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Droit Des Entreprises en Difficulte Ohada

Le document présente un cours sur le droit des entreprises en difficulté à l'Université de Yaoundé II, soulignant l'importance des entreprises pour l'économie et les défis qu'elles rencontrent. Il aborde les concepts clés, l'évolution du droit des faillites vers le droit des entreprises en difficulté, ainsi que les objectifs et caractéristiques des procédures collectives. Enfin, il met l'accent sur la nécessité de prévention des difficultés par des moyens d'information et de détection précoce.

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Droit Des Entreprises en Difficulte Ohada

Le document présente un cours sur le droit des entreprises en difficulté à l'Université de Yaoundé II, soulignant l'importance des entreprises pour l'économie et les défis qu'elles rencontrent. Il aborde les concepts clés, l'évolution du droit des faillites vers le droit des entreprises en difficulté, ainsi que les objectifs et caractéristiques des procédures collectives. Enfin, il met l'accent sur la nécessité de prévention des difficultés par des moyens d'information et de détection précoce.

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UNIVERSITE DE YAOUNDE II- SOA

FACULTE DES SCIENCES JURIDIQUES ET POLITIQUES

DEPARTEMENT DE DROIT DES AFFAIRES

ANNEE ACADEMIQUE 2023-2024

Master 1

COURS DE
/

DROIT DES ENTREPRISES EN


DIFFICULTES

Pr. GATCHOUP TCHINDA D.

Dr. ZOUATCHAM Hubert P.

1
ELEMENTS DE BIBLIOGRAPHIE

ANTONINI-COCHIN (L) et HENRY(L.C), Droit des entreprises en difficulté,


mementos, Gualino Lextenso, 2022 ;

EKOM (G-F), L’introduction de la procédure de conciliation dans l’AUPCAP,


mémoire de master, Université de Yaoundé II, 2017 ;

KALIEU ELONGO (Y-R), Le droit des procédures collectives, PUA, 2016 ;

, « Les organes des procédures collectives »,


Encyclopédie du droit OHADA, éd. Lamy 2011, p. 1295 ;

KENMOGNE SIMO (A), « La prévention de la défaillance des entreprises dans


les Etats africains parties à l’OHADA », Revue Juridique de l’Ouest, 2008/2, pp.
183-203 ;

KOM (J), Droit OHADA des entreprises en difficulté, prévention-traitements-


sanctions, 2ième édition, Etudes Africaines, L’Harmattan, décembre 2022 ;

LE CORRE (P.-M), Droit et pratique des procédures collectives, Dalloz


2023/2024 ;

MERLE (Ph), Droit commercial, Sociétés commerciales, 8ième éd., Dalloz 2001 ;

NANDJIP MONEYANG (S), « La réforme des procédures collectives


OHADA : quelle avancée pour le traitement des difficultés des entreprises ? »,
Lenemro, juillet-septembre 2017, p. 207 et s ;

NEMEDEU (R), « La responsabilité du commissaire aux comptes en droit


OHADA », RASJ 2011, vol. 8, n°2, pp.1et s ;

PEROCHON (F) et BONHOMME (R), Entreprises en difficulté, Instruments de


crédit et de paiement, 4ième édition, L.G.D.J, octobre 1999 ;

2
POUGOUE (P-G), ANOUKAHA (F) et NGUEBOU (J), Le droit des sociétés
commerciales et du groupement d’intérêt économique OHADA, collection droit
uniforme, PUA, octobre 1998 ;

3
INTRODUCTION GENERALE

L’entreprise est une unité économique juridiquement autonome dont la


principale fonction est de produire des biens et services pour le marché. Elle
poursuit plusieurs objectifs, notamment économique : elle doit produire des
biens et des services dans le but de répondre aux attentes et aux besoins des
consommateurs. Elle doit aussi commercialiser ces biens et services afin d’en
dégager une valeur ajoutée ou un profit pour garantir sa pérennité.

Les entreprises jouent un rôle essentiel dans le développement d’un pays :


elles sont un moteur de stabilité et de croissance économique, en ce sens qu’elles
fournissent des services, des produits et des recettes fiscales de grande valeur
qui contribuent directement à la santé de la communauté. Elles fournissent
également des emplois. C’est donc dire que les entreprises sont importantes pour
la santé économique d’un pays et le bien-être des citoyens. Ces différentes
finalités peuvent être biaisées par certains problèmes qu’elles peuvent connaître.

En effet, comme un organisme vivant, l’entreprise naît, vit et peut être source
de désordres dont les plus graves peuvent provoquer sa disparition. Les
difficultés des entreprises peuvent être de plusieurs sources, notamment une
comptabilité mal tenue ou pas du tout tenue, une rémunération et des avantages
salariaux excessifs, des investissements insuffisants ou vétustes pour satisfaire le
marché, la confusion de patrimoines entre le patrimoine personnel ou familial et
le patrimoine de l’entreprise. Les difficultés ou ‘’maladies’’ de l’entreprise ne
peuvent pas laisser le législateur indifférent, car le débiteur en difficulté va
manquer à ses engagements et perturber ainsi l’ordre juridique.

En effet, l’entreprise en difficulté ne paie pas d’impôts sur les bénéfices


qu’elle ne réalise pas et contribue moins à la production nationale. Elle peut se
trouver obliger de licencier ses salariés et surtout elle est contagieuse : en
cessant d’exécuter ses engagements, elle met ses propres clients et fournisseurs

4
en difficulté et propage ainsi ses maladies aux autres entreprises. Pour éviter ce
risque d’engrenage des faillites en cascade, ont été mises sur pied des mesures
dites droit des entreprises en difficulté. De manière générale, certaines mesures
interviennent avant l’état de cessation de paiement, d’autres à la suite de la
cessation de paiement. Pour mieux comprendre ce mécanisme, il convient de
clarifier certains concepts (A), de faire état de l’évolution du droit des
entreprises en difficulté (B), de rechercher ses objets et finalités (C) et de
présenter ses caractères (D).

A- Définition

Plusieurs concepts nous semblent intéressants pour bien comprendre la


matière :

- L’entreprise : c’est un ensemble de moyens humains et


matériels concourant à la réalisation d’un objectif économique ; c’est
également un ensemble de moyens de production, une organisation et une
activité économique. Elle peut être individuelle ou collective.
- Les difficultés : cette notion n’est pas juridique et est difficile
à définir. Mais on peut l’entendre comme tout empêchement, tout obstacle
qui entrave le fonctionnement normal de l’entreprise. Il est tout de même
difficile d’établir à quel seuil de défaillance une entreprise est qualifiée
d’entreprise en difficulté.
- Droit des entreprises en difficulté : encore appelé droit des
procédures collectives, le droit des entreprises en difficultés est
l’ensemble des règles destinées à organiser la prévention et le traitement
des difficultés des entreprises. Cette discipline propose aux entreprises des
solutions variées en vue de les aider à s’adapter afin de résister aux
adversités ou à surmonter les difficultés lorsque cela est possible. Ainsi,
selon que les difficultés sont latentes ou avérées, des solutions distinctes
vont s’appliquer soit pour prévenir la défaillance, soit pour contribuer à la
5
continuation de l’activité, soit encore pour procéder à sa liquidation si cela
s’impose. Il convient maintenant de présenter l’évolution du droit des
entreprises en difficultés.

B- Du droit des faillites au droit des entreprises en difficultés

Le droit des faillites a été pendant longtemps dominé par deux traits, son
caractère répressif et l’intérêt au créancier victime de la défaillance du débiteur.
Ce droit là était alors d’essence pénale et visait à sanctionner les commerçants
qui avaient failli à leurs engagements dans la mesure où ils étaient vus comme
des délinquants. Le failli encourait ainsi des sanctions sévères, auxquelles s’est
ajoutée dès l’époque romaine l’organisation d’une procédure collective de vente
des biens du débiteur à l’initiative et au profit des créanciers, sous le contrôle de
l’autorité publique. Ce rôle moteur des créanciers les autorisait à rechercher
éventuellement la conclusion d’un accord collectif avec le débiteur (concordat
que devrait homologuer le juge) susceptible de leur permettre d’être payés plus
vite et à moindres frais.

Le code de commerce de 1807 n’a pas rompu avec ces principes et a


renforcé le rôle du juge, dans le but d’assurer en particulier un traitement
égalitaire à tous les créanciers. Cette procédure collective égalitaire était
applicable au seul débiteur commerçant et au plan civil le paiement se faisait au
prix de la course. Cette rigueur de la répression a été à l’origine de plusieurs
scandales avec des effets pervers, et les débiteurs en difficulté tentaient tout
moyen pour retarder ou dissimiler la cessation de paiements et parfois
s’enfonçaient davantage dans le gouffre. C’est la loi du 28 mai 1838 qui va
amorcer une évolution remarquable dans le sens de l’atténuation de cette
rigueur. Cette évolution est accentuée par la loi du 4 mars 1889 qui met au
devant l’idée selon laquelle le débiteur défaillant n’est pas forcément
malhonnête et dangereux. Le décret du 20 mai 1955 va par la suite mettre
davantage l’accent sur la nécessité de distinguer le débiteur de bonne foi et celui
6
qui ne l’est pas. Il tient ainsi plus compte de la moralité du débiteur tout en
méconnaissant les réalités économiques.

Par ailleurs, il s’est avéré que la cessation de paiements marque assez


souvent le début de l’agonie de l’entreprise, d’où la nécessité de chercher à
appréhender les difficultés bien avant ces moments. C’est l’une des raisons
d’être du droit des entreprises en difficultés.

Fondamentalement, la loi du 13 juillet 1967 est le point de départ du droit


des entreprises en difficultés. Elle sera suivie par la réforme du 1er mars 1984
relative à la prévention et au règlement amiable des difficultés des entreprises et
celle du 25 janvier 1985 relative au redressement et à la liquidation judiciaires
des entreprises.

Depuis la réforme du 1er mars 1984, la notion d’entreprise en difficulté a


été substituée à celle de faillite. Le législateur OHADA a fait sien cette notion
de ‘’droit des entreprises en difficulté’’ dans son Acte Uniforme portant
Procédures Collectives d’Apurement du Passif en instituant d’une part les
procédures de prévention des difficultés (conciliation et règlement préventif) et
d’autre part les procédures de traitement des difficultés (redressement judiciaire
et liquidation des biens). Le premier Acte Uniforme OHADA en la matière a été
pris en 1998. Ce dernier a fait l’objet d’une réforme le 10 septembre 2015 et est
entré en vigueur le 24 décembre 2015. Quelles peuvent être les finalités des
procédures collectives ?

C- Objets et finalités des procédures collectives

L’entreprise est la cellule de base de la production et donc de


développement. C’est l’un des maillons essentiels de la chaine économique qui
doit être fondamentalement préservé. C’est à cela que s’attèle globalement le
droit des procédures collectives. Ce dernier poursuit ainsi plusieurs objectifs :

7
- D’abord, il vise à prévenir les difficultés des entreprises, préserver
l’emploi et maintenir l’ordre social et économique ;
- ensuite, il vise à préserver le crédit ; en effet, le crédit est indispensable
à l’évolution du commerce et pour y arriver, il faut éviter les
défaillances des entreprises.

De manière générale, le droit des procédures collectives a vocation à prévenir


et à traiter les défaillances des entreprises sans prétendre éradiquer le risque dans
la mesure où ce dernier est inhérent à toute activité économique. Il présente des
caractères précis.

D- Les caractères des procédures collectives

Parmi les traits de caractères des procédures collectives, on peut citer :

- Le caractère collectif : Les procédures collectives sont une voie


d’exécution collective des biens du débiteur défaillant. Ici, afin de se
faire payer, les créanciers doivent saisir collectivement les biens de
leur débiteur commun, les vendre et se faire payer sur le prix de vente
dans le respect des privilèges des uns et des autres ;
- le caractère conflictuel : Ce trait de caractère tient de la présence dans
les procédures collectives d’une pluralité d’intérêts conduisant à une
difficulté de les résoudre équitablement. En effet, l’ouverture d’une
procédure collective entraîne un conflit d’intérêts entre les droits des
créanciers d’une part et d’autre part les intérêts du débiteur ;
- le caractère judiciaire : Ce caractère est lié à l’intervention du
judiciaire dans le domaine ; même si le législateur a tendance à vouloir
réduire l’intervention du juge dans les procédures amiables telles que
la conciliation, la médiation, il semble évident que le judiciaire doit
intervenir dans les procédures de règlement préventif, de redressement
judiciaire et de liquidation des biens. L’ouverture des procédures

8
collectives passe donc nécessairement par la saisine de la juridiction
compétente qui doit veiller au respect des règles procédurales et à la
protection des intérêts en présence.

En définitive, le droit des procédures collectives vise d’une part la


prévention des difficultés et d’autre part le traitement des difficultés des
entreprises. Outre l’Acte Uniforme de 2015, le droit des procédures collectives
fait appel aux règles issues d’autres disciplines du droit notamment le droit
commercial, le droit des sociétés commerciales, le droit civil du crédit, le droit
de recouvrement des créances et des voies d’exécution, le droit international
privé…Il convient dès lors d’aborder cet enseignement d’abord par l’étude des
procédures préventives des difficultés (Partie I) et ensuite par celle des
procédures de traitement des difficultés des entreprises (Partie II). Il ne faut
surtout pas perdre de vue le fait les procédures collectives peuvent être
internationales (Partie III).

9
PREMIERE PARTIE : LA PREVENTION DES DIFFICULTES
DES ENTREPRISES

Le redressement d’une entreprise est très difficile à opérer dès lors qu’elle
est en état de cessation de paiements. Il est donc indispensable d’intervenir en
amont en utilisant les moyens de prévention des difficultés des entreprises.
Certaines procédures préventives visent à détecter les difficultés des entreprises
(chap. I) tandis que d’autres visent à traiter les difficultés (chap. II). A coté de
ces mesures, il faut examiner également les procédures collectives préventives
(chap. III).

10
Chapitre I : Les procédures préventives visant à détecter les
difficultés des entreprises

Selon un adage populaire, il vaut mieux prévenir que guérir. C’est


conformément à cette philosophie que le législateur OHADA a mis sur pied des
moyens de prévention des difficultés de l’entreprise. Parmi ceux-ci, certains
permettent de détecter précocement les difficultés qui se pointent à l’horizon : Il
s’agit notamment de l’information (S1) et de la procédure d’alerte (S2).

Section 1 : L’information

L’information présente une très grande importance dans la question de la


prévention de la défaillance des entreprises, ceci du fait de la complexité
grandissante de la gestion de celles-ci et aussi du fait de son importance dans
l’exercice du contrôle des entreprises. Il convient d’analyser le contenu de
l’information (§1) et son caractère (§2).

§1 : Le contenu de l’information

L’information est une donnée essentielle du dispositif de prévention de la


défaillance des entreprises. Il s’agit à la fois de l’information sur le passé et
surtout de l’information prévisionnelle puisque sont exigés l’établissement d’un
plan de financement et l’évolution de la situation de la trésorerie.

Il s’agit également de l’exigence de l’information comptable et financière.


En ce sens, sont requis les documents comptables suivants : le bilan, le compte
de résultat, le tableau financier des ressources et des emplois et l’état annexé.
Ces éléments doivent présenter des caractères déterminés.

§2 : Les caractères de l’information

Les documents comptables doivent être établis suivant les principes de


sincérité, de régularité et de transparence, c’est-à-dire que l’information donnée
doit présenter l’image fidèle de l’entreprise. L’information doit aussi être
11
actuelle, ce qui nécessite une mise à jour permanente afin de ne pas prendre des
décisions sur la base de données dépassées.

Finalement, l’information est un moyen de gestion fiable et une garantie


indispensable pour la protection des intérêts des acteurs de l’activité
économique. Elle joue un rôle important dans la prévention et le traitement des
difficultés des entreprises. Sur le fondement des informations comptables,
financières et sociales, les dirigeants peuvent prévenir les difficultés et prendre
des mesures adaptées à la situation de l’entreprise. A côté de l’information
comme moyen de détecter les difficultés d’une entreprise, il faut relever aussi le
rôle joué par la procédure d’alerte.

Section 2 : La procédure d’alerte

La procédure d’alerte intervient lorsque des faits susceptibles de


compromettre la continuité de l’exploitation sont perceptibles. Il s’agit de mettre
les dirigeants sociaux face à leurs responsabilités. Elle peut être mise en œuvre
par le commissaire aux comptes (§1) ou par les associés (§2).

§1 : L’alerte par les commissaires aux comptes

Le commissaire aux comptes a un devoir d’alerte. Ce devoir s’impose dès


lors que se produit un fait de nature à compromettre la continuité de
l’exploitation, notamment un fait qui peut conduire à la cessation des paiements
si aucune mesure n’est prise. Il s’agit pour lui de « tirer la sonnette d’alarme »,
c’est-à-dire, attirer l’attention des dirigeants sociaux sur des faits pouvant
compromettre la continuité de l’exploitation. L’alerte peut se faire tant dans les
sociétés par actions (B) qu’en dehors de celles-ci (A).

A- L’alerte faite dans les sociétés autres que les sociétés par actions

L’alerte est réglementée par les articles 150-152 de l’Acte


Uniforme portant sociétés commerciales et GIE. Dans les sociétés autres

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que les sociétés par actions, l’alerte se fait par lettre au porteur contre
récépissé ou par lettre recommandée avec avis de réception. Par ce
moyen, le commissaire aux comptes adresse une demande d’explication
au gérant sur les faits qu’il a pu relever lors de l’examen des documents à
lui communiqués ou dont il a pu avoir connaissance à l’occasion de
l’exercice de sa mission. Le gérant est tenu de répondre dans les 15 jours
qui suivent la réception de cette demande d’explication, en donnant une
analyse de la situation et en précisant le cas échéant les mesures
envisagées.

En cas de non réponse du gérant ou s’il constate qu’en dépit des décisions
prises, la continuité de l’exploitation demeure compromise, le commissaire aux
comptes doit établir un rapport spécial et inviter par écrit le gérant à faire
délibérer la prochaine assemblée les faits relevés.

Si à l’issue de l’assemblée le commissaire aux comptes constate que les


décisions prises ne peuvent permettre aucunement la continuité de l’exploitation,
il doit informer sans délai le président du tribunal compétent de ses démarches et
lui en communiquer les résultats.

B- L’alerte faite dans les sociétés par actions

L’alerte dans les sociétés par actions est régie par les articles 153-156 de
l’Acte Uniforme portant Droit des sociétés commerciales. Le législateur a mis
en place un dispositif d’alerte visant à attirer l’attention des dirigeants sociaux,
en cas d’évolution préoccupante de la situation de l’entreprise, sur la nécessité
dans laquelle ils sont de prendre des mesures en faveur du redressement de la
situation. C’est un véritable devoir pour le commissaire aux comptes. L’alerte
doit être déclenchée dès lors qu’à l’occasion de l’exercice de sa mission
permanente de contrôle et de surveillance, le commissaire aux comptes découvre
des faits de nature à compromettre la continuité de l’exploitation. Cette alerte

13
doit provoquer des mesures de redressement qui devraient permettre d’éviter la
cessation de paiements de la société.

La procédure est lourde. Dans les sociétés par actions, le commissaire aux
comptes envoie sa demande d’explication au PCA, au PDG ou à l’administrateur
général ou au Président. Ceux-ci disposent également d’un délai de 15 jours
suivant la réception de la demande d’explication pour apporter une réponse aux
commissaires aux comptes. A défaut de réponse ou de réponse insatisfaisante, le
commissaire aux comptes invite le PCA ou le PDG à faire délibérer le conseil
d’administration ou l’administrateur général ou le Président à se prononcer sur
les faits révélés. Si en dépit des décisions prises la continuité de l’exploitation
demeure compromise, le commissaire aux comptes établit un rapport spécial qui
est présenté à la prochaine assemblée générale des actionnaires. En cas
d’urgence, il peut lui-même convoquer une assemblée générale extraordinaire
pour soumettre ses conclusions aux actionnaires. Si à l’issue de cette AGE, les
décisions prises ne permettent pas d’assurer la continuation des activités de
l’entreprise, il doit informer la juridiction compétente de ses démarches tout en
lui communiquant les résultats, sous peine de responsabilité pénale ou
professionnelle.

En dehors du commissaire aux comptes, l’alerte peut également être


déclenchée par les associés.

