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MIGRATIONS ET DEVELOPPEMENT
LA F~EGIoNDU Mou~~0 AU CAMEROUN
J.-[Link]
J. CHAMPAUD
F. GENDREAU
,, .
!:- .I.” :...
~.
O.R.S.T.O.M.-PARIS1983 _., /.-
.._ .;_
Les enquêtes de terrain ont été réalisées en 1974 pour l’arrondissement de
Manjo et en 1978 pour celui de Dibombari, dans le cadre du Centre des Sciences
Economiques et Sociales (C.S.E.S.) et du Centre Géographique National (C.G.N.)
de l’Institut des Sciences Humaines de Z’ONAREST, et en vertu des accords de
coopération scientifique ORSTOM / ONAREST (sujets de recherche na5 235
et 5 322).
Les deux premières parties de cet ouvrage ont été publiées dans la collection
“Travaux et Documents de 1’I.S.H.” (n”25), sous le titre suivant : Manjo et le
Mungo central, introduction à une étude de l’immigration (Cameroun) - Yaoundé,
ONAREST, 1980, 237 p. multigraphiées ; bibliogr., 49 tabl. 36 cartes et fig.
N La loi du 11 mars 1957 n’autorisant, aux termes des alinéas 2 et 3 de l’article 41, d’une part,
(( que les ((copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées
(( à une utilisation collective)) et, d’autre part, que les analyses et les cwrtes citations dans un but
N d’exemple et d’illustration, ((toute représentation ou reproduction intégrale, ou partielle, faite sans le
N consentement de l’auteur ou de ses ayants droit ou ayant cause, est illicite)) (alinéa Ier de l’article 40).
(( Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait donc une
(( contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code Pénal)).
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
ISBN : Z-7099-071 l-7 @ O.R.S.T.O.M. PARIS 1984
3
SOMMAIRE .
AVANT-PROPOS
-TRANSCRIPTION DES NOMS PROPRES
INTRODUCTION
Ière PARTIE : GEOGRAPHIE ET HISTOIRE
CHAPITRE 1 - Diversité géographique du Moungo
CHAPITRE 2 - Histoire des Manéhas dans l’ensemble Bakosi-Mbo,
entre la côte et les plateaux de l’ouest
CHAPITRE 3 - Capitalisme et migrations
CHAPITRE 4 - Le peuplement du Moungo au XXème siècle
2ème PARTIE : MAN30 ET LE CANTON MANEHAS
CHAPITRE 5 - Naissance des centres semi-urbains du Moungo
L’exemple de Manjo
CHAPITRE 6 - Planteurs du canton Manéhas
CHAPITRE- 7 - Autochtones et Bamiléké
CHAPITRE 8 - Pays bamiiéké et Moungo
3ème PARTIE : L’IMMIGRATION BAMILEKE DANS LE BAS-MOUNGO
CHAPITRE 9 - Bamiléké et autochtones dans l’arrondissement de
Dibombari
CHAPITRE 10 - La zone de colonisation agricole de Nkapa - Souza
CONCLUSION
NOTE BIBLIDGRAPHIQUE
TABLE DES MATIERES
5
_
..y -,r‘ ___.
En vue d,‘é[Link] l’.immigration M*oungo, dans=,le- nous
s
avpn,s d’,abord .choisi comme. lieu d’ [Link]ê.t:e ‘la vt,l*!+e ,de .Mqn+j.,o?
.. ::. k ,*
et ..les villages environnants du .canton.
" Manéhas. Cette'enquê'te,
' ..<
'->
5, c -: ‘ .-; ,
_' ._
réalisée en 1974 (missions' BARBIER' - Cfi,A‘MPAUDj., ila été à
j;i+r +
notre propre initiative, dans le Cadre d'une' re’~herr6e
:-i _ ‘à
caractère fondamental. Ayant eu l'occasion de parler"de'cettei
enquête aux
professeurs et étudiants de l'Institut- de Forma-
‘
tion et de Recherche' Démographiques (ÏFORD) de Yaoundé ' ,!i ceux-
, 5' <_ 1% r: Z'
ci décidèrent d’effectuer .! paralièiement; un ‘recènsement
tI . -> t i .-.. * 1 I r L
de la population de la ville de Man'jo. Nous-tenons- à remer-
- ‘.:.‘;‘: .: ; .,:;,-<iii;.
cier, pour cette collaboration oppOrtune, etudiants et
professeurs de,l'IEORD dont F. GENDREAU était~alors -. _ directeur.
_’ I \.
8 . / “. .D -‘- I .:.y. 2 :; :.** ;s
r ‘Nous remèrcions
. ~ aussi ,les -autorités administra-tives
c __.: I
locales qui nous aidèrent dans notre tâche :- le préfet du
: '. I . .__
Moungo, le sous-préfet de Manjo et le mairk de cette ville.
Les [Link]
autres 'Da'niel N,gwa?
Nous ne saurions
'* ‘non plus
Arnold Métock,
dévoué. . ._ . ,. _ T
.. . :. . .L i..
‘I. ..
Nous, remercions
; .” enfin
famille de Manjo, les chefs de
si que le présibent du : Tribunal coutumier, pour .., leur disponi-
I. .- '. : :.' : .. ..
b,ilite ,a no7tre égard.
I. .- .;
,? '.. _ .,... , ; .. 3 5 i.
1< : _, . s, ,: _ .- _ .: .- 7 _ f . :'.(, ; .: " ;; . :I
3.M. Fotso-'et 'G.%~tchoua, assistants
. . _. * ..-- _techniques à
_. . ,_..__ ~_______..
l.'Instit-ùt:des ,‘Science.s.:Huma.i.n,~s-,,~dnt,
- .-.--. ..I ..- pa/r,ticipé.
__._ i_ .~_ a.v.‘ë[Link]$te,p-;
,. - --.----: ; .:. :-’ _I,
&, ; la réa,lisaTioi ‘d$&& :e;quê&.. 2, .’ -,:. : i __,
6
Trois ans plus tard, stimulés par la lecture de
l’excellente thèse du géographe P. MOBY ETIA consacrée à la
partie méridionale du Moungo (l), nous avons voulu compléter
notre analyse de l’immigration bamileke en étudiant la zone
de colonisation agricole de Nkapa-Souza (mission BARBIER).
L ’ enquête sur le terrain a dure de la mi-septembre
1977 a la fin du mois de Janvier 1978. La SOCAPALM qui gère
- un ensemble agro-industriel d’huile de palme, à Nkapa, a aima-
blement mis a notre disp’osition une villa pour La durée
de nos travaux.
En l’absence du sous-préfet de Dibombari, ce fut
son adjoint, Bofia Ndongo, qui reçut notre mission et nous
autorisa à consulter les documents administratifs. Nous
tenons a le remercier vivement de son accueil.
Le chef de Nkapa, Martin Essomé Feinboy, Fo Nkapa,
avec ses notables, facilita également notre enquête. Il
nous parla de l’oeuvre fondatrice de son père et de l’arrivée
des premiers immigres bamileke.
La partie statistique de notre étude dans cette zo-
ne a été réalisée au moyen de questionnaires remplis sous la
direction de G. Sotchoua et avec l’aide de 3. Fotso. Les
immigrés bamileké des villages de Bomono Gare, Nkapa, Souza,
Kaké > Maleke et Kompina ont ainsi et& recensés avec la colla-
boration des enquêteurs H. Kamguen, M. Ngako, 3.C. Tankeng
Feinboy, E. Tagoum, A. Tchokouaha et Ph. Tchouatoufe.
La population bamileke et autochtone de Nkapa et
des villages environnants, se montra intéressée et nous
fit volontiers part de son appréhension vis-à-vis des ch’ange-
____-_-_____________------
(1) P’. MOBY-ETIA - Les pays du Bas-Munqo, Bas-Wouri - Paris, Université
de Paris 1, 1976, These de geographie de IIIeme cycle, 271 p., multigr.
Carte de situation
ments brusques introduits par Le d&aanement du Moungo au Cameroun
l'implantation de complexes
agro- industriels dans le
Bas-Moungo. Nous les remercions
de leur confiance et nous
nous ferons, ici, les témoins
de leurs problèmes.
Ces études ont été entrepri-
ses selon les [Link] coope-
ration scientifique entre
1'ORSTOM et 1'ONAREST (sujets
de recherche no5 235 et 5 322).
Elles ont donné lieu a une pre-
mière publication rédigée en
1978 et parue en 1980 dans la
collection “Travaux et docu-
ments de 1’I.S.H.” (Manjo et
le Munqo central, introduction
à une étude de l’immiqration
Cameroun, 237 p.) et à la rédaction d'un manuscrit dactylogra-
phié à la fin de 1978, intitulé : Feinboy Nkette, ou comment
devient-on chef au XXème siècle - l’immiqration bamiléké dans
le Bas-Mounqo, 112 p.
Nous espérons qu’elles rendront compte du developpe-
ment de cette région et du dynamisme de ses populations
que tout visiteur empruntant la route de Douala d Nkongsamba,
ne manque pas de remarquer, sujet d'étonnement pour ceux qui,
naYvement,s’imaginentl’Afrique toujours figée dans un mode de
vie archaïque . . .
3.C. BARBIER - 3. CHAMPAUD - F. GENDREAU
9
TRANSCRIPTION DES NOMS PROPRES
Les villages, cantons, arrondissements, départements, c’est-à-
dire toutes les entités administratives, sont écrits selon l’orthographe
actuellement en vigueur- dans l’administration. Nous avons cependant
adopté une orthographe francisée quant au son “ou” pour la région du Moun-
go et le village de Souza, l’usage n’étant pas encore très bien fixe.
Les noms des cours d’eau et des montagnes se réfèrent à la car-
te I.G.N. la plus récente.
Les noms des villes du Cameroun anglophone ont été également
francisés : Buéa, Mamfé, etc..., compte tenu de la rédaction en français
‘de cet ouvrage. ’
Les noms des ethnies et des ancêtres sont écrits suivant leur
prononciation et selon le principe d’une seule lettre par son, ce qui en-
traîne, dans la plupart des cas, une simplification par exemple Bakosi à
la place de Bakossi. Nous avons voulu ainsi rapprocher l’orthographe des
dénominations ethniques de l’alphabet phonétique international et
réduire les différences de transcription selon les versions en français
et en anglais.
Nous avons pour cela applique quelques règles simples :
IJ = “Ou” en français
S = toujours “s” par opposition à “2”
n ,.
o, e = sont des sons ouverts
2, Ii = sont des sons nasalisés.
Nous empruntons l’orthographe “dwald” à l’ethnologue Manga
Bekombo bien que la forme “duala” soit parfois préférée. Ce groupe ethni-
que est ainsi nettement différencie du nom de la ville dont il est le
groupe autochtone : Douala. La même différenciation joue pour : la région
du Moungo / 1 ‘ethnie des Mungo ; la rivière du Wouri / l’ethnie des Wuri,
etc...
Les noms propres des citations sont, bien entendu, reproduits
tels que les auteurs cités les ont écrits.
_ .
_.<__ -~- . _ ~.~ i _- .. __._ - .= ,___...,.-. - i
INTRODUCTION
,
L Au siècle dernier, ce qui sera le département ’
..du Moungo est,. dans 1’ ouest camerounais, une zone forestière ;
.:;,relat-ivement dense, de type biaFraise, entre la côte et les ’
, 1 plateaux de l’intérieur (135 km à vol d’oiseau entre Douala :
: , ~.
’ et:’ éafang). De multiples groupes tribaux de petite taille, . ..._,
“’ : sans gouvernement méta-lignager, y préservent [Link]
: -i leur’:jndépendance politique au sein d’un espace oÙ ils’ peuv!e..nt,:
<
. .’ ,se mouvoir encore aisément pour pratiquer une agriculture iti- ’
,A~
. -’ ‘nerante e.t s’adonner a des activités cynégétiques et a l’ex- ;
.-:.
_. ---plo{tation ‘d ’ une palmeraie subsbontanee d ‘[Link] . Le’- long -du; 8
<
-:“]:ili~tt&al et-remontant estuaires et biefs navigables, des popu-
lat:i:ons :dé pê[Link], disséminée&, elles aussi en petits grou- j
_.’ pes:‘.[Link], se sont installées là où ‘la mangrove [Link]- ;.-I
‘.
te laisse s ‘é[Link] quelques; plages bordées de cocotiers. i
! - A
..
La ‘grande affaire d’alors réside dans la ci$cula- i
_. .. ,
tien, des produits de traite en liaison [Link] les navires
--..,
euro.péens qui f réquenten’t les côtes africaines... Un réseju de :
pistes aux mailles. ser’rées, oriente .vers l’,[Link] du Wouri ’
.
et la vallée de .&a. Cross-River, sert de canevas à.- 1 ‘occupa- 1
tion de l’espace:. .Les populations. locales si y é-tirent
..L en ‘j2-i
hameaux successifs- rkgis par le principe de la. [Link]:.-. 1
_
patri-viri-locale,. Dans. ce contexte de traite, chacun ;-.~e$:t ?;‘*‘;
_ I ... ’
l’intermediajre:, oblige de ses voisins et les march?ndg.$‘es ‘:::
- _’
s’échangent de - groupe, à groupe, d’aval en amont et in,versë‘;;-‘- :
ment. A cette date, la région du’ Moungo. apparal’t comme un
”
lieu important de pénétration des produits européens, parallè- i
~-.
lement à d'autres axes de -même orientation. -. : l.a- piste de : ’
,.._ i-_
Calabar. a‘ Mamf é qui, par la vallée de la Cross:Ri-ver, aboutit -
-j-_.,:__ \
d Id’puissante chefferie des Bali sur les plateaux de l'~ouest ;
-.
..._. Nkond jo.k. qui attèint la- .~ar’tïe--méri-;1~~-~.a-7- --“-’
-1a‘ p i s t e” d ë Y-a b a S s i :
le du platedU bamiléke et conduit du pays bdmUm où s'est créé
un important royaume.
12
Carre 1 - La région du Moungo dans l’ouest du Cameroun
6’ /
OVILLE
et hni e
- Limite administratil
-13
..<- ;’ -Au ‘.d‘éjjut j-j& .notpe .-Siè’ge, le pouvoir : colonial met
en place une ‘i’ncfrastructure routièrë e-t -f’[Link]’~,:chàrgée
d’Levacuer -16s. pioaùitg: ‘Ld I.‘@xp8rt’atibn ..& .d [Link],a’u i-r’e!;‘j d6-s
b’i’én’.s-, e-~rdp&ns’ .d “$qüip&‘mect èt”‘& c’on:sQmiatib’n ;..-mceair&aii&
tion tèchfii{üe -“de-’ c:&tke..i ‘Fiinfisasti,jcture : -d’é@&-,d ?ëfi: 11~p~~a~
parfi&- des -dofif,&&s- au :$[Link] ca<urék”; :.l’e :.Mi,ung’8.: ‘djcf7yr’a:ht; ufi@
plaihe-‘buve’ffe‘ et’ -&i’[Link]’ a& sols. ric:hes‘ d*okiginëi $~i~~fi~~!Z
que, est: préféré au trace ‘Yabassi-Nkondjok qüi coupe. une, p&ne-
plaine où un réseau hydrographique efi’ ba‘j:o,j,.,&t‘t:ê-.’ 5 “est :mb,jJ,é
sur le maillage des failles donnant une topographie tourmen-
tée. Un chemin de fer est construit ,et doit : %$teindre le
nord du Cameroun via .Nkongsambà et Banyo. ‘Il.. sg.-: 3/ye.(jft’é: :- aij
rebord ‘abrupt des plateaux .de 1 ’ ouest et -7le Cte-rmyinus -ne
dép-assera pas Nkongsamba pour.” la grande- pros@rit;é :dS Sette
cité. _ : <’ 1‘ .; 7 5 ‘1. *>:- _’
, -: '.' >-. .i-,,'
i ,Y L h .. < ,. _ .
Les grandes plantations, ,‘.d’abord YocabEsees: dans
la zone littorale sur le-s épanchements volcaniquë%J~du i Mont
Cameroun, dans La .region de Bué[Link], -s!96mpl~&ntén;t
par la suite dans tout le .Moungoc Elles- s ‘avèrent; grande%-- coiG
sommatrices de main d’oeuvre agricole: (Je .concept ::a.v+c”: 1ëS
chantiers routiers ‘et .ferroviaires, les expl.o$tati~fi~s~.i !f.o:reS-
tières, la cueillette “des lianes de ‘caoutchouc: etrie porta‘gë
des marchandises, elles font de cette région Un!e ‘~Smpbrtantë
zone d’immigration rurale. Un grand nombre de ces migrants,
notamment -des Bamiléké; se fixent a une epoqué’;yo&i 1 ‘adminis-
tration encourage .la diffusion de la ~aféicull’tur.é‘~~~s’ou’s,: :‘ia
forme de. petites [Link] individùelle’s. Il en r-é?s~bl%e~une
imbrication des populations autochtones et :.ihmigr,ëé,: f3g.t: ia
formation de gros Bourgs ruraux, le long de l’axe routier et
ferroviakre, où’ les. Bamiléké ‘excellent dans hé%‘- activités
c~mmfApc$ale~ ~t,::ar:tïsaha.l.e.S:.. 1 : :‘1~,- ,,,.’ _II.’ ~‘a z i.: .y, <,.c~r; L’ :‘ ! ; i_i,I
14
Aujourd'hui, le Moungo apparalt comme une des ré-
gions les plus développées du Cameroun, mais en dépit de
ce rôle important, il ne bénéficie dans la littérature scien-
tifique actuelle d'aucune présentation générale ni d'étude mo-
nographique complète. Quelques mémoires universitaires méri-
tent cependant d’être mentionnés, mais restent ponctuels et
descriptifs. Il y a là, assurément, un décalage notable entre
l'actualité camerounaise et la recherche scientifique, sur
lequel les chercheurs se doivent de méditer (1).
Notre étude, elle-même, est très loin d’être une
présentation complète de tous les aspects de cette région.
Une synthèse exhdustive du Moungo se heurte en effet très vi-
te a une grande diversité locale. Sur le plan géographique,
une série de paliers dessine autant de micro-régions, nous
faisant ainsi passer progressivement de la plaine littorale
aux plateaux de 1’ ouest, sans rencontrer de grandes unités
paysdgiques. Au niveau sociologique, nous avons affdire à
une mosaïque de populations autochtones recouverte par les
mouvements migratoires contemporains non moins composites.
On se heurte de surcroft a la présence de l’ancienne frontiè-
re coloniale franco-anglaise dont le tracé, décidé arbitrai-
remen t , n'en a pas moins ldisse un impact réel dans l’orga-
nisation de l'espace et les flux économiques et sociaux.
A défaut d’être une somme ou une synthèse, notre
texte essaiera d’être unepremiere description en se présen-
tant comme un document de travail pour des recherches ulté-
rieures plus approfondies.
Après avoir expose la grande diversité géographique
du Moungo nous en évoquerons longuement l’histoire puisqu’il
(1) Notons cependant un inventaire cartographique réalisé par les géogra-
phes de l'ORSTOM, ld thèse de P. Moby Etia sur la partie méridionale
du Mounqo, et depuis nos propres enquêtes, les études publiées sur
l'ensemble de 1' ouest camerounais de 3. Chdmpaud et 3.L. Dongmo ou
notre région figure en bonne piace.
15
fût le th.éâtre -pri-vilegié des évènements les plus marquants
des deux derniers. siècles : la participation active de ses po-
[Link] a l’économie de traite que nous verrons
à travers l’exemple des. Manéhas, puis 1’ impact direct du
capitalisme. d la suite de la pénétration coloniale et de la
mise en valeur des territoires occupés.
En provoquant une intense immigration dans toute
cette région, 1:‘économie coloniale .a déclenché une [Link]
qui lui échappe en partie du fait .des initiatives prises par
les populations ,concernées. Nous -accorderons en conséquence
une grande attention à ces mouvements migratoires : pourquoi
et. selon quelles modalités l’immigration. a-t-elle été trans-
formatrice de cette, zone forestière jusqu’alors-peu. occupée ?
Comment la naissance d’[Link] chaîne de [Link] “[Link]’l,
d-t-elle :, accompagné la colonisation agricole ? Quelles
sont les relations qui. se sont établies entre autochtones et
immigrés ? En encourageant cette immigration et la diffusion
des cultures d’exportation, tout. en essayant de les contrôler,
les administrateurs coloniaux nous ont laisse des recense-
ments démographiques -et agricoles et des remarques [Link]
pertinent’es. Nous utiliserons abondamment leurs données,
ne serait-ce que pour les regrouper et les faire connaître
aux lecteurs qui n’ont pdS le loisir d’explorer les archives
nationales .du Cameroun (1,).
Afin de miteux cerner les [Link] de cette
immigration, facteur d’un développement qui s’est révélé
irréversible, nous avons adopte une approche monographique en
choisissant le canton Manéhas et la ville de Man jo. Il nous
fallait en effet un centre urbain dont la taille n’-excédât
--------------‘------------
(1) La qualité objective de Ces documents est évidemment relative e.t, d
propos des archives concernant la ville de Douala ‘et les !)ouala,
R. Gouellain en fait une ‘critique> au. sens scientifique -du, termeri
laquelle nous adhérons pleinement. (Douala, ville et histoire, Paris’,
Institut d’Ethnologie du Musée de l’Homme, 1975, 411 p., introduction).
16
pas nos possibilités d’intervention au demeurant fort modes-
tes par rapport aux grandes enquêtes socio-économiques classi-
ques. Manjo avait 12 500 habitants en 1967, date du dernier
recensement administratif, lorsque nous avons entrepris
notre étude, soit moins que Loum (27 000 hab.) et -Mbanga
(17 100 hab. ) . Man jo n’en est pas moins un centre important
puisqu’il est chef-lieu de sous-préfecture, de surcroît suf-
fisamment éloigné des grandes villes (Nkongsamba et Douala)
pour qu’un développement urbain relativement autonome puisse y
opérer. Loum et Melong, quant a eux, avaient de ja fait l’ob-
jet de travaux universitaires (1).
Cette monographie nous permettait aussi d’apprehen-
der correctement l’immigration bamiléké dans toute son am-
pleur puisque le dépouillement des fiches du recensement
administratif de 1967 indiquait quI.à Manjo, 76 36 ‘des ho’mmes
de plus de 15 ans étaient nés en pays bamileke.
Tableau 1 : Hommes de plus de 15 ans, nés en pays bamiléké par rapport à
la population totale de plus de 15 ans (2)
Centres urbains en ?6
Man jo ............ 76
Loum . . . . . . . . . . . . . 68
Pen ja ............ 47
Nyombé ........... 62
Mbanga ........... 59
Source : recensement administratif de 1967 / 3. CHAMPAUD
(1) Notre choix de 1974, fût aussi celui de 3.L. Dongmo en 1977 : 3.1.
DONGMO - “La colonisation agricole des Bamileke dans le Moungo :
1 ‘exemple de l’Arrondissement de Man jo” - Cahiers du département de
Géographie de l’Université de Yaoundé, n”l, Mai, pp. 59-97.
(2) Les Bamiléké sont en fait plus nombreux car il faudrait adjoindre
aux migrants, ceux qui sont nés dans le Moungo.
17
- ;. :. Carte2
l
M.+NY’J..‘
/
I
- département. .
-_ <-arrondissement
*
WJ i.c. [Link] ‘-
18
Enfin, la présence d’une seule population autochto-
ne, les Manéhas, était susceptible de faciliter l’étude des
rapports autochtones-8amiléké.
L’intervention de l’Institut de Formation et de
Recherche Démographiques de Yaoundé (IFORD) qui procéda au
recensement de la ville de Manjo dans le cadre de la forma-
tion pratique de ses étudiants, renforça efficacement notre
étude monographique.
Manjo est un lieu d’immigration par excellence, mais
aussi un centre qui,par les services de type urbain qu ‘il
offre aux campagnes alentour et ses fonctions de liaison
avec les autres villes de l’ouest camerounais, contribue à
un certain type d’organisation de l’espace. Nous ne manque-
rons pas d’évoquer à son propos le rôle très actif joué par
tous les centres “semi-urbains” du Moungo en relation directe
avec la grande métropole, Douala, rôle qui nous introduit
d’emblée a une réflexion sur le fait régional que nous dévelop-
perons en conclusion.
