LA VILLE
CONTEMPORAINE
Pr. Hassan Kharmich
Contenu du cours
⚫Vers une nouvelle configuration spatiale de
la ville
●De la ville compacte à la ville diffuse
●Du centre ville au complexe
multipolaire
⚫Vers une nouvelle configuration temporelle
de la société
●De la synchronisation à la
désynchronisation des rythmes urbains
●De la proximité physique à la proximité
temporelle
●De la solidarité traditionnelle à la
solidarité réflexive
⚫Vers de nouvelles formes de démesure
urbaine
●De la ville à l’anti-ville
●De la ville nature à la ville anti-nature
●Les tentatives d’ajustement
Bibliographie sélective
⚫ MANGIN (D), La ville franchisée, Forme et structures de la ville contemporaine, Ed. la Villette, 2004.
⚫ SPECTOR (Th), THEYS (J), MENARD (F) : Villes du XXIe siècle. Quelles villes voulons-nous? Quelles
villes aurons-nous? CERTU, 1999.
⚫ ASCHER (F), Métapolis, ou l'avenir des villes, Odile Jacob, Paris, 1995
⚫ ASCHER (F), Organiser la ville hypermoderne, Editions Parenthèses, Marseille, 2009.
.
⚫ DUPUY (G), L'urbanisme des réseaux, A.Colin, Paris, 1991.
⚫ DUPUY (G), Les territoires de l'automobile, Anthropos, Economica, Paris, 1995.
⚫ JACOBS (J), Déclin et survie des grandes villes américaines, Editions Parenthèses, Marseille, 2012.
⚫ MAY (N), VELTZ (P), LANDRIEU (J), SPECTOR (TH), (dir.), La Ville éclatée, La Tour d'Aigues,
Éditions de l'Aube, 1998.
⚫ NAVEZ BOUCHANINE (F), (dir.), La fragmentation en question, l’Harmattan, 2002.
⚫ RONCAYOLO (M). La ville et ses territoires, Gallimard, Paris, 1990.
⚫ WIEL (M), La transition urbaine ou le passage de la ville pédestre à la ville motorisée, Edition Margada,
1999.
⚫Parmi les traits caractéristiques de la ville
contemporaine on retient:
●Eclatement, disparition de l’enceinte, de la
limite;
●Périurbanisation;
●Décomposition urbaine;
●Croissance de la mobilité et irruption des
NTIC.
◦ Évolution des formes de production et des modes de vie:
●Le passage d’un mode de production fordiste à un mode
de production plus flexible a induit une
déstandardisation des modes de vie et une
déhiérarchisation territoriale.
◦ Développement de nouvelles polarités:
●De nouvelles polarités apparaissent aux abords de
nœuds de circulation, connectées entre elles et
indifférentes aux territoires environnants, et les
agglomérations se recomposent sur le modèle de la
« ville archipel ».
◦ Émergence de nouvelles solidarités :
●Ce n’est plus la proximité qui définit la sociabilité urbaine mais ce
qu’on appelle les appariements électifs et sélectifs:
●On est plus proche de ceux qu’on aime, de ceux qui nous
ressemblent, de ceux avec qui on a des affinités, des modes de vie
identiques, que de son voisin immédiat.
●Ce n’est plus la vie de quartier qui fait la sociabilité urbaine, mais
les réseaux de connaissance que la mobilité généralisée rapproche.
◦ Croissance de la mobilité:
●La mobilité automobile a transformé la ville pédestre en ville
motorisée. On se trouve face à « une transition urbaine », face à
une ville qui s’étale et se redéploie sans limites pour répondre aux
besoins d’espace
⚫ Ces bouleversements majeurs appellent une
réflexion approfondie et un débat sur les outils
d’observation et d’action permettant appréhension,
accompagnement et maîtrise de ces nouveaux
modèles urbains.
