L'évocation en Matière Judiciaire: Obligation Ou Simple Faculté Pour La Cour Commune de Justice Et D'arbitrage ?
L'évocation en Matière Judiciaire: Obligation Ou Simple Faculté Pour La Cour Commune de Justice Et D'arbitrage ?
L’évocation en matière judiciaire est-elle une obligation ou une simple faculté pour la
Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA) ? La question semble aberrante parce que
conformément à la lettre voire à l’esprit de l’article 14 (5) du Traité OHADA, elle est un
devoir pour la CCJA. Par contre, la préoccupation trouve son intérêt dans la confrontation
de cette disposition à ses applications par la Cour commune. Il ressort, en effet, de cette
confrontation que bien que l’évocation en matière judiciaire soit légalement une obligation,
elle est plutôt pratiquement une simple faculté pour la Cour commune.
Is evocation in judicial matters an obligation for the Common Court of Justice and
Arbitration (CCJA) or simply facultative? Such a question is absurd because according to the
letter and even the spirit of article 14(5) of the OHADA Treaty, it is a duty for the CCJA. On
the contrary, the importance of our concern is underpinned by the comparison of this
provision and its practical application by the common Court. The conclusion is that although
evocation is legally an obligation in judicial matters, it is rather practically facultative for the
CCJA.
Très souvent pratiquée par les Cours d’appel dans les systèmes juridiques
francophones et les Cours suprêmes anglo-saxonnes, l’évocation est un pouvoir qui permet à
une juridiction d’attraire à elle le fond d’un litige afin d’y statuer définitivement1. Elle est une
« attribution que possède une juridiction, dans tous les cas où elle est saisie, d’examiner
complètement le dossier d’une affaire, de la réformer, de corriger les erreurs de qualification
des juges primitivement saisis, de relever toutes les circonstances légales qui accompagnent
les faits »2. En droit français, elle notamment « une faculté qui appartient au juge du deuxième
degré, saisi de l’appel de certains jugements de première instance, de s’emparer de toute
l’affaire, et de statuer sur le tout, c’est à dire sur le fond du procès, par une seule et même
1
Guillien (R.) et Vencent (J.), Lexique des termes juridiques, Dalloz, 13ème éd., 2011, p. 248.
2
Diallo (B.), « Réflexion sur le pouvoir d’évocation de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage dans le cadre du Traité de l’OHADA »,
Jurifis Info n° 1, janvier/février 2009, p. 6.
1
décision »3. Pour bien cerner l’évocation, il importe de la distinguer de l’effet dévolutif.
Substantiellement, ils se distinguent par deux aspects principaux.
D’une part, l’évocation est une prérogative des juges dont l’exercice est soumis à des
conditions strictes : dans certaines législations, la décision attaquée doit être infirmée4 ou
cassée5 alors que dans d’autres, la Cour doit estimer de bonne justice de donner à l’affaire une
solution définitive6, ou encore l’affaire doit être en état d’être jugée au fond7. La dévolution
par contre est une conséquence de l’exercice de certaines voies de recours. Par conséquent,
dans le cadre de la dévolution, le juge examine, en principe, les points soumis à son
appréciation par les parties8. L’évocation ne comporte pas de telles limitations. Il est
communément admis qu’en cas d’évocation, la juridiction saisie s’empare de toute l’affaire
pour la juger au fond9. Par l’effet de l’évocation, ce n’est plus uniquement ce qui a été appelé
par les parties qui est dévolu, mais l’intégralité du litige sur lequel le juge doit obligatoirement
se pencher10.
La notion d’évocation n’est pas nouvelle. En France, ses premières manifestations sont
apparues dans le droit ecclésiastique dès le début du 13e siècle11. Ce premier aspect de
l’évocation était divisé en deux catégories : l’on pouvait distinguer les évocations de grâce12
des évocations de justice13. Ces deux types d’évocation étaient des moyens de transférer un
litige de la juridiction primitivement saisie à une autre juridiction dans le but d’assurer une
meilleure distribution de la justice. Elles étaient mises en œuvre soit sur l’initiative du Roi
pour des raisons purement politiques14, soit à la requête des parties seulement lorsque leur
intérêt personnel était en jeu15. Par la suite, l’évocation en droit français constituait une
application du principe du double degré de juridiction. Elle intervenait dans l’intérêt des
3
Vincent (J.) et Guinchard (S.), Procédure civile, D., Coll. Précis Droit privé, 27ème éd., 2003, pp. 1031 à 1032.
4
Cas de l’évocation par la cour d’appel sur incident de procédure en droit français. V. art. 89 du Code de procédure civile français.
5
Cas de l’évocation de la CCJA.V. art. 14 al. 5 du Traité.
6
Cas de l’évocation de droit commun en droit français, art. 568 du Code de procédure civile français.
7
V. art. 67 al. 2, 104 al. 4 et 137 de la loi camerounaise n° 2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de la
Cour suprême.
8
Cependant, la dévolution peut exceptionnellement s’opérer pour le tout lorsqu’en droit français par exemple, l’appel n’est pas limité à
certains chefs ou lorsqu’il tend à l’annulation du jugement ou si l’objet du litige est indivisible (article 562 al. 2 du NCPC français).
9
Dumas (F.), L’évolution de l’évocation en matière civile, Thèse, Droit, Rennes, 1968, p. 1.
10
Dumas (F.), Thèse, op. cit., p. 37.
11
A l’origine, elle fonctionnait en dehors de la voie d’appel et avait une importance considérable pour l’Ancien Régime Français.
12
Les évocations de grâce étaient essentiellement des privilèges d’ordre politique, car elles dépendaient du bon plaisir du Roi. Par des lettres
dites de « Commitimus » (terme de chancellerie qui se trouvait en tête des lettres par lesquelles le Roi donnait commission aux juges du
privilège), le Roi accordait à certaines personnes, à titre dérogatoire et à raison de leur qualité, le droit de ne plaider que devant le parlement
de Paris (« Commitimus au Grand Sceau ») ou bien devant le parlement de leur province (« Commitimus au Petit Sceau »), sans passer par les
juridictions inférieures normalement compétentes. Les évocations de grâce se traduisaient par « le renvoi de l’office du tribunal qui aurait dû
en connaître à un autre tribunal, toujours supérieur, devenu exceptionnellement compétent. Elles étaient l’un des nombreux moyens utilisés
par le Roi pour étendre la compétence de ses tribunaux et réduire à un rôle subalterne les juridictions seigneuriales ». V. Dumas (F.), Thèse,
op. cit., p.7.
13
Les évocations de justice étaient fondées sur les dispositions des ordonnances royales. Elles n’avaient lieu que dans les cas limitativement
prévus et selon les règles édictées par ces ordonnances.
14
Le Roi intervenait alors au cours d’un procès déjà commencé devant la juridiction normalement compétente pour évoquait l’affaire à sa
personne et la juger lui-même en son Conseil ou l’attribuer à une autre juridiction présumée plus qualifiée, le plus souvent, au Grand Conseil.
« Ainsi pouvait-il lutter efficacement contre l’immixtion des parlements dans le domaine politique ». V. Dumas (F.), Thèse, op. cit., p. 8.
