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Chapitre 4

Le chapitre aborde la question du rapatriement des biens culturels africains conservés dans les musées occidentaux, soulignant la distinction entre propriété légale et légitime. Il évoque les défis et réticences liés à la restitution, ainsi que les efforts de coopération internationale pour valoriser le patrimoine africain. Enfin, il examine la participation limitée des pays africains dans les politiques de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel par l'UNESCO.

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Chapitre 4

Le chapitre aborde la question du rapatriement des biens culturels africains conservés dans les musées occidentaux, soulignant la distinction entre propriété légale et légitime. Il évoque les défis et réticences liés à la restitution, ainsi que les efforts de coopération internationale pour valoriser le patrimoine africain. Enfin, il examine la participation limitée des pays africains dans les politiques de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel par l'UNESCO.

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LCS 215: Dynamique Des Cultures Et Innovations Culturelles

Chapitre 4 : Le patrimoine culturel africain et le reste du monde

4.1. Rapatriement, retours et restitution des biens culturels

À propos des biens culturels africains conservés dans les musées occidentaux, Bénédicte
Savoy et Felwine Sarr utilisent le terme d’accumulation primitive. Ils font ainsi référence à l’expression
choisi par Karl Marx pour désigner l’avantage de certaines classes sociales du fait du capital
accumulé et hérité au fil des générations. Ainsi, à eux seuls, les grands musées publics de Paris,
Berlin, Londres, Bruxelles, Vienne, Amsterdam et Leyde concentrent plus d’un demi-million de pièces
africaines, selon les informations fournies par les établissements eux-mêmes (Sarr, Savoy, 2018).
Pour avoir une idée plus précise de cette accumulation, il faudrait ajouter à cela les collections des
musées relevant des collectivités territoriales, les villes notamment. Ainsi, en France, environ 20.000
biens culturels africains se trouveraient dans les villes portuaires comme Bordeaux, Cherbourg, La
Rochelle, Le Havre, Marseille et Nantes.

Le terme restitution exprime l’acte de rendre un bien à son propriétaire légitime. Cela suppose
que la possession de celui (Etat, musée, personne, etc.) qui doit restituer est considérée comme
illégitime. La différence entre propriétaire légal et propriétaire légitime est ici cruciale, car les pays
occidentaux qui conservent les biens culturels du patrimoine africain en sont, sauf rares exceptions,
les propriétaires légaux. Certains de ces biens font de surcroît partie des collections nationales. Pour
prendre l’exemple de la France, cela implique que ces biens culturels appartiennent au peuple
français et que cette propriété soit considérée, du point du vue du droit français, comme « inaliénable
et imprescriptible » : il est légalement impossible de donner ou de vendre ce patrimoine. Cette
inaliénabilité et cette imprescriptibilité ont motivé, jusqu’en 2020, le refus par la France de toutes les
demandes de restitution.

Cependant, plusieurs types de biens culturels africains peuvent être considérés comme
nécessitant une restitution légitime. Le rapport Sarr - Savoy propose la liste suivante : « les butins de
guerre et missions punitives ; les collectes des missions ethnologiques et « raids » scientifiques
financés par des institutions publiques ; les objets issus de telles opérations, passés en mains privées
et donnés à des musées par des héritiers d’officiers ou de fonctionnaires coloniaux ; enfin les objets
issus de trafics illicites après les indépendances » (Sarr, Savoy, 2018).

