Fabliaux et contes des poëtes
françois des XII, XIII, XIV &
XVes siècles. Tome 2 / , tirés
des meilleurs auteurs
Source [Link] / Bibliothèque nationale de France
. Fabliaux et contes des poëtes françois des XII, XIII, XIV & XVes
siècles. Tome 2 / , tirés des meilleurs auteurs. 1756.
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FABLIAUX
ET
CONTES
DES POETES
FRANÇOIS
DES
XII, XIII, XIV & XVes Siécles,
Tires des meilleurs Auteurs*
'. TOME II,
A AMSTERDAM,
Chez ARKSTÈE ETMERKUI,
M D C C L V I.
TABLE
DES FABLIAUX
.Contenus cn ce Volume
/ J A Borgoise d^Orliens, tirée
du Ms. du Roi 7118. page i
Les braies au Cordelier, tiré du
méme Ms. 14
Le dit des perdris du même. 32
,
Du Provojl à Vaumuche, tiré du
même. 40
Du Prejlre qui ot mère à force,
tiré du même. 47
Des deux chevaux, tiré du mê-
me. 58
La maie Honte, encore tiré du
même. 70
De CEnfant qui fut remis au So«
leil du même. 7 8
9
Tome II, a
îv TABLK.
Des trois Dames qui trouveren?
un anelt tiré du même. 8ó
Du Chevalier ,quififl fa famé con-
fesse du même. ioo
y
De Gombers & des deux Clers,
du mêmè. C'est le Berceau de
Lasontaine. 11 f
Des trois boçus, tiré du même
Ms. 125
Des deux Changeurs, du même.
140
Le Dit du Buffet, tiré du même.
Du Chevalier a la robe vermeille ,
du même. 168
De S. Pierre & du Jougkor, en-
core du même. 184
De Confiant Duhamel, du même
Ms. C'est le Conte des Remois.
204
LeFabel ísAloul, idem. 252
FABLIAUX
FABLIAUX
ET
CONTES
DES POETES FRANÇOIS
Des XII, XIII, XIV &XV«Siccles,
Tires des meilleurs Auteurs,
DE LA BORGOISE D'ORLIENS.
u^F^pR vous dirai d'une borgoise
C
O *) ^ne aventure cortoiíe,
assez
'Ì^JHJ^^I Née & norrie su d'Orliens,
Et ses sires su nez d'Amiens,
Riches manans à desmefure :
De marcheandise & d'usure,
tlU A
2 FABLIAUX
Savoit toz les torz & les poins,
Ft ce que il tenoit aus poins,
Kstoit bien fermement tenu.
En la vile lurent venu io
,
Quatre noviaus clers eleoliers,
Lor sas portent corne coliers,
Li clers estaient gros 8í gras,
Quar moult men;oient bien fans gas.
En la vile crent moult proilié,
Où il estoieut herbergié :
Un en i ot de grant ponois,
Qui moult hantoit chiei un borgois,
S'el temit-on moult à cortoÏ3,
N'ert plains d'orgueil ne de btisois, 20
Et à la Dame vraiement
Plesoit moult Ion acointement,
Et tant v'ifit & tant i ala ,
Que li borgois se porpcnía,
Fust par semblant & par parole
,
Qu? il lemetroit à oscole,
ET CONTES. 3
S'il cn pooit cn leu venir,
Que à cclc peust tenir.
Lcens ot une feue nièce,
Qu'il ot norrie moult grant picce jo
,
Priveement à foi l'apelc,
Se li promet une cotele
,
Mes qu'ele soit de celé oeure espie,
Et que la vérité l'en die.
Et l'escolicr a tant proie
La borgoise par amiiVic
,
Que sa volonté li otroic ;
Et la meschine toute-voie
Fu en escout tant, qu'ele oï
Corne il orent lor plet basti. 40
Au Borgois cn vient maintenant,
Et li conte le convenant,
Et li convenanz tels estoit,
Que la Dame le manderoit,
Quant ses Sires seroit errez,
Lors venist aux deux huis ferrez,
A ii
4 FABLIAUX
Du vergicr qu'ele li enseigna
>
Et ele seroit contre lui là
,
Quant il seroit bien anuitié.
liBorgois l'ot moult su haitié, Çc*
A sa faîne maintenant vient ;
Dame fet-il, il me convient
,
Aler eu ma marchcandie
,
Gardez sostel, ma chicrc amie,
Si corn pieude fatnc doit faire,
Je ne sai rien de mon repère.
Sire, set-cle, volentiers.
Cil atorna les charretiers,
Et dist qu'il s'iroit herbergier,
Por sesjornées avancier, C?-
Jusqu'à trois liues de la vile.
La Dame ne sot la guile,
Si sistau clerc l'ueure savoir.
Cil qui les cuida décevoir,
Fist fa gent aler herbergier,
Et il vint à l'uis du vergier,
K r C O N T E S.
Çjuar la nuit su au jor mefléc ,
Et la Dame tout à celée
Vint encontre l'uis li ouvri,
,
Entre fas bras îe recueilli,
Qu'ele cuide que son ami soit,
Mes espérance la déçoit,
Bien soiez-vous, dit-el, venuz,
Cil s'est de haut parler tenuz.
Se li rent ses faluz en bas,
Par le vergier s'en vont le pas,
Mes il tint moult la chicre encl:.;i
Et la wrgoiseun pou s'acline
,
Par fous le chaperon l'esgarde,
De traison se done garde
,
Si conut bien & aperçoit,
C'est son mari qui Ta déçoit.
Quant eleprist à aperçoivre
,
Si repense de lui deçoivre
>
Famé a trestout passe Argu
,
Par lor engin sont deccu
A iij
6 FABLIAUX
Li sage dès le tens Abel.
Sire, fet-ele, moult m'est bel
Que tenir vous puis & avoir,
Je vous donrai de mon avoir,
Dont vous porrez vos gages trere »
Se vous celez bien cest aicre. JO
Or alons ça tout bêlement,
Je vous métrai priveement
En un iblier don; j'ai la clef,
îluec m'atentlrez tout souef,
Tant que nos gens auront mcngi* ,
Et quant trestuit feront couchié,
Je vous menrai fous ma cortine,
Ja nus ne saura la couvine.
Dame, set -il, bien avez dit.
Dicx com il savoit or petit, ico
,
De ce qu'ele pense & porpense,
Li asniers une chose pense
,
Et li asnes pense tout el,
Tost aura-il mauves ostel.
ÌÍ T CONTES. 7
Quar quant la Dame enfermé l'ot
El solicr dont issu ne pot,
A l'uis del vergicr retorna /
Son ami prist que ele trova ,
Si l'enbrace, & acole & baise ;
,
Moult est je cuit à meillor aise 110
Li secons que le premerain.
La Dame lessa le vilain
Longuement ou solicr jotichíer,
Tost ont trespassé levergier
,
Tant qu'en la chambre sont \cv..
,
Où li dras furent portendu.
La Dame son ami amaine
Jusqu'en la chambre le demaine
,
Sil a fous le couvertoîr mis,
Et cil s'est tantost entremis KO
Du geu que amours li comande
,
Qu'il ne prisast une alemande
,
Toi les autres, se cil n'i su st
,
Ne celé gré ne l'en íeust
, Aiiij
8 FABLIAUX
Longuement se sont envoisié ;
Quant ontacolé ck baifié
,
Amis fet-ele or rcmaindrez.
, ,
Un petit & si m'atendrez ;
Quar je m'en irai la dedens,
Por fere mangicr cclc gens, 130
Et nous souperons vous & moi
Encore anuit tout à recoi.
Dame à vostrc comandemcnt.
Celé s'en part moult bêlement,
Vint en la laie à fa me (hie,
A son pooir la set haitie,
Quant }i mangiers su atornez,
Menjuent & boivent assez,
Et quant orent mengié trtstuit,
Ainz qu'il fuient dcsrengié tnit, 140
La Damcapcla sa mesnic,
Si parole corne enseignie,
Deus neveus au Seignor i ot,
Et un garz qui eue aportoit.
ET CONT F. S. 9
Et chambrières i ot trois,
Si i fula nièce au borgois,
Deux pautoniers &. unribaut;
Seignor, fet-ele, se Diex vous faut,"
Entendez ore ma reson :
VOUS avez en cesse mcson 15»
,Veu ceens un clerc venir,
Qui ne me lest en pais garir,
Requise m'a d'amors lonc tens,
3c l'en ai set trente dessens ;
Quant je vi que jc n'i garroie,
Je li promis que jc feroie
Tout son plesir & tout son gré
,
Quant mon seignor seroit erré.
Or est errer, Diex l'i conduie
,
Et cil qui chascun jor m'anuie, 16c
Ai moult bien convenant tenu
,
Or est à son terme venu
La sus m'atent en ce perin
,
íe vous donrai du meillor vin
Av
ÏO FABLIAU X
Qui soit cecus une galoie,
Par convant que vengie en soie :
En ce solier à lui alez,
Et debastons bien le bâtez,
Encontre terre & en estant,
Des orbes cops li douez tant, 170
Que jamais jor ne !i en chaillc
,
De prier famé qui rien vaille.
Quant la inesnie l'ucvre entent
â
Tuit saillent sus, nus n'iatent,
L'un prent basson l'autre tiné
, ,
L'autre pestel gros 6c molle
,
La borgoilc la clef lor baille,
Qui toz les cops meist en taille
A bon conteor Ic tenisse.
Ne souffrez pas que il cn isse 180
,
Ainz l'acueillez el íblier haut.
Par Dieu, font-il, sire eleregaut,
Vous ferez ja defciplincz,
Li uns l'a à terre aclinez,
ET CONTES. I*
Et par la gorge le saisi
,
Par le chaperon l'estraint íi,
Que il ne puet nul mot soner,
Puis l'en acueillent à doner,
De battre ne font mie elehars ,
S'il cn eust doné mille mars 190
,
N'eust miex son hauber roulé,
Par maintes fois le sont molle
Por bien férir, ses deux nevous
Primes delus & puis desous,
Merci crier ne li vaut rien
,
Hors le traînent corne un mort chien.
Si l'ont sor un fumier flati,
En la meson sont reverti,
De bon yin orent à foison
,
Tosdes mcillors de la meson aoo
,
Et des blans &. des Auvernois,
Autantcom se il fussent Rois,
Et la Dame ot gastiaus & vin^
Et blanche toaille de lin
,
i2 FABLIAUX
Et grosse chandoilc de cire,
Si tient à son ami concile
Toute la nuit dusques au jor
Au départir se sist amor,
Que vaillant dix mars li donna,
Et de revenir le pria HO
Toutes les fois que il porroit.
Et cil qui el fumier giíòit,
Si se remua corne il pot,
Et vait là où sonharnois ot.
Quant ses gens si batu le virent,
Duel grant, si s'esbaliirent,
Enquis li ont coment ce vait,
Malement, ce dist il me vait,
,
A mon ostel m'en reportez
,
Et plus rien ne me demandez. 220
Tout maintenant l'ont levé fus,
Onques n'i atendirent plus :
Mes ce l'a moult réconforté,
Et mis hors de mauves pensé >
ET C O N T E S. I3
Ou'il sent sa famé à loial,
si
Un ces ne prise tout son mal,
Et pense s'il en puetgarir,
Moult la voudra tozjors crûerir.
A son ostel est revenu
,
Et quant la Dame l'a veu 23©
,
De bones herbes li sist baing
,
Tout le gari de Coi\ mehaing,
Demande lui coin li avint.
Dame, fet-il, il me convint
Par un destroit péril passer,
Où l'en me sist des os quasser.
Cil de la meson li contèrent
Du clergaut corn il l'atornerent,
Coment la Dame lor livra ;
Par mon chics el s'en délivra 140
,
Coin prcude famé & corne sage ;
Onques puis cn tout son eage
Ne la blasma ne ne mescrut,
N'onqucs ccle ne se recrut
14 FABLIAUX
De son ami aimer toz dis
,
Tant qu'il ala à son pais. 246
Expliclt de la Borgoìse (TOrlicns,
LES BRAIES AU CORDELIER.
1YX ETRE vueil m'cntente & ma cure
A faire un dit d'une aventure
,
Qu'avint à Orliens la cité,
Ce tefmoigne par vérité.
II avint, si com j'oï dire,
Si com jc truis en la matire
,
Qu'uns clers amoit une borgoise,
Qui moult estoit sage íc cortoise,
Moult savoit d'engin &. d'aguet,
A famé qui tel mestier set, 10
Et qui veut amer par amors,
Covient [Link] guenches èktors,
ET CONTES. 15
Et cngien por se garantir,
Bien covient que sache mentir,
Tcle cure est por couvrir sa honte.
La borgoise dont je vous conte,
Fu bien de cel mestier aprife
,
Corne celé qu'amors ot mise
,
Et moult enlacié en ses laz,
Moult amast d'un clerc le solaz, 20
Moult vousist bien & luipleust
,
Qu'entre ses bras toz nus geust,
Et ele o lui en un biau lit,
Por avoir du clerc le délit.
Li sires qui riens ne favoit
Quel corage fa famé avoit,
A dit au soir âpres mengier,
Qu'au point du jor fans atargier
L'esveillast qu'ele nel lessaíl mie
, ,
Et qu'ele ne sust trop endormie
, 30
S'ele de riens son preu amoit,
Au jor lever le convenoit
i6 FABLIAU X
Por aler à Meun sor Loire,
Où il avoit marchié ou foire.
La borgoise s'en esjoï
Forment, quant la parole ot
Que se sires li comanda ;
Tout maintenant au clerc manda
Qu'il fust la nuit bien efvcilHez,
Et qu'il fust bien appareilliez 4*
D'entrer corne bien averti
Leens quant en fera parti
Li sires devant rajorncc.
Que vous feroie dcmorée
,
Que li borgois coucher s'en vait,
Et la Dame su en bon point,
Et en grant porpens du preudome
D'elvcillier au premcrain some.
11 dormi, &. celc veilla,
Et quant li sires s'efveiila , 50
Ele li dist or fus biau lire,
,
Certes moult ai au cucr grant ire>
ET CONTES. 17
Que nous avons si longuement
Dormi, jcfai certainement
Que trop avez set grant demeure,
A paines vendrez mes à eure
Huimcî à Meun au marchié.
[Link] s'est li preudome defeouchié ,
Si s'est vestuz & atomez,
De son ostel s'en est tornez 60
,
Etlaborgoife le convoie
Sans plus jusqu'à l'uis de la voie.
A l'issir de leensli dist,
je vous cornant à Jhesu Crist ,
Qui soit garde de vostre cors.
Atant lipreudom s'en ist fors,
Quar d'errer avoit grant belbing ;
11 ne su pas d'ilueques loing,
Quant li clers ot passé la seuil,
Qui onques n'ot dormi de l'ueil '/c
De toute la nuit pour attendre,
Si corne vous poez entendre -,
i8 FABLIAUX
Quant li preudom s'en su alez,
Lors su li clers plus acolez
,
Et quatre tens besiez adonques,
Que li borgois n'ot esté onques,
Qui or s'en vait en fa besoigne.
Que vous feroie longue aloingne ;
Mais je vous di que la borgoisc
,
Et li clers à cui point n'enpoife Eo
Firent moult lie contenance
,
Ne firent pas grant demorance
,
Ne grant dolor au despoillier ;
Li clers toz nuz o la moillier
Au borgois qui s'en va se couche
,
Braz à braz jurent sus la couche,
La borgoife ama le complot
Du clerc si sist ce que lui plot.
,
Et li borgois qui su levez
Trop tost, com oi avez,
si 90
Ala son voisin apeler,
Qui devoit aYoec lui aler,
ET CONTES. 19
Et lui dist, or fus biaus compains,
Tant avons dormi, par toz, sains,
Que por fols nos poons tenir,
Ainz qu'à Meun paissons venir,
Sera-il bien près de midi.
Et li autres li respondi,
Compains estes-vous forscnez ?
Vous n'estes mie bien senez , 100
Qui volez errer à celé eure ,
Biaus amis, se Diex me sequcurrc ,
Er il me gart de toz anuiz
,
11 n'est
pas encore mienuiz.
Compains, set cil, qui s'esbahist,
Dites-vous voir, & cil li dist,
Je vous di voir, par saint Richer ;
Je m'en vois donc fet-il coucher.
, ,
A tant s'en est d'iluec tornez
,
A son ostel s'en est alez
, no
Dont liert à Fuis & si apele.
Diex, com ci a pesme novele,
IÔ FABLIAUX
Biau douz amis, c'a dit la Dame
,
Me sires est à Puis par m'ame,
Malement somes assené,
Mauí'é l'ont si tost ramené
,
Qui li puissent le cors briller.
Et cil ne sine de huchier,
Et dist, or fus levez-vous tost
,
Maintenant li clers se repost 120
,
Et prist quanques du suen ia,
Fors les braies qu'il oublia,
Dont tuit trois orent puis grant ire,
Tant apeîa à l'uis les sire,
Qu'entrez i est conchier le vait,
,
Et la Dame l'endormi fait,
Cil apcla, bien sist le fourt,
Icele qui moult sot de hourt.
Li borgois delez li se couche,
Et [Link] qui moult su farouche, 13c
Por tenir le vilain à sot,
Sailli du lit sans dire mot,
ET C O N T E S. 2 l
Aníi corne se fust sorscnée,
A haute voiz s'est cscriéc,
Sainte Marie aïe, aïe,
,
Or fui je morte St mal baillie,
Se vous n'avez de moi merci.
Qui est-ce couchiez delcz mi,
Qui est entrez dedcnz mon lit,
J.i nus hom solaz ne délit, 140
Eors mon seignor, n'aura de moi ?
Lors su li sires en effroi,
Que fa famé du sens n'issist
,
Au plus soucf qu'il pot li dist.
licle trcs douce chiere amie,
Pour Dieu ne vous marissiez mie,
Je lui vostre lcal cspous
Qui m'estoie couchié lez vous ;
Et cle l'en a desmenti,
Vous avez, fét-ele menti, 150
,
Me lires est fors de la vile,
Alcz-vous-en, ou par saint Gile,
a2 FABLIAUX
jc crierai ja a tel bruit,
Que no voisin i viendront tuìt,
II n'a mieceens bordel,
Moult sist bien le putain lordel
La dame qui bien le sot ferc,
Me sires est à son afere,
Fet-ele,alez, r'alez-vous-en,
Vous estes fols & hors du feu. 16&
Qui me cuidiez fere mauvese.
Dame set-il, ne vous dcsplese,
,
Preude famé estes St vcraie
,
Certes trop tost levez estoie,
Et il n'est pas plus de miennuit,
Si vous pri qu'il ne vous anuit,
Se jc fuis arriére venuz
Delez vous me couchai toz nuz,
Com cil qui l'ai set maintes foiz
,
Si ni'aït Diex 6k sainte Croiz, 170
,
Miex vous aim c'onques mes ne fis,
Sirt, fet-ele, or m'esbahis,
ET CONTES. 23
De ce qu'uinçois ne vous conui,
Je vous ai set moult grant anui,
Et si m'en tieng or moult por fole ;
Or vous conois à la parole
,
Certes je m'en esbahis toute.
Maintenant delez lui se boute,
Si l'acole St li dist biau sire,
, ,
Por Dieu pardonez-moi vostre ire, i S<3
Se de vouz joionfe soie,
Que je pas ne vous conoissoie
,
Et sachez se je vous conusse
,
Ja du lit levée ne fusse,
Mais j'avoie d'autre paor,
Si cncstoie en grant siaor,
Ne vous en devez merveillier,
N'avez mestier de plus veillier,
Dormez vous si ferez que fige,
Et cil qui en ot bon corage 190
,
Dormi jusques au point du jor,
Au matin fans plus de sejor
j-4 FABLIAUX
Se vesti St appareilla
,
Et la borgoise qui veilla
,
Comanda à Dieu son seignor j
Mes ne set pas la deshonor,
Ne la tres grant desconvenue,
Que cel jor li est avenue,
Que ses sires a si mespris,
Que les braies au clerc a pris, 200
Nil meismes ne le set pas.
Et le clerc vint isnel le pas,
A la Dame, si li a dit,
Bcle amie, se Diex m'aït,
Or en droit m'en convient aler,
Qui aime, il doit s'amor celer,
Por ce m'en vueil aler matin
,
Que ne me voient li voisin
,
Jsiir sors de vostre mefr.i.
Biaus amis, vous dites reson, 210
Dist la Dame ce m'est avis,
,
La bouche li baise & le vis,
Et
ET CONTES. 25
Et il à li, puis' s'entre font
Le geu porcoi assanblé font,
Et quant il orent fait lor gieu ,"
Si s'entrecommandent à Dieu}
Lors prist li clers les autres braies,
Puis dist, ce ne sont pas les moies,
Ainz font les braies au vilain
,
Bien su la Dame prise à l'ain. a2o>
Quant ele a la parole oie
,
Moult su dolente 8c esbahie,
Sa robe a en son dos vestue,
Puis s'en est de son lit issue ;
Au clerc autres braies baillies,
Qui furent blanches 8í déliés,
Par amor le requiert St prie
Que toz ses garnemens li die j
Qui pendoient à son braier,
Et cil n'en sist mie dangier, 230 í
Ce m'est avis trop longuement,
Ainz li a dit moult doucement,
Tome IL B
5,6 F A B ],' I A U X
Lors dist qu'ele n'en doute rien
,
Qu'ele s'en chevîra moult bien,
Bien en saura venir à chics :
Lors s'entrebefent derechief.
Atantli clers d'iluec s'en part.
La Dame sot moult de renart,
Engingneuse su de toz tors,
Quant il su grant eure de jors, 240
Por chacier fa honte à honor,
S'en vint à un Frère Menor,
Si li dist St li regehi
Tout ce que vous avez oï,
Et li prie por Jhefu Crist
Qu'il li aït, & il li dist, '-.-•
Dame, dist-il, & je coment ?
Dites, fet-ele, seulement
A mon seignor quant il vendra ,
Qui por mauvese me tendra ,* 2 yd
Que vos braies en ai portées,
Eîdefous ma coute boutées,
ET CONTES. V-J
Por silz ou concevoir,
fille
Quar j'avoie songié por voir
;Que celé nuit conceveroie
,
\Vn enfant qu'en mon litauroie,
Les braies d'un Frère Menor,
\ Sire, dist-ele, ù mon seignor,
iDites que j'ai ainsi songie,* >,
..... ( .,
Sachiez bien si ferai gie .36a
; que .
| De moult bon gré St volentiers. «
,. ;í
•]
A tant s'en va la Dame arricrs,
i Que de ce su moult esjoie.
Or est reson que jc vous die,
5
j Du borgois qui toz su jeun
| Venus du marchié de Meun,
Et d'autres o lui nefai quanz,
..
1 Li borgois corne marcheanz
.f Ala o les autres mengier,
Quant ce vint à l'escot paier, 270
Si cuida prendre son argent ,1
ì Si corne telmoignent mainte gent,
Bij
28 FABLIAUX
Sí [Link]é une escritoire
, ,( -, ,
Où le canivet au clerc erc f
, -
Et son parchemins, & fa pêne ,' .» j
Par poi li [Link]'forfenev \) ,
Quant il n'a fa borfe trovée,
Lors l'apele putain provée. ;
.
Que vous diroie de co plus f\ »'
> :
Moult su esbahis Sc confus j :.<: 280,
De ce qu'ilueques llavirit, 1
Celui jor meifmes il s'en vint •• '*
A son ostel ; quant vi fa famé , ,
;
Dites-moi, let-il, bonePame,',.m.;;i
Vous savez bien cornent il yaifc r,> i
Empirié avez vostre plait j,;
t., ,, , i
1
Et la Dame qui su'hardie,, ,.,,
.j( , ;
Qui ne su pas trop esbahie, (1. ,. >>
LA dist hardiement biaus, sire ,,'
* v, , ,
N'aiez en vostre cuèr grant- irç„ 2#ç
Jefai moult bien que vous avez,w. , ;
JLavériíé pas ne savee $:/.• i • íì ;. t.'.
ET CONTES. iy
De ce que vos avez trové
,
Bien vous fera por voir provc
,
Que de chose qu'aiez trovée
Ne doi estre de riens blafmée.
Or venez o moi en ma chambre ;
Et il i vait, St li rcmambre,
Tout ce que jc voús ai retret,
Et cil les braies au clerc trct <•'' 300
D'entor lui, 8c les feues chance-.,
Maintenant la Dame li haucc
Et lieve les pans de fa robe
,
Como celé qui bien le lobe,
Et set assez maie aventure 5
Li a mises à la çainture
Les braies au clerc & pendues,
Qu'il porta à Meun vestues,
Portez les sire au Cordelier,
, ,
Tout maintenant fans delaier. 310
Si tost corne il entra leens,
Si dist, a-il nului ceens
B ii)
30 FABLIAUX
Qui m'cnseignast tel Cordeliei ?
lit cil qui devoit deiìier
La borgoise de celé honte
,
Dont vos avez oï le conte
,
S'est levez St comence à rire,
Maintenant d'une part le tire,
Trestout ce li dist St conseille
Tout coiement dedens l'oreille 3i.«>
Que la borgoise li ot dit,
Si r'a fet-il, se Diex m'aït,
,
G-rant joie m'avezou cuer mise,
Por poi que n'ai má fume ocise >
Par mon péchié, St par grant tort,
Sire vos braies vous raport,
Vez les ci, & cil les a prises,
En une aumaire les a mises ;
Puis a dit que li borgois l'oie '
,
Que il li doinst avoir à joie 330
Conceu ce qu'ele a songié ',
Amen set cil, lors prent congié
,
ET CONTES. 5*
borgois au Frerc menu f
Li
sonoílcl en est \c\w\.
A befe,
acole la lame 8t
Lors
dist-il, vous dcfpletc ,
Dame, ne
ai faite marrie ,'
Se je vous
je doi sainte Marie,
Foi que
çn serai,
Tele amende vous
de ne serai ^yt
Que jamais vous
de jalousie.
En sonpoçon
est bien la Dameaaiiie
Or
clerc fa volenté ,
De fere au
plemé
Qui por s'amor à grant.
du sien St despendu ,
Ot mis
borgoise rendu
Bien a la
borgois le sac aux besaces ,
Au
St toutes places
En t02 lieus cn
venir &. aler,
Porra mes
n'en estourra parler, 35 o
Que ja
jor dç fa vie ,
li cous ]amés
Bicn.s'eft la borgoise çhevic,
Biiij
32 FA BL I AU X
Qui bien de bel son plet define
> •
A tant mon Label jçi fine, ! ">
Iixplicit des Braies 'ait Cordelier*
LE DIT DES PEJIDRIZ.
X O R ce que fabliaus dire sueil ;<
En lieu de fable dire vueil
\JS\Q aventure qui est vraie, -;
D'un vilain qui delezsa haye v
Prist deux pertris par aventure,
En l'atorner mist moult fa cure
,
Sa famé les sist au feu metre,
Ele s'en sot bien entremetre, >
Le feu a set, la haste atome
,
Et le vilains tantost s'en torne, ib
E T JG D^Í IÌ s. 33
i
Por le Prestre s'cfn va'cWarttj
Mes au revenir tardatdrít, ' 'i•
Que cuites surent les pertris,
| La Darrie a le haste jus mis,
;
S'en pinça une [Link], ,
Quar moult ama la leçheure $
Quant Diex li dona à avoir
| Ne beoit pas à grant avoir,
] Mes à toz ses bons acomplir,
j L'une pertris cort em/aïr, 43.
Andeus les eles en ménjue ,'
;
Puis est alée enmi la rue, ' '
I Savoir se ses sires venoit j
Quant ele venir ne le voit,
Tantost arriére s'en retorne /
Et le remanant tel atome,
Mal du morfel qui remainsist.
Adonc s'apcnfa^ &LÛ dist
Que l'autre encore mehgera,'
Moult tres bien: set qu'ele dira ,' 30
Bv
34 FABLIAUX
S'on li demande que devindrent>
Ele dira que li chat Vindrent
,
Quant ele les ot a'r'ríer tretes.
Tost li orcnt des'máuis retretes',' '
Et chafcuns la feue emporta ;
Ainsi se dist esobapera :
Puis va enmi la rue ester,'
Por son mari abeveter :
Et quant ele nel voit venir,'
La langue li prist à frémir, 49
Sus la pertris qu'ele ot lessié,
Ja ert toute vive enragic,
S'encore n'en a un petitet,
Le col en tret tout souavet,"
Si le menja par grant douçor,'
Ses dois en loche tout entor :
Lasse, fct-ele, que ferai,
Se toute menjue que dirai î
Et coment le porrai lessier,
J'en ai moult tres grant destrier, $©
ET C 0 N TES, 35
Or ìegne qu'avenir puet,
Qu .r tout mengier le m'estuet.
Tant dura celé demorée
,
Que la Dame su saoulée
,
Et li vilains ne tarda rríie,
A l'ostel vint, en haut s'escrie ;
Diva sont cuites les pertris ?
Sire, dist-ele, ainçois va pis,
Quar mengies les a li chaz.
Li vilains faut ifncl le pas S»
,
Scur li coît com enragiez,
,
Ja li eust les iex sachiez,
Quant ele crie, c'est gas, c'est gas»
Fuiez, fet-ele, Sathanas,
Couvertes sont pour tenir chaudes,
Ja vous chantaisses putes laudes
s
Fet-il, foi que je doi saint Ladre.
Or ca mon bon hanap de madre ,
Et ma plus bêle blanche nape,
Si l'estîndrai fus ma chape, 70
Bvj
3^ FABLIAU X.
Sous celé treille en cel praiçl ;
Mes vous, prenez vostre coutel
>
Qui grant rnestier ad'aguisier.»
,
Si le fêtes [Link]\ trenchiçr
•..;-
A celé pierre cn cclc cort,
Li vilains se despoillc St cort,
Le coutel tout nu [Link] main.
A tant es vous le Chapelain
j
Qui leens venoit pour mengier,'
A la,Pain,e viritsanz atargicr^ $ç,
Si l'acole moult doucement i
•-
Et celé li dist simplement,
• >
Sire, dist-ele, suiez, soiez,
Ja ne serai ou vous soiez
, -. <
Honis ne malmis de vo cors^
Mes sires est alez là sors
Por son grant coutel aguisier,'
Et dist qu'il vous voudra trenchier
Les coillcs, s'il [Link] tenir.
De Dieu teipuist-il souvenir, ?o
Et ^CÔNT" ts! 37"
i
•:
j
..
qu'est-ce que, tu dis
Dist li Prcstres, . ?
\ Nous deVônsmengîér deux pertris
I Que tes sitëá príst Hui matin.
' Celé li dist, pat' saint Martin '
,
\ Ceens n'a pertris ne Òifcl,
| De vo mengier me seroit bel,
I
Et moi peseroit de Vo mal j
!
Mes ore esgardez la áv'âl 7,
Corne il a'gùise sori coutel.
]el voi, dist-il ,par mon chrvpel, ico
Je cuit bien que tu m'as voir dit;
Lcens demourra moult petit,
Ainz s'en fui grant aleure ,
Et celé crie à botte èure,
Venez-vous*cn sire Gombaut.
,
Qu'as-tu dist-il, se Diex te saut ï
,
Que j'ai ? tout à tens le saurez j
Mes se tost corre ne poez,
Perte i aurez si corne jc croi;
Quar par la soi quo je vous doi, u o
3$ FABLIAUX
Li Prestres enporte vos pertris.
Li prudons su toz aatis,
Le coutel enporte en fa main»
S'en cort âpres le Chapelain j
Quant il le yoit si li efcrie
»
Ainsi nés enporterez mie,
Puis s'escric à grans alenéès ,*
Bien les enportcz elchaufjSes,
Ça les lerrez, so vous ataing,
Vous seriez mauves compaing, iao
Se vous les mcngicz fanz moi,
Li Prestre esgarde derrier soi,
Et voit acorre le vilain
,
Quant voit le coutel en sa main,
Mors cuide estre se»il Pataìnt,.
,
De tost corre pas ne fe saint,
Et le vilains pensoit de corre
,
Qui les pertris cuidoit rescorre j
Mes li Prestres de grant randon
S'est enfermez en la meson, 130
ET CONTES. 39
A l'ostel li vilains retorne,
Et lors fa feme en aresone,
Diva fet-il, car me dis
,
Coment tu perdis les pertris ;
Celé li dist si Diex m'aït,
,
Tantost que li Prestres me vit
Si me pria, tant l'ainaisse
si
i Que je les pertris li monstraissc,
l Quar moult vòlentiers les verroit,'
| Et je le menai là tout droit, 140
I Où je les avoie couvertes ,•
| 11 ot tantost les mains ouvertes,
j Si les prist 61 si s'en fui,
,
î Més je gueres ne le sivi,
Ains le vous sis moult tost savoir,
-
Cil respons bien pues dire voir,
i Or le lessons aïtant eslre.
Ainsi fuengigniez le Prestre'
EtGombaut qui lés pertris prist.
Par example cis fabliaus dist, 15©
4ó FÀ^I/ÎÀ^'X
Famé est fetè por décevoir1, •'
MençongéfeNêvèrìirvoîr, 1 M I:í !
Et voirlfe'tMièvèhír-'SW^tìhgbi-''1' ,!° 1
Cil n'ì voufrtVétrt? plìíè'd'alòngè; A
>
Qui sist cést sabe St cei dis.
1
] r
Ci faut li fábliaús liés pertris,' s
Explicïi ,iè y! ,<. des
li sabliaiis .•'••k-
pertris,
-.*N\
>
DU PROVÓST A L'AUMUCHÊ'I
JL/ 'U N Chevalier' cis fabliaus conte,.'
Qui par (ambiant [Link] conte,
>,
Riches homes estoit St manan.s,
.
Famé ot, dont il avoit enfans, ,
Si corne il est coustume St us,
Vingt ans cil Chevaliers St plus
Vesqui sans guerre 8c fans mcíîéc
>
Moult su amez cm fa contrée
ET, CONTE s. 41,
De ses homes St d'autrq gent» i
-
Tant que un jor ljprist talent,,,,,^,,, j$
Du Baron saint J,a,qnesrequerr<,,-,v
A garder [Link].^sate.fíOK i'r li!:
^v
Un sien [Link] il avoit, \\,) n,o
Vilains 8c pautoniers estoit, :; ,.:
»
,
Mes richece l'avoit íeurpris,
v
Si en ert amendez ses riris,
Si [Link] set à Jnairis mauvais».?
,., ,
Li Provos ot à non Grevais
••ly
Le fil
n>'.i
.1,' '
Erembaut brache huche
:
-,
' ,'TMÌ 1,
>>'
\r'.,
,
De burel avoituneaumuchc s ìp
PóV là froidílrê bien'sortéeì
Grosse''àvbit la teste 8c qiiarree,
Moult ert cuivert St deputaire,
Et li Chevaliers son afairc
Eistatorner si cotte il dut,
A un jor de ion osteí mut
Por fere son pèlerinage
^
'I ant va par plaín 8i par bofcìiage
,
4i FABLIAUX
Que au Baron saint Jaques vint,
Deniers i offrit plus de vingt, 30 :
Apres se r'est mis cl retor,
Onques ni vout mètre trestor,
Tout si corne il vint il ala, !
Tant que son ostel aproisina
Si prés corne à une jornée,
Lé matinet ainz la vefprée
,
A un sien Efcuier tramis
A fa famé St à ses amis
,
Qu'il venissent encontre lui,
Quar haitiez est 8c fans anui, 4*
Et si feist appareillier
A l'ostel assez à mengier
,
De char, de poisson fanz devin,
Quar plenté i eussent vin,
Si qu'à plenté aient trcstout.
Li Elcuiers se hasta moult
Tant qu'il est au chastel ventiz,
A grant joie fut receuz
ET CONTES. 43
De cels de celés qui l'amlrént,
Lendemain li ami montèrent, 50
Encontre le Chevalier vont,
A moult grant joie amené l'ont,
Et le mengier sii atornez,
Grevais ne s'est pas oubliez
Li Provos, ainz estoit vûtiuz
Ainçois que nus fust descendus,
Moult tait semblant d'estrejoious, '
Li Chevaliers su vezious,
Par tout prent garde de fa gent,
Et seoir set moult richement 60
Grevais son Provost au mengier
Avoec un riche Chevalier
Pardevant le íilz Miclcart,
Au premier més ont pois 8c lart,
Dont la picce moult grant estoit
Qui es efcueles gisoit.
Liez su li Provos de cest més
>
Quar le lart YÌt gros St clpés
44 F A 6 L î À u x ;
Qui cn s'etc'ltele s'aime, ;
Pùis s'apënsa'eWsoi-meisme,' ?í> \
S'en pooit enibler'une piece î
i
Qu'éle'dureoit moult grant piece,
Qui cn voudròit fere mesure j
Mes li Chevaliers n'en ot cure, '
Qui avocc lui mengier detfoit,
A «n sien Cor, paignon parloit,
Qui delez lui avoit mengié J
Et le'Prbvost s'est abessié
Ausi com por son nez mouchier
Vit derrière le Chevalier
La teste baisse, puis si mtice, Sa
La piece de lart soz s'aumuehc,
Qui moult estoit parfonde St lée,
Puis l'a sor son chics r'afublée,
Tout ausi corne devant t'u
,
Uns vallés porte busche au su
.