De la ville compacte
à la ville diffuse
La ville compacte
⚫Caractéristiques de la ville compacte:
●Ancienneté de la formation de la ville
●Continuité et densité du bâti
●Une ambiance marquée par l’urbanité
●Une cité à l’échelle humaine
●Le centre-ville et la symbolique culturelle
●Le centre-ville historique et pouvoir
structurant
Ancienneté de la formation de la ville
⚫ La ville compacte renvoie à la ville ancienne
(antique et médiévale)
⚫ La ville est née du monde rural sédentarisé
⚫ Le besoin matériel de sécurité s’est doublé dès
l’origine d’une préoccupation spirituel
⚫ Laville en tant que carrefour n’est pas seulement
un lieu privilégié de rencontre terrestre, mais
symbolise la rencontre avec le destin
⚫ L’important rôle des monuments dans l’urbanisme
Continuité et densité du bâti
⚫Les bâtiments se caractérisaient par :
●L’unité,
●L’articulation,
●L’équilibre avec la nature
●La densité d’occupation
●La corrélation entre bâtiment et usage
●L’optimisation et la rationalité dans
l’usage du sol (intense mixité
fonctionnelle)
Une ambiance marquée par l’urbanité
⚫L’ambiance est marquée par une
double urbanité:
●Une urbanité polyvalente, populaire;
●Une urbanité nourrie de qualités morales, de
« bonnes mœurs », aristocratiques et
bourgeoises.
●La configuration de la ville renvoie à la
structuration du corps social
Une cité à l’échelle humaine
⚫ Tous les espaces de vie de la population sont
accessibles à pieds;
⚫ Le droit d’accès à la cité est assuré à toutes les
catégories sociales;
⚫ Les composantes de l’espace urbain sont
agglomérées selon le principe de la proximité;
⚫ Lapratique de l’espace et les modèles d’habiter
sont déterminés par des codes sociétaux.
Le centre-ville et la symbolique culturelle
⚫Le cœur traditionnel des villes bat au rythme
de leur culture, chargées de symboles;
⚫La position centrale avait une connotation
spécifique, symboliques, sacrée;
⚫La ville participe à une cosmologie dont elle
est le centre par ses racines religieuses et son
rayonnement
Le centre-ville historique et son pouvoir
structurant
⚫Les centres-villes historiques n’avaient pas
uniquement une signification capitale pour
l’époque à laquelle ils furent crées;
●leur pouvoir structurant pour l’avenir fut
généralement déterminant;
●de nos jours encore de nombreuses villes
gravitent autour de leur centre-ville
historique.
Reconquête de la ville compacte
⚫ Depuis les années 90, il y a retour à la notion de la ville
compacte :
⚫ C’est le sens des politiques de « renouvellement urbain » et
de « reconstruction de la ville sur elle-même»
⚫ Il s’agit de jouer sur plusieurs tableaux :
● limiter l’étalement (rétention urbaine) et rendre les
parties bâties attractives (renouvellement urbain),
● proposer des alternatives à l’automobile (réseau de
transports en commun et de pistes cyclables),
● freiner le déclin du centre au profit de la périphérie en
valorisant le patrimoine urbain tout en évitant de le
muséifier, etc.
La ville diffuse
La forme des villes, entendue comme la forme
de l’espace urbanisé et de la répartition de
ses fonctions, a évolué au fil du temps en
fonction :
des opportunités offertes par les moyens de transport
mis à la disposition des citadins;
des opportunités offertes par la disponibilité foncière à
bon prix;
Ces opportunités ont rendu favorable
l’éclatement des remparts, l’étalement et la
fragmentation géographique de la ville.
La ville diffuse :
intègre des territoires “ni ruraux ni urbains”
abrite des bassins d’emploi et d’activités
domicilie des espaces résidentiels tout standing
confondu ;
Reliée avec des réseaux de mobilité et de
déplacement
Périurbanisation ou rurbanisation
La périurbanisation (urbanisation autour) est un concept décrivant un
étalement de la population et la formation de "communes dortoirs".
La rurbanisation (urbanisation de la ruralité) dans le sens où la
civilisation urbaine envahit et transforme la campagne.
Cet étalement périurbain a un coût important pour tout les usagers :
Acheminement des services (eau, gaz, électricité, téléphone), routes,
épuration des eaux usées,...
Collecte des déchets, la distribution du courrier, les transports en
commun, la pollution générée par les navettes (lieu de résidence - lieu de
travail).
Ce sont les ménages aisés qui tendent à quitter les centres urbains
encombrés pour s'installer dans les zones vertes et aérées. Une dualisation
de plus en plus forte apparaît entre le centre et la périphérie. Ce
mécanisme tend à augmenter la ségrégation résidentielle entre les classes
sociales.
La périphérie urbaine au niveau de la ville contemporaine
Les implantations périphériques s ’ appuie
largement sur la configuration des axes de transport
et la périphérisation des clients.
