3 Code (B1)
3 Code (B1)
Résumé
Cet article analyse les effets de l’inclusion financière sur la croissance économique
des pays de l’Union Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). L’indicateur synthétique
d’inclusion financière conçu par la BCEAO a été utilisé pour mesurer le niveau
d’inclusion financière dans cet espace. Un modèle linéaire sur données de panel a été
adopté pour analyser l’influence de l’inclusion financière sur la croissance
économique sur la période 2007 à [Link] a été estimé par la méthode des erreurs types
corrigées pour panels. Les résultats d‘estimations du modèle montrent que l’inclusion
financière influence positivement la croissance économique dans les pays de l’Union.
Au regard de ces résultats la recherche encourage toutes les mesures qui visent à
améliorer l’accès et l’utilisation des services financiers dans l’UEMOA en vue
d’accroitre la croissance économique.
Mots clés : Croissance, Inclusion financière, Méthode des erreurs types corrigées
pour données de panel, UEMOA.
1
Université Thomas SANKARA /Burkina Faso, augustinkinda5@[Link]
2
Université Thomas SANKARA/Burkina Faso, combaryomer@[Link]
3
Université de Lomé/Togo, couchoro@[Link]
*Auteur correspondant : Augustin KINDA, augustinkinda5@[Link]
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Introduction
La notion de secteur financier inclusif a été le plus mis en évidence
depuis le Sommet du microcrédit de 2005, l'attribution du Prix Nobel
de la paix au professeur Muhammad Yunus promoteur de la Grameen
Bank en 2006, la Conférence de Dakar sur la finance inclusive de 2006
et la Conférence du G20 à Pittsburgh en 2009. Lors du Sommet de
Pittsburgh de 2009, le G20 a fait de ce sujet l’un de ses axes majeurs
(G20, 2009) et en 2013, plus d’une cinquantaine d’autorités nationales
de décision et de régulation s’étaient publiquement engagées à mettre
en place des stratégies d’inclusion financière dans leur pays (Banque
Mondiale, 2013 ; Alliance for Financial Inclusion, 2013). Enfin, en
octobre 2013, le Groupe de la Banque Mondiale a formulé un objectif
global d’accès universel aux services financiers de base. L’atteinte de
cet objectif sera une étape majeure vers l’inclusion financière
généralisée, vers un monde où chacun aura accès aux services financiers
dont il a besoin pour se saisir des opportunités et réduire la vulnérabilité.
L’accès aux services financiers inclusifs peut être considéré comme un
catalyseur de la croissance économique dans les pays en développement
dans la mesure où il permet d’accroitre le niveau des investissements à
travers deux canaux : celui de la mobilisation de l’épargne et celui du
crédit. L’inclusion financière peut participer également au financement
de l’économie, en facilitant l’accès au crédit par les entreprises
(Gwalani et Parki ,2014).
L’inclusion financière implique que les personnes adultes ont un large
accès aux services financiers conformément à leur besoin et à un coût
abordable. L’inclusion financière commence par la possession d’un
compte de dépôt ou de transactions dans une banque ou tout autre
structure relevant du système financier en vue de recevoir des
payements ou de sécuriser l’épargne (Demirguc-Kunt, et al., 2017).A
un niveau avancé ,l’inclusion financière implique aussi l’accès à des
crédits appropriés auprès d’institutions financières formelles en plus de
l’utilisation de produits d’assurance permettant d’atténuer les risques
financiers et de faire face à des situations telles que les inondations et
les incendies (Demirguc-Kunt, et al., 2017).Selon ces auteurs
,l’inclusion financière accroit l’épargne des agriculteurs ,ce qui est de
nature à augmenter le niveau de la production agricole et les dépenses
des ménages agricoles. Cette particularité de l’inclusion financière
s’applique aux ménages vivants en milieu rural. À ce titre, elle
contribue à la réduction des inégalés, à la réduction de la pauvreté. Les
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mesures favorisant le bon fonctionnement du secteur financier aident
les agents économiques à surmonter les barrières liées à l’accès aux
services financiers et, en conséquence, à réduire les inégalités de
revenus et la pauvreté, en vue de préserver la croissance.
L’inclusion financière est un processus marqué par une amélioration de
la qualité, de la quantité et de l’efficience de l’intermédiation financière
qui améliore les conditions de vie, accroit les opportunités
économiques. L’accroissement de l’épargne locale par le biais de
l’inclusion financière augmente le niveau des investissement locaux
(Babajide, et al., 2015).
Dans sa déclaration finale, la Conférence d'Abidjan de Mars 2015 sur
l’émergence en Afrique déclare : "L’expérience des pays émergents
enseigne également qu’ils ont pris les mesures nécessaires pour
accroître investissement et épargne publics et privés. Un système
bancaire et financier efficace et compétitif, offrant une gamme de
produits variés, permettant une bonne intermédiation en particulier,
entre investisseurs et épargnants, est d’une importance capitale.