§2 : L’alerte par les associés

La procédure d’alerte peut être déclenchée par les associés. C’est à la fois
un droit et une faculté pour les associés. Ainsi, dans les sociétés autres que les
sociétés anonymes, tout associé non gérant peut deux fois par exercice, adresser
par écrit, des questions au gérant sur tout fait de nature à compromettre la
continuité de l’exploitation. Le gérant répond par écrit aux questions posées
dans le délai d’un mois. Dans le même délai, il adresse une copie de la question

14
et de sa réponse aux commissaires aux comptes s’il en existe (Art. 157 AU
portant Sociétés Commerciales).

Dans la SA, tout actionnaire peut, deux fois par exercice, poser des
questions au PCA, au PDG ou à l’administrateur général selon le cas, sur tout
fait de nature à compromettre la continuité de l’exploitation. La réponse est
communiquée aux commissaires aux comptes. Le PCA, le PDG ou l’AG répond
par écrit aux questions posées dans le délai d’un mois. Dans le même délai, il
adresse copie de sa réponse aux commissaires aux comptes (art. 158 AU portant
Sociétés Commerciales).

La procédure d’alerte, lorsqu’elle est mise en application, améliore


considérablement la détection précoce des difficultés des entreprises et en
favorise le traitement.

15
Chapitre II : Les procédures préventives visant à traiter les
difficultés des entreprises

Trois mesures vont retenir notre attention :

- Le remplacement des dirigeants (S1) ;


- le financement des entreprises (S2) ;
- la demande des délais de grâce (S3).
Section 1 : Le remplacement des dirigeants

Les dirigeants peuvent être à l’origine des difficultés des entreprises. Tel
est le cas notamment en cas de leur incompétence, de leur mauvaise foi, d’un
manque de probité au regard des malversations enregistrées. Il devient ainsi
urgent de mettre fin à leurs fonctions et de procéder à leur remplacement par des
personnes qui pourraient aider la structure à recouvrer sa santé financière. Les
modalités de remplacement des dirigeants sont fonction de la nature de
l’entreprise. Ainsi, il s’agira dans le cadre d’une entreprise individuelle soit de
mettre le fonds en location-gérance, soit de céder l’entreprise, soit d’apporter le
fonds de commerce en société. Par contre, dans l’entreprise sociétaire, le
remplacement des dirigeants nécessite la convocation d’une assemblée générale
extraordinaire à l’issue de laquelle le vote doit se faire. Les dirigeants sociaux
peuvent être révoqués notamment, pour les fautes de gestion commises dans
l’exercice de leurs fonctions. Il s’agit ici d’empêcher ceux-ci de porter atteinte à
l’intérêt social.

Section 2 : Le financement des entreprises

Les entreprises peuvent connaître des défaillances du fait de l’insuffisance


de leurs fonds. Le financement des entreprises consiste donc ici à renflouer les
dans une certaine mesure les caisses de l’entreprise en vue de rechercher une
stabilité.

16
Lorsqu’une entreprise est en difficultés, elle peut recourir aux techniques
de financement pour résoudre ses problèmes, notamment :

- Le recours au crédit bancaire au regard du rôle indispensable du


banquier à différentes étapes de la vie d’une entreprise ;
- le recours aux emprunts obligataires, à l’augmentation de capital…

En effet, à certaines étapes de la vie de l’entreprise, elle a besoin de faire


recours aux financements, notamment bancaires pour apporter une
bouffée d’oxygène à l’entreprise. Cette dernière doit faire recours au
dispensateur de crédit lorsque sa situation l’exige. Ce concours est
d’ailleurs parfois nécessaire même quand il n’y a pas véritablement de
difficultés.

Par ailleurs, les entreprises en difficulté peuvent également se retourner


vers l’Etat. Ceci est possible dans les hypothèses où les difficultés sont graves.
Les aides publiques peuvent se matérialiser en concours directs tels les
subventions, les prêts à long terme, les aides fiscales ou douanières…

Les aides publiques peuvent consister aussi en des concours indirects,


notamment la réduction des charges de l’entreprise, la simplification des
formalités administratives, l’assainissement du climat des affaires qui conduit à
coup sûr à l’instauration d’une certaine éthique dans le monde des affaires.

Section 3 : La demande des délais de grâce

Lorsqu’il existe des difficultés de paiement, un report d’échéance peut


être convenu entre l’entreprise débitrice et ses créanciers à un échéancier bien
déterminé. Lorsqu’il y a une pluralité de créanciers, le report d’échéance peut
prendre la forme d’un concordat amiable, c’est-à-dire un accord passé entre le
débiteur et ses différents créanciers au terme duquel les créanciers accordent des
délais de paiement ou des remises de dettes à leur débiteur afin d’éviter qu’il se

17
retrouve en état de cessation de paiements. Cet accord n’est opposable qu’aux
créanciers qui y font partie.

Le délai de grâce peut également être accordé par le juge ; le juge doit
dans cette hypothèse tenir compte de la situation de l’entreprise débitrice et de
celle de ses créanciers.

18
Chapitre III : Les procédures collectives préventives

Nous examinerons tour à tour la conciliation (S1) et le règlement préventif


(S2).

Section 1 : La conciliation

La conciliation est une procédure ouverte à toute personne physique qui


exerce une activité professionnelle, indépendante, civile, commerciale,
artisanale ou agricole, à toute personne morale de droit privé ainsi qu’à toute
entreprise publique ayant la forme d’une entreprise de droit privé. C’est une
procédure consensuelle et confidentielle qui vise à éviter la cessation de
paiement de l’entreprise débitrice par le biais d’une restructuration financière ou
opérationnelle. Cette restructuration passe par des négociations privées et aboutit
à la conclusion d’un accord de conciliation entre le débiteur et ses créanciers. La
procédure est l’œuvre du conciliateur qui doit être un tiers neutre, impartial et
indépendant (art. 2 al 1 AU). La décision d’ouverture de la conciliation (§2)
suppose que les conditions d’ouverture sont réunies (§1). Elle conduit à
l’observation d’une procédure (§3) et la conciliation connaît un dénouement
(§4).

§1- Les conditions d’ouverture de la procédure de conciliation

Certaines conditions sont de fond (A) et d’autres de forme (B).

A- Les conditions de fond d’ouverture

La procédure de conciliation est ouverte lorsque l’entreprise connaît des


difficultés avérées ou prévisibles sans toutefois être en état de cessation de
paiements. Il s’agit donc dans cette procédure de trouver un accord amiable
entre le débiteur et ses principaux créanciers et cocontractants pour tenter de
mettre un terme aux difficultés (art. 5-1 de l’AU).

19
B- Les conditions de forme d’ouverture

La conciliation intervient sur requête du débiteur ou par une requête


conjointe du débiteur avec un ou plusieurs de ses créanciers, à la suite de
laquelle le président du tribunal ouvre la procédure de conciliation et désigne un
conciliateur.

Cette requête doit être écrite et exposer à la fois les difficultés et les mesures
envisagées pour y faire face comme les délais de grâce, les remises de
dettes…elle est adressée au président de la juridiction matériellement compétent
conformément à l’art. 3 de l’AU. La compétence exclusive des juridictions
statuant en matières commerciales visée par l’ancien acte uniforme en son art. 3
al. 1er n’est plus visée par le nouveau texte. Désormais, chaque Etat partie a la
possibilité de désigner la ou les juridictions qui ont seules compétence pour
connaître des procédures collectives. La voie de la spécialisation des juridictions
en matière des procédures collectives est ainsi ouverte aux Etats.

Au plan territorial, la juridiction compétente est celle du ressort duquel le


débiteur personne physique a son principal établissement ou la personne morale
a établi son siège social (art. 3-1 de l’AU). Si le principal établissement ou le
siège social est à l’étranger, la procédure se déroule devant la juridiction dans le
ressort de laquelle se trouve le principal centre d’exploitation du débiteur
personne physique ou personne morale situé sur le territoire national.

Cette requête est accompagnée des documents suivants, datant de moins de


30 jours :

- Une attestation d’immatriculation, d’inscription ou de déclaration


d’activité à un registre ou à un ordre professionnel ou à défaut, tout
autre document de nature à prouver la réalité de l’activité exercée par
le débiteur ;

20
- le cas échéant, les états financiers de synthèse comprenant le bilan, le
compte de résultat, un tableau financier des ressources et des emplois,
l’état annexé et, en tout état de cause, le montant du chiffre d’affaires
et des bénéfices ou des pertes des 3 derniers exercices ;
- un état de la trésorerie et un état chiffré des créances et des dettes avec
indication des dates d’échéance ;
- un document indiquant le nombre de travailleurs déclarés et
immatriculés, à la date de la demande ;
- une attestation émanant du débiteur par laquelle il déclare sur
l’honneur ne pas être en état de cessation de paiements et précise en
outre qu’il n’est pas soumis à une procédure de règlement préventif, de
redressement judiciaire ou de liquidation des biens qui ne serait pas
clôturée ;
- si le débiteur propose un conciliateur, un document indiquant les noms,
prénoms, qualités et domicile de la personne proposée et une
attestation de cette dernière indiquant ses compétences
professionnelles ;
- le cas échéant, un document indiquant les noms, prénoms et domicile
des créanciers qui se joignent à la demande du débiteur et le montant
de leurs créances et des éventuelles sûretés dont elles sont assorties
(art. 5-2 de l’AU).

Ces documents doivent être datés, signés et certifiés conformes et sincères


par le requérant. Dans le cas où ces documents ne peuvent être fournis ou ne
peuvent l’être que partiellement, la requête doit indiquer les motifs de cet
empêchement.

§2- La décision d’ouverture de la conciliation

L’ouverture de la procédure de conciliation nécessite préalablement la


vérification de la situation de l’entreprise. En vertu de son pouvoir
21
d’investigation, le président de la juridiction compétente doit s’assurer que
l’entreprise qui sollicite la conciliation n’est pas déjà en état de cessation de
paiement. N’étant pas tenu au secret professionnel, il peut solliciter et obtenir
tous les renseignements utiles à une meilleure connaissance de l’entreprise. Il
peut à cet effet ordonner une expertise sur la situation économique, sociale et
financière de l’entreprise et obtenir des établissements bancaires et financiers
tous renseignements de nature à lui donner une information exacte sur cette
situation.

Lorsque le président décide de l’ouverture d’une procédure de


conciliation, il nomme un conciliateur pour une durée n’excédant pas 3 mois. Ce
délai peut être prorogé d’un mois par une décision motivée du président sur
demande du débiteur après avis du conciliateur. Si à l’expiration de ce délai,
aucune conciliation n’est obtenue, la procédure prend fin de plein droit et il ne
peut être ouvert une nouvelle procédure de conciliation avant l’expiration d’un
délai de 3 mois.

En cas d’absence d’accord, le conciliateur présente sans délai un rapport


écrit au président de la juridiction. Celui-ci met fin à sa mission et à la
conciliation après avoir entendu le débiteur.

Le conciliateur quant à lui doit avoir le plein exercice de ses droits civils,
justifier de sa compétence professionnelle et demeurer indépendant et impartial
vis-à-vis des parties à la conciliation.

§3- Le déroulement de la procédure de conciliation

Le conciliateur a pour mission principale de favoriser entre le débiteur et


les créanciers la conclusion d’un accord amiable destiné à mettre fin aux
difficultés de l’entreprise. Cette mission doit s’effectuer dans la discrétion.
Ainsi, toute personne qui a connaissance de la conciliation est tenue à la
confidentialité. Afin de faciliter le succès de sa mission, le président

22
communique au conciliateur les renseignements dont il dispose et le cas échéant,
les résultats de l’expertise sur la situation économique et financière du débiteur.
En contrepartie, le conciliateur a l’obligation de lui rendre compte en
permanence de l’état d’avancement de sa mission.

§4- La fin de la procédure de conciliation

La conciliation peut prendre fin à la suite de plusieurs évènements ;


d’abord, elle peut prendre fin à l’expiration des délais fixés par la loi, soit après
3 mois ou après 4 mois au cas où il y a eu prorogation.

Ensuite, lorsque le conciliateur ne parvient pas à trouver un accord entre


les différentes parties, il présente sans délai un rapport écrit au président, qui
met fin à sa mission et à la conciliation après avoir entendu le débiteur. La
décision mettant fin à la conciliation et à la mission du conciliateur en l’absence
d’accord est notifiée à la fois au débiteur, au conciliateur et aux créanciers et
cocontractants appelés à la conciliation sans délai. Elle ne fait l’objet d’aucune
publicité.

Bien plus, à tout moment et en l’absence de la cessation de paiements, le


débiteur peut demander à ce qu’il soit mis fin à la mission du conciliateur et à la
conciliation et dans un tel cas, le président de la juridiction compétente y met fin
sans délai. C’est également le cas lorsque survient la cessation de paiements.

La conciliation peut prendre fin par l’ouverture d’une procédure de règlement


préventif, de redressement judiciaire ou de liquidation des biens.

Section 2 : Le règlement préventif

Le règlement préventif constitue également une procédure de prévention


des difficultés. Il concerne les mêmes personnes que la procédure de
conciliation. Il doit permettre de détecter le plus rapidement possible les
difficultés de l’entreprise et de proposer des solutions pour les éviter. Au moyen

23
d’un concordat préventif, les parties sont amenées à prendre toutes les mesures
susceptibles d’éviter les dérives tant dans la gestion des actifs et du passif de
l’entreprise en difficulté que dans sa politique des investissements à court et
moyen terme. Autrement dit, le règlement préventif est destiné non seulement à
éviter la cessation des paiements de l’entreprise mais également à la
sauvegarder. Il convient d’examiner ses conditions d’ouverture (§1), le
déroulement de la procédure (§2) et les effets du concordat préventif (§3).

§1- Les conditions d’ouverture du règlement préventif

L’Acte Uniforme aménage les conditions générales d’ouverture de la


procédure de règlement préventif tout en aménageant les dispositions
particulières pour le règlement préventif simplifié. Il s’agit des conditions de
fond (A) et des conditions de forme (B).

A- Les conditions de fond

Elle est ouverte au débiteur qui, sans être en état de cessation de paiements,
connaît des difficultés économiques et financières sérieuses, art. 6 de l’Acte
Uniforme. C’est dire que l’entreprise est ici dans une situation économique et
financière difficile mais pas irrémédiablement compromise. Les difficultés
financières peuvent être justifiées notamment par le retard dans la rentrée des
fonds propres liées à la mauvaise vente, la défaillance tenant à la rupture du
crédit.

La difficulté économique est démontrée à travers tout évènement qui affecte


l’activité de l’entreprise, en l’occurrence les incertitudes liées à
l’approvisionnement, la perte d’un client important…

B- Les conditions de forme

Cette procédure est ouverte à la suite d’une requête du débiteur et/ou des
créanciers déposée au greffe du tribunal compétent. Dans cette requête, le

24
débiteur expose ses difficultés financières ou économiques ainsi que les
perspectives de redressement de l’entreprise et d’apurement du passif. Cette
requête doit contenir une offre de concordat préventif qui précise les mesures et
les conditions envisagées pour redresser la structure. Il peut s’agir notamment du
remplacement de dirigeants, des licenciements pour motif économique, des
modalités de continuation de l’entreprise par la demande des délais de grâce ou
des remises de dettes (Art. 7 de l’AU).

Cette requête est accompagnée de certains documents, notamment :

- Une attestation d’immatriculation, d’inscription ou de déclaration


d’activité à un registre ou à un ordre professionnel ou à défaut, tout
autre document de nature à prouver la réalité de l’activité exercée par
le débiteur ;
- les états financiers de synthèse comprenant le bilan, le compte de
résultat, un tableau financier des ressources et des emplois, l’état
annexé et, en tout état de cause, le montant du chiffre d’affaires et des
bénéfices ou des pertes des 3 derniers exercices ou à défaut tout autre
document de nature à établir la situation financière et économique du
débiteur si la requête est introduite par un débiteur répondant à la
définition de la petite entreprise conformément à l’art. 1-3;
- un état de la trésorerie et un état chiffré des créances et des dettes avec
indication des noms, qualités et adresses des créanciers et des dates
d’échéance ou à défaut tout autre document de nature à établir la
capacité du débiteur de faire face à son passif exigible avec son actif
disponible si la requête est introduite par un débiteur répondant à la
définition de la petite entreprise ;
- un document indiquant le nombre de travailleurs et le montant des
salaires et des charges salariales à la date de la demande, ou à défaut
tout autre document de nature à permettre d’identifier et de dénombrer

25
les travailleurs du débiteur et d’estimer le montant des salaires et des
charges salariales si la requête est introduite par un débiteur répondant
à la définition de la petite entreprise ;
- une attestation émanant du débiteur par laquelle il déclare sur
l’honneur ne pas être en état de cessation de paiements ;
etc. voir art 6-1 de l’AU.

§2- Le déroulement de la procédure de règlement préventif

La requête doit s’accompagner d’un projet de concordat préventif qui


précise les mesures envisagées pour le redressement de l’entreprise. Le
concordat doit donc s’atteler à rechercher d’une part les mesures
d’assainissement et de continuation de l’entreprise et d’autre part les modalités
et garanties de règlement du passif.

Si le président de la juridiction compétente estime que le projet de


concordat préventif est sérieux, il ouvre la procédure de règlement préventif,
désigne un expert au règlement (art. 8 de l’AU) et rend une décision de
suspension des poursuites individuelles (art. 9 de l’AU). Cette suspension vise à
empêcher toutes poursuites tendant à obtenir le paiement des créances désignées
par le débiteur et nées antérieurement à ladite décision. La décision de
suspension empêche le débiteur de poser les actes suivants : payer totalement ou
partiellement les créances antérieures à la décision de suspension des poursuites
individuelles, libérer ou désintéresser les cautions qui ont acquitté des créances
nées antérieurement à la décision de suspension, faire des actes de disposition
étrangers à l’exploitation normale de l’entreprise.

Le concordat préventif nécessite que le débiteur parvienne à un accord


avec chacun des créanciers sur les délais et les remises consenties. Les
créanciers se prononcent en fonction des mesures proposées par le débiteur pour

26
assainir l’entreprise et garantir le paiement. Le concordat doit faire l’objet d’une
homologation par le juge dans les conditions suivantes :

- le concordat doit être sérieux, c’est-à-dire offrir des bonnes possibilités


de redressement ;
- aucun motif tiré de l’intérêt collectif ou de l’ordre public ne paraît de
nature à empêcher le concordat ;
- les délais consentis ne doivent pas excéder 3 ans pour l’ensemble des
créanciers et 1 an pour les créanciers de salaire… (art. 15 (2) de l’AU.

Lorsque les conditions sont remplies, le tribunal rend une décision de règlement
préventif et homologue le concordat préventif.

§3- Les effets du concordat préventif

La décision de règlement préventif et d’homologation du concordat met


fin à la mission de l’expert au règlement préventif et à la procédure de règlement
préventif. Toutefois, la juridiction compétente peut désigner d’office ou à la
demande du débiteur ou d’un créancier, un syndic et/ou un ou des contrôleurs
chargés de surveiller l’exécution du concordat préventif homologué dans les
mêmes conditions que celles prévues pour le concordat de redressement
judiciaire homologué (art. 16 de l’AU). Ce dernier doit rendre compte au
président du tribunal de sa mission dans un délai d’un mois à compter de la
décision homologuant le concordat ;

Le concordat homologué s’impose à tous les créanciers antérieurs qu’ils


soient chirographaires ou munis de sûretés dans les conditions de délai et de
remises consenties au débiteur ;

Les cautions et coobligés du débiteur ne peuvent se prévaloir des délais et


remises du concordat préventif ;

27
La prescription demeure suspendue à l’égard des créanciers qui ne peuvent pas
exercer leurs droits et actions par l’effet du concordat préventif…

Le règlement préventif simplifié

Tout débiteur répondant à la définition de petite entreprise peut demander


l’application de la procédure de règlement préventif simplifié. Cette procédure
s’ouvre à la suite d’une requête, mais aucun projet de concordat préventif n’est
requis. En l’absence de dépôt de ce projet par le débiteur au moment de la
demande d’ouverture, il est établi par celui-ci avec le concours de l’expert au
règlement préventif. Ce projet précise les mesures et conditions envisagées pour
le redressement de l’entreprise débitrice, notamment les mesures d’apurement
du passif, en particulier la demande de délais et de remises. Les délais sont plus
courts et sont réduits à 2 mois avec une prorogation de 15 jours (art. 24-4 de
l’AU).

En définitive, il existe une multitude de règles et procédures préventives


permettant de détecter les difficultés des entreprises, de les traiter notamment,
lorsque l’entreprise n’est pas en état de cessation de paiements. Aussi, dès lors
que cet état se présente, il faut envisager des mesures de traitement des
difficultés dans l’optique de sauver l’entreprise ou d’empêcher qu’elle ne
s’enfonce davantage.