15
Il s’agit, par exemple, des évocations pour parenté ou alliance existant entre la partie adverse et un certain nombre de juges.
2
plaideurs parce qu’elle abrégeait la durée des procès en évitant la multitude des degrés de
juridiction, source de retards et frais supplémentaires16.
L’évocation est une faculté reconnue en droit interne des Etats parties à l’OHADA, à
certaines juridictions de cassation. A titre d’exemple, aux termes des articles 510 du Code de
procédure pénale camerounais, la chambre judiciaire de la Cour suprême « évoque et statue »
lorsque les moyens de pourvoi soulevés, soit par les parties, soit d’office sont fondés17. Cette
solution est généralisée à tout le contentieux par les articles 67 alinéa 2, 104 alinéa 4 et 137 de
la loi no 2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement de la Cour
suprême, qui traitent respectivement du contentieux judiciaire, du contentieux administratif et
du contentieux des comptes18. Plus récemment, l’article 11 de la loi n°2011/028 du 14
décembre 2011 portant création d’un Tribunal criminel spécial consacre la possibilité, pour la
Cour suprême du Cameroun, d’évoquer et de statuer sur le fond19. Dans la même lancée,
l’article 28 de la loi ivoirienne no 97-243 du 25 avril 1997 modifiant et complétant la loi no
94-440 du 16 août 199420, déterminant la composition, l’organisation, les attributions et le
fonctionnement de la Cour suprême, dispose qu’ « en cas de cassation, la chambre judiciaire
évoque l’affaire dont elle est saisie ».
Dans le cadre de l’OHADA, l’évocation puise ses sources dans deux dispositions. La
première référence au pouvoir d’évocation de la Cour commune est l’alinéa 5 de l’article 14
du Traité qui dispose qu’en cas de cassation, la CCJA évoque et statue sur le fond ; c’est
l’évocation en matière judiciaire. La seconde référence à l’évocation figure à la fin de l’article
29 du Règlement d’arbitrage de la CCJA qui, dans l’hypothèse où la Cour estime que la
demande de contestation de validité de la sentence arbitrale est fondée, prévoit qu’ : « elle
évoque et statue au fond si les parties en font la demande ». Il s’agit ici de l’évocation en
matière d’arbitrage21.
L’évocation est une technique procédurale qui fait de la Cour régionale une juridiction
communautaire particulière en Afrique. En effet, la Cour de justice de l’UEMOA22, la Haute
16
Cependant, le Code de procédure civile français est plus tard revenu sur la première logique : l’évocation redevenait fondée essentiellement
sur l’intérêt des parties.
17
Il s’agit plus précisément de la loi n° 2005/007 du 27 juillet 2005 portant Code de procédure pénale. L’article 527 de cette loi établit une
nuance entre les arrêts d’annulation totale et les arrêts d’annulation partielle au regard du pouvoir d’évocation de la cour suprême. L’alinéa 2
de cette disposition mentionne qu’« en cas d’annulation totale, la cause et les parties sont remises au même et semblable état où elles étaient
avant l’intervention de la décision annulée. Dans ce cas, la Cour suprême évoque et statue sur le tout ». Il s’agit ici de l’évocation totale. Par
contre, l’alinéa 3 de cet article prévoit le cas d’évocation partielle quand elle dispose qu’« en cas d’annulation partielle, la Cour suprême
statue exclusivement sur les points annulés.
18
Contrairement aux dispositions du Code pénal, ces derniers textes prévoient que lorsque la Cour suprême casse et annule la décision qui lui
est déférée, elle évoque et statue si l’affaire est en état d’être jugée au fond. Pour bien faire comprendre la solution, le législateur camerounais
précise que l’affaire est en état d’être jugée au fond lorsque les faits souverainement constatés et appréciés par les juges du fond permettent
d’appliquer la règle de droit appropriée ou si la Cour suprême est en mesure de statuer au fond sur le vu des seules pièces versées dans la
décision dont pourvoi » (art. 137 al. 2 de la loi camerounaise fixant l’organisation de la Cour suprême précitée). Dans ces cas, la Cour
suprême ne saurait être un troisième degré de juridiction parce qu’elle ne peut pas apprécier la matérialité des faits puisqu’elle ne peut
évoquer que si le pourvoi ne soulève plus les questions de fait qui relèvent de l’appréciation souveraine des juges du fond. D’ailleurs, elle a
répété inlassablement qu’elle n’était pas un troisième degré de juridiction chaque fois qu’un moyen de pourvoi l’invitait à réexaminer les
faits ou était seulement mélangé de fait et de droit (cf. notamment CS, arrêt n° 66/CC du 7 février 2002, aff. Kamdem Bruno c/ Kam
Mathias, Juridis-Périodique n° 56, 2003, p. 61 ; 127/CC du 27 février 2003, aff. SGBC c/ Tchouente Louis, Juridis-Périodique n° 56, 2003,
p. 62). Cependant, avec la loi n° 2011/028 du 14 décembre 2011 portant création d’un Tribunal criminel spécial, l’on peut envisager la nature
de troisième degré de juridiction de la Cour suprême statuant en matière pénale. En effet, l’article 11 de cette loi consacre la possibilité pour
la Haute juridiction d’évoquer et de statuer sur le fond. Son article 11 al. 2 précise que « le pourvoi du ministère public porte sur les faits et
les points de droit ». Il lui permet ainsi d’être saisie et de connaître des questions de fait. Pour une analyse de la nature juridique de la Cour
suprême du Cameroun avant la loi portant création du Tribunal criminel spécial, v. Tchakoua (J.-M.), Introduction générale au droit
camerounais, Presses de l’UCAC, Coll. Apprendre, 2008, pp. 272-275.
19
C’est un tribunal qui siège à Yaoundé, capitale politique du Cameroun, mais dont le ressort couvre l’ensemble du territoire national et qui
est compétent pour connaître des infractions de détournements de deniers publics et des infractions connexes lorsque le préjudice est d’un
montant minimum de 50.000.000 FCFA.
20
JO RCI du 12 juin 1997, pp. 603 et s.
21
Seule l’évocation en matière judiciaire fait l’objet de notre préoccupation dans ces lignes.
22
Union économique et monétaire ouest-africaine.
3
Cour de justice de la CEDEAO23, la Cour de justice de la CEMAC24, ne disposent pas d’un tel
pouvoir25.
A l’opposé de l’évocation en matière d’arbitrage qui est une simple faculté pour la
Cour commune car elle est subordonnée à la demande préalable des parties, la confrontation
de la théorie à la pratique de l’évocation en matière judiciaire laisse perplexe. L’on est fondé
de se demander si elle est en réalité une obligation pour la CCJA ou une simple faculté.
23
Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest.
