Introduction
Aujourd’hui, dans un environnement économique toujours plus complexe
et compétitif, les entreprises sont amenées à faire face à de nombreux
défis pour assurer leur survie et leur développement. Parmi ces défis, la
manière dont elles s’organisent, dirigent leurs activités et prennent des
décisions est devenue une question essentielle. La capacité d’une
organisation à bien gérer ses opérations, à prendre les bonnes décisions
au bon moment et à s’adapter aux changements est un élément clé de sa
réussite.
Dans cette réflexion sur le fonctionnement des entreprises, deux notions
reviennent souvent : la gouvernance et les coûts de transaction. La
gouvernance désigne l’ensemble des méthodes, des règles et des
pratiques mises en place pour diriger et contrôler les organisations. Elle
touche aussi bien la gestion des ressources, le partage des
responsabilités, la prise de décision, que la façon de surveiller et
d’accompagner l’ensemble des activités de l’entreprise.
D’un autre côté, la question des coûts de transaction occupe aussi une
place centrale dans la compréhension des choix et des stratégies des
entreprises. En effet, à chaque fois qu’une entreprise passe un contrat,
négocie, échange des informations ou coordonne des actions avec
d’autres acteurs, elle engage des coûts, parfois cachés, parfois très
visibles. Ces coûts peuvent avoir une influence parfois décisive sur la
façon dont l’entreprise structure ses relations à l’intérieur comme à
l’extérieur. Comprendre l’existence et l’importance de ces coûts aide à
mieux saisir pourquoi les entreprises agissent de manière différente selon
les situations, pourquoi elles préfèrent parfois tout réaliser « en interne »
ou bien, au contraire, faire appel à d’autres partenaires, fournisseurs ou
prestataires.
Ainsi, le thème du coût de transaction et celui de la gouvernance sont
devenus incontournables dans le monde de la gestion et de l’économie,
car ils permettent d’éclairer de nombreux choix faits par les organisations
modernes.
À travers ce travail, nous allons donc nous intéresser de près à la
gouvernance et au coût de transaction, en essayant de mieux comprendre
leur importance et leur liens dans les décisions des entreprises et leur
organisation au quotidien.
# Gouvernance et théorie du coût de transaction
La théorie des coûts de transaction (TCT) constitue aujourd’hui un cadre
d’analyse privilégié pour comprendre les modes de gouvernance des
relations économiques. Initiée par Ronald Coase en 1937, puis largement
développée par O.E. Williamson, cette théorie explique pourquoi et
comment s’organisent les activités économiques, en mettant l’accent sur
les modalités de coordination – marché, hiérarchie, ou formes hybrides –
qui s’offrent aux acteurs économiques.
Le concept de gouvernance, entendu comme l’ensemble des mécanismes
assurant la gestion et la coordination des transactions, est au cœur de la
TCT. Ce lien entre gouvernance et coût de transaction permet d’éclairer la
raison d’être des firmes, la diversité des organisations, et leurs choix
contractuels.
## I. L’Olrigine de la théorie des coûts de transaction
### 1. L’apport de Ronald Coase
Dans « The Nature of the Firm » (1937), Coase introduit la notion de coût
de transaction pour expliquer l’existence des firmes dans une économie de
marché. Pour lui, l’efficacité organisationnelle réside dans la capacité à
minimiser les coûts de fonctionnement, que ce soit sur le marché
(recherche de prix, négociation, rédaction et exécution des contrats) ou au
sein de la firme (gestion hiérarchique, coordination interne). L’existence
d’une relation d’autorité et la formation de contrats de subordination
salariale, opposés aux contrats symétriques du marché, justifient le
recours à la structure hiérarchique.
Coase montre que les firmes émergent lorsque le « coût de l’utilisation du
marché » excède celui de la gestion interne. Toutefois, la taille de la firme
est limitée par les coûts croissants de gestion des transactions
additionnelles. Il pose ainsi les bases d’une vision comparative des modes
de coordination : le choix entre marché et hiérarchie dépend du niveau
relatif de ces coûts.
Herbert Simon prolonge la réflexion de Coase en explicitant le choix du
contrat de travail face à l’incertitude. Il montre que le salarié accepte
l’autorité du dirigeant dans un cadre où l’incertitude rend le contrat de
travail plus flexible qu’un contrat de vente simple. Cette formalisation
pose la relation d’autorité comme une zone d’acceptabilité entre l’effort
fourni et le salaire reçu, mettant en avant la contingence et la diversité
des modes de gouvernance. L’intérêt de ce modèle est d’intégrer la
rationalité limitée (bounded rationality) dans les choix d’organisation.