L’inclusion dans le système financier des populations les plus
vulnérables notamment les femmes pour leur accès au crédit, devrait
être encouragée afin de renforcer leur participation à l’économie et
garantir la protection sociale du plus grand nombre » 4.
Certes, l'inclusion financière progresse globalement. La base de
données Global Findex révèle qu'entre 2011 et 2014, 700 millions
d'adultes dans le monde sont devenus titulaires d'un compte bancaire.
Le nombre d'adultes sans compte (les non-bancarisés) a diminué de
20% à 2 milliards. À l'échelle mondiale, 62% des adultes ont un compte,
contre 51% en 2011 (Demirguc-Kunt, et al., 2014).Entre 2014 et 2017
,la part de la population adulte disposant d’un compte auprès d’une
institution financière formelle ou d’un compte mobile money a connu
un accroissement au plan mondial passant de 62 % à 69 % et de
seulement 54% à 63% dans les pays en développement .La part des
femmes qui disposent d’un compte bancaire est restée inferieur à celle
des hommes d’un écart de neuf (9) points de pourcentage dans les pays
en développement. (Demirguc-Kunt, et al., 2018).
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Même si l’importance de l’inclusion financière n’est plus à démontrer
et largement reconnu par la littérature, son niveau demeure très bas en
Afrique (Dupas & Robinson, 2009; Beck, et al., 2008; Allen, et al.,
2016) . Bien qu’ils aient augmenté depuis le premier questionnaire
réalisé par la Banque Mondiale en 2011 (Global Findex Database
2011), les indicateurs de l’inclusion financière sont tous inférieurs en
Afrique par rapport à la moyenne mondiale. En 2011, environ 35 % de
la population africaine a un compte en banque contre 61,5 % dans le
monde. Lorsque 27,4 % de la population mondiale détient une épargne
formelle, seulement 15,4 % des africains déposent des fonds dans une
institution financière. Enfin, 6,7 % de la population africaine a contracté
un prêt auprès d’un établissement de crédit dans les 12 derniers mois
contre 10,7 % au niveau mondial (Demirgüç-Kunt et Klapper, 2012).
En outre ,23% des africains possédaient un compte formel, 11,5%
avaient économisé de l'argent en utilisant une institution financière
formelle et 5% des africains subsahariens avaient emprunté de l'argent
à une institution financière formelle en 2011.
L'analyse de la situation de l'inclusion financière, à partir des
indicateurs d'accès, d'utilisation et d'accessibilité-prix, laisse apparaître,
globalement, une amélioration de l'accès des populations aux services
financiers, un accroissement de l'utilisation de ces services et une
évolution contrastée des conditions de banque .Par exemple le taux de
bancarisation strict (TBS), qui mesure le pourcentage de la population
adulte détenant un compte dans les banques, les services postaux, les
caisses nationales d'épargne et le Trésor est passé de 7,6% en 2007 à
17,0% en 2017 .L'accessibilité-prix des services financiers mesurée
d'une part, par le taux d'intérêt nominal pratiqué par les banques sur les
dépôts de la clientèle, et, d'autre part, par le taux d'intérêt nominal des
crédits octroyés par les banques sont passés respectivement de 4,75%
et 7,82% à 5,28% et 6,93% entre 2007 et 2017 (BCEAO, 2018).
Au niveau de chaque pays, les mêmes tendances sont observées même
si celles-ci sont encore loin des attentes. À titre illustratif et selon
toujours le rapport ci-dessus cité le TBS était ressorti respectivement à
16.5 % et 27.2% en 2007 et 2017 pour le Benin (le plus fort taux de la
région) et de seulement 1 % et 4.1 % en 2007 et 2017 pour le Niger (le
plus faible taux de la région).En outre ,en ce qui concerne l’indice
synthétique d’inclusion financière le Benin fait figure de bon élève
avec un indice d’inclusion financière le plus élevé (0,556).Il est suivi
du Sénégal (0,459), du Togo (0,433), de la Côte d’Ivoire (0,410), du
Burkina (0,351) et du Mali (0,350).Ces résultats correspondent à des
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niveaux d’inclusion financière moyen au plan international .Le Niger
(0,229) et la Guinée-Bissau (0,179), affichent, en revanche, des indices
d’inclusion financière faibles.
D’autres auteurs ont mis en exergue les effets bénéfiques de l’inclusion
financière pour la croissance économique pour les pays asiatiques
(Sarma,2008 ;2010 ; Parc et Mercado ,2015). Néanmoins, la relation
entre inclusion financière ,les inégalités et la croissance
macroéconomique n’est pas bien établie et les études en la matière sont
relativement limitées (Demirguc-Kunt, et al., 2017).En outre ,les études
au plan macroéconomique sont peu nombreuses. Des études telles que
celle de Hariharan et Marktanner (2012) ont montré que l’inclusion
financière est un vecteur potentiel de croissance et de développement
économique. Sahay, et al. (2015) ont montré que l’inclusion financière
à un impact positif sur la croissance économique et doit nécessairement
passer par le développement financier. Sharma (2016) a conçu
différents indicateurs d’inclusion financière et a montré que l’accès et
l’utilisation des services financiers promeut la croissance économique.
