Recherche D'indicateurs Des Effluents D'élevage Des Crevettes Dans Le Lagon de La Nouvelle Calédonie
Recherche D'indicateurs Des Effluents D'élevage Des Crevettes Dans Le Lagon de La Nouvelle Calédonie
Université de La Rochelle
Pôle sciences et technologies
Av. Michel Crépeau
1700 La Rochelle
Yasmin EL HELWE
Sous la direction de
Dr. HERBLAND Alain
et Mr. LEMONNIER Hugues
2006
Remerciements
2
SOMMAIRE
Etat de l’art
Introduction______________________________________________________________________ 6
1. La crevetticulture en Nouvelle-Calédonie____________________________________________ 7
2. Les effluents d’élevage de crevettes :________________________________________________ 8
2. 1. Caractéristiques générales _____________________________________________________________ 8
2.2. Caractéristiques des effluents d’élevage de crevettes en Nouvelle-Calédonie ______________________ 8
3. Qu’est-ce qu’un indicateur écologique ?____________________________________________ 10
4. Recherche des indicateurs des effluents d’élevage des crevettes dans l’environnement _____ 10
I. INTRODUCTION ______________________________ 13
3
IV. DISCUSSION _________________________________ 40
1. Caractérisation des effluents _____________________________________________________ 40
2. Effets observés sur l’environnement littoral_________________________________________ 41
2.1. Effet temporel______________________________________________________________________ 41
2.2. Effet spatial________________________________________________________________________ 42
3. Les indicateurs dans l’environnement littoral _______________________________________ 43
3.1. Spécificité de l’indicateur _____________________________________________________________ 43
3.2. Intensité de la réponse en fonction de l’intensité des rejets ___________________________________ 44
3.3. Intensité de la réponse en fonction de la distance au rejet ____________________________________ 44
V. CONCLUSION_________________________________ 45
4
Etat de l’art
5
Introduction
L’élevage des crevettes subit une pression croissante pour diminuer ses impacts
environnementaux (Naylor et al., 1998). En effet, cette activité aquacole a la capacité de
transformer les environnements côtiers d’une façon dramatique (Funge-Smith &Briggs, 1998).
- la destruction des mangroves et des marais (Landesman, 1994, Samocha et Lawrence, 1997 ;
Graaf et Xuan, 1998 ; Páez-Osuna, 2001 ; Wolanski et al., 2000 ; Boyd, 2003),
- l’eutrophisation des eaux côtières (Landesman, 1994, Samocha et Lawrence, 1997 ; Wolanski
et al., 2000 ;), et leur pollution par les produits chimiques et les fertilisants ajoutés aux bassins
d’élevages (Samocha et Lawrence, 1997), la salinisation et l’acidification des sédiments (Boyd,
1995),
- les prélèvements des crevettes dans le milieu naturel (Samocha et Lawrence, 1997 ; Graaf et
Xuan, 1998),
- l’altération des communautés benthiques par la surcharge des sédiments en matériel organique
(Samocha et Lawrence, 1997).
L’un des soucis majeurs de cette activité est le rejet des nutriments et de la matière
organique issus des fermes dans l’environnement côtier (Smith et al., 2002).
L'aquaculture dépend si étroitement d'un environnement sain qu'elle ne peut réussir sur des
sites dégradés ou impropres. En revanche, elle peut garantir la qualité de l'environnement si les
bonnes mesures sont prises pour corriger les pratiques fautives qui peuvent en découler (Fuchs et
al., 1999).
L’aquaculture des crevettes a connu un essor important depuis 1980 (Fuchs et al., 1999).
En raison du climat favorable et de la disponibilité d’espace, cette production s’est développée
principalement dans les zones côtières tropicales et subtropicales. (Páez-Osuna, 2001). En dépit
du progrès qu’a présenté l’étude des impacts de cette activité sur son environnement, il demeure
insuffisant pour la gestion de cette industrie dans le contexte d’une protection des écosystèmes
naturels. (Páez-Osuna, 2001). Dans ce contexte, l’une des actions nécessaire à la durabilité de la
crevetticulture est la définition d’indicateurs potentiels descripteurs de la santé du milieu
receveur des déchets qui découlent de cette activité. Ces indicateurs permettront de déterminer
l’impact de l’élevage sur l’environnement littoral (Fuchs et al., 1999).
6
1. La crevetticulture en Nouvelle-Calédonie
En Nouvelle Calédonie, l’élevage des crevettes est en pleine évolution. En plus du climat
sub-tropical favorable, une température de l’eau permettant des élevages sur toute l’année, et de
la multiplicité des espaces, l’aquaculture bénéficie d’un large support technique et financier de la
part des autorités locales et de la recherche (Anonyme,1999 ; Farman et Baillon, 2004).
Actuellement, selon les données du mois de juillet 2005 (GFA, 2005), 18 fermes de
grossissement sont installées sur la côte ouest de la Grande Terre en arrière des mangroves sur
des terrains sur-salés, sans végétation et de texture argilo-limoneuse. Les bassins occupent 658
hectares. En 2005, la production était de 2200 tonnes mais cette activité devrait se renforcer
puisqu’il est prévu que la production annuelle atteigne les 5000 tonnes sur une surface de 1000
hectares environ. La perspective de développement est donc de doubler la quantité de crevettes
produite par an en multipliant par deux les surfaces exploitées.
Comparativement aux autres pays producteurs, les coûts de production sont largement supérieurs
en Nouvelle Calédonie. Le produit est donc plus cher en sortie des ateliers de conditionnement.
Ainsi, la production doit se distinguer par la qualité du produit mais aussi par une image de
marque respectueuse de l’environnement (Frotfreyde et al., 2004).
Deux systèmes de production sont utilisés sur les fermes aquacoles calédoniennes. Le
premier non aéré, exploite des densités d’animaux à l’ensemencement comprises entre 18 et 22
animaux au m². C’est le système semi-intensif classique. Pour le second, les densités
s’échelonnent de 25 à 35 animaux au m². Les charges biologiques étant plus importantes, les
élevages nécessitent d’être aérés (Anonyme, 1999). Ce sont des élevages intensifs.
Quel que soit le système de production, les renouvellements sont fonctions de la charge en
élevage qui augmentent avec la durée de l’élevage. En général, le renouvellement en eau des
bassins varie de 5% du volume de bassin en début d’élevage à 30 % en fin d’élevage. Il génère
une interaction réciproque entre les bassins d’élevages et le milieu receveur qui est en même
temps le milieu où l’eau est puisée pour alimenter les bassins. Les effluents d’élevages sont
déversés dans le lagon calédonien dont la géomorphologie est celle d’un récif barrière et dont la
profondeur ne dépasse guère les 40 m ; il est soumis à des cycles semi-diurnes de marée dont le
marnage maximale est de 1.80m (Anonyme, 1981).
7
2. Les effluents d’élevage de crevettes :
2. 1. Caractéristiques générales
D’une manière générale, les élevages intensifs et semi-intensifs des crevettes impliquent le
rejet d’une grande quantité d’eau des bassins dans le milieu receveur. Parmi les principaux effets
polluants de ces rejets on cite : le rejet de nutriments dissous, de matières en suspension et de
matières organiques particulaires (Tovar et al., 2000).
Etant donnée la faible profondeur des bassins, l’évaporation y est plus importante que dans le
milieu environnant (Landesman, 1994). Les effluents ressortissant de ces bassins sont ainsi plus
salés que les eaux réceptrices.
Les eaux des bassins sont particulièrement riches en matière organique, dans ces deux
formes : dissoute et particulaire (Boyd & Tucker, 1992 ; Paquotte et al., 1998 ; Páez-Osuna,
2001). Samocha et Lawrence (1997) notent que, dans la plupart des cas, la matière organique
particulaire s’accumule dans les sédiments, sur les fonds des bassins alors que la matière
organique dissoute est évacuée avec les effluents. Selon eux, l’enrichissement de l’écosystème
benthique en matières organiques peut entraîner une augmentation de la consommation de
l’oxygène par les communautés benthiques et le développement des conditions anoxiques dans le
milieu receveur. On assiste alors à une diminution de la concentration de l’eau en oxygène
dissout. Samocha et Lawrence (1997) expliquent cette réduction par une demande importante en
oxygène biochimique par le matériel organique produit dans les bassins et par les animaux en
élevage pour leur respiration. Les bassins sont donc des milieux pauvres en oxygène pendant la
nuit et le matin (Paquotte et al., 1998 ). Dans les conditions extrêmes, on peut assister à une
production de gaz carbonique, de méthane et de sulfure d'hydrogène. (Samocha et Lawrence,
1997). En plus des nutriments, les effluents emportent des sédiments du fond des bassins vers le
milieu receveur (Boyd, 1992). Ces sédiments pourraient augmenter la turbidité dans ce dernier
(Landesman, 1994). Tout cela pourrait amener à une modification de la qualité du milieu
receveur.
