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COURS DE MIGRATION VV

Le document présente un cours sur les migrations, destiné aux étudiants en Licence 3 de Géographie, avec pour objectifs de définir les concepts de migration, décrire leurs ampleurs et identifier les facteurs et enjeux associés. Il explore les différentes typologies de migrations, notamment économiques, internes et internationales, ainsi que les critères qui les distinguent des déplacements forcés. Enfin, il souligne l'importance des disparités régionales et mondiales dans les flux migratoires, en lien avec la mondialisation et les transformations sociales.

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COURS DE MIGRATION VV

Le document présente un cours sur les migrations, destiné aux étudiants en Licence 3 de Géographie, avec pour objectifs de définir les concepts de migration, décrire leurs ampleurs et identifier les facteurs et enjeux associés. Il explore les différentes typologies de migrations, notamment économiques, internes et internationales, ainsi que les critères qui les distinguent des déplacements forcés. Enfin, il souligne l'importance des disparités régionales et mondiales dans les flux migratoires, en lien avec la mondialisation et les transformations sociales.

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UNIVERSITÉ CHEIKH ANTA DIOP

BP : 5005 Dakar-Fann

1. Identité 2. 22479405204722
1.1. Titre du cours LES MIGRATIONS
1.2. Sigle

1.3. Cible Licence 3 Géographie

1.4. Statut du cours Cours optionnel

1.5. Code

1.6. Volume horaire

1.7. Nombre de crédits

1.8. Date de la version 2021

1.9. Auteur(s) du cours Bara MBOUP

1.10. Contacts de l’auteur 77 538 21 71

mboupbara313@[Link]

[Link]@[Link]

1
OBJECTIFS DU COURS

Objectif général : comprendre les migrations

Objectif spécifique 1 : définir les concepts de la migration

Objectif spécifique 2 : décrire les migrations et leurs ampleurs

Objectif spécifique 3 : identifier les facteurs, les acteurs et les


enjeux de la migration

PLAN DU COURS

I. DEFINITION DES MIGRATIONS

II. TYPOLOGIE ET AMPLEUR DES MIGRATIONS

III. FACTEURS ACTEURS ET ENJEUX DE LA MIGRATION

LES FACTEURS DEMOGRAPHIQUES

LES ACTEURS ETATIQUES ET LES ENJEUX DES MIGRATIONS

2
INTRODUCTION

L’histoire des migrations et plus amplement de la mobilité se confond avec


la formation de l’espace géographique, de la construction des territoires, de
la conquête de nouvelles régions et de leur spécialisation dans le cadre de la
division spatiale du travail à l’échelle planétaire. Bref, les migrations
redessinent, sans cesse, une nouvelle carte du monde et de nouveaux rapports
internationaux.

L’importance et le rythme des flux de migratoires drainés par une telle


dynamique dépendent de l’ampleur des tâches à effectuer et de l’efficacité
des techniques disponibles.

De l’âge de la pierre taillée déterminant la dimension des territoires de


chasse, aux révolutions industrielles qui ont donné les Etats-nations
modernes, de profondes mutations spatiales se sont succédées. Celles-ci se
sont traduites par la naissance d’empires coloniaux, et la spécialisation de
différentes régions du globe dans des vocations spécifiques. Elles ont ensuite
inauguré les interactions entre une périphérie fournisseur de matières
premières et de main-d’œuvre, et un centre industrialisé, lieu de
transformation, d’innovation et de décision.

Cette dynamique de l’espace économique favorise les migrations et le plus


souvent dans le sens de la hiérarchie du niveau de développement des
territoires. Puis, à l’échelle de ces derniers, elle a créé des disparités
régionales et a permis l’émergence de champs territoriaux de migration et
leur corollaire : les flux migratoires.

La géographie des flux de migration montre que le phénomène migratoire


est universel et n’épargne aucun territoire. Les migrations internationales
sont une clef de compréhension essentielle de fonctionnement du monde
actuel et des territoires, des conséquences de la mondialisation à l’échelle
globale et territoriale. Elles donnent à l’échelle des territoires une grille de
3
lecture des disparités internes et des crises régionales ainsi que les stratégies
d’adaptation des populations pour y échapper. Le « paradigme migratoire »
offre un puissant outil d’analyse des transformations sociales et spatiales
dans le monde et dans les territoires.

La géographie cherche toujours à comprendre et à expliquer les phénomènes


qu’elle se donne comme objet d’étude. Parmi tous les facteurs explicatifs
qu’il est possible d’envisager, la géographie s’intéresse plus
précisément à ceux qui relèvent de la localisation. « Pourquoi est-
ce là et pas ailleurs, pourquoi cet « ici » ne ressemble pas à cet
« ailleurs » ? ». On peut répondre à ce questionnement par la
collecte de l’information géographique, mais pour la
compréhension des phénomènes, cela relève de la connaissance des
acteurs.

La localisation rend compte aussi de la répartition dans l’espace


des phénomènes ; et la géographie après une longue phase
descriptive (géographie idiographique) a évolué vers une phase
nomothétique (explication par les lois, la généralisation). On est
ainsi parti d’une phase inductive basée sur l’observation et la
description à une phase déductive basée sur la généralisation.
Comme toute science, la géographie a élaboré un certain nombre
de théories et d’outils applicables à son objet : l’espace.

Ainsi si on applique ces principes à l’étude des migrations, la


géographie se sert des statistiques, de la Physique, de la sociologie,
de la démographie, de l’économie, des sciences de la terre pour

4
décrire et rechercher les lois générales qui expliquent et font
comprendre les migrations.

Aussi, les statistiques de la migration estiment le nombre de


migrants à 3% de la population mondiale. Mais cette donnée
globale cache des disparités qu’il nous faut décrire, expliquer et
comprendre.

[Link]

Tout déplacement n’est pas forcément migration. Ainsi, comme le font


remarquer Noin et Thumerrelle « les déplacements liés à la scolarisation, aux
emplettes, aux soins, aux diverses démarches administratives ou
socioéconomiques, ou à la simple promenade sont des modes de
fonctionnement et d’organisation de l’espace ; ils ne sont qu’une forme
particulière de va et vient entre le lieu de résidence et d’autres lieux ». Ils se
distinguent nettement des formes de mobilités spatiales qui selon la formule
des Nations unies sont désignées sous le vocable de migration : les
« déplacements exceptionnels entraînant l’installation durable dans un lieu
autre que le lieu d’origine, et s’accompagnant d’un changement de lieu de
résidence ».

