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Chapitre 11 - Groupes

Évariste Galois a introduit la notion de groupe, essentielle pour résoudre des équations polynomiales de degré supérieur. Un groupe est défini par un ensemble avec une opération vérifiant certaines propriétés, et il peut être commutatif ou non. Ce document explore les définitions, exemples et propriétés des groupes et sous-groupes en mathématiques.

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Chapitre 11 - Groupes

Évariste Galois a introduit la notion de groupe, essentielle pour résoudre des équations polynomiales de degré supérieur. Un groupe est défini par un ensemble avec une opération vérifiant certaines propriétés, et il peut être commutatif ou non. Ce document explore les définitions, exemples et propriétés des groupes et sous-groupes en mathématiques.

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Groupes

Motivation
Évariste Galois a tout juste vingt ans lorsqu’il meurt dans un duel. Il restera pourtant comme l’un des plus grands
mathématiciens de son temps pour avoir introduit la notion de groupe, alors qu’il avait à peine dix-sept ans.
Vous savez résoudre les équations de degré 2 du type ax 2 + bx + c = 0. Les solutions s’expriment en fonction de a, b, c
p
Ç + bx + c x + d = 0, il existe aussi des formules.
3 2
et de la fonction racine carrée . Pour les équations de Çdegré 3, ax
p p
35−1 3 5+1
Par exemple une solution de x 3 + 3x + 1 = 0 est x 0 = 2 − 2 . De telles formules existent aussi pour les
équations de degré 4.
Un préoccupation majeure au début du X I X e siècle était de savoir s’il existait des formules similaires pour les équations
de degré 5 ou plus. La réponse fut apportée par Galois et Abel : non il n’existe pas en général une telle formule.
Galois parvient même à dire pour quels polynômes c’est possible et pour lesquels ça ne l’est pas. Il introduit pour sa
démonstration la notion de groupe.
Les groupes sont à la base d’autres notions mathématiques comme les anneaux, les corps, les matrices, les espaces
vectoriels,... Mais vous les retrouvez aussi en arithmétique, en géométrie, en cryptographie !

Nous allons introduire dans ce chapitre la notion de groupe, puis celle de sous-groupe. On étudiera ensuite les
applications entre deux groupes : les morphismes de groupes.

1. Groupe

1.1. Définition

Définition 1.
Un groupe (G, ?) est un ensemble G auquel est associé une opération ? (la loi de composition) vérifiant les quatre
propriétés suivantes :
1. pour tout x, y ∈ G, x?y∈G (? est une loi de composition interne)
2. pour tout x, y, z ∈ G, (x ? y) ? z = x ? ( y ? z) (la loi est associative)
3. il existe e ∈ G tel que ∀x ∈ G, x ? e = x et e ? x = x (e est l’élément neutre)
0
4. pour tout x ∈ G il existe x ∈ G tel que x?x =x ?x=e
0 0
(x 0 est l’inverse de x et est noté x −1 )

Si de plus l’opération vérifie


pour tout x, y ∈ G, x ? y = y ? x,
on dit que G est un groupe commutatif (ou abélien).

Remarque.
• L’élément neutre e est unique. En effet si e0 vérifie aussi le point (??), alors on a e0 ? e = e (car e est élément neutre)
et e0 ? e = e0 (car e0 aussi). Donc e = e0 . Remarquez aussi que l’inverse de l’élément neutre est lui-même. S’il y a
plusieurs groupes, on pourra noter eG pour l’élément neutre du groupe G.
GROUPES 1. GROUPE 2

• Un élément x ∈ G ne possède qu’un seul inverse. En effet si x 0 et x 00 vérifient tous les deux le point (??) alors
on a x ? x 00 = e donc x 0 ? (x ? x 00 ) = x 0 ? e. Par l’associativité (??) et la propriété de l’élément neutre (??) alors
(x 0 ? x) ? x 00 = x 0 . Mais x 0 ? x = e donc e ? x 00 = x 0 et ainsi x 00 = x 0 .