Dans un second temps, compte tenu de la diversité
du Moungo et de l’importance du fait bamileké, nous avons com-
plété notre première étude par celle de la zone de colonisa-
tion agricole de Nkapa-Souza dans la partie méridionale
du Moungo. Cette seconde enquête complément,aire se révéla de
surcroft opportune puisqu’elle nous mit en présence des
transformations les plus récentes qui affectent certains
milieux ruraux camerounais avec l’irruption en *
force de
l’agro-industrie.
Conscients des limites de notre entreprise, nous
espérons néanmoins contribuer à une présentation concrète et
générale du Moungo et aider a l’évaluation des principaux pro-
blèmes qui s’y posent.
19
lère PARTIE
GEOGRAPHIE et HISTOIRE
21
CHAPITRE I
DIVERSITE GEOGRAPHIQUE du MOUlVGO
Si le département du Moungo correspond a une entité
administrative bien délimitée d'un peu plus de 3 700 km" et
de 275 000 hab. (en 19761, il est plus difficile de cerner
une “région” du Moungo., tant est grande la diversité physique
et humaine de cet ensemble.
Cette appellation administrative de Moungo désigne
en effet une zone dont la caractéristique essentielle est de
former transition, par paliers successifs, entre le plateau
dit bamiléké et la côte. L'étagement du relief et la composi-
tion des sols, joints a la distance a la mer, délimitent ici
de nombreux secteurs que l'un ou l’autre des éléments du
milieu naturel individualise par rapport à ses voisins.
Cette diversité physique a pour répondant une véritable.
mosaïque humaine oÙ les autochtones (ou du moins les habi-
tants installés depuis le plus longtemps) ont été, a des de-
grés divers, bouscules d’abord par la mise en place de gran-
des plantations, submerges ensuite par les migrants descendus
des plateaux voisins.
1) De Bonabéri à Mbanga tout d’abord, sur près de
70 km , le paysage, une fois franchi 1’ estuaire du Wouri et
le prolongement urbain de la rive droite, n'est guère diffé-
rent de celui que l'on rencontre habituellement dans le sud-
22
camerounais. Si ce n’est que la route y est plus horizontale
et la circulation très intense. C’est là, la plaine littorales
Les terrains sont parmi les plus récents du pays : alluvions
modernes déposées au quaternaire par le Wouri et les autres
petits fleuves côtiers et, un peu plus au nord, une auréole
tertiaire, puis crétacée comprenant principalement des sables,
grès et calcaires.
Dans toute cette zone sédimentaire, les sols ferral-
litiques “sont de faible valeur agricole, très déficients en
éléments minéraux et difficiles [Link]éliorer : ils conviennent
aux cultures arbustives peu exigeantes (palmier a huile, hé-
véa) et aux cultures vivrières extensives” (1). Le peuplement
y est de fait assez réduit, tenant pour .l ‘essentiel à quel-
ques villages étirés le long de la route nationale ou éparpil-
les dans les environs de Dibombari. La faiblesse relative du
peuplement, jointe à une pluviosité ‘abondante et regulière-
(plus de 3 650 mm par an a Bonaberi, 2 345 mm à Mbanga) ont per-
mis la création de vastes domaines plantes de palmiers à
huile 7 des l’époque allemande.‘Tout récemment, une plantation
s’est constituée, sous l’égide de ia SOCAPALM, entre Nkapa-’
Souza et la rivière Moungo. En dehors de ces plantations et
des villages, la route n’est qu’une trouée étroite dans
la forêt, OÙ de larges espaces demeurent encore inutilises:
2) A partir .de Mbanga, l’orientation des voies de com-
munication change et prend une direction SW - NE. On retrouve
là, de façon significative, le grand axe de la “dorsale came-
rounaise” qui, du Mont Cameroun aux Monts du Mandara, est
l’une des composantes majeures de la topographie du pays. Rou-
te et voie ferrée, répartition des hommes et des plantations
se moulent en effet sur les riches terres volcaniques (2) qui
ont été émises
soit par le Manengouba, dont le tronc de
---------1--,--,-----------
(1) D. MARTIN, G. SIEFFERMANN - “Le département du Mungo (Ouest Cameroun);
étude des sols et de ieur utilisation” - [Link], sér. Pédologie,
1966, Vol. IV, n”2, p. 33.
(2) Cf. carte “peuplement et volcanïsme”, page268.
23
cône imposant aux bords déchiquetés domine Nkongsamba de ses
2 400 m, soit par les nombreux petits appareils volcaniques,
des puys, qui parsèment le paysage entre Mbanga et Loum. Voc-
canisme récent, datant du quaternaire, qui a émis surtout des
cendres, des lapillis et des scories. A travers ces terres
volcaniques pointent deux massifs de syenite aux flancs
abrupts : le Mont Koupé (2 025 m) et le Nlonako (1 822 .m).
L’humidité demeure importante sur toute cette
partie centrale du Moungo : 3 CO0 mm à Penja et à Loum, plus
de 2 700 a Nkongsamba. Mais la végétation naturelle de forêt
s’estompe un peu partout et disparaft même au profit d’une oc-
cupation humaine particulièrement dense : la densité moyenne
par arrondissement qui n’est que de 21 à Dibombari et de
46 à Mbanga, atteint 94 a Loum et 83 à Manjo (1).
Les sols de cette zone sont en effet particulièrement riches.
Les pédologues les classent en trois catégories :
- Sols peu évolués qui se sont formés sur les terrains volca-
niques les plus récents, coulées ou projections. Ils sont
situés à l’ouest de la route nationale, principalement
dans le secteur Nyombé-Penja, et entre Manjo et le Mont
Koupé. Leur richesse organique est élevée mais leur grande
perméabilité est un [Link] pour les cultures arbustives.
- Les sols bruns eutrophes sont largement représentés de part
et d’autre de la route, entre Penja et Melong. Bonne teneur
en matière organique, réserves minérales élevées, ce sont
“les meilleurs sols de la plaine bananière, car ils allient
en même temps de bonnes propriétés physiques et chimiques :
ils peuvent supporter toute culture (et particulièrement le
bananier) menée de façon intensive et doivent rentabiliser
fortement tout investissement cultural en engrais organi-
ques et minéraux” (2). Leur extension correspond à la
bande de peuplement la plus dense de tout le département.
(1) Tableau de la population du Cameroun, 3è édition, ORSTOM.
(2) D. MARTIN, G. SIEFFERMAN, 1966, op. déjà cité, p. 35.
24
Carte 3
FLANCS DU MANENGOUBA
hydmmorphes
Sols peu évolués
Sols bruns eutmphes
Sols fenallitiques typiques
Sols brun rouge
Sols muqe
J
I
1 Sols brun jaune
I
PLAINE BANANIERE
SECTEUR SEDIMENTAiRE
PEDOLOGIE
MOUNGO
d’après D. IMARTIN et G. SIEFFERMANN, 1966 Service carto [Link] Yaoundé
25
Carte 4
APTITUDE PRINCIPALE
.
BANANIER -
CAFÉIER .
PALMIER -m
Aptitude secondaire
Ananas
APTITUDE DES SOLS
MOUNGO
0 5 10 15 20 Xkm
Okptis [Link] et [Link] 1968 Service carte0.R~[Link]
26
- Les sols ferralitiques formés également sur terrains volca-
niques, qui s ‘étendent de part et d’autre de Nkongsamba et
au sud-ouest de Melong sont de moins bonne qualité et
présentent parfois des signes de dégradation.
Les conditions économiques et humaines de cet ensemble condui-
sent a y délimiter deux secteurs légèrement différents :
- La plainebananière, ou plaine de Loum, s’étend de la sor-
tie de Mbanga à quelques kilomètres au-delà de Loum. Région
peu accidentée où les vastes espaces plats sont ponctués de
très nombreux puys. La forêt s’éloigne de la route, n’appa-
raît plus qu’à l’arrière-plan, ou en bosquets résiduels
dans les fonds de vallées ou sur les sommets de collines
trop pentus pour être cultivés. Les grandes plantations
d’ elaeis disparaissent à peu près a la hauteur de Vbanga et
cèdent la place à des cultures plus riches. La banane
occupait naguère de vastes surfaces dans ce Moungo central,
mais son importance a diminué au profit de grands champs
d’ananas ou de cultures plus spécialisées comme les man-
guiers, les avocatiers ou les poivriers ; reprise en mains
depuis quelques années et réorganisée par 1’O.C.B. (l),
elle demeure néanmoins la principale culture de rente
de cette zone. L ‘appel de main d ‘oeuvre des grands domaines
a entrain& un afflux de travailleurs et l’activité économi-
que a donné naissance a de grosses agglomérations rurales
autour des camps de travailleurs ou des gares. De plus, les
cultures vivrieres (tubercules, bananes plantains) occupent
une place importante dans les revenus des cultivateurs.
- Au-delà de Loum, le paysage se modifie sensiblement :
Les puys disparaissent, l’horizon est domine par les trois
massifs imposants : Koupé > Nlonako et Manengouba. La forêt
se rapproche de la route, les bourgs se raréfient (Manjo,
pourtant fait figure de petite ville) au profit d’un habi-
___----------------------
(1) O.C.8. : Organisation Camerounaise de la Banane, créée en 1964 et char-
gée depuis 1970 d’un programme de restructuration de cette culture.
27
tat de villages étirés linéairement le long de la route. Il
n’y a plus guère de grands domaines, la topographie ,étant
moins régulière, mais des fermes villageoises- dont la
culture d’exportation principale est le caféier robusta.
De Nkongsamba à Melong, l’altitude croît de 880 à 967 m
le long de la route qui longe un moment les flancs du
Manengouba. L’habitat est dense près des voies de communica-
tion et, de nouveau, apparaissent de grandes plantations
qui se livrent à la culture du caféier. Toute cette zone,
oÙ la topographie est parfois tourmentée peut être désignée
sous le nom de région du Manengouba, la limite entre
les deux arrondissements de Manjo et de Nkongsamba determi-
nant deux “sous-secteurs” assez peu différenciés.
3) Au-delà de Melong enfin s’ouvre la vaste plaine des
Hbo que barre a l’horizon le rebord du plateau bamileke.
L’ancien lac fermé par une coulée volcanique formant barrage à
la hauteur du pont du Nkam s’est peu à peu vidé, faisant
place à un ensemble de terres mal drainées. Les sols y
sont moins bons que dans le reste du département, mais con-
viennent bien, moyennant quelques aménagements, à la rizicul-
turc.
4) Il convient de mettre a part toute la partie orien-
tale du Moungo, la zone limitrophe avec le département du
Nkam. Elle est à peu près vide d’habitants, couverte de
forêt dense et souvent accidentée. On retrouve la le socle et
des sols ferralitiques de médiocre qualité.
Ainsi, se présente, à grands traits, la diversité
naturelle et humaine du Moungo. La région proprement dite de
Manjo juxtapose quelques-uns des caractères observés ailleurs
dans le département : relief contrasté entre les deux massifs
du Koupé e,t du Manengouba, forte pluviosité et sols r iches,
28
voisinage ethnique d’autochtones et d’immigrés bamiléké ;
prédominance de la culture du café pratiquée beaucoup plus
par de petits planteurs que sur de grands domaines. Coexisten-
ce enfin, entre les deux villes de Nkongsamba et Loum, de
bg-urgs d’ inégale importance ou de gros villages d’immigrés le
long de la route, et de concentrations humaines beaucoup
moins denses à l’écart.
Carte 5 - Les régions natureks du Moungo
-.-Limite de département
,-Limite de zow
J . CHAMPAUO 1977
1
0 5 10 1.5 20 25 km
29
CHAPITRE 2
HISTOIkE des MANEHAS dans LIENSEMBL,E BAKOShkfBO
entre Za COTE et les PLATEAUX de L’OUEST
. Dans la région du Moungo comme dans l’ensemble du
Sud du Cameroun, l’administration française procéda à un dé-
c 0 u p a g.e [Link] calqué sur la mosaIque ethnique. Chaque
[Link] porte en général le nom du groupe qu’il encadre admi-
nistrativement. C’est ainsi que les populations manéhas
se- trouvent dans une même entité [Link] : le canton
Manéhas.
Dans les sociétés centralisées (chefferies bamiléké,
[Link], etc...), l’administration coloniale s’appuya
sur- les unités politiques déjà existantes pour créer ses
circonscriptions. Dans les territoires sous domination. britdn-
nique, l’utilisation de ces structures poli-tiques tradition-
neLles permit la prdtique systématique de “l’indirect rule”.
Le découpage administratif devend'it au contraire
beaucoup plus arbitraire ddnS nombre de sociétés dcéphdles où
le critère de l’appdrtenance a un groupe ne se traduit pas
dans l’espace par la réfkrence a des limites territoriales
précis’es. Le fait ethnique fut en général a’dopté pour obtenir
des unités administratives homogènes. Cependant, l’adoption
de ce critère n’allait pas sans problèmes : les groupes eth -
niques se chevauchent parfois’ et ne ‘présentent plus alors de
continuité territoriale ; les groupes voisins offrent de
30
surcroit de nombreuses affinités socio-culturelles et il est
difficile en conséquence de les isoler les uns des autres.
Pour les besoins de l’administration, le fait
ethnique fut réduit au niveau linguistique. C’était d’ail-
leurs le seul contenu acceptable par le pouvoir dominant,
car apparemment purement culturel. Les différences linguisti-
ques qui peuvent n’être que de simples variantes d’un même
parler, fondèrent ainsi le découpage administratif. Il en ré-
sulta une mosaïque qu’il serait abusif de qualifier d’ethni-
que.
Le cas des Manéhas illustre parfaitement ce qu’on
peut considérer comme une véritable balkanisation des ensem-
bles ethniques par l’administration coloniale. Certes, les
Manehas se réfèrent idéologiquement à un seul et même ancêtre:
ils sont les fP1.s de Has (ma
- = fils, -né = -indique le pluriel) ;
mais ce n ’ est là qu’une proposition idéologique car les
villages sont loin d’être constitues par les seuls descen-
dants de cet ancêtre (1). En fait, les lignages proviennent
de clans divers dont les éléments fondateurs sont souvent lo-
calisés hors de l’actuel pays manéhas, entre autres dans les
villages voisins mwaménam et bakosi. Il convient également de
constater que l’endogamie ne s’exerce pas au niveau du
groupe des Manéhas puisque ces derniers sont en situation
d’échange matrimonial généralise avec les populations voisi-
nes. Cette absence d’endogamie est à mettre en relation avec
l’économie de traite du XIXème siècle où les produits circu-
laient de groupe en groupe et utilisaient pour cela les
affinités claniques et les relations matrimoniales. En
définitive, le groupe des Manéhas s’inscrit dans une aire
plus vaste que nous appellerons l’ensemble Bdkosi-Mbo,
lui-même situé dans un espace socio-économique qui le déborde.
-----------------------
(1) Avant évidemment les mouvements migratoires du XXème siècle.
31
Les Manéhas ne sauraient donc être isolés de ce con-
texte socio-économique par le biais d’une étude monographique
classique. A travers l’histoire des Manehas, c’est finalement
les grandes lignes d’une histoire régionale qu’il faudrait
esquisser (1).
Dans le cadre dei notre enquête nous nous contente-
rons de poser quelques jalons de cette histoire régionale (2).
Ce bref éclairage nous montrera le rôle important joué par
ces populations au XIXème siècle. Les mouvements migratoires
du XXème siècle ne s’effectueront donc pas dans un milieu in-
différencié. Face aux immigrants et dans le contexte d’une
économie de plantation mise en place par la colonisation, les
populations manéhas ont d’ailleurs su conserver un rôle
non négligeable.
10 - UN TRAIT CULTUREL : LES CASES RONDES
Les formes de l’habitat traditionnel de plusieurs
populations. de l’ensemble Bakosi-Mbo avertissent immédiate-
ment l’observateur qu’il a affaire a une civilisation origina-
le. Alors que l’habitat précolonial des populations de la fo-
rêt du sud du Cameroun est de forme rectangulaire (31, les
cases des populations installées de part et d’autre du Mont
(1) Du côte anglophone, l’histoire régionale de l’ensemble Bakosi-Mbo est
déjà bien amorcée par les études de Ejedepang Koge :
- The Tradition of a people : Bakosi. A historico socio-anthropologJ,cal
studv of one of Cameroons Bantu people. 1971, Yaounde, Universite du
Cameroun, 354 p., multigr.
(2) Cela rejoint une des raisons de notre choix du canton Manéhds, a sa-
voir une étude monographique qui introduise à toute la région du Floungo.
(3) Cette forme d’habitat s’est d’ailleurs maintenue jusqu’aujourd’hui.
Cependant les murs sont en argile, alors qu’anterieurement ils étaient
en nattes faites de folioles de palmiers ou même en écorce.
32
Manengouba sont circulaires :
“La maison est bâtie sur un cercle de 3,50 m de diamètre. Les
murs verticaux ont à peu près 1,60 m de hauteur et sont recouverts
par un chapeau conique débordant de 0,50 m et de 4 m de hauteur
environ. Les murs sont faits de rondins (de fougère arborescente
de préférence) plantés verticalement côte a côte et doublés intérieu-
rement de feuilles sèches, nattes, etc... Une porte basse et étroite
permet d’entrer dans la case. Le seuil est marqué par des rondins
de 0,20 m qu’il faut enjamber pour entrer. Le toit est. fait de
nattes de palmier de type classique ; les dernières nattes du
bord qui forment gouttière sont mises en deux ou trois épaisseurs,
et la face pliée tournée vers le bas, si bien que le toit conique
est légèrement aplati et nettement arrêté en bas. Le toit est
fait au sol et monté lorsqu’il est terminé” (1).
Dans les années cinquante, 3. Binet (1) repérait de
telles cases en pays mbo, élong , mwaménam, dans quelques
villages bakaka qui sont proches du pays mwamenam : Saimoa,
Manengouba 1 et II ; et au village baneka de Ngal’moa sur Les
flancs du Mont Nlonako.
Aujourd’hui encore, on peut voir de fort belles cases dans
les villages mbo et élong sur les flancs du Manengouba ..(a
Mbouroukou, Ekangté, etc...) de même que dans tout le pays
bakosi.
Certes, ce trait culturel ne saurait à lui seul. fon-
der un groupe d’appartenance. Les techniques et les éléments
culturels circulent en effet de groupe en groupe et souvent
cette diffusion s’effectue indépendamment des solidarités
politiques. Cependant, la concentration de cette forme d’habi-
tat sur les flancs du Manengouba n’est pas sans annoncer une
histoire ancienne et une civilisation originale.
-_-_-_------___-------------
(1) 3. BINET - “L’habitation dans la subdivision de Nkongsambd”, Etudes
camerounaises, n021/22, pp. 35-48.
33
-
_’ . I Carte 6. : I <
CANTON MANEHAS B A k- A K-A
-(Armnd~mmt dm MANJO)
wantcm
. - V,ll.?g*
\ ’
\
\
\.
0 2,5 5 ‘km /A \
MANEHAS
MANX
34
20 - COMPOSITION CLANIQUE DES VILLAGES MANEHAS
La société Manéhas est de filiation patrilinéaire
et de résidence patrilocale. Les enfants d’un même père peu-
.\
vent continuer a vivre avec lui après leur mariage dans
le même lieu d’habitation, mais cependant dans une [Link],sion
distincte. Leur progéniture pourra faire de même et ainsi de
suite. Il suffira dans un premier temps d’élargir l’aire de
défrichement. Le lignage ainsi installé formera un *,
c’est-a-dire un quartier.
A la suite de l’accroissement démographique du
groupe,des- scissions par dérivation se produiront. Elles pren-
dront la forme ,de départs et les groupes migrants s’ installe-
ront ailleurs, fondant ainsi de nouveaux villages dans les en-
droits inoccupés ou bien se juxtaposant a d’autres quartiers
déjà existants avec lesquels ils n’ont pas de lien de paren-
té agnatique.
Les villages groupant plusieurs mbo seront par
conséquent hétérogènes dans leur composition clanique. Le mbo
premier installe jouira d’une certaine prééminence.
Inversement, chaque clan (ntumba) se trouve diSpeF-
se dans plusieurs villages. Le clan correspond a une unité
exogamique dont les membres sont .re’liés généalogiquement a
un même ascendant paternel et qui est désigné par un nom
propre. Ce nom propre est en général celui de son fondateur
précédé du préfixe mwa (1) qui signifie “fils de”. Les diffe-
rents clans se réfèrent à leur tour à un ancêtre commun
mais cette filiation relève manifestement du mythe ; elle ex-
prime une solidarité tribale plus que des -relations genéalo-
giques réelles.
-------------------^------
(1) mwa a Ekangté Mpaka, Ngol, Lala, Nlohé, Mantem, Kola et Manjo-Etam.
Le pluriel donne mwa’ne. C’est sans doute ce préfixe qu’on retrouve
dans 1 ‘,appellation des Mwamenam (mwa’ ne Enam = fils de Enam) et
des Manehas (mwa’ne ,Has = fils de Has). Le préfixe mwa se dit man a
Manengoteng et mwan a Namba.
35
Au niveau de chaque village, plusieurs clans -
mais,dans le vocabulaire manéhas, il est désigne comme le tout.-~ ;“’
dont il fait partie : le ntumba. Les afnés de .segments 1ignai.t..
:
gers sont les sa’tumba. Ils sont chargés de veiller ‘!:u~“’ :a-
le patrimoine du groupe : terres et femmes. Le. segment ligna-Q
:.>.
g$f est a Son tour subdivisé en [Link] ‘:~ les ridap. ;!,,,;, ‘,.‘...
*
La société manéhas est acéphale, c’est-à-d~i’r’e: qu’el-
le Pait l’économie d’un pouvoir centralise. Chaque segment
‘, li-
z:gj-&.ens
gnager règle ses propres affaires par un ,c,sp,s.e.;il
présidé par Le sa’ntumba. Ces anciens portent? le titre de
nqwabé (2). Toutes‘ les lignées du segment s$‘$i: repfésentées
au conseil. - .-.;-
a__-
i, ._,.
Chaque ensemble lign’age;r est dote, de surcroft, d’au-
torités magico-religieuses : :.’
: ._
‘- Le bétonq bekilé qui “ré-garde le pays” et le défenld contre
1e.S dangers extk’ieurs grâce à ses fétiches, un . chef de
terre en que_lque sorte ;
- lé bami’m.i’rii, devin qui avertit et renseigne le betonq
békilé par ses présages (.3).
Y.
-------------------------
(1) Pour au moins 7 clans.
(2) nqwébê à Ngol. . _ . .<- _ _ .. .. _ .~ _. - _.- - - - .
36
Tableau 2 : Composition clanique des villages manéhas
(liste des clans par village)
EKANGTE- MANJO- NGOL LALA MANEN- NLOHE NAMBA MANTEM KOLA
--MPAKA ETAM GOTENG
Bé (1) . . .
Lwa . .
Ndiéhum . .
Lô . . .
Ngombon . . . . .
Ndjié . Nd jié . Ndjié . Ndjié
Nkô . . Nkô . Nkô .
Ebané Abané . . .
NkÔn . . . .
Njiên . . . . .
Etu . . .
Mélê .
Mêndeng .
Njêkto .
. Ebên .
Etong .
Enêm .
Ngélong . . .
Kélé Kélé .
. Bwang , Bwang
Ndé . .
Pa . Pa .
. Komd jum . Komd jum
. Aku .
. Diso .
. Diêl .
Puma
Manzo
Sawa
Siêm
Bambênta .
Dzênko
-------------------------
(1) Tous les noms de clans qui figurent dans ce tableau sont à faire précé-
der de mwa (man pour Manengoteng, et mwdn pour Namba).
N.B. : dufazde La brièveté de notre enquête, ce tableau ne doit pas,
être considéré comme exhaustif.
37
. l 1 Au-curie de. ces--fonctions magico.-Fe-lig~:eu.~-~~s~n:!.e.!hé-
reditaire; [Link]' d.étenteurs: de '[Link]: -1.é:~ t r an s me:ti;&fi.b Y&
des successeurs choisis pour leurs qualités personnelles, et
sans;qu.‘.[Link]; soient- necessairement des parents prochés.
_Les$ Eonflits inter-lignagers au
[Link] ..: .d'.un
~. vi,sl$ge
_
sont : a,paisé,s ..,.pdr 1 'intervention du nqwémo ('l), JequeJ, armé,
d'une ca'nne rituelle (2) et d'un balai (3) sépare les deux
groupes (en- conflit. ,Au-dessous, le nqwajbeba regle les con-
'. ..'': -r
flits mineurs.