Ainsi donc plusieurs critères permettent de définir la migration :

- le critère d’espace qui renvoie à la notion de déplacement du migrant d’un


lieu à un autre qui devient souvent son espace de vie (Courgeau 1975)

5
- le critère de résidence : le migrant séjourne dans un lieu autre que celui où
il a l’habitude de vivre ;

- la dimension temporelle qui renvoie à la durée du séjour (définitive ou


temporaire avec une durée de 3 ou 6 mois au moins ; migration circulaire,
migration de retour) ;

- l’activité est le quatrième critère entrant dans la définition de la migration.

Ces critères qui définissent les migrations permettent de les distinguer des
réfugiés et des personnes déplacées qui pratiquent des déplacements forcés
et par conséquents involontaires notamment en raison de catastrophes
naturelles ou de projets de développement, et dans certains cas de victimes
de traite.

Le terme de réfugié s’applique à toute personne qui, craignant avec raison


d’être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son
appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors
du pays dont elle a la nationalité ou dans lequel elle avait sa résidence
habituelle, et en raison de ladite crainte, ne peut y retourner. Le HCR inclut
les personnes reconnues comme telles en vertu de la Convention de l’ONU relative
au statut des réfugiés (1951) et de son Protocole de 1967.

Les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays sont définies


comme « des personnes ou des groupes de personnes qui ont été forcés ou
contraints à fuir ou à quitter leur foyer ou leur lieu de résidence habituel,
notamment en raison d’un conflit armé, de situations de violence généralisée,
de violations des droits de l’homme ou de catastrophes naturelles ou
provoquées par l’homme ou pour en éviter les effets, et qui n’ont pas franchi
les frontières internationalement reconnues d’un État ».

6
Il y a également les demandeurs d’asile qui selon le HCR sont « les personnes
ayant sollicité une protection internationale et dont la demande de statut de
réfugié, n’a pas encore fait l’objet d’une décision définitive ».

Les personnes victimes de traite sont celles qui en promesse d’un contrat de
travail avec rémunération régulière et très intéressante, se retrouvent dans
des situations où elles perdent tous les droits dus aux employés par leur
employeurs. Elles sont mal traitées et perdent souvent leur liberté de
déplacement.

L’Art. 13 du Protocole additionnel à la Convention des Nations UNIES


contre la criminalité transnationale organisée, visant à prévenir, réprimer,
punir la traite des personnes, en particulier les femmes et les enfants donne
de la traite des personnes, la définition suivante :

« La Traite des Personnes désigne le recrutement, le transport, le transfert,


l’hébergement ou l’accueil de personnes par la menace ou le recours par la
force ou d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie,
abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou
l’acceptation de paiements ou d’avantages pour le consentement d’une
personne ayant autorité sur une autre à des fins d’exploitation.
L’exploitation comprend, au minimum, la prostitution ou d’autres formes
d’exploitation sexuelle, le travail ou les services forcés, l’esclavage ou les
services similaires à l’esclavage, la servitude ou le prélèvement d’organes ».

Migration du capital et migration du travail

La question de la migration peut se résumer en deux mouvements : celui des


capitaux (capital financier, compétences, talents) et celui du travail (main-
d’œuvre) notamment pour les différents secteurs de l’économie comme
l’hôtellerie et la restauration. La liberté du capital à migrer est de loin
supérieur à celle du travail.

7
II. TYPOLOGIE ET AMPLEUR DES MIGRATIONS

[Link]

On peut classer les migrations selon le mobile ou selon leur dimension


spatiale, voire selon le projet migratoire.
Aussi, les différents types de migrations se distinguent par leurs mobiles
notamment en :
- -migrations économiques (déplacement de travailleurs),
migrations contraintes (fuite de persécutions, famines résultant
souvent de guerres ; on parle aussi de conquête, d'invasion, d'exode, de
colonisation…).
Selon la dimension spatiale, on distingue les migrations internes qui
n’impliquent pas un changement d’Etat (ou franchissement de frontières)
des migrations internationales pour lesquelles le migrant quitte un Etat
d’origine pour se rendre vers un autre Etat (d’accueil) avec l’intention de s’y
établir de façon durable ou définitive.

- Migration rurale-urbaine
De plus en plus les migrations rurales urbaines se dirigent vers les petites et
moyennes villes. La toponymie des quartiers que créent ces migrations
rurales-urbaines, révèle les effets qu’elles impriment à l’habitat urbain et la
physionomie des villes. Dans le Bassin arachidier au Sénégal, ces quartiers se
nomment souvent : faq-dëk (arracher, extirper et s’établir ou loger) ou cité
niakh (en paille ; un quartier similaire à Dakar, c’était celui de Fass paillotte
dans la capitale sénégalaise) synonymes de taudis ou habitat spontané
occupant souvent des zones non aedificandi (impropre à l’habitat).

Mais un phénomène nouveau est apparu, ces villes et ces quartiers ne sont
que des lieux transitoires, car la tranche jeune de ces migrants ruraux
poursuit souvent leur périple migratoire vers l’Europe, et par les revenus de
8
transferts, modifient leur habitat ou rejoignent d’autres quartiers plus
réguliers pour y bâtir une maison de luxe contribuant ainsi à l’urbanisation
et à la modernisation de la ville d’accueil.

- Migrations interurbaines
Elles désignent les flux migratoires entre des villes. Les flux désigent une
quantité, un effectif ou un ensemble de personnes ayant migré au cours d’une
période donnée.
La différence entre les effectifs de départ (sorties) et d’arrivée (entrées)
donne un solde migratoire qui peut être positif (entrées supérieures aux
sorties) ou négatif (entrées inférieures aux sorties). Ces caractères définissent
un pays d’immigration ou d’émigration.
Dans certains Etats, on note les migrations des petites villes vers les grandes,
notamment dans les pays en développement ; alors que dans les pays
développés, on observe une migration des grandes villes vers les villes
moyennes ou petites villes.
Migrations rurales et migrations interurbaines peuvent se passer dans un
espace intrarégional ou interrégional.
Migrations interrégionales

On distingue les migrations saisonnières (principes des vases communicants)


entre le Littoral et l’intérieur du Sénégal notamment le Bassin
arachidier. Celles-ci sont décomposables en migrations rurales-rurales et
rurales-urbaines. Ces migrations ainsi dénommées s’appellent aussi les
navétanes qui sont des flux de main-d’œuvre agricole allant des régions
périphériques vers les régions centrales ; des régions à fort potentiel de
ressources naturelles (l’eau par exemple dans la zone sahélienne, comme la
Vallée ou le Littoral), le temps d’une saison (pluvieuse ou sèche) ; des régions
non suffisamment mises en valeur (Casamance, Sénégal Oriental) vers les
régions de forte mise en valeur comme le Bassin arachidier, et le Littoral

9
spécialisé dans la production horticole en saison sèche. Ces migrations
saisonnières se dirigent également vers les régions nouvellement mises en
valeur comme la Vallée (zone humide opposée à zone sèche) ; il s’agit par
exemple des migrations récentes allant du centre du Bassin arachidier vers
la Vallée comme celles des grands exploitants maraboutiques et de la main-
d’œuvre venant respectivement du Bassin arachidier ou du Sud du pays. Les
flux issus de ces migrations ont donné les soldes migratoires suivants (cf.
annexes : sur les soldes migratoires pour les migrations interrégionale).

