des serviettes. J’étais contraint d’accepter le verre de thé, tout chaud comme
prévu. Pendant que je prenais des petites gorgées de mon thé, plusieurs jeunes qui
se sont enfoncés au milieu des arbres, sont retournés avec des igues fraîchement
cueillies et me les ont remises. D’une couleur jaunâtre-rouge et encore chaudes sous
l’effet du soleil, les igues étaient sucrées et moelleuses comme le miel. Sur cette
note hospitalière, pleine d’émotion, j’ai rebroussé chemin, avec mon chauffeur à
destination de notre voiture et son petit gardien idèle.
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Commande N° 270075 [Link]
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Les Goundais possédaient d’autres kasbahs, en plus des deux que j’allais vis-
iter, telles la kasbah Aguergour et Tagadirt-n-Bourd, mais Talaât-n-Yacoub, était le
berceau du régime du Goundai. Elle avait failli être la « cousine germaine» du lieu
d’origine de la grande dynastie des Almohades du 12ème siècle, dont le fondateur
Ibn Toumart tirait son origine et qui avait construit sa mosquée de Tinmel bien près
de l’actuelle kasbah Talaât-n-Yacoub. Les deux se trouvaient bien au cœur du Haut
Atlas, et Tinmel domine encore l’étroite vallée. Cette région conservant les posses-
sions de Goundai, et assurant une grande richesse pour ses propriétaires, était parmi
les plus riches au Sud, et elle assurait une grande richesse pour ses propriétaires.
La famille Goundai, dont les maîtres symbolisaient les qualités de chef tribal de
l’extrême Sud, était d’origine berbère. Même aujourd’hui, et plusieurs années après
sa mort, l’un des Goundai, se distingue encore par son mode de vie particulier et
assez remarquable, incarnant toutes les vertus d’un homme d’honneur berbère. Un
autre aspect de ce berbérisme, était illustré par Thami-el-Glaoui; le Pasha de Mar-
rakech et son frère le plus âgé, Madani, opposants de Goundai. A la in du 19ème
siècle, les trois grandes familles, Goundai, Glaoui et Mtuggi, incarnaient la « no-
blesse » du Sud du pays, mais elles n’étaient pas de sang noble, car aucune d’entre
elles n’avait accédé à la prospérité avant 1860.
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Commande N° 270075 [Link]
C’était si Ahmed qui avait pris possession de la kasbah Tagoundaft et qui était
devenu maître sur une longue partie de la vallée Nis. C’est lui qui avait érigé en
1860 la kasbah Talaât-n-Yacoub, et le premier à avoir accumulé la richesse de la
famille Goundai. Au il du temps, son opposition à l’autorité centrale du sultan et du
makhzen avait engendré l’animosité du souverain, et en 1875 les troupes gouverne-
mentales avaient envahi ses terres et presque tout détruit, y compris la kasbah Talaât-
n-Yacoub. La kasbah Tagoundaft demeurait invincible, et le sultan reconnut qu’il
avait affaire à un homme destiné à rester maître sur cette partie du monde. Ainsi,
après négociations avec le souverain, Ahmed-nait-L’hassen fut nommé caïd de toute
la vallée; à savoir le représentant oficiel du sultan et son gouvernement. Si Ahmed
est mort en 1885 et fut remplacé par son ils, Tayyeb qui élargit considérablement
le domaine goundai et a de plus émergé comme l’un des trois leaders Berbères les
plus inluents avant le Protectorat français et lors des premières années de ce régime.
Entre 1898 et 1907, si Tayyeb a conquit une grande partie du Souss, mais l’envie
d’el-Glaoui à l’Est et de Mtuggi à l’Ouest le força à se retirer dans sa propre vallée de
Nis, où il construisit la grandiose kasbah Talaât-n-Yacoub en tant que sa résidence
principale.
Lorsque les tribus berbères anti-françaises s’étaient mises à combattre les «en-
vahisseurs chrétiens », Si Tayyeb, Madani et Thami-el-Glaoui, irent cause com-
mune au nom des Français, prévoyant sans doute l’emporter sur leurs adversaires.