Wong (2015) révèle que le lien entre inclusion financière et croissance
économique est positive dans les pays en développement.
Bien d’autres études sur l’inclusion financière ont concerné les pays
d’Afrique subsaharienne. Kpodar et Andrianaivo (2011) ont trouvé que
l’effet combiné de l’inclusion financière et de nouvelles technologies
de l’information et des communications sur la croissance économique
est beaucoup plus grand. Une corrélation positive de l’inclusion
financière sur la croissance économique a été établie pour le Kenya par
(Oruo, 2013).
L’objectif de la présente recherche est d’évaluer l’effet de l’inclusion
financière sur la croissance économique dans les pays de l’UEMOA.
Elle contribue à la littérature sur la compréhension des effets de
l’inclusion financière dans les pays de l’Union où le niveau de l’accès
aux services financiers est faible, en tentant de fournir des évidences
empiriques sur la relation entre inclusion financière et croissance
économique.
La suite de l’article se présente comme suit :la section 1 fait une analyse
descriptive du phénomène pour les pays de zone. La section 2 présente
la revue de littérature. La section 3 présente la méthodologie d’analyse,
la section 4 expose les résultats. Dans la section finale, il est question
de discuter les résultats et enfin la dernière section conclut l’étude.
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I. Analyse descriptive de l’inclusion financière et de la
croissance dans l’UEMOA
L’inclusion financière en tant que phénomène multidimensionnel est
généralement mesuré à travers trois dimensions notamment l’accès des
populations et entreprises aux services financiers, l’utilisation des
services financiers et les couts des services financiers (BCEAO,2018).
Une autre dimension à savoir le bien être des consommateurs est
mesurée dans d’autre pays nonobstant la difficulté de disposer de
données pour le mesurer.
Pour ce qui est de l’espace UEMOA, l’inclusion financière est mesurée
à travers :
• la dimension accès,
• la dimension utilisation et
• la dimension accessibilité-prix.
Étudier les effets de l’inclusion financière sur la croissance économique
requiert d’avoir quelques tendances d’évolution de ces deux variables
au cours des dernières années. Dans les lignes suivantes, il sera présenté
l’évolution combinée de la croissance économique représentée par taux
de croissance économique et la dimension accès de l’inclusion
financière ci-dessus mentionnées. Nous faisons le choix de mettre en
exergue l’évolution de chaque dimension en lien avec la croissance
pour mieux cerner le type de corrélation existante et l’apport présumé
de chaque dimension à la croissance.
Tout d’abord, pour ce qui est de la dimension « accès aux services
financiers », huit indicateurs sont généralement utilisés pour la
caractériser à savoir :
• le taux de pénétration démographique des services financiers
bancaires mesuré par le nombre de points de services financiers
bancaires pour 10 000 personnes adultes,
• le taux de pénétration démographique des services de
microfinance donné par le nombre de points de services de
microfinance pour 10 000 personnes adultes,
• le taux de pénétration démographique des services de monnaie
électronique calculé par le nombre de ponts de services de
monnaie électronique pour 10 000 adultes,
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• le taux global de pénétration démographique des services
financiers qui rapporte le nombre des points de services
financiers pour 10 000 adultes,
• le taux de pénétration géographique des services financiers
bancaires mesuré par le nombre de points de services financiers
bancaires pour 1 000 km2,
• le taux de pénétration géographique des services de
microfinance donné par le nombre de points de services de
microfinance pour 1 000 km2,
• le taux de pénétration géographique des services de monnaie
électronique calculé par le nombre de ponts de services de
monnaie électronique pour 1 000 km2,
• le taux global de pénétration géographique des services
financiers qui rapporte le nombre des points de services
financiers pour 1 000 km2.
La croissance économique dans les huit pays de l’Union a évolué de
manière erratique au cours des dix dernières années. Parmi les
nombreuses explications plausibles de ce phénomène se trouve le faible
financement des projets porteurs, une des manifestations de l’inclusion
financière dans l’Union.
L’évolution de la croissance économique de l’Union et de celle du taux
global de pénétration géographique des services financiers sont
résumées dans le graphique 1 :
Graphique 1 : Évolution comparée du taux de croissance économique et du
taux global de pénétration démographique des services financiers dans
l’UEMOA.