Sur un plan spatial, les différents services et
activités qui viennent s’implanter à la périphérie
favorisent :
La mobilité et le désenclavement de la ville
Son centre connaît de plus en plus des tendances
centrifuges.
Une telle évolution est susceptible de
modifier profondément la structure tant celle
du centre, menacé de perdre sa spécificité,
que celle de la périphérie
Les services de haut niveau implantés au
niveau de la périphérie contribuent à la
constitution de véritables :
espaces urbanisés périphériques qui concentrent des
entreprises, des services, des centres commerciaux et
de loisirs.
Le processus de périurbanisation a provoqué
un mélange des fonctions le long des
grandes voiries où viennent s ’ implanter
différentes activités:
commerciales (centres commerciaux,…)
administratives (ambassades, administrations,
écoles.…)
récréatives ( pôles d’attraction, cafés,…)
résidentielles (tout standing confondu)
Les hypermarchés et centres commerciaux
s’implantent, en premier lieu, seuls avant
d’attirer ensuite à leur proximité des grandes
surfaces spécialisées.
Et c’est au niveau des rocades que la quasi-
totalité des pôles viennent s’implanter, à
proximité des nœuds d’échanges de cette
rocade avec les différentes pénétrantes
routières qui convergent vers
l’agglomération.
La localisation des pôles périphériques ne
résulte pas du hasard, elle a une logique
dont les règles sont simples :
associer aux implantations commerciales d ’ autres
services aux ménages
éviter une accumulation mal ordonnée et peu
esthétique aux entrées d’agglomérations.
Cette configuration de la nouvelle
organisation commerciale, est induite par la
mobilité facilitée et le réseau routier.
Mais ce modèle dominant de la ville diffuse
n’est pas le seul :
La ville compacte s’est maintenue dans
son principe, au point de représenter un
contre modèle,
Ce modèle est porté aujourd’hui par le
développement durable et présenté
comme un objectif des politiques
publiques d’aménagement urbain.
Du centre ville au modèle
multipolaire
A la faveur de l’élargissement des centres et de la
formation de pôles secondaires, le modèle de la
centralité dans la ville s’est progressivement transformé.
Comment interpréter les tendances à l’éclatement du
centre ?
Etalement urbain touchant à la fois la
population et l’emploi ;
Accroissement des navettes domicile-travail;
Emergence de formes de centralité multiples
dans les grands ensembles urbains, associée à
une spécialisation des pôles secondaires.
Etalement urbain et complexité des formes de
la concentration
La nouveauté de l’étalement urbain réside dans :
les distances et les surfaces en jeu;
les volumes de population et d ’ activité
concernés;
l ’ obligation où se trouvent habitants et
entreprises d’inventer de nouvelles relations à la
territorialité urbaine.
L’étalement de l’emploi n’a suivi que d’assez loin celui
de la population.
La ville monocentrique confrontée au modèle
multipolaire
L’examen des trajectoires des navettes domicile-travail et celui de leur
évolution mettent en évidence des formes urbaines plus multipolaires. On
note :
Une progressive réorganisation des structures centrales, considérée
comme un important facteur de la bonne résistance du centre et de
la cohésion d’ensemble de l’aire urbaine.
Au cœur des aires polarisées, la centralité a conservé sa force en
renouvelant ses formes. Au voisinage de la commune centre, des
pôles secondaires spécialisés ont émergé, que les déplacements
domicile-travail permettent de bien individualiser.
Les localisations de ces pôles secondaires ont souvent été définies
dans le cadre de grandes opérations d’urbanisme, en relation avec
la mise en place de nouveaux équipements urbains, de transport en
particulier.
La force accrue de ce centre élargi tient aussi à l’intensification de ses liens
avec sa périphérie immédiate :
L ’ extension de la polarisation centrale s ’ accompagne d ’ une
croissance significative des mouvements inverses, au départ du
centre et en direction des périphéries.
Ces nouveaux « satellites » du centre principal, rattrapés par
l’étalement urbain et progressivement intégrés dans les périmètres
des aires polarisées, composent directement, et au quotidien, avec
la polarisation centrale.
L’entrée de pôles urbains périphériques dans le système principal des
interactions spatiales de l’aire polarisée peut être lue à deux échelles de
temps:
Dans l’immédiat, le centre qui étend son emprise est apparemment
renforcé;
A plus long terme, si ces entités urbaines périphériques sont à la
fois assez proches et d’assez grande taille, le modèle le plus
probable est celui d ’ une structure urbaine assez largement
multipolaire.