Si commença à embraser,'
Grevais prist moult ù reculer :
CONTES. 45
Ex-,
Qu'il n'en avoit gueres loisir, ,. ;
>
,
n'en,qujer,.mentir, ,99
Quar assis,fu,
En un angle .d'une rnajsiefç,
,
, \
qu'il n'ayant n'arriére
Si ne pot , 4 » >
Ains comçnça à eschausser, -,
Et le lart. prist à tjegoustei;,,., ^
Qui dcsp,us le. chapel estoit, ,: ^
^ (
Si que par [Link] H couloir f v, f.
Le sain , 8c aval la face
, . .
fust crasse char de vache ,
'.-,
Corne cc
Unsvallés devant lui lervoit, ;v
Anuicz su , içop li grevoit ICQ
,
S'-aumucli,e,,qi|i,çstoit fovrée ; .<,.., . t
D'une verge qui ert pelée > t
, .
Li a jus bouté le chapel,
for le mantel
Et li lars chiet
qui lez lui sist. v
Au Chevalier
Provos sist
Or oiez que U , >,
Un faut done parmi le su
,
Vers l'uis se uet à grant vertu ;
46 FABLIAUX
Mes li Escuier qui servoient,
Qui l'asere veu avoient, uo
Li donerent grant hatiplat,
Si qu'il le firent cheoir plat,
Fièrent en teste St en l'escliine,
Li keu saillent de la cuisine,
Ne dt nanderent que ce su
,
Ains traient les tisons du su
,
Si fièrent sor lui à un tas,
Tant le fièrent & haut St bas,
Que briíiés li ont les rains,
Aus bastons, aus pies & aus mains,
Li ont fait plus de trente plaies ,121
Et l'ont fait chier en ses braies.
A la patfin tant le menèrent
,
Que par les bras le tramèrent
Fors de la porte en un sosie,
Ou l'en avoit un chien tué;
Moult li sist grant honte l'achars,
Cist fabliau* retret de c'est cas,
ET CONTES. 47
Que' par cmbler ont les avoirs.
Mais Diex qui su mis en la Crois
Lor envoit tele ponreté,
j Que poure gent tiengnent vérité. 13a
Explicit du Provojl à l'Aumuchc,
DU PRESTRE QUI OT MERE
A FORCE.
A C1 siibliaus est le voire,
s ce
Si nous raconte d'un Provoiro
,
Qui avoit une vieille mère
Moult fclonesse & amere
,
Bocue estoit, la'ide 8c hideuse
,
Et de toz biens còntralieuso
,
Toz li mons l'avoit contre cuer,
Li Prestres mcìsine à nul suer,
48 FABLIAUX
Ne vousist pour sa desrefon
Que l'on entrast ja en sa meson 10
,
Trop ert parliere 8c de put estre.
Une bone amie otlc Prestre
,
Que il vestoit 8c bien 8c bel
,
Bone cote ot 8c bon mantel,
S'ot dcus peliçons bons 8c biaus,
L'un d'escuirex, l'autre d'aigniaus,
Et s'ot riche toissu d'argent,
Dont assez parloient la gent,
Mais la vieille parole plus
De l'amie au Prestre que nus , $0
Et disoit à son fil meisme ,
Qu'il ne l'amoit pas la disiline
Qu'il set s'amie , il i pert bien
Que li ne veut-il doner rien ,
Sorcot, ne peliçon ne cote.
Tesiez, fet-il, vous estes sote ,
De quoi me faites-vous dangier,
Se du pain avez à mengier,
De
|
ET CONTES. 49
;
De mon potage & de mes pois,
!
Encor est-ce tout scur mon pois 30
| Que vous m'avez set mainte honte ? ..
! La vieille dist que rien ne monte,
í Désormais voudrai en avant,
i Oue vous me tenez par convant
j
A grant honor corne vostre mère :
j Li Prestres refpont : P?r saint Père,
Faites du pis que vous porrez,
James du mien ne mangerez ,
i
Ne ne girrez en ma meson.
Si ferai voir, non ferez, non ? 4»
Fet la vieille, je m'en irai
A l'Evesque, se li dirai
Vostre errement St vostre vie,
Corne vostre meschine est servie.
j Alez-vous-en dist le Prestre, •
, ce
?
Trop estes maie 8c de put estre,
j Ne venez jamais ceste part.
] A
tant la vieille s'en départ.
Tome IL C
•)'0 F A H L I A U X
Tout ausi corne sorscnée ,
Droit à rEvesquc en est alée 50
,
Au pié li chiet, & si se claime
De son fil qui gueres ne l'aime ,
Ne ne li veut fere nul bien ,
Ne plus qu'il seroit à un chien ,
Tout son cuer met à la mefehine,
II n'a cure d'autre voisine
,
Cclc a tout à fa volenté.
Et quant la vieille a tout conté
A l'Evcfque ce qu'ele volt,
II li respont au premier mot €0
Qu'ele ne se voist mie repondre,
Que il fera son fil repondre, *
Qu'il viegne à cort à jor nomé,
Et la vieille I'a encline,
* Il y a ainsi dans le Mf. mais c'est une
faute : il faut lire semondre, sommer, man'
dtr.
ET CONTES. 51
! Si s'en part fans autre rcfponse
,
' Et l'Evefque set sii femonsse
j Sor le Prestre qu'il viegne à cort,
j Que moult le voudra tenir cort,
j S'il ne set reson à fa mcro,
! Je dout moult qu'il ne le compcrc. 70
! Li tens s'en vait St li jors vint
j Que l'Evesques ses plais tint,
j Moult i ot clers 8c autres gens
,
i
E't de Provoires bien deux cens.
j La vieille ne s'est pas tenue,
j Droit à l'Evefque est revenue, •
! Se lui ramentoit fa bcsoinçne
,
i
1
L'Evefque dit que nes'estoigne,
; 4 Que si tost com son silz vendra,
M Sache que il le soufpendra, %o
•
Et lui toudra son bénéfice.
La vieille qui su fole 8c nice.,
Quant ot parler de soufpendre,
Cuida c'on deust son fil pendre,
Cij
<ji FABLIAUX
Puis dist à soi, mal curée
,
Porqoi me fui de lui clamée
,
Deablcs furent à mon ncstre ,
Quant mon chier filz pendus doit cstre,
Que portai dedens mes (lans,
Tos li est csineus li fans 90
,
Grant piece cstut corne esbahie,
Lors s'apenfa la renoie,
Qu'à l'Evefque sera acroire
C'ert son fils d'un autre Provoire.
A tant uns Prestres leens entre, *
Qui moult lu gros parmi le ventre
,
Si ot le col roont 8c cras,
La vieille dist isnel le pas
A l'Evefque, 8c cria en haut,
Sire sire, se Diex me faut, 100
,
Mes fils est cil gros Prestres là,
L'Evêque tantost l'apela,
Venez ça-, Prestres dcfvoiez,
Dites-moi porcoi renoiez
ET CONTES. 53
Vostre mère que jc voi ci,
Se Diex ait de moi merci,
A poi que je ne vous souspant.
La bone same à vous s'atent
,
Qui est moult poure St moult frarii.f,
Et vous vestez vostre mefchine i» )
De bones robes vaires 8c grise
,
Com par est ore bien assise,
La rente dont estes saisis.
Li Prestres su toz esbahis
De ce que l'Evefque li dist.
Sire, fet-il, si Diex m'aït,
Je n'oi mère moult à lor.c tens
s
Je ne cuit mie ne ne pans
Conques ceste vieille veisté
,
Sachiez que pas nel desdeisse ï 10
,
Se cuidasse que fust ma mère.
Quoi, set l'Evefque, par saint Père,
Vous estes escomeniez,
Quant vostre mère renoiez,
C iij
54 FABLIAUX
Et souspendus ne peut autre estre
,
Dont ot moult grant paor li Prestre,
Quant il ot qu'il ert souspendus,
Moult su dolens & esperdus,
A l'Evefque merci cria,
Et dist que Ion plcsir fera. 13»
Dist TEvcfquc 8c jc l'orroi.
Or prenez vostre palefroi,
Si metez vourc mère fus,
Et gardez que n'en oie plus
Novele plainte ne clamor,
Mes portez li moult grant honor,
Si la vestez si qu'il i paire.
A tant li Prestres s'en repaire
,
Quant de TEvcfque ot le congié
,
Tait li est qu'il fust estongié. 140
Encor n'ot une liue alèe ,
Quant il ou sons d'une valée
Le íil à la vieille encontra ,
Celé part son chemin torna »
ET CONTES, J ;
Des noveles le tint moult cort,
z
Et cil li dist que à la cort
' Devant l'Evefque un jor avoit,
Dont regarde fa mère 8c voit
,
Que li set signe courre alast
!
,
Et que de rien ne la parlast. 15.
Et quant il tu outrepassez,
Li autres Prestres dist alez
, ,
Quant viendrez à cort biau comp-rr;;,
Diex vous doint autretel gaaing
,
Corne j'ai fait ceste vesprée
,
L'Evefque m'a mère douée
,
On soit à droit ou soit à tort
3
Ceste vieille hideuse enpoit,
Si la me convient maintenir.
Adonc ne se pot plus tenir u'->
Li filz à la vieille de rire.
Lors comença au Prestre à dire
,
Se vous vostre mère enportez,
Por ce ne vous desconfortez
,
Ciiij
5ó FABLIAUX
Mère, sire ce dist le Prestre
, ,
Mcre au deable puist-ele estre
,
Que ma mère ne fu-eîe onques.
L'autre Prestres li dist adonques,
De chief en chief la volenté.
Qui or vous seroit tel bonté 170
,
Que la vieille por vous preist
,
Et la peust St la vestist
,
Que li doniiev.-vous, biaus dous sire?
Quoi ! set l'Evefque * par saint Sire,
,
Cui hom je fui St Chapelains,
S'il estoit ne clers ne vilains,
Qui de son cors me délivrast
,
Et la vestist St la chauçast,
II en auroit quarente livres.
Por tant cn ferez-vous délivres, 180
Fetcil se la vieille l'otroie.
Fet la vieille, le Diex me voie,
* C'est encore une sauce'dans le Manuscrit, i
il faut lite Prcjire.
ET C O K s E S. 57
Je l'otroie moult boncment.
Lors a cil set le paiement,
Et les deniers créante à rendre.
Or puet plus asseur despendre
Li sils à la vieille fans faille,
Que cil toz les deniers li baille,
Si s'en acuité com loiaus.
A cest mot scnist cis fabliaus, 193
Que nous avons en rime mis,
Pour conter devant vos amis.
Explicit du Prestre qui ot mère àfgrcs.
CY
<j8 FABLIAUX
DES DEUX CHEVAUX.
V-> l L qui trouva de Mortervel,
Et del mort vilain de Baillueí,
Qui n'ert malade ne enfers,
Et de Gombcrt St des deux clers ,'
Que il malatrait à son estre
,
Et de Bruuain la vache aux Prestre,
Que Blcre amena ce m'est vis,
,
Et trouva le songe des vis,
Que la Dame paumoier dstt,
Et du leu que l'oue decut, ÏO
Et des deux envieux cuivers
,.
Et de Barat St de Travers,
Et de lor compaignon Haimet,
D'un autre fabel s'entremet,
Qu'il ne cuida ja entreprendre,
Ne por Maistre Jehan reprendre
5
E r C O N T E s. 59
De Boves, qui dist Lien St bel,
N'entreprcnt-il pas cest fabel,
\ Quar assez sont siditraisnable ;
j Mais qui de fabel set grant fable 10
,
N'a pas de trouver sens legier j
Mais pour ma matière abregier,
j Vous conterai tout demanois,
? Qu'il avint en cel Amienois,
A lonc eue fur la rivière
,
Mess un vilain, ce m'est aviere
,
S
Q -i onc huiseux n'estoit trove'z,
Mes travaillez 8c aouvrez
De messoner St de íbier,
Si menoit jarbes à loier j9
D'un roncinet de poure coust
,
Qu'il avoit tret devant Aoust
Moult mal peu, 8c bien pené,
Et si en avoit amené
Son blé, ains l'aoust par l'orage,
Poi ot avaine, 8c poi forage
,
C vj
6o FABLIAUX
Por bien sa beste governer ;
Mais por ce qu'il ne pot juner,
Et poi argent qu'il en vout prendre,"
Se pensa qu'il le vourra vendre. 40
Ainsi avint com jc vos di ;
Et quant ce vint au samedi,
Si matinet corne il ajorne,
Li vilains son roncin atome,
Et frote St conroie 8c estrille
, ,
En un blanc chevestre de tille,
Le maine fans selle & sans frain ,
Bien sanble roncin mors de sain,
Si estoit-il, poi s'en faloit.
Tout ainsi com il s'enaloit, 50
Sor le roncin qui dur le porte ,
Et iltreívint devant la porte,
St Acueil une prioré.
Uuec n ot gueres demoré
,
Quant uns rendus de la meison
Ist hors si l'a mis à refon J
,
ET CONTES, 6t
Qui estoit venus au serain
,
Si li dist au primerain.
Amis, quel part vous menra Diex.
j Est cil ronrîns jones ou viex 60
,
Par semblant n'est-il gueres chicrs.
; Foi que doi vous, biau sires chiers,
Tel com il est le m'estuet prendre,
i Tant que je le truis à cui vendre.
f Mon vuel fust-il grans &: pléniers,
1
Si en eusse plus deniers,
j Si ne m'eussiez point gabé.
Foi que doi Monseigngr l'Abé
j
,
Fet cil, & Tordre dont je fui,
Aine ne le di por vostre anui, 70
Ne por vous de riens agrever,
Auíinc volons nous alouer
Un no roncin qui céans est,
Se vos i savez vo conquest,
Nous lebareteriens au vostre;
,Venez ens, si verrez le nostre
>
tjì FABLIAUX
Si fcsons marchié Diex tant bien,
Se ce non chafcuns r'ait le sien,
Puis resoions amis corne ains,
je l'otroi bien , dist li vilains. 8<>
A tant s'en entrent en la cort,
Li rendus cn Tcstable cort,
6i en a trait un roncin sors,
Qui n'estoit mie des plus fors
Conques vi, ne des plus vaillans,
Ains estoit maigres St taillans,
Dos brisié, mauvais pour monter,
Lescostes li pot-on conter;
Haus ert derrière 8c bas devant,
,
Si aloit d'un pied sous lochant, 90
Dont il n'estoit preu afaitiez,
N'estoit rcveleus ne haitiez,
Niln'avoit talent de hennir,
Quant H vilains le vit venir,
Si l'esg'U'da moult d'en travers.
Que resgardez, set li convers ?
ET CONTES. Cy
Encore soit-il poures C: maigres,
S'cst-il plus taillans 8c plus aigres,
Que tel vendra l'en cent sols ;
Mes il ne su pieça saous, 100
S'est chafeuns jor bien aouvrez,
11 seroit bientost
recouvrez ,
S'il ne fesoit oeuvre grevainc,
S'eust du suer 8c de l'avaine,
Por qu'il i peust avenir,
On auroit en lui que tenir,
Et si set bien s'avaine maurre.
Dites combien vendrez-vous saurre,
Je le vous mettrai à droit suer.
Li vilains sorrist de mal cuer, lie
De ce qu'il ot dire au rendu.
N'avcz-vous mie encore tout vendu,
Dist li vilains par mon chapel,
>
Bien me volez vendre la pcl,
Quar en lui ne voi-jc mes rien j
Fors lo vendaçc d</i cuirien,
64 FABLIAUX J
Roncins qui n'a valor ne force, ?
Est bien digne que on l'elcorce, |
Sai tel engaigne, que je muir,
Qui me rouvez foudre à ce cuir; 110
Mes vez ci roucin bien vendable,
Fols est qui le tient en cstable
, -.t
Bons est partout oh on l'adrece
,
Bons cn charrue, & bons en erce,
Et bons es trais St es limons,
Ne onques ne vit toz li monz
Meillor roncins, ne plus ifnel,
U cort plus ne vole arondel,
Je ne me vois mie esbaiánt,
Se nus veut roncins bien traiant, 130
Por un grant mont à dévaler,
Qu'il cn lest celui aler,
Lorsque l'en adroit li apiaut;
Mes jc me mervcil que ces piaut
Que vous m'[Link] tant detrié,
Et si vous avoic prié
ET CONTES. 65
Que vous ne me gabissìez pas,
Or fusse à Amiens tout le pas.
Que que m'avcz ci amusé ;
Moult avez ore refusé i^û
,
Fet li convers 8c avilie,
Mon roncin maigre 8c escillic,
Et le vostres fêtes si preu ;
Mais nous saurons de ci à peu,
Lequel sera tniez alofcz,
Se le vostre efprover volez.
Mctons les roncins keuc à IÌCUC,
Et si soit que bien les ancuc
,
Et se li nostres puct tant fere
Qu'il puist le vostre à force trerc,- i $o
Dufques là fus à celé grange.
Perdu l'avez fans nulo efchange,
Et 1e li vostres est tant fors,
Qu'il puist le nostres trere sors.
De celé porte feulement,
Mener l'en poez alitement ;
66 FABLIAUX
Ainsi doit-on prouver fa beste,
Ce dist li vilains par ma teste,
Marcheant avez encontre,
Ainsi vueil je qu'il soit graé 160
,
Et si vueil que tout maintenant
,
Soient tenu li convenant.
Je l'otroi bien set li convers.
,
Le sien a par la keue acrs,
Qu'il avoit moult St mate St souple,
Andeux ensamble les acouple,
Puis fust chafeuns devers le fuen
,
Si ot verge tout à son buen,
Dont grant cops !or douent Sí rendent,
Et li roncin tirent St tendent, r/o
Com cil qui ne s'osercnt faindre,
Lesneus font serrer 8c estraiudro;
Mes por tirer ne por fachier,
Ne les porent defattachier,
Moult ont les crêpons estendus.
Qu'est-ce, Baillet, set li rendus^
ET CONTES, 67
Gardez que cil ne vous eschape,
Adont de la verge le frape,
Fiert 8c frape 8c done grans cops»
Et li vilains ne su pas sols, 160
Qu'il vueille Ferrant assoler,
Ains le lest assez reculer,
Por celui lasser 8c recroire ;
Et li rendus, ce puez croire,
Fu liez quant il vit Baillet errant,
Et il vit reculer Ferrant,
Moult licroist le cuer 8c cngrang?.
llailtet, set-il, voiz ci la grange,
Garde que l'onor cn soit tine }
Mes Baillet a fête la siue ìyc
,
Qu'il ne puet mes ne ho ne jo,
Ains s'arreste fans dire ho.
D'angoisse li bâtent li flanc ,
Quant li vilains le vit estanc ,
Qu'il ne puet mes tirer ne trere ;
Ferrant, set-il, or del bien fere,
68 FABLIAUX
Gentiz bestc de bone essonre :
Quant li roncin s'oï semondre,
Des piez. devant s'aert à terre
,
Que de l'un des piez se déferre, ÍOÌ
Le fer set voler contremont,
Et li vilains coite 8c semont,
Ferrant qui trait 8c tire fort,
Et Bailles arriére ressort,
A celé premeraine pointe
,
L'en maine de cul 8c de pointe
Vers la porte tout le grant cors,
Traînant ausi com un ours,
Enmenoit à col estendu
,
Et li roncin St le rendu a. 10
,
Qui moult dolent âpres le siut,
Si com de la porte issir dut ;
Et li rendus conuit bien l'uevre,
Que Paillés íì vilment se prueve
,
Que cìssi vilement entraîne,
Son coutel trait de sa gaine,
ET CONTES. 69
Ne set coment il le reskcue ,
A Ferrant à copé la kcue.
Se li a alegié son fais,
De la porte tout à un fais 2iO
S'en issìrent andui ensemble.
Li rendus fiert la porte ensemble,
Puis s'en repaire à son ostcl. '
Li vilains n'en pot avoir cl.
Nil ne pot pas desous mucicr,
Ne sot tant braire ne huch'ier
,
Que cil li vousist mot respondre.
Puis le sist à Amiens scmondre
A la cort par devant TEvesque,
Qui bienleur enquiert 8c enpcsque,
Coment il lor su avenu ; 431
Puis ont lonc tens le plet tenu,
Qu'ains ne lor en sist jugement.
Or vous proi-je communément
Qu'entre vous me dites le voir
t
Se li vilains le doit avoir,
[Link] des deux Chevaux.
70 FABLIAUX
LA MALE HONTE.
sl U E s de Cambrai conte 8c dist
Qui de ceste ccvre rime sist
,
Qu'en l'Evefchié de Cantorbille,
Ot unEnglés à mu vile ,
Riches hom estoit à grant force ;
J-a mort qui toute rien essorce
Le prist un jor à l'on ostel,
Partir devoit à son chastel
Li Rois qui d'Engleterre ert Sire
,
C'est la coustume de l'Empire. 10
Li vilains dont je di le conte,
Avoit à non ou pais Honte
,
De grant avoir ert assafez;
Mes ainçois qu'il fust deviez
,
Parti cn deux pars son avoir,
Ce que li Rois en dut ayoir,
ET CONTES. 71
Mist l'on cn une feue maie,
Cil qui le vis ot taint 8c pale ,
Le charja à un sien compère ,
Sor Dieu St sor l'ame son perc, ao
Qui présenter l'alast au Roi,
Que fa Dame ne fust en effroi.
Quant cil su mors il ne sc targe,
La maie prent 8c si l'cncharge,
Dufques à Londres ne s'arresto
,
Là où li Rois tenoit fa leste
,
A moult grant paine entre cn la sale
,
A son col ot pendu la maie
,
Qui moul estoit grant 8c velue,
.
Le Roi 8c ses Barons salue", jû
Sire dist-il, oiez mon conte,
,
Je vous aport la maie Honte,
La maie Honte recevez,
Quar par droit avoir la devez,
Par saint Thomas le vrai martir,
Je la vous ai fait si partir,
7i FABLIAUX
•
Que jc cuit que vous en aiez
Le plus, or ne vous efmaiez.
Li Rois s'aïre si l'esgarde,
,
Vilains, sct-il , li maus feu t'arde, 40
Et Diex te doinst mal% encombrier,
Ains que j'aie nul destorbier,
Doner me veus trop vilain més,
Quant malc Honte me promés.t
Mar le pensas par saint Climetit,
Vuidicr li set isnelement
Le grant palais St la meson,
Et puis doner fa livroison|
A deux serjans qui tant le bâtent
,
Paí poi qujà terre ne l'abatent, 50
Cil qui estoit pris à la trape,
A moult grant paine s'en efchape,
La maie Honte a comparée
Oh il avoit mainte denrée,
Maint anel d'or, St mainte affiche,
Et li preudon tres bien s'affiche
,
Et
ET CONTES. 73
Et dist qu'arriére n'en ira,
De si que li Rois avéra
La maie Honte set reçoivre;
Quar il ne veut mie deçoivre 60
L'ame son compère Frontel,
Qui li charja à son ostel
Sor Dieu St sor son comparage,
Mes toz cels prie mal damage
,
Qui tant li ont doné de cops,
Que tout li ont froissié les os.
La nuit se herberge en la vile,
Cil qui ne quiert barat ne guile,
Puis s'en vint à cort lendemain,
Sî se cornante à saint Germain. 70
Aus fenestres du Palais voit
Le Roi, qui cntor lui avoit
De Chevaliers une grant masse,
Trestoutc la cort s'i amasse,
Li vitains hautement parole,
Rois de Londres & de Nichole,
Tome II, D
74 FABLIAUX
Fat me escouter, 8c si m'entent,
La maie Honte encor t'atent,
Je ne vueil de ci mouvois,
Si l'aurez fête recevoir, ío
La maie Honte vous remaigne ;
Si la partez à vo compa ngne,
Et aus Chevaliers de vo table,
Oiez, set li Rois, del Deable»
Qu'il ne sera ja chastoiez,
Gardez qu'il soit pris St loiez*
Et bien tenus qu'il ne s'en aille.
Uns Chevaliers de Cornouaille i
Li Rois apela maintenant ;
Sire sct-il, trop malement, <)b
,
Fêtes démener cel preudome,
Si n'aveV pas oï la somme,
Ne cuide rien vers vous mefdire »
JLessiez li desrenier sondire,
Se sa reson ne sa parole,
Est ouìrecuidie ne sole,
ET CONTES. 75
Qu'il ne sache refon monstrer,
Lestiez li, s'il vous plest, entrer ;
Quar n'affiert pas à Roi d'Empire ,
S'uns sols se melle de mesdire, 100
Que por ce soit contralieus ;
Ains doit estre forment joicus.
Par doner & par apaier
>
Fêtes li vilains essaier,
S'il set bien fa refon ouvrir,
Et fa parole descouvrir,
Qu'il ait la chose por bien dite,
Si l'en rendez haute mérite,
Et li amendez le messet
Qu'en vostre cort li a l'en set, 110
Quar n'a pas chiere de larron ;
LìRois l'otroie St si Baron.
Et cil recomence son conte,
Sire, set-il, la maie Honte
Vous aport moult plaine d'avoir,
Si m'en devez bon gré savoir,
Dij
7ó FABLIAUX
A moult grant tort la resusastes,
Er soir quant si vous courouçastcs,
La maie Honte est granz St léc,
Que je vous ai ci aportéc, us
Toute soit vostre, biau dous Sire,
Mon comperc le m'a set dire,
Por ce biau dous Sire que g'erc,
Et son ami St son comptre,
Partir sist son avoir parmi,
Vo part vous en envoie par mi
En unç maie qui su siue; *
N'^i mes talpnt que vo cort fuie,
Que tant m'i ont donnes de cops,
Que tout m'i ont frpissié les os, Í30
Mes toutes voies, Sire Rois,
Puisque ce est resons St drois,
Jc vous reot çi la maie Honte ,
Et si tenez de l'avoir conte.
Lors l'a de son col despendue,
Au Roi l'a maintenant rendue,
ET CONTES. 77
Sa refon li a defcouverte,
Et li Rois a la maie ouverte ;
Assez i ot or St argent,
Li Rois voiant toute fa gent, 140
La malc Honte au vilain donne
,
Et son marnaient li pardonne,
Et li vilains dist coicmcnt,
La maie praing-je voirement,
A tout l'avoir qui est déduis ;
Mais je pri Dieu entre mes dens,
Que maie Honte vous otroit,
Si fera il, se il m'en croit,
Autre celi que Je port,
Quar ledcngic m'avez à tors. 150
Lors a li vilains reportée
La malc Honte cn fa contrée,
A mainte gent fut départie
,
Qui cn orent moult grant partie,
Sans la maie ot-il trop de honte
t
Et chascun jor li croìst & monte ;
D iij
78 FABLIAUX
Mais ainz que li ans fust passez,'
Ot li Rois de la honte assez. '
Explìcìt de la Maie Honte,
DE L'ENFANT QUI FU REMIS
AU SOLEIL.
3 A D 1 s se fa uns marcheanz,
Qui n'estoit mie recreanz
,
Ne de gaaignier c&bahis,
Ains cercha lovent maiot pais,
Por ses denrées,emploier,
De son avoir mouteplier
Ne su pas sovent à sejor.
De sa famé se part un jor,
Et va en sa marcheandise,
Ainsi com cis contes devise, i<5
Bien demora deux ans entiers.
La marcheande endementiers
ET CONTES. 79
Fu enceinte.d'un bachcler ,
Amors qui ne se pot celer,
Mist l'un 8c l'autre en tel desir,
Que ensemble les fist gésir j
Mes lor. coure ne fu pas sainte,
Quar la Darne en remest ençainje
Un sil cn ot, 8t si avint.
Et quant li marcheanz revint, ao
A suer de sage se prova.
De l'cnsonçon que il trovaj
A sa famé reson demande,
Ha, sire, set la marcheande ,
Une fois m'estoie apoie
La fus à vo haute poie,,
Moult dolette St moult cfplorée
Tout por la vostre demorée
,
Dont g'ercen moult grant desconfort,
Hyvers ert 8c negoit moult sort, 30
A mont vers le ciel esgardois,
Et je qui point ne me doutoie,
D iiij
Sa FABLIAUX
Par mechief rccui en ma bouche
Un poi de noif, qui tant su douce, \
Que cei bel enfantin concui, v
D'un seul petit que j'en recui, '
Ainsi m'avinr com je vous di :
,
Et li preudon li rcipondi, '
,,
Dame, ce soit à bon qur, .
Des ore mes fuis-je tout seur, 40
(
Que Diex m'aime feue merci,
, .
Quant cest bel oir que je yoi ci
TCous consent ainsi à avoir,
Ausi n'avions-nous nul oir,
Et cist ert prudons se Dieu plest j
Ne plus ne dist, ainçois se test,
Ne de son cucr point ne ^hi ;
Et li enscs crut St teht,
Et prist moult bonne noureçon,
Mes tozjors su en soupeçon 50
Li preutìons, cV cnporveanec
Qu'il en voie fa délivrance»
ET CONTES. &I
Quant Penses ot quiiV/.c ans passez ,
Cil qui n'est mïercspassez
De son mal \ qui moult est irais,
A fa famé'"s'est un jor trais,
Et dist, Dame, ne'vous griet pas,
Que demain vueil fans nul trespas
En marcheandise r'aler,
Fctes tôst'mes1'dras cmmaler, 60
Moi aucjubs matin cfveillier,
Et vostre sill appareillier,
Qu'o moi le vueil mener demain.
Savez-vous porqoi je le main ?
>
Jel vous dirai fans demander,
Por aprendré à mareheander
,
Entruos qu'il'est de jone aage
,
Ja nc verrez home sin sage
De nul mestier, sachiez sans doute,
3e il n'i met son sens St boute 70
,
Ainçois qu'il àit'úsé son tans.
Site bien m'i fuis assenuns ;
,
$ì FABLIAUX
Mais encore s'il vous pleust
,
Mon fils encore ne s'en meust,
Et puis que voz plesir i est
,
Au contredit n'a point d'aquest, "'
[Link] ne m'en pòrroie,
Demain vous mettrez à la voie,
Et Diex qui la fus est St maint
Vous conduie, St mort fils ramaint,
Et doinst la bone destinée ; i«B
A tant fu la refon sinée,
Et li preudóm matin se lieve,
Cui ses aferes point ne griève J
Quar la chose li vient à point,
Mais la Dame n'abelist point,
Cc qu'ele cn voit f n fil aler,
Qui de li part sens retorner ;
Et li preudon olui l'en guie
Tout le chemin lez Lombardie : 50
Ne conterai pas lor jornées
Que tantes terres ont passées,
ET CONTES, 8$
Qu'à Gènes droit s'en sont venu
,
A un ostel sont descendu.
Li preudon a changié Agraine
A un marcheant qui l'enmaine
En Alixandre por revendre;
Et cil tantost fans plus attendre,
Qui le fil fa famé vendi,
A son autre afere cntendi; 100
Lors repéra en fa contrée,
Et tante terre a trefpassée,
Qu'à son oste\ vint 8í descent ;
Mes ne le vous diroient cent
Le duel que la Dame demainc
De son fil que pas ne ramaine,
Souvent se pafme ainsi avint,
,
Et quant de pafmoison revint,
En plorant li requiet St prie
,
Por amor Dieu, que il li dje no
De son sil qu'il est devenuz.
De respondre ne s'est tenuz
D vj
8,y FABLIAUX
Cil qui moult biau parler savoir
,<,
Dame, felqnc cçxqu.e L'en Voit,.
Doit chascuns le siécle mener;
Quar en trop grant duel démener.
Ne puet-il avoir nul conquest.
:
Savez-vous que avenu m'est
Ens el pais où j'ai, esté
,
Pat un chaut jor,el tens d'esté, 120
Ja estoit miedis passez,
Et li chauz ert moult trespassez,
Lors erroUje. & vo fíex,
Lez-moi *
Deleure un mont qui tant su hau? \
Li solaus clers, ardanz 8c chauz
Sor nous ardanz raiz descendi,
Que fa clarté chier nousvendi*. •>
Que vostre fil remettre covint .. '. « ••
De l'ardeur qui du soleil vint:. 130
* Le feste du vers est en blanc danî l'cMÍ.
*uli 1c sens n'y wst pas moins.
ET CONTES, $5
A ce sçai-bieri St aperçois •' '
Que vostre filz su sez de noif,
Et por ce pas ne m'en merveily
S'ilcstremis cl chaut soleil» "
La Dame s'est aperceue
Que son mafi Ta deccue,
Qui dist que sonsil est remis.
Or li est bien enlieu remis
Ses engiens, 8c tornez à perte,
Dont solemènt estoit couverte: 145 r
Bel s'en est ses sires vengiez
>
Qui laidement su engingniez,
Et par paroles, ít par dis,
Mes james n'en sera laidis. '•
Por ce qu'elle messette,
se sent
Sts meffez a ceste pais sete;
Bien l'en avint qu'avenir dut,
Qu'elle brassa ce qu'elle but.
ExpOcit de VEnfant quifu rtntìs
AU SoUiL
$6 FABLIAUX
DES T R O
iV'DAMES
'•.,.''
"Ht O
QUI TROUVERENT UN ANEL.
.
V>/ I E z , Seignor, un bon fabel,
Uns clers le sist por un Anel
Que trois Dames un main troverent ,
Entre elles trois Jhefu jurèrent.
Que icelle l'Anel auroit,*
Qui son mari miex guileroit,
Por fere à son ami son buen,
L'Anel auroit, 8C seroit suen.
La première se porpense,
En quele guise l'Anel aura 10
,
Son ami a tantost mandé ;
Quant il sot qu'el l'ot comandé,
Si vint à li delivrement,
Quar il l'amoit moult durement,
ET CONTES. 87
Et eîe lui» n'ot pas tort;
<"•
Del nicillor vin St de! plus sors'
Con pot f >ver en celé terre ,
Fist la Dame maintenant querre,
Et si ot quis dras moniaus
Qui assez surent bons St biaus, 20
Del vin dona à son mari,
II cn but tant, je le vous di,
Qu'il ne favoit oh il estoit,
Acoustumé pas ne l'avoit.
Quant li preudom su endormi,
Entre la Dame 8c son ami,
L'ont pris St rez 8c l'ont tondn
Et coroné, tant ot beu,
Que l'en le peust efeorcier.
La Dame St son dous ami chier 3©
Le prennent, St si l'ont porté
Droit devant la porte à l'Abé,
Dont il crent assez prochain
,
Uue^jut jusqu'à lendemain
8$ F. A] B -LOî'J>A U X
Que DameiHiex<dòaa leìjory
11 s'esveilla'v t&ot paor jt • i'> •> >
Quant il se viffi atorneVy Í> VÍ.; >
>
' ;
Diex Ld*st'-il, qui mk\'<oroa«f? ''<".
Est-ce donc par vostréì voiois ? r-7,*•
Ç(jl, ce [Link], savoir > ,. 40
Que nus [Link] ne le m'a fait,
Or n'i a donc poipt de,deshait ,
Vous volez que jc sois moine , -\
Et jel ferai fans nule essoine. -
Maintenant sor ses pies se drece,
Grant oirre que ne s'aperecc ;
,
Vient à la portp., si apele „ •
Li Abés ert à,\a Ghap?h? <
•
Qui maintenant l'a entendu ,
La porte ouvri>; «juant la veu 46
A pié, senzamc toz fous :
8c
Frère, fet-il, quj cfles4vous ? -
Sire dist-il, je sui& uns hom * -
,
Elire vueil [Link] -a.. » "•
,
ET CONTE S. 89
De ci près fui vostre voisin,
Sachiez que encor ier matin , •
Ne favoic ccste aventure y .
Mes Dame Diex qui tout figure,
M'en a donné fr bon talent,
Et moustré si cortoifcment, 60
Sire, com vous moez conter,
Quar il m\i set ci aporter
Tout coroné 8c tout tondu,
Corne autre moine re/estu.
Fête j-moi mander ma moillier,
Et fe li ferai otroicr. v
De ma terre St de mon avoir j
Vous serai tant céens avoir,
Que toute en arezma partie
Por estre de vostre Abeic. 70
Li Abez convoita la terre
,
Si envoia la Dame querre,
Et ele i vint delivrement ;
Quar bien favoit à escient
ço FABLIAUX
Porqoi li Alîés lot mandée.
Et quant ele fu lecns entrée
,
Et ele a veu son seignor,
Sire por Dieu le Creator,
Volez-vous moine devenir,
Je nel porroie pas foufrir : 8c
A la terre chei pasinée
,
Par saint senblant s'est demorée
Une grant piece à la teire
,
Samblant set que li cuer li ferre.
I i Abés li dist franchement,
Dame c'est duel est pour neent,
,
Vous deussiez mener grant joie
,
Vostre sire est en bone voie
,
Diex l'aime ce poez savoir
,
Qui à son oes le veut-avoir. 90
El l'otria à quelque paine,
Un gars à son ostel l'enmaine,
Où ele trova son ami,
Maint preudome a esté trahi
ET CONTES, 91
par famé St par sa puteriè'.
,
Cil su moines en l'Abeie,
Ou il fu moult longuement. ''•''•
Por ce chasti-je toute gent
Qui cest fabel oient conter,
Qu'il ne se doivent pas fier lO
En lor femmes n'en lor mesnics,
Se il ne les ont ainz essaies,
Que plaines soient de vertus,
Mains hom a esté dcceuz
Par famé 8c par trahison.