.- ._.~ :'. _ : >.. z:;
L. ,. : 2, Lorsqu!,un, conflit grave dégénère. ,entre:. deux: ,+egt
.I c .
men-t,s : lignagers,
.. le nqwémo d'un lignage tiers. se. Aève -poyr .-irn-
pqse-r,..la ..paix.. Les antag,onistes crachent alors .de leur .s-a:l,ive:
2.. '. ".
*
sur l,e ba1a.i agité par le nqwemo et ce dernier . martel-e. -.le..s.o&~,
.
d.e' sa canne. Les conflits non solutionnés- [Link].,- .[Link],++,i
se dénouer par l'émigration d'une des parties.
,: _ '_I ‘.
. A Ngol,les aînés des segments. lignagers s,e_réunJsT.
saie-,n.t au niveau villageois dans un conseil appelk mbo,'sanq,
: r __
(.vilJag,e-paix) . Un terme existe pour désigner ,I'ensembl-e de
la,,cqmmunauté villageoise
_ : élonq (4) ; .mais il. .fau,dra- atten-
..
d,re.%-+ '.[Link] -coloniale, pour qu ’ apparaisse une struc-
. ._
turc. villageoise _.I nettement centralisée , induite de .l’extér,ieu.<,
& .-
‘;, “‘~i1
_, i_<; .* -. _, c _.
‘. .’ ; %_ ./I.,< ;. ..:’
L,
--------__---------------- .> r' ~
(1) nqwamot'~ Ekangte fipal&
(2) tonqinqo à Ngol (a = bâton). Elle porte à son extrémité ia fi&ri&
d'un homme répute. [Link] canne .ritueile était : fàbrïqu'&?
sur place, par contre d'après un informateur de Nlohé, elle ,était-
fabriquée a Mouakoumel en pays mwamenam. Enfin les habitants d'Ekangt&
Mpaka allaient jusqu'à Long, dans l’arrondissement de Bangem, oour se
procurer cette canne. A Ekangté Mpaka, le port de la canne rituelle
serait le privilege de tous les nqwabé (nqwabe =' pluriel de m)'
..et ..donneraLt droit .au‘titre .de mwon. . -. : -,. 1. : .1
..::. il,- ,..
(3) m (pluriel-^‘I “““‘A’
,[Link]) "a Ngol et Qiohg>. Le. balai simple Pour
balayer: se dit: hehyol- -(a ngol) ou hehol *.( d Hiohé) r :;4‘ Ekangté: -Mbaka
-- -, _; ,
-' .l: 1
le balai s'appelle nke ‘sang (le balai-a paix-)..
(4) &Long a Manjo-Etam et alonq a Nlohé.
38
le ndiêp mbe mba (ndiêp = anciens, mba = les hommes) (II, et
présidée par un chef du village nommé par L’Administration.
En définitive la société manehas apparaissait
comme très mobile. La structure villageoise étant peu contrai-
gnante, les éléments lignagers pouvaient circuler entre les uni-
tés territoriales déjà existantes et en créer d’autres.
Le groupe des Manéhas peut donc être considéré com-
me un réseau clanique, très serre du fait de l’interpenetra-
tion des groupes de parenté, qui déborde largement l’aire
dl habitat des Manehas pour s ’ articuler à d’autres réseaux
claniques, notamment à ceux des Bakosi et des Mwaménam.
Plusieurs clans ‘recenses chez ‘Les Manéhas se retrouvent en
effet dans ces populations voisines, ainsi qu’en témoigne La
répartition géographique des clans (tableau no 3).
Ce tableau n’est pas exhaustif. Si le recensement
des clans par village nous a fourni en effet des données rela-
tivement complètes pour Les relations inter-villageoises à
l’intérieur du pays manéhas, nous n ‘avons pas eu le temps de
procéder au même travail auprès des populations voisines.
A partir de Nlohé, Mantem et Kola, nous avons pu cependant
avoir quelques localisations claniques a l’extérieur du pays
manéhas. Nous donnons des éléments a titres d’exemples en
sachant que les relations avec l’extérieur sont plus nombreu-
ses que celles mentionnées par notre tableau. De ce premier
tableau, nous pouvons en tirer un second (tableau nc 4) desi-
gnant les villages qui se trouvent en inter-relation du
fait qu’ils ont un ou plusieurs clans en commun (2).
(1) En pidgin : ndiêp’hêl’man (ancien, aider, village). Cette information
concernant le ndiep mbe mba nous a été donnée a Manengoteng.
(2) Quelques informations supplémentaires ont été ajoutées sur ce tableau
par rapport au précédent.
39;
-.
‘. ._ QW’eN
,u) -,: .’ . ?W’TN
f
.a 6uar)oSuauew
2 ::i &
-:
40
Par le jeu des relations inter-claniques, les
villages manéhas se trouvent ainsi inclus dans un ensemble
plus large que nous proposons d’appeler l’ensemble Eakosi-
Mbo, du nom de ses deux principaux groupes.
1. Dugast dans son inventaire ethnique du sud du
Cameroun (1949) dispose les Mbo, Elong, Mwaménam et Bakosi
dans le groupe Bakundu sous le prétexte que Mbo, Elong et
Mwaménam ont des traits communs avec les Bakosi (entre autres
les cases rondes) et que les Bakosi seraient déjà classés
dans le groupe Bakundu (mais 1. Dugast ne nous dit pas par
qui !). Certes, l’auteur avance cette proposition sous une
forme interrogative et répète que la langue et certains
traits culturels s’empruntent et ne peuvent donc pas définir
à eux seuls des entitees ethniques, néanmoins c’est dans le
chapitre intitule “le groupe Bakundu” que nous retrouvons les
groupes de notre ensemble Bakosi-Mbo. En fait, le regroupe-
ment semble arbitraire ou effectué sur une documentation
insuffisante (1). Nous trouvons ainsi dans le même groupe :
Abo, Elong, , Banéka et Mwaménam, Baréko, Bakaka et Bdbong,
Balondo et Manehas, Balong et Bakem. Par contre, les Mbo sont
isolés et mis dans un autre chapitre en compagnie des Bakoko,
Basa et Bongkeng.
Les études linguistiques de 1, Richardson (19561,
quant d elles, aboutissent a la définition d’un ensemble Mbo
avec les groupes suivants (2) : Bafo (31, Bakosi, Basosi,
Balondo, Balong, Baréko, Banéka, Bakaka, Manéhas, Mwaménam,
Mbo, Elong et Ninong. Les Bakundu, dans cette classification,
se retrouvent dans un groupe linguistique voisin : le groupe
Ba’lundu.
(1) I. DUGAST, Inventaire ethnique du Sud-Cameroun, Douala, IFAN, 1949,
159 p., p. 23-34.
(2) RICHARDSON et autres : 1956-57. Linquistic survey of the Northern
Bantu borderland, Vol. 1 et 2. International African Institute,
O.U.P. 146 + 95 p.
(3) La langue bafo étant également très proche des langues dwala.
41
Nous ‘allons voir maintenant comment ce réseau
clanique de l’ensemble Bakosi-Mbo, par notamment le jeu des
relations matrimoniales, a facilité la circulation des biens à
l’époque precoloniale, et s’inscrit dans un ensemble régio-
nal de’ relations sociales et économiques.
3O - LA CIRCULATION DES PRODUITS DE TRAITE
Les produits de traite débarques par les navires né-
griers à Douala, Bimbia et Calabar, étaient chargés sur
des pirogues et remontaient les fleuves jusqu’à leur seuil de
navigabilité. On remontait ainsi la Cross-River jusqu’à
Mamfé et, de là, les marchandises atteignaient la puissante
chefferie des Bali. C’était sans doute, l’une des voies
les plus importantes de pénétration des produits de traite.
Le Moungo (riv.) se laissait remonter jusqu’à‘ Moundamé. en
aval de “Water Fall” (en anglais = cascade), immédiatement au
sud du pays bakosi. Le Wouri, quant a lui, était navigable
jusqu’à CYabassi et,par l’un de ses affluents, la Dibombé, on
pouvait atteindre Nyanga au sud-est du pays manéhas.
Le5 biefs navigables des autres rivières côtières
sont beaucoup plus courts et leur rôle a 6th négligeable;
La Ndian jusqu’à Ekasa, la Moko jusqu’à Moko, la Mémé jusqu’à
Mbongé, la Lobé jusqu’à Ekundu Titi, la Boa jusqu’à Boa, la
Akpa jusqu’à Erat (1).
Les produits importés étaient [Link] le
sel, les pagnes, les fusils et la poudre, de la verrote-
rie etc... Inversement, venaient de l’intérieur, des esclaves,
des défenses d’ivoire, des peaux d’animaux, du bois d’ébène,
des palmistes, etc...
---_______--____-___----
(1) G. COURADE - Atlas Régional Ouest 1 - 1972, Yaoundé, ORSTOM, 266 p.
42
Carte 7
~~~~~~~ LA NAVIGATIONFLUVIALEDANS LE SUD
**,:2.;:
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y:;,‘<“>,,‘^:,.,’
:...:i:., OUEST DU CAMEROUN
‘~x::,:.y;;:,::-.:~,.,~
2..~:.?~~‘:,~~.i:.r.~~..d.l.l
m ,2(Jmai +
‘F orma1’Ions gréseuses crétacées
I::::l Sédiments tertiaires
liiiiiiil Alluvions quaternaires
- Bief navigable d’un cours déau
43
.Ces .produits importé,?. é.taient ,contrÔlés. par les. cô,
tiers, entre autres Dw,ala et ISumbu. Ils, ,, étaien.t e?Suite,
remis entre les mains .des [Link] de l!int&rieur _- qui
les acheminaient a leur tour vers les plateaux de 1~’ ouest. ~,
_.) . Les populations de .i’en~emble Bakosi-Mbo, situées
entre ce,s p,lateaux d’où provenaient de -nombreux esclaves I_. .et_
les groupes Cô_tiers, jouaient un rôle important comm,ek, intermé-
diaires. Nyassosso était un grand marche d’esclaves en direc:
tion de Douala et de Calabar. Le missionnaire Autenrieth
installé à Nyassosso en 1906 eût l’occasion d’y vo-i: passer
i
des caravanes de’esclaves (i ) . La liaiso? avec le> plateaux
sreffectuait principalement par une piste de Piémont’ qui
long~ka’it - le tianengouba en traversant le pays mbo, pli<;
1.e’ rebord ‘accidentai du plateau bamiléké au niveau’ de Fonfëm:
,. - .” -’ :
Cette route atteig’nait la puissante chefferie des Bali. Quant
_. ..’
aux [Link] commerciales avec la zone côtière, elles etaient
facilitées par l’existence de deux ports intérieurs. : _<.
hou’ndà-
y:..3
mé sur le Moungo ‘(.riv. ) et Nyanga sur la Dibombé (riv. )
L’axe fluvial du Moungo était en outre doubl’é ‘d’une’ piste p’i’é-’
tonnlère. .., ., .- _ .. _’
_ , ‘. :
-i - -3 :
,_ .~ -11 .est: -.‘certain que la position stratégiq.u~e ,:Yenue
[Link] BakoSi-Mbo dans ce contexte écotiomique ?Ù .ils‘. cpntrô-
_
laient entre autres l’importante piste de traite ‘:dK’Bali à
[Link] (2), n’est pas étrangère à l’éxpanslon démograph’iq-ue
de ces-- populat$[Link] au XIXème siècle 5 partir d’un p’remier:
noyau de peuplement localisable, d’après~ les traditions .oral’és-j
sur. ,les flancs du .Manengouba. _ :‘, . ..‘. _
..:
Les Manéhas jouèrent, parmi ces populations, un rô-
le non‘ négligeable .. Situés sur le versant oriental de-la ligne
_. .. ..: -.
---___------------_---
(1) VAN Sl$GEREN - Lesorigines
Yaounde,Ed. CLE, 298 p., 1972.
(2) Une autre piste importante rejoignait Bali a -Calabar- ,par les Banyang-
et les Ejagham 7 Communication orale de G. COURADE. - .<- ,
44
de crête qui court du Manengouba au Mont Koupé, ils regar-
daient vers Nyanga sur la Dibombé (riv.). De là,partaient des
pirogues qui rejoignaient le Wouri en aval de Yabassi, po‘rt
de traite entre les mains des Basda.
Les produits pouvaient aussi être acheminés à
pieds jusqu’à Douala par la route du sud. Les intermédiaires
étaient dans l’ordre : les Bafung de Loum, les Balong de la
région de Mbanga, les Abo et les Pongo, et enfin les Dwala.
Les esclaves dont beaucoup étaient originaires des
plateaux de l’ouest étaient vendus aux Manéhas par l’intermé-
diaire des groupes plus septentrionaux, immédiatement voisins:
les Mwaménam et les Bakaka. De nombreuses tractations avaient
lieu ,par exemple au marché de Bakwat. Des Mbo venaient par-
fois proposer directement des esclaves aux Manéhas car ils
leurs sont apparentés dans l’ensemble Bakosi-Mbo. Les razzias
visant à la capture d’esclaves complétaient ces transactions
commerciales ainsi que le laisse [Link] ce passage d’un
rapport administratif de 1945 :
YCes Mouaménam qui n’ont jamais su, en général, se servir d’un fusil et
en connaissaient à peine l’usage, ne faisaient que des razzias, destinées à
ramener des captifs, où la ruse et la connaissance du terrain boisé, en
montagne, constituaient les principaux facteurs de réussite. Ces expéditions
aux fortunes iristables étaient dirigées contre les Mo, les Elong, et même
contre les Bamiléké dont les. prisonniers se vendaient à bon prix aux
Bakosi” (1).
Les Manengoteng ajoutent qu’ils étaient en relation avec les
Balondo du sud et que ces derniers, en contact avec les
Bandêm de l’actuel département du Nkam, les approvisionnaient
en esclaves selon le schéma suivant : populations des pla-
teaux, Bandêm, Balondo, Manengoteng.
Au commerce de traite se superposaient les échanges
de produits locaux. Le fer notamment avait une grande impor-
-----_-----------_________
(1) Rapport de tournée de 1’Administrateur Conquereaux en 1945.
45
Carte 8 Aires ethniques des populations autochtones du sud-ouest
camerounais
46
tance. Les Ninong et 'les Mwaménam possédaient les forges les
plu5 réputées. Quelques villages Manéhas nous ont dit avoir
eu, à l'époque précoloniale, une famille de forgerons (11,
mais il est probable que ces quelques forgerons ne suffisaient
pas a l'approvivionnement en fer des Manehas, et ceux-ci al-
laient en pays mwaméndm, notamment aux villages de Njoumben
et d'Abang (2).
Les marchés (3) étaient nombreux a l'époque pré-
coloniale et chaque village possédait le sien : Ndimekom a
[Link]é Mpaka, Ebul a Manjo-Etam, Mwambon à Ngol, Déhé a
Manengoteng, Dé'nlobé à Nlohe, Ngê et Ebol à Namba, Nébong et
Nzo a Mantem.
L’intensité des relations économiques au XIXème siè-
cle a contribué, sans nul doute, au maintien sinon au renfor-
cement des relations inter-villageoises a l’intérieur même de
l'ensemble Bakosi-Mbo. Les transactions commerciales utili- ~
saient en effet les affinités claniques .et les relations
matrimoniales. Ce même contexte économique a, de surcrozt, ou-
vert les groupes de cet ensemble Bakosi-Mbo aux populations
voisines. La levée de l'endogamie, c’est-à-dire les &Changes
matrimoniaux permis avec tous les groupes voisins quèlle
que soit leur appartenance tribale,est une des manifestations
les plus caractéristiques de cette situation. Dès Lors,
non seulement il n'est pas possible d’isoler des populations a
l’intérieur de l'ensemble Bakosi-Mbo, mais il n'est pas
possible non plus de -dessiner des lignes de rupture avec les
groupes voisins. Nous allons le voir maintenant avec l'étude
des relations matrimoniales.
- -- - - -- - - __----------_---
(1) Mantem avait un forgeron d’origine mwaménan, du clan Bambênta. ,A
Manjo-Etam, la lignée Mbo'nge de la famille Ebané était munie de
soufflets pour la fonte du minerai de fer.
(2) Ngol n’avait pas de forgeron et s'approvisionnait à Abang. Manengoteng,
quant à lui, se réfère 2 Abang.
(3) Marché = “x’, “m’ ou “djion”- selon les dialectes manéhas.
47
40 - L ‘ABSENCE D” UNE .:BNBOGAMXE:TRIBALE .__,
!. ~ .-.Y _.: _ :s:, .:.: ,; : <,.i .[Link];:l!
-t .~;a- i.,.. -.. < <,;..-.,;..;0; t
En général, les alliances matrimoniales sont prohi-
bées entre individus apparentes. Cette interdiction de l’in-
., .--- -. . ..- __._ __.._-. --_--- ‘LX _ _...l._. -. _.-_ ._.,- -I .- -- ---. --.--.--CIII.F
ceste def init [Link] groupes exogames dont la dimension et
,i -..:
la composition sont évid:emmént variables selon chaque société,
.
et à [Link] --desque,is 6out mariage est impossible. Le jeu
- ‘_ .’
des [Link];matrim&niale; est souvent circonscrit à une po-
__ .-_- ..___I
pulatcon ‘donnee ,” ‘il “.s.“ar*rête 2 la f ro’nt’ière G:el<::-les .:,[Link]
_.. .-_ _ -?A ._., --_-
voisin’sr cette’ limitation. dkf init- alors’ un‘ en-semble endo,game.
: I
On constate, pour les Manéhas qu 1 i~..!~~xi~ste”.~‘,.rZOn
seulement de multiples relations matrimoniales
“;‘+es “-ave’c
I . i-
autres ‘groupes composant l’ensemble Bakosi-Mbo, ma2s,; ,.jaa.s s i
-’ i
avec des’ groupes voisins qui ne sont pas inclus dans &?tr’en-
;-;;“.
semble. Les alliances matrimoniales peuvent _ donc se nouer*;,:;-:
” .- _. _ . - ._-_-_ _._-- ..a---
- à l’intérieur d’un même village entre deux, se.g’.e-nt:s.~I~-i:gna-
gers non [Link] ; iP~ Y2_.,’ r.2’
. _.. .-.- ^-__.. __,__.__.
7‘e,,.??
s ,-.- \ %-j
- entre les villages Manehas ; if.,,,.1AA.; r/..I:,.<1
- avec .les autres groupes de l’ensemble Bakosi-Mbo &:.;:-.&es
__.. I_.-.---..- .---. -
villages de Ndom et Nyassosso en pays .ba-kosi :-; ..Manen,g:olé,
_.... __.-_ -. -..-... _-_-
Manébwa, Bakwat, Ndoungé .‘et. Eboné en pays bakaka ; le;s.y,~~-
..
lages mwaménam;etc...
- hors de l’ensemble Bakosi;Mbo, avec les groupes voisins:,-;.no-
-.
tammerit les groupes plus méridionaux sur”l,es qui se situent
,^+:l
pistes de traite : les Basaa de Nyanga, _ __les Balong, les.&bo
et les
_ Pongo,.
--_ __.--.. . - - - -- __ - ___._.__.._-.-------
Un notable de Nlohe épousa même une fille
dwala avant 1 (arrivée des Eu;Topéens. (-1 )-.. ,.~- *-.,;. ..,,1’_’ r-i-~” i
_ : : ..-.y . f. 2 z, fi i; ( > ( I i . :,
.: .,.I .
Les échanges matrimloniaux .-av& ” .i’&3;‘ 5~.&..$~ : en
.’aval: des Manéhas: ..sont ..,. .de [Link].e e@dence, motives+ -[Link]~.:le- con-
..textè &DO-nomique, du-’ XIXème” Sïèclè;. c, échange .d& fe~$es?.--i&&Je
,. j _. ..‘<‘.’ -y.w.--a.’
en effet une relation durable, au moins sur d-eux générations,
pouvant être mise à profit pour les transactions commerciales.
Le récipiendaire est redevable vis-a-vis du donneur de l’épou-
48
Tableau no5 : Echanges matrimoniaux des villages Manéhas à
l’époque précoloniale
Villages Manéhas
KOLA X
LALA X X
EKANGTE MPAKA ’ x x X
MAN30 ETAM X X
NGOL x x x X
MANENGOTENG X x x
NLOHE x x X
NAMBA X
MANTEM X X
Autres groupes de l’ensemble
Bakosi-Mbo
BAKOSI X 0 x X
MWAMENAM X x 0 x x
BAKAKA X x x x x x x
- Groupes non apparentés
BAFUN X 5*x x x X
BASAA de NYANGA X
BALONDO 0””
BALONG X X X
ABO X X
PONGO X X
DWALA
X : Relations matrimoniales réciproques
0 : Absence mentionnée de relations matrimoniales
§ : Relations matrimoniales non réciproques
Ce tableau repose sur les déclarations des villages Manéhas qui citent les
villages avec lesquels ils entretenaient des relations matrimoniales à
l’époque précoloniale .
---__--------------------
+ Manjo Etam donnait des femmes au Bafun mais n’en recevait pas de
ce groupe.
*-c Les Manengoteng se disent apparent& aux Balondo.
49
se même après le vetsement de la dot,, mais inversement. ses
descendants masculins jouiront de privilèges auprès de leur
oncle maternel (11, c’est-à-dire du donneur, de .l’epouse
(2). Par ce biais,les relations commerciales échappaient a la
contrainte de ‘la proximité. Beaux-frères et neveux. utérins
_: .- -
(mwa’nkap) pouvaient se hasarder dans le groupe des affins
sans encourir’ le risque d’une capture suivie .d’une mise
en esclavage, ‘sort réservé à tout étranger sans défense.
L’absence d’endogamie correspond donc, au niveau de
la parenté, a la mise en relation économique des groupes eth-
niques du ‘fait d ’ une circulation des produits’ de traite
de groupe a’ groupe . Dès’ lors, les clivages’zsocio-culturels’
s’estompent au bénéfice d’un ensemble socio-économique -plus
vaste. -
On peut s’attendre’ à retrouver 1 ‘existence’ de
cet ensemble régional à divers niveaux de la vie soci6le.
Elle intervient, nous venons de le voir, dans le domaine de
la parenté par l’absence d’endogamie, mais elle s’affirme
également au niveau linguistique par. 1’ intercompréhensionS dés
parlers’ (3). A plus grande échelle, a lieu la diffusion du
L’oncle maternel-= héwêmla
[Link] (1972) explique comment’l’inegalite de l’échange fonde..sa du-
rée : .“Parenté, échange matrimonial et réciprocité. Essai d’interpré-
tation à partir de la société dan et de quelques autres ~ocietes de
la Côte d’ivoire”, L ‘Homme, juillet-septembre 1972, pp. 5-46,. ët
octobre-décembre 1972, pp. 6-36. i
1: est intéressant de réfléchir aux différents espaces auxquels se ré-
ferent les individus, et qui sont de dimensions généralement plus lar-
ges qu’on ne 1’ imagine. Le village n’est pas un espace .vécu avant la
colonisation (c’est l’administration qui, pour des raisons de rationa-
lisation du découpage territorial a transport& en maints endroits la
notion de village). Ce qui l’est, c’est d’abord le segment lignager,au
sein duquel se .répartissent facilement les terres’. de culture en
fonction des -besoins de chacun,et le clan. Puis au-delà,‘l’ense&le des
clans entre lesquels se font normalement les’échanges matrimoniaux, et,
au-delà encore > l’espace d’intercompréhension- lignuistique.’ De même,
sur le plan Gconomique, le premier “espace”, celui que parcourent les
habitants, est celui qui est lie a la fréquentation d’un ou de plu-
sieurs:marches puis, bien au-delà, les ensembles avec. ,lesquels s ’ opè-
rent les échanges entre plateaux et côte. Il y a donc là, à différents
niveaux, interpenetration d’espaces vécus différemment, dont l’imbrï-
cation est parallele a celle desrelations sociales.
50
pidgin. Enfin au niveau idéologique, la mise en relation
généralisée des groupes s’affirme dans le mythe de l’ancêtre
commun que nous allons maintenant illustrer.