Ces effluents ont été surtout décrits par une charge importante en matières organiques
particulaires. D’après une étude réalisée par Martin et al. (1998) la concentration moyenne de
l’azote particulaire dans les effluents d’élevage semi-intensif, sans aération mais avec des
renouvellements en eau de 10% par jour, a atteint 0,39 ± 0,24 mg/l pour une densité
d’ensemencement égale à 22 individus/m² et 0,42 ± 0,28 mg/l pour 30 individus/m². La moyenne
de concentration en chlorophylle-a était de 15,3 ± 14,7 µg/l pour un ensemencement de 30
individus/m² et de 15,0 ± 15,5 µg/l pour 22 individus/m². La contribution de la chlorophylle a à
la totalité du seston était en moyenne de 0,45 ± 0,21 et 0,42 ± 0,19 g/Kg pour des
ensemencements respectivement de 22 et 30 individus/m². Pour des densités d’ensemencement
de 20 individus/m², Lemonnier et al. (2003) ont trouvés que la concentration moyenne des
effluents en chlorophylle a était de 14,4 ± 6,5 et de 13,6 ± 9,2 µg/l pour des taux de
8
renouvellement en eau respectivement de 10% et de 23% dans un système non aéré. La
concentration moyenne en azote particulaire était de 290 ± 89 et 272 ± 147 µg/l (c.à.d. 0.29 ±
0,089 et 0,272 ± 0.147 mg/l) pour 10 et 23% de renouvellement en eaux. Martin et al. (1998)
notent que les grands écart-types observés sont dus à des variations temporelles importantes des
paramètres dans les bassins au cours du cycle d’élevage. On observe une augmentation des
concentrations en allant du début vers la fin du cycle d’élevage.
En ce qui concerne les éléments dissous, les effluents montrent généralement une plus
faible concentration en formes inorganiques et une plus forte concentration en éléments
organiques que les eaux d’alimentation des bassins d’élevage. En effet, l’étude de Lemonnier et
al. (2003) décrit une concentration en formes ammoniacales (NH4+ et NH3) qui varie entre 8,2 ±
9 µg/l et 10,6 ± 12.4 µg/l pour des taux de renouvellement en eau respectivement de 10 % et de
23%. Les résultats de Martin et al. (1998) révèlent des concentrations en ammonium de l’ordre
de 10 µg/l et des concentrations en nitrites et nitrates (NO2- +NO3-) de 2,4 ± 6,0 et de 1,4 ± 2,8
µg/l pour des ensemencements de 22 et 33 individus/m². Par contre, l’azote organique dissout
(NOD) était présent à des concentrations moyennes de 133,9 ± 38,6 µg/l dans les bassins
ensemencés à une densité de 22 individus/m² et de 147,7 ± 49,3 µg/l dans les bassins
ensemencés à une densité de 30 individus/m² (Martin et al., 1998). Cette très forte concentration
en éléments dissous organique entraîne des concentrations élevées de l’azote dissout totale dans
les bassins. De plus, la concentration des effluents en matières organiques (dissoutes et
particulaires) est croissante avec la diminution du taux de renouvellement en eau (Lemonnier et
al., 2003) et avec les densités croissantes des crevettes à l’ensemencement (Martin et al., 1998).
Des concentrations moyennes en oxygène dissout ont été décrites de l’ordre de 4 mg/l le
matin et 8 mg/l l’après midi par Martin et al. (1998). Les valeurs d’oxygène de l’après midi
croissent avec l’augmentation des densités de stockage (Martin et al., 1998) et les taux de
renouvellement en eau des bassins (Lemonnier et al., 2003). Le pH est homogène pour
différentes densités de stockage mais diminue avec les taux de renouvellement croissants. Les
valeurs moyennes du pH variaient de 8,1 (Martin et al., 1998) à 8,2 (Lemonnier et al., 2003).
Quant à la température moyenne des effluents, elle était de 23°C le matin et de 25,3°C l’après
midi (Lemonnier et al., 2003). La salinité moyenne oscillait entre 30 et 38‰ (Martin et al.,
1998).
Notons que ces deux études décrites ont été réalisées pendant la saison froide locale sur des
élevages semi-intensifs (sans aération)
Une autre étude réalisée au laboratoire IFREMER Nouvelle Calédonie par Lemonnier et
Faninoz (2006) a permis de décrire les effluents d’élevage semi-intensif de crevettes rejetés
pendant la saison chaude, saison au cours de laquelle s’effectue la quasi-totalité des élevages
calédoniens. Cette étude a montré les mêmes caractéristiques des effluents que celles résultantes
dans les études précédentes : augmentation de la charge en matières organique sous ses
différentes formes et diminution de la matière minérale par rapport aux eaux d’entrée aux
bassins. Le pH était plus élevé. La salinité était comprise entre 32,5 et 33,0‰. Les valeurs de la
concentration moyenne en azote totale variaient entre 0,52 ± 0,21 et 0,95 ± 0,40 mg/l. Cet azote
était représenté à 58-63% par de l’azote particulaire. L’azote dissout minéral était présent à une
concentration moyenne inférieure à 1.13 µg/l pour les nitrites et les nitrates et inférieure à 20.7
µg/l pour les formes ammoniacales. Dans leur étude, Lemonnier et Faninoz (2006) ont pu établir
une relation directe entre la concentration de la chlorophylle a (chl-a) et celle de l’azote
particulaire (NP) : chl-a (µg/l) = 9,8*NP (µg/l) + 224,8.
Etant donné les différences qualitatives et quantitatives que présentent les effluents par
rapport au milieu environnant, ils devraient pouvoir être suivis dans le milieu grâce à certaines
9
de leurs caractéristiques. Cela nous amène à la notion d’« indicateurs écologiques » nécessaires
pour le suivi d’impact de ces effluents dans le milieu receveur.
Wildish et al. (2004) notent que pour évaluer l’enrichissement organique en mer,
plusieurs variables peuvent être utilisées, y compris des espèces phytoplanctoniques et les
matrices de leur abondance, les teneurs en oxygène dissous et les concentrations totales en
substances nutritives. Comme aucune de ces variables n’est reconnue comme l’unique indicateur
de l’état trophique de la mer, des classifications à paramètres multiples ont été utilisées. Par
exemple, la classification de l’OCDE repose sur la teneur en chlorophylle a, les concentrations
d’éléments nutritifs et les profondeurs d'après le disque de Secchi (Vollenweider & Kerekes,
1982). Celle de la FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations), discrimine
les différentes variables selon la fréquence de leur utilisation comme indicateur des rejets
aquacoles, le coût de leur mesure, et leur valeur explicative en tant qu’indicateur de changement
écologique dû à l’activité aquacole (GESAMP, 1996). Cette classification repose sur la chimie
de l’eau et des sédiments, les communautés benthiques et la biomasse phytoplanctonique.
La recherche d’indicateurs des effluents d’élevages des crevettes s’est surtout effectuée en
Australie. Dans ce qui suit, on abordera 3 approches australiennes ayant le même objectif, celui
de déterminer les meilleurs indicateurs permettant de suivre les effluents de la crevetticulture et
leur impact sur le milieu receveur. Ces études impliquaient des fermes d’élevage intensives
installées sur la côte Est de l’Australie. Ces fermes pompaient leur eau de renouvellement dans
une rivière et rejetaient leurs effluents dans une autre rivière. Les rivières traversaient la
10
mangrove pour se déverser sur la côte est, et sont fortement dominées par l’influence de la
marée.
Trott & Alongi (2000) ont étudiés les paramètres physico-chimiques et la biomasse
phytoplanctonique dans l’eau de la rivière recevant les rejets aquacoles sur deux stations : une
station soumise à l’effet direct des rejets de la ferme étudiée, une autre station au niveau de
l’embouchure de la rivière. Ils ont comparé les concentrations qu’ils ont obtenu à celles mesurées
dans deux rivières ne recevant pas d’effluents et donc considérées comme contrôle. Leurs
résultats ont montré qu’au niveau de la station subissant l’effet direct des effluents l’eau était
plus chargée en oxygène dissout, en matières en suspension et en chlorophylle-a en comparaison
avec les rivières « contrôles ». Pour les variables étudiées Trott & Alongi disposaient de séries
temporelles de la rivière réceptrice avant l’impact par les rejets aquacoles. Le milieu receveur
n’était soumis à aucune autre activité anthropique. La comparaison des séries de données pré- et
post-impact a permis de démontrer que l’impact était limité à 1 km du site de rejet des effluents
par la ferme aquacole et que la qualité normale de la rivière est rétablie 1 à 2 mois après la
vidange totale des bassins de la ferme.
La qualité de l’eau des milieux récepteurs des effluents d’élevage des crevettes a aussi été
étudiée par Costanzo et al. (2004). Ne disposant pas de données pré-impact, ils ont mené leur
étude par un suivi sur trois périodes : dans la première les bassins d’élevage étaient vides, dans la
seconde les bassins étaient en pleine production, la troisième était la période de pêche des
bassins. L’échantillonnage a eu lieu dans la rivière où est pompée l’eau de renouvellement, dans
la rivière qui reçoit les effluents, et dans les eaux côtières ou se rejettent les deux rivières. Ces
auteurs ont réalisé des échantillonnages sur un plus grand nombre de stations. Leur analyse
portait sur les paramètres physico-chimiques, sur la réponse du phytoplancton dans les
échantillons à des ajouts de différents nutriments, et sur les signatures isotopiques de l’azote dans
les feuilles de mangrove et des macroalgues rouges introduites dans le milieu receveur. Le milieu
receveur n’était soumis à aucune autre activité anthropique. Leurs résultats ont montré de plus
fortes concentrations en ammonium et en chlorophylle-a dans la rivière recevant les effluents.
Costanzo et al (2004) ont montré que les paramètres physico-chimiques dans l’embouchure de la
rivière réceptrice avaient des valeurs très proches du contrôle. Par contre l’analyse des feuilles de
mangroves et des macroalgues a montré une signature isotopique du 15N de plus en plus élevée
en allant de l’embouchure de la rivière réceptrice vers le point de rejet en amont. Les indicateurs
biologiques (phytoplancton, feuilles des mangroves et macroalgues) ont montré ainsi que
l’impact n’est pas limité à la rivière réceptrice comme l’ont indiqué les paramètres physico-
chimiques, mais il est aussi observé dans l’environnement littoral, au niveau de l’embouchure de
la rivière où était pompée l’eau d’alimentation de la ferme.
