Mémoie de Fin D'études
Mémoie de Fin D'études
1 Introduction générale
Introduction générale
Le choix de ce sujet n'est pas fait au hasard, mais il est dû à notre attachement aux
coutumes et aux traditions, nous avons choisi ce thème vu la rareté des travaux effectués dans
ce domaine et que nous a tout de suite attiré par son côté amusant et enrichissant : en étudiant
les noms des plats traditionnels, nous découvrons des aspects étonnants des cultures
régionales algériennes. En tant qu’originaire de la wilaya de Chlef, nous avons aussi voulu
valoriser notre région, souvent mise à l’écart dans les travaux universitaires. Très peu de
recherches abordent cette wilaya sous l’angle linguistique ou culinaire, ce qui nous a renforcé
de mettre en lumière un patrimoine local souvent marginalisé. Sur le plan académique, ce
travail nous permet d’explorer un champ encore peu étudié en sciences du langage :
l’onomastique appliquée à la culture culinaire. La majorité des recherches se concentrent sur
les noms de personnes ou de lieux, alors que les noms des plats traditionnels, pourtant riches
de sens culturel et historique, restent largement négligés. Ce sujet me donne ainsi l’occasion
de contribuer à une réflexion originale sur le lien entre langue, identité et culture populaire.
2
1 Introduction générale
Du point de vue de la forme, quelles sont les particularités morphologiques des noms propres
des plats de la wilaya de Chlef ?
Du point de vue du sens, quelles sont les caractéristiques sémantiques des noms propres de
ces plats ?
Pour apporter une réponse à ces questions, nous examinerons les hypothèses suivantes :
- Les noms propres des plats de la wilaya de Chlef auraient des caractéristiques
morphologiques différentes qui se manifestent par noms simples ou noms composés.
- Les noms de ces plats se formeraient par rapport aux ingrédients composant le plat, à sa
forme ou encore à la méthode de préparation du plat.
- La signification de ces noms pourrait avoir des rapports avec plusieurs domaines ou selon
des motivations personnelles.
L'objectif de notre étude est d’offrir une analyse à la fois rigoureuse et innovante du
phénomène onomastique appliqué à la cuisine traditionnelle, en tenant compte des spécificités
de la région de Chlef, et à enrichir le champ des études culturelles et linguistiques en Algérie.
Pour bien mener notre travail intitulé "L’onomastique de l’art culinaire en Algérie : Cas
de la wilaya de Chlef ». Nous allons subdiviser notre mémoire en deux parties essentielles
avec une introduction générale et une conclusion.
La partie pratique est consacré à l'approche morphologique, nous allons classer les noms selon
la structure morphologique et leurs catégories grammaticales et cela va déterminer l'origine
linguistique de ces noms. Quant à la seconde partie il sera consacré à l'approche sémantique ;
nous allons déterminer le sens et les significations des noms, et enfin nous terminerons par la
conclusion générale dans laquelle nous essayerons de répondre à la problématique posée et
aussi de vérifier les hypothèses.
3
La partie théorique Cadre
conceptuel de la recherche
Chapitre 1 : L’onomastique
2 Chapitre 1 : L’onomastique
Chapitre 1 : L’onomastique
Ce présent chapitre est consacré à des notions théoriques ayant une relation avec notre thème
de recherche. Nous commencerons d’abord par délimiter l’onomastique, en tant que science, a
pour objet d’étude le nom propre, ce qui permet de circonscrire précisément son champ de
recherche.
Ensuite, nous aborderons les concepts et théories essentielles à l’onomastique en tant que
science qui a pour objet d’étude le nom propre, ses branches, sa méthode et ses objectifs.
Enfin, nous soulignons l’importance de l’étude onomastique des noms des plats.
Le rôle essentiel du nom propre dans l'identification des lieux, des personnes, etc. a conduit à
la création d'une nouvelle discipline, relativement récente dans les études linguistiques : c’est
l'onomastique. Le nom propre a suscité depuis les temps les plus anciens, en Europe ou en
Orient, un intérêt certain de la part des chercheurs de divers domaines. Cependant, les études
onomastiques sont assez récentes et fortement influencées par les études philologiques qui les
ont orientées vers la recherche étymologique et historique du nom. Les premières recherches
onomastiques sur le nom propre n'ont commencé qu'au 16 ᵉsiècle en Europe, avec l'ouvrage
de Ch. ESTIENNE, publié en 1553 sous le titre de Guide des chemins de France.
L'apparition de l'onomastique moderne n'a commencé qu'à la fin du 19ème siècle, avec les
débuts de la linguistique moderne et l'émergence du concept de dialectologie (1881 : création
par Gilliéron de la chaire d'onomastique à l'École pratique des Hautes Études). L’approche
linguistique du nom propre développée par Albert Dauzat (1949) a permis d’établir
l’onomastique comme une discipline à part entière des sciences du langage. Celle-ci analyse
non seulement les mécanismes étymologiques et les interactions avec le lexique commun,
mais s’étend également à des dimensions topographiques, historiques et culturelles, révélant
ainsi son ancrage interdisciplinaire.
6
2 Chapitre 1 : L’onomastique
2. L’onomastique
L’onomastique est une discipline linguistique qui étudie les noms propres, au niveau
morphologique et sémantique pour interpréter ses natures, ses origines, ses significations et
ses évolutions à travers le temps et l’espace. Une discipline qui sert à comprendre de façon
approfondie les noms propres.
Billy propose la définition suivante : « le nom propre est un mot par lequel on désigne
individuellement une personne (...) Mot par lequel on désigne individuellement un animal (...) mot qui
1
LOUANOUGH7NE, Mohamed.2024 Nous avons une société dont la filiation est établie depuis l’Antiquité » :
entretien avec Farid Benramdane. 2024. Alger : Liberté Algérie, 12 03 2024.
2
LAROUSSE. Dictionnaire français en ligne. [En ligne] [Citation : 30 12 2024.]
https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais-monolingue.
3
DAUZAT, Albert. 1980. Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms de France. [éd.] Larousse.
Paris : Paris : Librairie Larousse, 1980. p. 07.
7
2 Chapitre 1 : L’onomastique
sert à distinguer tel pays, tel cour d’eau, tel navire, telle ville ... de toute autre à le désigner
spécialement. » 4
Parallèlement, et selon Pierre Fabre, l’onomastique sert plutôt : « à expliquer les noms
propres qu’à les définir. » 6
Des lors, et dans une perspective historique, Leroy définit l’onomastique comme le fait
que les noms propres jouissent d’une évolution linguistique particulière dont la lenteur, par
rapport à celle de lexique, les rend porteurs de la mémoire ancestrale de la langue et de la
société.
L'onomastique est donc l'étude de l'information provenant des noms propres, qu'ils soient
des noms de lieux ou de personnes. Son enseignement réside dans l’intégration de l’héritage
historique à l’identité collective. Elle postule une interdépendance entre passé et avenir : le
premier alimente le second, tandis que le second réinterprète le premier. Cette dynamique
invite à une réconciliation entre tradition et contemporanéité, où la mémoire ancestrale et
l’innovation coexistent sans s’exclure.
5
CAMPROUX, Charles. 1989. Les Noms de Lieux et de Personnes. 2ᵉ éd. Paris : Nathan, 1989.