1.2. Exemples
Voici des ensembles bien connus pour lesquels l’opération donnée définit une structure de groupe.
• (R∗ , ×) est un groupe commutatif, × est la multiplication habituelle. Vérifions chacune des propriétés :
1. Si x, y ∈ R∗ alors x × y ∈ R∗ .
2. Pour tout x, y, z ∈ R∗ alors x × ( y × z) = (x × y) × z, c’est l’associativité de la multiplication des nombres réels.
3. 1 est l’élément neutre pour la multiplication, en effet 1 × x = x et x × 1 = x, ceci quelque soit x ∈ R∗ .
4. L’inverse d’un élément x ∈ R∗ est x 0 = 1x (car x × 1x est bien égal à l’élément neutre 1). L’inverse de x est donc
x −1 = 1x . Notons au passage que nous avions exclu 0 de notre groupe, car il n’a pas d’inverse.
Ces propriétés font de (R∗ , ×) un groupe.
5. Enfin x × y = y × x, c’est la commutativité de la multiplication des réels.
• (Q∗ , ×), (C∗ , ×) sont des groupes commutatifs.
• (Z, +) est un groupe commutatif. Ici + est l’addition habituelle.
1. Si x, y ∈ Z alors x + y ∈ Z.
2. Pour tout x, y, z ∈ Z alors x + ( y + z) = (x + y) + z.
3. 0 est l’élément neutre pour l’addition, en effet 0 + x = x et x + 0 = x, ceci quelque soit x ∈ Z.
4. L’inverse d’un élément x ∈ Z est x 0 = −x car x + (−x) = 0 est bien l’élément neutre 0. Quand la loi de groupe
est + l’inverse s’appelle plus couramment l’opposé.
5. Enfin x + y = y + x, et donc (Z, +) est un groupe commutatif.
• (Q, +), (R, +), (C, +) sont des groupes commutatifs.
• Soit R l’ensemble des rotations du plan dont le centre est à l’origine O.

Alors pour deux rotations Rθ et Rθ 0 la composée Rθ ◦ Rθ 0 est encore une rotation de centre l’origine et d’angle
θ + θ 0 . Ici ◦ est la composition. Ainsi (R, ◦) forme un groupe (qui est même commutatif). Pour cette loi l’élément
neutre est la rotation d’angle 0 : c’est l’identité du plan. L’inverse d’une rotation d’angle θ est la rotation d’angle
−θ .
• Si I désigne l’ensemble des isométries du plan (ce sont les translations, rotations, réflexions et leurs composées)
alors (I , ◦) est un groupe. Ce groupe n’est pas un groupe commutatif. En effet, identifions le plan à R2 et soit par
exemple R la rotation de centre O = (0, 0) et d’angle π2 et T la translation de vecteur (1, 0). Alors les isométries
T ◦ R et R ◦ T sont des applications distinctes. Par exemple les images du point A = (1, 1) par ces applications sont
distinctes : T ◦ R(1, 1) = T (−1, 1) = (0, 1) alors que R ◦ T (1, 1) = R(2, 1) = (−1, 2).
GROUPES 1. GROUPE 3

R ◦ T (A)

A
R(A) A T (A)
T ◦ R(A)

π π
2 2

O O

Voici deux exemples qui ne sont pas des groupes :


1
• (Z∗ , ×) n’est pas un groupe. Car si 2 avait un inverse (pour la multiplication ×) ce serait 2 qui n’est pas un entier.
• (N, +) n’est pas un groupe. En effet l’inverse de 3 (pour l’addition +) devrait être −3 mais −3 ∈ / N.

1.3. Puissance
Revenons à un groupe (G, ?). Pour x ∈ G nous noterons x ? x par x 2 et x ? x ? x par x 3 . Plus généralement nous
noterons :
• x n = |x ? x {z
? · · · ? x,
}
n fois
• x 0 = e,
−1
· · ? x −1 .
• x −n = |x ? ·{z }
n fois
Rappelez-vous que x −1 désigne l’inverse de x dans le groupe.