Jones et al. (2001) ont étudiés les rapports isotopiques, la fraction azotée et la composition
en acides aminés dans les feuilles des mangroves, les herbiers et les macroalgues pour effectuer
un suivi de l’impact des rejets des fermes sur le milieu côtier. Leur plan d’échantillonnage était
similaire à celui de Costanzo et al (2004). Ils ont pu montrer que les bio-indicateurs (feuilles de
mangrove, herbiers, macroalgues) sont capables d’indiquer une plus large étendue de l’impact
des fermes aquacoles comparativement aux variables physico-chimiques. L’avantage des bio-
indicateurs réside dans leur capacité d’intégrer la variabilité de la disponibilité des nutriments au
cours du temps et dans l’espace (Jones et al., 2001).
11
Rapport de stage
12
I. INTRODUCTION
L’apport de matière organique dans l’environnement marin littoral influe
considérablement la balance biogéochimique de l’eau. Le rejet d’eaux chargées en azote et en
matières particulaires peut endommager les écosystèmes littoraux en stimulant les blooms
phytoplanctoniques, les rendant parfois toxiques, en augmentant la turbidité et en créant des
conditions anoxiques (Burford et al, 2002). Du fait de ses rejets riches en matières organiques, la
crevetticulture subit des pressions croissantes de la part des environnementalistes pour limiter ses
impacts sur le milieu côtier (Naylor et al, 1998).
Les bassins aquacoles calédoniens restent des milieux eutrophes en comparaison du lagon
environnant dont le caractère oligotrophe doit être préservé. D’importantes quantités de matières
organiques, résidus des aliments distribués et générés par l’activité métabolique des crevettes
sont donc évacués dans les effluents. A la sortie des bassins, l’eau est généralement plus riche en
matière organique particulaire et en chlorophylle-a. Elle présente aussi une plus haute
concentration en azote dissout total. Les formes d’azote inorganique (nitrites, nitrates et formes
ammoniacales) sont moins abondantes dans les effluents que dans l’eau d’entrée qui alimente les
bassins d’élevage (Martin et al., 1998 ; Lemonnier et al., 2003 ; Lemonnier et Faninoz, 2006).
Cette composition est d’autant plus marquée que la densité à l’ensemencement des crevettes est
élevées (Martin et al., 1998) et que le taux de renouvellement de l’eau des bassins est plus faible
(Lemonnier et al., 2003 ; Lemonnier et Faninoz, 2006).
Dans ce cadre, des opérations de recherche ont été établies en 2004 (Fig. 1). L’objectif à
terme est de mieux quantifier l’impact réel des fermes d’élevages de crevettes sur
l’environnement. L’opération a été divisée en trois volets principaux :
- Volet 1 : La recherche de « traceurs » d’impact sur l’environnement lagonnaire
- Volet 2 : La quantification et la modélisation des effluents
- Volet 3 : l’étude de la capacité d’assimilation par le milieu et en particulier par la
mangrove.
Ces actions font appel à des collaborations entre l’IRD, l’IFREMER, le CNRS de Banyuls,
des opérateurs privés et l’Université de la Nouvelle Calédonie.
Le travail réalisé dans le cadre de ce stage de Master II a pour objectif d’analyser les
données acquises dans le cadre du volet 1 « recherche de traceurs d’impact sur l’environnement
lagonnaire » en essayant de répondre aux questions suivantes :
1. Quelles sont, parmi les variables environnementales, celles qui peuvent être
utilisées comme des indicateurs pour un suivi simple et fiable de ces rejets dans le lagon ?
2. Quelle est l’étendue de la zone concernée par les rejets ?
3. Quelle est la variabilité temporelle de cette étendue en fonction de l’activité de la
ferme et de l’intensité de ses rejets ?
13
L’objectif final de ce travail est alors d’apporter des outils analytiques et
méthodologiques simples pour pouvoir suivre les effluents des fermes dans le lagon et de
construire un « tableau de bord » pour les futurs suivis.
Stage de
DEA
14
II. MATERIELS ET METHODES
Les indicateurs sont recherchés dans la colonne d’eau de 2 baies situées sur la côte sud-
ouest de la Grande terre (Fig. 2). Chaque baie reçoit les effluents d’une ferme d’élevage de
crevettes : la baie de Chambeyron recueille les effluents de la ferme « Pénéide de Ouano » alors
que la baie de Téremba reçoit ceux de la ferme « La Sodacal ». Ces deux baies ne subissent
aucun forçage d’origine anthropique autre que celui des effluents issus des fermes d’élevage des
crevettes.
B. Chambeyron
I. Ras
B. Téremba
Figure 2 : Localisation des sites d’études sur la côte de la Grande terre (B. Téremba :
baie de Téremba ; B. Chambeyron : Baie de Chambeyron ; [Link] : Ilôt Ras).
15
1.1. Baie de Chambeyron et Pénéide de Ouano
Il s’agit d’une baie relativement large (3x1 km) fermée par un îlot. Sur sa bordure Nord -
Ouest débouche un cours d’eau généralement à sec pouvant rejeter des eaux douces dans la baie
en période de forte pluie.
La Pénéide de Ouano est l’une des deux fermes intensives encore en activité de Nouvelle
Calédonie (Fig. 3). C’est une ferme fortement productive avec des rendements annuels
supérieurs à 5 tonnes par hectare. L’ensemencement des bassins se fait à une densité d’environ
35 crevettes /m². La phase de grossissement dure 6 à 7 mois durant lesquels s’effectuent les
pêches partielles d’une façon régulière. La première pêche partielle se produit au plus tôt le
120ième jour d’élevage. L’élevage s’achève par une pêche finale des bassins. Ces bassins sont
généralement ensemencés entre août et décembre et sont pêchés de janvier à juin. Une aération
artificielle est utilisée. Les animaux sont nourris avec un aliment fournis par les deux provendiers
locaux. Les effluents sont rejetés dans la mangrove de manière diffuse. La ferme puise l’eau qui
va alimenter les bassins d’élevage du côté sud-est du fond de la baie de Chambeyron. La ferme
produit 150 à 180 tonnes de crevettes par an (Anonyme, 2003).
Bass.
M.
16
1.2. Baie de Téremba et La Sodacal
La baie de Téremba est une baie ouverte sur le lagon et de très faible profondeur (Fig. 4).
1.2.2. La Sodacal
Bass.
Figure 4 : Photo aérienne de la Sodacal au
1/35000éme située sur les presqu’îles de
Tanghi et de Grandjo (commune de
Moindou) entre la baie de Téremba (Baie
M. d’Ouarai) et la baie de Moindou
(Flèche bleue : eau d’entrée de la
ferme, flèches vertes eaux de sortie des
bassins (Bass.), flèche verte courbées :
circulation des effluents à travers la
mangrove (M.), flèches jaunes : circulation
des effluents dans la baie de Téremba
B.Téremba
(B. Téremba).
2. Paramètres mesurés
2.2. Les paramètres chimiques : sels nutritifs (NO2- et NO3- ; NH3,4+), azote organique dissout
(NOD), azote dissout total (Ndiss.), matière organique dissoute (MOD), matière organique
particulaire (MOP), matière minérale (MM), carbone organique particulaire (COP) et azote
organique particulaire (Npart.).
17
3. Stratégie d’échantillonnage
3.1. Choix des stations
Dans chaque ferme, deux bassins ont été échantillonnés pour caractériser les effluents.
Pour assurer la couverture spatiale et temporelle du milieu littoral des sites sélectionnés,
l’échantillonnage a été réalisé de la manière suivante : pour chacun des deux sites,
l’échantillonnage est effectué selon une radiale s’étendant dans la baie réceptrice le long d’un
gradient côte-large et composée de 5 stations, depuis une zone la plus proche des rejets (station
n°5) jusqu’à une station assez lointaine au large (station n°1) (Fig. 5). Les stations de la radiale
établie en baie de Téremba sont désignées par SO, SO4, SO3, SO2, SO1. Celles de la radiale de
la baie de Chambeyron par OA5, OA4, OA3, OA2, OA1.
L’échantillonnage de ces 14 stations pendant toute une année permet une qualification et
une quantification des effluents de chaque ferme, une comparaison des rejets des deux fermes et
enfin un suivi spatial et temporel des différentes variables mesurées dans chacune des deux baies
réceptrices.
Les stations OA4, OA3, OA2, OA1 présentent des profondeurs respectives de 4.2, 6, 6.8 et
5.1 m. toutes les autres stations (OA5 et SO5…SO1) avaient 1-2 m de profondeur.
4 2
3
3 1 4
5
2
1
Figure 5 : Positionnement des stations formant les radiales dans les deux baies étudiées (à
gauche : baie de Téremba ; à droite : baie de Chambeyron ; les flèches en bleu foncés indique le
lieu de pompage pour chaque ferme.
3.2. La stratégie
La fréquence des sorties était bimensuelle pour chaque ferme et ce pendant un an. Les
opérations de terrain ont débuté le 2 novembre 2004. Les campagnes de prélèvements ont été
réalisées à l’étale de marée haute, les baies n’étant pas accessibles à marée basse.
A chaque campagne et sur chaque station repérée par GPS, des mesures directes en surface
du pH et de l’oxygène dissous ont été réalisées à l’aide d’appareils de terrain (Oxymètre WTW
340i – Bioblock et pHmètre WTW325 – Bioblock). Un échantillon d’eau de surface (2 litres) a
18
été prélevé en vue d’analyses au laboratoire à toutes les stations. Des relevés de la température,
de la salinité, de la conductivité, de la turbidité et de la fluorescence ont été réalisés sur chaque
station grâce à une sonde CTD SeaBird SBE 19plus.