Ces mouvements migratoires font l’objet de cartographie que vous pouvez


voir en annexe (PDF).

- Migrations internationales
Elles comprennent les migrations sous-régionales et intercontinentales
Les migrations connaissent plusieurs directions : les migrations de
proximité partageant la même latitude : latitude nord et latitude sud. Ces
migrations s’expliquent en partie donc par les effets de la mondialisation
en divisant l’espace en deux compartiments spécialisés : le centre et la
périphérie pour les rapports sont décrits sous le vocable de la Division
Internationale du Travail (DIT). Les conséquences de cette spécialisation
de l’espace sur l’environnement et les ressources entretiennent des
disparités ou déséquilibre dans la mise en valeur des territoires. Ces
disparités sont les déterminants majeurs des migrations.

CARTE 1 : MIGRATION DES CHEFS RELIGIEUX DU VIEUX BASSIN ARACHIDIER VERS LES
ZONES HUMIDES DE LA VALLEE

10
Selon le projet migratoire, on peut distinguer la migration circulaire de la
migration définitive. La migration définitive est un départ sans projet de
retour sur le territoire de départ. La migration circulaire est un type de
migration avec comme projet pour le migrant de retourner à la case départ.
Ce dernier type caractérise le plus souvent les migrations sénégalaises aussi
bien à l’échelle interne qu’internationale.
Un autre critère de classification distingue les migrations régulières des
migrations irrégulières (ou clandestines).

2. AMPLEUR DES MIGRATIONS

Elle dépend de l’importance des disparités internes ou et externes

Ces disparités centre périphérie à l’interne se décrivent en différences entre


villes-campagne, entre régions centrales et régions périphériques, entre Nord

11
et Sud à l’échelle du Globe ; le Nord étant les pays industrialisés, et le Sud :
les pays exportateurs de matières premières. Les disparités peuvent être
accentuées par des catastrophes naturelles ou environnementales comme
c’est le cas des régions centrales en déclin comme c’est le cas du Vieux Bassin
arachidier (région de Louga) : hier, région d’immigration devenue par la
suite région d’émigration, à l’image du Sénégal actuel en Afrique de l’Ouest
(échelle sous-régionale).

À l’échelle sous-régional notamment, en Afrique de l’Ouest, la division en


centre périphérie produit des effets de la colonisation distingue les centres
comme la Côte d’Ivoire pour l’importance relative de sa mise en valeur
(agriculture capitaliste structurée en grandes exploitations agricoles de
plantations de café et cacao) avec sa périphérie, les pays voisins comme l’ex
Haute Volta, grand réservoir de main-d’œuvre agricole ; le Sénégal qui
abrita la capitale de l’AOF avec une industrialisation relativement
importante fut aussi un pays d’immigration venant de la sous-région.

Au total ces mouvements migratoires sont un important facteur de


production. A l’échelle globale, le nombre de migrants évalué à 214 millions
de migrants internationaux, soit 3.1% d’une population mondiale de plus de
6 milliards d’habitants, produisant 5% du PIB mondial, montre l’efficacité
et la productivité des migrants. Cela explique certainement que les
migrations internes soient tout aussi importantes avec 740 millions de
migrants attirées vers les régions les plus attractives. Mais leur relative
entrave limite leur portée intercontinentale avec 62 millions de personnes du
Sud vers le Nord et 61 millions (du Sud vers le Sud) même si l’on peut
admettre que la distance freine le mouvement, du Nord vers le Nord (53
millions), du Nord vers le Sud (14 millions) et d’Est en Ouest. La plupart des
régions du monde sont concernées soit par le départ, soit par l’accueil, soit

12
par le transit des migrants, certains pays l’étant pour les deux, voire les trois
à la fois (Wihtol 2010).

L’espace des migrations est structuré en zones de départ ou zones émétrices,


en zones de transit et en zones d’accueil.
Quels sont les principaux flux migratoires dans le monde ?
Un flux
Ainsi donc, la majorité des migrants, soit environ 60 %, se dirigent vers des
pays situés dans la même région du monde que leur pays d'origine, à
l'exception de ceux issus de l'Amérique latine, se dirigeant majoritairement
vers l'Amérique du Nord.
En 2019, plus d'un migrant sur 5 vit aux États-Unis. Le
deuxième pays répertoriant le plus de migrants est l'Allemagne, suivie de
l'Arabie saoudite et de la Russie.
Les régions du monde d'où part le plus grand nombre de migrants sont ?
Données générales

Rang Pays Nombre d'immigrés

1 États-Unis 45 785 090

2 Russie 11 048 064

3 Allemagne 9 845 244

4 Arabie saoudite 9 060 433


Les grands foyers d'accueils sont les Etats-Unis, le Canada, l'Europe
Occidentales et le Golfe ; car les principaux foyers émetteurs de flux
migratoires se trouvent à leur proximité.
L'Amérique du Nord, l'Europe et l'Asie sont les principales régions
d'immigration. Les principaux territoires d'émigration sont l'Amérique
centrale, l'Amérique du Sud, l'Afrique et l'Asie (en particulier le sous-
continent indien et l'Asie du Sud-Est).

13
En effet, d’importants flux migratoires vont des pays tropicaux vers les
latitudes riches, constituant ainsi une sorte de symétrie à la colonisation
(proximité linguistique, zone d’influence). Les routes principales partent de
l’Amérique latines vers les Etats-Unis ou l’Espagne, des pays d’Afrique
subsaharienne vers l’Europe, du Sud-Est asiatique vers les Etats-Unis ou
l’Australie. Des routes moins connues existent aussi, comme celles qui
conduisent des ressortissants de l’Inde, du Sri Lanka ou du Myanmar
jusqu’à la côte ouest de l’Afrique, d’où ils embarquent pour les Canaries ou
la Côte d’Espagne ou jusqu’à l’Indonésie. Ces routes migratoires ont évolué :
de voyage régulier par des vols aériens, en bateaux, on a évolué à des
migrations irrégulières par des itinéraires à risques par des embarcations de
fortunes ou routes terrestres dont le bilan en termes de pertes humaines a été
très lourd.
Zones de départ ou émettrices : L’immigration peut aussi se dérouler entre
deux pays de latitudes comparables : il suffit que les disparités économiques
soient flagrantes. On sait à quel point il est fréquent que des Kurdes ou des
Afghans cherchent à gagner l’Angleterre en passant par le Pas de Calais ou
Cherbourg ; on sait que les Palestiniens se ravitaillent en Egypte ; les
ressortissants du Maghreb sont attirés par l’Espagne (et vice versa : des
espagnols chassés par la crise économique viennent trouver du travail au
Maroc) ; les orpailleurs brésiliens le sont par la Guyane française, ou les
habitants de l’île d’Anjouan par l’île de Mayotte, (les salaires mensuels
moyens étant de 30 euros (un euro = 655F) contre 800 à Mayotte.