Si Tayyeb continuait à soutenir inconditionnellement les Français, et le Général
Lyautey, le premier Résident Général ainsi que les oficiers sous son autorité, avaient
apprécié la valeur inestimable de ce soutien. En Mai 1917, ils lui attribuèrent le
commandement de la région Souss. Le caïd s’était d’abord opposé à la nomination à
un poste aussi important, mais le général français, savait bien que le moyen le plus
sûr de gagner la coopération de Si Tayyeb, était de faire appel à ses qualités de chef
tribal et grand seigneur. L’ayant invité, il lui dit simplement «Si vous êtes un simple
pasteur, je n’aurais pas dû vous offrir ce commandement ».
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Commande N° 270075 [Link]
Le Goundai n’est pas resté sourd à cette offre et, conscient de ses obligations en
tant que chef tribal, il accepta le statut légal de naib, c’est-à-dire théoriquement, un
représentant du souverain, mais sous les conditions générales de l’armée française.
Ainsi, il était devenu gouverneur de la région Souss et Pasha de Tiznit. Comme
Tiznit n’avait aucune demeure appropriée au Pasha, il s’était mis à en bâtir une pour
lui-même, et tout autour, il y avait un jardin vert, dans lequel, il avait transporté
les arbres sur les dos des chameaux et des mulets des rivages fertiles de son propre
leuve Nis, dans le Haut Atlas. Lorsqu’il s’était établi à Tiznit, il s’était trouvé obligé
de combattre les tribus hostiles à lui et au makhzen. La guerre intertribale, ou le
brigandage qui y est souvent associé, était encore une tradition assez répandue dans
les montagnes. La France était encore engagée dans le combat de la Première Guerre
Mondiale et elle n’avait pas la force de s’embarquer dans la conquête militaire de
Souss, d’où le choix porté sur le Goundai comme paciicateur bienveillant.
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Commande N° 270075 [Link]
Marrakech aurait été le point de départ pour les visiter, même si elles se trou-
vaient loin de la ville, et plus proches du point le plus haut du Haut Atlas; Tizi-n-
Test. Heureusement, le fait de voyager d’un bout à l’autre des régions de la kasbah
s’était déroulé sous les auspices « oficielles », ainsi, m’était promise l’assistance
des autorités. Après mon retour à Marrakech, j’ai rendu visite au Chef du Cabinet du
Gouverneur et je lui ai demandé de téléphoner au caïd de la région. A ma surprise, il
a appelé immédiatement, puis il m’a informé que le caïd m’attendrait à neuf heures le
matin suivant, qu’il me guiderait aux kasbahs et qu’il m’offrirait même le déjeuner.
Ceci était bien davantage ce que j’avais le droit d’espérer, et j’ai volontiers promis
de partir tôt le matin suivant après six heures.
Le caïd résidait à Talaât-n-Yacoub, à une distance d’un peu plus d’une centaine
de kilomètres de Marrakech. Même si la distance était courte, nous avons mis beau-
coup de temps pour y arriver. La plus grande partie du chemin entraînait dans le Haut
Atlas et cela signiiait une route en zigzags et une vitesse dépassant rarement trente
miles par [Link] avons quitté Marrakech peu après six heures, et très vite nous
avons remonté les vallées vertes d’oliviers, de pommiers et de pêchers. Ces derniers
attiraient les passants par leurs fruits immenses d’une couleur rose-or. De fait, les
pêches les plus belles du Maroc provenaient de cette région. Nous nous déplacions
d’une vallée, entourée de montagnes à l’autre au comble des collines, et ainsi la
journée s’avançait. C’était le paysage d’un décor magniique pour un grand opéra.
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Commande N° 270075 [Link]
A une certaine époque, les chefs des clans Berbères, pareillement à la major-
ité des Berbères, étaient monogames. Mais pas plus tard qu’au 19ème siècle, ils
avaient commencé à suivre l’exemple établi par certains de leurs confrères Arabes
et la kasbah du Goundai pouvait se vanter de posséder un harem aussi opulent que
celui de tout potentat arabe. En 1901, elle était censée comprendre presque quatre
cents femmes, dont plusieurs étaient sans doute des proches aînées et membres de la
famille. Par égard pour elles seules, une armée complète d’esclaves devait être em-
ployée. Ils pourvoyaient les femmes de leurs mounas, les provisions journalières - la
viande, le couscous, le thé, le sucre, les fruits, les bougies - Toute la distribution était
supervisée par un agent spécial ou « portier ». La plupart du temps, la kasbah devait
abriter environ mille cinq cents personnes en résidence.
