Peuple sans armes attendait une résistance des garnisons militaires
Loyalistes pour pouvoir exprimer sa colère. «Le Lion», de son côté – me
dira-t-il
Plus tard – escomptait un soulèvement populaire pour justifier son
intervention
Militaire. Au bout du compte, il n’y eut ni actions militaires, ni soulèvement
Populaire. L’espérance fut anéantie.
La rébellion plus ou moins longue du «Lion du Bulkiemdé» fut plutôt un
Baroud d’honneur qu’une détermination véritable à s’opposer aux
usurpateurs.
Lorsque l’on annonça que «Le Lion» était rentré en rébellion, la
Coordination du
Front «Populaire» fit diffuser un démenti à la radio afin de calmer les
esprits :
«Des rumeurs font état d’un prétendu refus d’obéissance du Capitaine
Boukary
Kaboré. Le Front Populaire tient à porter à la connaissance du peuple
militant du
Burkina Faso et des étrangers qu’il n’en est rien.»
En fait, par l’entremise du Capitaine Henri Zongo, Blaise Compaoré avait
Entrepris de négocier le ralliement du «Lion». Et il ne désespérait pas de
pouvoir
L’obtenir. A l’issue des négociations, un communiqué portant dit-on la
signature
Du Capitaine Boukary Kaboré, fut lu à la radio :
«Il ressort de ces rencontres que lesdits responsables, tout en déplorant
La disparition tragique du camarade Président du C.N.R., Président du
Faso, soucieux de la nécessité de maintenir la paix au sein des masses,
S’engagent à travailler résolument avec le peuple ayant à la tête le Front
Populaire, pour le renforcement des acquis de la Révolution Démocratique
Et Populaire à travers le processus de rectification déclenché le 15 Octobre
1987.»
Le contenu du communiqué montre bien que les deux parties ont fait des
Concessions. Le Front «Populaire», au lieu du «renégat Sankara», accepte
Maintenant de déplorer «la disparition tragique du camarade Président du
C.N.R., Président du Faso». Le souci marqué de «maintenir la paix au sein
des
Ce dernier ne viendra jamais, car d’où il était, l’on ne revient jamais : il
avait
Eté surpris et assassiné dans sa résidence écartée mais non loin de la
caserne. Le
Lieutenant Gaspard Somé aidé de quelques hommes, l’y avait surpris au
moment
De la fusillade dans l’enceinte du Conseil de l’Entente, en train de revêtir
sa tenue
De combat et l’avait abattu froidement. Ils l’avaient abandonné là,
baignant dans
Son sang, non sans avoir pris la précaution de boucler la porte derrière
eux.
Aussi, lorsqu’on envoya un homme le chercher dans sa résidence, il ne
pouvait
Evidemment répondre aux appels : il était mort. Les assassins s’en iront
rejoindre
La troupe mobilisée et, à défaut de pouvoir prendre le contrôle de l’unité,
ils vont
Gêner les initiatives du jeune Lieutenant Sanogho. Par la suite, ils
oeuvreront à
Saper l’ardeur combative des soldats.
A l’annonce de la proclamation du Front «Populaire», aux environs de 17h,
les
Choses parurent claires et sans équivoque au jeune lieutenant. Il entreprit
de
Rentrer en contact avec le Capitaine Boukary Kaboré, Commandant du
B.I.A. de
Koudougou.
L’entretien entre le Lieutenant Sanogho et le «Lion du Bulkiemdé» se
résume
Ainsi :
Lt Sanogho : - «Mon Capitaine, qu’est-ce qu’on fait ? Je suis prêt quant à
moi à
Canonner d’ici le Conseil de l’Entente et, ensuite, à faire démarrer mes
troupes
Pour donner l’assaut.»
Le Lion : - «Surtout pas ! Il faut bien réfléchir à ce que nous allons faire. Il
ne
Suffit pas d’attaquer pour attaquer. Le Commandant Lingani vient de
m’informer
Au téléphone que le P.F. est mort. A quoi donc servira notre action ? A
suppposer
Que nous réussissions, qui allonsnous placer à la tête de l’Etat ?»
Li Sanogho : - «Toute la direction du C.N.R. n’est tout de même pas
décapitée ?
Dans ce cas, c’est toi que nous placerons à la tête.»
Le Lion : - «Non ! Je ne m’en sens pas capable. IL faut encore réfléchir, le
sang
A déjà assez coulé. A quoi ça sert d’en verser encore ? Je te dis que le PF.