Cil fu moines contre refon
,
Qui ja en fa vie nel fust
,
Se fa famé nel deceust.
La seconde a moult grant envie
De l'Anel., ne s'oblia mie, u©
Ainz sc porpense coment l'ait,
Moult su p!ain« de grant agait.
11 avint à un Vendredi,
Tout ainsi coin YOUS orrez ci *
9^ FABLIAUX
Ses sires ert au mengier assis,
Anguilles Yavoit jusqu'à six
,
Les anguilles erent salées
Et scchiés St enfumées ;
Dame dist-il, quar prenez tost
,
Ces anguilles cuisiez en rost, 120
Sire ceens n'a point de feu
,
Et ja cn a-il en maint Icu
Ci près, aîez-i vistement,
La Dame les anguilles prent,
Et trcfpassa outre la rue,
Chiez son ami cn est venue,
Quant il la vit, moult ot grant joíe ,
Com se il fust sire de Troyc ,
Et la Dame grant joie maine,
llucc su toute la semaine, 130
Et l'autre jusqu'au Vendredi.
Quant Yint à eure de midi,
La Dame apela un garçon,
Gars, dist-cle, va en meson,
ET CONTES. 93
Et saches que montsgign,ç)r,[Link];.ii
Ligars moult, tost,4,Postesvaiii,.,.y-A
La table ert mise 8f sus, deijXj*pain*v
,
Et li preudons lavpjt, ses, mains, ;.
Asscir devoit maintenante
Li gars viii,t arriére courant,. 140;
Et dist vostre mari menjuc..
, .
Celé ne fu mie esperdue ,,,_ . ,
Chiez son voisin en est entrée , >
Et le preudon l'a saluée
,
Et la Dame le reselue, >
Sire, dist-clle, je suis venue
Anguilles cuire à mon fejgnor
,
Nous avons juné tote jor ^
Jel laissai or moult deshajtié.
Il n'avoit encore hui mengié. 150
Les anguilles rosti moult tost,.
Quant il fu droiz que on les ost,
Si les a prises en son poing ; , 1
Son ostel n'estoit [Link] loing,
94 FABLIAUX
Et ele i fust moult tost venue, •
Tres devant son mari les rue,
Huis, dist-ele, jc fui efchaudée,
Et li preudom l'a resgardée
,
Sor ses pies faut corne dervé.
Pute, où avez-vous tant esté 160
,
Vous venez de vo puterie.
Et la Dame à haute voiz crie,
Harou aide bonne gent,
,
Et il i vindrent cfraument,
Et li prudom i su venu
,
Chic-z qui la pautoniere su
,
Por les sis anguilles roslir.
Sire, dist-ele , venez veir,
Me sire est de son sens issu ,
Ne sei quel mal il a eu 170
,
Je me parti ore deci.
Voire , pute, des Vendredi.
Cil entendirent qu'il a dit
Qu'ele au Vendredi se partit.
E T C O N T ES. 9Î
Cil de toutes pars l'ont saisi.
Li prcudom fut si esbahi,
Que il ne sot qu'il peust dire.
Chafcuns le détache St detire,
Les mains li lient St les piez,
Bien est matez 8c cunchiez, 180
Puis s'en ilîirent de Tostes,
Quar la pute ne queroit-cl,
L'en lor demande où ont esté,
Chiez Dant Jehan qui est dervé,
Si est grant duel St grant domage,
Quar orendroit li prist la rage
Qu'il voioit fa famé tuer.
Celé ne se volt oublier,
Ainçois a mandé son ami,
Et il vint maintenant à li, 150;
En se chambre l'en a mené ,
Par un pertuis li a moustré
Com li vilains estoit lié
,
Bien l'a maté St cunchié
,
$6 F A B L I A U X
Et bien vaincu par son barat.
Li vilains reproche du chat
Qui set bien qui barbes il lèche,
Cestui a servi de la mèche \
Mes s'il eust cuer de preudome ,*
II s'en venjast à la parsomme. 200
Or oiez de la daeraine ,
Qui nuit & jor fu en gnrnt painc
Fn quel guise TAnel aura,
Son ami ot que moult ama,
Sachiez point n'en remest for lui.
Moult s'entramerent ambedui.
Un jor l'ot la Dame mandé,
Quant il sot qu'ele l'ot comandc
,
Si vint à li tout fans demeure
,
Et la Dame en meifmes l'eure, aio
Li dist biaus amis, longuement,
Vous ai aimé moult folement,
Toz jors porroics ainsi muser,
Bien porroie mon tens user
En
T. T CONTES. 97
En sole vie & en mauvaise,
Se de moi avez meseise',
.
Moult feroic fole 8c musarde
, »
Maus feus St maie stambe m'arde
,
Se vousjames o moi gisez,
Se vous demain ne m'efpousez. 22©
Dame, dist-il, por Dieu merci,
Ja avez-vous vostre mari,
Coment porroit ce avenir ?
.
De grant folie oi plet tenir,
Dist-ele, j'en pensserai bien
,
Ja mar en douterez de rien,
Mes vous serez à mon talent.
Dame à vostre comandement
Ferai, ja n'en ert desdaignie :
Lors li a la Dame enseignie 130
,
Qu'au soir viegne por son mari,
Et si le maint avoeques li
Chiez Dant Huistasse le fil Tiessc
,
Où il a une bêle nièce,
Tome II, E
9? F A U L I A U X
Que volez prendre & espouser,'
Se il la vous voioit doner,
Et g'irai là sans demorcr,
Ja tant ne vous saurez haster ,'
Que je n'i soie avant de vous,
llucc nous trouverez andous 240
,
Où j'aurai mon afere fait
A Huistasse tout entrefait,
En tele guise que vous m'aurez,
Se Dieu plest 8c me receverez,
,
Tres pardevant nostre Provoire
,
Mon seignor ne saura que croire ,'
Qu'il m'aura après lui lellié ,
Je serai si appareillié
Que j'aurai changic mes dras ,
Que il ne me conoistra pas, 250
Et me fiancerez demain
Tres pardevant no Chapelain.
A mon mari direz, biau sire,
El non de Dieu el non saint Sire,'
,
ET C O N T E S. cy)
('este semé nie seiíiiliez.
II en sera joians 8c liez,
Et bien sei que il me donra
A vous, & grant joie en aura,
Et s'il ainsi me veut doner,
Je di que ce n'est pas prestcr. ?6o>
Isli fu set, issi avint.
Toute fa vie cil la tint
A cui son mari la dona
,
Por ce que il ne li presta
,
Ne la pot onques puis r'avoir.
Mes or vueil je par vous savoir,
Laquele doit avoir l'Anel.
Je di que celé ouvra moult bel,
Qui moine sist de son seignor.
Et celé r'ot-ele grant honor, 270
Qui le suen fist prendre St loier,
Et par estavoir otroier
,
Et toz les huit jors mesconter.
Cesse se refist espouser
Eij
JOO F A B L 1 A U X
Kn telc manière à son ami.
Or dites voir niait menti,
Et si jugiez refon St voir,
Laquele doit l'Anel avoir.
Explìch des trois Dames qui troverenì
l'Anel.
DU CHEVALIER QUI FIST
SA FAMÉ CONFESSE,
JZJ N tìeesin moult près de Vire
>
Une merveille j'oi dire
D'un Chevalier 8c de se famé ,'
Qui moult estoit cortoise semé ;
ET C O N T E S, 10 1
Et moult proisie cn se contrée
,
A la meillor estoit contée ,
Et li lires tant se sioit
En se moillier, & tant Taìnoit
,
Que de rien cure ne prenoit,
Tout li ert bon quanques fesoit, io
Que ja mile riens ne seist ,
.
Se il seust qu'il ne vousist.
Ainsi vefquirent longuement,
Qu'entre eux n'ot point de mautalcnt,
Fors tant, nc set par qucle manietf,
Que la Dame qui moult su chiere
,
Devint malade St aconcha
,
De trois semaines ne leva ;
Grant paor ot qu'ele nc moruù
,
Tant que son terme venu fust iu
,
De son Provoire fu conteste
,
Du sien donna, 8c fist grant lell'e.
Ne se vout pas à tant tenir,
Son seignor fist à li venir,
E iij
102 F A R L í A U X
Et se !' dist, biau sire chiers
,
Du conseil de moi fust mcstiers, *
Uns moines maint moult près de ci
3
Sain/, hom cil, ç'avons oï
,
A m'ame fust grant prou ce cuit,
,
Se je fusse confesse à lui. 30
Sire pour Dieu sens nulc aloigne
, ,
Quar me fêtes venir Ic moine,
Grant mestier ai de lui parlei.
•Dame dist-il, vez m'i aler
, ,
Nul meillor mes de moi n'i a
,
Je cuit jel vous amenrai ja.
A ces paroles s'en toma
Sor un cheval qu'il ot monta
,
A la voie se mist ambiant,
Et de se lame moult pensent, 40
Diex penssu tant a esté !
il !
Cestc famé de grant bonté ,
* Jc crois qu'il faut lire, de vosttecon-
seil sull nieiUccs ;
J'ai besoin de youe cou-
Ai!.
ET CONTES, ICJ
Ce seurai-jc, se Diex m'aït,
S'ele est tant bone c'on le dit,
Ja n'i aura confession
,
Pcr le cuer Dieu se de moi non ;
,
En leu de moine à li vendrai,
Et se confession orrai.
En cc que ceste penssc estoit,
Et devise qu'estre en porroit 50
,
Chiez le Prior en vint ìuanois,
Qui tu prudon & moult cortois
,
Et quant le Prieor vit li
,
Encontre lui moult biau íaiì'i,
Bel l'apela s'el (ist descendre,
Puis si a set son che\ al pi end: <t,
Puis li a di: par í'oiclre Dé,
Or m'avc/-vous servi à gié
,
Quant vous m'eiles venuz veoir
Corne vostre ami, St rcmanoir ; 60
De herbergier gra,.* joie en ai,
Por vous la cort amenderai.
E iiij
J04 FABLIAUX
Li Chevaliers li dist tìiaus sire ,"
:
Grant gré vous seai certes du dire,,'
Mes ne puis mie herbergier,
Venez o moi ça conseillier.
Quant il l'ot tret à une part,
Sire fet-il, se Diex nw gart,
,
Grant mestier ai de vostre aïe,
Gardez que nc me tailliez mie 70
,
Se vos dras noirs me presterez,
Ainz mienuit toz les r'aurez,
Et vos grans botes chauccrai,
Et jc ma robe vous lerrai.
Ceens avez mon palefroi,
Et le vostre menrai o moi.
Le moine tout li otria
Quanqu'il quist y. demanda ,
Et quant fu nuiz les dras Yestit ,
11 chanja trestout son abit, 80
Defus le palefrc! monta,
Au moine qui souef ambla,
>:T C O N T K b. 105
Lors s'en parti de maintenant
,
En se meson en vint ambiant
,
Deáenz entra, bien fu enbronc,
llien s'enbroncha ou chaperon
,
Quar ne voioit, ce cuit-je bien
,
Que l'en le coneust de rien
,
La meson ert auquej obscure
,
Uns gars failli grant aleure, 90
Encontre lui por lui descendre
,
A une famé se fist prendre
Par la gone, s'el mena droit
Là où la Dame se gifoit,
Dame, dist-ele, le moine est ci,'
Que vous mandasses des ier ci,
Et la Dame si l'apela,
Sire dist-el, scez-vous ça
,
Delez cest lit, quar moult m'einp!-*
Mon mal, fi crieng que je ne muire, io3
Que nuit ne jor point nc me cesse ,
Si vueil de vous estre confesse
,
E v
io6 FABLIAUX
Dame, dist-il, ce sera sens,
Tant corne avez St lieu 8c tens,'
Quar nus ne nule ne set mie,
Esiner de soi, ne de se vie.
Por ce vous di, ma douce Dame,'
Qu'aiez merci de la vostre ame,
Pechié celé, ce truis eserit,
L'amc 8c le cors ensemble ocist, 11©
Por ce vous di St vos chasti,
Que vous aiez de vous merci.
Et la Dame qui ou lit su
,
Trestotit en autre siécle fu
,
De son seignor ne conut mie,"
Por le grant mal qui l'ot saisie ,'
Quar se parole entrechanjoit,
En la chambre lumière n'ot,
Fors d'un mortier qu'iluec ardoit,'
Point de clarté ne lor rendoit, 120
Nc gent n'avoit cn cel ostal
Qur scussent guercs de mal,
V. T C O N T £ S. T07
Sire moult ai esté pr 'íie ,
Mes je fuis fausse St retiuio,
Sachiez devoir, tele est blasinéc
Qui vaut moult miex que la loéc,'
C'estoie-je qui los avoie,
Mes moult mauvefe scme estoie,'
Quar à mes garçons me livroie3
Et avoeques moi les couchoie, 13^
Et d'aus sesoie mon talent,
Moie coupe, je m'en repent.
Et quant li Chevaliers Foi,
De mautalent le nez fronci,"
Moult par vousist St desirrast,
Que mort soubite l'acorrast.
Dame, dist-il, pechié avez :
Dites avant, se vous savez ;
Mes bien vous deussiez tenir
>
Dame, s'il vous fust à plesir, 143
A vostre efpous qui moult vaut miex,
Ce m'est avis par mes deux iex
E vj ,
IÔ8 FABLIAUX
Que li garçons, moult ma mcrveif,
Sire, se Drx m'envoit conseil
A ceste ame je vous dirai
,
La vérité, si corne je sei.
A paine porroit l'en choisir
Famé qui le puisse tenir
A son seignor tant seulement,'
Ja tant ne l'aura bel St gent; 150
Quar la nature tele en ont,
Qu'eles requièrent, cc sachicz-vous y
Et li mari sont si vilain
,
Et de grant selonie plain
,
Si ne nous osons descouvrir
Vers aus, ne nos besoins gehir •,"
Quar por putains ils nous tendroient,'
Se nos besoins par nous sevoient,
Si ne puet estre en mile guise.,
Que n'aions d'autrui le scrvise. 160
Dame, dist-il, bien vous encroi,
Dites avant, se sevez qoi.
ET CONTES, IO^
Sire dist-ele, oïl assez,
,
Dont li miens cors est moult grevez 7
Et la moie ame en grant freor ;
Que le neveu de mon seignor,
Tant l'amoie en mon corage
,
Ce m'estoit vis que c'estoit rage,
Et sachiez bien que je morusse
,
Se mon plesir de lui n'eusse 170
,
Tant fis-je que o lui péchai
,
Et que cinq ans, ce cuit, Tarnai,
Or m'en repent vers Dieu. Aie,
Dame, dist-il, c'estoit folie
,
Que le neveu vostre seignor
Amiiez de si fole amor,
Li péchiez doubles en estoit.
Sire se Diex conseil m'envoit,"
,
C'est la coustume de nous famés,'
Et de nous aaisiés Dames, 180
Quar cels dont l'en mains garde aura ,'
Entor cels, plus se tornera,
i IO FABLIAUX
Por le blasm.? que jc crcmoie,
Le neveu mon seignor amoie
,
Quar à mes chambres bien souvent
Pooit venir veant la gent.
Ja n'en fust blaline ne parole,'
Ainsi l'ai set, si fis que sole
,
Quar mon seignor ai grevé si,
Qu'à poi que ne l'ai tout honi. 190
Que du tortiau puant, li gart
Li ai bien set mengier sa part.
Tant li ai set, tant l'ai mené,
Que il croit plus cn moi qu'en Dé.
Quant ceens viennent Chevalier,
Si com droit est por herbergier,
,
Lors demandent-il à nos gens,
Où est la Dame ? Elle est leens;
Ja le seignor n'ert demandé
,
Car je l'ai tout aneanté , 200
Ne ja ostel n'ert à honor,
Dont la Dame sc set seignor}
ET CONTES, IIÎ
Et famcs ceste coustume ont
,
Et volentiers tozjors le sont,
Qu'elles aient la scignorie
Sor lor feignors, por c'est honîe
Mainte meson qu'est sens mesure
,
Et semc avoire par nature. ^
Dame dist-il, ce puet bien estre,
,
Del vrai Dieu le souverain prestre,
Onques riens plus ne li enquist, 2 12
Mes se coupe batre li sist
,
Et li cnjoinst se penitance,
Et ele mist en convenance,
Que jamcs jor amor n'auroit,'
A autre home s'ele vivoit.
Lors s'en parti, moult su iriez,
A son cheval est repériez
,
Dessus monta, si s'en issi,
D'ire 8c de mautalent frémi 2.20
Por fa semé qu'il seut loer,
Et tant prisier & tant amer.
,
îi2 FABLIAUX
Mes en ice se confortoit,
Qu'encore bien s'en vcngeroir.
A lendemain quant il liplout,
A son ostel, & quant il vout
En se meson s'en repéra
,
Et la 0|me si repassa.
Grant merveille ot de son seignor ,'
Qui li soloit moustrer araor ajo
Et li baisier, 8c acoler,
Or ne daignoit à li parler.
Un jor par sa meson aloit,
Trestout ainsi corne ele soloit,
Et comandoit moult fièrement
De ses aferes à se gent,
Et U sires s'el regarda,
Ireement 1c chief crolla.
Se li a dit par Tordre Dé
,
Dame, quelle est Yostre fierté 24s-
Et vostre orgueil ? je l'abatrai,
Quar à mes poins vous occirrai»
ET CONTES. 113
S'il vous membrast de vostre vie
,
Honte eussiez d'avoir baillie;
Quar mile famé bordeliere
Ne fu de si maie manière,
Com vous estes ordc & mauvese.
Lors ne fu pas la Dame a aise ,
De son seignor fe mervcilla,
Avis li su de voir cuida 250
, ,
Que il l'cust fête confesse
,
Moult so doute que mal n'en nesse
y
Puis li a dit de maintenant,
Ha ! mauves homme souduiant;
Moult me poisc que jc ne dis
Que tuit li chien de cest païs,
Le me sesoient nuit St jor
,
Mes plus m'estoit de ma dolor.
Ha ! mauves home trahitier,
Tu pris amis d'Ermitier, 260
Por moi prover à dciloial;
Mes merci Dieu jc fui loial
>
ii4 FABLIAUX
Je n'ai voisine ne voisin
,
Por qui je pou le chief enclin :
Je ne te criem la merci Do
,
Quar se seusses la vérité
,
Toute ma honte tost fust feue ,
Quar bien m'en estoie aperecue v
Quant je vous enquis sourdyis
'Fout ce que dis par mon gabois, 270
Moult me poife par saint Symon
,
Que nc vous pris au chaperon
,
Ne que ne vous defehirai tout,
Sachiez devoir pas ne vous dout
De rien que onques vous déiste
,
Se Dame Diex mon cors garisse
,
Bien vous reconui au parler,
Je ne vous doi james amer •
Non ferai-jc, se Diex me gatt,
Mauves trahïtre de mal art 2S-»
,
Ja ne vous ert mes pardoné.
Tant li a dit St tant conté -
3 ,
ET CONTES. 115
osta tout (on espoir,
<v)uc li
Ht bien cuida que deist voir,
(irans risées St grant gabois
l;.n firent en lieseinois.
Explicit du Chevalier qui sist st
fane consejje.
DE G O Mil ERT -ET DES
DLUX C L t R S.
XLi N ccst autre fabel parole
De deux Clers qui viennent d'eseolc.,
Despendu orent leur avoir
En folie plus qu'en savoir,
Ostcl quistrent chiez un vilain,
De sa semé Dame Guilain
Fu l'uns des Clers lues que là vint,
Si fols, que amer li convint,
Î:6 FABLIAUX
Mes ne ses coment si acointe
,
Quar la Dame mignote 8c cointe, iC
Les icx ot vairs corne cristal.,
Toute nuit l'esgarde à estai
Li Clers, si qu'à paine cille,
Et li autres ama la fille >
Qui ades i avoit ses icx.
Cil mist encore s'entente micx,
Quar fa fille est cointe & belle ,
Et je di qu'amor de pucele ,
Quant li cuer i est ententicx ,
Est for toute autre rien gentiex, 2//
Corne li ostors aoit li oel.
Un petit enfant en bercuel
Paissoit la bone famé en Paître.
Que qu'ele entendoit à lui paistre,
Uns des Clers lez li s'acosta
,
Fors de la paelete osta
L'anelet dont ele pendoit,
Si le bouta lues en son doit
ET CONTES, 11/
Si coiement que nul nel sot.
Tel bien com sire Gombers ot , 30
Orent assez la nuit si oste,
Lait boilli, matons 8c composte,
Cc fu assez si corne à vile.
Celé nuit fu moult Dame Guile
Regardée de l'un des Clers,
Ses icx i avoit si
aérs,
Que il ne s'en pooit retrere,
Li preudom qui nc sot l'aferc
,
Et ni entendoit cl que bien
,
Fist lor lit fere près del sien 40
,
Ses coucha 8c les a couvers.
,
Lors se couche sire Gombers
Quant su chausez au feu d'esteule
,
Et sa sille jut toute seule.
Quant la gent se su endormie,
Li Clers ne s'entroublia mie
,
Au lit la pucele s'en vint,
Oiez coment il li avint,
U8 V A H L l A U X
Lc/. li se couche les dras covre
, ,
Qui est-ce, Diex qui nie ttefeuevre
, ,
Dist-elc, quant ele le sent ? 5t
Sire por Dieu omnipotent,
Que querez-vous ci à ceste eurc ?
Suer, dist-il, se Diex nie sequeure,
N'ai talent qu'enfus de vous voise ;
Mes tefiez-vous, ne fêtes noise
3
Que vostre père ne s'esveille,
Quar il cuideroit ja merveille,
S'il savoit que o vous geuíîe,
II cuideroit que je eusse 60
De vous fêtes mes volentez ;
Mes se mes bons me consentez,
Grans biens vous en vendra encor,
Et si aurez mon anel d'or,
Qui miex vaut de quatre besans,
Or sentez corne il est pesans,
Trop r.i'est larges au doit m'anel,
It r''\ li a bouté l'anel
ET CONTES, Ii.)
Ou doit, si qu'il pasta la jointe
,
Kt celé s'est près de lui jointe,
Kt jure que ja nel prendroit, 70
Toutes cures mi tort, mi droit,
L'uns vers l'autre tant s'umelic,
Que li Clers li fìst la folie.
Et quant il plus l'acole & baise
,
Plus est ses compains à mal aise,
Quar ressouvenir li scfoit
Ce qu'a l'un paradis estoit
,
Sambloit à l'autre droiz enfers.
Lors se lieve sire Gombers, 80
S'ala à l'uis pissier toz nuz,
L'autre Gers est au lit venuz ,
A l'esponde par de devant,
Prist le bercuel o tout l'enfant,'
Au lit le porte ou a geu.
Or est Dant Gombers deceu ;
Quar ades à coustume avoit,
La nuit quant de pissier venoit
s
ÏIO F A B L I AU X.
Qu'il tastoit au bercuel premier,
Si corne il estoit coustumier. </t
Lors vint tastant sire Gombers
Au lit, mes n'i ert pas li bers,
Quant il n'a le bercuel troyé
,
Lors se tient à mufart prové ;
Bien cuide avoir voie marje.
Li maufez, dist-il, me tarje,
Quar en cest lit gisent mi oste,'
II vint à l'autre lit encoste,
Le bers i trueve & le mailluel,
Et li Clers jpuste le pailluel iûû>
Se trest que nel truisse le vilain.
,
Moult su sire Gombers en vain
,
Quant il n'a fa faîne trovée,
Cuide qu'elle soit relevée,
Pissier, & faire ses degras.
Li vilains senti chaus les dras,'
Si se couche entre deux linceus
,
Li lbmaus li su pris des eux,
Si
ET CONTES. 121
Si s'endormi isnel le pas
,
Et li Gers ne s'oublia pas, j 10
O la Dame s'en vait couchier s
Ains ne li lut son nez moue hier,
S'ot trois sois assaillie.
Or a Gombers bone mesiiîe
Moult le mainent de maie pile ,'
Sire Gombers, dist Dame Guilc,
Si viex home corne estes &. srailes,
Moult avez anuit esté quailes,
Ne fui or de qoi vous souvint,
Piece a mes qu'il nc vous avint; 12*
Ne cuidiez-vous que il m'anuit,
,Vous avez ausi set «inuit,
Que s'il n'en fust nus recouvriers,
Moult avez tstvi bons ouvriers,
N'avez gueres esté oiseus.
Li Gers qui ne su pas noiseus,
En fist toutes voies ses buens,
Et li lesse dire les suens.
Tonte IL F
m FABLIAUX
Ne l'en su pas à une bille.
Cil qui gisoit avoec la fille. 13*
Quant ot assez set son délit,
Pensa qu'il r'ira à son lit,
Ains que li jors sest cfcleriez ,
A son lit en est repériez,
Là où gisoit Gombers seíostes,
Cil li siert du poing lez les costes
Grant cop du poing, o tout le couto,
Chetis bien as gardé la conte,
Fet-il, tu ne vaus une tarte j
Mais ains que de ci me départe, 14*
Te dirai la grande merveille.
A tant sire Gombers s'esveille,
Esraument s'est aperceuz
Qu'il est trahis & deceus
Par les Gers & par lor engiens.
Or me di, distril, dont tu viens ?
Dont ? dist-il, si nonu tout outre,
Par le cul bicu je vieng de
ET CONTES. HJ
Mes que ce su la fille Toste,
Pris en ai devant & encoste, 1 fq
Aforé li ai son tonel,
Et le li ai donné l'anel
De la paelete de fer.
Ha ! ce soit de par cels d'enfer,
Fet-il à cens & à milliers.
A tant l'aert par les illiers,
Si le ficrt du poing lez l'oïe.
Et cil li rent une joïe,
Que tuit li oeil li estincelent,
Si duçcment s'entreslaelent 169
Entre els#, qu'en diroi-je ei.
Con les peust en un tinel
Porter tout contreval la vile.
Sire Gombers, dist Dame Guile,
Levez toz fus, quar il me samble
Que no Gers font meslé ensemble »
Je ne sai qu'il ont à partir,
Dame, jçs irai départir,
Fij
ii4 FABLIAUX
Lors s'en vint H Gers celé part,
Trop i dust cstrc venus tart, 17»
Que ses compáins ert abatuz
,
Puisque cil i su embatus.
Le pior en ot Dans Gombers
,
Quar il l'ont ambedui aérs.
L'uns le pile, l'autre le fautre.
Tant l'ont débouté l'un for l'autre,
Qu'il ot par le mien escientre
,
Le dos ausi mol que le ventre.
Quant ainsi l'orent atome,
Andui sont ensuietorné,
Et l'uis lestent ouvert tout ample. 189
Cis fabliaux moustre par example,
Que nus hom qui bêle famé ait,
Por nule proiere ne lait
Clers gésir dedens son ostel,
Que il li feroit autretel,
Qui plus met en aus plus ì pert,
Ci faut li fabliaus de Gombert.
sixplitit de Gombers & des deux Clçrs.
K T CONTES. 125
DES TROIS BOÇUS.
3 EIGNOR, se vous volez atendre,
Et un seul petitet entendre,
Ja de mot ne vous mentirai.
Mes tout en rime vous dirai,
D'une aventure le fabel.
Jadis avint à un chastel,
Mes le non oublié en ai
,
Or soit ausi corne à Douay,
Vn borgois i avoit manant,
Qui du sien vivoit belemant. ie>
Biaus hom ert, 6k de bons amis,
Des borgois toz li plus estis ;
Mes n'avoit mie grant avoir,
Si s'en savoit si bien avoir,
Fiij
m6 FABLIAUX
Que moult crt creus par la vile»
II avoit une bêle fille,
Si bêle, que c'ert uns delis,
Et se le voir vous en devis, •
Je ne cuit qu'ainz seist nature
Nule plus bêle créature. 2©
De fa biauté n'ai or que fere,
A raconter ne à retrerc
,
Quar se je meilcr m'en voloie
,
'Assez tost mesprendrc porroie,
Si m'en vient miex tere orendroit,
Que dire chose qui n'i soit.
En la vile avoit un boçu
,
Onques ne vi si malostru,
De teste estoit moult bien garnis :
Je cuit bien que nature ot mis 3c
Grant entention à lui fere.
A toute riens estoit cohtrere,
Trop estoit de laide faiture ,
Giant teste avoit & laide hure,
ET CONTES. 127
Cort col, & les efpaules lées,
Et les avoit hautes encroées,
De folie se peneroit,
Qui tout raconter vous voudroit.
Sa façon trop par estoit lais,
' Toute fa vie su entais 40
,
A grant avoir amonceler,
Pour voir vous puis dire & conter,
Trop estoit riches durement,
Se aventure ne ment,
li
En la vile n'ot si riche homme ,
Que vous diroie c'est la somme
,
Du boçu coment a ouvré
,
Pour l'avoir qu'il ot amassé
,
Li ont douée la pucele
Si ami, qui tant estoit bêle fo
,
Mes ains puisqu'il l'ot espousée,
Ne fu-il jor sanz pensée
,
Por la grant biauté qu'ele avoit ;
Li boçus si jalous estoit,
F iiij
n8 FABLIAUX
Qu'il ne pooit avoir repos
Toute jor estoit ses huis clos ,'
Ja ne vousist que nus entrast
En fa meson si n'aportast,
,
Ou s'il enprunster ne vousist
Toute jor à son seuil scist, 60
Tant qu'il avint à un Noël,
Que trois boçu menesterel,
Vindrent à lui où il estoit,
Se li dist chascuns qu'il voioit,
Fere celé feste avoec lui,
Quar en la vile n'a nului
Ou le deussent fere miex ,
Por ce qu'il crt de lor paricx,
Et boçu ausi corne il sont.
Lors les maine li sire amont, 70
Quar la meson ert à degrez,
Li mengiers estoit aprestez,
Tuit se sont au disner assis,
Et sc le voir YOUS en devis,
ET CONTES, 119
li disners ert & biaus & riches,
Li boçus n'ert avers ne chiches,
Ainz assist bien ses compaignons,
Pois au lart orent & chapons.
Et quant ce vint après difner,
Si lor sist li sires doner, 8p
Aus trois boçus, ce m'est avis,
Chascun vingt sols de parisis
,
Et âpres lor a dessendu
Qu'il ne soierit James veu
En la meson ne el porpris ;
,
Quar s'il i estoient repris,
U auroíent un baing cruel
De la froide eue du chanel.
La meson ert sor la rivière ;
Qui moult ert grant & pleniere, jç
Et quant li boçu l'ont oï,
Tantost sont de l'ostel parti,
Volentiers, & à chiere lie,
Quar bien ayoient emploie
FY
330 FABLIAUX
Lor jornée ce lor su vis,
,
Et li sires s'en est partis.
Puis est deseur le pont venus,
La Dame qui ot les boçus,
Oï chanter & solacier,
Les sist to7, trois mander arrier, icO
Quar oïr les voioit chanter,
Si a bien set les huis fermer.
Ainsi coin les boçus chantoient,
Et o la Dame s'envoisoient,
Es vous revenus le seignor,
Qui n'ot pas set trop loue demor ,
A l'uis apela fièrement :
La Dame son seignor entent,
A la voiz le conut moult bien,
Ne sot en cest mont terrien xio
Que peust fere des boçus,
Ne coment il soient repus.
Un chaalis ot lez le souier
Con soloit fere chariier,
Êf CONTES. 131
El chaalis ot trois efcrins,
Que vous diroie , c'est la fuis,
En chascun a mis un boça.
Es vous le seignor revenu,
Si s'est de lez la Dame assis,
Qui moult porseoit ses delis; Ho
Mes il n'i sist pas longuement,
De leens ist & si descent
De la meson, & si s'en va,
A la Dame point n'anuia,
Quant son mari voit avaler.
Les boçus en veut faire aler,
.
Qu'ele avoit repus es efcrins ;
Mes toz trois les trova estins,
Quant ele les efcrins ouvri,
De ce moult forment s'esbahi, 130
Quant li trois boçus mors trova,
A l'uis vint corant, s'apela
Un porteur qu'ele a avisé,
A soi l'a la Dame apelé.
Fvj
j^2 FABLIAUX
Quant li bachelers l'a oïe,
A li corut, n'atarja mie,
Amis, dist-ele, enten à moi,
Se tu me veus plevir ta foi,
Que tu ja ne m'encuscras
D'une rien que dire m'orras, 140
Moult sera riches tesloiers,
Trente livres de bons deniers
Te donrai, quant tu l'auras set.
Quant li portere ot tel plet, *
Fiancie li a volentiers
,
Quar il covoitoit les deniers ,
Et s'estoit auques entestez
,
Le grant cors monta les degrez.
La Dame ouvri l'un des efcrins,
'Amis, ne soiez csbahis 150
,
Cest mort en l'eue me portez,
Si m'aurez moult servi à gré.
Un sac li baille, & cil le prant,
Le boçu bouta enz errant,
ET CONTES. 133
Puis si l'a ù son col levé,
Si a les degrez avalé
A la rivière vint corant,
Tout droit for le grant pont devant,
En l'eue geta le boçu
,
Onques n'i a plus atendu, 160
Ainz retornavers la meson,
La Dame a ataint du leson
L'un des boçus à moult grant paine 9
A poi ne li failli l'alaine,
Moult fut au lever traveillie,
Puis s'en est un pou efloingnie.
Cil revient arriére estessiez
,
Dame dist-il, or me paiez.,
,
Du nain vous ai bien délivrée.
Porqoi m'avez-vous or gabée , 170
Dist celé sire sols vilains,
,
Ja est ci revenus li nains,
Ainz en l'eue ne le getastes,
Ensemble o vous le ramenastes
>
134 FABLIAUX
Vez le là, se ne m'en crecz.
Coment, cent deables mausez,
Est-il donc revenuz céans,
Por lui fui forment merveillans,
II estoit mors ce m'est avis
,
C'est un deables antecris; 180
Mais ne li vaut, par saint Rémi.
A tant l'autre boçu saisi,
El sac le mist, puis si le lieve
,
A son col si, que poi li griève
,
De la meson ist vistement :
Et la Dame tout maintenant
De l'eserin tret le tiers boçu ;
Si l'a couchié delez Le su,
A tant s'en est vers l'uis venue.
l.i porteres en l'eue rue 190
Lc boçu la teste desouz
,
Alez que bonis soiez-vous,
Dist-il, si vous ne revenez,
Puis est le grant cors retornez
,
ET CONTES. 13c
A la Dame dist que li pait ;
Et celé sans nule autre plaît,
Li dist que bien li paiera.
A tant au fouier le mena
,
Atisi corne si rien ne seust
, •
Du tiers boçu qui la se jut, aoo
Voiez, dist-ele, grant merveille,
Qui oi aine la pareille
Rêvez la le boçu où gist.
Li Bachelers pas ne s'en rist,
Quant le voi gésir lez le su.
Voiz dist-il, par le saint cueur bu
, ?
Qui aine més vit tel ménestrel,
Ne serai-je dont huimes el
Que porter ce vilain boçu
,
Toz jors le truis ci revenu, HO
Quant je l'ai en l'eue rué ;
Lors a le tiers ou sac bouté,
A son Col fièrement le rue ,
D'ire, & de duel, d'aït tressue>
Ï36 FABLIAUX
A tant s'en tourne ireement,
Toz les degrez aval descent,
Le tiers boçu a descarchié ,
Dedens l'eue l'a balancié :
Va-t'en, dist-il, au vif maufé ,
Tant t'averai hui aporté, ìao
Se te vois mes hui revenir,
Tu vendras tard au repentir.
Je crût que tu m'as enchanté;
Mes par le Dieu qui me fist né,
Se tu viens més hui âpres moi
,
Et je truis baston ou espoi,
3elte donrai el haterel,
Dont tu auras rouge bendel.
A icest mot est retornez,
Et fus en la meson montez , 13 a
Ains qu'eust les degrez monté,
Si a derrier lui regardé,
Et voit le seignor qui revient,
Li bons hon pas à geu nel tient >
ET CONTES. 137
De sa main s'est trois fois sainiez,
Nomini Dame Diex aidiez;
Moult li anuie en son corage ;
Par foi, dist-il, cis a la rage
,
Qui si près des talons me fuit,
Que par poi qu'il ne me consent. 2CO
Par la roele saint Morant,
11 me tient bien porpaifant,
Que je nel puis tant comporter,
Que ja se veuille déporter
D'âpres moi ades revenir.
Lors cort à ses deux poins scfir
Un pestel qu'à l'uis volt pendant,.
Puis revint au degré coiant.
Li sires ert ja pròs monté
,
Coment sire boçus, tornez; 250
Or me iamble ce cnrefdie ;
Mes par le cors sainte Marie,
Mar retomastes ceste part,
Vous me tenez bien por musart>
138 FABLIAUX
A tant a le pestel fcvé,
Si l'en a un tel cop doné
Sor la teste, qu'il ot moult grant,
Que la ccrvcle li espant,
Mort l'abati sor le degré,
Et puis si l'a ou sac bouté, a6o
D'une corde la [Link],
Le grant cors se met à la voie,
Si l'a en l'eue balancié
Atout le sac qu'il ot lié ;
Quar paor avoit durement
Qu'il encor ne Palast sivatit.