50 - L’IDEOLOGIE DE L’ANCETRE COMMUN
Les échanges généralisés avec les groupes voisins
s ‘expriment au niveau idéologique par le mythe de l’ancêtre
commun. Les clans de l’ensemble Bakosi-Mbo se trouvent en se-
rie segmentaire fusionnante (l), c’est-à-dire qu’ils affir-
ment des relations généalogiques entre les fondateurs de
ces clans, à partir d'un ancêtre commun. Du moins se presen-
tent-ils ainsi.
L’ancêtre commun de l'ensemble Bakosi-Mbo s'appelle
Ngo et aurait réside primordialement sur les flancs du Manen-
gouba. En fait, le nom de cet ancêtre varie selon les groupes,
mais la racine Ngo ressort toujours (cf. tabledu n06).
Selon une version recueillie par 1’Administrateur‘
Conquereaux en pays mwaménam,en juin 1945 (2), une vieille
femme du nom de Ngotenkang résidait au lieu dit “Cirque des
lacs” dans l’ex-Cameroun britannique, au sud du village
Pools et à l'ouest de Mbouroukou. Elle partit vers le sud et
arriva dans un village sur le Mont Ngo, l'un des contreforts
du Manengouba. Là, elle fut hébergée par un homme du nom de
Ngo. Elle l’avertit de l’imminence d’un déluge : en effet,“un
déluge formidable fit déborder les lacs, les eaux envahirent
le pays environnant, et tous les habitants furent extermi-
nes’l (3). Ngo, tel Noé de la Bible, se réfugia sur le Mont
(1) Dans une série linéaire, par contre, les lignages ne fusion-
nent pas mais restent juxtaposés dans le système, conscients
d'être du même sang mais ignorant les péripéties de la seg-
mentation. La fusion des clans de l'ensemble Bakosi-Mbo’est
purement idéologique. Pour ces modes de segmentation, voir
R. Fox. Anthropologie de la parenté, une analyse de la con-
sanginité et de l'alliance. 1972, Paris, Gallimard, 268 p.
(2) Archives IRCAM - Rapport de tournée de I'Administrateur
Conquereaux. Juin 1947, dossier Moungo, III 552, Institut
des Sciences Humaines de Yaoundé.
(3) Nous citons le rapport administratif de Conquereaux.
51
N..songa, près du site actuel du village Nsong. Il y rencontra
Sumé, une‘ survivante du cataclysme (1). Ils proëréèr’ent et
l’énumération de leùrs fils corncide avec celle- des groupes
de l’ensemble Bakosi-Mbo, chaque fils étant présehté comme
l’ancêtre d’un groupe. i
Tableau n”6.: Noms de l’ancêtre commun aux groupes bakosi-mbo selon les
différentes versions . _.
MB0 . . . . . . . . . . . . . . . ..L........................ Ngo’sé (fils de Sé)
ELONG . . . . ..*.............................. Ngé
BAREKO . . ..*......................d.......*.. Nso’ngo (fils de Mpwé)
BANEKA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ngo’éka’
MWAMENAM. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nso’ngo
MANEHAS . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..*............ ?
BAKAKA . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..*.....*.......... Nso ’ ngo
BAKOSI . . . . . . . . . . . . ..*....................... 3.
NINONG ..................................... ?
Sources
---- : POUNQE Pierre, 1946 :.
D’autres versions situent également‘sur les flancs
du Manengouba les faits et gestes de l’ancêtre commun. Selon
une version mbo recueillie en. 1946 par Pierre Pound&, agent
de l’administration, un nommé Sé, père de Ngo’sé., vena’nt
du sud, se serait installé sur un plateau à Eboté au pied du
Manengouba; près du lac Edib Eboué ; c’est de cet endroit que
les fils de Ngo’ sé se seraient dispersés. Le lac Ed’ib Eboué
est mentionné par une tradition mwaménam et rendu responsable
du déluge mythique que nous venons d’évoquer.
Le groupe Elong, quant à lui, situe son origine en
pays ninong, immédiatement à l’ouest du Manengouba. Il se se-
rait fixé à Mouanguel (1).
(1) Selon Pierre Pound&, agent de l’administration, 1946.
52
La localisation de l’ancêtre commun sur les flancs
du Manengouba peut indiquer l’existence d’un ancien pôle demo-
graphique dans cette région. Le milieu écologique est en ef-
fet favorable : les sols sur le complexe volcanique du Manen-
gouba sont fertiles, et le relief offre de nombreux sites .dé-
fensifs. Le développement des relations économiques aux
XVIIIème et XIXème siècles aurait favorisé l’expansion de ce
pôle démographique dans les plaines environnantes (1).
A défaut d’une enquête plus systématique nous
ne pouvons que rester, au stade de l’hypothèse. Mais nous re-
marquons dès maintenant que les faits suivants coïncident
avec l’hypothèse que nous venons d’avancer :
1°- Les traditions locales recueillies au niveau des
villages mentionnent toutes des mouvements migratoires
de faible distance.
2O- Un fond culturel commun existe entre les groupes
de l’ensemble Bakosi-Mbo. Il se traduit par une même
forme d’habitat circulaire et par une intercompréhen-
sion linguistique.
Si la localisation est probable, il n’en est pas de
même des filiations qui relèvent manifestement du mythe. La
descendance de Mgo englobe en général les ancêtres éponymes
des groupes qui composent l’ensemble Bakosi-Mbo, mais cette
liste varie d’un groupe a l’autre. Tout se passe comme si
chaque groupe choisissait d’affirmer ou non une solidarité
tribale avec les groupes qu’il atteint par son réseau clani-
que. Ce choix apparaît nettement conjoncturel, lié aux évène-
ments socio- politiques. Un groupe ethnique peut se cristalli-
ser en face d ‘une menace extérieure et s’entourer alors
de lignes de rupture : endogamie, particularismes linguisti-
----------------------
(1) Il faut cependant avoir en mémoire le caractère mythique fréquent de
la montagne comme lieu de naissance - ou de premier habitat - de
l’ancêtre. Les Easaa, par exemple, se disent tous originaires d’un ro-
cher élevé, Ngok Litouba, sur la rive droite de la Sanaga. La montagne
apparalt alors comme un lieu de transition ou de transmission entre le
créateur et le monde créé.
53
ques et culturels, interdits etc... (1, ; ou bien se fondre
dans un ensemble plus large. Il suffit alors qu’un élément
ait émigré dans une population voisine pour que celle-ci soit,
dans sa totalité, considérée comme apparentée, et incluse
dans le système
. généalogique - régi .par 1 ‘ancêtre commun.
Cette. mallkabilité de l.‘apparte’nance ethnique se traduit au
niveau idéologique par. des manipulations généalogiques au
niveau des ancêtres.
Aujourd’hui oÙ les populations autochtones du
Moungo vivent une même situation socio-économique face aux im-
migrants, les-quels sont en majorité Bamileké, la solidarité
tribale a tendance a s’élargir pour presenter,en quelque sor-
te ,un front commun des autochtones. Selon un de nos informa-
teurs, l’en3emble Bakosi-Mbo engloberait même [Link], les
Bonkeng , les ‘. Bafung de Loum et les populations des cantons de
Penja .et de’ Nyombé !
Au :début du XXème siècle, la solidarité tribale sem-
ble avoir joué entre les groupes suivants : Mbo, Mwaménam,
Manéhas, [Link], Ninong, Bakosi, Baneka, Bakaka et Baréko. Ces
groupes se ‘disent apparentés dans les traditions orales
: ils se réfèrent a Ngo oÙ sont situés en référence a Ngo par
leurs .voisins‘. Mais la frontière franco-anglaise passéra,en
1919 ,au milieu de cet ensemble et les versions recueillies
par 1e.s administrateurs français ne mentionneront plus qu’epi-
sodiquement les apparentements avec les populations sous
mandat britannique.
-~ Une enquête réalisée en 1946 par un agen.t de l’admi-
nistration ,: Pierre Poundé, a la demande de Mme. 1. Dugast,
alors” Secrétaire de la Société .d’Etudes Camerounaises, re-
cueillit 1esyversions de plusieurs groupes (2). Le table:au no7
donne : le -1nom .des- ancêtres mythiques des groupes selon ces
--------a-- ‘-eV- _--- ‘_______
(1) Cas par -exemple de certaines populations montagnardes du nord du
Cameroun. *.
(2) Archives _. IRCAM, dossier P.., Institut des. Sciences Humaines de Yaoundé.
-_
Tableau no7 : Noms des ancêtres des groupes ethniques de l’ense?ble Bakosi-Mbo
D’dprès les versions recueillies par Pierre Pounde, 1946.
Groupes
ethniques Mbo Elong Ni nong Bdkosi Mwdménam Manéhas Baréko Bdnékd Bakdka
MB0 Mbo ’ ngo / Mbo ’ ngo /
ELONG Ngil.‘ngo Ngel ‘ngé ; Elong’ngo (1) ; : Ngel ‘,ngo :
NINONG Anong’ngo Enong’ngé i Ano ’ ngo Ninong’ngo
BAKOSI (2) / / ; / ; Ko& ngo (3) :
MWAMENAM Ondm’ ngo Enam’ngé ; Nsong ‘ménam I Enam’ngo
MANEHAS Eké ’ ngo ; (4) (5) : / !
BAHEKO : i / Mbala ’ nsongo / Mbala’nsongo (6)
BANEKA ; Ekeng ‘ngé ; Ekengo’ngo : / Ekd ’ ngo /
BAKAKA Nka ‘ngé : / Nkdr”ngo Nka ’ songo / Nkd ’ songo
BABONG / / / / I Mbong ’ nsongo / Mbong”nbonyo (7)
fi=
(1) La version mwaméndmavance le nom d’un deuxième ancêtre pour les Elong, Mwanguel’ngo. Bans ce nom qui est celui de
l’dncêtre commun (Ngo) précédé par celui du principal village des Elong (Mouanguel),nous retrouvons le “Nyel” des
autres versions-
(2) Les ancêtres suivants duraient eu des descendants en pays bakosi : Ndong’ngo (version Mbo), Nsongo’ngé (version
[Link]), Abo’ngo et Ngem’ngo (version Mwaméndm).
(3) Kosé’nyo dans cette version banéka est localisé sur le Mont Koupé. Son frère Nlong’ngo est fondateur du village
Niong en pays bakosi à l’ouest du Mdnengouba.
(4) Les Mwaménam se contentent de citer Ngol’ngo comme fondateur du village Ngol.
(5) Ebong’Elam est cité par la version du groupe Manéhds comme étant l’ancêtre fondateur de Manenyoteng. Lors de notre
enquête, c’est Hds qui fut mentionné comme fils de Nyo et ancêtre des Manéhas par les villages suivants : Ekangté-
Mpdkd, Manjo-Etdm et Mdntem.
(6) Egalement, Njibo Nsongo et Njon’Nsongo.
(7) La version bdkdkd cite, en plus, l’ancêtre des*Pongo : Pongo’Nsongo.
55
versions. Celles-ci se confirment en général mutuellement,
mais il s’en dégage un flottement de l’information qui est le
propre d’une tradition non fixée, en pleine évolution, et non
contrôlée par des pouvoirs politiques ou religieux centrali-
sés. En fait, Pierre Poundé les a recueillies auprès des chefs de
canton lesquels ne connaissent que [Link] qui ont cours
dans leur propre village, les autres villages d’un même
canton pouvant présenter d’autres versions !
Un premier type de généalogie peut être recueilli.
Ces gén&alcgies ont l’apparence de véritables arbres généalo-
giques avec formation de nouveaux lignages par dérivation,
l’ensemble des lignages étant en série fusionnante.
Les noms des fils de Ngo, l’ancêtre, ‘répètent ceux
de leur père, selon le schéma suivant : A0 donne naissance à
CA. On constate par ailleurs que les noms de ces fils coïnci-
dent avec le’ nom des groupes ethniques, parfois aussi avec
ceux des clans et sont alors précédés du préfixe “mwa’l (1).
Les noms de ces clans sont souvent attribués à des villages,
sans doute pour rappeler l’origine clanique des fondateurs de
village. Nous donnons deux exemples de ce type de généalo-
gie :.
- Une généalogie recueillie par L’Administrateur Conquer’eaux
en 1945, en pays mwaménam (tableau n”8) ;
- une autre généalogie recueillie par nous-mêmes auprès
du chef du village de Nlohe, en 1974 (tableau noY).
56
TABLEAU no8 NC0 SUME
9 P
I
A A A
Ménamé’ngo Ebel Mbo Anion Etam
I
d m--id : t-3
[Link]’méndm v . No lménané Ebélé Mbo ‘mut [Link]’nion [Link]étan Eto
(ninong) ([Link]) (a) (b) ([Link]éto)
[Link]ébeL ([Link]ébéla A A Cc)
(Ninong) au quartier Sumé Nkom’éto
Deido à
Douala 1
Sundên Ela Nkomé
(a) Ce clan est localisé entre Ngusi et
([Link]’sundên)
Ndom en pays bdkosi
(b) Des éléments de ce clan se retrouvent A A
en pays bakosi près de Ninong et de [Link] [Link]é
Nyassosso
(c) Toujours en pays Bakosi : (région de
Nyassosso et Ngusi)
NGO SUK
TABLEAU na9 + P
I
Ewané
h
Anong Ngd
1 ‘“go
h
Mwakum’ngo Asumé Mbon ‘ngo Abongi
“W ngo(a) ngo(b) ([Link]’bong)(c) 90
([Link]&am~
Nulé’mbong Cd)
Nsung Ndong Ndom
([Link]) (près de Kumba) ([Link])
-
Njiéké Ebah Ngo Eta#lé [Link] Etugé Mbogémon
lv.,Nwa’- (v.t+vs’bah) ([Link]é’to)([Link]é’-
njiéké) (f) nimu)
a) serait resté avec SO” père d) LES descendants d’Abongé’ngd sont apparentés avec
b) S’installe sur le Mont Koupé les Elong de Poola (en zone anglophone)
c) Y z village e) Se marie avec un originaire bakosi
f) “famille”, c’est-à-dire lignée
57
Il- est ‘évident que la profondeur généalogique de
ces constructions est des plus fantaisistes. Certains informa-
teurs ne s ‘embarrassent même plus du réseau complexe de filia-
tion et réduisent tous les descendants de l’ancêtre à sa pro-
pre progéniture, les fondateurs de groupes parenté sont
alors présentés comme contemporairis d’une même génération.
Cette simplification extrême, laisse éclater le caractère pu-
rement idéologique de ces schémas ainsi qu’on peut le consta-
_
ter dans une seconde généalogie recueillie par l’Administra-
teur Conquereaux en 1946, en pays mwaménam (1) (tabl. nOlO).
Tableau no10 : Les fils de l’ancêtre commun
Villages (v.1 ou groupes ethniques (gp.)
Wo Fil.~ de Ngo
fondes
[ Ménam’ moa’ ngo ............... gp. Mwaménam
. Nsobe’ sé . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . y. Nsobe ‘se gp. Mwaménam (zone angIophone)
I
Ngol’ngo .................... v. Ngol, gp. Manehas
Elong ‘ngo ....... ..I ......... gp. Elong
Edieng’ngo .................. Y. Ediango, gp. Elong
Ekeneng’ngo ................ v. Ekangté, gp. Banéka
Nkwat’ngo ................... v. Bakwat, gp. Bakaka
Ngo <
Ndom’ ngo .................... v. Manengouba, gp. Bakaka
Among' ngo ................... en zone anglophone
Abong’ngo ................... v. Bibong’ngo en zone anglophone
Ngeng’ngo .................... v. Mouanengueng en zone anglophone
Nénong’ngo .................. v. Nénong en zone anglophone
Mbong 1ngo ................... v. Mouambong en zone anglophone
Nkondo’ngo .................. v. Bakondo en zone anglophone’
\ Ekang ‘ngo ................... v. Ekangboum en zone anglophone
--------------------------
(1) Archives IRCAM, Institut des Sciences Humaines de Yaoundé.
58
Nous avons nous-mêmes recueilli ce même type de généalogie en
1974, a Mantem (tabl. noIl).
Tableau no11 : Les fils de l’ancêtre commun (bis)
Mo Fils de Ngo Villages (v.) ou groupes ethniques (gp.) fondes
Has .............. Manéhas
Enamu ’ ngo ........ Mwaménam
Anon’ngo ......... Ninong
Nka ’ ngo .......... Bakaka
Mo Lon' Ngo .......... Elong
Kôson ’ ngo ........ Bakosi
Kundon’ngo ....... Bakundu
Bon ’ ngo .......... v. Mwambong (.pays bakosi)
: Ason’ngo ......... v. Asoma
Cette réduction de la descendance de Ngo a une
seule génération constitue une simplification du premier
type de généalogie. Ces constructions sont aujourd’hui de p-lus
en plus fréquentes. Elles renseignent plus sur le présent :
position d’un groupe par rapport aux autres groupes, que
sur les processus de scission qui ont pu jouer dans le passe
au niveau de l’ensemble Bakosi-Mbo. Un observateur non averti
de ce genre de manipulation sera sans doute étonné par ce
mélange du présent et du passe qui se manifeste dans les tra-
ditions. d’origine ; il s’agit en fait d’une très grande
sensibilité a l’actualité, c’est-à-dire aux évenements qui
sans c e.s s e remettent en cause les relations que des groupes
voisins, disposant d’un fond culturel plus ou moins commun,
entretiennent entre eux..
Nous terminerons ce chapitre consacre à l’idéologie
de l.’ ancêtre commun par un texte, recueilli en 1946 par
Pierre Pound6 (11, qui peut paraltre aberrant à première vue.
-----------------------
(1) Lettre à Mme. [Link], Secrétaire de la Société d’Etudes Camerounai-
ses le 15 Décembre 1946. Archives IRCAM, Yaoundé, dossier P.
59
Pierre Pound& précise pourtant qu’il a reçu ses informations
des vieux du pays mbo. Le récit est en fait purement idéolo-
gique, et il représente une tentative de la part des Mbo
pour se rapprocher des populations dwala et éwondo qui,
à cette '
epoque f étaient considérées favorablement par le
pouvoir colonial à cause de leur haut niveau de scolarisation
et de leur présence dans l’administration.
“Les Mbo sont des immigrants venus à une époque très reculée des
contrées de Yaoundé. Cette opinion est souvent combattue par les
Dwala qui disent qu’ils descendent des mêmes pères que les Mbo.
C’est par esprit de conquête que ces émigrants quittèrent leur pays
d’origine. Ils diîrent passer par les régions des Bakoko, des Bassa, de
Douala et ils atteignirent les rives du Wouri qu’ils ne purent pas tra-
verser. Ils longèrent ensuite sa rive droite et le traversèrent à son
cours supérieur en saison sèche. ns firent au cours de leur passage
des captifs dans chacune des tribus qu’ils traversèrent. Ils occupèrent
la région limitée au nord par la façade sud du plateau bamiléké ; et
à Ilest par le Nkam. D’autres poussèrent leurs escortes vers Bakosi
et Bafo. Ils avaient à leur tête des chefs qui les dirigeaient dans les
régions qu’ils occupèrent. Il existait un élément autochtone moins
fort que ces immigrants. Ils rencontrèrent de la part de ceux là
des oppositions, mais ils parvinrent à les soumettre et a les placer
sous Zeur domination. Il y eut ensuite mariage entre l’élément
autochtone et l’élément migrant (Yaoundé, Duala, Bassa, Bakoko,
Banen) pris en captivité. De ce métissage compliqué résulte
ceux qu’on appelle actuellement les Mbo chez qui domine tour à
tour le caractère des Yaoundé et surtout des Duala avec Zesquels ils
ont eu des relations commerciales très actives. Yaoundé, Duala,
Bassa, Sanen, Bakoko, tels sont les types principaux de qui descen-
dent les Mbo”.
On a affaire à un texte animé d'un véritable oecume-
nisme ethnique où ,les Mbo s’affirment liés aux principaux
groupes ethniques du sud du Cameroun. Cependant cet oecuménis-
me n'est nullement desintéresse car les vieux Mbo qui parlent
ici, s’adressent à un agent de 1’Administration coloniale et
cherchent a valoriser la position de leur groupe. Ce texte
témoigne aussi de l'envahissement du Moungo par des migrants,
dans la première moitié du XXkme siècle ; parmi eux, de
nombreux Dwala et Ewondo devenus grands planteurs.
C’est a partir de tels textes, interprétés naïve-
ment, que certains auteurs ont cru pouvoir dessiner des
mouvements migratoires précoloniaux de grande amplitude.
60
1. Dugast dans son inventaire ethnique du sud du Cameroun (1)
se montre relativement prudente. Elle accepte les traditions
qui disent que les Mbo viendraient du sud, mais elle ajoute
aussitôt : “mais eux-mêmes ne peuvent donner sur cette asser-
tion aucune précision” ! Par contre, l’[Link] Buisson,
dans une vaste fresque ethnique, place les Mbo a “l’avant gar-
de d’un puissant courant migrateur venu du sud” lequel se
serait heurté aux populations bamileke et au relief des
plateaux (2). L’inclusion des Mbo dans l’ensemble Bakosi-
Mbo que nous proposons, suggère au contraire une origine
locale de ces populations ; lorsqu’elles disent venir du sud
cela ne signifient pas automatiquement des déplacements
\
a grande échelle.
Les manipulations généalogiques introduisent au jeu
complexe des appartenances ethniques. Le fait ethnique est
rarement une donnée stable dans le temps. C’est un regroupe-
ment de populations a une période historique donnée, toujours
travaillé par des processus de scission ou d’élargissement.
A la veille de la pénétration coloniale chaque
groupe cons,ervait jalousement son indépendance politique et
donc son rôle d’intermédiaire dans le commerce de traite.
Cela se traduisait sur le plan culturel et linguistique par
une multiplication de particularismes locaux. Cette situation
était générale dans i’ouest du Cameroun, que ce soit dans les
sociétés acéphales (comme dans le cas de l’ensemble Bakosi-
Mbo) ou dans les sociétés à chefferies (cas des populations
des [Link]). Nous avons à cette époque une mosaïque de
petits groupes en interrelation étroite, mais où chaque
groupe est irréductible.
La période coloniale, en développant une économie
monétaire et en permettant la circulation des marchandises
-----------------_-------
(1) 1. DUGAST - op. cit.
(2) E. BUISSON -“Prkentation d’une carte ethnographique du peuple barnil&&
comparé aux groupements en ceinture” - Toqo - Cameroun, 1931,
pp. 33-87.
61
par. .dest commergants, ouvre la voie :.a .des regroupements -[Link]:.
ques: .i:[Link] ,.’ au-del-à, -des particularismes. [Link]:ur.e.l s.
Il: .-est: [Link] qu ‘aujourd !hui -les groupes. autochtones- ,du
Moungo -.£[Link] :en face ,des.. inigrants:.:dont la .,ma jorité. est
dtorigine: bamiléké.. :On ne peu.t -qu ‘.asskster, -dans. la. [Link] ac:
tuelLe, A- -.l ! incorporation d’une liste de grou,pe.s. d..e plus en
plus. longue dan-s- une même. [Link] généalogique. : “:
-, L ,i :*
Ces population’s autochtones du Moungo sont‘ devenues
mihorit’aires a la suite ‘d’une miqr’atio’n par’ti’culi&remen~t in;
&&, :
amorcée’.dès le ‘dé[Link] du XXème siècle’. Cë’rtain-s-’ g’roupes
autochtones on’t- pkrdù leur cohésion sociale, ‘ne”S” aff-ikment
plus-“comme ’ groupes distincts, et ‘ne font’ guere. preuve de
d’inamlsme’ économique .’ Cependant, une teile situation nl est
p.41~ gkneral’i&abl-e ” à 1 ‘ensemble du Moungo et f’exëmbie:--dti’
cjroùpe Dakosi-Mb-o est là pour le - montrer; Dans -ia partie
septentrionale de ce département, les mouvements migratoires
ne. .se sont pa,s effectués dans un milieu,.indifférencié et
amorphe : -les -imm:igrants. ont rencontré -des groupes a&tocht.o-
nes * aussi sensibilisés qu’eux. au nouveau contexte “écon0miqu.e
et [Link].. Après avoir joue un rôle historique non négli- *
geable [Link] -.-le [Link] de 1’économi.e. de. traite,,: et, montre,
qu Yelles.. étaient capables. d’affirmer des solidarités .tr,ibale,s
à un [Link]. -régional, les. populations- bakosi-mbo~. participent
aux ,n,[Link].. activités économiques et plusieurs. autochtones
sont devenus. de: grands -planteurs; ils [Link]-. aujourd ‘.hai
avec ;[Link]. .[Link] de certains immigres i ~:,.. _ .. _
* ,Ii”‘était ‘donc important de ‘procédër à, une’.rapide-
pr$beritâtion- .de T .l’histoire des Ivianéhas (co’mme - exemple’ .d-é
PopGldtiOn”.aùtochtone), que nous avons dû inclure dans ‘i ‘en-
~e~ljl& “~a’ko~:iueMbo‘, afin d ’ introduïr-e au’ développement -do
l”‘&cotio,ie ^Eapitakiste dans Le Moungo et des ’ mtiuveménts
_ ..-.
fiigPai?bires ~:qui -y -‘on‘t ‘opéré :’
1-s ,
Par la coloniSation, le capitaiismk européen acc’éinc
tuera encore plus ces mouvements migratoires en direction des
côtes, puisque les régions côtières seront les premières,
62
mises en valeur. Mais désormais l’orientation sera sélective.