C’est enfin aux échelons régional et national
que se trouvent des raisons de la force
maintenue des centres élargis :
Les centres des aires polarisées confortent leur rôle en
tirant aussi leur force de liens domicile-travail de plus
en plus nombreux noués à ces échelons. Les navettes
entre centres urbains éloignés ne cessent de s’intensifier.
Polarités secondaires et spécialisation : vers de
nouvelles formes de la centralité dans les
espaces métropolitains.
A la faveur de l’élargissement des centres lié à la formation de pôles
secondaires spécialisés, c’est la forme même de la centralité dans la ville
qui s’est progressivement transformée, s’éloignant progressivement du
modèle traditionnel :
Les réorganisations de la zone centrale sur un mode plus multipolaire s’appuient sur
la formation de pôles spécialisés : chaque pôle s’appuie sur un segment particulier
du marché du travail métropolitain.
Le processus est fortement orchestré par de grandes opérations d’urbanisme.
Ces spécialisations se lisent aujourd’hui avec force dans les paysages de la plupart
des grandes villes. Elles résultent plus souvent, des choix d’implantation des
nouvelles activités urbaines (plus péricentrales dans le cas de la grande distribution,
et des fonctions d’intermédiation, plus centrales dans le cas des services aux
entreprises).
Le renouvellement profond de la forme des centres, qui en a
aussi fait la force, soulève quelques problèmes très mal
résolus :
En construisant leurs propres espaces de référence, ces
pôles centraux secondaires introduisent dans l ’ aire
urbanisée de nouvelles segmentations fondées sur des
sélections:
positives dans certains cas par attraction réciproque de
certaines spécialisations fonctionnelles et résidentielles
jugées valorisantes,
ou négatives dans d’autres, quand la sélection résulte de
l ’ exclusion ou d ’ évitements mutuels, que les
différentiels fonciers ne font qu’amplifier et qu’indurer.
Les pôles secondaires sont aussi porteurs de leur propre
fragilité. Leurs coûts de fonctionnement sont souvent
élevés, cependant qu’ils apparaissent de plus en plus
souvent largement privatisés.
Spécialisés, ils sont aussi particulièrement sensibles aux
conjonctures de branche et aléas de tous ordres,
inévitablement associés à une base trop étroite. Le centre ne
continue véritablement d’exister que tant que ses parties
ne sont pas une à une fragilisées.
L’émergence de ces nouveaux centres pose la question de
la gouvernance urbaine et des niveaux spatio-administratifs
de la coopération intercommunale.
On doit désormais considérer que dans les territoires
métropolitains fortement intégrés, le centre a relativement bien
maintenu sa force dominante de polarisation en modifiant sa
structure.
Dans ces territoires, l’offre d’emploi est désormais un des
fondements de la centralité, cette dernière y demeure un
principe majeur d’organisation mais se reconstruit sur un
modèle spatial nouveau :
Hiérarchie, taille et espacement ne jouent plus seuls ou
presque seuls, les segmentations conjointes de l’emploi
offert d’une part, des populations résidentes d’autre part,
font que la construction des pôles secondaires est au moins
aussi fortement tributaire du modèle spécialisé que du
modèle hiérarchique.
La ville de la
troisième modernité
L’étude de l’histoire urbaine nous apprend que
les villes ont connu:
une première révolution de la « haute modernité » avec
la renaissance et le début des temps modernes;
une seconde révolution de la « seconde modernité »
avec la révolution industrielle et ses dynamiques
économiques, sociales et techniques;
une révolution contemporaine de « la troisième
modernité » avec les technologies de l’information et de
communication
Les caractéristiques des villes de « la troisième
modernité » :
La métropolisation;
Le temps, l’espace et la vitesse;
Les représentations de la ville et les outils urbanistiques;
Les technologies nouvelles de communication et leur
rapport à la distance, à l’espace et à la société;
Les temps de la vie urbaine, de l’autonomie individuelle
et la volonté de chacun de maîtriser son espace-temps
de la ville.