En Afrique, le Maghreb constitue le foyer de transit de la migration vers


l’Europe. Les migrants en situation illégale en provenance d'Afrique
subsaharienne (au sud du Sahara) transitent par le Maghreb pour atteindre
l'Europe. Les premiers pays d'accueil sont l'Italie, l'Espagne ou encore la
Grèce car ils sont en situation littorale et relativement proches des zones
de départ.
14
Selon les statistiques de l’Etat espagnol, 900 clandestins ont trouvé la mort
en 2007 et 500 000 clandestins sont entrés en Europe. Depuis 25 ans 40000
migrants sont morts ou disparu par noyade ou épuisements aux frontières
européennes, dont 6000 pour la seule année de 2016 (Migreurop (2017), Atlas
des migrations en Europe)

Cette répartition spatiale s’explique par divers enjeux et facteurs


territoriaux que nous allons tenter d’élucider.

III. FACTEURS, ACTEURS ET ENJEUX DE LA MIGRATION

Plusieurs facteurs expliquent les migrations parmi lesquelles, les facteurs


environnementaux comme le cycle de sécheresse, les catastrophes naturelles
dont les changements climatiques qui compromettent l’équilibre entre
ressources et démographie.

1. LE FACTEUR DEMOGRAPHIQUE

Pourquoi la démographie est-elle un facteur de MIGRATION. Les territoires


qui présentent plus de pourcentage de population jeune sont les plus enclin à
l’émigration. Si 3% de la population mondiale représente la part des
migrants dans le monde, l’Afrique connait une population migrante
d’environ 8% en raison du taux relativement élevé de la jeunesse des
africains.

Selon Francis Hallé, « le concept essentiel, (qui concerne toutes les


populations, à quelque latitude qu’elles vivent,) est celui de « transition
démographique».

C’est le processus par lequel une population passe, sous l’effet des progrès de
la médecine et des changements du mode de vie, d’une démographie

15
biologique et naturelle, à forte natalité et forte mortalité, à une démographie
moderne, à faible natalité et faible mortalité.

La baisse de la mortalité fait partie de ces progrès faciles, aisément à la


portée de l’hygiène et de la médecine, et il est donc habituel qu’elle précède
de plusieurs années la baisse de la natalité.

Celle-ci, qui procède de modifications des comportements personnels et


notamment du statut des femmes, demande nécessairement plus de temps.

Bien entendu, si la mortalité diminue tandis que la natalité reste forte, on


assiste à l’évènement caractéristique de cette « transition » : une explosion
démographique » Francis Hallé in « la condition tropicale » Actes Sud 2010,
572p.

Les données statistiques font état de la jeunesse de la migration sénégalaise


avec 71,7%1 âgés de moins de 35ans, et moins de la moitié est célibataire
(46%), et dans la proportion tous occupés, et ayant pris en charge
entièrement leur voyage et installés en Europe. De même ils sont
majoritairement des hommes (81%) et appartiennent à des familles
nombreuses ou disons à des ménages de grande taille (de plus de 10 membres)
mais 42% arrivent à envoyer de l’argent à leur famille d’origine. Ces données
statistiques montrent certes l’importance des phénomènes migratoires
comme la place de jeunesse, de la masculinité et des familles nombreuses.
L’approche est plutôt atomiste et donnent rarement lieu d’analyse spatiale
qui renseignent sur les lieux d’origine, les bassins répulsifs ou encore les
champs de migration territoriaux qui sont indicateurs des facteurs répulsifs
et des processus de migration de communauté entière. Cette approche
négligent la recherche sur les dynamiques communautaires ; les

1
Ces données sont tirés de ESAM II

16
communautés étant d’importantes actrices de la migration (Mboup,
Bara,1995 : mémoire de maitrise ; Thèse de doctorat 2006)

2. ACTEURS ETATIQUES ET ENJEUX DES MIGRATIONS

En dehors de champs territoriaux de migrations qui s’expliquent par les


facteurs passifs comme les disparités entre centre périphérie et les facteurs
naturels qui provoquent les déséquilibres population et ressources, il y a les
facteurs actifs constitués des acteurs qui stimulent des migrations et les
organisent. Ainsi, plusieurs acteurs sont impliqués dans les migrations et
leurs réseaux.

Les politiques migratoires sont plus ou moins déterminées spatialement et


temporellement. Elles se dressent sous forme d’une politique d’immigration
dans le Nord développé et de politique d’émigration dans le Sud. Au sein du
Nord, on peut également distinguer les politiques migratoires selon que les
pays sont de peuplement ancien comme ceux d’Europe d’une part et les pays
neufs comme ceux du continent américain, d’autre part. Une répartition
identique peut se faire au sein des pays du Sud entre pays en voie de
développement et pays émergents. Ainsi l’on peut constater qu’à l’appel de
main-d’œuvre du Nord, répond une pression migratoire au Sud traduisant
un rapport d’interdépendance entre les deux pôles. Les politiques
migratoires du Sud vont certainement être articulées à celles du Nord et vice
versa. Les pays émergents comme les NPI asiatiques et les BRICS offrent des
politiques migratoires plus ou moins transitoires par rapport au Nord et au
Sud. En véritables centres secondaires, ils servent de lieux de replis ou
d’alternatives lorsque les pays d’accueil traditionnels refusent les migrants.

Mais de prime abord les politiques migratoires sont basées sur des
motivations économiques. Elles sont ensuite rattrapées par la dimension
démographique qui pose le problème de cohésion sociale face à la diversité
ethnique qui s’accumule en raison de la diversité des lieux de départ et
17
l’évolution progressive de la migration de travail en regroupement familial
et la dynamique des réseaux ethniques. Cette dimension démographique va
donner aux migrations une dimension politique. Cette politisation de la
migration accentue les débats sur les questions relatives à l’intégration des
étrangers dans certains pays de peuplement ancien comme en France et pose
le problème de l’ouverture de l’opportunité de l’ouverture de leurs pays à
une nouvelle vague d’immigrants en mettant l’accent sur la question
sécuritaire.