A la place d’un glissement quasi-général des populations qui
investissait pratiquement tout l’espace régional, on assiste-
ra à la concentration de l’immigration dans les zones d’ im-
pact du capitalisme : aux gares et terminus d ’ un chemin
de fer, le long des axes routiers, autour des centres commer-
ciaux qui accompagnent chaque. poste [Link], enfin et
[Link] les unités de production (chantiers forestiers,
grandes plantations, ranchs d’élevage, etc...). C’est ainsi
que le département du Moungo, la région de Yabassi et celle
de Duea connaîtront une effervescence économique spectaculai-
re qui modifiera radicalement leurs paysages et leur peuple-
ment. D’autres régions, par contre, tomberont en décadence,
marginalisées par rapport au nouveau réseau des voies de
communication ,à l’exemple du département du Nkam et de la
région de Mamfé.
La pénétration coloniale servira dans un premier
temps, a l’élargissement et a l’intensification des transac-
tions commerciales entre l’Afrique et l’Europe. mais très
tôt - des 1895 pour le Cameroun - s’ implanteront des unités
de production. Cet impact direct du capitalisme entrainera
un important besoin en terres et en main d’oeuvre, deux obses-
sions majeures de la préiode coloniale. L’administration oeu-
vrera en conséquence ; la terre sera obtenue par expropria-
tion (cas bakwéri) ou par délimitation de- “réserves indige-
ries” (cas du Moungo) et l’exercice de la contrainte également
utilisée pour le recrutement des travailleurs, contrainte di-
recte par prestations de travail ou indirecte par 1’ intermé-
diaire des chefs traditionnels. Un système économique se met-
tra en place ou des sociétés capitalistes et l’administration
coloniale agiront de concert pour augmenter la production des
biens exportables, système que nous allons essayer de décrire
concrètement avec l’exemple du Moungo.
63
CAPITALISME et MIGRATIONS
! .’
_
‘... _. :-
De tout temps, les groupes humains se sont déplacés
géographiquement en tenant -compte de leurs inter-êts’ économi-
ques. Avant l'impact du capitalisme européen sür’lés côtes
africajnes , .les groupes se situaient par rapport aux ressour-
ces.: des milieux naturels (zones de chasse, .de pêche,, et
d'élevage ; sols riches en minerai de fer ; palmeraies naturel-
les,. etc....) ; ils -tenaient certainement compte .aussi, dans
leur localisation, des possibilités d'échanges- commerciaux
avec des groupes voisins ayant une production complémentsi-
re (1). En cela,, le phénomène migratoire relève d'une problé:
matique plus large que celle de. l'impact du capitalisme
sur les sociétés africaines. Cependant, nous pouvons. avancer
que le capitalisme a oriente et amplifié considérablement
les migrations.
Il 1l.a fait <d’abord par la mise en place de l',&cono-
mie de traite., Les groupes et les individus migrants .se
sont trouvés nettement orientés vers la côte où s’.effectuaient
les échanges entre les produits [Link].éens (se.1, fusils.,
poudre,, alcool, verroterie, tissus, etc...) et les produits
africains (ivoire, bois rares, peaux, esclaves,. palmis:
tes, etc...1. La vaste migration des Fang..au.-Gabon et. au sud
_- '. ‘ ._
-1--m;- -------a-- A-e-1 ,_--
(J.) Par.. ëxemple, les densités. démographiques- relativement’ fortes qu’? en-
~. . tourent-. 1eS plateaux de l'ouest du -Cameroun .s'
[email protected] le
rôle économique joue par des groupes qui participent a.l'a&rovisonne-
me,nt en. huile~_~._-de-. palme de ces. plateaux et plus gen.éralement par
‘- le ‘contact entre'dëüx économies completientaires. Y = .: - 1
64
du Cameroun illustrent notamment ce processus de rapproche-
ment de la côte (1). Dans la région qui nous concerne, entre
l’estuaire du Wouri et les plateaux de l'ouest, les groupes
humains s’étirent le long des pistes d’orientation NE-SW,
c’est-a-dire vers les principaux ports des XVIIIème et XIXème
siècles (2).
Nous ne devons pas oublier non plus qu'à l’échelle
internationale, l'économie de traite a déplacé une abondante
main d’oeuvre africaine réduite en esclavage et exportée dans
les plantations du continent américain.
l0 - LA FIN' DU MONOPOLE DES DWALA : des traites d'alliance a
l’annexion
3usqu’à la fin du XIXème siècle, les Dwala jouèrent
ie rôle -de tribu courtière pour les commerçants européens.
Ces derniers s’arrêtaient sur la côte et les produits étaient
acheminés vers l’intérieur par l’intermédiaire des côtiers.
Les populations de l’intérieur n’avaient donc pas la possibi-
lité d'un contact direct avec les partenaires européens et
se trouvaient dans une situation d ’ échange inégale, les
côtiers ayant une position dominante par rapport à elles dans
la décision des termes de 1"échange.
Ces populations côtières, Ibibio de Calabar, Isumbu
de Bimbia, Dwala de l’embouchure du Wouri, Batanga de la' ré-
gion de Kribi etc.. . gardaient jalousement leur monopole com-
mercial. Les Dwala, par exemple, percevaient un droit de
péage a l’entrée du Wouri pour pilotage jusqu'à l’endroit ré-
servé au stationnement des bâtiments. Il fallait, pour remon-
ter plus en amont, l’accord du chef avec qui on avait l'inten-
tion de commercer. La présence a terre d’européens missionnai-
^------------------_---------
(1) [Link], Socioloqie actuelle de l’Afrique Noire, 1955, Paris, éd.
PUF. Pour les Fanq du sud du Cameroun,voir aussi : [Link], Structures
aqraires et évolution des milieux ruraux, le cas de la reqion cacaoyere
du Centre-Sud Cameroun, 1974, Yaounde, ORSTOM, p.5.
(2) 3.C. BARBIER, Villaqes pionniers de l'O&ration Yabassi-Bafanq,
1972, Yaoundé, ORSTOM, pp. 254-261.
65
;r:es,.gcomme :.&[Link]:GSaker _ (à. Ak:wa .d:epüis .- .J845) 'ou rdommerçants
cqmrr1e,~~3-ohn iLiJley,,&. Bonaberi.s.( 1) ;.,-i&tait ét.r~i.~[Link]~brÔ-.
,
leei :;f+Lopsque Z les :[Link] Pinno'ck, .:' ‘Robert.7 Smith”: et
F u-1 1e.r ..,:vojA:u r.e.n.t’: r e-mont er : le f 1 cuve j ~.vers.-~185,9;~~.pou~~~al1ec
i$vangéliser :!.&a:.: [Link] abo >-::ke. chef :;Akwa of-i-t : oppositïon. en
leur:bar~rant..~la3:[Link]:-,par ..ses ~pir,ogues.,guerrtière.s (2)~ -r.‘* ez :I:-
_
, i _ I , :., ;. :A::la .‘:f y&! “jv xxK&fi~e -s’ièc~le,” .iè.~.,TmUl:tip-leS: trài’;é;
d'alliance conclus par les commerçants' a-véc -'i'és> chèfs'oôtiers
n bap,par,[Link]
._i__ .pJus suffi,sant.s pour [Link] les pays
indus,[Link];l+és
- ..A. , -,not,amment en huile .de palme .(3). *[Link]:: gr-andes
firmes
_ .,I i .cherch.a,ient,*
..- _ i quant à.elles, à : vendre de:~,[Link] -en phk
du sel et des biens manufacturés (armes, alcool, quincail,le-,
rie, tissus, etc...). I . ..“....
L 8.1 1.’ ‘,L ; _ -_c I .: .i : j ;
1 6 .‘,!-<. -.._- ,~rS.urzC1es côtes camerounaises ,; les . f irm.e.s %.alI;-èmand:e,ç
Wo,[Link].~ ;et 3%a,ntzen Thocmahlen :étaient ,[Link] [Link]-ntée>s;,
[Link] ,dan,.s j.L estuaire, d+ Wouri, à Bimbia- et%. .&:[Link]..
Sur [Link] dJ!re"ct-ive.s d 'Adolf Woermann sur,[Link]é-,, "le.. roi: :de:
Hambourg". Edouard Schmidt, agent de la sfirme [Link],.&.
Douala, essa-a de conclure secrètement des traités d'annexion
F. y,i c : : k j .. .. y- . /;
,$v'e\c:,
. $es.~,‘c.l~~ef~-
, qui~.,s,'.&taient.i
-. endettés vis-.ài$s .de la firme
Gei~~~:.:te~t.&t+i,Le :is.&bue’ra’ et Fdouaid ‘S,-.h’kiat er‘é’$bg$ra seule-
,I’> i. r. \:. :? ,<7-. : .:_< -,,;_ ,-;<i-
. . i- - I - .-” : . _ : _".
,- :.t.i..
‘.
men.t..,.a
.3J:ti,;o,,z,f, pnf.o.~.~,cr..
.: ses [Link]'ohs. .avec. le chef: Akwa par un
t.~-a.~i,~&'.~';c~a:~.~:i~~e . 'Dès.: lor’s j. Adoi-f '. Woe'rmann i i.<;,$f$ra auprès
. -. *.
du Ministère allemand des Affaires Etrang”[Link] pour qu'une
~~atel~ven-t:ioill-:cd’ï[Link]’ue.’aboUt.i-sse. .a un trait.&: -&j ~ah;e;~o~”
.
1.;
AYant.~::l’u’l;, t7;en.Z‘l-:882 j.' un marchand ,de tabac-,-de - B.fêfie,, -"'@i'a'nz
Adolf Ludentz, avait déjà demandé la protection du gouverne-
ment allemand pour la fondation d'unefactorerie sur un point
quelconque de la côte occidentale d’Afrique._ .-_. .._~_ __~
-------------------------- : : 1.. __;i.:- -2:-. .>.J ( 1
comme~gan,t::euro+:
66
Le 11 3uillet 1884, le Consul Général Impérial Eugen
Natchtigal arrivait a bord de la “Moewe” à l’embouchure
du Wouri, et le 14 Juillet, les chefs Akwa et Deido signaient
un traite de protectorat ‘avec l’Allemagne. Plus précisément,
le traite était signe par les commerçants allemands : [Link]
au nom de la firme Woermann et 3ohannes Voss au nom de la
firme 3antzen et Thormahlen. Le Consul Natchigal hissa ensui-
te le drapeau allemand (1).
Si les Dwala ne comprirent pas tout de suite La
portée d’un traité de protectorat, il n’en .était pas de
même des commerçants allemands qui avaient prémédite l’opéra-
tion.
Ceux-ci entrevoyaient déjà l’introduction d ’ une
économie de grandes plantations susceptibles d’approvisionner
abondamment l’Europe en matières premières. Dans. une lettre
confidentielle a Edouard Schmidt en date du 6 Mai 1884 -
donc avant l’intervention diplomatique allemande - Adolf
Woermann dévoilaitses projets :
“En même temps que la cession de Za souveraineté, vous devez es-
sayer par tous les moyens possibles d’acquérir de vastes terres comme
propriété privée. Lorsque le pays sera devenu allemand, plusieurs
compagnies essayeront d’établir des pzantations extensives. Ainsi,
nous serons en mesure de revendre ces terres. Vous devez naturelle-
ment essayer d’acheter le moins cher possible. On peut devenir pro-
priétaire pour presque rien” (2).
Cette impatience des commerçants européens marqua la fin de
l’économie précoloniale de traite. Les facteurs de production
(1) Van SLAGEREN, op. cit. p. 38.
(2) Cette lettre est citée par [Link], 1968, Eye-Witnesses to the an-
nexation of Cameroon, 1883-1887 - Buéa ; p. 84.
Van SLAGEREN qui reproduit ce texte, ajoute : “il est vrai que Schmidt
n’atteignit pas le succes immédiat que Woermann attendait de !.ui. Mais
plus tard Woermann sût s’enrichir par des investissements rentables
dans des entreprises telles que des banques commerciales, des compa-
gnies d’assurance, des exploitations de voies ferrées, le trafic
d’armes, et des plantations”,p.41.
de’ 1’economi.e -co’lonial:e’ se’ mettront [Link]ént’:en”pkac&‘:
_ z _.,, . _ ‘.. _’ . -
-- acouisition par décis‘iin. administrative
_ _ , des.
_, superficies
~ ~ ,~
nécessaires ; i- <‘i i ,C...‘.
-‘_ ,., x
- installation d’une. ‘infrastructure routiire et;_ fer,roviaire
.,_: ‘_
pour la collecte et l’évacuation des pr-oduits’.;.’
‘<, .: .
- recrutement de main d’oeuvre ; ‘-
._
- scolarisation d’une élite indigène pour la [Link]’em-
: ..:
- ployés’ subalterne’s.
La [Link] ne se contenta pas de bri..ser-+l..e mo-
nopole des côtiers, elle alla jusqu’à prendre des décre-ts
pour écarter toute concurrence de la part de ces popu+tions
déjà expérimentées aux transactions commerciales- :. le ,19
3uin -1895, le pouvoir colonial interdit aux. Dw,ala. de. faire. du
commerce sur la Sanaga ! (.l).
20- L’ACCAPAREMENT DES TERRES. . .: . :. -1
~-
_ .
_. L’administration coloniale procéda -a une ‘.v,ér-itable
distribution des terres aux compagnies qui v-oulai’en-t %Ouvrir
de’ grandes plàntations. Les terres distibüees furent [Link]
- ._
en fonction .de leur [Link] et de leur proximité --aux: voies ’
.
de communication. Cette politique de [Link]., [Link]’sée :- au
détriment des patrimoines fonciers des communautés autochto-
nes’, entra$na souvent. un déguerpissement -d ‘une, parti-e de la
_. _
[Link]’tion’. . ~ 3 ,.._, ,‘_ .--
. . ._
L‘
: Les deux premiers gouverneurs’ .._ al~lemands~,: Von
Soden (1885-189’7) e’t Von Zimmerer (~8,91~‘1895) élargirent’ l’im-
1
[Link] côtière des Allemands. Le premier .[Link]. prospecter
les- .“f lancs .$u ,_Mon-t Camerou.n par. Von PuttAkamer:.‘(ie futur
.
gkuvernekr) -..eti. [Link]. -La région’ de -Victoria‘, sous in’fluence
britannique, “fut” transférée &‘-‘ilAliema’gne et - ies..‘ Firmes
“.
Woerma‘nn et ,3antzen Thormahlen‘ s ’ y installèrent .“‘Von- -Soderi
.: . i Zintgre;f ,z Ià’
soütint’ par‘ ‘alileur’s les expéd’it-ions-‘ d”Eugen
._,: : ,. : c, ..,. _ 1 -. :. _< . “. i I i L-
-----------------------
(i ) ,E.‘ ‘MVENG. Histoire du taméroun, 1963,‘ -Pari;, Ed.. Présence- Àfric>&.’
p. 326.
68
Bali. Celui-ci établit une station à Barombi dans la région
de Kumba vers la fin de 1886 et au début de l’année suivante ;
puis il entra, en janvier 1889, en relation avec le chef
des Bali, Fon Galéga. Zintgraff y retournera deux ans de
suite en 1890 et 1891.
Mais Von Zimmerer freina la pénétration coloniale
en direction des plateaux : Hutter fut rappelé le 4 janvier
1893 de la station de Baliburg (près de Bali), a la suite
d’un conflit opposant Zintgraf f au gouverneur allemand,
ce dernier préférant une expansion de l’influence allemande
le long du littoral, en direction de la Sanaga Maritime,
en pays bakoko, malimba et basaa. C’est également sous
le gouvernorat de Von Zimmerer que le pays bakwéri fut
militairement conquis, ouvrant les flancs du Mont Cameroun
aux convoitises des compagnies privées.
“La pénétration dans la région du Mont Cameroun fut
plutôt ingrate : montagnes, hostilité des habitants, absence de rivière navi-
gable sur un long parcours. L’expérience des contacts avec les populations
des environs de Victoria fut marquée par LUI désastre. A une trentaine de
kilomètres vers l’intérieur, sur les flancs du Mont Cameroun, à près
de mille mètres d’altitude, vivaient les clans kpe des villages de Sofo
CSoppo) et Gbea (B&al. La population, disent les traditions locales, aurait
accueilli un missionnaire protestant qui assista à l’une de ces épreuves au
poison si courantes alors dans les tribunaux coutumiers. La victime qui ne
vomissait pas son poison était déclarée coupable et pendue. Le missionnaire
rapporta l’affaire au poste allemand de Victoria. Une expédition fut
aussitôt décidée. C’était en 1891. Von Gravenreuth partit avec des tirail-
leurs dahoméens. Or, des gens venus de la ville avaient prévenu le chef
Kuva Likenye qui se mit en position de défense avec ses hommes. Une
barricade fut dressée et une sentinelle placée, qui devait donner le signal
au son de la cloche d’alarme. Von Gravenreuth, suivi de ses hommes, arriva
devant la barricade qu’il voulut forcer . La cloche retentit j Kuva Likenye
et ses hommes surgirent : l’officier allemand, surpris, fut abattu avant
d’avoir pu réagir. Ce début malheureux créa entre Allemands et gens
de Buéa une tension qui dura des années. En 1894, une dernière expédition
allemande mit fin Ù la résistance des montagnards, et l’année suivante, un
traité extrêmement dur leur fut imposé. Expropriés de leurs terres,
obligés de paver une lourde rançon, ils furent de plus employés à construire
la future capitale, la ville de Buéa” CE. MVENG, p. 297-2981.
1895 marqua, pour le Cameroun, le passage de l’économie de
traite à l’économie de plantation. La pénétration coloniale
avait jusqu’à présent permis le déblocage des activités
commerciales : les commerçants européens pouvaient entrer
69
di,~ectemekt en:? rè-lation.::[Link]. -l-es: [Link]: de::4 ‘tintérieur.
c,!+s&‘.,.à.: ~:p~rtir,I-.~e..i.l~gs :q:ui’:on assister:a:. à 1 La; misse: ‘eR plaxe:
d {une... .éconqmi;g. :-del plan.t,at-ionr,4: c:'est.;à,L'dire _ ;,à I .l~a .. Qespi@fi
dilréx%e ~Ipar~;..le: Capita:lisme ad.' unités [Link] ..,[Link].n,..+ : _, _- P rt i :(
II_ _ 1 ::.;1!t., "o:; .Puttka:mk..r,"14u"elr~'eu.r~.de..-j~,S5 ‘a -+.o,.; :p.&-ti.+;'6
a A1. . ,..;nVé;je de. ., son
., _ .préd.&~èss&';;.. u ne -"& 1 t i q'u:e ?d e $& t ;&.zj'dn
e i '5 i 1 ... .i . - ., 1 'pla&ta&io;;
..,, 1' ;,Ii
encou‘rabea’. ‘l’i’ouverture de giandes
..,~ .< 3 <!_ _
a'vait .&âi’i’l&ur’s -*les--moyens de cettè poiit.i&i'bë *: - -"
__.I i_I ': -2 . ..: _ -. .. _ _ .: --: : ; ..a <.
-,'/,!-le .:*.i;[Link] < ).akwé.rSl.
j : :., j venait d’être conqiis milit>i>emèn,t; lJv:arjE
;_,,à .l'oxccup,ant :les terres [Link] du Mont, ,Cameroun ;. ;‘. ,, .:
‘_ _i. -Zr’.
-1 .'le i-15: Juin 1896.. paraissait une ordonnance impé[Link].e: créant
-:r,ao.(Camer6un- des t-erres .ditès. de La Couronne .Y -. _-’i- .! : “. < “.
.- ‘: 3 I: ,,so-& r&e.r;e &’ &otts.‘de p;opriété ou d,au&,es d;oits ‘&&s !&,~-es p&$
I:. culiers ou des personnes morales, [Link] chefs ou des collectivités indigè?
nes pourraient prouver, de Même, que sous réserve des droits d’occupation
de tiers fond& sur -des contrats püssés avec Je ‘Gouvhkwient imp&&,’
toute ,terre à l’intérieur du territoire de protectorat du Kamerun est
> .,kf%h%~ de’ fa”’ ‘Coüronne- comme. ‘étant sans Maître, ‘sa-’ Propriété échoit à
, *c:..,~_
:l;Empire’? (texte cité par E. MVENG, p. 340). ._ ... - - :,..’ ~. : -:..
yi 1y .l+.+ i. ,:ç eçh e r ch e scientifique ell,e-même, était au :s e-r ,w&c e.
d'un,e. tF,Jl+politique., Un jardin botanique auait -ét.&...[Link].5
qé .$I..;V&c$.ori+ ,;par-.,yon Soden,.. et des. [Link] y; ,étaient : en--’
trep,r.$q,qs _ po,[Link].é-[Link] les produit? vivriers .e.t .d.&c-ou?yric
d$~.~\~p.uve4Tle,$ mé.thqcies de, culture aptes .a :la,..mise;-e.n V:aleur”
des -$st~~w-t~[Link]. came-ounaises. _. ,., :.- '.::.. ..;j: ._, "
? 1 u,.; <ll~à’~~&iq~~ a@it aéjà @u m repr&ntant ailemahd -avant la’ &ri&-‘c’~io~
.. ; ::,..niale, .. dans la. .personne du Dr. @m?‘~. Les. services, iMmediQts rqu.!eJe-
‘pouvait rendre lui attirèrent les faveurs de tous les côtés, et chaque
.y;. ‘exbedition compta pa‘rmi. ses Membres un s’pécidliste de- cette sciëncé’:~
_..Jiit ;Braun. en J887 accompagne le groupe parti de Grand:Batanga ; & Bar~[Link]&:
[Link] a pour unique compagnie son jardinier Standt. A Victoria et
- ‘a ,Büéa; lés pépinières .abritaient de véritables laboratoirès. C’est -là -que- le:
. ,y: ! ,Qr., preuss, s’est il@tré. Unedes premières [Link] faites-au- .CaMe,roun
avant l’installation définitive des’ Allemands fut l’existence de- piksieurs
variétés de plantes à caoutchouc. Une d’elles, la Kichsia élastica, fut
sélectionnée et soumise dans [Link] botaniques, a des essais d’améliora-
tion jusqu’en 1906 où elle fut supplantée par 1’Hévéa brasiliensis. Le
cacao suivit des traitements analogues et le Dr. Preuss, en 1897, dix
ans après les premiers essais de culture réalisés à-‘Bitiljia‘, @ü[s~aüjardin ‘bo-
tanique, déclarait que le sol du Mont Cameroun ~offraft~toutè[Link] gai%ntie$
< ..%.. -.po~~14%réussftedu cacaof.(E.i &JVBNG,~p..335)., :, ;.:::. : ;,; :’ .:.;, _
_; 5’. - ..:-.
70
C’est donc à partir des années 1895 que les premie-
res unités de production capitaliste se mirent en place. En
1898, la W.A.P.V. (West Afrikanische Pflauzung gesellschaft
Victoria) reçut de l'administration une donation de 10 000 ha
des meilleures terres occupées par les Bakwéri. Dans les
années suivantes, cette même société obtiendra une autre
concession de 100 000 ha. La W.A.P.V. exerça une telle ires-
sion sur les terres qu'elle entra en violent conflit avec
la Mission de Bâle à propos d'un terrain de 20 ha que celle-
ci avait reçu de l’administration. Sur cet important domaine
situé à BIléa, en pays bakweri, était envisage la fondation
d'une station missionnaire avec séminaire et la création
d'un village de chrétiens ; ultérieurement la Mission de
Bâle voulait multiplier de tels villages dans tous le pays
bakwéri. L’ administration prit le partie de la W.A.P.V. et
réduis-it la concession de la Mission de Bâle (1).
