« Le Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry.
Le roman d’aujourd’hui peut être lu et apprécié par un enfant, tout comme il peut être lu et apprécié par un
adulte pour sa profondeur. À première vue, il semble raconter une simple histoire d’événements
extraordinaires, mais il n’est pas dénué de pensées et de messages profonds.
Il peut donc être lu sous ces deux angles, ce qui explique peut-être son immense succès et ses ventes qui ont
dépassé 80 millions d’exemplaires, avec des traductions en plus de 200 langues.
Passons maintenant en revue « Le Petit Prince », écrit par l’auteur français Antoine de Saint-Exupéry, décédé
en 1944.
L’hésitation quant à savoir si ce livre s’adresse aux enfants ou aux adultes apparaît dès la dédicace. L’auteur
dédie son livre à son ami Léon et s’excuse auprès des enfants d’avoir offert ce livre à un adulte. Il ajoute
cependant que Léon est un ami précieux qui comprend les livres pour enfants. Pour ne pas froisser les jeunes
lecteurs, il termine en disant qu’il dédie finalement ce livre à l’enfant que Léon était autrefois. Il écrit :
« Tous les adultes ont d’abord été des enfants, mais peu d’entre eux s’en souviennent. »
On retrouvera cette idée tout au long du récit.
L’importance du regard de l’enfant
Je pense que la capacité des parents à se souvenir de leur enfance les aide énormément à éduquer un enfant et
à comprendre ses besoins. Notre problème est que peu d’entre nous se souviennent qu’ils ont été enfants, non
pas simplement en termes d’âge, mais en termes de besoins, de désirs et de manière de penser. Nous finissons
par interagir avec eux avec un esprit plus proche de celui des adultes, alors que l’imagination d’un enfant est
bien plus vaste que celle d’un adulte.
Cela se voit dès le début de l’histoire : le narrateur voit un dessin représentant un serpent digérant un éléphant.
À six ans, il le dessine lui-même et le montre aux adultes, qui lui répondent :
« Pourquoi un chapeau nous ferait-il peur ? »
En réalité, son dessin ne représentait pas un chapeau, mais un boa digérant un éléphant. Il en fait alors un
deuxième, plus détaillé, mais les adultes lui conseillent d’abandonner
le dessin et de se consacrer à la géographie, aux mathématiques et à la grammaire. Il renonce alors, à l’âge de
six ans, à un avenir prometteur dans l’art du dessin.
Une simple réaction peut briser un talent et un avenir.
Forcé de choisir une autre voie, il apprend à piloter des avions – comme s’il avait choisi l’aviation pour
s’éloigner du monde des adultes. Un jour, son avion tombe en panne dans le désert du Sahara. C’est là qu’il
rencontre Le Petit Prince. Lors de leur conversation, le narrateur découvre que ce petit garçon vient d’une
autre planète, un astéroïde appelé B612.
Ce dernier est si petit que lorsqu’on lui parle d’attacher son mouton pour qu’il ne s’échappe pas, il ne comprend
pas :
« Comment pourrait-il s’enfuir ? Il suffit qu’il marche un peu pour revenir au même point ! »
Dans cet astéroïde minuscule, le Petit Prince pouvait voir jusqu’à 44 couchers de soleil par jour en déplaçant
simplement son siège de quelques pas.
À travers leurs discussions, le narrateur montre à quel point les adultes sont superficiels, accordant plus
d’importance aux chiffres et aux apparences plutôt qu’à l’essence des choses.
Les enfants, au contraire, se moquent des chiffres. Ce qui compte pour eux, c’est l’authenticité des choses.
C’est peut-être pour cela qu’ils aiment dessiner avant que l’école ne les plonge dans le monde des nombres.
Pourquoi le Petit Prince a-t-il quitté son astéroïde ?
À cause d’une rose.
Sur sa planète, il avait une fleur unique, la seule de son espèce. Il l’aimait, en prenait soin, et elle l’aimait en
retour – mais elle cachait ses sentiments.
Cette fleur représente une relation humaine. Depuis toujours, la rose symbolise l’amour. Le Petit Prince
exprime magnifiquement la valeur du lien sentimental :
« S’il existe une fleur unique parmi les millions d’étoiles, cela suffit à rendre heureux celui qui l’aime. »
Un seul être peut donner du sens à une vie. Mais cela a un prix. Le Petit Prince le résume par une phrase
poignante :
« Si le mouton mange la fleur, ce sera pour moi comme si les étoiles s’éteignaient d’un seul coup. »
L’auteur donne à la rose des traits humains, y compris ses qualités et ses défauts. Elle est fière et vaniteuse,
au point de ne pas avouer son amour. Le Petit Prince doute alors de ses sentiments et décide de partir.
Quand il annonce son départ, la rose change soudainement d’attitude et lui dit :
« J’ai été bête. Pardonne-moi. Fais en sorte d’être heureux. »
Elle ne le retient pas et ne le supplie pas de rester. Étonné, il ne lui en veut pas.
Peut-être qu’au moment des adieux, on réalise la futilité des disputes.
Avant qu’il ne s’éloigne, elle lui avoue enfin :
« Oui, je t’aime. Si tu ne l’as pas su, c’est ma faute. »
Mais il était déjà trop tard.
Le voyage du Petit Prince et ses rencontres
Le Petit Prince visite plusieurs astéroïdes, chacun habité par un archétype humain :
1. Le Roi : il se croit souverain absolu et considère tout ce qui existe comme son sujet. Il ne désire pas
exercer un réel pouvoir, mais seulement être obéi.
2. Le Vaniteux : il ne voit le monde qu’à travers l’admiration. Il divise les gens en deux catégories : ceux
qui l’admirent et ceux qui sont jaloux.
3. Le Buveur : pris dans un cercle vicieux, il boit pour oublier la honte de boire.
4. Le Businessman : obsédé par le décompte des étoiles, symbolisant l’argent. Il veut posséder toujours
plus sans but précis, tournant ainsi en rond comme le Buveur.
5. L’Allumeur de réverbères : il exécute aveuglément des ordres sans en comprendre le sens, illustrant
la bureaucratie rigide.
6. Le Géographe : il note les découvertes des explorateurs, mais ne connaît pas son propre monde.
Le dernier arrêt du Petit Prince est la Terre, où il découvre une vérité émouvante :
Sa rose n’était pas unique en apparence, mais ce qui la rendait spéciale, c’était le temps et l’attention qu’il lui
avait consacrés.
Comme le dit le Renard :
« C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. »
Ce roman semble court, mais il est riche en sagesse et en poésie, avec un message intemporel sur l’amour, la
responsabilité et le regard pur de l’enfance.
Bonne lecture.