6
FABRE, Paul. 1987. Théorie du nom propre et recherche onomastique. [éd.] Presses universitaires de la
Méditerranée. les Cahiers de praxématique. 1987, 8, pp. 9.
8
2 Chapitre 1 : L’onomastique
3.1. L’anthroponymie
Du grec « anthropos » qui signifie hommes et « onoma » qui signifie nom, est une
branche relative à l’étude des noms d’hommes.
- Les prénoms
7
CHERIGUEN, Foudil. 1993. Toponymie algérienne : les noms de lieux issus de l’arabe et du berbère. [éd.]
CRAPE. 2e. Alger : CRAPE, 1993. p. 9. 978-2-1234-5678-9.
8
DUBOIS, Jean. 1994. Dictionnaire de linguistique et des sciences du langage. 1ère [éd.] Larousse. Trésors du
français. Paris : s.n., 1994.
9
2 Chapitre 1 : L’onomastique
Dès la naissance l’enfant porte le nom de famille de son père qui le définit par rapport à
sa lignée paternelle, donner un nom c’est donner une identité qui permet à l’individu de
s’identifier aux autres.
- Les patronymes
Le patronyme est composé de patro « père ». J. Dubois la définit comme le nom de
famille formé d’après le nom du père.
- Les surnoms
Le surnom est un mot ajouté au nom propre d’un individu et qui le distingue de ceux
qui s’appellent comme lui. Un surnom est à l'origine un nom formé, par addition au prénom
d'un terme mettant généralement en relief ses particularités physiques ou morales. Le surnom
est également la désignation substitutive au nom véritable d'une personne.
A la différence du pseudonyme, le surnom ne résulte pas d’un choix personnel aux fins
de dissimuler sa véritable identité au public, mais se trouve assigné à un individu par des tiers
pour venir s’adjoindre ou se substituer au nom patronymique.
- Les pseudonymes
Le pseudonyme est un nom d’emprunt adopté par une ou plusieurs personnes pour
exercer une activité sous un autre nom que celui de son identité officielle. Autrement, un nom
faux ou fictif, choisi et utilisé par une personne célèbre comme un artiste, un écrivain, etc.,
afin de cacher son vrai nom.
3.2. La toponymie
10
2 Chapitre 1 : L’onomastique
signifiant « lieu », et onoma (ὄνομα), désignant « nom ». Il combine ainsi ces deux racines
pour former une science qui explore les dimensions linguistiques, historiques et culturelles
des désignations géographiques.
Elle est aussi une « véritable science carrefour » qui a une relation avec la géographie,
l’histoire et la linguistique…Cette science a un champ très vaste. Selon MARGOUMA la
toponymie « …comporte plusieurs catégories : paronymie ou l’étude des noms des
montagnes, l'hydronymie ou l’étude des noms des lieux dits, l’odonymie l’étude des noms de
rues … ».
A travers ces définitions on mentionne que la toponymie est une discipline linguistique
qui s’intéresse aux noms propres désignant des lieux, elle propose de rechercher leur
ancienneté, leur signification, etc., elle sert à localiser les lieux et à consigner dans des noms
des éléments historiques, géographiques, sociaux, politiques reliés aux lieux nommés.
- Hydronyme : du grec hydro qui est synonyme du mot eau et onoma nom. C’est la
branche dont l’objet d’étude est les noms des cours d’eau (fleuve, mer…)
- L’Anthrotoponyme : le mot est composé des anthropos (homme), topos (lieu) et
onoma. Donc c’est le nom de lieu qui tire son origine de celui d’une personne.
- Néotoponyme : composé de néo (nouveau (et toponyme. Le Néotoponyme c’est le
nom de lieu de création récente.
- Néosonyme : l’étude des noms des îles.
4. Méthode et objectifs de l’onomastique
4.1. Méthode de l’onomastique
La méthode de l’onomastique repose sur une approche pluridisciplinaire combinant :
Elle croise des sources écrites, orales et archéologiques pour retracer l’origine, le sens et
l’évolution des noms propres, en intégrant des disciplines comme l’histoire, la géographie ou
la sociologie. Par exemple, étudier le nom "Montpellier" implique d’explorer son origine
latine (Mons Pistillarius), son contexte médiéval et sa diffusion dans les textes anciens. 9
9
DAUZET, Albert. 1926. Les noms de lieux : origine et évolution ; villes et villages, pays, cours d'eau,
montagnes, lieux-dits. 1re. Paris : Librairie Delagrave, 1926. p. 127. 978-2-8240-1101-1.
11
2 Chapitre 1 : L’onomastique
Autrement dit l’origine et la signification du nom propre sont l’intérêt crucial que
l’onomastique cherche à étudier. Pour arriver à faire une étude onomastique des noms, c’est
évidemment essentiel de faire appel aux principes historiques et culturels (en cherchant les
circonstances de la création du mot) ; sémantique (en mettant l’accent sur leurs significations)
et L’analyse morphologique, qui examine la structure interne, la formation et l’évolution des
éléments étudiés, constitue l’un des deux axes méthodologiques que nous adoptons pour
parvenir aux résultats de cette recherche. Ces approches combinées permettent de dégager les
mécanismes linguistiques et historiques sous-jacents aux phénomènes analysés.
Au sens large, l’étude onomastique a pour objectif d’étudier les noms propres.
Principalement les noms de personnes et de lieux « Traditionnellement, l'onomastique se voit
associer à un domaine précis : l'étude historique du sens des noms propres, qu'il s'agisse des
noms de personnes ou des noms de lieux. » 10
10
VAXELAIRE, Jean-Louis. 2009. Lexicologie du nom propre et onomastique. https//www.persee.fr/. [En ligne]
2009. [Citation : 31 12 2024.] https://www.persee.fr/doc/onoma_0755-7752_2009_num_51_1_1521.
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2 Chapitre 1 : L’onomastique
d’explorer les origines linguistiques des noms des plats, révélant ainsi des liens avec les
traditions culinaires locales.
Une analyse approfondie des noms propres attribués aux plats traditionnels permettra de
recueillir des données précieuses. En retraçant l’origine de ces dénominations culinaires, nous
élaborerons un référentiel linguistique et historique révélant leur genèse, leur contexte culturel
et leur symbolique. Ce corpus deviendra ainsi une clé pour décrypter les pratiques sociales,
les échanges interculturels et les mutations gastronomiques à travers les âges.
13
Chapitre 2 : Le nom
2 Chapitre 2 : Le nom
Chapitre 2 : Le nom
Ce chapitre de recherche se concentre sur l'étude des noms propres, en particulier dans le
contexte culinaire. Il s'agit d'une analyse linguistique et socioculturelle des noms de plats, en
partant de la définition et des caractéristiques générales du nom propre, pour ensuite se
focaliser sur les spécificités des noms de plats.
Nous nous intéressons dans ce chapitre aux différentes définitions du nom propre, du nom
commun afin d’en expliciter les distinctions sémantiques et fonctionnelle et nous abordons ses
deux catégories : les noms simples et les noms composés.
1. Le nom
Le nom, aussi substantif, ...Vien du grec ancien « onoma » et du latin « nomen » qui veut dire
nom, c'est un mot qui sert à désigner une personne, un animal, un lieu, ou un plat. Le nom se
divise en deux catégories le nom propre et le nom commun.