D'autres sociétés [Link] se constituèrent à
cette même époque, mais elles avaient une vocation plutôt
commerciale, ainsi les grandes compagnies : la Süd -Kamerun
Gesellschaft qui reçut, en 1898 ,un vaste territoire de
5 000 000 ha à l’est de la Sanaga (superficie réduite à
1 500 000 ha,en 1905,sur la pression du parlement allemand) ;
et la Nord-West Kamerun Gesellschaft qui reçut, en 1899,
100 000 km’ correspondant à la région des plateaux de
l'ouest (2). La Sud-Kamerun Gesellschaf t établira l,e monopole
allemand sur la commercialisation de l’ivoire et du ‘caout-
chouc, et la Nord-West kamerun Gesellschaft, en plus de
ses activités commerciales, élaborera des projets de grandes
plantations,dans la vallée du Noun, dont la realisatjon se
trouva compromise par le déclenchement de la guerre 1914-1918.
(1) Van SLAGEREN, [Link]., p. 68.
(2) Dès 1900, le Capitaine Ramsay, agent de la G.N.W.K. entamait ses
prospections et arrivait 3 Bali.
71
___.
b
.:*.
Lres -grande-s p1,[Link].s de .1 ’ époque. allemande reste-
ront .c5rconscrites -à .la rone côtière... Ou:tre. .la ré[Link]! de., [Link]
cëxle ‘iIe Yabassi. vit -1J installation de nombreuses plantations::
De part et d’autre du :Wouri on: peut. apercevoir ,e:nc.o-ce>-,d’an?
tiidnnes cacaoyère-s ‘ab:[Link]ée-s .data-nt de la .période=, a.J,l~e.m:[Link]:
Une plantation fut même :Ouverte, en 1913, à une ,cinqudnta-ine
de kilomètres au- nord de Yabassi, .a .[Link]; suri-un glateau:
[Link] qui.. .[Link] -et& reper.6 lors des premières tourn,ées
administratives- (1.). Le W0ur.i se. trouvait :.ainsi. -renforcé1
dans son’ rôle d”évacuation des produits tropicaux. : -1.
Sob‘s -1 ‘administratiori française, 1 ‘axe “duo ‘wouri -et
la ‘région de Yabassi restèrent une zone de grandes planta;
tions. En 1931, malgré la crise.&oonomique-des -[Link] 1928-30,
un ‘rapport ,administratif notait encore i-e' ‘[Link] ” “des
:: 2
grandes plantat-lons- (2) : -. .:.::.:
L’Hayward et ‘RabinS -: 141 ha de part‘ et,-d’autre ‘du Wouri,
dont 50 ha exploités en cacaoyers et bana’niers. ;. ‘cette
Compagn{e disp,ose en . outre de: plus de 100 ha., de,.p,alme-
. : .
“‘raie naturelle ;
3.:
- 3ohn Holt : 139 ha sur la rive droite, dont 110 ha sont
plantés en hévéas (3) ;
_: .,, _ .
-’ Lovet : 20 ,ha de bananiers et de cacaoyers. ,.:,.. .:,i _ ,
_ La..‘réalisation du C.F,N . ,‘le Chemin de Fer _du:Mord,
:
de Bonabéri a Nkongsamba, offrit une nouvel-le zone aux ..encre-
peises capitalistes désireuses d’ouvrir de’ vaste.51 $lqntaTi:ins,
des chantiers forestiers, ou d.‘installer des ra’nchs:d’$levage.
L ’ inauguration de cette. ’ voie ferrée eut’ lieu. ier: _..1.1:
1 .!.Àvril
:
1911; et c’est principalement sous l’administrati-on-::frangaise
- à partir des années vingt - que commença. la m’ise..-:ewn valeur
d.e .cette ré.[Link]. Outre cet axe de communication ef.f--i..cace, -les
.. .,,-.
~ntre@rises.
.. . c,apitalistes: .bé’néf icient ;ie.- .s-Ois’.. ferti.)es’I’::( la
région .est - volcànlque) et de. terrains relativemënti::plats.
_-- ._ .. . .-.-.. - .- _-
-------------------_----------
( 1’) ‘I.k~s-‘~~~lt de. la [Link] ‘Kuntz .a Sahé!,. immédiatement ausudlouest !du
: :Centre admin&tratif ‘actuel’ de :Nkondjok, . -’ : - :- “z.. +Y I .::
(2j -A&$i&e<. --&tJonaies.+, ‘AiA- 1’;798/.. A , .F&po&
“.-. ’ annuel 1 ?93Zl., _~Yab6ss.i.
(3) A la date de ce recensement, ces hkvéas n’e sont : pas- %xplo&s Ca
cause des cours trop bas.
72
Nous avons pu avoir, a’ partir des archives nationa-
les., quelques informations sur les unités de production capi-
taliste de l’arrondissement de Manjo, dans les années 1930-40.
Il resterait a faire un recensement exhaustif de toutes
les sociétés qui sont intervenues dans le Moungo, mais un tel
travail déborde le cadre de l’étude présente qui vise seule-
ment à être introductive. Les quelques données dont nous
disposons a propos de la région de Man jo suffisent cependant
a nous faire une idée de 1’ impact de ces entreprises : chan-
tiers forestiers, ranchs d ‘élevage et. grandes plantations
accaparent une partie non négligeable des terres du Moungo.
En voici quelques exemples :
a) Les chantiers forestiers
En 1933, à Nlohé, M. Bondan sollicite -un permis de coupe
situe a cinq kilomètres a l’est de la voie ferrée. Trois
essences sont exportables : l’iroko, l’acajou et le frami-
no (1). A la même date, M. Carbonnier est exploitant fores-
tier à Lala. Au nord de Manjo, a Manengoteng, la coupe de
bois de MM. 3011~ et Carbonnier renferme des peuplements
importants de timbis et d’iroko (sapelli et mahogany
en moindre quantité) (1).
b) Les ranchs d’elevaqe
Seule la partie septentrionale du Moungo a 6th concernée‘
par cette activité. Les flancs du Manengouba sont en
effet propices à l’élevage et, très tôt, l’administration
les réserva à cet usage. En 1936, un rapport administratif
précise : “comme les plantations de caféiers arabica
ne cessaient de monter à l’assaut des hauteurs et d’accapa-
rer les meilleures terres, il a été décide de fermer
le Manengouba à l’octroi de toutes concessions et de
le réserver a l’élevage du gros bétail” (2).
Quelques années plus tard, la Pastorale, Société d’élevage,
s’y installait.
c) Les qrandes plantations
En 1936, 128 concessions rurales avaient 6th accordées
par l’administration dans la région du Moungo, le long du
C.F.N. et de la route Nkongsamba-Bafang. Sur ces 128 con-
cessions, 94 étaient accordées a des Européens, 28 à
---^--------------------
(1) En décembre 1937, une visite de la réserve forestière au nord-ouest de
Loum recense les essences suivantes : sapelli, édou assié, timbis,
iroko, ayous, babinga. nOAPA 11797/A, Rapport de tournée aqricole,
Nkonqsamba, Décembre 1937, Yaoundé, Archives nationales.
(2) Même référence que la note précédente. n
73
des : Camerounais, ;é,t f; ,à des. mis.s_ions .chrét,ienn,es, Q:) !,
.Ran.s la région d.e Man jo.,. -la .plus [Link] piantatipn~ est -,ce,l-
le de M. .Àr8onho en ‘bordure du C’.F .N. et de 1a”roÜte. ‘Élie
possédait, :en’ +938~,: 68 000 ‘[Link]’ Caf& robusta en, produc-
tion et livrait mensuellement;4 000. régimes d,e. bananes_ (2).
Quatre kilomètr’es de piste silionnaient la plantation et
:Une aire’ de séchage- de 900 m’ avait et-é cimentée:“. ..>“’ z,“-’
‘Une autre .‘plantation, celle’ dé- Ml Ma’ngou; située. ,sUr
,-le [Link] ..du .Mont Uo,upe à 765 m d’altitude, est..une banane:.
raie de 300 ha dont 25 ha portent également des cafkiers
. .robusta. E-nfin’; M. -Marion avai.t” demande, en -‘19-37:; un-é:
concession dans les environs. de Manjo. , ._ ; f - :.
_ Plus au sud, dans l’arrondissement de Loum,. on recense en
1959, a la veille de l’Indépendance, jusqu’à 21 grandes
plantations, soit au’ total 8 844 ha. Les pri%[Link] ‘e’&
: ploitations -.sont .la S.P.N.P., de Nyombé avec 4 729 ha..;
elle Seule, Nassif ‘a Loum-Chantier, la Mission Catholique
1 :de Penja- avec 6-3 ha, etc.. . (3.1. ( “Y.’
. _ s .: I.
Ces quelques exemples indiquent comment 1’ i’ntroduc-’
: ”
tion d’unités de production capitaliste conduisit à-un accapa-
rement important de’ terres. Il faudrait:.ajouter les besoins
en terres de. l’administration et des missions chrétiennes.
Les besoïns de ces dernières, notamment, étaient loin d’être
négligeables d’après ce que nous avons vu précédeniment’“1. Zi
propos‘ de. .-la Mission de Bâle et de la Mission Catholiqüe
de’Penja. De nombreux Dwala ouvrirent, de. surcroît ,des’ planta>
tions dans’-le Moungo et dans la région de Yabass’i et .utilicsè-:
rent -de la :main d.‘oeuvrè agricole, participant .a la ‘diffusio‘n,
du mode de production capitaliste; Nous reviendrons .ul-t‘é-rieu-
rement sur [Link]‘énomkne dwala. . . : -~ -:
Certes, la densité démographique au début ‘du ‘[Link]‘;
avant que’ n topèrent ‘les mouvements. .migratoires, n’était
pas “très élevée dans la région du Moungo. Des’ terres étai,enT
disponibles,.: Cependant, ‘les ‘multiples interventions que
nous venons d’évoquer portèrent sur les terres .fert%l-es ,e-t
------------_----___---
(1‘) Archives IRCAM; Yaoundé’. Rapport. administratif de 1Y36 ; III, 992.
(2) 40 ha de bananiers ombraqeant les jeunes cafeièrs, .- ~.
( 3) G. HAMANI .- La colonisation ‘aqricolé des Bamiléké dans 1.‘&rondi&e-
$ment de. Loum - Yaoundé, Universite, 1967:, D.E.S. de Qeographie;:
p. 64. : . ._.
74
bien situées par rapport à l’axe routier et ferroviaire du
Moungo. Elles restreignirent d’autant les superficies contrô-
lées par les populations autochtones. Si celles-ci ne furent
pas expropriées comme dans le cas bakweri, elles se trouvè-
rent néanmoins stabilisées dans des “réserves”. Dès la cons-
truction du C.F.N., l’administration allemande prévoya ces
zones “réservées” aux autochtones, a l’intérieur desquelles
des concessions ne devaient pas être accordées sauf en cas
d’intérêt public. Ces zones coïncidaient avec les terroirs
villageois existants. En 1924, l’administration française
reprit ce projet à son compte, et l’étendit a tous les points
importants et aux environs des plantations. Présentée comme
une mesure de protection des populations autochtones., cette
politique des “réserves indigènes” favorisait, en fait,
l’installation des unités de production capitalistes.
L’avenir des populations autochtones était d’ail-
leurs perçu d’une façon statique : les superficies ne te-
naien t pas suffisamment compte d’un éventuel accroissement
démographique et des mouvements migratoires internes comme la
création de nouveaux villages. Enfin, les territoires de
chasse et de cueillette ne furent pas pris en considération,
L’administration coloniale s’intéressant, exclusivement à la
production, par les - populations autochtones, de produits
vivriers afin de pourvoir à l’alimentation des travailleurs
des grandes plantations capitalistes et des habitants des
centres administratifs.
La politique des réserves indigènes apparalt d’au-
tant plus statique que les immigrants “étrangers” viendront
S’Y agglutiner, les utilisant comme zones d’accueil. Leurs
densités démographiques s’élèveront rapidement.
Un rapport de 1’Administrateur Raynaud en 1942,
concernant la subdivision de Mbanga, est accompagne d’une
carte délimitant les réserves indigènes de la partie meridio-
nale du Moungo. Nous y constatons que les densités sont, par-
tout > relativement fortes.
75
Carté 9 - Carte historique : les réservesindigènes
RÉGIOM MOUNGO DU
SUBDIVISION DE MBANGA
Carte Politique et économique(s:~ema I
1942
@E mp1acement projeté des villages
Bamiléké
m R’eserve indigène
0 5 i[
76
Tableau no 12 : Densité démographique des réserves indigènes - Subdivision
de Mbanga, 1942 . c
Réserves indiaènes
Cantons Superficie Population totale Densité au
en km2 km’
Autochtones Bamiléké Totale
Bonkeng-Penja 96 2 051 4 565 6 616 69
Balong ....... 79 2 849 3 586 6 435 81
Abo-Sud ...... 114 7 562 702 8 264 72
Abo-Nord .... / 4 731 51 4 782 /
Pongo-Bakoko . 130 11 031 726 11 757 90
Source
--- : rapport administratif de A. Raynaud, 1942;Archives IRCAM, Yaoundé
Le problème foncier du Moungo a été souvent présen-
te comme un affrontement inter-ethnique entre autochtones et
immigrés. En fait, cet affrontement n’a lieu que sur une
partie restreinte du territoire. Les litiges fonciers sont
nés des mouvements migratoires parce que ceux-ci ont rapide-
ment saturé l’espace qui restait encore disponible. Avant le
rapport de force entre immigres et autochtones, il convient
de placer un autre rapport de force : la domination des
communautés rurales autochtones par l’économie capitaliste.
30 - LA MISE EN PLACE D’UNE STRUCTURE ROUTIERE ET FERROVIAIRE
La mise en valeur des terres acquises par les
sociétés capitalistes exigeait d’abord l’implantation d’un
réseau de voies de communication.
Au début de la période coloniale, les voies naviga-
bles jouèrent un grand rôle. Déjà utilisées par l’économie de
.77
traite, à 1: époque, grécoloniale,. elles continuent: de servir.
Nous- avons- d6j.a vu a propos. des 1’ histoire des. M,a-ne,[Link], qug,les
biefs navigablespermettaient parfois de [Link] très Jo,jn:a
1 f,interieur .des: -ter..res .:: jusqu’là Moundame par: le;-Mqungo +
(r -) - ( 1 ). .et jusqu I a [Link] par. le” Wpuri,. ( rF. ) et l-a-- Dibombe, (.r . )
Le caoutchouc et. 1 ‘éb,ène é[Link] &vacu&s~ à .l ‘.époque,:.a.)lemande
par le port de Nyanga. Mais c ’ était surtout sur, 1’ axer f luvia-
du Wouri,, jusqu’à Yabassi, que le trafic était le7 plus
.. dense.
Le Missionnaire Nicod allant s’installer à Yabassi en 3922,
‘~ c.. . ;-
croisa ‘plusieurs embarcations : “quelques embarcations,
_, ;,
venant de vabassi, massives et lourdes, conduites ‘des homl par:
/ ,‘. , ..
mes fortement musclés et presque nus, descendent; . ., vers la mer II .’
des barils d ‘huile ‘de palme, des sacs de cacao -et de palmis-
tes, les principaux produits d’exportation”- (2).:’
:
--------------------------
(1) Voici le récit d’un administrateur qui, en 1933, descend le Moungo- .’
en pirogue : “Une constatation heureuse qui frappe le voyàgeur ët’tout
à notre avantage. Le côté anglais [Link] triste et délaissé alors que &a
rive française est souriante et jalonnée d’embarcadères a la mode in-
digène ;’ ‘les plantations de cacaoyers sont superbes et très bien-en-
tretenues. La population riveraine entière descend hebdomadairement à
Douala en pirogue. Ce sont des évolues, et ce fait ~,ne doit pa.s être
étranger à la compréhension rapide des mesures préconisées pour
la bonne culture du cacao et le nettoyage des cacaoyeres. _ - ./ ,. ..
Ces indigènes descendent a Douala pour vendre des bananesidu cacao et
des palmistes et le’ fleuve est sillonné de grandes pirogùes chargées
jusqu ‘au ras de 1 ‘eau d’ où seuls émergent : des régJme?F~‘de~-bananes ët
‘un indigène ‘assis à la poupe. qui fume une courté pipe et qu1 ‘pagaie
deux fois a droite et deux fois a gauche. Pareilles à -des sampangs el-
les filent car elles ont le fort courant pour elles’, : et ‘c ’ est
du plus heureux effet. Et le Mont Cameroun, dans le fond -du -decor,
émerge, imposant”. (Rapport de ‘tournée, juin 1933. Ya’ounde-, Archives
,- _ 7 : -. ,’
Nationales, APA 11798/K).
Cette navigation n’était pas limitée aux pirogues. Le chef. [Link]-
cription de. Mbanga notait en 1927 : “La rivière est Parcourue~ Journel-
lement par des remqrqueurs et des. chalands appartenant ,a diverses
installations allemandes situees -sur. la rive droite et, .frequentant
,“les‘ ports anglais ; ces remorqueurs remontent .jusqu’$ [Link]:beach,
en face. de, Moundek . . .’ -On- ne peut que regretter-, lorsqu.‘on crocse cet-
‘. te [Link] etrangère, de në pas voir flotter aussi ,1-e pa,vi,Plon
français” (APA ,11799/D. Rapport 3ème tri. 1Y 27 ) .” L-e-’Moüng~p,ëFmëttait,
aussi 1 ‘évacuation de trains de billes ’ -depuis .ies’ coupes situées
-’ plus-près du’fleuve, jusqu’[Link]. ‘-_ _ ” ’ :._-,._
.I
(-2) .H.- .NICOD _ - Sur les sentiers de L’Afrique .-Equator&e :’ ‘[Link],sic éd.
_. Société. des Missions Evangéliques.,- s.d., p.: 117.. .. I .;m e., .: ~__
< 1 ‘-., z- i
.- _ .._ <”
I r : c * 2
_: .L... _ .-,- _._. __ .- - ---.
78
On recensait en 1930, 17 factoreries à Yabassi dont Y
gérées directement par des Européens ( 1). Ces maisons de
commerce achetaient les produits de l’intérieur notamment
des palmistes, qui leur étaient apportes par des indigènes.
La concurrence était vive et chaque maison de commerce entre-
tenait une pirogue sur le Wouri pour faciliter le passage de
sa clientèle (2).
Entre Douala et Yabassi, sur les rives du Wouri,
on observait même quelques maisons bâties par des Européens.
Elles durent être cependant abandonnées car le commerce
s’y révéla moins lucratif qu’a Yabassi et la vallée du Wouri
est infestée de moustiques (H. NICOD, p. 152).
Cependant, avec le développement du Moungo, la
région de Yabassi perdit de son importance. Elle ne se relève-
ra pas de la crise économique des années trente. En 1930,
4 maisons de commerce sur les 17 que nous venons de citer,
avaient déjà ferme leurs portes,les gérants européens laissant
la place a des Camerounais (3). Aujourd’hui, Yabassi ne
présente plus qu’un quai sans animation, oÙ seul le bac
effectùe des va-et-vient; et ce n’est pas sans nostalgie
que 1 ‘on contemple l’alignement des grands palmiers qui
bordent le quai et les grandes bâtisses abandonnées du quar- *
tier commercial.
-----------------_--------
(1) Cie FAO, Cie C.S.O. (2 succursales), B.L.N., Mas, Bouvier, 3ohn Holt
et Cie (7 succursales), Heyward et Robins (4 succursales), Miller
et Brothers, ’ Hatton et Cookson, Patterson et Zoochonis, Dekage,
S.H.O. (fermée en lY?O), Congo-Cameroun (fermée), Maison C.A.S.C.‘
( fermée),S.C.O.A. (en construction) , plus deux commerces dont les pro-
priétaires sont camerounais : MM. Ekame Samé et Nanga Beyoko.
(2) L’ Administration de son côte entretient 4 pirogues pour le passage du
Wouri . Elle critique le système des pirogues des maisons de commerce
dans la mesure où il permet a celles-ci d’exercer des pressions
sur la clientèle : “Les indigènes se croient obligés de porter leurs
produits chez le commerçant dont la pirogue leur a assuré le passage”
(Archives Nationales, APA 11798/C, Circonscription de Yabassi, rapport
trimestriel 2/1931).
(3) “Les transactions commerciales ont de beaucoup diminue dans le centre
de Yabassi, les maisons de commerce réduisent au minimum leurs frais
généraux, elles licencient du personnel indigène, et ont en général
diminué de 15 à 20 Yo les salaires de leurs employés et manoeuvres.
Elles ont remplace par du personnel indigène, quatre européens gérants
de factoriel’ (Archives Nationales,Yaoundé, APA 11798/C, Circonscrip-
tion de Yabassi. Rapport trimestriel 2/1931).
79
Le choix dti ‘Moungo pour la construction d’une voie
ferrée signifia ~FI condamnation de la région de Yabassi.
L’arrière-pays de Yabassi est en effet difficilement pratica-
ble pour des voies de communication modernes. C’est une
pénéplaine où le réseau hydrographique, très encaissé, emprun-
te les multiples fractures orthogonales du sotile, suivant un
tracé “en baï[Link]”. L’altitude n’est jamais élevée mais
le relief est très mouvementé et la traversée des principales
rivières exige la construction d’ouvrages d’art importants (1).
Enfin le nord de l’arrondissement de Nkondjok communique
difficilement avec le plateau bamiléké qui s’élève en un
rebord particulièrement abrupt.
Après l’abandon de divers projets de pénétration,
cè n’est qu’en 1955 que Nkondjok fut érige en poste adminis-
tratif (accessible seulement à pied) et promu ensuite au
rang de sous-préfecture dans le cadre de l’opération Yabassi-
‘-
Bafang.
La région du Moungo, au contraire, présente de
vastes étendues planes ou les sols sont souvent de bonne ou
de très bonne qualité. C’est là que l’administration colonia-
le., commença son programme d’infrastructure ferroviaire.
Dès 1911, le Chemin de fer du Nord fonctionnait sur les
160 km de Bonabéri a Nkongsamba. Sur le Chemin, de fer.
du Centre., la station d’Eséka, à 173 km de Douala, fut
.
’ ouverte au trafic en juin 1914, et Yaoundé sera atteinte par
le rail en 1927.
La voie ferrée du Moungo fut doublée d’un axe rou-
tier ; celui-ci -n’étant réalisé que progressivement puis‘que,
dans les années trente,on [Link] encore a construire des ponts
dans la région de Manjo.
------------------------
(1) C’est récemment, en 1967 pour la Mabombé, et en 1970 pour le Nkam a
ToumbassaLa que furent lancés des ponts sur ces rivières que l’on ne
traversait jusqu ‘alors que par des Fonts de liane .lorsqu’il n ‘était
pas possible de passer à gué. Un autre pont sur le Nkam, à yabdssi,
vient d’être construit.
80
En 1933, les planteurs de cette région demandent qu’une
piste automobilisable rejoigne Manengolé à Nlohé, prolon-
geant ainsi vers le sud celle de Nkongsamba a Manengole
(soit 20 km ) qui vient d’être faite l’année précédente. A
la même date, dans la partie méridionale du Moungo, la
piste Mbanga-Nyombé n’est praticable que par des véhicules
légers (1). En septembre 1937, la piste automobilisable de
Bonabéri a Mbanga est toujours en chantier (2):
Les exploitants forestiers et les grands planteurs
furent mis a contribution par l’administration pour ‘amelïorer
cette infrastructure routière (31, ceux de la région de
Manjo n’y échappèrent pas :
"B0ndCU7, exploitant forestier veut bien construire le pont traversant la
Dibombé à Nlohé et fournir pour cette construction tous les bois nécessaires,
ainsi que 20 fûts de ciment. M. Carbonnier, exploitant forestier de Lala, se
charge de son côté, de la construction du pont de Manengoteng. Il sembZe
donc intéressant d’accepter cette offre, aucune dépense n’étant supportée par
le Territoire (41.