La métropolisation
La métropolisation peut être définie comme :
la continuation de la division du travail;
la concentration des richesses humaines et matérielles dans les
villes les plus importantes;
un processus s’articulant à la globalisation;
La métropolisation et la globalisation induisent un
processus double d’homogénéité et de différentiation:
homogénéisation parce que l’on retrouve les mêmes acteurs
économiques dans toutes les villes;
différentiation parce que ces acteurs sont d’autant plus performant
qu’ils sont capable de s’adapter aux circonstances locales et du
moments.
La métropolisation, c’est aussi un changement d’échelle de la
vie urbaine:
Les distances parcourues par les citadins ont augmenté;
Les villes se distendent, s’étalent, se morcèlent, se polynucléarisent;
Se forme de vastes régions urbaines, « métapoles »;
Les coupures entre villes et campagnes ne sont plus radicales et les
différences entre grandes villes, petites villes et bourgs s’estompent
Les centralités se multiplient, se diversifient, se spécialisent, à tel
point de parler de polarités ou de concentration spécialisées
Ce qui explique le « phénomène de pérégrination »
La vitesse : toujours plus vite, toujours plus loin
Les territoires qui émergent sont des territoires
urbains discontinus, fragmentés, polarisés,
souvent ségrégés : les oppositions ville-
campagne ne sont plus significatives.
La ville fondée sur la continuité du bâti, sur la
densité, sur la compacité, a été dépassée par
ces nouveaux territoires. Mais ce serait une
erreur de croire que la ville d’aujourd’hui
produirait des non-lieux.
Ces nouveaux lieux posent certes des problèmes, en particulier
les entrées de villes, les centres commerciaux, les multiplexes,
les aéroports, les nœuds d’échanges, etc., mais ce sont des
lieux où s’exercent des pratiques sociales diversifiées, où se
dessinent potentiellement de nouvelles centralités.
Cette transformation de la ville est très largement liée à la
transformation des mobilités et au développement de la
vitesse.
Du coup, en une trentaine d’années, on a augmenté de plus de
50% la surface urbaine que nous utilisons, que chacun de nous
consomme.
La raison des déplacements change : on se déplace moins pour
les déplacements domicile-travail, et davantage pour d’autres
motifs : loisirs, approvisionnement...
Corrélativement, les déplacements sont de plus en plus
irréguliers et changeants.
Etant donné les formes urbaines, à savoir un territoire étendu,
discontinu, fragmenté, hétérogène, les déplacements vont dans
tous les sens, ils sont chaotiques.
En réalité, la vitesse a été le moyen principal pour faire face à
des besoins urbains toujours en évolution.
On a une sorte de dialectique de la croissance urbaine et du
développement de la vitesse. Ce n’est pas la voiture qui est à
l’origine des formes urbaines actuelles, mais c’est
fondamentalement le développement de la ville qui a engendré
le besoin de moyens de transport de plus en plus performants.
Parmi les effets dû à la vitesse :
L’effet tunnel : entre deux gares, avec le système
autoroutier et voies rapides, ou entre deux échangeurs, il
y a de moins en moins de choses et une neutralisation
des espaces intermédiaires.
L’effet « hub » : les hubs, ce sont des plates-formes
aéroportuaires qui sont des lieux d’où l’on s’envole pour
toutes les directions possibles : la proximité physique
s’efface au profil d’une proximité temporelle.
Avec ce développement de la mobilité, on peut s’interroger
aussi sur :
La notion du quartier et les relations sociales sont de moins
en moins corrélées avec une proximité physique. Les gens
qui voisinent n’ont plus nécessairement des relations, des
intérêts, des enjeux communs.
L’architecture, car à partir du moment où l’on se déplace de
plus en plus vite dans la ville, on ne la voit pas de la même
manière : l’esthétique urbaine, l’art urbain ne peuvent rester
les mêmes.
On passe d’une ville qui, à partir du 18 siècle, a été conçue
comme un théâtre, à une ville de la mobilité, de la vitesse,
de l’accélération, qui fonctionne comme un cinéma.
Pourtant, on continue à concevoir des objets comme s’ils
étaient uniquement vus et pratiqués par des piétons.
La ville et les nouvelles technologies de
communication
Le développement des technologies nouvelles de communication va-
t-il modifier les dynamiques urbaines ? Certains pensent que les
technologies de communication, en supprimant les distances, vont
supprimer complètement la ville et toute occasion de rencontre.
Plusieurs études ont prouvé que :
le téléphone suscitait plus de déplacement qu’il n’en
remplaçait.
les groupes sociaux qui télécommuniquent le plus sont ceux
qui se déplacent le plus.