Pour Marc Wilmet « Le nom commun est celui qui s'applique à un être ou à un objet en
tant que cet être ou cet objet appartient à une espèce ; ce nom est « commun » à tous les
individus de l'espèce : cheval, maison ».
Le nom commun est le premier type du nom, il sert à désigner tous les êtres, les choses, les
objets ou des notions de manière générale. Il est presque souvent accompagné par un
déterminant, exemples : Le terme "chat" est un nom commun désignant l’ensemble des félins
domestiques « chats ».
- Noms concrets : les noms qui renvoient à un être ou une chose qui se trouve dans le réel.
- Noms abstraits : les noms qui désignent une chose qui n’existe pas dans la réalité
matérielle.
1.2. Nom propre
C’est la deuxième catégorie du nom, contrairement au nom commun, le nom propre nomme
spécifiquement un être, un lien, un plat, … En grammaire, un nom propre se réfère à une
sous-catégorie de noms s'opposant au nom commun.
15
2 Chapitre 2 : Le nom
Le nom propre est celui qui ne peut s'appliquer qu'à un seul être ou objet ou à une catégorie
d'êtres ou d'objets pris en particulier, il individualise l'être, l'objet ou la catégorie qu'il
désigne : Paris, Molière, Provence, Anglais.
Certains pensent que le nom propre n'a aucune signification. En effet, pour Saussure le
nom propre est "isolé" et "inanalysable", « les noms propres […] ne permettent aucune
analyse et par conséquent aucune interprétation de leurs éléments ».
Alors que, d'autres estiment qu'il a un sens et qu'il relève de plein droit d'une analyse
linguistique. Selon Michel Bréal si l'on classe les noms d'après la quantité d'idées qu'ils
éveillent, les noms propres devraient être en tête, car ils sont les plus significatifs de tous,
étant les plus individuels.
Il englobe :
- Les anthroponymes : les noms de famille, les prénoms, les surnoms, les sobriquets
(Michel, Sarra…)
- Les toponymes : les noms géographiques (Paris), les noms d'habitants d'un pays, d'une
ville, ou région (un Algérien, Egyptien…)
- Les noms des sociétés, des institutions, comme les noms de marques
- Les noms désignant un être ou une chose identifiable par tous, comme le général, en
France, est Charles de Gaulle
- Les noms de choses ou d'animaux personnifiés (le chat, la belette et le petit lapin de
Jean de La Fontaine)
- La majuscule
« Le nom propre est un mot qui commence par une majuscule ». Alors la majuscule est un
indice graphique de l’identifier, mais elle est pertinente à l’écrit, bien qu’elle soit moins
opérante.
16
2 Chapitre 2 : Le nom
- Absence de déterminant
En générale, les noms propres ne sont pas accompagnés d’un déterminant, le déterminant peut
apparaitre comme dans le cas des noms géographiques.
- La traductibilité
- Le référent
Le nom propre se réfère à une chose pour la désigner sans donner aucune information sur elle,
par exemple, le nom Algérie, il ne renvoie qu'au pays lui-même, le nom de personne Feraoun
ne renvoie qu'à la personne elle-même.
La frontière entre le nom propre et le nom commun n'est pas claire, car les noms propres
peuvent devenir des noms communs, et les noms communs peuvent devenir peu à peu des
noms propres.
Les noms propres se divisent généralement en deux catégories : les noms simples et les
noms composés.
Le nom simple est une unité formée d’un seul élément lexical, il se compose généralement
d’un seul lexème (unité lexicale de base) et d’un morphème unique (élément grammatical
minimal), et il appartient à une catégorie grammaticale spécifique avec des marqueurs de
genre et de nombre.
Comme le définit Dubois dans son dictionnaire de linguistique et des sciences du langage
« on appelle mot simple un morphème racine par opposition au mot dérivé ou composé. »
Le nom composé est une juxtaposition de de plusieurs noms en général deux lexèmes qui
agissent indépendamment en langue.
C’est-à-dire, les noms composés sont formés soit de deux ou plusieurs termes, ou par
l’ajout des affixes aux unités.
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2 Chapitre 2 : Le nom
Nom propre de plat ou appellation culinaire est un terme qui désigne un nom spécifique et
unique attribué à un plat culinaire.
Le nom du plat souvent associé à une culture, une recette, une région, à un mot spécifique, les
noms propres des plats sont commencés par une majuscule, soulignant leur caractère unique.
18
La partie pratique
Analyse morphosémantique des noms
propres des plats de la wilaya de Chlef
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Dans ce présent chapitre, nous nous consacrons à l’analyse morphologique des quatre-vingt-
neuf (99) noms propres des plats traditionnels de la wilaya de Chlef.
1. Présentation du corpus
Nous travaillerons sur un corpus écrit qui contient quatre-vingt-dix-neuf (99) noms propres
emblématiques de la wilaya de Chlef, offrant un panorama complet de sa richesse
gastronomique. Organisé alphabétiquement, il couvre une diversité de préparations allant des
entrées aux desserts, en passant par les soupes, les plats principaux et les accompagnements.
Chaque entrée présente le nom original en arabe algérien (transcrit en alphabet latin) suivi de
sa traduction française, permettant une analyse linguistique et culturelle approfondie.
Pour réunir notre corpus de travail, nous avons donc systématiquement pensé à la manière la
plus rapide et la plus sûr d’avoir accès à un nombre remarquable des noms est de déplaçant
dans différentes régions de la wilaya afin de recueillir les appellations authentiques auprès des
habitants, des cuisiniers traditionnels et des spécialistes locaux. Parallèlement, nous
consultons un ancien ouvrage de recettes qui aide à garder l’héritage algérien et le transmettre
aux futures générations, c’est l’ouvrage de BOUAYED Fatima Zohra intitulé « La cuisine
algérienne » publié en 1981dans les éditions Alger SNED ce qui prendre beaucoup du temps
pour le trouver. Pour compléter cette collecte, nous avons également exploité des ressources
numériques, en consultant des groupes Facebook dédiés à la gastronomie locale et des chaînes
YouTube spécialisées dans les recettes traditionnelles notamment ceux dédiés à la wilaya de
Chlef. Nous avons aussi mené une étude comparative entre les différentes zones de la wilaya
vu la différente culture retrouvée dans la wilaya, également entre d’autres régions de l’Algérie
afin de mieux cerner la désignation des plats. Cette méthodologie plurielle, alliant enquête
orale, recherche documentaire et exploration numérique, a assuré la représentativité et la
20
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
fiabilité des 99 noms de plats recensés, reflétant ainsi la richesse linguistique et culinaire de la
région.
La collecte du corpus n’a pas été fait sans difficultés. L’une des premières contraintes
rencontrées fut l’absence de documentation écrite spécifique à la wilaya de Chlef, ce qui nous
a obligé à nous appuyer principalement sur des sources orales et des témoignages, parfois
imprécis ou contradictoires. De plus, la diversité linguistique locale, marquée par des dialectes
et des expressions propres à chaque région de la wilaya, a rendu la tâche complexe lorsqu’il
s’agissait d’identifier si deux noms différents désignaient le même plat ou non. Certaines
appellations variaient même d’un village à l’autre. Obtenir le livre de BOUAYED Fatima
Zohra également été un défi en soi, car il n’était pas disponible en librairie ou en bibliothèque,
ce qui a nécessité des déplacements et des recherches prolongées. En consultant des groupes
Facebook et des chaînes YouTube, nous nous aussi heurté à la difficulté de vérifier
l’authenticité ou l’origine régionale exacte des recettes partagées, car les utilisateurs ne
précisent pas toujours la provenance exacte de leurs plats. Enfin, le travail de comparaison
avec d’autres wilayas a exigé une attention particulière pour éviter les confusions entre les
influences partagées et les spécificités propres à Chlef.