24
Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale
25
La situation est différente devant la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE). En cas de violation d’une règle de droit
communautaire par le tribunal de première instance des communautés européennes, la CJCE dispose de deux possibilités. Elle peut renvoyer
l’affaire devant le tribunal de première instance qui sera lié par les points de droit qu’elle a tranchés ou statuer elle-même différemment sur le
litige, lorsque celui-ci est en état d’être jugé. (V. Vincent (J.), Guinchard (S.) et Varinard (A.), La justice et ses institutions, 3ème éd., D., Paris,
1991, n° 159 ; Vincent (J.), Guinchard (S.), Montagnier (G.) et Varinard (A.), Institutions judiciaires, Organisation, Juridictions, Gens de
justice, Précis D., 6ème éd., 2001, p. 293)
26
V. notamment, Meyer (P.), Commentaire sous article 29 du Règlement de procédure de la CCJA, in OHADA, Traité et Actes uniformes
commentés et annotés, 2ème éd., Juriscope 2002, pp. 171 et s. ; Diallo (B.), « Réflexion sur le pouvoir d’évocation de la CCJA de
l’OHADA », op. cit., pp. 6 et s. ; Lohoues-Oble (J.), Commentaire du Traité OHADA, in OHADA Traité et Actes uniformes commentés et
annotés, Juriscope, 2ème éd., 2002, p. 44 ; Onana Etoundi (F.) et Mbock Biumla (J. M.), Cinq ans de jurisprudence commentée de la Cour
Commune de Justice et d’Arbitrage de l’OHADA (CCJA) (1999-2000), Presses de l’AMA, 1ère éd., 2005, p. 19 Onana Etoundi (F.) et Boubou
(P.), OHADA : La problématique de l’unification de la jurisprudence par la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage, Coll. « Pratique et
contentieux de droit communautaire », Ed. Droit au Service du Développement, février 2008, p. 16, et Yuego Tchuenteu (L.S.), Le pouvoir
d’évocation de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA), Mémoire DEA, Université de Yaoundé II, 2003-2004, 100 p.
27
Arpaillange (P.), cité par Sakho, (P.O.), Allocution d’ouverture au deuxième Congrès de l’Association des Hautes juridictions de cassation
des pays ayant en partage l’usage du français (AHJUCAF), in L’indépendance de la justice, Actes de ce deuxième Congrès, Dakar, 7 et 8
novembre 2007, AHJUCAF 2008, 229 p.
4
L’alinéa 5 de l’article 14 du Traité qui traite de l’évocation en matière judiciaire
précise qu’ « En cas de cassation, elle [la CCJA] évoque et statue sur le fond ». Le législateur
communautaire a ainsi fait de l’évocation en matière judiciaire un pouvoir lié pour la CCJA28.
Il met à la charge des hauts juges une obligation et non une faculté. En effet, une telle
disposition ôte à la Cour tout pouvoir d’appréciation du caractère opportun de l’évocation (A).
Le schéma est le suivant : dès lors que les conditions légales pour évoquer sont remplies, la
Cour supranationale doit mettre en œuvre son pouvoir d’évocation sans aucun examen
d’opportunité ; ce qui entraîne plusieurs conséquences juridiques (B).
Cette position radicale est surprenante car elle diffère non seulement de celle adoptée
par le législateur communautaire lui-même dans la réglementation de l’évocation en matière
d’arbitrage, mais aussi de celle prise par les législateurs nationaux des Etats membres de
l’OHADA.
Dans le premier cas, force est de constater que contrairement à l’évocation obligataire
en matière judiciaire, l’évocation en matière d’arbitrage est facultatif. En effet, en prévoyant
dans l’hypothèse où la Cour estime que la demande de contestation de validité de la sentence
arbitrale est fondée qu’ : « elle évoque et statue au fond si les parties en font la demande »,
l’article 29 du Règlement d’arbitrage de la CCJA fait de l’évocation en matière d’arbitrage
une simple faculté. La mise en œuvre du pouvoir d’évocation de la CCJA en matière
d’arbitrage étant subordonnée à la requête préalable des parties, l’on ne saurait dire qu’il
s’agit d’une obligation d’évocation.
5
contentieux administratif et du contentieux des comptes. Il ressort de ces derniers textes que
lorsque la Cour suprême casse et annule la décision qui lui est déférée, elle n’évoque et ne
statue que si l’affaire est en état d’être jugé au fond, c’est-à-dire si elle ne soulève plus des
questions de fait ou peut être jugée sur le vu des seules pièces versées dans la procédure31.
Enfin, le devoir théorique d’évocation permet à la CCJA d’être outillée pour accomplir
sa mission : garantir l’unification des interprétations et des applications du droit
communautaire. L’obligation d’évocation apparaît ainsi comme la technique maîtresse sans
laquelle l’objectif de sécurisation juridique par l’unification à travers le contrôle de la légalité
des décisions de justice rendues par les juges nationaux, serait inachevé car elle évite les
divergences de solutions qui proviendraient des différentes Cours d’appel des Etats membres
de l’OHADA. En effet, l’interdiction du renvoi à une juridiction nationale qui est son
31
Art. 137 al. 2 de la loi camerounaise fixant l’organisation de la Cour suprême précitée
32
Si l’alinéa 5 de l’article 14 du Traité soumet l’usage de l’évocation à la cassation préalable de la décision nationale, cela suppose
implicitement que le pourvoi formé devant la Cour soit préalablement recevable car on ne saurait parler de l’évocation si le pourvoi ne
remplit pas les conditions de recevabilité prévues par les textes communautaires.
33
Lohoues Oble (J.), Commentaires du Traité OHADA, in OHADA, Traité et Actes uniformes commentés et annotés, op. cit., p. 44. Dans le
même sens, v. Onana Etoundi (F.), OHADA, Grandes tendances jurisprudentielles de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage en
matière d’interprétation et d’application du droit OHADA (1997-2010), Coll. « Pratique et contentieux de droit des affaires », octobre 2011,
p. 27 ; Onana Etoundi (F.) et Boubou (P.), OHADA : La problématique de l’unification de la jurisprudence par la Cour Commune de Justice
et d’Arbitrage, op. cit., p. 26, et Yuego Tchuenteu (L.S.), Mémoire préc., pp. 59 et s. ; et Diallo (B.), « Réflexions sur le pouvoir d’évocation
de la Cour Commune d’Arbitrage dans le cadre du Traité de l’OHADA », op. cit., p. 6.
6
corolaire, permet à la Cour communautaire de construire une jurisprudence uniforme car les
juridictions de renvoi après cassation ne sont toujours pas tenues d’adopter l’orientation de la
Cour de cassation. Le pourvoi n’étant pas systématique même après la décision rendue sur
renvoi, il y a lieu de craindre la divergence jurisprudentielle34.
L’obligation d’évocation après cassation produit des conséquences négatives qui sont
à rechercher vis-à-vis de la CCJA (a) et des plaideurs (b).
a. Vis-à-vis de la CCJA
D’abord, elle oblige la CCJA à apprécier la matérialité des faits comme toute
juridiction de fond alors que la juridiction supranationale n’entend pas jouer ce rôle car elle
maintient le principe classique selon lequel les juridictions de fond apprécient souverainement
la matérialité des faits. En effet, la particularité de l’évocation est qu’elle permet à une Cour
de connaître des faits et du droit. Or, « l’institution de la cassation repose sur la distinction
fondamentale du fait et du droit en sorte que les fonctions du juge de cassation et du juge de
fait sont, par nature, antinomiques »35. Cette affirmation rappelle une règle établie selon
laquelle en tant que juge de droit, une Cour suprême ne doit pas statuer en fait, sa fonction
consiste à vérifier si la règle de droit a été correctement appliquée ou interprétée.