A l’opposé, dans les pays neufs et particulièrement anglo-saxons dont


l’histoire est bâtie autour de l’immigration et la diversité ethnique, même si
une majorité et une minorité cohabitent plus ou moins difficilement, la
question de l’intégration des individus comme des communautés ne se pose
pas. Cependant, le souci du maintien d’équilibre entre majorité et minorité
détermine les quotas d’autorisation d’immigration vers ces pays. C’est le cas
des Etats-Unis. La littérature nous offre une classification assez nette de ces
politiques.

Au plan économique, les politiques migratoires traduisent le fonctionnement


de la division internationale du travail fondée sur les rapports entre le capital
et le travail d’une part, et d’autre part entre leurs localisations respectives.
Elles relèvent selon Daviet (2004) de la « main invisible du marché » qui en
constitue la toile de fonds. De ce point de vue, des lieux en fonction de leur
offre de travail et de rémunération exercent une certaine attraction sur
d’autres quelle que soit la distance. Ils en mobilisent les acteurs qui
structurent l’espace par des réseaux de migration et influencent des
politiques en fonction des enjeux économiques, politiques, ou
démographiques. Il en résulte une structuration de l’espace mondial par une
hiérarchisation en places centrales et périphériques, liée à l’importance de la
direction des flux de migration.

18
Les Etats-Unis sont ainsi devenus le premier pôle d’attraction d’un ensemble
de flux qui s’organisent de partout à l’échelle planétaire. Leur attractivité
n’épargne ni les pays industrialisés, ni les pays en développement, ni les pays
émergents grâce à la délocalisation d’une partie de leur puissance
économique américaine. C’est le cas des NPI d’Asie et des BRICS. Les Etats-
Unis enregistrent alors le solde migratoire positif le plus élevé, mais en
ressources humaines qualifiées en raison d’un système de production high
tech, et de fortes mesures de compétitivité accompagnées de conditions
d’accueil et de valorisation des migrants.

Les statistiques de la National Science confirment le haut niveau de


qualification de la population migrante des Etats-Unis dont la majeure partie
vient des pays en développement. Ainsi en 1995, les 12 millions ayant un
diplôme de scientifique ou d’ingénieur, ou travaillant dans les professions de
chercheurs ou ingénieurs (soit 12%), plus de 72% d’entre eux sont nés dans
un pays en développement (…) ; 23% de ceux qui ont un doctorat ne sont pas
nés aux Etats-Unis et cette population est plus élevée encore dans les secteurs
de l’ingénierie et de l’informatique (40%) (Daviet, op cit.)

Suivant le modèle compétitif des Etats-Unis, l’Allemagne a mis en place un


programme baptisé « Green card » pour recruter 20000 spécialistes des
technologies de l’information et à la fin de l’année suivante, elle en avait
recruté la moitié, provenant principalement de l’Europe de l’Est. Jean-
Baptiste Meyer (2003) décrit une situation analogue en France, où on assiste
à une transformation radicale de la composition socioprofessionnelle de la
population immigrée ces deux dernières décennies du XXe siècle. La
catégorie des « Cadres et professions intellectuelles supérieures » s’accroit
considérablement beaucoup plus vite que la population française dans son
ensemble. Son nombre est multiplié par 2,5 en 20 ans et son pourcentage
dans la population immigrée passe de 4,7% à 9,5%.

19
Cependant force est de souligner que cette forte concentration de
qualification et de conditions favorables à l’innovation et à la compétitivité
inspire à certains Etats moins développés de faire de ces pays high tech,
(haute technologie) un laboratoire de formation de leurs ressources
humaines sous la forme de politiques migratoires. C’est d’abord le cas de
pays européens très industrialisés et de l’Union européenne, et ensuite des
pays asiatiques comme la Chine et l’Inde. Aux politiques d’immigration
irrésistibles fondées sur l’attractivité et la compétitivité et la mise en valeur
des migrants, répondent des politiques migratoires fondées sur
l’apprentissage et le perfectionnement des ressources humaines ou de
transferts financiers.

Des politiques migratoires fondées sur les transferts de capacités


managériales
Cet environnement de haute qualification et de compétitivité est aussi un
terreau fertile pour d’autres pays qui cherchent à préparer les ressources
humaines dont ils ont besoin pour acquérir la compétitivité ou l’incitation
des migrants au retour vers le pays d’origine.

A ce propos Meyer (2003) souligne le cas de l’Union Européenne qui a mis


en place un système de bourses pour attirer les compétences et favoriser le
retour des Européens installés aux Etats-Unis. La France et l’Italie sont des
partisans de cette politique de rapatriement de leurs ressortissants aux Etats-
Unis. Des recherches ont révélé cette expérience qui sera « qualifiée de
transfert de capacités managériales par analogie aux transferts de
technologie ».

Selon Meyer « l’expérience américaine des dirigeants étudiés a joué un rôle


important dans les processus d’industrialisation, de mercatique et de
globalisation des entreprises européennes qu’ils ont constituées ou
contribuer à développer à leur retour. »

20
Cependant les champions de cette politique du transfert managérial restent
les NPI asiatiques, notamment à travers la formule du « brain drain et drain
gain ».

(Michelis, 1990) souligne le fait que plusieurs études s’appuyant sur le succès
des NPI d’Asie dans leur politique de rapatriement des compétences, ont
abouti à une approche en termes de « brain gain ». Il épouse la pensée de
(Meyer et Charum, 1995), selon laquelle le brain gain exprime l’idée que
l’émigration des cerveaux est aussi un processus qui peut les transformer en
talents et compétences profitables au pays d’origine si celui-ci sait les
récupérer de l’extérieur. Les pays du SE asiatique sont ainsi plébiscités sans
surprise par ces auteurs comme les champions du brain gain dans le cadre
de « l’option retour », car ils sont en mesure d’investir de manière
significative dans l’infrastructure matérielle et humaine en sciences et
technologies.