Si la séquence ouverte en 2017 a mis sur le devant de la scène internationale la question des
restitutions, les mobilisations et les demandes sont beaucoup plus anciennes – sans doute aussi
anciennes que les spoliations. En Europe, la première restitution massive est celle exigée par les
Nations Européennes à la France après les pillages perpétrés par Napoléon et son armée au fil de
ses conquêtes. Pour ce qui concerne l’Afrique, en 1936, Oba Akenzua II réclame au Royaume-Uni la
restitution des biens pillés à son aïeul Oba Ovonramwen lors de l’expédition punitive et du sac de
Benin City de 1897. L’année suivante, le fils d’un des membres de cette expédition lui restitue deux
couronnes et un vêtement en perles de corail. Toutefois, aucun objet issu du sac de Benin city ne
sera restitué par un musée occidental avant 2014 (Hicks, 2020). Pendant la période coloniale, il y a
toutefois peu de demandes de restitution : l’heure est plutôt à la « collecte » - souvent forcée - et aux
tentatives de certaines communautés de conserver leurs biens. Ainsi, depuis 1905, des musées, des
ethnologues ou des militaires de Berlin, Dresde, Hambourg, Londres ou Paris, tentent d’acquérir
nombre d’objets royaux du Cameroun. A la fin des années vingt, dans l’ouest du Cameroun, le
souverain bamoun Noya ouvre un musée, bientôt suivi par son principal opposant, Mosé Yeyap. Ces
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créations répondent à un triple objectif : un agenda politique local, une position anti-coloniale, la
volonté d’exposer dans la capitale du royaume des œuvres faisant l’objet d’un intense intérêt des
musées européens.

Les appels à la restitution des objets volés deviennent plus explicites au moment des
indépendances, notamment dans le contexte des grands festivals panafricains . En 1965, le poète et
journaliste Paulin Joachim Branco de Souza, né au Dahomey, publie à Dakar, dans la revue Bingo,
un appel intitulé « Rendez-nous l’art nègre » (Malaquais, Vincent 2020). Présent à Dakar en 1966 en
tant que vice-président de l’association des Étudiants Noirs de France, Joseph Olabiyi Yai réclame
publiquement le retour des œuvres volées. À Alger, en 1969, le Manifeste culturel panafricain fait la
proposition suivante : « Engager toutes les démarches nécessaires, y inclus par l'intermédiaire des
institutions internationales, pour récupérer les objets d'art et les archives pillés par les puissances
coloniales, prendre les mesures nécessaires pour arrêter l'hémorragie des biens culturels qui quittent
le continent africain ». De la fin des années 60 à la fin des années 70, des voix africaines de plus en
plus nombreuses s’élèvent publiquement pour réclamer le retour des objets volés. En 1973, le
président Mobutu lance, à la tribune des Nations Unies à New-York, un appel à la restitution des
objets pillés durant la colonisation. Toutefois, peu d’États Africains se saisissent officiellement de
cette question et la plupart des demandes essuient un refus au nom de l’inaliénabilité des collections.
De plus, les musées africains souffrent alors d’un certain abandon des politiques culturelles et des
publics, qui leur préfèrent les « patrimoines vivants ». De fait, les modalités d’exposition des musées
africains sont alors peu en phase avec les grands récits des Etats nouvellement indépendants
(Galitzine-Loumpet 2011).

Dans les pays du retour, les enjeux de la restitution sont culturels, géopolitiques, mais aussi
économiques, avec les espoirs de « développement économique et social par le tourisme culturel »
(Akogni et al 2019) que pourrait permettre la réinstallation des biens culturels. Pour autant, si la
restitution fait souvent consensus en Afrique, la question du transfert concret des biens suscite trois
types de réticences, sou médiatisées. La première réserve, partagée avec les conservateurs et les
médias occidentaux, consiste à dire que l’Afrique ne dispose pas d’institutions capables de conserver
ses collections et de lutter contre le trafic illicite, malgré la construction de musées un peu partout sur
le continent qui sont autant de réponses à ces critiques. Le deuxième argument consiste à considérer
le patrimoine comme « un problème de riches » ou de diaspora en mal d’identité, avec des coûts de
conservation prohibitifs pour les populations africaines. Cet argument vise notamment les dettes
contractées par les États pour construire des musées. Le troisième argument consiste à dire que la
restitution risque de susciter des conflits de propriété. Qui sont les propriétaires légitimes : les
familles, les communautés d’origine ou les États, parfois en conflit avec ces communautés ? D’autres
adversaires disent craindre que ces objets retournent à des fonctions rituelles et ne soient plus
accessibles au public. Tous ces arguments sont contestés par celles et ceux qui considèrent que c’est
aux peuples concernés – et à leurs États-Nations de s’organiser et décider de faire ce qu’ils veulent
de leurs biens – le musée n’est qu’une modalité de conservation et de transmission, parmi d’autres.