80
60
40
20
0
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017
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De ce graphique, il ressort que la croissance moyenne des huit pays de
l’UEMOA a évolué de façon croissante. Elle de 1.25 % en 2007 à 6.6%
en [Link] chute notable est réalisée en 2011 et s’explique
essentiellement par la baisse de la croissance économique de la Cote
d’Ivoire, première puissance économique de la zone et pesant
énormément sur le produit intérieur brut de la zone. La pénétration
géographique des services financiers évolue aussi de façon croissante
sur la période concernée. Elle connait une accélération très remarquée
à partir de l’année 2012 qui correspond avec le début de l’expansion
des établissements de monnaie électronique.
En résumé, il semble avoir une relation positive entre l’accessibilité des
services financiers et la croissance économique dans l’UEMOA.
II. Evidences empiriques sur la relation inclusion
financière et la croissance économique.
Généralement perçue comme l’accès aux services financiers formels tel
le crédit, les assurances et l’épargne, l’inclusion financière a été
identifiée comme jouant un rôle fondamental dans la croissance
économique (Claessens, 2006). Un plus grand accès des firmes et des
ménages aux services bancaires et financiers peut avoir un effet positif
sur la croissance économique. En plus, l’inclusion financière peut
contribuer à la création d’entreprises, améliorer les indicateurs de
capital humain comme l’éducation et la santé réduire les inégalités et la
pauvreté (Park et Mercado 2015).
Le diagramme ci-dessus fournit une explication conceptuelle du lien
entre l'inclusion financière et la croissance économique. Il montre que
l'inclusion financière peut contribuer à la croissance économique de
deux manières. Premièrement, l'accès aux services financiers à un coût
faible et abordable réduit la vulnérabilité des pauvres en améliorant leur
niveau de vie (Rajan, 2009). Le crédit à faible coût accordé aux groupes
à faible revenu et vulnérables permet de réaliser des activités de
production organisées dans les zones rurales, ce qui entraîne une
production accrue. Cette valeur ajoutée créée par le secteur agricole
contribue à la croissance de la production, entraînant une forte
croissance au niveau macro. Cela conduit à élever le niveau de vie de
ces groupes vulnérables en augmentant leurs revenus. Deuxièmement,
l'accès universel aux dépôts et aux produits d'assurance constitue une
source de financement. Cela aide les individus à placer leurs économies
dans le système financier, puis le marché financier assure une
affectation efficace de ces fonds dans des projets d'investissement à
70 Vol. 40, n° 2 (1)– juillet - décembre 2024 – Lettres, Sciences, Sociale et Humaine- Publié le 31 décembre 2024
long terme. De cette manière, les marchés financiers limitent le risque
de liquidité, induit par le manque de flux de fonds sur le marché, et
incitent à davantage d'investissements. Ce processus se traduit
également par une augmentation de la production et de l'emploi
entraînant une amélioration de la répartition du revenu national et du
revenu des pauvres (Claessens & Perotti, 2007).
Vol. 40, n° 2 (1)– juillet - décembre 2024 – Lettres, Sciences, Sociale et Humaine- Publié le 31 décembre 2024 71
Graphique 2 : Lien entre inclusion financière et croissance économique
72 Vol. 40, n° 2 (1)– juillet - décembre 2024 – Lettres, Sciences, Sociale et Humaine- Publié le 31 décembre 2024
Harley, et al. (2017) ont mené une étude empirique sur le rôle de
l’inclusion financière sur la croissance économique et la réduction de la
pauvreté dans les pays en développement en utilisant des données de
panel sur la période 2006 à 2015 sur un modèle log-linéaire .Des
résultats de leur régressions ,il ressort que le nombre de comptes
bancaires actifs ,le nombre de banques et les dépenses
gouvernementales de trois pays africains sont les robustes prédicteurs
de l’inclusion financière sur la réduction de la pauvreté. Selon eux, une
augmentation d’un pourcent du ratio des comptes actifs conduit à une
augmentation du produit intérieur brut de 0.0082 point de pourcentage
et une réduction de la pauvreté. Le coefficient de détermination trouvé
étant élevé (92%), le total de la variation du PIB est expliqué par les
variables indépendantes du modèle. Par conséquent, ils proposent de se
focaliser sur le développement des infrastructures financières dans la
perspective de réduction de la pauvreté et d’accroissement de la
croissance économique. Gretta (2017) étudie l’impact de l’inclusion
financière sur la croissance économique des pays du Moyen Orient de
d’Afrique du Nord, et les BRICS (Brésil, Russie Chine, Inde, Afrique
du Sud) en identifiant les canaux de transmission qui existent entre
l’éducation financière ,l’intermédiation financière et la croissance. Il
utilise une régression VAR (Vecteur Autorégressif) dans le but de
quantifier la relation entre inclusion financière en termes d’activités
financières, l’éducation financière et la croissance économique. Ces
résultats démontrent l’importance de l’inclusion financière en tant que
catalyseur de la croissance économique dans les pays de ces deux
régions.