Cependant, l’Inde et la Chine restent les exemples les plus édifiants qui ont
construit des réseaux d’immigrants entrepreneurs entre la Silicon Valley et
l’Asie. A ce propos, Annalee Saxenian (2000) met en évidence l’importance
des immigrants qualifiés qui représentent un tiers de la force de travail dans
nombre d’entreprises technologiques et émergent comme entrepreneurs
dans les années 1980-90. Il souligne l’importance de la contribution des
Chinois et Indiens à l’économie de la Silicon Valley, selon une stratégie qui
s’inscrit dans une certaine continuité. D’abord, la première génération de
migrants s’est évertuée à construire un réseau ethnique qui a permis de
réussir à nouer des liens avec le pays d’origine pour développer des affaires
en Asie. Ensuite, a été construit et offert à la communauté asiatique le modèle
de l’immigrant entrepreneur qui au lieu de chercher à être employé devient
lui-même investisseur et employeur. Le résultat obtenu est qu’entre 1980 et
1998, 24% des firmes de haute technologie créées dans la Silicon Valley

21
étaient dirigées par des Chinois et des Indiens. Taiwan qui s’est spécialisé
dans la fabrication et l’accès aux marchés de la Chine et de l’Asie du Sud-
Est, a également fait ses armes dans la Silicon Valley aux Etats-Unis.

✓ Pays développés à politique migratoire basée sur la capture


d’investisseurs étrangers
A l’opposé de ces politiques basées sur les ressources humaines pour
répondre à la nature du système productif, en voici d’autres qui cherchent
non pas des compétences ou des managers, mais des investisseurs originaires
de pays tiers. A ce propos, Claire Gatinois (2014) donne les exemples du
Portugal avec ses vistos dourados et du Canada, avec son « CLM ».

Les « vistos dourados » sont des passeports créés pour les migrants capables
d’investir et de contribuer à infléchir la courbe ascendante du chômage qui
sévit dans le pays. Ce sont des visas dorés vendus aux étrangers comme
« permis de résidence donnant l’accès à tout l’espace Schengen en échange
d’un investissement de plus d’un million d’euro, d’un achat immobilier de
plus de 500 000 euros, ou contre la création de dix emplois, au moins » 2

Le programme « CLM » (capital linked migration ou immigration associée


à l’importation de capitaux) part du postulat que dans une économie globale
intégrée, les flux de migration internationale et les flux de capitaux sont
étroitement liés. De ce point de vue, les flux de capitaux accompagnent ceux
qui les détiennent ou chargés de les fructifier. Le Canada s’est servi de ce
programme pour l’accueil d’immigrants dotés de capitaux

2 Les « visas dorés » pour riches étrangers indignent les portugais » par Claire
Gatinois le 26 mars 2014 à 15h43 ; Mis à jour le 26 mars 2014 et consulté le 17 juillet
2015 in Le [Link] du 17 Juillet 2015

22
importants. Notre source3 souligne comment le Programme d’immigration
commerciale du Canada est devenu une initiative de l’Etat en faveur de
l’accumulation de capitaux par le biais de l’immigration depuis les années 70
et une partie intégrante de la politique canadienne d’immigration.

Cependant force est de reconnaitre que les flux migratoires échappent à une
simple logique de marché de travail. Frédérique Cornuau et Xavier Dunezat,
(2010) trouvent que les facteurs de l'immigration sont multiples :
économiques, politiques, sociologiques, démographiques, géographiques,
historiques, etc. ». Au plan démographique, l’Europe dans le passé, en proie
à une période de forte démographie et de calamités naturelles a vécu, comme
l’Afrique présentement, une pression migratoire. Elle a trouvé des débouchés
en Amérique du Sud et plus tard en Australie. De telles zones géographiques
aspirantes ont partiellement disparu (Halley, 2010). Car, les pays de la
Communauté sont relativement peuplés et la question démographique ne se
pose pas comme « peuplement » mais pour une autre raison : le « coefficient
de charge » (rapport entre adultes et personnes de plus de 65 ans) en passant
en dessous de 3ou 2,8, considéré comme minimal, serait l’indice certain de la
crise de paiement des systèmes de sécurité sociale et du tassement du volume
de la population active. Toutefois, les pays en développement et notamment
africains ne sont pas seulement confrontés à la transition démographique
mais ils font face à des calamités d’origines diverses. Il s’agit, entre autres,
des guerres, du changement climatiques, des cycles de sécheresse, et des
rapports défavorables de la crise économique liée à l’instabilité des
économies de rente qui caractérisent les pays en développement.

3 [Link]/rdr/rdr_f/revues/revue69-70/51-69-70_f.html : Canada Immigration,


formation de capital mouvement de capitaux, politique d’immigration, vu ce
01/07/2015

23
✓ La politique migratoire, un enjeu de politique intérieure, ou
jeu d’acteurs ?
L’implication des acteurs économiques et sociaux dans les politiques
migratoires montre aussi que celles-ci ne relèvent pas seulement de
l’initiative de l’Etat. La politique migratoire, même si elle relève de la « main
invisible du marché » est aussi un enjeu de politique intérieure en raison de
sa dimension démographique. Elle devient un champ de conflits où
s’affrontent différents acteurs. D’abord la question de la diversité ethnique
et religieuse qu’introduisent les migrations, semble s’opposer à
l’homogénéité qui découle de l’idée d’Etat-nation ( ) dans les pays du vieux
monde, comme la France. Ensuite arrive la question de la concurrence à
l’emploi des nationaux par les migrants. En France, note le [Link] (Avril,
2015), de plus en plus de voix s’élèvent pour remettre en cause l’une des
quatre « libertés fondamentales » du marché intérieur européen4 : il s’agit
de la liberté de circulation des travailleurs dans l’Union européenne, (les
autres étant celles des biens, des services et des capitaux). Pour ces
voix, « l’argument est simple : dans une France qui connaît un chômage
endémique depuis bientôt quatre décennies, n’est-il pas déraisonnable
d’accueillir des travailleurs supplémentaires ? »

Or, cet accueil, loin de répondre aux seuls besoins en main-d’œuvre qualifiée
des entreprises high Tech, doit aussi satisfaire ceux de main-d’œuvre non
qualifiée pour la survie des entreprises où le travail est non robotisable et que
la pénibilité rend très sélective, voire répulsive pour les autochtones. C’est le

4
Cette liberté concerne les travailleurs détachés. « Un travailleur est considéré comme « détaché »
s’il travaille dans un Etat membre de l’UE parce que son employeur l’envoie provisoirement poursuivre
ses fonctions dans cet Etat membre. Par exemple, un prestataire de services peut remporter un contrat
dans un autre pays et décider d’envoyer ses employés exécuter ce contrat sur place (…) Cette catégorie
ne comprend pas les travailleurs migrants qui se rendent dans un autre Etat pour y chercher un emploi
et qui y travaillent. » (Le [Link] Avril 2015)

