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Dernières parutions
Sous la direction de
Lionel Pierre Guéssélé Issémé
© L’Harmattan, 2024
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
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ISBN : 978-2-336-41290-0
EAN : 9782336412900
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PRÉFACE
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liberté en France). Dans le contexte africain, la mise en veille des parlements s’est
accompagnée d’une neutralisation des oppositions et de la parole. Comme
partout, la pandémie a permis l’éclosion d’une massive désinformation à l’échelle
mondiale dont l’effet fut de transformer aux yeux des citoyens la parole
scientifique relayée par l’État, en propagande3. Comme partout, mais particulière-
ment en Afrique4, ce déferlement de remèdes illusoires et de messages
complotistes imputant la pandémie à un sombre groupe à l’identité mouvante, a
nécessité des freins à la liberté d’expression. Mais dans certains Etats, on est
parfois passés d’une pandémie contexte, appelant une adaptation des lois et règle-
ments, à une pandémie prétexte, justifiant le durcissement excessif des conditions
d’exercice des libertés.
Les concertations internationales furent dans un premier temps mises en veille
également, et chaque État a concocté sa propre législation, déployant ses propres
outils, à travers des régimes dérogatoires voire d’exception. En d’autres termes,
« un recours bigarré au régime dérogatoire en période de Covid-19 »5. Au-delà même d’une
liberté d’expression restreinte, la liberté d’exercer sa religion fut entravée par des
mesures de protection sanitaires, allant jusqu’à évincer le sacré6.
Autre déséquilibre qui ressort à la lecture de l’ouvrage, une forte centralisation
des compétences en matière de lutte contre la pandémie. Ce sont cette fois les
pouvoirs locaux qui ont été mis en berne, alors même que la décentralisation est
encore embryonnaire dans la plupart des pays d’Afrique noire francophone.
Même en France, pays dont « l’organisation est décentralisée » selon l’article 1er de la
Constitution, on a pu constater une recentralisation de fait avec une montée en
puissance des agences régionales de santé (étatiques), ainsi que la neutralisation
par le juge administratif du pouvoir de police administrative locale des maires au
profit de celui du premier ministre et des préfets.
La covid 19 a également aggravé les inégalités entre citoyens dans un contexte
de médecine à deux vitesses. Les autochtones furent les grands oubliés d’une
politique de prévention inadaptée à leur mode de vie7, et d’une politique sanitaire
par ailleurs défaillante. Il en va de même des zones rurales. À cela s’ajoutent les
inégalités nord-sud avec un repli national généralisé. Les économies se sont
fermées ainsi que les frontières, provoquant « la plus profonde récession depuis
3 François-Xavier Heynen, Covid et savoir officiel, Les rapports entre science et politique, L’Harmattan,
2022.
4 Bertrand Cabedoche, Simon Ngono, Communication et covid-19 en Afrique, Action publique,
international des droits de l’homme à la croisée des chemins, RTDH 2021/2 n° 126, p. 275.
6 Abdelhafid Ossoukine, M. C. Azzedine Kamraoui, La gestion de la mort au temps du Covid 19 en Algérie,
Droit, santé et société, 2021/4, n° 4, p. 16. Et en France, l’interdiction des rassemblements destinés à
rendre hommage aux personnes décédées.
7 Luc Leriche, La protection internationale du droit à la santé des peuples autochtones en période pandémique, Annuaire
6
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8 Kouakou Jérôme Kouadio, Dignité du cadavre humain médico-légal en contexte covid-19, L’Harmattan, 2023. -
Félix Atchadé, Covid-19 : une pandémie africaine, Recherches Internationales Année 2021 n° 122 p. 111.
9 Alphonse Yapi-Diahou (Dir.). Cahier “COVID 19 au quotidien”. 125 p., 2020. Accessible sur le site
HAL
10 Mamadou Ndong Touré, Mouhamadou Mawloud Diakhaté et al. (dir.), la covid-19 en Afrique.
7
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la gouvernance, mais aussi à sortir des modes de pensée sous tutelle12, de prendre
son avenir en mains. La grille de lecture que nous livre Lionel GUÉSSÉLÉ est à
ce titre précieuse.
Jean-Paul Markus
Professeur à l’Université Paris-Saclay
12 Nathanaël Noël Owono Zambo, Penser la covid 19 en Afrique. De la crise sanitaire à l'éthique de la
8
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SOMMAIRE
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Première partie :
L’INFLUENCE DE LA COVID 19
SUR L’APPLICATION DE LA NORME
EN DROIT CONSTITUTIONNEL
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Introduction
Érigée en modèle irréfragable dans les ordres normatifs des États contemporains,
la remédiation à une situation de crise appelle inévitablement l’instauration d’un
régime d’exception. L’on convient que « l’état d’exception est présenté comme la
réponse à une « évidente nécessité » qui « en est le déclencheur, la justification et la
limite »13. La conséquence directe de l’instauration du régime dérogatoire au droit
commun est le bouleversement de l’ordre juridique établi et portant la redistribution
du pouvoir politique. Dès lors, l’idée suivant laquelle « l’état d’exception n’a rien
d’exceptionnel »14 est discutable lorsque l’hydre étant désormais un virus et
13 V. CHAMPEIL-DESPLATS., « Qu’est-ce que l’état d’urgence sanitaire ? d’un État d’urgence à l’autre,
ou l’intégration des régimes d’exceptions dans les États de droit contemporain », RFAP n° 176, 2020/4
p.876.
14 M. TROPER, « L’état d’exception n’a rien d’exceptionnel », in M. TROPER, Le droit et la nécessité, Paris,
15
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l’ennemi le genre humain comme tend à le démontrer la réflexion sur l’État de droit
bouleversé par la Covid-19.
Considérée comme un risque sanitaire, la Covid-19 a introduit dans la conception
classique de l’État de droit des chapitres des circonstances conjoncturelles ou
exceptionnelles. Ces circonstances ont pour effet de soustraire l’administration au
respect de la légalité. Elles mettent la légalité en « vacances »15 et lui substituent une
légalité d’exception ou de crise. Tel qu’enseigné dans les manuels de droit, l’État de
droit repose initialement sur une conception purement formelle de la hiérarchie des
normes laquelle a par la suite adhéré subséquemment à une conception substantielle
du droit. L’orientation formelle de l’État de droit repose sur la soumission de tout
pouvoir, des citoyens à la Constitution et aux normes infra constitutionnelles suivant
l'échelle de normativité congrue. « Deux sortes de principes d’unité pour les systèmes
normatifs : le principe statique et le principe dynamique »16 sont utilisés pour
consolider cette échelle de normativité. L’administration est alors tenue d’obéir aux
normes qui constituent à la fois le fondement, le cadre mais aussi les limites de son
action. Les organes de l’État ne peuvent qu’agir en vertu d’une habilitation juridique.
« C’est à ce niveau qu’il est possible d’identifier les énoncés habilitants » 17. Il n’en
demeure pas moins vrai que l’administration se trouve devant des exigences plus
contraignantes en contrepartie de ses pouvoirs. « Et qu’un juge a la compétence pour
en assurer le respect »18. Le rôle du droit et du juge vaut également pour la conception
matérielle de l’État de droit.
En outre, l’État de droit n’est pas dissociable d’un soubassement libéral. Celui-ci
conduit à élargir la conception de l’État de droit en adoptant un point de vue
substantiel. Il implique l’adhésion à un ensemble de principes et valeurs qui
bénéficient des consécrations juridiques et des mécanismes de garantie appropriés.
L’inscription de ces principes dans les textes juridiques contribue à leur objectivation.
Dans tous les pays libéraux, le socle de l’État de droit est maintenant constitué par
un ensemble de droits fondamentaux »19. En ce sens, « on constate une évolution
substantielle, pour y inclure la protection des droits de l’homme comme mission
centrale du droit et du juge »20. En sorte que l’Etat de droit « comporte certains
attributs intrinsèques ; ces versions formelle, hiérarchique, matérielle »21. Cette
embellie théorique a été éprouvée lors de la période de virulence de la crise sanitaire.
Celle-ci a érodé le sens et l’essence de certaines règles supposées inébranlables et
immuables en tout temps de l’État de droit dans les ordres normatifs contemporains.
15 M. BOURJOL., Droit administratif. L’action administrative, t2, Paris, Masson et Cie éditeurs, 1972, p.89.
16 H. KELSEN., Théorie pure du droit, 2ème éd., Paris, Dalloz, 1962, p.258.
17 G. TUSSEAU, Les normes d’habilitation, Paris, Dalloz « nouvelles bibliothèques de thèses inv 4427 » 2006
p.3.
18 J. BELL., « Le règne du droit et le règne du juge. Vers une interprétation substantielle de l’État du
droit », in l’État de droit. Mélanges en l’honneur de GUY BRAIBANT., Paris, Dalloz, 1996 p.15
19 J. CHEVALLIER., L’État de droit, 2ème éd., Paris, Montchrestien, 1994, p.109.
20 . BELL., « Le règne du droit et le règne du juge. Vers une interprétation substantielle de l’État du droit »
op.cit., p.16.
21 J. CHEVALLIER., L’État de droit, 2ème éd., op.cit., p.11.
16
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Reposant sur l’érosion avérée de la conception formelle de l’État de droit, les actes
de droit souples ont servi de référence et ont irrigué les validités formelle et
substantielle des actes juridiques considérés normalement comme supérieurs. Les
communiqués sanctionnant les décisions prises par le comité interministériel ont été
rehaussés et ont bénéficié d’une super position. Les actes administratifs unilatéraux
situés en principe en dessous de la loi ont été mis dans une position susceptible
d’influencer celle-ci. L’inversement de position hiérarchique s’est ressenti sur le fait
du parlement relégué. Par ce fait, « la loi s’estompe »22. Les actes de droit « dépourvus
de normativité et sanctionnés par le juge constitutionnel »23 ont récemment été
déclarés recevables par le Conseil d’État de France24. Par « l’approche pragmatique
du droit souple »25, l’on convient que celui-ci réunit des actes informels qui traduisent
une technique recommandatoire et non obligatoire26. Ils contiennent en effet en
principe des énoncés à la normativité non juridique qui favorisent le conseil,
l’invitation et plus généralement la recommandation. Déclinés en communiqués, en
instructions administratives, ces instruments ont servi d’outils d’information
administrative et d’édiction dans l’urgence des mesures de riposte sanitaire.
S’inscrivant dans cette dynamique, les actes ont constitué les limites des droits et
libertés publiques. L’espace public a cessé d’être le cadre spatial d’expression des
libertés publiques et l’espace privé s’en est approprié. Par les actes de droit souple et
les textes généraux, les pouvoirs des autorités de police administrative ont été
déterminés. Ceux-ci ont été associés afin de déterminer l’étendue des prérogatives de
celles-ci. À la vérité, les actes de droit souple renvoyaient aux textes généraux, la
détermination le cadre formel de « maintenir l’ordre public »27. Contrairement aux
règles de droit commun, la limitation des droits et de libertés publiques ne relevait
pas du domaine de la loi. Celle-ci a été appropriée par le domaine du règlement. De
portée circonstanciée, la limitation des libertés publiques a été introduite dans le
domaine du règlement. « Elle permet au chef de l’exécutif d’intervenir aussi bien dans
le domaine exécutif que dans le domaine législatif »28.
La police administrative générale reconduite dans ses fondements formels
contraste avec un service public à portée minimum. Les communiqués du Premier
ministre pour clarifier les prérogatives des autorités administratives de police
renvoyaient explicitement aux textes généraux que sont la Constitution et le code
COESTER ; RFDA, 2016, p. 497, concl. ; AJDA, 2016, p. 717, chron. L. DUTHEILLET DE
LAMOTHE et G. ODINET . CE, ass., 21 mars 2016, Sté NC Numéricable, Rec. CE, 2016, p. 89, concl.
V. DAUMAS ; RFDA, 2016, p. 506, concl. ; AJDA 2016, p. 717, chron. préc.
25 D. COSTA., « La soumission au principe de légalité des actes de droit souple », Association des Cahiers
2012 p.93.
17
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29 Idem, p.193.
30 Ch. EISENMANN., Cours de droit administratif, t1 Paris, L.G.D.J., 1982, p.197 et s.
31 F. CHALTIEL. TERRAL, « Le pouvoir de l’État », LPA n° 256, 2020, p.13.
32 P.-J LOWE G., « La santé, un bien ? », Le Nemro, Revue Trimestrielle de droit économique, avril-juin 2020
p.375.
33 D. ROUSSEAU., « Faut-il tirer sur l’ambulance des concepts « classiques » du droit constitutionnel ? »,
18
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35 A.-D OLINGA., La Constitution de la République du Cameroun, 1ère éd., Yaoundé, PUCAC, 2006, p.104.
36 A.-J NGAYA., « La soutenabilité budgétaire dans les États membres de la CEMAC », RAFiP n° 11,
1er semestre 2022 p.55
37 P. N’DRI- THEOUA., « Ordonnances et séparation des pouvoirs en période Covid-19 », op.cit., p.51.
38 G.-M PEKASSA NDAM., P. NGANGUE NEMALEU., « Les finances publiques camerounaises à
l’épreuve de la crise sanitaire à Coronavirus », Le Nemro, Revue Trimestrielle de droit économique, Avril-
Juin 2020, pp.49-74.
39 M. LASCOMBE., « Covid-19 et finances publiques comparées : quelques propos conclusifs
(Allemagne, Espagne, France, Italie, Luxembourg, Union européenne, Royaume-Uni et USA) », RFFP
n° 154, 2021, pp.94-95
40 D. COSTA., « La soumission au principe de légalité des actes de droit souple », op.cit., p.153.
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imposée. Ceux-ci sont utilisés tour à tour comme des moyens de communication et
de réaction dans l’urgence des administrations publiques. Sa flexibilité, son
adaptabilité circonstanciée ont justifié sa prépondérance aux autres formes juridiques.
En outre, le débat sur la justiciabilité des actes de droit souple est ouvert et ce, dans
le cadre d’une étude comparative. L’État de France a procédé par une rénovation en
2016 en admettant la recevabilité contentieuse de certains instruments de droit
souple. Or, la politique jurisprudentielle du Cameroun est marquée par une position
statique. Depuis les décisions classiques à aujourd’hui, les mesures d’ordre intérieur
de l’administration notamment les instructions, les circulaires interprétatives, notes
de service ne sont susceptibles de recours pour excès de pouvoir. Par ailleurs, les
conceptions formelle et matérielle de l’état de droit ont subi incontestablement son
fait. L’échelle de normativité de la loi et de certains actes réglementaires a connu un
inversement certain. Ces derniers ont tenu le droit positif en l’état. Enfin, les figures
de l’État ont été mises en œuvre. La puissance publique souveraine est non seulement
le juge de la nécessité mais également l’horloger financier. Son omniprésence sur la
sphère publique contraste avec le principe de la séparation des pouvoirs. Il manie la
police administrative générale et attribue une nouvelle portée aux services publics.
Cela témoigne « du retour en force de la figure de l’État-puissance »41.
Si « l’invocation de la particularité des circonstances a, dans ce contexte, tout son
poids »42 alors, comment le Covid-19 a-t-il contribué au bouleversement de l’état de
droit ? Au regard de la méthode juridique laquelle s’articule en le commentaire des
textes et l’interprétation des décisions de justice, l’idée générale incline d’entrevoir le
fort relâchement des règles de protection de l’état de droit pendant la période la plus
virulente de Covid-19. Le cadre d’étude principal est le Cameroun. Toutefois, le
recours à certains États de l’Afrique noire francophone sera opéré dans l’optique de
relever la spécificité ou la généralité de la situation de crise générée lors de la période
de virulence de la crise sanitaire. L’expérience camerounaise de la gestion de la crise
sanitaire mérite d’être discutée avec celle des autres États. En s’appuyant sur
l’hypothèse de base susmentionnée, deux idées complémentaires peuvent être
dégagées : la faible propension des citoyens à revendiquer les atteintes prétextées par
la riposte Covid d’une part (I) contraste avec la forte propension de l’exécutif à
instrumentaliser la riposte Covid contre la séparation des pouvoirs d’autre part (II).
L’indolence et l’inculture, qui jadis ont caractérisé les violations subies par
l’implantation de l’État de droit dans les États d’Afrique noire francophone, semblent
s’être de nouveau épanouies pendant la virulence du Covid-19. Des atteintes aux
fondements de cette donne importante de l’État moderne, « ce qui était reproché,
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entre autres, à l’État africain »,43 sont jusqu’à présent confrontées à une faible propen-
sion de dénonciations et revendications de la part des citoyens. Si l’on s’attache à « la
protection des droits fondamentaux reconnus aux individus, la consécration de l’État
de droit »44, les justifications élucidées se trouvant de manière presque péremptoire
dans le dysfonctionnement des services publics de revendication (A) et l’instru-
mentalisation d’une « psychose-covid » liberticide par les pouvoirs publics (B).
Survenue sans crier garde dans le cadre du fonctionnement normal des services
publics des États africains pauvres, la pandémie du Covid-19 entraine des
bouleversements. Les organes de l’État auprès desquels chaque citoyen peut adresser
ses revendications en cas de violations de droits ont connu des interruptions
brusques dans leurs fonctionnements. Ceux-ci ont eu du mal à concilier l’exigence de
continuité du service public avec celle de l’adaptation constante face aux
changements de circonstances survenant dans la société. En ce sens « la conciliation
est malaisée »47. Par cette situation, « soumise aux contraintes ou aux aléas de
changement »48, l’adaptation qui s’en est suivie n’a été qu’inadéquate, inappropriée
face à la difficulté que représentait la pandémie sur les fondements du droit public.
La théorie de la séparation des pouvoirs exaltée comme fondement de l’État de
droit a été mise à mal dans la valorisation des services publics de revendication pour
les citoyens. « Elle exige simplement qu’un organe ne puisse exercer le cumul de deux
43 J.-F WANDJI K., « L’État de droit en Afrique : L’arlésienne ? », RRJ 2013-2, p.1004.
44 A. KPODAR., « Bilan sur un demi-siècle de constitutionnalisme en Afrique noire francophone », in
F.-J AIVO (dir), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur
de Maurice Ahanhanzo Gléglé, Paris, L’Harmattan, 2014 p.91.
45 J. CHEVALLIER., « L’État à l’épreuve du Coronavirus », op.cit., p.115.
46 Y. LECUYER., « Affecter sans infecter les effets de la Covid-19 sur le système conventionnel de
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pouvoirs pris en bloc, dans leur totalité »49. Le temps d’arrêt auquel a momen-
tanément conduit la survenance de la pandémie, a exposé la faiblesse de l’État de
droit en Afrique. En quête de repères d’adaptation adéquats, ajustés à la mesure des
difficultés en présence, celui-ci s’est d’abord déconnecté de la situation de l’individu
au centre de ses préoccupations premières, avant de s’y atteler à nouveau cette fois
avec la greffe de moyen de revendications tantôt imité par rapport aux ajustements
de l’occident, parfois pensé sur le tas. Mais la greffe n’a pas adhéré. Les organes
constitutionnels n’ont pas fonctionné à plein régime au regard des mesures barrières
instaurées. Lors de la 21e réunion hebdomadaire du comité interministériel : « (…) en
invitant nos compatriotes au respect scrupuleux des mesures barrières édictées par le
Gouvernement notamment le port systématique du masque dans les lieux publics et
la distanciation sociale, afin d’enrayer l’expansion de ce virus50. Les structures
administratives du pouvoir exécutif compétentes pour recevoir des recours
administratifs des citoyens, les chambres parlementaires du pouvoir législatif
compétentes pour assurer la représentation du peuple et par conséquent la
revendication des intérêts de celui-ci, les juridictions compétentes pour recevoir des
revendications par des voies contentieuses, ont malheureusement fait face à une
césure dans leur fonctionnement, avant d’opérer une reprise d’activité. Cette dernière,
objet d’une adaptation inadéquate aux mesures barrières, aux recommandations de
l’Organisation Mondiale de la Santé, avait du mal à être concilié avec les règles de
transparence de bonne gouvernance que sont l’accessibilité aux services publics, la
disponibilité et la clarté des informations y attenantes.
Par ce seul fait, l’égalité d’accès des citoyens aux services publics de revendication
n’était pas au rendez-vous. L’accès à la justice pourtant érigée en droit fondamental
par les constitutions de la plupart des États africains51, a considérablement connu une
érosion dans la symbolique qui lui était réservée comme pilier de l’État de droit.
Pendant l’année de forte virulence du Covid-19, les citoyens ont subi des pertes de
chance de revendiquer les violations dont ils ont été victimes aux plans de leurs droits
individuels et collectifs. La liberté d’aller et de venir, la liberté de manifestation, la
liberté de réunion ont véritablement été érodées. L’action en responsabilité civile
contre l’État du fait de la négligence ayant facilité l’introduction de la Covid-19 sur le
49 Ch. EISENMANN., « L’« Esprit des lois » et la séparation des pouvoirs », in Mélanges R. CARRE DE
MALBERG., Paris, Librairie Edouard Duchemin, 1977 p.172.
50 Communiqué du jeudi 27 août 2020 (réunion hebdomadaire du comité interministériel chargé
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territoire national n’a pas été effectuée. En fait, les mécanismes d’adaptation aux
services publics de revendication ne donnaient pas à tous les mêmes privilèges
d’accès aux services publics compétents. D’ailleurs n’observait-on pas des mesures
de filtres et de contrôles des motifs d’accès des usagers à l’entrée de ces services
publics, restreignant au maximum la liberté d’aller et venir des personnes dans ces
cadres pourtant ouverts au public. Il fallait en fait justifier d’une revendication
sérieuse pour prétendre accéder à ces services publics et éventuellement bénéficier
de la chance d’exercer le droit à revendication. Mais il fallait encore que l’on s’entende
sur ce qui pouvait être considéré comme « revendication sérieuse ».
Par ailleurs des possibilités de revendications à distance ont été consacrées pour
faciliter l’accès aux services publics compétents en la matière. Au sein de la stratégie
gouvernementale de riposte face à la pandémie de Coronavirus (Covid-19) : déclaration
spéciale du Premier ministre, chef du gouvernement du 17 mars 2020, au terme de
cette rencontre, le Président de la République a instruit les mesures suivantes (…) 11.
Les administrations publiques devront privilégier les moyens de communication
électroniques et les outils numériques pour les réunions susceptibles de regrouper plus
de dix (10) personnes »52. L’outil internet a alors à cet effet été exalté plus que jamais
comme un espoir salvateur des instruments de réalisation de l’État de droit. Par la
mutation de l’administration qui, de secrète, deviendrait plus transparente,
« l’administration électronique devient une réalité »53. Mais, la satisfaction n’a pu se
limiter qu’à ce stade. En fait, c’est à partir de cette ouverture du travail à distance que
les États africains pour la plupart faisant face à une pauvreté patente, se sont rendu
compte du retard accusé dans le développement des technologies de l’information et
de la communication. Dépourvus d’un réseau internet de bonne qualité, les citoyens
ne pouvaient aisément saisir à distance, les organes compétents pour leurs
revendications, comme l’aurait fait tout citoyen quelconque dans un pays développé.
La prise de conscience désormais avérée est que, le retard technique et technologique
a été indubitablement constaté comme un frein à l’État de droit. Inversement, les
études consacrées à l’État de droit devraient dorénavant intégrer comme pilier de
base, le niveau d’avancée technologique de qualité dans les États, sans lequel les
préoccupations de l’individu ne seraient pas toujours les mieux garanties.
L’ajustement des services publics dans les États pauvres d’Afrique n’a pas alors été
adéquat, au regard des retards décriés aux plans, technologiques et économiques.
Fort des échecs observés dans les tentatives d’adaptation des services publics de
revendication, il n’est pas erroné d’émettre l’appréciation selon laquelle la justice a été
accessible et rendue à très faible dose. Elle a été entachée de lacunes non négligeables
qui ont contribué à rétrograder les nombreuses avancées déjà réalisées par ces Etats
dans ce sens. L’équité a été biaisée au-delà la simple égalité. Dans les grandes capitales,
les mesures barrières et les limitations d’accès aux services publics ont restreint
l’adaptation adéquate de la justice face au Covid. Mais, dans les zones villageoises,
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Lesdits délais s’inscrivent en France dans un « principe général du droit »58. Les
services publics destinés à donner une suite aux revendications citoyennes des droits
présumés violés ont prétexté l’internalisation des mesures barrières. Une justice qui
est rendue sans tenir compte d’une rationalité et d’une discipline de célérité, de
régularité et de qualité dans le temps compromet la protection des préoccupations
individuelles. Elle n’est pas une justice libérale. Car théoriquement, « le temps n’est
pas une modalité du droit, il en est une composante : la procédure et la justice doivent
la choisir comme cœur »59. De telles exigences n’ont pas souvent été de l’ordre des
priorités pendant l’année de virulence du Covid-19. Les priorités reposaient sur la
nécessité de limiter par tous les moyens la propagation du Covid-19 et de ce fait
préserver dans le temps, la sacralité de la vie humaine. L’action administrative est
focalisée sur la réaction à la crise sanitaire et fédérée les énergies possibles pour la
cause commune.
Le manque de diligence dont ont fait montre les services publics de la justice à
cette période-là fait état d’une justice inefficace. Plus le temps s’écoule dans le cadre
d’une action en revendication d’un droit violé, moins la solution à laquelle elle
aboutirait serait le reflet de l’idée de justice. L’on convient que « la sanction
contentieuse de l’arbitraire vient trop tard pour être efficace »60. Le facteur temps,
traduit par la diligence, devient une donnée fondamentale dans l’action des services
publics compétents pour assurer la préservation des droits et libertés des citoyens
dans l’État. Or, la réaction diligente de ces services était presque un luxe face à la
riposte contre le Covid-19. « Elle réduit au minimum le contenu juridique de la notion
de service public »61. Cette dernière n’a été qu’un prétexte assurant la continuité d’une
irrégularité déjà fort décriée avant la survenance de cette pandémie. En réalité, les
services publics des États d’Afrique noire francophone n’ont pas dû atteindre le
Covid-19 pour ne pas prendre en compte l’exigence de réaction en temps opportun
face aux revendications sur les droits violés des citoyens. Ce problème y a toujours
été constant, peu importe les circonstances.
Mettant en échec un pilier important de l’État de droit, il trouve son existence
dans le manque de moyens financiers nécessaires à l’organisation et au fonctionne-
ment efficace de ces services en temps opportun. Les dysfonctionnements du service
public de la justice ne « s’abstiennent de mentionner les problèmes financiers »62.
Peut être ajoutée comme cause à ce problème de diligence, l’inconscience avérée et
l’inculture manifeste des agents de services publics, qui n’exercent pas leurs fonctions
avec engagement et dévouement. Ainsi, la mise en œuvre des mesures de riposte
contre le Covid-19 n’a été que bienvenue pour justifier, à l’abri des sanctions, les
dysfonctionnements causés dans les services publics du fait des absences régulières,
58 CE. Ass., 28 juin 2002, Garde des sceaux, ministre de la justice c. Magiera, AJDA, juillet-août 2002, Chr, p.596
et s.
59 A.-M FRISON ROCHE, La justice- l’obligation impossible, Paris, coll. « Morales », 1994, p.41.
60 Ch. GABOLDE., « Les nouveaux pouvoirs d’urgence du Juge Administratif et le sursis à exécution »
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l’Université Marien Ngouabi, Sciences juridiques et politiques, Volume 20, numéro 1, Année 2020.
66 D. EMMANUEL ADOUKI, « Le juge constitutionnel et les conséquences de l’Etat d’urgence sur le
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1-Le mépris des droits citoyens par les pouvoirs publics face à l’incapacité de
trouver des solutions efficaces à la riposte covid
Comme une sorte de manipulation des citoyens par les pouvoirs publics, la
psychose entretenue par les pouvoirs publics sur la pandémie du Covid-19 a
davantage servi à mépriser les droits des personnes, qu’à les préserver. La conception
intuitive et subjective attribuée à la crise sanitaire sur la santé publique, maniée par les
pouvoirs publics était utilisée pour limiter l’essor reconnu jusqu’ici aux droits et
libertés des citoyens. Il suffisait pour les décideurs publics d’amplifier ou de
caricaturer la dangerosité de la crise sanitaire afin de dissuader tant dans l’intention
que dans l’action des velléités de revendication des citoyens tout en suscitant en eux
un esprit de suivisme. Cela « influence profondément la mentalité et la personnalité
de l’individu »68, « en ce qu’elle porte réévaluation de ses présupposés »69.
Révélant les faiblesses de l’administration publique face aux aléas, la pandémie de
covid-19 a consolidé la situation chancelante des droits des citoyens en situation de
crise. L’autorité de l’État à consolider a induit la banalisation des prérogatives des
citoyens. Ne pouvant prévoir la survenance de la crise sanitaire, les décideurs publics,
27
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70 R. DRAGO., « Les fonctions de l’État dans la pensée de Charles Eisenmann », in P. AMSELEK (dir),
La pensée de Charles EISENMANN., Paris, ECONOMICA, PUAM, 1986 p.75.
71 J. GICQUEL., « Le présidentialisme négro-africain. L’exemple camerounais », in Mélanges offerts à
Conseil d’Etat et du Tribunal des Conflits publiées au Recueil Sirey de 1892 à 1928 par Maurice Hauriou,
réunies et classées par André Hauriou, Tome II, Paris Editions La mémoires du droit, 2000, p. 74
73 G. DU PUY-MONTBRUN et R. LEONETTI, « Droit accessible et droit acceptable », Jurisdoctoria,
n° 1, 2008, p.79.
74 Communiqué du Conseil National de Sécurité Jeudi 14 mai 2020, Communiqué : Conseil National de
CS/CA, Jugement n° 60/90-91 du 27 décembre 1990, Affaire Etoa Fouda Michel c/Etat du Cameroun
76 CS/CA du 05 janvier 1978, Affaire Cheikh Anta Diop. Voir Jacques Marie Nzouankeu, De la
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77 CS/CA, Jugement N° 63/99-2000 du 27 juillet 2000, Affaire Etablissement le Paysan c/Etat du Cameroun ;
CS/CA, Jugement n° 76/82-83 du 30 juin 1983, Affaire Meyongo Christophe c/Etat du Cameroun.
78 Idem
79 Ibidem
80 Jugement n° 33 /04-05 du 29 décembre 2004 ; CA/CS, Affaire Tchamba Jean Claude c/Etat du
note M. Waline.
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Les citoyens ont à très faible dose manifesté des velléités de résistance à
l’oppression face au durcissement des mesures de maintien de l’ordre public sanitaire
mises en œuvre par les pouvoirs publics. Comme une indolence qui semblait aller de
soi, c’est une sorte de passivité parfois peu consciente des droits violés par l’autorité
de police qui n’a pas souvent été décriée. L’attitude des citoyens était « construite sur
l’idée qu’il fallait protéger l’État là où il était susceptible d’être attaqué ou mis en
cause »84. Tout en souffrant silencieusement de ces atteintes, une autoflagellation des
consciences a conduit à faire passer les citoyens pour des complices insidieux de
l’administration dans les violations de droits perpétrées, face à la psychose que
représentait le Covid-19 pendant sa période de virulence acerbe. La conscience
collective semblait trouver normal de se faire contraindre dans l’exercice des droits
individuels et collectifs, au prix du prétexte de riposter contre le Covid-19. Dans la
conscience collective, « chaque situation exceptionnelle est alors réputée exiger une
gamme spécifique de pouvoirs de police administrative restrictifs de l’exercice de
divers droits et libertés »85.
En l’absence des éléments constitutifs d’une police spéciale, le droit positif
camerounais a utilisé la police administrative générale pour canaliser l’exercice des
droits et libertés publiques. Aucun texte spécifique n’a été édicté par le parlement afin
d’instaurer la police administrative spéciale. Celui-ci est « un régime juridique de
valeur législative » 86. En l’absence d’un texte spécifique dérogatoire au droit
commun, la police administrative générale relève de l’action administrative. Elle
« désigne une fonction ou une activité de service public qui tend à assurer le maintien
de l’ordre public »87. Il s’agit en vertu de cette activité d’imposer à des particuliers, la
ABANE ENGOLO (dir), Les fondements du droit administratif camerounais, Yaoundé, L’Harmattan,
2016 p.13.
84 O. RENAUDE., « La police sanitaire : un outil au service de la lutte contre le Coronavirus », op.cit.,
p. 44.
85 V. CHAMPEIL-DESPLATS., « Qu’est-ce que l’état d’urgence sanitaire ? d’un Etat d’urgence à l’autre
ou l’intégration des régimes d’exceptions dans les États de droit contemporains » op.cit., p.877.
86 Ph. BLACHER., « L’état d’urgence : hors ou dans la Constitution ? », RDP hors-série n° 006,
2021 p.103.
87 Idem, p.697.
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discipline exigée par la vie en société88 à savoir l’ordre public. D’entrée en jeu, en
procédant par l’interprétation politique de la Constitution, le Président de la
République n’a pas jugé nécessaire la déclaration d’état d’urgence. Cet acte est de
nature à initier le régime d’exception et partant d’imposer une police sanitaire
spéciale. Tant dans la Constitution du 04 mars 196089, la Constitution du 1er
février 1961 90que la Constitution du 02 mars 1972 révisée en 199691, le Président de
la République est garant de la continuité de l’État. La révision du 14 avril 2008 n’a
pas dérogé à la règle92. Il est question de l’« ensemble des moyens juridiques destinés
à préserver la permanence de la vie nationale »93. Contrairement aux autres États de
l’Afrique noire francophone94, la non-déclaration de l’état d’urgence par le Président
de la République privait un point important de l’assise formelle de l’état d’exception
au Cameroun. Les prérogatives des autorités administratives découlaient des textes
généraux à savoir la Constitution, le décret portant réaménagement du Gouverne-
ment et la loi portant Code général des collectivités territoriales décentralisées. Ces
textes généraux ne pouvaient donc fonder la police administrative spéciale. Ils
consolidaient la continuité de la police administrative générale durant la période de
virulence de la crise sanitaire. C’est vraiment sous cette bannière qu’on a assisté au
« recours à la règle exceptionnelle intégrée à la légalité ordinaire » 95.
Le durcissement disproportionné de l’ordre public sanitaire était le fait de la police
administrative générale. Les autorités concernées se référaient à la stratégie
gouvernementale de riposte à la crise sanitaire. Celle-ci centralisait l’attention sur les
prérogatives du Premier ministre et sur son habilitation à diligenter l’action du
Gouvernement. « Dépositaire de la confiance présidentielle et légataire potentiel d’un
certain point de vue, le Premier ministre camerounais, le premier collaborateur du
chef de l’État »96. Le Premier ministre est le chef du gouvernement et dirige l’action
de celui-ci97. Il dirige tous les services administratifs nécessaires à l’accomplissement
1972
92 Article 1er de la loi N° 2008/001 du 14 avril 2008 modifiant et complétant certaines dispositions de la
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32
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106 A. ROBLOT TROIZIER., « Un concept moderne : Séparation des pouvoirs et contrôle de la loi »,
Pouvoirs n° 143, 2012 p.89.
107 V. CHAMPEIL DESPLATS., « Qu’est-ce que l’état d’urgence sanitaire. D’un état d’urgence à l’autre
ou l’intégration des régimes d’exception dans les États de droit contemporain », op.cit., p.888.
33
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in M. BADJI et S. NOUROU TALL (dir), Les transformations de l’État. Mélanges en l’honneur de BABACAR
GUEYE., Paris, Presse de l’Université Toulouse I Capitole, 2019 p.589.
34
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rassemblements (Sénégal)
116 Article 1er dn° 008227 du 24 mars 2020 portant interdiction temporaire de circuler ; article 1er de
l’Arrêté n° 09789 du 12 mai 2020 modifiant l’arrêté n° 008227 du 24 mars 2020 portant interdiction
temporaire de circuler (Sénégal).
117 Article 1er de l’arrêté n° 027 du 19 mars 2020 portant fermeture provisoire des mosquées de Dakar
118 Article 1er de l’arrêté ministériel n° 009137 du 17 avril 2020 prescrivant le port obligatoire de masque
dispositions de la loi n° 003/2020 du 11 mai 2020 fixant les mesures de prévention, de lutte et de riposte
contre les catastrophes sanitaires (Gabon).
122 Articles 1er, 2, 6, 7, de l’Ordonnance n° 2020-004 du 3 juillet 2020 sur les mesures générales nécessaires
n° 20/014 du 24 mars 2020 portant proclamation de l’état d’urgence sanitaire pour faire face à l’épidémie
de Covid-19 ; article 1er du Décret n° 20/023 du 1er octobre 2020 portant mesures barrières de lutte
contre la pandémie de Covid-19.
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pendant la période de l’état d’urgence lié au Covid-19, Stratégie gouvernementale de Riposte face à la
pandémie de Coronavirus (Covid-19) : Déclaration spéciale du Premier Ministre, Chef du
Gouvernement du 17 Mars 2020, Communiqué du jeudi 27 août 2020 (21ème réunion hebdomadaire du
comité interministériel chargé d’évaluer et de suivre la mise en œuvre de la stratégie gouvernementale de
riposte contre la pandémie du Covid-19)
36
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131 M. -A MOUTHIEU épse NJANDEU., « propos introductif. Regard d’un universitaire sur la
protection du consommateur des technologies de l’information et de la communication », in M.-A
MOUTHIEU (s.dir), le consommateur des technologies de l’information et de la communication en Afrique noire
francophone, Paris, L’Harmattan, 2021 p.13.
132 Avis n° CI-2020-003/A/01-04/CC/SG du 1er avril 2020, Président de l’Assemblée Nationale ; Avis n°
d’espèce, la loi n° 015-2020/An du 05 mai 2020 a habilité le gouvernement à légiférer par voie d’ordonnance dans le cadre
de la lutte contre la maladie à Coronavirus (COVID-19), que le projet d’ordonnance pour lequel l’avis est demandé ne fait
aucun lien avec la lutte contre la maladie à coronavirus (COVID-19) ; que l’adoption d’un régime juridique applicable aux
agents contractuels non permanents de la fonction publique d’État est prévue à l’article 207 de la loi n° 081/CNT du 24
novembre 2015 portant Statut général de la fonction publique d’État ; qu’il s’agit d’un projet d’ordonnance dont l’importance
nécessite qu’il fasse d’un débat à l’Assemblée nationale : (…) article 1er : émet un avis défavorable à l’adoption par le Conseil
des Ministres du projet d’ordonnance… ».
134 Décision n° 11-HCC/D3 du 14 juillet 2020 concernant la loi n° 2020-010 portant Loi de Finances
37
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135 M. HAURIOU., Précis élémentaire de Droit administratif, 4ème éd., Paris, Sirey, 1938, p.40.
136 J. DJEUYA TCHUPOU., « La lutte contre le coronavirus (Covid-10) au Cameroun : Recherches sur
les fondements juridiques de la stratégie gouvernementales de riposte face à la pandémie » Le Nemro,
Revue Trimestrielle de droit économique, avril-juin 2020, p.309.
137 J. GICQUEL., « Le présidentialisme négro-africain. L’exemple camerounais », in Mélanges offerts à
1972
141 Article 1er de la loi N° 2008/001 du 14 avril 2008 modifiant et complétant certaines dispositions de la
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approfondies dans le cadre du comité interministériel. L’on pouvait lire « (… sur très
haute instruction du Chef de l’État, son excellence Paul BIYA une concertation
interministérielle s’est tenue ce mardi 17 mars 2020, à l’effet de faire le point de la
situation et d’identification les actions appropriées à mettre en œuvre… À terme de
cette rencontre, le Président de la République a instruit les mesures suivantes… » Cet
organe d’urgence a été constitué afin de prolonger les grandes lignes de la riposte
sanitaire décidées par le Président de la République. Le Premier ministre, chef du
Gouvernement s’est entouré de ses collaborateurs ainsi que des acteurs non
institutionnels afin de déterminer les mesures à appliquer. Formellement, le Premier
ministre est le Chef du Gouvernement et dirige l’action de celui - ci142. Le Premier
ministre exerce le pouvoir réglementaire et nomme aux emplois civils, sous réserve
des prérogatives reconnues au Président de la République dans ces domaines143. Il
dirige tous les services administratifs nécessaires à l’accomplissement de sa
mission144. Nonobstant les membres du gouvernement, la société civile était
représentée. La conception des mesures barrières a donné l’occasion de déclasser la
bureaucratie administrative et de reclasser la participation administrative. Celle-ci
s’inclue dans la participation politique. « Marquant l’affirmation des valeurs
démocratiques dans les textes fondamentaux des États africains »145, « la question
démocratique est au cœur de la conscience citoyenne en relevant ses tenants et ses
aboutissants »146. De ce fait, la participation élargie a été observée. Le travail
technique du comité interministériel a abouti à des décisions formulées sous forme
d’instruction administrative. Celle-ci a été appliquée par ses divers destinataires.
Le processus d’emprise de l’exécutif sur l’autonomie des organes constitutionnels
a reposé sur la répartition des obligations. S’étant acquitté de la conception du cadre
formel des mesures de riposte covid, le comité interministériel, canalise l’action
matérielle des destinataires de celles-ci. Ses destinataires sont chargés en l’espèce de
les appliquer. Les pouvoirs publics ont décidé de privilégier les actes de droit souple
aux autres actes juridiques pour réaménager le fonctionnement des organes
constitutionnels. Ils ont adhéré aux procédés légués par l’urgence dans les systèmes
juridiques contemporains. En fonction de la territorialité, la pandémie de Covid-19
est assimilable à n’importe quelle pandémie et peut être gérée par les règles contenues
dans le droit positif. C’est ce justifie le recours à un organe spécifique présent dans le
droit ordinaire qu’est le comité interministériel présidé par le Premier ministre, chef
du Gouvernement. Le réaménagement du fonctionnement habituel des organes
constitutionnels ne peut s’affranchir de la bagatelle des prérogatives dévolues et
reconnues à la centralisation administrative.
p.7.
146 B.-R GUIMDO DONGMO., « Constitution et démocratie dans les Etats francophones d’Afrique »,
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147 CE Ass., 3 mars 1993, Comité central d’entreprise de la SEITA, p. 41, concl. R. Scwartz, AJ 1993, p
199, concl., et p. 526, chron., MAUGÜE (C) et TOUVET (L), CJEG, 1993, p. 271, concL.
148 CE Ass. 4 juin 1993, Comité d’entreprise de l’UGAP, p. 166, AJ 1993, p. 526 ; V. aussi CE Ass. 4 juin
Cameroun
152 CS/CA, Jugement N° 42/80-81 du 30 avril 1981, Dame Mbocka Née Moussongo Jeannette et Sopmote Joseph
c/État du Cameroun.
153 Ph. BLACHER., « L’état d’urgence : hors ou dans la Constitution » op.cit., p.103.
154 J. CHEVALLIER., « L’État à l’épreuve du Coronavirus » op.cit., p.118.
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respect scrupuleux des mesures barrières édictées par le Gouvernement (…) »155.
C’est dans ce cadre que l’on a assisté à la restriction des libertés publiques par les actes
unilatéraux (1) et l’érosion de la hiérarchie formelle prétextée par la Covid-19 (2).
155 Communiqué du jeudi 27 août 2020 (21ème réunion hebdomadaire du comité interministériel chargé
d’évaluer et de suivre la mise en œuvre de la stratégie gouvernementale de riposte contre la pandémie du
Covid-19).
156 V. CHAMPEIL DESPLATS., « Qu’est-ce que l’état d’urgence sanitaire. D’un état d’urgence à l’autre
ou l’intégration des régimes d’exception dans les États de droit contemporain », op.cit., p.877.
157 J. DJEUYA TCHUPOU., « La lutte contre le coronavirus (Covid-19) au Cameroun : Recherches sur
les fondements juridiques de la stratégie gouvernementale de riposte face à la pandémie » op.cit., p.309.
158 L. FAVOREU., P. GAÏA., R. GHEVONTIAN., J.-L MESTRE., O. PFERSMANN., A. ROUX.,
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19 » op.cit., p.12.
171 Article 1er de la loi n° 46-2021 du 11 décembre 2021 autorisant la prorogation de l’état d’urgence
(Gabon).
173 Avis n° 006/CC du 11 mars 2020, Premier Ministre (Niger)
174 Article 1er de la loi n° 2020-13 du 02 avril 2020 habilitant le Président de la République à prendre, par
ordonnances, des mesures relevant du domaine de la loi pour faire face à la pandémie de l’état d’urgence
(Sénégal).
175 Article 1er de la loi n° 2020-005 du 30 mars 2020 portant habilitation du gouvernement à prendre par
42
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cause une hiérarchie qui privilégie traditionnellement »179 l’acte administratif à la loi.
Dans ce cadre, « la normativité de la constitution » 180 subit un malaise.
L’érosion de la conception formelle de l’état de droit a été affirmée lors de la
période de virulence de la Covid-19. « La conception formelle de l’État de droit
repose sur le principe de hiérarchie des normes ; elle suppose que le droit étatique se
présente comme un édifice formé de niveaux superposés et subordonnés les uns aux
autres »181. La norme n’est valide que si elle satisfait, par ses conditions d’émission,
son contenu ou sa modification, aux déterminations inscrites dans d’autres normes
de niveau supérieur. L’ordre juridique apparaît ainsi comme un édifice à plusieurs
étages superposés et formés de « couches de normes juridiques » hiérarchiquement
subordonnées et tirant leur validité de leur appartenance à cet ordre. La hiérarchie
formelle subordonne les actes réglementaires à la loi. Sauf que durant la période de
virulence de Covid-19, l’inverse s’est produit. Ce sont les actes réglementaires qui ont
imposé des ajustements formels aux autres actes juridiques. Le parlement a ajusté son
règlement intérieur pour internaliser les normes diffusées dans les communiqués du
comité interministériel. Sous cette bannière, cet acte juridique a contribué à la
dépossession conjoncturelle du domaine de la loi par le pouvoir réglementaire. La
limitation des libertés publiques par le durcissement de l’ordre public sanitaire
émanait des actes de l’exécutif. Il n’est surabondant d’affirmer que les actes de
l’exécutif constituaient la source de validité des actes législatifs. Ce fut également le
cas des autres démembrements de l’État.
En conséquence, du fait de la limitation des libertés publiques par le maniement
de l’ordre public sanitaire, le pouvoir exécutif dégradait la conception matérielle de
l’état de droit. La conception formelle se trouve relayée par une conception matérielle
ou substantielle qui l’englobe et la dépasse. Celle-ci soulève en rouvrant le débat sur
les finalités de l’État de droit. On trouve dans les États libéraux un fond commun de
principes repris par les différents textes relatifs aux droits de l’homme. Cette
inscription dans les textes contribue à leur objectivation. « Désormais, les droits
fondamentaux bénéficient d’une consécration juridique explicite en étant placés aux
étages les plus élevés de l’ordre juridique »182. Dans ce cadre, « la hiérarchie des
normes devient ainsi un moyen de protection des droits : et les deux dimensions,
formelle et matérielle, de l’État de droit prennent appui l’une sur l’autre »183.
De cette clarification théorique, les actes posés par le pouvoir exécutif tout en
dégradant la conception formelle, érode celle matérielle de l’État de droit. La
conformité au droit positif du durcissement de l’ordre public sanitaire devrait émaner
soit du parlement soit de l’habilitation de celui-ci au moyen des lois d’habilitation. Le
renouvellement de l’habilitation législative est également à recevoir au regard des
179 P. AVRIL., « Renforcer le parlement : Qu’est-ce à dire ? », Revue française d’études constitutionnelles et
politiques, Pouvoirs n° 146 Le renouveau du Parlement, 2013, p.18.
180 L.-P GUESSELE ISSEME., « Les normes dérivées de la Constitution dans les États d’Afrique Noire
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Conclusion générale
184 R.-M MVOGO BELIBI., « Covid-19 et décision publique en situation d’incertitude. Illustrations et
illusion de l’état d’exception en Afrique subsaharienne », op.cit., p.369.
185 A. LEVADE., « Face au virus, souvent loi varie ! », op.cit., p.1668.
186 Article 1er de la loi n° 46-2021 du 11 décembre 2021 autorisant la prorogation de l’état d’urgence
45
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paradigme au gré des mutations du virus mis en régime de riposte. Cela génère
incontestablement des effets sur les prérogatives reconnues aux citoyens et celles
dévolues au pouvoir exécutif. Ces explications s’articulent autour de la faible
propension des citoyens à revendiquer les atteintes prétextées par la riposte covid-19
et la forte propension du pouvoir exécutif à instrumentaliser la riposte covid-19
contre la séparation des pouvoirs. Les deux déclinaisons évoquées précédemment
soulèvent deux constats majeurs :
Premièrement : le bouleversement de l’État de droit au Cameroun interpelle à ses
fondements. En effet, l’état d’urgence n’a pas été décrété par le Président de la
République et cette inaction privait déjà d’assises formelles cette circonstance
exceptionnelle. Les autorités administratives sous la houlette du Premier ministre
proposaient des solutions de riposte covid-19 dans un contexte de crise sanitaire et
non d’état d’urgence. Dès lors, la légalité ordinaire a continué à être appliquée et cela
récuse juridiquement ce bouleversement. Qui plus est, les communiqués inter-
ministériels visaient expressément des textes généraux. Ainsi sans fondement
juridique, ces autorités ne pouvaient se comporter comme leurs homologues africains
qui ont déclaré l’état d’urgence, sollicité des lois d’habilitation en vue de la riposte
covid-19. Il ne pouvait sans violer la légalité ordinaire limiter les droits et libertés
publiques des citoyens sous le prétexte de l’état d’urgence sanitaire. Le fondement
des actions en responsabilité administrative, politique et normative n’est pas dénué
de pertinence.
Deuxièmement : les organes constitutionnels en charge de la justiciabilité des
règles juridiques se sont associés au bouleversement de l’état de droit dans la légalité
ordinaire. Par leur fonction, ils sont chargés de dire le droit et de trancher les litiges.