Va jus dist-il, à maleur,
,
Or cuit-jc estie plus asseur
Que tn ne doies revenir ,
Si verra l'en les bois foillir. ìy.o
A la Dame s'en vint errant,
Si demande son paiemant,
Que moult bien a son cornant set.
La Dame n'ot cure de plet,
ET C o N T E s. 139
Le bacheîer paia moult bien
,
Trente livres n'en salut rien,
Trestout à son gré l'a paie,
Qui moult su lie du marchié
,
Dist que set à bone jornée,
Desp'uis que il l'a délivrée i8o
De son mari qui tant ert lais,
Bien cuide qu'elle n'ait jamais
Anui nul jor qu'ele puist vivre
,
Quant de son mari est délivre.
D u R A N s qui son conte desinc,
Dist c'onques Diex ne sist meschine ,
Con ne puist por denier avoir,
Ne Diex ne sist si chier avoir,
Tant soit bons ne de grant chierté ,
Qui voudroit dire vérité , i")%
Que por deniers ne soit eu:.
Por ses cK ìers ot li boçus,
La Dame qui tant bcle estoit.
Honi lbit li lions quels qu'il soit,
140 FABLIAUX
Qui trop prise mauves deniers,
Et qui les fist scre premiers.
Amen.
Explìcìt dis trois boçus meneflerets.
DES DEUX CHANGEURS.
v^/ U i Q u E face rime ne fable,
Je vous dirai en lieu de fable
Une aventure qui avint,
De qui su setc, & à qoi vint ;
Vous en dirai bien vérité.
11 avint en une cité
Que deux Changeors i avoit
Jones & biaus, & moult savoit
Chascuns du change maintenir.
Entre aus deux orent à tenir 10
ET CONTES. 141
Longuement compaignie en' nble;
Mes chaseuns avoit, ce me
,
Par soi le sien hcrbcrgement ;
Ainsi surent moult longuement
Entre aus deus fans acompaignicr,
Fust à perdre ou à gaaigner,
Tant que l'un d'aus se maria :
Et li autres tant tarja
Celé que ses comrkins'ot prise,
Qu'ele tu de s'amor esprile îtif
,
Et sirent quanques bon leur su
Li uns à l'autre fanz refu ;
Ainsi maintindrent lor amors
Longuement, que n'en su clamors ,'
Ne par privé ne par estrange.
Un matin se seoit au change
Li bachelers qui la famé ot,
Et li autres qui moult amot
La borgoise jut en son lit
,
Por son bon & por sor» délit, 33
142 FABLIAUX
L'envoia querre & celé vient.
,
Dame, set-il, il vous convient,
Toute nue lez moi couchier,
Se de rien nule m'avez chier,
Couchiez i vous fans contredit.
Amis vous n'avez pas bien dit,
Fet la Dame, se Diex me gart,
11 convient mener par esgart
Amors qui les veut maintenir,
,
Que l'en nés puist por ibs tenir. 43
N'en est pas mes sires jaloux
,
Ains avons entre moi & vous
Jusques ci nostre amor eue,
Conques par nul ne su feue.
La volez-vous fere savoir ?
Cil n'est mie plains de savoir
Qui tout à escient s'avile,
Bien savez-vous qu'en ceste vile,
Est mes sires, fans nule saille,
Et s'il avient que il s'en aille, 5*
ET CONTES. 143
Ainz que je reviengne en meson ,
Mestrie aura & achoison
De jolousie à toz jorz mes.
Dame set-il, tenez nous pés,
,
Je n'ai cure de preesehier ;
Mes venez vous lez moi couchicr,
Maintenant que sere l'estuet ;
Et celé voit que micx ne puet
Deípoille foi que qu'il en chiée.
Sitost corne cle su couchiée 60
,.
Cil set prendre toute fa robe
,
Et mètre en une gardcrobe,
Puis a son compaignon mandé,
Cil vient là si a demandé,
,
Ou est li sires de ceens,
D'autrui ailes est-il noiens
,
Fors que des siens, ce m'est avis.
Compains, fet-il, je vous plevis,
Se vous saviiez or endroit,
Qui ci gist, vous auriiez droit, 79
144 FABLIAUX
De ce dirai, venez avant,
D'une haute chose me vant,
Dont je ne vous mentirai mie ,"
Que j'ai la plus tres beíe amie
Qui onques sust, qui lez moi gist.
Quant celé Tentent si fremist,
N'est merveille se s'esbalii,
Quant son seignor parler oï.
Lors est cil en la chambre entrez,
Et li dist,biaucompains moustrez Sa
Vostre amie, se Diex me saut.
Et celle fremist, si tressaut,
Mes bien à point son YÌS li cuevre
}
Et cil les treces li descuevre
Qui surent de trop grant beauté.
Compains, par vostre leauté
,
Veez, a-il ci biau tesmoing
,
Je meismes le vous tesmoing
,
Fet li autres, se Diex me gart,
Je cuit bien qu'ele a doux regart,
Quant
ET CONTES. 14^
Quant ele est si bêle de çaj
Et ele ades se remuça
Sous son ami, & boute & tire *,
Mes cil remoustre tout à tire
Piez & jambes, cuisses & flans,
Les hanches 8c les costez blans,
Les mains, les bras, & les mameles,
Qu'elle avoit serrées & belles,
Le blanc col & la blanche gorge ;
Compains foi que je dois saint Jorge
,
Fet cil, qui n'en conoissoit mie, ÏOI
N'avez pas failli à amie
,
Bien devez gésir matinée
,
Lez la plus bêle qui soit née
,
Au tesmoing que j'en ai veu ;
Aucun pechié m'avoit neiï,
Que j'ai si tost famé espousé ,
Mainte fois m'en a puis pesé,
Et poise ce sachiez de voir
, ,
Moult par devez grant joie avoir, 110
Tome IL G
i4<S FABLIAUX
Et de bone eurc fustcs nez,
Quantes si bien estes assenez,
Mes soi que je dois saint M-irtin
,
Tart m'est que je lieve au matin,
Lors a cil couverte s'amie,
Et dist, compains, ne vous poist mie *'
Se je ne vous monstre fa chierç,
Jc la dout tant & tant l'ai chiere,,.
Que ne [Link] plus en yoiez.
Je m'en ticng moult bien apaiçz, 120
Fet cil, se Diex me bçneie ,
Vous ayez bêle compaigniç ,
Si la servez à fa devise, -,
Qu'ele praingne en gré vostre setvise».
A tant li bachelers s'entorne*
Et celé se yest & atome ,
De soi chaucier ne su pas lente ,'
Moult su couroucie & dolente,
Vers son ostel s'en vint.
issi
'T/rojs semaines âpres avint 130
ET CONTES. 147
Que la Dame sistun baing fere,
Et li sires en son ascre
Fu alez aus chans ou áillors,
Etlaborgoise mande lors
Son ami, que por rien qu'aviegne
,
Ne lest pas que à li ne viegne.
Cil vient ïà ', si a (ì cm aride,
Porqòi eleTdVoít matidé%! ''
Amis, fet-élc, ta'ní vòus'áim
,
Que por vótis sis serc cclbaing, 140
Si nous baigneromes eniamblé,
Tout autre isolas', ce nié samblë,
Ai-je de vostre cors eu,
Nous avons cnsarrible geu
Maintes sois' par nuit & par jor ;
Sachiez que j'aim moult le scjor,
Quant je vous aí à compaignon,
Or me pleïl que nous nóus baignon,
Lors si aurai quanque je vueil.
Dame, dist-iL, trop grant orgueil 1 <fC
Gij
148 FABLIAUX
Avez dit, ainz n'oï greignor.
Je vi or vostre seignor
Qui revendra je ne gart l'curc,
,
Par toz les Sains que l'en aeure,
Fet la Dame, sachiez de si
,
Se nel fêtes, je vous deflì
Dem'amor & la vous dessent,
A pou que li cuer ne me sent,
Quant je onques jor dé ma vie
Qi de cest home amer envie, 160
Qui se plaint aïhz qdè li cops chiée ,
Dame ainz que nostre amor dechiée ,
Fet li valles, je fui tout prest
De fere quanque bon vous est ,
Puisqu'il vous plest,& bon vous samble,
Lors sont entre el baing ensemble,
Et por ce c'on n'es puist sousprendre ,
La robe au vallet a set prendre
La Dame, & mettre en une huche.
Estes-vous le seignor qui huche, 170
ET CONTES, 149
Que la Dame ot envoie queue.
Lors vousist estre en Engleterrc ,
Cil qui se baingne, quant il ot
Son compaignon qui l'apelot,
Durement en su esbahis:
Dame dist-il ) je fui trahis,
,
Quant j'empris ,onques cest afere,
Or ne sai quç je puisse sere ;
Metez-i conseil, par vostre ame.
Coment vassaus, ce dist la Dame , 1S0
Estes-vous de si biau confort,
Jevousvoi bel,,fc grant & sort,
Si vousvde,sten,[Link] cpme preus
,
Je cuit bien que c'est vostre preus,
S'a dessendre*Vous affichiez,
Ou derrière moi vous fichiez,
Se vous cuidiez estre surpris,
Et cil s'est au plus legier pris,
Derrière îa Dame s'est tapis,
Qui d'un blanc drap & d'un tapis 190
G iij
i jo FABLIAUX
Ot bien fête couvrir la cuve,
Li valles derrière lui sc muce
,
Que ainsi sere li convient.
Estes vous le seignor qui vient,
Et la Dame li a dit, sire,
Ça venez, un poi vous vueil dire
De chose dedens vostre oreille,
Cil se besse elle li conseille,
,
Sire, set-ele, ciíebaingne >•
O moi une moie compaigne, âoo
Riche borgoise & riche lame,
,
Mais par la foi que je doi m'ame ,
Elle est plus noire qu'une choe
,
Et plus grosse qu'unebafchoe,
Ainz ne vi famé si ma| fête ,
Ele le plaint, & scdeshete.
De ce que vous estes ici,
Si vous en vueil crier merci,
Foi que devez au Sauveor,
•Cun petit li faciez paor, no
ET CONTES. i<fí
Seulement desambiant moustrer
Que vous volez el baing entrer ,
Ele ne sera mes hui aise.
Moult su li valiez à mes aise,
Qui ne sot de quoi ele parloit,
Et celé en haut dist qu'il l'oït,
,
Biaus sires venez vous baingnier,
Et demain vous serez sainier,
Que la sainie vous demeure.
La chambrière fans demeure aao
,
Vient au seignor, si le deschànce,
Et li vallés sormerit érichauce,
Et pince & boute ía borgoise
,
Qui moult se jue & moult s'envoise
De la paor que cil avoit,
N'est pas à aise quant il voit
Son compaignon qui se desooille,
Lors joinst les mains, si s'agenoille
7
Et dist Dame, por Dieu merci,
,
Ne honissiez moi & vous ci, 130
Giiij
iji FABLIAU*
Que si vostre sire me trueve,'
Ja n'i aura mestier contrueve,
Ne parole ne sererrient.
,
Moult losenge cildurement',;
Cil qu'il tenoit à amie,
Mes la Dame n'i entent mie',
Ainz l'a derrièresoritiiltourrié,'
Le mufartasi atorVi'é,M:~" ''"' ;
Qu'il ne la puet veòlr èrvis',!"" '
Onques nus hom à mon avis,' ' 240
Ne su mes aussi dejouglez i '
Orn'est-il pas si enjénglèì,' "
Corne il su l'autrier en Ta chambré,
Ainz li frémissent tuit li membre","
Du conforter est ce neent,
Qu'il voit le seignor de leens,
Qui tout à jus fa robe mise,
Fors ses braies & fa chemise ;
Mes ses braies maintenant oste,
Si près de la cuve s'acoste^ aço
ET CONTES. 1^3
Cun de ses pies à el baing mis j
Et la Dame li dist amis,
,
Or vous chauciez si vous volez,
Cist bains n'est pas assez coulez
,
Ne vueil pas que vous i baingniez ;
Mes moult plcst quant, vous daingnier
Baingnicr p moj, mLex vous en pris,
Si ai un autre conseil pris,
Demain ferai un baing tout frois
Qui sera coulez quatre sois, i6o
Si vous baingnerez s'il vous plest.
A cest mot li sires se vest,
Et s'atome, puis Yait au change.
Vassal, fet>ele tel eschange,
,
Doit l'en fere au mufartprové.,
Or vous ai-je hien esprouvé,
A coart & à recréant.
Mes aujourd'hui, ce vous crearît,"
Ert de nous deux la départie,
Maintenant s'est du baing partie
G v , rp
154 FABLIAUX
Si s'est en fa chambre enfermée,
Et cil qui moult l'avoit aimée,
u de mauves contentement.
La chambrière ifnelement
Li rent fa robe V&>il s'atorne,' ' '
•Maintenant dé l'ostel s'entornB5
Mes il se tint à mal bailli, .';
De ce que il a se failli >
•-' ;
Du to.'Jt en tout.à 'kíborgoisc^ '
Qui de ce sist moiilt que cortoise, 180
Qui s'en parti & atarja /
Ainsi la Dame s'en>Venja. -
Par cest fabel provè[Link] vueil,'
Que cil fet folie & orgueil >
Qui famé engignici s'entremet, "
Quar qui fet à famé un mal tret ,*
Ele en set dix ou quinze, ou vingt ;
,
Ainsi ccste aventure aVint.
Explìch des deux Changeors,
ET CONTES, 155
LE DIT ray, BUFFET,
V^ Ui biau set dire &rimoier,
Bien doit fa science amoier
A fere chose oíi l'on aprenge,
Et dire que l'en n'i mesprenga 1)
Et cil ne set mie folie, '
Qui d'autrui meffet se ch-astie ;
Li cortois cuers & li gentiz
,
Est au bien entendre ententix,' ;
Et li sel etjyieux trahitres,
Si est toz jorz embrons & tristes, 10
Quant il ot le bien recorder, '
Quar il ne s'i puet accorder,
Quant it ot aucun conteor,
Si dist oiez, quel menteor,
,
Cis en tuera ja tels vingt,
Dont ainz nus à estor n'en vint
G Y, ,
156 FABLIAUX
N'onques ne furent né de mère;
Moult par li est au cuer amere,
L'example des biens qu'il ot dire ; •
Que toz muert & d'envie & d'ire ; ao
Mes l'en devroit-bieh escòutér •
Conteor quant 11 veut trover ,'
Porcoi ? Por ce c*on i aprent
Aucun bien qui gardé sf'ênprent.' "
Doreenavant cisfabliaus'cónto; v; 5
Qu'ilôt en la meson d^n Conte :',n 1
UnSenesehaljsi corne jecuit, » •
•
Vilain, &aver, & recuit;
De toz maus visees estoit plains^
Sachiez qu'il nefust guerek plains P 30
De nului qui leens venist,'
S'aucuns anuis li avenist,
Quar plains estoit de maie afere >
Quant il veoit son seignor fere
A nului bien , si se dervoit,
Por un petit qu'il ne crevoit
ET CONTES. 1J7
D'orgueil, &danui, & d'envie.
Li Quensqui menoit bone vie,
Qui [Link] [Link] de grant renon,"
Ne se [Link] se rire; nOh :
::
4©
:
De la mapvestié de celui,
Quar bien set qu!il n'aime nului
Qui reperier viengne enl'ostel *
.
Conquis i ay.o.U un {os tel, .•.,•'
Que toz Ihmons' leìhaoity :
Qui fa mauvestìé cohissoit,
Et li vilains corne porciaus
S'encressoit'i &iplains sesbouciaus
Bevoit de vin cn larecin ,<
Maint cras chapon & maint poucin 50
Menja toz seiis en fa despense,
A autre honor fere ne pense.
Li Quens qui su & preus & sages ^
Envoie par tout ses messages,
Et mande qu'il veut tenir cort*
Renomée qui par tout cort*
158 FABLIAUX
Est par le pais espendue,
A cort viennent sans attendue,'
Escuier, Chevalier ck Dames,
Qui tant ne font pas por lor âmes, 6»
Como il scsoient por les cors,
Et sachiez tels est mes recors,
Qui tant por les âmes feroit
Com por les cors, ne soufferroit
En enfer paine ne tormenc.
Moult i ot riche atornement»
Quiconque veut en la cort entre,
Tels i vient au mien escientre >
Qui onques n'ot saouls esté,
Ne en y ver ne en esté, 70
Mes tuit ont assez à mengicr,
Vins & viandes fans dangicr;
Quar li Quens l'avoit comandé.
Moult en somes ore amendé,
Fet li Seneschaus en maleur,
11 n'i metcnt gueres du leur,
ET CONTES. 159
Si demande chascuns qui vient,
Quanqu'il lui estuet 8í convient,
Aulli qu'il ne coustâst qu'un oef,
S'en i viennent tels trenúvhuéf, 80
Qui pieca nô furent saoul.
Atant ez un vilain Raoul,
Un bouvier qui vient de charrue
S
LiSeneschaus ccle part rue
Ses iex, s'a choisi le vilain
Qui moult estoit de lait pelain
,
Deslavez ert, s'ot chief locu
,
II ot bien cinquante aris vescu
Qu'il n'avoit eu coiffe en teste.
Mauvestiez qui maint home entestc 90
A fere anui & vilonie
,
Et cruauté & félonie
,
A si le Senesehal sorprìs,
A poi qu'il n'est de duel cfprîs :
Quant li vilain vist ens entrer,
Venuz li est à rencontrer
160 FABLIAUX
Courouciez, souflez, & plain d'ire ì
Tout maintenant li prist à dire,
Veez quel loucepr. cse pois±
Vous estes venus,/eur rrion pois IOQ
Ceens, soi que [Link],£(pir,
Jut a ou.pâlie/ pour [Link],
Vez corne ij fet la pae-lete,
U convient maint csçuelette
De porée por farser son ventre ;
La,maie passions i entre,
Ja n'ert bons tans tant corne il vive »
Ainsi li Sencsehaus estrive,
Qui toz muett de duel & cj'engaingne,
Noiez soit en unejongaingne, no
Qui la voie vous(enseigna.
Li vilains l'ot si se soigna,
Et sist croiz de fa dextre main
,
Sire fet*il, por saint Germain,
,
Je yicng mengier, que je oi dire
Que tuit cn ont fans contredire
>
ET CONTES. i6t
Si ne me sai où asseoir.
Je te presterai un seoir,
Ce dist li Sèrieschaúx p'ar truffe,
La pautnéKáiicë, unëgíàrìí busse' no
Li done, cVpuîsTei un' sifflet,:;
Siet toi ,' set-iì, sor cest Uffét
Que je te preste i orte flet'sùs,
Li Senesck'aus'retrést'énrtis,'7 " ;
Sella set n'bpéìivfel'V'"0'' í!'"-h
Et més ik vin por enyvrër
Li fet doner à grant foison
,
Por ce qu'aVoir puist achoison,
Que W pc\ìst"le'vïlainsbatre,
Que des or se^árdastd'embattre ìjo
En la cort n'a Prince, ni Conisè,
Que vous seroic plus lonc conte»
Li Quens manda les ménestrels,
Et si a fet crier entre els
Qui la meillor truffe sauroit v
Dire, ne faire, qu'il auroit
i6i FABLIAUX
Sa robe d'escarlate nueve.
L'uns ménestrels n l'autre rueve
Fere son mestier tel qu'il sot,
L'uns set l'yvre l'autre le sot, 140
,
Li uns chante, li autre note,
Et li autres dit la riote,
Et li autres la jengleriej
Cil qui sevent de jonglerie
Vielent par devant le Conte,
Aucuns ja qui fabliauS conte
,
11 iot dit mainte risée.
Li vilains qui avoit penssée
De lui vengier de son messet,
Que li Seneschaus li ot set, 150
Tant atent que tuit furent qoì,
Li Seneschaus ne set porqov
En vint conter devant le Conte,
Qoi que li Seneschaus li conte,
Li vilains fa nape a cueillie,
Tout bêlement fans eseueillic,
ET CONTES, 163
En yient devant le Conte & garde
,
Le Sencschal qui ne se garde
De lui, à son seignor entent,
Et li vilains la paumé estent 160
Qu'il ot dure & plaine de gales,
N'ot si fort home jusqu'en Gales,
Plus l'eust dure, au:mien'cuidier,
Tout auíi come,à souhaidier,
En la joe un grant cop li frape,
Puis dist vo buffet & vo nape
,
Vous rent, ja ne l'en quier porter,
A home set mauves prester,
Qui ce ne rent que l'en li preste.
Tantost la mesnîe s'apreste 170
Au Conte por le vilain batre,
,
Dolent sont quant voient abatre
Le Scnesehal aux piez le Conte ;
Mes li Quens a dit que le conte
Voudra oïr, & le porqoi
11 l'a serti ', lors furent qoi.
ÏÓ4 F A B L I A U X
Puisque li sires le comande
,
Et li Quens an vilàih demande
,
Porquoi son Serieschal laidi,
Trop par eus le'cUer hardi ; 180
Quant tu devant moi féru l'as,
Tu es escheus en mes las,
Tu as fet* trop gront mesprison ,
GWder te serai ma,priso».
Sire, set cil, or m'entendez
,
Et un petiter nVescoutez : 1
Or ainz quant je ce<ní entrai,
Vostre Seneschal eocoritrai,
Qui est sel, & glqus, íi eschârs >
Ses félons mos & ses eschars s 190
Me dist assez, & ramposna ,
Une grant busse me donna,
Et puis si me dist par abet,
Que scistë fur cel buffet,
Et si dist qu'il me prestoit,
Et puis à mengier m'aportoit j
ET CONTES. 165
Et quant j'ai beu & mengié,
Sire Qucns qu'en seisse gie,
Se son buffet ne li rendisse,
Je cuit moult bien que g'i perdisse, aoo
Tost i peusse avoir domage
,
Rendu li ai par tesinoingnage,
Si que vous bien veii l'avez,
Sire Qucns ainz que vous l'avcz
Jugiez se j'ai de rien meípris
,
Porqoi jc soie ceens pris,
Quar bien li ai rendu jc cuit,
S'est droiz li Seneschaus m'acuit,"
Quant li rent çe qu'ilin'a preste;
Et vez me ci tout apresté a iô
D'un autrebusset rendre encore,
Se cil ne li sict qu'il eut ore.
Li Quens en a geté un ris
Qui ot non mesire Henris,
Et lors comença la risée
,
Qui en piece ne su finée.
i66 FABLIAUX
li Seneschaus ne set que face ,
Qui fa main tenoit à fa face,
Qui durement li frit Sc-cuist,
Ce qu'il vot nuire, ihoult'li nuist ; a 20
Au vilain setst-moult de honte,
Mes il n'en ose por lë Conte,
Qui durement l'a deffendu -
,
Et dist li Quens, il t'â rendu 'l"!
Ton buffet, & ce qu'ôt du ticrí ;
Et dist li Quens au vilain tien '
,
Ma robe qui n'est pas usée
,
Quar fête, as la meillor risée
Seur toz les autres ménestrels.
Li ménestrels dient entre els, 130
Par foi, sire * vous dites voir,
Quar il le doit moult bien avoir,
Ainz mes si bon vilâìí» ne vi,
Vo Seneschal a bien serVi,
Rendu li a fa cùverh'se
,
Por ce est sols qui mal atise,
ET CONTES. 167
Et qui à mal fere labeure,
Ce que sires done &, sers, pleure,
Sachiez ce font Jermes perdues.,
lis sont une gejiz csperdues} M0
Qui à nul bien ne se regardent,
Que cc qu'il, ont à garder, gardent
Si estroit, que, nuj bien n'en font,
Que tous les biens en lor mains sont,
1
Que nus n'en a ne preu ne aise ;
Moult est la richoise mauvaise
,
Dont li sires n'est honorez.
Disons tuit, Diex soit norez,
Du Senesçhal>qui batus su..
Ars, & bruizsoit en un su } ajo
Qui le bien à fere destome.
Li vilains de la cort s'en tome
,
Qui la robe au Seignor cn porte ;
Kt quant il su hors de la porte,
Si dist à soi, qui siet, il scche,
Et puis si dist, qui va il lèche.
168 FABLIAUX
S'à mon ostel fusse arestuz.
Ne fusse à piece revestuz
De robe d'escarlate nueve, 259
L'en dit qui bien chace, bien truevc.
Explìcit le Dit du Buffet,
DU CHEVALIER A LA ROBE
VERMEILLE.
JCJ N la Conté de Dant Martin,
Avint entor la saint Martin
Le boillant, que gibiers aproche
,
Uns Chevaliers, qui fans reproche ,
Vesqui ou païs son aage <
Moult le tenoient cil à sage,
Qui de lui estoient acointe.
Une samc mignote & cointe ,
Famé
ET C O N T E S. I6>
Famé à un riche vavassgr,
Proia cil & r'equist d'amor, 10
Et tant qu'ele devint s'amie.
Entor deux Hues & demie
,
Avoit entor lor deus osteus.
Li amis à la Dame ert teus,
Qu'il erroit par toute la terre
,
Por hóhor'£c pot pris C^nquerre,
Tant que tuit le tmdrent à pteu.
Et li vavassors por son prcu
Entendoit à autre màniere
,
Qu'il avoit la langue manière, Î.3
A bien parler & sagement,
Et bien savoit un jugement
Recorder, c'estoit ses delis.
Por aler aus plais à Senlis,
Apresta un matin son oirre;
Et la Dame marida bon oirre
Son ami par un home sage,
Qui bien sot conter son message :
Tome IL H
170 FABLIAUX
Et quant cil oï la novele
,
Robe d'cscarlate novele 30
A vestu forrée d'ermine;
Cornebacheler s'achemine,
Qui amors metcnt en effroi,
Montez est sor son palefroi,
Ses espérons dorez chauciez,
Mes por le chaut ert deschauciez,
Et prist son esprevier mué
,
Que il meismçs ot mué,
Et mainc deux chienez petis,
Qui estoient trestoz fetiz, 40
Por fere aus chans saillir l'aloe,
Si corne fine amor veut &. loe
S'est atornez, d'iluec s'en part,
Et est venus droit celé part,
Où il cuida trover la Dame ;
Mes n'i trova home ne famé,
Qui de nis une rien l'aresne ',
Son palefroi tantos aresne,
ET CONTES. 171
Et mist son esprcvier seoir :
En la chambre cort por veoir J<J
Où il cuidoit trover s'amie.
Et celé ne se dormoit mie ;
Ainçois se gisoit toute nue,
Et si attendoit la venue
De son ami, & vint là
Droit au lit où il la trova,
11 la vit crasse & blanche & tendre,
,
Sans demorer & fans attendre
,
Se voioit toz vestuz couchier.
Et la Dame qui molt l'ot chier, 6Q
I mist un poi de contredit,
Debonairement li a dit,
Amis, bien soiez vous venus,
Lez-moi vous coucherez toz nuz,
Pour avoir plus plesant délit.
SUS une huche aus pies du lit
>
A cil toute fa robe mise,
Ses braies oste & fa chemise,
Hij
*7i FABLIAUX
Et ses espérons a osiez :
Maintenant est cl lit entrez,' 70
Ele le prist entre ses bras,
D'autre joie, d'autresolas
Ne vous quier fere menssion i
Quar cil qui ont entent'ton,
Doivent bien savoir que ce monte >
Por ce ne vueil fere loue conte
,
Mes ant'.ui firent liement
Tel déduit corne foiit les amans.
En ce que il se jouent ensemble,
Li plet surent, si com moi samble, 80
Contremandc au vavassor,
Ainçois qu'il fust prime de jor,
Est-il à l'ostel revenuz.
Dont est cis palefrois venus,
Fet-il, cuiestcis esperviers.
Lors vousist cil estre à Poitiers,'
Qui dedens la chambre enclos icrc»
Entre le lit 6c la mesiere
ET CONTES. 17;
lìst coulez mes tant su sorpris,
,
Qu'il n'ot point de fa robe pris, cw
Fors ses braies & fa chemise ;
Assez a robes íòz. lui mise
La Dame mantiaus, peliçonv.
,
Li sires ert en granz friçons
Du palefroi que il remire
,
Encore ot au cuer greignor ire,
Quant il est entrez en la chambre
,
Quant voìt la robe tuit li membre
,
Li frémissent d'ire & d'angoisse.
Lors dcstraintlaDame & angoisse, KO
Lt dist Dame, qui est ceens ?
,
H a un palefroi leens ;
Cui est-il, cul est celé robe f
Et la Dame qui biau le lobe,
Li dist soi que devez saint Père
. ,
N'avez-vous encontre mon frère,
Qui or endroit de ci s'en part?
Bien vos a lesiié vo part,
H iij
174 FABLIAUX
De ses joiaus, ce m'est avis,
Portant seulement que je dis ito
Que tel robe vous serroit bien
,
Aine plus ne li dis nule rien
,
Ains despoilla tout maintenant
Celé bêle robe avenant,
Et piist la feue à chevauchicr.
Son palefroi qu'il ot tant chicr,
Son espervier & ses chienes,
Ses espérons cointes & nés,
Fresehement dorez vous envoie,
Par poi que je ne me dervoie, i :o
Et juroie trop durement,
Mes onques por son screment,
Ne por rien que scusse dire
,
Ne pot-je son voloir desdire.
Des qu'il li plest , prenez cest don,
Bien l'en rendrez le gueredon
Encor se Diex vous done vie.
Et li vavassor qui envie
ET CONTES. 17?
Avoit du biau présent avoir,
Li dist, Dame, vous dites voir, 130
Du palefroi m'est-il moult bel,
Et des chienes & de l'oisel *,
Mes un petit i mespreistes
,
Quant vous fa robe retenistes,
Car se sambîe estre covoitise.
Non set, sire mes grant franchise,
,
Que l'en doit bien, par saint Rémi,
Prendre un biau don de son ami ;
Quar qui de prandre n'est hardiz,
De doner est acouardis. 140
A tant lessierent la parole,
Et la Dame qui biau parole
A son seignor par tel rcson
,
Qu'il n'i puet trover achoison
,
Par qoi i mete contredit.
La Dame à son seignor a dit,
Sire vous levastes matin ;
Foi que vous devez saint Martin
»
H iiiji
\j6 FABLIAUX
Venez vous delcz moi gésir,
Si vous resoosez à loisir, 150
L'en appareille le mengier,
Et cil n'en sist onques dangier,
Ainz s'est toz nus lez li coulez
,
Si vous di qu'il su acolez,
Et besiez deux tans qu'il nc seut,
La Dame à tastoner l'aqueut
Sisouef, que il s'cndormi.
Lors bouta un poi son ami,
Et cil tout maintenant se drece,
Vers la huche tantost s'adrece, 16*0
Où il avoit fa robe mise,
N'i a pas scte grant devise
A lui crespir, ainçois s'atorne,
Etau plustost qu'il puet s'en tome,
Et à tout son harnois s'en vait,
Et le vavassor dormant lait,
Qui dormi jusques vers midi.
Quant il s'çsveilla si vousdi
ET CONTES. 177
Qu'à la Dame n'anuia point.
Li vavassors qui en biau point 17©
Estoit de son riche présent,
Dist c'on lui aportast avant
A vestir fa robe vermeille.
Son Escuier li appareilla
Une robe vert qu'il avoit.
Et quant li vavassors la voit,
Se li a dist isnel le pas,
Ceste robe ne vueil je pas,
Ainz vueil m'autre robe essaiçr,
Dont richement me sot parer, 180
Mon scrorge que je moult pris ;
Lors su li vallés entrepris,
Qui de tout ce riens ne savoit,'
Quar toute jor esté avoit
Aus chans les soieors garder.
Lors prist la Dame à regarder
Son seignor, & se li a dit,
Biaus sire, se Diex vous aït ;
Hv
ÌJS FABLIAUX
Or me dites, se vous volez,
Quel robe vous demandez ; 150
Avez-vous donc robe achetée ,
Ou si vous l'avez empruntée,
Delà où vous avez esté,
Quele est-e!c , est-ele à esté ?
Je vueil, fet-il, ma robe chiere y
Qu'hui main sor celé huche ierc 3
Que vostre frère m'a donnée ;
Bien m'a s'amor abandonnée,
Et bien doï estre ses acointes,
Quant veut que du sien soie cointes,.
Et de ce l'aim-jc enoor miex ao r
,
Qu'il delpoilla voiant vos iex ,
Les garnemens qu'il m'a lessiez.
Certes forment vous aviliez
,
Fet la Dame, cc m'est avis ^
Bien doit estre vavassors vis.
Qui veut estre menestrez ;
Miex voudroic que i'uíTicz rez
5
ET CONTÉS. i-j<y
Sans cuc, la teste & le col,
Que ja n'i remainsist chevol, IIQ
Ce n'apartient mie à vostre oés
D'avoir garnement s'il n'est nues,
Ç'apartient à ces jougleors,
Et à ces bons enchanteors,
Que il aient des Chevaliers
Les robes, que c'est lor mestiers.
Devez-vous donc robes baillier,
S'el n'est à coudre on à taillier,
Et soit fête h vostre mesure j
Se je vous di sens & droiture, lao
Creez-moi, si ferez savoir,
Lors ne puet-il apercevoir
Que celc robe est devenue,
Si cuidc-il bien qu'en fa venue
L'eust veuc sor la huche.
Maintenant son escuier huche,
Mes tuit surent sienseignié,
Que ja n'i aura gaaingnié
H vi
180 FABLIAUX
A son oes vaillant une poire,
Si cuide-il bien & efpoire 2,$0
Vraies enseignes en orra;
Mes ja par aus rien n'en saura;
Ainçois sera toz bestornez
,
Tels les a la Dame atornez
,
Que toz les a trez h fa corde ,'
Chascuns du tout ù li s'acorde.
Lors ist li sires de la chambre,
Et dist Dame dont ne vous membre,'
,
Quant je fui hui main arrivez,
C'uns palefroi su ci trovez 240
,
Et un espervier & dut chien,
Et disiez que tout estoit mien
,
C'est présent depar vostre srere ?
Sire, dist-ele, par saint Père,
U a bien deux mois & demi
Ou plus, que mon frère ne vi ;
Et s'il estoit ci or endroit,
Nc voudroit-il en nul endroit
ET CONTES. 181
Qu'en vostre dos fust embatue
Robe que il eust vestue; 150
Ce deust dire uns fols , uns y vres,
Ja vaut plus de quatre-vingt livres
La grant rante que vous avez,
Et la terre que vous tenez ;
Quercz robes à vostre talant,
Et palefroi bel & ambiant,
Qui souef vous porte l'ambleure :
De vous ne sai dire mesure
,
Quar vous estes tels atornez ,
Que toz les iex avez troublez, 0.C0
J'ai paor de mauves encontre,
Qui hui vousvenist à l'cncontre
De fantofme & de mauves vent,
Vous muez color sort sovent,
Que je m'en esbahis trestoutc ,
îce sachiez-vous bien fans doute.
Criez à Dame Dieu merci, •
it à mon seignor saint Orri»
i8i FABLIAUX
Que vostre mémoire vous gart,
11pert bien à vostre regart 270
Que vous estes enfantomez,
Par la rien que vous plus amez,
Cuidiez-vous ore au dire voir,
La robe & le cheval avoir ?
Oïl, Dame , le Diex me faut.
Diex, dist la Dame, vous confaut,
Et de fa destre main vous saint ;
Quar vous vouez à un bon Saint,
Et si i portez vostre offrande,
Que Diex la mémoire vous rende. a8o
Dame, dist-il, & je me veu
A Dieu & au baron saint Leu,
Et s'irai au baron saint Jacques,
Et saint Eloi, & saint Romacle,
Sire, Diex penst de vous conduire,
Revcncz-vous-cn par Efluire >
Par mon Seignor S. Sauveor,
Uuec vont li bon pechcor,
ET CONTES. 183
Et si revenez par la terre,
Monseignor S. Ernoul requerre, o-pí
Vous deussiez dés l'autre esté
Avoir à son monstier esté
,
O chandoile de vostre lonc ;
Por ce que vous n'i fustes onc
,
Vouez li sires à fere droit.
Dame, Yolentiers, or endroit
,
Ferai, se Dieu plest,. ceste voie,
Ainsi la Dame l'en envoie
,
Qui li a set de voir mençonge,
Et se li a torné à songe 300
Ce qu'il ot veu à ses iex.
Encore esploita-ele miex
Qu'ele le sist pèlerin à force,
Et tant se paine & tant s'efforce,,
,
Qu'ele le set movoir au tiers jor,
Onques n'i quist plus lonc sejor..
Cis fabliaus aus maris promet,,
Que de folie s'entremet,
184 FABLIAUX
Qui croit ce que de ses iex voie ;
Mes cil qui vait la droite voie,
Doit bien croire fans contredit,
Tout ce que fa famé li dit.
Explicìt du Chevalier à la Robe
vermeilU.
DE SAINT PIERRE ET DU
JOUGLEOR.
\£ Ui de biau dire s'entremet,
N'est pas merveille s'il i met
Aucun biau mot selonc son sens.