28
DEUXIEME PARTIE : LE TRAITEMENT DES DIFFICULTES
DES ENTREPRISES

Lorsqu’une entreprise est en cessation de paiements, il est nécessaire


d’ouvrir en fonction du degré de difficultés les procédures collectives soit de
redressement judiciaire, soit de liquidation des biens (chapitre 1). Le
déroulement de ces procédures se fait sous le contrôle du judiciaire (chapitre 2)
et peut conduire à certaines responsabilités et sanctions en cas de problème
(chapitre 3).

29
Chapitre 1 : L’ouverture des procédures collectives

Les procédures collectives se présentent comme des procédures qui font


intervenir la justice lorsque l’entreprise est en état de cessation de paiements ou
ayant des difficultés financières sérieuses.

Quatre objectifs sont globalement visés :

- obtenir le paiement des créanciers soumis à la procédure collective ;


- punir et éliminer le débiteur qui n’honore pas ses engagements ;
- sauvegarder les entreprises redressables ;
- préserver les activités économiques et les niveaux d’emploi des
entreprises débitrices.

Les procédures collectives ne s’ouvrent que lorsque les conditions


d’ouverture sont réunies (S1). Elles produisent des effets précis (S2).

Section 1 : les conditions d’ouverture

Certaines conditions sont de fond (§1) et d’autres de forme (§2).

§1 : Les conditions de fond

Les conditions de fond d’ouverture des procédures collectives sont


relatives tant à la personne du débiteur (A) qu’à la situation économique et
financière du débiteur (B).

A : les conditions relatives à la personne du débiteur

Conformément à l’article 1-1 de l’AU, les procédures collectives


s’appliquent « à toute personne physique exerçant une activité professionnelle
indépendante, civile, commerciale, artisanale ou agricole, à toute personne
morale de droit privé ainsi qu’à toute entreprise ayant la forme d’une personne
morale de droit privé ». Elles s’appliquent donc aussi bien aux personnes
physiques (1) qu’aux personnes morales (2).
30
1 : le débiteur personne physique

Les procédures collectent s’ouvrent à l’encontre du débiteur personne


physique, qu’il soit commerçant ou non. En effet, la qualité de commerçant du
débiteur n’est plus requise comme par le passé. Ainsi, toute personne physique
qui exerce une activité professionnelle indépendante, civile, commerciale,
artisanale ou agricole peut faire l’objet d’une procédure collective.

Lorsqu’il est question d’un débiteur décédé en état de cessation de


paiement, le tribunal compétent peut se saisir d’office dans le délai d’un an à
compter de la date de décès. Le tribunal peut également être saisi dans le même
délai soit sur déclaration d’un héritier, soit sur assignation d’un créancier, soit
sur requête du ministère public art 30 de l’AU.

Dans l’hypothèse où le débiteur a été radié du RCCM, l’ouverture d’une


procédure collective peut être demandée dans le délai d’un an à compter de
ladite radiation, lorsque la cessation de paiement est antérieure à cette radiation.
Si la radiation ne s’est pas traduite par la cessation effective de l’exercice de
l’activité commerciale, aucun délai ne court et le commerçant pourra à tout
moment se voir appliquer une procédure collective dès lors qu’il est en cessation
paiements. Dans le même délai d’un an, mais à compter du retrait de la société
au RCCM que peut être demandée l’ouverture d’une procédure collective contre
un associé tenu indéfiniment et solidairement du passif, c'est-à-dire les associés
en nom et les commandités dans une SCS.

2 : le débiteur personne morale

Conformément à l’article 1-1 suscité, les personnes morales de droit privé


peuvent faire l’objet des procédures collectives. Il faut entendre par personne
morale de droit privé tout groupement disposant de la personnalité morale et
exerçant une activité économique, qu’elle soit de caractère civil ou commercial,
notamment les sociétés civiles ou commerciales, les associations, les GIE…

31
Même les sociétés dissoutes sont concernées par les procédures
collectives puisqu’elles conservent leur personnalité morale pour les besoins de
liquidation.

Relativement aux sociétés de fait ou créées de fait, de même que les


sociétés en participation, au regard de leur privation de personnalité morale du
fait d’une absence d’immatriculation, elles ne peuvent faire l’objet de
procédures collectives.

Les entreprises publiques peuvent se voir appliquer les procédures


collectives si elles ont la forme juridique de droit privé. Celles ayant la forme de
personne morale de droit public échappent aux procédures collectives au regard
du principe de l’insaisissabilité des biens des personnes morales de droit public.

En définitive, il faut relever que peuvent faire l’objet des procédures


collectives les personnes physiques commerçantes ou non, les personnes
morales de droit privé, les entreprises publiques de droit privé, à condition que
ces différentes personnes présentent une situation économique et financière
préoccupante.

B : les conditions relatives à la situation économique et financière


du débiteur : l’état de cessation de paiement

La cessation de paiement est l’état où le débiteur se trouve dans


l’impossibilité de faire face à son passif exigible avec son actif disponible, à
l’exclusion des situations où les réserves de crédit ou les délais de paiement dont
le débiteur bénéficie de la part de ses créanciers lui permettent de faire face à
son passif exigible art. 1-3 de l’AU. Le débiteur est ainsi dans l’incapacité de
payer ses dettes échues avec son actif disponible, c’est-à-dire ses liquidités
disponibles, les réserves de crédit…

32
La cessation de paiements peut se manifester par un arrêt effectif des
services de caisse, par le non-paiement des dettes liquides et exigibles, par
l’utilisation des moyens frauduleux tels que l’émission des effets de
complaisance ou le recours à des moyens ruineux pour retarder l’arrêt des
services de caisse...

La procédure collective peut s’ouvrir dans des cas particuliers sans que
l’état de cessation de paiements soit démontré. Il s’agit des cas d’ouverture dits
‘’autonomes’’ ou des ‘’cas d’ouverture-sanction’’ ou des cas d’extension des
procédures collectives aux dirigeants sociaux ou aux tiers.

Aux différentes conditions de fond d’ouverture des procédures collectives


sus étudiées, doivent s’adjoindrent des conditions de forme.

§2 : Les conditions de forme

A la différence du règlement préventif qui s’ouvre par une ordonnance du


président du tribunal, les procédures de redressement judiciaire et de liquidation
des biens s’ouvrent par un jugement du tribunal compétent appelé ‘’jugement
d’ouverture’’. La saisine des juridictions peut se faire par le débiteur, un
créancier, le ministère public. Le tribunal peut également se saisir d’office. Les
modes de saisine varient en fonction des personnes qui en font la demande.

La saisine par le débiteur se fait par déclaration encore appelée dépôt de


bilan. Elle doit être faite dans les 30 jours qui suivent la cessation de paiements
sous peines d’être coupable de banqueroute.

La saisine par le créancier se fait par assignation lorsque sa créance est


certaine, liquide et exigible et est restée impayée. Encore faut-il que le débiteur
soit défaillant, ce qui suppose que le créancier doit prouver qu’il a poursuivi le
débiteur en vain.

33
Selon l’art. 29 al.2 de l’AU, la juridiction compétente peut également être saisie
par le ministère public. Il doit en ce sens fournir les éléments motivant sa
demande. Le ministère public peut saisir le tribunal en cas de dénonciation dans
les médias ou en cas de grèves du personnel pour non-respect des engagements
financiers par l’entreprise.

La saisine d’office du tribunal est prévue par l’art. 29 al1de l’AU et se fait sur la
base des informations fournies par le représentant du ministère public, les
commissaires aux comptes des personnes morales de droit privé, les membres de
ces personnes morales ou les institutions représentatives du personnel qui lui
indiquent les faits de nature à motiver la saisine.

Il convient à présent d’examiner les effets de la décision d’ouverture des


procédures collectives.

Section 2 : les effets de l’ouverture des procédures collectives

L’ouverture des procédures collectives produit des effets multiples tant


sur le débiteur (§2) que sur le ou les créanciers (§3). Elle conduit forcément à
l’intervention de nouveaux organes dans la procédure (§1).

§1 : L’intervention d’une pluralité d’organes

Plusieurs organes interviennent dans les procédures collectives. Certains


organes sont judiciaires (A) et d’autres auxiliaires (B).

A- Les organes judiciaires

Il s’agit du tribunal (1), du président du tribunal (2), du juge-commissaire (3)


et du ministère public (4).

1- Le tribunal

Le tribunal est une institution importante des procédures collectives


d’apurement du passif. C’est lui qui désigne les différents organes qui
34
interviennent dans la procédure. Il a également les pouvoir de les remplacer
lorsque la nécessité se présente. Il fixe les missions des mandataires judiciaires
et peut les modifier lorsque les nécessités de l’entreprise l’exigent.

Globalement, il est au centre des opérations de procédures. En ce sens, il


décide du sort de l’entreprise, de la situation des créanciers et des salariés…

2- Le Président du tribunal

Il a la charge de protéger les intérêts en présence dans les procédures


collectives, notamment ceux de l’entreprise et des créanciers. Il joue un rôle
fondamental dans l’ouverture des procédures collectives. A cet effet, il prend
une ordonnance d’ouverture du règlement préventif. C’est également lui qui
décide de l’ouverture de la procédure de conciliation et nomme le conciliateur.

3- Le juge-commissaire

Le juge-commissaire veille, sous l’autorité de la juridiction compétente, au


déroulement régulier et rapide des procédures de redressement judiciaire et de
liquidation des biens, à la protection des intérêts en présence et à l’atteinte des
objectifs poursuivis art. 39 de l’AU. La fonction de juge-commissaire est
exclusive de toute autre attribution juridictionnelle relative à la procédure
collective pour laquelle il a été désigné en cette qualité.

Le juge-commissaire recueille toutes les informations jugées utiles. A cet


effet, il peut entendre le débiteur ou les dirigeants sociaux de la personne
morale, leurs préposés, les créanciers ou toute autre personne, y compris le
conjoint ou les héritiers connus du débiteur décédé en état de cessation de
paiements. Dans l’exercice de ses missions, le juge-commissaire peut obtenir
des renseignements de nature à lui donner une information exacte sur la situation
économique, financière et sociale de l’entreprise. Ces renseignements peuvent
être fournis par les commissaires aux comptes, les comptables, les représentants

35
du personnel, les administrations et organismes publics, les organismes de
prévoyance et de sécurité sociales, les établissements bancaires et financiers…il
contrôle également les activités du syndic et doit tenir un rapport à la juridiction
compétente soit à la demande de cette dernière, soit tous les 3 mois. Il doit
également lui rapporter toutes contestations ou différends nés de la procédure
collective. Il peut être remplacé à tout moment par la juridiction compétente, de
même que le syndic.

4- le ministère public

Le ministère public est l’un des organes intervenant dans les procédures
collectives. Conformément à l’art. 47 de l’AU, le ministère public est informé
du déroulement de la procédure de redressement judiciaire et de liquidation des
biens par le juge-commissaire. Il peut requérir à tout moment communication
des actes, des livres ou des documents relatifs à ladite procédure.

Le ministère public a la charge de communiquer au juge-commissaire sur sa


demande ou d’office tous renseignements utiles à l’administration de la
procédure, de même que toute information provenant d’une procédure pénale
concernant le débiteur, nonobstant le secret de l’instruction.

Il est ainsi admis entre le ministère public et le juge-commissaire une


collaboration renforcée qui se manifeste à travers une communication
réciproque des renseignements utiles à l’administration de la procédure.

B- Les organes auxiliaires


1- Le syndic

Le syndic rentre dans les organes compétents en matière de procédure


collective. Il doit présenter des garanties d’indépendance, de neutralité et
d’impartialité dans l’exercice de ses fonctions art. 4-4 de l’AU. Aucune
incompatibilité ne doit entacher ces qualités requises art. 4-5 de l’AU.

36
Il a un rôle indispensable dans les procédures collectives et exerce ses
missions sous le contrôle du juge-commissaire.

Dans la procédure de redressement judiciaire, le syndic assiste le débiteur et


ne le supplante pas. Ainsi, tout acte important requiert pour sa validité
l’intervention du débiteur et du syndic. Toutefois, en cas de mauvaise volonté du
débiteur ou des dirigeants de la personne morale, le syndic peut se faire autoriser
par le juge-commissaire à agir seul. Dans le mois de son entrée en fonction, le
syndic remet au juge-commissaire un rapport sommaire de la situation apparente
du débiteur, les causes et les caractères de cette situation, faisant apparaître un
bilan économique et social de l’entreprise ainsi que les perspectives de
redressement qui résultent des propositions du concordat du débiteur. Il informe
régulièrement le juge-commissaire sur l’avancement de la procédure. Il fait un
rapport à l’assemblée concordataire sur l’état de redressement judiciaire, les
formalités qui ont été remplies, les opérations qui ont lieu ainsi que les résultats
obtenus pendant la poursuite de l’activité.

Dans le cadre d’une procédure de liquidation des biens, le syndic conserve


les biens et la consistance du patrimoine de débiteur. C’est ainsi qu’il procède à
l’apposition des scellés et à l’inventaire. Il peut également prendre des mesures
conservatoires telles l’inscription ou le renouvellement des suretés.

- Il tient un rôle central dans la production, la vérification et l’admission


des créances ;
- il exerce des actions en justice en tant que représentant de la masse des
créanciers ou du débiteur dessaisi ;
- le syndic remplace totalement le débiteur et administre ses biens ;
- il procède au recouvrement de ses créances et liquide l’actif ; il vend
les meubles et immeubles du débiteur ;
- il procède au paiement des créanciers suivant l’ordre des articles 166 et
167 de l’AU…
37
Le syndic peut voir sa responsabilité civile engagée vis-à-vis du débiteur
de la masse des créanciers ou même d’un créancier pris individuellement
pour un préjudice réparable.

Sur le plan pénal, sa responsabilité peut être engagée dans les hypothèses
suivantes :

- L’exercice d’une activité personnelle sous le couvert de l’entreprise du


débiteur, masquant ses agissements ;
- le fait de disposer du crédit et des biens du débiteur comme des siens
propres ;
- la dissipation des biens du débiteur ;
- le fait de se rendre acquéreur directement ou indirectement des biens
du débiteur ;
- le fait de poursuivre abusivement ou de mauvaise foi dans son intérêt
personnel une exploitation déficitaire de l’entreprise du débiteur.
2- les contrôleurs

Il ressort de l’article 48 de l’AU qu’à toute époque des procédures collectives


de redressement judiciaire ou de liquidation des biens, un à cinq contrôleurs
peuvent être désignés par le juge-commissaire parmi les créanciers non-salariés.
Cette nomination est donc facultative. La nomination des contrôleurs devient
obligatoire à la demande des créanciers représentant au moins un tiers du total
des créances même non vérifiées, ceci dans le délai d’un mois à compter de la
décision d’ouverture. A l’expiration de ce délai, tout créancier peut demander à
être désigné contrôleur, sans que le nombre total des contrôleurs ne soit
supérieur à 5. En cas de pluralité de demandes, le juge-commissaire veille à ce
qu’au moins un créancier contrôleur soit choisi parmi les créanciers munis de
sûretés et un autre parmi les créanciers chirographaires.

38
Ne peuvent pas être contrôleurs les parents ou allié du débiteur ou des
dirigeants des personnes morales jusqu’au 4ième degré inclusivement. Il en est de
même pour les personnes détenant directement ou indirectement tout ou partie
du capital social ou des droits de vote de cette même personne et du représentant
de la personne morale.

Les contrôleurs nommés par le juge-commissaire peuvent être révoqués par


la juridiction compétente sur demande de celui-ci ou du ministère public. Après
révocation, il est procédé à leur remplacement.

Les contrôleurs assistent les syndics dans leurs fonctions et le juge-


commissaire dans sa mission de surveillance du déroulement de la procédure de
redressement judiciaire et de liquidation des biens et veillent aux intérêts des
créanciers. Ils ont le droit de vérifier la comptabilité et l’état de la situation
présentés par le débiteur, de demander l’état de la procédure, les actes accomplis
par le syndic ainsi que les recettes et versements effectués.

Les contrôleurs sont obligatoirement consultés pour la continuation de


l’activité de l’entreprise au cours de la procédure de vérification des créances et
à l’occasion de la réalisation des biens de débiteur.

3- L’assemblée des créanciers

Les créanciers sont généralement convoqués à l’assemblée concordataire.


C’est le moment pour eux de voter le concordat de redressement de l’entreprise
lors de cette assemblée. En plus du vote de cet accord relatif au redressement de
l’entreprise, ils doivent se prononcer sur le délai de paiement et la remise de
dettes.

§2 : La situation du débiteur

L’ouverture des procédures collectives de redressement judiciaire et de


liquidation des biens produit des effets sur le débiteur, notamment sur son

39
patrimoine (B) et ses pouvoirs de gestion. Aussi, des mesures conservatoires
peuvent être envisagées (A).

A- L’existence des mesures conservatoires

Il s’agit fondamentalement de l’apposition des scellés (1) et des actes


conservatoires (2).

1-L’apposition des scellés

L’apposition des scellés peut être prescrite par le jugement d’ouverture.


Elle porte sur les caisses, coffres, portefeuilles, meubles, effets…du débiteur.
Dans l’hypothèse où le débiteur est une personne morale comportant des
membres indéfiniment responsables, l’apposition des scellés va porter sur les
biens de chacun d’eux. Il est même possible de sceller les biens des dirigeants
des personnes morales.

2-Les actes conservatoires

Relativement aux actes conservatoires, ils visent la préservation des biens


du patrimoine du débiteur. Lorsqu’il est question de la procédure de
redressement judiciaire, le débiteur peut accomplir seul les actes conservatoires
et ceux de gestion courante (qui entrent dans la gestion habituelle de
l’entreprise) compte tenu de ce que de tels actes ne modifient pas la consistance
de son patrimoine. Lorsque la procédure est celle de liquidation des biens, c’est
le syndic qui accomplit les actes en lieu et place du débiteur dans la mesure où
dans une telle procédure, le débiteur est représenté.

B- Le dessaisissement

Le dessaisissement est un mode d’administration des biens du débiteur. Il


dispose d’un domaine (1), une signification et des limites (2) et présente des
effets (3).

40
1- Le domaine du dessaisissement

La détermination du domaine du dessaisissement suscite de questionner le


temps du dessaisissement, les biens du débiteur concernés et l’activité juridique
de celui-ci.

D’abord en ce qui concerne le temps, le dessaisissement présente 3


périodes :

- Lorsque le débiteur agit avant le prononcé du jugement d’ouverture,


l’acte est valable sous réserve des inopposabilités de la période
suspecte ;
- lorsque le débiteur agit entre le jugement d’ouverture et la clôture de la
procédure, le dessaisissement produit effet même si le cocontractant
est de bonne foi ;
- lorsque l’acte est passé après la clôture de la procédure, le
dessaisissement ayant pris fin avec la procédure, l’acte est opposable
au créancier et le débiteur reprend le cas échéant la tête de son activité.

Ensuite, en ce qui concerne les biens du débiteur concernés par le


dessaisissement, il s’agit des biens présents et à venir.

Enfin, l’activité juridique menée par le débiteur seul est inopposable à la


masse.

2- La signification et limites du dessaisissement

Elle trouve son fondement dans l’article 53 de l’AU qui dispose que : « la
décision qui prononce la liquidation des biens d’une personne morale emporte,
de plein droit, dissolution de celle-ci.

Elle emporte, de plein droit, à partir de sa date, et jusqu’à la clôture de la


procédure, dessaisissement pour le débiteur de l’administration et de la
disposition de ses biens présents et ceux qu’il peut acquérir à quelque titre que
41
ce soit, sous peine d’inopposabilités de tels actes, sauf s’il s’agit d’actes
conservatoires.

Les actes, droits et actions du débiteur concernant son patrimoine sont


accomplis ou exercés, pendant toute la durée de liquidation des biens par le
syndic agissant seul en représentation du débiteur ». Ceci signifie donc qu’en
vertu du dessaisissement, le débiteur ne peut plus agir seul. Il est assisté par le
syndic en cas de redressement judiciaire ou représenté par celui-ci en cas de
liquidation des biens.

Relativement aux limites du dessaisissement, il convient de dire que les


biens insaisissables, notamment les biens alimentaires ne font pas partie du
dessaisissement. Il s’agit ici de la fraction insaisissable du salaire, de la pension
alimentaire et des biens mobiliers nécessaires à la vie et au travail du débiteur et
de sa famille.