Par leur attitude passive, indolente, ils n’ont pas activé leur contre-pouvoir pour réagir
à cette dégradation de la théorie sur l’état de droit. Les actes administratifs unilatéraux
ne peuvent dans le cadre de la légalité ordinaire bouleverser la loi et ne pas faire l’objet
d’un recours contentieux. La hardiesse du juge administratif aurait voulu qu’il
consacre l’autosaisine. Comme un espoir déçu, le droit positif n’était plus le
référentiel et la réaction sanitaire devenue l’essentiel. Dès lors, une réflexion sur les
innovations du Covid-19 sur la fonction juridictionnelle n’est pas dépourvue de
pertinence. Cela ouvre la brèche sur la fin de la crise sanitaire et le sort structurel du
droit positif africain.
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RESUME
La coexistence entre l’autorité et la liberté a toujours été un problème en droit. Si ce constat est
vrai en période normale, il l’est encore plus lorsque les États sont confrontés à des situations de crise
grave. La pandémie de la covid-19 vient de nous le démontrer. En l’espace de quelques mois cette
maladie a complètement bouleversé la conscience humaine et modifié les manières de penser, d’agir et
de voir. Au Cameroun, le secteur des libertés publiques est particulièrement affecté au regard de la
batterie de mesures prises par les pouvoirs publics en vue de réduire la propagation de la maladie. De
la fermeture des frontières, à l’interdiction des rassemblements de plus de 50 personnes en passant par
la mise en quarantaine, le confinement partiel, les libérations de certains prisonniers et la fermeture
des débits de boissons, tout semble convergé vers un état d’urgence sanitaire de fait qui justifierait que
l’on prenne des dispositions suffisamment drastiques. Seulement, on est en droit de questionner leur
impact sur l’expression des libertés publiques. En convoquant essentiellement la méthode juridique
basée sur la dogmatique et la casuistique, on a pu observer que l’urgence sanitaire provoquée par la
covid-19 innocente pleinement les restrictions de certaines libertés publiques au Cameroun. Cependant
de telles restrictions doivent faire l’objet d’une surveillance étroite pour éviter un basculement dans
l’arbitraire.
ABSTRACT
The coexistence of authority and freedom has always been a problem in law. If this observation is
true in normal times, it is even more so when States are confronted with situations of serious crisis.
The COVID 19 pandemic has just demonstrated this to us. In the space of a few months this disease
has completely changed human consciousness and changed the ways of thinking, acting and seeing. In
Cameroon, the civil liberties sector is particularly affected with regard to the battery of measures taken
by the public authorities with a view to reducing the spread of the disease. From closing the borders,
to banning gatherings of more than 50 people, including quarantine, partial containment, the release
of certain prisoners and the closure of drinking establishments, everything seems to be converging
towards a state of de facto health emergency which would justify taking sufficiently drastic measures.
Only, we are entitled to question their impact on the expression of public freedoms. By essentially
summoning the legal method based on dogma and casuistry, it has been observed that the health
47
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emergency caused by covid-19 fully innocents the restrictions of certain public freedoms in Cameroon.
However, such restrictions must be closely monitored to avoid a switch to arbitrariness.
« Une cause très petite, qui nous échappe, détermine un effet considérable que nous
ne pouvons pas ne pas voir, et alors nous disons que cet effet est dû au hasard »1.
suprême.
4 TREMBLAY (G.), « Les libertés publiques en temps de crise », Les Cahiers de droit, 13 (3), 1972, 401–
418, p. 401
5 BRAIBANG (G.), « L’Etat face aux crises », Pouvoirs, n° 10, 1979, pp. 5-9 ; MOURGEON (J.), « Les
de l’évolution de la maladie.
7 Les libertés les plus touchées sont : la liberté d’aller et de venir, la liberté d’entreprendre, la liberté de
réunion et de manifestation.
48
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8 Lire à ce propos PETIT (J.), « L’Etat d’urgence sanitaire », AJDA, 2020, pp. 833 et ss. ; VERPEAUX
(M.), « Loi organique d’urgence sanitaire et QPC », AJDA, 2020, pp. 836 et ss
9 TURPIN (D.), Libertés publiques et droits fondamentaux, Paris, Ed. du Seuil, Févr. 2004 ; ROBERT J. et
DUFFAR (J.), Droits de l'homme et libertés fondamentales, 5e éd., Paris, Montchrestien, 1993
10 RIVERO (J.) et MOUTOUH (H.), Libertés publiques, Tome 1, PUF, 9ème éd., 2003, p. 5 ;
LEBRETON (G.), Libertés publiques et droits de l’homme, Armand Colin, 8ème éd., 2009, p. 11. ;
OBERDORFF (H.), Droits de l’homme et libertés fondamentales, L.G.D.J., 2008, p. 25.
11 MORANGE (J.), Les libertés publiques, Introduction, P.U.F, Coll. Ques sais-je, 2007, p. 5.
12 TERRE (F.), « Sur la notion de liberté et droits fondamentaux », in CABRILLAC (R.) et alii (dir.),
Libertés et droits fondamentaux, 7e éd., Paris, Dalloz, 2001, p. 9 ; PECESBARBA MARTINEZ (G.), Théorie
générale des droits fondamentaux, Paris, LGDJ, coll. Droit et société, n° 38, 2004, 497 p.
49
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Atemporelle, la notion d’urgence13 est un puits sans fond, une source de recherche
inépuisable. De ce fait, son étude est d’une éternelle actualité dès lors qu’elle imprègne
toutes les branches du droit. Elle est exposée à chacune de ses évolutions, se
renouvèle et s’adapte au fur et à mesure des mutations de nos sociétés et du droit qui
les reflète. C’est au sein de la théorie des dérogations qu’est très largement enchâssée
la notion d’urgence qui, de manière classique, comprend deux pôles structurels : elle
nait d’une situation matérielle et déclenche une réaction décisionnelle. À ce titre,
certaines convergences théoriques existent entre l’urgence et d’autres notions
juridiques.
L’urgence se rapproche des circonstances exceptionnelles en raison de leur écho
à des circonstances anormales ou exorbitantes14. Mais c’est avec la nécessité que la
proximité théorique est plus forte. En effet, la fonction dérogatoire de l’urgence
intègre l’idée de nécessité dans la mesure où c’est bien cette dernière qui mène à ce
que l’on déroge au droit commun pour agir avec efficacité15. Avec l’adoption de la
loi sur l’État d’urgence sanitaire du 23 mars 2020 en France pour faire face à la
pandémie de la covid-19, la tentative de théorisation de la notion ne s’est pas fait
attendre dans l’hexagone et les développements y afférents correspondent parfai-
tement à la situation qui prévaut au Cameroun nonobstant l’absence d’une
déclaration expresse de l’état d’urgence. On peut néanmoins retenir qu’il s’agit à la
suite du Professeur Jacques Petit « d’un régime aggravé, qui donne au gouvernement des
pouvoirs juridiques particulièrement exceptionnels pour faire face à une crise sanitaire d’une gravité
particulière »16. Il est conçu pour qu'un État, dont les capacités d'action matérielle sont
réduites, puisse néanmoins répondre à une épidémie d'une gravité extrême17.
Quel impact l’état d’urgence sanitaire provoqué par la covid-19 a eu sur l’exercice
des libertés d’aller et venir, d’entreprendre, de se réunir ou de manifester au
Cameroun ? Telle est la question que la présente réflexion se propose de résoudre à
partir d’une analyse essentiellement juridique permettant de relever que cette crise
sanitaire a entrainé des restrictions justifiées des libertés publiques (I) non sans
déboucher sur l’extension contrôlée du pouvoir de répression des autorités publiques
(II).
13 FRIER (P. L.), L’urgence, LGDJ, Paris, 1987, 538 p ; PAMBOU TCHIVOUNDA (G.), « Recherches
sur l’urgence en droit administratif français », RDP, 1983, pp. 81-133
14 SAINT BONNET (F.), L’Etat d’exception, PUF, Paris, 2001, 393 p
15 CAPITLOIN (J.-L.), La nécessité en droit, Thèse, Antilles-Guyanes, 1997
16 PETIT (J.), article précité, p. 4
17 Idem
50
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La restriction des libertés publiques dans le cadre de l’état d’urgence provoqué par
la Covid 19 s’appuie autant sur l’exigence de dignité liée au maintien de l’ordre public
sanitaire (A) que sur l’impératif de nécessité en lien avec la théorie des circonstances
exceptionnelles (B).
18 Rappelons au passage que la notion de police administrative a déjà alimenté bien de débats doctrinaux
dans l’hexagone. On se souvient encore de l'ouvrage fondamental sur la question, la thèse d'E. Picard,
parue en 1984, qui porte exactement sur ce sujet. Le même auteur a par la suite publié d'autres travaux
relatifs à la police administrative. D'autres auteurs s'y intéressent particulièrement, à l'instar de J. PETIT,
qui a notamment rédigé le chapitre qui y est consacré dans le Traité de droit administratif publié par Dalloz.
Plus récemment encore, fin 2013, un important colloque sur la police administrative s'est tenu à la Faculté
de droit de Nancy. Lire avec intérêt PICARD (E.), La notion de police administrative, BDP T. 146, (2 vol.),
LGDJ 1984 ; Petit (J.), « La police administrative », in Traité de droit administratif, GONOD (P.),
MELLERAY (F.), YOLKA (Ph.) (sous dir.), Dalloz, 2011, T. II, p. 6. ; Colloque sur La police administrative,
VAUTROT-SCHWARZ (Ch.) (sous dir.), coll. Thémis - Essais, PUF, 2014.
19 CHAPUS (R.), Droit administratif général, T. 1, 15e éd., Précis Domat, Montchrestien, 2001, n° 901.
20 FRIER (P.-L.) et PETIT (J.), Précis de droit administratif, 9e éd., Précis Domat, Montchrestien, 2014,
n° 464.
21 CHRETIEN (P.), CHIFFLOT (N.), TOURBE (M.), Droit administratif, coll. Sirey université, 14e éd.,
D. 2014. 364.
24 GAUDEMET (Y.), Droit administratif, coll. Manuel, 20e éd., LGDJ 2012, n° 737.
51
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notion d’ordre public est devenue si flexible, mouvante et évolutive25 dans ses
composantes que désormais, le respect de la dignité humaine semble aussi la
caractériser26. De ce fait, il appert que si les autorités camerounaises ont décidé de
restreindre l’exercice de certaines libertés publiques pendant cette période d’urgence
sanitaire, c’est bien dans la perspective de protéger des vies.
L’impératif de sauver des vies en évitant des contaminations à grande échelle fait
indirectement référence à l’urgence de préserver la dignité humaine. L'arrêt Morsang-
sur-Orge27, en considérant « que le respect de la dignité de la personne humaine est une des
composantes de l'ordre public », a reconnu dans celui-ci un aspect immatériel, dépassant la
conception de « l'ordre public, au sens de la police », « ordre matériel et extérieur considéré comme
un état de fait »28, couvrant la sécurité, la salubrité et la tranquillité. Dans l'affaire il
existait un aspect matériel, physique : le lancer du nain, par la prise du corps de celui-
ci, sa projection et sa chute. Il existait aussi un aspect extérieur puisque ce « jeu » se
pratiquait dans des réunions publiques.
Mais ni la sécurité de l'intéressé, ni la salubrité des lieux, ni la tranquillité du
voisinage n'étaient menacées : était seulement atteinte la dignité de la personne
humaine. Il est ainsi fait référence à une conception de l'homme qui relève du
domaine de la conscience, à la sauvegarde de laquelle doivent s'attacher les autorités
de police. L'immatériel s'insère dans l'ordre public pour désigner ce qui relève pas
seulement de la morale, de la moralité, de la conscience, mais plus généralement de
l'esprit29.
La notion de dignité30 de la personne humaine a fait couler beaucoup d'encre
depuis la décision Bioéthique du Conseil constitutionnel31 et les arrêts du Conseil d'État
coll. Bibliothèque de droit public, Paris, 1962, p. 2 ; PLANTEY (A.), « Définitions et principes de l’ordre
public », in POLIN (R.) (dir.), L’ordre public, P.U.F., Paris, 1996, pp. 27-45 ; DEUMIER (P.) et REVET
(Th.), « L’ordre public », in ALLAND (D.) et RIALS (S.) (dir.), Dictionnaire de la culture juridique, Lamy-
P.U.F., Quadrige, Paris, 2003, pp. 1119-1122 ; LECOMTE (C.), « L’intendant : sentinelle de l’ordre
public (XVIIe-XVIIIe siècle) », in DUBREUIL (C.-A.) (dir.), L’ordre public, Editions Cujas, coll. actes et
études, Paris, 2013, pp. 33-40 ; BLET-PFISTER (V.), « L’ordre public (Fragments pour une étude sur
l’appareil d’État) », in Mélanges dédiés à la mémoire de Jacques Teneur, Université de droit et de la santé, coll.
travaux de la faculté des sciences juridictionnelles, politiques et sociales de Lille, Lille, 1977, pp. 63-90 ;
PICARD (E.), « Introduction générale : La fonction de l’ordre public dans l’ordre juridique », in M.-J.
REDOR (dir.), L’ordre public : ordre public ou ordres publics ? Ordre public et droits fondamentaux, Bruylant, coll.
droit et justice, Bruxelles, 2001, pp. 17-61 ; ROLAND (S.), « L’ordre public et l’Etat. Brèves réflexions
sur la nature duale de l’ordre public », in DUBREUIL (C.-A.) (dir.), L’ordre public, op. cit., pp. 9-20 ;
JACQUINOT (N.), Ordre public et constitution, thèse dactylographiée, Université d’Aix-Marseille III, 2000.
27 CE, ass., 27 oct. 1995, n° 136727, Lebon p. 372, concl. FRYDMAN (P.) ; Les Grands arrêts de la
52
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32 BIOY (X.), « Le concept de dignité », in BURGORGUE-LARSEN (L.) (dir.), La dignité saisie par les
juges en Europe, Bruylant, 2010, p. 16
33 FABRE-MAGNAN (M.), « Le statut juridique du principe de dignité », Droits, 2013, n° 58, pp. 188-
189.
34 Idem, p. 170
35 MOLFESSIS (N.), « La dignité de la personne humaine en droit civil », in PAVIA (M.-L.) et REVET
53
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paradigme de la liberté, mais dans celui de l'humanité, de sorte que « toute considération
relative à sa plus ou moins grande liberté n'a plus de raison d'être »37.
L'objet de cette étude n'est toutefois pas tant d'alimenter à nouveau ce débat
doctrinal que d'aborder la question sous un angle un peu différent et sans sortir du
cadre du droit positif. À partir d'une lecture et dans le cadre de la jurisprudence
Commune de Morsang-sur-Orge, on tentera de montrer que la notion de dignité de la
personne humaine peut constituer une limite à la liberté sans pour autant revêtir le
masque de l'ordre moral, c'est-à-dire sans pour autant qu'une autorité de police ou
un juge puisse imposer à la société leurs propres conceptions morales. Si la cohésion
sociale s'entend sur le plan factuel, elle prend avec la dignité de la personne humaine
un sens spécifiquement juridique : la dignité, en tant que composante de l'ordre
public, constitue un ordre spécial qui a pour objet le maintien de la cohérence et de
l'harmonie du système juridique.
La manifestation de la singularité de cet ordre est que la dignité n'y joue pas le rôle
d'un principe suprême surplombant tous les autres, mais y incarne des valeurs
juridiques qui irriguent cet ordre. Autrement dit, la dignité n'est pas un principe dont
on déduirait des conséquences juridiques, mais la résultante de valeurs qui structurent
l'ordre juridique et qui se cristallisent en elle. De ce point de vue, la dignité de la
personne humaine serait autant un ordre en ce qu'elle ne repose pas sur texte
particulier, mais sur une tradition qui structure de manière cohérente le système
juridique que des valeurs38. À lire l'arrêt Commune de Morsang-sur-Orge, prétendre que
la dignité de la personne humaine renvoie à des valeurs apparaît relever d'une
interprétation bien constructive. Lorsque l'Assemblée du contentieux érige la dignité
en composante de l'ordre public, elle en fait une limite à la liberté au même titre que
la sécurité, la tranquillité ou la salubrité publique.
La dignité de la personne humaine apparait désormais comme le fondement des
mesures de police administrative restrictives des libertés. Elle vise à protéger des
individus contre autrui et contre eux-mêmes39. De ce fait, il convient d’encourager
les mesures audacieuses prises par les autorités publiques et saluer le sens de
responsabilité des citoyens dans la lutte contre cette pandémie. Les différents acteurs
ont été suffisamment conscients de la gravité de la circonstance qui justifiait
inévitablement un sacrifice temporaire des libertés à l’autel de la nécessité de
préserver la santé des citoyens.
et ss.
39 LELEU (Th.), « La dignité humaine comme fondement des mesures de police administrative », AJDA,
54
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55
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Quadrige, 1993, 2e éd. ; FOULQUIE (P.), Dictionnaire de la langue philosophique, Paris, P.U.F., 1969, 2e éd.
45 REY (A.) ET REY-DEBOVE (J.), Le nouveau Petit Robert, Paris, Le Robert, 2010.
46 CORNU (G.) (dir.), Vocabulaire juridique, Paris, P.U.F., coll. Quadrige, 2011, 9e éd,, voir « Exception ».
47 NGUYEN (T. H.), La notion d’exception en droit constitutionnel français, Thèse de Doctorat en Droit,
56
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49 Lire sur la question GUILLAUMIN (B.), « L’Etat d'urgence sanitaire : de l'empirisme avant toute
chose », La Semaine Juridique Administrations et Collectivités territoriales, n° 17, 27 Avril 2020, pp. 2132 et ss. ;
JOURDAN (F.) ET HUBERT (J.), « Le coronavirus va-t-il mettre à mal le fonctionnement de nos
institutions ? », JCP /La Semaine Juridique – Édition Administrations Et Collectivités Territoriales, n° 12. 23 Mars
2020, pp. 157-161 ; JAIDANE (R.), « Le maire, acteur local majeur dans la lutte contre le Covid-19 », La
Semaine Juridique Administrations et Collectivités Territoriales, n° 17, 27 Avril 2020, pp. 2133 et ss.
50 Lire MOURGEON (J.), La répression administrative, LGDJ, Paris, 1967 cité par DEGOFFE (M.),
loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication ; à propos des pouvoirs de
sanction confiés au CSA, V. Genevois (B.), « Le Conseil constitutionnel et la définition des pouvoirs du
Conseil supérieur de l'audiovisuel », RFDA, 1989, p. 215. Le considérant en cause se retrouve également
57
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dans la décision Cons. const., 28 juill. 1989, n° 89-260 DC, Loi relative à la sécurité et à la transparence
du marché financier, à propos des pouvoirs de sanction confiés à la Commission des opérations de
bourse (COB), GENEVOIS (B.), « Le Conseil constitutionnel, la séparation des pouvoirs et la séparation
des autorités administratives et judiciaires », RFDA, 1989, p. 671.
54 Les Dossiers thématiques du Conseil d’Etat, Le juge administratif et les sanctions administratives, Janvier 2017,
p.1
55 ROMANO (S.), L'ordre juridique, Dalloz, 1975, p. 92.
58
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56 Lire avec intérêt LEVADE (A.), « Coronavirus-Etat d'urgence sanitaire : à nouveau péril, nouveau
régime d'exception », JCP, 2020, n° 13, p. 369 ; RENARD (S.), « L'état d'urgence sanitaire : droit
d'exception et exception au droit », RDLF, 2020, chron. n° 13 ; SIZAIRE (V.), « Un colosse aux pieds
d'argile, les fondements juridiques fragiles de l'urgence sanitaire », RDH, mars 2020 ; TRUCHET (D.),
« Covid-19 : point de vue d'un « administrativiste sanitaire », blog.juspoliticum.com, 27 mars 2020 ;
VILLENEUVE (P.), « Etat d'urgence sanitaire, un objet juridique mal identifié », JCP Adm, 2020, n° 13,
actu. 183
57 ROMAN (D.), « Coronavirus : des libertés en quarantaine ? », JCP, 2020, p. 372
58 VALLAR (CH.), « Covid-19 : le Conseil d'Etat en faveur d'un confinement modulé et adapté », AJDA,
2020 p.851
59 ROUHLAC (C.), « La mutation du contrôle des mesures de police - Réflexions sur l'appropriation du
59
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60 CE, ass., 19 mai 1933, n° 17413, Benjamin et synd. d'initiative de Nevers : Lebon p. 541 ; GAJA, 21e
éd., Dalloz, 2017, n° 43, p. 265 ; S. 1934, 3, p. 1, concl. Michel, note Mestre
61 SEILLER (B.), « La notion de police administrative », RFDA, 2015, p. 876
62 TA Paris, ord. 31 mars 2020, n° 2005891/9 et 2005892/9.
63 V. sur cette question, BODA (J.-S), « Le juge des référés du Conseil d'État face aux mesures de lutte
la liberté de circulation des mineurs est subordonnée à la condition qu'elles soient justifiées par l'existence
de risques particuliers de troubles à l'ordre public, CE, 6 juin 2018, n° 410774, après avoir indiqué
comment décliner cette trilogie avec une ordonnance qui, depuis, sert de mètre étalon (CE, 9 juill. 2001,
n° 235638), par laquelle le juge pose que ce n'est pas parce qu'il existe des législations particulières et des
pouvoirs de police spéciale, qu'il serait interdit au maire, « pour contribuer à la protection des mineurs [de faire]
usage, en fonction de circonstances locales particulières, des pouvoirs de police générale qu'il tient des articles L. 2212-1 et
suivants du CGCT ».
60
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67 Marliac (C.), « Quelques réflexions à propos de l'ordonnance du 31 mars 2020, Préfet du Calvados »,
La Revue des droits de l'homme [En ligne], Actualités Droits-Libertés, consulté le 12 mai 2020.
68 Vatna (L), Le juge administratif et la crise de la covid-19. Entre protection de la santé et respect des
libertés : le juge administratif à l’épreuve de la covid-19. La Revue des Droits de l’Homme n° 20, octobre 2020,
p. 3.
69 SAUVE (J-M), « Quel juge pour les libertés ? », Rec. Dalloz, 2016 p. 1320.
61
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Résumé
La crise sanitaire de la COVID-19 a eu et continue d’avoir des effets sur toutes
les activités de la vie publique, l’activité juridique n’étant pas en reste. En ce sens, son
impact sur le régime des libertés révèle qu’elle a eu pour principal effet de les
restreindre. De manière accessoire, et face à la nécessité d’agir rapidement, cette
pandémie a poussé les autorités à travailler dans un cadre illégal, semblable à un état
d’urgence de fait. La régularisation ultérieure de certains actes pris par lesdites
autorités témoigne ainsi de la volonté du Gouvernement de garantir l’État de Droit,
d’une part et, de promouvoir la démocratie, d’autre part.
Dès lors, l’analyse pose le problème de l’impact de la crise sanitaire de la COVID-
19 sur le régime des libertés publiques au Cameroun. Autrement dit, en quoi la
COVID-19 a-t-elle affecté les règles encadrant les libertés des citoyens au
Cameroun ? L’étude révèle que la riposte contre la COVID-19 au Cameroun s’est
adossée sur un fondement juridique discutable et a par conséquent donné lieu au
raidissement du régime des libertés publiques.
L’analyse invite à repenser les mécanismes d’urgence en vigueur au Cameroun
afin de les adapter et de les rendre plus opérationnels en cas de crise sanitaire ou de
calamité naturelle d’une part, et à être moins « liberticides », d’autre part.
63
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De tout temps, le monde n’a cessé de vivre au rythme des crises sanitaires. Les
plus récentes enregistrées au cours de cette dernière décennie sont celles de
l’épidémie d’Ebola en Afrique (dont la maladie continue encore à sévir dans certains
pays notamment en République Démocratique du Congo) et l’épidémie de la fièvre
Zika en Amérique (dont les effets restent encore incommensurables). De manière
constante, l’on observe que toutes les fois qu’une crise sanitaire est survenue, les
libertés publiques n’ont cessé d’être essoufflées1. Il n’en va pas autrement de la
pandémie de la COVID-19 qui sévit actuellement sur l’ensemble des territoires des
États du globe terrestre. Il suffit d’observer l’actualité des reconfinements (partiels)
des États de l’Europe et des discussions autour d’un vaccin efficace pour s’en
convaincre2.
L’appréhension de la notion de crise n’est pas toujours aisée. De manière
courante, l’on désigne par « crise », une variation soudaine dans le cours d’une
maladie ou d’une vie et qui en décide l’issue3. C’est aussi une manifestation violente
ou brusque d’une maladie ou d’un trouble4. Ainsi, la crise est un phénomène qui se
produit dans de nombreux domaines de la vie sociétale. Elle survient tant dans le
domaine politique qu’économique, aussi bien dans un cadre des sciences humaines
que dans celui des sciences sociales. À cet égard, il est constant de parler de « crise de
la moralité publique »5, de « crise de la foi »6, de « crise du droit »7, « crise de la
normativité »8 ou même de « droit de la crise »9.
1 Jacques MOURGEON, « Les crises et les libertés publiques », Pouvoirs, n° 10, Septembre 1979, pp. 41-
51.
2 En guise d’illustration, en date du 26 mars 2021, en Espagne, en France en Italie et au Pays-Bas des
mesures de couvre-feu ont été prises pour diminuer la propagation du virus par des exigences de
reconfinements partiels généralisés ou limités à certains quartiers d’habitation.
3 Henri FLAMMARION, Charles-Henri FLAMMARION, Guy ROCAUT, Christian ROCAUT-
QUILLET (dir.), Dictionnaire usuel illustré, Paris, Librairies Quillet-Flammarion, 1982, p. 474.
4 Dictionnaire Larousse, Maxipoche 2018, Paris, 2017, p. 336.
5 Une illustration actuelle tient à tous les débats qui ont cours depuis la diffusion d’une sextape au
Cameroun, impliquant un journaliste de renom et une dame dont la circulation publique de la vidéo a
exposé la nudité.
6 L’adoption des mesures et la célébration des mariages entre les personnes de même sexe a fait dire à
certains chrétiens qu’il s’agissait là d’une profonde crise de la foi religieuse et que cette pratique était contre
les croyances développées jusqu’ici. Certains justifiant leurs positions en s’appuyant sur la Bible
notamment le passage relatif à « Sodome et Gomorrhe ». Voir La Bible de Jérusalem, Livre de la Genèse,
Chapitre 19, Versets 1 à 29.
7 Pour une étude actuelle, voir Jacques De LA PORTE DES VAUX, Yoann GONTHIER Le GUEN,
Vadim JEANNE et Charles PRÉLOT, Droit et crise (s), Paris, Mare et Martin, 2021, 242 p.
8 Pour une application en droit constitutionnel africain, lire Frédéric-Joël AÏVO, « La crise de la
normativité de la Constitution en Afrique », Revue de Droit public et de science politique en France et à l‘étranger,
n° 1 ; 2012 ; pp.141-180.
9 Pour approfondir, lire entres autres Droit de la crise : crise du droit ? Les incidences de la crise économique sur
64
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10 Sans prétendre à l’exhaustivité, voir entre autres Jean-François KERVÉGAN, Crise et pensée de la crise en
droit. Weimar, sa république et ses juristes, Éditions ENS, 2002, 231 p. ; Jacques LARRIEU (dir.), Crise(s) et
Droit, Paris, LGDJ, 2012, 300 p.
11 Gérard CORNU, Vocabulaire juridique, 10e éd., Paris, Puf, 2014, p. 288.
12Cathérine PUIGELIER, Dictionnaire juridique, Bruxelles, Larcier, 2015, n° 5765.
13 François TERRÉ, « La Justice en temps de crise », Pouvoirs, n° 10, Septembre 1979, p. 37.
14 Jacques MOURGEON, « Les crises et les libertés publiques », op. cit., p. 43.
15 Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Crise_sanitaire consulté le 19 octobre 2020 à 02h45min.
16 Lara KHOURY, « Crises sanitaires et responsabilité étatique envers la collectivité », Revue de Droit de
ss.
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menace si grave à laquelle les moyens habituels et les mesures usuelles ne permettent
pas d’y faire convenablement face19. Elle crée un déséquilibre entre la menace avérée
et née en Chine en fin de l’année 2019 et les moyens usuels de riposte contre les
épidémies. Le débat sur l’utilisation de la Chloroquine comme traitement de cette
maladie suffit pour s’en persuader20. Les discussions autour du vaccin21 et de ses
effets secondaires22, du recours à la médecine traditionnelle23 dans un contexte
d’automédication24 et les variations ou transformations que connait l’agent
pathogène à la base de cette maladie témoignent de ce que celle-ci constitue une
véritable gangrène du système mondial de santé25.
19 Christian BIOS, « Le COVID-19 et son impact socio-sanitaire au Cameroun. Une analyse sociologique
que l’administration de la chloroquine à des patients atteints de cette maladie constitue un traitement
fiable et efficace dont les effets sont visibles. Pour une analyse de la question, lire Didier RAOULT, Carnet
de guerre - COVID-19, Michel Lafon, 2021, pp. 36-38.
21 Pendant longtemps les États se sont demandés s’il fallait imposer la vaccination à leurs citoyens ou aux
étrangers en provenance d’autres pays. Si dans la majorité des États d’Europe et d’Afrique, la vaccination
demeure encore une option, en Italie le vaccin a été rendu obligatoire à l’ensemble du personnel de santé
jusqu’au 31 décembre 2021. Il en va de même de la France où avec l’adoption de la loi encadrant la sortie
progressive de l’état d’urgence sanitaire, un passe sanitaire sera désormais exigé des citoyens pour pouvoir
se rendre dans certaines manifestations ou dans certains lieux ouverts. Avec pour objectif de réguler
l'accès à des rassemblements de plus de 1 000 personnes en France, le passe sanitaire consiste à présenter,
au format numérique ou papier, une preuve de non contamination à la COVID-19 qu’il s’agisse de la
vaccination, d’un test négatif réalisé dans les 48 h qui viennent de s’écouler ou du résultat d'un datant d'au
moins 15 jours et de moins de 6 mois justifiant test du rétablissement de la COVID-19.
22https://www.courrierinternational.com/video/video-quels-effets-secondaires-peut-eprouver-apres-
Afrique centrale et occidentale », in Steve TAMETONG, Donald NOUNAMO et Brice WAKAP (dir.),
COVID-19 et Droit au Cameroun. Regards pluriels, Yaoundé, Editions LUPEPPO, 2021, pp. 286-311 ; spéc.
pp. 293-200.
24 Patrick Juvet LOWÉ GNINTEDEM, « Les figures (non) juridiques de l’automédication », in Le droit
africain à la quête de son identité, Mél. Isaac YANKHOBA NDIAYE, Dakar, L’Harmattan, 2021, pp. 633-
659.
25 L’organisation mondiale de la santé (OMS) a tôt fait de qualifié cette maladie de pandémie. Le 11 mars
2020, au cours d’un point de presse sur la COVID-19, le Directeur général de l’OMS s’exprimait en ces
termes : « (…) Ces deux dernières semaines, le nombre de cas de COVID-19 hors de Chine a été multiplié par 13 et le
nombre de pays touchés a triplé. On compte désormais plus de 118 000 cas dans 114 pays et 4291 décès. Des milliers de
personnes sont hospitalisées entre la vie et la mort. Dans les jours et les semaines à venir, le nombre de cas, de décès et de pays
touchés devrait encore augmenter. L’OMS évalue cette flambée 24 heures sur 24 et nous sommes profondément préoccupés à
la fois par la propagation et la gravité des cas, dont le niveau est alarmant, et par l’insuffisance des mesures prises qui l’est
tout autant. Nous avons par conséquent estimé que la COVID- 19 pouvait être qualifiée de pandémie (…) ». Voir
https://www.who.int/fr/director-general/speeches/detail/who-director-general-s-opening-remarks-
at-the-media-briefing-on-covid-19---11-march-2020, consulté le 02 mai 2021 à 00h18min.
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26 Pour une analyse globale, lire avec grand intérêt Sabine Patricia MOUNGOU MBENDA et Viviane
Dalloz, 2002, pp. 729 et ss. Voir aussi le communiqué de l’Organisation mondiale du tourisme du 28
juillet 2020 sur l’impact de la COVID-19 sur le tourisme mondial
29 Rémi PELLET, « La défiance, du sanitaire au social », Revue de droit sanitaire et social, 2021, p. 143.
30 Pour une vue d’ensemble de ses difficultés, lire Christophe FOE NDI, La mise en œuvre du droit à la santé
au Cameroun, Thèse de doctorat en Droit public, Université d’Avignon, 2019, 438 p. ; spéc. pp. 195-274 ;
François EDIMO, « Regard sceptique sur le droit à la santé au Cameroun », in Judicial Tribune, Vol. 3,
n° 2, Décembre 2013, pp. 66-80.
31 Charles TUEKAM TATCHUM, « Les libertés publiques à l’épreuve de l’urgence sanitaire au
Cameroun », in Steve TAMETONG, Donald NOUNAMO et Brice WAKAP (dir.), COVID-19 et Droit
au Cameroun. Regards pluriels, Yaoundé, Editions LUPEPPO, 2021, pp. 76-96 ; Ambroise Louison
ESSOMBA, « Les libertés publiques au Cameroun l’épreuve de la pandémie du coronavirus », Revue
Africaine de Droit Public, Vol. IX, n° 18bis, Spécial, 1er semestre 2020, pp. 65-79 ; Madeleine Flore
BOYOGUENO TSAGUEHE MASSENG, « Ordre public et liberté de réunion et manifestation
publiques au Cameroun en temps de Covid-19 », Revue Africaine de Droit et de Science politique, Vol. VIII, n°
Spécial bis, 2020, 2ème semestre 2020, pp. 273-304.
32 Jean MORANGE, « La crise de la notion de libertés publiques », in Mélanges en hommage à Roland
DENIZEAU, Droit des libertés fondamentales, Vuibert, 9e éd., 2020, 416 p. ; Louis FAVOREU, Patrick
GAÏA, Richard GHENVONTIAN, Ferdinand MÉLIN-SOUCRAMANIEN, Annabelle PENA, Otto
PFSERMANN, Joseph PINI, André ROUX, Guy SCOFFONI et Jérôme TRÉMEAU, Droit des libertés
fondamentales, Paris, Dalloz, 6e éd., 2012, 701 p. ; Charlotte DENIZEAU, Droit des libertés fondamentales,
Vuibert, 9e éd., 2020, 416 p.
35André POUILLE, Libertés publiques et droits de l’homme, 15e éd., Paris, Dalloz, 2004, p. 7. ; Serge
GUINCHARD, Thierry DEBARD, Lexique des termes juridiques, 23e éd., Paris, Dalloz, 2015, p. 630.
67
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36 Jean ROCHE et André POUILLE, Libertés publiques, 12e éd., Paris, Dalloz, 1997, p. 7. ; Yves
14h56min.
41 Jean-Louis ATANGANA AMOUGOU, L’État et les libertés publiques au Cameroun. Essai sur l’évolution des
libertés publiques en droit camerounais, Thèse de doctorat en Droit public, Université de Jean Moulin-Lyon 3,
1999, p. 21 ;
42 Brusil Miranda METOU, « Vingt ans de contentieux des libertés publiques au Cameroun », RASJ, n°,
2011, p. 269 ; Agnès MAKOUGOUM, Ordre public et libertés publiques en droit public camerounais. Contribution
à l’étude de la construction de l’Etat de droit au Cameroun depuis 1990, Thèse de doctorat Ph.D en Droit public,
Université de Yaoundé II, 2014, p. 35.
43 Au sujet de l’obligation vaccinale en France, une controverse est née au sein de la doctrine quant à
savoir s’il existait une obligation générale de se vacciner. Lire Philippe SÉGUR, « Sur la licéité de
l’obligation vaccinale anti-Covid », RDLF, chronique n° 20, 2021 ; Caroline LANTERO et David
BRAUNSTEIN, « Sur la licéité de l’obligation vaccinale anti-Covid – 2 », RDLF, chronique n° 25, 2021.
44 Voir la Note de service n° 1339-021/NS/HGY/DG/DGA/DPM/SGRH/SN du 12 août 2021
portant redéploiement du personnel dans la perspective de la 3ème vague Covid-19. Dans cette note, le
Directeur Général exige, de manière implicite que son personnel soit vacciné contre la COVID-19 en
ces termes : « (…) En outre, le personnel non vacciné ne pourra plus servir dans les endroits où les patients sont précaires
(Réanimation, Hémodialyse, Oncologie, Urgences…).
À la suite de ce redéploiement ; le personnel non vacciné et sans poste de travail ne sera plus admis à l’HGY
mais continuera à percevoir son salaire sans les compléments liés au travail effectif (primes de rendement, transport, garde,
astreinte et technicité…) jusqu’à nouvel avis (résolution de la réunion de coordination du 10 août 2021) (…) ».
45 Voir le Communiqué radio n° 015/CR/B/SDG/SG du 07 octobre 2021.
46 Au Togo, la Cour constitutionnelle a considéré que la présentation d’une preuve de vaccination contre
la COVID-19 ou d’un test PCR négatif datant de moins de soixante-douze (72) heures pour accéder aux
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bâtiments administratifs n’était pas contraire à la Constitution à la seule condition que cette exigence ne
soit pas limitée aux préfectures du Golfe et d’Agoe-Nyivé. Qu’en vertu de l’article 14 de la Constitution,
le gouvernement pouvait prendre la mesure envisagée mais qu’il ne pouvait « (…) le faire qu’en prenant une
ordonnance de portée générale couvrant la totalité des préfectures du territoire national et prévoir la possibilité des mesures
d’allègement ou de renforcement dans telle ou telle préfecture en fonction de l’évolution de la pandémie (…) ». Voir Cour
constitutionnelle du Togo, Avis n° AV-001/21 du 30 septembre 2021, affaire demande d’avis du Premier
Ministre sur le projet d’ordonnance relative à la présentation d’une preuve de vaccination contre le
COVID-19 pour accéder aux bâtiments administratifs. Cette exigence a d’ailleurs fait l’objet d’une
reconduction. Voir Cour constitutionnelle du Togo, Avis n° AV-002/21 du 20 octobre 2021, affaire
demande d’avis du Premier Ministre sur le projet d’ordonnance relative à la présentation d’une preuve
de vaccination contre le COVID-19 pour accéder aux bâtiments administratifs. Voir aussi en France
Conseil constitutionnel, Décision n° 2022-835 DC du 21 janvier 2022, Loi renforçant les outils de gestion
de la crise sanitaire et modifiant le code de la santé publique. Dans cette décision de non-conformité
partielle assortie de réserve, le juge constitutionnel admet la conformité à la Constitution des dispositions
subordonnant l'accès à certains lieux à la présentation d'un « passe vaccinal » en imposant qu'il y soit mis
fin dès lors qu'elle ne sera plus nécessaire et censure celle permettant de subordonner à la présentation
d'un « passe sanitaire » l'accès à une réunion politique.
47Babacar KANTÉ, « Droit et coronavirus », https://imera.hypotheses.org/6632, consulté le 04
particulièrement l’OMS. Sur cette question, lire Guillaume Le FLOCH, « La défiance envers l’OMS »,
69
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tous de vivre en bonne santé et à promouvoir le bien-être de tous à tout âge »52, l’on constate que
l’influence de la crise sanitaire sur les libertés publiques a engendré l’instauration d’un
régime de règles spéciales53. Lorsqu’on ne remarque pas qu’il a donné lieu au
renforcement du régime des libertés publiques (II), on ne peut manquer d’observer
que les règles applicables en la matière ont entièrement été écartées(I).
Revue de droit sanitaire et social, 2021, pp. 9 et ss. ; Johanne SAISON, « Répondre à la défiance par le recours
à la médiation », Revue de droit sanitaire et social, 2021, pp. 119 et ss.
52 Objectif du développement durable n° 3.
53 Certaines de ces règles ont une portée juridique certaine, elles sont contraignantes. Par contre, d’autres
mesures adoptées ne présentent pas ce caractère obligatoire. Elles ne sont pas considérées comme
exposant à des sanctions en cas de non-respect. Sur cette dernière distinction, lire Éric-Adol GATSI
TAZO, Cameroon’sFightAgainst COVID-19 : An OrdinaryLegal Framework for an Extraordinary Situation,
VerfBlog, 2020/5/21, https://verfassungsblog.de/cameroons-fight-against-covid-19-an-ordinary-legal-
framework-for-an-extraordinary-situation/, consulté le 16 avril 2021 à 17h19min.
54 Steve TAMETONG, « Un corridor clair-obscur : à propos du cadre juridique des mesures normatives
recherches sur les fondements juridiques de la stratégie Gouvernementale de riposte face à la pandémie »,
Le Nemro, Revue trimestrielle de droit économique, n° 2, Avril-Juin 2020, Partie 1, pp. 300-313.
56 En droit administratif, les circonstances d’exception regroupent l’ensemble des situations dans
70
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D’emblée, le fondement juridique de ces mesures à savoir les « très hautes instructions
du président de la République »61 demeure flou62 et ne manque pas de susciter des
questionnements en l’absence de toute motivation et de visas constituant les supports
formels de ces mesures63. De cette manière, les mesures de riposte ne manquent pas
de susciter des interrogations au regard du principe de la légalité administrative64.
Les premières interrogations auxquelles ces mesures donnent lieu sont celles de
savoir si elles s’appuient sur des textes assurant la protection de la santé au Cameroun.
57 Pour une connaissance de l’ensemble de ces mesures à la moitié de l’année 2020, voir CHAZAI +
PARTNERS, Recueil des mesures prises par le gouvernement camerounais dans le cadre de la lutte contre la COVID-
19, Douala, 29 mai 2020, 11 p.
58Loi n° 64-LF-23 du 13 novembre 1964 portant protection de la Santé Publique
59Loi n° 96/03 du 4 janvier 1996 portant loi cadre dans le domaine de la santé
60Excepté l’Arrêté n° 000012/A/MINAT du 17 mars 2020 réglementant l'exercice de certaines libertés
et activités dans le cadre du plan de riposte contre la pandémie du coronavirus (COVID-19), l’étude
constate que la plupart des actes pris par les autres les autorités administratives dans le cadre de cette
riposte ne se fondent pas formellement sur cette loi, exception faite des actes des autorités administratives
déconcentrées.
61 Jocelyne DJEUYA TCHUPOU, « La lutte contre le coronavirus (COVID-19) au Cameroun :
recherches sur les fondements juridiques de la stratégie Gouvernementale de riposte face à la pandémie »,
op. cit., p. 306.
62 Il n’existe en réalité aucun texte classifiable dans une catégorie juridique qui édicte ces mesures. Celles-
ci sont essentiellement contenues dans une déclaration rendue publique par le Premier Ministre. Cet état
de chose est de nature à susciter des interrogations au sein de la doctrine. Voir Gilles Jean GUGLIELMI,
« Le droit s’écrit-il dans les communiqués de presse », in Un droit pour des hommes libres, Mél. Alain FENET,
Paris, Litec, 2008, pp. 675-683 ; Ebenezer David NGAHNA MANGMADI, « La décision
administrative à l’épreuve de la Covid-19 : l’expérience camerounaise », Le Nemro, Revue trimestrielle de droit
économique, n° 2, Avril-Juin 2020, Partie 2, pp. 326-337 ; spéc. pp. 330 et s.
63 Charles TUEKAM TATCHUM « La notion de visa en droit administratif camerounais », Juridis
Septembre 2020, pp. 5-36 ; Jean-François BISSI, « La légalité de la lutte contre la coronavirus 19
(COVID 19) au Cameroun », Le Nemro, Revue trimestrielle de droit économique, n° 2, Avril-Juin 2020, Partie 2,
pp. 309-325, spéc. pp. 311-317.
71
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65 Pour une analyse approfondie de cette loi, lire Francis Ampère SIMO KOUAM, Droit de la santé publique
camerounais », Le Nemro, Revue trimestrielle de droit économique, n° 2, Avril-Juin 2020, Partie 2, pp. 412-445,
spéc. pp. 417-431.
69 Steve TAMETONG, « Un corridor clair-obscur : à propos du cadre juridique des mesures normatives
72
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Par protection civile, on entend l’ensemble des moyens mis en œuvre par un État
pour protéger ses citoyens, en temps de guerre comme en temps de paix73. Elle
désigne la protection des populations contre les accidents et les calamités naturelles.
Aux termes de la loi du 6 décembre 1986, la protection civile consiste à assurer en
permanence la protection des personnes, des biens et de l’environnement contre les
risques d’accidents graves, des calamités ou de catastrophes ainsi que contre les effets
de ces sinistres74. Elle comprend les moyens en matériels et personnels notamment
les personnels des services publics chargés de la conduite des activités y relatives, les
personnes requises, les recrues du contingent et les volontaires.
Dans le cadre de la lutte contre le coronavirus, l’on se serait attendu qu’en dehors
de l’exercice de pouvoirs exceptionnels75, que les autorités administratives eurent
fondé leur action sur le texte organisant la protection civile qui peut régir les situations
d'urgence sanitaire76, puisqu'elle s'applique aux catastrophes et aux calamités, ainsi
qu'à leurs conséquences77. Hélas, même si le motif de protection civile a pu servir de
base des décisions prises par les autorités administratives au niveau déconcentré78, la
loi portant protection civile apparait en elle-même comme un fondement insuffisant
pour servir de base à ces mesures. En effet, en raison de ce qu’elle ne comporte pas
de dispositions spécifiques, de nature à prévenir les dommages matériels et
immatériels qui pourraient survenir d’événements d'une exceptionnelle gravité, de
façon imprévisible et d’une intensité très élevée, la loi portant réorganisation générale
de la protection civile se présente comme un fondement déficient des mesures de
riposte adoptées contre la COVID-19. Or, par son essence même, la protection civile
consiste en un ensemble d’actions de prévention et de secours visant à protéger les
72 Néanmoins, sur le fondement du Décret n° 2008/377 du 12 novembre 2008 fixant les attributions des
civile
75 Sur ces différents pouvoirs, lire entre autres Guillaume RICHARD, « États d’exception et épidémies »,
RDP, n° spécial, octobre 2021, pp. 81 et ss. ; Alexandre VIALA, « L’état d’urgence sanitaire ou la
tentation de l’épistocratie », RDP, n° spécial, octobre 2021, pp. 55 et ss.
76 Loi n° 86/016 du 6 décembre 1986 portant réorganisation générale de la protection civile
77Éric-Adol GATSI TAZO, Cameroon’s Fight Against COVID-19 : An Ordinary Legal Framework for an
73
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79 André de LAUBADÈRE, Traité de droit administratif. Les grands services publics administratifs, 3e éd., Paris,
LGDJ, 1978, p. 211.
80 Robert NEMEDEU, « Le COVID-19 et le droit », Le Nemro, Revue trimestrielle de droit économique, n° 1,
œuvre déterminée d’une politique publique de crise et échec d’un opportunisme politique »,
http://www/reserchgate.net/publication/341193784, consulté le 5 juillet 2021 à 15h03min.
85 En France, la crise a donné lieu à l’instauration d’un État d’urgence sanitaire dont certaines des mesures
prises par les autorités ont été déférées à la connaissance des juges constitutionnel et administratif. Le
Conseil constitutionnel dans sa décision du 5 août 2021 a d’ailleurs censuré les dispositions de la loi
relative à la gestion de la crise sanitaire et relative à la rupture anticipée de certains contrats en cas de non
présentation de « passe sanitaire » d’une part et au placement en isolement applicable de plein droit aux
personnes faisant l’objet d’un test de dépistage positif à la Covid-19 d’autre part. Voir CC, Décision
n° 2021-824 DC du 5 août 2021, loi relative à la gestion de la crise sanitaire.
86Voir Cour constitutionnelle du Togo, Avis n° AV-003/20 du 8 avril 2020, affaire demande d’avis du
Premier Ministre sur le projet d’ordonnance déterminant les conditions de mise en œuvre de l’état
d’urgence au Togo ; voir aussi Ordonnance n° 001‐2020 du 8 avril 2020 aménageant des mesures
dérogatoires au licenciement et au chômage technique durant la période de la pandémie du Covid‐19 au
Sénégal.
87 Delphine EMMANUEL, « Le juge constitutionnel et les conséquences de l’état d’urgence.
Commentaire croisé des avis n° 08/CC du 30 mars 2020 de la Cour constitutionnelle de la République
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vingt au total88, ont été prises par le gouvernement 89en vue d’endiguer la propagation
de l’épidémie. Cependant, ces mesures s’adossent sur des bases juridiques illégales90,
qui demeurent « (…) une véritable arlésienne, un corridor clair-obscur aux zones d’ombres
évidentes (…) »91. Cette illégalité consacre l’instauration d’un régime d’exception92(1)
qui ne trouve son fondement juridique dans aucun texte de la pyramide normative
(2)93. Dès lors la légalité d’exception94 instaurée par les autorités politiques et
administratives souffre elle-même d’illégalité.
Ministre dans les mêmes formes que les premières Voir les Déclarations spéciales du Premier Ministre,
Chef du Gouvernement du 17 mars 2020 et du 09 avril 2020.
89 Les mesures prises dans le cadre de la stratégie de riposte contre le coronavirus au Cameroun sont
mesure a été prise en vue de réduire la propagation de la maladie en milieu carcéral considéré comme en
surpopulation et où les contacts physiques sont permanents. Cependant et bien que l’initiative soit
louable, ce texte porte des germes d’illégalité. Selon l'article 8 alinéa 7 de la Constitution, le président de
la République exerce le droit de grâce « après avis du Conseil supérieur de la magistrature ». Dès lors, l’avis du
Conseil supérieur de la magistrature apparaît comme obligatoire et non pas facultatif. Or en l’espèce,
aucune session préalable de ce Conseil ne s’est tenue avant l’édiction de ce décret. Ce qui montre bien
que son avis n’a pu être requis et que le décret du 15 avril 2020 est problématique au regard des
dispositions de la Loi Fondamentale.
91 Steve TAMETONG, « Un corridor clair-obscur : à propos du cadre juridique des mesures normatives
place pour une période définie et sur le fondement des dispositions constitutionnelles. C’est que qu’a dit
pour droit la Cour constitutionnelle de la République démocratique du Congo dans son arrêt R.Const
1.200 du 13 avril 2020. Pour une analyse de cette décision, lire Franck SHUKURU MAJONI, « L’arrêt
R.Const 1.200 du 13 avril 2020 à l’épreuve de la maladie à Covid-19 : l’état d’urgence et le régime de
dérogation aux droits de l’homme dans la Constitution du 18 février 2006 telle que révisée en 2011 »,
Revue de la Faculté de Droit, Unigom, n° 4, 2020, pp. 285-303.