11 ot un jougîcor à Sens
Qui moult ert de povre rivière
,
N'avoit pao sovent robe entière ;
Mes moult íòvent en la cliemife
Estoit au Yent & a la bise :
ET CONTES. 185
De lui ne sai que je vous mente,
N'avoit pas souvent chauccmentc O
,
Et quant à la sois avenoit
Que il uns sollerés avoit
Pertuissicz & deforetez
,
Moult iert grant la clartez.
Sovent estoit fans fa vicie,
Et lans sorcot, 6c fans cotele.
Ses chances crent forment chicres,
De son col naissent les lanières,
Et moult ert povres ses ators.
En !a taverne ert ses retors, ao
Et de la taverne au bordel ;
A ces deux portent le cembel.
Lez dez & la taverne amoit,
Tout son gaaing i delpendoit ,
Toz jors voioit estre en la boule
y
En la taverne & en la foule.
Un vert chapelet en fa teste
,
Toz jors vousist que il fust seste,'
i$<5 FABLIAUX
Moult desirroit le Diemenche,
Onques n'ama noilé ne tence 30
,
En sole vie se maintint.
Or orrez ja corn li avint,
En so!s péchiez mist son usage
,
Quant ot vescu tout son eage
,
Morir l'cstuet & trespasser.
Deables qui ne puet cesser
Des gens engingnier & soufprendre
,
S'en vint au cors por lame prendre
,
Un mois ot fors d'enfer esté
,
Ains n'avoit amc conquesté : 40
Quant vit le jo"g!eor morir,
Si en courut l'ame sesir,
Force que morut en pechié
,
Ne li a-on pas chalengié.
A son col le geta errant,
Vers enfer s'en vintacorant.
Si compaignon par le païs
A voient moult de gent conquis,
ET CONTES. 187
I uns aporte champions,
i
L'autre Prestres, l'autre larrons, 50
Moines, Evêques & Abcz,
Et Chevaliers & genz assez,
Qui en pechié mortel estoient,
Et en la sin pris i estoient.
Puis s'en repèrent en enfer,
Lor mestre truevent Lucifer.
Quant les voit venir si chargiez
,
Par ma soi, set-il, bien veigniez
,
Vous n'avez pas toz jors festé,
f,;st seront ja mal ostelé. 60
La la chaudière surent mis.
Seignor set-il, il m'est avis,
,
A ce que j'en ai veu
,
Que vous n'estes pas tuit venu.
Si fomes sire, fors uns feus,
,
Uns chetiz uns maleureus,
,
Qui ne set âmes gaaignier
,
Ne ne set les gens engignier*
188 FABLIAUX
A tant voient celui venir,
Qui nportoit tout par loisir , 70
De sor son col le jougleor,
Qui moult estoit de pourc ator,
En eníer est entrez to/. VAU
:
Le jougîcor a geté jus,
Li mestres si l'aresona
,
Vase! dist-il, entendez çà
, ,
Fus tu ribaus, trahitie ou lere.
Nenil, set-il, ainz fui jouglere,
Avoec moi ai trestout l'avoir
Que li cors seut au siécle avoir. 80
Li cors soussri mainte froidure,
S'oï mainte parole dure,
Or fui ça dedenz ostelez
,
Si chanterai se vous volez.
De chanter n'avons nous que fere,
D'autre mestier vous convient trere;
Mes por ce que tu cs si nus,
Et si tres pourement vestus,
ET C O N T E S. l8?
Feras lc feu sous la chaudière.
Volcnticrs, set-il, par saint Piere 90
,
Quar de chausser ai grant mestier,
Atant s'asiist lez le fouier,
Si fet lc feu delivrement,
Et chaule tout à son talent.
Un jor avint que li ma usé
Furent leens tuit assemblé
,
D'enfer issirent por conquerra
Les âmes par toute la terre.
Li mestres vint au jougleor,
Qui le leu sist & nuit & jor. 10O
Jouglere, set-il, or eseoute ,
Je te cornant ma gent trestoute,
Garde ces âmes for tesiex
,
Quar je tes creveroie andex
,
S'une en perdoie toute seule
,
Je te pendroie par la gueule.
Sire dist-il. alez-vous-ent,
,
Je les garderai leaument,
ïc>o FABLIAUX
Trestout au miex que je porrai,
Toutes vos amcs vous rendrai. 110
Et je sortant le te recroi ;
Mes cc fiches tu bien en foi,
Se une seule en defmanoies,
Que trestoz vis mengiés seroics.
Atant s'en vont, & cil remaint,
Qui du leu sere ne se saint.
Or vous dirai corne il avint
Au jougleor que enfer tint,
Et corne saint Pierre esploita.
Droitement en enfer entra 120
,
Moult estoit bien appareilliez,
Barbe ot noire, grenons trechiez,
En enfer est toz feus entrez,
Un berlenc aporv. & trois dez,
Delez le jougleor s'asist
Tout coiement, & se li dist.
Amis, set-il, veus-tu jouer ?
Vo;s, quel berlenc pour hazeter,
ET CONTES. 191
plenicr,
Kt s'ai qui sont
Tu pues bien à moi gaaignier, 13*
Bons esterlins priveement.
Lors li monstre delivrement
La borse oìi li esterlin font.
Sires, li jougleres refpont,
Je vous jur Dieu tout fans seintise
,
Que n'ai cl mont fors ma chemise
,
Sire por Dieu alez-vous-cnt,
, ,
Certes je n'ai goûte d'argent.
Dist saint Pierres, biaus dous amis,
Met de ces âmes cinq ou sis. 140
Site set-il, je n'oseroie
, ,
Car se une seule en perdoie
,
.Mon mestre me ledengeroit,
Trestout vif me mengeroit.
Dist saint Pieres, qui li dira,
Ja por vingt âmes n'i parra,
Yoiz ci l'argent qui toz est fins,
Gaaigne à moi ces esterlins
,
191 FABLIAU X
Qui tuit sont sorgié de novcl,
3e te doins vingt sols de fardcl, 15*
Si met des âmes au vaillant.
Quant cil vit qu'il en i ot tant,
Les esterlins moult convoita,
Les dez prist, si les manoia,
A saint Pierre dist à droiture
,
Juons or, soit en aventure,
Une ame au cop tout à esehars,
Mes deux, dist-il, trop est coars,
Et qui bon l'a si l'envit d'une
,
Ne mechaut quelle,ou blanche ou brune.
Dist li jougleres, je l'otri, 161
Et dist saint Pierre je l'envi
,
Devant le cop, set-il, Deable
,
Metez donc l'argent sur la table.
Volentiers, dist-il, en non Dieu,
Lors met les esterlins au gieu
,
Assis se sont au tremerel,
Lui & saint Pierre au sournel.
Getes,'
E T CONTES. 193
Getes, jouglercs, dist saint Pierres,
Quar tuas moult les mains manieic*.
Cil gete aval, si conte je cuit, 171
Par soit, dist sains Pieres, j'ai hui r.
Se tu getes après hasart,
J'aurai trois âmes à ma part,
Cil gete trois ck deux & as,
Et dist saint Pierres perdu l'as.
Voire, dist-il, par saint Denis,
Ces trois avant si vaillent six.
Et dist saint Pierre jel créant.
,
Lors a geté de maintenant 18c;
Douze poins à icele voie,
Tu me dois neuf, orme croistmajoie,
Droiz est, dist-il, je l'ai perdu,
Se je l'envi, tendras-tu ?
O il, dist sainz Pieres, par foi,
Ces neuf avant que je te doi,
Et douze qui qui l'ait,
,
Déliait, dist saint Pieres, qui qui l'ait.
Tome IL JT
194 l1 A U L í A U X
Dist li jouglercs, or getez ;
Volentiers, set-il, efgardez, ÏO'J
Je voi hai'art, íi corn je cuit,
Tu me dois trois & dix-huit,
Vois, dist-il, par la teste bien
,
Ce n'avint onques mes au gieu
,
Par la soi que vous mi devez,
Jouez me vous de quatre dez
,
Or vous me jouez do mefpoins.
Or vueil je jouer à plus poins.
Amis de par le saint Eípir,
T02 tesvoloirs vueil acomplir, io»
Or soit ainsi corne tu veus,
Veus-tu à un cop ou à deus ?
A un cop soit, set-il ades,
Ces vingt avant & vingt après ,
Et dist saint Pieres, Diex m'aït „
lors a geté sous contredit,
Dix-sept poins, & fi se vante,
Qu'il le fera valoir quarante.
£ T CONTES. 19'
Dist li jougleres c'est à droit.
,
Je getaprès vous orendroit, nc
Lors gete deseur le berlenc,
Cis cops ne vaut pas un mellenc
,
Dist saint Pierre perdu l'avez,
Quar jc vois quilhes ea trois de/,,.
Huimés n'ere je trop destrois,
Vous me devez quirente trois.
Voire, set-il, par le cuer bieu
,
Je ne vis onques mes tel gieu
,
Par toz les Sainz qui font à Rome
,
Je ne croiroie vous ne home, 120
Que ne m'asseissiez toz cops,
Getez aval, estes-vous fols
,
Je cuit vous fustes uns fors lerres,
Quant encore estes si guilercs,
Qu'encor ne vous poeztenir
Des dez chengier & asseir
,
Saint Pieres Pot, sien ot ire,
Par mautalent li ptist à dire,
196 V A n L 1 A ux
'Vous i mentez li Diex me faut ;
,
Mes c'est coustume de ribaut, a p
Quant on ne set la volenté
,
Si dist qu'on li change le dé ;
Moult a en toi mauves briçon ,'
Quant tu me tenispor larron
,
Moult s'en faut poi, par saint Marcel;
Que je ne vous oing le musel.
Certes, set cilqui de duel art,
,
Lerres estes, sire vieillart t
Qui mon geu me volez noier,
Ja voir n'enporterez denier 3 14c
Ba non, quar vous le mes toudrcz,
1
Venez avant, si les prenez.
Cil faut fus por les deniers prendre,
Et sainz Pierre saps [Link],
Le vous aert par les illiers,
Et cil lest cheoir les deniers,
Qui moult avoit le cuer mari,
Si l'a par la barbe saisi
,
LT CONTKS, w//
Moult forment à lui le tira
,
Et saint Piere li desehira * jO
'l'oi ses draz jusques el biaiel.
Or n'ot-il onques mes tel duel,
Qu'il o', quant il vit l'a char mu.;
[Link] jusques à la çainture
,
Moult le sont entrechupingnié
,
.Hatu, cvseru, c'e suchié.
Or voit lc jouglercs moult bien
Que l'a force ne li vaut rien,
Qu'il n'est ne li sors ne si grau?.
Corne saint Pieres, ne si poissans, xC*
Et s'il maintient plus la niellée
,
Sa robe ert ja si ci urée
,
Qu'il n'en porra joiï jamés.
Sire dist-il, or sesons pés,
,
Bien nous sommes entressaié.,
Or juons par amistié
,
Se il vous pleit & atalente.
Dist saint Pieres moult m'est à enta
liij.
198 FABLIAUX
Que vous de mon geu me blasmaílcs
>
Nc que vous larron m'apelastes, 270
Sire, set-il, je sis folie
,
Or m'en repent, n'en doutez mie,
Mes vous m'avez set pis assez,
Que mes d ra s m'avez desehirez
,
Dont je serai moult soufretous,
Or me clamez quite & je vous.
,
Et dist saint Pieres, je l'otroi,
Atant besicrent cn foi.
se
Amis, dist saint Pieres, entendez,
Quarente & trois âmes devez. 180
Voire set-il, par saint Germain
, ,
Jc començai le geu trop main
,
Or rejouons, si biau vous vient,
Si soient ou trois tans, ou nient,
Se no geu revient en tel mes.
Par Dieu set cil j'ensui toz prés \
, ,
Mais cseoutez, biaus amis chiers,
Paierez me vous volontiers,
v. T C o N T r. s. r 9}
Oïl, bonement,
dist cil moult
Trostout à vo comandement, zyo
Chevaliers, Dames, ou Chanoines,
Larrons, ou champions ou moines ,
Volez sianz homes ou vilains
,
Volez-vous Prestres ou Chapelains?
Amis, set-il, tu dis reson
,
Oi gete aval fans trahison
,
Siint Pieres n'ot à celé voie
Fors cinq & quatre & un seul troie
,
Dist li jougleres, douze i voi.
Avoi, dist saint Pieres avoi, 300
S: Jhesus n'a de moi niera,
Cis [Link] cops m'a boni,
Cil gete aval moult durement,
Quifnes & un deus seulement.
Diex, dist saint Pieres, bon encontre,
Encore vendra en cest rencontre
,
Or soit vingt-deux sicre ou taille
,
Dist li jougleres bien les vaille
,
l iiij
ioo FABLIAUX
Getez, vingt-deux i ait bien,
Je gct de par saint Julien. 3 tu
Saint Pieres gete isnel le pas,
Sisne & puis un tout seul as,
Dist saint Pieres, j'ai bien geté
,
Quar je vous ai d'un point passé,
Vois, set cil, comme il m'a prés point -
Qu'il m'a pasio d'un tout seul pcvit,.
Je nc fui aine aventureux
,
Mes toz jors uns maleureus,
Un chetis, & uns meseheans,
Et ci & au siécle toz tans. 320
Quant les âmes qui sont el lu
Ont ce o'i & entendu
,
Que saint Pierres a gaaigné,
De toutes pars lui ont huchié
,
Sire, por Dieu le glorious,
Nous atendons du tout à vous.
Et dist saint Pieres je l'otroi,
,
Et je à veus, & vous à moi ;
E r CON Í H S. ÌOI
Mes se j'eusse tout perdu
,
N'i eussiez pas attendu; 330
Se Dieu plest ains la nuit seùc
, ,
Serez tuit. en ma compaignie.
Ne fai que plus vous en deisse,
Ne que lonc plet vous en feisse,
Tant a saint Pieres tremelé,
Et tant le jougleor manc
,
Que les âmes gaaigna toutes,
D'enfer les cnmaine à granz routes,
Si les mena en paradis,.
Et cil remets toz esbahis, 34*
Qui est dolens 6c iraseus.
Es vous les maufez revenus.
Quant li mestres su en melon,
Garda entor & environ ,
Ne vit ame n'avant, n'arriére,
Ne en sornel ne en chaudière,
Lc jougleor a apelé.
Diva set-U, où sont ale
* .
iv
201 F A B L I A U K
Les âmes que je te lessai.
Sire set-il, jel vous dirai, 350
,
Por Dieu aiez de moi merci,
,
Uns vieillart vint orains à mi,
Si m'aporta moult grant avoir,
Bien le cuidai trestout avoir,
Si jouâmes ik moi ík lui,
Moult me torna à grant anui.
Fils à putain, set-il, lechierc
,
Vo jonglerie m'est trop chiere
,
Dehait qui vous aporta
,
Par mon chief il le comparra. 360
A celui sont venu tout droit,
Qui lecns aporté l'avoit ;
Tant l'ont batu tant l'ont boutés
,
Que cil lor a acreanté
Que il james à nis un jor,
N'i aportera jougleor,
Dist li mestres au ménestrel,
Hiaus amis, vuidiez mon ostel.,
ET CONTES, 203
Mal dehez ait vo jouglerie
,
Quant j'ai perdue ma mesnie 37O
,
Alez à Dieu, je n'en ai cure.
Et cil s'en va grant aleure
,
Que d'enfer chacent li tiranz ,
Vers paradis s'en vint errant;
Quant saint Pieres le vit venir f
Se li corut la porte ouvrir,
Richement le sist osteler.
Or facent joie li jougler,
Feste & folaz à lor [Link],
Quar ja d'enfer n'auront tonnent,
Cil les eu a trestoz getez, 3S1.
Qui les âmes perdi ausdej;
Explìcìt de S. Pierc & du Jonglcori
lv*
204 FABLIAUX
DE CONSTANT DUHAMEL.
1V1 A paine vueil mètre & ma cure
En raconter une aventure
De sire Constant Duhamel :
Or en escoutez le fabcl,
Et de dame Ysabiau sa famé
,
Qui moult estoit cortoise dame
,
Et preus, & sage, Sc avenant :
El pais n'avoit si vaillant,
Por efgarder & por veoir.
Le Prestres i mist son pooîr ÏQ
A li requerrs de s'amor,
Ensanble o li parla maint jor}
Si la requist de druerie
,
Et dist se devenoit s'amie,
ET CONTES, 205
11 donroit assez joiaus,
li
Fcrmaus, çaintures & aniaus,
Et deniers assez à despendre,
Mes la dame n'en vout nus prendre»
Ains dist que ja par covoitise
,
Ne sera au Prestre servile ît>
,
Por tant qu'ele en doie estre pire*
Puis dist sire, j'ai oï dire
,
Que 1e vostre soignant estoie ,
L'amor de Dieu en perderoie,
Je fui celé qui vous en faut.
Li Prestres sovent la r'assaut,
Si la prie bel-, cs. li offre
Vingt livres qu'il a en son coffre.,
Mes il la trueve li repointe
,
Guetant, & eleoutant, 8c cointe, 50
Et seloncssc à entamer,
Que il n'i puet rien conquester.
Moult est dolent quant il s'en part,
Malemcnt est blccic du dart
io6 FABLIAUX*
D'amors qui l'a ou cors navré,
Et l'a si durement hurté,
Que d'angoisse tressue & gient ;
A quelque paine à l'ostel vient,
Poi li a value fa guile.
Oicz du Provost de la vite 40
,
Qui les prisons a en baillie,
Icil a la dame essaie
,
Se li set un cembel novel,
Por ce qu'ele se porte bel,
Et qu'il la vit bêle &. cortoise.
Ha Dame, set-il, moult me poise,
1
Que cil vilains vous a en garde ,
Mans feus & maie flambe m'arde
,
Se je estoie corne vous,
Se jc ne lc sesoie cous. 50
iì est plus afpres c'une ronsee,
Miex vaut de mon solas une once s
Que du sien ne fet une livre j
Mes sctes ami à délivre,
IÌ T CONTES. 207
Quar il est gros ck malostius
,
II n'est souvent rez ne tondus,
Ains est ors & destavez ;
Mes se vous croire me volez
,
Je serai vos amis délivres ,
Si vous donrai du mien dix Uvres ,6a
Por consentir ma volenté.
Et la daine l'a regardé,
Se li dist sire
ne puet estre,
, ,
Je voudroie miex estre à nestre
,
Que je seisse tel outrage,
Bien avez or el cors la rage
,
Qui me volez issi honir,
Certes miex voudroie morir,
Que j'eusse fait itel faut,
Vostre sermon poi vous i vaut, 70
Et vos deniers bien les gardez.
Que dans Constans me trueve assez }
Qui moult doucement m'a norric^.
l't je seroie grant folie
,
2Ô8 FABLIAUX
Se je por bien mal li rendoie.
Atant le guerpistén la voie,'
Et il remest toz trespensez,
Moult su dolens & abosinez,
Quant il ne la puet convertir ,
Ice l'en set reibnvenir, S'o
Qu'ele a gent cors & avenant,
Lcvis traitis & biau semblant,
Les iex vairs, la bouche petite,
Ne porroit pas estre descrite,
Par le Provost fa grant biauté.
Je fui, set-il, mufart' prové,
Aimerai la je donc à force,
Quant jc n'en puis percier l'eseorcCj
Malemcnt auroie son cuer,.
Or me vueil trop geter puer. 90
Amerai la puifqu'el ne m'aime j
Ainsi à soi son cuer reclaime
Li Provos, quant il miex ne puet,
Cirant chose à en sere l'estuet.
ET CONTES. 209
La dame à l'ostel est venue,
A l'endcmain s'est esmcue
,
Si est alée à sainte Yglise {
Quant ele ot oï le servise,
Vers son ostel est retornée,
Li Forestiers l'a encontrée ico
,
Qui gardoit les bois au Seignor,
Moult su biaus & de bel ator,
Et bien armez d'arc k U'espée,
11
a la dame saluée
,
Ele li rent salu moult bel,,
11trait esraumentunanel
De son doit, bien valoit un marc.
Dame ne vous doins pas mon arc
,
Fet-il, mesl'anel vous doins gié,
Por seulement avoir congié IÎO
De besier celé be!e bouche
,
Dont la c'ouçor au cuer me touche.
Fie tespont corne cortoise,
Certes, lire, pas ne me poisc,
2io FABLIAUX
Se Tare & l'ancl YOUS remaint,
Quar nul besòing ne me soufraint,
Par qoi VOUS m'aiez si surprise
,
Je nc VOUS sera ja servise
Par vilonie que je sache
,
Ja por paor de vostre hache *i ;o
,
Ne por lc don de vostre anel,
Ne serai rien dont VOUS soit bel,
Portant qu'à mon seignor desplaise,
R'alcz-vous-cnt tout à vostre aise,
Et je m'en irai à l'ostel,
Jc nc pris pas un don de sel
Home qui est si garçonier.
Vostre lame le plaint l'autrier
,
Qu'el n'avoit o vous se mal non
Vous en aurez mal gueredon i ÍO
,
Quant que cc soit ou tost ou tart.
A cest mot de li se départ ;
Et il rcmest plus chaut que breíí
Qui lui eust la teste refe
ET CONTES, m
Sans eue à un coutel d'acier,
Ou les cheveux fet efrachier
,
Si l'en fust-il assez plus bel.
Me sire Constant Duhamel
Nesavoit mot de tout cest pîet.
Or oiez que la dame a set. i*}0>
A son ostel en vint errant,
S'a sait meugler le paisant,
Puis l'cnvoia cn son labor,
Ou il sent aler .chalcun jor.
Un jor avint, ce dist mon mestrc,
Que le Forestier &. le Prestre
,
Et le Provost si corne moi sembl*
, ,
Alerent boivre tuit ensanbîe
,
Quant il orcnt beu assez,
Tant qu'il turent toz eschaussez. 150
•
íjirc, dist le Provost au Prestre,
Dont ne feroit-il or bon estre,
O la lame sire Constant,
On en devroit juner un ar\
2i2 FABLIAUX
En pain, & en eue & en sel,
Et cn viande quaresmel,
Por avoir en au cuer grant jose.
Ci n'a que nous trois qui nous cïc
,
Ce refpondistle Forestier,
Qui porroit fa bouche besier, 160
11 en devroit souffrir la
mort.
Dist li Prestres vous avez tort,
Tant jeûner & mort reçoivrc,
Por une tel famé deçoivre
>
N'est mie bone chose à CQIQ.
Pensser covendroit d'autre afere.
Celui qui lavoudroit amer ;
Quar nului r.e veut eseouter
,
Qui de lui se veuille entremettre.
De son chastel l'estuet jus mètre 170
Tant que besoing poucrte &. sain
,
La face venir à rcclainr.
Ainsi doit-on servir vilaine,
Fols est qui autrement s'en painc».
ET CONTES, I I >
Or oiez du conseil au Prestre
,
Por le vin qui le sist fols estre
,
A dit à ses deus compaignons,
Or escoutez que nous ferons :
Ne somes-nous assez poissant
Por amaigroief" Dant Constant, 180
Pelez de là & je de ça.
,
Dehez ait, qui ja i faudra,
Ce refpont chaseuns endroit soi,
Or soions compagnon tuit troi
,
Bien poons soufrir cest marchié.
A cest [Link] sont destachié,
Si départirent l'eseot,
Mes sire Constans pas ne sot
Que l'en li ait tel plet basti.
Un Diemenche avint issi, 19 v
Que le Provoire scrmona ,
Aval le monstier refgarda
,
Si vit Dans Constant devant soi,
II ne U dist pas en reqoi,
214 FABLIAUX
Mes haut, que tuit l'entcndirent.
si
Tuit cil qui sainte Yglise empirent,
Sont de Dame Dieu dessevrez,
Seignor & Dames escoutez;
,Vez là Dant Constant Duhamel,
Qui est maris dame Ysauel, 200
11 a espousé sa comere ;
Si est bien droiz qu'il le compère ;
Quar cil qui les forfez encerque,
Si l'a conté à l'Archevefque
,
Qui m'a mandé que je li main,
Lui & fa famé hui ou demain
,
Si les sera l'en départir,
Que la loi ne le puet souffrir.
Sire Constant, issiez-vous-ent
De cest monstier ifnelement , 210
Je vous congie de sainte Yglise,
11 n'i aura chanté servise,
Tant corne vous ceens serez.
Dont su Constant forment irez,
f. T CONTES. 215
Quant li Prestrcs li dist tel conte,
Toz su csbahiz de la honte
,
Si qu'il ne set que il doie dire,
Pâles, defcolorez plains d'ire,
,
S'en est fors du monstier issus,
A l'ostel le Prestre est venuz, 220
Et quant la messe su chantée,
Et la gent en su toute alée,
Li Prestres vint à son ostel,
Et Dant Constant n'atendoitel.
Contre lui est corant venu/.,
Fui de ci, vilains malostrus,
Fet li Prestres, ce ne vaut riens,
Je serai par toi toz raiens,
Que j'ai soffert ton avoltire.
Por amor Dieu biaus tres douz sire
, ,
Fet Dans Constant, donez du mien 231
A l'Archevefque & au Doien,
Por me fere cuites clamer.
Et que vodroies-tu doner ?
.
n6 FABLIAUX
Sire, sept livres vous otri.
A quant paier ? A Mercredi,
Or te haste de l'aquiter,
Se tu pues por tant eschaper,'
Diex t'aura donée fa chape.
Átant sire Constant eschape 146
,
Si est à son ostel venu ;
Et quant sa famé l'a veti,
Bien voit qu'il estoit còurouciez,
Ses bras li a au col ploiez ;
Et qu'avez-vous, fet-ele, amis î
Dame, set-il, mal fui baillis,
A sept livres m'a mis le Prestre ,'
Se nous voulons plus ensanble estre,
Moi & vous, ou il nous enuie ,
Que demain ert la départie MO
,
Quel conseil en porrons-nous prendre ?
Ne set qui li a set entendre
Que vous estiez ma comere.
Or ne vous Chaut, set-ele , siere,
Toz
ET CONTES. 217
Toz prés les ai, ses paierai,
Jamar en serez en efmai,
Ne plus que por un oef de quaille 't
Plusavons-nous deniers que paille,
S'en donrons dix livres ou vingt,
Bien sai dont ceste chose vint.
Ne vous en chaille à couroucier ; i6o
Mes alons liernent mengier ;
Atant s'asistrent csraument ;
Mes n'orent pas mengier graument.
Estes vous lc mes au Provost,
Levez fus dant Constant, or tost
,
Fet-il, si venez à la Cort.
-
N'aura-il loisir qu'il s'atort,
Dist la dame, que ce puet estre ?
Par foi ,dame set-il, monmestre 270
,
L'a moult de tost Yenir hasté.
A icest mot s'en est torné.
Si vint au Prévost qui là bée,
Onques n'i ot reson contée,
Tome IL K
218 FABLIAUX
Fors que Constant lc salua,
Et li Provost le rooilla
Sans plus dire, au cep l'a assis ;
Dans vilains encor aurez pis,
Que vous ferez mis au gibet.
Puis dist à Cluingnart son vallct : 280
Va tost, si di à mon Seignor ,
Que je ai pris le trahitor f
Qui U a son forment emblé ,
.
Et plus d'un mui en a osté,
Et par nuit fa grange brisie.
Or ot dant Constant grant haschie;
Quant larrecin s'ot mètre scure.
Ha ! sire, se Diex me sequeure ,
Fet dans Constant, je n'i ai coupe,
Dist li Provost ce sont estoupes. 250
Dont vous me volez estouper;
Ausi bien vous venist harper,
Et hurter vo chief au greil,
Que dusqu'au chief de vo cortil,
ET CONTES. 219
Eu du blé la trace suivie.
Sire set-il, c'est par envie
,
Que l'en m'a mis seure telle oeuvre;
Mes ainçois que plus en deseeuvre,
Prenez du mien por pais avoir,
Jcn'ai ou mont si chier avoir 300
Que ne vouffisse avoir doné
,
Ainz c'on m'eust ici trové
En cest cep à tel deshonor.
Que donras-tu à mon Seignor,
Se je te faz estre délivres,
Sire, je li donrai vingt livres.
Or t'en rêva en ta meson,
Je serai por toi champion.
Atantl'a hors du cep osté
j
Et dant Constant s'en est torné 310
Tres parmi l'eur d'une couture.
Estes vous poignant à droiture,
Contre lui son bouvier Robet.
Qu'as-tu, set-il, qu'as-tu vallet, .'
Kij
220 FABLIAUX
Qu'as-tu set-il, coment vas-tu ?
,
Sire mal vous est avenu,
,
Li forestiers vos buez enmaine ,'
11 dist que en l'autre semaintí
Li emblastes par nuit trois chesnes
Qui vous cousteront quatre braines,
Et mercredi au soir un hestre. 311
Diex, dist Constant, ce que pttet estre,
Tant ai hui tret maie jornée,
Lors a fa chape deffublée ,
Si cort après le Forestier,
En haut li comence à huchier ;
Por Dieu , biau sire, atendez-moi.
Ha ! dans vilains de pute soi,
Tant avez or le cul pesant,
Se vous venez un poi avant, 333
Je vous ferai du cors domage ;
Se m'aportiiez un fromage
En vostre giron & cinq oés,'»
Jîien cuideriez ravoir vos bues ;
ET CONTES. 221
Mes voir tout autrement ira ,
Vostre pechié vous encombra,
Quant nostre bois vous cP'artastes,
Et à miennuit l'enportastes. ,,
Or su dans Constans fort iriez,
Moult su dolans 6c couroucicz,
Et dist, sire, vous i mentezj 340
Se je fusses aussi bien armez
Corne vous estes par igal,
Sor vous en revenist le mal,
Ou se j'eusse mon hoel,
Je vous serisse el hatercl.
Nel laistàisse por vous vieillart,
Vous eussiez chaucié trop tart
Vos deux brochettes en vos piez.
Lors su li Forestiers iriez , 550
Si le regarde fièrement.
Vilains, dcr.t te vient hardament,
Que tu î£ ve\ s à moi combattre;
Por le cuerbieu veus me tu battre
,
Kiij
222 FABLIAUX
Tu sambles miex leu qu'autre beste ,'
De bras, de jambes & de testes.
Par les icx bien mar le penssas,
James franc home n'assaudras,
Ta pance t'estuet descarchier
Par li vent on les pois si chier, 360
Ja ton hoel ne t'ert garant."
Lors li tome li glaive avant,
Dont su Constans en grant effroi,
Quant il le vit venir ver soi ;
Sire dist-il, por Dieu merci,
,
Acordons-nous, je vous en pri,
Ne me devez tenir si cort,
Se vous me menez à la Cort,
N'i aurez mie grant profit,
J'ai en ma chambre lez mon lit 370
Cent sols de deniers à vostre oés
,
Mes que r'aie en pés mes bues,
Et racordez soie par tant.
Et cil qui n'aloit cl quêtants
ET CONTES. 22,3
Mes qu'il cust vers lui l'avoir,
Li dist quant les porrai avoir ?
,
Cil li resoont, dedenz juesdi,
Fai m'en seur, jel vous asi.
Et je le praing coment qu'il aille ;
,
Or en pues «-emener t'aumaille. 380
Dans Constans à l'ostel repère ,
Moult est dolent, ne i'et que fere,
11 n'a membre qui nc li saille
,
A us chans a lesiié s'aumaille.
'En meson est venu berçant,
Onqucs ne dist ne tant ne quant :
,
Sor un lit s'est leslié verser.
Sa famé li cort demander :
Sire Constant, qu'avez,trové ?
Dame puis l'eure que fui né , 590
N'oi autres tant mal ne dolor,
Com j'ai eu hui en cest jor.
Lors li conte le destorbier
Du Provost & du Forestier,
Kiiij
224 FABLIAUX
Corne il est issus de prison
Por vingt livres de
raençon;
Après li conte le melchief
Du Forestier de chief
en clu'ef,
A cuiil doit
cent sols paier,
Dame moult
me dot esinaier, 400
Que je n'en (ai denier pîi
prendre,,
Or me convient m'avaine
vendfe,
Et le blé qu'avons à mengier.
Sire ne vous chaut d'esmaier,
<
Fet la Dame qui moult su sage
j
Ja n'en métrai mantel ..
engage
Pour vous oster de ceste
paine,
Ja n'en ven irez bló
neavaine;
Bien vous métrai hors de
la trape,
Et cil remaindront
en Iasrape 4ro
Dont vous serez autrestant lié ,
Corne avez esté couroucié
:
Tant se pena du conforter,
Que il sont assis souper.
au
ET CONTES. 225
Quant Constans ot assez mcngié ,
Si l'a Dame Ysabiaus couchié;
Au matin va à la charrue,
I.a Dame ne su ésoerdue,
Ainz apele fa chambrière,
Une gorlée pautoniere. 440
La gàrcë Òt à non Galestrot,
Moûlt sot de fart & de tripot,
La dame l'a^elá à soi',
Galestrot, or enten à moi,
Que Dame Diex nous doinst gaaing'3
Va moi appareilliér un baing.
Celé se haste ne puet plus,
Ainz mist paielè dèsus,
Puis mist l'eue chaude en la cuve
,
Et dras desus por fere estuve. 430
A fa dame revint errant;
Dame, j'ai fet vostre cornant.
Galestrot, bêle douce amie.,
Je te cornant deseur ta vie
K v
126 FABLIAUX
Que tu soies preus & îfnelc,
Et si saches de la favele
,
Tant que nostré preu en traion,'
.Va si gaaigné un peliçon.
Di lc Prestre, qui tant me prise ,"
Que fui preste de son scrvisc, 440
Se il me tient ma convenance,
Et qu'il m'aport fans delaiance
Les dix livres 8c les joiaus.
Celc a efcorcié ses trumiaus,'
Qui sont gros devers les talons.
Onques vache que point tahons
Ne vi si galoper par chaut,
Corne Galestrot va lc faut :
Moult se paine de tost aler.
Le Prestre ert venus de chanter, 4^0
Tantost le tret à une part.
Sire, dist-ele Diex vous gart,
,
Jc cuit j'ai ma paine perdue
,
Tant me fui por vous combatuc ;
ET COMTES. 227
Que j'aj ma dame convertie 5
Sire, j'ai ma dame trahie.
Or soiez larges & cortois,
Vous n'i avcnissi^z des mois,
Se jc ne m'en fusse entremise,
Ci n'asiert pas longue devise, 460
Aportez-li tost sa promesse,
Et jc n'ai point de guimple espesse.
Le Prestre l'acole si rist.
Galestrot ne te soit pétk,
Tien or yingt sols à un peliçon :
Est or li vilains en meson ?
Nenil li las il n'i est mie.
Sire, j'ai ma dame trahie ,
Por vostre cors le débonere.
Cete qui bien sot son preu fere, 470
Bouta les vingt sols en son sain,
Puis se parti du Chapelain ,
(
Et il est coru aus deniers,
Tant en a pus ccm & milliers,
vi K
a*8 FABLIAUX
Cime grant borse en aenplie,'
l't les joiaus n'oublia mie,
Ains a tout mis en un sáchel,'
Puis a affublé un mantel
Vair d'cscarlate taint en graine ;
Si corne fortune le demaine, 480
De son ostel s'en ist atant,
Moult scvait lovent soyfachant,'
Que li fâchés li poise aval,
Or oiez com li avint mal.
Enmi fa voie a encontrée
Une geline pielée,
Qui pasturoit en lacharrlcrej
A poi ne s'en retourne arriére,'
Por ce qu'il i entendoit sort;
A ses piez trueve un bastontort, 490
A la geline lest alcr,
Et ele s'en prist à voler.
En son langage le maudist
,
Honte li viengne, 6c il si sist.
ET CONTES. 223
Qui donc veist le Prestre aler,
Le chief belsier & esgarder,
Tans qu'il entra enz ou hamel.
Contre lui vient dame Yfabel,
Qui moult li set blondete chiere.
Puis apela la chambrière; 500
Va tost cel seignor desehaucier,
Que je le vueil sere baingnier,
Et je me baingnerai après ',
Si nous solacerons hui més,
Si m'embelira plus son estre.
Par soi, dame, ce dist le Prestre;
Je ne vous osai pas mentir ;
Lors li comence à descouvrir
Le sachet qui n'en pas petit;
Et ele le gete fus son lit, 510
Onques au conter n'i mist paine.
La dame qui n'ert pas vilaine,
Le sot tant de ses diz lober,
Qu'ele le sist enz el baing entrer •
->
230 FABLIAUX
Puis prist la robe &r les deniers,
Ainz n'i lessa nis les chauciers,
En fa chambre a trèstout geté.
Or sont cil mis à sauvcté.
A Galestrot va conseillîer ,'
Va toi bientost appareillier, ça$
Si me fai venir le Provost,
Di li que il m'aport tantost
Ce que il m'ot cn convenant.
Et celé i ain esraument,
Qu'ele en set voler les eselas ;
S'ele puet tenir en ses las
Lc Provost, il li rendra conte
,
De parler à lui n'a pas honte,
Ainz le salue hautement.
J'ai cn vous, dist-el,mal parent, 530
Dant Provost, por vostre richoise;
Mes j'ai vers vous set quecortoise,
Que ne me vueil desnaturer,
Qui me deust cent fols douer,
ET CONTES. 231
Ne me seusse plus entremise
Nuit & jor de vostre servisc
,
Tant ai ma dame coru seure
,
Que ele est maintenant en l'eurc
De fere tout vostre plesir ;
Mes hastez-vous de tost venir, 540
Et si ne devez pas lesiier
Ce que vous déistes l'autricr,
Ma dame a moult d'argent afere j1
Ele est si franche (k dcbonere,
Que moult bien le vous saura rendre ',
Mes ele a or mesticr de prendre.