24
cas du bâtiment et de l’hôtellerie. Il fallait tenir compte de ces besoins divers
exprimés par les acteurs économiques au risque de les obliger à fermer ou
délocaliser leurs entreprises. L’élaboration de mesures de refoulement des
clandestins en renforçant les pouvoirs de contrôle et d’expulsion, menace le
travail au noir qui assure la survie de certaines branches de l’économie. Les
secteurs les plus vulnérables sont les BTP, le tourisme et le textile. Ce
dernier, selon la discussion à l’Assemblée nationale française de la “loi
Pasqua”, employait 150 000 clandestins au début des années 1990. Et ceci,
loin d’être perçu comme une fraude abusive, est plutôt admis comme un
échafaud pour faire face à la crise. La construction et les travaux publics,
premier secteur d’embauche illégale, offrent un exemple caractéristique de
cette dépendance organique. Cette perspective est confirmée par le ministre
du Travail cité par Frédérique Cornuau et Xavier Dunezat (2008) : «
l’immigration clandestine elle-même n’est pas inutile, car si l’on s’en tenait à
l’application stricte des réglementations et accords internationaux, nous
manquerions peut-être de main-d’œuvre». Cependant, notent Lacroix, T et
Ma Mung, (1999), la France s’était positionnée en 2003, comme un partisan
d’une « immigration choisie ». Cette position exprimée par la voix du Pr.
Sarkozy dit qu’« Il s’agit d’attirer une main-d’œuvre qualifiée, susceptible
d’être utile à la France, comme en témoigne la création de la carte «
compétences et talents » en 2006, d’une durée de 3 ans. L’objectif clairement
exprimé est d’accroître significativement l’immigration économique au
détriment de l’immigration familiale.

Ainsi la complexification de la situation migratoire5impose à la politique


migratoire française les relents d’un dilemme cornélien : la volonté d’établir
une politique migratoire sélective s’oppose à une démarche réaliste imposée
par la main invisible du marché. La conséquence de ces politiques sélectives

5 Le [Link]/Avril 2015

25
est qu’elle « conduit souvent à la non prise en compte de l’économie
domestique dans le système d’admission de la main-d’œuvre. Ainsi, les
besoins en main-d’œuvre non qualifiée ne sont pas couverts et laissent la
porte ouverte à une migration clandestine » (Le [Link], 2015). Cette
situation rend difficile une politique cohérente et pertinente de la part de
l’Etat français, d’autant plus que ce dernier est soumis à une autre échelle de
décision avec la régionalisation des politiques au sein de l’Union Européenne.
C’est là une contrainte de plus pour des Etats confrontés à une opinion
publique défavorable à l’ouverture aux étrangers du marché du travail en
prenant comme prétexte la crise de l’emploi. Or de ce point, la question est
perçue autrement par certaines études.

En effet, pour certains chercheurs, la crise de l’emploi n’est pas redevable à


la concurrence déloyale des migrants, mais il viendrait plutôt du système
économique même. L’option d’une robotisation du système productif afin
de baisser les coûts de production permet certes de réaliser une économie
compétitive, mais elle encourage la délocalisation des entreprises grosses
consommatrices de main-d’œuvre. Comme le fait remarquer Philippe
Aydalot, citant Ghai et Alfthan6, il s’agit de modèles économiques capables
de créer une forte croissance, mais qui sont incapables de la partager. On
assisterait plutôt à une concentration des richesses de plus en plus entre les
mains d’une minorité de personnes aux dépens de la majorité et dans une
faible portion de territoires (le centre) aux dépens de la périphérie. Ces
chercheurs estiment « qu’une forme d’organisation incapable de satisfaire
les besoins fondamentaux de tous perd toute légitimité.» car « l’un des
facteurs de la concentration des richesses au sommet de la distribution des
revenus dans le monde est l’interaction entre l’innovation et les marchés
mondiaux. Et ce n’est pas tout puisque dans les mains d’un bon

6 Cité par Philippe Aydalot (1984)

26
entrepreneur, une percée technologique peut valoir des milliards de dollars,
en raison des protections réglementaires de la propriété intellectuelle et de la
mondialisation des marchés qui permettent au vainqueur de rafler la mise ».
On n’oublie pourtant que l’argent public joue un rôle important…. Le
[Link], le 25 mars 2015

M. Benoit Hamon, candidat du Parti Socialiste aux élections présidentielles


françaises de 2017, estime, dans un entretien au « Monde » (Le [Link], 9
Mars 2017), que « Partout en Europe, ce sont les politiques libérales et
dérégulatrices qui font montrer le Front National ». On peut dire que le
discours anti migrant de la droite et ses développements sécuritaires7
viennent de la situation de tension économique entre classes sociales, liée au
système économique, et qui se transforme de plus en plus en conflits
ethniques.

Les altermondialistes vont plus loin en considérant qu’un tel système


économique s’accompagne de trois effets néfastes. D’abord, il provoque la
destruction/disparition d'anciennes activités concourant ainsi à l’exclusion
de beaucoup de travailleurs en leur privant de revenus décents ; ensuite, il
atteint l’environnement par une pollution qui menace la qualité de vie, et
enfin, se traduit par la réduction du développement à sa simple dimension
économique de croissance au lieu d’élargir le concept aux autres dimensions
sociales et humaines. En effet l’absence de la dimension sociale prive les
populations (l'élargissement de droits effectifs en égalité d'accès ou de
chances, ainsi que de devoirs) et plus largement au développement humain

7
La dimension sécuritaire des migrations prend une certaine ampleur et dépasse les frontières
de l’Europe qui l’a toujours entretenu. Aujourd’hui, certaines sources indiquent que
l’intégration des migrants clandestins ouest africains, dont des sénégalais, dans les armées
d’Alqaida et l’Etat Islamique en Libye inquiètent les Etats d’origine des migrants face à la
poussée du djihadisme en Afrique l’ouest.

27
(éducation, accès au patrimoine culturel commun, pouvoir de s'activer
librement dans le respect de la liberté des autres). Ce type de développement
diminue le bien-être de la population et par conséquent devient
contreproductif. L’alternative selon les altermondialistes est la promotion
d’un développement durable, celui qui permet de transmettre « aux
générations futures le patrimoine nécessaire à la poursuite d'un tel
développement, notamment sur le plan écologique. »

L'enjeu est donc que l'activité d'ordre économique s'accompagne d'un réel
développement de nature économique, et qu'elle se réalise dans des
conditions qu’elle ne sera pas à l'encontre du développement social et du
développement humain. « Et il faut que ce développement soit durable, en ce
sens que l'on transmette aux générations futures le patrimoine nécessaire à
la poursuite d'un tel développement, notamment sur le plan écologique. »
Cela renvoie à l'activité d'ordre économique, dont l'empreinte doit être très
nettement réduite du point de vue écologique.