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Commande N° 270075 [Link]
KASBAH PALATIALE
Aussi bien que les membres de la famille, le harem, les agents, les serviteurs et
les esclaves, il y avait aussi les fatals « mendiants », les vagabonds, les voyageurs
à pied, qui avaient l’habitude de se présenter dans l’attente d’un repas, ou au moins
d’un bol de harira, la soupe nationale ou un peu de couscous. Ils s’installaient dans
les coins d’une cour, d’un escalier ou d’un passage pour consommer la nourriture, et
ils auraient même pu, en tant qu’imprévu, être régalés par des troupes de musiciens,
de danseurs, de jongleurs et d’acrobates. Le maître, lui-même, habitait ses propres
logements, peu embarrassé de l’arrivée massive des mendiants, recevant des con-
frères berbères nobles ou des visiteurs européens, ou donnant audiences aux innom-
brables postulants venant lui rendre visite. Il y avait aussi des vendeurs de marchan-
dises diverses, y compris de tissus, dagues et « besoins » importés. Les percepteurs
d’impôts étaient en nombre assez important. Des milliers d’ouvriers agricoles de
Goundai payaient leurs impôts en nature au moment des récoltes convenables. Ces
produits étaient mis de côté dans d’énormes entrepôts. Si grand soit le prestige de
Si Tayyeb (comme il en était, de fait, de plusieurs autres chefs des clans berbères),
seuls les visiteurs les plus privilégiés avaient la permission d’embrasser ses belrats,
ses babouches (pantoules) ou la partie basse de sa djellaba.
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Ce passage du Haut Atlas et ces grands clans à l’âge moderne avait été célébrée
en deux occasions avec des fêtes somptueuses ponctuées de « fantasias »; des mem-
bres de la tribu galopant à cheval, avec une démonstration de leurs fusils marquetés
en argent, en ivoire et en nacre, de danses tribales exécutées par des hommes et des
femmes et des diffas célébrées dans de grandes tentes savamment arrangées par les
maîtres et seigneurs indigènes; Glaouas et Goundafas. L’inauguration de ces deux
premières routes qui reliaient d’un côté à l’autre le Haut Atlas de bout en bout, a été
présidée par le Résident Général en personne; M Théodore Steeg, et suivie par les
autorités françaises au plus haut niveau, vu son importance.
Avant novembre 1928, le Maroc s’étendait plus loin que Marrakech, l’ancienne
capitale du Sud. Mais aujourd’hui, les noms de ces frontières du Sud, étaient soudain
devenus ceux du Goundai et du Glaoui. Nous n’avons pas mis beaucoup de temps à
arriver à Talaât-n-Yacoub, où des gardiens, apparemment déjà avertis, nous attend-
aient dans la cour de la kasbah pour nous guider ain de faire le tour de la kasbah. Les
édiices de la kasbah s’étendaient sur une grande supericie. Mais ces murs externes,
n’avaient aucun intérêt spécial.
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KASBAH PALATIALE
Mais je pouvais encore admirer ce qui restait de ces salles, galeries, plafonds
sculptés en bois de noyer, fenêtres hautement décorées avec des arcs bien taillés, de
style totalement différent du type « mauresque » ou « berbère ». Plusieurs portes
gardaient encore leurs charpentes d’arabesques sculptées admirablement en stuc. Ta-
laât-n-Yacoub n’adhérait pas à la norme de kasbahs, qui consiste à s’élever du sol
à la crénelure dans une courbe verticale. En fait, l’accent était mis sur l’horizontal.
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Commande N° 270075 [Link]
Elle n’avait pas de tours d’observation, et ses murs externes n’étaient pas des
remparts défensifs, mais des composantes de l’édiice principal lui-même. Aucun
des Glaouis n’aurait adopté le plan, ni même favorisé la construction d’un tel édiice.
Même le matériel de construction n’était pas le pisé habituel de la kasbah, mais la
brique. J’ai bientôt découvert que les quelques édiices construites le long du Nis
semblaient construits en brique. Le pisé était visiblement bien peu convenable au
climat, caractérisé au cours des mois d’hiver par la prédominance de la neige et de
la pluie.