Dans une station dite de « référence », la station n°3 dans la baie de Chambeyron, une
bouée instrumentée d’une sonde multiparamétrique (sonde YSI 66000) a été implantée à -3m
pour mesurer en permanence (fréquence de mesure de 15 minutes) la température, la salinité, la
conductivité, le pH, le potentiel redox, l’oxygène dissout, la turbidité, la fluorescence de la
chlorophylle-a in vivo et l’énergie.
La sonde CTD SeaBird SBE 19plus est une sonde multi-paramètres qui permet de réaliser
des mesures simultanées de la température, de la salinité et de la profondeur (pression). Elle a été
munie de 3 capteurs supplémentaires :
- Un fluorimètre pour la mesure in situ de la fluorescence,
- Un néphélomètre pour la mesure de la turbidité de l’eau.
Sur chaque station visitée, un enregistrement est effectué. La sonde est descendue à la
main, attachée à une corde. Pour les stations présentant une profondeur suffisante (OA1 à 4), des
profils verticaux, sont effectués à raison d’une moyenne de 4 enregistrements par seconde au
cours de la descente. Pour les stations peu profondes, les paramètres sont enregistrés à une
profondeur unique d’environ -1m.
La sonde YSI (type à spécifier) a permis une mesure simultanée et à haute fréquence de plusieurs
variables dans la station n°3 de la baie de Chambeyron à une profondeur de -4m
Les paramètres mesurés sont :
- température (°C)
- salinité (‰)
- conductivité (mS/cm)
- pH
- oxygène dissout (mg/l et en %)
- turbidité (Normalized Turbidity Unit ou NTU)
- fluorescence in vivo (µg/l)
A chaque campagne, les enregistrements de la sonde YSI ont été récupérés et transférés dans un
data-logger et la sonde a été recalibrée. Ces enregistrements correspondent à une durée de 15
jours à raison d’une mesure toutes les 15 minutes. Ils permettent donc un suivi temporel des
paramètres mesurés à une échelle de temps allant de l’heure à l’année.
19
Un échantillon d’eau de 100 à 500 ml est filtré sur un filtre Whatman GF/C 47 mm calciné
et pré-pesé. Le filtre est ensuite rincé à l’eau distillée pour éliminer des sels et séché à l’étuve
pendant 48h à 60°C. Une fois sec, le filtre est pesé afin de calculer la concentration en matières
en suspension (MES). Les fractions organiques et inorganiques sont ensuite distinguées après
passage du filtre au four à 450°C pendant 4 heures et pesée. La masse mesurée soustraite à la
masse initiale du filtre correspond alors à la matière minérale (MM). La masse de la matière
organique particulaire (MOP) est calculée par la différence entre celle des MES et celle de la
MM. Les concentration des MES, de la fraction minérale (MM) et organique (MOP) sont alors
déduites.
Pour le dosage du COP et du NOP, 25 à 100 ml d'eau sont filtrés sur des filtres Whatman
GF/F préalablement calcinés au four (4h à 400°C) afin d'éliminer toute trace de matière
organique. Les filtres sont ensuite transférés dans un dessiccateur où ils ont été soumis à des
vapeurs d’acide chlorhydrique pour éliminer les carbonates (carbone minérale). Après 16-18h,
chaque filtre est inséré dans une capsule d’étain pour subir l’analyse dans un analyseur
élémentaire CHN Carlo-Erba 1500 (Hedges and Stern, 1984). Cette analyse a été effectuée par le
laboratoire du CRELA (Centre de Recherche sur les Ecosystèmes Littoraux Anthropisés)
Pour le dosage des éléments dissous, les échantillons d’eau sont préfiltrés sur filtre GF/F
préalablement calciné.
20
Ammonium: N-(NH3 + NH4+) : Les concentrations en ammonium ont été mesurés
au laboratoire IFREMER Nouvelle Calédonie par la méthode de Koroleff (1976). Après
coloration, la densité optique des échantillons est mesurée à l’aide d’un spectrophotomètre dans
des cuves de 10 cm.
La concentration en azote total dissout a été mesurée après minéralisation des échantillons
au persulfate selon la méthode de Raimbault et al. (1999). Le dosage a été réalisé à l’IRD de
Nouméa sur la chaîne nitrite de l’Auto-Analyseur TECHNICON II.
5. Analyse statistique
La normalité des données a été testée selon le test de Shapiro-Wilk (Shapiro & Wilk,
1965).
Les statistiques descriptives de l’eau des bassins sont représentées par les moyennes, les
minimums, les maximums et les écarts types de tous les paramètres mesurés afin de caractériser
les effluents de chaque ferme.
21
Dans le milieu côtier receveur, une relation est recherchée entre les rangs des stations de
chaque radiale et les rangs des valeurs correspondantes prises par chaque paramètre étudié. Cette
relation est établie à l’aide du coefficient de corrélation de Spearman (Scherrer, 1984). Ce
coefficient de corrélation non paramétrique utilise les rangs des observations et non leur valeur
en tant que telle. Une corrélation positive significative signifie l’existence d’un gradient côte-
large croissant du paramètre, alors qu’une corrélation négative significative indique la présence
d’un gradient décroissant. L’absence de corrélation entre l’ordre des stations et le rang des
valeurs du paramètre indique l’absence de gradient ; dans ce cas le paramètre n’évolue pas
suivant un gradient déterminé dans le milieu littoral.
La corrélation de Spearman était aussi utilisée pour la mise en évidence des gradients
verticaux pour la salinité, la fluorescence et la turbidité.
Les corrélations entre les éléments sestoniques était aussi réalisés par le test de Spearman.
Les valeurs ont été considérées significatives à un seuil de confiance de 1%.
Pour la comparaison des concentrations de surface avec celle de fond dans la baie de
Téremba, le test des signes était appliqué. Il s’agit d’un test non paramétrique pour échantillons
appariés. Les valeurs ont été considérées significatives à un seuil de confiance de 1%.
III. RESULTATS
1. Influence du climat sur la physico-chimie des eaux côtières
A
33
31
29
Température °C
27
25
23
21
19
2/11 17/11 2/12 17/12 1/1 16/1 31/1 15/2 2/3 17/3 1/4 16/4 1/5 16/5 31/5 15/6 30/6 15/7 30/7
date
B
38
37
36
Salinité ‰
35
34
33
32
31
2/11 17/11 2/12 17/12 1/1 16/1 31/1 15/2 2/3 17/3 1/4 16/4 1/5 16/5 31/5 15/6 30/6 15/7 30/7
date
22
Figure 6 : Evolution de la température (a) et de la salinité (b) de l’eau à la station OA3 de la baie
de Chambeyron (enregistrement en continu par la sonde YSI 6600).
2. Paramètres zootechniques
2.1. La Sodacal
La quantité totale d’aliment distribué sur la saison 2004 à 2005 était de 1005 tonnes. La
distribution journalière augmente régulièrement pour atteindre un maximum en janvier – février
2005 (Fig. 7a). Du mois de juin au mois d’octobre, elle est faible. La biomasse en élevage suit la
même tendance et est élevée de janvier à mars. Par la suite, elle diminue avec les pêches. Les
renouvellements en eau varient aussi en fonction de la biomasse et de la quantité d’aliments
distribués. La quantité d’eau pompée dans le milieu environnant augmente très rapidement pour
atteindre 300 000 m3 par jour fin novembre (Fig. 7b). Cette quantité reste la même jusqu’en août
malgré la diminution de la biomasse dans les bassins.
23
Aliment distribué (kg) 6000
A 200
5000
Biomasse (tonnes)
150
4000
3000 100
2000
50
1000
0 0
j j a s o n d j f m a m j j a
Mois
350 B
300
Pompage journalier
250
(m3) x1000
200
150
100
50
0
j j a s o n d j f m a m j j a
Mois
24
Pénéide de Ouano
2500
1000
500
0
j j a s o n d j f m a m j j a
Mois
Figure 8 : Estimation de la quantité d’aliments distribuée par jour (en pointillés bleus) sur
la ferme Pénéide de Ouano. Cette estimation a été réalisée à partir de données historiques. La
courbe pleine correspond à la courbe de tendance de type polynomiale.
Tableau 1 : Données synthétiques des élevages réalisés sur la ferme Pénéide de Ouano de 1999
à 2004.
Données 1999-2000 2000-2001 2001-2002 2002-2003 2003-2004
Date du premier ensemencement 06-sept 06-sept 22-août 29-août 27-août
Date de la dernière pêche 23-juin 27-juin 31-mai 11-juil 15-juil
Nombre d'élevages réalisés 8 8 7 8 9
Densité moyenne à l'ensemencement (anx/m²) 35 35 31 33 34
Biomasse pêchée (t) 183 180 138 151 166
Survie moyenne (%) 63 64 69 60 54
Aliment total distribué sur la saison (tonne) 403 413 288 372 435
Indice de conversion moyen 2,2 2,3 2,0 2,5 2,6
Durée moyenne des élevages 200 199 194 189 192
Pénéide d’Ouano : A partir des données historique (Tab. 1) on évalue à 400 tonnes la
quantité totale d’aliment distribuée en 2004-2005 correspondant à environ 10 tonnes d’azote
rejeté par la ferme au cours de la saison d’élevage.
2. Paramètres hydrologiques
Le tableau 2 montre l’ensemble des moyennes et valeurs limites observées pour les
différents paramètres mesurés dans les bassins d’élevages des deux fermes étudiées
25
Les effluents de la ferme intensive sont plus salés, plus basiques et plus turbides que ceux
provenant de la ferme semi-intensive. Ils sont significativement plus chargés en seston sous
toutes ses formes, organiques et particulaires.