Okoye, et al. (2017) ont analysé dans leur étude portant sur l’inclusion
financière comme stratégie de croissance et de développement
économique au Nigeria sur la période 1986 à 2015 en utilisant la
technique des moindres carrées ordinaires. Ils mesurent l’inclusion
financière dans leur étude en utilisant le ratio des prêts rapportés aux
dépôts, les indicateurs de la profondeur financière, les prêts au secteur
rural. La profondeur financière est mesurée par le rapport des crédits au
privé rapportés au PIB et la masse monétaire rapportée au PIB. La
croissance économique quant à elle, est mesurée par la croissance du
PIB sur différents périodes et le revenu par tête comme mesure de la
pauvreté. Cette étude montre que les crédits accordés au privé ne
supportent pas de façon significative la croissance économique tandis
que l’inclusion financière contribue à réduire la pauvreté par
l’augmentation du crédit aux ménages ruraux.
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Tangakou (2019) se propose se propose d’apprécier les effets de
l’inclusion financière sur la croissance économique dans les pays de la
zone CEMAC. L’approche utilisée pour l’inclusion financière est celle
de la microfinance qui se définit comme une activité exercée par les
entités agréées n’ayant pas le statut de banque ou d’établissement
financier. La période d’étude s’étend de 2007 à [Link] tests
économétriques à savoir le modèle VAR (qui permet d’établir le lien de
causalité) et le test de causalité au sens de Granger (duquel découle une
causalité bidimensionnelle) ont été menés. Les résultats de cette étude
empirique montrent que le niveau d’épargne, le volume de crédit, le
nombre d’agences et la population influencent positivement et
significativement l’inclusion financière. Les autorités monétaires
doivent contribuer à l’amélioration de l’inclusion financière notamment
par la promotion de l’éducation financière des citoyens, la mise en place
d’une plateforme pour le financement des startups et la mise en place
d’un dispositif de suivi des progrès en termes d’inclusion financière et
des outils pour la promotion de l’inclusion financière en zone CEMAC.
En outre, la croissance économique stimule l’inclusion financière et
vice versa. Autrement dit, la causalité est bidimensionnelle.
De toutes ces études, il ressort que l’inclusion financière améliore
globalement la croissance économique par l’intermédiaire de canaux de
transmission qui diffèrent d’un auteur à l’autre. Il n’en demeure pas
moins qu’il existe quelques critiques qui se sont élevées contre
l’inclusion financière.
Un des arguments à s’élever contre l’inclusion financière proviendrait
de la crise financière de 2008, qui a montré que trop d’innovations
financières peuvent avoir des effets désastreux sur le système financier.
La crise financière a mis à nu les défaillances de la régulation
financière. Ces défaillances ont eu un impact négatif sur la facilité
d’accès des services financiers par les groupes pauvres. Cependant les
évidences montrent que la crise est survenue à la suite de
l’augmentation des produits financiers toxiques dans une certaine
ampleur (Mukta, 2016 ).
Dans l’espace UEMOA, les études s’intéressant spécifiquement aux
effets de l’inclusion financière sur la croissance sont peu nombreuses.
Des études telles que celle de Senou et al (2019) étudient par exemple
la dynamique de l’inclusion financière dans cet espace et analysent
l’apport de la finance digitale au processus d’inclusion financière.
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En définitive, il convient de noter qu’il existe nombre d’études
soulignant les mérites de l’inclusion financière comme catalyseur de la
croissance économique. Néanmoins, il convient d’encadrer en vue de
limiter les effets néfastes qui peuvent découler de l’accès et de
l’utilisation des services financiers évoqués dans quelques études.
Il s’agit pour nous, dans la section suivante, de vérifier empiriquement
l’apport de l’inclusion financière à la croissance économique dans les
pays de l’Union.
III. Analyse du rôle de l’inclusion financière dans la
croissance économique des pays de l’UEMOA
Cette section est consacrée à la vérification des hypothèses à travers une
analyse statistique et économétrique. En rappel, l’hypothèse de départ
formulée stipule que l’inclusion financière est un catalyseur de la
croissance économique.
III.1. Modèle économétrique
Dans cette partie, il s’agira pour nous de présenter le modèle
économétrique qui nous permettra de mesurer les effets de l’inclusion
financière sur la croissance économique dans les pays de l’UEMOA. La
méthodologie consiste à spécifier les modèles qui seront utilisés pour
l’atteinte des objectifs de notre étude. Cela passera nécessairement par
une définition des variables qui seront utilisées pour la conduite de la
recherche de même que les données à utiliser.
La présente recherche se réfère aux travaux empiriques
d’Andrianaivo et Kpodar (2012), Babajide, et al. (2015) , Dixit &
Ghosh( 2013) ,Sharma (2016) pour adopter un modèle linéaire pour
analyser les effets de l’inclusion financière sur la croissance
économique dans les pays de l’UEMOA. Le modèle économétrique
réadapté de ces travaux pour analyser la relation entre inclusion
financière et croissance économique se présente comme suit :
𝑌i𝑡 = 𝛽𝑋it + 𝑍it𝜇 + Ԑit (1)
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III.2. Variables
La variable retenue dans le cadre de notre étude est le taux de croissance
du Produit Intérieur Brut. Il traduit l’augmentation de la richesse
produite dans un pays au cours d’une période donnée.