En conclusion, on peut retenir que les Etats ne sont pas des acteurs isolés des
politiques migratoires. Celles-ci dépendent de plusieurs enjeux exprimés par
une pluralité d’acteurs. L’exemple le plus édifiant, vient de la plus grande
puissance économique mondiale, les Etats-Unis. Car comme le note Daviet,
les acteurs impliqués dans la politique d’immigration des Etats-
Unis comprennent des acteurs économiques intéressés et des acteurs
institutionnels. Il s’agit des Etats à travers leur politique migratoire, les
entreprises mondialisées à travers leur politique de recrutement et
d’expatriation des cadres, les acteurs individuels et les réseaux ethniques à
travers leurs stratégies individuelles et collectives de valorisation des
compétences. La dimension ethnique n’a pas la même importance ans les
pays neufs dont le peuplement s’est essentiellement constitué par
l’immigration que dans les pays de peuplement ancien. Dans ces derniers, la

28
question de la diversité ethnique et culturelle est soulevée comme une menace
de l’Etat-nation qui rend prudente la classe politique et la pousse à prendre
des mesures allant dans une perspective sécuritaire aux dépens de la liberté
de circulation. Par contre, les politiques migratoires dans les pays développés
tendent de plus en plus à devenir sélectives. Aux Etats-Unis par exemple,
l’immigration Act de 1965 a ouvert la porte aux migrations de personnes
ayant des qualifications rares, l’Immigration & Nationality Act de 1990 a
renforcé le processus (Saxenian, 2000). Et en 2000, le Congrès américain
décidait du quota annuel de visas de travail temporaires délivrés à des
professionnels hautement qualifiés.

✓ La politique migratoire des pays du Sud : internalisation des


politiques migratoires du Nord ou stratégie locale ?
Parmi ces pays, figurent les Etats africains et ceux de l’Amérique latine
notamment le Mexique. L’unité réside en général sur l’importance donnée
aux transferts d’argent et le rôle notoire attendu de la diaspora dans le
développement économique et social des pays de départ. La différence réside
d’abord sur la typologie des pays d’accueil (neuf ou vieux), de l’héritage
colonial et ensuite de l’implication directe ou non du pays d’accueil, ou par
institution internationale interposée. Ensuite, certains de ces pays
notamment africains ont une expérience de politique migratoire récente et
font face à l’évolution des politiques migratoires européennes. Ils subissent
de pleins pieds les atermoiements de ces politiques rendues instables du fait
de la crise économique et démographique que subit l’Europe qui avait tracé
le destin migratoire des pays africains depuis la période coloniale jusqu’à la
période de reconstruction d’après-guerre et pendant les Trente Glorieuses.
Aujourd’hui, ces mêmes Etats, en l’occurrence, la France, l’Italie et
l’Espagne, sont dans une dynamique de codéveloppement et par ce biais,
utilisent la diaspora africaine comme interlocutrice dans les questions de
coopération au service du développement des régions de départ et pour le

29
retour des migrants indésirés. C’est plus ou moins l’objectif assigné au
FORIM pour limiter les flux au départ et renforcer les dispositifs de contrôle
au départ.

Gonin et Charef (2005)8 ont tenté de faire l’historique de ce concept de


codéveloppement et ils ont souligné les différentes mutations que cette
politique a subies et parfois sans le succès escompté. Mais elle a permis
également de révéler le migrant comme acteur de développement. Cette
politique de codéveloppement a connu diverses formes et mutations sans
doute parce qu’en phase d’expérimentation pour chercher ses marques les
plus efficaces d’encourager le retour des migrants chez eux. En effet, de
l’aide à la réinsertion ou au retour introduite par la France, avec la circulaire
du 30 Mai 1977, au Programme de développement local migration (PDLM)
mis en place à partir de 1995, il y a eu entre temps la mise en place d’un
Fonds d’Aide et de Coopération (FAC) en 1992.
Mireille Ranaut cité par (Lacroix) estime par contre que cette logique de co-
développement à la française est une expérimentation qui mérite d’être
poursuivie, et qu’à l’heure actuelle elle est en train de faire tâche d’huile au-
delà de la France. Elle trouve un accueil favorable en Belgique et en
Angleterre et est même envisagé d’adoption par l’UE. L’Europe est en train
de prendre une longueur sur des questions qui devraient être en priorité
l’affaire des africains.

En ce qui concerne le Sénégal, beaucoup d’observateurs bien avertis de la


question migratoire, pensent que ce pays n’a pas de politique migratoire.
Une initiative récente de l’OIM datant 2016 est d’élaborer un document
dont la prétention est de définir une politique migratoire pour le Sénégal.
Des acteurs autorisés affirment que : « la migration reste encore

8
"Emigrés - immigrés dans le développement local", sous la direction de Mohamed CHAREF et
Patrick GONIN. - Agadir : Editions Sud-Contact, 2005. - 361 p.

30
incontestablement un enjeu de développement mal appréhendé par nos
gouvernements. La vision répressive et « courtermisme » qui a longtemps
prévalu dans la prise en charge de ces questions cohabite depuis peu avec
des éléments disparates d’une politique migratoire encore balbutiant… »

CONCLUSION

Les migrations révèlent l’état du monde et celui des rapports entre


territoires. Ces derniers se sont constitués progressivement par les
migrations à une époque où la population mondiale était faible et que les
techniques n’étaient pas encore à un niveau satisfaisant de performance
pour créer suffisamment de richesse. Mais ces richesses très importantes
aujourd’hui sont mal réparties et créent des disparités qui suscitent des
migrations aussi bien pour leur accès qu’à la participation à leur création.
Cette situation renforce la division de l’espace entre centres et
périphéries. Dans ce contexte, le contexte démographique de l’Afrique
marqué par une explosion ou une transition démographique fait du
continent le plus jeune du monde et le plus enclin à l’émigration. L’Europe
à cette phase de son évolution démographique avait trouvé des continents
faiblement peuplés dans lesquels elle avait déversé ses excédents de
population, mais l’Afrique a trouvé un monde plein où sa seule force est
sa jeunesse ; ce qui n’est pas suffisant pour trouver un exutoire dans les
autres continents du fait qu’à l’époque contemporaine, l’homme est
concurrencé drastiquement dans la productivité par le machinisme, la
mécanisation qui amoindrit le besoin de main-d’œuvre. Cependant
l’Afrique, en raison de sa faible industrialisation qui explique son sous-
développement, reste un important réservoir de ressources naturelles et
de nombreuses ressources notamment foncières, lesquelles l’exposent à
une invasion de la part des multinationales qui transforme le vieux
continent en espace disputé et d’émigration.

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