Les deux fermes ne diffèrent pas significativement par la concentration de leurs effluents
en éléments dissous azotés. La fraction dissoute de l’azote est dominée par l’azote organique
dissous qui représente plus de 95% de l’azote dissout total dans les effluents de la ferme de
Ouano, et plus de 90% du N total dissous dans les effluents de La Sodacal
Sept groupes phytoplanctoniques ont été dénombrés par cytométrie. Les picoeucaryotes et
les cyanobactéries, dont les Prochlorococcus, forment la fraction picophytoplanctonique. La
cytométrie a permis de distinguer aussi un groupe picophytoplanctonique qui n’a jamais été
décrits par ailleurs. Il a été désigné par le terme UNK «cellules picophytoplanctoniques
inconnues». Les nanoeucaryotes avec les cryptophytes de types 1 et 2 constituent le
nanophytoplancton. Ce dernier représente en moyenne 30.2 ± 24.1% du phytoplancton de La
Sodacal et 46.7 ± 35.5% de Pénéide de Ouano. A l’inverse, le picophytoplancton représente
respectivement 69.8 ± 24.1% et de 53.3 ± 35.5% du phytoplancton dans les bassins de La
Sodacal et de Ouano. Le test de Mann-Whitney n’a pu en révéler aucune différence significative
entre les des effluents des deux fermes.
26
Tableau 2 : Caractéristiques des effluents. (Les étoiles (*) indique une différence significatives entre les
valeurs des paramètres des deux fermes, Ouano et La Sodacal, pour p<0.01) ; les signes « § » indique que les
séries chronologiques s’arrêtent au 2 mars 2005)
Ferme Pénéide de Ouano (Intensive) La Sodacal (Semi-intensive)
27
A Evolution temporelle de la chl-a dans les effluents B Evolution temporelle du Cp et du Np dans les
effluents
180
8 2
Np. (mg/l)
150
Cp. (mg/l)
120 6
µg/l
90 4 1
60
2
30
0 0 0
s o n d j f m a m j j a s o n d j f m a m j j a
La figure 10a montre que, la concentration moyenne en NTD était de 25.29 ± 13.74 µmol.l-
1
dans les bassins de la ferme de Ouano. Elle était de 12,4 ± 3,3 µmol.l-1 à la station 5 du fond de
baie. Il existe un gradient significatif côte large décroissant de la concentration en NTD
(R=0,42 ; p<0,01). Ce gradient est aussi significatif dans la baie de Téremba (R=0,42 ; p<0,01)
(figure 10b).
28
La concentration est en moyenne plus élevée quelle que soit la station dans la baie de
Téremba comparativement à la baie de Chambeyron.
A B
Evolution spatiale du NDT en baie de Chambeyron Evolution spatiale du NDT en baie de Téremba
40 40
30 30
µmol/l
µmol/l
20 20
10 10
0 0
OA bass OA5 OA4 OA3 OA2 OA1 SO Bass SO5 SO4 SO3 SO2 SO1
Station Station
Sur le plan temporel, la figure 11 montre que la concentration en azote dissout total dans
les stations situées dans l’environnement littoral est très variable en fonction du temps et ceci
dans les deux baies. Les coefficients de variation s’étendent entre 27 et 45% en baie de
Chambeyron et entre 35 et 50% en baie de Téremba. L’évolution temporelle de la concentration
en azote dissout total dans les deux baies montre deux périodes distinctes pour les stations les
plus proches de la côte. La première s’étend de septembre à mars, pendant laquelle la
concentration est très variable avec des valeurs relativement élevées. La deuxième (mars-juillet)
se caractérise par une augmentation globale de la concentration jusqu’à un pic de concentration.
Pendant la période d’évolution croissante avec le temps, la concentration dépasse 10 µmol.l-1
dans la station OA5 en baie de Chambeyron et 20 µmol.l-1 dans les stations SO5 et SO4 en baie
de Téremba. Après avoir atteint son maximum, la concentration diminue à partir de juin.
30 30
OA1 SO1
µmol/l
µmol/l
20 20
OA2 SO2
OA3 SO3
10 OA4 10 SO4
OA5 SO5
0 0
s o n d j f m a m j j a s o n d j f m a m j j a
Figure 11 : Séries temporelles de la concentration en azote dissout total dans les 5 stations
de chaque radiale établie dans chaque baie réceptrice.
29
L’azote nitreux : N-(NO2+NO3)
La baie de Chambeyron (figure 12a) ne montre pas de gradient côte-large significatif pour
la concentration en azote nitreux (R=0,26 pour p>0,01). Cette concentration présente une
moyenne plus élevée dans la baie que dans les bassins de Ouano. Initialement à une valeur
moyenne de 0,13 ± 1,6 µmol.l-1au niveau de la station OA5 en fond de baie, elle augmente avec
la distance à la côte pour atteindre 0,33 ± 2,99 µmol.l-1 dans la station OA3. Puis on observe une
diminution de la concentration jusqu’à une moyenne de 0,15 ± 1,43 µmol.l-1 au niveau de la
station OA1.
Sur le plan temporel (fig. 13), la concentration de l’azote nitreux dans la baie de Téremba
est relativement faible de septembre à janvier. Le mois de janvier se caractérise par un pic de
concentration limité à une seule date et observé sur toutes les stations. Les concentrations
initiales sont rétablies fin janvier. A partir de février, la concentration évolue en augmentant.
Cette augmentation s’étend jusqu’à fin mai dans les stations SO5 et SO4. Ensuite, les
concentrations diminuent pour reprendre les valeurs initiales basses.
1 1
0,1 0,1
OA Bass OA5 OA4 OA3 OA2 OA1 SO Bass SO5 SO4 SO3 SO2 SO1
Station Station
SO3
SO4 Sodacal
10 SO5
0
s o n d j f m a m j j a
date
30
2.2.2. Le seston
La matrice de corrélation entre les éléments sestoniques (Tab. 3) montre des corrélations
très significatives entre les différents éléments sestoniques.
100 100
mg/l
mg/l
10 10
1 1
OA Bass OA5 OA4 OA3 OA2 OA1 SO Bass SO5 SO4 SO3 SO2 SO1
Station Station
Les séries temporelles des matières en suspension en baie de Téremba (Figure 15)
montrent des pics importants de concentration jusqu’à 100 mg.l-1 au niveau des stations SO4 et
SO5 fin janvier. Ces pics sont suivis par une deuxième augmentation de la concentration qui
débute en avril jusqu’en mai.
31
Evolution temporelle de la MES en baie de Téremba
Figure 15: Séries temporelles de la
100 concentration en matières en suspension dans
SO1
les 5 stations de la radiale de la baie de
80
SO2 Téremba recevant les effluents de la ferme de
60 SO3 La Sodacal
mg/l
SO4
40
SO5
20
0
s o n d j f m a m j j a
La fig. 17a montre que, dans la baie de Chambeyron, seule la station 5 présente une
évolution notable de la concentration en carbone organique particulaire avec le temps. Cette
concentration est relativement basse jusqu’en février, mois à partir on observe plusieurs pics
successifs de l’ordre de 1 mg.l-1 suivi d’un pic de concentration très élevée d’une valeur
supérieure à 3,5 mg.l-1 au début du mois de mai. A partir de juin, les concentrations diminuent.
La concentration du carbone organique particulaire en baie de Téremba (Fig. 17b) est plus
variable avec le temps qu’en baie de Chambeyron. Les séries chronologiques commencent par
des valeurs de concentrations élevées au niveau des stations SO5 et SO4. Ces concentrations
diminuent ensuite mais reste variable autour de 1 mg.l-1. A partir de la fin de janvier, on observe
des concentrations élevées dans toutes les stations, SO5 et SO4 étant généralement à des niveaux
de concentrations pus élevés que les autres stations plus éloignées dans la baie.
10 10
log mg/l
log mg/l
1 1
0,1 0,1
OA Bass OA5 OA4 OA3 OA2 OA1 SO Bass OS5 SO4 SO3 SO2 SO1
Station Station
32
Evolution temporelle du COP en baie de Chambeyron Evolution temporelle du COPen baie de Téremba
A B
4 4
OA1 SO1
OA2 SO2
3 OA3 3 SO3
OA4 SO4
OA5 SO5
mg/l
mg/l
2 2
1 1
0 0
s o n d j f m a m j j a s o n d j f m a m j j a
La chlorophylle-a
10
log µg/l
10
log µg/l
1
1
0,1 0,1
OA Bass OA5 OA4 OA3 OA2 OA1 SO Bass SO5 SO4 SO3 SO2 SO1
Station
Station
33
A Evolution temporelle de la chl-a en baie de chambeyron
B Evolution temporelle de la chl-a totale en baie de
Téremba
80 80
OA1 SO1
60 60
OA2 SO2
OA3
µg/l
SO3
µg/l
40
AO4 40
SO4
OA5 SO5
20 20
0 0
s o n d j f m a m j j a s o n d j f m a m j j a
Les bactéries :
A Evolution temporelle des bactéries totales en baie de B Evolution temporelle des bactéries totales en baie de
Chambeyron Chambeyron
100 000 000 100 000 000
nb/ml
10 000 10 000
100 100
1 1
OA Bass OA5 OA4 OA3 OA2 OA1 SO Bass SO5 SO4 SO3 SO2 SO1
Station Station
34
Dans la baie de Téremba (fig. 21b), la phase d’augmentation de la concentration des
bactéries est limitée de novembre jusqu’à mars alors que les concentrations bactériennes
diminuent de mars à août.
nb/ml
SO5
0 0
s o n d j f m a m j j a s o n d j f m a m j j a
Figure 21: Séries temporelles de la concentration bactérienne dans les 5 stations de chaque
radiale établie dans chaque baie réceptrice.