2. L’analyse morphologique
L’analyse morphologique consiste à l’étude des diverses formes qu’un mot peut prendre,
en fonction de son genre, de son nombre, de sa personne ou même de sa fonction.
Autrement dit, la morphologie examine la part variable d’un mot celui qui porte des
données grammaticales qui est formée de morphèmes.
L’analyse morphologique aide à comprendre la manière dont les mots sont construits et la
manière dont leur forme change en fonction de l’usage dans une phrase donnée.
Elle permet de comprendre les processus de dérivation et de composition qui sont utilisées
pour la création de nouveaux mots.
21
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Cheriguen affirme que « Dans toute étude onomastique la morphologie est déterminante.
Elle est même, avec l'étymologie l'unique moyen qui permet d'identifier l'évolution d'un nom.
»11
La transcription phonétique est une science qui décrit des sons par l’utilisation des symboles
(alphabets phonétiques international) pour représenter la prononciation réelle des phones.
Cette méthode nous aide à classer les quatre-vingt-neuf (99) noms de plats traditionnels selon
la structure morphologique.
11
CHERIGUEN, Foudil. 1993. Toponymie algérienne : les noms de lieux issus de l’arabe et du berbère. [Éd.]
CRAPE. 2e. Alger : CRAPE, 1993. p.94. 978-2-1234-5678-9.
22
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
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3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
24
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Après avoir dégager la transcription phonétique des noms des plats de la wilaya de Chlef,
nous aurons aussi classé ces derniers selon leurs formes pour les séparer en deux catégories :
le nom simple et le nom composé
Nous avons classé les noms selon leurs critères de similitudes et en prenant l’analyse qui
portera sur les morphèmes constitutifs, la catégorie grammaticale (nom, adjectif, verbe…),
ainsi que les propriétés flexionnelles. Nous sommes parvenues aux résultats suivants :
25
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
- Melgouta
- Rouina
- Tbiykha
- Hrira
Les noms - Mchawwet Le « m » initial en Les quatre premiers
Commençant par « - Mghayez arabe sert à former noms sont des
m» - Msemen des adjectifs. adjectifs masculins
- Mtawwem singuliers, quant aux
- Mhadjeb deux derniers sont
- Matloue des adjectifs
masculins pluriels.
Les noms - El berouil Le « el » initial Ces deux noms sont
Commençant par « - El medlouq considéré comme un des substantifs
el » déterminant en masculins singuliers.
arabe.
Nom - Bouftata Bou « En fait, dans Ftata et rebouz sont
Commençant par « - Bourerbouz ce morphème, il y a des substantifs
Bou » deux monèmes masculins singuliers.
différents, le bou
arabe qui vient de
abou « père »,
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3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
singulier
- Osbane Substantif masculin
singulier
- R’fiss Substantif masculin
pluriel
- Cherchem Substantif masculin
singulier
Table 2 Les noms simples
Ce tableau rassemble les noms simples de notre corpus, un nombre de trente (30). L’étude de
la structure morphologique de ces dénominations révèle les observations suivantes :
Les noms se terminent par « a » se trouvent en position initiale avec un nombre de treize
(13) noms, suivi des noms commençant par « m » avec un nombre de six (06) noms.
Les noms commençant par « m » et finissant par « a » sont au nombre de deux (02)
noms.
La catégorie de noms commençant par « el », ainsi que ceux débutant par « bou » sont au
nombre de deux (02) noms uniquement.
Nous constatons que six (06) noms n’appartiennent à aucune des catégories prédéfinies dans
le tableau.
Les substantifs dominent nettement le corpus avec 21 occurrences, suivis par les adjectifs, qui
totalisent 12 occurrences.
Quinez (15) sont des noms simples féminins, et onze (11) sont des noms masculins.
Onze (11) noms sont des substantifs féminins singuliers, dix (10) noms sont aux
masculins singuliers, et un seul (01) nom est au masculin pluriel.
Quatre (04) noms sont des adjectifs masculins singuliers, deux (02) noms sont des
adjectifs féminins singuliers, aussi deux (02) sont des adjectifs pluriels.
Ces noms (ex. Hrira, Dolma, Ma’quouda) se terminent généralement par un « a » final, qui
fonctionne en arabe comme un morphème marquant le féminin singulier. La majorité sont
des substantifs féminins singuliers (ex. Hrira désignant une soupe).
Cependant, Mdechcha et Mchahma font exception : bien que terminés par « a », ils sont
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3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Les noms comme Mchawwet ou Msemen débutent par la lettre « m », un préfixe arabe utilisé
pour former des adjectifs. Parmi eux, Mchawwet, Mghayez, Msemen et Mtawwem sont
des adjectifs masculins singuliers, tandis que Mhadjeb et Matloue sont des adjectifs
masculins pluriels. Ce préfixe révèle une règle morphologique clé : le « m » initial signale
souvent une qualité ou un état, typique des adjectifs en arabe dialectal.
Bouftata et Bourerbouz utilisent le préfixe « Bou », issu de l’arabe abou (« père »). Ce
morphème indique une relation de filiation ou de possession (ex. « père de Ftata »). Les
éléments suivants (Ftata, Rebouz) sont des substantifs masculins singuliers. Cette
construction reflète une pratique courante en arabe dialectal pour former des surnoms ou
désigner des caractéristiques distinctives.
Des noms comme Aich, Hmiss ou Kabab n’entrent dans aucune des catégories précédentes.
La plupart sont des substantifs masculins singuliers (ex. Hmiss, une salade). Kabab est une
exception, classé comme masculin pluriel bien que souvent perçu comme singulier. Ces
termes illustrent la diversité lexicale et les irrégularités propres aux dialectes arabes.
Ce tableau décrypte les mécanismes de formation des noms et adjectifs dans un dialecte arabe
28
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Ventes
42%
58%
Ventes
15%
85%
29
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
L’analyse de notre corpus met en évidence la prédominance des noms composés, qui
constituent la majorité des occurrences recensées, avec un total de 70 (soixante-dix).
Par ailleurs, cette analyse nous révèle aussi que la catégorie des noms peut se subdiviser, en
deux genres :
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3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
L’article el est invariable, il signifie à la fois « le, la, les », cet article fait corps avec le nom.
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3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
32
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
singulier pluriel
Zroudiya Substantif féminin Bel kemmoun Substantif masculin
singulier pluriel
Table 4 Les noms composés à deux composants liés avec la préposition "be"
4.2.1.2. Les noms composés à deux composants sans préposition
Les noms composés figurant dans le tableau ci-dessous ont subi le modèle de composition
suivant : nom + nom, nom + adjectif
33
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Nous notons cinquante-six (56) noms composés à deux composants dans l’ensemble des
tableaux ci-dessous.
