Chant du Voyageur Infini
Dans le silence épais des astres endormis,
Quand le monde était encore une idée dans l’ombre,
J’étais là, seul, nu, perdu dans l’infini,
Errant parmi les poussières d’étoiles et les nombres.
Je marchais, sans pieds, sans corps, sans nom,
À travers les vents cosmiques aux soupirs éternels,
Et les galaxies, comme de lentes processions,
Chantaient des psaumes anciens aux accords solennels.
Mon âme, en équilibre entre l'absence et le feu,
Cherchait le sens au creux d’un verbe non-dit,
Et chaque atome, chaque nébuleuse à mes yeux,
Était un livre muet qu’on lit dans l’oubli.
J’ai traversé des âges où nul n’a mis le pas,
Des terres où les montagnes parlent aux cieux,
Des mers sans fond où nagent des chants las,
Et des cieux où les nuages pleurent des adieux.
J’ai vu naître les premières aurores du monde,
Le feu qui danse au cœur des volcans vierges,
Les forêts primordiales, leurs racines profondes,
Et les rivières qui sculptent les rêves sur la berge.
J’ai vu les hommes, ces fils de poussière et d’espoir,
Forger des villes, écrire des lois, faire la guerre,
Tomber, aimer, trahir, puis vouloir tout revoir,
Toujours en quête d’un paradis sous la pierre.
J’ai écouté le chant des forgerons de l’aurore,
Le cri des mères, le rire des enfants sans peur,
Le soupir des rois, la sagesse des vieux corps,
Et les prières murmurées aux confins des douleurs.
Chaque époque m’a fait don de sa mémoire,
Chaque nom gravé sur une stèle ou un mur
Est une étoile dans mon grand ciel illusoire,
Un feu qui vacille mais ne meurt jamais, sûr.
J’ai aimé mille fois, sous mille formes,
Une fleur, un sourire, un regard d’éphémère,
Et chaque amour fut une brise qui transforme
La glace de l’éternité en lumière sincère.
J’ai pleuré aussi, des fleuves d’eau salée,
Pour les peuples détruits, les chants étouffés,
Les bibliothèques brûlées, les rêves piétinés,
Et les justes pendus pour avoir trop parlé.
J’ai vu les empires tomber dans le silence,
Le sable avaler les tours et les couronnes,
Et les statues des dieux, figées dans l’absence,
Regarder mourir les prières qu’on leur donne.
Mais malgré tout, malgré la fin, la ruine,
Quelque chose toujours renaît, quelque chose vit.
Dans le cœur des enfants, dans la graine qui devine,
Dans l’étincelle d’un regard qui dit “je suis”.
Et moi, je marche encore, toujours plus loin,
Sur les routes invisibles tracées dans la nuit.
Mon chant est long comme le souffle d’un matin,
Et mon nom se perd dans le vent qui s’enfuit.
Je suis le poète, le pèlerin sans feu ni loi,
Le miroir des siècles, la voix sans âge,
Le témoin de l’aube, le gardien de la voie,
L’écho du monde, le veilleur du rivage.
Et tant que les étoiles danseront dans le noir,
Tant que les hommes chercheront leur lumière,
Je serai là, à chanter l’infini illusoire,
À écrire ce poème… toujours plus long… toujours sincère.