Les règles de calcul sont les mêmes que pour les puissances des nombres réels. Pour x, y ∈ G et m, n ∈ Z nous avons :
• x m ? x n = x m+n ,
• (x m )n = x mn ,
• (x ? y)−1 = y −1 ? x −1 , attention à l’ordre !
• Si (G, ?) est commutatif alors (x ? y)n = x n ? y n .

1.4. Exemple des matrices 2 × 2


Une matrice 2 × 2 est un tableau de 4 nombres (pour nous des réels) noté ainsi :
 
a b
.
c d
 0 0
Nous allons définir l’opération produit noté × de deux matrices M = ac db et M 0 = ac 0 db0 :
aa + bc 0 ab0 + bd 0
   0
a b0
  0 
0 a b
M×M = × 0 = .
c d c d0 ca0 + dc 0 c b0 + dd 0

Proposition 1.
L’ensemble des matrices 2 × 2 ayant un déterminant non nul, muni de la multiplication des matrices ×, forme un
groupe non-commutatif.

Ce groupe est noté (G`2 , ×).

Démonstration.
1. Vérifions la loi de composition interne. Si M , M 0 sont des matrices 2 × 2 alors M × M 0 aussi. Maintenant si M et
M 0 sont de déterminants non nuls alors det(M × M 0 ) = det M · det M 0 est aussi non nul. Donc si M , M 0 ∈ G`2 alors
M × M 0 ∈ G`2 .
2. Pour vérifier que la loi est associative, c’est un peu fastidieux. Pour trois matrices M , M 0 , M 00 quelconques il faut
montrer (M × M 0 ) × M 00 = M × (M 0 × M 00 ). Faites-le pour vérifier que vous maîtrisez le produit de matrices.
GROUPES 2. SOUS-GROUPES 4

3. Existence de l’élémentneutre. La matrice
 identité
 I = 10 01  est l’élément neutre pour la multiplication des
matrices : en effet ac db × 10 01 = ac db et 10 01 × ac db = ac db .
1
 
4. Existence de l’inverse. Soit M = ac db une matrice de déterminant non nul alors M −1 = ad−bc d −b est l’inverse
−c a
de M : vérifiez que M × M −1 = I et que M −1 × M = I.
5. Enfin nous avons déjà vu que cette multiplication n’est pas commutative.

Mini-exercices.
1. Montrer que (R∗+ , ×) est un groupe commutatif.
2. Soit f a,b : R → R la fonction définie par x 7→ ax + b. Montrer que l’ensemble F = { f a,b | a ∈ R∗ , b ∈ R} muni
de la composition « ◦ » est un groupe non commutatif.
x+ y
3. (Plus dur) Soit G =] − 1, 1[. Pour x, y ∈ G on définit x ? y = 1+x y . Montrer que (G, ?) forme un groupe en
(a) montrant que ? est une loi de composition interne : x ? y ∈ G ; (b) montrant que la loi est associative ; (c)
montrant que 0 est élément neutre ; (d) trouvant l’inverse de x.

Soit (G, ?) un groupe quelconque ; x, y, z sont des éléments de G.


4. Montrer que si x ? y = x ? z alors y = z.
−1
5. Que vaut x −1 ?
6. Si x n = e, quel est l’inverse de x ?

Matrices :
  
7. Soient M1 = 0 −1
1 0 , M2 = 12
10 , M3 = 12
34 . Vérifier que M1 × (M2 × M3 ) = (M1 × M2 ) × M3 .
8. Calculer (M1 × M2 ) et 2
M12 × M22 . (Rappel : M 2 = M × M )
9. Calculer le déterminant des Mi ainsi que leur inverse.
a0 b0 a+a0 b+b0
  
10. Montrer que l’ensemble des matrices 2 × 2 muni de l’addition + définie par a b
c d + c0 d 0
= c+c 0 d+d 0
forme
un groupe commutatif.