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KASBAH PALATIALE
Je n’étais pas un ami des deux jeunes hommes et pas invité à leur domaine. Mais
j’étais seulement un invité « oficiel » arrivé à l’improviste. Pour ces raisons peut-
être, ils n’ont jamais cherché à connaitre ma nationalité, mon travail et l’objet de
ma visite. Bien qu’en moyenne, la jeunesse marocaine tend à être tourmentée par le
cauchemar d’une curiosité jusqu’à l’investigation, les deux Goundais adhéraient aux
codes traditionnels qui imposent réserve et distance de «l’homme d’honneur mau-
resque». Le patio était spacieux et ses murs d’encerclement, étaient enduits d’une
couleur blanche et son sol brillait de tuiles colorées. Ses murs d’alentour étaient ceux
de la nouvelle kasbah. De ce patio, nous passâmes à un second, également large, et
aussi de couleur blanche, au centre duquel se trouvait une fontaine. Soudain, son
écoulement insigniiant d’eau se transforma en un jaillissement empressé, haut d’au
moins vingt pieds. Suite à mon regard interrogateur, l’un des frères à expliqué qu’un
système de force spéciale réglait le lux d’eau qui provenait d’une source en haut des
montagnes. C’était seulement la pression naturelle de l’eau de source qui modiiait
constamment le dynamisme de la fontaine. En fait, à chaque moment, l’élévation du
jet d’eau de la fontaine changeait de quelques centimètres à plusieurs pieds.
Les jeunes Goundais paraissaient plus penchés sur la technique électrique mod-
erne qu’aux anciennes affaires marocaines ou berbères. Son jeune frère, plus attentif,
connaissait les réponses à mes questions, mais le respect de la quaida nationale,
l’empêchait de prononcer un seul mot en présence de son frère plus âgé. Pour cela,
j’ai bien pensé à m’abstenir de lui adresser directement la parole. Finalement, les
frères m’ont emmené vers une terrasse au sommet de la nouvelle kasbah, d’où on
pouvait admirer des milliers de terrains cultivés. Mais le caïd m’a fait savoir que
nous avions encore une longue journée devant nous, et ainsi nous prîmes congé de
mes deux jeunes hôtes.
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Commande N° 270075 [Link]
Nous n’étions pas parti depuis longtemps sur des cailloux mouvants par terre,
en les évitant autant que possible, que le caïd annonçait déjà que nous étions arrivés
à l’extrémité de ce qu’il désigna avoir été un chemin où même une jeep ne pou-
vait avancer. Il nous a proposé de couvrir la distance restante à dos de mulet. «Les
Goundafas montaient toujours à leur kasbah à dos de mulet», me it-il remarquer,
comme s’il a voulu laisser entendre qu’un voyage à dos de mulet, était pratique-
ment un privilège et un acte de noblesse. Il ne s’était pas rendu compte que ses
mots m’avaient serré le cœur, car je n’étais jamais de ma vie monté sur un mulet,
et je n’avais jamais gravi une pente aussi perpendiculaire sur le dos d’un animal. Je
n’avais jamais été un grand cavalier. La dernière fois où j’avais enfourché un cheval,
remontait à plus de trente ans.
Je me faisais bien vieux, et de plus, j’avais maigri à cause des semaines lors
desquelles j’avais éprouvé des maux d’estomac et du fait de la chaleur excessive. Je
considérais ainsi la perspective de monter sur le dos d’un mulet le long d’un chemin
caillouteux et mouvant, comme une forme de suicide. Lorsque j’ai demandé à mon
généreux guide de me montrer le chemin que le mulet devait prendre, il m’a montré
du doigt le seul chemin disponible, qui était à peine d’une largeur de vingt pouces;
l’un de ces bords était taillé par la paroi de la montagne, alors que son côté opposé
constituait le bord du précipice sur lequel se jetait la montagne. Jeter un regard sur le
précipice me mettrait en état de voir une chaîne impressionnante de montagnes d’une
longueur kilométrique assez étendue et de vallées entourées d’elles. Mais je n’ai pas
osé faire ainsi, et j’ai fortement tenté de refuser la course.
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Commande N° 270075 [Link]
KASBAH PALATIALE
Comme les deux étaient des berbères ne parlant aucune autre langue, j’ai pu
éviter les périls qui auraient pu être occasionnés en m’entretenant avec eux. A la
place, ils adressaient la parole au mulet en berbère pour l’inciter à avancer, bien droit
au but tout en guidant sa marche avec prudence. Deux fois, le pied du mulet a glissé
sur une pierre qui tomba très loin vers le bas du précipice. Heureusement à ce mo-
ment-là, je n’étais plus effrayé, mon état d’esprit était hors de portée de toute autre
chose, qu’elle soit positive ou négative. Le caïd, qui nous devançait avait l’air assez
vif, avec sa casquette tressée en or, en « uniforme » kaki, fumant une cigarette, se
tournant parfois pour exprimer son contentement de notre promenade cavalière et du
très beau paysage. A la place, ils adressaient la parole au mulet en berbère pour l’in-
citer à avancer, bien droit au but tout en guidant sa marche avec prudence. Deux fois,
le pied du mulet a glissé sur une pierre qui tomba très loin vers le bas du précipice.