Quant li Provos ot cV entent,
Que la chose est à son talent,
Galestrot, dist-il, douce amie,
Jc nc te doi oublier mie, 550
Que tu m'as servi bien & bel,
Tien or vingt sols à un mantel,
II li mist ou girçn devant ;
Kt ele s'en torna atant,
132. FABLIAUX
Vers fa meson s'en va tout droit.
Li Provos après li aloit,
A l'uis est venus si apele 5 v '
Lasse l ci a mal riòvele *•
,
Fet la dame, c'est mon seignor.
Dame por Dieu lé Creator, 560
,
Dist li Prestre, que'porrái faire,''
Vo mari est de si put aire ,' r ""
Qu'il m'aura ja tout esihié
,
11 est vers moi forment irié,
Sire, dist-ele, n'aiez paor,
Je vous métrai en tel destor,
Oh il ne vous sauroit ouan
,
En cest tonel desous cest van
,
11 n'i a rien que plumetnole.
Li Prestres crut bien fa parole 570
,
El tonel faut de plain estes
>
Si lc resist couvrir après.
Estes vous le Preyost errant,
La dame lui sist bìaus semblant,
ET CONTES. 233
11 vout maintenant besier ;
la
Sire dist-ele ce n'a mestier ;
;
, ,
i Que savez-vous qui nous esgarde,
Honte m'i fet vers vous couarde; /
,
Mes amors m'i fera hardie,
Quant je serai de vous sesie, 580
Dame, fet-il, c'est vérité,
Mes je vous ai ci aporté, '
Nc lai quans deniers que j'avoie
,
Atant li baille la corroie,
Qui moult estoit plaine ík farsie.
Ln dame n'en refusa mie,
Ainz l'a en sa chambre portée,
1 Je ne vueil fere demorée ,
N'aconter chascuno parole,
Mes la dune par fa parole j90
Li dist tant, qu'il entra ou baing.
Or doublés son gaaing,
li est
Que fa robe cn a sauf portée,
Puis a Galestrot apelée,
234 FABLIAUX
En bas [Link] à conscillier :
Va moi querre le Forestier,
"Di li au miex que tu sauras,
Se nous poons mètre ses dras
O les autres, cé m'ert moult bel,
T)ì li qu'il m'aport Panel <5co
Qu'il me vout l'autre jor doner.
Qui donc veist celé troter
Parmi la rue au plus que puel.
Or sachiez que venir estuet
Le Forestier s'ele Pataint;
,
Quant cl lc vit pas ne se saint
De bien portreticr se parole ;
Je fui, dist-e'e musarde sole,
,
Qu'ai-je de cest vassal aferc,
Se il ne su st debonere CiC
,
Je n'alaisse por lui plain pas;
Puis lui dit souavet en bas,
Venez à madame parler ;
El ne sina puis de pensser
ET C O NTES. 235
Qu'ele vous geta l'autrier puer,
Mes je l'ai pointe jusqu'au cuer,
Souvent & menu l'ai tastée,
Tant que pour vous est esehausée,
Vostre anel d'or li aportez,
El vous donra du sien assez, 610
Lc Forestier de joie saut,
Et Galestrot, se Diex me saut,
Bon lc seis se je puis vivre
,
Que jc la tenisse à délivre ,
Ma dame qui tant par est simple.
Tien or dix sols à une guimple.
Celé les a pris corne sage ;
Et celui i lera tel gage ,
Qu'il ne r'aura més de semaine,
Tant a courut à longue alaine, 630
Qu'ele vint cn melon bâtant,
La dame trova desehauçant,
Que moult la hastoit lc Provost»
ES VOUS le Forestier tantostj,
236 FABLIAUX
A la porte vient, si apele.
Lasse ! ci a froide novelc
,
Fet la dame, mon seignor vient,
Li Provos moult forment lc crient,
Por ce qu'il l'avoit couroucié.
Dame, vous m'avez engingnié, 6^0
Fet-il, s'or n'en prenez conroi.
Sire nc soiez en effroi
,
Fet la dame, muciez-vous ça,
Que mon seignor s'en ira ja,
Atant le tonel dcseouvri,
Et il i est à joinz piez failli
,
A poi qu'il ìe creva le Prestre.
Ha las 1 dist-il, ce que puct estre ?
Or sont Deables descendu.
Quant li Provos l'a entendu 650
,
A poi qu'il n'est du senz maris,
Ha laz l dist-il, corne fui trahis,
Trahis par les angoisse L")é,
Qui es-tu, qui m'as assronté ?
|
ET CONTES. 237
! Mes tu qui es
,
? Jc fui le Prestre,
:
Deable te font ci estre
Li
Cil d'enfer, qui pas nc someillent,
;
Qui por la gent eng'mgnier veillent,
Hui furent-il trop esveillié
,
Qu'il m'ont trahi & engignié. 669
Et tu qui es, di-le moi tost ?
11a ! je fui le chétif Provost
,
,
I I.e Provost ! donques n'ai-je mal,
Ainsi s'acointent par igal
:
' L'un à l'autre lor
aventure.
Le Forestier ne s'asseure
;
,
Aiiu entre en l'ostel bel &cointe,'
La dame s est près de lui jointe,
Tant lc blandi, & tant le lie,
Qu'ele su de Panel sesie. 670
Puis le sist el baing entrer.
Anvis seroit à raconter
Chafcundit, & chafeun aserej
Mes bien en sot la danie trere
238 FABLIAUX
L'anel, & ce qu'en pot avoir.
A son seignor a set savoir
Qu'il viegne tost qu'ele a besoing.
J^a charrue n'ert gueres loing.
Es le vous entré en la porte.
Lasse, dist-ele or fuis je morte, (!Cj
,
Mes sires vient, oez le la ;
Mes bien fat qu'il s'en r'ira ja,
11 n'est pas tans de dosnoier.
Dame ce dist le Forestier,
,
Vostre sire vous het de mort,
Se ne prenez de moi confort.
Dist la dame, setes isnel,
Si en entrez en cel tonel.
Ele cornt le van oster,
Et cil saut enz sans arestcr, 690
Le Prestre ataint en la poitrine ,
Au Provost set ploier l'esehine ;
,
Mes nus d'aus n'en osa groucier.
Ha lus ce dist le Forestier,
1
;
E T C O N T ES. 239
\ Coin fui malemcut embatuz.
1 Qu'est-ce, mal soiez vous venuz ,
;
Dist le Provost traiez-vous là,
Je cuit que je crèverai ja,
:
Sc nous somes ci longuement.
Ha las ! dist le Prestre dolent, 7:0
Corn, ci a dolente poitrine;
Mes je ai brisié l'elchine
,
Dist le Provost, au mien cuidicr.
Ha las 1 ce dist le Forestier,
;
A pot que li oeil ne me saillent,
Lc> vies qui tant nous travaillent
1
; Soient bonis hui c'est jor
1 Que nous vivons à grant dolor.
Estes vous dant Constant bruiant,
Une grant hache paumoiant, 710.
Dame Ysabiaus l'a acené,
Tout bêlement li a conté
Corne ele les a mis cl tonel.
Por Dieu, sire, or en ouvrez bel,
240 FABLIAUX
Fêtes en ce que il seisscnt,
Se au dessus de nous venissent,
II voioient à moi gésir.
Je serai lor famés venir,
Si serez semblant, & tout outre
,
La première vous convient ... 71c
Et puis les deux autres, se vouspocij
Ses aurez honis & matez ;
Je vueil que ainsi le faciez,
Si les arez à droit paiez.
Et tenez ades ceste hache
,
Quar ele vaut \mc manache, •
Donez lor en, se nus se muet,
Dame, dist-il, sere l'estuet.
Galestrot, vien ça pute asnesse,
Va moi tost querre la prestresse, 73:
Di li qu'ele viengne o moi baignier,
Et vous alez apareillier,
Là dejouste celé grant mait,
Si soiez toz diz en agait,
Damî,
F. T CONTES. 141
Dame, vostre plefir serai.
Galcstrot s'en va par lc tau
Tant a la prestrelTc hastée ,
] Que à Tostel l'a amenée.
La dame la set deschaucier,
;
Et de toz. ses ciras defpoillier, 74a
'' Fors seulement de fa chemise,
Li vilains a fa hache prise
,
,] Qui moult bien samble espoentail,
j De sa chambre ist à tout un maiL
IQui est-ce là , & qui est ceste ?
] Ja n'i querrai
orc plus preste ,
(Couchiez-vous tost fi vous
...»
j C«!e le vit hideus 6c lait,
ì Si n'osa parler ne grondir,
Cil lavait aus jambes saisir 750
,
pi la couchie toute cnverse ,
' Ne la prist pas à la traverse
,
Auu l'a acueillie debout,
y)
jEtcle li livra trestout,
Tome II, h
241 FABLIAUX
Ne li vea jambe ne cuisse;
Mes au Prestre que ele puisse
,
Ne s'en plaindra mes de semaine,
Qui ou toiiel est à grant paine
,
Qu'il en set le vertuol voler.
Li Provost prist ù esgarder, 760
Si vit le vilain braoitlier,
Au Prestre monstre sa moillier.
Qu'est-ce ce dist-il, que je voi là ?
j
Or esgardez que ce sera
,
Ce puet bien estre la prestresse,
ta conestrïez-vous à la fesse ,
Et aus estres qui font entor,
L'en la clemaine à grant dolor.
Lors n'i a r,ul des deux ne rie,
Au Prestre est l'alainc faillie 77$
,
Du duel qu'il a & de la honte.
Mes ne vueil aloingner mon conte.
Quant dant Constant l'ot bien corbée,
Si l'a fors de l'oftel boutée
,
ET CONTES. 143
&le s'en ya moult couroucic.
Galcstrot ert ja envoie,
Por fere venir la Provoste.
Dant Constant d'une part s'acoste,
Tant qu'ele tu st leens venue.
Quant ele se su devestue 780
,
Et cl cuida el baing entrer,
Dant Constant li va demander;
Que requiert ceste dame ci ?
Avo't, dant Constant, Dieu merci,
G'i fui venue mainte soiz.
Par foi, dame, si est bien droiz
Que vous ore i soiez ....
La dame su toute efperdue,
Si se porossri à deffendre
,
Et cil la vait aus jambes prandre, 790
Se li a levées à mont,
Les genous li hurta au front,
Por cc qu'ele se dessendoit,
La il corbée fi estroit,
Lij
i44 FABLIAUX
Con t puest jouer aus dez.
Se li Prestres su eschaufez
,
Li Provos su autant ou plus
,
Quant il la vit par le pertuis
Démener si vilainement.
Le Forestier s'en rist forment. tfoo
Et le Prestre quant il la voit,
Or en v,oi une à grant destroit.
Provost conois-tu cele-là?
Je cuit qu'ele tumera ja,
Ainsi chascun se contralie,
Le Provos ne set que il die
De duel cju'il ne se puet vengier,
Qui li donast tout Monpellier,
N'islìst-il un rnot de fa bouche.
[Link] Constans sovent la recouche 8io
D'unfuisil quil avoit moult gros,
Lor cul erent plus noirs que mors,
Qui moult estoient près à près.
Cil les efgardc tout ades 4
ET CONTES. 24s
Qui on tonel erent mucié'.
OiKjues celc nc prist congié ,
Quant sire Constant l'ot corbée ,
Hors de son ostel l'a boutée ,
Ains n'enporta mantel ne cote.
Galestrot par la Yile trote, Bio
Si amena la Forestière,
-
Celé i vint à poi de proiere.
Quant à l'ostel en su venue,
Et cle se su devestue
,
Se li restuet avoir sa paie
,
Dans Constans qui pas ne s'esmaie
,
Qui moult est d'anuieuscouvine,
Et plus velus qu'une esclavine,
Por ce qu'il la vit esbahie,
C'cste, dist-il, fera m'amie, 830
Je la f jusqu'au pas.
Avoi dant Constant, est-ce gas ?
3
Gas ? Vous le verrez ja par tans.
A poi n'est issue du fans,
Liij
%^6 FABLIAUX
Quar il la prist de telc ravine,
Qu'il la fist cheoir sor l'eschine,
11 l'a si durement corbée
t
Con i peust veoir l'cntrée
De bien loing, qui s'en prist garde.
[Link]áide Forestier, esgarde, 840
,
Distle Provost ce que puet cstre.
Je le voi bien, ce dist le Prestre
,
Lor mireor sont si orbes,
Lor cul erent plus noir que torbes.
Le Forestier est si plain d'ire,
Que il ne set qu'il doie dire ,
Mes ce le set reconforter,
Que l'un ne puet l'autre gaber,
Et bien voient qu'il l'a corbéo
,
Et rabestiç & restuppéc 2jo
,
Puis lui renseigne à l'uis la voie,
Si souef la Dame convoie,
Qu'il a set voler au putel,
Son peliçon & son mant«l,
UT CONTES. 247
Et sa cote remest en gage.
Moult par su Dame Yíabiaus sage,
Toz diz tint la hache en sa main.
Or escoutez de son vilain.
Au tonel vint s'el defcovri.
Por le cuerbien & qu'est-ce ceci?
,
Qir a cest toncl enplumé 861
,
Là où je doi mètre mon blé ?
Par le cuer bieu je l'ardrai ja.
,
Lors prent le feu si le bouta
, ,
Et la plume prist à bruller,
Le tonel lìst jus roeller,
Fors s'en ist chafcun s'en fjit,
Moult mainentgrantnoiseck grant bruit
Tuit estoient de plume enclos,
11 n'i paroit ventre ne dos, 870
Teste, ne jambe, necosté,
Que tuit ne fust enplumé.
Aus chans issent par une rue,
Et Constans prist une maçue,
•
L iiij
*48 FABLIAUX
Si s'envait âpres eus çorant,
Tozjors lor vait les chiens huiant,'
Houre Gibet, houre Manssel,
,
Par l'ainc d'Anquetaih Hoel,
Mon cher pere qui me norri,
Ains mes puis l'eure que nasqui, 880
N'oï mes parler de teus bestes,
Se j'en peusse avoir les testes,
Jes présentasse à mon seignor.
Or ot chaseuns- d'aus grant paor3
Si s'esploiterent de tost fuir,
Et chien comencent à venir,
Baloufart le chien au Provost
,
Le sesi aus jambes tantost,
Si en porta plaine fa goule.
Le Prestre r'est en maie foule, 890
Quar Esmeraude sa levriere
Le sesi aus naces derrière
,
Et à la coille merveilleuse
,
For noient i meist venteuse
>
ET CONTES. 149
Piúsqu'csmeraudc si est prise,
Portrestot l'or qui est en Frise,
N'en partist-ele sans du fane.
Li Prestres su las & estanc,
Si se lest cheoir à la terre,
Dant Constant l'est allé requerre,, 90G
O toute la hache Danoise,
Tel cop U done en la ventoisc,
Que trois tors le fist roeler
,
\
Vueil ou non, le feist verser.
Quant il li ot les chiens ostez,
Après les deux en est alez,
Li Provos avoit un lévrier,
Qui consivi le Forestier,
Des cuisses li tret les braons :
Estes vous plus de sept gaingnons ,91©
Qui vers le Provost se hericent,
Sovent le mordent & pelicent,
Constant i est venus corant,
O tout un grant baston pesant,
Lv
X)0 FAB'LIÀUX
Qui pesoit plain un vessiau d'orge,
Au Provost a sauvé la gorge,
Que U chien orent adenté,
Tantost t'eussent estranglé,
Mes il fuient por le baston
,
JÎV li avoient le crefpon 920
En plus de vingt lieus desehiré.
Le Forestier ont adenté
,
Et il crie, Constant, aïe,
Por Dieu le fil sainte Marie,
Ne me leíïe mie mcngier,
Jamais ne te toudrai denier,
Et Dans Constans les chiens li oste
,
Qui Pont & devant & cn coste,
En plus de trente lieus plaie.
Et cil se tient à buo paie , 930
Quant li chien li furent osté ,
Forment li sainent li costé.
Es VOUS la presse qui engroisse
Toute .la gent de la paroisse >
ET C O N f É S. 2ÇÍ
1coururent de toutes pars-,
Et par buissons & par essars,
Moult i ot grant noise & grant preste
,
Et chascuns d'aus vcoir s'engresse,
Por ce que mal atome eient,
A poi que les chiens nés tuèrent.
Par lor pechié, par lor envie 940
,
Tant qu'il jurèrent for lor vie,
Seur la Crois ck seur le Sautier,
Et feur tous lesSainz du moustier^
Qu'à sire Constant Duhamel *
N'à fa famé Dame Ysabel,
Ne diront mes riens, se bien nô».
Et la Dame est en sa meson,
Qui deniers a à grant plenté ,
Por ce qu'a sagement ouvré
, y\0
Les deniers ot & les joiaus,
Et si furent quites de ciaus
Que Dans Constant avoit promis.
En cest fabel n'aura plus mis,
Lv{
x*}! FABLIAUX
Quar atant en fine le conte,
Que Diex nous gart trestoz de honte*
Explìch de Constant Duhamel
LE FABEL D'ALOUL,
v^/ U1 d'Aloul veut oïr le conte
»
Si corne l'estoire nous raconte
,
S'emprès erv puet assez oïr
,
S'il ne le pert par mes oïr.
Alous estoit uns vilains riches,
Mes moult estoit avers & chiche*,*
Ne ja son vueil n'eust jor bien ,
.
Deniers amoit scur toute rien ,
En ce metoit toute s'entente;
Famé avoit assez bêle & gente, so
ET CONTES. 153
Novelement Pot espouséc,
C'uns vavassor li ot donnée
Por son avoir d'iluec entor,
Alous l'amoit de grant amor,
Ce dist l'efcripture qu'Alous
Garde fa famé corne jalous.
Maie chose a en jalousie.
Trop a Alous mauvese vie,
Quar ne puet estre asseurez ,
Or est Alous toz, soz provez ao
Qui s'entremet de tel afere.
Or a Alous assez à fere,
S'ainsi le veut gaitier toz jors»
Or eseoutez corne il est lors.
Se la Dame va au moustier,
Ja n'i aura autre escuier
,
Coment qu'il voist, se Aloul non^
Qui ades est en fonpeçon
,
Qu'ele ne face mauves plet.
A la Dame forment desplest 3,0
y
254 FABLIAUX
Quant clc premiers l'aperçoit,
Loi s dist que s'ele nel déçoit,
Dont sera clc moult mauvaise,
Se lieu en puet avoir & aise
,
Ne puet dotmir ne jor ne nuit,
Moult hot Aloul & Cow déduit
,
Ne sect que face ne conient
,
E!e ait piis d'Aloul vengement ,'
Qui le taefcroit h si grant tort,
Peu repose la Dame & dort. 40
Longuement su en cel efctl,
Tant que li douz mois su d'Avril,
Que li tens est louez & douz
Vers toute g«nt, & amourouz,
Li roxingnols la matinée
Chante si cler p-ar la ramée
,
Que toine riens fc muert d'amer,
La Dame s'est prise à lever,
.
Qui longuement avoit veillié>
"Entrés en est cn ibnvcrgié 50
ET CONTES. 255
Nus pies, & va par la roufée
,
D'une pelice ert assublée
,
Et un grant mantel ot dcseure.
Et li Prestres en iccle eurc
Estoit levez par un matin,
11 ercnt si trcs prés voisin
,
Entre aus deux n'avoit c'unc selvc :
Moult ert la matinée belc
,
Douz & fouez estoit li tens
,
Et li Prestres entra lecns, 60
Et voit la Dame au cors bien set,
Et bien sachiez que moult li plest
,
Quar volentiers fiert de la crupc>
Ain?, i mettroit toute fa jupe,
Que il n'en face fou talent.
Avant s'en va tout sucement,
Coinc cil qui n'est pas cfmaiíz
,
Dame, set-il, bon jour niez
,
Por qu'estes si matin levée ?
Site dist-elc la roules 70»
, ,
2.56 FABLIAUX
Est bone & saine en icest tans,
Et est alegcment moult granz
,
Ce client cil fusicicn ;
Dame dist-il, ce cult-je bien ,'
,
Quar par matin set bon lever ;
Mes l'en se doit desjeuner
D'une herbe que je bien conois ^
Vez le là près, que je n'i vois,
Corte est & grosse la racine,
Mes moult est bone en médecine, 80
N'estuet mcillor à cors de famé.
Sire metcz outre vo jambe,
Fct la Dame, vostre merci,
Si me moustrcz si elc est ci.
Dame, fet-il, iluec encontre,
Atant a mise fa jambe outre
>
Devant la Dame est arestez,
Dame, dist-il, or vous seez,
Quar à cueillir i a inestriej
Et la Dame tout U otrie, 90
ET CONfES. 257
Qui n'i entent mile figure.
Diex, c'or ne set celc aventure
Alous qui en son lit se gist.
La Dame isnelement s'asist
,
Ses braies avale li Prestres,
Qui de ce fere estoit toz mestres,
La Dame enverfe, si l'encline,
Bien li aprent la médecine ',
Et de wisque sus & jus,
Sire, fet-ele, levez fus, ìeo
J
Fuie/ de ci, Diex que ferai,
James Prestres je ne croirai,
^ Et li Prestres resaut en piez,
Qui moult estoit bien aaisiez,
Dame, dist-il » or n'i a plus,
Vostre amis fui & vostre drus,
Dcsorvueil tout vostre gr& sert,
Sire, dist-cle, ceste a fere
Gardez que soit celé moult bien,
Et jc vous donrai tant du mien, 110
25# FABLIAUX
Que toz jors niés serez manans.
Foi que doi vous, bien a deux ans
,
Qu'Abus me tient en tele destreíce,
Qu'aine puis n'oi joie ne leecc,
Et si est tout par jalousie
,
Si en haz moult, fachicí fa vie
, ,
Quar mainte honte m'en a se te.
Fols est qui lame elpie & guetc.
Déformais porra dire Alous,
Si dira voir, que il est cous. nc
Dcfor vueil eltre vostre amie.
Quant la lune sera couchic,
Adonc venez fans demoiée,
Et je vous serai apreílée
De vous roçoivrc & aaiíicr.
Dame, cc set à mercier,
Fct li Prestres, vostre merci,
Departons-nous huimes de ci,
Que n'i serviengne Dans Alous j
Pensez de moi & jc de vous. !}"•
ET CONTES. 2^9
Atant s'en partent enes l'cure
,
Chascuns s'en va plus n'i demeure,
,
,
Celé revint à son mari,
Qui moult avoir, le cuer mari.
Dame,set-il dont venez-vous ?
;
,
Sire, set-ele, delà defous
;
,
Dist la Dame de cel vergié.
Coment, fet-il, fans nion congié ?
Poi me doutez cc m'cst avis,
. ,
Et la Dame se test toz diz, 140
()ui de rcfpondre n'avoit cure.
Et Atous;fe maudist & jure
,
S'une autre fois li avenoit,
Honte & lecture li feroit.
Atant remcst, s'est faillis fus,
Trestoz pensis & iraseus,
Moult se doute de pnteric
,
lîicn te demaine jalousie
,
Qui do lui set tout son vouloir,
Ça & la vait par son manoir, i$o
.
a6o FABLIAUX
Savoir s'il i avoit nului
A cui fa famé eust mis lieu,
Tant qu'il s'en entre en un jardin
,
Douzteii5 scfoit & cler matin,
Et garde tk voit qnc la roufée
I estoit nuques défoulez
De lieu en lieu par le vergié
,
S'en a son cuer forment irié
,
Quant en vait en une place,
lluec endroit li piez li glace, i6°
Que fa famé su tasetie
Par fonpié qui ainsi li glie j
llesgarde tout environ,
Et [Link] le leu où li talon
Erent hurté & li orteil :
Or est Atous en mal trepeil*
Quar il set bien tout à fiance,
Et li leus li set demoustrance
Que fa famé a esté en oevró,
Ne set coment il sc descuevre, 170
ET CONTES. I6I
Quar n'en veut fere renomée
,
S'ert la chose miex esprouvéc,
Et plus apcrtemcnt feue.
Or est la Dame deccue,
5'cle ne se set bien gaitier.
Atant est pris à anuitier :
Alous en fa meson repère,
Ne veut sa famé semblant serc,
Que de rien l'ait aperceue.
Lamefnie est au feu yenuc, 1S9
Si scsont au mengié astis,
Après mengier ont set les, lis,
Si sont couchié tuit li bouvier,
,
' Et Alous s'en rêvait couchicr,
11 & fa famé maintenant.
Dame, fet-il, couchiez devant,
:
Delà vers celeparoit,
Quar je lèverai or endroit
»
Por ces bouviers fere lever,
Ja fera tans d'en champ ater 19*
161 FABLIAUX
Por nos terres à gaaignicr.
Sire vous irez premier
, ,
Fet la Dame vostre mercJ,
,
Quar je me dueil certes ici
Sor ceste hanche ci endroit,
Je croi que clous levez i soit,
Quar )e en fui à grant mal aise.
Atant Alous la Dame apaise,
Que couchiez est & cle après ;
Mes ne l'a or guetié si prcs, :oo
Que l'uis ne soit ouvers remés.
Or est Alous moult enganez,
Quar il s'endort ifnel le pas j
Et li Prestres vient pas por pas,
Tout droit à l'uis desterm le trueve,
Puis boute un poi & puis si l'uevre
De toutes pars bien le comprisse.
Or avoit el mez une lisse
Qui fefoit grant noise & grant brait,
íît li Prestres cl n'en a fait, aio
ET CONTES. Z6$
La charnière va compisticr,
Quar n'a cure de son noisier.
Quant lc Prestre apperçoit & sent,
' Vers lui lest
corre destent,
si
I Si le saisit
par son ibreot,
!
Si le Prestres n'efrast si tost
Dedens la chambre à icele cure,
Desors fust maie la demeure.
Tout fouef oeuvre l'uis & clôt,
Et la lisse dehors reclot. ws
.
Quar n'a cure de son noisier,
' Moult het la lisse & son dangicr,
1
Qu'aine ne fist bien gent de son ordre,
;
Ados les veut mengier & mordre.
Or est li Prestres derrière l'uis,
Mes il est plus de miennuis,
Si s'est un poi trop atargt'cz,
Quar Alous se r'est efveilliez,
Qui longuement ot travaillié *
Por un songe qu'il ot fongié, 430
xs>4 FABLIAUX
S'en est encore toz esbahis,
Quar en fonjant li est avis
Cuns Prestre en la chambre est entre/
Tozrooingniez & coronez,
S'avoit fa famé s\ sorprise,
Et si l'avoit desous lui mise,
Qu'il eu [Link] son voloir,
Et Alous n'avoit nul pooir
Qu'il li peust aidier ne nuire
,
Tant c'une vache prist à muire, 240
Qui Aloul gete de s'error ;
Mes encor ert cn grant freor,
Sa famé acolc, & si embrace,
N'a cure que nus tort l'en face,
Par la mamele prent s'amte,
Et sachiez qu'ele ne dort mie ,
Déformés en veut prendre garde.
Et li Prestres pas ne se tarde,
Vait pas por pas tout droit au lit,
Où Alous & fa famé gist. &f «
hie
ET CONTES. 165
Elc est sot ment en grant tormente ,
Fet-ele corne gis à ente,
,
Ostez vo bras qui seur moi gist,
Traicz en là , j'ai poi de lit,
A paine puis r'avoir mes jambes.
Diex l dist Alous, qu'estuet ces faines r^
Par mautalent est trais en fus,
Et li Prestres est montez fus,
Tost li a set le ravefeot;
Et Alous se retorne & ot a6o
Queliliscroist & crime & tramble,
; , ,
Avis li est que on li amble,
*
De fa famé est en grant soloit,
-; Quar ainsi fere ne soloit*,
Sa main gete defus ses dras,
Le Prestre sent entre ses bras,
Atant se va atapissant,
Et par tout le va pourtastant,
Quar à grant paine se puet tere.
lç Prestre prent par son asere, 170
Tome //. M
166 FABLIAUX
Et sache & tire & huche & crie,
, ,
Or sus, fet-il, or fus mefnie,
Fil ù putain, or fus, or fus,
Cecns est ne fai qui venus,
Qui de ma famé m'a set cop,
Et la Dame parmi le cop
Saisi Atoul, & par la gueule,
fci Prestre de fa coille veule
,
Les dois par force li dessere,
Et [Link] qu'il vint à terre a8o
,
Emmi la chambre for un aistre.
Or a esté lo Prestre àmaistre,
Moult a fousscrtes granz dolors,
Cui chaut i quant c'est tout par amors,
Et por fere fa volenté.
Atant font li bouvier levé,
L'un prent tinel, l'autre maçue,
Et li Pi estres ne le remue,
S'empres aura le col carchié,
A ce que il sont moult irié, 193
ET CONTES. 267
Por lor scignor qui ainsi crie
,
Toute est levée la mefnie
,
Celé part corent & vont tuit.
Or n'a li Prestres de réduit,
Fors tant qu'il entre en un toitel,
.
Oìi brebis gisent & aignel ;
llucc se tapist & achoise.
Or su au lit grande la noise
De la Dame & de son mari,
Qui moult avoit le cuer mari 30$
De ce qu'il a perdu fa paine
,
': A paine puet avoir s'alaine,
Tant orent hustine ensamble ;
I
Mes la mefnie les dessassamblc,'
Si est remese la méfiée :
Et Alous a trete s'efpée,
Celui qu'iert avant & arriére,
N'i remest seille ne chaudière
,
Queli bouvier n'aient remut.
.
Or scvent bien & voient tuit 310
Mij
a68 FABLIAUX'
Que par songe est ou par arvo're,
Ne tiennent pas la chose u voire.
Sire font-il, lestiez ester,
,
Alons dormir & reposer,
Songes su & abusions,
Vois par les vaus, vois par les mons,
Fct Alous, qui ne m'ariroit,
Quant je le ting orains tout droit
A mes deux mains, & vous que dites ?
Coment s'en ira-il donc quitesf*
Alcz le querre en cest mestier, 3:0
Et fus & jus en cel solier,
Et si gardez foz cel degré
,
Moult m'aura cil servi à gré,
Qui premiers le m'cnseìgnera ,'
Deux festiers de formerît aura,
Au Noël, outre son loier.
Quant ce entendent li bouvier,'
Qui moult covoitent le forment,
Cà & là vont ifnelement,, 3 3e
ET CONTES. 269
Tout par tout quierent & sus & jus,
S'or n'est H Prestres bien repus,
Tost i puet perdre du chastel.
Or avoit-il ens en l'ostel,
Hersent une vieille bajasse j
Qui moult estoit & môle & crasses
En Pestable s'en vint tout droit,
Où li Prestres repus estoit,
Tous senz lumière & fans chandeille,
Les brebis efcha & efveille, j-;o
Et va querant & nssentant,
Où li Prestres estoit estupant,
>
S'avoit ses braies avalées,
Et les coilles grans & enflées,
Qui pendoient contre val jus,
Or est li eus entour velus,
Si fambloit ne fai quel figure \
Herscns i vint par aventure,
Ses mains geta sor ses coillons,
Si cuide que ce soit moutons 50
M iij
270 FABLIAUX
Qu'ele tenoit iluec endroit,
Par la coille qui grosse estoit,
Et un poi met ses mains amont>
Velu te trueve & bien roont,
En un vaucel en le roicre ;
Hersent se trest un poi arriére,
Si se merveille que puet estre,
Et ci.l qui veille c'est 1c Prestre,
Hersent faiíi par les timons,
Si près de li s'est trais & joins, 360
Qu'au cul lui a pendu fa couple ,
Or est Hersent merveille souple,
Ne set que fere s'ele crie,
,
Toute i vendra jata mefnie,
Si fauroient tout cest asere
,
Dont li vient-il miex assez tere,
Qu'ele criast ne feist ton j
,
Hersent ou ele vueillc ou non ,
Suesstc tout ce que li a fait,
Sans noise ,sans cri, & fans brait; 37a
ET CONTES, I-/ Í
Fere l'estuet, ne puet autre estre ;
Hersent, set-il, je fui le Prestre
,
A vo Dame ère ci venus j
Mais j'ai esté aperceus,
aventure;
Si fui ci en grant
Hersent gardez & prenez cure
,
Coment je puisse estre délivres,
Et je vos jure for toz mes livres ,
Que toz jors mes vous aurai chiere;
Hersent qui set moult mate chiere }$o
,
Sire, fct-cle, ne cremez ,
Car le je puis bien cn irez.
Atant se lieve, si s'en part
Hersens qui auques savoit d'art
,
Samblant set qu'ele soit irée,
A haute voiz s'est clcriée :
Fil à putain garçon, bouvier,
,
Que querez-vous ? Alez couchier
t
Alez couchier, à pute estraine,
Corne a or emploie fa paine 399
M uij
172 FABLIAUX
Ma Dame qui tant bien vous set,
Moult dit bien voir que ce retrct,
Qui vilain set honcur ne bien ,
Celui het-il for toute rien,
Tel loier à qui ce encharge,
Ma Dame n'a seing de hontagc;
Ahu est certes moult bone Dame ,
Bon renom a de preude famé i
Et vous li fêtes tel anui ;
Mes 1e j'[Link] de li, 400
Ceens n'auriez oes ne fromage,
S'auriez restoré le domage
,
Des pois mengerez & du pain;
Bien vous noma à droit vilain ,
Cil qui premiers noma vo non,
Par droit avez vilain à non ,
,
Quar vilain vient de vilpnie.
Que querez-vous gent esbahie ,
Que menez-vous tel mariment ì
Quant li bouvier oient Hersent, 410
ET CONTES. 273
Et il entendent la menace ,
S'ont grant paor que li srommage,
Ne voist chascun de fors le ventre,'
Tout maintenant viennent ensemble,
Por eus dessendre & efeondire,
Hersent, font-il, ce set no sire
Qui nous set fere son talant ;
Mes ce sachiez d'ore en avant,
N'i a celui qui s'entremete,
No Dame done sans prometre 415
,
Et si est moult 6c preus & sage,
Et nos sire set'grant *
outrage,
Qui a si grant tort la meferoit,
Or entent bien avoec, & voit
Que il a tort, si va couchier.
Recouchié sont tuit li bouvier,
Et Alous moult fa famé chose,
Et dist que ne face tel chose,
Dont il ait honte enmi la voie.
Diex corn puis orc avoir grant joie, 430
NI y
274 FABLIAUX
Fet la Dame de tel feignor
,
Qui me porte li grant honor.
Honis soit or tels mariages,
Et honis soit li miens parages,
Qui a tel home m'ont donnée,
Ne jor, ne soir, ne matinée
,
Ne puis avoir repos ne bien ,
Et si ne fet, ne ne voit rien
Porqoi il me mcfcroit issu
Moiilt aura lonc asere ci, 443
S'ainsi me veut ades gueter,
Del ore a moult à espier,
Assez a encharchié grant fais.
Dame set-il, lestiez me en pais ,'
,
A mal cur aiez repos.
Atant li a torné le dos,
Et fet semblant que dormir doie.
El li Prestres qui ne s'acoie
,
Qui cn l'estable estoit repus,
Dcrcchief est au lit venus, 450
ET C o N T E s. 275
Si se couche avocqucs s'amie,
Et Alous qui ne dormoît mie ,
Sent que li Prestres est montez ,
Et lui meifmes est porpcnsez ,
Qu'il font dui, 5c il est feus,
Si n'est mie parti li gens,
Quar il est sens & il sont dui,
Tost li porroient fere anui
,
S'il començoient la méfiée.
Tout coiement a pris s'efpée, 460
D'iluec se lieve, si les lait,
A ses bouviers iriez rêvait.
Dors-tu fet-il, va Rogelet,
,
Foi que doi ti, revenuz est
Cil qui ma famé m'a fortret,
Estrange honte m'aura fet,
Eveille tost tes compaignons,
S'alons à lui, si Passations
,
Et se par force prendons l'oste,'
Ch'afcuns aura ou chape ou cote ,470
Mvj
ij6 FABLIAUX
Et son braioel à sa mesure.
Si s'afichc chaseuns & jure
,
Quant il entendent la promesle,
Que maus eus lor chantera messe,
Se le pueent tenir ans poins,
Hersens qui n'estoit mie loins,
Qui n'ert encore recouchie,
S'estoit ci un huis apoïe
,
D'iluec entendoit tout le fet,
Et toute l'asere & tout le plet, 480
Coment Alous porquiert fa honte,
Au Prestre vient, ck se li conte}
Mes or se lict, & si 1e gart.
Et li Prestres d'iluec se part ;
Mes trop fêtarde à destorner,
Ce li porra après peser
Qu'Aloul enmi fa voie encontre i
Diex set li Prestres, bon encontre,
,
Et Alous faut & si lc prent
Par les cheveux iréement. 490
ET CONTES. 277
Or ça , fet-il, fil à putain,
Or i metez chascun la main
,
Eiïorciez-vous du retenir.