2. Sous-groupes
Montrer qu’un ensemble est un groupe à partir de la définition peut être assez long. Il existe une autre technique, c’est
de montrer qu’un sous-ensemble d’un groupe est lui-même un groupe : c’est la notion de sous-groupe.

2.1. Définition
Soit (G, ?) un groupe.
Définition 2.
Une partie H ⊂ G est un sous-groupe de G si :
• e ∈ H,
• pour tout x, y ∈ H, on a x ? y ∈ H,
• pour tout x ∈ H, on a x −1 ∈ H.

Notez qu’un sous-groupe H est aussi un groupe (H, ?) avec la loi induite par celle de G.
Par exemple si x ∈ H alors, pour tout n ∈ Z, nous avons x n ∈ H.
Remarque.
Un critère pratique et plus rapide pour prouver que H est un sous-groupe de G est :
• H contient au moins un élément
• pour tout x, y ∈ H, x ? y −1 ∈ H.
GROUPES 2. SOUS-GROUPES 5

2.2. Exemples
• (R∗+ , ×) est un sous-groupe de (R∗ , ×). En effet :
— 1 ∈ R∗+ ,
— si x, y ∈ R∗+ alors x × y ∈ R∗+ ,
— si x ∈ R∗+ alors x −1 = 1x ∈ R∗+ .
• (U, ×) est un sous-groupe de (C∗ , ×), où U = {z ∈ C | |z| = 1}.
• (Z, +) est un sous-groupe de (R, +).
• {e} et G sont les sous-groupes triviaux du groupe G.
• L’ensemble R des rotations du plan dont le centre est à l’origine est un sous-groupe du groupe des isométries I .
• L’ensemble des matrices diagonales 0a d0 avec a 6= 0 et d 6= 0 est un sous-groupe de (G`2 , ×).

2.3. Sous-groupes de Z

Proposition 2.
Les sous-groupes de (Z, +) sont les nZ, pour n ∈ Z.

L’ensemble nZ désigne l’ensemble des multiples de n :


§ ª
nZ = k · n | k ∈ Z .

Par exemple :
• 2Z = {. . . , −4, −2, 0, +2, +4, +6, . . .} est l’ensemble des entiers pairs,
• 7Z = {. . . , −14, −7, 0, +7, +14, +21, . . .} est l’ensemble des multiples de 7.

Démonstration. Fixons n ∈ Z. L’ensemble nZ est un sous-groupe de (Z, +), en effet :


• nZ ⊂ Z,
• l’élément neutre 0 appartient à nZ,
• pour x = kn et y = k0 n des éléments de nZ alors x + y = (k + k0 )n est aussi un élément de nZ,
• enfin si x = kn est un élément de nZ alors −x = (−k)n est aussi un élément de nZ.

Réciproquement soit H un sous-groupe de (Z, +). Si H = {0} alors H = 0Z et c’est fini. Sinon H contient au moins un
élément non-nul et positif (puisque tout élément est accompagné de son opposé) et notons

n = min h > 0 | h ∈ H .
Alors n > 0. Comme n ∈ H alors −n ∈ H, 2n = n + n ∈ H, et plus généralement pour k ∈ Z alors kn ∈ H. Ainsi nZ ⊂ H.
Nous allons maintenant montrer l’inclusion inverse. Soit h ∈ H. Écrivons la division euclidienne :
h = kn + r, avec k, r ∈ Z et 0 6 r < n.
Mais h ∈ H et kn ∈ H donc r = h − kn ∈ H. Nous avons un entier r > 0 qui est un élément de H et strictement
plus petit que n. Par la définition de n, nécessairement r = 0. Autrement dit h = kn et donc h ∈ nZ. Conclusion
H = nZ.