Le phytoplancton :
Sept groupes phytoplanctoniques ont été identifiés et présentent chacun une évolution
différente dans les milieux receveurs. Ce qui est remarquable c’est l’évolution globale relative
des fractions pico- et nanophytoplanctoniques sur le nombre total de cellules dénombrés par
cytométrie en flux (figure 22).
A B
Ferme de Ouano et baie de Chambeyron Ferme de la Sodacal et baie de Téremba
100 100
80 80
%PICO
60 60
%
%NANO
40 40
20 20
0 0
OA OA5 OA4 OA3 OA2 OA1 SO SO5 SO4 SO3 SO2 SO1
Bass Bass
Station Station
Dans les deux baies, en allant de la station du large vers la station la plus côtière, on assiste
à une diminution de la concentration de l’eau en cellules picophytoplanctoniques qui s’oppose à
une l’augmentation de la concentration en nanophytoplancton. De la station OA5 à la station
OA1 (également de SO5 à SO1), il existe un gradient croissant significatif du pourcentage de
picophytoplancton compensé par un gradient décroissant significatif du pourcentage de cellules
nanophytoplanctoniques (Tab. 4).
35
Tableau 4 : Matrice de corrélation entre les pourcentages de pico et de
nanophytoplancton et l’ordre des stations dans les deux baies réceptrices.
Corrélation % %
de Spearman picophytoplancton nanophytoplancton
Baie R p R p
Chambeyron -0.42 <0.01 0.42 <0.01
Téremba -0.45 <0.01 0.45 <0.01
Dans la baie de Téremba (Fig. 23b), le pourcentage de nanophytoplancton est plus variable
au cours du temps et ce dans toutes les stations. Les coefficients de variation dans les stations
sont supérieurs à 50%. Deux périodes se révèlent caractéristiques : début janvier où la fraction
nanophytoplanctonique augmente rapidement puis diminuent, et la période qui s’étend de mars à
août pendant laquelle on observe une augmentation globale du nanophytoplancton surtout dans
les stations SO5 et SO4.
A B
% Nanophytoplancton en baie de Chambeyron % Nanophytoplancton en baie de Téremba
100
100
OA1 80 SO1
80
OA2 SO2
OA3 60 SO3
60
%
OA4 SO4
%
OA5 40 SO5
40
20 20
0 0
s o n d j f m a m j j a s o n d j f m a m j j a
36
2.3. Evolution des paramètres étudiés dans l’environnement en fonction de
l’intensité de la production
Baie de Chambeyron Baie de Téremba
30
30
* Hors production
*
NDT (µM l-1)
En production
*
10 10
0 0
0 1000 2000 3000 4000 5000 0 1000 2000 3000 4000 5000
5 5
4 4
*
3 3 *
2 2
*
1 1
*
0 0
0 1000 2000 3000 4000 5000 0 1000 2000 3000 4000 5000
25 25
20 * 20
Chl-a (µg l-1)
Chl-a (µg l-1)
15 15
10 10
5 *
5
*
0 0
0 1000 2000 3000 4000 5000 0 1000 2000 3000 4000 5000
3,5 3,5
3 3
2,5
COP (mg l-1)
2,5
COP (mg l-1)
2 2
1,5 1,5
1 1
0,5 0,5
0 0
0 1000 2000 3000 4000 5000 0 1000 2000 3000 4000 5000
80 80
MES (mg l-1)
60 60
40 40
*
20 20
0 0
0 1000 2000 3000 4000 5000 0 1000 2000 3000 4000 5000
Distance à la côte (m) Distance à la côte (m)
37
Baie de Chambeyron Baie de Teremba
1,E+07
1,E+07
*
8,E+06 8,E+06
Bactéries (nb/ml)
Bactéries (nb/ml)
6,E+06 6,E+06
*
4,E+06 4,E+06 *
2,E+06 2,E+06
0,E+00 0,E+00
0 1000 2000 3000 4000 5000 0 1000 2000 3000 4000 5000
8,E+04 8,E+04
Nanophytoplancton (nb/ml)
Nanophytoplancton (nb/ml)
6,E+04
* 6,E+04
4,E+04 4,E+04
2,E+04 2,E+04
* *
0,E+00 0,E+00
0 1000 2000 3000 4000 5000 0 1000 2000 3000 4000 5000
Figure 24 : suite.
Certains paramètres comme l’azote dissout total montrent des concentrations plus élevés
en période de rejets à la station OA5 (0m) en baie de Chambeyron et à toutes les stations de la
baie de La Sodacal. La différence est statistiquement significative à OA5 en baie de Chambeyron
et SO5 (0m) et SO4 en baie de Téremba. Ces dernières présentent une concentration moyenne
supérieures à 20 µmol.l-1.
L’azote nitreux présente des concentrations généralement plus élevées en période de rejets
dans la baie de Téremba. Ces différences sont significatives aux stations SO5, SO4 , SO3 et
SO2. Cette caractéristique était absente dans la baie de Chambeyron. En revanche, on observe un
gradient côte – large décroissant de la Station SO5 à la station SO1 en baie de Téremba alors que
la concentration du NDT augmente dans le sens côte-large dans la baie de Chambeyron.
38
Pour les MES, les différences sont significatives uniquement à SO4.
Les bactéries et le nanophytoplancton montrent aussi une différence significative entre les
deux périodes dans les stations OA5, SO5 et SO4. Les périodes des rejets étant caractérisées par
les plus fortes concentrations.
La figure 25 présente
différence entre les eaux profondes et de surface l’évolution de la valeur « Fond –
La fluorescence surface » pour trois paramètres : la
salinité, la fluorescence, la turbidité
0,9 dans la baie de Chambeyron.
0,6 OA4
OA3 Des gradients significatifs
0,3 OA2 surface-fond sont observés pout
µg/l
OA1
3 Les principales variations sont
0 à relier à des phénomènes
-3
climatiques.
s o n d j f m a m j j a
39
IV. DISCUSSION
L’objectif de cette étude était de disposer d’indicateurs pour suivre l’impact de la matière
organique issue des effluents d’élevage des crevettes sur l’environnement littoral. Dans la
procédure de mesure d’impact, la détermination de la relation de cause à effet se révèle une
nécessité. Il faut déterminer les effets de l’enrichissement organique sur la dynamique des
écosystèmes en vue d’établir les relations de cause à effet (Wildish et al., 2004) ; la cause étant
les effluents, l’impact se traduisant par la qualité de l’eau dans le milieu receveur de ces
effluents.
Différents auteurs ont montré qu’environ 80% de l’azote contenu dans la nourriture des
crevettes n’est pas retenu par ces dernières (Briggs and Funge-Smith, 1994 ; Martin et al, 1998 ;
Jackson et al., 2003 ; Lemonnier et al, 2003 ; Lemonnier et Faninoz, 2006) mais entrent dans
l’écosystème « bassins » et agissent comme fertilisants, en stimulant le développement du
phytoplancton et des bactéries (Burford & Glibert, 1999). L’activité des bactéries va conduire à
la production d’éléments nutritifs par minéralisation de la matière organique. Ces éléments
nutritifs serviront comme éléments de base de la productivité phytoplanctonique.
Notre étude a montrée une structure phytoplanctonique différente entre les eaux des
bassins d’élevage et celle du lagon au large (Station OA1). La fraction nanophytoplanctonique
était plus grande dans les bassins. Jacquet (2005) a montré que cette fraction augmente avec
l’enrichissement en azote minéral dissous dans le milieu.
40
ces trois paramètres ont montrée une évolution parallèle avec l’ajout de nourriture, qui lui-même
est proportionnel à la biomasse des crevettes dans les bassins.
Dans notre étude il était nécessaire de distinguer les effets climatiques de ceux des rejets
des fermes d’élevage.
La période janvier-février a été caractérisée par des pics de concentration pour la majorité
des paramètres étudiés, surtout dans les stations de fonds de baie et particulièrement dans la baie
de Téremba. A cette même période, on note de très fortes précipitations dans la région comme le
montre l’évolution de la salinité dans la baie de Chambeyron et les données fournies par la
Météorologie Nationale.
Ces pluies pourraient avoir apporté des nutriments d’origine terrigènes dans le milieu
côtier. Ceci expliquerait les plus fortes concentrations en nutriments dissous au niveau des
stations de fond de baies, soumises à l’effet direct de ces apports. L’apport nutritif stimule la
production primaire du phytoplancton à laquelle est associé l’activité bactérienne. On note donc
un enrichissement organique et minéral du système avec des pics de chlorophylle-a, du COP, des
bactéries totales et des MES. Le ratio nanophytoplancton sur le nombre total de cellules
déterminées par cytométrie présente aussi le même pic à la fin janvier. Jacquet (2005) montre
que l’augmentation des apports nutritifs entraîne une augmentation de l’abondance et de la
biomasse en nanophytoplancton aux dépens du picophytoplancton.
Les effets climatiques sur la variation temporelle de l’écosystème côtier ne peuvent être
négligés dans le cadre de futures études d’impact. Ils peuvent avoir une très forte influence sur le
milieu côtier.
Les variations temporelles dans les stations de fond de baie étaient similaires à celles
observées dans les bassins des fermes.
Dans la baie de Téremba, l’évolution temporelle des paramètres cités précédemment s’est
révélée plus variable surtout aux stations SO5 et SO4. La configuration du site, les
concentrations plus faibles dans les effluents, l’étalement de la production dans le temps peuvent
expliquer le niveau plus faible de réponse et sa variabilité.