Est déjà
Mort ! Notre intervention aurait un sens s’il était encore en vie.»
Comme on l’a compris, c’est le sort de la Révolution qui s’est joué dans ce
bref peuple congolais, avec qui j'avais tissé des liens étroits d'amitié et de
lutte.
L'Afrique vient de perdre un grand révolutionnaire. Le Président Sankara
était un dirigeant intègre, dynamique et entièrement dévoué à la cause de
son peuple».
C'était le 16 Octobre. Le 21 Octobre, sous l'égide de l'Union de la Jeunesse
Socialiste Congolaise (U.J.S.C.), le peuple congolais exprima son
indignation
face à l'acte crapuleux des putschistes de Ouagadougou. Un lycée de
Brazzaville
et une tour à Pointe Noire, furent baptisés du nom de «Thomas Sankara»;
la
promotion sortante de l'Ecole Nationale d'Administration et de la
magistrature,
dirigée par Kitsoro Kinzouza, prit le nom de «Thomas Sankara».
- Cinq mois après sa forfaiture, Blaise Compaoré, lors de sa tour née
africaine,
a pu sentir lui-même toute la réprobation des masses africaines. Ainsi, lors
de sa
visite officielle au Nigéria, le ministre nigérian des affaires étrangères, le
général
Ike Nwachuku, répondant à son opinion publique, a eu à déclarer: «Il n'y a
aucun
mal à cette visite, qui est dans rordre des choses (...). Il n'y a pas de place
pour
les sentiments dans les affaires internationales, pas plus qu'il n'y a d'amis
et
d'ennemis permanents. Il y a seulement des intérêts permanents».
Pourtant l'opinion des masses nigérianes exprimée dans la presse, se situe
à
l'opposé. Ainsi, pour le Daily Times, organe gouvernemental, «le
gouvernement
de Compaoré aggrave son cas et se fait davantage d'ennemis par ses
actions
inconsidérées». Le Daily Sketch écrit:
«Le Capitaine Compaoré, que nous hésitons à qualifier d'homme fort, à
la façon de la presse occidentale, est arrivé hier au Nigéria pour se livrer à
un exercice de relations publiques en faveur de sa propre image, après
s'être frayé un chemin à coups de feu jusqu'à l'échelon le plus élevé du
pouvoir (...). Un homme comme lui ne devrait pas être accueilli dans notre
pays. Mais maintenant qu'il s'y trouve, nous ne devons rien faire pour lui
donner à penser qu'il a obtenu un certificat de respectabilité et de bonne
conduite».
Au niveau de la presse indépendante, le Nigerian Tribune, sous le titre,
«Compaoré n'est pas le bienvenu», affirme que les Nigérians «se sentent
humiliés que leur gouvernement déroule le tapis rouge en l'honneur d'un
meurtrier, d'un criminel qui devrait être mis au ban de toutes les nations
(l’aide de Camp de Blaise Compaoré), pénétra en trombe dans l’enceinte,
et
Retenons pour hypothèse de toute investigation que le Capitaine Blaise
Compaoré a été débordé par ses acolytes ; ce qui ne l’innocente pas pour
autant,
Car il projetait la disparition de Thomas Sankara depuis longtemps. C’est
Pourquoi vraisemblablement il n’a pas pris de mesures punitives contre
ses
Hommes de main.
Toujours dans la même logique, il faudrait admettre que, profitant de la
Confusion générale qui s’en est suivie, le Front «Populaire», réuni dans la
Précipitation et dont les éléments à l’exception du noyau dur avaient
entretenu
Entre eux jusqu’alors des rapports plus ou moins informels, porta le
Capitaine
Blaise Compaoré à la tête de l’Etat.
Mais quelles «preuves» ont convaincu Blaise Compaoré que Thomas
Sankara
S’apprêtait à le faire assassiner lui et d’autres révolutionnaires au cours de
la
Réunion de 20h, «preuves» qui l’ont empêché, comme il l’a dit lui-même
ensuite,
De punir ceux qui avaient commis l’acte de forfaiture. «S’il n’y avait pas
eu ces
Preuves, affirme-t-il, jamais je ne serai resté à la tête de cet Etat».
(Libération du
22.10. 1987). «Preuves» que la coordination du Front «Populaire» mettra
cinq
Mois à réunir avant de les publier dans le fameux «Mémorandum sur les
Evénements du 15 Octobre 1987» !