4.2. Le patrimoine Africain, enjeu de coopération

Indépendamment de leurs approches ou de leur niveau d’intervention, il convient de noter qu’un


grand nombre de ces acteurs du patrimoine subsaharien entretiennent des liens plus ou moins étroits
et directs avec des institutions internationales, ONG, banques ou agences de coopération
internationale au développement (telles que l’Agence Française de Développement ou l’Agence
espagnole pour la coopération internationale au développement-AECID, toutes deux particulièrement
implantées en Afrique de l’Ouest où elles s’investissent notamment dans la mise en valeur des
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patrimoines locaux). À l’exception de certains pays, tels que l’Afrique du Sud, la plupart des activités
réalisées autour du patrimoine sont en effet souvent mises en place grâce à l’appui économique ou
logistique d’acteurs occidentaux (tout particulièrement des anciennes métropoles coloniales), ce qui
les rend extrêmement dépendantes, mais aussi vulnérables d’un point de vue de leur pérennité. C’est
le cas d’un certain nombre de formations aux métiers du patrimoine offertes par des agences de
coopération internationale (telles que les « écolesateliers » créées au Cap-Vert et au Sénégal par
l’AECID), ou proposées par des universités africaines, souvent en partenariat avec des centres
européens renommés tels que l’Institut national du patrimoine (INP) ou l’Ecole du Louvre en France.
D’autres formations dirigées aux professionnels africains du patrimoine peuvent également être
organisées par des institutions occidentales, telles que le British Museum, voire mises en place de
manière virtuelle, à l’image de la formation « E-patrimoine » dirigée aux pays de l’espace francophone
et développé en 2011 par le ministère français de la Culture et de la Communication, en partenariat
avec l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) et l’Université Numérique Francophone
Mondiale (UNFM). Plusieurs coopérations sont également financées par des banques ou ONG
internationales et impulsées par des diasporas africaines8. C’est à titre d’exemple, le cas de la charte
culturelle signée par un nombre important de chefs traditionnels depuis 2006 dans le cadre de la route
des chefferies, une initiative de la diaspora camerounaise de Nantes, financée par la banque
mondiale. L’Agence française de développement (AFD) se positionne également dans les
coopérations patrimoniales. Les collaborations sont nouées autour de plusieurs patrimoines avec la
coopération également d’acteurs internationaux, tels que l’UNESCO (en dehors des conventions de
1972 et de 2003 – voir Chapitre 4). C’est le cas des coopérations autour des modes alimentaires
traditionnels, qui impliquent des pratiques transmises au sein d'une communauté concernant la
préparation et la consommation de nourriture (fourniture des ingrédients, rôles des personnes
impliquées9. Au Kenya, ces initiatives visent à sauvegarder les modes alimentaires traditionnels, de
plus en plus menacés par l’adoption d’habitudes alimentaires occidentales, notamment dans des
contextes urbains. Elles concernent à la fois la vie quotidienne que les occasions spéciales (rituels,
pratiques sociales et événements festifs) qui représentent une part importante du patrimoine
immatériel des communautés partout dans le monde. En Somalie l’UNESCO a participé à la
sauvegarde des arts du spectacle traditionnels, dans une approche visant également à assurer la
cohésion sociale et à contribuer aux processus de réconciliation après les conflits. Il s’agit d’identifier
les pratiques traditionnelles des arts du spectacle du peuple somalien en vue de sauvegarder ce
patrimoine, de souligner le rôle que les pratiques culturelles peuvent jouer dans le processus de
réconciliation de la Somalie post-conflit, et de contribuer à la réhabilitation de la culture somalienne. A
ces collaborations institutionnelles avec des Banques ou des ONG, il convient de rajouter les très
nombreuses collaboration avec des centres d’étude internationaux (tels que le Centre français des
études éthiopiennes à Addis Abeba).