Nous signalons que trente (30) noms composés à deux termes sont liés à l’aide de la
préposition « be » qui signifie « avec » en français.
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3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Nous remarquons que ces noms sont composés comme suit premier composant+ préposition «
be » + l’article el + deuxième composant.
L’article el est invariable, il signifie à la fois « le, la, les », cet article fait corps avec le nom.
Lorsqu’un mot précédé de l’article el commence par l’une des quatorze consonnes suivantes :
« T ﺕ, th ﺙ, d ﺩ, d ( ﺫ, ﻅ,)ﺽ, r ﺭ, z ﺯ, s ( ﺹ,)ﺱ, ch ()ﺵ, l ()ﻝ, n (» )ﻥ
Ces consonnes appelées solaires par opposition aux autres quatorze lettres de l’alphabet dites
lunaires, communiquent leur prononciation respective au « l » de l’article ; et cela en vertu des
lois générales de la contraction.
Notre corpus contient une proportion significative de noms propres ayant subi ce processus de
composition. Ex :
Couscous bel hout : La première lettre du deuxième composant (h), appartenant aux 14
consonnes lunaires, module la prononciation du l dans l’article, en influençant son articulation
phonétique.
Sardine b’derssa : La première lettre du deuxième composant(d) qui fait partie des 14
consonnes solaires ne communique pas la prononciation de(l) à l’article.
Tandis que vingt-six (26) noms composés à deux composant sont formés ainsi (Nom + Nom)
ou (Nom + adjectif).
Pour le modèle (nom + nom) nous soulignons (19) noms comme (Batata marqa, Chakchouka
salq). Pour le deuxième modèle (nom + adjectif) nous avons (07) noms (Foul mfawwer, Slata
arbiya).
Les premiers composants sont exclusivement des substantifs, dominés par le masculin
singulier (24) noms et le féminin singulier (14) noms, les pluriels restant marginaux (05)
masculins pluriels. Cette préférence pour le singulier, surtout masculin, suggère une norme
linguistique ou contextuelle, comme des termes techniques ou culinaires standardisés.
Quant aux deuxièmes composants, nous notons la présence des substantifs et des adjectifs
les substantifs dominent (49), avec une forte représentation du masculin singulier (25) noms
et féminin singulier (07) noms, les pluriels masculins sont (10) noms tandis que les pluriels
féminins sont quasi-absents (03) noms. Les adjectifs (07) adjectifs avec un nombre un peu bas
par rapport aux substantifs le nombre d’adjectifs féminins sont deux (02) adjectifs et (05)
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Ventes
9%
91%
36
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Ventes
9%
91%
Noms d’origine arabe Noms d’origine berbère Noms d’origine Noms d’origine
turque française
Adess bel bssel Mesfouf b’zbib Bourak bel batata Sardine b’derssa
Maqli
Aich bel hlib Chakchouka salq Chorba bel foul Ragout qarnoun
Frik
Lsen-tir
Babouche b’tomatich Dolma calamar
Sardine
Qar’a
Batata bel fliou
Bouzellouf bel
mermez
Bouzellouf marqa
Couscous bel fliou
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3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Bel hlib
B’zaater
Bel hout
Bel khodra
Djedj b’zitoun
Djalbana bel quarnoun
Felfel b’tomatich
Frik bel kermouss
Khorchef bel kefta
Lham b’s-sferdjel
Marqua bel kaboiya
R’fiss bel bssel
Roz b’crevettes
Bel khodra
Taam bel gernina
Bel khlie
Tchicha b’zaater
Batendjel bel homes
Zroudiya bel
kemmoun
Batata marqa
Qamrone chtetha
Foul megatae
Mfawwer
Krombet kwirat
Khodra mfawera
Lham lhlou
Loubiya machtou
Matloue maqli
Qors l’bayd
Roz taam
Scabedj sardine
Slata arbiya
Tajine elleba
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3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
L’djben
L’gnin
L’khokh
Table 6 Origine linguistique des noms composés à deux composants
Sur un total de (56) noms composés à deux composants, la répartition linguistique révèle
une dominance écrasante de l’arabe quarante-trois (43) noms, suivie du turc sept (07) noms,
du berbère deux (02) noms, du français deux (03) noms.
La répartition linguistique des noms composés révèle une nette domination de l’arabe (43
noms), suivie du turc (7 noms), du berbère (2 noms) et du français (3 noms). Cette
prédominance de l’arabe s’explique par son rôle central dans l’identité nationale, son lien
avec la religion et son ancrage historique dans les pratiques culturelles et linguistiques.
L’influence turque, bien que plus réduite, résulte de la présence ottomane, qui a laissé une
empreinte notable dans l’administration et le vocabulaire courant. Nous remarquons une
faible représentation du berbère s’explique par l’arabisation progressive et la concentration
géographique des locuteurs berbérophones. Quant au français, son impact reste limité. Donc,
ces noms étudiés se qualifient par une diversité de langues (arabe, berbère, française, turque).
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3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Premièrement, en ce qui concerne les premiers composants ce sont tous des substantifs, nous
comptons six (06) substantifs, le nombre des substantifs féminin et masculin est égal, nous
comptons trois (03) au féminin et (03) autres au masculin.
Troisièmement, l’étude des troisièmes composants révèle ce qui suit : Une grande portion de
noms qui sont des substantifs, nous notons cinq (05), quatre (04) sont au masculin et un seul
(01) est au féminin. Une petite minorité d’adjectifs qui se résume à un seul (01) adjectif
féminin singulier comme nous avons mentionnés au deuxième composant.
Les substantifs dominent largement seize (16) substantifs, ce qui montre une nette
prédominance des substantifs dans la construction des noms de plats dans la région, avec une
avec une prédilection pour les masculins et les formes plurielles en fin de mot. Les adjectifs
jouent un rôle mineur.
Les noms d’origine arabe montrent plus de diversité syntaxique, avec des combinaisons de
substantifs masculins et féminins. Le français introduit une structure plus descriptive avec un
adjectif (hachée), une influence typique de la langue française qui privilégie l’adjectif pour
qualifier les noms. L’influence turque et berbère repose sur des substantifs masculins pluriels.
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3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Les deuxièmes composants, sont des substantifs masculins pluriels, concernant les troisièmes
composants le premier est un substantif féminin pluriel (Qwiret) quant au deuxième est
adjectif masculin (Mahchi). Pour les quatrièmes composants (Tmer, B’smid) sont des
substantifs masculin pluriels.
Nous remarquons que les substantifs sont majoritaires des composants, ce qui montre que les
noms des plats sont construits sur des éléments descriptifs basés sur les ingrédients et les
aliments, plutôt que sur des adjectifs qualificatifs.
Le nom d’origine berbère (Berkoukes Bel djedj W qwiret Tmer) montre une structure
majoritairement nominale, avec des substantifs en majorité masculins et une seule occurrence
d’un substantif féminin pluriel. Le nom d’origine arabe ("Couscous Bel djedj Mahchi
41
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
B’smid") suit une logique similaire, avec une prédominance des substantifs masculins, mais se
distingue par l’utilisation d’un adjectif ("Mahchi"), ce qui reflète une certaine flexibilité dans
la construction.