41
En ce qui concerne les éléments dissous, la concentration de l’eau en azote dissout total a
montré de fortes valeurs avec la fin des cycles d’élevage à la station OA5 de la baie de
Chambeyron et dans les deux stations SO5 et SO4 dans la baie de Téremba. Ce sont aussi les
périodes de rejets maximales.
La concentration de l’azote nitreux dans cette dernière était stable à un niveau très bas au
début de l’étude et a montré une augmentation synchrone avec les quantités de nourriture
ajoutées et les rejets de La Sodacal en fond de baie. Ces concentrations relativement élevées
pourraient avoir pour cause à la minéralisation de la matière organique apportée par les effluents
de La Sodacal.
Sur le plan spatial, les résultats ont montré pour la plupart des paramètres étudiés,
l’existence de gradients côte-large significatifs. Ces gradients indiquaient une diminution de la
concentration en chl-a, du COP, des MES, du NDT, des bactéries, de la fraction
nanophytoplanctonique et de l’azote nitreux en allant du fond de la baie de Téremba vers le
large. Ces gradients sont significatifs pour le NDT, le COP et la chl-a en baie de Chambeyron.
En revanche, les concentrations d’azote nitreux ont présentées une moyenne croissante du fond
vers le large de la baie de Chambeyron contrairement à la baie de Teremba. La présence
d’herbiers en fonds de baie de Chambeyron pourrait avoir une influence sur les concentrations en
sels nutritifs par leur assimilation (Lemonnier. com. pers.)
Les gradients décroissants observés dans le milieu receveur des effluents indiquent une
diminution des concentrations des paramètres étudiés en s’éloignant de la côte. Ces gradients
pourraient être des effets côte-large observés naturellement dans les écosystèmes côtiers.
En revanche, la comparaison des valeurs moyennes prises par les concentrations entre la
période « hors rejets » et la période « forts rejets » a montré des gradients plus forts durant les
périodes des rejets des fermes. Des différences significatives entre les deux périodes ont été
décelées surtout dans les stations de fonds de baie (OA5, SO5 et SO4). En effet la station OA5
présentait des concentrations en NDT, en chlorophylle-a, en charge bactérienne et en
nanoplancton plus fortes pendant la période des rejets. SO5 a montré de plus fortes
concentrations en NDT, en azote nitreux, en charge bactérienne et en nanophytoplancton. A ces
paramètres s’ajoutent la chlorophylle-a et les MES au niveau de SO4. Ces différences de
concentration observées dans le milieu receveur entre les deux périodes « rejets intenses » et
« hors rejet » étaient aussi notées par Wolanski et al. (2000) dont les résultats montraient une
plus forte charge du milieu receveur (une rivière) en NDT, NOD, COD, MES, COP, et chl-a
durant les rejets des effluents. Wolanski et al. (200à) notent aussi la décroissance de ces
paramètres avec la distance au site décharge des effluents.
42
Les autres stations situées à plus de 1000m de la côte, n’ont pas montrée des différences
significatives. Ces résultats suggèrent que l’impact des effluents sur le milieu littoral est limité au
niveau de la station OA5 en baie de Chambeyron et au niveau des stations SO5 et SO4 en baie de
Téremba, c’est à dire à une distance de 1 km de la bordure côtière dans les deux milieux. Cette
même valeur de distance a été trouvée par Trott et Alongi (2000). L’étude réalisée par Jones et
al. (2001) indique que la qualité « normale » de l’eau dans le milieu receveur des effluents est
rétablie à 750 m. Costanzo et al. (2004) ont noté que, pendant la période des rejets, ces
paramètres montrent des valeurs normales au niveau de l’embouchure du fleuve qui emportait les
effluents de la fermes étudiée vers le milieu côtier et qui faisait 3 km de longueur.
L’impact réel de la ferme dont on a pu définir les limites ne peut être quantifié dans le
cadre de cette étude. Il aurait fallu réaliser des séries temporelles sur des radiales établies, soit
dans les mêmes baies avant l’établissement des fermes, soit dans des baies dont la configuration
et la capacité de renouvellement sont comparables à nos deux baies étudiées. Ceci pourrait
permettre déterminer l’effet saisons et l’effet gradients côte-large naturels (Jacquet, 2005).
Stratification du milieu ?
Les paramètres étudiés n’ont montré aucune spécificité de la matière organique issues des
fermes d’élevage des crevettes comparativement à d’autres apports organiques qu’ils soient
naturels ou non. En effet, en étudiant et comparant l’impact des effluents des fermes d’élevage
des crevettes avec celui des eaux usées, Jones et al. (2001) et Costanzo et al (2004) ont montré
que les paramètres physico-chimiques seuls sont incapables de déceler la différence entre les
rejets aquacoles et les rejets d’eau usée. Ils ont montré que l’utilisation des végétaux marins
comme les herbiers et les feuilles de mangrove en tant que bioindicateurs, en y réalisant des
traçages isotopique et des études sur leur composition en acide aminé, est l’outil le plus pertinent
pour distinguer les différentes sources de matière organique.
43
3.2. Intensité de la réponse en fonction de l’intensité des rejets
Il a été noté que les rejets de La Sodacal excèdent en quantité ceux de la Pénéide de
Ouano, la quantité d’azote rejetée étant 2.5 fois plus élevée (25 tonne de nourriture ajoutée/cycle
de production à La Sodacal contre 10 tonnes à Ouano). Cependant dans le cadre de notre étude,
on ne peut pas établir la relation entre l’intensité du rejet et l’intensité de la production dans la
mesure où seulement deux échantillons (2 fermes) sont étudiés. De plus, les milieux récepteurs
correspondant ne sont pas semblables rendant toute comparaison difficile. En effet, comme nous
l’avons déjà précisé, l’intensité de la réponse est influencée par le degré de confinement du
milieu récepteur, de son hydrodynamisme et de son taux de renouvellement. Ces trois paramètres
ont un effet sur la dilution des effluents et agissent donc sur la réponse des indicateurs. Enfin, la
taille et la structure des mangroves des deux sites dans lesquelles sont déversés les effluents sont
très différentes et pourraient aussi affecter considérablement la réponse des paramètres physico-
chimiques dans le milieu (Virly et al., 2004).
Pour les raisons précédentes, les deux écosystèmes, et donc la réponse de chacun d’eux
sont difficilement comparables. Cependant, il est noté pour certains paramètres, particulièrement,
le NDT, la chl-a, les bactéries et le nanophytoplancton, une réponse « logique », c.à.d. montrant
un gradient de concentration décroissant de la côte vers le large. En effet, pour ces paramètres,
les concentrations les plus élevées sont observées au niveau des stations OA5, SO5 et SO4.
L’étude statistique effectuée a montré que ces concentrations sont très probablement liées à
l’effet des rejets aquacoles.
44
V. CONCLUSION
Cette étude n’a pas permis de définir des indicateurs spécifiques de l’impact des effluents
d’élevage des crevettes sur l’écosystème littoral calédonien. On peut par contre considérer des
indicateurs « non spécifiques » tels que l’azote dissout total, la chlorophylle-a, les bactéries et les
fractions nano et picophytoplanctoniques.
Cependant, la comparaison des impacts entre les deux sites étudiés à travers ces
indicateurs « non spécifiques » ne peut être réalisée car, dans la relation « cause-effet », il est
impossible de comparer l’intensité de la réponse dans la mesure où les caractéristiques de
l’écosystème récepteur (confinement, hydrodynamisme, capacité de renouvellement de l’eau) et
celle du milieu transporteur de la cause (la mangrove) ne sont pas bien connues.
45
BIBLIOGRAPHIE
Allan G.L., Moriarty D. J.W., Maguire G.B., 1995. Effects of pond preparation and feeding
rate on production of Penaeus monodon Fabricius, water quality, bacteria and benthos in model
farming ponds. Aquaculture 130, 329-349.
Alongi D.M., 1996. The dynamics of benthic nutrient pool fluxes in tropical mangrove forest.
Journal of Marine Research 54, 123-148.
Anonyme, 2003. New Caledonia update. Prawn farming in New Caledonia. SPC Fisheries
Newsletter April/June 2003, 105, 8-12.
Boyd C.E., 2003. Guidelines for aquaculture effluent management at the farm-level.
Aquaculture 226, 101– 112.
Boyd C.E., 1995. Bottom soils, sediment and pond aquaculture. Chapman and hall, New York,
USA, 348 pp.
Boyd C.E. & Tucker C.S., 1992. Water quality and pond soil analyses for aquaculture. Auburn
University, AL. 183 pp.
Briggs M.R.P., Funge-Smith S.J., 1994. A nutrient budget of some intensive marine shrimp
ponds in Thailand. Aquaculture and Fisheries Management 25, 789– 811.
Burford M.A., Preston N.P., Gilbert P.M., Dennison W.C., 2002. Tracing the fate of 15N-
enriched feed in an intensive shrimp system. Aquaculture 206,199–216.
Burford M.A., William K.C., 2001. The fate of nitrogenous waste from shrimp feeding.
Aquaculture 198, 79–93.
Burford M.A., Glibert, P.M., 1999. Short-term nitrogen cycling in early and late growth-phase
shrimp ponds. Aquaculture Research 30, 215– 227.
Costanzo S., O’Donohue M., Dennison W, 2004. Assessing the influence and distribution of
shrimp pond effluent in a tidal mangrove creek in north-east Australia. Marine Pollution Bulletin
48, 514–525.
Farman R., Baillon N., 2004. La filière crevette en Nouvelle-Calédonie vue par les collectivités
locales. In : Styli 2003. Trente ans de crevetticulture en Nouvelle-Calédonie. Nouméa-Koné, 2-6
juin2003. Ed. Ifremer, Actes colloq. 38, 13-17.