Bien plus, certains actes conservatoires peuvent être accomplis par le


débiteur notamment l’acte interruptif de prescription, le renouvellement d’une
inscription hypothécaire…Le dessaisissement produit des effets.

3- Les effets du dessaisissement

Le dessaisissement produit des effets, notamment les inopposabilités (a),


l’assistance du débiteur (b) ou sa représentation (c).

a- L’inopposabilité à la masse

A la suite du jugement d’ouverture des procédures collectives, certains actes


deviennent inopposables à la masse des créanciers. L’inopposabilité s’entend
comme un acte juridique dont la validité n’est pas contestée mais les effets
peuvent être écartés par les tiers. Elle implique que la masse des créanciers
ignore certains actes passés par le tiers en violation des dispositions légales. Il

42
convient de présenter ces inopposabilités (a1) et les conséquences qui peuvent
en découler (a2).

a 1- Les inopposabilités de la période suspecte

Les inopposabilités de la période suspecte peuvent être de droit ou


facultatives.

Les inopposabilités de droit

Relativement aux inopposabilités de droit, elles exigent un jugement du


tribunal compétent. Pour celles-ci, le tribunal prononce la révocation ou
l’inopposabilité de l’acte. Sont inopposables de droit à la masse des créanciers
s’ils sont accomplis pendant la période suspecte :

- Tous les actes à titre gratuit translatifs de propriété mobilière ou


immobilière ;
- tout contrat commutatif dans lequel les obligations du débiteur
excèdent celles de l’autre partie ;
- tout paiement de dettes non échues compte non tenu du mode de
paiement, sauf s’il s’agit du paiement d’un effet de commerce ;
- tout paiement de dettes échues fait autrement qu’en espèces, effet de
commerce, virement, prélèvement, carte de paiement ou de crédit ou
compensation légale, judiciaire ou conventionnelle de dettes ayant un
lien de connexité entre elles ou tout autre mode normal de paiement ou
communément admis dans les relations d’affaires du secteur d’activité
du débiteur ;
- toute sûreté réelle conventionnelle constituée à titre de garantie d’une
dette antérieurement contractée, à moins qu’elle ne remplace une
sûreté antérieure d’une nature et d’une étendue au moins équivalente
ou qu’elle soit consentie en exécution d’une convention antérieure à la
cessation de paiements ;

43
- toute inscription provisoire d’hypothèque judiciaire conservatoire ou
de nantissement judiciaire conservatoire, art. 68 de l’AU.

La période suspecte commence à compter de la date de la cessation de


paiements et prend fin à la date de la décision d’ouverture du redressement
judiciaire ou de la liquidation des biens art. 67 de l’AU.

Les inopposabilités facultatives

Concernant les inopposabilités facultatives, il ressort de l’article 69 de


l’AU que, peuvent être déclarés inopposables à la masse des créanciers s’ils lui
ont causé un préjudice :

- Les actes à titre gratuit translatifs de propriété mobilière ou


immobilière faits dans les 6 mois précédant la période suspecte ;
- les actes à titre onéreux si ceux qui ont traité avec le débiteur ont eu
connaissance de la cessation de paiements du débiteur au moment de
leur conclusion ;
- les paiements volontaires des dettes échues si ceux qui les ont perçus
ont eu connaissance de la cessation de paiements du débiteur au
moment des paiements.

Par dérogation au 3° du paragraphe 1 de l’art. 69, le paiement fait au


porteur diligent d’une lettre de change, d’un billet à ordre ou d’un chèque est
opposable à la masse, sauf dans les cas suivants où une action en rapport est
possible contre :

- le tireur ou le donneur d’ordre en cas de tirage pour compte qui a eu


connaissance de la cessation de paiements du tiré soit au moment du
tirage, soit au moment du paiement de la lettre de change à lui fait par
le tiré ;

44
- le bénéficiaire du billet à ordre qui a eu connaissance de la cessation de
paiements du souscripteur, soit au moment de l’endossement de l’effet
par lui, soit au moment du paiement à lui fait par le souscripteur ;
- le tireur d’un chèque qui a eu connaissance de la cessation de
paiements du tiré au moment de l’émission du chèque ;
- le bénéficiaire d’un chèque qui a eu connaissance de la cessation de
paiements du tireur au moment de l’émission du chèque ;
- le bénéficiaire d’un chèque qui a eu connaissance de la cessation des
paiements du tiré soit au moment de l’émission, soit au moment du
paiement du chèque.

a 2- Les effets des inopposabilités

Il ressort de l’article 71 de l’AU que l’inopposabilité profite à la masse :

- La masse est colloquée à la place du créancier dont la sûreté a été


déclarée inopposable ;
- l’acte à titre gratuit déclaré inopposable est privé d’effet s’il n’a pas été
exécuté. Dans le cas contraire, le bénéficiaire de la libéralité doit
rapporter le bien dont la propriété a été transférée gratuitement. En cas
de sous-aliénation à titre gratuit, le sous-acquéreur, même de bonne
foi, est soumis à l’inopposabilité et au rapport du bien et au paiement
de sa valeur, à moins que le bien ait disparu de son patrimoine par suite
d’un cas de force majeure ; en cas de sous-aliénation à titre onéreux, le
sous-acquéreur n’est soumis au rapport ou au paiement de sa valeur
que si, au moment de l’acquisition du bien par lui, il avait
connaissance de la cessation de paiements du débiteur ; en tout état de
cause, le bénéficiaire principal de l’acte à titre gratuit reste tenu du
paiement de la valeur du bien si le sous-acquéreur ne peut ou ne doit
pas rapporter le bien ;

45
- le paiement déclaré inopposable doit être rapporté par le créancier qui
doit produire au passif du débiteur ;
- si le contrat commutatif déséquilibré déclaré inopposable n’a pas été
exécuté, il ne peut plus l’être ; s’il a été exécuté, le créancier peut
seulement produire au passif du débiteur pour la juste valeur de la
prestation qu’il a fournie ;
- les actes à titre onéreux déclarés inopposables sont privés d’effets s’ils
n’ont pas été exécutés ; s’il s’agit d’une aliénation exécutée,
l’acquéreur doit rapporter le bien et produire sa créance au passif du
débiteur ; s’il y a eu sous-aliénation à titre gratuit, le sous-acquéreur est
tenu de restituer le bien sans recours contre la masse ; s’il y a eu sous-
aliénation à titre onéreux, le sous-acquéreur est tenu de rapporter le
bien et de produire sa créance au passif du débiteur si, au moment de
l’acquisition du bien par lui, il avait connaissance du caractère
inopposable de l’acte de son auteur. Si le débiteur a reçu tout ou partie
de la prestation du cocontractant qui ne peut être restituée en nature, le
créancier doit produire sa créance pour la valeur de la prestation
fournie.

L’inopposabilité n’invalide pas la créance même vis-à-vis de la masse. L’acte


inopposable est valable à l’égard de tous y compris le débiteur mais la masse est
fondée à l’ignorer.

b- L’assistance du débiteur en cas de redressement judiciaire

L’objet du redressement judiciaire est la reprise totale de l’activité de


l’entreprise. La continuation de l’activité est donc automatique et ne nécessite
pas d’autorisation. Le débiteur continue donc d’agir. Néanmoins, tous les actes
nécessitent son accord et celui du syndic. Aussi l’accord du débiteur et du syndic
n’exclut pas la nécessité d’une autorisation du juge-commissaire pour les actes

46
qui peuvent compromettre la survie de l’entreprise, notamment la vente
d’immeubles.

Par contre, le débiteur et le syndic peuvent agir seuls dans les cas suivants :

- L’accomplissement des actes conservatoires ;


- le débiteur peut accomplir seul des actes de gestion courante qui
entrent dans l’activité habituelle de l’entreprise selon les usages de la
profession à charge d’en rendre compte au syndic ;
- le syndic peut accomplir seul un acte nécessaire à la sauvegarde de
l’entreprise si le débiteur ou les dirigeants de la personne morale
refusent de l’accomplir ; le syndic doit requérir l’autorisation du juge-
commissaire.

Contrairement au redressement judiciaire où le débiteur est simplement


assisté, en matière de liquidation des biens, il est carrément représenté.

c- La représentation du débiteur en cas de liquidation des biens

Le prononcé de la liquidation des biens rend compte de l’impossible


redressement de l’entreprise du fait soit de l’absence d’un concordat, soit de la
proposition d’un concordat non sérieux. Dans un tel cas, la poursuite de
l’activité de l’entreprise n’est autorisée que pour les besoins de liquidation et
uniquement si elle ne met pas en péril l’intérêt public et celui des créanciers.
Dans cette procédure, le débiteur est représenté par le syndic. Ce dernier doit
recouvrer les créances du débiteur au fur et à mesure qu’elles arrivent à
échéance. C’est ce recouvrement qui va permettre par la suite de régler
notamment les dettes des différents créanciers.

47
§3 : La situation des créanciers

L’ouverture des procédures collectives à l’encontre du débiteur oblige les


différents créanciers à se constituer en masse (A) au regard des droits qui sont
les leurs dans une telle procédure (B).

A : La constitution de la masse des créanciers

La masse est constituée de tous les créanciers dont la créance est


antérieure à la décision d’ouverture, à condition que cette créance ne soit pas
inopposable. C’est dire qu’à l’ouverture d’une procédure de redressement
judiciaire ou de liquidation des biens, les créanciers doivent se constituer en
masse et se faire représenter par le syndic qui agit seul en leur nom et dans
l’intérêt collectif.

Ainsi, le jugement d’ouverture modifie la situation juridique des


créanciers et implique des obligations. Ils doivent à cet effet produire leurs
créances (1) qui feront l’objet de vérification (2) en vue d’une admission ou
d’un rejet (3).

1 : la production des créances

La production des créances est un moyen de se faire admettre dans la


masse. En effet, tous les créanciers qui veulent faire valoir leurs droits dans la
procédure collective doivent produire leurs créances pour manifester leur
volonté d’appartenir à la masse. Cette déclaration doit se faire dans les 60 jours
à compter de l’ouverture de la procédure ou dans un délai de 90 jours pour les
créanciers domiciliés à l’étranger.

Ne sont pas concernés par cette obligation, les créanciers qui ont la
possibilité de poursuivre un tiers pour se faire payer, notamment les cautions, les
codébiteurs.

48
La production des créances est la première étape de vérification des
créances. Il s’agit d’une déclaration faite au syndic par les créanciers du débiteur
en redressement judiciaire ou en liquidation des biens indiquant le montant de
leurs créances accompagné des preuves de leurs prétentions, c’est-à-dire des
éléments qui prouvent l’existence et le montant de la créance, art 78-79 AU.

Les créanciers postérieurs au jugement d’ouverture ne sont pas concernés


en raison de ce qu’ils bénéficient d’un paiement privilégié.

Le défaut de production de la créance est sanctionné par la forclusion. Il


s’agit d’une sanction qui vise tous les créanciers antérieurs qui n’ont pas produit
leurs créances dans les délais. Ainsi, la créance ne pourra faire l’objet de
réclamation au débiteur qu’après lorsque la procédure sera clôturée. Il est
néanmoins possible que le créancier forclos soit relevé de cette forclusion à la
suite du respect des conditions suivantes :

- Faire une demande par voie de requête au juge-commissaire si l’état


des créances a été arrêté et déposé ;
- les créanciers intéressés doivent prouver que leur défaillance n’est pas
due à leur fait mais plutôt des circonstances extérieures à leur volonté.
Ils doivent supportés les frais de relevé de forclusion. Ils recouvrent
alors leurs droits mais avec quelques limitations puisqu’ils ne pourront
concourir que pour la répartition des dividendes postérieures à leurs
demandes.
2 : la vérification des créances

La vérification des créances est une étape importante et obligatoire qui


permet de faire une distinction entre les créances fondées et celles qui ne le sont
pas. C’est le syndic qui procède à cette vérification. Cette dernière se fait en
présence du débiteur et éventuellement des contrôleurs. Le débiteur, de même
que les contrôleurs sont convoqués par plis recommandés ou par tout moyen

49
laissant trace écrite. Cependant, l’absence de ces derniers ne constitue pas une
entrave à la procédure de vérification.

Le syndic dresse un état des créances contenant ses propositions


d’admission définitive ou provisoire ou propositions de rejet avec l’indication
pour chacune des créances de sa nature chirographaire ou garantie par une
sûreté.

3 : la décision d’admission ou de rejet des créances

Dans la procédure de vérification des créances, le juge-commissaire


intervient après le syndic. Il vérifie la fiabilité du travail fait par le syndic en y
apportant éventuellement des modifications et en conférant un caractère
juridictionnel à la décision finalement prise. Avant toute décision de rejet total
ou partiel d’une créance, le juge-commissaire doit entendre le créancier, le
débiteur et le syndic.

Finalement, le juge-commissaire dispose pour chaque créance de 3


options :

- Admettre la créance en précisant si cette admission est définitive ou


partielle ;
- rejeter la créance en motivant sa décision ;
- Rendre une décision d’incompétence lorsque la créance fait l’objet
d’une contestation qu’il ne peut résoudre.

L’état des créances vérifiées est signé par le juge-commissaire et déposé


au greffe de la juridiction compétente. Le greffier adresse au créancier une copie
intégrale des créances et fait une publication par insertion dans un journal
d’annonces légales et dans le journal officiel. La vérification des créances peut
être contestée. Dans un tel cas, le débiteur ou toute personne intéressée peuvent
faire opposition contre la décision du juge-commissaire.

50
B : les droits des créanciers

Il faut distinguer ici selon que les créanciers sont dans la masse, hors la
masse ou bénéficie de privilèges.

1 : les créanciers dans la masse

Les créanciers dans la masse sont ceux dont les droits sont nés avant le
jugement d’ouverture qui ont produit leurs créances et dont les créances sont
admises. Ces créanciers sont soumis à la discipline collective dont les règles
sont les suivantes :

- La suspension des poursuites individuelles : le jugement d’ouverture


du redressement judiciaire suspend ou interdit toute action en justice
des créanciers antérieurs et tendant exclusivement à la condamnation
du débiteur au paiement d’une somme d’argent, à la résolution d’un
contrat pour défaut de paiement d’une somme d’argent.
- l’arrêt du cours des intérêts : les intérêts légaux ou conventionnels
arrêtent de courir dès le jugement d’ouverture des procédures
collectives, de même que les intérêts de retard et les majorations à
l’égard de la masse uniquement. Cette règle ne s’applique pas aux
contrats de prêts conclus pour une durée supérieure ou égale à un an.
- l’absence de déchéance du terme : le jugement d’ouverture ne rend pas
exigibles les créances non échues à la date de son prononcé (art. 70 de
l’AU) sauf en cas de liquidation des biens. Dans cette dernière
procédure, les dettes non échues sont donc exigibles.
- l’arrêt des inscriptions : les inscriptions des hypothèques, des
nantissements et des privilèges sont arrêtées après le jugement
d’ouverture de la procédure de redressement judiciaire ; les
inscriptions prises dans un tel contexte sont purement et simplement
annulées.

51
Les créanciers qui forment la masse peuvent prendre part au vote du concordat
et aux distributions de dividendes en fonction du rang de chacun.

2 : les créanciers hors la masse

Les créanciers hors la masse sont ceux dont les créances sont frappées
d’inopposabilités, (les créanciers antérieurs au jugement d’ouverture) d’une part
et d’autre part ceux dont les droits nés après le jugement d’ouverture l’ont été au
mépris du dessaisissement. Les créanciers dans la masse sont fondés à ignorer
les créanciers hors la masse et par là même leurs droits. Les créanciers hors la
masse ne peuvent recevoir paiement tant que la procédure est en cours puisque
leurs droits sont inopposables à la masse. Ils ne peuvent donc poursuivre le
débiteur qu’après la clôture de la procédure collective, si le débiteur revient à
meilleur fortune.

3 : Les créanciers bénéficiant des privilèges de procédure

Malgré le principe d’égalité des créanciers, certains droits sont réservés à


certains créanciers antérieurs :

- les créanciers revendiquants bénéficient des actions en revendication


résultant des clauses de réserve de propriété ou du droit de rétention
accroissant leur chance de paiement ;
- les créanciers gagistes et hypothécaires conservent leurs sûretés et
peuvent exercer leur droit de suite ;
- le conjoint du débiteur peut exercer son droit de reprise sur les biens
trouvés en la possession du débiteur car celui-ci n’engage que ses biens
propres et les biens communs à l’exclusion des biens personnels ou des
biens propres du conjoint in bonis art. 99-100 ;
- les salariés bénéficient d’une protection particulière portant sur leur
emploi et sur les créances salariales grâce au privilège et super-
privilège de salaires art. 95-96 AU ;

52
- le contrat de bail d’immeuble affecté à l’activité de l’entreprise obéit à
des règles particulières. Le bailleur ne peut résilier le contrat de bail
pour défaut de paiement des loyers échus avant le jugement
d’ouverture (art. 97 de l’AU). Le non paiement n’ouvre droit qu’à la
déclaration au passif du débiteur. En revanche, lorsque le défaut de
paiement concerne les loyers et les charges afférents à une occupation
postérieure au jugement d’ouverture, le bailleur peut demander la
résiliation de plein droit du contrat de bail, par exemple par l’effet
d’une clause résolutoire.

53
Chapitre 2 : Le déroulement des procédures collectives

Il convient de distinguer la procédure de redressement judiciaire (S1) de


celle de la liquidation des biens (S2).

Section 1 : La procédure de redressement judiciaire

Deux points vont nous intéresser : le déroulement de la procédure (§1),


son issue et l’exécution du concordat (§2).

§1 : Le déroulement de la procédure

Lorsque le concordat est formé (A), il doit faire l’objet d’abord d’un vote
et ensuite d’une homologation (B). Il peut arriver que le projet de concordat
comporte une cession totale ou partielle d’actifs (C).

A : la formation du concordat

Le concordat est une convention par laquelle le débiteur présente un plan


de règlement du passif et de redressement de l’entreprise qu’il va exécuter
lorsqu’il va reprendre la tête des affaires. Le concordat peut prévoir un
règlement intégral des créances mais avec des délais plus ou moins longs ou
alors un remboursement partiel, immédiat ou encore une combinaison des 2
solutions.

En tout état de cause, le projet de concordat doit contenir des éléments


permettant de vérifier la viabilité économique de l’entreprise et les modalités de
continuation de l’exploitation. Le président du tribunal convoque les créanciers
avisés préalablement par publicité à l’assemblée concordataire. Plusieurs
documents doivent être joints à la convocation individuelle (art 122 de l’AU) et
cette assemblée est organisée par les articles 123 à 125 de l’AU. Le débiteur est
les dirigeants de personnes morales doivent se présenter en personne sauf motif
légitime. Les créanciers par contre peuvent se faire représenter ou voter par
correspondance.
54
La formation du concordat est soumise au respect des conditions (art. 119
et s de l’AU ;

Il convient de se rassurer que le débiteur ou les dirigeants de la personne


morale qui doivent exécuter le concordat ne sont pas sous le coût d’une faillite
personnelle ou de la banqueroute.

B : Le vote et l’homologation du concordat

Le concordat est adopté par les créanciers à l’issu d’un vote. Celui-ci est
précédé d’une publicité de la proposition de concordat, d’une convocation des
créanciers et d’une consultation des créanciers munis d’une sûreté réelle
spéciale. Seuls les créanciers dans la masse doivent voter.

Lors de l’assemblée générale concordataire, le syndic fait un rapport sur


l’état du redressement judiciaire, les formalités accomplies, le bilan économique
et social…Ce rapport est appuyé par un état de situation établi et arrêté au
dernier jour du mois écoulé, état qui mentionne l’actif disponible et réalisable, le
passif. Ce rapport présente également l’avis du syndic sur les propositions
concordataires.

Le vote du concordat est acquis s’il obtient la majorité en nombre de


créanciers admis définitivement ou provisoirement représentant la moitié au
moins des créances.

Le concordat doit être homologué par le tribunal qui a ouvert la procédure


collective. Cette homologation se fait aux conditions suivantes :

- les conditions de validité du concordat sont réunies ;


- aucun motif tiré de l’intérêt collectif ou de l’ordre public ne paraît de
nature à empêcher le concordat ;
- le concordat offre des possibilités sérieuses de redressement de
l’entreprise et de règlement du passif…

55
C : le concordat avec cession partielle ou totale d’actifs

Il peut arriver que le concordat comporte une cession totale ou partielle


d’actifs. Conformément à l’art. 131 al. 3 de l’AU, « la cession d’entreprise ou
d’établissement est toute cession de biens susceptibles d’exploitation autonome
permettant d’assurer le maintien d’une activité économique, des emplois qui y
sont attachés et d’apurer le passif ». La cession est totale lorsqu’elle concerne
l’intégralité des biens corporels et incorporels des biens meubles ou immeubles.
Elle est partielle lorsqu’elle concerne uniquement une partie desdits biens.