2.4. Sous-groupes engendrés


Soit (G, ?) un groupe et E ⊂ G un sous-ensemble de G. Le sous-groupe engendré par E est le plus petit sous-groupe
de G contenant E.
Par exemple si E = {2} et le groupe est (R∗ , ×), le sous-groupe engendré par E est H = {2n | n ∈ Z}. Pour le prouver :
il faut montrer que H est un sous-groupe, que 2 ∈ H, et que si H 0 est un autre sous-groupe contenant 2 alors H ⊂ H 0 .
Autre exemple avec le groupe (Z, +) : si E1 = {2} alors le sous-groupe engendré par E1 est H1 = 2Z. Si E2 = {8, 12}
alors H2 = 4Z et plus généralement si E = {a, b} alors H = nZ où n = pgcd(a, b).
Mini-exercices.
1. Montrer que {2n | n ∈ Z} est un sous-groupe de (R∗ , ×).
2. Montrer que si H et H 0 sont deux sous-groupes de (G, ?) alors H ∩ H 0 est aussi un sous-groupe.
3. Montrer que 5Z ∪ 8Z n’est pas un sous-groupe de (Z, +).
4. Montrer que l’ensemble des matrices 2 × 2 de déterminant 1 ayant leurs coefficients dans Z est un sous-groupe
GROUPES 3. MORPHISMES DE GROUPES 6

de (G`2 , ×).
5. Trouver le sous-groupe de (Z, +) engendré par {−12, 8, 20}.

3. Morphismes de groupes

3.1. Définition

Définition 3.
Soient (G, ?) et (G 0 , ) deux groupes. Une application f : G −→ G 0 est un morphisme de groupes si :

pour tout x, x 0 ∈ G f (x ? x 0 ) = f (x)  f (x 0 )

L’exemple que vous connaissez déjà est le suivant : soit G le groupe (R, +) et G 0 le groupe (R∗+ , ×). Soit f : R −→ R∗+
l’application exponentielle définie par f (x) = exp(x). Nous avons bien
f (x + x 0 ) = exp(x + x 0 ) = exp(x) × exp(x 0 ) = f (x) × f (x 0 ).
Et donc f est bien un morphisme de groupes.

3.2. Propriétés

Proposition 3.
Soit f : G −→ G 0 un morphisme de groupes alors :
• f (eG ) = eG 0 , −1
• pour tout x ∈ G, f (x −1 ) = f (x) .

Il faut faire attention à l’ensemble auquel appartiennent les éléments considérés : eG est l’élément neutre de G, eG 0
celui de G 0 . Il n’y a pas de raison qu’ils soient égaux (ils ne sont même pas dans le même ensemble). Aussi x −1 est
−1
l’inverse de x dans G, alors que f (x) est l’inverse de f (x) mais dans G 0 .
Reprenons l’exemple de la fonction f : R −→ R∗+ définie par f (x) = exp(x). Nous avons bien f (0) = 1 : l’élément
neutre de (R, +) a pour image l’élément neutre de (R∗+ , ×). Pour x ∈ R son inverse dans (R, +) est ici son opposé −x,
1 1
alors f (−x) = exp(−x) = exp(x) = f (x) est bien l’inverse (dans (R∗+ , ×)) de f (x).

Démonstration.
• f (eG ) = f (eG ? eG ) = f (eG )  f (eG ), en multipliant (à droite par exemple) par f (eG )−1 on obtient eG 0 = f (eG ).
• Soit x ∈ G alors x ? x −1 = eG donc f (x ? x −1 )= f (eG ). Cela entraîne f (x)  f (x −1 ) = eG 0 , en composant à gauche
−1 −1
par f (x) , nous obtenons f (x −1 ) = f (x) .

Proposition 4.
• Soient deux morphismes de groupes f : G −→ G 0 et g : G 0 −→ G 00 . Alors g ◦ f : G −→ G 00 est un morphisme de
groupes.
• Si f : G −→ G 0 est un morphisme bijectif alors f −1 : G 0 −→ G est aussi un morphisme de groupes.

Démonstration. La première partie est facile. Montrons la deuxième : Soit y, y 0 ∈ G 0 .Comme f est bijective,  il existe
x, x 0 ∈ G tels que f (x) = y et f (x 0 ) = y 0 . Alors f −1 ( y  y 0 ) = f −1 f (x)  f (x 0 ) = f −1 f (x ? x 0 ) = x ? x 0 =
f −1 ( y) ? f −1 ( y 0 ). Et donc f −1 est un morphisme de G 0 vers G.