Conformément à cette particularité, la CCJA peut franchir, dans le cadre de l’évocation tout
au moins, les limites traditionnelles des pouvoirs de la juridiction de cassation pour connaître
des faits alors qu’elle n’abandonne pas le principe selon lequel les juridictions de fond
statuent en premier et dernier ressort36. Ces juridictions continuent à exercer un pouvoir
souverain d’appréciation de la matérialité des faits, puisque la Cour commune leur reconnaît
l’exclusivité et la souveraineté de l’exercice de ce pouvoir37. Bien plus, la CCJA refuse même
de connaître des « moyens nouveaux mélangés de fait et de droit »38 et « les moyens vagues et
imprécis »39.
Si la CCJA rejette les moyens nouveaux mélangés de fait et de droit, ce n’est pas
seulement parce qu’ils sont nouveaux et-par souci de préservation du droit au double degré de
juridiction- ne doivent pas être connus pour la première fois en cassation. C’est surtout parce
qu’ils sont mélangés de faits ; les moyens nouveaux de droit, entre autres, la contradiction,
34
L’obligation d’évocation répond donc au souci des rédacteurs du Traité d’éviter qu’il n’existe au sein de l’espace unifié une jurisprudence
divergente qui résulterait de solutions contradictoires des juridictions nationales auxquelles la Cour commune renverrait après cassation.
35
Perdriau (A.), « La chambre civile de la Cour de cassation juge-t-elle en fait ? », JCP, éd. G, 1993, I, p. 267.
36
Le principe du double degré de juridiction est consacré par la CCJA quand elle exclut des décisions susceptibles de pourvoi en cassation,
toute décision nationale rendue en premier ressort par une juridiction inférieure aux cours d’appel et qui doit d’abord faire l’objet d’un appel
avant tout pourvoi. Cf. CCJA, arrêt n° 002/2002 du 10 janvier 2002, RJCCJA, n° spécial, janvier 2003, p. 5.
37
V. notamment, CCJA, arrêts n° 009/2002 du 21 mars 2002, RJCCJA, n° spécial, janvier 2003, pp. 21 et s. ; 010/2002 du 21 mars 2002,
RJCCJA, n° spécial, janvier 2003, pp. 23 et s. ; 20/2003 du 6 novembre 2003, RJCCJA, n° 2, juillet-décembre 2003, p. 9 ; 029/2004 du 15
juillet 2004, RJCCJA, n° 4, juillet-décembre 2004, pp. 5 et s., et 018/2005 du 31 mars 2005, RJCCJA, n° 5, vol. 1, janvier-juin 2005, pp. 68
et s.
38
V. par exemple CCJA, arrêt n° 20/2003 du 6 novembre 2003, RJCCJA, n° 2, juillet-décembre 2003, pp. 5 et s.
39
Cf. à titre illustratif, CCJA, arrêt n° 022 du 26 décembre 2002, RJCCJA, n° spécial, janvier 2003, pp. 10 et s.
7
l’insuffisance ou le défaut de motifs, étant connus par la CCJA40. Dans la même perspective,
la Haute juridiction communautaire ne connaît pas des moyens visant à l’amener à procéder à
l’appréciation non seulement des pièces versées dans les dossiers des procédures41, mais aussi
de l’existence de la preuve42 ; elle précise que ce pouvoir relève de la compétence souveraine
des juges du fond. En refusant de connaître ces derniers moyens, le moyens vagues et
imprécis et ceux mélangés de fait et de droit, la Cour commune laisse entendre qu’elle
n’évoque que si l’affaire est en état d’être jugé au fond, c’est-à-dire lorsque les faits
souverainement constatés et appréciés par les juges du fond, permettent d’appliquer la règle
de droit communautaire appropriée ou lorsqu’elle est en mesure de statuer au fond sur le vu
des seules pièces versées dans les dossiers de procédure et des preuves dont l’existence est
souverainement appréciées par les juges du fond.
Par contre, il serait plutôt nécessaire que le législateur révise sa position en faisant de
l’évocation par la CCJA une faculté qui ne peut être mise en exergue que si l’affaire est en
état d’être jugée au fond. Pour bien faire comprendre la solution, le législateur régional,
pourrait préciser que l’affaire est en état d’être jugé au fond lorsque les faits souverainement
40
L’exemple de la cassation pour défaut de motif est donné par l’arrêt CCJA n° 019/2005 du 31 mars 2005, RJCCJA, n° 5, vol. 2, janvier-
juin 2005, pp. 38 et s.
41
Arrêt n° 029/2004 du 15 juillet 2004, RJCCJA, n° 4, juillet-décembre 2004, p. 5.
42
CCJA, arrêt n° 010/2002 du 21 mars 2002, RJCCJA, n° spécial, janvier 2003, p. 24. V. dans le même sens, l’arrêt CCJA, n° 009/2002 du
31 mars 2002, RJCCJA, n° spécial, janvier 2003, p. 21.
43
Gérard (Ph.) et Grégoire (M.), « Introduction à la méthode de la Cour de cassation », in Les Cours suprêmes. Rev. dr. ULB, vol. 20, 1999,
pp. 105-106 ; Rigaux (F.), La nature du contrôle de la Cour de cassation, 1966, Bibliothèque de la Faculté de droit de l’Université
catholique de Louvain, cités par Diallo (B.), Réflexions sur le pouvoir d’évocation de la Cour Commune… », op. cit., p. 10.
44
Heron (J.), Droit judiciaire privé, 2ème éd. par Th. Le Bars, 2002, p. 611, n° 795.
45
CCJA, arrêt n° 007/2005 du 27 janvier 2005, RJCCJA, n° 5, vol. 2, janvier-juin 2005, p. 20 et s. La qualification des faits peut être
entendue comme leur classement dans les cadres juridiques correspondants (Guillien (R.) et Vincent (J.), Lexique des termes juridiques, op.
cit., p. 452) ; c’est l’appellation juridique des faits. La qualification forme la jonction entre les faits et le droit et constitue une difficulté que
les juges du fond ou de cassation sont appelés à résoudre. Elle se distingue de l’appréciation de la matérialité des faits qui est purement
factuelle, relève du pouvoir souverain des juges du fond et consiste à dire un fait est fondé ou non.
46
Il ressort de l’examen de la jurisprudence CCJA que l’effet dévolutif devant la Cour régionale de justice est pratiquement limité par l’acte
du pourvoi et par les conclusions déposées en défense, car elle ne connaît que des chefs de demande et de défense qui lui sont soumis. V. par
exemple CCJA, arrêts n° 001, 003, 004/2006 du 9 mars 2006, RJCCJA, n° 7, janvier-juin 2006, pp. 50 à 62.