Variables indépendantes
Le niveau des investissements
Une augmentation du niveau des investissements est supposée avoir une
incidence positive sur la croissance réalisée dans l’économie. Selon la
conception de Keynes, une augmentation des dépenses du
gouvernement est de nature à stimuler la croissance économique. Le
niveau des investissements est capté la formation brute de capital fixe.
L’ouverture commerciale
Il est donné par la somme des exportations et importations en
pourcentage du PIB. Il s’agit de l’indicateur de l’ouverture commerciale
calculé initialement par (Harrison, 1996). Les modèles de croissance
endogène soulignent le rôle du commerce international suggèrent que
l’ouverture aux échanges permet aux pays les plus pauvres de tirer
avantage des effets en retour technologique. Warner (1997) soutient
qu’en moyenne les pays les plus ouvertes croissent plus vite que les
autres. L’ouverture au commerce extérieur est bénéfique pour la
croissance économique, et il est de ce fait attendu un coefficient positif.
Les investissements directs étrangers (IDE) nets.
Dans la littérature théorique, les IDE reçus stimulent la croissance
économique de l’économie d’accueil à travers plusieurs niveaux.
Directement, d’abord par sa contribution à la valeur ajoutée et par les
gains de productivité que génèrent les transferts de technologie qui
s’opèrent à destination des entreprises locales rachetées ou intégrées
dans les chaines de production. Mais au-delà de ces effets directs sur la
production et sur la modernisation des équipements. Ram & Zhang
(2002) trouvent une liaison positive entre les IDE et la croissance
économique. Il est attendu un signe positif de l’effet des investissements
directs étrangers sur la croissance économique.
Les dépenses de consommation gouvernementales
C’est une mesure de la taille de l’État donnée par la consommation
finale des administrations publiques en pourcentage du PIB.
L’accroissement de la consommation publique peut dégrader la qualité
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des dépenses publiques, ce qui entraine avec elle une administration
pléthorique occasionnant des gaspillages des ressources de l’État. Son
signe attendu est ambigu.
La qualité institutionnelle
Elle est captée par l’inverse de l’indice obtenu à partir de la moyenne
de l’indice du droit politique et celui de la liberté civile. Elle est élaborée
par Freedom House. Il s’agit de l’indicateur de liberté politique
constitué des sous-indicateurs de droits politiques (score de 1 à 7) et de
libertés civiles (score de 1 à 7) construits à partir de notations par des
experts. Des pays caractérisés par une qualité institutionnelle médiocre
réalisent les croissances les plus faibles (Barro, 1991). Elle est supposée
agir positivement sur le niveau de la croissance économique
conformément à la théorie néo-institutionnelle qui met en relation
positive la qualité des institutions et la performance économique de
façon générale.
Le niveau d’instruction
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(2014) pour la détermination endogène des pondérations associées aux
indicateurs.
Sur la base des indicateurs d’inclusion financière suivis par la Banque
Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, trois dimensions ont été
retenues à savoir l’accès, l’utilisation et l’accessibilité-prix.
Le poids des indicateurs ainsi que les pondérations des dimensions sont
estimés à partir d’une analyse en composantes principales :
Une première porte sur les indicateurs de chaque dimension de
l’inclusion financière, ce qui permet d’estimer leur poids, ce qui
serviront par la suite à calculer une moyenne arithmétique pondérée de
ces indicateurs, qui tiendra lieu de sous-indice.
La seconde analyse en composantes principales est effectuée avec les
sous-indices ainsi générés pour estimer leurs poids respectifs.
Ainsi donc, en considérant les trois dimensions de l’inclusion
financière, l’indice global d’inclusion financière se présente ainsi qu’il
suit :
1 (ai 2 + ui 2 + ci 2 ) ( w1 − ai )2 + ( w2 − ui ) 2 + ( w3 − ci ) 2
IFIi = (( ) + (1 − )) (𝟐)
2 w12 + w2 2 + w32 w12 + w2 2 + w32
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Tableau I : Variables du modèle économétrique et signes attendus
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INVit représente le montant des investissements en capital du pays i à
la date t,
OUVit représente le degré d’ouverture du pays i à la date t,
IDEit représente les investissements directs étrangers nets du pays i à la
date t,
INFit représente le niveau de l’inflation du pays i à la date t,
INSTit représente la qualité institutionnelle du pays i à la date t,
IFIit représente le niveau de l’inclusion financière du pays i à la date t,
DGit est la consommation finale de l’administration publique rapportée
au PIB du pays i à la date t,
EDUCit est une mesure du capital humain du pays i à la date t,
βi Les différents coefficients,
Ԑit le terme d’erreur
Notre objectif est d’étudier les effets de l’inclusion financière sur la
croissance économique dans les pays de l’UEMOA. Pour ce faire nous
utiliserons des données sur les indicateurs de l’inclusion financière
fournies par la BCEAO sur la période 2007 à [Link] choix de cette
période se justifie par le fait que les données sur l’inclusion financière
ne sont disponibles qu’à partir de [Link] données sur la croissance
économique, la qualité institutionnelle, le niveau d’instruction sont
extraites du WDI (2018).