Nous avons réalisé ci-dessous des schémas représentatifs qui montrent les pourcentages des
noms étudiés selon, leur genre, nombre, forme et le nombre de composants qui composent les
noms composés.
40.3
59.7
Nous constatons que l'analyse du genre des noms révèle une prédominance masculine dans
l'ensemble du corpus, bien que les noms simples montrent une répartition plus équilibrée.
Cette tendance suggère une influence culturelle ou linguistique qui privilégie le masculin dans
la formation et l'utilisation des noms.
42
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Ventes
13%
87%
Ventes
33%
67%
43
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Nous remarquons que les noms composés représentent une part nettement plus importante du
corpus que les noms simples. Ces pourcentages mettent en évidence une forte tendance à
l'utilisation de noms composés dans le vocabulaire culinaire de la wilaya de Chlef.
Ventes
3%
9%
87%
Nous révélons une nette préférence pour les noms composés à deux éléments, constituant 87,5
% du corpus, ce qui suggère une structure binaire privilégiée dans la formation des noms. Les
structures plus complexes, à trois et quatre composants, sont nettement moins fréquentes (9,38
% et 3,13 %), indiquant une tendance à la simplicité et à la concision dans la formation des
noms composés.
44
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Ventes
1%
11%
7%
81%
45
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
5. L’analyse sémantique
L’analyse sémantique est une méthode d’interprétation utilisée dans le domaine des
sciences du langage qui se base sur la signification profonde des mots. Elle prend en compte
le contexte dans lequel ces mots sont employés.
L’analyse sémantique joue un rôle fondamental, crucial pour révéler et interpréter le sens,
elle permet non seulement à comprendre le langage humain et décrypter les nuances dans les
significations, mais aussi à faire comprendre les mécanismes propres à la construction du
sens.
Elle sert à étudier l’évolution des mots et leurs significations dans des différents contextes
historique, social, culturel. Cette analyse comme une méthode incontournable permet d’établir
les rapports et les liens entre le langage, la culture et la société.
5.1. Analyse sémantique des noms propres des plats traditionnels de la wilaya de Chlef
Quant à l’analyse sémantique de notre corpus, on a pu dégager plusieurs catégories de
sens étant en relation avec : la forme ou la texture du plat, aux ingrédients du plat, à la
méthode de préparation, aux outils de préparation.
5.1.1. Les noms relatifs à l’ingrédient principal du plat
5.1.1.1. Les bases relatives aux végétaux
a. La base Batata
Le premier composant Batata et qui est aussi la base trois noms de plats ci-dessus est un
mot arabe signifiant « pomme de terre »
Batata bel fliou (Pomme de terre au pouliot)
Fliou : « Menthe pouliot ».
Pommes de terre cuites à la vapeur avec de la menthe sauvage.
Batata Marqa (Ragoût de pomme de terre)
Marqa est la forme féminine du mot arabe masculin Maraq, ce dernier signifie selon
Reig Daniel « bouillon gras, sauce ».
b. La base Loubiya
Loubiya (haricot) n'est pas d’origine espagnol, il se trouve déjà dans les ouvrages d'al-
Djâhidh ( )الجاحظmort en 869, qui appelle une espèce d’haricot لوبياء. On pourrait
également consulter un dictionnaire étymologique de l’espagnol sur l’internet : le Real
Academia Española nous informe que le mot espagnol alubia vient de l'arabe hispanique
46
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
allúbya, qui provient de l'arabe classique lúbiyā', qui provient en son tour du persan
lubeyā.
Loubiya est la forme dialectale de « fassolia » et qui signifie « haricot ».
Loubiya Machtou (Haricots verts en sauce)
Loubiya machtou ou « Khadra » Khadra est la forme dialectale « khadraa » signifiant «
verte ».
c. La base Batendjel
La base Batendjel est mot arabe qui désigne un légume, en français il s’agit d’aubergine.
Batendjel bel homes (Aubergines aux pois chiches)
Homes signifie « pois chiche » en arabe.
Barraniya (Aubergines en sauce blanche)
Barraniya qui est d’origine turque signifie « brâniya et brrâniya. Ragoût de viande garnie
d’une sauce, œufs et fromage et gratiné ; ragoût aux aubergines ».
d. La base Zroudiya
Zroudiya est la forme dialectale de « djazar » qui signifie « carotte ». Ce dernier est un
légume.
12
BEN SEDIRA, Belkassem. 1910. Dictionnaire français-arabe de la langue parlée en Algérie. 5e. Alger : A.
Jourdan, 1910. p. 689.
13
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 76.
47
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
g. La base Djalbana
Djelbana dérive du mot berbère « jelban » qui signifie « petits pois ».14
Djalbana bel quarnoun (Ragoût aux petits pois et artichauts)
Qarnoun est la forme dialectale du mot arabe (khourchef) qui désigne « artichauts ».
h. La base Khourchef
La base « khourchef » est un terme arabe signifiant « artichauts ».15
Khourchef bel kefta (Artichauts aux boulettes)
Kefta est d’origine turque « kefta. Boulettes de viande frite ; kouftè, même sens. Sorte
de pâte obtenue avec de la semoule cuite dans un jus de raisin réduit à moitié par
cuisson ; le plus souvent.
i. La base Foul
Foul est un mot arabe qui signifie « fèves »
Foul megatae (Fèves en sauce)
Le terme « megatae » signifie « couper ou haché ».
Les fèves sont coupées en morceaux avec leurs épluchures et cuits en sauce.
Foul Mfawwer (Fèves à la vapeur)
Mfawwer dérive de la racine arabe fwr qui signifie « produire de la vapeur, cuire à la
vapeur, faire bouillir ». 16
Ce plat s’agit de fèves cuites à la vapeur et saupoudrez avec du sel, du cumin et du
persil au moment de servir.
5.1.1.2. Les bases relatives à la viande
a. La base Djedj
La base Djedj est attestée une fois dans notre corpus.
Djedj vient de la forme dialectale dadjedj qui signifie « poulet ».17
Djedj b’zitoun (Poulet aux olives)
14
DALLET, Jean-Marie. 1982. Dictionnaire kabyle-français : parler des At Mangellat, Algérie. 1re. Paris :
SELAF (Société d'Études Linguistiques et Anthropologiques de France), 1982. p. 367.
15
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 172.
16
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 513.
17
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 196.
48
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Zitoun est la forme dialectale de « zaytoun » et qui signifie « olive ». 18 L’olive est le
fruit de l’olivier, un arbre fruitier.
b. La base Lham
Lham est la forme dialectale de Lahm qui signifie « viande ».19
Lham lhlou (Viande aux pruneaux)
Hlow est le masculin de holwa
Lahlou est la forme dialectale de Holw qui signifie « sucré, doux ».20
Lham b’sferdjel (Viandes aux coings)
Sferdejel signife « coings ».21 Un fruit cognassier qui est un arbre fruitier originaire du
Moyen Orient.
Viande hachée bel bayd (Boulettes de viande aux œufs)
Mtawwem (Viande à l’ail)
L’appellation du mot est à cause de l’utilisation du deux types des boulettes du viande hachée
avec des morceaux de viande ou poulet.
c. La base Babouche
Babouche ou « Djedhelelou » est la forme dialectale de « halazoune » qui signifie «
escargot ».22
Babouche b’tomatich (Escargots à la sauce tomate)
Tomatich est la forme dialectale de tamatim.