94 Nous empruntons cette expression au Pr Joseph OWONA. Voir Joseph OWONA,
« L’institutionnalisation d’une légalité d’exception dans le droit public camerounais », in Revue camerounaise
de droit, Vol. 6, pp. 104-123.
75
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95 Laetitia JANICOT, « La crise de la COVID-19 et la gouvernance », Droit et ville, n° 1, 2021, pp. 51-73,
n° 15.
96Cathérine PUIGELIER, Dictionnaire juridique, op. cit., n° 5004.
97 Agathe VAN LANG, Geneviève GONDOUIN, Véronique INSERGUET-BRISSET, Dictionnaire de
camerounais », in Espaces du service public, Mél. Jean Du Bois de GAUDUSSON, Bordeaux, Presses
universitaires de bordeaux, 2014, t.1, pp. 342 et s.
99 Article 3 de la loi n° 68/LF/4 du 11 juin 1968 portant organisation du régime de réquisitions.
100 Article 1er alinéa 2 du décret n° 68-DF-361 du 04 septembre 1968 fixant certaines modalités
servait aux responsables de 17 établissements hôteliers une réquisition de 307 chambres au total pour
accueillir les voyageurs en provenance des pays exposés au SARS-Cov 2 et où sévissait la COVID-19.
102 Voir en guise d’illustration la Lettre n° 63/MINSANTE/CAB du 17 mars 2020 dans laquelle le
Ministre de la Santé publique instruisait au Gouverneur de la Région du Littoral de prendre toutes les
mesures de police administrative destinées à la mise en quarantaine de tous les passagers des vols
débarquant à Douala notamment de « réquisitionner des hôtels et/ou des espaces susceptibles d’héberger lesdits
passagers pendant une durée minimum de 14 jours ». Voir aussi la mesure 10 de la Déclaration du Premier
Ministre du 17 mars 2020.
103 La doctrine souligne à juste titre que « les réquisitions administratives sont des instruments juridiques consacrés
par le législateur en vue d’assurer l’efficacité de l’action administrative lors des périodes exceptionnelles ». Voir Patrick Henri
ASSIENE NGON, Les conditions de validité des réquisitions administratives au Cameroun, Thèse de doctorat en
Droit public, Université de Yaoundé II, 2015, p. 11.
104 Article 2 de la loi n° 90-54 du 19 décembre 1990 relative au maintien de l’ordre.
105 Article 2 de la loi n° 68/LF/4 du 11 juin 1968 portant organisation du régime de réquisitions.
76
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de réquisitions, « le droit de réquisition est ouvert par décret établissant la mise en garde, l’état d’urgence, la mobilisation
partielle ou générale, l’état d’exception ». De même, l’article 2 alinéa 2 paragraphe II du décret n° 68-DF-361
du 04 septembre 1968 fixant certaines modalités d’application de la loi n° 68-LF-4 du 11 juin 1968 « le
chef de l’Etat peut déléguer le droit de réquisition aux autorités civiles soit lorsque ont été décrétés la mise en garde, l’Etat
d'urgence ou la mobilisation ; soit par les cas prévus par la charte des Nations Unies ou les traités internationaux ». Il
s’ensuit que le procédé de réquisition n’est utilisé que pour dans des situations particulières, troublant le
cours normal des activités.
108 Voir Article 5 paragraphe III de la loi n° 68/LF/4 du 11 juin 1968 portant organisation du régime de
réquisitions ; Article 2 alinéa 3 du décret n° 68-DF-361 du 04 septembre 1968 fixant certaines modalités
d’application de la loi n° 68-LF-4 du 11 juin 1968
109 Il s’agit notamment de : l’exonération de l’impôt libératoire et de la taxe de stationnement pour les
taxis et moto taxis, l’exonération de l’impôt libératoire et des taxes communales au profit des revendeurs
de vivres, ainsi que l’exonération de la taxe de séjour dans le secteur de l’hôtellerie et de la restauration. Si
les premières mesures comptaient pour le 2ème trimestre de l’exercice 2020, la dernière quant à elle portait
sur le reste de l’exercice budgétaire.
110 Pour un, l’acte administratif unilatéral est « toute mesure inhérente à la fonction administrative, susceptible de
modifier les normes juridiques, de porter atteinte à un intérêt juridiquement protégé et d’être attaquée devant le juge ». Voir
Robert MBALLA OWONA, « Le « temps d’effets » de la décision administrative en droit positif
camerounais », Jurisdoctoria, n° 7, 2011, pp. 47 et s. Cette définition s’appuie en majeure partie sur la
jurisprudence notamment les affaires NGONGANG NJANKE Martin (CFJ/AP, Arrêt n° 20 du 20
mars 1968, NGONGANG NJANKE Martin c/Etat du Cameroun) et Association « Le Tabernacle des
Aigles » (CS/CA, Jugement n° 38/ADD/03-04 du 29 décembre 2004, Association le Tabernacle des
aigles).
111 Il s’agit du cas des ordonnances. En vertu de l’article 28 alinéa 1 de la Constitution, « dans les matières
énumérées à l’Article 26 alinéa 2 ci-dessus, le Parlement peut autoriser le Président de la République, pendant un délai
limité et sur des objets déterminés, à prendre des ordonnances ».
77
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qui plus est la Loi de finances ? Cette question posait ainsi la question de la légalité
des mesures fiscales prises par le Gouvernement dans la cadre de la riposte de la
maladie à coronavirus112. Depuis lors, les choses ont été remises en place avec
l’adoption d’une Loi de finances rectificative113.
Bien que restaurant les choses dans la légalité, la Loi de finances rectificative114 ne
saurait dénier le caractère illégal du régime juridique mis en place.
2- L’illégalité de l’institutionnalisation
112 Stève Thiery BILOUNGA, « L’incidence de la lutte contre la COVID-19 sur les finances publiques
camerounaises », Revue juridique du bonheur, n° 3, 2021, 30 p.
113 Ordonnance N° 2020/001 du 03 juin 2020 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi
n° 2019/023 du 24 décembre 2019 portant loi de finances de la République du Cameroun pour l’exercice
2020
114 Sur les lois de finances rectificatives, lire Mohamet FALL, « Les lois de finances rectificatives », Revue
expériences africaines », in L’exception en droit, Mél. en l’honneur de Joseph OWONA, Paris, L’Harmattan,
2021, pp. 67 et s.
119 Sur cette dernière notion lire, Éric NGANGO YOUMBI, « Le nouveau régime de l’état d’urgence »,
78
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122 Charles TUEKAM TATCHUM, « Les libertés publiques à l’épreuve de l’urgence sanitaire au
Cameroun », op. cit., pp. 76-96 ; Ambroise Louison ESSOMBA, « Les libertés publiques au Cameroun
l’épreuve de la pandémie du coronavirus », op. cit., pp. 65-79.
123 Selon un auteur, il s’agirait plutôt de l’état d’exception. Voir WeismanKOLWE WANGSO La crise
des libertés publiques au Cameroun. Exposé sur l'impact du COVID-19 sur les droits et libertés des citoyens, p. 5. Pour
un autre auteur par contre, l’exclusion de l’état d’exception paraît plutôt compréhensible au regard de ses
conditions de mise en œuvre. Lire Steve TAMETONG, « Un corridor clair-obscur : à propos du cadre
juridique des mesures normatives exceptionnelles de riposte contre la pandémie du coronavirus au
Cameroun », op. cit., pp. 23 et s.
124Voir Emmanuel Ghislain BEYEGUE BOULOUMEGUE, La police administrative au Cameroun :
contribution à l’étude de l’évolution du droit administratif camerounais, Thèse de doctorat Ph.D en Droit public,
Université de Yaoundé II, 2016-2017, pp. 493-496 ; Ambroise Louison ESSOMBA, Le domaine du pouvoir
règlementaire du Premier Ministre au Cameroun, Thèse de doctorat, Université de Douala, 2012, pp. 120-125.
125 Bien que ces mesures soient prises sur instructions du président de la République, il convient de
préciser que ces instructions qui n’ont pas donné lieu à publication d’un acte, ne confèrent pas délégation
de pouvoir. D’ailleurs, les Déclarations qui ont suivi ont été faites dans la continuité des mêmes
instructions. Ce qui permet de considérer qu’il n’y a pas eu transfert de compétence du président de la
république vers le Premier Ministre, caractéristique première de la délégation de compétence. Sur cette
dernière notion, Patrick Edgard ABANÉ, Traité de droit administratif du Cameroun. Théorie générale et droit
administratif spécial, Paris, l’Harmattan, 2019, pp. 119-121 ; Demba SY, Droit administratif, 2e éd., Dakar,
l’Harmattan, 2014, p. 295.
126 François TERRÉ, Introduction générale au droit, 9e éd., Paris, Dalloz, 2012, p. 262 ; Jean-Marie
protection de la santé : recherche sur les bases constitutionnelles de la lutte contre la covid-19 au
Cameroun », RRC, n° 010, Juin 2021, pp. 5-11. Pour cet auteur, la lutte contre la COVID-19 s’inscrit
dans un cadre constitutionnel bien défini. Elle s’appuie sur la nécessité de pourvoir au droit à un
environnement sain et au droit à la protection de la santé.
128 Jean-Marie PONTIER, « Le contentieux lié à la covid-19 devant le juge administratif », Revue de droit
guerre [dans leurs dispositifs constitutionnels] » (André CABANIS et Michel Louis MARTIN, Le
constitutionnalisme de troisième vague en Afrique francophone, Louvain-La-Neuve, Bruylant-Academia, 2012,
79
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des libertés plus ferme, introduisant des règles de plus en plus intransigeantes qu’il
importe d’analyser.
p. 128, cité par Alain Franklin ONDOUA, « La nécessité en droit constitutionnel… », op. cit., p. 71.), il
convient de constater que le 17 mai 2014 à Paris, le président de la République du Cameroun déclarait la
guerre au BokoHaram, au cours d’une conférence de presse conjointe des Chefs d’Etat à l’issue du
Sommet de Paris sur la Sécurité au Nigeria.
130 Sur cette question lire entres autres Alain Didier OLINGA, « La résistance entêtée d’une « exception
» condamnée : le jugement des civils par les tribunaux militaires en droit camerounais », in L’exception en
droit, Mél. en l’honneur de Joseph OWONA, Paris, L’Harmattan, 2021, pp. 45-56 ; Bruno Marcelin KEM
CHEKEM, « La répression des infractions relevant des tribunaux militaires dans le nouveau Code de
justice militaire au Cameroun », Juridis périodique, n° 115, Juillet-Août-Septembre, 2018, pp. 111-124.
131 Fabrice Roland BIKIE, « Le droit pénal à l’aune du paradigme de l’ennemi. Réflexion sur l’État
nombreux abus de droits humains dont sont victimes, de la part des parties belligérantes, les populations
cde ces zones d’habitation. Pour un aperçu de la question, lire Nouveaux droits de l’Homme, Cameroun :
les populations civiles prises pour cible dans la crise anglophone. Rapport sur les violations et les abus de droits humains en
2020, Yaoundé, 80 p. ; spéc. pp. 19-74.
133Cette situation conforte l’idée suivant laquelle on se trouverait dans une situation de crise endémique.
Pour approfondir l’analyse, voir Jacques MOURGEON, « Les crises et les libertés publiques », op. cit.,
pp. 48-51.
134 Richard Martial MVOGO BELIBI, « Covid-19 et décision publique en situation d’incertitude.
Illustrations et illusion de l’état d’exception en Afrique subsaharienne », Jus Politicum, Revue de droit politique,
n° 26, Juillet 2021, pp. 374-376.
80
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135 Donald NOUNAMO KEMOGNE, « Le visage du droit pénal en période de crise sanitaire : étude à
partir de l’exemple de la COVID-19 au Cameroun », in Steve TAMETONG, Donald NOUNAMO et
Brice WAKAP (dir.), COVID-19 et Droit au Cameroun. Regards pluriels, Yaoundé, Editions LUPEPPO,
2021, pp. 63 et s.
136Au Gabon, la Cour constitutionnelle a annulé un arrêté pris par le Gouvernement en vue lutter contre
la propagation du virus au motif pris de ce que la compétence reconnue au Parlement pour contrôler et
évaluer les mesures adoptées avant leur entrée en vigueur n’a pas été respectée alors même qu’elle lui a
été conférée dans le but de s’assurer que ces mesures sont strictement proportionnées et appropriées aux
circonstances de temps et de lieux en ce qu’elles touchent les libertés publiques, les libertés individuelles
et les droits fondamentaux de la personne humaine. En effet, le juge constitutionnel dénonce le fait qu’en
« (…) l’espèce, il appert de l’instruction de l’arrêté n° 0559/PM fixant l’entrée en vigueur des nouvelles mesures
gouvernementales de prévention, de lutte et de riposte contre la propagation de la COVID-19 a été pris le 25 novembre
2021 ; que le texte est entré en vigueur le 15 décembre 2021 sans que le Gouvernement n’ait régulièrement le Parlement des
mesures y contenues, ainsi que l’obligent les dispositions précitées de l’article 5 de la loi n° 003/2020 du 11 mai 2020,
modifiée, susvisée ; que les règles de procédure étant d’ordre public, leur inobservation entraîne ipso facto l’annulation de l’acte
normatif concerné, en l’occurrence l’arrêté n° 0559/PM du 25 novembre 2021 fiant l’entrée en vigueur des nouvelles mesures
gouvernementales de prévention, de lutte et de riposte contre la COVID-19 ». Voir considérant n° 7 de la Décision
n° 043/CC du 24 décembre 2021 relative à la requête de messieurs Jean Valentin LEYAMA et Geoffroy
FOUMBOULA LIBEKA MAKOSSO tendant à voir déclarer inconstitutionnels certains articles de
l’Arrêté n° 0559/PM du 25 novembre 2021 fixant l’entrée en vigueur de nouvelles mesures
gouvernementales de prévention, de lutte et de riposte contre la propagation de la COVID-19 et
l’annulation dudit Arrêté. Ainsi, parce que le Parlement.
137https://ecomatin.net/port-du-masque-medical-les-autorites-durcissent-le-ton/, consulté le 24 avril
Cameroun, lire Christian Fabrice YINDJO TOUKAM, « L’influence des mesures de riposte contre la
COVID-19 sur le droit au bonheur du citoyen en droit camerounais », Revue juridique du bonheur, n° 3,
2021, pp. 8-10.
139 Pour une vue d’ensemble de cette politique, lire Pélagie Chantal BELOMO ESSONO, L’ordre et la
sécurité publics dans la construction de l’Êtat du Cameroun, Thèse de doctorat en Sciences politiques, Université
Montesqieu Bordeaux IV, 2007, 522 p.
140 L’observation de la scène juridique camerounaise donne à constater que, le fait pour l’État d’adopter
un régime hybride de règle restreignant les libertés publiques n’est pas véritablement en soi une
nouveauté. En effet, en proie à des menaces sécuritaires de diverses natures dans les Régions de
l’Extrême-Nord, du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, celui-ci a mis en place un système particulier de
régulation des libertés au sein de ces territoires. La jouissance des droits des citoyens est quelque peu
particulière alors même qu’aucun régime de crise n’a été instauré sur ces espaces. En ajoutant ces
81
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hybrides (A). Dans un tel contexte, il n’est pas incongru d’évoquer l’idée d’une
négation de l’État de droit141 à défaut de l’institutionnalisation d’un État de police.
nouvelles restrictions des libertés à ces situations devenues plus ou moins constantes et conjugués à
d’autres faits politiques majeurs, le Gouvernement offre ainsi l’opportunité à tout observateur de la scène
juridique et même politique du Cameroun de justifier l’analyse suivant laquelle, le régime sombre de plus
en plus dans un régime autoritaire où les libertés reconnues aux citoyens sont ignorées sinon rejetées.
C’est ce qui a fait (entre autres) dire à auteur que « la dictature fait fureur au Cameroun ». Pour en savoir plus,
lire J. D. WAKAM, « La dictature fait fureur au Cameroun », La Revue Nouvelle, n° 3, 2019, pp. 22-25.
141 Conseil d’État, Les états d’urgence : la démocratie sous contraintes, Étude annuelle 2021, La documentation
Thomas PERROUD, Jacques CAILLOSSE, Jacques CHEVALLIER, Danièle LOCHAK, Les grands
arrêts politiques de la jurisprudence administrative, op. cit., pp. 363-397.
146 Pour un auteur, la proportionnalité des mesures adoptées en République du Congo se justifie par la
consultation des experts des questions épidémiologiques afin de requérir leur avis sur les mesures
envisagées. Pour lui en effet, « la nécessité des mesures prises par le gouvernement sur le plan sanitaire met en lumière
le rôle primordial des experts. En effet, ne disposant pas a priori des connaissances scientifiques leur permettant de se prononcer,
les pouvoirs publics font recours à cette catégorie de citoyens en raison de leurs compétences dans ce domaine particulier. En
réalité, cette démarche n’est pas nouvelle car il n’est pas rare que l’administration sollicite l’avis de spécialistes sur des questions
précises. La proportionnalité leur permet de s’assurer que l’étendue ou la nature des mesures prises sont à la mesure de la
menace. Celles-ci doivent être strictement proportionnées aux risques sanitaires encourus et appropriées aux circonstances de
temps et de lieu. Il faut veiller à la préservation de l’état de droit mais également à l’efficacité des mesures adoptées ». Lire
Guy Jean Clément MEBIAMA, « L’état d’urgence sanitaire et les droits fondamentaux au Congo »,
Annales de l’Université Marien Ngouabi, Sciences juridiques et politiques, Vol. 20, n° 1, 2020, p. 63. En souscrivant
82
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humains auxquelles elles s’appliquent147 d’autant plus que malgré leur édiction, elles
n’ont pas toujours été respectées par les citoyens et cela, sans que cette réaction
sociale ne donne lieu à un nombre de contamination exponentiel ni même à un taux
de mortalité extrêmement élevé. À certains égards d’ailleurs, ces mesures sont
empreintes d’une extrême gravité, vidant entièrement les libertés publiques de leur
contenu. Les conséquences de ces actes se sont avérées plus sévères pour les
populations que les effets envisagés de la maladie.
Au plan socio-économique comme au plan des libertés, ces mesures se sont
présentées plus dangereuses pour les citoyens148. Ceci est davantage inadmissible que
le régime actuel régissant les libertés publiques depuis l’avènement de la COVID-19
est constitué de règles hybrides, empruntant à la fois au droit commun et aux règles
exceptionnelles149(1). Davantage, le régime nouvellement institué consacre une sorte
d’assouplissement de la légalité administrative du fait qu’il renforce les pouvoirs des
autorités de police administrative (2).
à cette analyse, il convient d’observer que dans le cadre de la riposte contre la COVID-19 au Cameroun,
les mesures prises par les autorités (avant d’être assouplies plus tard), l’ont été en dehors de toute
consultation du Conseil scientifique des Urgences de Santé Publique, créé par décision du Ministre de la
Santé publique le 27 mars 2020. La création de cette instance ayant pour « (…) mission d’émettre un avis
scientifique sur le déroulement de la riposte sanitaire, notamment en ce qui concerne les volets surveillances, prise en charge,
vaccination et gestion sanitaire de la riposte » étant postérieure aux premières mesures adoptées le 17 mars 2020
et renforcées le 24 mars de la même année en vue d’une application stricte.
147La Cour constitutionnelle du Gabon juge d’ailleurs inconstitutionnelles les mesures de riposte adoptées
par le Gouvernement et qui ne sont pas proportionnelles à la protection des droits fondamentaux ainsi
que des libertés publiques et individuelles. Elle a dit pour droit que : « (…) Considérant que si à un moment
donné il s’avère nécessaire de rendre les tests PCR payants par exemple, les taux à fixer doivent tenir compte de des situations
économique et sociale que vivent les populations depuis la survenue de la pandémie de la COVID-19 ; qu’en effet, les
confinements successifs, aisi que l’instauration des couvre-feux, ont conduit plusieurs entreprises à déposer les bilans et ralenti
considérablement l’exercice de certaines activités commerciales, avec leur corollaire qui est la perte de revenus pour les uns et
d’emplois pour un grand nombre d’autres ; qu’au regard de ces contingences économiques et du montant du SMIG en
République Gabonaise, le taux fixé pour les tests PCR normaux n’est ni adéquat, ni proportionnel aux circonstances de
temps et de lieu ainsi que l‘exigent les dispositions ci-dessus rappelées de l’article 7 de la loi n° 003/2020 du 11 mai 2020,
modifiée, susvisée ; (…)
Considérant qu’il résulte de tout ce qui précède de l’article 6 de l’arrêté n° 0685/PM du 24 décembre 2021 soumis au
contrôle de la Cour viole les principes à valeur constitutionnelle de la hiérarchie des normes et de proportionnalité des mesures
exceptionnelles de prévention, de lutte et de riposte contre les catastrophes sanitaires aux circonstances de temps et de lieu, ainsi
que les dispositions combinées des articles 47 et 48 de la Constitution ; qu’en conséquence, il échet de déclarer ledit article 6
inconstitutionnel ; (…) ». Voir les considérants 14, 15 et 16 de la Décision n° 045/CC du 31 décembre 2021
relative à la requête présentée par Monsieur Geoffroy FOUMBOULA LIBEKA MAKOSSO et
Madame Justine Judith LOKOGO, tendant à voir déclarer inconstitutionnel l’Arrêté n° 0685/PM du 24
décembre 2021 fixant l’entrée en vigueur des nouvelles mesures gouvernementales de prévention, de
lutte et de riposte contre la propagation de la COVID-19 et l’annulation dudit Arrêté.
148ADISI Cameroun, Rapport d’enquête. Impact des mesures gouvernementales de lutte contre la COVID-19 sur les
83
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priori la transposition dans le droit commun de règles d’exception prévues comme telles en ce qu’elles portent atteinte aux
libertés et droits fondamentaux a de quoi émouvoir. Comment justifier la mise en place de règles permanentes permettant des
atteintes aux libertés individuelles par l’administration et donc sans le contrôle du juge judiciaire, indépendant par son statut,
dans un état de droit ? », VoirLise PÉRRIN, « Législation d’exception. Des règles d’exception dans le droit
commun », Cahier législatif, n° 276, octobre 2017, p. 1.
152 Sur la motivation, lire Éric Marcel NGANGO YOUMBI, « L’obligation de motivation des actes
Illustrations et illusion de l’état d’exception en Afrique subsaharienne », op. cit., pp. 361-367.
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154 Le traitement différencié dont a bénéficié la collecte de fonds pour la lutte contre la COVID-19 suffit
à le démontrer. D’un côté, les initiatives engagées par les membres du parti au pouvoir lors de meetings
politiques n’ont connu aucune censure de la part des autorités administratives alors que celle d’un parti
de l’opposition a été considérée comme illégale par les autorités gouvernementales. Voir par exemple
lettre n° 001404/L/MINAT/CAB du 13 avril 2020 du Ministre de l’Administration territoriale adressée
au Ministre des Finances et relative à l’ouverture d’une enquête et gel de fonds de l’association illégale
dénommée « Survie Cameroon – Survival Initiative » par l’ANIF.
155 Ambroise Louison ESSOMBA, « Les libertés publiques au Cameroun l’épreuve de la pandémie du
renom dont les obsèques officielles ont été organisées en toute quiétude le 10 avril 2021 soit quelques
jours seulement après l’Arrêté de suspension du Gouverneur de la Région de l’Ouest.
159 Il convient néanmoins de mentionner qu’à l’occasion de la Coupe d’Afrique des Nations organisée
par le Cameroun du 9 janvier au 6 février 2022, un mécanisme de pass vaccinal a été institué. Ce protocole
sanitaire exigeait des supporters qu’ils doivent en plus d’être vaccinés, présenter un test négatif PCR
négatif de moins de 72 heures ou un TDR antigénique négatif de moins de 24 heures pour assister aux
matchs. Cependant, l’analyse relève qu’au nom de l'intérêt supérieur de l'état à la fois politique (stabilité
politique et préservation de l’ordre public) et financier (risque de faillite économique), l’on observe une
sorte de modulation des effets des actes pris par le Gouvernement. En effet, en vue de garantir une
meilleure visibilité du Cameroun sur la scène internationale, le Gouvernement a exhorté les populations
à tout entreprendre pour garnir les gradins des stades. A cet égard, pour faciliter la réalisation de cet
objectif, sur les Hautes instructions du président de la République, des mesures exceptionnelles ont été
prises du lundi 17 janvier 2022 au vendredi 4 février 2022 dans le but de permettre aux camerounais de
prendre une part active à cet évènement continental. Le Communiqué signé du Ministre Secrétaire
Général des Services du Premier Ministre le 15 janvier 2022 qui prescrit ces mesures à savoir la tenue des
activités scolaires et académiques de 7h30 à 14h d’une part et l’étalage des activités professionnelles de
7h30 à 14h d’autre part dans le secteur, ne précise plus qu’il est exigé des spectateurs qu’ils présentent
leur pass vaccinal. D’ailleurs, dans la pratique, l’accès au stade n’est plus conditionné par la présentation
d’un certificat attestant de la bonne santé des spectateurs.
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face à la politique du deux poids deux mesures dont le fondement repose sur la
possibilité de recourir aux motifs liés à la COVID-19 pour justifier telles ou telles
mesures ou pour aggraver telles ou telles restrictions. Or, ces extensions des pouvoirs
des autorités exécutives et les restrictions importantes qu’elles permettent d’apporter
à l’exercice des libertés se réalisent normalement de plein droit du seul fait de la
déclaration de l’état d’urgence160. Le fait que les pouvoirs de police des autorités
administratives aient été élargis, en dehors de toute déclaration de l’état d’urgence, en
matière de réquisitions, de réglementation des ouvertures et fermetures des lieux
publics et de loisirs, de séjour de personnes et partant en matière de restriction des
libertés traduit à suffisance l’idée de coexistence de régimes juridiques. En effet, au
cœur du régime de temps ordinaire, les autorités administratives se sont investies de
pouvoirs qui dérogent profondément au droit commun161.En pareilles circonstances,
il est constant que les pouvoirs de police des autorités administratives se trouvent
renforcer et que l’on observe une sorte de résistance active ou passive aux mesures
administratives. Cela pose un problème d’effectivité et d’efficacité de la règle de
droit162. Assurément, malgré l’accroissement des pouvoirs de l’autorité administrative
utiles à la préservation de l’intérêt général, il ressort de la pratique que le désir de
survie pousse les populations à braver les mesures d’interdiction, au risque du péril
de leur vie et au mépris de l’autorité de l’État et du Droit.
C’est dire que la raison d’État qui sert de fondement de la puissance et de l’action
publiques163, déjà tempérée par le développement des mécanismes de tolérance164, se
trouvent davantage éprouvée par une crise de confiance perceptible dans les rapports
entre les citoyens et les gouvernants165. Quoi qu’il en soit, les mesures de riposte
prescrites par le Gouvernement contre la COVID-19 ont eu pour effet de renforcer
les pouvoirs des autorités de police dont on considérait déjà qu’ils occupaient une
marge de manœuvre importante dans la gestion des affaires publiques166.
160 Benjamin BOUMAKANI, « Brèves réflexions sur la catégorie de l’État d’urgence sanitaire en
Afrique », Annales de l’Université Marien Ngouabi, Sciences juridiques et politiques, Vol. 20, n° 1, 2020, p. 5.
161 Ibid., p. 6
162 Christophe MINCKE, « Effets, effectivité et efficacité du droit : le pôle réaliste de la validité », Revue
modèle français inspirateur », Les Annales de droit, n° 14, 2020, pp. 69-101 ; Aimé Raphaël ATBA
EYONG, « L’évolution du fondement idéologique du droit administratif », in Magloire ONDOA et
Patrick Edgard ABANÉ ENGOLO, Les fondements du droit administratif camerounais, op.cit., pp. 292-296.
164 Pour une vue d’ensemble de la question, lire avantageusement RigobertFloriant AYISSI, La tolérance
en droit public camerounais, thèse de doctorat Ph.D en Droit public, Université de Douala, 2019, 463 p. ;
spéc. pp. 310-348.
165 Pour une vue d’ensemble de la question, lire Elsa BERNARD et Fanny GRABIAS (dir.), La confiance
en temps de crise. Étude de l’Équipe de recherche en droit public (ERDP/CRDP) de l’Université de Lille, Bruxelles,
Larcier 2021, 346 p.
166 Jean de Noël ATEMENGUE, La police administrative au Cameroun : recherches sur le maintien de l'ordre public,
Thèse de doctorat de Droit public, Université de Lyon 3, 1995, 362 p. ; spéc. pp. 68-118.
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167 En guise d’illustration, voir le cas des libertés de réunion et de manifestations publiques. Sur ce point
voir Madeleine Flore BOYOGUENO TSAGUEHE MASSENG, « Ordre public et liberté de réunion
et manifestation publiques au Cameroun en temps de Covid-19 », Revue Africaine de Droit et de Science
politique, op. cit., pp. 273-304.
168 Sur cette dernière notion, lire Stéphanie RENARD, L’ordre public sanitaire. Étude de droit public interne,
thèse de doctorat en Droit public, Université de Rennes I, 2008, 727 p. ; Vigny Landry AMOUSSOU,
L’ordre public sanitaire en Afrique francophone, thèse de doctorat en Droit public, Université de Bordeaux,
2017, 433 p.
169Éric-Adol GATSI TAZO, « Le contrôle juridictionnel des mesures de police en droit administratif
camerounais », Les Annales du droit, n° 13, 2019, pp. 89-120, spéc. pp.
170 Claude-Winnie PEFOLE, « Heurts de la dignité de l’humain à l’épreuve de la pandémie de
éd., 2021, p. 474 ; Stéphanie HENNETTE-VAUCHEZ et Diane ROMAN, Droits de l’homme et libertés
fondamentales, 4e éd., Paris, Dalloz, 2020, pp. 228-230 ;
173 Charles-Édouard MINET, Droit de la police administrative, Paris, Vuibert, 2007, p. 23.
174 Ferdinand MÉLIN-SOUCRAMANIEN, Libertés fondamentales, Paris, Dalloz, 4e éd., 2021, p. 8.
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nom du respect des gestes barrières, les régimes préventif et répressif des libertés
publiques ont été endurcis. Du fait qu’il faut par exemple respecter la limitation de
participants à un rassemblement, les autorités de police, lorsqu’elles n’autorisaient pas
une réunion publique175, s’attelaient à encadrer avec fermeté l’exercice des libertés
publiques en rapport avec les gestes barrières. Davantage, les autorités de police
veillent au respect des gestes barrières en dépit des croyances individuelles en
l’existence ou non de la maladie pour quelque raison que ce soit. À titre d’illustration,
au nom de la religion, certaines églises appelaient leurs fidèles à ne pas respecter avec
une grande fermeté les mesures barrières et à faire recours aux prières car, selon elles,
la cause de cette maladie est moins scientifique que maléfique. Face à cette situation
et malgré l’affirmation constitutionnelle de la liberté religieuse176, le ministre de
l’Administration territoriale, n’a pas hésité à ordonner la fermeture des églises de
réveil qui ne respectent pas les mesures barrières contre le coronavirus. Dans une
correspondance adressée aux Gouverneurs de Régions, il prescrit « (…) de procéder à
la fermeture systématique des églises dont les pasteurs tiennent des discours contraires aux mesures
édictées par le gouvernement en vue de freiner la propagation du Covid-19 (…) »177. C’est dire que
les pouvoirs des autorités de police ont été renforcés afin de garantir le respect des
gestes et mesures barrières contre la COVID-19. Celles-ci jugent non seulement de
l’opportunité de mise en œuvre d’une liberté mais disposent davantage de la latitude
de permettre ou non l’exercice de ladite liberté. La marge de manœuvre à elles
concédées apparaît alors importante, le sort de la liberté dépendant alors des
appréciations subjectives que chaque autorité peut porter à son sujet.
Dans un tel contexte et dans celui où le juge administratif camerounais se refuse
de procéder à tout contrôle du contenu de la mesure de police ordonnée178, qu’il
s’agisse d’en apprécier l’opportunité179 ou d’en questionner la proportionnalité180, la
liberté n’est plus le principe et la restriction de police l’exception comme l’arguait
Louis CORNEILLE181 ; c’est la mesure de police la règle et la liberté l’exception.
175 Madeleine Flore BOYOGUENO TSAGUEHE MASSENG, « Ordre public et liberté de réunion et
manifestation publiques au Cameroun en temps de Covid-19 », Revue Africaine de Droit et de Science politique,
op. cit., pp. 281-292.
176 Sur les fondements juridiques de la liberté religieuse au Cameroun, lire Bernard-Raymond GUIMDO
DONGMO, « Réflexions sur les assises juridiques de la liberté religieuse au Cameroun », Les Cahiers de
droit, n° 4, Vol. 40, 1999, pp. 791–819.
177 Voir lettre n° 76445/L/MINAT/CAB du 24 mars 2021
178Éric-Adol GATSI TAZO, « L’ordre public en droit public français et camerounais : regards croisés
sur un labyrinthe juridique », RIDC, n° 4, Vol. 69, 2017, pp. 961-999, spéc pp. 997-999.
179CS/CA, Ordonnance n° 19/O/PCA/CS du 26 septembre 1991, OCDH
180 CS/CA, Ordonnance n° 20/O/PCA/CS du 26 septembre 1991, KOM Ambroise ; CS/CA,
particulier, il faut toujours se rappeler que les pouvoirs de police sont toujours des restrictions aux libertés des particuliers, que
le point de départ de notre droit public est dans l’ensemble les libertés des citoyens, que la Déclaration des droits de l’homme
est, implicitement ou explicitement au frontispice des constitutions républicaines, et que toute controverse de droit public doit,
pour se calquer sur les principes généraux, partir de ce point de vue que la liberté est la règle et la restriction de police
l’exception ». Voir les conclusions sous l’arrêt Baldy, C.E, Baldy, 10 août 1917, cité par Bernard STIRN,
« Ordre public et libertés publiques », https://www.conseil-etat.fr/actualites/discours-et-interventions/
ordre-public-et-libertes-publiques, consulté le 31 août 2021 à 13h03min.
88
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182 Xavier DUPRÉ De BOULOIS, « On nous change notre… référé-liberté » (obs. sous CE ord., 22
mars 2020, n° 439674) », RDLF, chronique n° 12, 2020
183Seni Mohamadou OUEDRAOGO, Djibrihina OUEDRAOGO, « Les élections présidentielles et
législatives à l’épreuve du COVID-19 : une mise en lumière en Afrique de l’Ouest francophone », Revue
Afrilex, consulté le 25 octobre 2020 à 16h14min. Pour une analyse comparée, Romain RAMBAUD,
« Droit électoral et covid-19 : l'occasion manquée du vote par correspondance », AJDA, mars 2021,
pp. 486 et ss.
184 Institute for Democracy and Electoral Assistance, L’impact de la crise du COVID-19 sur le
constitutionnalisme et l’État de droit dans les pays francophones et lusophones d’Afrique de l’Ouest et centrale, Rapport
analytique du webinaire, 23 avril 2020, 18 p.
185On peut mentionner le dossier spécial consacré par la Revue Le Nemro, Revue trimestrielle de droit
économique, à la « COVID-19 et le droit » dans ses numéros d’Avril-Juin 2020 (partie 1 et partie 2). Dans
ce dossier spécial, certaines études abordent le rapport de la COVID-19 aux libertés publiques. Elles ne
les envisagent cependant pas de façon globale et demeurent spécifiques à des domaines et enseignements
du Droit.
186 Xavier DUPRÉ De BOULOIS, « La fin des droits de l’homme ? », RDLF, chronique n° 60, 2020
187 Charles TUEKAM TATCHUM, « Les libertés publiques à l’épreuve de l’urgence sanitaire au
et s.
189 Ainsi au Niger, les prorogations de l’état d’urgence sanitaire dans les différentes localités du territoire
national ont préalablement été soumises à l’appréciation de la Cour constitutionnelle qui jugeait de leur
89
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du masque demeure obligatoire est systématique pour accéder aux services publics
ainsi que dans tous les établissements publics et privés de formation relevant des
différents ordres d’enseignement. Le système d’enseignement à temps partiel
demeure la règle dans les établissements publics de formation. Les compétitions
scolaires et universitaires sont toujours reportées. C’est dire que la problématique de
la COVID-19 renouvelle ainsi la question des rapports entre l’exercice des libertés
publiques et la préservation de l’ordre public en contexte camerounais190.
De toute façon, les mesures adoptées dans le cadre de la stratégie de riposte
gouvernementale au Cameroun ont apporté des restrictions aux libertés des citoyens
qu’il s’agisse des libertés civiles et politiques (1) ou des libertés sociales et
économiques(2).
GAUDIN, Jean-Pierre MARGUENAUD, Stéphane RIALS, Frédéric SUDRE (dir.), Dictionnaire des droits
de l’homme, 1ère éd., Paris, Puf, 2008, pp. 318-322 ; Jean MORANGE, « Droits civils et politiques », in Denis
ALLAND et Stéphane RIALS (dir.), Dictionnaire de la culture juridique, 1ère éd., Paris, Puf, 2003, pp. 536-
538.
192https://www.frontlinedefenders.org/fr/right/civil-political-rights consulté le 25 octobre 2020 à
19h53 min.
193 Mesure 2 de la Déclaration spéciale du Premier Ministre, Chef du Gouvernement du 17 mars 2020.
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étaient autorisés, il fallait encore que les voyageurs en provenance des destinations
où sévissait la maladie soient mis en isolement, le temps d’incubation de la maladie.
La restriction des déplacements a imposé au Premier Ministre de suspendre, au
moins temporairement, les missions à l’étranger des membres du gouvernement et
des agents du secteur public et parapublic194. Par ailleurs, interdiction formelle a été
donnée de procéder aux surcharges dans les transports en commun.
Ces mesures qui ont eu pour effet de restreindre la liberté d’aller et de venir des
citoyens consacrée par la Constitution195, ont également participé de la restriction de
la liberté de réunion.
En ce qui concerne la liberté de réunion et de manifestation publique196, le
Gouvernement a édicté une mesure tendant à limiter le nombre de participants aux
rencontres. Ainsi, « les rassemblements de plus de cinquante (50) personnes sont [demeurés]
interdits sur toute l’étendue du territoire national » le temps de la riposte. Sur le fondement
de cette mesure197, de nombreuses autres ont été prises notamment la réduction du
nombre des personnes lors des cérémonies funèbres, au cours d’offices religieux ou
même lors des manifestations politiques alors même que les partis politiques ont la
mission de concourir à l’expression du suffrage198.
La pandémie a mis en lumière la nature de la gouvernance des différentes
démocraties en mettant un accent particulier sur les rapports entre les gouvernements
et les citoyens. D'une part, la crise sanitaire souligne la nécessité de respecter les droits
à la vie et à la santé afin que la vie normale d'une société démocratique soit
préservée199. D'autre part, elle révèle aussi la tension qu’il existe entre ces droits et
d'autres droits, entre les intérêts individuels et collectifs concurrents des populations.
Les mesures de santé publique consistant à faire respecter les distanciations sociales,
qui sont jugées efficaces pour réduire la propagation de certaines maladies de type
grippal, notamment le Covid-19, entrent en conflit avec un certain nombre de droits
individuels200. À cet égard, une étude révèle que les libertés ont reflué dans près de
70 % des pays du monde en 2020 à cause des restrictions provoquées par la lutte
contre la pandémie. Le Cameroun qui demeure classé dans les régimes autoritaires
suffrage. Ils doivent respecter les principes de la démocratie, de la souveraineté et de l’unité nationale. Ils se forment et exercent
leurs activités conformément à la loi ».
199 Elie TASSEL, « Droit à la santé, droit à la vie et coronavirus. La décision publique face à l’incertitude
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c’est-à-dire les États dans lesquels les violations des libertés civiles (entre autres) sont
constantes connaît une baisse considérable de l’indice de démocratie passant de 2,85
en 2019 à 2,77 en 2020201. Cet indice qui est en constante régression depuis 2015202
montre bien que les mesures de riposte ont conduit à un énorme recul des libertés
civiles et politiques au Cameroun203.
Tout compte fait, les mesures édictées dans le cadre de la riposte de la COVID-
19, ont contribué à réduire l’exercice des libertés civiles et politiques de manière
particulière. Ce durcissement des mesures de police a également constitué un socle
du rétrécissement des droits sociaux et économiques.
La riposte contre la COVID-19 n’a pas seulement eu des effets néfastes sur les
conditions de vie des populations204 ou sur l’exercice des libertés civiles et politiques.
Elle a également marqué de ses effets, les libertés sociales et économiques205. En
effet, comme le relève l’Organisation des Nations Unies, la COVID-19 a exacerbé la
vulnérabilité des groupes les moins protégés de la société. Elle a fait ressortir les
inégalités économiques et sociales criardes et les déficiences dans les systèmes de
santé et de protection sociale206 auxquelles les autorités doivent remédier en route
priorité. Les femmes et les hommes, les enfants, les jeunes et les personnes âgées, les
réfugiés et les personnes avec un handicap entre autres ont été touchés de manière
différente207. Elle a révélé qu’en période de crise sanitaire, les libertés économiques
et sociales n’apparaissent pas comme un sujet d’analyse prioritaire208.
de 3,61 en 2017 à 3,38 en 2018 ; de 2,85 en 2019 à 2,77 en 2020. L’analyse de ces chiffres montre bien
qu’avec le temps la situation des libertés au Cameroun se raffermit davantage.
203 Selon l’étude menée en 2021 par World justice project, l’indice sur l’État de droit classe le Cameroun 32e
sur 33 pays en Afrique subsaharienne et 135e sur 139 pays dans le monde. Pour obtenir cet indice, huit
facteurs ont été pris en compte à savoir les contraintes aux pouvoirs du Gouvernement, l’absence de
corruption, le gouvernement ouvert, les droits fondamentaux, l’ordre et sécurité, l’application des
règlements, la justice civile, et la justice criminelle.
204 Pour un aperçu de ces effets, lire Viviane ONDOUA BIWOLÉ, Impact de la pandémie du Covid-19 sur
l’emploi au Cameroun (IPEC). Regard sur la condition de la femme et l’action syndicale. Rapport d’analyse, Yaoundé,
Friedrich Ebert Stiftung, Juillet 2020, 61 p. ; Sabine Patricia MOUNGOU MBENDA et Viviane
ONDOUA BIWOLÉ (dir.), Épidémiologie de l’économie et confinement de l’organisation COVID-19, Yaoundé,
Les Presses universitaires de Yaoundé, Juillet 2020, 276 p.
205 Pour l’exemple des libertés économiques, lire Sébastien BRAMERET et Stéphanie DOUTEAUD,
« Aller à l’essentiel », JCP /La Semaine Juridique – Édition Administrations et collectivités territoriales
n° 14, 5 avril 2021, pp. 1-2.
206Joël DONGMO NZANGUE, « Le contrat de travail à l’épreuve de la COVID-19 : à la recherche des
pistes de survie », in Steve TAMETONG, Donald NOUNAMO et Brice WAKAP (dir.), COVID-19 et
Droit au Cameroun. Regards pluriels, Yaoundé, Editions LUPEPPO, 2021, pp. 195-219.
207 Nations Unies, COVID-19 et droits humains. Réagissons ensemble, Avril 2020, p. 3.
208 Arnaud SÉE, « Les libertés économiques en période de crise sanitaire : un premier état des lieux »,
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209 Mesure 3 de la Déclaration spéciale du Premier Ministre, Chef du Gouvernement du 17 mars 2020.
210 Observatoire national des droits économiques sociaux et culturels du Cameroun, op. cit., pp. 5-7.
211 Stratégie nationale de développement 2020-2030, p. 87.
212 Conformément au paragraphe 22 du Préambule de la Constitution, « le droit de propriété ne saurait être
exercé contrairement à l’utilité publique, sociale ou de manière à porter préjudice à la sûreté, à la liberté, à l’existence ou à la
propriété d’autrui ».
213 Les dérogations consistent en fait en la suspension temporaire de certains droits humains et ne sont
donc autorisées que dans la mesure où elles sont strictement requises par les exigences de la situation, et
ne sont pas incompatibles avec les autres obligations de l'État en vertu du droit international, y compris
le principe de non-discrimination. Par contre, les restrictions sont des limitations aux droits non absolus,
conformes à un objectif légitime et nécessaires dans une société démocratique et proportionnées au but
légitime identifié, c’est-à-dire lorsqu’aucune alternative moins restrictive n’est disponible. Sur cette
distinction, lire avantageusement Alessandra SPADARO, « Les droits humains à l’épreuve de la Covid-
19 », op. cit., pp. 61-63.
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Introduction
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d’influence » 9. « La séparation des pouvoirs avec absence de relations entre les organes est
impraticable »10. Ce principe renvoie cumulativement à la proscription du cumul direct
ou indirect, à la modération de la spécialisation fonctionnelle et à l’idée
d’empêchement mutuel entre les pouvoirs institués exerçant les fonctions attachées
à la souveraineté de l’État et ce, à des fins de liberté politique des citoyens.
Le principe de la séparation des pouvoirs repose également sur la fragmentation
entre les pouvoirs institués, des attributs ou des fonctions rattachées à la souveraineté
de l’État. La trilogie puissance, les organes et les fonctions s’observe. Cette condition
d’existence est généralement appelée la puissance publique ou encore souveraineté et
constitue cette forme de pouvoir politique suprême. « Une doctrine minoritaire dissocie
puissance et souveraineté »11, dont « il ne faut pas confondre la puissance étatique avec la
souveraineté »12. Car, « la souveraineté est la puissance saisie par le droit »13 et la puissance étant
« un simple fait [qui] se mesure en termes de forces »14. Il n’est pas aisé de distinguer de
manière matérielle la période d’exercice de la puissance dissocié de l’État. Or, il est
important « de ne pas employer indistinctement l’une pour l’autre les deux expressions puissance
d’État et souveraineté »15. Ces doctrines font de la souveraineté-puissance la pierre
angulaire de leurs constructions juridiques de l’État. Ce sont les fonctions régaliennes
de la puissance publique souveraine qui se trouvent morcelées entre les
démembrements de l’État. Titulaire de la puissance légitime, « puissance absolue et
perpétuelle de la République » 16, c’est par des « faisceaux de droits régaliens »17 que l’on perçoit
matériellement les attributs juridiques de l’État dans son action. La puissance dont il
s’agit est donc une puissance qui n’est pas supérieure en fait, mais seulement en droit
par des actes normatifs. Elle « signifie puissance unilatérale de commandement »18. C’est dans
par le droit constitutionnel français, t2, Librairie de la société de recueil Sirey, 1922, p.44.
11 O. BEAUD, La puissance de l’État, Paris PUF, coll. Léviathan, 1994, p.10.
12 G. JELLINEK, L’État moderne et son droit – Deuxième partie : Théorie juridique de l’État (1911), trad. G.
par le droit constitutionnel français, t. I, Librairie du Recueil Sirey, 1920, p. 191 ; Th. BERNS, « Souveraineté,
droit et gouvernementalité », Arch. phil. droit 2002, p. 353. F. DE SMET, Le mythe de la souveraineté – Du
Corps au Contrat social, « EME, coll. Politique & culture », 2014, p. 8. L. DUGUIT, Traité de droit
constitutionnel – Tome deuxième : La théorie générale de l’État – Première partie : Éléments, fonctions et organes de l’État,
3e éd., De Boccard, 1928, p.2 ; O. BEAUD, La puissance de l’État op.cit., p.18 ; J. CHEVALLIER, L’État,
2ème éd., Paris, Dalloz, « coll. Connaissance du droit », 2011, p. 28 ; S. GOYARD-FABRE, L’État, figure
moderne de la politique, Armand Colin, « coll. Cursus philosophie », 1999, p. 20. É. MAULIN,
« Souveraineté », op.cit., p. 1434.
16 J. BODIN., Les six livres de la République, 1576 ; L. I, chap 8.
17 M. HAURIOU., Précis élémentaire de droit constitutionnel, 2ème éd., op.cit., p.17.
18 O. BEAUD., La puissance de l’État op.cit., p.18.
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l’État et par l’État qu’existe et émerge le cadre matériel d’attribution des fonctions
aux organes visés. Les pouvoirs ne sont que des délégués puisqu’ils ne disposent la
compétence de leur compétence. Il apparaît dès lors justifié de chercher à définir
l’État par le droit, de chercher à placer la théorie juridique de l’État.
Les composantes de l’État tant en droit interne qu’international recouvrent de la
pertinence. « la notion d’État est liée à celles du souverain ; d’organisation permanente, de territoire
et de population » 19. L’État peut être défini, d’un point de vue institutionnel, comme
l’autorité souveraine qui exerce son pouvoir sur la population habitant un territoire
déterminé et qui, à cette fin, est dotée d’une organisation permanente20. L’État se
décliné autour de l’organisation politique qui exerce cette autorité de manière
souveraine, c’est-à-dire sans être tenue de se conformer à d’autres règles que celles,
très lâches, du droit constitutionnel et infra constitutionnel. L’idée d’une personnalité
juridique souveraine distingue l’État des autres entités publiques en droit public
interne se pose. Ici, « le principe qui caractérise l’État en termes de pouvoir de commandement se
nomme la souveraineté »21. Par ailleurs, la population renvoie à cet ensemble homogène
de personnes physiques liée à l’organisation politique et plus spécifiquement à l’État
par le lien de nationalité. Enfin, « Le territoire qui fixe le cadre à l’intérieur duquel il exerce
son pouvoir de commandement à titre exclusif »22. « Le territoire est l’espace délimité par des frontières
et qui désigne la zone de validité spatiale de l’ordre juridique étatique »23. En application des
résolutions de l’Assemblée générale de l’Organisation des unités africaines, il a été
posé le principe de l’intangibilité des frontières. La multiplication des pouvoirs au
sein de celui-ci tient compte de ce cadre en faisant de lui, « le fondement de la validité des
ordres normatifs »24. En ce sens, le principe de la séparation des pouvoirs s’adosse sur
la composante juridique et celles sociologiques de l’État pour poser son idée.