IV. Résultats et discussions
Avant de s’intéresser à l’analyse des effets de l’inclusion financière
dans les pays de l’Union, il est nécessaire de faire une description
sommaire de l’ensemble des variables du modèle de l’étude.
La valeur maximale de qualité institutionnelle sur la période est de 3,18
% pour un niveau minimal de -1,24%. Les dépenses de
consommation du gouvernement rapportées au produit intérieur brut a
évolué en moyenne de 14,91% pour les pays de l’UEMOA de 2007 à
2017.
Pour parer les problèmes de multicollinéarité, d’autocorrélation et
d’hétéroscédasticité des erreurs, l’étude utilise l’estimateur PCSE
(Panel Correted Santard Errors), erreurs types corrigées pour panel
pour estimer le modèle de l’étude. L’utilisation de cet estimateur se
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justifie dans des situations où la taille de l’échantillon est faible et que
la dimension individuelle des données est inférieure à la dimension
temporelle (Beck & Katz, 1995).Pour la présente étude la taille de
l’échantillon peut être considérée comme faible (huit pays) et que la
dimension individuelle (huit) est inférieure à la dimension temporelle
(2007 -2017).
Les résultats de l’estimation du modèle sont présentés dans le tableau
II :
Les valeurs du R2 ajusté, d rho et la statistique de Wald montrent que
le modèle estimé est globalement bien ajusté. Les résultats obtenus sont
statiquement valides et robustes.
Nous avons choisi par le biais des différentes estimations ci-dessus de
tester la robustesse de nos résultats par la méthode de l’ajout de
variables. Ce qui justifie l’estimation de quatre variantes de notre
équation.
La régression contenant l’inclusion financière et l’ouverture
commerciale donne des résultats significatifs et positifs. Les deux
variables prises ensemble, ceteris paribus contribuent à accroitre la
croissance économique dans les pays de l’Union. À titre illustratif, une
augmentation de l’indice d’inclusion financière d’un point augmente la
croissance économique de 6,014 unités au seuil de 10% alors qu’une
augmentation de l’ouverture commerciale améliore d’un point de
pourcentage accroit la croissance économique de 0,518%, et ce, au seuil
de 1%.
Pour la colonne 2 par contre l’ouverture commerciale apparait un
facteur explicatif non significatif de la croissance économique en
témoigne son écart type. Néanmoins l’inclusion financière, le niveau de
l’inflation et la formation brute du capital fixe se présentent comme des
variables explicatives significatives de la croissance économique aux
seuils indiqués dans le tableau. Au seuil de 5%, une hausse de
l’inclusion financière d’un point entraine une hausse du taux de
croissance économique des pays de l’Union de 5,654 points. Ce résultat
est conforme à celui par Andrianaivo et Kpodar(2011) sur les pays
d’Afrique subsaharienne ; Dai-Won et al (2018) pour les pays de
l’Organisation pour la Coopération Islamique. La même tendance est
observée pour l’inflation, qui contribue ici à améliorer la croissance
économique.
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Tableau II : Résultats de l’estimation
Taux de croissance du
Coefficients
produit intérieur brut
1 2 3 4
Indice d’inclusion 6,014* 5,654** 7,473* 6,271
financière
(3,518) (2,846) (3,953) (4,919)
Constante 3,166*
(1,525)
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Ce résultat est à priori contre-intuitif et contraire à nombre d’études
ayant analyser le lien entre inflation et croissance. En effet, une
augmentation des prix des biens entraine un renchérissement des biens
et services entrainant une baisse de la demande globale. Cela peut
pénaliser aussi la compétitivité, ce qui peut réduire le solde de la
balance commerciale. Mais ce résultat est conforme à ceux de Sarel
(1996) qui a trouvé que l’inflation a un effet positif sur la croissance
économique sur un échantillon de pays en voie de développement et
développés en dessous de 8%. De même Khan et Sehadji (2001) ont
trouvé que les niveaux d’inflation acceptables pour les pays développés
sont de 1’ordre de 1% à 3% et de l’ordre de 11 à 12 % pour les pays en
voie de développement.