8
constatés et appréciés par les juges du fond, permettent d’appliquer la règle de droit
communautaire appropriée47 ou si la CCJA est en mesure de statuer au fond sur le vu des
seules pièces versées dans la décision dont pourvoi et des seules preuves dont l’existence est
établies par les juges du fond48. A contrario, la Cour supranationale devrait être légalement
investie du pouvoir de cassation avec renvoi si l’affaire n’est pas en état d’être jugée au fond
et du pouvoir de cassation suivie de l’évocation, dans le cas échéant49. Ce renvoi risque de
perpétrer l’insécurité judiciaire observée dans les Etats parties à l’OHADA que le législateur
voulait éviter en consacrant l’obligation d’évocation. Il pérenniserait certaines causes de cette
insécurité, notamment la disparité jurisprudentielle et les lenteurs judiciaires. Pour remédier à
cette situation en cas de renvoi, il serait important de donner un délai raisonnable au juge de
renvoi pour vider sa saisine et d’instituer un second pourvoi contre la décision du juge de
renvoi qui sera examiné par l’Assemblée plénière de la Cour suprême communautaire. Cette
Assemblée plénière pourrait être fondée du pouvoir d’évoquer obligatoirement si elle casse la
décision du juge de renvoi.
47
Cf. art. 67 al. 2, deuxième paragraphe de la loi camerounaise n° 2006/016 du 29 décembre 2006 fixant l’organisation et le fonctionnement
de la Cour suprême.
48
V. art. 137 al. 2 de la loi camerounaise précitée
49
Cette solution rejoint celle qui prévaut devant CJCE. En cas de violation d’une règle de droit communautaire par le tribunal de première
instance des Communautés européennes, la CJCE dispose de deux possibilités. Elle peut renvoyer l’affaire devant le tribunal de première
instance qui sera lié par les points de droit qu’elle a tranchés ou statuer elle-même différemment sur le litige, lorsque celui-ci est en état
d’être jugé. (Vincent (J.), Guinchard (S.), Montagnier (G.) et Varinard (A.), Institutions judiciaires, organisation, juridictions, gens de
justice, op. cit., p. 293.).
50
Arrêt n° 029/2004 du 15 juillet 2004, op. cit.
51
CCJA, arrêt n° 010/2002 du 21 mars 2002, op. cit.
52
Dans l’arrêt de cassation avec évocation n° 025/2004 du 15 juillet 2004 (RJCCJA, n° 4, juillet-décembre 2004, pp. 16 et s.), la CCJA
contrôle l’application des articles 262 al. 1, 266 al. 2 de l’AUPSRVE, 294 du Code camerounais de procédure civile et commerciale, 79 du
Code camerounais de l’enregistrement, 2127 et 1328 du Code civil. Dans un autre arrêt n° 013/2006 du 29 juin 2006 (RJCCJA, n° 7, janvier-
juin 2006, pp. 70 et s.), elle casse l’arrêt de la cour d’appel et évoque au motif qu’il a violé l’article 453 du Code malien de procédure civile,
commerciale et sociale.
53
Onana Etoundi (F.), OHADA, Grandes tendances jurisprudentielles de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage en matière
d’interprétation et d’application du droit OHADA (1997-2010), Coll. « Pratique et contentieux de droit des affaires », octobre 2011, p. 28.
9
explicitement à la Cour d’exercer le contrôle de la légalité des textes nationaux tant dans le
cadre de la cassation que de l’évocation.
10
statuer sur le fond. Dans ce cas, elle rejugera l’affaire et prononcera la qualification qui
s’impose. Mais à ce niveau, semble s’arrêter sa mission : une fois l’incrimination effectuée,
elle ne saurait, conformément à l’alinéa 3 dudit article 14, prononcer la sanction. La solution
consisterait à renvoyer l’affaire devant une juridiction nationale afin qu’elle prononce la
sanction.
L’obligation d’évocation entraîne le sacrifice des droits des plaideurs ; elle constitue,
un obstacle à la réalisation de certains avantages techniques qui garantissent le droit à une
bonne administration de la justice auxquels les justiciables pouvaient s’attendre. En effet,
devant la juridiction de renvoi, le procès n’est pas figé, les justiciables peuvent présenter les
moyens nouveaux ou des nouvelles preuves. Les juges statuant sur renvoi, peuvent tenir
compte des faits postérieurs à l’arrêt de cassation dans la mesure où ils sont de nature à
exercer une influence sur la solution du litige56.
En cas de renvoi, une partie peut même former un appel incident. Cependant,
l’évocation par la CCJA comme toute évocation fige le procès57. Cela s’explique aisément : la
Cour commune n’est pas à l’origine saisie des moyens nouveaux mélangés de fait et de droit,
ni des moyens visant l’appréciation de la matérialité des faits. De même, elle ne connait pas
des moyens visant l’appréciation de la preuve et des pièces de procédure58 ainsi que les
moyens vagues et imprécis59. Par conséquent, le procès devant la CCJA ne peut qu’être figé
dans la phase de cassation tout comme dans la phase d’évocation. Au regard de cet
inconvénient de l’obligation d’évocation ou plus exactement de la pratique de cette institution
communautaire par la CCJA, il serait judicieux d’envisager la rétrocession du pouvoir de
statuer sur le fond de l’affaire aux juridictions nationales de fond. Toutefois, cette rétrocession
consacrerait le retour pur et simple aux systèmes judiciaires nationaux et aux différents maux
que le législateur entendait juguler en instituant le devoir d’évocation, notamment la diversité,
l’opacité de la jurisprudence et les lenteurs procédurales. Pour lutter contre ce dernier fléau
procédural, il est judicieux de proposer que la rétrocession soit accompagnée de la fixation
d’un délai raisonnable à la Cour d’appel pour vider sa saisine60. Afin de garantir l’unité des
applications et des interprétations du droit communautaire dans le cas où la rétrocession est
consacrée, il est nécessaire d’instituer une possibilité de second pourvoi dans un délai bien
déterminé. Ce second pourvoi sera examiné par l’Assemblée plénière de la CCJA qui statuera
définitivement pour éviter les lenteurs préjudiciables aux justiciables. Les solutions ci-dessus
56
En droit français, l’article 632 du NCPC qui précise que devant la juridiction de renvoi, « les parties peuvent invoquer de nouveaux
moyens à l’appui de leurs prétentions ». Ce texte ne fait que confirmer une jurisprudence qui était bien établie en la matière. Cass soc., 26
octobre 1960, Bull. civ. IV, n° 950. Cass. com., 1er décembre 1969, Bull. civ. IV, n° 354. V. aussi, Guinchard (S.), Droit et pratique de la
procédure civile, Dalloz Action, 1999, n° 6363-6365.
57
L’impossibilité de renouvellement du litige en matière d’évocation est jugée pénalisante pour le perdant, Assepo Assi (E), « La Cour
Commune de Justice et d’Arbitrage est-elle un troisième degré de juridiction ? », RIDC, n° 4, octobre-décembre 2005, p. 954.
58
Arrêt n° 029/2004 du 15 juillet 2004, RJCCJA, n° 4, juillet-décembre 2004, p. 5.