La séparation des pouvoirs se présente comme la conséquence du dogme de la
souveraineté nationale. À la base, « la souveraineté est une et n’appartient qu’à la Nation »25
et elle lui revient de jure de déléguer son exercice aux divers pouvoirs qui incarnent la
souveraineté de l’État. Aucun organe ne peut s’assimiler, se confondre ou détenir en
dehors de la Nation l’attribut de la souveraineté et reconstituer à son compte la
dévolution fragmentée de la souveraineté nationale. L’exigence de telle technique est
« qu’aucun organe de l’État ne puisse détenir en dehors de la Nation elle-même, la totalité des
compétences attachées à la souveraineté »26. La souveraineté nationale se transforme en
souveraineté parlementaire et cela résume l’idée de la représentation-fusion. Le corps
des citoyens est dilué dans celui de ses représentants. Celui-ci récuse « la contestation du
19 RENAUD DENOIX DE SAINT MARC., L’État, 2ème éd., mise à jour, Paris, PUF, « Que sais-je ? »,
2016 p.3.
20 Idem.
21 Ph. BLACHER., Droit constitutionnel, 3ème éd., Paris, Hachette supérieur, 2015 p.13.
22 B. CHANTEBOUT., Droit constitutionnel, 26ème éd., mise à jour, Paris, Sirey, 2009 p.4.
23 Ph. BLACHER., Droit constitutionnel, 3ème éd op.cit., p.12.
24 H. KELSEN., Théorie pure du droit, 2ème éd., trad. Charles EISENMANN., Paris, Dalloz, 1962 p.255.
25 G. VEDEL., Manuel élémentaire de droit constitutionnel, 2ème éd., op.cit., p.157.
26 Idem.
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fait du peuple relégué »27 . Pour faire écho à l’Abbé de Sieyès, « la volonté nationale n’existe
qu’à partir du moment où un acte des représentants en a fait connaître la substance »28. Toutefois
penser autrement le principe de représentation, aboutit à travers le mode de l’écart à
mettre « en scène deux corps, celui des représentés et celui de représentants, chacun jouissant d’un
espace et de prérogatives propres »29.
« La séparation des pouvoirs est à la fois une conséquence de la souveraineté nationale et du
régime représentatif et une recette de liberté »30. L’organisation politique des pouvoirs trouve
une combinaison dans l’effacement de l’exclusivité des autorités de puissance
publique et le morcellement des attributs de la souveraineté entre elles. Il est évident
que l’organe politique qui cumule tous les pouvoirs posséderait une puissance
indéfinie, insusceptible de contrepoids et dont cette puissance sans limites est un
danger pour la liberté politique des citoyens et une ouverture à l’oppression de ceux-
ci. « Ceux-ci, en face d’une telle puissance, sont livrés à l'arbitraire »31. Le but final est que l’on
« se livre à une analyse théorique des conditions dans lesquelles la liberté politique du citoyen peut être
sauvegardée »32. Les constituants renvoient au domaine de la loi, les règles normatives
sur les libertés publiques.
« Les droits et libertés fondamentaux incluent aussi des principes essentiels à tout système libéral :
séparation des pouvoirs… »33. Se présentant comme une théorie libérale, le principe de la
séparation des pouvoirs n’a pas qu’une portée purement institutionnelle. Il ne se
limite à l’organisation des pouvoirs politiques mais incorpore la protection des
citoyens. Les libertés ne sont dites publiques que si l’État intervient pour les
reconnaitre et les aménager, quel que soit l’objet de cette liberté. C’est aux organes de
l’État, titulaire de la souveraineté juridique, qu’il revient de réaliser de telles
conditions. « Elles supposent que l’État reconnaisse aux individus le droit d’exercer, à l’abri des
pressions extérieures, un certain nombre d’activités déterminées »34. On comprend donc que les
libertés publiques ne se conçoivent que dans un système juridique déterminé. La
proclamation des libertés par la Constitution est suivie des garanties assurées par le
législateur35.
Le cas des Etats d’Afrique Noire francophone », RADSP Vol V, n° IX- jan.- juin 2017 p.11.
28 G. BURDEAU., La démocratie, nouvelle édition., Paris, Seuil, 1966, p.39.
29 D. ROUSSEAU., « Faut-il tirer l’ambulance des concepts « Classiques » du droit constitutionnel ? »,
1989 p.144.
33 M. LEVINET., Droits et libertés fondamentaux, Paris, PUF, « Que sais-je ? », 2010, p.3.
34 J. MORANGE., Les libertés publiques, 8ème éd., Paris, PUF, « Que sais-je ? », 2007, p.4.
35 RENAUD DENOIX DE SAINT MARC., L’État, 2ème éd., mise à jour, Paris, PUF, « Que sais-je ? »,
2016 p.21. J. RIVERO., « Fin d’un absolutisme », Pouvoirs n° 13, 1991, pp.5-16.
99
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d’Afrique noire francophone », in O. NAREY (s.dir), La justice constitutionnelle, Paris, L’Harmattan, 2016,
p.299-300.
38 P. BASTID., L‘idée de Constitution, Paris, ECONOMICA, 1985 p.27 ; A. CARRINO., « De la
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simple théorie de franche séparation des pouvoirs »45. Et l’on convient que l’idée d’une
séparation fonctionnelle des pouvoirs n’est pas clairement formulée. Puis, de la
glorieuse révolution de 1688 et celle américaine de 1776 se forgea véritablement la
pratique du « gouvernement modéré ». « C’est à partir de cette expérience concrète que l’on
découvrira ultérieurement les principes de la séparation des pouvoirs »46. C’est également la
position de Mauro Barbebis47. Par ailleurs, déclenchée dans la ville de Wuhan en
Chine en 2019, la Covid-19 s’est très vite étendue en Europe, en Amérique et atteint
l’Afrique au mois de février 2020. Elle a connu le variant Delta, omicron.
La réflexion sur la séparation des pouvoirs et la Covid-19 est digne de pertinence.
Celle-ci permet de théoriser sur l’état de droit bouleversé et les composantes juridique
sociologique et juridique de l’État affectées. Notion de fait et créateur d’un état
d’exception, l’aléa influence le droit en vigueur. Ainsi, « le droit public est depuis toujours,
et quasiment structurellement soumis aux contraintes ou aux aléas de changement »48. En outre,
elle met en exergue la hiérarchisation des libertés publiques d’une part et, d’autre part,
l’espace public limitant plus l’expression des libertés publiques et c’est l’espace privé
qui est devenu le nouveau refuge de celles-ci. Puis, la coexistence de l’interprétation
politique de la Constitution par le Président de la République et celle authentique du
juge est affirmée. En outre, la santé publique non considérée comme un bien car
insusceptible d’appropriabilité et de disponibilité est passée d’une conception
individualiste à une préoccupation nationale et internationale. L’idée que la santé est
une affaire nationale a rénové le mode d’intervention de l’État. « Une sorte de richesse
nationale »49 renouvelée et renforcée par la Covid-19 a justifié la politique de l’urgence
sanitaire, la place accordée à l’équipement sanitaire national et à ses prévisions dans
les documents, plans et les textes budgétaires. Il en est aussi de l’application du droit
dans le temps et dans l’espace est mise en exergue afin d’identifier le caractère
convergent ou contingent des mesures. À l’issue, on pourra évaluer dans une logique
structurelle, l’internalisation du régime aménagé par la Covid-19 dans le droit positif
projeté.
S’il est avéré que « la balance des pouvoirs règle l’attribution des deux fonctions politiques,
légiférer et exécuter la loi, à des organes concurrents à leur exercice »50, alors comment la Covid-
19 a-t-elle influencé le principe de la séparation ? Le survol panoramique du droit
positif des États tels que le Congo Brazzaville, la Côte d’Ivoire, le Gabon,
Madagascar, le Niger, le Sénégal, la République démocratique du Congo et le Togo
incline à évoquer l’hypothèse de l’accentuation de la position privilégiée de l’exécutif
par la Covid-19. Deux grands mouvements l’articulent. Par l’atrophie des
prérogatives de l’exécutif, la crise sanitaire a renforcé le déséquilibre entre les
45 R. CARRE DE MALBERG., Contribution à la théorie générale de l’Etat spécialement d’après les données fournies
par le droit constitutionnel français., t2 op.cit., p.3.
46 J.-L SEURIN., « Les origines historiques de la séparation des pouvoirs » op.cit., p.652.
47 M. BARBEBIS., « Le futur passé de la séparation des pouvoirs », Pouvoirs n° 143, 2012, p.10.
48 B. PLESSIX., « Réflexions générales », op.cit., p.193.
49 A. DE LAUBADERE., J.-C VENEZIA., Traité de droit administratif, t3 5ème éd., Paris, L.G.D.J., 1993
p.229.
50 M. BARBEBIS., « Le futur passé de la séparation des pouvoirs », op.cit., p.6.
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fonctions politiques de l’État d’une part (I). Corrélativement, elle affaiblit la réaction
des contre-pouvoirs de l’exécutif et, de cet état de fait, elle n’a permis de le rééquilibrer
aux autres organes régaliens de l’État d’autre part (II).
p.103.
54 D. BARRANGER., L’essentiel du droit constitutionnel. Théorie générale du droit constitutionnel, 17ème éd., Paris,
102
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103
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62 Article 1er de la loi n° 46-2021 du 11 décembre 2021 autorisant la prorogation de l’état d’urgence
sanitaire en République du Congo Brazzaville ; décret n° 2021-523 du 11 décembre 2021 portant
prorogation de l’état d’urgence en République du Congo
63 Article 1er de la loi n° 002/2020 du 25 avril 2020 portant prorogation de la durée de l’état d’urgence
(Gabon).
64 Avis n° 006/CC du 11 mars 2020, Premier Ministre (Niger)
65 Article 1er de la loi n° 2020-13 du 02 avril 2020 habilitant le Président de la République à prendre, par
ordonnances, des mesures relevant du domaine de la loi pour faire face à la pandémie de l’état d’urgence
(Sénégal).
66 Article 1er de la loi n° 2020-005 du 30 mars 2020 portant habilitation du gouvernement à prendre par
104
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législative »72. C’est par la théorie des normes visées ou dérivées que le constituant
précise les matières devant être exclusivement aménagées par le législateur. Celle-ci
articule le prolongement de l’idée de Constitution sur des matières précises. « Cette
technique est celle du renvoi à une norme extérieure par la Constitution mais visée par elle »73
« permettant de compléter le caractère normatif de la constitution »74. Au Congo Brazzaville, une
loi ordinaire est visée pour déterminer le statut de l’opposition politique75, les
fonctions et les emplois militaires76, les conditions de mise en œuvre de l'état
d'urgence ou de l'état de siège77. Une loi organique est visée pour aménager les
conditions et la procédure de mise en accusation du Président de la République78, le
règlement du mode de présentation du budget de l'État79. Au Gabon, une loi
organique fixe le régime juridique des parlementaires80, la mutation de la question
écrite en question orale81. Cette technique est également consacrée par les
constituants camerounais82, malgache83, sénégalais84, nigériens85 et togolais86.
L’éviction de la délégation des matières réservées s’explique par le caractère
prescriptif et non permissif des dispositions constitutionnelles. La source
constitutionnelle de cette habilitation justifie ce caractère impératif qui s’impose au
législateur. Ce faisant, le caractère impératif de l’habilitation constitutionnelle de la
compétence réservée du législateur implique l’éviction du règlement dans
l’aménagement des matières contenues dans les énoncés habilitant. Par « la présence des
énoncés habilitants »87, l’on convient que « la réserve de loi prohibe l’habilitation législative »88.
En ce sens, la délégation législative ne porte pas sur les matières réservées du
législateur et ne saurait méconnaitre la délimitation constitutionnelle de la répartition
des compétences entre la loi et le règlement. Dans ce cadre constitutionnel, il est
droit positif grec », in recueil d’études en hommages à Charles Eisenmann, Paris, Cujas, 1977 p.129.
73 A. ROBLOT TROIZIER., Contrôle de constitutionnalité et normes visées par la Constitution française, Paris,
(Madagascar).
84 Articles 4, 59, 62, 102, de la loi n° 2016-10 du 05 avril 2016 portant révision de la Constitution du
Sénégal.
85 Articles 2, 6, 65, 69, 70, 71, 84, 136, 141, 148, 155, de la Constitution du 25 décembre 2011 Niger
86 Articles 46, 52, 54, 75, 76, 94, 103, 118, de la Constitution du Togo.
87 G. TUSSEAU., Les normes d’habilitation, « Nouvelle Bibliothèque de Thèses », Paris, Dalloz, 2006 p.3.
88 J. TREMEAU., La réserve de loi, compétence législative et constitution, op.cit., p. 276.
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évident que les matières déléguées pour la réaction sanitaire ne relèvent du domaine
réservé de la loi au sens formel.
Or, le recours aux ordonnances d’édiction des mesures limitées dans le temps,
proportionnées à la riposte contre la Covid-19 a induit la cession des matières visées
dans le domaine du règlement. Les matières spécialement visées sortent de manière
conjoncturelle du domaine de la loi pour ressortir du maniement de l’action
administrative. L’administration n’a que certaines compétences concrètes par
lesquelles l’émission d’actes juridiques et l’opération d’actes matériels nécessaires à
l’exécution des normes édictées par l’organe législatif. « Par conséquent, l’Administration
ne peut édicter des normes juridiques (…) exclusivement sur délégation législative ou pour l’exécution
des lois »89. La production normative sous l’aval de la loi d’habilitation demeure des
actes décisoires ou des mesures d’ordre interne de l’administration publique.
Autrement dit, par la législation déléguée à l’exécutif, l’échelle de normativité est
modifiée. Par son pouvoir normatif, la représentation nationale conserve l’échelle de
normativité de l’acte à rétrocéder. En théorie constitutionnelle, le pouvoir exécutif ne
peut décider par une loi. Dans ce cadre, « la loi au sens formel est toujours l’acte de l’organe
législatif élaboré et produit selon la procédure prévue par la Constitution »90. La décision
administrative ne supplante pas l’échelle de normativité originaire de la loi
d’habilitation, elle se contente de l’articuler dans un niveau inférieur à celui de l’organe
d’habilitation. L’ordonnance a une nature purement réglementaire. L’échelle de
normativité est confondue ou assimilable dès la ratification du projet d’ordonnance
par le parlement. Ce point est intéressant au même titre que les prérogatives
financières d’exception de l’exécutif.
19 » op.cit., p.23.
106
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d’avance »92. Le constat a ainsi été établi que « partout : le pouvoir financier est entre les mains
de l’exécutif »93.
La Covid-19 a de manière empirique valorisé les attributs les plus singuliers en
matière financière de l’exécutif. Au même titre que ses homologues, l’exécutif a
recouru aux décrets d’avance, à la régulation de l’exécution de la dépense publique,
aux emprunts. Et cela a sans doute donné de l’importance aux collectifs budgétaires,
à la justification des déficits excessifs. Cela établit un rapprochement de la situation
des finances publiques de certains États européens durant la crise sanitaire.
Détenteur de l’horloge financière, présenté comme le maitre mot et non le valet,
l’exécutif s’illustre dans ses attributs les plus singuliers en matière financière. La
gouvernance financière d’exception s’illustre en l’espèce par les décrets d’avance
lesquels s’affirment comme « la faculté pour le Gouvernement d'ouvrir des crédits
additionnels »94, en « se substituant au Parlement »95. C’est un acte complémentaire à la loi
de finances. Sous l’aval du principe de valeur constitutionnelle de continuité de l’État
inscrit dans la Constitution et assigné au Président de la République, celui-ci se
substitue au parlement en modifiant les autorisations budgétaires inscrites dans la loi
des finances. Dès lors émerge de manière conjoncturelle un nouveau contrat social
financier. Il s’agit des formalités matérielles de recours à cette technique. Au
Cameroun96, au Congo Brazzaville97, en Côte d’ivoire98, au Gabon99, à
Madagascar100, au Niger101, au Sénégal102ces cas d’ouverture du décret d’avance sont
consacrés. La Cour constitutionnelle a déclaré conforme à la Constitution, l’initiative
d’augmentation des crédits budgétaires par le gouvernement dans le projet
d’ordonnance portant loi de finances rectificatives103. En cas d’urgence et de
nécessité impérieuse d’intérêt national, l’on y recourt. Par cette précision, toutes les
situations ou circonstances nécessitant une mobilisation urgente des recettes
publiques ne peuvent être rangées dans le même cadre. Autrement dit, par la fixation
de son plafond et de ses cas d’ouverture, le décret d’avance doit demeurer une
92 D. OUEDRAOGO., « La pratique des décrets d’avances dans les Etats membres de l’UEMOA »,
Brazzaville).
98 Article 26 de la loi organique n° 2014-336 du 05 juin 2014 relatives aux lois de finances (Côte d’Ivoire).
99 Article 46 de la loi organique n° 020/2014 du 21 Mai 2015 relatives aux lois de finances (Gabon).
100 Article 20 de la loi organique n° 2004-007 du 26 juillet 2004 sur les lois de Finances (Madagascar).
101 Article 21 de la loi n° 2012-09 du 26 mars 2012 portant loi organique relative aux lois de finances
(Niger).
102 Article 23 de la loi organique n° 2020-07 du 26 février 2020 abrogeant et remplaçant la loi organique
n° 2020-15 du08 juillet 2011 relative aux lois de finances, modifiée par la loi organique n° 2016-34 du 23
décembre 2016.
103 Avis n° AV-007/20 du 25 août 2020, Premier Ministre (Togo).
107
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n° 2019/023 du 24 décembre 2019 portant loi de finances de la République du Cameroun pour l’exercice
2020.
107 Voy Ordonnance n° 2022/001 du 02 juin 2022 modifiant et complétant certaines dispositions de la
loi n° 2021/026 du 16 décembre 2021 portant loi de finances de la République du Cameroun pour
l’exercice 2022.
108 D. OUEDRAOGO., « La pratique des décrets d’avances dans les Etats membres de l’UEMOA »
op.cit., p.33.
109 M. BOUVIER., M.-C ESCLASSAN., J.-P LASSALE., Finances publiques, 10ème éd., Paris, Dalloz, 2010,
p.415.
110 J.-L MATT., « La procédure budgétaire : Le parlement et la contrainte budgétaire », in J.-M
MONNIER (dir), Les finances publiques, Paris, La Documentation, 2016, 4ème éd., p. 111.
111 Article 63 alinéa 1 de la loi n° 2018/012 du 11 juillet 2018 op.cit. (Cameroun) ; Article 71 de la loi
organique n° 36-2017 du 3 octobre 2017 relative aux lois de finances (Congo Brazzaville). Article 64 de
la loi organique n° 020/2014 du 21 mai 2015 relative aux lois de finances et à l’exécution du budget
(Gabon).
108
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de 159 milliards de FCFA112. Au Burkina Faso, l’annulation des recettes fiscales, non
fiscales, dons, programmes et legs a été effective pour l’exercice 2020.
292.139.031.874 représentant les montants de ces ressources ont été annulés113. Les
lignes de crédits représentant au total 112.533.661.000 pour les autorisations
d’engagement et 222.432. 447.000 pour les autorisations de paiement ont également
annulées114. Les annulations de ressources et de crédits budgétaires ont également été
effectives lors de l’exercice 2021115. Les États du Gabon116 du Bénin117 se sont
adonnés à cet exercice en 2020 et en 2021. Les annulations de ressources et de lignes
budgétaires ont été suivies par l’ouverture de nouvelles ressources et de nouveaux
crédits budgétaires. En ce sens, l’exécution des budgets nationaux est affectée par la
réorientation des priorités de dépenses vers la réaction à la crise sanitaire. Cette simple
faculté est également observée sur le recouvrement des recettes publiques non
fiscales. Car en principe du consentement à l’impôt et le principe de légalité fiscale,
l’administration fiscale cesse d’être le juge opportun et de l’opportunité des recettes
fiscales prévues et autorisées. Qui plus, celle-ci ne peut à l’occasion de l’exécution des
recettes fiscales modifier la loi fiscale ni apprécier l’opportunité de la perception de
celles-ci par des voies et moyens de l’assiette et du recouvrement. Toutefois, en raison
purement évaluative du montant de ces recettes, l’administration fiscale peut
poursuivre le recouvrement « sans considération du montant évalué dans le document
budgétaire »118. En outre l’exécutif modifie de manière souveraine la priorité de
dépenser ainsi que le financement des priorités de dépenser. En Madagascar, le
parlement a autorisé la ratification de l’Accord de prêt relatif au financement de
l’opération de réponse urgente pour affronter la pandémie Covid-19 entre la
République de Madagascar et la Banque arabe pour le Développement économique
en Afrique119 et avec le fond africain de développement120, avec l’Association
112 Circulaire n° 019 du 05 Mai 2020 relative au gel de lignes de dépenses pour le financement de la lutte
contre le Covid-19 (Sénégal).
113 Article 1er de la loi n° 031-2020/AN du 9 juillet 2020 portant loi de finances rectificative de la loi de
n° 014/2019 du 22 janvier 2020 déterminant les ressources et les charges de l’Etat pour l’année 2020
(Gabo)
117 Voy loi n° 2020 - 30 du 28 octobre 2020 portant loi de finances rectificative pour la gestion 2020
(Bénin).
118 M. BOUVIER., M.-C ESCLASSAN., J.-P LASSALE., Finances publiques, 10ème éd., op.cit., p.414.
119 Décision n° 09-HCC/D1 du 5 juillet 2021 concernant la loi n° 2021-007 autorisant la ratification de
l’Accord de prêt relatif au financement de l’opération de réponse urgente pour affronter la pandémie
Covid-19 entre la République de Madagascar et la Banque Arabe pour le Développement économique
en Afrique (BADEA) (Madagascar).
120 Décision n° 04-HCC du 12 janvier 2021 concernant la loi n° 2020-017 autorisant la ratification de
109
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121 Décision n° 03-HCC du 12 janvier 2021 concernant la loi n° 2020-017 autorisant la ratification de
l’Accord de prêt relatif au financement du programme d’Appui des politiques de développement pour la
riposte à la pandémie de Covid-19, conclu le 08 septembre 2020 entre la République de Madagascar et
l’Association Internationale pour le Développement (IDA) (Madagascar).
122 Avis n° 19/CC du 14 août 2020, Premier Ministre, Avis n° 20/CC du 14 août 2020, Premier Ministre
(Niger).
123 V. Ordonnance n° 2012/002 du 26 Mai 2021 modifiant et complétant certaines dispositions de la loi
décembre 2020 portant loi de finances de la République du Cameroun pour l’exercice 2021.
126 Article 6 de la loi n° 019/2020 du 17 juillet 2020 portant modification de certaines dispositions de la
loi n° 014/2019 du 22 janvier 2020 déterminant les ressources et les charges de l’Etat pour l’année 2020
(Gabon).
127 V. loi n° L/2020/0023/AN du 24 novembre 2020 portant loi des finances rectificatives pour
l’exercice 2020.
128 Communiqué interne de la DGID du 10 avril 2020 relatif au différé de paiement des taxes et impôts
DE P ; Circulaire n° 017 du 17 avril 2020 relative au délai de liquidation et de paiement de la taxe sur la
valeur ajoutée (TVA) suspendue dans le cadre du Code des investissements (Sénégal).
129 Voy Ordonnance n° 002-2020 du 23 avril 2020 relative aux mesures fiscales en soutien aux entreprises
p.1667.
131 A. LE DIVELLEC., Le Gouvernement en Allemagne. Contribution à une théorie générale, Paris, L.G.D.J, 2004,
p.58.
110
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la théorie visée. Qui plus, « l’état d’urgence correspond à une mise entre parenthèses des pans
entiers du droit commun »132. La conservation des prérogatives rationalisées dans le droit
de l’exception au profit de l’exécutif repose tour à tour sur la reconduction successive
de l’état d’urgence sanitaire (1) et la limitation restrictive des dérogations aux libertés
publiques (2).
132 Ph. BLACHER., « L’état d’urgence : hors ou dans la Constitution ? » op.cit., p.103.
133 P. N’DRI-THÉOUA., « Ordonnances et séparation des pouvoirs budgétaires en période de Covid-
19 » op.cit., p.11.
134 R.-M MVOGO BELIBI., « Covid-19 et décision publique en situation d’incertitude. Illustrations et
illusion de l’état d’exception en Afrique subsaharienne », Jus Politicum n° 26, 2021, p.369.
135 A. LEVADE., « Face au virus, souvent loi varie ! », op.cit., p.1668.
136 Article 1er de la loi n° 46-2021 du 11 décembre 2021 autorisant la prorogation de l’état d’urgence
111
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138 Avis n° AV-006/20 du 14 août 2020, Premier Ministre (8ème Considérant) (Togo).
139 Avis n° AV-006/20 du 14 août 2020, Premier Ministre op.cit., (8ème Considérant) (Togo).
140 Article 1er de la loi n° 002/2020 du 25 avril 2020 portant prorogation de la durée de l’état d’urgence
(Gabon).
141 Article 2 du décret n° 0126/PR/PM du 25 avril 2020 portant prorogation de la durée de l’état
d’urgence (Gabon).
142 Article 1er du Décret n° 2020-925 du 3 avril 2020 prorogeant l’état d’urgence sur l’étendue du territoire
national (Sénégal).
143 Article 1er du Décret n° 2020-1014 du 03 mai 2020 prorogeant l’état d’urgence sur l’étendue du
Congo
145 Article 1er du Décret n° 2021-523 du 11 décembre 2021 portant prorogation de l’état d’urgence
sur tout le territoire national ; article 1er du Décret n° 2020-610 du 13 juin 2020 prolongeant la durée de
l’état d’urgence sanitaire sur tout le territoire national ; article 1er du Décret n° 2020-592 du 30 mai 2020
prolongeant la durée de l’état d’urgence sanitaire sur tout le territoire de la République ; article 1er du
Décret n° 2020-483 du 16 mai 2020 prolongeant la durée de l’état d’urgence sanitaire sur tout le territoire
de la République (Madagascar).
147 Avis n° 02/CC du 21 janvier 2021, Premier Ministre (Niger).
148 Avis n° 04/CC du 15 février 2021, Premier Ministre (Niger)
149 Avis n° 006/CC du 11 mars 2020, Premier Ministre (Niger) ; avis n° 06/CC du 28 juillet 2021, Premier
Ministre (Niger) ; avis n° 09/CC du 28 juillet 2021, Premier Ministre (Niger), avis n° 15/CC du 10 juillet
2020, Premier Ministre (Niger), avis n° 18/CC du – août 2020, Premier Ministre (Niger), avis n° 24/CC du
26 août 2020, Premier Ministre (Niger),
112
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jours du 3 avril 2020150 a été succédée par celle du 03 mai 2020 d’également trente
jours151. La décision de prorogation de l’état d’urgence sanitaire est variée dans son
fond. Les délais y afférents sont spécifiques et dissuadent d’une conclusion
généralisée et hâtive. Toutefois, la substance demeure identique, celle de la
rationalisation échelonnée des prérogatives de droit commun du parlement.
Or au Cameroun, nonobstant l’absence de proclamation de l’urgence sanitaire, les
mesures de riposte sanitaire fixées dans la « stratégie gouvernementale de riposte »
ont induit de réajustements par assouplissement, élargissement, adjonction ou
réduction en fonction de l’évolution. La gestion de la crise sanitaire a mis en exergue
l’exécutif majoritairement. Celui-ci n’a pas sollicité l’ordonnance pour limiter les
libertés publiques. Formellement, il n’y a pas eu déclaration de l’urgence sanitaire par
le Président de la République. C’est par des communiques et des déclarations
spéciales que les citoyens ont eu accès aux informations sur les mesures barrières
dans le cadre de la lutte contre la Covid-19. En ce sens, l’État du Cameroun n’a
formellement activé la règle de l’exception et de la prorogation d’exception de l’état
d’urgence sanitaire. A la vérité, l’État du Cameroun n’a pas recouru à l’état d’urgence
pour gérer la crise sanitaire. C’est vraiment sous cette bannière qu’on a assisté au
« recours à la règle exceptionnelle intégrée à la légalité ordinaire » 152. Cela n’occulte la
mobilisation et la pérennisation dans le temps des mesures administratives. La
limitation restrictive des dérogations aux libertés publiques a été affirmée.
150 Décret n° 2020-925 du 3 avril 2020 prorogeant l’état d’urgence sur l’étendue du territoire national
(Sénégal).
151 Décret n° 2020-1014 du 03 Mai 2020 prorogeant l’état d’urgence sur l’étendue du territoire national
152 R.-M MVOGO BELIBI., « Covid-19 et décision publique en situation d’incertitude. Illustrations et
2021 p.235.
154 C. LE BRIS., « Du juste équilibre : les limitations aux droits de l’homme en période de crise sanitaire
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156 C. SCHMITT., Théologie politique. Quatre chapitres sur la théorie de la souveraineté, trad. J.-L SCHEGEL,
Paris, Gallimard, 1988, p.16.
157 R. CHAPUS., « De la soumission au droit des règlements autonomes », D., 1960 p. 124.
158 Article 3 de la loi n° 21-2020 du 8 mai 2020 déterminant les conditions de mise en œuvre de l’état
République gabonaise
162 Article 1er du Décret n° 2020-351 du 23 mars 2020 instituant l’état d’urgence (Côte d’Ivoire).
163 Article 2 du décret n° 2020-351 du 23 mars 2020 op.cit.
164 Article 1er du Décret n° 2020-830 du 23 mars 2020 proclamant l’état d’urgence sur le territoire national
(Sénégal).
165 Article 106 de la Constitution du Niger.
166 J.-E SCHOETTL., La démocratie au péril des prétoires. De l’état de droit au gouvernement des juges, Paris,
114
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167 Articles 3 et 4 du décret n° 2020-351 du 23 mars 2020 instituant l’état d’urgence (Côte d’Ivoire) ;
168 Article 1er de l’arrêté n° 007782 du 13 mars 2020 portant interdiction provisoire de manifestations ou
rassemblements (Sénégal)
169 Article 1er n° 008227 du 24 mars 2020 portant interdiction temporaire de circuler ; article 1er de l’Arrêté
n° 09789 du 12 mai 2020 modifiant l’arrêté n° 008227 du 24 mars 2020 portant interdiction temporaire
de circuler (Sénégal).
170 Article 1er de l’arrêté n° 027 du 19 mars 2020 portant fermeture provisoire des mosquées de Dakar
171 Article 1er de l’arrêté ministériel n° 009137 du 17 avril 2020 prescrivant le port obligatoire de masque
dispositions de la loi n° 003/2020 du 11 mai 2020 fixant les mesures de prévention, de lutte et de riposte
contre les catastrophes sanitaires (Gabon).
175 Articles 1er, 2, 6, 7, de l’Ordonnance n° 2020-004 du 3 juillet 2020 sur les mesures générales nécessaires
n° 20/014 du 24 mars 2020 portant proclamation de l’état d’urgence sanitaire pour faire face à l’épidémie
de Covid-19 ; article 1er du Décret n° 20/023 du 1er octobre 2020 portant mesures barrières de lutte
contre la pandémie de Covid-19.
177 D. FOLSCHEID « La médecine comme praxis. Un impératif éthique fondamental », Laval théologique
115
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Le juge n’est pas là pour marquer des points contre les deux autres, s’y substituer
ou tenter d’imposer un arbitrage différent. Chacun doit être dans son rôle, tout son
rôle, rien que son rôle. L’idée d’empêchement mutuel mesurée à la démesure des
prérogatives de l’exécutif devrait en principe redorer le blason du retour à l’équilibre
entre les pouvoirs institués. L’essor de la voie juridictionnelle devrait en principe
contribuer à la discontinuation de la propagande du pouvoir exécutif. C’est l’inverse
qui donne à voir, car « aucun des contrôles exercés n’a jusqu’à présent permis d’observer des
remises en case structurelles, en temps, des décisions adoptées ou soutenues par le pouvoir exécutif »
179. Son action est « faiblement encadrée par le contrôle exercé par le Conseil constitutionnel et les
179 V. CHAMPEIL DESPLATS., « Qu’est-ce que l’état d’urgence sanitaire. D’un état d’urgence à l’autre
ou l’intégration des régimes d’exception dans les États de droit contemporain », op.cit., p.888.
180 J. CHEVALLIER., « L’État à l’épreuve du coronavirus », op.cit., p. 113.
181 F. HOURQUEBIE., « La Constitution du Bénin et la théorie des contre-pouvoirs », in F.-J AIVO
(dir), La Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice
Ahanhanzo Glèglè, Paris, L’Harmattan, 2014 p.369.
182 F. HOURQUEBIE., « Le contre-pouvoir, enfin connu. Pour une analyse de la démocratie
116
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cette bannière, des « mesures limitatives induites par la Covid-19 et qui ont affecté les modes de
fonctionnement des Parlements »184. Dès lors, « l’étreinte des pouvoirs (…) du Parlement semblait
totalement connue et maitrisée »185. Par la limitation de la présence physique à l’hémicycle,
la limitation de la participation publique au débat public, l’ajustement du règlement
intérieur, la Covid-19 affecte le régime représentatif et le déroulement de l’activité du
parlement.
Le confinement de la procédure législative articule la dualité des figures de la
représentation nationale face à la crise sanitaire. Le parlement subit une fois de plus
une contrainte. Au départ la Constitution lui a habilité de déléguer à l’exécutif en
raison des circonstances exceptionnelles des prérogatives spécifiques. « Le recours aux
ordonnances du fait de la pandémie s’est plutôt accru à travers la technique de l’habilitation
législative »186. Cela « a provoqué des transferts de compétence du parlement »187 à l’exécutif
considéré comme mieux à même d’agir dans l’urgence. Que l’on soit au Congo
Brazzaville188, au Gabon189, au Niger190, au Sénégal191, au Togo192, cette idée a été
effective. La Cour constitutionnelle a déclaré que « les dispositions du projet d’ordonnance
déterminant les conditions de mise en œuvre de l’état d’urgence sont conformes à la Constitution »193.
S’inscrivant dans ce prolongement, le parlement se présente comme le destinataire
de la réaction aux prérogatives déléguées. Se posant comme des prescriptions
normatives, la représentation nationale se trouvant à une échelle inférieure ou
inféodée est tenue d’internaliser les mesures réglementaires. Autrement dit tout part
du parlement et tout se rattache au parlement. En ce sens, la Covid-19 reconnait au
parlement le destinateur des prérogatives d’exception à solliciter et le destinataire des
mesures d’exception à internaliser.
L’internalisation des mesures réglementaires dans le droit parlementaire établit un
bouleversement de la hiérarchie et des sources formelles du droit parlementaire. La
modification du fonctionnement normal du parlement est formellement la
conséquence de l’appropriation des actes épars édictés par l’administration centrale
et de manière résiduelle ou subsidiaire de l’administration décentralisée. Le parlement
se réfère à des actes administratifs unilatéraux qui hiérarchiquement sont inférieurs à
la loi organique ou à la loi ordinaire source formelle d’aménagement de son règlement
19 » op.cit., p.12.
187 J.-Ph FELDMAN., « La séparation des pouvoirs et le constitutionnalisme. Mythes et réalités d’une
117
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intérieur. « Cet acte parlementaire ne devrait en aucun cas être confondu avec la loi »194.
S’inspirant des idées véhiculées par la théorie de la hiérarchie des normes posées par
Hans Kelsen195, de la formation du droit degré196, le schéma conjoncturel de l’état
d’exception « remet en cause une hiérarchie qui privilégie traditionnellement »197 le règlement
sur la loi. Le juge constitutionnel affirme en substance que « l’État d’urgence sanitaire
ayant été proclamé dans le respect de l’article 68 de la Constitution, il est loisible à l’Assemblée
Nationale de prendre les mesures adaptées à cette nouvelle situation… »198 Les juges
constitutionnels ivoiriens199, congolais200 et malgaches201 ont relayé cette position.
La priorité accordée au droit à la santé, la protection des personnes et l’obligation
de sécurité publique érigée en référentielle durant l’état d’urgence ont canalisé
l’ajustement de la norme dérivée spécialement chargée de l’aménagement du droit
parlementaire. L’ajustement formel du règlement d’assemblée parlementaire repose
sur l’internalisation des mesures de réaction et de riposte à la crise sanitaire. En
principe, le règlement de l’assemblée parlementaire s’analyse comme une résolution
votée par la seule assemblée concernée, regroupe l’ensemble des prescriptions
relatives à l’organisation de ses travaux, à la composition de ses organes, à leurs
attributions. Il comporte également des mesures d’ordre interne. En substance, « les
règlements apparaissent comme des mesures destinées à régir la vie intérieure des assemblées »202. En
l’espèce, les sujétions supplémentaires assignées à la représentation au déroulement
de droit commun de l’activité du parlement. Des techniques de droit de souple
reconnues jusqu’ici à la création et à l’application normatives ont été étendues à
l’activité matérielle de la représentation nationale. C’est dans cette logique que la
banalisation de l’état d’exception a consacré la limitation de la présence physique des
parlementaires dans l’hémicycle en recourant à un système souple de délivrance des
procurations, de rotations des différents parlementaires, et l’éviction du débat
parlementaire public par le huis clos. Les juges constitutionnels congolais203,
nigérien204, malgache205 et togolais ont affermi ces mesures. De ce fait « la normativité
de la constitution » 206 s’est trouvée ajustée du fait de la rénovation du règlement de
118
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l’assemblée parlementaire. En ce sens, « Qu’enfin, la loi a été adoptée dans le respect des
majorités qualifiées, redéfinies par les deux chambres pour tenir compte des dispositions arrêtées dans
le cadre de la lutte contre la pandémie de la Covid-19 ; Considérant, par ailleurs, que l’examen de
la loi organique portant statut des parlementaires ne comporte aucune disposition contraire à la
Constitution »207.
La Covid-19 dans la démesure de ses effets mesure les principes constitutionnels
inhérents au pouvoir législatif. Elle supplante les moyens de droit commun d’exercice
des obligations constitutionnelles du parlement. Elle institue de manière conjonctu-
relle de nouveaux moyens ou active simplement ceux restés latents dans le règlement
intérieur des assemblées parlementaires. L’obligation constitutionnelle d’exercice de
la démocratie et de l’état de droit dévolue aux sessions ordinaires ne peut être
empêchée par la pandémie de Covid-19. Celle-ci induit l’obligation de différer
l’ouverture de la session parlementaire et non de l’annuler208. Les effets de celle-ci
limitent simplement sa portée. Les obligations constitutionnelles relatives à la
participation politique élargie se trouvent affectées. La participation élargie au débat
public est manifestement antinomique aux mesures barrières et se trouve subrogée
aux débats en huis clos. En substance, la Covid-19 entraine un dénivellement dans la
dérogation, la suspension de l’exercice des obligations constitutionnelles du parle-
ment. Le juge constitutionnel s’assure non seulement que ce dénivellement soit
effectif mais aussi de l’internalisation des autres mesures barrières.
119
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211 D. SY., « Les fonctions de la justice constitutionnelle en Afrique », in O. NAREY (s.dir), La justice
Ministre op.cit., Avis n° 006/CC du 11 mars 2020, Premier Ministre ; avis n° 06/CC du 28 juillet 2021,
Premier Ministre ; avis n° 09/CC du 28 juillet 2021, Premier Ministre, avis n° 15/CC du 10 juillet 2020,
Premier Ministre, avis n° 18/CC du – août 2020, Premier Ministre, avis n° 24/CC du 26 août 2020, Premier
Ministre (Niger),
214 Avis n° 008/CC du 30 mars 2020, Premier Ministre (Niger).
215 Avis n° CI-2020-003/A/01-04/CC/SG du 1er avril 2020, Président de l’Assemblée Nationale op.cit., ; Avis
NONOU., D. KOKORKO., A. KPODAR et F.-J AÏVO., (dir), Démocratie en question, Mélanges en l’honneur
du Professeur HOLO Theodore, Presses de l’Université de Toulouse Capitole 2017, p. 232.
120
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Constitution béninoise du 11 décembre 1990 : un modèle pour l’Afrique ? Mélanges en l’honneur de Maurice Ahanhanzo
Glèglè, Paris, L’Harmattan, 2014, p. 701.
224 Articles 46 et 47 de la loi n° 96-06 du 18 janvier 1996 portant révision de la Constitution (Cameroun) ;
Article 84, alinéa 1er, 4e tiret de la Constitution du Gabon du 26 mars 1991, révisé par la loi
constitutionnelle n° 001/2018 du 12 janvier 2018, Journal officiel de la République gabonaise, n° 382, 24
au 31 janvier 2018, p. 3711 (Gabon), article 175 de la Constitution du Congo Brazzaville, articles 126 et
127 de la loi n° 2016-886 du 8 novembre 2016 portant Constitution de la République de Côte d’Ivoire ;
article 99 de la Constitution du Togo.
121
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du juge constitutionnel est affirmée sur les actes décisoires édictés dans le cadre de la
Covid-19. Le juge constitutionnel peut contourner cette incompétence en activant
d’autres mécanismes. Le parlement s’associe également à cet exercice. Sous cette
bannière, l’adhésion modérée à l’action sanitaire de l’exécutif cesse de relever de
l’ambiguïté.
DONIER., « Qui fait la police (administrative) sous l’état d’urgence sanitaire ? », RFAP n° 176, 2020/4,
p.890.
227 H. PORTELLI., « Le temps parlementaire » Revue française d’études constitutionnelles et politiques, Pouvoirs
19 » op.cit., p.35.
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230 J.-Ph FELDMAN., « La séparation des pouvoirs et le constitutionnalisme. Mythes et réalités d’une
doctrine et ses critiques » op.cit., p.495.
231 M NGUELE ABADA., « L’évolution de l’institution présidentielle en Afrique noire francophone »,
in M. BADJI et S. NOUROU TALL (dir), Les transformations de l’État. Mélanges en l’honneur de BABACAR
GUEYE., Paris, Presse de l’Université Toulouse I Capitole, 2019 p.613.
232 A. KPODAR., « La sincérité dans le droit public », in A. KPODAR., D. KOKOROKO (dir), L’État
123
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234 Article 5 de la loi n° 003/2020 du 11 mai 2020 op.cit., article 5 de loi n° 001/2020 du 25 avril 2020
modifiant et complétant certaines dispositions de la loi n° 11/90 du 16 novembre 1990 relative à l’état
d’urgence (Gabon).
235 Article 5 de la loi n° 2020- 005 du 30 mars 2020 portant habilitation du gouvernement à prendre par
ordonnance, des mesures relevant du domaine de la loi pour faire face à la pandémie du coronavirus et
de proroger l’état d’urgence (Sénégal)
237 Arrêt n° 03/CC/MC du 25 octobre 2021, Soumana Hassane, Moutari Hamza, Alio Namata, Nana Hadiza
op.cit., p.589.
240 P. N’DRI-THÉOUA., « Ordonnances et séparation des pouvoirs budgétaires en période de Covid-
19 » op.cit., p.19.
241 R. HERTZOG., « Les pouvoirs financiers du parlement », RDP n° 1/2, 2002, p. 301.
242 P. AMSELEK., « Pour en finir avec l’idée de budget -acte d’autorisation de recettes », in Mélanges en
l’honneur de Robert HERTZOG : Réformes des finances publiques et modernisation de l’administration, Paris,
ECONOMICA, 2010 p.12.
243 S. CAUDAL., « L’apport des textes constitutionnels révolutionnaires au droit financier et fiscal », in
L. FAVOREU., R. HERTZOG., A. ROUX (dir), études en l’honneur de Loïc PHILIP, Constitution et finances
publiques, Paris, ECONOMICA, 2005 p.349.
244 Article 4 alinéa 6 ; article 5 alinéa 1 de la loi n° 2018/012 du 11 juillet 2018 portant régime financier
de l’État et des autres entités publiques (Cameroun), article 4 de la loi organique n° 2014-336 du 5 juin
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« Les concepts et les techniques utilisés en matière de contentieux constitutionnel, doivent certes
beaucoup au contentieux administratif »249. « Qu’en plein contentieux le juge détient des pouvoirs
qui vont au-delà de la simple annulation »250. Le contentieux constitutionnel des actes de
crise sanitaire n’a permis d’honorer au rendez-vous de la pleine juridiction. Le juge
constitutionnel n’est pas allé au-delà de la décision de conformité en intimant des
2014 relative aux lois de finances (Côte d’Ivoire), article 5 de la loi n° 36- 2017 du 3 octobre 2017 relative
aux lois de finances (Congo Brazzaville) ; article 8 de la loi n° 020/2014 du 21 mai 2015 relative aux lois
de finances et à l’exécution du budget (Gabon) ; article 4 de la loi n° 2020-07 du 26 février 2020 loi
organique relative aux lois de finances (Sénégal).
245Article 17 alinéa 1 et 2 de la loi n° 2018/012 du 11 juillet 2018 op.cit., (Cameroun) ; article 46 de la loi
organique n° 2014-336 du 5 juin 2014 op.cit., (Côte d’Ivoire), articles 29, 31, 57 de la loi n° 36- 2017 du 3
octobre 2017 op.cit., (Congo Brazzaville) ; article 14 de la loi la loi n° 020/2014 du 21 mai 2015 op.cit.
(Gabon) ; article 46 de la loi n° 2020-07 du 26 février 2020 op.cit., (Sénégal).
246 M. BOUVIER., « La notion de capacité contributive des contribuables dans la société post-
1990, p. 82. J.-J PARDINI., « La jurisprudence constitutionnelle et les “faits” », C.C.C., n° 8, 2000, p. 122.
250 B. BALDOUS., Les pouvoirs du juge de pleine juridiction, Aix-en-Provence, PUAM, 2000, p.7.
125
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d’Ivoire).
257 Avis n° CI-2020-004/A/07-04/CC/SG du 07 avril 2020, Président du Sénat op.cit., (Côte d’Ivoire).
258 M. DISANT., « Juger la décision d'instaurer et de prolonger l'état d'urgence », op.cit., p.233.
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matières dont elles estiment étrangères aux faisceaux énumératifs effectués par la
Constitution et ses normes dérivées.
Par ailleurs, face à une préoccupation constitutionnelle, le destinataire de la saisine
tient à « déterminer à quel organe cette compétence sera dévolue »259. C’est dans dynamique qu’à
l’exception de l’ultra petita ou des moyens soulevés d’office, le juge constitutionnel
peut aller au-delà de l’objet de la demande contentieuse. L’expérience des juridictions
constitutionnelles citées conforte la non utilisation de ces mécanismes juridiques afin
de réduire la toute-puissance du pouvoir exécutif. Celles-ci se sont confinées aux
prétentions et moyens des parties. Car celles-ci ne se prononçaient pas par hypothèse
sur les incompétences négatives et positives, sur les injonctions de retirer le texte par
programmation ou pas de l’échéance de l’inconstitutionnalité. Toutefois, certaines
décisions du juge constitutionnel malgache confortent une démarcation de ce champ.
Par « la constitutionnalisation du droit budgétaire »260, cette matière devient une règle de
droit et la juridiction constitutionnelle malgache s’assure que ne « dérogeant par son objet
ou son contenu à la Constitution »261. Concrètement, l’état d’urgence sanitaire a relayé sa
mission de « garante des textes et principes financiers dont les fondements sont dans la
Constitution »262. Par le contrôle approfondi des décrets d’avance, il indique « que la
sincérité des prévisions pourrait être mise en cause étant donné que lesdits décrets n’ont pas tous été
adoptés à la suite d’une urgence impérieuse comme l’exige la loi »263. Sur ce premier point, il
révèle l’inobservation d’une formalité substantielle de recours et d’adoption du décret
d’avance. L’exécutif y a recouru sans se référer à l’exigence d’urgence impérieuse et
le parlement l’a adopté sans observer le principe de sincérité. Toutefois, la révélation
de l’inobservation du cas d’ouverture du décret d’avance est sans véritable suite car,
le juge constitutionnel ne l’a assorti pas d’une véritable coercition. Il s’est juste
contenté de l’évoquer et cela constitue une occasion manquée. Au nom du principe
de sincérité, la Cour constitutionnelle a émis des réserves sur les débats
parlementaires ayant abouti à l’adoption de la loi de finances rectificatives264. En
outre, « Qu’il serait nécessaire à l’avenir de bien évaluer les prévisions de dépenses afin d’éviter de
259 M.-M MBORANTSUO., La contribution des Cours constitutionnelles à l’État de droit en Afrique, Paris,
études de finances publiques. Mélanges en l’honneur de Monsieur le Professeur Paul Marie GAUDEMET., Paris,
ECONOMICA, 1984, p.49.
261 Ch EISENMANN., La justice constitutionnelle et la Haute Cour constitutionnelle d’Autriche, Paris,
ECONOMICA, PUAM, 1986 p.17 ; J.-J BIENVENU., « La modernité des vues de Charles Eisenmann
sur la justice constitutionnelle », in P. AMSELEK (dir), La pensée de Charles Eisenmann, Paris, PUAM et
ECONOMICA, 1986 p.85-101.
262 N. MEDE., J.-J FIACRE AVAHOUNDJE., « Le juge constitutionnel, un juge financier ? », in O.
Rectificatives pour 2020 (14ème Considérant) (Madagascar) « Considérant, toutefois, que sous réserve du respect
des observations liées aux principes à valeur constitutionnelle, évoquées dans la décision n° 18-HCC/D3 du 21 décembre
2019 concernant l’ordonnance n° 2019-016 portant loi de finances « initiale » pour 2020, les dispositions de la loi de
finances pour 2020, qui ne méconnaient aucune exigence constitutionnelle, doivent être déclarées conformes à la
Constitution ; ».