Pour la colonne 3 seules les variables : inclusion financière, inflation et
formation bute du capital fixe sont significatives et méritent quelques
commentaires. Les variables non significatives étant l’ouverture
commerciale, les investissements directs étrangers et le taux brut de
scolarisation au secondaire .Du côté des variables significatives
(l’indice d’inclusion financière ,l’inflation et la formation bute du
capital fixe ) ,elles sont toutes liées positivement à la croissance
économique avec des seuils de significativité de l’ordre de 1% et de
10%.Par exemple une hausse de l’indice d’inclusion financière de
l’ordre de 1 % impacte positivement la croissance économique de
l’ordre de 7,473 %.Ce résultat est conforme à ceux trouvés par Beck et
al (2011).Pour ces derniers ,l’inclusion financière favorise l’épargne et
l’accumulation du capital et permet d’assurer une allocation optimale
des capitaux. Permettre l’accès au crédit bancaires aux ménages et aux
entreprises constitue un catalyseur de la croissance économique
L’inclusion financière contribue à la croissance économique et la
réduction de la pauvreté. Les résultats trouvés sont aussi conformes à
ceux de Demiruç-Kunt et Levine (2004) et Honohan (2008) qui
établissent que l’inclusion financière a un impact sur la croissance de
long terme et la réduction de la pauvreté. En encourageant l’épargne,
l’investissement et la productivité, l’inclusion financière stimule
l’activité économique (Demiruç-Kunt et Levine ,2013 ; Dabla-Noris et
al,2008, Loaba,2015).
Comme dans la colonne 2, une augmentation de l’inflation se traduit
par une influence positive sur la croissance économique. La formation
brute du capital fixe soutient positivement la croissance économique.
Ceci est conforme à la théorie keynésienne qui stipule qu’une
augmentation des dépenses d’investissement permet d’augmenter la
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croissance économique. Ce résultat est également conforme à celui de
Barro (1991) et Morley et Perdikis (2000) qui établirent une influence
des dépenses publiques sur la croissance économique même si cette
influence dépend avant tout de la composition des dépenses publiques.
Ceci est conforme également à nos prédictions théoriques. La formation
brute du capital fixe est par ailleurs la seule variable qui agit
positivement et significativement sur la croissance dans la colonne 4.
Conclusion et implications
Le présent article a été consacré à l’évaluation de l’effet de l’inclusion
financière sur la croissance économique mesurée par le taux de
croissance du produit intérieur brut. L’inclusion financière étant
généralement mesurée par plusieurs dimensions, il est procédé au choix
et à sa justification de l’indicateur synthétique d’inclusion financière de
la BCEAO. L’étude utilise des données sur les dimensions de
l’inclusion financière fournies par la BCEAO sur la période 2007 à
[Link] variables macroéconomiques de contrôle sont tirées du World
Development Indicators (2018).
Pour analyser les effets de l’inclusion financière sur la croissance
économique dans les pays de l’Union, nous avons adopter un modèle
linéaire sur données de panel. La méthode des erreurs types corrigés
pour panel (PCSE) a été utilisée pour estimer le modèle de l’étude. Les
résultats révèlent entre autres que l’inclusion financière, l’ouverture
commerciale et la formation brute du capital fixe sont des variables qui
impactent positivement le taux de croissance économique dans les huit
pays de l’Union. Des implications peuvent été tirées de cette étude. Tout
d’abord, des mesures peuvent été prises dans le but de favoriser
l’implantation des intermédiaires financiers dans le but d’augmenter
l’accessibilité des services financiers par les populations de la zone
UEMOA. Pour ce qui concerne l’utilisation, des mesures à prendre pour
l’impulser sont entre autres celles qui passent par l’abaissement des
coûts des services financiers, la sensibilisation des populations pour
l’utilisation des moyens de payements digitaux. Pour accroître
l’accessibilité des services financiers qui est la troisième dimension de
l’inclusion financière, il peut être envisagé des politiques visant à
diminuer les couts des emprunts des produits financiers (taux d’intérêt
nominal des crédits appliqué par les institutions financières) dans
l’espace UEMOA et aussi de rehausser la rémunération de l’épargne
des populations dans les institutions financières.
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Des mesures allant également dans le sens de l’accroissement des
exportations en vue d’accroitre le taux d’ouverture commerciale et
celles visant à multiplier la formation brute du capital fixe sont autant
de catalyseurs qui, mis ensemble contribueront sans doute à stimuler la
croissance économique dans les huit pays de l’Union. Notre étude
comporte un certain nombre de limites liées à faible période temporelle
qui ne permet pas de faire des analyses de long terme mais aussi
l’analyse de l’ensemble des pays qui ne permet pas de faire ressortir les
spécificités propres à chaque pays.
Mais dans l’hypothèse où toutes les populations de l’Union ont accès
aux services financiers et les utilisent à des couts réduits, qu’en sera-t-
il de la solidité financière ou de la stabilité financière ? Autrement dit,
une hausse de l’inclusion financière pénalise-t-elle ou renforce-t-elle la
stabilité financière ?
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