59
V. par exemple, CCJA, arrêt n° 022 du 26 décembre 2002, RJCCJA, n° spécial, janvier 2003, pp. 10 et s.
60
Ce délai est laissé à l’appréciation du législateur communautaire après une étude sérieuse des difficultés pratiques que peut susciter cette
rétrocession.
11
envisagées ne sauraient être efficaces si les attributions des deux Chambres et de l’Assemblée
plénière de la CCJA ne sont pas nettement définies61.
61
La Cour commune compte aujourd’hui trois chambres et une assemblée plénière (v. décision n° 46/2011/CCJA portant création de trois
chambres à la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage). Malgré cette division en chambres et en une assemblée plénière, les attributions de
cette dernière ne sont pas nettement définies.
62
La doctrine a déjà formulé plusieurs suggestions. V. par exemple, Onana Etoundi (F.) et Boubou (P.), La problématique de l’unification de
la jurisprudence par la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage, op. cit. , pp. 26 et s. ; Onana Etoundi (F.), OHADA, Grandes tendances
jurisprudentielles de la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage en matière d’interprétation et d’application du Droit OHADA (1997-2000),
préc. p. 27 et s., et Diallo (B.), préc. pp. 6 et s.
63
Cf. CCJA, arrêt n° 012/2005 du 24 février 2005, RJCCJA, n° 5, vol. 2, janvier-juin 2005, p. 27. La CCJA casse ici l’arrêt de la cour
d’appel d’Abidjan et renvoie devant la juridiction arbitrale compétente. Avant d’arriver à cette solution, la CCJA relève que la juridiction
compétente « ne peut être qu’une juridiction arbitrale constituée sous l’égide de la Chambre de commerce internationale et devant
fonctionner selon le règlement de cette dernière ». Elle précise « qu’en conséquence, toute juridiction étatique saisie d’un tel litige doit se
déclarer incompétente conformément aux dispositions de l’article 13 alinéas 1 et 2 » de l’Acte uniforme sur l’arbitrage.
64
Cf. CCJA, arrêts n° 014/2005 du 24 février 2005, aff. Brou Kouassi Firrnin c/ Koffi Asse et Société générale de banques en Côte d’Ivoire
(SGBCI), RJCCJA, n° 5, vol. 1, janvier-juin 2005, p. 37, et 036/2005 du 2 juin 2005, aff. Société Chronopost International Côte d’Ivoire c/
Chérif Souleymane, RJCCJA, op. cit., p. 52.
12
distinguer les situations où elle casse et renvoie sans évocation (1) des situations où elle casse
et ne renvoie que dans le cadre de l’évocation (2).
Dans plusieurs arrêts de cassation, la CCJA renvoie les parties devant les juges
nationaux sans évocation, et ce, pour régler les questions de compétence juridictionnelle. L’on
peut, par exemple, distinguer les situations dans lesquelles, sans évocation, elle renvoie
devant les juges nationaux du fond compétents, des situations dans lesquelles elle casse et
renvoie plutôt devant une juridiction arbitrale compétente.
A propos des cassations et renvois sans évocation qui s’expliquent, certes, par
l’incompétence de la juridiction nationale dont la décision est cassée, certains auteurs
soutiennent qu’au regard de l’article 14 alinéa 5 du Traité, « la CCJA ne saurait renvoyer
immédiatement la cause devant le juge du fond après cassation ; elle ne devait valablement le
faire que dans le cadre de l’évocation »67. A notre sens, le législateur communautaire n’a pas
prévu de renvoi après cassation car il est très explicite quand il précise, sans exception ni
nuance, à l’alinéa 5 de l’article 14 du Traité qu’en cas de cassation la CCJA évoque et statue
sur le fond. Il convient de l’inciter à le prévoir dans le cas où la Cour supranationale, pour
régler une question de compétence juridictionnelle, est obligée de casser une décision rendue
par une juridiction nationale incompétente en application du droit communautaire. Elle le
ferait qu’elle aurait rendu effectif l’un des principaux objectifs communautaires : assurer aux
justiciables la sécurité judiciaire car cette dernière ne peut être effective si les juges
communautaires sont obligés de violer eux-mêmes les textes communautaires.
13
Dans la phase d’évocation, la Cour commune renvoie aux juridictions nationales
notamment pour « faciliter la continuation des poursuites »68 au niveau national. Dans l’une
de ces décisions, après avoir infirmé l’ordonnance querellée en toutes ses dispositions, elle a
renvoyé à la Cour suprême de Côte d’Ivoire, aux fins de statuer sur la difficulté résultant de la
contrariété existant entre les arrêts no 150 du 04 juin 1998 et no 351 du 15 juin 200069. Pour
procéder à ce renvoi, la Cour avance « qu’en l’état, le litige présente à juger une question
soulevant une difficulté sérieuse de nature à justifier le renvoi devant la Cour suprême de Côte
d’Ivoire, seule compétente pour interpréter ses propres décisions, et qu’il y a lieu dès lors de
surseoir à statuer jusqu’à ce que ladite Cour se prononce sur ce point ». Pour cette raison, la
CCJA sursoit à statuer sur la demande de suspension des poursuites jusqu’à la décision de la
Cour de cassation nationale. En parlant de « difficulté sérieuse », la Cour ne permet pas de
savoir dans quels cas elle procède aux renvois dans le cadre de l’évocation car il lui revient
d’apprécier le caractère sérieux de la difficulté.
Dans une autre espèce, en outre, la Cour commune casse une décision nationale et
« renvoie les parties à se pourvoir ainsi qu’elles aviseront » au motif que le premier juge, a
appliqué à tort les dispositions de l’Acte uniforme portant organisation des procédures
collectives d’apurement du passif à une procédure collective ouverte antérieurement à sa date
d’entrée en vigueur au Sénégal, soit le 1er janvier 199970. Bien que s’étant déclarée ici
compétente, la CCJA ne pouvait statuer sur le fond dans le cadre de l’évocation sans violer
davantage les dispositions pertinentes des articles 257 et 258 de l’Acte uniforme71. Cette
décision contraste avec bien d’autres toujours rendues par la CCJA. En effet, en décidant de
casser et de renvoyer dans le cadre de l’évocation alors que les premiers juges du fond ont été
saisis sans que le texte communautaire querellé soit entré en vigueur au niveau national, la
CCJA contredit certaines de ces décisions où elle laisse entendre que dans de pareilles
situations, elle est plutôt incompétente72. Deux exemples tirés de la jurisprudence de la Cour
commune permettent de rendre compte de cette contradiction.