127
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Conclusion
Sous l’effet de l’aléa sanitaire, la balance s’est majoritairement penchée sur les
critiques et minoritairement sur l’éloge du mythe de la théorie constitutionnelle de
Montesquieu. Les organes régaliens de l’État ont subi un coup massue de
déséquilibre bien plus significatif qu’en situation normale. Le fait suscité a été axé sur
la réorganisation des pouvoirs de décision en vue de parer au danger public réel,
manifeste, présent et non potentiel de nature sanitaire. Le paradigme d’antan sur
l’interventionnisme ou l’omniprésence de l’un des organes régaliens de l’État est
restauré et se loge dorénavant plus dans l’inné que l’acquis. Ces explications
s’articulent autour du renforcement du déséquilibre entre les fonctions politiques de
l’État et l’affaiblissement du rééquilibre de l’organe régalien de l’État. Les deux
déclinaisons évoquées précédemment soulèvent deux constats majeurs :
Premièrement : le bouleversement de l’ordre juridique induit par la crise sanitaire
présente une portée conjoncturelle. La préservation du principe de valeur consti-
tutionnelle de continuité de l’État a induit la mobilisation d’une ingénierie formelle et
matérielle par celui-ci. Cette préservation l’était davantage face au pic et rebours de la
crise sanitaire du fait de ses reconductions successives. C’est également le cas du
principe de proportionnalité utilisé pour mesurer l’adéquation, l’intensité et la gravité
de la riposte aux droits et libertés publiques. L’idée de mesurer les mesures
conjoncturelles face à la démesure des prérogatives de l’exécutif était retenue. L’hydre
est désormais un virus et l’ennemi le genre humain. Sous cette bannière, une lecture
empirique récuse de généraliser l’état d’urgence sanitaire dans tous les États de
l’Afrique noire francophone. L’État du Cameroun du fait de l’interprétation politique
265 Décision n° 5-HCC/D3 du 7 juin 2021 concernant la loi de Règlement pour 2017, (8ème Considérant).
266 Avis n° 2020-001/CC du 23 juillet 2020, Premier Ministre (Burkina Faso), « Considérant que dans le cas
d’espèce, la loi n° 015-2020/An du 05 mai 2020 a habilité le gouvernement à légiférer par voie d’ordonnance dans le cadre
de la lutte contre la maladie à Coronavirus (COVID-19), que le projet d’ordonnance pour lequel l’avis est demandé ne fait
aucun lien avec la lutte contre la maladie à coronavirus (COVID-19) ; que l’adoption d’un régime juridique applicable aux
agents contractuels non permanents de la fonction publique d’État est prévue à l’article 207 de la loi n° 081/CNT du 24
novembre 2015 portant Statut général de la fonction publique d’État ; qu’il s’agit d’un projet d’ordonnance dont l’importance
nécessite qu’il fasse d’un débat à l’Assemblée nationale : (…) article 1er : émet un avis défavorable à l’adoption par le Conseil
des Ministres du projet d’ordonnance… ».
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Résumé
Covid-19, cette pandémie effroyable, continue ces dernières années au Cameroun
à susciter des débats et des interrogations quant à l’application des normes juridiques
et au respect de l’orthodoxie dans la gestion des fonds alloués au gouvernement pour
la lutte contre cette maladie. Cette situation de gestion des fonds covid-19 ne laisse
pas le parlement insensible. Elle l’interpelle à plus d’un titre au regard de ses missions
constitutionnelles. Sous cet angle, le parlement a compétence pour contrôler la
gestion des fonds covid-19 et engager la responsabilité politique du gouvernement
en cas de défaillance. Si le contrôle parlementaire peut passer par la technique des
questions orales ou écrites, des pétitions et des commissions d’enquêtes, la mise en
jeu de la responsabilité, quant à elle, est susceptible d’emprunter la voie de la question
de confiance et de la motion de censure. Elle peut déboucher, soit à la démission du
gouvernement, soit à la dissolution de l’Assemblée nationale. Mais, le fait pour la
majorité présidentielle de coïncider avec la majorité parlementaire ne laisse pas
envisager une application sereine par le parlement du droit positif en matière de
contrôle de la gestion gouvernementale des fonds covid-19. Les rapports entre le
parlement camerounais et cette gestion semblent donc renvoyer à un espoir déçu en
ce qui concerne l’application des textes en vigueur en matière de contrôle et de mise
en jeu de la responsabilité politique du gouvernement.
Mots-clés : Parlement camerounais - Gestion des fonds covid-19 - Contrôle de
l’action gouvernementale - Responsabilité gouvernementale - Fait majoritaire
Introduction
1 Ce premier rapport d’audit de la Chambre des comptes sur la gestion des fonds covid-19 a été adopté
le 04 juin 2021.
2 Ce deuxième rapport d’audit de la Chambre des comptes sur la gestion des fonds covid-19 a été adopté
le 22 septembre 2022.
3 Ce troisième rapport d’audit de la Chambre des comptes sur la gestion des fonds covid-19 a été adopté
le 16 mars 2023.
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4 Pour tous ces maux cités, voir Chambre des comptes de la Cour suprême du Cameroun, Audit du fonds
spécial de solidarité nationale pour la lutte contre le coronavirus et ses répercussions économiques et sociales, exercice 2020,
premier rapport, juin 2021, pp. 72 et ss ; Chambre des comptes de la Cour suprême du Cameroun, Audit
du fonds spécial de solidarité nationale pour la lutte contre le coronavirus et ses répercussions économiques et sociales, exercice
2020, 2ème rapport, septembre 2022, pp. 4 et ss ; Chambre des comptes de la Cour suprême du
Cameroun, Audit du fonds spécial de solidarité nationale pour la lutte contre le coronavirus et ses répercussions économiques
et sociales, exercice 2021, 3ème rapport, mars 2023, pp. 13 et ss.
5 Le premier rapport met en exergue la gestion des fonds covid des ministères de la santé publique, de la
l’Assemblée nationale.
8 Il s’agit du député Jean-Michel NITCHEU qui, lors de la session parlementaire de juin 2020 et sur sa
page Facebook, déclare qu’« au Cameroun, le gouvernement a géré les fonds covid-19 dans la plus grande opacité. Les
détournements assortis de népotisme et de clientélisme ont été l’unique centre d’intérêt des gestionnaires de ces fonds. Profiter
d’une catastrophe sanitaire qui a par la suite coûté la vie à plus de 1000 de nos concitoyens est inadmissible et totalement
indécent. Rien, absolument rien, ne justifie l’extrême lenteur des procédures judiciaires au Cameroun. On parle des dizaines
de milliaires volatilisés et tout ce que Yaoundé oppose au peuple camerounais c’est d’afficher dans ce dossier de la
COVIGATE, la guerre des personnes dans le sérail gouvernant… Ceux qui ont profité de la détresse des Camerounais
pour s’en mettre plein les poches doivent rapidement croupir en prison ».
9 Cf. loi n° 2018/011 du 11 juillet 2018 portant code de transparence et de bonne gouvernance dans la
132
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133
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15 Lire sur l’application des normes constitutionnelles en matière des finances publiques, A.
Etats d’Afrique francophone subsaharienne : analyse à partir des cas camerounais et ivoirien », op cit,
pp. 203 et ss.
17 C’est le cas par exemple du confinement avec l’arrêt des cours dans les établissements scolaires et
du Cameroun susmentionnés.
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24 De manière simple, la concordance majoritaire renvoie à un moment pendant lequel la majorité des
sièges au parlement est détenue par des députés ou sénateurs du parti qui soutient le président de la
République.
25 La cohabitation se définit comme la coexistence d’un président de la République et d’une majorité
politique qui lui est opposée au parlement. Il y a donc cohabitation lorsque la majorité présidentielle et la
majorité parlementaire ne concordent pas ou ne concordent plus. Lire sur la question D. AMSON, La
cohabitation politique en France : leçon d’une expérience, Paris, PUF, 1985, 194 pages ; Ch. DEBBASCH, La
cohabitation froide, Paris, Economica, 1988, 490 pages ; M-A. COHENDET, La cohabitation : leçon d’une
expérience, Paris, PUF, 1993, 343 pages ; A-X. FOURNIER, Analyse critique de la cohabitation sous la Vème
République : Bilan et perspectives, Mémoire présenté comme exigence partielle de la maîtrise en science
politique, Université du Québec à Montréal, juillet 2007, 177 pages.
26 Pour cette législature en cours, débutée en 2020, on a RDPC : 152 ; UNDP : 7 ; SDF : 5 ; PCRN : 5 ;
mars 2023.
29 Lire à ce sujet ISSA ABIABAG, « Le droit d’amendement dans le droit parlementaire camerounais »,
136
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L’opposition parlementaire peut être définie comme le ou les partis qui, au sein
d’une assemblée politique, s’oppose(nt) à l’équipe au pouvoir en exerçant une
fonction de contrôle et de critique, en informant l’opinion, voire en préparant une
équipe de rechange. Socle de la démocratie32 dans les sociétés modernes, l’opposition
légitime le pouvoir de la majorité33, empêche le parti au pouvoir de mal agir et le
sanctionne le cas échéant34. Contrepoids nécessaire, qui confère aux États acceptant
la contestation le label de société pluraliste, l’opposition joue le rôle de contrôle et de
critique de l’action gouvernementale35. Elle a sous cet angle pour missions, entre
30 Il s’agit d’un contrôle de pure forme sans réel impact. Cf. J. MOLINIER, « L’apport de Gaston JEZE
à la théorie des finances publiques », Revue d’histoire des facultés de droit et de la science politique, n° 12, 1991,
p. 55.
31 Lire J. BIPELE KEMFOUEDIO, « Le rôle législatif du parlement camerounais dans les finances
publiques : progrès réel ou simple folklore ? », Revue internationale de droit africain EDJA, n° 87, octobre –
novembre – décembre 2010, pp. 29 – 49.
32 Lire P. JAN, « Les oppositions », Pouvoirs, n° 108, 2004, p. 15.
33 Voir B. de JOUVENEL, De la souveraineté, Paris, éd. Génin, 1955, p. 349.
34 Voir N. GAUDRY, « Les relations entre majorité et opposition », in Le rôle du parlementaire dans
l’élaboration de la loi et les relations entre majorité et opposition, Colloque, Lomé, 3 au 5 novembre 1994, p. 93.
35 Voir C. M. PIMENTHIEL, « L’opposition ou le procès symbolique du pouvoir », Pouvoirs, n° 108,
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autres, de détrôner leurs rivaux au pouvoir et d’y accéder36. Ainsi définie, l’opposition
parlementaire se différencie de la majorité présidentielle qui désigne les partis
politiques et groupes parlementaires qui soutiennent l’action du président de la
République lorsqu’ils sont majoritaires à l’Assemblée nationale37. L’opposition
parlementaire est remise en place au Cameroun à la faveur de la transition
démocratique du début des années 90. Cette transition apparait comme une ère
nouvelle avec la restauration du multipartisme38 et son corollaire à savoir les élections
compétitives. Ces élections imposent l’acceptation et la tolérance de l’opposition.
Seulement, les pouvoirs autoritaires acceptent et tolèrent difficilement l’idée de
l’opposition, d’alternance ou de partage du pouvoir. Ils emploient et déploient tous
les moyens et toutes les stratégies nécessaires pour fragiliser l’opposition au sein du
parlement ainsi qu’en dehors et se pérenniser au pouvoir.
La fragilisation de l’opposition parlementaire peut avoir deux séries de causes : la
première est imputable à l’opposition elle-même, car elle n’a pas su s’affirmer comme
un véritable contrepoids du parti au pouvoir à travers la mise en place des stratégies
politiques efficaces. A la vérité, l’opposition parlementaire camerounaise est divisée
et dispersée. Elle ne réussit toujours pas à trouver une entente entre ses membres
face aux grands enjeux politiques. Elle est égoïste puisqu’elle met en avant-garde les
intérêts des leaders au détriment des intérêts des membres et de l’intérêt général. C’est
une opposition moins apaisée qui ne cesse de créer des discordes entre les membres
bloquant parfois son fonctionnement. Elle a été inapte à recruter les élites pour se
faire une force et a péché de temps en temps par la trahison de certains de ses
membres. Intellectuellement pauvres et financièrement nécessiteux, certains
membres de l’opposition ont fini par rendre leur démission. Ce qui a davantage
affaibli l’opposition parlementaire. On comprend donc que l’opposition (parlemen-
taire) au Cameroun porte les germes de sa fragilisation. La seconde série de causes
repose sur des éléments externes à l’opposition. En effet, la fragilisation de
l’opposition parlementaire passe aussi par sa persécution et la récupération de ses
membres. Cette attitude critiquable vise à réduire l’opposition au silence. Cette
propension du pouvoir à neutraliser l’opposition parlementaire est aux antidotes de
la démocratie. Elle est aggravée par sa marginalisation au sein des assemblées
parlementaires39. Cette marginalisation s’observe par l’exclusion ou le mépris des
cadres de l’opposition dans la gestion de la vie publique.
36 Voir M. DUVERGER, Institutions politiques et droit constitutionnel, Paris, PUF, 1972, pp. 203 et ss.
37 J.C. COLLIARD, « L’opposition parlementaire », Les Cahiers français, n° 174, janvier – février 1976,
p. 53.
38 Voir P. MOUKOKO MBONDJO, « Le retour du multipartisme au Cameroun », in G. CONAC,
l’Afrique en transition vers le pluralisme politique, Paris, Economica, 1993, pp. 237 – 250.
39 Lire à ce sujet, L. DONFACK SOKENG, « L’institutionnalisation de l’opposition : une réalité
objective en quête de consistance », in Comment peut-on être opposant au Cameroun ? Politique parlementaire et
politique autoritaire, Dakar, Codesria, 2004, pp. 51 et ss.
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africaines. Gaspillage dans la mesure où de nombreuses dépenses sont sans intérêt pour le progrès social
et économique des pays. E. DIARRA, « Pour un observatoire des finances publiques africaines,
(OFIPAF) », Afrilex, décembre 2004, p. 4.
42Mais, il ne faut pas totalement nier que l’opposition parlementaire fait parfois entendre sa voix,
démontrant par là son intérêt d’exister. On se souvient, par exemple, que l’affaire MOUNCHIPOU
SEIDOU a été déclenchée par les députés de la nation relevant de l’opposition et plus précisément du
parti SDF. En effet, lors de son passage devant la commission des finances et du budget de l’Assemblée
nationale, certains députés de l’opposition surtout de l’obédience SDF à l’époque, appuyés par leurs
collègues de la majorité, avaient dénoncé ce qu’ils avaient appelé « une gestion mafieuse des fonds publics » au
ministère des postes et télécommunications à la tête duquel se trouvait le ministre MOUNCHIPOU
SEIDOU. Très vite la justice, sur plainte du pouvoir exécutif, s’est saisie du dossier, faisant ainsi naître
l’affaire MOUNCHIPOU. Dans la même veine, on a encore en mémoire qu’à l’une de ses sessions
(session budgétaire de 2007), des ministres ont été renvoyés par des députés membres de la commission
des finances et du budget à revoir la copie du budget de leur département ministériel. C’est le cas de l’ex-
ministre de l’eau et de l’énergie Bernard SINDEU. Le budget présenté par ce dernier en 2007 n’avait pas
été validé par les députés en commission. Le ministre SINDEU a dû faire un second passage devant la
commission des finances et du budget de l’Assemblée nationale. D’autres ont été mis en difficultés en
commission. C’est le cas de Jean Pierre BIYITI BI ESSAM, lorsqu’il était ministre de la communication.
Les députés lui avaient demandé d’expliquer l’origine des zones d’ombres de la CRTV dans certaines
régions du pays alors que l’Assemblée nationale avait voté un budget l’année d’avant dans lequel était
prévu de l’argent pour faire face à ce problème ; ou encore la non reprise sur les antennes de la radio-
télévision d’Etat de l’émission ‘‘expression directe des partis politiques’’ pourtant budgétisée (voir Le messager,
n° 2986 du jeudi 19 novembre 2009, p. 3). Tout récemment, on se souvient que c’est un député de la
nation de l’obédience SDF, honorable Jean-Michel NITCHEU, qui a déclenché les problèmes liés à la
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ce pays, on est quitté d’une opposition revitalisée à une opposition émasculée pour
paraphraser le professeur Théodore HOLO43. Cette situation est réfutable en ce
qu’elle n’est pas favorable à l’application du corpus normatif relatif au contrôle
parlementaire de la gestion gouvernementale des fonds covid-19. Y faisant suite, il
est nécessaire de renforcer les capacités d’action de l’opposition par l’amélioration de
son statut44. Concrètement, il s’agit de lui offrir un bon cadre de liberté, un meilleur
financement ainsi que l’accès effectif aux médias d’État. Cette amélioration passe
ainsi par la garantie des droits et devoirs de l’opposition45. Elle contribuera à une
bonne participation de celle-ci aux institutions parlementaires et à un meilleur
contrôle de l’action gouvernementale46. Seulement, les techniques de contrôle à
utiliser en matière des finances publiques demeurent toujours inefficaces.
gestion des fonds covid-19 par les membres du gouvernement. Ce qui a stimulé la Chambre des comptes
de la Cour suprême ainsi que le Tribunal criminel spécial à se saisir du dossier et à ouvrir des enquêtes
conséquentes. Vu sous cet angle, il y a lieu de penser que, malgré la concordance politique, le temps où
les ministres pouvaient venir au parlement présenter leur budget sans inquiétudes est peut-être dépassé.
43 Th. HOLO, « Démocratie revitalisée ou démocratie émasculée ? Les constitutions du renouveau
démocratique dans les Etats de l’espace francophone : régimes juridiques et systèmes politiques »,
RBSJA, n° 16, 2006, pp. 17 – 41.
44 Lire D. EMMANUEL, « Le statut de l’opposition dans les Etats d’Afrique francophone », Revue
à des pouvoirs accrus donnés à l’opposition en la matière. Cela se traduit par l’égalité de temps de parole,
le poste de corapporteur pour les missions d’évaluation et de contrôle, la possibilité de déclencher des
commissions d’enquête, etc.
46 D. EMMANUEL, « Le statut de l’opposition dans les Etats d’Afrique francophone », op cit, pp. 15 et
ss.
47 Voir Ph. ARDANT, Institutions politiques et droit constitutionnel, 3ème édition, Paris, LGDJ, 1991, pp. 576
et ss.
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orales, les parlementaires peuvent demander aux ministres dépensiers des informa-
tions particulières concernant l’exécution des dépenses de tel ou tel service48. Ce qui
ne semble pas toujours être le cas dans les deux Chambres du parlement à cause du
fait partisan. Perçu sous cet angle, le contrôle de la gestion des fonds covid-19 par la
voie des questions devient tiède ou amorphe. Pourtant cette technique de contrôle
est encadrée par le législateur camerounais. Aux termes de l’article 60 du règlement
intérieur de l’Assemblée nationale, les députés peuvent, en application de l’article 35
de la constitution, poser aux ministres des questions orales ou écrites relatives aux
affaires de leur ressort. Ces dispositions sont reprises mutatis mutandis par l’article 90
(1) du règlement intérieur du Sénat. Les ministres sont tenus de répondre oralement
aux questions orales et par écrit aux questions écrites49. Ces questions qui ne sont que
posées par un député ou un sénateur ne pourraient l’être en session extraordinaire
comportant un ordre du jour limité que si elles ont trait à une affaire inscrite à l’ordre
du jour. Canalisées dans les délais plus ou moins contraignants50, les questions orales
ou écrites des députés et sénateurs ainsi que leurs réponses sont insérées à la suite
d’un compte rendu des débats de l’Assemblée nationale ou du Sénat. Mais les
ministres ne sont pas obligés de répondre à toutes les questions orales ou écrites. Ils
ont d’ailleurs, dans le souci d’éviter des questions tendancieuses, la faculté de déclarer
par écrit que l’intérêt public leur interdit de répondre ou, à titre exceptionnel, qu’ils
réclament un délai supplémentaire pour rassembler les éléments de leur réponse.
L’importance des questions orales ou écrites a été retenue par le constituant et le
législateur camerounais. Ces derniers, en effet, mentionnent clairement qu’une séance
par semaine est, à l’initiative de la conférence des présidents, réservée en priorité aux
questions des membres du parlement et aux réponses du gouvernement51. Au
Cameroun, cette technique de contrôle minutieusement consacrée ne permet pas
pourtant aux membres du parlement d’avoir une nette maîtrise sur les finances
publiques et plus précisément sur la gestion des fonds covid-19. L’expérience
aujourd’hui montre que ladite technique de contrôle est peu usitée. Seuls les
parlementaires des partis de l’opposition s’efforcent, sans grande efficacité, à
l’utiliser52. Les causes de cette paralysie sont nombreuses : carence intellectuelle de la
48 Cf. M. AMELLER, Les questions, instrument du contrôle parlementaire, Paris, LGDJ, 1964, pp. 24 et ss ; R.D.
BARLAS, « Les questions orales au parlement britannique », in Informations constitutionnelles, 1966, pp. 33
et ss.
49 Cf. article 61 in fine du règlement intérieur de l’Assemblée nationale.
50 Face aux questions orales ou écrites, le membre du gouvernement dispose d’un délai de 15 jours pour
répondre. Ce délai est ramené à 3 jours en période de session. Ce membre de gouvernement dispose
d’un délai supplémentaire de 3 jours pour procéder à des recherches documentaires. Ce délai
supplémentaire est ramené à 2 jours en période de session (cf. articles 77 (1) du règlement intérieur de
l’Assemblée nationale et 90 (5) du règlement intérieur du Sénat).
51 Cf. articles 35 alinéa 3 de la constitution camerounaise et 61 alinéa 1er du règlement de l’Assemblée
nationale.
52 Contrairement à ce que pense une partie de l’opinion publique, pour qui l’affaire MOUNCHIPOU
SEIDOU a été déclenchée par les questions orales des parlementaires du SDF en 1999 lors de la session
parlementaire consacrée au vote du budget, il faut à la vérité rappeler que les députés d’obédience SDF
avaient plutôt émis une motion préalable demandant au sieur MOUNCHIPOU SEIDOU, alors,
Ministre des Postes et Télécommunications à l’époque, de s’expliquer au préalable sur sa gestion, faute
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majorité des parlementaires qui ne maîtrisent pas la technicité des débats, influence
de l’exécutif sur le législatif et surtout le problème de la conjoncture politique qui,
pour l’instant, renvoie à la coïncidence des majorités, ce qui empêche les députés et
sénateurs du parti majoritaire de mettre en difficulté les membres du gouvernement
issus du même bord ou de la même obédience politique. D’ailleurs, au Cameroun,
les questions passent préalablement par la censure des groupes parlementaires avant
d’être envoyées au secrétariat général de l’Assemblée nationale ou du Sénat pour un
autre filtrage. Toutes ces difficultés annihilent l’efficacité dans le champ pratique de
cette technique de contrôle théoriquement consacrée. Un observateur averti avait à
propos affirmé que la pratique camerounaise des questions n’avait d’égal qu’« une
véritable mise en scène théâtrale »53. A cette allure, les dispositions constitutionnelles et
législatives consacrées à cette technique de contrôle sont mises en berne et reçoivent
de ce fait très peu application. Le contrôle par voie des commissions d’enquête
semble éprouver les mêmes difficultés.
de quoi ils ne participeraient pas au vote du budget. Les discussions sur le problème ont longuement
trainé au point où le vote du budget n’a pu avoir lieu qu’aux environs de quatre heures du matin avec
suite défavorable donnée à la motion préalable.
53 Cf. J. KANKEU, « Les missions du parlement camerounais : regard sur une illusion », Juridis périodique
intérieur du Sénat.
142
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Non prévues par la constitution et contenues néanmoins dans les règlements des
Chambres59, les pétitions sont des réclamations adressées aux assemblées politiques
(Assemblée nationale et Sénat) pour attirer leur attention sur une situation de fait, un
texte à prendre ou à abroger. En matière financière, il s’agit d’une technique qui
permet au parlement de s’informer sur la gestion des finances de l’État. Elle constitue
de manière incontestable les moyens d’informations et de contrôle du parlement
camerounais en matière des finances publiques. Le législateur a dégagé les règles de
sa validité de même qu’il a restreint son champ de dépôt. En effet, si les pétitions
doivent être adressées au président de la Chambre parlementaire et peuvent
également être déposées par un parlementaire qui fait en marge mention du dépôt et
signe cette mention, il est impérativement interdit d’apporter les pétitions à la barre
de l’Assemblée nationale ou du Sénat. De même, aucune pétition apportée ou
transmise par un rassemblement formé sur la voie publique ne peut être reçue par le
président, ni déposée sur le bureau, sans préjudice des sanctions prévues par la loi.
Demeurent aussi sans objet, les pétitions réclamant les intérêts individuels.
Toutefois, les pétitions, qui sont inscrites sur un rôle général dans l’ordre de leur
arrivée, ne connaissent pas toujours une suite glorieuse après étude par la commission
compétente. En effet, la commission décide suivant le cas, soit de les renvoyer à un
ministre60 ou à une autre commission générale ou spéciale de l’Assemblée nationale
adressées et quand elle leur demande les explications sur leur contenu, ceux-ci sont tenus de répondre
dans un délai de quinze jours. Si les recherches documentaires auxquelles donne lieu la question déposée
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ou du Sénat, soit de les classer purement et simplement. A ce niveau, avis est donné
aux pétitionnaires du numéro d’ordre attribué à sa pétition et de la décision la
concernant61. On peut noter ici toute l’influence du président de la Chambre qui
reçoit ces pétitions et les renvoie à la commission compétente parfois avec des
instructions, ce dernier étant anormalement influencé par le chef de l’exécutif qui, de
par la pratique camerounaise, a une ascendance forte sur l’exercice de ses pouvoirs.
La séparation des pouvoirs ou encore l’indépendance des pouvoirs devient par-là
illusoire. Au sein du parlement camerounais, le président de Chambre a, quelques
rares fois, reçu des pétitions provenant essentiellement du principal parti de
l’opposition à savoir le SDF. Mais ces pétitions n’ont été qu’un feu de paille qui,
aussitôt allumé, s’est éteint à cause du fait majoritaire du parti au pouvoir62.
Le contrôle de l’action gouvernementale en matière budgétaire par la technique
de pétition connaît donc de nombreuses limites au Cameroun. Ce sont ces limites de
nature politique, intellectuelle et juridique qui vident ce contrôle d’une bonne dose
de son efficacité et l’exposent durement à l’échec. Vu sous cet angle, les dispositions
juridiques en la matière ne peuvent pas recevoir saine application. Elles existent mais
ne sont pas mises en œuvre convenablement.
Quoi qu’il en soit, les dispositions normatives relatives aux questions orales et
écrites, aux commissions d’enquête parlementaire et aux pétitions concourent toutes
à la bonne information du parlement sans laquelle il lui est difficile de contrôler
efficacement l’action du gouvernement. Malheureusement, à l’heure de la gestion des
fonds covid-19 au Cameroun, ces dispositions ne connaissent pas une application
sereine à cause du laxisme des acteurs émanant principalement entre autres de la
concordance politique.
Comme on peut le constater, les techniques de contrôle reconnues au parlement
camerounais sont très nombreuses. Mais, elles ont sans doute une portée assez
limitée. Le professeur LEKENE DONFACK mettait déjà en exergue ces différentes
limites qui annihilent l’efficacité des techniques de contrôle parlementaire en matière
budgétaire63. Ces limites sont relatives à l’étendue64, à la finalité65, aux techniques de
sont trop longues, le membre du gouvernement intéressé devra en aviser la commission par la voie du
président de Chambre. Il disposera d’un délai supplémentaire de trois jours pour procéder à ces
recherches documentaires (cf. article 65 du règlement de l’Assemblée nationale suscité).
61 Cf. article 64 in fine du règlement intérieur de l’Assemblée nationale du Cameroun.
62 Les recherches par nous faites au secrétariat général de l’Assemblée nationale du Cameroun et dans les
archives de cette Assemblée démontrent de manière limpide que depuis l’ère du parlement pluraliste,
aucune pétition n’a connu un succès à cause des avatars du fait majoritaire.
63 Lire LEKENE DONFACK, Finances publiques camerounaises, Paris, Berger, Levrault, 1987, pp. 291 et
ss. En outre, c’est un contrôle qui vise essentiellement les dépenses publiques et non les recettes. C’est
pourquoi il reste très limité en matière d’entreprise publique et d’opération complexe du trésor.
64 S’agissant des limites relatives à l’étendue, il convient de mentionner que le contrôle effectué par le
parlement ne porte que sur des mesures nouvelles. Or, ces mesures nouvelles ne représentent que 10 %
du budget.
65 Quant aux limites relatives à la finalité du contrôle, il importe de souligner que les parlementaires
disposent d’un droit d’amendement qui est considérablement réduit. Ce qui fait en sorte que le parlement
n’ait aucune emprise significative sur le contrôle de l’exécution du budget. En plus, le principe de la
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séparation des pouvoirs enlève aux parlementaires le pouvoir d’initiative qui devient une prérogative de
l’exécutif.
66 Parlant des limites quant aux techniques de contrôle, il faut noter que les parlementaires sont
généralement dans une situation de carence ou déficit des ressources intellectuelles et morales nécessaires
pour exercer efficacement le contrôle des finances publiques. En plus, la loi de finances rectificative est
votée sans débat véritable. La loi de finances de règlement, quant à elle, intervient deux ans après l’exercice
budgétaire contrôlé. Sous cet angle, elle ne peut qu’avoir une valeur ratificative puisque le passé intéresse
moins les parlementaires que le présent.
67 Au regard des limites politiques de contrôle, elles découlent des conséquences du phénomène partisan.
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CAMBY, Le travail parlementaire sous la cinquième République, 2e édition, Paris, Montchrestien, 1994, pp. 111
et ss.
72 Cf. P. AVRIL et J. GICQUEL, Droit parlementaire, Paris, Montchrestien, 1988, pp. 17 et ss.
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p. 183.
79 Ibid, pp. 461 et ss.
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gouvernementale des fonds covid-19 peut être une parfaite illustration. Aux termes
de l’article 34 alinéa 3 de la constitution camerounaise, « l’Assemblée nationale peut mettre
en cause la responsabilité du gouvernement par le vote d’une motion de censure ». Cette faculté est
formulée en des termes similaires dans les constitutions du Burkina-Faso80, du
Sénégal81, du Gabon82, du Mali83…. Elle remplit par conséquent les trois conditions
de la responsabilité politique à savoir le déclenchement hétéronome, la manifestation
claire de volonté et la sanction révocatoire84. Ainsi, pour être recevable, la motion de
censure doit être signée par au moins un tiers des membres de l’Assemblée nationale.
Le vote ne peut intervenir moins de quarante-huit (48) heures après le dépôt de la
motion. Celle-ci est adoptée à la majorité des deux tiers des membres composant
l’Assemblée nationale. Dans le cadre de cette adoption, seules sont recensées les voies
favorables à la motion de censure. Ici, les absents et les abstentionnistes sont
présumés avoir voté pour le gouvernement. Le système en la matière est conçu à telle
enseigne qu’une majorité relative des députés ne peut pas réussir à pousser un
gouvernement à la démission. Mais, si la motion de censure est rejetée, les signataires
ne peuvent en déposer une nouvelle avant le délai d’un an à moins qu’on soit dans le
cas où le premier ministre, après délibération du conseil ministériel, a engagé devant
l’Assemblée nationale, la responsabilité du gouvernement sur le vote d’un texte. Dans
cette situation, ce texte est considéré comme adopté sauf si une motion de censure
déposée dans les vingt-quatre (24) heures qui suivent est votée dans les conditions
prévues par la loi. La gestion gouvernementale des fonds covid-19 n’a pas donné
cette opportunité de déclencher une motion de censure tant par l’Assemblée
nationale que par le gouvernement.
Comme on peut le constater, parce que la motion de censure est un acte grave et
parce qu’il importe que le débat ait lieu dans la plus grande clarté, la constitution a
réglementé de façon très précise les conditions de dépôt, de discussion et
d’adoption85. Mais la pratique confirme la difficulté d’obtenir depuis l’indépendance
un résultat plausible par ce moyen86. Certains parlent même, à raison, du déclin de la
motion de censure au Cameroun87. Les motifs peuvent être avancés : conçue à
l’origine comme l’arme absolue des députés contre un gouvernement dont ils ne
veulent plus, la motion de censure n’a plus du tout cette fonction aujourd’hui, hormis
quelques rares cas. Les démocraties d’Occident, à l’époque contemporaine, sont des
régimes fondés sur une majorité cohérente et stable au parlement. Cette majorité
investit un gouvernement assuré de durer toute la législature. Il y a ainsi osmose et
150
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88En effet, depuis plus d’un quart de siècles, on a assisté à un seul renversement du gouvernement en
France, un seul également au Royaume Uni depuis 1894.
l’irresponsabilité institutionnalisée.
91 Sur la question, on peut lire avec grand profit S. EFOUA MBOZO’O, L’Assemblée nationale du Cameroun
à la croisée des chemins, Yaoundé, Hérodote, 1994, pp. 132 et ss ; du même auteur, Pratiques et procédures
parlementaires, op.cit., p. 120.
151
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92Lire à ce sujet N. KOFELE KALE, Pouvoir législatif de la seconde République du Cameroun : sa nature et ses
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La fin d’un gouvernement peut être provoquée, soit par la démission collective de
ses membres, soit par la mise en cause de sa responsabilité par l’Assemblée nationale.
Cette dernière hypothèse, qui entre en droite ligne de cette étude, est une
caractéristique du régime parlementaire96. En effet, la démission d’un gouvernement
est avant tout liée à sa responsabilité politique. Celle-ci peut être engagée selon les
modalités suivantes :
- En posant à l’Assemblée nationale la question de confiance sur la déclaration de
politique générale. Si la réponse est négative, le gouvernement est démis.
- En votant une motion de censure à la majorité absolue de ses membres, et non des
présents. C’est le cas de la démission du gouvernement POMPIDOU en 1962.
Au Cameroun, la démission du gouvernement, découlant de la mise en jeu de sa
responsabilité, est préconisée à l’article 34(5) de la constitution qui dispose : « lorsque
l’Assemblée nationale adopte une motion de censure ou refuse la confiance du gouvernement, le Premier
ministre doit remettre au Président de la République la démission du gouvernement ». Il s’agit d’une
démission obligatoire qui procède du jeu normal des mécanismes du régime
parlementaire. La procédure est simple même si les résultats demeurent complexes.
En effet, le premier ministre a le droit de demander au parlement l’approbation d’une
déclaration de politique générale. Cette politique générale peut être relative aux fonds
covid-19. Pour être approuvée, la déclaration, différente du programme de gouver-
nement, doit obtenir la majorité absolue des suffrages exprimés. Mais, en l’absence
de la majorité en sa faveur, le gouvernement n’est pas tenu de démissionner. Au
Cameroun, bien que consacrée par la constitution, cette procédure n’a jamais été
appliquée. La gestion équivoque des fonds covid par le gouvernement n’a pas donné
l’opportunité au parlement d’occasionner la démission du gouvernement. En France,
la seule fois où l’engagement de responsabilité a abouti à la démission du gouver-
nement remonte en 1962 suite à une motion de censure initiée par les députés. En
cas de cette démission, tant au Cameroun qu’en France, le président de la République
peut reconduire le premier ministre démissionnaire dans ses fonctions et décider de
former un nouveau gouvernement à l’initiative de ce dernier qui vient d’être nommé
à nouveau.
Caractéristique du régime parlementaire et, à ce titre, présente dans la constitution
camerounaise, la démission du gouvernement est de nos jours rarement utilisée dans
sa fonction initiale à cause de la concordance entre la majorité gouvernementale et la
96 Ph. ARDANT, Institutions politiques et droit constitutionnel, 3ème édition, Paris, LGDJ, 1991, pp. 576 et ss.
153
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97 S. GUINCHARD, T. DEBARD, Lexique des termes juridiques, 23ème édition, Paris, Dalloz, 2015 – 2016,
p. 373.
98 Cette première dissolution se présente de manière simple. En effet, en 1962, le président Charles De
GAULLE lance la révision de la constitution pour élire le président de la République au suffrage universel
par la procédure du referendum de l'article 11. Cette réforme est contestée tant sur le fond que sur la
forme dans les rangs mêmes de la majorité. Dans la nuit du 4 au 5 octobre, une motion de censure est
adoptée à la majorité par les députés et renverse le gouvernement POMPIDOU. Le Général De
GAULLE réplique immédiatement par la dissolution de l’Assemblée.
99 Voir S. GUINCHARD, T. DEBARD, Lexique des termes juridiques, op cit, pp. 373 – 374.
154
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100 Ce cas de dissolution, pas encore réalisé au Cameroun, s’est produit en France en 1962.
101 Ce cas de dissolution, pas encore réalisé au Cameroun, s’est produit en France en 1962 suite au
renversement du gouvernement POMPIDOU et au Tchad en 2021 suite au décès inopiné du président
de la République, le Maréchal Idriss DEBY ITNO.
102 Cette situation, pas encore réalisée au Cameroun, s’est produite en France en 1997.
103 Jamais réalisée au Cameroun, cette situation s’est produite en France en trois reprises : 1981, 1988 et
2012.
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104 Il s’agit des dissolutions parlementaires des 10 octobre 1962 et 30 mai 1968.
105 Il s’agit des dissolutions parlementaires des 22 mai 1981 et 14 mai 1988.
106 Il s’agit de la dissolution parlementaire du 21 avril 1997.
107 Lire sur la dissolution du parlement, M. NGAINDE, « Quelques remarques sur la réforme du droit
de dissolution au Sénégal : du rituel à la pratique », Nouvelles annales africaines, Revue de la Faculté des Sciences
Juridiques et Politiques de l’UCAD, 2007, p. 18.
108 M. ONDOA, « Une résurrection : le régime parlementaire camerounais », op cit, p. 23.
109 Ibid, pp. 7 et ss.
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110 En effet, l’image du parlement camerounais dans l’ensemble reste celle d’une assemblée dépendante
de la volonté présidentielle, en dépit des réformes qui visaient à renforcer son propre rôle. Dans cette
perspective, les assemblées parlementaires sont considérées comme de simples Chambres
d’enregistrement des volontés présidentielles.
111 La « reparlementarisation » consiste à redonner aux Assemblées des espaces de liberté et des prérogatives
importantes.
112 J. GICQUEL, « La reparlementarisation, une perspective d’évolution », Revue Pouvoirs, n° 126, « La
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Résumé
La crise sanitaire de la COVID 19 a sérieusement perturbé le monde entier. Elle a, sans aucun
doute, eu un impact sur tous les aspects de la vie notamment dans les pays d’Afrique comme le
Cameroun. C’est ainsi qu’on en vient à s’interroger sur l’impact de cette crise sur l’application des
règles de droit public à l’instar de celles relatives à la protection de l’intégrité du territoire.
L’interrogation est d’autant plus pertinente que le Cameroun fait face depuis quelques années à de
nombreuses crises qui menacent sa stabilité, notamment son intégrité territoriale. La question se pose
alors de savoir comment la crise sanitaire liée à la COVID 19 a influencé la préservation de
l’intégrité du territoire au Cameroun ? La protection de l’intégrité du territoire fait partie des droits
de l’État et en même temps une obligation pour les citoyens. Une démarche juridique conduit à
souligner que la crise sanitaire de la COVID 19 a majoritairement influencé cette protection
lorsqu’elle est assurée par les pouvoirs publics, par rapport à celle que peuvent exercer les citoyens.
Mots-clés : Covid 19, protection, intégrité territoriale, défense et sécurité, devoir citoyen.
Abstract :
The COVID-19 health crisis, which is now almost in its second year, has affected the whole
world. This crisis has, without a doubt, had an impact on all aspects of life, especially in African
countries such as Cameroon. This is how we come to question the impact of this crisis on the
application of public law rules such as those relating to the protection of the integrity of the territory.
The question is all the more relevant given that Cameroon has been facing for some years now many
crises that threaten his stability, including his territorial integrity. The question then arises as to
whether the health crisis related to COVID-19 has contributed to strengthening or diminishing the
respect, or the implementation, of the obligation to preserve the integrity of the territory in Cameroon?
This question is all the more relevant since the protection of the integrity of the territory is part of the
rights of the State and at the same time an obligation for citizens. This leads to the point that the
COVID 19 health crisis has mainly influenced this protection by the public authorities, compared
to citizens.
Key words : Covid 19, protection, territorial integrity, defence and security, civic duty.
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Introduction
1 Cf. J. Ndouyou, « Fonds spécial COVID 19 : la répartition est faite », Cameroun tribune, 27 juillet 2020.
En ligne. https://www.cameroon-tribune.cm/article.html/33877/fr.html/fonds-special-covid-19-la-
repartition-faite. Consulté le 23/10/21 à 16h.
2 A. Le Devillec, M. De Villiers, Dictionnaire du droit constitutionnel, Paris, Dalloz, Sirey, 11e éd, 2017, p. 359.
3 Voir Déclaration spéciale du Premier ministre, chef du gouvernement du 17 mars 2020 dévoilant la
Stratégie gouvernementale de riposte face à la Pandémie de coronavirus (COVID-19).
4 Dans le même sens, J-L. Atangana, « Le territoire dans les constitutions africaines », Horizons du droit,
n° 24, 2021, p. 40.
5 S. Guinchard, T. Debard, et al (dir), Lexique des termes juridiques, Paris, Dalloz, 25e éd, 2017-2018, p. 2000.
6 Voir Dictionnaire de l’Académie française, 9e éd, (dictionnaire-academie.fr). En ligne. Consulté le
24/10/2021 à 6h.
7 S. Guinchard, T. Debard, et al (dir), Lexique des termes juridiques, op. cit, p. 1154.
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dangers, de veiller »8 sur une chose. En se référant une fois encore au droit civil, l’on
parlera, par exemple, de la protection des majeurs tant sur le plan judiciaire que sur
le plan social9. En droit public, notamment en droit constitutionnel camerounais, il
est par exemple question de la protection de l’intégrité du territoire par le Président
de la République10. C’est dire que la protection de l’intégrité territoriale s’entend
comme le fait de veiller à la conservation dans son entier de l’espace terrestre,
maritime et aérien sur lequel l’État11 du Cameroun exerce sa souveraineté. Il s’agit
donc d’examiner l’impact, ou encore les conséquences, de la crise sanitaire liée à la
COVID 19 sur la protection de l’intégrité territoriale en droit camerounais.
L’étude de la protection de l’intégrité territoriale au Cameroun dans le contexte de
la crise sanitaire relative à la COVID 19 comporte un double intérêt. Sur le plan
théorique, elle permet de mettre en exergue l’organisation et le déploiement du droit
public camerounais dans le cadre de la protection de l’intégrité du territoire dans des
circonstances particulières comme celle de cette crise sanitaire. C’est également en ce
sens qu’en analysant l’incidence de la lutte contre la COVID 19 sur les finances
publiques camerounaises, un observateur relève, à juste titre, que l’étude donne à
« percevoir les transformations que les instruments d’analyse et de mise en œuvre du droit public
financier camerounais sont susceptibles de connaitre suite à la survenance d’un phénomène extérieur
comme la pandémie du coronavirus »12. Sur le plan pratique, elle amène à voir comment la
protection de l’intégrité du territoire peut être implémentée dans un contexte de crise,
tant par les pouvoirs publics que par les citoyens, et servir ainsi de modèle pour les
autres pays. En effet, elle permet de montrer l’existence et l’importance de ce devoir
des pouvoirs publics et des citoyens13 qui consiste en la préservation de l’intégrité du
territoire dans les pays africains en général14 et au Cameroun en particulier. Il s’agit
des pays marqués par des crises politiques ou encore des menaces séparatistes
importantes. Les citoyens et les pouvoirs publics doivent donc prendre conscience
de leurs responsabilités sur ce plan.
Il se pose la question de savoir comment la COVID 19 a influencé la protection
de l’intégrité territoriale au Cameroun ? Il est question d’analyser les normes relatives
à la protection de l’intégrité du territoire au Cameroun dans un contexte de crise
sanitaire. Ce qui serait une contribution à l’étude de cette protection.
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La réponse à cette question nécessite que l’on dégage, au préalable, une hypothèse.
Dans ce cadre, l’hypothèse est qu’une double d’influence marque la protection de
l’intégrité territoriale au Cameroun dans le contexte de la COVID 19.
La vérification de cette hypothèse passe par quelques précisions méthodo-
logiques. Ainsi que le souligne la doctrine, le droit est « inévitablement un système organisé
autour d’un certain nombre de principes, de notions fondamentales, de procédés techniques dont la
mise en œuvre suppose certaines méthodes »15. C’est cela qui rend nécessaire le recours à une
méthode précise. Sur ce point, la dogmatique sera mise à contribution, c’est-à-dire la
systématisation et l’interprétation des textes16 en matière de protection de l’intégrité
territoriale au Cameroun. Il s’agit des normes constitutionnelles, celles du droit
administratif, des finances publiques et même du droit international en matière de
protection de l’intégrité territoriale au Cameroun. Elles seront analysées sous le
prisme de la crise sanitaire de la COVID 19. Ceci sera complété par la casuistique17.
Il faut, par ailleurs, pour mieux mener l’étude, faire recours à ce que le doyen Jean
Carbonnier considère comme les « sciences collatérales du droit »18. Il s’agit de ses
disciplines voisines comme l’histoire19, la sociologie. De même, l’étude s’appuiera sur
la technique documentaire.
L’étude s’articulera autour de l’idée que l’influence de la crise sanitaire liée à la
COVID 19 est majeure sur la protection de l’intégrité territoriale par les pouvoirs
publics (I), et, en revanche, elle est mineure en ce qui concerne la protection par les
citoyens (II).
15 J.-L. Bergel, Théorie générale du droit, Paris, Dalloz, coll. « Méthodes du droit », 5e éd, 2012, p. 225.
16 Ibid.
17 En ce sens, C. Atias, Épistémologie juridique, Paris, PUF, coll. « Droit fondamental », 1985, p. 91 et s.
18 J. Carbonnier, Droit civil Introduction, Paris, PUF, coll. « Thémis droit privé », 27e éd, 2002, p. 71.
19 En ce sens J. Boudon, « La méthode juridique selon Adhémar Esmein », in N. Hakim et F. Melleray
(Études réunies par), Le renouveau de la doctrine française. Les grands auteurs de la pensée juridique au tournant du
20e siècle, Paris, Dalloz, coll. « Méthodes du droit », 2009, p. 263.
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20 Article 4 de la Constitution.
21 Art 5 de la Constitution.
22 Art 9 de la Constitution.
23 Art 5 de la Constitution.
24 B. Edoua Bilongo, « La fonction d’arbitre du président de la république dans l’ordre institutionnel »,
in P-E Abane Engolo, J-P Markus (dir), La fonction présidentielle au Cameroun, Paris, L’Harmattan, 2019,
p. 75 et s.
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fonctionnement des tribunaux militaires ; du suivi de la coopération militaire »25. Cette disposition
est expressément contenue dans le Décret n° 2001/177 du 25 juillet 2001, modifié
par le Décret n° 2012/386 du 14 septembre 2012, portant organisation et
fonctionnement du Ministère de la défense. Selon l’article 2 (nouveau) de ce texte, les
« forces de défense du Ministère de la défense comprennent les forces de la gendarmerie nationale ; les
forces de l’armée de terre ; les forces de l’armée de l’air ; les forces de la marine nationale ».
Dans le contexte de la crise sanitaire relative à la COVID 19, le service de la
protection de l’intégrité territoriale a connu un renforcement de ses moyens humains.
C’est en cela qu’apparait l’influence de ladite crise. En effet, face à la survenance de
cette pandémie, conjuguée avec les menaces séparatistes du Nord et Sud-Ouest, sans
oublier celles de la secte islamiste Boko Haram dans le Nord du pays et à l’Est avec la
crise en Centrafrique, les pouvoirs publics ont essayé d’améliorer les ressources
humaines du service public de la défense en procédant à des recrutements à la fois
généraux et spéciaux. L’État a certainement été conscient que les multiples vagues de
contaminations liées à cette pandémie pouvaient affecter les rangs des forces de
défense et de sécurité. C’est ainsi que le 22 mars 2021, s’est ouvert dans les dix régions
du pays des opérations visant le recrutement de 700 élèves sous-officiers des armées,
option service général, sans oublier les recrutements ordinaires de 5330 soldats et
Matelots de 2e classe. Dans le même sens, les 8 et 9 mai 2021, un recrutement de 200
personnels a été lancé pour l’Ecole militaire interarmées. En dehors du recrutement
dans les forces armées générales, des recrutements ont également eu lieu entre le 1er
février et le 14 mars 2021, recrutement spécial de 2.200 commandos d’élite au profit
des bataillons d’intervention rapide. C’est dire que les normes relatives à la protection
de l’intégrité du territoire se sont adaptées au contexte de la crise sanitaire liée à la
COVID 19. Cela est d’autant plus pertinent que parmi les recrutements réalisés, l’on
relève la présence du recrutement de 40 élèves sous-officiers des armées, option santé
militaire. Nul doute que ce personnel aura particulièrement en charge le volet
sanitaire des forces de défense dans un contexte de crise sanitaire de la COVID 19.
L’examen du pan matériel des services de la défense témoigne également d’une
influence majeure de cette crise sur la protection de l’intégrité territoriale.
25 Art. 49 alinéa 1.
26 T. Nguimfack Voufo, « Covid 19 et finances publiques : quelle politique budgétaire de riposte à la
pandémie au Cameroun », Le nemro, avril/juin 2020, Dossier spécial : La covid-19 et le droit, p. 474.
27 Ibid.
28 Ibid.
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29 S.T. Bilounga, « L’incidence de la lutte contre le covid 19 sur les finances publiques camerounaise », op.
cit, p. 8.
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Pour l’usage concret desdits fonds, les pouvoirs publics, notamment le Premier
Ministre a adopté le Décret n° 2020/3221/PM du 22 juillet 2020 fixant la répartition
de la dotation de ce fond spécial. Ce sont, en effet, des ressources qui serviront,
comme le résume un observateur, « en priorité à certaines activités, notamment, la recherche
active des cas de Covid-19 et leur prise en charge, l’acquisition des intrants et l’encadrement des
producteurs agricoles, pastoraux ou piscicoles afin de réduire la dépendance alimentaire, le financement
de la recherche et de l’innovation dans le cadre de la lutte contre la pandémie […] le développement
et la promotion de l’enseignement à distance, la mise en place d’un système visant à garantir la
disponibilité des stocks des produits de consommation courante, l’octroi des appuis de soutien aux
personnes socialement vulnérables et enfants de la rue infectés par le Covid-19 et la couverture des
dépenses liées aux mesures administratives de régulation sociale »30. Dans cette perspective, la
protection de l’intégrité territoriale par les pouvoirs publics, notamment les services
de la défense, a bénéficié parmi l’ensemble des ministères, soit vingt-cinq, d’une
dotation leur permettant de faire face à la pandémie.