Définition 4.
Un morphisme bijectif est un isomorphisme. Deux groupes G, G 0 sont isomorphes s’il existe un morphisme bijectif
f : G −→ G 0 .
GROUPES 3. MORPHISMES DE GROUPES 7

Continuons notre exemple f (x) = exp(x), f : R −→ R∗+ est une application bijective. Sa bijection réciproque
f −1 : R∗+ −→ R est définie par f −1 (x) = ln(x). Par la proposition ?? nous savons que f −1 est aussi un morphisme (de
(R∗+ , ×) vers (R, +)) donc f −1 (x × x 0 ) = f −1 (x) + f −1 (x 0 ). Ce qui s’exprime ici par la formule bien connue :
ln(x × x 0 ) = ln(x) + ln(x 0 ).
Ainsi f est un isomorphisme et les groupes (R, +) et (R∗+ , ×) sont isomorphes.

3.3. Noyau et image


Soit f : G −→ G 0 un morphisme de groupes. Nous définissons deux sous-ensembles importants qui vont être des
sous-groupes.
Définition 5.
Le noyau de f est

Ker f = x ∈ G | f (x) = eG 0


C’est donc un sous-ensemble de G. En terme d’image réciproque nous avons par définition Ker f = f −1 {eG 0 } .
(Attention, la notation f −1 ici désigne l’image réciproque, et ne signifie pas que f est bijective.) Le noyau est donc
l’ensemble des éléments de G qui s’envoient par f sur l’élément neutre de G 0 .
Définition 6.
L’image de f est

Im f = f (x) | x ∈ G

C’est donc un sous-ensemble de G 0 et en terme d’image directe nous avons Im f = f (G). Ce sont les éléments de G 0
qui ont (au moins) un antécédent par f .
Proposition 5.
Soit f : G −→ G 0 un morphisme de groupes.
1. Ker f est un sous-groupe de G.
2. Im f est un sous-groupe de G 0 .
3. f est injectif si et seulement si Ker f = {eG }.
4. f est surjectif si et seulement si Im f = G 0 .

Démonstration.
1. Montrons que le noyau est un sous-groupe de G.
(a) f (eG ) = eG 0 donc eG ∈ Ker f .
(b) Soient x, x 0 ∈ Ker f . Alors f (x ? x 0 ) = f (x)  f (x 0 ) = eG 0  eG 0 = eG 0 et donc x ? x 0 ∈ Ker f .
(c) Soit x ∈ Ker f . Alors f (x −1 ) = f (x)−1 = eG−10 = eG 0 . Et donc x −1 ∈ Ker f .
2. Montrons que l’image est un sous-groupe de G 0 .
(a) f (eG ) = eG 0 donc eG 0 ∈ Im f .
(b) Soient y, y 0 ∈ Im f . Il existe alors x, x 0 ∈ G tels que f (x) = y, f (x 0 ) = y 0 . Alors y  y 0 = f (x)  f (x 0 ) =
f (x ? x 0 ) ∈ Im f .
(c) Soit y ∈ Im f et x ∈ G tel que y = f (x). Alors y −1 = f (x)−1 = f (x −1 ) ∈ Im f .
3. Supposons f injective. Soit x ∈ Ker f , alors f (x) = eG 0 donc f (x) = f (eG ) et comme f est injective alors x = eG .
Donc Ker f = {eG }. Réciproquement supposons Ker f = {eG }. Soient x, x 0 ∈ G tels que f (x) = f (x 0 ) donc
−1
f (x)  f (x 0 ) = eG 0 , d’où f (x)  f (x 0−1 ) = eG 0 et donc f (x ? x 0−1 ) = eG 0 . Ceci implique que x ? x 0−1 ∈ Ker f .
Comme Ker f = {eG } alors x ? x 0−1 = eG et donc x = x 0 . Ainsi f est injective.
4. C’est clair !
GROUPES 3. MORPHISMES DE GROUPES 8