D’une part, la Cour supranationale retient son incompétence dès lors qu’elle se rend
notamment compte que sur le plan temporel, le pourvoi est introduit alors que les premiers
juges du fond ont été saisis au moment où l’Acte uniforme querellé n’avait pas encore intégré
l’ordre juridique interne de l’Etat partie à l’OHADA à la date de l’exploit introductif
d’instance et ne pouvait, de ce fait, être applicable devant les juges du fond73. A titre
illustratif, dans son arrêt n° 031/2005 du 26 mai 200574, la Cour supranationale se déclare
incompétente. Au soutien de cette décision, la Haute juridiction communautaire fait
remarquer que le pourvoi est hâtif du fait que l’Acte uniforme sur le droit des sociétés
68
Sur les renvois dans le cadre de l’évocation, v. notamment : CCJA, arrêts n° 004/2008 du 28 février 2008, aff. Compagnie bancaire de
l’Atlantique Côte d’Ivoire (COBACI) c/ Epoux Ahore et Epoux Miezan ; n° 008/2008 du 27 novembre 2008, aff. Daouda Sidibé c/ Batio
Demba et Dionké Yaranangore ; n° 015/ 2008 du 24 avril 2008, aff. Kinda Augustin Joseph et autres ayants droit de feu Kinda Valentin, c/
Société générale des banques en Côte d’Ivoire et autres ; n° 020/2008 du 24 avril 2008, aff. Siw Yerim Abib c/ Ibrahim soulémane Aka et
Koffi Sachouot Cédric ; n° 043/2008 du 17 juillet 2008, aff. Monsieur Dam Sarr c/ Mutuelle d’assurances des taxis compteurs d’Abidjan.
69
CCJA, arrêt n° 021 du 26 décembre 2002, aff. Sté Mobil Oil Côte d’Ivoire c/ Soumahoro Mamadou, RJCCJA, n° spécial, janvier 2003, pp.
65 et s.
70
Arrêt n° 027/2007 du 19 juillet 2007, aff. Société civile immobilière Dakar Invest et SCI Dakar Centenaire c/ Société Bemabe Sénégal et
autres.
71
L’article 257 prévoit substantiellement qu’il « n’est applicable qu’aux procédures collectives ouvertes après son entrée en vigueur » et
l’article 258 fixe la date d’entrée en vigueur de cet Acte uniforme au 1er janvier 1999.
72
V. notamment, CCJA, arrêts n° 001/2001 du 11 octobre 2001, aff. Etablissement Thiam Baboye c/ Compagnie française commerciale et
financière ; 005/02 du 10 janvier 2002, aff. CTM c/ Compagnie d’assurances COLINA SA ; 009/2004 du 26 février 2004, aff. Assita Neya
Coulibaly c/ Société Rank Xeros-CI.
73
CCJA, arrêts n° 001, 003/2001 du 11 octobre 2001, respectivement aff. Etablissement Thiam Baboye “ETB” c/ Compagnie française
commerciale et financière “CFCF”, Emile Wakim c/ Société IAMGOLD/AGEM, RJCCJA, n° spécial, janvier 2003, pp. 13 et s.
74
Aff. Bana Sidibé c/ Sidiki Keita et SARL Guinée Inter Air, RJCCJA, n° 5, vol. 1, janvier-juin 2005, pp. 45 et s.
14
commerciales et du groupement d’intérêt économique n’avait pas intégré l’ordre juridique de
la République de Guinée « à la date de l’exploit introductif d’instance »75.
D’autre part, la CCJA retient plus distinctement son incompétence au motif que
« l’Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des
voies d’exécution, entrée en vigueur le 10 juillet 1998, n’avait pas intégré l’ordre juridique
interne de la République du Tchad au moment où les juges du fond étaient saisi du
contentieux et qu’il ne pouvait de ce fait être applicable »76.
En cassant et en renvoyant les parties à se pourvoir ainsi qu’elles aviseront après s’être
déclarée compétente, la Cour commune applique implicitement la règle traditionnelle de droit
transitoire selon laquelle les lois de procédure et de compétence sont d’application immédiate.
Néanmoins, faut-il le relever, elle le fait alors que le droit communautaire semble avoir
dérogé à cette règle en consacrant la compétence transitoire des juridictions suprêmes
nationales77 par des dispositions transitoires aussi bien du Traité que des Actes uniformes78.
La Cour Commune de Justice et d’Arbitrage est parfois amenée à casser les décisions
nationales sans renvoyer et sans évoquer. Dans certains arrêts, elle casse sans renvoyer, sans
évoquer et ne relève pas explicitement qu’il n’y a pas lieu à évocation ; ce sont des cassations
sans renvoi tacitement non suivies de l’évocation (1). Par contre, dans d’autres arrêts, elle
casse les décisions nationales tout en précisant expressément qu’il n’y a pas « lieu
d’évoquer » ou que « l’évocation est dépourvue d’intérêt ». Il s’agit ici des cassations sans
renvoi explicitement non suivies de l’évocation (2).
75
Dans cette espèce, la Cour adopte une démarche temporellement rationnelle. Elle constate d’abord que l’Acte uniforme querellé a été signé
le 17 avril 1997 et la République de Guinée a adhéré au Traité institutif de l’OHADA le 5 mai 2000 et déposé l’instrument d’adhésion le 22
septembre 2000. Ensuite, elle constate que l’Acte uniforme étant entré en vigueur dans ce pays le 21 novembre 2000, il n’avait pas intégré
l’ordre juridique de cet Etat partie à la date de l’exploit introductif d’instance, soit le 28 juillet 1999, et ne pouvait, de ce fait, être applicable.
Enfin, elle enseigne que dans ce contexte spécifique, aucun grief ni moyen relatif à l’application de ce texte juridique communautaire n’avait
pu être formulé et présenté aux juges du fond et se déclare incompétente.
76
CCJA, arrêt n° 001/ 2001 du 11 octobre 2001, aff. Les Ets Thiam Baboye (ETB) c/ Compagnie française commerciale et financière
(CFCF), RJCCJA, n° spécial, janvier 2003, p. l3 ; RCDA, spécial CCJA n° de Transport de MAN dite CTM c/ Compagnie d’assurances
COLINA SA, RJCCJA, op. cit., pp. 16 et s. Dans cet arrêt, la CCJA s’aperçoit que le pourvoi est exercé contre une décision nationale rendue
en appui à l’arbitrage alors que la juridiction arbitrale avait été saisie avant l’entrée en vigueur, dans l’ordre juridique interne, de l’Acte
uniforme relatif à l’arbitrage et se déclare, par conséquent, incompétente.
77
Dans le même sens, F. Anoukaha, « La délimitation de compétence entre la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage de l’OHADA et les
Cours suprêmes nationales en matière de recouvrement des créances (à propos de l’arrêt pamol) », Juridis Périodique, n° 59, juillet-août-
septembre 2004, p. 119.
78
A titre transitoire, l’article 9 du Traité révisé attribue implicitement la connaissance des pourvois aux Cours de cassation nationales au
détriment de la CCJA. Il ressort de cette disposition que « les Actes uniformes sont publiés au Journal officiel de l’OHADA par le Secrétariat
permanent dans les soixante jours suivant leur adoption. Ils sont applicables quatre-vingt-dix jours après cette publication, sauf modalités
particulières d’entrée en vigueur prévues par les Actes uniformes ». La compétence transitoire des juridictions nationales de cassation
découle de certaines dispositions transitoires des Actes uniformes, notamment les articles, 257, 258 et 337 de l’Acte portant organisation des
procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution. Pour une application de ces dispositions transitoires de cet AU, v. CS du
Cameroun, arrêt n° 201/CC du 5 juin 2003, publié dans Juridis Périodique, n° 59, juillet-août-septembre 2004, pp. 121 et s. ; commentaire F.