Cette dotation a également été marquée par des singularités dans la mesure où
certaines institutions comme le ministère de la santé publique, le service de la dette
intérieure et le ministère de l’économie de la planification et de l’aménagement du
territoire ont bénéficié d’une dotation importante. Mais, comme le souligne la
doctrine, « la plupart des autres institutions »31, comme par exemple le ministère de la
défense, « sont, en moyenne, bénéficiaires d’une dotation plus ou moins supérieure à 6 milliards ou
à 1 milliard »32. Cela n’est pas négligeable.
Comme on le voit, les services de la défense n’ont pas été oubliés dans le
renforcement des moyens financiers en vue de faire face à la pandémie de la
COVID 19. Il s’est certainement agi d’un renforcement des moyens en vue de garantir
la protection de l’intégrité territoriale, l’une des missions de ce service. Cela est d’autant
plus vrai que l’examen de la loi n° 2020/018 du 17 décembre 2020 portant loi de
finances de la République du Cameroun pour l’exercice 2021 va dans le même sens.
De manière générale, cette loi, elle aussi adoptée dans un contexte de crise sanitaire a
été influencée par ce contexte sanitaire. Elle « devait faire face à une conjoncture fluctuant au
gré des évolutions de la situation sanitaire et des mesures de ripostes prises à la fois sur le plan interne et
international »33. Selon le Document du Débat d’orientation budgétaire, la maîtrise de la
situation sanitaire et l’atténuation des impacts socioéconomiques de la pandémie ont
été inscrites dans les objectifs prioritaires du triennat 2021-202334.
L’influence de la COVID 19 sur la protection de l’intégrité territoriale s’est
traduite ici par la présence du Ministère de la défense parmi les services dont le
chapitre budgétaire a connu une augmentation de crédit de plus de 08 milliards en
30 Art 3 du décret, repris par, S.T. Bilounga, « L’incidence de la lutte contre le covid 19 sur les finances
cit, p. 15.
32 Ibid.
33 T. Nguimfack Voufo, « Commentaire », loi n° 2020/018 du 17 décembre 2020 portant loi de finances
de la République du Cameroun pour l’exercice 2021, Juridis Périodique, n° 124, 2020, p. 54.
34 Ibid.
166
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35 Ibid, p. 63.
167
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36 Cf art. 30.
37 V° art. 29 alinéa 5 de la Charte Africaine des droits de l’homme et des peuples.
38 V° art. 27 alinéa 2 et 28 de la Charte.
39 Art 3.
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comme le décrit la doctrine, est caractérisé par l’« émergence du pluralisme politique et
l’avènement d’élections concurrencées et disputées ; la consécration des droits fondamentaux dans les
constitutions ; et l’instauration des Cours constitutionnelles pensées comme gardiennes de ces droits et
garantes de la démocratisation des États »40. La Constitution étant ainsi « vénérée, sacrée, érigée
en quasi totem juridique des démocraties émergentes »41, il fallait bien qu’elle ait aussi des
droits ; droit au respect par les citoyens. La doctrine précise également que dans ce
contexte, la Constitution en Afrique a été « appropriée par le pouvoir, par les partis politiques,
par les citoyens ; une constitution commentée dans les palais des Républiques, bien sûr, mais aussi
dans les médias ou sur les marchés, véritables agora participatives de substitution »42. Cela est tout
à fait logique car, la Constitution apparaît comme étant le pacte social.
Ces précisions, nécessaires, étant faites, on comprend que c’est dans ce cadre que
pour continuer à assurer, entre autres, la préservation de l’intégrité territoriale du
Cameroun en ces temps de crise sanitaire liée à la COVID 19, les pouvoirs publics ont
fait recours à cette solidarité nationale en mettant en place une contribution financière
pour les citoyens. C’est le sens qu’on peut donner à la création du Fonds spécial de solidarité
nationale pour la lutte contre le coronavirus et ses répercussions économiques et sociales.
En effet, dans le cadre de l’approvisionnement de ce fond les citoyens sont, eux-
aussi, conviés. Il s’agit d’un fond de solidarité qui est approvisionné par diverses
recettes au rang desquelles celles des personnes physiques et morales. Il peut donc
s’agir des contributions des citoyens, pris individuellement, ou encore des citoyens
dans le cadre d’une association. L’on comprend ainsi que la crise sanitaire de la
COVID 19 a occasionné une sorte de contribution aux charges publiques pour les
citoyens. Il est certain que ces contributions visent à faire face aux obligations de
l’État, notamment l’implémentation des mesures de lutte contre la pandémie. Ainsi
apparait l’apport des citoyens à la protection de l’intégrité du territoire face à la
COVID 19. Ces contributions étant volontaires, fondées sur la solidarité nationale,
elles marquent ainsi la souplesse qui caractérise l’influence de la COVID 19 sur cette
protection. L’influence est également mineure au regard d’une mobilisation humaine,
volontaire, des citoyens pour la protection de l’intégrité territoriale.
40 F. Hourquebie, « Le sens d’une constitution vue de l’Afrique », Conseil constitutionnel, n° 1, 2018, p. 35.
41 Ibid.
42 Ibid.
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crise. Cela doit être expressément déclaré par les autorités compétentes dans les formes
régulières43.
Selon les termes du préambule de la Constitution camerounaise du 18 janvier 1996,
« tous les citoyens contribuent à la défense de la patrie »44. Cette contribution peut aussi être
humaine donc au plan des ressources humaines. La patrie comprend aussi l’intégrité
territoriale. Ainsi que le souligne Michel Borgetto, « l’idée de nation joue […] dans l’émergence
de la triade républicaine, un rôle capital » dans la mesure où elle est « à la fois instrument de
réalisation et traduction politique et juridique de la patrie »45.
Cette obligation pour le citoyen de protéger l’intégrité territoriale concerne les
citoyens tant au plan individuel que collectif. Du point de vue collectif, elle concerne,
par exemple, les associations, ou encore les partis politiques. Le constituant y met
également un accent à imposer des devoirs aux partis politiques dans le but de
sauvegarder les intérêts nationaux. Tout en consacrant la liberté pour les citoyens de
s’organiser au sein des partis politiques, le constituant camerounais met en même temps
à leur charge certaines obligations en vue de préserver les intérêts de l’État. Le respect
de la loi qui leur est imposée comporte ainsi le respect du caractère indivisible de l’État
du Cameroun, indivisibilité chère au Cameroun. Le législateur camerounais, à la suite
du constituant, a prévu que : « ne peut être autorisé tout parti politique qui : -porte atteinte à
l’intégrité territoriale, à l’unité nationale, à la forme républicaine de l’État, à la souveraineté nationale
et à l’intégration nationale, notamment par toutes sortes de discriminations basées sur les tribus, […],
les groupes linguistiques ou les confessions religieuses ; […] »46. Cela est important au regard des
menaces à caractère séparatistes que connaît le Cameroun ces dernières années. La
Charte africaine des droits de l’homme et des peuples abonde dans le même sens
lorsqu’elle dispose, d’abord, que le citoyen a le devoir de ne pas « compromettre la sécurité
de l’État dont il est national ou résident », ensuite, qu’il est tenu de préserver et renforcer la
solidarité sociale et nationale et, enfin, qu’il doit préserver et renforcer l’indépendance
et « l’intégrité territoriale de la patrie et, d’une façon générale […] contribuer à la défense de son pays »47.
Ces précisions, nécessaires, étant faites, l’influence de la COVID 19 sur la protection
de l’intégrité territoriale par les citoyens au Cameroun reste mineure sur le plan de la
mobilisation humaine. Cette mobilisation est restée davantage volontaire.
La mobilisation des citoyens, au-delà du respect des mesures barrières édictées par
le gouvernement pour lutter contre la propagation du virus, est restée à l’image des
mobilisations face aux revendications séparatistes dans les régions du Nord et du Sud-
Ouest. Ces mobilisations sont restées davantage volontaires. Il faut rappeler que le
rattachement de l’ancien Cameroun occidental au Cameroun oriental pour former une
43 En ce sens J. Djeuya Tchupou, « La lutte contre le corona virus (covid-19) au Cameroun : recherches
sur les fondements juridiques de la stratégie gouvernementale de riposte face à la pandémie », Le nemro,
avril/juin 2020, Dossier spécial : La covid-19 et le droit, p. 300.
44 V° Préambule de la loi constitutionnelle n° 96/06 du 18 janvier 1996 portant révision de la
Constitution du 02 juin 1972, modifiée et complétée par la loi n° 2008/001 du 14 avril 2008.
45 M. Borgetto, La devise liberté, fraternité, égalité, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1997, n° 3196.
46 Art. 9, loi n° 90/06 du 19 décembre 1990 relatives aux partis politiques.
47 Art 29 alinéa 3.
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48 Art 2 du décret.
49 Propos du coordonnateur recueillis dans Cameroun Tribune du 25 juin 2020.
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défense dans la lutte contre ces menaces à la sécurité du Cameroun, comme le souligne
justement le Chef de l’État, ces populations participent à la protection de l’intégrité
territoriale.
Face à la crise sanitaire liée à la COVID 19, la mobilisation des citoyens en vue de
la protection de l’intégrité du territoire est restée quasiment la même. Le Président de
la République l’a implicitement souligné dans son discours susvisé lorsqu’il a relevé que
le fait que certains citoyens, « regroupés autour d’une personnalité dont les ambitions avaient été
déçues lors de la dernière élection présidentielle, aient profité des difficultés sécuritaires et sanitaires pour
tenter de susciter une insurrection, faussement appelée "marches pacifiques". Grâce à la maturité du
peuple camerounais, ces marches ont heureusement été peu suivies ». C’est certainement le souci de
protéger l’intégrité territoriale de l’État dans ce contexte de crise sanitaire de la
COVID 19 qui a amené certains citoyens à s’abstenir de participer à de telles initiatives ;
des marches qui pouvaient déboucher sur une atteinte à l’intégrité territoriale. C’est
certainement en ce sens que le Chef de l’État s’est interrogé en ces termes : « est-il
vraiment nécessaire de rappeler qu’en démocratie, l’accès aux responsabilités politiques est assuré par la
voie des urnes et non par la rue, par certains médias ou par les réseaux sociaux ? » En tout état de
cause, dans ce contexte de crise sanitaire relative à la COVID 19, les citoyens ont d’une
certaine manière démontré leur volonté à participer à la préservation de l’intégrité
territoriale. Cela traduit sans doute cette influence mineure de la COVID 19 sur la
protection de l’intégrité territoriale par les citoyens.
Conclusion
50 J-L Atangana, « Le territoire dans les constitutions africaines », op. cit, p. 53.
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Résumé
Le temps de l’urgence est sans doute celui des incertitudes. On l’aurait constaté
avec la pandémie à Corona Virus, élevée au rang d’une urgence de santé publique de
portée internationale par les institutions autorisées. Il s’en est inféré une urgence
sanitaire qui, en rapport avec le droit invitait à l’interrogation de la disposition de
celui-ci par rapport à elle. A l’analyse il ressort que le droit se donne à voir dans une
disposition ambivalente. Si d’une part, il est mobilisé pour faire face à la pandémie en
étant une sorte de thérapie, il subit cependant d’autre part ses exactions et dans ce
cas, il devient une victime. Sous l’aspect de la mobilisation, le droit international tout
comme le droit interne est convoqué sous l’aspect avenant d’une solidarité aussi bien
au niveau international qu’au niveau national. Mais malgré cette mobilisation, la
brutalité de la pandémie est telle que le droit en subit toujours la contrainte. Il ploie
finalement sous la pression de l’urgence qu’il est censé réguler.
1 A. CAMUS, cité par M. POULAIN, « Urgence sanitaire et droit international », Actualité et droit
international, Revue d’analyse juridique et de l’actualité internationale, mars 2002, p. 1.
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été contaminé par la Covid-19, parce que testé positif. Peut-on en dire autrement
quand l’on sait que la systématisation des normes juridiques n’a pas toujours pendant
cette période d’urgence été sans reproches2.
La Covid-19 a placé tous les États dans une situation d’urgence. Les États tout
comme la Communauté internationale ont sensiblement re/découvert une
responsabilité qui est la leur ; la responsabilité de protéger, non pas dans des
situations de crises politiques où le recours à la police ou la force armée républicaine
est de principe, mais une responsabilité de protéger en situation de pandémie où
toutes les composantes de la société restent fragiles et sensibles3. Le fonctionnement
des institutions en a subi le coup aussi bien à l’échelle internationale que nationale.
C’est ainsi que « par un phénomène de capillarité, les différents secteurs affectés par les crises de
santé publique ont dû s’adapter à leurs obligations nouvelles en matière de risques sanitaires »4. L’on
peut gager qu’elle constitue aujourd’hui l’un des catalyseurs d’une mutation des
politiques de santé5, invitant à la redéfinition des politiques de la santé publique pour
une meilleure sécurité sanitaire6.
Face à la situation de la Covid-19, l’on a assisté à des solidarités à multiniveaux qui
se sont développées çà et là dans le but d’écarter le danger7. Il y a eu comme une
mobilisation de tous et la mobilisation de tous les moyens appropriés pour arrêter la
progression du mal. Elle a pu donner aux États et à la communauté internationale
l’occasion de mettre à l’épreuve le cadre stratégique qu’ils ont élaboré pour répondre
aux situations d’urgence sanitaire internationale8. Elle a davantage invité à un
éclairage « sur les différents aspects juridiques et le rôle [des acteurs du droit] dans les crises sanitaires
de grande ampleur qui constituent l’un des nombreux dommages collatéraux de la mondialisation,
en même temps ». Elle a en outre donné de repenser, « le système de sécurité sanitaire collective
dont l’existence a été affirmée par le Conseil de sécurité à l’occasion de la crise d’Ebola »9.
Dans l’optique de mieux appréhender le sujet, il serait judicieux de clarifier la
notion d’urgence sanitaire. Il faut cependant partir de l’appréhension de la notion
d’urgence pour aboutir à celle de l’urgence sanitaire. Suivant cette logique, la notion
d’urgence révèle généralement une situation périlleuse obligeant à intervenir
immédiatement. En matière médicale, elle renvoie à un cas d’une extrême gravité
2 A. GELBLAT et L. MARGET, « Etat d’urgence sanitaire : la doctrine dans tous ses états ? », La Revue
des Droits de l’Homme, n° 18, avril 2020, pp. 1 et s.
3 L. KHOURY, « Crises sanitaires et responsabilité étatique envers la collectivité », RDUS, vol. 46, n° 2,
2016, p. 261.
4 D. TABUTEAU, « La sécurité sanitaire, réforme institutionnelle ou résurgence des politiques de santé
L’exemple du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) », Actualité et droit international, Revue d’analyse
juridique et de l’actualité internationale, novembre 2003, p. 1.
9 B. B. GENEVIEVE, « Hélène de Pooter, Le droit international face aux pandémies : vers un système de sécurité
sanitaire collective ?, Paris, Pedone, 2015, XII + 562 p », AFDI, vol. 60, 2014, p. 974.
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PRÉTOT (dir.), Droit de l’urgence et crise sanitaire, Séminaire chercheurs IRJS, Revue Juridique de la Sorbonne -
Sorbonne Law Review, n° 2, décembre 2020, p. 112.
11 P. PASQUINO, « Urgence et Etat de droit. Le gouvernement d’exception dans la théorie
p. 751
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En rapport avec le droit, l’urgence induit une situation juridique à part, parce que
s’écartant du vécu quotidien pour s’inscrire dans une perspective d’exception. Si bien
que le droit de l’urgence apparaît comme un droit exceptionnel ou un droit
d’exception17. L’urgence sanitaire est ainsi une situation de péril en la demeure causée
par une pandémie dont il est nécessaire d’intervenir à l’immédiat, sinon pour écarter
le danger, du moins pour sauver les meubles ou endiguer la maladie. La pandémie de
la Covid-19 a été érigée par l’OMS au rang d’« une urgence de santé publique de portée
internationale »18. Une telle qualification de la pandémie ne découle pas d’une simple
présomption ; elle s’appuie sur le matériau normatif international relatif à la santé,
notamment le Règlement sanitaire international de 2005 qui en fixe les critères.
Selon l’article premier de ce Règlement -qui s’est imposé sur la pression des
progrès considérables de la science médicale qu’il convenait désormais d’appliquer et
de l’augmentation du trafic mondial induisant les risques d’épidémies voire des
pandémies-19, l’urgence de santé publique de portée internationale « s’entend d’un
événement extraordinaire dont il est déterminé, comme prévu dans le présent Règlement, qu’il constitue
un risque pour la santé publique dans d’autres États en raison du risque de propagation
internationale de maladies ; et qu’il peut requérir une action internationale coordonnée »20. En
janvier 2020, c’est-à-dire quelques mois après l’apparition de la pandémie à Corona
Virus, le Docteur Tedros ADHANOM GHEBREYESUS, Directeur de l’OMS
déclarait la Covid-19 comme une urgence de santé publique de portée internationale.
Pour y parvenir, sans doute aurait-il fait application de l’article 12 du Règlement
suivant lequel, « pour déterminer si un événement constitue une urgence de santé publique de portée
internationale, le Directeur général tient compte : a) des informations fournies par l’État Partie ; b)
de l’instrument de décision figurant à l’annexe 2 ; c) de l’avis du Comité d’urgence ; d) des principes
scientifiques, ainsi que des éléments de preuve scientifiques disponibles et autres informations
pertinentes ; et e) d’une évaluation du risque pour la santé humaine, du risque de propagation
internationale de maladies et du risque d’entraves au trafic international »21. L’érection de la
Covid-19 à une telle échelle imposait alors la mobilisation du dispositif approprié
pour y faire face.
L’urgence sanitaire induite par la Covid-19 a de nouveau confirmé l’extrême
actualité des problématiques juridiques qu’elle aurait générées. Elle invite à
s’appesantir sur la disposition du droit dans les situations de pandémie22. Suivant cette
logique, l’on peut poser la question de savoir quelle a été la disposition du droit face
à l’urgence sanitaire causée par la Covid-19 ? C’est que, le droit comme soutenait
Michel VIRALLY, est le « visage même de la société, dominant l’individu ou le soutenant »23.
17 X. LAGARDE, op.cit.
18 S. TREMBLAY-HUET, « La santé publique sous-légalisée au sein de l’Organisation Mondiale de la
Santé ? Une exploration TWAIL d’une apparence de technocratie », RDUS, vol. 46, n° 2, 2016, p. 341.
19 Cl. -H. VIGNES, « Le règlement sanitaire international. Aspects juridiques », AFDI, vol. 11, 1965,
p. 651.
20 Article Premier du Règlement Sanitaire International de 2005.
21 Article 14 du Règlement précité.
22 M. -E. COUTURE MEDARD et D. PAVOT, op.cit., p. 252.
23 M. VIRALLY, « Le phénomène juridique », RDP, vol. 82, p. 10.
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Et comme « nous vivons dans le droit et par lui ; c’est lui qui fait de nous ce que nous sommes ;
des citoyens, des employés, des diplômés, des époux et des propriétaires […] ; nous sommes les sujets
de l’empire du droit »24 selon Ronald DWORKIN, il investit nos aires et structure le
monde. Dans les contextes d’urgence, la science dans sa diversité d’expression n’est
pas moins convoquée comme moyen de règlement. Le droit qui n’en est pas moins
une, participe aussi de cette entreprise. Confronté à de telles situations, le juriste
notamment se réfère par reflexe au droit pour l’interroger dans ses prescriptions et
dans sa portée. On se réfère notamment au droit positif pour interroger son rapport
à l’urgence. La problématique se trouve de la sorte justifiée, puisqu’à l’observation,
l’urgence induite par la pandémie à Coronas aurait été une épreuve impliquant le droit
comme norme.
Renvoyant généralement à l’ensemble des normes juridiques aménagées dans
l’optique de réguler le fonctionnement de la société quel que soit le domaine
considéré, le droit est partie prenante de l’ensemble des mouvements qui affectent la
société et devrait se donner à voir comme un instrument déterminant. Dans des
contextes d’urgence, il devrait pouvoir continuer à vivre et se déployer dans sa
diversité d’expression pour donner la mesure de son utilité sociale. C’est en cela qu’il
est un instrument efficace de régulation sociale, le véhicule d’une utilité dans les
situations compromettantes comme dans le contexte de la Covid-19.
Il faut cependant relever que ce n’est pas seulement du droit de la santé qu’il est
question ici, mais du droit dans sa diversité pour marquer les contours et le contenu
de l’analyse. L’entreprise pourrait de ce fait apparaître comme irréalisable au regard
même de la diversité des domaines juridiques ; mais elle s’incline vers la tendance
publiciste pour s’offrir comme une analyse du droit public de l’urgence sanitaire. Ce n’est
toutefois pas sans fondement, car comme l’observe un auteur, « le droit public, depuis
l’antiquité, a bâti la figure juridique du gouvernement d’exception comme instrument destiné à protéger
en même temps la société, en cas de danger, et les droits des citoyens, sur la longue période »25. Si bien
que le droit de l’urgence ou le droit d’exception en général pourrait essentiellement
mais non exclusivement se justifier d’une filiation publiciste, surtout en matière
sanitaire où la protection de la santé publique « est d’abord dans son essence classique, affaire
de droit public »26.
L’urgence sanitaire induite par la Covid-19 offre l’occasion d’analyser les sources
du droit de la santé et conséquemment le droit de l’urgence dans le domaine
sanitaire27. Elle permet d’explorer les sources du droit international comme celles du
droit national de la santé jadis délaissées par la doctrine28 et toujours en friche, malgré
une relative attention de la doctrine. En valeurs théorique et pédagogique, l’analyse
peut alors être comptée ; mais pas moins sur le plan pratique, quand on sait que le
2016, p. 264.
27 E. JEULAND et S. PRÉTOT (dir.), Droit de l’urgence et crise sanitaire, op.cit., 121 p.
28 M. BELANGER, Le droit international de la santé, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1997, 126 p.
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Parler du droit comme thérapie à la crise sanitaire induite par la Covid-19, c’est
l’inscrire parmi les solutions miracles de lutte contre cette pandémie. Il ne s’agit
toutefois pas d’en faire un traitement aux allures médicamenteuses ou même à la
dimension d’un vaccin ; d’ailleurs que même dans ces cas, le droit n’est pas absent de
l’environnement, il y participe au titre de la régulation de leur implémentation. Le
droit n’est pas admissible au touché ; il se laisse voir dans ses manifestations, dans sa
mobilisation. En l’espèce, il a été mobilisé à diverses échelles comme un instrument
déterminant31 que ce soit à l’échelle nationale (B), internationale (A) voire régionale.
Cette dernière échelle pourrait toute proportion gardée être partie prenante de
l’échelle internationale ; si bien que l’analyse de celle-ci peut absorber celle-là.
29 M. BELANGER, « Réflexions sur la réalité du droit international de la santé », RQDI, n° 2, 1985, p. 20.
30 M. -Cl. PREMONT et M. -E. COUTURE-MEDARD, « Le concept juridique de l’urgence sanitaire :
une protection contre les virus biologiques et… politiques », Le Carrefour des acteurs publics, vol. 7, n° 2,
2020, p. 2.
31 T. R. OUEDRAOGO, « Les instruments du droit international dans la lutte contre les pandémies »,
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La solidarité internationale est l’une des voies généralement empruntées dans des
contextes d’urgence comme celui de la Covid-19. Elle trouve son fondement en droit
international. Elle n’est pas moins complexe dans son appréhension ; cette
complexité exige dès lors une certaine mesure dans l’emploi et le maniement. Il serait
judicieux de s’y attarder avant de s’intéresser à sa mise en œuvre dans le cas d’espèce.
La notion de solidarité internationale
La notion de solidarité évoque l’idée d’une dépendance réciproque impliquant
l’entraide. Elle n’est pas nouvelle en science. Elle a traversé les âges et les disciplines.
Elle est vieille de plus d’un siècle et le droit romain en porte les repères historiques32.
Elle trouve place dans les postulats de la Philosophie des Lumières avec l’idée de
contrat social construite notamment sur les solidarités humaines33 en vue d’une
meilleure protection par le Prince34. Dans la vision d’institutionnalisation du contrat
social, il fallut d’ailleurs que les uns et les autres puissent reconnaitre l’évidence de
leur fragilité dans l’expression individuelle avant de pouvoir affirmer la solidarité du
groupe comme élément indispensable de leur protection35.
La solidarité n’est alors au départ dans l’esprit de personne une vertu s’imposant
à l’être dans son essence ; elle serait plutôt la conséquence de la fragilité de l’homme36,
la conscience de sa vulnérabilité dans le déploiement individuel37. Elle est une
nécessité mieux que la traduction d’une volonté délibérée. Elle relève comme en droit
international d’une opportunité mieux qu’une réelle volonté de construction d’une
communauté38. Pour Léon Duguit, la solidarité était une norme objective s’imposant
aux gouvernants et l’État n’était qu’un simple mode de réalisation39. Elle s’est ancrée
en philosophie politique française devenue la « doctrine de la Troisième République »40
sous la plume de Léon Bourgois avant d’atteindre au travers des époques les sentiers
32 A. SUPIOT, « Sur le principe de solidarité », in A. SUPIOT (dir.), La solidarité. Enquête sur un principe
juridique, Paris, Odile Jacob, Coll. « Collège de France », 2015, p. 67. Du même auteur, « Introduction »,
in A. SUPIOT (dir.), Face à l’irresponsabilité : la dynamique de la solidarité, Collège de France, 2018, p. 7.
33 A. SUPIOT, La gouvernance par les nombres, Cours au Collège de France (2012-2014), Fayard, coll. « Poids
p. 51
35 H. KARLFRIEDRICH, « Contrat et histoire. La transformation du contrat social de Rousseau à
l’autre, Thèse de Doctorat en Science politique, Institut universitaire européen, Florence, juin 1996, pp. 24
et s.
38 M.-E. COUTUME MEDARD et D. PAVOT, op.cit., p. 259.
39 A. SUPIOT, « Introduction », op.cit., p. 8.
40 M. Cl. BLAIS, « La solidarité », in Théories éducatives et réformateurs sociaux, Le Télémaque, n° 33, mai 2008,
p. 9
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du droit moderne41. Elle y est conçue comme un principe42, un droit43, mais aussi
comme un devoir. Dans son essence et suivant son érection en un principe juridique,
elle est de loin un simple sentiment de sympathie conduisant à l’entraide ou une
simple valeur morale constituant une simple donnée des rapports sociétaux. La
solidarité, en tant que principe implique un devoir, celui de solidarité44.
Ainsi, sortie des arcanes des sociétés romaines, la solidarité a été érigée en un
principe juridique aussi bien à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale où elle
constitue un principe de justice sociale. Alain SUPIOT écrit que « la solidarité a ainsi
acquis la capacité sulfureuse de désigner aussi bien une norme découverte par la science qu’un principe
de justice sociale »45. Reposant sur un présupposé philosophique, la solidarité suivant
SUPIOT, est dotée dans son essence de cinq (5) sens différents réunis rarement dans
sa dimension juridique. Il s’agit du sens affectif de la compassion, du sens sacrificiel
de l’abnégation, du sens synallagmatique de la mutualité, du sens coopératif de
l’action collective et enfin du sens objectif de l’interdépendance46. Il semble que dans
la vision du droit international de la santé, la notion de solidarité revêt tous ces sens,
surtout dans des contextes d’urgence sanitaire. Le mal est qu’en cette matière, subsiste
relativement la soft law, les États étant le plus souvent dans une disposition de
volontarisme que d’obligations47.
La solidarité s’impose comme un principe structurant du droit international, une
valeur internationale48 qui devrait dominer l’égoïsme étatique dans des circonstances
précises. Elle « est inhérente à l’existence de la communauté internationale dont il est aujourd’hui
difficile de contester l’existence »49. Sa consécration est diffuse dans les instruments du droit
international. Si ce n’est pas en termes de principe, c’est en termes de but à atteindre50.
S’assimilant parfois à l’idée d’une exigence de coopération, la solidarité symbolise
l’appartenance de tous à la même communauté dont les problèmes doivent être
résolus par le concours de tous et donc dans un esprit de solidarité, de coopération.
Elle tirerait son fondement de cette appartenance à une communauté internationale
partageant en commun plusieurs aspects de la vie sociale comme l’environnement, la
santé publique, dominant par principe l’individualisme étatique dans un monde
globalisé. Dans la Charte des Nations Unies, l’un des buts est la réalisation de « la
coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social,
bourse d’étude et de recherche du Conseil de l’Europe dans le domaine des droits de l’homme, 1993, 66
p.
44 M. Cl. BLAIS, op.cit., p. 9
45 A. SUPIOT, « Introduction », op.cit., p. 8.
46 Ibid., p. 10.
47 M. KAMTO, Droit international de la gouvernance, Paris, Edition. A. Pedone, 2013, pp. 9 et s.
48 M.-E. COUTUME MEDARD et D. PAVOT, op.cit., p. 255.
49 Ibid., p. 256.
50 Voir la Déclaration et programme d’action de Viennes de 1993, Déclaration de Copenhague sur le
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plan international. Le principe de solidarité et de relations amicales affirmé implicitement par la Charte de l'Organisation
des Nations Unies et réaffirmé par celle de l'Organisation de l'Unité Africaine est applicable aux rapports entre les Etats.
2. Dans le but de renforcer la paix, la solidarité et les relations amicales, les Etats, parties à la présente Charte, s'engagent
à interdire : i. qu'une personne jouissant du droit d'asile aux termes de l'article 12 de la présente Charte entreprenne une
activité subversive dirigée contre son pays d'origine ou contre tout autre pays, parties à la présente Charte ; ii. que leurs
territoires soient utilisés comme base de départ d'activités subversives ou terroristes dirigées contre le peuple de tout autre Etat,
partie à la présente Charte ».
58 A. SUPIOT, « Introduction », op.cit., p. 10.
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circonstance »59. Il est d’ailleurs loin le temps où le monde était constitué en un « pavage
d’États souverains, n’ayant entre eux d’autres liens que ceux qu’ils tissent librement. L’essor
technologique, par les facilités qu’il donne (…) et par les risques qu’il engendre, lie tous les États du
monde et les rend objectivement solidaires »60. La solidarité est ainsi imposée par les
mutations de l’ordre international dans lesquelles la souveraineté des États n’est pas
moins comptée61. La conscience d’une interdépendance dans un monde complexe
oblige les États à se constituer en entités solidaires autour des intérêts communs. La
santé publique s’est révélée être une préoccupation fondamentale internationale tant
elle serait juridiquement constituée comme une condition fondamentale de la paix
du monde et de la sécurité dont la réalisation dépend de la coopération la plus étroite
des individus et des États62.
La coopération est de la sorte conçue comme l’un des moyens décisifs de mise en
œuvre de la solidarité internationale en matière d’urgence sanitaire63. Elle est
matérialisée au travers de la synergie d’efforts des États confrontés à une
préoccupation sanitaire de portée mondiale ; l’objectif étant la réalisation d’actions
collectives et communes64 aux fins d’une lutte optimale qu’un Etat seul ne peut
assurer. Aussi, a-t-on entendu le Secrétaire général de l’Organisation des Nations
Unies déclarer en mars 2020 que « Nous sommes confrontés à une crise sanitaire planétaire
comme l’Organisation des Nations unies n’en a jamais connu en 75 ans d’histoire – une crise qui
propage la souffrance dans toute l’humanité, met en péril l’économie mondiale et bouleverse la vie de
tout un chacun […] ; les mesures prises au niveau national ne permettront pas de remédier à la crise,
dont l’ampleur et la complexité ont un caractère international »65.
L’impression qui se dégage de la lecture des textes est le caractère biforme de la
solidarité internationale. Dans certaines lignes, la solidarité au travers de la
coopération s’inscrit dans la permanence, et n’a nul besoin d’être activée par les
structures et organes autorisés. Ce qui laisse croire que l’indépendance permanente
eu égard à la mondialisation et à la globalisation continue, invite à une collaboration
quotidienne pour le bien de la communauté. Mais des fois, on a l’impression qu’elle
doit être suscitée par un appel des organes autorisés pour pouvoir entrer en
mouvement. Et dans ce cas, c’est lorsque l’urgence se présente que les sursauts de
solidarités sont sollicités et entrepris.
En tout état de cause, cette imprécision textuelle est corrigée par la pratique. La
permanence dans la solidarité est une réalité, si l’on en juge par l’élément fondamental
de la coopération multilatérale en matière sanitaire constante qui plus est, est
Principe ou droit ? Aspects philosophiques, politiques et juridiques, Actes du Colloque, 2017, p. 62.
60 Ibid., p. 26.
61J. -R. KEUDJEU DE KEUDJEU, « Mutations de l’ordre international et souveraineté de l’Etat en
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2020, pp. 33 et s.
69 M. BELANGER, op.cit.
70 Ibid.
71 H. de POOTER, « Aperçu de la coopération internationale en matière de surveillance et de riposte aux
épidémies et aux pandémies », in Santé et droit international, Colloque de Rennes, Société Française pour le Droit
International, Paris, Editions A. Pedone, 2018, p. 231.
72 M. POULAIN, « Les nouveaux instruments du droit international de la santé. Aspects de droit des
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Dans la lignée des acteurs déployés, l’ONU ne s’implique pas moins dans lutte
contre l’urgence, ce au travers de son Secrétaire Général. Ce dernier édicte des
postures normatives pour éviter la propagation de la pandémie83. Dans l’histoire des
urgences sanitaires de portée internationale, le rôle du Secrétaire Général de l’ONU
a le plus souvent été déterminant. Ce fut le cas avec la lutte contre l’épidémie du
choléra où il soutenait une « responsabilité morale envers les victimes »84. Le rôle du Conseil
de sécurité est à ce niveau minable, brillant dans le contexte de la Covid-19 par une
certaine inertie85.
Les États s’inscrivent dans le catalogue des acteurs du droit international sanitaire
déployé pour la cause de la santé publique mondiale. Placé au premier plan des
mesures de prévention édictées par l’OMS, l’État est une figure importante et
imposante dans la lutte contre les pandémies. Les instruments du droit international
sanitaire lui reconnaissent une telle posture. Cela tient au fait qu’il n’y a pas un État
qualifié de « communauté internationale ». La pandémie émerge toujours d’un coin précis
du monde, et ce dans un État, avant de se propager dans les autres espaces. Ainsi, les
mesures prises en amont, que ce soit au niveau régional ou international, sont
toujours implémentées en aval dans les États et par eux. Leur rôle est d’autant plus
déterminant dans le succès de lutte contre la pandémie que « la non-participation d’un
seul (…) est susceptible de mettre en péril les efforts de tous les autres »86. D’un Etat à l’autre, le
rôle est presque le même dans la fonction sanitaire. Il promeut et protège la santé,
évalue et surveille l’état de la santé de sa population, prévient les maladies en prenant
en conséquence des mesures jugées utiles pour la prévention optimale. Il prévoit et
intervient dans les cas d’urgence sanitaire comme la Covid-19. Comme rappelle Lara
KHOURY, ces fonctions sont plus ou moins larges, et impliquent du reste, les
encouragements dans la collaboration, dans le domaine de la santé publique, la
coordination des politiques et les programmes de l’administration publique, la
promotion de la coopération à l’échelle internationale avec divers autres acteurs tels
que les organisations internationales et autres organismes et personnes intéressés87.
Les ONG à vocation humanitaire ne restent pas souvent en marge de la lutte
contre l’urgence sanitaire internationale. Leur vocation s’adjoint pendant les
situations d’urgence à la fonction critique et dénonciatrice contre les imprudences
étatiques dans la lutte contre la pandémie. A titre illustratif, face à la propagation
rapide de la pandémie à Corona Virus, les ONG comme Action contre la faim, Première
Urgence International, International Médical Corps, ALIMA en appelaient en septembre
2020 à l’État camerounais à une intensification de la réponse humaine face aux
besoins croissants des populations de l’Extrême-Nord, placées sous le marteau et
enclume, avec la pandémie venue s’ajouter à l’insécurité entretenue par la Secte
83 M. NIAKATE, « Les effets de la Covid-19 sur la gouvernance de la sécurité au Mali. Quel rôle et
quelles responsabilités pour les acteurs du secteur de la sécurité ? », Policy paper, n° 3, juillet 2020, p. 1.
84 H. de POOTER, op.cit., p. 227.
85 OKILA et D. VINK, « Conseil de sécurité et renforcement de la lutte contre les pandémies en vertu
du chapitre VII de la Charte des Nations Unies », RDUS, vol. 46, n°, 2016, pp. 311 et s.
86 H. de POOTER, op.cit., p. 228.
87 L. KHOURI, op.cit., p. 265.
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terroriste Boko Haram88. Ainsi, partie prenante à une société civile internationale
engagée dans la lutte, les ONG constituent avec celle-ci, des défenseurs des multiples
causes imbriquées dans l’urgence sanitaire. Leurs actions sont souvent diverses. Elles
vont de la facilitation et de la défense des communautés et des groupes exclus, au
soutien, conseils et informations. En ce sens, la société civile s’illustre en l’espèce
comme un « correcteur clé des défaillances de l’État et du marché ; comme défenseur acharné de
meilleures politiques qui atteignent les communautés, répondent aux besoins des personnes et défendent
leurs droits ; comme ressource clé pour tenir l’État et le secteur privé redevables de leurs décisions, et
servir de rempart contre la corruption »89. Ce qui fait dire que « la société civile n’a jamais été
aussi nécessaire, et il est clair que si la distanciation physique est nécessaire, elle ne peut se faire au
détriment de la solidarité sociale ; la solidarité est plus que jamais nécessaire pour aider chacun à
traverser cette crise et à en surmonter les effets »90.
L’urgence sanitaire Covid-19 a fait naître des figures individuelles dans la lutte
contre la pandémie. Non forcément apparus sur la figure des Prix Nobel, certains
individus influencent tant bien que mal la lutte contre la pandémie ; si bien que l’on
peut leur reconnaître relativement la posture d’acteurs du droit international. Certes,
on les percevrait mieux en tant qu’acteurs en relations internationales. Si l’on
emprunte à Marie Claude SMOUTS la conception selon laquelle un acteur sur le plan
international est toute entité dont les actions transfrontalières influences de manière
considérable la sphère internationale, il serait possible de reconnaitre le rôle d’acteurs
individuels au Président Malgache André RAJOELINA ou au le Docteur Didier
RAOUL engagés dans la recherche des solutions à l’éradication de la pandémie.
Dans tous les cas, c’est la collaboration de ces acteurs qui pouvait donner une
efficacité à la lutte contre la pandémie.
La collaboration entre les acteurs
La lutte contre une pandémie est rarement le fait des acteurs individualisés. Son
efficacité est subordonnée à des actions communes résultant de la collaboration des
différents acteurs. C’est pourquoi dans le Règlement Sanitaire International, tout
comme dans la pluralité des accords91 conclus par l’OMS avec les autres organismes
internationaux, la collaboration et la coopération y sont érigées en cheval de Troie
des mécanismes de recherche, de surveillance et de lutte contre les épidémies et
pandémies. Il s’agit en quelque sorte de mutualiser les responsabilités aux fins de
venir à bout d’une pandémie qui est insusceptible aux efforts individuels. La
collaboration de l’État ou d’un acteur déterminé à la recherche des solutions à une
civile à la pandémie, p. 5.
90 Ibid.
91 Voir Accord entre l’OMS et l’Organisation panaméricaine de la Santé ; Accord entre l’ONU et l’OMS ;
Accord entre l’Organisation internationale du travail et l’OMS ; Accord entre l’Organisation des Nations
Unies pour l’alimentation et l’agriculture et l’OMS ; Accord entre l’Organisation des Nations Unies pour
l’éducation, la science et la culture et l’OMS ; Accord entre l’Agence internationale de l’énergie atomique
et l’OMS ; Accord entre l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel et l’OMS ;
Accord entre la Commission de l’Union africaine et l’OMS.
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pandémie est la traduction de son ouverture aux actions coordonnées pour la cause
de la santé publique92. Ainsi, en fait d’urgence, la collaboration des acteurs vaut
efficacité.
La santé publique apparaît comme un bien universel. C’est un bien commun dont
l’assurance dépasse largement les efforts d’une seule entité. La collaboration des
acteurs en cette matière sanitaire s’inscrit dans le raisonnement en termes de
mondialisation qui suppose « de reconnaitre qu’aujourd’hui comme hier, il y a bien des façons
d’humaniser la planète, mais qu’aujourd’hui plus encore qu’hier, les unes et les autres s’influencent
mutuellement »93. En effet, les pandémies ont ceci de particulier qu’elles infligent des
souffrances qui imposent pour leur limitation les actions coordonnées d’institutions
étatiques, interétatiques et d’institutions privées qui expriment la volonté d’être
impliquées dans le processus. Les affres de la pandémie à Coronas Virus ne laissent
pas place à un investissement individuel des acteurs. Certaines mesures comme
l’inoculation du vaccin sont le résultat des actions coordonnées entre les acteurs du
droit international sanitaire. L’ONU dans son appel à l’action contre la pandémie en
mars 2020 relevait que « la pandémie de COVID-19 est un moment décisif pour la société
moderne. L’histoire jugera de l’efficacité de notre action non pas en fonction des mesures prises par tel
ou tel ensemble d’acteurs gouvernementaux considéré isolément, mais par le degré de coordination dont
le monde aura fait preuve dans tous les secteurs, dans l’intérêt de la grande famille humaine »94. Il
s’agit d’une invite à la coopération, à la collaboration, à la mutualisation des forces
pour un combat plus efficient.
Cependant, la collaboration n’a pas toujours été de mise en matière sanitaire. Les
États dans lesquels émerge la pandémie sont rarement ouverts à une franche
collaboration aux premières manifestations de la pandémie. Ils brillent parfois par
une réticence au déclenchement du processus de constatation de l’urgence de santé
publique de portée internationale tel qu’institué par le Règlement Sanitaire
International. C’est souvent face à la poussée meurtrière de la maladie qu’ils cèdent à
la collaboration. Cela tient sans doute à des considérations de stratégies politiques
liées à la souveraineté sur les ressources biologiques. Il en a été ainsi en Chine en
200295. C’est dire que même pendant l’urgence sanitaire Covid-19, les tentatives
d’individualité ont été recensées. A l’orée de la pandémie, l’OMS a brillé par une
inaction néanmoins imputable aux Etats qui selon un auteur, n’avaient pas jugé tôt
de « doter l’institution de suffisamment de moyens de vérification des informations transmises, ni
d’outils efficaces de réaction »96. Bien avant, la Chine n’a pas dans la foulée, notifié à l’OMS
le risque de propagation de la maladie pouvant aboutir à l’altération de la santé
publique comme prescrite par le Règlement Sanitaire International97. Il y a eu comme
une réticence à l’orée de la pandémie dans la collaboration qui a finalement entrainé
2020, p. 28.
95 M. POULAIN, op.cit.
96 R. MAUREL, « Pour un multilatéralisme plus éthique », Position Paper, n° 5, 4 mai 2020, p. 2.
97 Ibid.
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et significations. Relever dès lors dans une approche quelque peu holistique que l’état
d’exception en droit positif revêt plusieurs significations en ayant des dénominations
différentes avec pour illustration l’état de siège, peut être source de confusions100.
Toujours est-il que ces régimes régissent toutes les situations exceptionnelles dont il
urge d’y apporter des mesures exceptionnelles.
Il était alors douteux que face aux affres de la pandémie à Coronas Virus dans presque
tous les Etats du globe, qu’aucun ne puisse recourir à un régime d’exception. Dans
un élan de symphonie des mesures, la plupart des États ont déclaré l’état d’urgence
sanitaire. Il en a été ainsi en France avec la loi 2020-290 du 23 mars 2020, au Maroc
porté par le décret-loi n° 2-20-292 du 23 mars 2020 relatif à l’état d’urgence sanitaire
et aux procédures de sa déclaration, en Namibie le 17 mars 2020, au Congo par le
Décret n° 2020-93 du 30 mars 2020 portant déclaration de l’état d’urgence sanitaire
en République du Congo, au Tchad par le Décret n° 0708/PR/ 2020 portant
institution de l'État d'Urgence Sanitaire en République du Tchad. Au Malawi comme
en Afrique du Sud, il a été déclaré « l’état de catastrophe national » et l’état « d’alerte
nationale » en Guinée équatoriale. Dans la Province du Québec au Canada, c’est le
Décret 177-2020 du 13 mars 2020 qui porte la déclaration d’état d’urgence
sanitaire101. En Italie, le gouvernement adoptait en Conseil des ministres la « Déclara-
tion de l’état d’urgence en conséquence du risque sanitaire lie à "l’insurgence" de pathologies dérivantes
d’agents viraux transmissibles »102.
La terminologie employée pour y parvenir ne change rien à la signification du
régime institué dans ces États. Si en considération de leur singularité institutionnelle,
certains emploient des termes différents, il reste que l’état d’urgence, qu’on veille y
ajouter le terme « sanitaire », apparait à ce moment comme leur dénominateur
commun, leur point de confluence. C’est dire que toutes ces dénominations
renvoient en principe à une même réalité qu’est l’état d’urgence. En Espagne
cependant, c’est l’état d’alerte ou d’alarme qui a été déclaré, bien différent selon le
constituant espagnol de l’état d’urgence. L’état d'alarme ou alerte y « est destiné à faire
face aux urgences sanitaires, aux catastrophes naturelles ou à des situations similaires ; il n'entraîne
pas une suspension des droits mais une limitation à son exercice ordinaire »103. Ce régime ne se
confond pas à l’état d’urgence, conçu dans cet État « pour des crises de nature politique et
100 X. MAGNON et A. VIDAL-NAQUET, « L’état d’exception, nouveau régime de droit commun des
droits et libertés ? Du terrorisme à l’urgence sanitaire (Rapport de France) », Table ronde internationale
de justice constitutionnelle, Aix-en-Provence, 11 & 12 septembre 2020, p. 4.
101 M. -Cl. PREMONT, M.-E. COUTURE-MENARD et G. BRISSON, « L’état d’urgence sanitaire au
Québec : un régime de guerre ou de santé publique ? », RJTUM, vol. 55, 2021, p. 248.
102 L. MASSIMO, « L’état d’exception, nouveau régime de droit commun des droits et libertés ? Du
terrorisme à l’urgence sanitaire (Rapport d’Italie) », Table ronde internationale de justice constitu-
tionnelle, op.cit., p. 253.
103 M. CARRILLO, « L’état d’exception, nouveau régime de droit commun des droits et libertés ? Du
terrorisme à l’urgence sanitaire (Cas de l’Espagne) », Table ronde internationale de justice constitu-
tionnelle, op.cit., p. 173.
189
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104 Ibid.
105 J. ANDRIANTSIMBAZOVINA, « Les régimes de crise à l’épreuve des circonstances sanitaires
exceptionnelles », RDLF 2020 chron., n° 20, pp. 1 et s.
106 H. B. MRAD, « Covid-19 et pouvoirs de crise : Quels fondements juridiques ? », in H. REDISSI (dir.),
La Tunisie à l’épreuve du Covid-19, Friedrich Ebert Stiftung, Bureau de Tunis, 2020, p. 156.
107 A. GELBLAT et L. MARGUET, « Etat d’urgence sanitaire : la doctrine dans tous ses états ? », La
Revue des droits de l’homme, Actualités Droits et Libertés, 2020, p. 5. ; M. CHAFIK SARSAR, « Vicissitudes du
système normatif tunisien à l’ère du Covid-19 : Les décrets-lois en droit tunisien », in H. REDISSI (dir.),
La Tunisie à l’épreuve du Covid-19, op.cit., p. 135 et s.
108 M. -Cl. PREMONT, M.-E. COUTURE-MENARD et G. BRISSON, op.cit., p. 224.
109 A. GELBLAT et L. MARGUET, op.cit.
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illusion de l’état d’exception en Afrique subsaharienne », Jus Politicum, Revue de droit politique, n° 26, 2021,
p. 360
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Les déclarations sur lesquelles reposaient les mesures n’étaient pas moins
attaquables, tant le contenu révélait leur caractère décisoire et en faisait des actes
susceptibles de recours pour excès de pouvoir. La nature du contenant importait peu
quant au critère de sa qualification juridique si l’on en juge par la jurisprudence
YEYAP NJOYA Joseph Marie c. État du Cameroun du 03 février 1977, de laquelle il se
dégage qu’une décision administrative peut être déduite d’une simple lettre, un télex
ou une circulaire, eu égard sans doute à la création des droits et des obligations qu’elle
entraine pour ses destinataires.
Le recours à de telles mesures exceptionnelles par le Cameroun interpelle à plus
d’un titre. La gravité de la situation n’était-elle pas aussi relevée pour imposer une
déclaration d’état d’urgence en bonne et due forme conformément à la Constitution
et à la loi de 1990 ? Sans doute doute, aurait-on plutôt assisté à une volonté délibérée
du gouvernement de ne pas y recourir au regard des effets de ce régime de crise dont
il ne pouvait manquer d’assumer la responsabilité ? Dans le premier cas, un auteur a
pu écrire que le juge de l’opportunité de déclarer l’état d’urgence qu’est le Chef de
l’État aurait fait une interprétation restrictive de la loi qui ne prévoit manifestement
pas le cas de « péril sanitaire » comme mobile de déclaration de l’état d’urgence.
Pourtant, il n’aurait pas le cas échéant fait une interprétation erronée si du moins il
avait vu en la pandémie un évènement présentant par sa nature et sa gravité une
« calamité publique » ; si tant est que celle-ci renvoie à un grand malheur qui touche
plusieurs personnes à la fois. La pandémie n’en présente pas moins les
caractéristiques112. L’on ne peut juger de l’incapacité de l’interprète à pouvoir
assimiler judicieusement la pandémie à une calamité publique ; cependant qu’il
pouvait tout au moins se référer à d’autres contextes pour faire une interprétation
extensive des critères d’état d’urgence.