Ce type de concordat suppose un abandon total ou partiel de l’actif de


l’entreprise débitrice. Il se forme suivant les mêmes règles et produit les mêmes
effets que le concordat de redressement. Seulement, le délai de convocation des
créanciers à l’assemblée concordataire est d’un mois au lieu de 15 jours comme
dans le concordat de redressement. Aussi, ce concordat est soumis aux règles de
cession d’entreprises.

§2 : L’issue de la procédure et l’exécution du concordat

L’homologation du concordat met fin à la procédure de redressement


judiciaire et au dessaisissement du débiteur. Celui-ci peut alors reprendre
librement la libre administration de ses activités (art 136 de l’AU). La décision
d’homologation met également fin aux fonctions des organes de procédure.
Toutefois, le débiteur ne peut administrer les biens qui font l’objet d’une cession
partielle d’actifs.

La procédure peut déboucher sur plusieurs issues :

- La poursuite des activités de l’entreprise par le débiteur ;


- la cession totale ou partielle d’actifs ;
- la conversion du redressement judiciaire en liquidation des biens.

56
L’exécution complète du concordat suppose que le débiteur a respecté
tous ses engagements envers les créanciers dans les délais et les termes
convenus.

Section 2 : La procédure de liquidation des biens

La liquidation des biens est la procédure dans laquelle les biens du


débiteur sont vendus pour payer ses créanciers. Elle est envisagée lorsqu’aucune
possibilité de sauvetage de l’entreprise n’est envisageable. L’objectif de la
liquidation des biens est donc de réaliser l’actif (§1) afin d’apurer le passif (§2)
et de clôturer la procédure (§3).

§1 : La réalisation de l’actif

La réalisation de l’actif est réglementée par les articles 147 à 163 de l’AU.
Elle est l’œuvre du syndic. Il lui revient ainsi de poursuivre seul la vente des
marchandises et des meubles du débiteur, le recouvrement des créances et le
règlement des dettes de celui-ci.

La réalisation d’immeubles se fait sous les formes prescrites en matière de


saisie immobilière. Le juge-commissaire fixe la mise à prix, les modalités de
vente et de publicité. Il peut autoriser le liquidateur à vendre de façon amiable
ou par adjudication organisée par un notaire aux conditions fixées en la matière.

Les sommes récoltées dans la réalisation des biens du débiteur doivent


être déposées dans un compte bancaire crée pour la circonstance. Ces sommes
devront servir à l’apurement du passif.

§2 : L’apurement du passif

Conformément à l’art. 164 al 1 de l’AU, le juge-commissaire ordonne


dans la mesure du possible, une répartition des deniers entre les créanciers, en
fixe la quotité et veuille à ce que tous les créanciers en soient avertis.

57
L’apurement du passif se fait sous respect des articles 166 et 167 relatif à l’ordre
de paiement.

En effet, l’apurement du passif consiste en des opérations de compte


liquidatif et de règlement, c’est-à-dire le versement des sommes dues par le
débiteur.

§3 : La clôture de l’union

La clôture de la liquidation des biens intervient à la fin des opérations de


liquidation. L’union est dissoute de plein droit et les créanciers recouvrent
l’exercice de leurs droits uniquement sur les actifs qui n’ont pas pu être réalisés
pendant la liquidation des biens. La clôture peut se faire pour extinction du
passif (A) ou pour insuffisance d’actifs (B).

A : La clôture pour extinction du passif

La clôture de la liquidation pour extinction du passif signifie que tout le


passif exigible a été apuré ou encore que le syndic dispose des deniers suffisants
pour assurer le paiement et les frais de procédures. C’est une hypothèse rare en
pratique.

B : La clôture pour insuffisance d’actifs

La clôture pour insuffisance d’actifs s’opère lorsque l’actif recouvré est


insuffisant pour apurer le passif. Il y a donc un manque de fonds pour terminer
les opérations de liquidation. L’actif est donc insuffisant pour aller au bout de la
procédure.

La clôture de la liquidation pour insuffisance d’actifs est prononcée par le


juge en considération des conditions suivantes :

- la décision doit être prononcée par le tribunal qui a ouvert la procédure


de liquidation ;

58
- l’actif doit être insuffisant ;
- la clôture peut être prononcée à toute époque de la procédure.

La clôture de la liquidation des biens pour insuffisance d’actifs produits


certainement des effets, notamment la cessation des fonctions du syndic.

59
Chapitre 3 : Les responsabilités et les sanctions dans les
procédures collectives

Dans le cadre de la conduite des procédures collectives d’apurement du


passif, des responsabilités peuvent être engagées. Les hypothèses possibles sont
prévues par l’Acte Uniforme (S1) et conduisent aux sanctions (S2).

S1 : Les hypothèses de responsabilité dans les procédures


collectives

La faillite des entreprises peut être parfois imputable aux dirigeants


sociaux relativement à leurs actes fautifs ou frauduleux contraires à l’intérêt
social (§1). La faute des tiers peut également donner lieu à la mise en jeu de leur
responsabilité sur le fondement de l’article 118 de l’AU ou de l’art. 1382 du
code civil (§2).

§1 : La responsabilité des dirigeants d’entreprise

Les dirigeants d’entreprise peuvent voir leur responsabilité engagée du


fait des fautes commises dans l’exercice de leur fonction. La mise en œuvre de
cette responsabilité (B) suppose la commission des fautes personnelles (A).

A : la faute personnelle des dirigeants sociaux

Les dirigeants sociaux sont appelés à répondre de leurs fautes de gestion


au sein de l’entreprise.

En effet, lorsque le redressement judiciaire ou la liquidation des biens


d’une personne morale fait apparaître une insuffisance d’actifs, la juridiction
compétente peut, en cas de faute de gestion ayant contribué à cette insuffisance
d’actifs, décider que les dettes de la personne morale seront supportées en tout
ou en partie, avec ou sans solidarité, par les dirigeants ou certains d’entre eux
(art. 183 de l’AU). Cette mesure s’applique aussi bien aux dirigeants de droit
qu’aux dirigeants de fait. Elle s’applique même aux dirigeants qui ne sont plus
60
en fonction, s’il est établi que la situation ayant abouti à l’insuffisance d’actifs a
été crée alors que le dirigeant se trouvait encore en fonction.

L’action en responsabilité peut être mise en mouvement soit par une


requête du syndic, du ministère public ou de deux (2) contrôleurs, soit d’office
par la juridiction compétente elle-même.

La responsabilité du dirigeant est donc une responsabilité pour faute


prouvée. L’établissement des fautes obéit aux conditions de responsabilité de
droit commun de la responsabilité civile : un fait dommageable, un dommage et
un lien de causalité entre le fait dommageable et le préjudice. La responsabilité
des dirigeants est établie sur des notions difficiles à établir, notamment les fautes
de gestion, l’insuffisance d’actifs, l’abus des biens et du crédit de la société…,
ce qui ne facilite pas sa mise en œuvre.

B : La mise en œuvre de la responsabilité

La mise en œuvre de l’action en responsabilité des dirigeants a pour objet


la réparation des préjudices subis tant par l’entreprise soumise aux procédures
collectives que les créanciers sociaux impayés.

§2 : La responsabilité des tiers dans les procédures collectives

En dehors des dirigeants sociaux, des tierces personnes peuvent voir leur
responsabilité engagée dans le cadre des procédures collectives. Il peut s’agir
notamment des personnes qui ont joué un rôle important dans l’entreprise et de
véritables tiers. C’est le cas des dirigeants de fait.

S2 : Les sanctions envisageables

Les sanctions présentent des intérêts. Tout d’abord, elles peuvent


permettre de dissuader quant à la commission des fautes pouvant conduire à leur
prononcé et inciter les dirigeants et le débiteur à mieux gérer l’entreprise pour
éviter la cessation de paiements. Ensuite, elles peuvent permettre d’éliminer à
61
l’avenir ceux qui se sont montrés fautifs et incompétents, de manière à assainir
et à moraliser le monde des affaires. Enfin, elles permettent de participer au
paiement des créances lorsque les sanctions sont patrimoniales. Il existe ainsi
des sanctions patrimoniales (§1), des sanctions professionnelles (§2) et des
sanctions pénales (§3).

§1 : Les sanctions patrimoniales

Cette sanction ne frappe que les dirigeants sociaux. Elles sont pécuniaires
et consistent à amener soit directement, soit indirectement les dirigeants sociaux
à payer les créanciers de la personne morale. Il peut s’agir de l’action en
comblement du passif (A) et de l’extension des procédures collectives aux
dirigeants (B).

A : L’action en comblement de l’insuffisance d’actif

Le but de cette sanction est de réparer le préjudice subi par les créanciers
incomplètement payés du fait de l’insuffisance d’actifs. C’est une action en
responsabilité dont la mise en œuvre suppose l’existence d’une faute, la faute de
gestion, un dommage résultant de l’insuffisance d’actifs et un lien de causalité
permettant de prouver que c’est la faute des dirigeants qui est la cause de
l’insuffisance d’actifs.

C’est donc dire que lorsque les dirigeants sociaux ont causé un déficit
dans la situation financière et comptable de la société, ils doivent répondre.
L’action a pour objet d’obliger le dirigeant fautif à réparer le préjudice causé
aux créanciers du fait de la réduction de la valeur de leur gage.

L’obligation de combler le passif social pèse sur les dirigeants sociaux


personnes physiques ou morales de droit ou de fait, apparent ou occulte,
rémunéré ou non et aux personnes physiques représentants permanents des
personnes morales dirigeantes.

62
L’obligation de comblement du passif peut également peser sur les
dirigeants qui ne sont plus en fonction dans les hypothèses suivantes :

- ils continuent d’intervenir dans la gestion sociale comme dirigeants de


fait ;
- ils ont contribué à l’insuffisance d’actifs pendant qu’ils étaient en
fonction.

B : L’extension des procédures collectives aux dirigeants sociaux

La procédure collective peut être étendue aux dirigeants sociaux. Elle est
étendue aux dirigeants qui ont commis des fautes graves, notamment lorsque :

- Le dirigeant confond le patrimoine de la société avec le sien propre ;


c’est le cas lorsqu’il a disposé des biens et du crédit de la société
comme des siens propres ;
- le dirigeant condamné à combler le passif social ne s’est pas acquitté
du montant de cette condamnation, c’est-à-dire lorsque le dirigeant
refuse de participer à la reconstitution du patrimoine social.

Les sanctions patrimoniales ne sont pas exclusives des sanctions


professionnelles.

§2 : Les sanctions professionnelles : la faillite personnelle

La faillite personnelle frappe le commerçant personne physique, les


associés indéfiniment et solidairement responsables des dettes sociales
puisqu’ils ont la qualité de commerçant, les personnes physiques dirigeantes des
personnes morales assujetties aux procédures collectives, les personnes
physiques représentants permanents des personnes morales dirigeantes de
personnes morales assujettis aux procédures collectives. C’est une sanction qui
vise à exclure du monde des affaires certaines personnes en raison de leur

63
inaptitude ou de leur indélicatesse révélées à l’occasion de la procédure
collective. Il s’agit donc des moyens d’assainissement, d’élimination à la fois
protectrices parce que d’ordre public et punitives.

Le prononcé de la faillite personnelle produit des effets :

- L’interdiction générale de faire le commerce, par exemple de diriger,


de gérer, administrer ou contrôler une entreprise commerciale ;
- l’interdiction d’exercer une fonction publique élective ou d’être
électeur pour ladite fonction ;
- l’interdiction d’exercer toute fonction administrative, judiciaire ou de
représentation personnelle ;
- la privation des droits de vote dans les assemblées de la personne
morale contre laquelle est ouverte la procédure collective.

Lorsque la juridiction compétente prononce la faillite personnelle, elle en


fixe la durée qui ne peut être inférieure à 6 mois ni supérieure à 10 ans. Les
dirigeants peuvent néanmoins être réhabilités. Cette réhabilitation a pour effet de
faire cesser les diverses déchéances qui frappent le dirigeant social contre lequel
a été prononcée la faillite ou l’interdiction de gérer, d’administrer ou de
contrôler. Elle est subordonnée à l’extinction du passif social entraînant la
clôture de la procédure collective. Le dirigeant est ainsi rétabli dans ses droits.
Outre ces sanctions professionnelles, le dirigeant social, compte tenu de la
gravité des faits, peut faire l’objet des sanctions pénales.

§3 : Les sanctions pénales : la banqueroute et infractions


assimilées

L’ouverture d’une procédure collective est la condition préalable de la


condamnation pour banqueroute. La loi distingue la banqueroute simple de la
banqueroute frauduleuse.

64
Est coupable de banqueroute simple toute personne physique en état de
cessation de paiements qui se trouve dans l’un des cas suivants :

- si elle a contracté, sans recevoir de valeurs en échange, des


engagements jugés trop importants eu égard à sa situation lorsqu’elle
les a contractés ;
- si, dans l’intention de retarder la constatation de la cessation de
paiements, elle a fait des achats en vue d’une revente au-dessous du
cours ou si, dans la même intention, elle a employé des moyens
ruineux pour se procurer des fonds ;
- si, sans excuse légitime, elle ne fait pas au greffe de la juridiction
compétente la déclaration de son état de cessation de paiement dans le
délai de 30 jours ;
- si sa comptabilité est incomplète ou irrégulièrement tenue ou si elle n’a
tenu aucune comptabilité conforme aux règles comptables et aux
usages reconnus de la profession eu égard à l’importance de
l’entreprise débitrice ;
- si, ayant été déclarée trois fois en état de cessation de paiements dans
un délai de 5 ans, ces procédures ont été clôturées pour insuffisance
d’actif.

Est coupable de banqueroute frauduleuse toute personne physique en cas


de cessation de paiements qui :

- a soustrait sa comptabilité ;
- a détourné ou dissipé tout ou partie de son actif ;
- soit dans ses écritures, soit par des actes publics ou des engagements
sous seing privé, soit dans son bilan, s’est frauduleusement reconnue
débitrice de sommes qu’elle ne devait pas ;
- a exercé une activité professionnelle indépendante, civile,
commerciale, artisanale ou agricole en violation d’une interdiction
65
prévue par un acte uniforme ou par toute disposition légale et
réglementaire d’un Etat-partie ;
- après la cessation de paiements, a payé un créancier au préjudice de la
masse ;
- a consenti à un créancier des avantages particuliers à raison de son
vote dans les délibérations de la masse ou a conclu avec le créancier un
accord particulier duquel il résulte pour ce dernier un avantage à la
charge de l’actif du débiteur à partir du jour de la décision d’ouverture.

66
PARTIE III

Les procédures collectives internationales

Longtemps qualifiée d’« îlot de résistance à l’internationalisation », les


procédures collectives ont été fortement marquée par le nationalisme judiciaire
et rattachée à la souveraineté étatique. En effet, avec le vaste mouvement de
mondialisation et de globalisation des échanges transfrontaliers, les sociétés
multinationales ont de plus en plus d'activités en dehors des frontières des Etats
où elles installent leur siège social dans le but de conquérir des parts de marchés.

Leurs défaillances ont des effets à l'étranger et entraînent donc


l'internationalisation des litiges, d'où la nécessité de renforcer les textes
applicables en matière de procédures collectives.

La globalisation des économies et l’accroissement des échanges, a bouleversé


tous ces antécédents du fait de la recrudescence des cas d’insolvabilité
internationale des entreprises qui sont les principales actrices du commerce
international ayant pour conséquence, l’implication de plusieurs systèmes
juridiques.

Les procédures collectives tels qu’elles étaient conçues par le législateur avant
l’OHADA posaient alors des difficultés pratiques tenant à la confrontation
d’entreprises dont l’activité ou la gestion traverse les frontières aux particularités
des différents droits nationaux : chaque État disposant de sa législation de la
faillite, ses tribunaux, ses organes.

Il était alors clair que les règles juridiques internes qui régissaient les questions
d’insolvabilité des entreprises trouvaient rapidement leurs limites. D'autant que
structurellement les procédures collectives sont très influencées par le système
juridique dans lequel elles s’insèrent : le régime des biens, des contrats, de la
protection sociale a une incidence sur l'organisation de la procédure collective

Pourtant, la faillite internationale est une réalité. Nombre de procédures


collectives ouvertes dans un État entraînent des répercussions dans d'autres pays
parce qu'elles concernent des biens géographiquement dispersés. Il est devenu

67
indispensable d'appréhender les défaillances d'entreprises dans leur globalité et
les institutions européennes ont pris conscience de cette nécessité.

Dès lors, l’urgence de l’établissement des normes juridiques adaptées et


susceptibles de satisfaire les besoins des acteurs économiques sur le plan
international ne pouvait plus être occultée.

C’est dans cette logique que sera élaboré l’Acte Uniforme portant Organisation
des Procédures Collectives d’Apurement du Passif (AUPCAP) revisité en 2015
en qualité de droit matériel des procédures collectives des Etats membres de
l’OHADA.

L'Acte Uniforme révisé de 2015 consacre les articles 247 à 256-31 qui forment
le titre VII aux procédures collectives internationales. L'AUPCAP tente de
suivre les différents instruments internationaux adoptés tant au niveau
international (Loi type de la CNUDCI sur l'insolvabilité internationale) que
régional (Règlement UE n°20115/848 du 20 mai 2015 relatif aux procédures
d'insolvabilité, la convention d'Istanbul du 5 juin 1990).

Les procédures collectives internationales exigent la présence d’un élément


d’extranéité soit que le débiteur défaillant possède des actifs localisés dans
plusieurs fors soit que celui-ci soit titulaire de droits ou tenu par des obligations
vis-à-vis des partenaires établis à l’étranger.

Elle nécessite alors la présence d'un élément d’extranéité qui se manifeste alors
par l’éclatement de l’assiette du débiteur du fait du contact avec plusieurs for.

Les aspects internationaux de l'Acte Uniforme révisé s'articulent autour de la


reconnaissance et des effets d'une procédure collective ouverte dans un Etat
signataire, d'une part, et puis de la reconnaissance et des effets d'une procédure
ouverte hors de l'espace OHADA, d'autre part. Mais en pratique, la réalité n'est
pas aussi simple et l'on sait qu'en matière de procédures collectives
internationales, le conflit des juridictions l'a toujours emporté sur le conflit des
lois et que traditionnellement deux thèses s'affrontent: les principes d'unité et
d'universalité des faillites étant opposés aux principes de pluralité et de
territorialité des procédures.

68
Il convient de traiter de la détermination de la juridiction compétente et de la loi
applicable (Chapitre 1) avant d'envisager le problème de reconnaissance des
décisions rendues dans l'espace OHADA ou hors de cette espace (Chapitre 2).

69
Chapitre 1

LES REGLES D’OUVERTURE D’UNE PROCEDURE COLLECTIVE


INTERNATIONALES DANS L’ESPACE OHADA

Les difficultés que soulève l’ouverture d’une procédure collective à l’échelle


internationale ont poussé la doctrine à proposer des théories en guise de
solutions. Il s’agit d’abord de la théorie de la territorialité, qui envisage
essentiellement le droit des procédures collectives comme une voie d’exécution
sur les biens du débiteur. Dans cette hypothèse, la procédure en question n’aura
pas d’effets extraterritoriaux. En d’autres termes, autant il y aura de procédure
autant qu’il y aura de territoire et donc de droit internes compétents entretenant
des points de contact avec les difficultés du débiteur ou tout simplement parce
que ce dernier y possède des biens ou y entretient une relation d’affaires.

Ensuite, la théorie de l’unité ou de l’universalité qui stipule que la procédure


peut être soumise à la compétence d’un seul juge et à l’application d’une seule
loi. Contrairement à la théorie précédente, cette procédure emportera des effets
extra territoriaux en ce sens qu’elle appréhende tous les biens du débiteur en
quelques lieux qu’ils se trouvent.

Le législateur OHADA s’est efforcé d’uniformiser ces règles.

L'ouverture de la procédure dans un Etat membre donne lieu à deux


problématiques, d'une part, à la compétence du tribunal saisi et la loi applicable
(Section 1), d'autre part, la mise en œuvre de la procédure (Section 2).