Qui lors veilc bouviers venir,
Se li uns íicrt, li autres boute
,
Corne cil qui ne voient goûte,
Por le Prestres ont Aloul aérs,
Les os li froissent 8c les ners,
Del retenir s'essorcent tuit,
Et li Prestres faut, si s'enfuit, 500
Ne set quel part, qiuf il est ruiis,
Si ne set assener à Puis,
Moult volentiers vnidast Poste!,
Tant que il trueve un grant tinel,
Et taste à terre §c trueve un van,
Fet ert cn meifme cel an ,
Li vans ert moult & ganz & lez,
Apoiez ert à uns degrez ;
Ec vd\\ a piis & si l'emporte
Sus les degrez & s'en set porte, çto
,
ijî FABLIAUX
Iluec vaudra estai livrer,
Bien saura son parin nomer,
Qui la vaudra à lui venir
,
Tant corne il se porra tenir.
Or ert li Prestre en forterece
,
Et Alous est en grant destrefee
,
Que li vilain ont entrepiez,
Vilainement fil ja tretiez ;
S'il ne se tu st si tost nomez
,
Ours ne su onques miex foulez, po
Que li vilains prist au braion ,
S'il ne nomast si tost son non :
Quant il sevent que c'est lor sire,'
Si ne sevent entre eus que rlire,
Que moult en est chaseuns iriez.
Sire, font-il, estes blcciez f
Naie set-il, j'ai pis eu ;
,
Mes or tost alumez le su
,
Et si se tes au convenant.
Le feu alument maintenant, Ç30
ET CONTES. 279
Par la meson quierent le Prestre,
Rogiers qui ert toz li plus mestre,
Son feignor veut servir à gré.
Contre mont puie le degré,
Dont li Prestres l'entrée garde;
Mes Rogiers qui ne s'en prent garde
S'empres aura une cacoute
,
Le van qu'il tint enpaint & boute,.
Si qu'il le perce, & qu'il l'esloche
,
Et li Prestres vers lui s'aproche, 540
Tele li paie sor Pelchine
,
De son tinel, que tout l'encline
Jus ciel degré enmi la place
,
Or a Rogiers ce que il çhace,
Se Rogiers a riens qui li poist
,
Ce m'est avis, c'est à bon droit,
Qu'aloit-il querre la î Folie.
Et vous Aloul & fa mefnie
,
Diva set-il, es-tu hurtez ?
,
Sire, fet-il, mal lui menez, 55$
280 FABLIAUX
Tout ai froistìé & cors & vis,
Que je ne lai quels antecris
M'a si féru íur cel degré,
Près va que n'ai le cuer crevé,
Mestier auroie de couchier.
Sor lei degrez vont li bouvier,
Par le Ci bieu, qui est-ce dont ?
Lor buifio lievent contre mont,
Savoir vuelcut ce que puet estre,
Et gardent, & voient le Prestre ÇCKV
Qu'est apoiez diseur la porte,
Et voient le tinel e u'il porte,
Si se traient chascui, Ì ariere,
Quar paor ont que ii nés fierc
,
Et Alous faut, s'efpée aait,
Hardiement vers lui enva>,
Com cil qui moult est aïrea
,
Contre mont puic les degrez,
Monte quatre efchaillons ou u is,
Le Prestre efeoute s'est toz cois, 570
ET CONTES. 28 I
Fet-il, qui estes-vous là fus ?
Li Prestres fui estez cn fus,
Qui fortune griève & demaine,
Est-il ore jor de quintaine
,
Je cuidois qu'il su st Noël,
S'ai grant paor que ccst tinel
Ne vous vienne parmi le col,
Bien se porra tenir par fol
Qui sentira combien il póise.
Dont recomcnça la grant noise 5S0
Entre le Pr«stie & les bouviers,
Alous qui nuques [Link] fiers,
Tant a nié qu'il vint au van
, ,
Si cn abat le meillor pan
,
A s'efpée qui bien trenchoit, '
Li Prestres quant il Paperçoit
Que on abat la forterecc-,
Celc part son tinel udrecc,
Et sierv Aloul par tel vigor,
Qu'il li set prendre un si set tort, 590
l2l F A B L I A U X
Qu'aine tant coiveilmist à descendre
,
Nc trouva point de pain à vendre,
Quant à terre par su venus,
S'ist íì dokns,' s'est si confus
,
Qu'il ne pot dire un tout seul mot,
Aloul, ceens font li malot,
Fet li Prestres en cc tinel,
Ne vom vuelent cn lor ostel,
Ce m'est avis, accompaignicr ;
Mes se îeens eust bouvier Czo
Qui cn eust meillor eur} "
Viegneça fus tout aseur,
Moult bien puet estre de Postelj
Mes s'il i pert de Ion chastel,
De rien n'en revendra à moi,
Quar cis chastiaus est endefoi,
Dont i fet-il mauves monter.
Qui donc oïst bouvier jurer
Les mons, les tertres & les vaus,
Ainz i sera chafeuns si chaus, ÍM
ET CONTES. 283
Et matez, & si delis,
si
Qu'on les porra eseorchier vis,
Ains qu'il ne P; une mis à terre.
Lois recomença la grant guerre
Entre le Prestre & les bouviers,
Moult i sera li ast'aus fiers,
Au degré font tuit assamblé
,
li bouvier qui moult font troublé,
Por lor seijnor (ont couroucié
,
Ja ont tant set & tant cîrccié 620
,
Tout environ & bans &. perches,
Sjles, efchielcs cfchamperches,
,
Qu'au Prestre viennent à délivre
,
Et il si bien d'aus se délivre
,
Qu'il n'i ? si hardi, ne tel,
Ne un ne autre enz en l'ostel,
Tant soit garnis, ne bien couvers ,
Qu'il ne le trébuche à envers,
Jus de l'esehiele, maugré sien
,
Quar il entent & voit tresbien 63»
284 FABLIAUX
Que s'il le tiennent à délivre,
A des honor le seront vivre.
A grant vergoingnc & à grant honte,
Atant ez Robin qui i monte
,
Un des plus fors de tout Postel,
En fa main tient un si grant pel,
Qu'à grant paine le soustient-il,
Là où cn a quatre cens ou mil,
N'i a-il plus hardi qu'il est.
Cil passe d'auqucs Rogelet, 6.>,o
Quar moult est plus entrcmetanz
,
Moult se tendra por recreanz
,
Se il ne venge son seignor,
C'est cil qui porte le tabor
Le Diemenchc à la caroîe.
De rien le Prestre n'a parole,
Ainz vient avant, si l'empaint outre,
Et le Prestre c'e son pel boute,
Si qu'il le set torner sur destre
,
Puis vint avant, s'aert le Prestre 650
ET CONTES. 285
Par les cheveux à lui s'acouple
, ,
Et cil qui crient perdre fa couple,
.
Sedrefee, s'a estraint les denz
,
Robin sesi parmi les dens, »
A ses deux mains à lui le tire
,
Et cil resache par grant ire,
Si s'entretiennent vivement
Con les peust fus un jument
Porter andeus, se il fust qui,
Et li bouviers lievent le cri, 660
S'->íior sont-il, montons là fus,
,
v . >viis battons, tineus & fus,
S'alons no compaignon aidier.
Quant assamblé font li bouvier,
Si montent tuit communaument,
Et li Prestres quant il entent
Que Robins doit avoir aïue
,
Si se reforce & efvertue,
Tant a Robin à lui tiré,
Que desous lui l'a enverfé 670
?86 FABLIAUX
Toz les degrez outre son vuci!,
Si qu'il li famble que li oeil
Li soient tuit du chief sailli;
#Mes or sont-il si mal bailli,
Qu'il ne sepueent retenir,
Ainz les convint aval venir,
Les degrez ont toz mcseontez,
Et si les a toz enversez
Cil qui aloient à l'assaut,
-Tant ert ja chalcuns montez haut, CSo
Que s'empres se tendront por fol,
Li degrez chieent feur lor col,
Si les trébuchent & abatent,
Li pis, les testes lor debatent,
Les braz les flans, toz les costez
, ,
Bien ont toz les degrez contez.
Quant à terre par sont venu
,
Si cheirent enfamble el su,
Qui moult estoit alumez granz,
Moult souffrirent cil granz ahanz 69$
ET CONTES. 287
Qui deíbus surent, ce sachiez,
Qui plaint ses bras, & qui ses piez,
Et qui son cors 8c qui l\\ teste.
,
Or vous dirai coment le Prestre
Est mai baillis & deceus,
Quant à terre su parvenus,
Si le saisi Dans Berengiers
,
C'est un vilains, c'est uns bouviers,
Les jumens seut chacier devant,
Aine ne veistes son semblant, 700
L'un oeilaloufques & l'autre borgne
,
Toz diz regarde de clicorgne
,
L'un pié ot droit, & l'autre tort,
Cil tint le Prestre si tres fort
Par un des pies, qu'il ne li loist
A reperier là où il foloit,
Ains huche & crie hautement,
Que setes-vous, mauvesc gent?
Venez avant, & si m'aidiez
Que cis Prestres soit efcoilliez, yio
288 FABLIAUX
Par les nons Dieu s'il nous csehape
,
Chascun aura perdu fa chape
Que .IOUS promist, & no cotese.
Quant li Prestres ot la novele,
Sachiez que point ne li agrée,
Tant a fa jambe à foi tirée,
Que des mains Dant Berengier Poste,
Mes il i alestié la bote
,
Et son sorcot por son ostage,
Miex li vient-il Iessier son gage 713
,
Que de leslìer son autre ascre
,
Bien voit qu'il n'a leens que fere
,
D'iluec se lieve, & si les lesse,
Et chascun après lui s'ellesse,
Qui rué fust, & qui tinel.
Li Prestre entre en un chapel,
Si se pent la fus contre mont,
Ses genous met tout en un mont,
Si se quatist que on nel truist.
Cil i viennent, si font grant bruit, 730
El
ET CONTES. 2^9
El chapel font trestuit entré
,
Mes il n'ont nule rien trovc
,
Ne un ne el, neis le Prestre
,
Moult se merveillent que puet estre,
Ce lor sarable estre faerie
,
Li plus sages ne set que die
,
Si font dolant & abofmé,
Tuit cuident estre enfantofmé
Del Prestre qui les a brûliez,
Eorment en est chafeuns iriez. y.{<$
Del chapel font tuit fors issu
,
A lor seignor en sont venu
,
Se li ont les noveles dites,
Que li Prestres en va toz quites.
Quites deable fet Alous
, , ,
Et je remaindrai ci si cous,
N'en serai vengié par nului
,
Des ore me torne à grant anui
Li acointance de ce Prestre.
Se vos volez mi ami estre, 75a
Tome II. N
isjo FABLIAUX
Si le m'aidiez à espier
Une autre fois. Alons couchier,
Que je fui moult blccic es costes,
Maudiz soit ore si (et ostes,
Qui cop me set & si me blecc
,
N'aurai mes joie ne leece,
Si me ferai de lui vengié.
Atant se r'est Alous couchiez.
Seignor, set-il, prenez escout,
En celé cort & tout par tout, yCo
Car il me famble tout por voir,
Qu'il soit ancor en cel manoir,
Por ce s'en cest manoir estoit,
Nul lieu repus trovez seroit.
Sire à bon eur, font li bouvier ;
,
Mes il nous conviendra mengier,
Que nous avons anuit veillié,
Si fomes auques traveillié,
N'i a celui ne soit lassez.
Ce vueil je, fet Alous, alez, 7*3
r/r Co N r E s. 2.5p
Mengiez, & siveilliez trestuit,
N'i a mes gueres de la nuit,
Delegier le poez veillier.
Lors se départent li bouvier,
Sifont grant feu por aus chaufer-,
Entre aus comencentvà parler
Du Prestre Ôt de s'aventure
,
Li uns à l'autre si murmure
,
Quant assìz orent murmuré
,
Et dit, & fet & raconté -rSt
,
Si reparolent du mengier,
C'est la coustume du bouvier,
Ja n'ert liez s'il ne menjue.
Rogiers qui porte la maçue,
Desus tous cels de la mefon
,
Comande que l'on voist au bacon
.
Et aporte-on des charbonées,
Mes qu'eles soient granz & lées,
Si que chascuns en ait assez.
Entrues est Berengiers levez 790
N ij
292 FABLIAUX
Par le Rogier comandement,
Un coutel prist isnelement,
Qui d'acier est bien esmoluz,
Tant aalé, qu'il est venus
Droit au chapel oh li bacons
Estoit pendus lur les bastons,
Berengiers va par tout tastant,
Le plus cras à son efciant,
Quar il set bien que el plus cras
Est tout ades li mieudres lars. 800
Endementiers que il le taste ,
Le Prestre faisist par la nache ,
Par leus le trueve môle & dure,
Si cuide que ce soit présure ,
Con i feut pendre en tel manière,
Avant retaste , & puis arriére ,
Tant qu'il encontre les genous ,
Si cuide avoir trové os cors,
Con i ait mis por lesechier,
Forment se prist àmerveillier Si*
ET CONTES. 293
De ce qu'il trueve tel harnas,
Sa main a mis de haut en bas,
S'a encontre le du Prestre,
. . .
Or ne set-il que ce puet estre ,
Por ce que il le trueve doille ,
Se c'est chauduns, ou c'est andoilli',
Con i ait mis por essuer.
Ce li voudra ce dist coper,
,
Por ce que c'est uns bons morsiaus.
Li Prestres ot que li coutiaus 8ÌO
Li va'it si prés des genetaires,
Si ne mist au descendre gaires,
Sur Berengier chiet à un fais
f
Les os li a brislé & frais,
Prés va qu'il n'a percié le col,
Or se tient Berengiers por fol,
Quant il i vint fans le craisset.
An retorner arriére se met,
Au feu en va toz efmanchiez.
Scignor bouvier, fct-il, aidiez, o 10
N iii
2p4 FABLIAUX
Que cil bacons soit rependus,'
La hars est route, s'est cheuz,
Par pou ne m'a le col tout frait,
Parmi le col, ait mal dehait
Li macheliers qui le dut pendre.
Qui donc veist lumière prendre,
Et alumer [Link],
Perencier les maine au bacon
Por efgarder, & por veir,
Cornent ce fut qu'il pot cheir, 840
Quant il parvindrent el chapel.»
N'i troverent ne un ne el,
La fus estoient les bacons i
Si corne devant sor les bastons,
Tout vingt n'en ert nés un à tire,
Lors comencierent tuit à rire,
Li un dient que Berengier
{
N'osa le bacón aprochier,
II d
Li autres dist que bien puet estre
1
Que il avoit paor du Prestre , 85a
ET CONTES. 295
Por cc fu-il si essraez ,
Seignor, fet-»il, or est assez ,
Bien puet huimes ce remanoir
,
Mes je di bien, & si di voir,]
Que je senti que uns bacons
Chei for moi o les jambons
,
Encore i avoit-il présure,
Que je senti & môle 6c dure :
Or efgardons que ce puet estre.
Je cuit, font-il, que c'est le Prestre
,
Dont Berengiers senti les p.és, 861
Pour nous estoit la fus mucìez
,
Gardons partout, que il n'i soit
,
Et Berengiers garde si voit
,
Le Prestre ester devers un huis ;
Mes li obseurtez & la nuis
Li dessent moult à raviser,
Le Prestre prent à portaster,
Et U Prestf*es quant il ent,ent
Que Berengier le voit éc sent, 870
Niiij
296 FABLIAU X
Si set tres bien que trovez iert,
Entre col & chapel le fier»
Del poing qu'il ot gros & quarrc
,
Si qu'à ses piez l'a enverfé.
Alez fet-il, dant Berengier,
,
Avez vous tost vostre loier,
Destornez-vous, & levez fus,
Cuites estes & absolus,
,
Ne fai doner autfes pardons,
Fêtes venir vos compaignons, 880
Si auront part en ceste offrande
,
fols est qui fol conseil demande
,
Ne vous tieng mie trop à sage,
Quant- de fere si fet message
,
Aviez seur toz pris le baston *
'
,
Ades vuelent cil viei bordon
Lor talent fere & acomplitv
Fêtes vos compaignons venir,
S'auront de ce bien fet lor 'pars.
Qui donques veist de toutes pars 899
ET C O.N-TE S. 297
Venir bouviers à grant foison,
S'empres aura maie leçon
Li Prestres se il ne se dessent,
,
Et Rogiers faut premièrement,
Si le saisi par la main destre
,
Et li Prestres* de fa fenestre,
L'a si féru arriére main
,
Que tout le fet doloir & vain.
.
Moult [Link] maies mains Rogiers
a
Ne fust la. torbe des bouviers 900
Qui moult Paogoisse & moult le presse,
Des bouviers i avoit tele presse
,
Que tout emplissent le chapel ;
Mes il out doute, du tinel, >r
Dont il avoit .devant servi ,i •
Tel noise mainent & tel cri,
Qu'AIou* lor sire, s'efoeille,
Qui de la noise, s'efmeryeille,
Tantost corne il la noise entent,
Aperçoit-U íftsjtoA & sent Í>< ÇÌ^J
2$8 F A B L T A U X
Quec'estrli Prestres ses amis,
Quj dçrechief s'est, leens mis,
11faut çn piez, si trait l'efpée
,
Si s'en vint droit à la méfiée,
Quant parvenus su à l'assaut,
Parmi trestoz ses bouviers faut
»
S'aert le Prestre pacderrière,
Et cil le-fi<rt paimil^.chiere
,
Si qu'il Pabat for u* bouvier y "*
\
Mes que vaud^oit <.déifier*.- 91e
De toutes f>ar$ ehaseun PaflâVit,
.
Et fa deffense poi li,vaut..:
Retenu l'ont,,& pris «ntr*us,<
Partant si [Link] l'aíftua,
.,,
Alous à,tsçs;b9uvíer$.demande
S'il l'ocira, ftu s'il le pande
11 refpondent eornniunement,
Qu'il nyen puet sere,,veng*rnent-,
De qoi on «loie tant parler,
Corne des à coper» 930
....
ET CONTES. 199
Coper, fet Alous, mes, noier.
Et ne pourquant soit au trínchier
v
Quar vous dites parole voire,
Vostre conseil vueil-je bien croire,
Or alez , 1« rasoir querez,
Dont cil Prestres sera chartres,
Fêtes ifnelemerît &tost.'
Quant li Prestres entent & ot
Con dit de lui itel parole, •
Doucement Aloul aparole. 94s
Aloul, dist-il, por Dieu merci,
Ne me deffigurez issi,
Dépêché, ©r miséricorde,
Ja voir n*eY>s«ra fet acorde;
Fet Alous, à nul jor ne paie;
Se li Prestres deslors s'efmaie?,
De legierte puet-on savoir.
11 ont aporté le rasoir,
Le Prestre enversent & abatent,
Moult le la-idengent & debarenc, 950
N vj
300 FABLIAUX
Ains qu'ils le puissent inverser
>
t?n taiferon font aporter
Por les jattìbes miex estaisier.
Liquels s'en fâurá miex aidier,
Viegne, si praingne le rasoir.
îe, lire, fet Berengiers voir,
Je li aurai moult tost copées,
Les braies li ont avalées,
Et Berengiers jus s'agenoillé>
Si prent le Prestre par la 960
... ,
Ja fust le Prestre èn mal toeille,
Quant la Dame le feu toeille,
,
Vint acorant à fa baisselle
,
Devant li trueve une gràht felè,
Qui moult estoit & fors & grans,
A ce qu'ele ert fors & pesons
,.
Fiert Berengier si for l'cschine,
Qu'ele l'enverfa & encline,
Prés va que n'a perdu la vie
,
Et Hersent prent une hamic > 970
K T CONTES^ 30^
Si le ficrt siparmi Tes rains
tli .
Que li craist'és li .est;,estains, i.,
,
Et li bouvier tout se départent,
Por les grant cops qu'elles départent,
Chascune tel estor i livre,
Que le Prestre tout à délivre
Ont mis & geté rf,manoir, v
Et il s'enfuit, íi, set favoij ,
,.,, »
Lassez & traveillie^ & vains.
K
Bien ert cheus en maies mains, 980
Quar si cheveil contremqnt tendent**
Et les pesques [Link], pendent ' *
De son sorcot &( de ,1a .cote,
En gage i a lessjé fa bote._
.
,
Efchapez est de grant pfril y
J(.
Moult a esté en grant csçil.
Explìcìt £\Aloul+
Fin du Tome IL <\
302
VOCABULAIRE
; i
des mots Us plus difficiles
•
Contenus erì cíe Volume.
À .„' '•'
ai., Avec, pour, de, contre.
Aage ^âge.
Aaisii soulagé ,v
f à'.... qui rien ne 1
,
manque»
Aaifie r 9 soulager, faire au bien. >
Aaûry défier, s'empreÏÏer, disputer
la concurrence.
Amis empressés, défiés.
,
Abeììr, plaire, être agréable.
Abet ruse finesse subtilité .
y
fraude. , , ,
'Abewttr tromper endormir par
, ,
des discours ; guéter épier pour
surprendre. ,
VOCABULAIRE. 305;
Abosmt^ ûbbatu triste„ accablé,
y
déconcerté. ,
Acener joindre V placer p adresser
,
juste. Voyt^ Assener.
Achaison Achoisont occasion, pré-
A
texte , sujet.
Achoiscr appaiser, tranquilliser.
y
Acoier, appaiser.
Acoìnte, lié d'amitié, familier.
Acointer fréquenter se lier avec
quelqu'un» , ,
Acompaìgner marier, joindre, cou-
,
cher avec quelqu'un.
Acorer faire mourir arracher le
, les »
coeur, entrailles.
Acouardìy lâche, paresseux j abbatu,
lent, las».
Acoucher se mettre au lit.
9
Acoucher malade tomber malade
,
être alité. "''' " ,
A coupler joindre-
,
Acu'it acquitte, tienne quitte.
*,
y
Adtnter terrasser le visage contre
,se prosterner, faire mordre
terre,
la poussière.
Jdes toujours.
y
Aente être à ente, gravé. // n'esi
,
304 VOCABULAIRE.
à ente j'ai cela gravé dans le coeur,
,
je ne peux .'oublier. Manet alt.i
mente repojìu/n.
Gésir à ente, être couché prcs d'une
personne, être, pour ainsi dire co-
,
lé joint.
, s'attacher, saisir, empois
Aerdre
,
gner.
Aérs & Aert, saisit.
, adorer, honorer, prier»
Ae:r:r ,
Ajl-i-iié, instruit, disposé.
Afficher assurer, s'appliquer.
y
Affiches, boucles.,
Affier assurer.
y
Affiert, convient.
Affoler blesser faire contusions,
,
faire enrager. ,
Affrontery blesser le front, casser le
front.
Affubler couvrir, vêtir .endosser.
y
Agajf y subtilité surprise.
,
Ahan . peine, fatigue.
Aie y aide secours.
,
Aigre alerte vigoureux.
y ,
Aim Ain, hameçon à pêcher.
y
Aine avant, aine inais aine mes y
jamais avant. ,
VOCABULAIRE. $oy
Ânçois mais, avec au contraire.
y , contraire.
Ains avant, mais au
Ajorncr ajourner, faire jour.
,
A l'Aiorner au poirtt du jour.
,
Ains i'Ajorncr avant le jour.
,
Aire Etat, de put aire de bas . de
y
vil 5c méchant état. ,
Air y colère force violence ,
, ,
courroux,
Áirer, courroucer.-
Aiue, aide , secours.
Alenêe alaine. "" •
,
Aleure, pas -,
à grant aleure j à
grands pas.
Alixandre, ville d'Alexandrie.
Aloe alouette y oiseau.
y
Àloìzne retard.
y
Alojè estimé,' recommandablc.
Aloutr, vendre.
y
Ambedtux tous deux.
Ambedui, idem.
Ambiant qui enlevé qui va
l'a:nb!e. , ,
Ambler enlever voler aller
,
l'amble. , ,
Ameçroìer diminuer, ruiner, mai-
,
grir*
3o6 VOCABULAIRE.
Amende réparation.
,
Amender réparer.
,
Amer désagréable , amertume.
,
Amienois d'Amiens.
,
Amis capuchon, couverture.
y
Amoier s'employer s'appliquer,
,à
avoir coeur. ,
Amont en haut.
y
Amonter, augmenter, parvenir.
Andeux andex, andous anduì,
y
tous les deux ensemble.
y ,
Anely anneau, bague.
Anelet, petit anneau.
AngoiJJ'er presser.
y
Anieus fâcheux.
,
Aniaus bagues.
,
Anuit peine, chagrin.
y
Anuity cette nuit.
Anvis, envis y malgré, à peint.
Anuis feroit, il seroit difficile.
Anuitier commencer à faire nuit.
f
Anuitier, la nuit.
Ains Vanuitiery avantda nuit.
Aorer, aourer, adorer, prier.
Aoujl, moisson»
Aoujìer, moissonner.
Aoujìeron, moissonneur.
VOCABULAIRE. 307
Aouvrè employé au travail.
y
Aouvrer, travailler.
Apaier satisfaire contenter.
, ,
Apense r y préméditer, réfléchir.
Aparecer, rendre lent, paresseux.
appareiller préparer disposer
,habiller, ajuster.
, ,
arranger,
Appiaut appelle.
y
AppoierY appuier.
Aprocher fréquenter.
,
Aproìsmer, approcher.
Araìsoner aresoner, parler à quel-
y
qu'un, l'entretenir, lui porter la pa-
role.
Arder, ardoir, ardre brûler.
,
Araìjntr , artsner j corninç nra.>.
fontr.
Aresner, arrêter, attacher.
Ar'áer, mettre en colère.
Arejlus arrêté.
y
ArondelU\ hirondelle.
Arriére arriers, à reculons ,Vt/râ.
y
Arriers aussi.
y
.^r.*., art.»
.^w, arc. ''
ArSyhxM. ' ,,!
Art* Savoir d'art, être fin fuíê*
*
308 VOCAB U LAI RE.
Arvoire enchantement vision
, , ,
vapeur.
AJsa{e{
y
rempli, comblé de biens,
content.
Affenery parvenir, joindre, nttrap-
per, frapper juste marier, placer.
ajfìr ,
AJJ'cir bien placer bien
y
traiter. , ,
Affentant, consentant,
Affentement, consentement.
Affentir, consentir.
Affeur, assuré.
Atalanter, ataltnter , disposer
instruire rendre ,
à quelque
, propre
chose avoir bonne volonté.
,
Âtapir se cacher se prelîer con-
y ,
tre quelque chose.
Atant alors,
y
Atarger atargier atarjer dissé-
, , ,
rer; presser.
Atorner atoumer, préparer, ajus-
,
ter , parer, orner, arranger, harna-
cher.
Atorty atonme, prépare dispose.
,
A tout y à tout sa chemise y avec sa
seule chemise ; «i tout un homme,
avec un seul homme.
VOCABULAIRE. 309
Aval y en bas.
Avaler, descendre.
Avant dire poursuivre, continuer,
prédire. ,
Avenant agréable
, gracieux, de
facile abord. ,
Aver avers avare.
, biens.,
Avers y
Avéra , avérai, aura, j'aurai.
Aviere [ pour la rime ], avis.
Avilitr , avilir.
Aviser appercevoir, penser.
.
y
Aumaille bestiaux à cornes, boeufs'i
,
vaches, chèvres.
Aumaìre, armoire.
Avoi ! helas 1
Avoir biens < richesses.
y
Avoltire avoutirty adultère.
y
Auques alors, à présent.
,
Aus y eux.
Aus avec.
y
Aus,y ails.
Autretant, de même,
Afitretel, pareil, semblable
Autrìer, Voyez l'autrier.
Auvoire fplie, vertigots, enchan»
,
temaris, vapeurs.
J10 VOCABULAIR E.
B
JLJ Acheler jeune homme ado-
lescent. , ,
Bacon, cochon,
Bajaffe servante.
y
Baillie gouvernement, puissance
,
autorité, tutelle. ,
Baisselle y servante.
Balancier y jetter.
Barat , tromperie , mauvais des-
sein complot odieux.
,
Barater, tromper, tendre des piè-
ges , troquer.
Basihoue, hotte enduite de poix.
Béer viser, tendre à un but, sou-
,
haiter attendre, désirer.
Bel bien. ,
y
Bêlement doucement agréable-»
, ,
ment.
Bercuely berceau.
Beneir bénir.
,baron, homme. Berceau.
Bers y
Besans, pièces de monnoie de By-
zanec valant dix fols.
Bestoumer, renverser. *
Blandir, carresser.
VOCABULAIRE. 311
Bhndette chiere, mine gratieuíe ré*
ception gratieuse. ,
Bon faire ses bons faire son plaisir,
y t
sa volonté.
Boulant bouillant. S. Martin le
y
boillant, la translation de [Link],
le 4 Juillet.
Boschache bocage petit bois.
, ,
Borfe bourse.
y
Bouciaux
y
ventre , boiaux , vais-
seaux,
Bouter, mettre, pousser.
Bouvier conducteur de boeufs.
t
Braiel braier braies, braiette
,
culotte.
, ,
Braine efpece de monnoie. Cons-
,du Hamely
tant vers 320. C'est
aussi un poisson de rivière»
Brait cri.
y
Braìoely culotte.
Braoillier défaire fa braiette jouer
,
de la braiette. ,
Braion braons, canons de la cu-
lotte. ,
Briçon coquin, mauvais sujet.
y
Brochettes, éperons.
Britir griller.
,
3ii VOCABULAIRE.
Buesì boeuf.
Buen à son biten à son plaisir, à
, ,
son gré, tel qu'il convient, à sa vo-
lonté.
Bues, boeufs.
Busse, buffet, soufflet, jouée.
Buijses buissons, bûches, mor-
y
ceaux de bois.
Bureau burìau burel bure
,
grosse étofie. , , ,
C
V^ Acoute coup.
Canivet, canif.
y
CantorbilUy Cantorberi, ville d'An»
gleterre.
Carole, danse assemblée de joie.
Cels ceux-là. ,
y
Ceens ci-dedans.
y
Cembel, assemblée, combat.
Cep prison.
C'en, c'étoit, ce sera.
y
Chaalìs, bois de lit.
Chaille du verbe chaloir, ne vous
,
chaille ne vous embarrassez point.
,
Chaitìs malheureux, infortuné.
y
Champions
,
VOCABULAIRE. 313
Champions défenseurs qui com-
, ,
battent pour un autre.
Chandoille, chainlelle.
Chanel conduit, canal.
Chapel y
chapeau couronne de
fleurs. y ,
Chapel, engart où on tue les bêtes.
Chapelain Prêtre Curé.
y ,
Charier charger.
y
Charnière, les pentures d'une porteu
Charriere chemin.
,
Chastier chajloier, corriger repren-
,
dre, instruire. ,
Chajloiement, réprimande, instruc-
tion.
Chauciers chaussons souliers.
,
Chaudun du boudin.
t
,
Chere. Voyez Chiere.
Cheveìl cheveux.
y
Chevejlre licol.
,
Chevol cheveu.
y
Chiie tombe. Quequ'il tn chiée,"
y
quoi qu'il én arrive.
Chiesy tête, bout, commencement,
fin. De chies en chiesy d'un bouta
l'autre.
Chiesy enclin, tête baissée.
Tome //. O
314 VOCABULAIRE.
Chiere, visage, mine.
Chiere lie, joyeuse.
Chiere mate triste.
,
Chiere haute, le visage levé.
Chiet tombe.
y
Choe chouette, oiseau nocturne.
y
Choisir appercevoir.
y
Chose r, gronder, reprendre,
Ciaus ceuz.
y
Ciaux Cieux.
y
Ciller fermer les yeux.
y
Cis ce, ces.
y
Claimery clamer, crier, app.ìlier,se
plaindre accuser.
, déclatT quitte.
Clamer quitte
y
Clamer cuite idem.
,
Çlamor, cri, plainte.
Clarte^y dans S. Pierre & le Jougleor,
parlant des souliers de ce dernier :
Moult iert grant la clarté^ ; c'est-à-«
dire, qu'ils étoient troués. On dit
encore : // a des souliers de neuf
jours ; pour dire qu'ils sont percés,
faisant allusion aux enfans qui ne
voyent clair qu'à neuf jours.
Clicorgne regarder çliçorgne de
, ,
travers,
VO C'ABULAI RE. 315
Coard, coars , coart, lâche, timide ,
paresseux, lent.
Coi coie tranquille.
, y
Coiementy tranquillement, sans bruit,
à voix basse.
Coint cointe poli, bien instruit,
y ,
avisé, prudent, sage subtile rusé
ajusté, paré. , , t
Cointoier ajuster instruire édu-
, , ,
quer.
Coiter presser pousser aiguil-
,
lonner.
, ,
Comandy cornant, ordre, comman-
dement.
Communaument tous ensemble, en
y
général, en public.
Compaigne compagnie,
,
Compain compaìng, compagnon,
,
camarade.
Comparage comperage.
y
Comparer comperer, acheter, payer,
y
mériter; acquérir.
Conchìer, salir, ordoyer ; tromper.
Conroi soin.
y
Conroiert avoir soin, arranger, ré-
gler.
Conquet, profit, avantage, gain.
Oij
3 I<5 VOCABULAIR E.
Conseiller raconter bas parler ù
, ,
Poreille prendre avis, le demander ;
,
projetter.
Confivre
y confuir consuivre
,
attein-
y
dre, parvenir, obtenir.
Conteour ycontere qui raconte.
y
Contralieux querelleur contra-
riant. , ,
Contre mont, en haut, en montant,
Contreuve Controveure invention ,
mensonge., ,
Cop coup.
y
Cop cocu.
y
Corage coeur, ame.
y
Corde trere à sa corde, mettre de son
y
parti.
Cors cour.
y
Cors corps.
y
Cors course. Grant cors , grande
y
course, grand pas, grand train.
Corty Cour, Curia.
Cort il court, currit.
f bref
Con court.
y
Cortil jardin.
Cote verte, manteau de lit,
y
Cotelle petite veste.
y
Coupe faute.
?
VOCABULAIRE. 317
Coupe cocu.
y
Courage coeur, ame.
Couroie bourse à mettre argent qui le
y
y
portoit comme une ceinture.
Coanil jardin.
y
Cousl de poure cousl, de peu de va-
y
leur.
Coute coude.
y
Coude coute matelas couver-
y , ,
ture , traversin pour appuyer les
coudes.
Coutd couteau.
y
Couture champ labouré cultivé.
Couvine
, conduite, ,
manière des*
y ,
sein.
Cras gras.
,
Craijsety chandelle.
Creantery promettre, assurer, enga-
ger.
Crenier craindre.
y
Crernor, crainte.
Crépon croupion échine.
y
Crespir couvrir.
,
y
Crejpon croupion échine.
, ,
Cri lever, appeller du secours.
Criendre, craindre.
Crien, crient, craint,
O ïi]
3i$ VO'CABÒLAÌR'E»
Crisner, faire un certain bruit com-
me un lit.
Croiffer, idem.
Crosier, pencher.
Crupe, crouppe.
Cuens Comte.
y
Cuider cuìdìery penser, s'imaginer ,
y
être d'avis.
Cuidiery pensée, avis; au mien eut'
dier suivant moi, h mon avis.
y
Cuit pense. |
y
Cuite quitte.
y
Cuitement, franchement, fans payer,
gratis.
Cuivcrt bas, abject, fans sentiment ^
y
esclave.
Cuvertise, bassesse, .esclavage.
D \ :
JL^/ Aarain daerain dernier.
, ,
Dame Dieu, Dame Diex , Seigneur y
Dieu.
Dam damp , dan, dans y dant, don ,
y
Seigheur. ' v
Dangier, retard , djfficulté , em-
barras. ' ,! ' - "
VOCABULAIRE. 319
De y que.
De y Dieu.
Dechìée, tombe.
Deçoivre tromper.
y
Desservi, ouvert.
Deffermer ouvrir.
y
Desoì desois défense empêche-
y , ,
ment.
Deffublery ôter, se dévêtir,
Desoretei, souliers aculés.
Desors, dehors.
Degras faire ses degras pousser
,
selle.
,
une
Déliait malheur, affliction, abbat-
y
tement,
Dehaitiè triste abbattu, décou-
ragé. , ,
Dehet, dehe^y idem.
Dejougler déconcerter.
y ,
Dejoujle auprès.
y
Del du de ce. D'un 6> del, de
y ,
chose & d'autre.
Delaiancey retard.
Delaier différer, retarder.
s
Delaier [ substantif ] retard dé-
lai. , ,
Delegitr, facilement.
O iiij
320 VOCABULAIRE.
Dele{ auprès.
y
Délié mince, menu.
y
Délit plaisir.
y
Délit y crime, mauvaise action.
Délivre (être) quitte libre, dé-
barrassé. ,
Delivrement, facilement, fans peine
fans embarras.
,
Demanois pendant ce tems à
l'instant. , ,
Demainer, démener» agir, se com-
porter , agiter , tourmenter.
DemorJe retard absence.
, ,
Deputairey deputers', mauvais, bas,
abject lans sentiment,
,
Dervé hors du sens, fol, enragé.
y
Dervoier, enrager, sortir du sens.
Desachiery tirer, secouer, agiter.
Descarchiert décharger.
Deshait, deshaitier , deshetè , deshe-
tier. Voyez Déliait.
Défi jusqu'à.
y
Destrier, désir.