Dès lors, la décision du recours aux mesures exceptionnelles en faisant fi d’un
régime d’exception, s’apparente à un habile stratagème du gouvernement pour se
dérober de la responsabilité induite par la déclaration d’un état d’urgence, surtout
dans un contexte où deux Régions du pays sont en sécession depuis quelques années
et n’ont pas encore fait l’ombre d’une déclaration d’un régime d’exception alors
même qu’ils n’en témoignent pas moins les critères au regard des évènements. Cette
position se consolide d’ailleurs avec l’absence de confinement imposé aux
populations par l’État, alors qu’il était défini dans d’autres États comme le moyen le
plus efficace. Par des expressions voilées telles que « restez chez vous », sans cependant
y conjuguer des moyens de contrainte nécessaire, le gouvernement appelait
implicitement au confinement. Le refus de l’officialité pour cette mesure ne pouvant
être justifié autrement que par l’incapacité de l’État à assurer les commodités qui
l’accompagnent comme en Algérie, en Russie et dans bien d’autres. Néanmoins, la
fermeture des établissements scolaires et académiques pouvait faire figure de
confinement au Cameroun, sauf qu’elle était tout simplement en phase avec la
mesure de distanciation sociale difficile à assurer dans des espaces regroupant par
essence plusieurs personnes comme les écoles, les églises. Le renvoi des élèves et
192
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113 Rapport préliminaire de l’Union Africaine sur la riposte de l’Afrique à la covid-19 en matière de
gouvernance, mai 2020 p. 35.
114 A. SUPIOT, « Sur le principe de solidarité », op.cit., p. 71.
115 Voir Préambule de la Constitution
116 Article premier de la Constitution.
117 Article 2 de la Constitution.
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pèse sur la Collectivité lors des situations d’urgence notamment sanitaire123. Dans ce
sens, se profile une solidarité de l’État d’avec ses unités composantes que sont les
Collectivités territoriales dans les États unitaires décentralisés et les États fédérés dans
l’État fédéral envers les populations. L’Etat veille sur le développement harmonieux
de ces unités composantes notamment sur la base d’une solidarité nationale124 ; ce
qui suppose leur implication dans des politiques de gestion de l’urgence. La solidarité
pourrait d’autre part être celle des individus envers la collectivité125. Le sens est ainsi
inversé et c’est l’individu qui devrait soutenir la personne publique. Il s’agit d’une
mobilisation communautaire destinée à soutenir la collectivité dans l’épreuve. Cette
mobilisation est la traduction de « l’action d’individus animés par des valeurs tels que la
participation, la solidarité, la dignité humaine et par des principes fondamentaux, au sein d’un espace
social marqué par des besoins grandissants »126.
Sous cette considération, il se dégage la double posture de l’Etat, conçue sur la
théorie de l’État débiteur, devant apporter à la société, au travers des actions
notamment de protection, de distribution ; et sur la théorie de l’État créancier, devant
compter sur les citoyens qui ont envers lui une obligation de soutien dans ses charges
et dans ses épreuves127.
La traduction matérielle de la solidarité nationale dans le contexte de la pandémie
est cristallisée notamment par les Fonds de solidarité ou ce qui en tient lieu, créés
dans plusieurs États pour la lutte contre la pandémie. Ce Fonds a été créé au Togo
et qualifié de Fonds de solidarité nationale et de relance économique de 400 milliards
de francs CFA128. Ce fonds était destiné à soutenir la production agricole et à assurer
la sécurité alimentaire pendant la pandémie. Au Cameroun, la solidarité de l’État
envers les citoyens s’est traduite par la définition d’un ensemble de « mesures
d’assouplissement, afin de soulager les secteurs dûment impactés par cette crise sanitaire »129. L’on
note à titre illustratif, l’octroi des moratoires et différés de paiement aux entreprises
directement affectées par la crise, suspendant les mesures de recouvrement forcé à
l’encontre de celles-ci ; le report du paiement de la taxe foncière pour l’exercice de
2020, l’exonération de l’impôt libéral et de la taxe de stationnement pour les taxis et
motos taxis, le soutien à la trésorerie des entreprises à travers l’allocation d’une
enveloppe spéciale de 25 milliards, pour l’apurement des stocks de crédits de TVA
en attente de remboursement. Il faut constater que ces mesures étaient pour
l’essentiel d’ordre fiscal. Au Niger, la solidarité de la collectivité publique est magnifiée
123 S. BESSON, « La pluralité d’Etats responsables Vers une solidarité internationale ? », Revue suisse de
personnes vivant avec le VIH. Réflexion sur les normativités parallèles au service de l’effectivité », RJT,
vol. 44, n° 29, 2010, p. 212.
127 J. CHEVALLIER, « L’obligation en droit public », Archives de philosophie du droit, t. 44, Dalloz, 2000,
pp. 179-194.
128 Rapport préliminaire de l’Union Africaine précité, p. 41.
129 Déclaration spéciale du Premier Ministre, Chef du Gouvernement du 30 avril 2020.
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par la prise en charge par l’État des redevances dues à la consommation de l’électricité
et à l’eau potable pendant une période limitée130.
La solidarité envers l’État n’est pas à voiler. L’approvisionnement par plusieurs
opérateurs économiques et des cercles politiques déterminés du Fonds Spécial de
Solidarité de l’Etat participent de cette solidarité des populations envers l’entité
étatique. La soumission des populations aux normes et mesures barrières édictées par
le Gouvernement s’offre en outre comme un pan de la solidarité nationale des
populations envers l’entité étatique. C’est la traduction du « sentiment d’union dans le
même combat, l’idée que respecter les règles équivaut à poser un geste militant destiné à faire avancer
la cause »131. Le respect des mesures édictées a été cependant souvent sous la
contrainte des forces de l’ordre, allant parfois jusqu’à faire tort à la loi, au droit ;
indiquant par ce fait les premiers signes du droit comme victime de la pandémie.
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Les droits fondamentaux font partie des faisceaux d’indices de l’État de droit. Ils
en constituent l’armature. La philosophie qui les sous-tend en fait des instruments
sacrés qui doivent pouvoir être respectés à tout moment. Chargée de symbole et
d’idéologies, cette philosophie doit avoir maille à partir avec les situations d’urgence
qui conduisent parfois à la mise en quarantaine des droits et libertés pour les nécessités
de lutte contre la pandémie.
L’indispensable gestion de la pandémie
Les situations d’urgence sanitaire comme celle de la pandémie à Corona Virus
parviennent à conquérir plusieurs domaines. Leur brutalité impose une réaction
sinon à la mesure du mal causé, du moins de nature à endiguer la maladie. C’est cet
idéal de sécurité pour les institutions et pour tous qui justifie l’édiction des mesures
parfois limitatives des droits et libertés. En effet, les droits fondamentaux n’ont par
essence un cadre d’expression que celui qui est en paix. Elles s’épanouissent mieux
dans des contextes expurgés de toute contrainte.
La gestion d’une urgence serait fondée sur la nécessité de préserver l’État d’une
éventuelle discontinuité. L’État n’est pas créé pour disparaitre ; il doit fonctionner
dans la continuité pour satisfaire de manière efficiente l’épanouissement de sa
population. Puisque l’État c’est « nous », comme le soutenait un auteur, la disparition
de ce « nous » par couches successives du fait de la brutalité de la maladie est
susceptible de conduire à sa disparition. Ce qui justifie que la gestion de la crise soit
parfois instrumentalisée dans certains États pour les besoins de sauvegarde de la
stabilité territoriale. La situation du Nigéria cristallise pertinemment cette observa-
tion. L’on rapporte à juste titre que dans cet État, « les autorités locales dans dix-neuf États
du Nord n’ont pas fait mystère de leur volonté de mettre à profit l’état d’urgence pour exécuter enfin
leur projet de fermer définitivement les madrasas, projet qui se heurte depuis des années aux traditions
et au poids des religieux. Elles ont ainsi fait l’annonce qu’après la fermeture des écoles pour cause de
coronavirus, ces établissements coraniques ne rouvriraient plus »132.
Il faut remarquer que l’histoire des urgences à portée internationale quel que soit
le domaine où elles émergent, est marquée par la priorité souvent accordée à leur
gestion qu’à l’admission d’un libre exercice des droits et libertés comme en temps de
paix133 ou dans le contexte normal. Cette logique est propre la quasi-totalité des États.
Ainsi, la gestion d’une situation d’urgence sanitaire telle que celle de la Covid-19 ne
pouvait être efficiente sans un amenuisement des droits et libertés. Au regard du
mode de sa transmission et conséquemment de sa propagation, les stratégies de lutte
ne pouvaient apparaître efficacité qu'à la condition d’un minimum de compromis fait
sur les droits de l’homme. Rarement une mesure édictée aurait été sans conséquence
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sur les droits et les libertés134. Qu’ils s’agissent des mesures légales et institu-
tionnelles135, les mesures de prévention et de contrôle de la maladie136, des mesures
sociales et humanitaires137, des mesures fiscales et monétaires138 ou même des
mesures de riposte innovantes139 telles qu’édictées dans la plupart des États de
l’Union Africaine, elles ont une relative incidence sur les droits de l’homme.
Le but n’est pas toujours de dénier l’expression des droits et libertés. En fait ; la
vulnérabilité face à cette pandémie est en principe non différentielle et impose une
priorisation de la survie de la société sur les droits de l’homme qui se trouveraient
mieux épanouis la pandémie disparue. Il serait paradoxal qu’au nom des droits et
libertés, on laisse périr toute la société sous la contrainte de la maladie. Quand on sait
la prégnance de l’ordre public parfois brandi au détriment des droits et libertés, on
peut convenir de la priorité accordée à la gestion de la pandémie sur l’exercice des
droits et libertés. La lutte contre la pandémie s’apparente à un combat pour le
maintien de l’ordre public sanitaire, un combat notamment juridique contre un
ennemi commun et invisible qui utilise les droits et les libertés pour envahir son
espace et faire davantage florès. Dans ces conditions, l’exercice sans retenue dans ce
contexte critique est plutôt un vecteur de la propagation de la maladie. Toujours est-
il que, c’est lorsque les mesures sont excessives, abusives qu’on pèche vis-à-vis des
droits l’homme ; tout comme en s’abstenant d’agir on n’est pas aussi loin de pécher
contre la survie de l’État et par ricochet contre les droits et libertés140. C’est un
véritable dilemme.
Il faut constater au demeurant que les mesures édictées lors des urgences
sanitaires, bien que parfois abusives, ne sont pas déconnectées de l’idéal de protection
des droits et libertés.
Elles sont la représentation d’un idéal, celui de préserver la santé publique. Autant
cette santé publique fait partie de l’ordre public141, autant sa préservation est liée non
seulement à la défense du droit à la santé, mais aussi des autres droits fondamentaux
avec lesquels il témoigne une certaine consubstantialité. C’est que, étant l’un des
points clés qui marque l’indivisibilité des droits l’homme, « la santé est essentielle pour la
réalisation de tous les autres droits humains » ; elle « est […] fréquemment subordonnée à d’autres
droits humains en sa qualité de droit économique, social et culturel »142. Sa préservation conduit
134 S. PRÉTOT, « La personne en période de pandémie : une nouvelle hiérarchie des valeurs ? (La crise
sanitaire et le droit de l’urgence en droit des personnes et de la famille, brève communication orale du 26
juin 2020) », in E. JEULAND et S. PRÉTOT (dir.), Droit de l’urgence et crise sanitaire, op.cit., p. 75.
135 Rapport préliminaire de l’Union Africaine précité, p. 32.
136 Ibid., p. 33.
137 Ibid., p. 35.
138 Ibid., p. 41.
139 Ibid., p. 43.
140 A. C. ESSEBSI FOURATI, « Décider en période de crise : Pécher par excès ou pécher par
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par ricochet à l’épanouissement des autres droits et libertés bien qu’elle contribue de
leur mise en quarantaine.
La mise en quarantaine des droits fondamentaux
La fidélité inconditionnelle à l’idéologie des droits et libertés conduit souvent au
manque d’objectivité dans l’analyse de la situation des droits et des libertés même
dans des situations de crise où chacun peut être conscient de la nécessité d’une
limitation au bénéfice de l’impératif sauvegarde de la stabilité. On dirait un
envoutement. Dans les contextes de crise sérieuse aux caractéristiques d’une urgence
à portée internationale, le sort des droits et libertés fondamentaux dépend souvent
de la gravité de la situation et de son évolution. Le droit découvre ainsi l’une de ses
faiblesses ; puisqu’il ne parvient toujours pas à garantir la stabilité et la constance du
respect tous azimuts des droits et libertés en toute situation. C’est ainsi que dans le
contexte de l’urgence sanitaire induite par la pandémie, les droits et libertés
fondamentaux ont été considérablement brimés voire abimés143. Dans la diversité de
leur catégorisation, ils ont été atteints et leur caractère indivisible participait de
l’étendue cette atteinte. Autant les droits individuels étaient confinés, autant les droits
collectifs l’étaient dans la pluralité de leur typologie. Dans tous les États, les
dénonciations étaient diverses144. La doctrine y a trouvé de l’ouvrage avec des
positions presqu’unanimes145. L’impact était profond d’ailleurs consécutif aux
mesures de confinement, de la fermeture des frontières terrestres, aériennes et
maritimes, de mise en quarantaine des personnes testées positives qui emportaient
en conséquence la liberté d’aller et de venir146.
Par rapport au confinement, un sociologue écrit ceci : « Le confinement c’est, si l’on
veut faire simple, la consécration de l’état d’exception avec ce qu’il a de négation des libertés des
citoyens. Dans ce sens, c’est l’assignation à résidence surveillée de toute la société, accompagnée de
l’arrêt de l’essentiel des activités productives, à l’exception de celles nécessaires à la prise en charge de
l’insécurité sanitaire qui se déroule dans les établissements hospitaliers et les industries qui alimentent
trimestrielle de droit économique, op.cit., pp. 447 et s. ; P. WACHSMANN, « Les libertés et les mesures prises
pour lutter contre la propagation du covid-19 », La Semaine juridique, Edition générale, n° 20-21 du 18 mai
2020, pp. 948 et s., O. BEAUD et C. GUERIN- BARGUE, « L’état d’urgence sanitaire : était-il judicieux
de créer un nouveau régime d’exception ? », Recueil Dalloz, 2020, pp. 891 et s. ; V. SIZAIRE, « Un colosse
aux pieds d’argile. Les fondements juridiques fragiles de l’urgence sanitaire », La Revue des droits de l’homme,
Actualité – Droits – Libertés, mars 2020, pp. 5 et s. ; P.-C. KAMGAING, « Procédures civiles d’exécution
et covid-19 : libres propos sur les conséquences juridiques d’une sale guerre », in BEPP, n° 32, avril 2020,
p. 14 et s. ; H. M. TCHABO SONTANG, « Le secret médical en contexte de crise sanitaire en droit
camerounais », Le Nemro, Revue trimestrielle de droit économique, op.cit., pp. 447 et s.
146 A. MAGLOIRE NGAH, « La Covid-19 et les droits fondamentaux dans le monde, en Afrique et au
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147 Cl. ABE, « Faire le deuil par temps coronal en situation de monisme juridique conteste : regard socio-
anthropologique sur le droit du rapport à la mort », Le Nemro, Revue trimestrielle de droit économique, op.cit.,
p. 11.
148 M. -Cl. PREMONT, M. -E. COUTURE-MENARD et G. BRISSON, op.cit., p. 240.
149 Rapport préliminaire de l’Union Africaine, précité, p. 18.
150Ibid., p. 251.
151 M. TIMTCHUENG, op.cit.
152 F. ELLAFI, op.cit.
153 D. SALAS, La justice dévoyée, critique des utopies sécuritaires, Paris, Les arènes, 2012, p. 1.
200
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Les droits et les libertés doivent être pris en compte dans la gestion de l’urgence
sanitaire. La lutte contre la pandémie ne doit pas faire fi des droits fondamentaux.
C’est du moins ce qui est soutenu dans la plupart des États et par la communauté
internationale. Mais comment alors procéder à cette conciliation de deux objectifs
visiblement antinomiques ? De la réunion des positions, il s’en dégage qu’il faut agir
pour gérer la pandémie en ménageant possiblement les droits et libertés, autrement,
le juge pourra toujours intervenir.
Le ménagement des droits de l’homme dans la gestion de l’urgence
Il est diversement soutenu que la gestion de l’urgence ne saurait justifier dans l’absolu
les atteintes aux droits de l’homme et des libertés publiques. Ces derniers ne doivent
pas être exercés de manière séquentielle. Il n’y a pas un temps pour l’exercice des
droits de l’homme et un temps pour leur éclipse. La théorie des droits et des libertés
invitent à leur inscription dans la constance, dans la permanence et non dans la
périodicité. Michelle BACHELET, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits
de l’Homme soutenait dans sa Déclaration du 6 mars 2020 sur la gestion de la Covid-
19 que « la dignité humaine et les droits de l’homme doivent être au cœur de ces efforts, et non pas
envisagés après coup »154. Tout en encourageant les efforts des Etats dans la lutte contre
la maladie, le Haut-Commissaire s’inquiétait de la mise entre parenthèses des droits
fondamentaux. Cette déclaration tient de la valeur que les droits et libertés ont
aujourd’hui155. Ils sont notamment le sanctuaire de la définition de la personne
humaine, le vecteur de la définition de soi, de l’émancipation de l’espèce humaine que
rien ne devrait en principe diluer. Ils constituent des instruments de régulation de la
société moderne, tant leur violation est l’une des lignes rouges franchies dans l’État
de droit. Ils participent de la justice, de la paix et du développement156. Comme l’écrit
Antonio CASSESE, les droits de l’homme « constituent la tentative moderne d’introduire la
raison dans le monde »157. Cette importance capitale reconnue aux droits de l’homme
aujourd’hui justifie qu’ils puissent être au cœur de la gestion de la pandémie. Aussi, le
Directeur de l’OMS recommande-t-il aux États de « trouver un juste équilibre entre la
protection de la santé, la limitation des perturbations économiques et sociales et le respect des droits
humains »158. Ainsi, autant il faut agir en prenant les mesures adéquates pour faire face
paix, de la justice et du développement. Mélanges Michel Virally, Paris, Editions A. Pedone, 1991, pp. 483- 491.
157 A. CASSESE, op.cit., p. 67.
158 Cité par F. ELLAFI, op.cit.
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à la crise, autant les droits de l’homme doivent être préservés. Il s’agit d’éviter aux
Etats de voir en la gravité de la crise un « blanc-seing » pour atteindre à ces instruments
de rationalisation du monde que sont les droits et les libertés159.
Ces dispositions normatives ouvrent la possibilité à une double interprétation qui
se recoupe cependant. D’une part, l’amenuisement des droits et libertés
fondamentaux doit tirer son fondement de la loi et pour un motif légitime. Les
instruments internationaux le prescrivent sans une économie de propos. Selon la
Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, « [d]ans l'exercice de ses droits et dans la
jouissance de ses libertés chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement […]
afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une
société démocratique »160. Le Pacte International relatif aux Droits Economiques, Sociaux
et Culturels n’en dit pas autre chose. Il y est prescrit que « Les États parties au présent
Pacte reconnaissent que, dans la jouissance des droits assurés par l'État conformément au présent
Pacte, l'État ne peut soumettre ces droits qu'aux limitations établies par la loi, dans la seule mesure
compatible avec la nature de ces droits et exclusivement en vue de favoriser le bien-être général dans
une société démocratique »161.
Il en découle la reconnaissance d’une possible limitation des droits et libertés
notamment dans des cas d’urgence sanitaire, sous la condition que ces limitations
soient essentiellement celles prévues par le législateur. Dès lors, les gouvernants
devraient avoir des justifications légitimes à toutes limitations prévues par loi et dans
la mesure du possible éviter de les limiter, s’il existe d’autres moyens de gérer la crise
sans que les droits fondamentaux ne puissent être comptés. C’est dire que les droits
fondamentaux sont le principe, et la mesure de gestion de l’urgence l’exception. Des
pays précités comme la Suède, l’Islande, la Biélorussie, le Japon, la Corée du Sud et
Taïwan ont refusé la mesure du confinement et n’ont pas été moins efficaces dans la
lutte contre la maladie. Et au regard de nombreux indices, l’on est fondé à penser que
« malgré cette absence de confinement, leurs résultats ont été aussi bons et, dans certains cas, meilleurs
que ceux des pays ayant choisi le confinement »162. Les droits et libertés ont été ainsi préservés
de la rudesse de la mesure de confinement éprouvée dans d’autres États. S’il est vrai
que certains de ces pays ne peuvent être réellement considérés comme des modèles
en matière d’État de droit, ils ont néanmoins dans ce contexte sanitaire préservé le
peu qu’ils reconnaissent.
D’autre part, dans la hiérarchie des mesures de gestion de l’urgence, l’État ne
devrait en principe édicter que celles qui sont les moins rudes pour les droits et
libertés ; et si seules les mesures rudes sont à même de pouvoir venir à bout de
l’urgence, l’État doit pouvoir prendre les précautions pour que les droits ne restent
pas longtemps étouffés. Dans tous les cas, les mesures restrictives s’inscrivent dans
le temps. Comme l’écrit un auteur, « il y a en effet dans les pandémies un caractère de crise
brutale et massive appelant des mesures d’urgence mais aussi (heureusement) temporaires par
159Ibid.
160 Article 29 al. 2.
161 Article 5.
162 Rapport préliminaire de l’Union Africaine précité, p. 18.
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l’aune de l’ordonnance de référé du 22 mars 2020 », La Revue des droits de l’homme, Actualités Droits-Libertés,
2020, p. 7.
166 Ibid. p. 2.
203
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proportionnées à l’objectif de sauvegarde de la santé publique qu’elles poursuivent »167. C’est l’ordre
public qui est ici privilégié au détriment des droits et des libertés. Le juge a adopté la
même position au Canada mais non nécessairement à la suite d’un recours en
référé168.
Dans les Etats comme la France où l’état d’urgence est déclaré par la loi, le
contrôle de constitutionnalité a souvent été déclenché devant le Conseil
constitutionnel précisément sur l’éventualité d’une prorogation de l’état d’urgence.
Le juge constitutionnel a été favorable à la prorogation, « tout en formulant quelques
réserves d’interprétation et en prononçant quelques censures sur les modalités de l’état d’urgence
sanitaire »169. La lutte contre la pandémie l’a néanmoins emporté sur le respect de
certains droits et libertés.
Le juge s’est plutôt montré soucieux de la condition des droits et des libertés dans
des États comme le Kenya et la Malawi. Toutefois, il reste mitigé dans son
raisonnement. Si d’une part il soutient l’exigence de la conformité des déclarations
d’état d’urgence à la loi et non des faits, il trouve d’autre part, « raisonnable »170 le
recours à la force pour respecter le couvre-feu. Aussi, recommandait-il aux forces de
l’ordre de respect les droits des citoyens à la vie et leur dignité. Le juge démontre ce
faisant que les mesures édictées ne devraient pas faire fi des droits et libertés qui
constituent aujourd’hui des valeurs acquises et non régressives. La mesure de la
quarantaine lui semble justifiée par les exigences liées à l’endiguement de la maladie ;
et même dans ce contexte, « les personnes placées temporairement en quarantaine sont traitées
en tout temps comme des personnes libres, à l’exception des limitations qui leur sont nécessairement
imposées conformément à l’état de droit et sur la base de preuves scientifiques »171. Malgré l’élan
protecteur du juge, l’on ressent la difficulté qu’il y a à faire respecter les droits de
l’homme dans une situation d’urgence sanitaire. C’est aussi le droit qui souffre dans
ce contexte ; tant les droits de l’homme s’apparentent, s’ils ne le sont pas tout simple,
à de véritables normes dont la violation entraine des sanctions. L’urgence sanitaire
corrompt ainsi les droits de l’homme, et par ce fait même, c’est le droit qui balbutie.
Il en est aussi ainsi dans des situations diverses.
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norme ordinaire a été bousculée par des mesures d’exception temporaires ayant tout
aussi atteint le fonctionnement de la justice (2).
172 P. E. ABANE ENGOLO, Traité de droit administratif du Cameroun. Théorie générale et droit administratif
spécial, Paris, L’Harmattan, 2019, p. 158.
173 P. GONOD, F. MELLERAY et Ph. YOLKA (dir.), Traité de droit administratif, T. 2, Paris, Dalloz,
2011, p. 96.
174 Ibid.
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Le devoir des gouvernants est d'employer leur puissance à en assurer l'accomplissement d'une manière
absolument continue »175. Dans l’affaire Heyriès du 28 juin 1978, le Conseil d’État français
suivait DUGUIT. Il a érigé ce principe en un « principe fondamental » dans l’affaire
Mme Bonjean du 13 juin 1980, et ce faisant, le Conseil d’État dont la position est
caractérisée par une certaine constance depuis notamment l’affaire Dehaene précitée,
s’inscrit comme « un agent principal de la préservation de la continuité »176 des services
publics.
Dans la perspective du juge comme de DUGUIT, la continuité du service public
devrait alors s’affirmer en tout temps. L’usure du temps n’a pas effrité la teneur du
principe qui brille encore de tout son style aujourd’hui. L’absoluité du principe qui se
dégage des positions de la doctrine et du juge laisse penser qu’il ne peut que
relativement être remis en cause. Peut-on en dire de même avec la brutalité de la
Covid-19 ? Il est permis d’en douter. L’on a peut-être sous-estimé le type
d’évènements qui pourrait conduire à une éclipse considérable du principe. La
pandémie à Corona Virus s’est donnée à voir comme un véritable ennemi du
principe. Brutale dans sa manifestation et facile dans son mode de transmission, la
pandémie ne pouvait que conduire à la fermeture momentanée de certains services
publics. La fermeture temporaire des établissements scolaires et académiques est la
traduction d’une discontinuité dans le service public de l’éducation. Il en est de même
des services publics du tourisme au travers de la fermeture des sites touristiques dans
plusieurs États. La fermeture des stades de football et disciplines connexes dans la
majorité des États peut se lire comme une manifestation de l’effritement de la valeur
du principe de continuité du service public du sport. La pandémie s’est ainsi affichée
comme un cas de force majeure177 certaine libérant momentanément les uns et les
autres de leurs obligations respectives178, et donc l’administration de « son obligation de
faire fonctionner les services publics de façon régulière et ponctuelle »179.
Dans le contexte de crise, s’est dessiné un autre dilemme : laisser fonctionner de
manière continue les services publics souvent massivement fréquentés et risquer la
propagation à grande vitesse de la maladie ou les fermer momentanément le temps
de l’apaisement de la pandémie et ralentir par conséquent la progression de la
maladie. C’est cette dernière qui l’a emporté sur la première, et ce faisant, a édulcoré
le principe de la continuité. Les juges ont soutenu des fois une telle initiative au
détriment de l’affirmation de principe180 et avec lui l’accès au service public avec qui
il forme un alliage certain pour le fonctionnement des services publics.
op.cit., p. 45.
179 P. GONOD, F. MELLERAY et Ph. YOLKA (dir.), op.cit., p. 96.
180 A. TROIZIER, « Droit constitutionnel et états d’urgence », op.cit.
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181 Ibid.
182 A. MAKNI, « L’économie tunisienne face à la crise du Covid-19 », in H. REDISSI (dir.), La Tunisie à
l’épreuve du Covid-19, op.cit., p. 83.
183 Il faut y voir « l’utilisation des nouvelles technologies multimédias et de l’internet, pour améliorer la qualité de
l’apprentissage en facilitant l’accès à des ressources et services, ainsi que les échanges et la collaboration à distance »
(Commission européenne). Il consistait en l’envoi des cours en ligne, la création des plates formes de
discussions sur les cours avec les enseignants, etc.
184 L. CLUZEL, Le service public et l’exigence de qualité, Paris, Dalloz, coll. « La nouvelle bibliothèque des Thèses »,
n° 56, pp. 10 et s.
185 Ibid.
207
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davantage sur la scène des priorités de l’administration. Le souci de qualité est ainsi
l’un des critères de choix dans les marchés publics.
Dans le contexte de la pandémie, la qualité des prestations de service public n’a
pas toujours été sans reproches. Si l’on peut convenir de ce que la qualité renvoie
notamment à l’accessibilité de la prestation de service public suivant le respect de
certaines normes, la difficulté peut subvenir sur celui qui détient la compétence pour
en apprécier. Cependant, dans des situations où l’on n’a pas besoin de faire recours
à un expert, il est possible d’en faire soit même une appréciation. Dans le secteur de
l’éducation notamment, il semble que les cours dispensés par voie de médias
audiovisuels ont donné de découvrir les lacunes dans la transmission du savoir au
Cameroun par voie électronique. Les incertitudes à peine voilées de certains
enseignants ont conjugué avec les hésitations et l’ignorance pour former les lacunes
dans le secteur éducatif. Le souvenir reste encore frais sur la difficulté d’une
enseignante en direct sur l’antenne de la Cameroon Radio Television (CRTV), télévision
nationale au Cameroun, à donner une réponse satisfaisante à la suite d’une question
posée par un élève sur le rôle du drone. On aurait dit que les caméras ont eu raison
de son savoir et l’entrainer dans la dégradation de la qualité de l’enseignement.
Si l’on peut passer outre cet élément de fait qui traduit la médiocrité de la
prestation de service public, il serait difficile de voiler le fait que la pandémie a induit
une médiocrité des prestations matérielle de service public de la santé. La
concentration sur la lutte contre la pandémie a finalement entrainé la négligence des
autres cas de maladie non liés à la pandémie.
Impliqué en effet par la force dans la pandémie, l’État devait pouvoir gérer la crise
« à la lumière de ses multiples autres priorités sanitaires »186. Or, il semble que même en temps
normal, les prestations de services publics dans ce secteur de la santé peinent souvent
à atteindre le seuil minimal de qualité. L’on ne pouvait espérer qu’elle quitte la basse
échelle pour s’ériger au niveau requis dans un tel contexte de crise. La qualité du
service public implique du reste que les prestations soient suffisantes pour satisfaire
l’intérêt général. Il n’en a pas toujours été le cas.
Les retards dans les interventions sanitaires urgentes, couplés à ceux entretenus
par les autorités administratives sous le prétexte de la pandémie sont également la
traduction d’une telle dilution. A cela s’ajoutent, les abus des forces de l’ordre requis
pour faire respecter les mesures édictées contre la maladie dans les Etats comme le
Maroc, la Tunisie. Ces abus étaient dénoncés par la société civile187, notamment les
médias et les ONG. Ainsi, la Covid-19 serait venue accentuer la dégradation de la
qualité des prestations de services publics dans plusieurs États, faisant ainsi découvrir
les lacunes qui étaient jusque-là voilées. Elle n’a pas moins bouleversé l’ordre
démocratique et le fonctionnement de la justice.
208
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interactions normatives, institutionnelles et politiques dans l’espace CEDEAO, Thèse de Doctorat en Droit Public,
Université de Bordeaux, janvier 2017, p. 619.
193 P. VOUFFO, La prorogation des mandats des élus au Cameroun, Thèse de Doctorat en Droit public,
209
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rapport avec la tenue des élections. Pour ce faire, il est important d'évaluer soigneusement les menaces
de la pandémie de la Covid-19 afin de mieux hiérarchiser les interventions visant à préserver la santé
publique, tout en permettant une meilleure préparation des élections, dans des conditions optimales
qui préservent le caractère participatif, démocratique, paisible, crédible et inclusif de ces consultations
électorales »194.
L’inquiétude de la Commissaire sur l’organisation saine des élections pendant la
Covid-19 était réelle. Elle invitait au recours au droit pour la circonstance. Pourtant,
dans de nombreux États, le législateur n’est pas toujours assez prévisible. Les cadres
légaux encadrant l’urgence n’existent pas toujours en matière électorale. Rarement, le
législateur prescrit l’éventualité d’un report des élections ; si bien que c’est à
l’apparition des évènements exigeant comme la Covid-19 que les Etats recourent soit
aux pouvoirs exceptionnels du Président de la République soit au Parlement ou au
juge constitutionnel pour espérer un report. Le problème s’est d’ailleurs posé en
République Centrafricaine où par la voie d’une modification constitutionnelle, les
députés ont voulu, au regard du contexte sanitaire Covid-19, proroger leur mandat
en même temps que celui des autres élus, avant d’être heurtés à l’avis défavorable du
juge constitutionnel.
Dans d’autres États par contre, le législateur marque sa prudence, en prévoyant
les situations de report des élections. Au Cameroun notamment l’article 170 al. 2 du
Code électoral prescrit la prorogation du mandat des conseillers municipaux « en cas
de nécessité ». L’article 15 al. 4 de la Constitution quant à lui prescrit la prorogation des
mandats des députés lorsque « les circonstances l’exigent » ou « en cas de crise ». Déjà
appliquées à maintes reprises, l’on peut soupçonner que ces prorogations auraient eu
lieu si lesdits mandats de ces élus arrivaient à terme au moment de la crise. La
prorogation des mandats implique nécessairement le report des mandats195. Au
canada, c’est l’article 59 de la loi électorale qui prévoit une telle éventualité. Selon cette
disposition, une élection peut être reportée pour des raisons notamment d’incendie,
d’inondation et « toute autre calamité ». La pandémie pourrait être vue comme une
calamité pour justifier un tel report comme dans le Nouveau-Brunswick en 2020.
L’organisation d’une élection induit des rassemblements parfois importants
insusceptibles d’être compatibles avec la mesure de confinement et de distanciation
sociale. Cette mobilisation est signification au moment de la campagne électorale.
Vitale pour une organisation des élections, la campagne fait de l’élection un moment
déterminant dans la vie d’une Nation et lui donne une dimension évènementielle.
Une élection sans campagne donne à la démocratie une image sombre. En Ethiopie
notamment, les élections parlementaires ont été reportées pour cause de Covid-19196.
En France, la situation sanitaire a été de la sorte constituée en un motif légitime
pour reporter les élections locales, après les hésitations sur l’éventualité d’un vote
194 Minata Samaté CESSOUMA, Impact de la pandémie du covid-19 sur les élections en Afrique :
présentation devant le comité des représentants permanents de l’union africaine, Addis Abeba 14 mai
2020.
195 P. VOUFFO, op.cit.
196 Rapport de l’Union Africaine précité.
210
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197 W. GILLES, « Droits fondamentaux et urgence à l’ère du numérique et des gouvernements ouverts »,
E. JEULAND et S. PRÉTOT (dir.), Droit de l’urgence et crise sanitaire, op.cit. pp. 60 et s.
198 Ibid. p. 62.
199 Rapport de l’Union Africaine précité.
200 I. ANDOULSI et S. HUART (dir.), Continuité de la justice et respect des droits humains en période
JEULAND et S. PRÉTOT (dir.), Droit de l’urgence et crise sanitaire, op.cit. pp. 118 et s.
202 L. JAILLET, « Gestion de la pandémie dans les palais de justice en France et en Allemagne »,
211
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mois, l’action administrative n’a pas eu de limites sauf la gestion des émotions collectives supposant
un exercice de communication permanent »204.
Dans la majorité des cas, l’on a dû adapter le fonctionnement de la justice du fait
des contraintes de confinement et de l’ensemble des précautions sanitaires prises
pour freiner la propagation de la pandémie205. En France, une loi de 2020 a suspendu
les délais d’examen de la question prioritaire de constitutionnalité aussi bien devant
la Cour de Cassation, le Conseil d’État que devant le Conseil constitutionnel. La
pandémie y a été constituée comme « circonstances particulières » pour obliger cette
suspension206 confirmée par le juge constitutionnel. D’aucuns y ont vu une violation
de la constitution ; estimant que cette initiative constitue un stratagème pensé et
destiné à empêcher le contrôle de constitutionnalité de la loi sur l’état d’urgence207.
Toujours est-il que, le système juridictionnel n’a pas toujours été immunisé face à
l’urgence sanitaire. Il a été tout aussi contaminé208, et dans ce contexte, c’est la bonne
administration de la justice qui est mise en quarantaine, la justice dévoyée au grand
dam de l’État de droit209.
Conclusion
204 Ibid.
205 J.-P. JEAN, « Les juridiction face à la pandémie de Covid-19 », Les Cahiers de la justice, n° 3, 2020,
p. 493.
206 A. TROIZIER, « Droit constitutionnel et états d’urgence », op.cit., pp. 24-25.
207 Ibid.
208 F. WORMS, « Pandémie te justice : entre soin et politique », in Le moment du Soin, 2010, p. 39.
209 D. SALAS, La justice dévoyée, critique des utopies sécuritaires, op.cit.
210 L. KHOURY, op.cit., p.261
211 M. -Cl. PREMONT, M. -E. COUTURE-MENARD et G. BRISSON, op.cit., p. 253.
212
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Résumé
Le Covid-19 a engendré une crise sanitaire qui continue de bouleverser le cours
normal de la vie. Cette maladie très virulente a déclenché la mise en place ici et là des
plans de riposte. Cette crise sanitaire, sur le plan du droit, a entrainé l’état d’urgence
sanitaire. C’est un régime qui confère des pouvoirs spéciaux à l’exécutif justifiant des
restrictions très drastiques aux droits et libertés. L’application du droit à la santé et
du droit à la vie s’est infléchie. Partant du caractère kaléidoscopique du droit à la
santé, l’insuffisance des ressources a montré la défaillance des États dans la mise en
œuvre du service public sanitaire. La vie a été désacralisée, la discrimination a été
inversement admise par une gestion d’urgence. Il s’ensuit un impératif juridique de
prévision efficiente des crises sanitaires.
Mots-clés : Covid-19, droit à la santé, droit à la vie, état d’urgence, ordre public
sanitaire.
Introduction
1 CARBONNIER (J.), Droit et passion du droit sous la Ve République, Paris, Flammarion, 1996, p. 75.
2 FOE NDI (C.), La mise en œuvre du droit à la santé au Cameroun, Thèse de doctorat, Université d’Avignon,
2019, p. 17.
3 BERGEL (J.-L.), Théorie générale du droit, Paris, Dalloz, 4e édition, 2003, p. 257.
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communautaire par les États membres n’a pas besoin de mesures de réception. Les
actes du droit communautaire pénètrent les ordres juridiques nationaux sans le
secours d’aucune mesure nationale d’introduction4 à l’exception des directives. En
droit interne, l’application de la norme de droit public est obligatoire sur l’étendue du
territoire national de façon impersonnelle, abstraite et générale. Elle est une
expression de la souveraineté interne de l’État. Une telle application peut être spatiale,
temporelle, personnelle et matérielle. Elle peut se dérouler en période normale ou en
période de crise. La notion de crise « évoque généralement un phénomène soudain
et brutal, qui bouleverse l'ordre habituel des choses, provoque un grand déran-
gement, mais pour une brève durée : son aspect temporaire est, avec son intensité,
l'une de ses deux caractéristiques dominantes »5. Prévisible à raison de sa périodicité,
« la crise est identifiable parce qu'isolable. Par divers de ses aspects, elle tranche : par
l'intensité des dangers qui l'amènent et qu'elle contient, par l'étendue des
perturbations qu'elle provoque, et par son caractère temporaire, elle constitue un
phénomène suffisamment précis et déterminable pour que le droit en fasse une
catégorie, assortie d'un régime juridique propre »6. C’est avec la constitution de
Weimar de 1919 que, la crise a été systématisée dans une prévision et un régime
juridiques dans les démocraties occidentales7. La crise peut consister en une guerre,
un trouble intérieur, des catastrophes naturelles ou encore une maladie. C’est le cas
du Covid-19. La maladie à coronavirus 2019 (Covid-19) est une maladie infectieuse
due à un Coronavirus découvert récemment. Elle s’est déclenchée vers la fin de
l’année 2019 telle une éruption volcanique initialement en Chine et précisément dans
la ville Wuhan, puis s’est propagée en Europe, en Amérique et en Afrique. Cette
maladie a très vite été qualifiée de pandémie mondiale par l’Organisation mondiale
de la santé (OMS)8. Il s’en est suivi un chamboulement total de par son bilan : environ
500 millions de malades dans le monde et 6,18 millions de décès. Sur le plan du droit,
cette crise est un trouble à l’ordre public. De part ce fait, elle a entrainé la mise sur
pied des mesures d’ordre public telle que la déclaration de l’état d’urgence qui est une
législation de crise. Cet état « demeure, en effet un état de droit adapté aux
circonstances de crise »9. Sur le plan administratif, un régime de police administrative
a été mis en place en vue de maintenir l’ordre public10. En clair, il s’agit d’un état
d’urgence sanitaire. Selon la Loi française n° 2020-290 du 23 mars 2020 en son
article 2, l’état d’urgence sanitaire « peut être déclaré sur tout ou partie du territoire
métropolitain ainsi que du territoire des collectivités régies par les articles 73 et 74 de
4 SOMA, (A.), « Les caractères généraux du droit communautaire », Revue CAMES/SJP, n° 001/2017,
p. 2.
5 MOURGEON (J.), « Les crises et les libertés publiques », Pouvoirs, n° 10, 1979, p. 43.
6 Ibid, p. 43.
7 Idem.
8 Elle n’est pas la première pandémie du genre. Le monde en a connu d’autres. Les plus grandes sont : la
peste de Justinien, la peste noire, la fièvre jaune, le choléra, la grippe espagnole, la grippe asiatique, la
grippe de Hong Kong, le sida.
9 GICQUEL (J.), GICQUEL (J.-E.), Droit constitutionnel et institutions politiques, Paris, LGDJ, 30e édition,
2016-2017, p. 702.
10 CHAPUS (R.), Droit administratif général, Paris, Montchrestien, tome 1, 15ème édition, 2001, p. 699.
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11 Selon le Règlement sanitaire international en son article 1, l’urgence de santé publique de portée
internationale s’entend d’un événement extraordinaire dont il est déterminé, qu’il constitue un risque
pour la santé publique dans d’autres Etats en raison du risque de propagation internationale de maladies ;
et qu’il peut requérir une action internationale coordonnée.
12 Quelques fois, il ne peut y avoir de conflit entre les normes de sécurité de l’Etat et la reconnaissance
des libertés publiques. Voir TREMBLAY (G.), « Les libertés publiques en temps de crise », Les cahiers de
droit, 13(3), 1972, p. 401.
13 Article 9 de la constitution camerounaise du 18 janvier 1996, article 25 de la constitution gabonaise du
26 mars 1991 modifiée le 19 aout 2003, l’article 101 de la loi constitutionnelle du Bénin du 11 décembre
1990, l’article 16 de la constitution française du 4 octobre 1958, etc.
14 TREMBLAY (G.), « Les libertés publiques en temps de crise », Les cahiers de droit, 13(3), 1972, p. 401.
15 MOURGEON (J.), « Les crises et les libertés publiques », op.cit., p. 42.
16 Ibid., p. 41.
17 Selon la jurisprudence Doublet de 1959, l’obligation de prendre une mesure de police est subordonnée
à trois conditions : « il faut que la mesure de police soit indispensable pour faire cesser un péril grave résultant
d’une situation particulièrement dangereuse pour l’ordre public ».
18 GICQUEL (J.), GICQUEL (J.-E.), Droit constitutionnel et institutions politiques, op.cit., p. 660.
19 Les risques sont avant tout des « instruments de gouvernement ». Ils « permettent, dans une société
donnée, d’identifier et d’instiller des normes de comportement à la fois aux humains et aux non-humains
que sont les animaux, les objets techniques ou encore les virus ». Voir FALLON (C.), THIRY
(A.), BRUNET (S.), « Planification d’urgence et gestion de crise sanitaire. La Belgique face à la pandémie
de Covid-19 », Courrier hebdomadaire du CRISP 2020/8-9 (n° 2453-2454), pp. 5-68. Disponible sur
www.cairn.info, consulté le 8 novembre 2021.
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universel aux soins (…), assure également un rôle de prophylaxie sociale »20. Les
normes d’ordre public ont un rang supérieur aux autres normes. La norme21 tire son
existence d’une source ou d’un énoncé normatif. Le Professeur Éric MILLARD
affirme qu’elle ne signifie pas un acte mais « une signification d’un acte de volonté »22,
un acte par lequel le jurislateur veut que quelque chose « doit avoir lieu ». Elle est une
prescription, c’est-à-dire une autorisation, une permission, une habilitation, une
interdiction et une obligation23. Elle est alors « un ordre »24, ce qui implique une
expression de volonté manifestée par un acte qui confère des droits et obligations à
des sujets déterminés conformément à l’ordre juridique. Dans cette logique, « les
normes juridiques promulguées par les organes de création du droit sont
impératives... »25 La norme peut être de droit public ou de droit privé dans l’ordre
interne. Si celle de droit privé régit des relations interpersonnelles, celle de droit public
régit les relations entre les particuliers et l’État. Il se confond au droit positif. La
norme de droit public est celle qui renvoie au droit positif. Deux normes de droit
public nous intéressent dans cette réflexion : le droit à la santé et le droit à la vie.
Le droit à la santé est un droit reconnu à l’homme concret ou « situé »26, un droit-
créance proportionnel à la situation économique des États. Il est physique et
mental27. Il doit être accordé à tous sans discrimination. Il est difficile d’assigner un
contenu spécifique au droit à la santé. Au sens strict, il renvoie aux normes suivantes :
le droit aux soins, le droit à la sécurité sociale, la gratuité des soins médicaux. Au sens
large, le droit à la santé renvoie au bien-être (droit à la nourriture, droit au logement,
bref au cadre et à la qualité de vie). La dimension la plus essentielle du droit à la santé
est l’accès aux soins. Il présente l’aspect le plus tangible, le plus exigible même, du
droit “générique” à la santé. Le droit aux soins « apparaît comme l’un des droits
fondamentaux de la personne en ce qu’il serait inhumain de ne pas soigner une
personne malade alors que des moyens de le faire existent, mais il constitue aussi le
plus fondamental des droits des malades en ce qu’il est à la base de l’acte médical. En
fait, l’expression d’accès aux soins revient à reconnaître un droit d’accéder aux soins,
expression rarement utilisée »28. Le droit aux soins est parfois considéré comme
20 SÈVE (R.), « Avant-Propos : la mesure de l’ordre public », in Archives de philosophie du droit, L’ordre
de telle ou telle source formelle ». DAILLIER (P.), FORTEAU (M.), PELLET (A.), Droit international public,
Paris, LGDJ, 8e édition, 2009, p. 126.
22 MILLARD (E.), « Qu’est-ce qu’une norme juridique », in Cahier du Conseil Constitutionnel, n° 21, 2006,
p. 89.
23 Idem.
24 KELSEN (H.), Théorie générale du droit et de l’État, Traduction Charles Eisenmann, 1962, p. 95.
25Ibid., p. 95. Allant dans le même sens, le Professeur CHEVALLIER affirmera que la règle de droit
s’exprime essentiellement à l’impératif. Voir CHEVALLIER (J.), « L’ordre juridique », disponible sur
http://www.u-picardie.fr, consulté le 25/09/2015, p. 9.
26 DAVID (E.), « Le droit à la santé comme droit de la personne humaine », RQDI, 1985, p. 65.
27 Ce droit est encadré par l’article 12 du Pacte international relatif aux droits sociaux, économiques et
culturels.
28 BIOY (X.), « Le droit d’accès aux soins : un droit fondamental ? », In Isabelle Poirot-Mazères, L’accès
aux soins, disponible sur https://book.openeditions.org, pp. 37-71. Consulté le 18 octobre 2021.
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détaché du droit à la santé, parfois comme faisant partie dudit droit. Dans la présente
réflexion, il est perçu comme faisant partie du droit à la santé.
Le droit à la vie est un droit impératif, un droit-liberté reconnu à l’homme abstrait.
Il est le premier des droits de l’homme dans la mesure où il permet la protection des
autres droits de l’homme. Il s’oppose à la privation de la vie qui peut consister en la
mort, la disparition forcée, etc. Il en existe des exceptions29. Le droit à la vie à deux
dimensions. Celle négative interdit aux États d’ôter la vie. Celle positive amène l’Etat
à protéger la vie des personnes qui sont sous sa compétence et à traquer afin de punir
ceux qui l’enfreignent. C’est dans cette dimension positive que se trouve la question
du Covid-19.
Le droit à la santé est un « droit-carrefour »30. Son contenu, un kaléidoscope des
droits31. Il est subséquent du droit à la vie. L’on peut même dire qu’il est
nécessairement associé au droit à la vie32. Sa juridicité est fonction des instruments
qui l’énoncent. Son respect est absolu quand il se traduit au respect du droit à la vie.
Toute violation du droit à la santé est une violation du droit à la vie. Une mauvaise
hospitalisation des patients peut-être une cause de contamination des autres patients.
Ce dernier semble être un fondement assuré pour engager la responsabilité de l’État
en cas de crise sanitaire33.
L’intérêt de la présente étude est actuel tout comme l’est la pandémie du
Coronavirus. Depuis sa propagation, les institutions se sont trouvées dos au mur.
Cela s’est ressenti à travers le dispositif de réaction mis en place. Les infrastructures,
les ressources humaines et la norme de droit public ont été mobilisées dans ce
contexte crisogène. Cela a infléchi l’application des normes tout en ébranlant les
principes basiques du droit. Les procédés de gestion de cette pandémie ont montré
la limite des États. Il est donc question ici de mettre en lumière la gestion du Covid-
19 et la reconfiguration des normes de droit public constitutionnel que sont le droit
à la vie et le droit à la santé.
Le champ matériel de cette réflexion est celui des droits et libertés fondamentaux.
Le droit constitutionnel et les traités internationaux en sont géniteurs, ils en
constituent la trame de fond. Le temps de l’étude est aussi celui du Coronavirus. Il
va de 2019 à nos jours puisque la pandémie a cours quoique de manière atténuée.
L’on observera que l’espace de l’étude est aussi celui du Covid-19, l’espace-monde.
La comparaison des différentes modalités de gestion par des États permettra d’y
desceller un droit constitutionnel de la gestion des crises sanitaires.
L’application du droit à la santé et du droit à la vie ont présenté une diversité de
régimes qui laisse interrogateur. En effet, l’accès aux soins notamment aux lits, aux
etc.
33 Notons qu’il n’est pas évident d’engager la responsabilité de l’Etat pour faute sanitaire. Voir KHOURY
(L.), « Crises sanitaires et responsabilité étatique envers la communauté », RUDS, n° 46, 2016, p. 263.
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La séquence du Covid-19 s’est révélée comme une véritable épreuve pour les
États dans leur mission de protection des droits de l’homme. Contrairement au
temps normal, l’application du droit à la vie et du droit à la santé a été secouée (A)
entrainant le bouleversement du cadre normatif actuel (B).
Santé publique, droit médical, droit de l’homme, voici des morceaux choisis
intéressants. Il est admis qu’il est impossible de faire avancer la santé publique au
détriment des droits de l’homme même si cela n’est pas sans difficulté35. Le rapport
tendu entre santé et droits de l’homme est donc posé. Les objectifs de la santé
publique sont la prévention, la protection, la promotion et la surveillance de la santé.