Section 1 :

LA DETERMINATION DE LA JURIDICTION COMPETENTE ET DE


LA LOI APPLICABLE:

L’article 247 de l’AUPCAP prévoit que « Lorsqu’elles sont exécutoires, les


décisions d’ouverture et de clôture des procédures collectives ainsi que celles
qui règlent les contestations ou les différends nés de ces procédures et celles
sur lesquelles les procédures collectives exercent une influence juridique,
prononcées dans le territoire d’un État partie conformément au présent Acte

70
uniforme ont autorité de la chose jugée sur le territoire des autres États
parties.

Les dispositions du premier alinéa du présent article s’appliquent également à


toute décision reconnue par la juridiction compétente d’un État partie en
application du Chapitre II du présent Titre.

Nonobstant toute disposition du présent article, les mesures d’exécution forcée


requièrent l’exequatur ». Cette disposition pose une problématique plus large
car avant d’en arriver à l’exécution, il faut tout d’abord que la procédure soit
mise en œuvre.

La désignation du juge compétent est prioritaire en droit international des


procédures collectives car elle conditionne la détermination de la loi applicable à
la procédure et même le traitement de la défaillance transfrontalière de
l’entreprise. En même temps, par cet acte, le législateur vient sonner le glas des
conflits de juridiction qui pourraient en découler du fait de la présence d’un
élément d’extranéité.

Paragraphe 1 : La juridiction compétente :

Aux termes de l’article 3 alinéa 1 AUPCAP, « la juridiction territorialement


compétente pour connaître de toutes les procédures visées par le présent Acte
uniforme est celle dans le ressort de laquelle le débiteur personne physique a
son principal établissement sur le territoire national ; ou le débiteur personne
morale a son siège social sur le territoire national. Si le principal
établissement ou le siège social est à l’étranger, la procédure se déroule devant
la juridiction dans le ressort de laquelle se trouve le principal centre
d’exploitation du débiteur personne physique ou personne morale situé sur le
territoire national ».

On constate qu’il y a en la matière, transposition manifeste des règles de


compétence territoriale sur le plan international qui peut donner lieu à plusieurs
interprétations permettant l’identification des chefs de compétence.

1- Sur le plan de la compétence ratione materiae :


Le législateur OHADA consacre comme critère de compétence les notions de
siège social, de principal établissement ou de principal centre d’exploitation
dans un Etat partie. Ensuite, le législateur a édicté une règle de compétence pour
les procédures principales qui prévoit que, le tribunal territorialement compétent
sera celui de l’Etat partie du ressort duquel, le débiteur personne physique a son
71
principal établissement ou celui de l’Etat partie du le ressort duquel le débiteur
personne morale a son siège social. En outre, le législateur pose que des
procédures secondaires peuvent être ouvertes dans le ressort de la juridiction de
l’Etat partie où se trouve le principal centre d’exploitation du débiteur personne
physique ou morale.

Ces procédures dites secondaires sont prévues lorsque « le principal


établissement ou le siège social est situé à l’étranger » . Selon l’AUPCAP, le
terme étranger désigne « tout Etat non-partie au Traité OHADA ». En dehors de
ces chefs de compétence, aucun autre critère n’est admis 1.

En théorie, les critères de principal établissement, du siège social ou de principal


centre d'exploitation paraissent clairs et incontestables. Mais en pratique, la
réalité est complexe et le risque existe que plusieurs Etats revendiquent
simultanément leur compétence sur le fondement de l'article 3-1 de l'AUPCAP,
qui devrait normalement permettre d'indiquer le territoire sur lequel la procédure
principale devrait être ouverte.

Une difficulté de taille demeure : quel élément permet d'indiquer avec précision
le principal établissement ou le siège social ? Le choix en faveur d'un critère
ratione loci a pour conséquence l'exclusion des autres tribunaux qui
revendiquent également leur compétence, selon que le débiteur a le centre de ses
intérêts principaux localisé dans l'Etat dont la juridiction a été déclarée
compétente.

Les difficultés de mise en œuvre du critère de centre des intérêts principaux ont
été illustrées par l'affaire Daisytek qui a donné lieu à un arrêt de la Cour d'appel
de Versailles rendu le 4 septembre 20032 qui constitue la première application

1
A titre de droit comparé, en droit francais, le principe pratiqué par la jurisprudence en matière de procédures
collectives repose aussi sur l’extension à l’ordre international des règles de compétence territoriales internes.
C’est ce qui ressort de l’arrêt Pelassa, où, la Cour de Cassation a jugé que « la compétence internationale se
détermine par extension des règles de compétence territoriale interne » .
Cette extension se décompose en deux critères. Le premier critère se déduit de l’article R. 600-1 du code de
commerce français qui prévoit qu’une fois que « le siège de l’entreprise du débiteur se trouve en France » (V°
l’article L. 721-8 C.com qui évoque le « centre principal des intérêts du débiteur » pour faire référence aussi bien
au siège sus-évoqué, qu’à l’établissement secondaire ».), la procédure relèvera des tribunaux de commerce
français spécialisés au ressort territorial élargi.
Quant au second critère, le même article dispose qu’ « à défaut de siège en territoire français, le tribunal
compétent est celui dans le ressort duquel, le débiteur a le centre principal de ses intérêts en France ». En
revanche, remarquons que le principal centre des intérêts du débiteur en France ne correspond pas à son principal
établissement mais plutôt au principal établissement d’un débiteur en France qui, par hypothèse, a le siège de son
entreprise à l’étranger . Par ailleurs, l’ouverture de la procédure sera possible même si le débiteur a déjà fait
l’objet d’une procédure collective dans son pays d’origine, aussi longtemps que celle-ci n’est pas reconnue en
France.
2
CA de Versailles, arrêt du 4 septembre 2003, Rev. Crit. Dip 2003, p.664, ]CP 2004,TT, 10007.

72
en France du Règlement (CE) n°1346/2000 du 29 mai 2000 sur les procédures
d'insolvabilité.

L’affaire concerne un groupe de sociétés en difficulté dont la société mère


établie en Angleterre et des filiales en Allemagne et en France dont la SAS
dénommée Daisytek3. Le siège statutaire de Daisytek se situait dans le ressort du
tribunal de commerce de Pontoise en France, mais la société disposait d'un
bureau à Bradford en Angleterre.

Par un jugement du 16 mai 2003 la Haute Cour de Justice de Leeds avait ouvert
une procédure d'insolvabilité 'Contre chacune des sociétés du groupe, y compris
la SAS Daisytek, au motif que le centre des intérêts principaux de la société
mère se trouvait en Grande Bretagne.

Quelques jours plus tard, une procédure de redressement judiciaire avait été
ouverte en France contre cette même société par le tribunal de commerce de
Pontoise. Les administrateurs nommés par la juridiction britannique avaient
formé tierce opposition à ce jugement d'ouverture.

Le tribunal français avait fait appel devant la Cour d'appel de Versailles. Ceux-ci
estimaient que la procédure d'insolvabilité ouverte en Grande Bretagne
interdisait l'ouverture d'une autre procédure en France4. Le problème juridique
provenait du fait que les deux procédures ouvertures étaient des procédures
d'insolvabilité principales, fondées sur l'article 3-1 du règlement CE. La Cour
d'appel de Versailles devrait trancher la question de conflits positifs de
compétence. Lorsque deux juridictions sont déclarées compétentes pour ouvrir
une procédure principale d'insolvabilité, laquelle des deux procédures faillait-il
appliquer à la SAS Daisytek ? La CA de Versailles avait jugé que la juridiction
compétente pour ouvrir la procédure d'insolvabilité principale est celle sur le
territoire duquel est situé le centre des intérêts principaux de la société et que
toute autre juridiction est incompétente, d'où la reconnaissance du bien-fondé de
la tierce opposition formée par les administrateurs contre la procédure ouverte
en France par le tribunal de Pontoise5. La SAS Daisytek ne pouvait donc pas
faire l'objet d'une procédure de redressement judiciaire en France alors qu'une
3
CA de Versailles, arrêt du 4 septembre 2003, Rev. Crit. Dip 2003, p.664, ]CP 2004, TT, 10007.
4
Pourtant, l'éventualité qu'un même débiteur soit la cible de deux procédures principales dans des Etats membres
différents n'est plus une hypothèse d'école puisque la localisation du centre des intérêts principaux du débiteur
relève de l'appréciation du juge qui se déclare compétent sur ce fondement. Pour illustration, la faillite de la
société multinationale Air Afrique avait donné lieu à plusieurs procédures d'insolvabilité à Abidjan, Dakar,
Niamey où le statut de la société attribue le siège social dans chaque Etat membre de la société.
5
Dans cette affaire, les juridictions avaient considéré que le centre des intérêts principaux des filiales était
localisé au siège statutaire de la société-mère.

73
autre procédure principale avait déjà été ouverte par la Haute Cour de Justice de
Leeds en Grande Bretagne.

La décision de la Cour d’Appel de Versailles semble conforme à l'esprit de la


théorie de l'unité et de l'universalité de la faillite qui admet qu'une seule
procédure soit ouverte et reconnue dans tous les Etats où le débiteur possède des
biens ou des créanciers. Mais des critiques et des controverses font débats sur le
critère de centre des intérêts principaux,

Dans ces conditions, nul doute que le critère retenu du COMI (Center of Meain
Interest) pour les sociétés et personnes morales doit être présume jusqu'à preuve
du contraire, être celui du siège statutaire6 , même si dans l'arrêt Eurofood, la
CJUE a jugé qu'il est possible de démontrer que le centre des intérêts principaux
du débiteur est dans un lieu différent du siège social si « des éléments objectifs
et vérifiables par les tiers » permettent d'établir que le centre des intérêts
principaux d 'une société ne se trouve pas au lieu de son siège statutaire »7.

C'est ce qu'avait, notamment, retenu le tribunal de commerce de Paris, par


jugement du 2 aout 2006, confirmé en appel , dans l'affaire Eurotunnel en
observant que la direction administrative et financière du groupe se trouvait à
Paris . Dans cette affaire la Cour de cassation a cependant considéré que les
créanciers, en raison du droit d'accès au juge, doivent pouvoir former une tierce-
opposition au jugement d'ouverture8.

Toutefois, le principe d'unité de la faillite n'est pas absolu puisque peuvent


également être saisies les juridictions des États membres dans lesquels le
débiteur possède un établissement ou des biens même si le centre de ses intérêts
principaux se trouve ailleurs.

2- Sur la compétence ratione loci :


Le législateur a posé une règle de compétence internationale à l’article 3
AUPCAP en estimant que les procédures de conciliation, règlement préventif,
redressement judiciaire et liquidation relèvent de « la juridiction compétente en
matière de procédures collectives ».

6
L'établissement est défini comme« tout lieu d 'opérations où le débiteur exerce de façon non transitoire une
activité économique, avec des moyens humains et des biens ». Il s'agit donc des succursales , agences ou bureaux
commerciaux
7
CJCE, 2 mai 2006, aff. 34 1/04 ; RJDA 8-9/06, n° 936.
8
Cass. com., 30juin 2009, n° 08- ll902 ; un arrêt du 15févr. 2011 (n°09-71436, Rev. Soc. 2000 p . 443, obs. T.
MASTRULLO) précise que le juge étatique doit reconnaître la décision d'ouverture d’une procédure d
'insolvabilité prise par la juridiction d ' un autre État membre de l'UE dès lors que la loi applicable reconnaît aux
créanciers un droit de recours contre cette décision.

74
En d’autres termes, une fois qu’il existe une compétence générale d’un juge de
l’espace OHADA, ce dernier doit se référer à son organisation judiciaire interne
afin d’organiser sa compétence.

A ce sujet, chaque Etat membre bénéficie ainsi du libre choix dans son
organisation judiciaire. Dans ce sillage, l’organisation judiciaire camerounaise
attribue cette compétence au Tribunal de Première Instance ou au Tribunal de
Grande Instance qui ont une compétence générale en fonction du montant de la
demande.

A titre d’exemple, au Cameroun, il faudrait se référer aux dispositions des


articles 8 et 9 du Code de procédure civile et commerciale. Dans le cas d’espèce,
le tribunal compétent peut être le TPI ou le TGI selon le montant de la demande.
Pour la Côte d’Ivoire, voir article 11 du Code de procédure civile, commerciale
et administrative, la Guinée Conakry, voir article 159 du Code de procédure
civile, commerciale, et administrative), le Mali, voir articles 24, 25, 26 et 27 du
Code de procédure civile, commerciale et sociale, l’organisation judiciaire du
Burkina Faso attribue cette compétence au Tribunal de Grande Instance, etc.

Il convient de préciser que l’article 251 de l’AUPCAP prévoit tout de même à


cote de cette compétence, que la reconnaissance des effets d’une procédure
collective ouverte par la juridiction compétente d’un État partie conformément
au présent Acte uniforme ne fait pas obstacle à l’ouverture d’une autre
procédure collective, y compris une procédure collective secondaire, par la
juridiction compétente d’un autre État partie, pourvu que la requête en ouverture
remplisse les conditions exigées par le présent Acte uniforme.

Il peut donc arriver que l’on a plusieurs procédures dont l’une serait principale
et les autres secondaires. Il est certains que cette situation n’est susceptible
d’intervenir que dans l’hypothèse où il n’y aurait pas de concertation entre les
juridictions et par le caractère limité de la circulation de l’information financière
au-delà des frontières.

A côté de la détermination de la juridiction compétente, se pose la question de la


détermination de la loi applicable.

75
Paragraphe 2 : LA DETERMINATION DE LOI APPLICABLE :

Etant à la croisée de plusieurs branches du droit, la question de la compétence


législative en matière de procédures collectives internationales est assez
épineuse dans le sens où elle constitue un foyer certain et ardent de conflit de
lois. Conscient de ce risque, il a été établi en raison de son caractère assez
procédural, le principe selon lequel, la compétence législative est déterminée en
la matière par la compétence judiciaire9. Fort de cela, du point de vue
conflictuel, la procédure collective se doit d’être régie par la loi du juge saisi de
la défaillance du débiteur et qui se reconnaît compétent pour traiter de cet état
d’insolvabilité en ouvrant la procédure. C’est cette loi qui est désignée par
l’expression lex fori concursus. Sa compétence prévaut qu’il s’agisse de la
procédure principale (lieu du principal établissement ou du siège) ou secondaire
(lieu d’un simple établissement)10.

Plusieurs raisons expliquent la consécration de ce principe. On peut citer la


prédominance des aspects procéduraux en matière des procédures collectives et
le fait que les juges seraient a priori, plus compétents pour appliquer leur propre
loi qu’ils sont sensés connaitre mieux que les lois étrangères. C’est en raison de
tous ses éléments que la doctrine a également conclu à l’attraction du conflit de
juridiction sur le conflit des lois11.

L’article 247 AUPCAP prévoir que « lorsqu’elles sont exécutoires, les décisions
d’ouverture et de clôture des procédures collectives ainsi que celles qui règlent

les contestations ou les différends nés de ces procédures et celles sur lesquelles
les procédures collectives exercent une influence juridique, prononcées dans le
territoire d’un État partie conformément au présent Acte uniforme ont autorité
de la chose jugée sur le territoire des autres États parties ».

9
JACQUEMONT (A), BORGA (N), MASTRULLO (T), Droit des entreprises en difficulté, 11ième éd.,
LexisNexis, Paris, 2019 , p. 732, n°1223.
10
COVIAUX (J.C), Procédures collectives en Droit international, J. CI, Droit international, fasc. 56910 ;
MEYER (P), Droit international privé burkinabé et comparé, éd. André Bolland Namur 1993, p. 244 / V°
aussi, SOGWENDE ZOUNGRANA (M), Les procédures collectives internationales dans l’espace OHADA
ou les faillites internationales en droit OHADA, OmniScriptum, 2018-02, 60 Pages.
11
En raison du caractère procédural très marqué par la faillite, la compétence législative est déterminée en la
matière par la compétence judiciaire. Du point de vue du conflit de lois, la procédure collective est régie par la
loi du juge saisi de la défaillance du débiteur et qui s’est reconnu compétent pour traiter cet état d’insolvabilité
en ouvrant la procédure : la loi ainsi mise en oeuvre est désignée par l’expression lex fori concursus. V° à ce
sujet, JACQUEMONT (A), BORGA (N), MASTRULLO (T), Droit des entreprises en difficulté, op cit., p. 732
et ss / BUREAU (D) et MUIR WATT (H), Droit international privé / 2 Partie spéciale, op cit, p. 628-630.

76
L’AUPCAP s’inspire des solutions de la Convention européenne relative aux
procédures d’insolvabilité qui admet que « sauf dispositions contraires, la loi
applicable à la procédure d’insolvabilité et à ses effets est celle de l’Etat
membre sur le territoire duquel la procédure est ouverte »12. Il en ressort qu’une
fois qu’un juge de l’espace OHADA (Cameroun, Sénégal, Gabon, etc.) est
compétent pour ouvrir une procédure collective ou d’insolvabilité,
conformément aux critères de compétence internationale, cette procédure sera
soumise à l’AUPCAP. Cependant, cette solution est assez équivoque. En effet,
le législateur se comporte comme si, une procédure collective internationale ne
saurait simultanément être ouverte dans un Etat membre de l’OHADA et dans
un Etat tiers. Dans cette hypothèse, l’AUPCAP ne saurait s’appliquer.

En guise de solution, il faudra faire recours à la méthode de conflit de loi.

Néanmoins, on retient que la lex fori concursus, est dotée d’un vaste domaine
qui lui est réservé, bien qu’assorti d’exceptions 13. S’agissant du domaine qui lui
est réservé, l’article 247 lui assigne, la mission de déterminer les conditions
d’ouverture, (cas d’ouverture de la procédure, débiteurs pouvant en relever), la
situation de difficulté du débiteur (qu’il s’agisse du redressement judiciaire ou
de la liquidation des biens) ou son état de cessation de paiement 14.

Ensuite, la lex fori concursus est compétente pour l’encadrement du


déroulement de la procédure proprement dite c’est-à-dire son organisation et son
déroulement incluant la désignation des organes de la procédure ainsi que leurs
pouvoirs. De plus, c’est cette loi qui régit la déclaration de créances 15, la clôture
ou les solutions à la faillite du débiteur (redressement ou liquidation)16 et les
effets de ce type de jugement.

12
Art 4 paragraphe 1.
13
L’AUPCAP dans son titre VII relatif aux procédures collectives internationales retient la compétence de
la lex fori concursus tout en assorortissant cette règle de plusieurs exceptions
14
Article 247 AUPC « Lorsqu’elles sont exécutoires, les décisions d’ouverture et de clôture des procédures
collectives ainsi que celles qui règlent les contestations ou les différends nés de ces procédures et celles sur
lesquelles les procédures collectives exercent une influence juridique, prononcées dans le territoire d’un État
partie conformément au présent Acte uniforme ont autorité de la chose jugée sur le territoire des autres États
parties.
Les dispositions du premier alinéa du présent article s’appliquent également à toute décision reconnue par la
juridiction compétente d’un État partie en application du Chapitre II du présent Titre.
Nonobstant toute disposition du présent article, les mesures d’exécution forcée requièrent l’exequatur. »
15
En droit international c’est l’expression « production de créances » qui est souvent préférée. Sur la question, la
jurisprudence française a estimé que tout créancier, quel que soit sa nationalité, ou sa domiciliation, peut roduire
sa créance à la faillite ouverte en France () quand bien même il aurait déjà concouru à une procédure étrangère et
n’aurait pas traité avec l’établissement du débiteur situé en France. V° A ce sujet, l’affaire Faillite Nebel, cass.
civ., 11 mars 1913 ; Rev. Crit. DIP 1913, p. 453 ; JDI 1913, p. 910.
16
Art 4 paragraphe 2.

77
Toutefois, la confluence du droit des procédures collectives avec une pluralité de
domaines juridiques, rend la difficulté au sens du droit international privé est
réelle et demeure. En effet, étant donné que chacune de ces matières est
normalement soumise à une loi, son application sera-t-elle maintenue dans le
cadre d’une procédure d’insolvabilité ou évincée par la loi de la procédure ? La
pertinence de cette question découle de ce que, l’action de justice comporte une
double dimension ; processuelle qui est soumise à la lex fori et substantielle qui
est sujette aux conflits de lois et dont la recherche de solution s’impose. Pour
élucider toutes ces difficultés nous les analyserons distinctement60.