Il faut également mentionner les nombreux projets qui se tissent dans le contexte des
coopérations décentralisées. Ainsi, en France, la ville d’Albi, inscrite au patrimoine mondial de
l’UNESCO en 2011, s’est rapprochée d’Abomey, au Bénin, autour de plusieurs projet de formation, de
publications communes, ou réactivation de certaines grandes cérémonies. Le rayonnement mondial
du patrimoine Africain est ainsi particulièrement important, non seulement du fait de sa délocalisation
violente par les Etats coloniaux et sa présence dans plusieurs grands musées et lieux culturels dans
la monde, mais également par la richesse des coopérations institutionnelles, territoriales,
académiques et scientifiques que l’Afrique tisse avec le Monde.
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4.3. La mise en œuvre de la Convention pour la sauvegarde du Patrimoine Culturel


Immatériel en Afrique

La politique du patrimoine immatériel pose l’enjeu d’une meilleure représentativité des


patrimoines des pays du Sud, comparativement à la Liste du patrimoine mondial découlant de la
Convention de 1972. Au total, les trois listes du PCI comptent 584 éléments mi 2021, dont 66
éléments multinationaux. Dans quelle mesure le continent africain participe-t-il aux politiques
d’identification du patrimoine culturel immatériel par l’UNESCO ? Tout d’abord, il faut s’entendre sur
“Afrique”. Le découpage géographique et administratif utilisé par l’UNESCO distingue les pays
d’Afrique subsaharienne, y compris les Etats insulaires (dans le groupe V (a) ) des Etats d’Afrique du
Nord et du Soudan (dans le groupe V (b), associé à une partie des Etats d’Asie de l’Ouest
(correspondant au groupe Pays Arabes de la Liste du Patrimoine mondial). Cette séparation peut faire
débat : faut-il évoquer le continent africain ou l’Afrique au sens de l’UNESCO ? La plupart des Etats
du continent africain ont ratifié la Convention, à l’exception notamment de l’Afrique du Sud, du
Soudan, ou du Sierra Leone. Dans ces limites, 80 éléments inscrits concernent des Etats africains,
dont 10 sont portés par plusieurs Etats. Cela représente 13,7% du total des éléments inscrits au titre
de la Convention de 2003. Si on ne considère que le groupe Va, donc en exceptant les pays d’Afrique
du Nord, seuls 57 éléments sont inscrits, dont 6 multinationaux, soit 9,7% du total mondial. L’objectif
de rééquilibrage au niveau mondial n’est ainsi pas atteint via les dispositifs liés à la Convention de
2003 : la proportion n’est que légèrement supérieure à celle de la Convention de 1972 (8,5% des
biens dans l’Afrique subsaharienne). La convention de 2003, comme déjà évoqué, comporte trois
listes distinctes.

• Sur ces 80 éléments, 21 sont sur la liste des éléments nécessitant une sauvegarde urgente
(dont 5 en Ouganda), 59 sur la liste représentative.

• Les éléments inscrits par des Etats africains apparaissent ainsi davantage menacés (la liste
de sauvegarde urgente compte 67 éléments au total : 31% se trouvent donc en Afrique).

• A l’inverse, aucun des 25 éléments sur le registre des bonnes pratiques n’est porté par un État
africain. Ce biais rappelle celui de la Liste du patrimoine mondial, avec une surreprésentation des
biens africains sur la Liste du patrimoine en péril. Le patrimoine africain est davantage qu’ailleurs
présenté comme un patrimoine en danger. En revanche, la liste présente une grande diversité de
pratiques. Si on reprend les catégories de l’UNESCO, ce sont des arts du spectacle, des rituels et
pratiques festives, des pratiques musicales, des traditions et expressions orales, des savoir-faire liés
à l’artisanat traditionnel, des connaissances et pratiques concernant la nature et l’univers, etc… qui
sont inscrits.
Par exemple sont inscrits :
• La danse budima (Zambie) ;
• Le oshituthi shomagongo, festival des fruits du marula (Namibie) ;
• La réfection septennale du toit du Kamablon, case sacrée de Kangaba (Mali) ;
• Le Gada, système socio-politique démocratique autochtone des Oromo (Ethiopie) ;
• ou La morna, pratique musicale de Cabo Verde.

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