Les Etats dans leur politique sanitaire, ont l’obligation de respecter, de protéger et
mettre en œuvre le droit à la santé qui en découle. Parmi ces obligations se trouve la
question de la disponibilité des infrastructures sanitaires. Ces obligations ont été
difficilement respectées lors de la pandémie Covid-19. L’obligation de mise en œuvre
du droit à la santé est étatique. Elle peut être vue sous l’angle des maladies
épidémiques. Les États « sont tenus d’adopter des mesures […] contre toute menace
mise en évidence par des données épidémiologiques ». L’adoption de telles mesures
dans le cadre de la gestion du Coronavirus a remis en cause l’obligation primaire de
respecter le droit à la santé. En effet, cette mise en œuvre en période de crise sanitaire
a plutôt tenu compte du contexte. Il s’agit d’un contexte de crise. Or l’obligation de
(F.) (Dir.), Dictionnaire des droits de l’homme, Paris, PUF, 1ère édition, 2008, p. 978.
35 GAYMARD (H.), « Préface », in MANN (J.) (Dir.), Santé publique et droit de l’homme, Séminaire du 8 et
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respect est générale et prend plus en compte la période normale. La mise en œuvre
du droit à la santé se fait in concreto alors que l’obligation de respect est une obligation
in abstracto. Cette mise en œuvre du droit à la santé permet aussi d’évaluer les actions
posées par les États. Ces derniers ont l’obligation générale de construire les
infrastructures sanitaires et leur doter des ressources adéquates. La qualité signifie
que les « installations, biens et services en matière de santé doivent être scien-
tifiquement et médicalement appropriés et de bonne qualité. Cela suppose
notamment du personnel qualifié, des médicaments et du matériel hospitalier
approuvés par les instances scientifiques et non périmés »36. Est-ce que les États ont
disposé des infrastructures suffisantes ? Quel est le degré d’évaluation de la suffisance
infrastructurelle ? Il semble que dans certains pays, les infrastructures ont été
insuffisantes. Cela s’est constaté par l’absence des salles et des lits d’hospitalisation
ainsi que des respirateurs etc. Les infrastructures sanitaires doivent assurer à tous des
services médicaux et une aide médicale en cas de maladie. Il doit y avoir un cadre
général permettant à l’hôpital public de soigner tous les malades. En pratique, cela
passe par l’octroi de moyens humains, matériels et financiers suffisants37. La
disponibilité d’un tel cadre permet l’accessibilité aux soins aussi bien en période
normale qu’en période de crise sanitaire. Ce dernier point se traduit par la « mise en
place d’un système de soins médicaux d’urgence en cas d’accidents, d’épidémies et
de risques sanitaires analogues » et « l’accès rapide, dans des conditions d’égalité, aux
services essentiels de prévention, de traitement et de réadaptation ». Sur ce point, la
gestion du Covid-19 a montré que les infrastructures sanitaires et les ressources ont
été insuffisantes car les hôpitaux ont manqué des médicaments et des places pour
soigner des malades. Toute chose qui a remis en cause le droit aux soins qui est
l’élément phare du droit à la santé. Le reproche fait aux Etats porte sur leur inaction
ou leur omission de règlementer, et leur défaut de mettre en œuvre la règlementation
ou leur négligence dans cette mise en œuvre38. Cela suscite des interrogations.
Le droit aux soins dans sa dimension objective impose l’accès aux soins. Pour le
service public de la santé, il en découle que les patients ne sont pas abandonnés par
les médecins39. L’obligation de continuité des soins impose que quelles que soient les
circonstances40, « elle soit assurée et que le médecin ne puisse pas abandonner ses
malades en cas de danger public. Au nom de cette continuité des soins, un couple de
médecins a pu, par exemple, être mis en demeure de ne pas partir en vacances
36 FOE NDI (C.), La mise en œuvre du droit à la santé au Cameroun, op.cit., p. 11.
37 TASSE (E.), « Droit à la santé, droit à la vie et coronavirus. La décision publique face à l’incertitude
scientifique » disponible surhttps://doi.org/10.4000/cdst.2908, consulté le 24 septembre 2021.
38 KHOURY (L.), « Crises sanitaires et responsabilité étatique envers la communauté », RUDS, n° 46,
aux soins, disponible sur https://book.openeditions.org, pp. 37-71. Consulté le 18 octobre 2021.
40 Selon l’article 3 (2) du décret camerounais n° 83-166 du 12 avril 1983 portant Code de déontologie des
médecins, ces derniers ne peuvent « abandonner ses malades, même en cas de danger public, sauf ordre
écrit de l’autorité compétente ».
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ensemble par le maire d’une commune rurale »41. La continuité du service public de
la santé pour être efficace doit s’accompagner des autres lois de Rolland. Cette
continuité peut être rompue lorsque d’autres conditions ne sont pas respectées. Ces
différentes observations relatent bien la complexité des attentes envers l’État en
période de crise. Comment déterminer si une menace, une situation était
raisonnablement prévisible ou imminente ? Comment apprécier le comportement de
l’État et dire s’il a ou non manqué à son obligation de prévention ? Deux lectures
pourraient s’affronter. La première consisterait à prendre acte de la nature et de
l’ampleur inédites de la crise du Coronavirus. Jamais la communauté internationale
n’a eu à affronter une épidémie de ce type se propageant à une vitesse foudroyante
et touchant toutes les régions du monde. De ce point de vue-là, on peut estimer
qu’elle était imprévisible et que l’État a fait « ce qu’il a pu » compte tenu des
informations qui étaient à sa disposition. La seconde lecture consisterait à partir du
constat que la crise du Coronavirus n’est pas la première pandémie. Les États étaient
avertis et auraient donc dû prévoir un plan d’urgence ou un plan de gestion des
catastrophes42. Dans une situation complexe, l’on peut aussi aborder la bonne foi des
États dans la gestion du Covid-19. Ceux étant de bonne foi ont effectivement mis les
moyens dont ils disposaient pour faire face à la pandémie, mais ceux de mauvaise foi
l’ont minimisé. C’est le cas lorsqu’un État dispose de ressources financières, mais soit
dépourvu de la volonté d’utiliser au maximum ces ressources pour donner effet au
droit à la santé. Le Brésil43 en est un exemple.
Le droit à la santé est un droit subjectif et programmatoire dont la garantie variera
selon des situations rationae personne et rationae loci. Les États doivent prouver qu’ils ont
tout fait pour le garantir. Pendant le Covid-19, le droit à la santé a été mis en mal
parce que les structures sanitaires étaient débordées aussi bien sur le plan
infrastructurel que de la ressource humaine. L’on a observé un défaut d’accès aux
soins, un accès discriminatoire ou inégalitaire aux soins, l’hésitation du personnel
soignant à travailler, un plan de riposte léger. En 2020, en Belgique, « les gouvernants
se sont retrouvés à improviser leur gestion de crise parce que les dispositifs en place
ont été pensés et dimensionnés pour d’autres crises, de plus faible ampleur »44.
D’autres États ont mis sur pied une fausse impression de plan. L’une des images les
plus choquantes est celle provenant d’Italie où les centres hospitaliers ont été
incapables d’offrir des soins aux malades du Covid-19 à cause de l’insuffisance des
infrastructures sanitaires. Dans ce pays, dans la ville de Naples par exemple, certains
41 BIOY (X.), « Le droit d’accès aux soins : un droit fondamental ? », In Isabelle Poirot-Mazères, L’accès
aux soins, disponible sur https://book.openeditions.org, pp. 37-71. Consulté le 18 octobre 2021.
42 Idem.
43 TV5, « Covid-19 au Brésil : Bolsonaro accusé de ‘’crime contre l’humanité’’ », disponible sur
Belgique face à la pandémie de Covid-19 », Courrier hebdomadaire du CRISP 2020/8-9 (n° 2453-2454),
pp. 5-68. Disponible sur www.cairn.info, consulté le 8 novembre 2021.
222
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malades ont été placés sous oxygène dans leur voiture faute de place dans les
hôpitaux45.
Lors de la réaction contre le Covid-19, « il y a eu peu de certitudes, si non celle
qu’il incombe aux services hospitaliers de tout faire pour tenter de sauver, avec les
connaissances et moyens dont ils disposent, les malades qui leurs sont confiés »46.
45 France Télévision, « Covid-19 : en Italie, des malades placés sous oxygène dans leur voiture faute de
place dans les hôpitaux », disponible sur www.francetvinfo.fr consulté en ligne le 05 juillet 2021.
46 WASCHMANN (P.), « Les libertés et les mesures prises pour lutter contre la propagation du covid-
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fait de ne pas isoler les détenus souffrant de maladies contagieuses des autres détenus
pourrait soulever des questions au titre du paragraphe 1 de l’article 6 […] »51.
Désormais les États doivent protéger le droit à la vie de toute menace, qu’elle soit ou
non imputable à l’État. Dans l’affaire Toussaint c. Canada, le même Comité considère
ainsi que « le droit à la vie recouvre le droit des personnes de ne pas subir d’actes ni
d’omissions ayant pour but ou résultat leur décès non naturel ou prématuré, et le
droit de vivre dans la dignité. De plus, l’obligation des États parties de respecter et
garantir le droit à la vie fait face aux menaces et situations raisonnablement prévisibles
qui mettent la vie en danger. Il peut y avoir violation de l’article 6 par les États parties
même si de telles menaces ou situations n’ont pas effectivement abouti à la perte de
vie »52. Les États doivent désormais prévenir les risques liés aux maladies poten-
tiellement mortelles. La Cour européenne des droits de l’homme a déjà reconnu que
la première phrase de l’article 2 § 1 pouvait imposer une obligation positive de l’État :
protéger la vie de l’individu […] contre le risque d’une maladie pouvant entraîner la
mort ». L’obligation de protéger le droit à la vie et le principe de précaution semblent
adaptés à la crise du Coronavirus. La première contraint les États à agir pour protéger
le droit à la vie des personnes placées sous leur juridiction. La seconde insiste sur le
fait que le doute et l’incertitude scientifiques ne doivent pas empêcher les pouvoirs
publics d’agir. Plus encore, l’incertitude n’est pas un motif exonératoire. Néanmoins,
les obligations positives et le principe de précaution risquent de se heurter à plusieurs
obstacles. Le premier et non des moindres est celui de la nature de l’obligation mise
à la charge des États parties. L’obligation de protéger le droit à la vie est une
obligation de moyen. Autrement dit, les États doivent tout mettre en œuvre pour
éviter que le risque se réalise (la mort d’un individu). Ils ne sont pas tenus de remplir
l’objectif. On ne saurait en effet leur reprocher de ne pas avoir réussi à maintenir
quelqu’un en vie s’ils ont tout fait pour y arriver. C’est un point sur lequel insistent
de nombreux auteurs : les États doivent protéger le droit à la vie et non la vie elle-
même53. Le second obstacle découle du premier : « c’est la marge nationale
d’appréciation. Si les États sont contraints à tout mettre en œuvre pour protéger le
droit à la vie des individus, les moyens auxquels ceux-ci doivent recourir restent à
déterminer. Elle ne veut pas être trop prescriptive et refuse donc de reprocher à un
État d’avoir privilégié un moyen au détriment d’un autre »54. Au vu de tout ce qui a
été dit, le droit à la vie est plus adapté que le droit à la santé à la crise du Coronavirus.
D’abord, parce que le premier est mieux protégé que le second. Il est prévu par tous
les instruments conventionnels de protection des droits de l’homme et la
jurisprudence qui lui est consacrée ne cesse de s’étoffer et de créer, au gré des affaires,
des obligations nouvelles touchant un nombre croissant de domaines – notamment
51 CDH, Cabal et Pasini c. Australie, 2003, communication n° 1020/2001, disponible sur www.escr-org/fr
consulté en le 9 janvier 2022.
52 CDH, Nell Toussaint c. Canada, 2018, communication n° 2348/2014 disponible sur www.escr-org/fr
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économiques et sociaux. Par bien des aspects, la gestion d’une crise épidémique et
sanitaire est proche de celle d’une catastrophe naturelle. Les similitudes sont
nombreuses. Elles exposent toutes deux les individus au risque sérieux de perdre la
vie. Elles confrontent toutes deux les pouvoirs publics au défi de l’incertitude
scientifique. Cela a bouleversé les deux normes.
Plus l’on parle des droits et libertés fondamentaux, plus les États sont enclins à les
violer. C’est la tendance contemporaine. L’on pense avec le Professeur Patrick
WASCHMANN que la dérogation aux libertés tend à devenir le principe car il « suffit
qu’apparaissent de nouvelles menaces : terrorisme meurtrier, pandémie, perturba-
tions économiques (…) pour que l’on cède immédiatement et sans débat approfondi
sur les libertés »55. La gestion du Coronavirus a permis de l’illustrer. Le Covid-19 qui
est une crise sanitaire mondiale ne pouvait qu’entrainer un ensemble de réaction de
la part des États. Il fallait d’abord lui trouver un fondement constitutionnel. Ainsi,
cette pandémie entre dans le régime d’exception reconnu dans les constitutions
démocratiques. Il entraine un déplacement de pouvoirs du législatif vers l’exécutif à
travers l’état d’urgence mieux encore l’état d’urgence sanitaire conférant « au
gouvernement, des prérogatives exceptionnelles de puissance publique qui, en temps
normal, ressortissent de la compétence de la représentation nationale »56. L’état
d’urgence est une loi de circonstance qui comprime les libertés publiques en cas de
péril imminent résultant d’atteintes graves à l’ordre public, soit en cas d’évènements
présentant, par leur nature et leur gravité, le caractère de calamité publique. La
séquence du Covid-19 a mis sur pied l’état d’urgence dans plusieurs États. Il s’est agi
d’adopter des mesures comprimant drastiquement des libertés afin de maîtriser la
pandémie. L’ordre public a été troublé. Il a fallu activer des mesures de police. Il
convient de dire que ces mesures doivent respecter certaines conditions. D’emblée,
l’objectif de protection de la santé publique constitue traditionnellement « une arme
de restriction massive »57. Le Covid-19 a entrainé une restriction inédite à l’exercice
des libertés fondamentales. Elle a « conduit à des restrictions sans précédent à
l’exercice des libertés fondamentales »58. Il s’agit là d’une addition dangereuse au fait
que « les médecins ont le sentiment que l’application des droits de l’homme est à la
55 WASCHMANN (P.), « Les libertés et les mesures prises pour lutter contre la propagation du covid-
19 », op.cit., p. 948.
56 GICQUEL (J.), GICQUEL (J.-E.), Droit constitutionnel et institutions politiques, op.cit., p. 700.
57 BOULOIS (X.), « La fin des droits de l’homme ? », RDLF, 2020, Chron n° 60 disponible sur
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fois utopique et trop lente. Aujourd’hui, alors que les problèmes de santé publique
ont été identifiés comme relevant du respect des droits de l’homme, ils adoptent une
position favorable à une action immédiate et concrète »59. L’application de la norme
de droit public au covid-19 est une application liberticide au regard de l’évolution du
droit de la gestion des crises sanitaires. En effet, les mesures imposées aujourd’hui
étaient impensables il y a de cela trente ans à propos du sida. Ces restrictions sont
instituées au nom du droit à la vie, en particulier celui des personnes les plus fragiles
en raison de leur état de santé, de leur âge ou de la sensibilité de leur patrimoine
génétique aux agressions liées au coronavirus »60. En plus de sa similarité d’avec les
autres mesures d’état d’urgence ; celles prises contre le Covid se particularisent « par
l’ampleur des restrictions aux libertés prises dans le cadre de l’État d’urgence sanitaire
mais aussi par le fait que lesdites mesures ont concerné l’ensemble de la
population »61. Il n’était plus question de « restreindre les libertés de quelqu’un pour
assurer la protection de tous contre le risque terroriste. Il s’est agi de restreindre les
libertés de tous pour tous nous protéger. De ce point de vue, cette crise évoque plutôt
les politiques de mise en œuvre en matière de santé publique »62. La liberté consiste
à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas autrui. Le Professeur Eric DAVID écrivait déjà
que les droits de l’homme « ne correspondent pas seulement à des obligations de
l’État envers l’individu ; ils engendrent également des obligations des individus les
uns par rapport aux autres »63. C’est là l’autre facette des exceptions à la liberté révélée
par le Coronavirus. Il a imposé aux citoyens le pouvoir de faire tout ce qui ne nuit
pas à la société64. Toute chose qui montre l’insuffisance du libéralisme face au
collectivisme, de la liberté négative à l’égard de la liberté positive. A cet effet, il a été
reconnu la licéité du vaccin obligatoire contre le Covid-1965. Cela rappelle le
« drittwirkung » allemand66. Sous l’effet de la peur, gouvernés et gouvernants, organes
de décision et organes de contrôle ont consenti des limitations considérables aux
libertés67. Les États peu démocratiques ont renforcé des restrictions des libertés pour
finir par se vanter de maitriser la pandémie. La restriction des libertés en période de
59 MANN (J.), « Préambule sante publique et droits de l’homme : quelle problématique ? », in MANN
(J.) (Dir.), Santé publique et droit de l’homme, Séminaire du 8 et 9 novembre 1996, Paris, Espace éthique de
l’assistance publique hospitalière, inédit.
60 WASCHMANN (P.), « Les libertés et les mesures prises pour lutter contre la propagation du covid-
en droit constitutionnel allemand. Il signifie que « les normes de la Loi fondamentale allemande (le
« Grundgesetz) produisent des effets entre personnes privées et non seulement à l’égard des pouvoirs
publics (effet vertical) ». Voir ANDRIANTSIMBAZOVINA (J.) ; GAUDIN (H.), MARGUENAUD
(J.-P.), EIALS (S.), SUDRE (F.) (Dir.), Dictionnaire des droits de l’homme, op.cit., p. 301.
67 WASCHMANN (P.), « Les libertés et les mesures prises pour lutter contre la propagation du covid-
19 », op.cit., p. 948.
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crise ne laisse indifférent tout régime qu’il s’agisse d’un régime libéral ou totalitaire.
Seulement le degré de restriction est encore plus intensifié dans ceux totalitaires. La
« nocivité des libertés lors d'une crise n'est pas moindre dans des sociétés plus
monolithiques, davantage accoutumées à les subordonner à la prééminence de
finalités totalisantes : soit que la crise commande un degré supplémentaire de leur
affaiblissement, porté jusqu'à l'inanition ; soit qu'elle bouleverse au point de faire
sauter tous les verrous qui les contenaient, et d'ouvrir la porte au déferlement de la
liberté »68. En Chine, les autorités ont confiné la population se trouvant sur le
territoire national. L’on y a aussi noté l’« enfermement des malades, assuré par la
condamnation de la porte d’entrée de leur domicile »69. D’autres similarités existent.
Assurer l’ordre public sanitaire, c’est « décider et entreprendre les mesures propres
à prévenir (…) les risques de maladie »70. Face à la saturation des hôpitaux entrainant
l’insuffisance des lits et des respirateurs, le Québec a mis sur pied un programme
garantissant un accès rationnel aux soins. C’est le « Protocole national de priorisation
pour l’accès aux soins intensifs adultes en contexte de pandémie extrême ». En effet,
la pandémie du Covid-19 « commande une gestion des lits et ressources de soins
intensifs dans une perspective nationale, et vise les patients adultes considérés
globalement. L’objectif « de priorisation en situation extrême de pandémie est de
minimiser la mortalité de la manière la plus juste possible »71. C’est sa justification.
Les principes directeurs du Protocole sont la maximisation des bénéfices, la
proportionnalité, la non-discrimination, la transparence et la confiance, l’efficacité, la
durabilité ainsi que l’équité. Le protocole n’admet pas de discrimination sur le choix
des patients. Sous l’angle de l’éthique, il y est fait mention de la nécessité que la
priorisation des soins se fonde, de manière objective, sur les principes de justice et
d’équité. La mise en œuvre de ces principes n’a pas suffi à respecter l’application du
droit à la santé et du droit à la vie. Tout commence par le choix des patients. Il doit
se faire entre les patients remplissant les critères de chaque étape mais dont les lits
sont insuffisants en soins intensifs (dans ce cas, choisir le patient ayant un meilleur
pronostic clinique et un moindre risque de sevrage ventilatoire)72. Il y a aussi un choix
à faire entre les patients qui attendent une admission aux soins intensifs. Dans ce cas,
il faut appliquer les décisions cycle de vie73, nombre du personnel soignant74,
pandémie, p. 15.
72 Ibid., p. 27.
73 Cette règle de décision met de l’avant « l’équité intergénérationnelle » en priorisant les personnes
sont exposés aux risques de contagion lorsqu'ils fournissent des soins et services à la population.
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randomisation75. Le choix des patients qui seront priorisés pour l’accès aux lits et les
ressources des soins intensifs est fait par une équipe de priorisation qui n’est pas en
contact des patients. Cette équipe est détachée des personnes visées et a la
responsabilité de faire les choix les plus objectifs possible. Pour cela, il est pris en
compte des indications cliniques. Les indications cliniques de soins intensifs
permettent d’identifier les patients qui peuvent bénéficier d'une admission en soins
intensifs. Ces indications portent principalement sur l’insuffisance respiratoire et le
choc, car c’est la capacité à fournir un respirateur et un soutien hémodynamique qui
différenciera l’unité de soins intensifs des autres secteurs de soins aigus. Les
diagnostics et paramètres cliniques permettent d’établir une pronostication à court
terme des patients lors d’un séjour aux soins intensifs. Ils indiquent la probabilité de
survivre à une maladie aiguë et le risque d’un sevrage ventilatoire prolongé. A chance
de survie égale, l’on procède au cycle de vie, le personnel soignant et la randomisation.
Le déclenchement du Protocole se fait en trois étapes. La préparation à la priorisation
s’amorce une fois la mise en tension à 150 % de niveau de saturation. C’est le niveau
d’alerte. Mais la première étape commence à 200 % de niveau de saturation des
hôpitaux. L’étape 2 « priorise les patients donc le taux de mortalité estimé est inférieur
à 50 % ou ceux qui n’ont pas un risque élevé de sevrage ventilatoire prolongé aux
soins intensifs »76. L’étape 3 « priorise les patients dont le taux de mortalité estimé est
inférieur à 30 % ou ceux qui n’ont pas un risque de séjour prolongé aux soins
intensifs »77. Ces étapes sont renversées à partir du moment où la situation se décante.
A partir du moment où les lits de soins intensifs se libèrent et les patients qui y
attendent une admission ne répondent pas aux diagnostics et paramètres cliniques de
l’étape 3, un processus de transition inverse s’enclenche vers l’étape 2, puis vers
l’étape 178. Si le Protocole a atteint ses objectifs, il ne souffre pas moins de critiques
au regard des droits de l’homme notamment ceux de la vie et de la santé. Il y a d’abord
la légalité ou l’opportunité de la mise en application des critères de priorisation qui
pose problème. En plus, dès le début de la pandémie, la tendance a été de transférer
automatiquement les personnes âgées de Covid-19 dans des établissements de soins
aigus, sans respecter leur volonté auparavant exprimée. Si la méthode d’allocation des
ressources sans précédent devait être appliquée, des patients se verraient refuser
l’accès aux soins intensifs afin que l’on puisse donner priorité à un patient dont les
chances de survie sont jugées supérieures. Toutefois, il s’agit d’un bouleversement
majeur dans l’approche traditionnelle en matière de soins, puisqu’à la suite d’une
décision médicale sans consentement préalable, les personnes « les plus faibles »
75 Lorsque toutes les autres règles de décision ne permettent pas de prioriser, l’équipe de priorisation
procède par randomisation. Cette approche de la justice permet une égalité des chances entre individus.
76 Santé et Services sociaux du Québec, Priorisation pour l’accès aux soins intensifs (adultes) en contexte extrême de
228
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seront « sacrifiées » »79. Le droit à la santé et le droit à la vie ont connu des lourds
étirements qui les ont transformés.
Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Ce droit doit être protégé par
la loi. Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie. La vie est sacrée, il faut la
protéger. Le décret camerounais n° 83-166 du 12 avril 1983 portant Code de
déontologie des médecins dispose que le « respect de la vie constitue en toute
circonstance le devoir primordial du médecin »80. L’interdiction de la privation
arbitraire de la vie quoiqu’elle soit absolue a connu une relativisation pendant la
gestion du Covid-19. L’on a procédé à la sélection des patients méritant la vie en
partant de leurs indications cliniques. Au Québec, ceux ayant moins de chance de
survie se sont vus refuser l’accès aux soins intensifs en faveur de ceux ayant un
meilleur pronostic vital. En plus, en cas d’égalité entre deux patients ayant un même
pronostic vital, il fallait choisir au hasard lequel des deux allait être admis aux soins
intensifs. L’arbitraire est donc affirmé ici. Son interdiction liée à la sacralité de la vie
s’est vue désacralisée. Par ailleurs, certains prolongements du droit à la vie n’ont pas
été respectés. C’est le cas des conditions de la mort. La jurisprudence
constitutionnelle espagnole « veille à ce que l’État, lorsqu’il a la charge de personnes
vulnérables, prévienne tout risque vital. Dans un arrêt de 1996, il était question d’un
détenu atteint d’une maladie coronarienne mais dont le service pénitentiaire avait
écarté la libération conditionnelle. Le Tribunal constitutionnel a au contraire estimé
que la liberté conditionnelle de personnes atteintes de maladies très graves et
incurables présentant un risque vital relève d’une exigence constitutionnelle. La
même décision relève d’ailleurs que l’État ne saurait imposer une intervention
chirurgicale pourtant nécessaire et permettant le maintien en détention81. Cette
79 CLOUTIER (S.), BRYN (W.-J.), RAVITSKY (V.), « Priorisation et handicap : le risque de biais et de
discrimination » disponible sur https://policy options.irpp.org/fr consulté le 20 octobre 2021.
80 Article 1.
81 Les décisions rendues le 25-03-1996, 48/1996, Boletín oficial del Estado, 102, et le 27.04.1996, 13-
16/CODICES ESP-1996-1-008.
229
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obligation n’a pas été respectée pendant la gestion du Covid-19. L’extrême virulence
du Coronavirus a permis de comprendre que l’insuffisance des soins ou
l’administration discriminatoire des soins entrainait par là une violation du droit à la
santé et du droit à la vie car pas de soins, pas de vie. Le Coronavirus a montré que
les insuffisances de la mise en œuvre du droit à la vie et du droit à la santé ne sont
pas condamnables. Les mesures « ont privé les malades, en particulier ceux plongés
dans le coma, ainsi que les mourants, de la présence de leurs proches et ces derniers
de la possibilité d’observer les rites de séparations d’avec les morts. Le droit à la vie,
dont la protection est mise en avant, ne doit pas non plus faire oublier la nécessaire
préservation de la qualité de la vie et du respect dû à la personne humaine (cas
particulier des personnes âgées isolées de leur famille)82. Il est à noter que les proches
des patients admis aux soins intensifs ou non, n’ont pas pu avoir de contacts avec
eux. Concrètement, cela signifie que des décès sont advenus sans la présence des
proches. Cela reflète bien cette constante contemporaine à accorder moins de crédit
à la mort. Pourtant, il ne faut pas négliger le déterminant culturel de la santé. Il
correspond « à la manière pour une Communauté (…) d’aborder la vie et la mort en
fonction des croyances ancestrales, qui orientent la façon de se soigner »83. Pourtant,
dans bien des cas, pour ne pas dire dans la plupart des cas, les patients ont déjà fait
valoir leurs volontés – soit verbalement à leurs proches ou dans un mandat de
protection, dans une directive médicale anticipée ou encore dans un formulaire de
niveau des soins qu’elles (ou leurs représentants) ont signé – de ne pas recevoir de
soins « extraordinaires » et de ne pas être transférés dans un établissement de soins
aigus. Devant la forte probabilité qu’ils y meurent isolés, intubés, nourris
artificiellement, dans un climat déshumanisé, ils ont estimé préférable de recevoir de
bons soins et, le cas échéant, des soins de fin de vie, dans leur milieu de vie, et de voir
leur souffrance soulagée dans un climat de sérénité et en pouvant être accompagnés
de quelques membres de leur famille. De tout ce qui précède, le droit à la vie a été
fragilisé en période de crise sanitaire. Il en est de même de la non-discrimination.
82 WASCHMANN (P.), « Les libertés et les mesures prises pour lutter contre la propagation du covid-
19 », op.cit., p. 951.
83 BELANGER (M.), Introduction à un droit mondial de la santé, op.cit., p. 114.
84 GRUSKIN (S.), « Cadres, contexte et contenus des droits de l'homme, Chapitre I », in MANN (J.)
(Dir.), Santé publique et droit de l’homme, Séminaire du 8 et 9 novembre 1996, Paris, Espace éthique de
l’assistance publique hospitalière, inédit.
85 ANDRIANTSIMBAZOVINA (J.) ; GAUDIN (H.), MARGUENAUD (J.-P.), EIALS (S.), SUDRE
230
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87 BIOY (X.), « Le droit d’accès aux soins : un droit fondamental ? », In Isabelle Poirot-Mazères, L’accès
aux soins, disponible sur https://book.openeditions.org, pp. 37-71. Consulté le 18 octobre 2021.
88 Idem.
89 PARTSCH (K. J.), « Les principes de base des droits de l’homme : l’autodétermination, l’égalité et la
non-discrimination », in VASAK (K.), Les dimensions internationales des droits de l’homme, Unesco, 1978, p. 73.
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qui lui est substantielle, un droit de circonstance caractérisé par le double souci de
prévisibilité des crises et de la juridicité des ripostes »90. Le Coronavirus n’est pas la
première pandémie connue. Mais elle n’a pas pour autant été gérée comme il le fallait.
Toute chose qui montre la difficulté de la gestion des crises sanitaires. Que peut faire
le droit face à telles situations ? Il faut apprendre du passé91, des manquements et
consolider les acquis. Pour cela, il faut prévoir les programmes nationaux de gestion
de crises sanitaires (1) tout en rationnalisant leur usage (2).
90 GICQUEL (J.), GICQUEL (J.-E.), Droit constitutionnel et institutions politiques, op.cit., p. 660.
91 L’expérience de la gestion de l’épidémie du SRAS aurait pu aider les Etats à mieux faire face au Covid-
19.
92 BELANGER (M.), Introduction à un droit mondial de la santé, op.cit., p. 109.
93 Idem.
94 FALLON (C.), THIRY (A.), BRUNET (S.), « Planification d’urgence et gestion de crise sanitaire. La
Belgique face à la pandémie de Covid-19 », Courrier hebdomadaire du CRISP 2020/8-9 (n° 2453-2454),
pp. 5-68. Disponible sur www.cairn.info, consulté le 8 novembre 2021.
95 Le Syndrome respiratoire aigu.
96 Idem.
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Face à de telles situations, l’ordre public reste l’outil indispensable de gestion de crise.
Il permet en plus d’être un contrepoids de l’exécutif quant à la restriction des libertés.
C’est là son autre facette. La complexité et la mutabilité de l’ordre public dont le
besoin d’adaptation aux risques est permanent. En « ne suivant pas complètement
ceux qui considèrent que la démocratie moderne manifeste une certaine prééminence
de l’exécutif, on pourrait ainsi considérer que l’ordre public, produit même de
l’exercice de la souveraineté, s’est en quelques sortes, sinon externalisé, du moins
polycentré, dans un vaste jeu de checks and balances adapté à la gestion des risques en
situation d’incertitude »97. Maintenant il reste à rationaliser l’ordre public pour une
gestion efficiente des crises sanitaires.
97 SÈVE (R.), « Avant-Propos : la mesure de l’ordre public », in Archives de philosophie du droit, L’ordre
Belgique face à la pandémie de Covid-19 », Courrier hebdomadaire du CRISP 2020/8-9 (n° 2453-2454),
pp. 5-68. Disponible sur www.cairn.info, consulté le 8 novembre 2021.
100 BRÜCKER (G.), « Le meilleur programme de sante publique s'appuie sur les droits de l'homme », in
MANN (J.) (Dir.), Santé publique et droit de l’homme, Séminaire du 8 et 9 novembre 1996, Paris, Espace
éthique de l’assistance publique hospitalière, inédit.
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L’un des problèmes de la santé publique est l’absence d’une structure conceptuelle
cohérente, une terminologie capable de nommer et de repérer concrètement les
origines fondamentales des problèmes sanitaires, un consensus sur des processus et
des modalités d’intervention adaptées à des sociétés dont les conditions de vie sont
précaires et qui favorisent l’émergence des problèmes sanitaires. La divergence
d’opinions, l’incompréhension entre médecins et chercheurs sur les traitements à
administrer quant au Covid-19 ont largement contribué à ternir la sécurité sanitaire.
Le corps médical n’est pas unanime quant aux mesures de traitement de la pandémie.
Les propos de M. Didier RAOUL en sont illustratifs. Il en est de même de la tension
entre les fabricants de vaccins et les fabricants d’hydroxy-chloroquine. La santé de
l’homme a été relégué au second rang au détriment des intérêts stratégiques101 se
traduisant en termes financiers. Il faut calculer les moyens financiers à déployer en
cas d’urgence sanitaire. Cela devra passer par l’ajustement de la loi de finances. Dans
le cadre de la CEMAC, pour atténuer l’ampleur des effets macro‐économiques de la
crise du Covid‐19, il a été recommandé aux États membres l’adoption, dans les plus
brefs délais, des lois de finances rectificatives de l’année budgétaire 2020, pour aligner
la gestion des finances publiques sur des prévisions actualisées et réalistes de recettes
budgétaires et pour renforcer les moyens de lutte contre la propagation de la
pandémie du Coronavirus, tout en garantissant le service de la dette102. Au
Cameroun, l’ordonnance n° 2020/001 du 03 juin 2020 modifiant et complétant
certaines dispositions de la Loi n° 2019/023 du 24 décembre 2019 portant Loi de
finances de la République du Cameroun pour l’exercice 2020 a été adoptée. Un tel
correctif budgétaire implique des calculs qualitatifs et prudents. En clair, pour faire
face à des risques sanitaires, le Professeur René SEVE propose de fixer comme
objectif méthodologie de « corréler les indicateurs de performance et de les créer s’ils
n’existent pas, à des évaluations monétisées de manière à situer les résultats de l’État
pour une politique d’ordre public particulièrement sur une échelle commune à tous
les programmes. Si cette monétisation s’avérait impossible, on pourrait en déduire
que l’indicateur doit être amélioré »103. Il s’agit des « travaux de métrologie de l’ordre
public » pouvant influencer les finances publiques. En effet, quelques années
auparavant, un rapport conjoint de l’ONU et de la Banque mondiale estimait le coût
d’une pandémie de grippe aviaire à trois milliards de dollars104. Ils devraient aussi
permettre de guider les politiques opérationnelles en priorisant les actions à fort
impact et en évitant les effets catalogues de très nombreuses « stratégies
101 AIMAR (P.), COVID-19. Enquête sur un virus. Manipulations, Vols, Meurtres, Influences et Guerres
Médiatiques, Paris, Le Jardin des Livres, 2021, 264 pages.
102 NYABEYEU TCHOUKEU (L.), « COVID 19 et dispositions économiques des traités de la
op.cit., p. 252.
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nationales »105 de santé. En matière sanitaire, il faut tenir compte de l’intérêt général
dans une démarche proactive. Les devoirs de l’État à l’égard du public l’obligent « à
tenir compte d’une myriade d’intérêts divers et contradictoires afin de prendre la
décision qui sert le mieux l’intérêt public »106. C’est la solidarité sanitaire. Elle a deux
sens. La solidarité de la collectivité « envers les individus et les groupes vulnérables,
défavorisés et/ou marginalisés. Elle est alors étroitement associée à la responsabilité
paternaliste de l’État, c’est-à-dire le devoir d’intervention que l’État se voit attribuer
par les citoyens pour protéger la santé comme bien commun »107. Elle renferme aussi
la solidarité des individus « envers la collectivité et, de façon plus particulière, envers
les normes « définies, acceptées et promues » par cette dernière »108.
En plus de la vigilance, il faut aussi surveiller les crises sanitaires potentielles. Cela
suppose une coopération entre les parties prenantes. Elle implique les experts, les
autorités et les premiers concernés que sont les citoyens. Il va falloir concilier
l’expertise à la politique en vue de parvenir à la prospective pour le plus grand bien
de la population. Pour pallier l’inadéquation des réponses que propose la santé
publique, aux problèmes auxquels elle doit faire face, l’on doit proposer l’intervention
d’autres acteurs que les professionnels de santé publique, comme ceux concernés par
les droits de l’homme. En effet, « les professionnels de santé publique savent peu de
choses à propos des droits de l’homme »109. Une bonne rationalisation de gestion des
urgences sanitaires doit reconnaitre le « droit à la culture sanitaire. Il peut être utile en
vue de l’association (nécessaire) entre droit à la santé et devoir de santé »110. En effet,
les mesures primaires et secondaires de prévention du Coronavirus qui sont des
obligations de santé ne peuvent être respectées que si elles prennent en compte la
culture sanitaire des populations. Ici et là, ces mesures ont été boudées traduisant
soit, une insuffisance communicationnelle, soit une contradiction avec les valeurs
communautaires.
Conclusion
En conclusion, la crise est réputée avoir un début et une fin. Elle est spéciale et
entraine aussi des pouvoirs spéciaux reconnus à l’exécutif. Ces pouvoirs spéciaux ont
été excessifs pendant la gestion du Covid-19. La dimension internationale du
Coronavirus a porté un coup sérieux à l’universalité des droits de l’homme avec la
fermeture des frontières, la peur de l’étranger et de son prochain. Toute chose qui
105 SÈVE (R.), « Avant-Propos : la mesure de l’ordre public », in Archives de philosophie du droit, L’ordre
public, op.cit., p. XXI.
106 KHOURY (L.), « Crises sanitaires et responsabilité étatique envers la communauté », op.cit., p. 276
107 COUTURE (M.-E.), PAVOT (D.), « Les pandémies et le droit ; vers une plus grande solidarité »,
op.cit., p. 254.
108 Ibid., pp. 254-255.
109 MANN (J.), « Préambule sante publique et droits de l’homme : quelle problématique ? », in MANN
(J.) (Dir.), Santé publique et droit de l’homme, Séminaire du 8 et 9 novembre 1996, Paris, Espace éthique de
l’assistance publique hospitalière, inédit.
110 BELANGER (M.), Introduction à un droit mondial de la santé, op.cit., p. 115.
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111 COUTURE (M.-E.), Pavot (D.), « Les pandémies et le droit ; vers une plus grande solidarité », op.cit.,
p. 259.
112 MOURGEON (J.), « Les crises et les libertés publiques », op.cit., p. 44.
113 Ibid., p. 48.
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Deuxième partie :
L’INFLUENCE DE LA COVID 19
SUR L’APPLICATION DE LA NORME
EN DROIT ADMINISTRATIF
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Résumé
La pandémie du Covid-19 n’a pas manqué d’influencer le droit des services
publics. Elle y a apporté des changements positifs certains, lesquels ont touché tant
la gestion des services publics que leur contrôle. Si la numérisation des services
publics n’est pas nouvelle, la pandémie du Covid-19 l’a accru au point de générer le
recours à la visioconférence et au télétravail. Cependant, cette pandémie a aussi eu
des effets pervers pour les services publics de sorte à réduire la portée des
changements positifs observés dans le droit des services publics. La réflexion
prospective qui peut être proposée ici va dans le sens d’une meilleure appropriation
des changements positifs qui sont notés et d’une mise en œuvre effective et efficace
des valeurs et des principes du service public pour que la réforme de l’État, déjà
engagée dans de nombreux États dans le cadre du nouveau management public, ne
constitue une coquille vide.
Mots-clés : Droit des services publics, pandémie du Covid-19, changements,
modernisation et transformation du droit public, transparence administrative et
numérique.
Abstract
The Covid-19 pandemic has not failed to influence the law of public services. It brought about
positive changes, which affected both the management of public services and their control. While the
digitization of public services is not new, the Covid-19 pandemic has grown to the point of generating
the use of videoconferencing and teleworking. However, this pandemic has also had perverse effects for
public services so as to reduce the scope of the positive changes observed in the law of public services.
The forward thinking that can be proposed here goes in the direction of a better appropriation of the
positive changes which are noted and of an effective and efficient implementation of the values and
principles of the public service so that the reform of the State, already engaged in many States within
the framework of the new public management, does not constitute an empty shell.
Keywords : Public service law, Covid-19 pandemic, changes, modernization and transformation
of public law, administrative and digital transparency.
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Introduction
1 Comme le relève le Professeur Gaston JEZE, « créer un service public, c’est décider que la satisfaction de tel besoin
d’intérêt général pourra être donnée par les procédés du droit public ». JEZE Gaston, Les principes généraux du droit
administratif. Tome 2 - La notion du service public, les individus au service public, le statut des agents publics, Paris,
Dalloz, 3ème édition, 2004, p. 93. La décision de créer un service public réside dans l’intention ou la
volonté des gouvernants. Mais, cette décision est une compétence reconnue au Parlement dans la
tradition juridique française et même dans les Etats francophones, y compris au Bénin. En effet, un
service public est créé, par voie légale, par le législateur et non par les autorités administratives. Toutefois,
la tendance aujourd’hui est telle qu’il est laissé, selon le cas, une possibilité au pouvoir réglementaire pour
créer un service public. En la matière, le principe qui est admis est celui de la liberté de création des
services publics. Autrement dit, le législateur est libre de créer tel ou tel service public. Cependant, ce
principe connaît des aménagements tant et si bien que, en cas de compétence liée, la création des services
publics est « obligatoire ». SEILER Bertrand, Droit administratif. Tome 2- L’action administrative, Paris,
Flammarion, 2016, p. 57. Le principe de la liberté de création des services publics est encore encadré par
des exigences telles que le respect des autres libertés. C’est le cas de la liberté d’entreprendre ou encore la
liberté du commerce et de l’industrie.
2 « Supprimer un service public, c’est décider qu’il ne sera plus fait emploi des théories spéciales du droit public pour la
satisfaction de tel besoin d’intérêt général ». JEZE Gaston, Les principes généraux du droit administratif. Tome 2 - La
notion du service public, les individus au service public, le statut des agents publics, op. cit., p. 93. Sauf lorsque la
Constitution et les textes législatifs rendent la création et l’existence d’un service public obligatoire, le
droit des services publics admet qu’il n’y a pas de droits acquis au maintien d’un service public, qu’il soit
administratif ou industriel ou commercial, et qu’il peut être supprimé. Le débat sur la suppression de
l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) en France au cours de l’année 2021 aux fins de la création de
l’Institut du Service Public (ISP) rentre dans cette logique. Les règles applicables à la suppression des
services publics sont celles contenues dans la loi ou dans un acte réglementaire. Cependant, un acte
administratif unilatéral qui porte suppression d’un service public peut être annulé par la juridiction
administrative surtout s’il est susceptible de recours pour excès de pouvoir.
3 Cette Charte est adoptée à la XVIème Session ordinaire de la Conférence des Chefs d’Etat et de
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service public est codifié dans certains États. Ainsi, le Code des obligations de
l’Administration (COA) du Sénégal de 1965, modifié en 2006, énonce : « En raison des
nécessités du service public et du but d’intérêt général poursuivi par les personnes morales de droit
public, celles-ci peuvent conclure des conventions spéciales qualifiées de contrats administratifs »4. De
cette énonciation légale du législateur sénégalais, il découle que le service public n’est
pas défini par la loi. Toutefois, les contrats administratifs qui sont signés par les
personnes publiques le sont en raison des nécessités du service public et de la
poursuite du but d’intérêt général assigné à l’action administrative5.
Dans la doctrine publiciste, l’intérêt de la notion de service public n’est plus à
démontrer, car c’est autour de cette notion que s’est d’ailleurs construite toute la
doctrine juridique de l’État du Doyen Léon DUGUIT, Maître de l’Ecole de
Bordeaux. Pour cet auteur, « l’Etat n’est pas, comme on a voulu le faire et comme on a cru
quelque temps qu’il était, une puissance qui commande, une souveraineté ; il est une coopération de
services publics organisés et contrôlés par des gouvernants »6. Certes, à bien lire la doctrine du
Doyen Maurice HAURIOU, Maître de l’Ecole de Toulouse, qui défend la thèse
institutionnelle de l’Etat7 et à la lumière des conditions d’aujourd’hui, cette
conception duguiste, objectiviste et réaliste de l’État, est fort critiquable, car l’État ne
saurait être réduit aux services publics8. Toutefois, la pensée juridique doctrinale du
Doyen Léon DUGUIT ne manque pas totalement de pertinence scientifique, car dit-
il, « le principe de tout le système du droit public moderne se trouve résumé dans la proposition
suivante : ceux qui en fait détiennent le pouvoir n'ont point un droit subjectif de puissance publique ;
mais ils ont le devoir d'employer leur pouvoir à organiser les services publics, à en assurer et à en
contrôler le fonctionnement »9. Dès lors, il définit le service public comme « toute activité dont
l’accomplissement doit être assuré, réglé et contrôlé par les gouvernants, parce que l’accomplissement
de cette activité est indispensable à la réalisation et au développement de l’interdépendance sociale »10.
Il considère que la continuité est un des caractères essentiels du service public et « tout
4 Article 3 du Code des obligations de l’Administration (COA) du Sénégal de 1965, modifié en 2006.
5 LACHAUME Jean-François, « La notion de service public », in MOREAU Jacques (dir.), Droit public.
Tome 2- Droit administratif, Paris, Economica, 3ème édition, 1995, p. 907.
6 DUGUIT Léon, Traité de droit constitutionnel. Tome II- La théorie générale de l’Etat. Première partie : Eléments,
fonctions et organes de l’Etat, Paris, Editions de Boccard, 1928, p. 59. Le service public est perçu comme une
construction des juristes « pour répondre au problème à la fois pratique de délimitation et théorique de fondation du
droit public, la notion de service public a connu un double enracinement : en droit, où elle apparaît, en dépit de ses limites
immédiatement perceptibles, comme l’une des notions de base du droit administratif ; dans les représentations collectives, le
service public étant devenu une composante essentielle de l’image de l’État ». CHEVALLIER Jacques (éd.), Le service
public, Paris, Presses Universitaires de France, 2018, p. 26.
7 HAURIOU Maurice, Précis de droit constitutionnel, Paris, Sirey, 1928, p. 79.
8 C’est d’autant plus vrai que les services publics ne constituent aujourd’hui que l’un des moyens matériels
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acte des gouvernants est sans valeur quand il poursuit un but autre qu’un but de service public. Le
service public est le fondement et la limite du pouvoir gouvernemental »11. Pour sa part, le
Professeur Gaston JEZE, qui fait partie de l’Ecole du service public12, s’est posé la
question de savoir à quoi reconnaît-on qu’il y a service public ? A cette question, il
répond, qu’« il faut rechercher uniquement l’intention des gouvernants touchant l’activité
administrative considérée »13.
Pour comprendre la notion de service public, il faut partir de la notion fonctionnelle
d’administration14. Sur ce plan, l’Administration est moins un ensemble de services
publics considérés organiquement qu’une activité destinée à satisfaire les besoins
d’intérêt général. Ainsi, le Professeur Jacques CHEVALLIER ne dit pas autre chose
lorsqu’il écrit : « La notion de service public relève, à première vue, de l’ordre de l’évidence. Dans toute
société, on trouve un ensemble d’activités considérées comme étant d’intérêt commun et devant être, à ce
titre, prises en charge par la collectivité : le service public évoque cette sphère des fonctions collectives,
nécessaires à l’existence même du social »15. Mais, si l’intérêt général est le but de l’activité
administrative, pour satisfaire cet intérêt, il faut des services publics qui puissent
fonctionner. Alors, l’Administration dispose de deux procédés pour la satisfaction de
l’intérêt général : le procédé de droit privé et le procédé de droit public suivant la
distinction de ROMIEU16. Il importe de se concentrer sur le procédé de droit public.
L’idée du service public, comme le souligne le Professeur Gaston JEZE, est alors
« intimement liée avec celle du procédé de droit public »17. Il est vrai que des personnes privées
peuvent gérer un service public. Mais, tel que conçu, le service public répond à un
régime juridique spécial aux fins de satisfaire l’intérêt général. Dans la jurisprudence
administrative, notamment française et reprise par certains arrêts en Afrique
francophone, la notion de service public figure dans l’arrêt Blanco18. La Haute
Juridiction administrative française évoque les personnes que l’État emploie dans le
service, mais elle ne définit pas le service public. Il a fallu attendre l’arrêt Narcy19 pour
11 Ibidem, p. 62.
12 MELLERAY Fabrice, « Ecole de Bordeaux, école du service public et école duguiste. Proposition de
distinction », in Revue du droit public et de la science politique en France et à l’étranger, n° 6, 2001, p. 1900.
13 JEZE Gaston, Les principes généraux du droit administratif. Tome 2 - La notion du service public, les individus au
l’autre fonctionnelle. Sur le plan organique, l’Administration est un ensemble de services publics. Ainsi
perçue, la notion de service public est reliée à celle d’Administration qui « a pour mission de satisfaire aux
besoins d’intérêt général : défense nationale, police, justice, voirie, etc. ». JEZE Gaston, Les principes généraux du droit
administratif. Tome 2 - La notion du service public, les individus au service public, le statut des agents publics, op. cit., p. 1.
15 CHEVALLIER Jacques (éd.), Le service public, op. cit., p. 3.
16 Conseil d’Etat français, Terrier, 6 février 1903.
17 JEZE Gaston, Les principes généraux du droit administratif. Tome 2 - La notion du service public, les individus au
l’Etat, pour les dommages causés aux particuliers par le fait des personnes qu’il emploie dans le service public, ne peut être
régie par les principes qui sont établis dans le Code civil, pour les rapports de particulier à particulier ; Que cette responsabilité
n’est ni générale, ni absolue ; qu’elle a ses règles spéciales qui varient suivant les besoins du service et la nécessité de concilier
les droits de l’Etat avec les droits privés ».
19 Conseil d’Etat français, Narcy, 28 juin 1963.
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que la lacune soit comblée et que la précision soit apportée20. Plus tard, elle ne retient
plus que deux conditions pour qu’il y ait service public : la mission d’intérêt général et
le contrôle21, bien entendu,