En matière de sûretés, il est classiquement prescrit d’appliquer de manière


distributive la loi régissant la sûreté et celle de la procédure d’insolvabilité.
Ainsi, la loi de la sûreté régira son existence et sa validité en même temps
qu’elle fixera ses effets (droit de suite, droit de préférence). Néanmoins, il ne
suffit pas que la sûreté se contente d’être valable il faut en plus qu’elle soit
opposable dans l’Etat du for (OHADA) et efficace au sein de la procédure
collective. A cette suite, il faut rappeler qu’en dehors des procédures collectives,
l’efficacité de sûretés étrangères au sein d’un Etat de manière générale, n’est pas
toujours acquise en raison du conflit mobile61. En matière de clause de réserve
de propriété, la Cour de cassation a estimé que « les conditions auxquelles
peuvent être revendiquées des marchandises vendues avec réserve de propriété
sont, en cas de redressement judiciaire de l’acheteur, déterminées par la loi de la
procédure collective quelle que soit la loi régissant la validité et l’opposabilité,
en général, de la clause de réserve de propriété ».

Autrement dit, lorsque la procédure est ouverte dans un Etat membre de


l’OHADA, l’AUPCAP est déclaré applicable, en tant que lex concursus, pour
déterminer les conditions auxquelles les biens peuvent être revendiqués. En ce
qui concerne la validité et l’opposabilité en général, de la clause de réserve de
propriété, la discussion demeure entre les mérites respectifs de la lex contractus
et de la lex rei sitae.

En matière contractuelle, le conflit de lois peut naître du fait que la faillite


entraîne l’annulation ou l’inopposabilité de certains actes accomplis pendant la
période de difficulté de l’entreprise. Cette question a été résolue par la
jurisprudence française qui a jugé que « l’annulation, la révocation ou
l’inopposabilité prononcées à la requête des organes d’une procédure

78
collective, d’actes passés par le débiteur avant l’ouverture de celle-ci et estimés
préjudiciables aux créanciers est une conséquence de la procédure et, à ce titre,
relève, en droit international privé commun, du domaine qui la régit ».

En outre, plusieurs autres domaines échappent à la compétence générale de la loi


d’ouverture de la faillite notamment l’obligation relevant d’un système de
paiement ou de règlement ou d’un marché financier, les droits régis par la loi
d’inscription sur un registre, le droit d’un créancier d’invoquer la compensation,
le droit de rétention ou les droits du vendeur fondés la réserve de propriété.
Remarquons en fin de compte que l’AUPCAP limite la possibilité de survenance
de ces conflits de lois puisqu’il ses dispositions constituent de véritables règles
matérielles de droit international privé s’imposant à tous les Etats-parties.

SECTION 2 : LA MISE EN ŒUVRE DE LA PROCEDURE


COLLECTIUVE INTERNATIONALES OUVERTE DANS UN ETAT
MEMBRE DE L’OHADA.

La mise en œuvre est régie par les articles 247 à 255 de l’AUPCAP. Ces règles
organisent les rapports entre le syndic (Paragraphe 1) et les créanciers
(Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Le rôle du syndic dans une procédure collective


internationale ouverte dans un pays membre de l’OHADA.

L’article 248 de l’AUPCAP prévoit que le syndic est tenu de publier, dans les
formes prévues aux articles 36 et 37 de l’Acte uniforme, dans tout État partie où
cette publication pourrait être utile à la sécurité juridique et aux intérêts des
créanciers, le contenu essentiel des décisions relatives à une procédure collective
et, le cas échéant, la décision qui le nomme.

Cette publicité peut être décidée d’office par la juridiction compétente ayant
ouvert la procédure collective.

Le syndic peut également publier, si besoin est, les décisions relatives à la


procédure collective au livre foncier, au Registre du commerce et du crédit
mobilier ou à tout autre registre public tenu dans les États parties.

Le non‐respect des obligations prévues par l’article 248 de l’AUPCAP peut être
sanctionné par la mise en œuvre de la responsabilité civile du syndic.

79
Il faut signaler que le syndic désigné par une juridiction compétente peut
exercer, sur le territoire d’un autre État partie tous les pouvoirs qui lui sont
reconnus par le présent Acte uniforme aussi longtemps en œuvre autre
procédure collective n’est ouverte dans cet État.

La nomination du syndic est établie par la présentation d’une copie, certifiée


conforme à l’original de la décision qui le nomme ou par tout autre certificat
établi par la juridiction compétente. Il peut être exigé une traduction de ce
document dans la langue officielle de l’État partie sur le territoire duquel le
syndic veut agir.

Il convient de noter que Dans l’exercice de ses fonctions et sous réserve du


contrôle de la juridiction compétente, le syndic coopère dans la mesure du
possible avec les juridictions étrangères ou les représentants étrangers. Il est
également habilité à communiquer directement avec les juridictions étrangères
ou les représentants étrangers.

La coopération visée aux articles 256‐24 et 256‐25 ci‐dessus peut être assurée
par tout moyen approprié, notamment :

- La nomination d’une personne ou d’un organe chargé d’agir suivant les


instructions de la juridiction compétente ;

- La communication d’informations par tout moyen jugé approprié par la


juridiction compétente ;
- La coordination de l’administration et de la surveillance des biens et des
affaires du débiteur ;
- L’approbation ou l’application par tout tribunal des accords concernant la
coordination des procédures collectives ;
- La coordination des procédures collectives concurrentes concernant le
même débiteur.
A ces règles s’ajoutent un dispositif encadrant les la mise en œuvre de la
procédure collective internationale dans l’Etat membre.

Paragraphe 2 : Les suites de la mise en œuvre d’une procédure collective


internationale.

Après la reconnaissance d’une procédure collective étrangère principale, une


procédure collective ne peut être ouverte en application de l’Acte uniforme dans
l’État partie où la procédure collective étrangère a été reconnue que si le
débiteur dispose de biens dans ledit État partie.

80
Les effets de la procédure collective ouverte en application de l’Acte uniforme

sont limités aux biens du débiteur qui sont situés dans cet État et, dans la mesure
nécessaire, pour donner effet aux mesures de coopération et de coordination
visées aux articles 256‐24 à 256‐ 26 ci‐dessus, aux autres biens du débiteur qui,
en application du présent Acte uniforme, devraient être administrés dans le cadre
de cette procédure.

Lorsqu’une procédure collective étrangère et une procédure collective ouverte


en application de l’Acte uniforme ont lieu concurremment à l’encontre du même
débiteur, la juridiction compétente s’efforce d’assurer la coopération et la
coordination, visées aux articles 256‐24 à 256‐26 ci‐dessus, conformément aux
conditions suivantes :

1) Lorsque la procédure collective ouverte dans un État partie est en cours au


moment où est introduite la demande de reconnaissance de la procédure
collective étrangère :

a) toute mesure prise en application des articles 256‐18 ou 256‐20 ci‐dessus doit
être conforme à la procédure collective ouverte dans F État partie en application
de l’Acte uniforme ;

b) si la procédure collective étrangère est reconnue par la juridiction compétente


en tant que procédure collective étrangère principale, l’article 256‐19 de
l’AUPCAP ne s’applique pas.

L’article 253 de l’AUPCAP prévoit que tout créancier peut produire sa créance à
la procédure collective principale et à toute procédure collective secondaire ou
territoriale.

Les syndics de la procédure collective principale et d’une procédure collective

secondaire sont également habilités à produire dans une autre procédure


collective les créances déjà produites dans celle pour laquelle ils ont été
désignés, sous réserve du droit des créanciers de s’y opposer ou de retirer leur
production.

Les dispositions du présent article sont applicables sous réserve de celles de


l’article 255 qui prévoit que « le créancier qui a obtenu, dans une procédure
collective, un dividende sur sa créance ne participe aux répartitions ouvertes

81
dans une autre procédure collective que lorsque les créanciers de même rang ont
obtenu, dans cette dernière procédure, un dividende équivalent.

Si la liquidation des actifs d’une procédure collective permet de payer toutes les
créances admises dans cette procédure, le syndic désigné dans celle‐ci transfère,
sans délai, le surplus d’actif au syndic de l’autre procédure collective. En cas de
pluralité de procédures collectives restantes, le surplus d’actif est réparti au
prorata du montant des passifs admis dans chacune de ces procédures.

Enfin, il ne peut être mis fin à une procédure collective secondaire par concordat
préventif ou par concordat de redressement judiciaire ou par liquidation des
biens qu’après accord donné par le syndic de la procédure collective principale.
Cet accord doit être donné dans le délai de trente jours à compter de la réception
de la demande d’avis formulée par le syndic de la procédure collective
secondaire par lettre au porteur contre récépissé ou par lettre recommandée avec
demande d’avis de réception ou par tout moyen laissant trace écrite

Le silence gardé par le syndic de la procédure collective principale pendant le


délai de trente jours vaut accord. Le syndic de la procédure collective principale
ne peut refuser son accord que s’il établit que la solution proposée affecte les
intérêts financiers des créanciers de la procédure pour laquelle il est désigné.

En cas de contestation, la juridiction compétente pour la clôture de la procédure


collective secondaire statue comme en matière de concordat préventif ou de
concordat de redressement judiciaire ou de liquidation des biens.

82
CHAPITRE 2

LA RECONNAISSANCE ET LA MISE EN OEUVRE DES


PROCEDURES COLLECTIVES INTERNATIONALES

La faillite internationale est une réalité. Nombre de procédures collectives


ouvertes dans un État entraînent des répercussions dans d'autres pays parce
qu'elles concernent des biens géographiquement dispersés. Toutes les actions
des organes de la procédure collective doivent être coordonnées puisqu’elles
tendent vers les mêmes objectifs à savoir connaitre et mieux gérer le patrimoine
du débiteur afin de redresser l’entreprise et payer les créanciers. Mais,
l’ouverture de plusieurs procédures contre un même débiteur a pour
conséquence néfaste de multiplier des organes dans plusieurs juridictions
entrainant des coûts exorbitants. Le défaut de coordination des actions de
différents organes peut engendrer un climat de tension ou de compétition pour
saisir les biens du débiteur et compromettre le redressement de l’entreprise.

Il est devenu indispensable d'appréhender les défaillances d'entreprises dans leur


globalité et le législateur OHADA a pris conscience de cette nécessité.

Le législateur OHADA sur ce point poursuit des objectifs clairement


identifiables à savoir :

➢ assurer la coopération entre les juridictions et les autres autorités compétentes


des États parties et celles des États étrangers, tels que définis à l’article 1‐3
ci‐dessus, intervenant dans les procédures collectives étrangères ;
➢ garantir une plus grande sécurité juridique dans le commerce et les
investissements ;
➢ administrer équitablement et efficacement les procédures collectives, de manière
à protéger les intérêts de tous les créanciers et des autres parties intéressées,
notamment le débiteur ;
➢ protéger tous les biens du débiteur et en optimiser la valeur ;
➢ faciliter le redressement des entreprises en difficulté de manière à protéger leurs
investissements et préserver les emplois.

Le législateur dans son œuvre a pris le soin de distinguer d’une part selon qu’il
s’agit de la reconnaissance et de la mise en œuvre des procédures collectives
ouvertes dans les états parties ( Section 1) ou alors de la reconnaissance et des
effets des procédures collectives ouvertes hors de l’espace OHADA (Section 2)

83
Section 1 : LA RECONNAISSANCE ET MISE EN OEUVRE DES
PROCEDURES COLLECTIVES OUVERTES DANS LES ETATS
PARTIES

Paragraphe 1 : Objet, champ d’application et dispositions générales

En vue d’offrir aux juridictions des moyens efficaces pour traiter des procédures
collectives étrangères au sens de l’article 1‐3 de l’AUPCAP, le législateur tend à
promouvoir les objectifs suivants :

- assurer la coopération entre les juridictions et les autres autorités compétentes


des États parties et celles des États étrangers, tels que définis à l’article 1‐3
ci‐dessus, intervenant dans les procédures collectives étrangères ;
- garantir une plus grande sécurité juridique dans le commerce et les
investissements ;
- administrer équitablement et efficacement les procédures collectives, de manière
à protéger les intérêts de tous les créanciers et des autres parties intéressées,
notamment le débiteur ;
- protéger tous les biens du débiteur et en optimiser la valeur ;
- faciliter le redressement des entreprises en difficulté de manière à protéger leurs
investissements et préserver les emplois.

Pour atteindre son objectif, l’acte uniforme étend son champ d'application. Il
concerne notamment :

1° une assistance est demandée dans un État partie par une juridiction étrangère
ou un représentant étranger, tels que définis à l’article 1‐3 de l’Acte uniforme,
en ce qui concerne une procédure collective étrangère ;

2° une assistance est demandée dans un État étranger en ce qui concerne une
procédure collective ouverte en application de l’Acte uniforme;

3° une procédure collective étrangère et une procédure collective ouverte en

application de l’Acte uniforme concernant le même débiteur ont lieu

concurremment ;

4° il est de l’intérêt des créanciers ou des autres parties intéressées d’un État

étranger de demander l’ouverture d’une procédure collective, ou de participer à


ladite procédure, en application de l’Acte uniforme.

84
Les dispositions du chapitre II du titre VII de l’Acte uniforme ne s’appliquent
pas à une procédure collective concernant les débiteurs exerçant une activité
visée à l’alinéa 2 de l’article 1‐1 ci‐dessus.

En cas de conflit entre les dispositions sur les procédures collectives


internationales et une obligation d’un État partie découlant d’un traité
international ou de toute autre forme d’accord international auquel ledit État est
partie avec un ou plusieurs autres États étrangers, les dispositions du présent
Acte uniforme prévalent, conformément au Traité relatif à l’harmonisation du
droit des affaires en Afrique.

Les dispositions visées dans le présent chapitre relatives à la reconnaissance et


aux effets des procédures collectives étrangères ainsi qu’à la coopération avec
les juridictions étrangères sont de la compétence de la juridiction compétente au
sens des articles 3, 3‐1 et 3‐2 de l’Acte uniforme.

Le législateur a également prévu que le syndic est autorisé à agir dans un État
étranger au titre d’une procédure collective ouverte en application de l’Acte
uniforme dans la mesure où la loi étrangère applicable le permet.

De même, la juridiction compétente peut refuser de prendre une mesure régie


par ce chapitre lorsque ladite mesure est manifestement contraire à l’ordre
public de l’État partie concerné.

Néanmoins, l’acte uniforme ne limite pas le pouvoir d’une juridiction


compétente, ou d’un syndic, à fournir une assistance additionnelle à un
représentant étranger dans le cadre d’une procédure collective étrangère.

Paragraphe 2 : Accès des représentants étrangers et des créanciers


étrangers aux juridictions compétentes des États parties

Toutes les actions des organes de la procédure collective doivent être


coordonnées puisqu’elles tendent vers les mêmes objectifs à savoir connaitre et
mieux gérer le patrimoine du débiteur afin de redresser l’entreprise et payer les
créanciers. Mais, l’ouverture de plusieurs procédures contre un même débiteur a
pour conséquence néfaste de multiplier des organes dans plusieurs juridictions
entrainant des coûts exorbitants. Le défaut de coordination des actions de
différents organes peut engendrer un climat de tension ou de compétition pour
saisir les biens du débiteur et compromettre le redressement de l’entreprise.

85
C’est la raison pour laquelle le législateur OHADA a encadré les modalités
d’accès des représentants étrangers et des créanciers étrangers aux juridictions
compétentes des états parties à travers une saisine directe si les conditions
d’ouverture d’une telle procédure sont réunies.

Dès la reconnaissance d’une procédure collective étrangère, le représentant


étranger est habilité à participer à toute procédure collective concernant le
débiteur, ouverte en application de l’Acte uniforme.

Sous réserve des dispositions de l’alinéa 2 de l’article 256, les créanciers


domiciliés dans un État étranger, en ce qui concerne l’ouverture d’une procédure
collective et leur participation à cette procédure en application de l’Acte
uniforme, ont les mêmes droits que les créanciers résidant dans tout État partie.

Cette disposition ne porte néanmoins pas atteinte au rang de priorité des


créances visées aux articles 166 et 167 de l’AUPCAP dans une procédure
collective ouverte en application de l’Acte uniforme, ni à l’exclusion d’une telle
procédure des créances fiscales et sociales étrangères.

Le seul fait qu’une demande soit présentée par un représentant étranger en


application du présent chapitre devant une juridiction d’un des États parties ne
soumet pas ledit représentant, ni les biens ou affaires du débiteur se trouvant
hors de l’espace OHADA, à la compétence des juridictions des États parties
pour d’autres fins que celles indiquées dans ladite demande.

Toute notification qui, en vertu de l’Acte uniforme, doit être donnée aux
créanciers résidant dans un État partie dans le cadre d’une procédure collective
ouverte conformément à l’Acte uniforme, doit être donnée également aux
créanciers connus et domiciliés dans un État étranger. La juridiction compétente
ayant ouvert la procédure collective conformément au présent Acte uniforme
peut ordonner que des mesures appropriées soient prises pour aviser tout
créancier dont l’adresse n’est pas encore connue.

Le seul fait qu’une demande soit présentée par un représentant étranger en


application du présent chapitre devant une juridiction d’un des États parties ne
soumet pas ledit représentant, ni les biens ou affaires du débiteur se trouvant
hors de l’espace OHADA, à la compétence des juridictions des États parties
pour d’autres fins que celles indiquées dans ladite demande.

Nonobstant toute disposition de l’Acte uniforme, la notification visée à l’alinéa


précédent est adressée individuellement aux créanciers domiciliés dans un État
86
étranger, à moins que la juridiction ayant ouvert la procédure collective selon le
présent Acte uniforme juge, en fonction des circonstances, qu’une autre forme
de notification est plus appropriée. Aucune commission rogatoire ou autre
formalité similaire n’est requise.

Lorsque la notification d’une procédure collective doit être adressée à des


créanciers domiciliés dans un État étranger, la notification doit :

- indiquer le délai prévu à l’article 78 ci‐dessus pour la production des créances et


spécifier le lieu où elles doivent être produites ;
- indiquer que les créanciers dont la créance est assortie d’une sûreté doivent
produire ladite créance ;
- contenir toute autre information requise pour la notification aux créanciers
Conformément au présent Acte uniforme et aux décisions de la juridiction
compétente.

Le législateur a également encadré la reconnaissance et la mise en œuvre des


procédures collectives ouvertes hors de l’espace OHADA.

Section 2 : LA RECONNAISSANCE ET DES EFFETS DES


PROCEDURES COLLECTIVES OUVERTES HORS DE L’ESPACE
OHADA

Nous examinerons tout à tour les conditions de reconnaissance des procédures


collectives ouverte hors de l’espace OHADA (Paragraphe 1) et les modalités de
mise en œuvre de ces procédures dans l’espace OHADA (Paragraphe 2).

Paragraphe 1 : Les conditions de reconnaissance des procédures collectives


ouvertes hors de l’espace OHADA

Le législateur communautaire a défini les conditions dans lesquelles une


procédure collective ouverte hors de l’espace OHADA peut produire des effets
dans l’espace OHADA.

L’Article 256‐1de l’AUPCAP précise dans quelles hypothèses peut intervenir ce


type de procédure. Il s’agit notamment de hypothèses où :

1° une assistance est demandée dans un État partie par une juridiction étrangère
ou un représentant étranger, tels que définis à l’article 1‐3 ci‐dessus, en ce qui
concerne une procédure collective étrangère ;

87
2° une assistance est demandée dans un État étranger en ce qui concerne une
procédure collective ouverte en application de l’Acte uniforme ;

3° une procédure collective étrangère et une procédure collective ouverte en

application de l’Acte uniforme concernant le même débiteur ont lieu


concurremment ;

4° il est de l’intérêt des créanciers ou des autres parties intéressées d’un État

étranger de demander l’ouverture d’une procédure collective, ou de participer à


ladite procédure, en application de l’Acte uniforme.

Les dispositions du chapitre II du titre VII de l’AUPCAP ne s’appliquent pas à


une procédure collective concernant les débiteurs exerçant une activité visée à
l’alinéa 2 de l’article 1‐1 qui prévoit que « Les procédures de conciliation, de
règlement préventif, de redressement judiciaire et de liquidation des biens sont
applicables aux personnes morales de droit privé qui exercent une activité
soumise à un régime particulier lorsqu’il n’en est pas disposé autrement dans la
réglementation spécifique régissant ladite activité. Les activités soumises à un
régime particulier au sens de l’Acte uniforme et des textes les régissant sont,
notamment, celles des établissements de crédit au sens de la loi bancaire, des
établissements de micro finance et des acteurs des marchés financiers ainsi que
celles des sociétés d’assurance et de réassurance des États parties au Traité de
l’OHADA ».