Les technologies de communications sont davantage apparues
comme des moyens de développement de la ville plutôt que comme
des substituts à ce développement.
Les NTIC marquent de leur empreinte l’évolution des
villes, mais sans que cela affecte la valeur et
l’importance renouvelée du face-à-face et de
l’expérience directe dans la vie urbaine.
Le boom des activités sportives et de la restauration
de loisirs, la croissance des mobilités liées aux
rencontres familiales et amicales…sont autant
d’indices de l’importance renouvelée du face-à-face
et de l’expérience directe dans la vie quotidienne;
Nous n’allons donc pas vers une ville virtuelle, mais
une ville à la fois télécommunicante et sensible, fait
d’événements qui exigent la coprésence, et dans
laquelle la qualité des lieux mobilisera tous les sens, y
compris le toucher, le goût, l’odorat,…
Les temporalités : La ville ouverte 24 h / 24 h ?
Ce contexte marqué par la vitesse, par l’instantanéité,
entraîne une transformation considérable de
l’organisation quotidienne de nos vies dans les villes:
Les villes changeront sans doute plus par la manière de
les utiliser que par leur cadre bâti. Elles changeront plus
temporellement que spatialement.
L’une des modifications les plus importantes concernera
les temps d’usage des villes, les durées des différentes
activités, les horaires, les rythmes, les séquences, les
régularités…
La ville tout le temps, et juste à temps
Allongement des plages d’utilisation des équipements;
La maîtrise du temps, la flexibilité et la variabilité des horaires
et la capacité de répondre rapidement à des marchés et à des
circonstances changeantes;
Les rythmes de l’économie sont de moins en moins déterminés
localement et de plus en plus alignés à des horaires mondiaux :
désynchronisation du rythme économique;
Cela a évidemment des impacts énormes sur le fonctionnement
urbain : il faut arriver à concevoir une ville qui en même temps
travaille, se repose et habite, consomme et a des loisirs.
Vers un chrono-urbanisme
La notion de chrono-urbanisme, c’est-à-dire la
nécessité de prendre en compte les rythmes dans la
réflexion sur la ville. On ne peut plus penser la ville,
donner différentes caractéristiques d’un territoire,
sans précisément prendre en compte les heures et les
conditions dans lesquelles on utilise ses territoires.
L’autonomie croissance des individus
Développement d’un processus « d’individuation », qui s’exprime
notamment par une autonomie croissance des individus et une
appropriation individuelle de plus en plus marquée de l’espace comme du
temps;
Cette dynamique d’individuation mobilise notamment les NTIC. Les
citadins se saisissent des outils qui leur permettent de s’adapter à la vie
urbaine contemporaine, marqué par une flexibilité accrue et une autonomie
croissante;
L’automobile, le téléphone cellulaire, l’ordinateur portable associés à
Internet permettent une grande maîtrise individuelle des espaces-temps;
Cette individuation n’est pas une indépendance de l’individu en société, au
contraire, elle inscrit chacun dans une dépendance croissante vis-à-vis des
systèmes techniques de plus en plus socialisés et « sur mesure ».
La formation d’une troisième solidarité, la
solidarité réflexive
Le fondement de cette solidarité est la conscience d’intérêts
communs. C’est ce qu’on qualifie de solidarité « réflexive »;
Cette solidarité réflexive est également corrélée avec la montée
de ce qu’on peu qualifié de « société de risque », la montée des
incertitudes est en effet un phénomène central dans la société
réflexive, de modernité avancée;
Les inquiétudes de la population face à l’insécurité et à la
violence urbaines, les problèmes d’environnement, les
problèmes sanitaires, sont autant de manifestations des enjeux
que concrétise aujourd’hui le risque dans notre société;
De nouvelles régulations urbaines,
individuelles et collectives
La diversification et la singularisation des pratiques sociales ne
concernent pas seulement le champs de la consommation. Les
citadins sont en effet dans toute leur vie quotidienne de plus en
plus confrontés à des choix, à des arbitrages : nécessité de
mise en place des modes collectifs de régulation;
Les individus comme les institutions sont donc conduits à se
doter de nouveaux instruments individuels e.mail, messagerie
téléphonique, congélateur,…) et collectif (bureau du temps)
dont le rôle est d’esquisser des plans directeurs temporels,
dispositifs de régulation du trafic en temps réel, etc.