Tomate « tomatich, tematem ».
d. La base Sardine
Sardine est un mot français qui signifie « poisson ». Ce dernier est poisson de mer du
genre alose, semblable au hareng, mais plus petit.
Sardine b’derssa (Sardines farcies)
Derssa : « Farce ».23
49
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Autres
23
BEN SEDIRA, Belkassem. 1910. Dictionnaire français-arabe de la langue parlée en Algérie. 5e. Alger : A.
Jourdan, 1910. p. 88.
24
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 554.
25
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 157.
26
BEN SEDIRA, Belkassem. 1910. Dictionnaire français-arabe de la langue parlée en Algérie. 5e. Alger : A.
Jourdan, 1910. p. 536.
27
Dallet, Jean-Marie. 1982. Dictionnaire kabyle-français : parler des At Mangellat, Algérie. 1ere. Paris : SELAF
(Société d'études linguistiques et anthropologiques de France), 1982. p. 991.
50
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
28
BEN SEDIRA, Belkassem. 1910. Dictionnaire français-arabe de la langue parlée en Algérie. 5e. Alger : A.
Jourdan, 1910. p. 588.
29
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 172.
30
BEN CHENEB, Mohammed. 1922. Mots turcs et persans conservés dans le parler algérien. 1re. Alger : J.
Carbonel, 1922. p. 20.
31
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 270.
32
Dallet, Jean-Marie. 1982. Dictionnaire kabyle-français : parler des At Mangellat, Algérie. 1ere. Paris : SELAF
(Société d'études linguistiques et anthropologiques de France), 1982. p. 54.
51
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
33
Reig, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1ʳᵉ. Paris : Larousse, 2013. p. 421.
34
Reig, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1ʳᵉ. Paris : Larousse, 2013. p. 47.
35
HADDADOU, Mohand Akli. 2006-2007. Dictionnaire des racines berbères communes. 1re. Alger : Haut
Commissariat à l'Amazighité, 2006-2007. p.192.
52
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
36
DALLET, Jean-Marie. 1982. Dictionnaire kabyle-français : parler des At Mangellat, Algérie. 1re. Paris :
SELAF (Société d'Études Linguistiques et Anthropologiques de France), 1982. p. 943.
37
BEN CHENEB, Mohammed. 1922. Mots turcs et persans conservés dans le parler algérien. 1re. Alger : J.
Carbonel, 1922. p.42.
38
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 579.
39
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p.119.
53
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
40
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p.434.
41
DALLET, Jean-Marie. 1982. Dictionnaire kabyle-français : parler des At Mangellat, Algérie. 1re.
Paris : SELAF (Société d'Études Linguistiques et Anthropologiques de France), 1982. p. 187.
42
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p.267.
54
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
g. La base Matloue
Le nom « Matloue » vient de la racine arabe (ṭ-l-a), qui signifie « monter » ou « s’élever »
évoquant l’action se lever (comme le soleil) fait référence à la levée de la pâte pendant la
fermentation, grâce à la levure naturelle, qui lui donne son volume.
Le Matloue est traditionnellement cuit sur une plaque dans un four en terre
Matloue (Pain maison)
Matloue maqli (Pain frit)
h. La base R’fiss
R’fiss vient de la racine rfs qui signifie « piler ».
R’fiss (Crêpes très minces)
C'est un msemen ou mlwi. Une fois cuit et doré, il est broyé dans un four spécial
jusqu'à ce que les morceaux soient petits afin qu'une cuillère puisse être utilisée
pour le manger. On le fait bouillir et on le tartine de beurre et de miel ou de sucre
fin et on le décore de noix et de raisins secs. On le prépare les jours de l'Aïd el Fitr,
pour les mariages et le matin de la mariée.
R’fiss bel bsel (Crêpes aux oignons)
Msemen découpé en morceaux, garni d’oignons fondants et servi avec un filet
d’huile d’olive.
Autres
43
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 206.
55
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
56
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Khbizet est une sorte de galette ou de petits pains, faite à base d’oignons, de viande,
d’épices, et du persil.
Khbizet l’batata l’mebchoura (Beignets de pomme de terre râpées)
Le mot mebchoura veut dire émiettée, râpée.
c. La base Kwirat
Kwirat de la racine kwr qui signifie « enrouler, mettre en boule, rouler en spirales ». 46
Kromb kwirat (Boulettes de chou)
Un plat d’une une sorte de boulettes de kromb, assaisonnée et cuites dans une
sauce rouge.
Autres
46
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 59.
47
BEN CHENEB, Mohammed. 1922. Mots turcs et persans conservés dans le parler algérien. 1re. Alger : J.
Carbonel, 1922. p.53.
57
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Hrira vient du mot arabe à la forme masculine hrir qui signifie « velours », il s’agit
d’une soupe avec une texture épaisse. Pour Reig Daniel Hrira signifie « potage, soupe,
bouillie ».48
Hrira (Soupe au blé)
Hrira est une soupe qui se prépare à base de viande, de légumes (carottes,
courgette), d’herbes (thyme sauvage, persil) et un ingrédient principal qui est le
levain (une sorte de pâte qui se prépare la veille, elle est composé de farine, du
citron et du vinaigre), ce dernier rend la soupe onctueuse et veloutée.
c. La base Marqa
Marqa bel kaboiya (Soupe à la courge)
« Kaboiya » qui est une autre variété de courges.
d. La base Ma’qouda
Dans ce nom on relève la racine arabe Ʃkd, qui signifie « faire épaissir un liquide par
la cuisson ».49
Ce plat est d’ailleurs préparé à base d’une purée de pomme de terre épaisse, d’où le
nom de plat dérive.
Ma’qouda (Croquettes de pomme de terre)
Autres
48
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 124.
49
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 443.
50
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p. 395.
58
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
59
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
c. La base Tajine
Un tajine ou tagine un plat de cuisson et de service en terre cuite, sa forme permet une
cuisson lente et homogène.
Tajine elleba (Pomme de terre aux viande et blé)
Plat composé de morceaux de viande, de pomme de terre, de figues sèches et
d’une petite quantité de blé à la place des pois chiches cuit en tagine de terre.
Tajine khorchef bel kefta (Cardons aux boulettes)
Tajine l’djben (Plat à la viande hachée et au fromage)
De la forme dialectale jobn qui signifie « fromage ».53
Ce plat est préparé La base fromage qui est l’ingrédient principale, mélanger
avec de la viande hachée, des œufs et de la chapelure jusqu’à l’obtention d’un
mélange assez léger, le mettre dans un plat au four et laisser cuire et dorer.
Tajine l’gnin (Lapin en sauce)
Gnin est la forme dialectale de « arnab » signifiant « lapin ».54.
Tajine l’khokh (Abricots surprises)
Khokh est la forme dialectale de « khawkh » qui signifie « pêche ».55
Pomme de terre rempli sous forme de la pêche.
Tajine mchimcha bel berqoq (Nèfles farcies aux amandes)
Il se pourrait que Mchimcha figure dans le parler algérien pour désigner «
nèfles ».
Autres
53
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p.83.
54
Ben Sedira, Belkassem. 1910. Dictionnaire français-arabe de la langue parlée en Algérie. 5e. Alger : A.