L’article 256‐2 AUPCAP prévoit qu’en cas de conflit entre les dispositions du
présent chapitre et une obligation d’un État partie découlant d’un traité
international ou de toute autre forme d’accord international auquel ledit État est
partie avec un ou plusieurs autres États étrangers, les dispositions du présent
chapitre prévalent, conformément au Traité relatif à l’harmonisation du droit des
affaires en Afrique.

En cas de conflit, c’est la juridiction compétente au sens des articles 3, 3‐1 et 3‐2
évoqué dans le chapitre 1 qui est compétente. Néanmoins, la juridiction

compétente peut refuser de prendre une mesure régie par ce chapitre lorsque
ladite mesure est manifestement contraire à l’ordre public de l’État partie
concerné.

88
Il n’y a aucune limite du pouvoir de la juridiction compétente, ou d’un syndic,
de fournir une assistance additionnelle à un représentant étranger dans le cadre
d’une procédure collective étrangère.

En vue d’obtenir la reconnaissance par les juridictions de l’espace OHADA, un


représentant étranger est habilité à s’adresser directement à une juridiction des
États parties si les conditions d’ouverture d’une telle procédure sont réunies
dans l’espace OHADA.

Dès la reconnaissance d’une procédure collective étrangère, le représentant


étranger est habilité à participer à toute procédure collective concernant le
débiteur.

Il convient alors de préciser que les créanciers domiciliés dans un État étranger,
en ce qui concerne l’ouverture d’une procédure collective et leur participation à
cette procédure ont les mêmes droits que les créanciers résidant dans tout État
partie sous réserve du respect du rang de priorité des créances visées aux articles
166 et 167 ci‐dessus dans une procédure collective ouverte en application de
l’Acte uniforme, ni à l’exclusion d’une telle procédure des créances fiscales et
sociales étrangères.

Toute notification qui, en vertu de l’Acte uniforme, doit être donnée aux
créanciers résidant dans un État partie dans le cadre d’une procédure collective
ouverte conformément au présent Acte uniforme, doit être donnée également
aux créanciers connus et domiciliés dans un État étranger. La juridiction
compétente ayant ouvert la procédure collective conformément au présent Acte
uniforme peut ordonner que des mesures appropriées soient prises pour aviser
tout créancier dont l’adresse n’est pas encore connue.

Nonobstant toute disposition de l’Acte uniforme, la notification visée à l’alinéa


précédent est adressée individuellement aux créanciers domiciliés dans un État
étranger, à moins que la juridiction ayant ouvert la procédure collective selon le
présent Acte uniforme juge, en fonction des circonstances, qu’une autre forme
de notification est plus appropriée. Aucune commission rogatoire ou autre
formalité similaire n’est requise.

Lorsque la notification d’une procédure collective doit être adressée à des


créanciers domiciliés dans un État étranger, la notification doit :

89
➢ indiquer le délai prévu à l’article 78 ci‐dessus pour la production des créances et
spécifier le lieu où elles doivent être produites ;
➢ indiquer que les créanciers dont la créance est assortie d’une sûreté doivent
produire ladite créance ;
➢ contenir toute autre information requise pour la notification aux créanciers
conformément au présent Acte uniforme et aux décisions de la juridiction
compétente.

Un représentant étranger peut demander à la juridiction compétente au sens des


articles 3,3‐1 et 3‐2 de l’AUPCAP de reconnaitre la procédure collective
étrangère dans le cadre de laquelle il a été désigné représentant.

La demande de reconnaissance doit être accompagnée des documents ci-après :

1° une copie certifiée conforme de la décision d’ouverture de la procédure


collective étrangère et de désignation du représentant étranger ;

2° un certificat de la juridiction étrangère attestant de l’ouverture de la procédure


collective étrangère et la désignation du représentant étranger ;

3° en l’absence des pièces visées aux numéros 1° et 2° du présent article, toute


autre preuve de l’ouverture de la procédure collective étrangère et de la
désignation du représentant étranger susceptible d’être acceptée par la
juridiction compétente au sens des articles 3, 3‐1 et 3‐2 ci‐dessus.

La demande de reconnaissance est également accompagnée d’une déclaration


identifiant toutes les procédures collectives étrangères concernant le débiteur qui
sont connues par le représentant étranger.

Tous les documents fournis à l’appui de la demande de reconnaissance du


présent article doivent être rédigés ou traduits dans la ou dans une langue
officielle de l’État partie concerné.

La juridiction compétente saisie d’une demande de reconnaissance d’une


procédure collective étrangère peut fonder sa décision sur des présomptions
notamment, si la copie certifiée conforme de la décision ou le certificat visés à
l’article 256‐ 14 indiquent que la procédure étrangère est une procédure
collective étrangère, telle que définie à l’article 1‐3 AUPCAP, et que le
représentant de ladite procédure est un représentant étranger, tel que défini à
l’article 1‐3 de l’AUPCAP, la juridiction compétente peut présumer qu’il en est
ainsi.

90
La juridiction compétente est également habilitée à présumer que les documents
soumis à l’appui de la demande de reconnaissance de la procédure collective
étrangère sont authentiques, qu’ils aient ou non été certifiés.

Sauf preuve contraire, dans le cas d’une personne morale, le siège statutaire, ou,
dans le cas d’un particulier, la résidence habituelle, du débiteur est présumé être
le centre de ses intérêts principaux.

Sous réserve des dispositions de l’article 256‐5 AUPCAP, une procédure


collective étrangère est reconnue si :

- elle est une procédure collective étrangère, telle que définie à l’article 1‐3 ;
- le représentant demandant la reconnaissance est un représentant étranger, tel que
défini à l’article 1‐3 ;
- la demande satisfait aux exigences de l’alinéa 2 de l’article 256‐14 ;
- la demande a été soumise à la juridiction compétente visée à l’article 256‐3.

La procédure collective étrangère sera alors reconnue soit comme procédure


collective étrangère principale si elle a lieu dans l’État étranger où le débiteur a
le centre de ses intérêts principaux soit comme procédure collective étrangère
non principale si le débiteur a un établissement, tel que défini à l’article 1‐3
AUPCAP, dans l’État étranger.

La décision relative à une demande de reconnaissance d’une procédure


collective étrangère doit être rendue dans un bref délai par la juridiction
compétente.

Les dispositions des articles 256‐13 à 256‐17 de l’AUPCAP n’empêchent pas la


modification ou la cessation de la reconnaissance de la procédure collective
étrangère s’il apparaît que les motifs de la reconnaissance étaient totalement ou
partiellement absents ou qu’ils ont cessé d’exister.

A compter de la date de la présentation de la demande de reconnaissance de la


procédure collective étrangère, le représentant étranger informe, sans délai, la
juridiction compétente :

- De toute modification substantielle du statut de la procédure collective étrangère


reconnue ou du statut de la nomination du représentant étranger ;
- De toute autre procédure collective étrangère concernant le débiteur qui a été
portée à sa connaissance.

91
Entre la date de la présentation d’une demande de reconnaissance de la
procédure collective étrangère devant la juridiction compétente et celle du
prononcé de la décision de reconnaissance, lorsqu’il est urgent de prendre des
mesures pour protéger les biens du débiteur ou les intérêts des créanciers, la
juridiction compétente peut, à la demande du représentant étranger, prendre les
mesures provisoires suivantes :

- Interdire ou suspendre les mesures d’exécution à rencontre des biens du


débiteur, y compris toute mesure d’exécution extrajudiciaire ;

- Confier l’administration ou la réalisation de tout ou partie des biens du débiteur


situés sur le territoire de la juridiction compétente au représentant étranger ou à
un syndic désigné par celle‐ci, afin de protéger et préserver la valeur de ces
biens lorsque, par leur nature ou en raison d’autres circonstances, ils sont
périssables, susceptibles de se dévaluer ou autrement menacés ;

- Accorder toutes mesures visées aux numéros 3°, 4° et 7° du premier alinéa de


l’article 256‐20 AUPCAP.

À moins qu’elles ne soient prorogées en application du numéro 6° du premier


alinéa de l’article 256‐20 de l’AUPCAP, les mesures accordées conformément
au présent article cessent dès qu’il est statué sur la demande de reconnaissance
de la procédure collective étrangère.

La juridiction compétente peut refuser d’accorder les mesures visées si elles


risquent d’entraver l’administration de la procédure collective étrangère
principale.

Paragraphe 2 : La mise en œuvre de la procédure collective internationale


dans l’espace OHADA

La reconnaissance d’une procédure collective étrangère produit des effets


immédiatement.

Dès la date de la décision de reconnaissance d’une procédure collective


étrangère principale :

- 1° l’ouverture des actions, des procédures ou des voies d’exécution individuelles


judiciaires et extrajudiciaires visant les biens, les droits ou les obligations du
débiteur est interdite et la poursuite desdites actions, procédures et voies
d’exécution est suspendue ;
92
- 2° les mesures d’exécution judiciaires et extrajudiciaires contre les biens du
débiteur sont interdites ou suspendues ;

- 3° le droit de transférer les biens du débiteur, de constituer des sûretés sur ces
biens ou d’en disposer autrement est suspendu.

La portée et la modification ou la cessation des mesures d’interdiction et de


suspension visées à l’alinéa premier du présent article sont subordonnées à toute
autre disposition prévue par le présent Acte uniforme.

Les dispositions du numéro 1° du premier alinéa de l’article 256‐19 n’affectent


pas le droit d’engager des actions, des procédures ou des voies d’exécution
individuelles judiciaires et extrajudiciaires dans la mesure où cela est nécessaire
pour préserver une créance contre le débiteur.

Le premier alinéa de l’article 256-19 n’affecte pas le droit de demander


l’ouverture d’une procédure collective en application de l’Acte uniforme ou le
droit de produire des créances dans une telle procédure.

Néanmoins, l’article 256‐20 prévoit que lorsqu’il est nécessaire de protéger les
biens du débiteur ou les intérêts des créanciers, la juridiction compétente peut,
dès la date de la décision de reconnaissance d’une procédure collective
étrangère, principale ou non principale, accorder, à la demande du représentant
étranger, toute mesure appropriée, notamment :

1° interdire les actions, les procédures, les voies d’exécution et les poursuites

individuelles judiciaires et extrajudiciaires concernant les biens, les droits ou les


obligations du débiteur ou suspendre lesdites actions, procédures, voies
d’exécution et poursuites dans la mesure où cette interdiction ou suspension
n’est pas intervenue en application du numéro 1° du premier alinéa de l’article
256‐19 ci-dessus;

2° interdire ou suspendre les mesures d’exécution judiciaires et extrajudiciaires


contre les biens du débiteur, si cette interdiction ou suspension n’est pas
intervenue en application du numéro 2° du premier alinéa de l’article 256‐19
ci‐dessus ;

3° suspendre le droit de transférer les biens du débiteur, de constituer des sûretés


sur ces biens ou d’en disposer autrement dans la mesure où ce droit n’a pas été
93
suspendu en application du numéro 3° du premier alinéa de l’article 256‐19 ci-
dessus;

4° faire interroger des témoins, recueillir des preuves ou fournir des


renseignements concernant les biens, les affaires, les droits ou les obligations du
débiteur ;

5° confier l’administration ou la réalisation de tout ou partie des biens du


débiteur, situés sur le territoire de la juridiction compétente, au représentant
étranger ou à toute autre personne nommée par ladite juridiction ;

6° proroger les mesures accordées en application du premier alinéa de l’article


256‐18 ci‐ dessus ;

7° accorder toute autre mesure que pourrait prendre le syndic en application de


l’Acte uniforme.

Dès la date de la décision de reconnaissance d’une procédure collective


étrangère, principale ou non principale, la juridiction compétente peut, à la
demande du représentant étranger, confier la distribution de tout ou partie des
biens du débiteur situés sur le territoire de la juridiction compétente au
représentant étranger, ou à un syndic nommé par elle, si elle estime que les
intérêts des créanciers résidant sur son territoire sont suffisamment protégés.

Lorsqu’elle accorde une mesure en application du présent article au représentant


étranger d’une procédure collective étrangère non principale, la juridiction
compétente doit s’assurer que la mesure accordée se rapporte à des biens qui, en
application de l’Acte uniforme, devraient être administrés dans la procédure
collective étrangère non principale, ou que la mesure a trait à des
renseignements requis dans cette procédure.

Lorsque la juridiction compétente accorde ou refuse toute mesure conformément


à l’article 256‐ 18 ou à l’article 256‐ 20, ou lorsqu’elle modifie ou fait cesser les
mesures accordées en application de l’alinéa 3 du présent article, elle doit
s’assurer que les intérêts des créanciers et des autres personnes intéressées, y
compris le débiteur, sont suffisamment protégés.

La juridiction compétente peut subordonner aux conditions qu’elle juge


appropriées toute mesure accordée conformément aux articles 256‐18 ou
256‐20.

94
La juridiction compétente, statuant à la demande du représentant étranger ou de
toute personne physique ou morale lésée par toute mesure accordée en
application des articles 256‐ 18 ou 256‐20, ou statuant d’office, peut modifier ou
faire cesser ladite mesure.

Par ailleurs, dès la date de la décision de reconnaissance d’une procédure


collective étrangère, le représentant étranger a capacité pour engager toutes les
actions en inopposabilités prévues par les articles 67 et suivants ci‐dessus.

Lorsque la procédure collective étrangère est une procédure collective étrangère


non principale, la juridiction compétente doit s’assurer que l’action se rapporte à
des biens qui, en application de l’Acte uniforme, devraient être administrés dans
cette procédure.

Il faut noter que le seul fait qu’une demande soit présentée par un représentant
étranger devant une juridiction d’un des États parties ne soumet pas ledit
représentant, ni les biens ou affaires du débiteur se trouvant hors de l’espace
OHADA, à la compétence des juridictions des États parties pour d’autres fins
que celles indiquées dans ladite demande.

Le représentant étranger peut, si les conditions prévues par le présent Acte


uniforme sont réunies, intervenir dans toute procédure collective à laquelle le
débiteur est partie.

Il faut noter qu’il doit exister une réelle collaboration entre les juridictions et le
représentant étranger.

La juridiction compétente coopère dans la mesure du possible avec les


juridictions étrangères ou les représentants étrangers, soit directement, soit par
l’intermédiaire d’un syndic.

La juridiction compétente est habilitée à communiquer directement avec les


juridictions étrangères ou les représentants étrangers, ou à leur demander
directement des informations ou une assistance.

Dans l’exercice de ses fonctions et sous réserve du contrôle de la juridiction


compétente, le syndic coopère dans la mesure du possible avec les juridictions
étrangères ou les représentants étrangers.

Il est également habilité à communiquer directement avec les juridictions


étrangères ou les représentants étrangers.

95
La coopération visée aux articles 256‐24 et 256‐25 de l’AUPCAP peut être
assurée par tout moyen notamment :

- la nomination d’une personne ou d’un organe chargé d’agir suivant les


instructions de la juridiction compétente ;
- la communication d’informations par tout moyen jugé approprié par la
juridiction compétente ;
- la coordination de l’administration et de la surveillance des biens et des affaires
du débiteur ;
- l’approbation ou l’application par tout tribunal des accords concernant la
coordination des procédures collectives ;
- la coordination des procédures collectives concurrentes concernant le même
débiteur.

Des procédures collectives concurrentes peuvent également s’ouvrir. Ces


procédures secondaires se caractérisent par leur subsidiarité et leur territorialité.
Elles ne produisent que des conséquences limitées. En effet, par hypothèse, la
procédure étant secondaire par rapport à la procédure principale, elle ne peut être
ouverte qu'à titre subsidiaire: soit, parce que la faillite ne peut être prononcée
dans l'État où Je débiteur a Je centre de ses intérêts principaux, soit parce que la
procédure secondaire est déclarée à la suite de poursuites émanant d'un créancier
local.

Après la reconnaissance d’une procédure collective étrangère principale, une


procédure collective ne peut être ouverte en application de l’Acte uniforme dans
l’État partie où la procédure collective étrangère a été reconnue que si le
débiteur dispose de biens dans ledit État partie.

Les effets de la procédure collective secondaire ouverte sont limités aux biens
du débiteur qui sont situés dans cet État et, dans la mesure nécessaire, pour
donner effet aux mesures de coopération et de coordination visées aux articles
256‐24 à 256‐ 26 de l’AUPCAP, aux autres biens du débiteur qui, en application
de l’AUPCAP, devraient être administrés dans le cadre de cette procédure.

Lorsqu’une procédure collective étrangère et une procédure collective ouverte


en application de l’Acte uniforme ont lieu concurremment à l’encontre du même
débiteur, la juridiction compétente s’efforce d’assurer la coopération et la

96
coordination, visées aux articles 256‐24 à 256‐26 de l’AUPCAP, conformément
aux conditions suivantes :

1) Lorsque la procédure collective ouverte dans un État partie est en cours au


moment où est introduite la demande de reconnaissance de la procédure
collective étrangère :

a) toute mesure prise en application des articles 256‐18 ou 256‐20 ci‐dessus doit
être conforme à la procédure collective ouverte dans l’État partie en application
de l’Acte uniforme ;

b) si la procédure collective étrangère est reconnue par la juridiction compétente


en tant que procédure collective étrangère principale, l’article 256‐19 ci‐dessus
ne s’applique pas.

2) Lorsque la procédure collective est ouverte dans un État partie après la

reconnaissance de la procédure collective étrangère ou après l’introduction de la


demande de reconnaissance de ladite procédure :

a) toute mesure prise en application des articles 256‐18 ou 256‐20 ci‐dessus est
réexaminée par la juridiction compétente et modifiée ou levée si elle n’est pas
conforme à la procédure collective ouverte par ladite juridiction en application
de l’Acte uniforme ;

b) si la procédure collective étrangère est une procédure collective étrangère

principale, les mesures d’interdiction et de suspension visées au premier alinéa


de l’article 256‐19 ci‐dessus sont modifiées ou levées conformément à l’alinéa 2
de l’article 256‐19 si elles ne sont pas conformes à la procédure collective
ouverte par la juridiction compétente.

3) Lorsqu’elle octroie, proroge ou modifie une mesure accordée au représentant


étranger d’une procédure collective étrangère non principale, la juridiction
compétente doit s’assurer que la mesure porte sur des biens qui, en application
de l’Acte uniforme, devraient être administrés dans la procédure collective
étrangère non principale, ou que la mesure a trait à des renseignements requis
dans le cadre de cette procédure.

Lorsque plusieurs procédures collectives étrangères ont été ouvertes à l’encontre


du même débiteur, la juridiction compétente s’efforce d’assurer la

coopération et la coordination visées aux articles 256‐24 à 256‐26 ci‐dessus


97
conformément aux conditions suivantes :

1° toute mesure accordée en application des articles 256‐18 ou 256‐20 ci‐dessus


au représentant étranger d’une procédure collective étrangère non principale
après la reconnaissance d’une procédure collective étrangère principale doit être
conforme à la procédure collective étrangère principale ;

2° si une procédure collective étrangère principale est reconnue après la


reconnaissance d’une procédure collective étrangère non principale ou après

l’introduction d’une demande de reconnaissance d’une telle procédure


collective, toute mesure prise en application des articles 256‐18 ou 256‐20
ci‐dessus est réexaminée par la juridiction compétente et modifiée ou levée, si
elle n’est pas conforme à la procédure collective étrangère principale ;

3° si, après la reconnaissance d’une procédure collective étrangère non


principale, une autre procédure collective étrangère non principale est reconnue,
la juridiction compétente accorde, modifie ou fait cesser les mesures accordées,
dans le but de faciliter la coordination des procédures collectives concurrentes.

Sauf preuve contraire, la reconnaissance d’une procédure collective étrangère


principale atteste, aux fins de l’ouverture d’une procédure collective de
redressement judiciaire ou de liquidation des biens, en application de l’ Acte
uniforme, que le débiteur est en état de cessation des paiements.

Sans préjudice des droits des titulaires de créances assorties de sûretés ou des
droits réels, un créancier ayant obtenu satisfaction partielle en ce qui concerne sa
créance, dans une procédure collective ouverte conformément à une loi relative
à l’insolvabilité ou des procédures collectives dans un État étranger, ne peut être
payé pour la même créance dans une procédure collective concernant le même
débiteur ouverte en application de l’Acte uniforme tant que le paiement accordé
aux autres créanciers de même rang est proportionnellement inférieur au
paiement que ledit créancier a déjà obtenu par une juridiction étrangère.

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