Anoukaha, « La délimitation de compétence entre la Cour Commune de Justice et d’Arbitrage... », Juridis Périodique, op. cit., pp. 118 et s.
79
Il ressort de cet alinéa que « le recours [le pourvoi en cassation] indique les Actes uniformes ou les Règlements prévus par le Traité dont
l'application dans l'affaire justifie la saisine de la Cour ».
15
1. Les cassations sans renvoi tacitement non suivies de l’évocation
Dans certaines situations, la CCJA casse les décisions sans renvoyer devant une
juridiction nationale, ni évoquer et ne précise pas explicitement qu’il n’y a pas lieu à évoquer
ou que l’évocation est dépourvue d’intérêt. Il s’agit ici des cas dans lesquels elle ne renvoie
pas après cassation et, implicitement, n’évoque pas.
L’exemple illustratif de cette cassation est offert par le célèbre arrêt dit des Epoux
Karnib80. Dans cette espèce, la Cour supranationale casse et annule une ordonnance du
Premier Président de la Cour d’appel d’Abidjan suspendant l’exécution d’un jugement de
condamnation sur le fondement des articles 180 et 181 du Code de procédure civile ivoirien.
Au soutien de sa décision, elle avance le motif de la violation de l’article 32 de l’Acte
uniforme relatif aux voies d’exécution auquel, selon elle, ne peuvent se substituer les articles
1er et 181 du Code de procédure civile précité, au regard de l’article 10 du Traité. Elle
n’évoque pas et ne renvoie pas aux juridictions nationales. L’absence d’évocation est perçue
dans cet arrêt par l’inexistence des formules couramment employées par la Cour dans les
arrêts de cassations avec évocation : « Sur l’évocation » ou encore « Evoquant et statuant sur
le fond »81.
Une lecture attentive de cette décision permet de trouver une explication à l’absence
d’évocation. En effet, la Cour régionale n’évoque pas parce qu’il n’y a plus rien à juger, la
décision nationale cassée s’étant limitée à suspendre l’exécution forcée engagée sans résoudre
une question de fond qui, d’ailleurs, ne se posait pas. Il y a lieu, par conséquent, de rendre
facultatif le devoir légal d’évocation pour permettre à la Cour commune de demeurer dans la
légalité quand elle est obligée de casser sans renvoyer et sans évoquer dès lors qu’à la suite de
la cassation, il n’y a plus rien à juger sur le fond.
Sur le plan pratique la CCJA n’est donc pas toujours tenue d’évoquer et de statuer sur
le fond. Cette conclusion s’impose d’autant plus que dans certains arrêts de cassation sans
renvoi, elle apprécie explicitement l’opportunité de l’évocation à travers plusieurs formules.
80
Arrêt n° 002/2001 du 11 octobre 2001, aff. Les Epoux Kamib c/ Société générale de banque en Côte d’Ivoire (SGBCI), RJCCJA, n°
spécial, janvier 2003, p. 37.
81
Cf. arrêts n° 025/2004 du 15 juillet 2004, RJCCJA, n° 4 juillet-décembre 2004, pp. 16 et s., et 017/2006 du 26 octobre 2006, RJCCJA, n° 8
juillet-décembre 2006, pp. 52 et s.
82
Cf. notamment CCJA, n° 036/2007 du 22 novembre 2007, aff. Sté Mobil Oil Cameroun SA c/ Nawessi Jean Gaston, RJCCJA, n° 10,
juillet-décembre 2007, pp. 50 et s. ; n° 015/ 2008 du 24 avril 2008, aff. Kinda Augustin Joseph et autres ayants droit de feu Kinda Valentin c/
Société générale des banques en Côte d’Ivoire et autres.
83
Aff. Société Abidjan Catering SA c/ Ly Moussa, RJCCJA, n° 7, janvier-juin 2006, pp. 50 et s.
16
posant pas un problème de fond dans la mesure où elle « n’a pas trancher de contestation ni de
litige entre les parties » comme l’a si bien relevé le défendeur au pourvoi.
Dans une autre espèce, la Cour commune constate que l’arrêt de la Cour d’appel objet
de la cassation viole l’article 15 de l’AUPSRVE84 en ce qu’il déclare recevable l’appel alors
que celui-ci avait été formé plus de quatre jours après le délai légal prévu par cette
disposition. Par conséquent, elle casse l’arrêt confirmatif de la Cour d’appel sans renvoyer
l’affaire devant les juges nationaux, mais souligne plutôt que « l’évocation est dépourvue
d’intérêt »85. Ici, il y a bien matière à juger, mais l’évocation est simplement dépourvue
d’intérêt parce que le jugement confirmé par l’arrêt de la Cour d’appel ayant subi la cassation
de la CCJA avait déjà acquis force de chose jugée avant que le juge d’appel ne soit saisi. Cet
arrêt offre un bel exemple de cas pratique pour lequel il plus respectueux de la sécurité
judiciaire, de ne pas évoquer. Le législateur n’a qu’à tirer les conséquences qui s’imposent en
rendant facultatif le devoir d’évocation.
En décidant qu’il n’y a pas lieu d’évoquer et que l’évocation est dépourvue d’intérêt,
la CCJA est particulièrement audacieuse car elle apprécie l’opportunité de l’évocation ; ce que
le législateur communautaire n’a pas prévu.
Dans un premier niveau, l’on peut envisager la rétrocession du pouvoir de statuer sur
le fond aux juridictions d’appel nationales. Pour garantir la sécurité judiciaire dans ce cas, une
triple action est envisageable. D’abord, pour lutter contre les lenteurs judiciaires, la
rétrocession devrait être accompagnée de la fixation d’un délai raisonnable à la Cour d’appel
pour vider sa saisine. Ensuite, pour garantir l’unité jurisprudentielle dans l’espace OHADA, il
serait nécessaire d’instituer un second pourvoi dans un délai bien déterminé qui sera examiné
définitivement par l’Assemblée plénière de la CCJA. Enfin, il serait opportun de distinguer les
attributions des deux Chambres de la CCJA de celles de son Assemblée plénière.
84
Acte uniforme portant organisation des procédures simplifiées de recouvrement et des voies d’exécution.
85
CCJA, arrêt n° 003/2006 du 9 mars 2006, affaire Koua née Assita Banfran c/ Djobo Benjamin Esso, RJCCJA, n° 7, janvier-juin 2006, pp.
54 et s.
17
décision du juge de renvoi qui sera examiné définitivement par l’Assemblée plénière de la
Cour suprême communautaire.
Dans les deux cas de figures ci-dessus, il y a lieu de suggérer la prise d’une disposition
selon laquelle la CCJA peut casser sans renvoi à condition que la portée de sa cassation et
celle de son pouvoir d’évocation s’étendent seulement aux seules questions soulevant
l’application du droit uniformisé, sauf en cas de connexité entre droit communautaire et droit
national.
18