On lira et relira le «Mémorandum» mais on ne pourra y trouver nulle trace
de
Ce qui peut tenir lieu de preuves.
Le 26 Octobre 1987, Pierre Haski, journaliste de Libération, interpella
Blaise
Compaoré sur ces prétendues «preuves» :
«P. Haski : - Etes-vous intimement convaincu que Sankara allait vous
Arrêter et vous exécuter à 20h ce soir-là ?
Blaise Compaoré : - Sankara, c’est un militaire. Si je préparais un coup
Comme ça, je ne laisserais pas d’éléments de preuve. Mais il y a un
certainFonça droit sur le pavillon «Haute Volta». Le gendarme Soré et le
soldat de lère
Classe, Ouédraogo Noufou, avant qu’ils ne réalisent ce qui leur arrivait,
furent
Ecrasés contre le mur du pavillon. Au même moment, le Caporal Maïga
abattait
A bout portant le Sergent Der Somda.
Dans la foulée, les assaillants descendus des deux voitures déclenchaient
un
Feu nourri sur tous ceux qui se tenaient debout aux alentours du pavillon
où le
Président du C.N.R. était en réunion avec son secrétariat.
A l’intérieur, les premiers instants de surprise passés, tout le monde se
Précipita derrière les fauteuils pour y trouver refuge. Se ravisant, le
Président
Thomas Sankara se leva, poussa un soupir et s’apprêta à se rendre en
s’adressant
A ses collaborateurs :
- Ne vous en faites pas, c’est à moi qu’ils en veulent.
Les mains en l’air, tenant son revolver de parade, il franchit le seuil de la
porte
Et s’engagea dans le couloir à la rencontre des assaillants.
Le Sergent Yacinthe Kafando et le Caporal Nadié se trouvèrent face à face
Avec le Président du Faso, le braquant avec leur Kalachnikov. Une première
Décharge lâchée par le Caporal Nadié atteint le Président Thomas Sankara
à
L’épaule. Malgré la blessure, il réussit à se replier dans le couloir. Il essaye
D’ouvrir la porte du premier bureau, mais ses occupants se sont enfermés
à clef
Au bruit des tirs.
Nul ne salira ce qui s’est passé dans la tête du Président du Faso pour qu’il
Revienne sur ses pas et reçoive la mort de ses assassins. Une seconde
balle
L’atteint au front. Il chancelle, se retrouve sur les genoux pendant
quelques
Secondes, puis s’écroule sans avoir pu, ni dire un mot à ses tueurs, ni faire
un
Geste quelconque qui prouve qu’il avait l’intention de se défendre.
De tous ceux qui étaient avec le Président Thomas Sankara ce jourlà, un
seul a
Miraculeusement échappé à la boucherie : Alouna Traoré. Et il soutient que
le
Capitaine Gilbert Diendéré n’était pas au nombre des assaillants. Celui-cEn
guise de «tombes», on jettera ces corps dans des fosses d’à peine deux
Pouces de profondeur, que l’on couvrira d’une couche de terre. On voyait
Apparaître les cheveux du Président Thomas Sankara ! Un bout de bois
planté sur
Chaque «tombe» a reçu un papier sur lequel on a griffonné une inscription
Indiquant le nom de l’occupant. On y a même inscrit le nom d’un soldat
qui
N’était pas mort ! Mais sur les treize tombes, nulle trace du nom de
Bonaventure
Compaoré… Ce n’est qu’après sept mois de va-et-vient entre le Conseil de
L’Entente et son domicile, que l’épouse de ce dernier finira par se
convaincre que
Le corps de son mari repose bien à Daghnoën aux côtés des douze
suppliciés du
15 Octobre 1987.
Thomas Sankara repose au cimetière de Daghnoën, parmi la multitude des
Sans-noms, parmi ceux qui ont été enfouis dans le sol sans honneurs et
sans
Trompettes. Sur sa tombe véritable ou supposée, le peuple burkinabé a
tenu à
Graver des inscriptions dont la valeur est incomparable aux mille discours
Hypocrites qui auraient pu être prononcés, incomparable aux décorations,
élégies
Et titres posthumes qu’on aurait pu lui décerner ! Sur sa tombe sont
gravés les
Sentiments d’affection que continue de lui vouer son peuple. Des mains
Anonymes ont ainsi tracé ces messages :
- «Hommage à toi, Thomas Sankara, digne fils du Burkina. Les jaloux,
lesi ne fera