Deslavé mal propre, sale.
,
Desmanoìer déménager, sortir du
manoir. ,
Desraisnìer desrenier y parler, por-
y
V0 C A BUL A f RE. 311
ter la parole, expliquer.
Desraison folie, mauvaise action,
malice.
,
Dejlorbier embarras empêche-
, ,
ment.
Dejlorbery détourner, embarrasser.
Désire main droite.
,
Dejìraindre dejlreindre contrain-
dre presser. , ,
, coin cachette.
Dejlor ,
y
Desvoié égaré, hors du sens de
y
mauvaise conduite. ,
Detrier\ arrêter, retenir.
Detrier, retard.
Dévaler, descendre.
Desvoiery mourir.
Devise à sa devise, à son gré, à sort
y
plaisir.
Deviser parler, causer, expliquer,
,
Deviser partager.
Diex Dieu. ,
y
Diva y Dame.
Doiy deux.
Dot dOlS doit doigt.
y
y y
Dois y dais y Ciel.
Dois y conduit, canal.
Doilléy douillet, mol, efféminé, délicat'
OY
3w VOCABULAIRE*
Dont y d'oìi.
Dosnoier s'amuser, se carresser.
y
Douter craindre.
y
Draps , dras, habits , bardes.
Dru, galant, amant.
Druerie galanterie, amour.
,
Duel affliction, chagrin.
Dui, deux.
y
Durement, fortement.
Dusqu'À jusqu'à.
t
E '; ':-
JEi Bahi étonné, surpris.
Ebahirt étonner, surprendre.
y
Elyky au, dans, le, au contraire,
autre chose, point, rien; d'un &
d'ely d'un & d'autre, de chose &
d'autre.
Eles ailes.
y
Els eux.
y
Els yeux,
y
Embattre, fonrer, se mêler. ,
Embelìr plaire, être agréable.
,
E/fiblery enlever, voler, ravir.
s'Émblery s'esquiver, se soustraire.
Empaindre empeindre enfoncer.
y ,
VOCABULAIRE. 323
Embroncher cacher, couvrir.
y
Enbronc, ehbrons triste, obscur.
,
Encarchìer, charger.
Encerquer rechercher, poursuivre.
,
[ Dans Confiant Duhamel ] : Cil qui
les sorse{ encerque le Promoteur.
Enchaucer poursuivre presser.
y ,
Encliner, saluer, faire la révérence.
Encombre encombrler, embarras.
y
Encombrer, combler, embarrasser.
En cojìe, à côté.
Encresser engraisser.
y
Encuser, accuser.
En dementrt en dementìers, pendant
,
ce tems, cependant.
Enes l'eure à l'mstant.
,
Enfancon, petit entant,
Ensantomê, ensorcelé qui a des va»
,
peurs.
Enfers infirme,
,
Enses infecté.
y
Engaigne, tromperie , ruse.
Engaine tromperie.
,
Enganer tromper.
y
Engien, esprit, ruse, finesse, détours,
Engigner, tromper.
Engigneux, ingénieux, industrieux,
lubtile, adroìr. Oyj
314 VOCABULAIRE.
Engles Anglois.
y
Engles Anges.
y
Engle angle coin.
y ,
Engranger, augmenter.
Engrés, empressé, de bonne volonté.
Engreffery presser, aiguillonner.
Engroìffer engrosser.
,
Eiijenglêy babillard, railleur.
En meijine, pendant.
En mi, au milieu.
Enpaindre enfoncer.
y
Enpejque empêche interpelle»
, ,
Enport emporte.
y
Enresdic rage, violence.
Ens dedans.,
y
Entais [ pour la rime] , attentif.
Ententieus, cntentiex , ententis , at~
tentif, appliqué.
Entor.y environ auprès, autour.
,
Entrechanier , entrecouper, parler par
intervalle parler en dialogue.
,
Entrechapingn'ur s'entre-tirer les
,
cheveux, se prendre réciproque-
ment aux cheveux.
Entre fiaeler, s'entre-battre*
Entrepris, embarrassé.
Entresait, cependant,
VOCABULAIRE. 31^
Entrucsy dans cet intervalle, pendant
ce tems-là.
Envier [ terme du jeu de berlant ] ,
augmenter, mettre au-dessus.
Envtrse, ;l la renverse.
Envaser, renverser.
Envoiser se réjouir.'
,
Envoiserìe envoiseure joie plaisir,
y
divertissement. , ,
EtmitiiTy hermite.
Errant y coûtant, à .'instant, prompte-
ment.
Erce, herce machine de bois qui a
,
des chevilles pour écraser Les mottes
de terres lorsque les grains sont se-
més.
Ere y j'étois, serai.
Erraument promptement grand
train.
, ,
>
Erre train.
,
Errer, marcher, agir, travailler,
Ert , étoit, sera.
Er soir, hier soir,
Esbahiy étonné, surpris.
Esbahir étonner, luipiciìdrc.
y
Efcthìinrerches claie, cioisen , pa-
,
' lissutes.
32.6 VOCABULAIRE.
Esch ars chiche, avare resserré.
y
Escheïts tombé. ,
y
Ejeientre, sciement, à mon escient.
Escìl bannissement, exil, peine, af-
y
fliction destruction, ravage, abbat-
, accablement.
tement,
Escillier, ravager, détruire , exiler ,
bannir, proscrire.
Esclavine manteau»
,
Escondire, refuser, s'excuser,
Escorcier écorcher.
y
Ejcorcier, relever, découvrir.
Escout ejìre à escout, prendre escout,
écouter, être attentif.
y
Eserin coffre.
y
Escueillie, invitation.
Escuirex, cscuìrvel, écureuil, petit
animal de forêts.
Estais sauts, bonds, secousses.
y
Eslaìjfíer, sauter, se lancer, se réjouir»
Eslés sauts, bonds, secousses.
y
Ejlevousy ejles vous le voici, les
y
voici.
Estes ailes.
9
Eslesjler. Voyez Eslaiffier.
EJtoclicr ébranler, secouer.
y
Esmai, étonnement", trouble, inquié-
VOCABULAIRE. 327
tude embarras surprise.
, ,
Esmaier stirprendre étonner, trou-
y
bler inquiéter. ,
,
Esmanchié, estropié.
Esme jugement, estimation.
y
Esmer, estimer, juger.
Esmier, briser, casser.
Espès espeffe épais épaisse.
y ,
Espìr espirit, esprit.,
y
Exploiter agir, travailler, avancer,
y
faire du progrès.
Esponde le bord d'un lit.
y
Espoentail, épouventail.
Espoenter, étonner, épouvanter
Espoi pieu, piquet, levier, gros bâton.
y
Esraumenty promptement.
Esrement, conduite, manière de vivre,
d'agir.
Essars Effarts, broussailles, champs
y
incultes.
Essarter arracher les broussailles, cul-
y
tiver labourer les terres.
,
Essaiery tenter, asiiéger.
Essoine, excuse, contredit, empê-
chement difficulté.
,
Effoure [pour la rime ] dans les deux,
chevaux, race.
32.8 VOCABULAIRE.
Effìter essuyer.
y
Estai combat.
y
Estai siège, banc; à estai sans cas-
y y
ser, à .'instant.
Eslanc las, abbattu.
,
Estant debout.
,
E'stavoìr convenance nécessité, tout
y ,
ce qui est nécessaire.
Estes vous voici.
y
Esteule paille.
y
Estins mort.
y
Efìindre faire mourir.
Ejìor estour bataille combat.
y
y
Estouper, bouclier.y ,
Estourra, conviendra.
Estouvoir. Voyez Est avoir,
Estraindrey serrer, grincer.
Estraìne, race origine extraction ;
, ,
de pute estraìne de basse extraction.
,
Estre état ; de put estre, de bas état.
y
Estre excepté.
y
Estrìver, quereller, disputer.
Estr if, combat, dispute.
Estuet il convient; estut, il convint,
y
Estut stetit, il se tint debout.
s
Ejîuirre \ pour la rime dans la Robe
,
vermeille ], convenance,
V0 C ABULjAIRE. 319
Estuper boucher.
y
Esvous voici.
Eue, lire. Eve eau.
y
y
Eur bonheur.
y
Eur sentier bord ,
rivage.
y ,
Eure de couture sentier d'un champ
,
labouré ensemencé.
,
Eure heure hora. En meismel'eure,
y
à .'instant. ,
Eux ex yeux,
y y
X Aerìey enchantement, sortilège.
Faille tante ; jans j'aille, imman-
y
quablement.
Faire que fol agir follement.
y
Faire que sage agir sagement.
y
Faire savoir agir sagement.
y
Faire seur, assurer.
Fait-il y dit-il.
Fattis bien fait, bien élevé , bien
y
ajusté.
Faiture, façon, construction, créa-
tion.
Falenie, cruauté, trahison mauvaise
humeur, ,
330 Vo c ABULAIRE.
Ealon y cruel, traître.
Falonie cruauté trahison.
y ,
Fan y déguisement, ruse, subtilité.
Eavelles, tebles, contes en Pair pour
surprendre.
Faut, manque , finit,
/'rf{, fais.
Fet cruel, traître.
y
Félon j'eloneffe félonie. Voyez JFVJ-
y y
lenie,
Ferir, frapper.
Ferrant, cheval gris.
Feru frappé.
y
Fermaux, boucles.
Fetis. Voyez Faitìs.
Feture. Voyez Faillite,
Feurre, paille.
F'i soi.
y
Fiancer y promettre, S'engager.
Fierty frappe,
Fi ex y fils.
Fin y
pur, vrai , sage , poli , sin-
cère , &c.
Fijtcun médecin.
y
Foillir seuillir.
y
Fond pour fondent.
y
Forestier, garde des forêts»
Vô CABULAIRE. 331
Eormtnt, fortement.
Forment, froment, bled.
Fornel, fourneau.
Fortraire sortrere, ôter enlever,
,
soustraire. ,
Fou feu.
y
/>(.//<?, fragile, menu, délié, délicat.
Frain bride.
,
Fraindre , rompre briser ; d'oìi
Frains sraint, brisé.,
,
jFV<./?ff, peine.
JPac/-, prix,
jtytjr manière guise façon ; à nul
, , ,
suer en nulle manière.
y
Fil seu.
FUS sust bois, bûches [Link]
y
y
arbres. , , ,
G
\JT Aaìgnery labourer.
Gaaìgnages labourages.
y
Gaber, railler.
Gaboìs gais, gas railleries.
y ,
Gagnons gaìgnons chiens matins.
, ,
Garnement y habits, munitions, gar-
nitures. '
Gars y gart , garçon drôle, mau\ ais
sujet, ,
332. VOCABULAIRE.
G art garde.
y
Gchìne, gêne, tourment, question,
torture.
Gehir avouer confesser rccon-
noitre. y , ,
Cent nation.
y
G. nt gente joli, poli, agréable
y ,
Gcmiex. Voyez Gent,
Gère, j'étois.
Gejìr coucher.
y
Geu jeu.
,
G eu parti, alternative.
y
Geu Juif.
y
Geu couché.
,
Gìen jeu
y
Girrc{ de C»c/í>, coucherez.
,
Giendre, se plaindre.
G/'Í/ÌÍ se plaint.
,
Glacer [Link], glisser.
y
Gone robe.
y
Gorlée, rusée, à qui on ne fait ri en
accroire.
(?/-.;<?/• agréer.
,
Grammenty graument, grandement,
amplement,
Greigneur greignor, plus grand,
,
G'w/, gril.
VOCABULAIRE. 333
Grenons, moustaches.
Grevain fatiguant, fâcheux.
,
Griet fâche.
y
Griever fâcher, accabler incom-
moder. , ,
Grondìr, gronder.
Groucier, murmurer, se fâcher.
Guier conduire.
y
Gude surprise, tromperie.
y
Guiler tromper.
y
Guilere guileor trompeur.
, ,
Guimple ce qui couvre la gorge des
y
femmes.
H
ÂJ. Amel, hameau.
Hamie, croc, ou autre instrument de
cuisine.
Hardément, audace, hardiesse.
Harper, jouer de la harpe , accrocher.
HaJ'clûey morsure, peine, tourment,
affliction, douleur.
Haste broche.
y
Haterel la nuque du col.
y
Hatiplat y coup , soufflet.
Ha^y hais.
Hanter y terme du jeu deberlant.
334 VOCABULAIRE.
Herbergemenl, logis, hôtel, maison,
logement.
fíoeïy houe, instrument, outil à la-
bourer la terre.
Ho nejo , ne pouvoir ne ho ne jo , être
las, abbattu , n'en pouvoir plus,
hors de combat.
fíoure cri excitatif, pillehappe
mords.y ,
Huche coffre.
y
Huche appelle, crie.
,
Hucher, huchier, huier, crier, ap-
peller, siffler.
Hui t aujourd'hui.
Huimes, à cette heure , à présent.
Huis y porte.
Huis y exclamation. Ouais.
Huiseus niaiseur, paresseux.
y
Huiseuse paresse ik paresseuse.
,
Hure y tête.
Hustin querelle, bruit, dispute.
,
Hustiner fâcher, quereller, disputer,
y
I
JA y
déja autrefois,
,
Jamais pas, point.
,
VO C ABU LAIRE. 335
Jangle yjanglerie, babillage, raillerie.
Jangleur, railleur , grand parleur.
Jely je le.
Jenglerie. Voyez Jangle.
Jiere j'étois, il étoit; jere, il étoit ^
il sera ; jert, il étoit, il fera.
y
Jes y je les.
Jeun à jeun.
y
lex y yeux.
llec illec ilecques'y illeques, Hue*
y y
que s y là; illic.
llliers les flancs.
y
Joe joue.
y
Joie soufflet.
y
Joianty joyeux.
Jone y jones , josnes , jeune.
Jonglerie, action de jouer des instru-
mens.
Jonglere, jouglere, jougleor, qui joue
desinstrumens; menestreU
Irais y irrité , en colère, cruel, piqué.
Irascus en colère fâché.
y ,
Ireement, iriement, avec colère.
Irìiy en colère.
IJhel prompt, actif, vigilant,
y
Isncl le pas promptement,
íjsì ,
ainsi} ici.
y
336 VO C AB U L Alltr.
Itel semblable , pareil,
y
Juer y jouer.
Juesdi Jeudi.
y
Jupe y soutane.
Jus y à bas, à terre ; mettre jus, met-
tre bas, chasser, détrôner,
Jut y coucha.
K
JlV Eu cuisinier.
y
L
JLÍ Adre Lazare.
y
Laidangier y ledangier , calomnier,
insulter, maltraiter, blesser, offenser,
Laidir idem.
y
Lais y legs,
Lais y lait y laisse.
Lais, lait y crime, faute, offense,'
insulte affront.
,
Lanier paresseux, lent.
y
Lanières lambeaux.
y
Larecin en larecin furtivement.
,libéral. ,
Large ,
Largesse libéralité.
,
Las} lasse , malheureux, malheureuse.
Las !
VOCABULAIRE. 337
Las l hélas !
Là fus y là haut.
L'autrier y l'autre jour,
Le au; du.
y
Lé, côté ; large ; en long 6> en lé ; ea
long & en large,
Lealy fidèle.
Lealment, fidèlement.
Leans , là dedans.
Lealtéy leauté, foi, fidélité.
Leaument fidèlement.
y
Lecheure, friandise, luxure.
Le chiere y luxurieux, friand, amou-
reux , galant; libertin.
Ledenger. Voyez Laidanger.
Ledir. Voyez Laidir.
Legier, facile; delegier, facilement.
Legierement, facilement.
Z'frt , on, l'on ; lui en.
£erc , /Í/TÍ J , larron.
Ze/ò/í [ pour la rime ] lit.
Leffe legs. Tâche,
,
y
Lest, let y laisse.
if/, injure, affront, blessure.
Let y laid, hideux.
Leu lieu. Loup.
y
£«{, large. Côté, près.
Tome II. P
33$ VOCABULAIRE,
Lié joyeux.
y
Liement joyeusement.
y
Liet [ rime j levé.
,
Lieu, mettre lieu , alligncr un lieu pour
rendez-vous, une heure.
Linceus, draps suaires.
,
Lisse chienne pleine, èk autres ani-
y
maux.
Lober tromper amuser.
y ,
Locu y chies locu , tête oìi il n'y a des
cheveux que par places.
Loery louer, approuver, conseiller.
Loial y loiau fidel.
,
Loialrnent, loiaument, fidèlement.
Loier lier.
y
Loiery récompense, salaire, gages,
Longaìgney canal, étang.
Lor leur.
y
Los y louange, conseil, réputation,
approbation.
Losanger losenger, railler, insulter.
y
Louceor de pois , avaleur de pois,
homme d appétit.
Lousques louche.
y
Lues y aufsi-tôt, à .'instant.
Lut il lui fut permis ; licttìt.
y
VOCABULAIRE. 339
M
jyjLAchelier, charcuitier, boucher.
Maçue ; porter la maçue, être chargé
d'une entreprise ; bailler la maçue,
charger d'une entreprise.
Madre, espèce de pierre.
Mail maillet.
y
Mailluely maillot d'enfant.
Main matin.
y
Mains maint plusieurs.
y y
Maint mene. Demeure.
y
Mainer mener.
,
Mainie famille, domestique.
,
Maintenir, conduire, gouverner,en-
tretenir fréquenter.
,
Mais lorsque, quand à condition,
y ,
pourvu que.
Maifiere muraille.
,
Maisnie, famille domestique.
,
Maistrie ,. habileté, adresse, science.
M'aity m'aide.
Mait met, coffre, huche au pain.
Mal de hait, maudit soit, malheur.
y
Mal maie, mauvais, mauvaise.
y
Mal bailli, mal traité , en mauvais
équipage.
340 V O C A B U L A I K t..
Malot taon grosso mouche.
y ,
M'arne mon amc.
y
Manache menace.
y
Manans, riche, qui regorge de ri-
chesses qui est a son aise,
,
Manel, mon anneau.
Manès manois à l'instint.
, ,
Manière (substantif) manoeuvre.
y ,
Manoier toucher, manier.
,
Mantel, manteau.
A/.rr mal ; mal-à-propos ; ja mar en
douterez, ce seroit mal fi vous cn
doutiez.
M'arc y mon arc.
Marc 20 fols dans le treizième siécle,
,
MajJ'ey assemblage.
troupe,
Matons y gâteau de pâte ferme.
M'avaine, mon avoine.
AIa use z les diables.
,
Aíaugrè sien malgré lui.
, /'
Aiaurrey mordre, manger.
Aìaus mauvais,
,
Mautalent dépit, rage, colère.
L>
y
Ai'autre, mon autre;
Alésait meffet crime péché J estre
y y ,
meffet être coupable.
t
Menjue, mange.
VOCABULAIRE. 341
Mellenc merlan.
,
Membrer se ressouvenir.
,
Menor menu ; srere Menor Corde-
,
lier ; Mineur. ,
Aîenestrely serviteur, joueur d'instru-
mens.
Menra mènera.
, miséricorde
Aîerci pitié grâce
y , , ,
bonté.
Aies. Voyez Alaìs.
Mes, maison. Messager. Mesure, or-
dre façon.
,
Mescheans, infortuné malheureux.
,
Aieschiesy crime, faute, malheur, ac-
cident.
Aîeschine fille servante.
, ,
Alescroire, soupçonner, se défier.
Aiesìere, muraille.
Aiesgniey mefnie, famille, domestique.
Mes oïr mal entendre.
,
Alespoìns mécompte.
,
Me/prendre manquer, faire faute.
Mejprison y faute.
,
Ales sires mon mari,
y
Alestier besoin nécessité nécessaire.
, ,
Mettreseure accuser. ,
Mi y moi. Mon, mes.
y
P iij
342. VO C AB U L AIR E,
Mie pas, point.
y
Mieudre, meilleur.
Mignoty délicat, poli, agréable.
Mireor y miroir.
Mote mienne. Tas, monceau,
y
Moillier, femme.
Alonachaulx de moine.
,
Monial moniaux, de moine, de reli-
y
gieuse.
.
Monter , valoir, servir, être utile,
augmenter.
Alous mont, monde ; tout en un mont,
y
en un tas.
Alors morsure. Meures, fruit.
y
Mo/sel morceau.
y
Alottiery lampe , terrine, lampion.
Aîouteplier, multiplier.
Mouvoir partir.
y
Mucer mucier , cacher.
y
Muer changer; muer un efprevìer
y y
l'instiuire.
Mut r meurt. Mugir.
y
Musarde, femme de mauvaise vie,
Ainsel museau face ;; visage.
y ,
Muser mener la vie joyeuse.
y
VOCABULAIRE. 343
N
JL V Aces naches les fesses ; nates.
Naie non. y ,
y
Na istre, naissance.
Néant y neent, rien, inutile; pour
neenty inutilement.
Ne'u nés, pas même. Pas \\n seul.
y
Nés ne les.
y
Nestre, naissance.
Neu [ pour la rime ], nuit, nocuit.
Niant. Voyez Néant.
Nis pas même. Pas un seul.
N'oi n'entend.
y
t
N'oi n'eus.
y
Noiant néant, noient, inutile.
y
Noiant dans les deux Changeurs :
y
D'autrui aise est-il noiant : 11 ne
faut point s'embarrasser des plaisirs
des autres.
Noie r nier.
y
Noisy nois neige.
y
Noise dispute, querelle.
y
Noiseux querelleur.
y
Noisier action de disputer.
N'oi, n'entend. N'eut.
y
Nourecony nourriture.
Piiij
344 VOCABULAIRE.
Nues neuf, novem.
y
Nues nues nouveau Vïî
y
Nului, nus nul.
y
O
vV Avec,
,
Oesy ceuf.
Oés oye ; ansera.
y
Oe's, plaisir, volonté ,désir, profit,
Oés oeufs.
y
Oi y eu. Entendu. ,
Oie oreille.
y
Oïl oui.
y
Oir y héritier.
Oirre, chemin train, équipage \ grant
,
oirre, grand train.
Oisel oiseau, >>.
y ,
OnqueSy jamais. ;
Or ains , .ci-d.çvant, avant ce mo-
ment. Autrefois.
Orbes_y obscurs.
Ordy sale, impure, infâme.
Ore bord. A présent. Heure.
y
Orée orage.
y
O rendroit directement, à présent.
y
Orent, eurent.
VOCABULAIRE. 345
Ost, armée. Qu'il ôte, ôtât.
Ostal ostel maison en général
y y
Osteux idem.
y
Ostory autruche, oiseau.
Ot, eut. Entend, entendit.
Otroiers consentir, accorder, con-
venir.
Ouan dans un an, dans Tannée, il
y
y a un an.
Ouel'y égal. Yeiix.
Ou il quoiqu'il.
y
Outrecuidii présomptueux arro-
, ,
gant.
Outrecuidier présomption.
,
- v:« , p
JL Aelttte petite poêle poêlon,
, ,
Patelle , poêle , chaudière.
P'aillûel paillet, paillasse.
j
Paire, paroisse; appareat.
Palefroi, cheval de maître formé au
manège. -
Pallier paille.
y
*
PÍÎ/JÍ pense.
,
Parage y\ parenté. ' p
Parfond profond.
y
V v
346 VOGABULAIRE.
Pariex, pareil.
Parisis monnoie faite à Paris valant
y
le quart cn fus de celle faite à Tours ;
aofols Parisis font 15 sols Tournois.
Parlìere, discoureur, babillard.
.
Parmi , par moitié au milieu.
Paroir, paroitre. ,
Paroìt y muraille,
Paroler, parler,
Parra , paroîtra.
Parjbmmey fin, conclusion.
Partie, portion, part.
Partir, partager.
Paume, la main.
Paumoier, manier, frapper «Je la main,
Pautonìer, homme prêt à tòut.
Pel,y peau, pieu, piquet.
Pelain peleure peau.
Pelicert ,
, arracher la peau.
,
Peliçon manteau robe fourrée.
y ,
Pêne plume ; étoffe.
,
Père, Pierre.
P ert y paroit.
Pertuiser, percer.
,
è.cher,
... ,
Peser chagriner»,
y
Pejques y lambeaux,
P estel pilon.
y
Vo C AB UL AIRE. 347
Petitet peu.
y
Piaut y peaux.
Piece espace de tems, de chemin ;
y
piece a il y a long-tems ; grant
y
piece a, il y a très-long-tems.
Pile i dans Gombert ; Aíoult le maint de
maie pile.
Piory pire, plus méchant.
Pis pieu, piquet. Puits. Poitrine.
Pis pire ; pejus,
y
,
Plaier blesser.
Plait y plet ; tenir plet, parler, con-
y
férer ; bâtir plet comploter ma-
chiner. y ,
Plegey gage, caution.
Plénier abondant, entier.
y
P lente abondance; à pienié abon-
y s
damment.
Plevìry promettre, s'engager, eau*
tionner.
Poi y peu.
Poie y appui de fenêtre.
Poignant ; aller poignant, en piquant
de l'éperon aller grand train.
,
Pois dépens charge ; vous estes ve-
, fur ,
nus mon pois, vous êtes venu à
ma charge.
Pvj
348 VOCABULAIRE.
Poìser, fâcher, chagriner, incommo-
der.
Poìsty sache, &c. •»
/Wf, farce de légumes, soupe.
Porpenser réfléchir, préméditer.
,
Porpris pourpris, enceinte, enclos,
,
dépendances.
Porquerir, rechercher.
Porseer, poursuivre,
Portere porteur. '
Por, peut.,
.v ,
/'cw peu.
,
Pouerte pauvreté.
y
Pourtaster tâter autour, environ. ^
,
Pourtant pour«ela ; par cette raisons
,
Pourtraitier, pourtretier raconter.
,
Praelypraiely prairie, pré.
Prendre commencer. -.r'
y
Prestresse servante, gouvernante d'un
<
Curé. ,
Preu, beaucoup. Profit. Brave, har>
di. Prudent oc'sage.
Prevoire,•provoire Prêtre.
,
P/vW du jour, six heures du matin.
Primtrain premier ; <w, primerain
, ,
au commencement.
Proiere prière.
y •
VOCABULAIRE.' 3*49
Prou, assez, profit. t
Prouver (Je) se montrer, se .faire
>
y
connoìtre. Prouver, d dejhial ,eort«
vaincre .d'infidélité»
Puer jetter, puerí rejetter, mettre
y
dehors, refuser.
Puier appuyer.
a.
•
.;-
y J
Puisque, après que* v ' :
P//r, puant, intame ì de put estré;
d'état vile, abject.
Pute puante, vilaine.
,
Putel puits. iv
y
Q ., .
».
.
„-l
\£ O», çaoi*, trahquille.
Quailegardent, fortv ajerte.
^
. <ro .
•..
Gouaille caille, oiseau. ^. v *
y
Quanque , tout ee que.. ' «
Quans, citants , combier».' \
\r?\ • ->
Quarej'mel Carême.
y
Qìiatir y cacher. * 7
Quens , cuens, Comte.
Q/.* ^M,í//íj'pendant> qu'elle..- t. **
Quérir y ichercherl > v .0 >
Q«wMW,ilieu & jour que .'oivtire
.
au blanc» »r>/ -;)»
Q/.//, de Quérir cherche»
,
3^0 VOCABULAIRE.
R
J\ Asaìtier
juster. ,
rasetier, réparer
, ra-
R 'aie recouvre.
y
Rais y rayons.
Raisnable raisonnable.
y
Râler y retourner.
Ramaint, ramené.
Ramée, berceau de branches d'arbres.
Ramentevoìr ramentoivre repalì'er
, ,
dans son esprit, se rappeller un fait,
se ressouvenir.
Ramentoity se rappelle, se ressouvient.
Ramposne, querelle, dispute.
Ramposner, quereller, disputer, gron-
der.
Randon , secousse, course rapide.
Ravine force, violence, rapidité,
y
toirent.
Reclairn ,' faire venir â reclairn, faire
venir à réminiscence, à jubé.
Reçoivre recevoir,
y
Recorder se souvenir, rappeller, re-
y
tracer.
Recréant, las, fatigué , abbatu , lâche,
Recroire, lê lasser. S'engager de nou-
veau.
VOCABULAIRE. 351
Recouvré rétabli, refait.
,
Recuit y reçut. Dur, coriasse fin ,.
rusé, madré. ,
Regchir confesser, avouer, recon-
noitre.,
Remaindrey demeurer, rester.
Remainsìst rcmaigne, remaint, restât.
,
Remanant, reste restant.
,
Remembrer, se ressouvenir.
Remest, reste ; sachiez n'en remest sor
luy il ne lui en céda rien il ne
,
resta court. ,
Reniez remis resté.
y t
Remucer, cacher,
Renan ,• javoir du renart, être fin
rusé, adroit. ,
[Link], Voyez Randon.
Rendu, moine.
Renoier y renier.
Repairer, repairier, retourner.
Repairitr, retour.
Rcparoler, parler.
Repassé remis, rétabli, revenu.
y
Repaffer revenir de maladie.
y
Rtpointe y rét.vè , coriasse, sine , rusée»
Repérer ; reperier. Voyez Repairer,
Répondre,, cacher.
352. VOCABULAIRE.
Répons, caché, i
Reproche, reprouvìer, proverbe.
Repus, caché.
Requoi Ì à requoi ; en secret, secret-
tement.
Rescorre, recouvrer.
Reser, raser»
Rcskeue, recouvre»
Reson i mettre à reson parler, adres-
ser la paçole.
,
•
—:
R'est s'est remis, est revenu.
y
Retraìre, retrere, rapporter, expli-
quer, exposer,
RevekitXy rebelle, alerte, indocile,
qui résiste, qui levé la crête.
Rez t razé.
Rìchoìse, richesse,
Rien y chose.
Rivière, source, origine , extraction.
Royere, raie.
Roncintt, petit roncin, cheval.
Rooiller les yeux regarder en tes
,
roulant.
Rooìngnìcz rogné, coupé.
»
Route troupe, bande.
y
Rouver, ruevery prier,
/?«ír, frapper, jctter»
VOCABULAIRE, 353
S
»3 Achely petit sac.
Sacher, tirer en agitant. v
S'aïe son aide.
y
Í'IJ.Í robe.
,
Saillir sauter, sortir, se jettcr.
y
Sain, graisse. Sein.
Saigner ysaigniery sain'ur, marquer,
faire le signe de la croix.
Sainiery saigner,
Sainte saignée.
y
Saint, saigne, marque, signe de la
croix.
Samblant, mine, accueil, apparence.
S'ame, son ame.
S'amie, son amie. '•
S'amor son amour.
y
Sans, sang.
S'aumaìlle son aumaille. Voyez
,
T'aumaille.
S'aumuche, son anmuce.
Saurre dans les deux chevaux, lin
saurre fa teste.
Savoir sagesse, prudence.
Savoir (satre ), agir sagement, pru-r
y
demment.
354 VOCABULAIRE,
Saut y saute. Sauve.
Sautier, Pseautier.
Scignor mari. ,
Seìgner. Voyez Saigner.
S cilié sceau terrine.
,
Sel, celle , cette , li elle.
y
Selve, forêt.
Semondrey inviter, exciter.
Semonse, invitation.
S'entente son attention application
soin. y , ,
Seoir., siège.
Seri férie, tranquille, doux, agréable.
y
Serorge, beausrere.
S'errory son erreur.
Ses secs. Son fa. Si les.
y ,
Seue feues, fa ses.
y ,
Seuil j'ai coutume. Pas de porte.
y
Seur y fur, assuré. Sur super,
,
SeuSy seul. As coutume. -
Settt, fuit. A coutume. f-
Si, ses. !
Siécle monde. r
y
S'ire la colère. £
y
S/VÍ mari. f:
,
5//î/e sonez deux six. # f-
,
Siucy sienne, ,
í:
VOCABULAIRE. 355
Sìttt silit.
y
Soduiant, souduiant séducteur.
,
Soesy gracieux, agréable.
Soesment, agréablement.
S'oi & j'eus. Et j'entendis.
y
Soier, couper, moissonner,
Soiettr moissonneur.
y
Soignante, concubine.
Sotacer se réjouir, s'amuser, dissi-
,consoler.
per,
Solaux soleil.
y
Solier, salle galetas,
,
Solleres, souliers.
Soloir souloir, avoir coutume.
y
Soloit avoit coutume.
y
Soloit [ pour la rime] soldeur, crain-
,
te , f aisissement.
Sor y fur.
Sorcot habit, surtout.
Sort ; entendre de fort, savoir la ma-
y
gie.
Sort, sourt, paroît.
Sos y Joz sous. Sot, fou,
,
S'ot ck eut. Et entendit*
y
Souavet, doue*ment, agréablement.
Souesy jouez doux agréable.
> ,
Sourdois, à l'oreille.
356 VOCABULAIR E.
Sous y
seul,
Soustochier boiter.
y
Suetiy sien son; suens, siens ses.
, ,
Sus , en haut ; fus 6>jus, haut & bas.
T
Jl Abor, tambour.
Tahon grosse mouche qui incommode
,
les vaches.
Tai bouc , fange , lieu marécageux.
Taillant, maigre pointu qui coupe.
y
,
Taìseron tison bûche. ,
,
Talent, envie , , désir, volonté,
em-
pressement.
Tans y fois ; dix tans y dix fois.
Tapir cacher, se presser, se serrer
y
contre quelque chose.
Targer, tarder.
Tarjer, presser, pousser, exciter,
T'aumaille, tes boeufs, tes bêtes à
cornes, ton aumaille.
Tehìr, croître, augmenter.
Tence, ttnçon , querelle, dispute.
Tertres , collines, buttes de terre.
Teus, tels.
Ti, ton, tes.
VOCABULAIRE. 357
Tille chanvre, corde de chanvre.
y
Timons, les jambes & les cuisses.
Tinel bâton, levier pour porter des
y
tines qui font des vaisseaux de bois
,
u oreilles pour mettre la vendange.
Tinel estpusti une salle basse un gale-
,
tas pour ferrer les tines.
Tïneus pluriel de Tinel.
,
Tire à tire à l'instant, promptement.
,
Tire [ pour la rime J terre.
,
TitiCy tienne,ta.
Toeille toile, draps de lit.
y
Toeiller fouiller, remuer.
,
Toiffus rubans, ceintures.
y
Toitel petit toict petite étable.
y ,
Torbes tourbes, troupes. Fusées de
,à brûler.
terre,
Torner , retourner, revenir.
Tos tous.
,
Tosdìs tousdis tozdìs tous les jours.
y y y
Toudra enlèvera ; tondrez, enlèverez.
,
Toutes voies , cependant.
Trahìtìer, irahitre, trahhor, traître.
Traìon, tirons.
Traìhi, bien fait, compassé, fait à trait.
.
Tramettre y envoyer.
Travailler, traveiller, travìller, pc'r
358 VOCABULAIRE.
ner, lasser, tourmenter, accabler.
Trechier, tresser.
Tremerel, table de jeu.
Tremerele'r jouer.
y
Trespasy faute, transgression, viole-
ment.
Trcpeiller trépigner s'agiter.
y ,
Trespenjey triste, abbatu.
Trejssanty tressaille.
Tresses, cheveux.
Trest, le tire, serre.
Trestor, fuite, détour, délai.
Tresvenir arriver juste au point.
,
Trueve trouve.
y
'Truffe contes en l'air, surprises, sor-
y
nettes , tours d'adresse.
Truìs truìst trouve.
y y
Trumiauxy les jambes.
Tuit tous.
y
Tumer , tomber.
r Air vaire, vairons, vairs de
y y
dissérentes couleurs, y ex, yeux vai-
rons étoient les beaux ycuxdans les
y
12 , 13 &. 14 siécles.
VOCABULAIRE. 359
Vait va.
y
Vavaffeur vavassor arriere-vassal,
, ,
homme dont lanoblefie étoit mince.
Vaucely petite vallée.
Vaudra voudra.
y
Veant la gent, en présence de "tout le
monde.
Veer, veir veoir voir.
Veer, défendre., ,
Uevrer ouvrer, travailler, agir.
y
Vendage, vente.
Venir convenir ; il vous venist bien,
y
il auroit été à propos.
Ve n toise l'anus.
y
Vergogne, vergoingne, pudeur, honte.
Vermeil, ronce.
Vertuely bondon de tonneau.
Vesprée, le soir, avant la nuit.
Veu, désir.
Vez> voyez.
Vez CY voici.
,
Vez lit ci vez '*
y
^ *
'e voici.
Vez m<cy me voici.
y
Vezivus fin, ruse.
y
Viex vieux.
y
Vilain tout ce qui n'est pas noble, soit
y
de naissance,soit d'état, soit de moeurs.
360 VOCABULAIRE.
Vis vivant. Visage. Vile. Avis. Porte.
y
Vo votre.
y
Voies fois toutes voies, cependant.
,
Voir voire, vrai, vérité.
y
Voirrey verre.
ì
Vois je vais ; voist, aille.
Volt veut, voulut ; vousist, eut vou-
y
lu ; vout voulut.
y
Vout, visage. Vccu.
Vuely vueily' jc v-. volonté , mon
vuely ma volon...
Wisque terme du Jeu d'amour. Dans
y
le Fabliau d'Aloul : Et elle wisque
sus cy jus. --'])
YGlise,
Eglise.
YHiers, les flancs.
Fin du Vocabulaire.