Et l’administrateur C hakon de poursuivre :
“Nous nous sommes rendus ensuite sur la concession rurale demandée par
M. Arcondo. Ce terrain d’une superficie de 4 ha se trouve dans la réserve indi-
gène Manéhas. M. Arcondo se propose d’y installer LUIquai de chargement pour
l’exportation des produits de sa plantation”.
Les pistes secondaires furent également 1 ‘objet
d’attention de la part des sociétés capitalistes du fait de
leur rôle important dans l’évacuation de la production : un
pont était construit par M. Minetti entre Nlohé et Ngol en
1934 ; et un autre par M. 3011~ entre Manengolé et Bakwat.
Enfin, un pont e s t’ construit à Niohé en 1938,
sur la rivière Dibombe achevant ainsi l’axe routier du Moungo
Rapport de tournée, 1933 ; subdivision de Nkonqsamba, Yaoundé, Archi-
ves nationales, APA 11798/H.
Yaound&,Archives nationales, APA 11797/A.
Selon l’alliance classique entre le capitalisme et l’administration.
Finalement, les dépenses de ce pont furent jugées trop lourdes pour M.
Bondan. Ce dernier construisit a la place un pont sur la rivière Nkole,
et un bac fut mis en service, a côté du pont de lianes, pour traverser
la Dibombe jusqu’en 1938 (Yaoundé, Archives Nationales, Rapport
de tournée du 5 au 11 décembre 1934, Nkonqsdmba, APA 11797/!3).
Raooort de tournée du 28 au 2 Septempbre 1933. de l’administrateur
adjoint Charton au Chef de circonscription de Nkonqsamba (Archives
Nationales, APA 11798/H, Nkongsambd 1933).
81
. .~ C ’ est également ..dans -. les années 193~0-1940 que
la plupart- des équipements -[Link] furent mis en [Link].’ .‘- -!.:.
:,. .: -a’
Le -lieu chef
dÙ‘ d’é.pàrtement du- Mou-ngo, Nkong&mb%, en
.
f’ut le -premier- beneficialre. En 1935 ,’ .ce’ centre ‘urb’ain était
_; _..
d fine mat:er’nité et”dejun hôpftal le: -&Qr‘.
doté d”un dispensaire,
/ L- \ .,.A...‘,<, > _:.-. :
A. ia même-“ép’oque ,’ ‘une 1e~Foseri.e étai’t construite
,.
a 7 km de
l’à , près ‘du villagk Bai&-ko. i$ois ans plu: “tard’,“én ‘=19~‘8~
Nkongsamba s ‘enorgueillissait d.’ une nouvelle gare. Sur le
plan économique, une usine à café ouvrit ses’. [Link]’e&~-Ce Ier
février 1939. . J <?,; .! 3 ‘1...
Avec ‘un décalage de’ temps, les autreis’cëtit$es dG
Moungo s ( équiberent également. Loum, pai: exemiie, aigp,,a -d ;ih
G. a_ :: _s
bureau dé pos‘te en 1937.
.. . . - fi.’ .
I< Pour être complet, il conviendrait d ’ $voquer aussi
.
l’effort de scolarisation en grande partie . entre. ..L._. les2:mains
des missions chrétiennes.
-. ..
Tous ces équipements sociaux améliorèr~en_t::~~~,. [Link]-:
:-. -
te d ‘accueil des centres semi-urbains du.,Moungo r ..échel,onn&
le long de la voie ferrée, qui étaient autant .,lieux de
d’immigration. Ils participèrent à 1’ entretien, -d-,‘~un~marché de
‘. >_
travail créé par les unités.
de ,[Link]. capitalistes
, -i j, ,-.
...> : : :
II
-: ._. 1:: “!:
40 - LE MARCHE DU TRAVAIL . .,.\ ‘7 : : ’
-<
* -. <<:<_ I.-‘..,.. L
-..-y__,,..
>,. r .
_’ Sociétés commerciales
,_ ét u n i t é.s . .db;+.production _ -1 ,...
capitalistes furent grandes consommatrices dB -.‘hiairC,
..~ &“@èuvre.
... .
C’ est pourquoi, dès le’ début de la [Link] ~.~,-,l~<.~‘d&$elop-
_ _
pement des régions côtières puis du Moungo s’effectua en
liaison étroite avec les plateaux de l’ouest lesquels sont
pourvoyeurs de main d’oeuvre. Lès besoins en main d’oeuvre
furent en effet importants tant du côté des sociétés commer-
ciales que des grandes plantations et des chantiers forestiers.
., ..- _.__^ ,._. _..; . ..<
_ -,.,- /.,
. . . . ‘. _ . * .i
. ._-__ .-._ _ .-. -’ - . , -. .’ i.:.“. .-
,<.. :
_. ‘- . ._._. ..- _...._ -.---. :-- -
. II -
82
Avant que n’existe la possibilité d’une circulation
automobile, les sociétés commerciales eurent recours au
portag’e. B. Nkuissi (1) estime que de 500 à 1 500 porteurs al-
laient et venaient chaque jour à Nkongsamba. En 1911, Nkong-
samba devint le terminus de la voie ferrée, les marchandises
destinées aux plateaux de l’ouest et au nord du Cameroun (par
Banyo) devant être transportées,à partir de là,à dos d’hommes.
Le commerce précolonial avait trouvé une solution à
ce problème de transport : les marchandises circulaient
de groupe en groupe, et il n’y avait donc pas formation
de caravanes. Lorsque les distances à parcourir étaient
plus longues, les esclaves, destinés a être vendus sur la cô-
te, transportaient les autres produits de traite notamment
les défenses d’ivoire. Le commerce à longue distance devint
possible avec la “paix coloniale”, mais l.‘abolition de l’es-
clavage posa le problème du portage.
La nomination des chefs de village dans les socie-
tes acéphales et la confirmation des chefs traditionnels aida
au recrutement de porteurs ;
‘!Le recrutement devait se faire par l’intermédiaire des chefs de village,
surtout lorsque ceux-ci avaient une autorité indiscutée sur leurs sujets, ce
qui était le cas dans le Bamiléké, le Bamoun et 1’Adamaoua. Ces chefs,
touchaient une prime variable selon le nombre de porteurs et la durée de
leur “service” .
Il est possible et même probable que 1’Administration et les commerçants
aient cherché tôt à constituer leur propre “armée” de porteurs pour
s’assurer un minimum d’indépendance et échapper aux inévitables marchan-
dages avec les chefs Zocaux .. . Enfin, il faut croire qu’il y avait aussi des
porteurs “indépendants”, sorte de professionnels du métier offrant leurs
services quand et à qui ils voulaient. Ceux-ci ne devaient se rencontrer que
dans les agglomérations importantes ...‘I (B. NKUISSI, p. 68).
(1) B. NKUISSI. Nkonqsamba, Les années obscures de la Fondation cie 1858 à
1923 - Essai de monoqraphie urbaine - 1967 - Lille, Faculté des Let-
tres et Sciences Humaines - 156 p-
83
Au début- le. portage faisai-t partie des prestations
de travail dues à l’ddministration .,. Marie Pauline Thorbecke,
femme .de l’ethnologue F. Thorbecke, décrit naïvement -le s:ystè-
me de [Link] mis en place a partir de Nkongsamba : _ .. _
IfA Nkongsamba les porteurs passent naturellement la nuit à ia belie
étoile, autour d’un feu. La charge d’un porteur est de 25 a 30 kg. La mise
en marche donne toujours de la pagaye. Ils se battent pour s’emparer des
colis les plus légers. Durant toutes la durée du portage, il y a des.éléments
qui essayent de rester en arrière ou bien de s’échapper, en brousse.. A force-
de ‘les régaler des “twenty five” (coups) la plupart d’entre eux se maintien-
nent pourtant correctement en file. A l’étape suivante a lieu le -%hop
palaver”. Le fourrage est distribué par terre. Ce n’est qu’avec le fouet
qu’on peut empêcher les gens de se jeter comme des bêtes sur la nourriturè.
Sur l’ordre “cargo for UP” la marche continue. La caravane est placée sous,
le commandement d’un contremaître indigène. On souhaiterait n’avoir .. que-
des militaires ‘pour le contrôle” (1).
La reglementation du portage fut .tardive. Les
premiers-arrêtes concernant cette activité datent de 1916 et
de’1917. L’arrêté du 27 octobre 1916 fixe le poids de bagages
et le nombre de porteurs alloués aux militaires, fonctionnai-
res et assimilés se déplaçant sur ordre et pour. raison de
service dans le .Cameroun. Ceux du 5 Août 1917 fixent “-le
nonibré règlementaire d’étapes entre divers postes (les étapes
ne doivent pas dépasser 25 km par jour), la charge maximum
(30 ‘kg se répartissant ainsi : 25 kg de charge -et 5
kg dl’affaires personnelles car le porteur devait se- n0urri.r
selon ses propres moyens). La solde était d’e 1,75 k p’ar
jour (non nourri) (2). Dans la pratique la règlementation
nlétait pas toujours respectée et les charges plus lourdes
que prévues (3).
(1) M.P. THORDECKE -. Auf der Savanne, Tagebuch einer Kamerunreise (19’ll-
,: -1913), 191rC,EIerlin, cite par Van SLAGEREN, p. 88.
(2). B. NKUISSP, p. 63.
(3) 6. NKUISSI précise : “Cette possibilité pour les porteurs de prendre
avec eux 5 kgs supplémentaires de charge à usage personnel donna^lieu
,‘a de nombreux abus. Lorsqu’un porteur n’avait pas ses 5 kg personnels,
souvent. on lui. donnait 5 ‘kg supplémentdires de la charge commune., En
fait, dans I la- plupart des cas,- les 25 -kg maximum devinrent vite
30 kg .minimum. L’administration essaya aveC plus ou moins de suc&
d’endiguer ces abus” (Q. 64).
84
La main d’oeuvre prestataire était également présen-
te sur les chantiers routiers et ferroviaires : plus de
2 300 personnes y travaillaient, manoeuvres originaires de
Bamenda, Dschang ou Yabassi, et maçons ou charpentiers venant
de Douala.
Les grandes plantations avaient encore besoin
de plus de travailleurs. La W.A.P.V. dont nous avons vu
précédemment qu’elle exploitait une grande partie- du pays
bakwéri, employait à elle seule de 16 000 à 20 000 manoeuvres.
Une des raisons de la première expédition de Zintgraff a Bali,
en 1889, fut précisément d’atteindre une région pourvoyeuse
d'esclaves, donc susceptible de fournir de la main d’oeuvre
aux futures plantations (1). Il s’agissait de-greffer le mar-
che de travail crée par les unités de production capitalis-
tes sur le trafic esclavagiste. Zintgraff retournera à Bali,
en j896, avec la même obsession. Il fit alors cette démarche
directement au compte de la W.A.P.V. dont il était le direc-
teur. Les 200 jeunes de Bali a qui Hutter avait donne une for-
mation para-militaire de 1891 a 1893, les célèbres "tapen-
ta" (2) , servaient entre autres d'agents recruteurs. La
chefferie des Bagam qui entreten‘ait également de bonnes
relations avec l’administration allemande, servait elle
aussi d’intermédiaire.
Au début, le besoin de main d’oeuvre était tel
que les agents camerounais travaillant pour les sociétés alle-
mandes étaient en droit de recruter eux-mêmes de la main
d'oeuvre, sans autorisation spéciale, dans les limites de
(1) Il s’agissait par ailleurs de drainer, au profit des Allemands,
l’ivoire et autres produits d'exportation qui transitaient par Mamfé
et la Cross River et aboutissaient aux ports nigérians, notamment
Calabar.
(2) Bali reçut 2 000 fusils et 80 000 cartouches pour asseoir sa domina-
tion sur les chefferies voisines, 200 jeunes gens étaient entraInés
a la station de Baliburg selon les normes militaires européennes. Ils
déambuldient fièrement a Bali et dans les environs avec un béret rouge
et un uniforme. Le chef des Bali les utilisait tant pour sa politique
interne ‘qu’externe.
85
l,eurs.-tr$bus -d'origine (l).. La W.A,P.V. : envi%age.a:..un moment
l’importation .d'une ma-in- -d’oeuvre. ch-inoise, ! .:Mais ;Ce projet
fut .,,.fina:l-ement ..rejeté par le gouvernement. : allemand .I(~F):.
Cette obses,sion de .La .main d-‘.oeuvre ne fut pas- &tra:[Link].e: a -la
chute de Von Puttkamer, en 1907, les sociétés. commerciales
lui reprochant de trop favoriser le développement des grandes
'_
plantations lesijuelles les concurrençaient .durement .Y goyr le
-’ .
recrutement de la main-d’oeuvre. En outre, celles-ci. p‘ayaient
leurs manoeüvres en’ nature (dont 'des bouteilles d'~~lcqol~~!)
.: :. -
et les obligeaient a s’approvisionner dans ies.* éc'[Link] ."
_'
des plantations, ce qui 'n'était pas dans l’intérêt, des,~socié,
-:
tés ‘commerciales ! (3’). i _-
_.. I.. ,.- :; - .-.
Le recrutement d.e la main d’oeuvre se fit. :d’.[Link]
par le biais. d'alliances ‘privilégiées a-vec :Certains chefs,;
puis lorsque l’administration coloniale eût encadré toutes
les populations, le travail prestataire prit la relève,
ce dernier système se prolongeant dans l'ouest du Cameroun
jusqu'en 194.5 sous le couvert des Office'[Link],aux.' je. I;ra:-
vail. Créés en 1937, pour offrir des emplois salar?es ‘a’ux: in-
,,
digènes, ceS organismes furent vite detour+es' 'de-, 'lkl'r,..
_ but
officiel et servirent a alimenter, en main d'oeuvré .forc&e,;'.les
plantations européennes de la .[Link] de Foumbot~'èt,,:,ceïï'es de
Nkongsamba. Mme 1. Ougast, chargée. en 1942 d ’ un ‘ràpp’ortV’sur
les travailleurs ‘recrutes par ces offices,, .r.év.$l.a 'une..
[Link]-
- -
tien. de travail force par Ilintermédiaire deS', ,kh:efj"'C
i./' 'ILes
. ..
offices de travail devaient offr?r des. e-mp 1‘0 is...~~~ux"l.'po'[Link] -
tiens,. mais il s atte-ndirent en vain les ttavà,iïl'e'urs .:-qui
ne' vinrent. pas. Alors, disons le .mot,,‘ 'des '.ap~:~s.',:,qük-gues
-
[Link] ,. s ‘organisa la .chasse a l'homme" (4) j. .pr$s- d& ! 3::'OOO
-.-. _ .- .IIILe-
--------T------------------ . .:,:.
(1) Van ~LAGEF$N, p.‘59. .” :,_ -- - _. - [Link],,. :--“--.:
(2) [Link], p.i 68. .. . . _ -. , -: ,_,
. .- .: . - .! . .._;
(3) Van SLAGEREN, p."73. '" -, : .. .. . . ..i
(4) 1. DUGAST - 1942 - Rapport sur les travailleurs recrutés - Document
dactylographie inédit.
._.- < .. .'.;- _- :)I
.;c .'<; ‘ .:
86
travailleurs originaires de la Ménoua, du Haut-Nkam et du Ndé,
avaient été embauchés de forcefe’n 1941, dans les plantations
de la région de Nkongsamba (1). L’effort de guerre demande
aux populations justifia le maintien d’un tel système jus-
qu’en 1946 (2).
Malgré le prolongement du travail forcé, sous
le couvert des offices régionaux de travail, ce fut cependant
le travail salarié qui prévalut très tôt dans le Moungo.
Les sociétés privées se trouvèrent’ soumises aux aléas de
l’offre et de la demande et le rapport de force ne joua
pas toujours en leur faveur. En 1937, par exemple, la hausse
des prix des produits d’exportation incita les populations à
se consacrer davantage a Leurs proprës plantations individuel-
les et, par contre-coup, a laisser tomber le travail salarié.
(1) Van Siageren évoque ainsi ce travail obligatoire au profit des planta-
tions européennes :
“Vers 1935 encore l’administration a cherche à utiliser le trop plein
’ -de la main d’oeuvre Bamiléké pour les bananeraies et des caféieres ap-
partenant aux colons de la région de Nkongsamba et pour les planta-
tions de Foumbot, oÙ la Compagnie Ouest-Cameroun (C.O.C.) et bien d’au-
tres planteurs européens reçurent en régie des terres aux dimensions
importantes. Cela correspondait a l’idée du gouvernement français de
pouvoir développer le Cameroun en favorisant la collaboration des ini-
tiatives privées avec les organismes administratifs. Plusieurs milliers
d’hommes étaient diriges par relèves semestrielles, puis trimestriel-
les,vers ces travaux dits obligatoires. En 1942, 75 000 Bamileko fu-
rent sacrifiés a l’appétit de ,45 Européens de Foumbot.. . Etant donné
que les chefs fonctionnaient comme agents de recrutement de la main
d’oeuvre forcee,on comprend que celle-ci était de préférence cherchée
dans le bas peuple. La Mission se plaignait même que les chefs fussent
décidés d recruter des hommes monogames afin de protéger la famille
paienne et d’éviter dans la mesure du possible toute insubordination
du harem pendant l’absence ou au retour du mari. D’ailleurs même les
notables finirent par ne plus être exemptes du travail force. Il
est bien évident que l’impopularité des chefs, créée par le caractère
autoritaire de “leurs nouveaux pouvoirs administratifs” ne cessait de
s’aggraver” (p. 246).
(2) Les travaux forcés furent abolis dans l’Union Française le 11
avril 1946.
87
“La hausse subite des prix des produits d’exportation a été la cause
certaine du départ presque aussi subit de bon nombre de travailleurs qui
ont trouvé alors plus de profit, les uns, à s’occuper cher eux de leurs plan-
tations quelles qu’elles soient, les autres, de la vente même des produits
locaux. Les Bamiléké toujours soucieux de I?ntérêt présent n’ont pas
hésité à délaisser une tâche peu rémunérée en somme à l’i?IStant où teut
par ailleurs augmentait ...” (1).
Certaines sociétés en tirèrent les conséquences et
augmentèrent les salaires ce qui leur valut les critiques de
l'administration (2). La plupart entretenaient d' ailleurs
une main d’oeuvre pléthorique afin d’qvoir une réserve chez
ëux pour l’utiliser le cas échéant et ne pas être pris au
dépourvu (3). Enfin, lorsque le recrutement devenait diffici-
le, les sociétés privées demandaient l’intervention de l'admi-
nistration ; soit pour freiner la concurrence des sociétés
britanniques installées de l’autre côté de la frontière,qui
* .
presque toujours offraient des salaires superleurs, soit
pour organiser des tournées de propagande dans les villages
environnants (4) *
(1) Rapport administratif du Chef de la Subdivis_ion de Nkongsamba, Ier
trimestre‘ 1937 - Archives nationales APA 11797/B .
(2) Un rapport administratif signale comme mauvais exemple, la société Fif-
fes a Penja qui attire les nouveaux arrivants en leur offrant un plus
fort salaire (Rapport de tournée du 20 au 30 Nov. 1936, Nkonasamba
Yaoundé, Archives Nationales, APA 11797/B).
(3) Le même rapport administratif constate que "les manoeuvres ne sont pas
suffisamment employées quant au temps de travail... il en résulte que
100 manoeuvres sont nécessaires pour faire le travail d’une plantation
ou la moitié régulièrement employés suffiraient”. Les manoeuvres choi-
sissent d'[Link] plantations oÙ il y a le moins de contrainte
au point de vue temps de travail et où la tâche journalière est
réduite.
(4) Par exemple celle entreprise en 1937 en pays mbo et élong. Constatant
que les autochtones désertaient moins les grandes plantations que les
Bamiléké, en.1937, c’est-à-dire l'année oÙ les rapports administratifs
signalent de graves difficultés de recrutement, le Chef de Région
du Moungo décida d'une tournée en pays mbo et élong."Afin d’exercer la
propagande prescrite par la circulaire no10 du 24 3anv. dernier, j’ai
donné des ordres à M. Menez pour qu’il se rende dans les régions mbo
et élong, voisines de la zone la plus importante des plantations de
café avec mission de faire comprendre aux indigènes la situation criti-
que des planteurs européens causée par la pénurie de main d’oeuvre, et
inciter les indigènes à venir s’engager chez les planteurs (au moins
pour un certain temps) afin de sauver la récolte qui va se perdre sur
pied...". Le résultat de cette tournée de propagande fut d’ailleurs nul
88
Durant la décennie 1920-1930, les coupes forestiè-
res utilisèrent de nombreux travailleurs. Dans la région de
Manjo,en 1934, exploitants forestiers et grands planteurs,
une dizaine environ (II, employaient de 1 000 a 1 200 manoeu-
vres au total.
La crise de 1928-1932 entraIna le départ de cette
main d’oeuvre immigrée, chacun retournant dans son village
d’origine ; mais le démarrage de la caféiculture rappela
bientôt tout ce monde : a partir de 1932-1934, les caféiers
remplaceront les cacaoyers de la période allemande. A la
même époque, s’ouvirent de grandes plantations de bana-
niers (2).
Enfin nous ne pouvons terminer ce chapitre consacre
aux besoins de main d’oeuvre de l’économie coloniale, sans
évoquer un problème marginal mais qui n’a pas et& sans exacer-
ber les autorités allemandes : celui de la composition des
troupes militaires [Link]. Les Allemands arrivèrent
au Cameroun avec des ressortissants du Liberia (les “kruboys”
spécialises par ailleurs dans le chargement et le decharge-
ment des navires européens), des Hausa, et surtout des Daho-
méens (des esclaves qui avaient été rachetés). Les troupes
dahoméennes réagirent contre les conditions qui leur étaient
faites. Elles tuèrent un officier allemand et expulsèrent le
------------__------------
Suite note (3) page précédente : car le Chef de Région du Moungoajoute :
“Une enquête que je viens de faire auprès des planteurs ne laisse au-
cun doute sur l’insuccès de nos démarches, pas un travailleur ne
s’est présenté sur les plantations pour offrir ses services. De
ce fait une quantité énorme de cerises resteront sur les caféiers. Si
les conditions athmospheriques deviennent défavorables une bonne par-
tie de la récole sera irrémédiablement perdue” (lettre au Commissaire
de la République - Ier mars 1937 ) (L\PA 11797/8).
(1) Tiesters, Mangou, Cafés Cameroun, Bondan, Coulaxides, Homérides,
3011~ et Carbonnier, Minetti, Pons, Arcondo. Yaoundé, Archives nationa-
les , APA 11797/B).
(2) Les bananeraies, pour leur entretien et le portage des régimes, exigent
une main d’oeuvre abondante. En 1933, la plantation ESSASUM, dans la
subdivision de Nkongsamba, demande à elle seule l’autorisation de pro-
céder au recrutement de 3 000 travailleurs. Yaoundé, Archives Nationa-
les (APA 11798/H).
89
Gouverneur de Douala. Le pouvoir , colonial dut se passer de
leurs services et de nouvelles troupes furent recrutées
dans le Soudan égyptien. Ce n'est que plus tard que commença
la formation de recrues locales (1 1.
Le déplacement des travailleurs pour les besoins de
l'économie capitaliste pose le problème de leur approvisionne-
ment d'autant plus que ces derniers sont parfois accompagnés
de leur famille.
50 - L' APPROVISIONNEMENT DES CENTRES URBAINS ET DES CAMPS DE
TRAVAILLEURS
Les rapports administratifs de la période coloniale
expriment fréquemment le souci de préserver les cultures vi-
vrieres de la concurrence des cultures d’exportation. L’admi-
nistration exhortait les populations a augmenter leur produc-
tion vivrière. Il s’agissait, en fait, de faciliter l’approvi-
sionnement des centres urbains et des camps de travailleurs
où résidait la main d’oeuvre des unités de production capi-
taliste.
Sur le plateau bamiléké, cette politique se tradui-
sit par une limitation de la caféiculture. Seuls les chefs. et
quelques notables recevaient l’autorisation d’ouvrir des
plantations.
Dans le Noung,o,l’administration se montrait attenti-
ve aux productions villageoises. Les macabos du canton Manéhas
étaient commercialisés jusqu’à Douala (2). De la zone sous
mandat britannique arrivaient également des produits vivriers
(macabos, etc...) et la route qui va de Loum a la frontière
franco-britannique, construite en 1927, servait entre autres a
------_------____________
(1) Van SLAGEREN, p. 59.