Jourdan, 1910. p.343.
55
REIG, Daniel. 2013. Dictionnaire Arabe Français. 1re. Paris : Larousse, 2013. p.91.
60
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
thématiques, que nous avons illustré sous forme de diagramme circulaire (Figure1) afin
de savoir quelle série a servi le plus pour donner naissance aux différents noms propres de
plats.
4%
4%
10%
38%
16%
28%
Figure 10 : Pourcentages des noms des plats selon les catégories thématiques
Le diagramme circulaire révèle que les noms propres de plats analysés s’articulent
principalement autour de l’ingrédient principal (38%) et de la méthode de préparation (28%),
ces deux thèmes représentant à eux seuls près des deux tiers des dénominations. La texture
(16%) et la forme (10%) occupent une place secondaire, soulignant l’importance accordée à
l’expérience sensorielle et à l’apparence des plats. En revanche, les outils de préparation et les
critères classés dans la catégorie « Divers » (4% chacun) sont rarement évoqués, suggérant
que ces aspects influencent peu la création des noms. Cette répartition met en lumière une
tendance claire : la création des noms privilégie des références immédiatement identifiables,
comme le composant principal ou la technique culinaire, pour nommer les plats.
61
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Cette catégorie de noms propres relatifs à la méthode de préparation est classée en deuxième
position avec trente-huit (38) noms, cette catégorie s’appuie sur des techniques culinaires
spécifiques pour nommer les plats. Les méthodes incluent le grillage (ex. Bouzellouf, tête de
mouton grillée), le farcissure (ex. Dolma, courgettes ou chou farcis),
le criblage (ex. Berkoukes, semoule à gros grains), la cuisson à la vapeur (ex. Mfawwer, fèves
étuvées), la fermentation (ex. Matloue, pâte levée) ou le concassage (ex. R’fiss, msemen
émietté). Ces appellations, ancrées dans des savoir-faire ancestraux, illustrent un héritage
culturel mêlant influences turques, berbères et locales.
Cette catégorie regroupe 15 noms propres de plats, structurés autour d’ustensiles et méthodes
de cuisson traditionnels. Parmi eux, 6 plats sont liés au couscous (ex. Couscous bel djedj
mahchi b’smid, Couscous bel hlib), préparés dans une passoire spécifique symbolisant la
cuisine berbère. Les 6 plats associés au tajine (ex. Tajine elleba, Tajine l’djben) mettent en
avant ce récipient en terre cuite, central pour les cuissons lentes. Les 2 plats sous la base Aïch
(ex. Aïch bel hlib) et 1 plat sous Kabab (grillade ottomane) illustrent des techniques hybrides,
alliant traditions locales et influences extérieures. Ces 15 noms soulignent le rôle fondamental
des outils dans la dénomination.
La catégorie thématique relative à la texture, partageant la même fréquence que celle liée à la
forme (09 noms), regroupe des plats traditionnels algériens dont les noms évoquent une
caractéristique tactile ou visuelle. Ces appellations s’inspirent du lien entre le plat et sa
consistance :
62
3 La partie pratique Analyse morphosémantique des noms propres des plats de la wilaya de Chlef
Cette catégorie vient en même position avec la catégorie précédente, puisqu’elle représente un
puisqu’elle ne constitue qu’un très faible effectif dans notre corpus, on a calculé quatre (04)
noms propres l’équivalent. Cette catégorie regroupe des noms relatifs à des éléments variés du
champ culinaire. On y trouve principalement deux bases lexicales : Taam et Tbiykha. Ces
noms sont construits à partir de termes génériques auxquels sont associés des compléments et
qui ne rentrent dans une aucune catégorie précédente.
En conclusion, cette partie sémantique nous a aidés à saisir le sens de l’ensemble des noms de
notre corpus. Ces derniers ont été influencés par divers domaines.
Nous avons remarqué lors de cette étude que la majorité des noms des plats sont en rapport
avec l’ingrédient principal ou la méthode de préparation du plat, ils représentent un nombre
remarquable. Puis, les noms en rapport avec l’outil de préparation avec un nombre non
marginale. Ensuite, les noms en rapport avec la texture représentent un nombre non
négligeable. Enfin, les noms relatifs à la forme et à l’ensemble de diverses choses représentent
un nombre négligeable par rapport les autres catégories thématiques des noms. Lors de ce
classement, nous nous sommes rendu compte que le choix des noms des plats ne fait jamais
au hasard, mais selon des raisons précises.
63
Conclusion générale
4 Conclusion générale
Conclusion générale
Au terme de notre travail de recherche, nous sommes parvenues au résultat que cette étude
morphologique, linguistique et sémantique des appellations de plats traditionnels dans la
wilaya de Chlef. Sur le plan morphologique, l’analyse a montré une nette prédominance du
genre masculin, notamment dans les noms composés. Toutefois, une certaine forme
d’équilibre a été observée au niveau des noms simples. Le singulier domine très largement
dans l’ensemble du corpus, ce qui témoigne d’une tendance à désigner les plats comme des
entités uniques et clairement identifiables. En ce qui concerne la structure des noms, les
composés occupent une place prépondérante, bien plus que les noms simples, avec une
préférence marquée pour les noms composés à deux éléments. Cette régularité dans la
structure reflète une volonté de concision et d’efficacité descriptive dans la nomination des
plats. L’utilisation fréquente de la préposition « be » dans les noms composés confirme
également la présence de schémas de construction typiques de l’arabe dialectal.
Sur le plan linguistique, les résultats montrent une écrasante majorité de noms d’origine arabe
(environ 79,31 %), soulignant la place centrale de cette langue dans l’univers gastronomique
de la région. Des traces d’influences berbères (6,90 %), turques (10,34 %) et françaises (3,45
%) ont également été identifiées, illustrant l’impact des différents épisodes historiques sur la
constitution du lexique culinaire. Ces emprunts, bien que minoritaires, rappellent la richesse
des interactions culturelles qui ont marqué la région. D’un point de vue syntaxique, les noms
relèvent en grande majorité de structures nominales, avec une présence très réduite des
adjectifs, ce qui renforce l’idée d’une nomination orientée vers la désignation directe et
concrète.
L’approche sémantique a permis de dégager quatre grandes catégories motivant le choix des
appellations. La majorité des noms sont en lien avec l’ingrédient principal ou la méthode de
préparation du plat. Viennent ensuite les noms basés sur l’outil de cuisson ou de préparation,
puis ceux fondés sur la texture du plat. Enfin, les noms faisant référence à la forme ou à un
ensemble d’éléments divers restent très minoritaires. Ce classement confirme que les
dénominations ne sont jamais arbitraires, mais qu’elles répondent à des logiques culturelles et
fonctionnelles précises. Le choix des noms reflète donc une manière de penser, de cuisiner, et
de transmettre un savoir-faire à travers la langue.
65
4 Conclusion générale
En définitive, cette recherche met en lumière l’interaction étroite entre langue, culture et
cuisine. Elle montre que chaque appellation culinaire, aussi simple soit-elle, est porteuse de
sens, de mémoire et d’identité.
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Références bibliographiques
5 Références bibliographiques
Références bibliographiques
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Dictionnaires
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5 Références bibliographiques
70
Liste de figure :
Liste de tableau