Fontfreyde C., Capo S., Guillaume M., 2004. La filière crevette en Nouvelle-Calédonie :
situation actuelle, développement et besoins de recherche. In : Styli 2003. Trente ans de
crevetticulture en Nouvelle-Calédonie. Nouméa-Koné, 2-6 juin2003. Ed. Ifremer, Actes colloq.,
38, 13-17.
Fuchs J., Martin J-L. M., Tac An N., 1999. Impact of tropical shrimp aquaculture on the
environment in Asia and the Pacific. Shrimp Culture 12, 9-13.
46
Funge-Smith, S. and M.R.P. Briggs.,1998. Nutrient budgets in intensive shrimp ponds:
Implications for sustainability. Aquaculture 164,117-133.
GFA, 2004. Groupement des Fermes Aquacoles de Nouvelle Calédonie. Rapport d’activité
2005, 24 pp.
GFA, 2005. Groupement des Fermes Aquacoles de Nouvelle Calédonie. Rapport d’activité
2005, 29 pp.
Graaf (de) G.J. and Xuan T.T., 1998. Extensive shrimp farming, mangrove clearance and
marine fisheries in the southern provinces of Vietnam. Mangroves and Salt Marshes 2, 159–166.
Hedges J.L. & SternJ.H., 1984. Carbon and nitrogen determinations of carbonate-containing
solids. Limnology and Oceanography 29, 657-663.
Jackson Laura E., Janis C. Kurtz, and William S. Fisher, eds., 2000. Evaluation Guidelines
for Ecological Indicators. EPA/620/R-99/005. U.S. Environmental Protection Agency, Office of
Research and Development, Research Triangle Park, NC. 107 pp.
Jacquet S., 2005. Impact des apports en nutriments sur le réseau trophique planctonique du
lagon sud-ouest de la Nouvelle-Calédonie. Thèse de doctorat, Université Paris VI. 278 pp.
Jennerjahn T.C., Ittekkot V., 2002. Relevance of mangroves for the productiom and deposition
of organic matter along tropical continental margins. Nturwissenschaften 89, 23-40.
Jones A. B., O’Donohue M. J., Udy J. and Dennison W. C., 2001. Assessing ecological
impacts of shrimp and sewage effluent: Biological indicators with standard water quality
analyses. Estuarine, Coastal and Shelf Science 52, 91–109.
Koroleff F., 1976. Determination of ammonia. In: Methods in sea water analysis (ed. by K.
Grasshof), pp. 126-133.
Landesman L., 1994. Negative impacts of coastal tropical aquaculture developments. World
Aquaculture 25(2), 12-17.
Legendre L., Courties C., Trousselier M., 2001. Flow cytometry in Oceanography 1989-1999:
environmental challenges and research trends. Cytometry 44, 164-172.
Lemonnier H., Herlin J., 1999. New-Caledonia: a case of friendly shrimp aquaculture. In:
Book of abstract, the annual international conference and exposition of the world aquaculture
society, world aquaculture’99, WAS, pp. 853.
Lemonnier H., Martin J.L., Brizard R., Herlin J., 2003. Effect of water exchange on waste
production in semi-intensive shrimp ponds during the cold season in New Caledonia. Journal of
the World Aquaculture Society 34, 40-49.
47
Lemonnier H., Faninoz S., 2006. Effect of water exchange on effluent and sediment
characteristics and on partial nitrogen budget in semi-intensive shrimp ponds in New Caledonia.
Aquaculture research 37(9), 938-948.
Lorenzen C.J., 1966. A method for the continuous measurement of in vivo chlorophyll
concentration. Deep-Sea Res. 13, 223-227.
Martin J-L. M., Veran Y., Guelorget O., Pham D., 1998. Shrimp rearing: stocking density,
growth, impact on sediment, waste output and their relationships studied through the nitrogen
budget in rearing ponds. Aquaculture 164, 135-149.
Naylor, R.L., Goldburg, R.J., Mooney, H., Beveridge, M., Clay, J., Folke, C., Kautsky, N.,
Lubchenco, J., Primavera, J., Williams, M., 1998. Nature’s subsidies to shrimp and salmon
farming. Science 282, 883–884.
Páez-Osuna, F., 2001. The environmental impact of shrimp aquaculture: a global perspective.
Environmental pollution 112, 229-231.
Pagès J., Torréton J-P., Sempéré R., 1997. Dissolved organic carbon in coral-reef lagoons, by
high temperature catalytic oxidation and UV spectrometry. Comptes -Rendus de l’Académie des
Sciences, Paris, Series IIa 324, 915-922
Paquotte P., Chim L., Martin J.L.M., Lemos, E, Stern, M. and Tosta, G., 1998. Intensive
culture of shrimp Penaeus vannamei in floating cages: zootechnical, economic and
environmental aspects. Aquaculture 164,151 - 166.
Raimbault P., Pouvesle W., Diaz F., Garcia N., Sempéré R., 1999. Wet-oxidation and
automated colorimetry for simultaneous determination of organic carbon, nitrogen and
phosphorus dissolved in seawater. Marine Chemistry 66, 161-169.
Samocha T.M. & Lawrence A.L., 1997. Shrimp farms’ effluent waters, environmental impact
and potential treatment methods. UJNR Technical Report 24, 33-58.
Shapiro S. S. and Wilk M. B., 1965. An analysis of variance test for normality (complete
samples). Biometrika 52, 591-611.
Smith D.M., Burford M.A., Tabrett S.J., Irvin S.J., Ward L., 2002. The effect of feeding
frequency on water quality and growth of black tiger shrimp (Penaeus monodon). Aquaculture
207, 125-136.
Tovar A., Moreno C., Mánuel-Vez M. P., García-Vargas M., 2000. Environmental
implications of intensive marine aquaculture in earthen ponds. Marine Pollution Bulletin 40,
981-988.
48
Trott L.A., Alongi D.M., 2000. The impact of shrimp pond effluent en water quality and
phytoplankton biomass in a tropical mangrove estuary. Marine Pollution Bulletin 40, 947-951.
Virly S., Buisson D, Clough B, Lemonier H., Richer de Forges B., 2005. Evaluation de
l’impact de l’aquaculture de crevettes sur les mangrove de Nouvelle-calédonie. Rapport final du
programme ZoNéCo. 99pp.
Vollenweider, R.A., J.J. Kerekes. 1982. Eutrophication of waters. Monitoring, assessment and
control. OECD, Paris. 164 pp.
Wolanski E., Spagnol S., Thomas S., Moore K., Alongi D. M., Trott L. and Davidson A.,
2000. Modelling and Visualizing the Fate of Shrimp Pond Effluent in a Mangrove-fringed Tidal
Creek. Estuarine, Coastal and Shelf Science 50, 85–97.
Wildish D.J., Dowd M., Sutherland T.F., Levings C.D., 2004. Near-field organic enrichment
from marine finfish aquaculture. In: A scientific review of the potential environmental effects of
aquaculture in aquatic ecosystems. Fisheries and Oceans Canada. Can. Tech. Rep. Fish. Aquat.
Sci. 2450, 117 pp.
49
Poster que j’ai réalisé au cours de mon stage et qui était présenté au congrès international de la
World Aquaculture Society 2006 qui s’est tenu du 9 au 13 mai à Florence en Italie.
Abstract
In order to assess the impact of shrimp farm effluent on the Caledonian lagoon, we searched for
potential indicators of these effluents. Water quality and phytoplankton biomass and composition
were examined over one year in the ponds of two farms differing by there intensification degree
and in the coastal environment receiving the relative wastes. Chlorophyll a, total dissolved
nitrogen, bacteria and nanophytoplancton showed concentrations in the discharge periods
significantly higher than those noted out of discharge periods. These parameters showed that the
impact was limited in space (within 1 km of the coastal broad line) and in time (within the
discharge periods). These parameters showed their capacity to be valuable but non specific
indicators of the shrimp farm effluents. The limited impact suggests that the effluent were diluted
by the tides action and/or incorporated in the coastal food webs. It was impossible to compare
the impacts caused by the two different farms because of the difference and the poorly known
degree of confinement and hydrodynamics of the two coastal receiving media.
Résumé
Cette étude vise à définir des indicateurs pour suivre les effluents d’élevage dans le lagon de la
Nouvelle-Calédonie. A cette fin, les paramètres physico-chimiques, la charge bactérienne, la
biomasse et la composition phytoplanctonique ont été suivis pendant un an dans les bassins
aquacoles de deux fermes d’élevage d’intensités de production différentes et sur des radiales
« côte-large » établies dans le milieu côtier récepteur. On note des gradients côte – large
significatifs pour la majorité des paramètres suivis. L’azote dissout total, la chlorophylle-a, les
bactéries et le nanophytoplancton ont montré des concentrations significativement plus élevées
pendant la période de forts rejets d’effluents par les fermes aquacoles comparativement à la
période « hors rejets ». L’étude suggère que l’impact des rejets était limité, dans l’espace à 1 km
de la côte et, dans le temps à la période des rejets aquacoles. Les paramètres (i) azote dissout
total, (ii) chlorophylle-a, (iii) charge bactérienne et (iv) abondance du nanophytoplancton sont
potentiellement utilisables comme indicateurs. Toutefois, ils ne sont pas spécifiques de la
matière organique rejetée dans les effluents aquacoles. La comparaison des impacts dus aux deux
systèmes de production est difficile, les milieux récepteurs présentaient des degrés de
confinement et des caractéristiques hydrodynamiques très différentes et non connues.