Heureusement à ce moment-là, je n’étais plus effrayé, mon état d’esprit était hors de
portée de toute autre chose, qu’elle soit positive ou négative.
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Commande N° 270075 [Link]
kasbah Tagoundafte
La plupart des anciennes kasbahs des chefs tribaux, avaient connu un dénoue-
ment malheureux, au cours du soulèvement, survenu après la mort du sultan Moulay
Hassan en 1894 et qui avait éclaté de nouveau quelques années plus tard durant le
règne de son ils, Abdel Aziz. Mais Agadir Tagoundafte était restée indemne. Elle
paraissait fort ancienne, et pourtant avait été construite récemment en 1860. Elle avait
servi la plupart du temps de domicile au khalifa du Goundai, ou à son représentant,
qui était certainement l’un de ses proches.
Tagoundafte était un bloc de tours solides, dressées avec la pierre rouge, et don-
nant dans toutes les directions. Les deux tours d’angles, plus massives que toutes les
autres, s’ouvraient sur la plaine arrosée par le leuve Nis. Au premier coup d’œil,
cette kasbah faisait penser à la tête du mât d’un navire. Elle était presque aux dern-
ières étapes de délabrement. Les grandes portes étaient soit accrochées précairement
aux charnières rouillées ou elles se trouvaient dans la blocaille éparpillée sur le sol.
Les murs étaient issurés sur plusieurs endroits, des tas énormes de grès fracassés et
les restes véreux du bois d’œuvre, couvraient une grande partie du lieu. Des poutres
de bois dur de noisette, coupaient la façade brunâtre qui s’apparentait aux os d’un
squelette. Les bordures des toits et les plafonds en bois sculptés avaient l’image des
peines anciennes édentées.
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Commande N° 270075 [Link]
CITADELLE DE GUERRE
Le dernier, mais non le moindre trait, était un aqueduc de type romain, avois-
inant l’édiice et qui se positionnait à l’emplacement d’un certain canal. Tous ces
traits s’écartaient des convenances imposées aux constructeurs des kasbahs berbères,
que ce soit au Sud ou dans le Haut Atlas. Je me demandais si l’obscurité de la grande
porte frontale et le passage d’entrée, menant à la première cour était due à l’utilisa-
tion de la maçonnerie de teinte noire et de bois d’œuvre. Ceux-ci auraient pu être
autrefois, légèrement éclatants et de texture diversiiée, avant d’être enfumés par les
forgerons et les fabricants de fer à cheval qui avaient l’habitude de s’installer dans
cette aire et faire leur commerce toute la journée.
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Commande N° 270075 [Link]
Elle avait faussement cru que son époux était partie en voyage, et était libre de
ses actes. Mais soudainement, l’une des portes s’ouvrit et le grand Goundai surgit
de nulle part. Il s’était étonné de constater que même s’il était censé s’absenter, sa
femme s’embellissait de ses ornements les plus recherchés. Beaucoup de questions
trottèrent dans l’esprit du maitre, du genre, qui va-t-elle recevoir pendant son ab-
sence ? Epouvantée par la réaction de son maître, la ille succomba entièrement à
la panique et se lança de la salle à travers une autre porte. Elle parcourut le long du
couloir, son maître et son seigneur derrière elle. Finalement, elle arriva à la terrasse
qui donnait sur le ravin. A son désespoir, elle sauta dans le néant et disparut dans
l’abîme. La légende ne rapporte pas le nom du mari outré, mais au Maroc, les légen-
des ont la réputation d’être très approximatives par rapport à la réalité de la version
oficielle de l’histoire.