3.4. Exemples
Exemple 1.
1. Soit f : Z −→ Z définie par f (k) = 3k. (Z, +) est considéré comme ensemble de départ et d’arrivée de l’application.
Alors f est un morphisme du groupe (Z, +) dans lui-même car f (k + k0 ) = 3(k + k0 ) = 3k + 3k0 = f (k) + f (k0 ).
Calculons le noyau : Ker f = {k ∈ Z | f (k) = 0}. Mais si f (k) = 0 alors 3k = 0 donc k = 0. Ainsi Ker f = {0} est
réduit à l’élément neutre et donc f est injective. Calculons maintenant l’image Im f = { f (k) | k ∈ Z} = {3k | k ∈
Z} = 3Z. Nous retrouvons que 3Z est un sous-groupe de (Z, +).
Plus généralement si l’on fixe n ∈ Z, n 6= 0, et que f est définie par f (k) = k · n alors Ker f = {0} et Im f = nZ.
2. Soient les groupes (R, +) et (U, ×) (où U = {z ∈ C | |z| = 1}) et f l’application f : R −→ U définie par
f (t) = ei t . Montrons que f est un morphisme : f (t + t 0 ) = ei(t+t ) = ei t × ei t = f (t) × f (t 0 ). Calculons le noyau
0 0

Ker f = {t ∈ R | f (t) = 1}. Mais si f (t) = 1 alors ei t = 1 donc t = 0 (mod 2π). D’où Ker f = {2kπ | k ∈ Z} = 2πZ.
Ainsi f n’est pas injective. L’image de f est U car tout nombre complexe de module 1 s’écrit sous la forme f (t) = ei t .
3. Soient les groupes (G`2 , ×) et (R∗ , ×) et f : G`2 −→ R∗ définie par f (M ) = det M . Alors la formule vue plus
haut (lemme ??) det(M × M 0 ) = det M × det M 0 implique que f est un morphisme de groupes. Ce morphismeest
surjectif, car si t ∈ R∗ alors det 10 0t = t. Ce morphisme n’est pas injectif car par exemple det 10 0t = det 0t 01 .

Attention : ne pas confondre les différentes notations avec des puissances −1 : x −1 , f −1 , f −1 {eG 0 } :
• x −1 désigne l’inverse de x dans un groupe (G, ?). Cette notation est cohérente avec la notation usuelle si le groupe
est (R∗ , ×) alors x −1 = 1x .
• Pour une application bijective f −1 désigne la bijection réciproque. 
• Pour une application quelconque f : E −→ F , l’image réciproque d’une  partie B ⊂ F est f −1
(B) = x ∈ E | f (x) ∈
B , c’est une partie de E. Pour un morphisme f , Ker f = f −1
{eG 0 } est donc l’ensemble des x ∈ G tels que leur
image par f soit eG 0 . Le noyau est défini même si f n’est pas bijective.
Mini-exercices.
1. Soit f : (Z, +) −→ (Q∗ , ×) défini par f (n) = 2n . Montrer que f est un morphisme de groupes. Déterminer le
noyau de f . f est-elle injective ? surjective ?
2. Mêmes questions pour f : (R, +) −→ (R, ◦), qui à un réel θ associe la rotation d’angle θ de centre l’origine.
3. Soit (G, ?) un groupe et f : G −→ G l’application définie par f (x) = x 2 . (Rappel : x 2 = x ? x.) Montrer que si
(G, ?) est commutatif alors f est un morphisme. Montrer ensuite la réciproque.
4. Montrer qu’il n’existe pas de morphisme f : (Z, +) → (Z, +) tel que f (2) = 3.
5. Montrer que f , g : (R∗ , ×) → (R∗ , ×) définis par f (x) = x 2 , g(x) = x 3 sont des morphismes de groupes. Calculer
leurs images et leurs noyaux respectives.

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