## II. L’élargissement par O.E. Williamson : gouvernance des transactions
### 1. Les hypothèses de la théorie de Williamson
Williamson approfondit le lien entre transaction et gouvernance autour de
trois concepts clés :
- La rationalité limitée, héritée de Simon, qui souligne que les individus ne
peuvent anticiper toutes les éventualités.
- L’opportunisme, qui suppose que les agents poursuivent leur intérêt
personnel, même au prix de la tromperie.
- La spécificité des actifs, c’est-à-dire la mesure dans laquelle un actif perd
de sa valeur en dehors de la relation pour laquelle il a été conçu.
À ces éléments s’ajoute la prise en compte du temps et de l’incertitude,
qui font de la transaction l’unité d’analyse fondamentale de la
gouvernance.
### 2. Les différents types de gouvernance
Williamson distingue plusieurs structures de gouvernance selon les
caractéristiques des transactions (spécificité des actifs, fréquence,
incertitude) :
- **Gouvernance par le marché** : prévalent lorsque les actifs sont non
spécifiques et les transactions occasionnelles. Le contrat classique suffit à
assurer la coordination.
- **Gouvernance trilatérale (contrat néo-classique, avec arbitrage)** :
apparaît lorsque la spécificité des actifs s’élève ; les parties recourent à
des contrats à long terme incluant des procédures d’arbitrage pour gérer
l’incertitude.
- **Gouvernance bilatérale (contrat évolutif, forme hybride)** : lorsque les
actifs sont hautement spécifiques et la fréquence élevée, les parties
mettent en place des formes contractuelles complexes mais gardent leur
autonomie juridique (partenariats, alliances stratégiques).
- **Gouvernance unifiée (hiérarchie, firme, intégration verticale)** : Quand
la spécificité et la fréquence sont maximales, la transaction est
internalisée dans la firme, où prévaut la relation d’autorité.
Le choix de la structure dépend de la capacité à minimiser simultanément
coûts de production et coûts de transaction.
## III. Le lien entre théorie des coûts de transaction et gouvernance
La TCT propose donc une grille d’analyse des formes organisationnelles
basées sur les coûts comparatifs de gouvernance. Le terme « gouvernance
» recouvre la façon dont les transactions sont encadrées, surveillées,
adaptées et sanctionnées, soit par les mécanismes impersonnels du
marché, soit grâce à l’autorité hiérarchique, soit via le recours à des
instances d’arbitrage.
La spécificité des actifs oriente le choix vers des structures plus intégrées,
afin de limiter les risques d’opportunisme et d'accroître l’efficience des
transactions. Ainsi, le passage du marché à la hiérarchie ou aux formes
hybrides s’opère en fonction d’arbitrages entre incertitude, coût
d’adaptation et sécurisation des investissements spécifiques.
Par ailleurs, la TCT montre que la frontière entre marché et firme est
poreuse : il existe un continuum de formes de gouvernance, adaptées à la
pluralité des situations de transaction. Cette analyse éclaire les stratégies
d’intégration verticale, de sous-traitance, de partenariat, etc., dans une
perspective d’efficacité contractuelle et organisationnelle.
## Conclusion
La théorie des coûts de transaction offre un cadre pertinent pour
comprendre le choix et l’évolution des modes de gouvernance. Elle met en
lumière le rôle central des coûts de contractualisation, de surveillance,
d’adaptation et de sanction dans l’explication de la diversité
organisationnelle. En articulant marché, hiérarchie et structures hybrides,
la TCT permet d’analyser la firme comme un nœud de contrats, où la
gouvernance s’adapte aux caractéristiques des transactions et à
l’environnement institutionnel.
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## Bibliographie indicative
1. Coase, R.H. (1937). « The Nature of the Firm ». *Economica*, Vol. 16, pp.
331-351.
2. Williamson, O.E. (1985). *The Economic Institutions of Capitalism*. The
Free Press, New York.
3. Williamson, O.E. (1994). *Les institutions de l’économie*. InterEditions,
Paris.
4. Simon, H. (1951). « A Formal Theory of the Employment Relation ».
*Econometrica*, Vol. 19.
5. Knight, F. (1921). *Risk, Uncertainty, and Profit*. Harper & Brothers, New
York.
6. Gomez, P-Y. (1996). *Le Gouvernement de l’entreprise, modèles
économiques et pratiques de gestion*, InterEditions, Paris.
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