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Commande N° 270075 [Link]
CITADELLE DE GUERRE
Pour ma défense personnelle, j’ai fait savoir au caïd que j’étais debout depuis
cinq heures du matin et que j’étais épuisé et que je serais à peine capable de descen-
dre la montagne entièrement escarpée sans assistance. Dans un acte de bienveillance,
mon hôte m’a proposé de faire le chemin à pied et il m’a promis de l’aide, en me
donnant un coup de main en marchant sur les nids de poules et les grosses pierres. Il
avait bien tenu sa promesse, en me prenant le bras et la main au cours de notre longue
descente, devenue presque agréable par son soutien. Enin, nous regagnâmes la jeep,
près d’un groupe de maisons que je n’avais pas remarqué auparavant. De l’une de
ces maisons, un homme entre deux âges, portant un turban et une djellaba, it irrup-
tion pour nous accueillir. C’était le khalifa local du Goundai et le propriétaire du
petit domaine où nous venions d’entrer. Nous fûmes conduits dans « la meilleure
» salle où j’ai cédé à mon épuisement en m’assoyant sur l’un des canapés. Bientôt
notre hôte est revenu, accompagné de son frère.
Nous nous sommes serrés les mains sans échanger un traitre mot. Nos hôtes
parlaient seulement shleuh; le dialecte berbère du Haut Atlas. Ensuite, les deux
frères ont quitté la salle, revenant un instant avec un plateau de verres de thé à la
menthe. Le caïd m’a annoncé que le thé avait été préparé ailleurs et pas devant notre
assemblée comme d’ordinaire. Il était inadmissible pour nos hôtes, « des hommes
vraiment bien nés », de s’asseoir avec nous et écouter notre conversation. Même
s’ils ne parlaient pas français, ils pouvaient comprendre quelques bribes de mots.
Le thé à la menthe a immédiatement été relayé par un plateau d’amandes, certaines
brunes, d’autres pelées blanches et lustrées comme la porcelaine. Nous avons à peine
bu notre première gorgée de thé, que l’hôte se présenta avec tous les ustensiles tra-
ditionnels pour le lavage des mains. «Nous ne sommes pas venus ici pour le grand
déjeuner», ai-je demandé au caïd, «non vraiment», a-t-il répondu, « à vrai dire, j’ai
invité quelques amis au déjeuner à une heure avancée dans ma maison. Notre hôte
est au courant. Mais veuillez avoir la complaisance de passer au rituel du lavage des
mains en acceptant l’hospitalité du khalifa ».
Il m’a alors fait savoir qu’il était impossible ne pas accepter cette invitation,
quitte à ne prendre qu’un un tout petit morceau. Bientôt le khalifa est revenu avec un
plat de poulet fumant, ou devrais-je dire quatre, qu’il a posés sur la table devant nous.
Nous avons saisi un morceau de viande entre le pouce et l’index et ensuite le plat
a été desservi par notre hôte. Il est tout de suite revenu avec un grand bol de tajine;
le service ordinaire composé de ragoût étuvé d’agneau et d’une variété de légumes.
De nouveau, nous fîmes notre devoir et une fois encore le plat fut retiré au bout de
quelques secondes. Le tajine a été suivi de plats de viande et d’un bol de couscous.
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Cependant, notre grand déjeuner entier n’avait pas duré plus de dix minutes.
Par respect pour le caïd, le représentant oficiel du Roi, ni le khalifa ni son frère ne
nous avaient rejoints à table. Ils supervisaient seulement les dispositions et s’étaient
réjouis d’avoir accepté leur invitation. Finalement, de l’eau, du savon, des bassines
et des serviettes ont été présentées, nous « lavâmes» les doigts de notre main droite,
rincèrent nos bouches et nous fûmes ensuite escortés par nos hôtes vers la jeep.
Nous les avons remerciés chaleureusement et ils nous ont en retour exprimé leur
baraka (reconnaissance) de leur avoir accordé «l’honneur et la joie » de notre visite.
Leurs paroles étaient d’une grande sincérité et dans un style dénué de ioritures. Si
l’ainé des deux frères Goundai à Talaât-n-Yacoub était séduit par la culture et la
civilisation occidentale, une mode très répandue parmi les jeunes de Casablanca et
Rabat méprisant les coutumes héritées du passé, nos hôtes, par contre, à Tagoundafte
s’en tenaient bien à la tradition ancienne.
C’était l’heure du thé, quand nous nous assîmes enin pour le grand déjeuner à
la maison du caïd. La perfection de la nourriture, le service et l’hospitalité, agréable
et propre à l’hôte étaient autant de signes que certains principes sociaux régissant la
vie des chefs de clans berbères étaient encore respectés, par un agent venu du Nord
lointain et « modernisé », et qui, à présent, régnait sur une ancienne zone tribale du
Haut Atlas.
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