(2) Rapport de tournée agricole en décembre 1937, dans'le canton Man&ias et
au sud-est de Loum : "les plantations vivrieres sont développées dans
ces régions qui en font un gros commercé (surtout de macabos) avec
la région sud, Douala en particulier” (APA 11797/A, Nkongsamba).
90
l’écoulement de ces produits (1). Plus au nord, l’élevage de
porcs des villages mbo alimentait en viande le marché de
Nkongsamba (2).
Certaines populations apparaissaient plus spéciali-
sées que d’autres dans cette production des cultures vivriè-
res. A l’extrême, lorsque le site occupé ne permettait pas le
développement de l’économie de plantation, une véritable
division du travail économique s’instaurait, certains groupes
essayant de tirer de la vente de leurs produits vivriers quel-
.que numéraire. C’était par exemple le cas des Mwaménam,
situés au nord-est du canton . Manéhas et qui habitent les
flancs accidentés du Manengouba. Les rapports administratifs
étaient fort élogieux pour les villages mwaménam :
“Chaque village est clôturé par une haie vive et l’entrée est’ solidement bar-
ricadée, non contre l’agresseur mais ~OUF empêcher le petit bétail de
vagabonder .. . L’élevage du petit bétail (porcs et moutons) et la
vente des macabos leur assurent des ressources suffisantes : aussi les .-
plantations sont-elles assez peu étendues” (1934) (3).
Malgré cela, l’approvisionnement des multiples cen-
tres semi-urbains, formes a proximité de chaque gare du
C.F.N. , restait problématique. Un rapport administratif de
1936, se fait l’écho de la plainte des manoeuvres de la
région de Nlohe, ces derniers se lamentant devant “la mai-
greur” du marche hebdomadaire de Nlohe ! (4).
-----------------------------
(1) Un rapport administratif de 1933 évoque ce commerce, à travers la
frontière : “L’an. dernier une importante quantité de macabo dont
une partie venant de la zone anglaise a et& dirigée sur les chantiers
forestiers et Douala via Loum” (le même rapport signale aussi l’expor-
tation de cacao par cette même voie de communication). La route
“bakosi” de Loum a la frontière franco-britannique était praticable
en auto en saison sèche depuis 1931. En 1933, elle était empierrée
sur 4 km environ. Yaoundé, Archives nationales, APA 11798/H .
(2) Yaoundé, Archives nationales, APA 11798/H, Nkonqsamba 1933.
(3) Rapport de tournée du 5 au 11 décembre 1934, de Chevallier, chef de la
subdivision de Nkonqsamba. Yaounde, Archives Nationales, APA 11797/B.
(4) Rapport de tournée du 20 au 30 nov. 1936. Yaoundé Archives Nationales,
APA 11797/B, Nkongsamba.
91
Les travailleurs manquant parfois d’argent pour
l’achat des vivres, il arrivait qu’ils se mettent à piller
les champs vivriers. A Mbanga en 1927, les manoeuvres des
plantations opéraient en bandes dans las champs des autochto-
nes : “l’autochtone ,s’il intervient, se fait assommer” (1 j .
Afin de remédier a cette situation, l’administration locale
décida, qu’à partir du ler avril 1927, les planteurs devaient
nourrir leurs employés.
Une solution plus pacifique consistait pour les tra-
vailleurs de plantation, a demander le prêt d’un champ pour
qu’ils puissent cultiver -eux-mêmes, excellent moyen de sur-
croit pour fixer la main d’oeuvre à proximité des grandes
plantations.
6O - LES PLANTATIONS INDIVIDUELLES
Dès le début de la colonisation, les plantations in-
dividuelles furent encouragées. Le cacaoyer se répandit à
l’époque allemande, dans tout le sud du Cameroun. Avec les
palmistes, le cacao constitua alors l’un des principaux pro-
duits d’exportation.
La diffusion du café dans le Moungo s’effectua à
partir des années 1931-1932. Au nord de Mbanga, le café
remplaça très vite le cacao. Afin d’éviter les risques d’une
extension éventuelle des maladies à cause d’un entretien
insuffisant des plantations, l’administration obligea les
planteurs indigènes a demander .une autorisation préalable
(arrêté du 31 Juillet 1933) (2).
(1) Yaoundé, Archives nationales, APA 11799/D, Mbanga 1927.
(2) La surveillance des plantations indigènes était souvent draconienne et
les agents de l’agriculture n’hésitaient pas à faire arracher les
pieds mal entretenus. Le système était d’ailleurs efficace car 1.
DUGAST note a propos des plantations bamileke : “Disons tout de
suite que la propreté des lotissements indigènes dépasse de beaucoup
celle des plantations européennes...” (Rapport sur les travailleurs
recrutés - 1942).
92
Ces plantations individuelles remplirent une double
fonction. Elles procurèrent d’abord un revenu monétaire
aux intéressés leur permettant de payer l’impôt de capitation
et d’être des clients potentiels des sociétés commerciales.
Elles assurèrent de surcroît un complément non négligeable
aux exportations des unités de production -capitalistes,
constituant en quelque sorte ,un volant de sécurité pour
satisfaire les demandes du marché européen.
Cet aspect de complément aux grandes plantations eu-
ropéennes apparut nettement lors de la tentative de lancement
des bananeraies indigènes, productrices de bananes d’exporta-
tien; vers les années 37, dans la région de Nlohé et de
Loum. Les indigènes firent les frais de l’opération’ car
les baisses de la demande se répercutèrent directement sur
eux :
“Dans ces centres (Nlohé et Loum) la proximité du chemin de fer, de la
route, et des plantations européennes ont incité les indigènes à planter des
bananiers “Gros Michel”, les planteurs européens leur ayant promis l’écoule-
ment des régimes en les leur achetant. Aussi nous avons rencontré de nom-
breuses bananeraies dans des terrains très riches ; malheureusement, la
banane étant en ce moment contingentée, les Européens n’en achètent plus
et les régimes pourrissent sur place ; nous leur avons conseillé de les rempla-
cer par du plantain qui a toujours un débouché rémunérateur et sûr” (1).
Aujourd’hui’ encore, l’implantation d ’ un complexe
agro-industriel s’accompagne souvent d’un projet concernant
les exploitations agricoles environnantes. Celles-ci sont.
invitées à pratiquer la même culture que celle du complexe
agro-industriel.
Cependant, les plantations individuelles allaient
très vite devenir autonomes du système de grandes plantations.
Les grandes plantations se révèlent en effet fragiles lors
des aléas climatiques et surtout face aux variations des
cours mondiaux. En période de crise économique, par exemple
celle de 1928-32, elles doivent cesser toute activité. Les
petites plantations individuelles apparaissent plus resistan-
tes, l’exploitant pouvant survivre grâce a sa production vi-
vrière.
_____----------------------
(1) Rapport de tournée aqricole, déc. 1937. Archives Nationales, APA
11797/A). _
93
Finalement., 1 .l ' [Link] :[Link] misera de
plus en-plus sur les plantations individuellesL~~Les autochto-
nes furent sollicités, et, ,dans les. régions ou des ,terres
restaient disponibles, l’administration encouragea -une. .immi-2
gration définitive sous la forme d'une colonisation agricole;
Les autorités administratives du Moungo ne tarirent. pas.d'elo-
ges, vis-à-vis des [Link] bamiléke -qui rép0ndire.n.t à
cette attente. L'. Administrateur-Raynaud, entre autres,. :ne
cacha pas sa satisfaction devant la [Link] des ,immigrants
bamiléke d:ans la région de Mbanga,.gens qu'il c:onsid&rait com-
me p,lus travailleurs [Link] autochtones.... i . ._
“d’iCi très peu de temps, les autocht&es’ seront absorbés~et dépossédés par
ce fZux continu d.‘éZéments étrangers.- DQnS l’intérêt économique et démogru-
phique de la subdivision, iZ est à souhaiter que ce soit le plus tôt possible”,
et l’auteur de préciser [Link].-dépossession :
le fait de vo& peu à peu des cocooyères de 10 à 15'heCtQreS appartenant
à quelques planteurs autochtones priviZ&&%, &Y& divisées eT?.‘parceZZes
et devenir la propriété des BamiZéké, doit être considéré comme un bien
pour Za collectivité et Z’avenir économique du pays” (11.
La politique économique favorisa la multiplication
des plantations individuelles et la plus grande partie des ex-
portations en café et cacao en proviendra. Le rôle de l'admi-
nistration sera d’encadrer les planteurs afin d’assurer
la qualité des produits et de stimuler leur ardeur au travail.
Cette politique déclenchera dans le Moungo un important mouve-
ment de colonisation agricole, intensifiant ainsi les- mouve-
ments migratoires que les grandes unités de production capita-
listes avaient déjà suscités.
(1) Rapport du 15 Août 1942;Subdivision de Mbanqa. Yaoundé, Archives
IRCAM.
94
Nous venons d’analyser les moyens par lesquels le
capitalisme, dans le contexte de l'économie coloniale, oeu-
vrait pour alimenter les pays industrialisés en produits tro-
picaux. Accaparemment des terres, mise en place des voies de
communication, création d’un marché de travail, approvisonne-
ment des travailleurs salariés par le dé[Link] de la
production vivriere des populations autochtones, et enfin
encadrement des planteurs individuels, sont les moyens d'une
même politique économique. Nous constatons que celle-ci
a provoqué dans le Moungo des mouvements de populations très
importants : besoins en main d’oeuvre salariée des grandes
unités de production capitaliste et colonisation agricole
pour multiplier les plantations individuelles.
11 nous faut maintenant décrire les modalités
de ces mouvements migratoires.
95
CHAPITRE 4
LE PEUPLEMENT du MOUNGO au XXème SIECLE
Le peuplement du Moungo préexiste aux mouvements mi-
gratoires du XXème siècle puisque les [Link] autochtones
Y étaient estimées à 57 124 hab. en 1936 par le rapport
à la S.D.N. et a environ 50 000 [Link] les recensements
de 1942/43 (1). Ce~pendant, ce sont les mouvements migratoires
du XXème siècle qui vont donner au Moungo sa physionomie ac-
tuelle. Non seulement ils en intensifient le peuplement -
au dernier recensement, en 1976, le Moungo atteint une popula-
tion totale de 275 456 habitants, soit une densité générale
de 74,21 hab. au km' - mais ils en restructurent l’espace
par l'établissement d'un chapelet de bourgs et de petites
villes le long de l’axe routier-ferroviaire.
Ce résultat est dû essentiellement à la colonisa-
tion agricole entreprise par les migrants bamileke. Ceux-
ci, plus que d’autres migrants, se sont en effet fixes dans le
Moungo après y être venus pour des travaux salariés. Mais
d’autres courants migratoires ont également contribue au
peuplement et aux activités économiques du Moungo, comme
ceux des Dwala et apparentés, et des Hausa. Aujourd'hui
-.
encore, ce peuplement reste très diversifié. Parmi la popula-
------------------------
(1) 51 550 hab. desquels il faut déduire les migrants non bamileke de la
subdivision de Mbanoa.
Source : RAYNAUD 1942 et GERMAIN 1958.
96
tion du Moungo, en 1976, près de la moitié des résidents
(48, 6 %) ont change d’arrondissement depuis leur naissance.
Parmi ces migrants, 50 % avaient leur résidence antérieure
dans la province de l’Ouest (il s’agit pour la quasi-totalité
d’entre eux, de Bamileke) ; 16 % sont venus d’un autre arron-
dissement du Moungo et 10 % du département du Wouri (dans
ces deux derniers cas, figurent encore., certainement, un pour-
centage appréciable de Bamiléké) ; viennent ensuite des
originaires de la province du Centre-Sud (6 %), puis ceux des
provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (5 46 pour chaque pro-
vince).
Tableau no 13 : Origine géographique des immigrants dans le Moungoen 1976
Résidence antérieure nb. %
Province du littoral 40 946 30,6
dt. Départ. Moungo 21 717
Nkam 4 465
Sanaga Mar. 1 255
Wouri 13 509
Province de l’Ouest 67 398 50,4
du Centre Sud 7 486 5,o
du Sud-Ouest 7 294 595
du Nord-Ouest 7 005 5,2
du Nord 1 446 171
de l’Est 586 094
Pays étrangers 1 614 192
Non déterminée 4 /
Total 133 779 100,o
Source
--- : Recensement qénéral de la population et de l’habitat d’avril 1976
Vol. 1, T.2.
La région du Moungo, dans la première moitié du
XXème siècle,appara?t donc comme une zone d’immigration ouver-
te a des mouvements migratoires d’origine variée. Ceux-ci ope-
rent en fonction du contexte économique de l’époque lequel
fut très variable. Finalement le fait bamiléke devint préémi-
nent par suite de la parfaite concordance entre ce que nous
97
appellerons le projet des migrants bamiléké et le mode de pro-
duction dominant qui s’instaure surtout 2 partir des années
45 : la petite plantation individuelle.
l0 - LE MOUNGO,ZONE D'IMMIGRATION
Jusqu'en 1928, les recensements démographiques clas-
sent les Bamiléké dans la catégorie “étrangers divers”.
Il faut attendre l'année 1942 pour avoir les premie-
res statistiques démographiques concernant l’immigration ba-
miléké, date à laquelle 1’Administrateur Raynaud en recense
Y 630 dans la subdivision de Mbanga (1). On en trouve 8 554
autres a la même époque dans la subdivision de Nkongsamba,
ce qui fait un total de, 18 174 Bamileke pour l'ensemble du
Moungo.
Mais si .ces premiers recensements confirment l'am-
pleur de l’immigration bamileké, ils révèlent aussi l’hétéro-
généité des immigrants. Au début du XXème siècle, les Bamile-
ke n'étaient. pas les seuls ,en effet, a’ venir travailler dans
cette. région. Le phénomène était général et touchait bien
d’autres populations plus éloignées telles que les Bafia et
les Ewondo. En 1947 dans le canton Manéhas, par exemple, les
migrants non-bamileke représentaient le tiers des migrants ;
et ils étaient déjà à cette date plus nombreux que les autoch-
tones.
Tableau no14 : Population du canton Manehas en 1947
Autochtones .......... 1 110 15,3
Migrants non-bamileké 1 983 27,3
Bamileké ............. 4 182 57,4
Population totale .... 7 275 100,o
Source
--- : recensement administratif
------------------------
(1) Rapport du 15 Août 1942, subdivision de Mbanqa. Yaoundé, Archives
IRCAM.
98
C ’ est cette hétérogénéité de l’immigration dans
le Moungo que nous voudrions d’abord souligner.
Un recensement effectué en 1947, dans la subdivi-
sion de Nkongsamba, note précisément 1 ‘origine ethnique
des migrants. Bien qu’incomplet puisque les résultats de la
ville de Nkongsamba ne sont pas encore connus (11, ni ceux
des centres de Bareko et de Melong 1 et II, ce document
est particulièrement révélateur (2).
Les Bamiléké sont évidemment les plus nombreux. Ils
ne sont d’ailleurs pas les seuls a descendre des plateaux de
l’ouest puisque les Bamum et les originaires de la région de
Bamenda forment un contingent non négligeable.
Les Dwala et apparentés sont les plus nombreux
parmi les migrants non-bamileke. Nous verrons plus loin
1 ‘importance de la colonisation agricole entreprise par
ces populations dans le [Link] également importants, les
contingents en provenance de l-a région de Yaoundé et du
pays bulu, et ceux de la région de Bafia. Le pays basaa,
malgré sa proximité, est moins représenté. Les ressortissants _
du Cameroun septentrional , outre quelques Vuté, sont surtout
des commerçants hausa.
En dehors des Dwala et apparentés, les autres
groupes ethniques du Moungo ont une mobilité très circonscrite.
Les mouvements restent très localisés et n’engagent que
les populations immédiatement voisines.
On peut remarquer enfin le rôle de la frontière
franco-britannique qui établit une nette rupture dans les mi-
grations. Les autorités administratives, de part et d’autre
de la frontière, contrôlent les déplacements des individus,
d’autant plus que beaucoup cherchent à traverser provisoire-
ment la frontière pour échapper à l’imposition. Mais ce sont
----,-------,---L--------
(1) 11 y avait à cette époque environ 4027 Bamiléké et 832 migrants non-
bamiléké a Nkongsamba.
(2) Yaoundé, Archives IRCAM.
99
Tableau no15 : Population immigrée dans la subdivision de Nkongsamba et
dans le canton Mat&as en 1947 ( 1)
Canton Manéhas Subdivision de Nkgngsamba
nb. 06 nb. Y6
Bamiléké 4 182 70 5 145 73
Dwala et apparentés 417 7 435 6
Dwala 108 108
Pongo 164 167
Abo 145 160
Béti-Fanq 361 7 382 5
Vaounde” 287 299
Bulu 23 32
Makaé -. 21 21
Ngumba 29 29
Kaka 1 1
Bafia-Banen 291 5 327 5
Bafia 253 289
Banen 38 38
Autres popylatiogs des
plateaux de l’Ouest 235 4 248 4
Bamun 101 113
‘.‘Bamenda” 110 111
Tikar 24 24
Autres groupes ethniques
du Mounqo 243 4 204 3
Mbo 23 77
Elong 33 %
Banéka 10
Bakaka 155 1: (2)
Bonkeng Panja 14 14
Bakem 1 13
Manéhas 10
Baréko 10
Mwaménam 6
Babong 2
Balondo 1
Populations septentrionales 90 1 159 2
Hausa 35 104
Vuté 55 - 55
Basaa, Eloq Mpoo 108 2 130 2
Basaa 108 122
Elog Mpoo 1 8
Zone sous. tutelle britannique 24 1 38 1
Bakosi 24 30
Mamf & 1.
Divers : 7
Etranqers 2 / 1 /
TOTAL 5 953 100 7 068 100
(1) Les étrangers de la ville de Nkongsamba sont en cours de recensement à
cette date-là, également ceux de Baréko, de Meiong 1 et II.
(2) Nous n’avons pas compté les 155 Bakaka étrangers au canton Manéhas.
100
surtout les grandes plantations de la région de Buéa, datant
de l'époque allemande, qui drainent à leur profit les migrants
de la zone sous tutelle britannique.
a) Les planteurs dwala et apparentés (1)
Les premiers migrants a ouvrir des plantations dans
le Moungo,bien avant les Bamiléké, furent les Dwala. Cette
colonisation agricole est le prolongement direct de l'hegémo-
nie commerciale des côtiers au XIXème siècle. Elle représente
une tentative d'adaptation de ces populations à l'économie de
plantation introduite par la colonisation.
La pénétration coloniale met fin au monopole commer-
cial des côtiers et notamment a celui des Dwala : lès transac-
tions commerciales sont désormais directement entre les
mains des sociétés européennes et l'administration allemande,
en 1895, interdit le commerce que les Dwala effectuent 'à
l'embouchure de la Sanaga afin de préserver ces sociétés de
toute concurrence.
De surcroît, la fin de l'esclavage domestique,
décrété sous le gouvernorat de Von Seitz (1907-IPSO), pertur-
be gravement la société dwala en l'atteignant dans son appro-
visionnement en produits vivriers (2). A la veille de la
pénétration coloniale, les villages dwala se présentent, par
certains aspects, comme une véritable cité précoloniale
ayant les problèmes classiques d'un approvisionnement par les
campagnes environnantes. Or, ces campagnes sont constituées
essentiellement par des villages d'esclaves qui cultivent la
terre au profit des Dwala. La suppression de l'esclavage
domestique met donc directement en danger l'économie dwala.
-----------------------
(1) Sur l'histoire des Dwala, voir M. BEKOMBO -"Les populations dwala du
Sud-Cameroun" - Communication au Colloque International du CNRS :
Contribution de la recherche ethnoloqique a l'histoire des civilisa-
tions du Cameroun , Paris, 24-28 septembre 1973.
(2) Déjà, une première loi, le 26 juillet 1895, avait interdit l'enlève-
ment des esclaves.
101
Plusieurs raisons nous incitent à qualifier les villages
dwala de cite précoloniale (1) :
- La concentration de--l’habitat
Les villages sont très proches les uns des autres, et
situés à l’embouchure du Wouri, en aval de 1’ Ile Djébalé :
Deïdo , Akwa, Bonanjo sur la rive gauche; Bonaberi sur
la rive droite. Ces villages peuvent grouper au total envi-
ron 15 000 habitants. Le premier recensement administratif
de Douala, en 1928, donnera en effet 13 660 Dwala auxquels
il convient d’ajouter ceux qui, a cette date, sont plan-
teurs-résidents dans le Moungo. Après la crise économique
des années trente , donc après le repliement sur Douala
d’un bon nombre de ces planteurs, les recensements donne-
ront plus de 20 000 Dwala (21 022 en 1936-37) (2). Buchner
estimait les seuls descendants d’Ewolé, les Dwala propre-
ment dits, à 20 ou 30 000 âmes (3).
- Une structure communautaire au-dessus de l’orqanisation
clanique : le Nqondo
Le Ngondo était un tribunal supérieur chargé d’assurer la
paix entre les clans. Composé de tous les chefs des clans
de la tribu, il siégeait au bord du Wouri, sur un banc de
sable à marée basse, à la frontière des deux principaux
clans .: Bonanjo (Bell) et Bonaku (Akwa) (4). Il fit preuve
de son efficacité, en 1876 ,à l’encontre du clan Bonabéla
( Deïdo) qui attaquait le reste de la tribu (5). Il aurait
permis aussi une certaine coordination des _ activités
economiques en fixant les poids et les mesures et en
coordonnant les tarifs commerciaux (6).
(1) Du moins, le processus de formation d’une cité opérait-il dès cette
époque.
(2) M. LACAN - La population de Douala -Structures internes et mouvements
miqratoires - 1974, Toulouse, 434 p., multigr. (p.66).
(3) Cite par M. BEKOMBO, p.10 - d’après M. BUCHNER, Kamerun, Skizen und
Betrachtunqen (Leipzig, Duncker u. Humblot, 1887).
(4) R. BUREAU - “Ethno-sociologie religieuse des Duala et apparentes”-
1962, Recherches et Etudes camerounaises,nO7-8, 372 p. (p. 53).
(5) idem. p.53. Le clan Bonabela fut exile, et le vieux chef Eyum Ebéle
(Charley Dido) exécuté.
(6) 3. WEBER et M. KUOH -MOUKOURI - Le concept de mode de production
et l’évolution africaine - 1971, Nantc 3rre , Université de Paris
X, D.E:S. de Sciences Economiques. Chap. IV - Essai d’application,
des Duala a Douala,p.l34. -
102
- L’importance des activités non-aqricoles
Certes, les femmes dwala cultivent des champs vivriers,
et les hommes partent régulièrement 2 la pêche (1) , mais
l’importance du commerce précolonial est tel qu’on ne
peut considérer les villages dwala uniquement comme des
villages de pêcheurs.
- L’approvisionnement des populations dwala par des villa-
qes d’esclaves
Ces villages d’esclaves sont nettement sépares des villa-
ges dwala soit par un obstacle naturel (2), soit carrément
par une palissade. Cette limite, appelée “koto”, ne signi-
fie pas seulement une ségrégation tribale (3), mais elle
marque le début de la campagne, c’est-a-dire des villages
consacrés exclusivement à 1 ‘agriculture (sans pêche ni
activité commerciale) et dont la fonction est d’alimenter
les populations dwala. Ces villages sont constitues de
(1) Les hommes adultes étant accaparés par la pêche et les activités com-
merciales, ce sont les jeunes gens qui ,procèdent au défrichement
des champs cultivés par les femmes (WEBER 3. et KUOH-MOUKOURI M.,
p.119). Aujourd’hui encore, à Douala, la pêche reste une activité im-
[Link] recensement de 1968, la population active masculine
et féminine travaillant à la pêche était de 1 510 hab. (Dwala, Bakoko
et’ Nigerians). Maurice LACAN, opicit. p.42.
(2) Par exemple, dans l’île Malimba, les villages d’esclaves sont sur la
côte sud, et ceux des Malimba (apparentés Dwala) sur la côte nord.
(3) La ségrégation n’était d’ailleurs pas rigoureuse dans le temps puisque
les fils d’esclaves étaient intégrés a la société dwala. Le muyabedi,
fils d’esclave, était considéré comme demi-libre. Il était admis
aux danses de 1 ‘association jenqu (avec cependant le droit de ne
porter qu’un seul maracas). Cette association était chargée de célé-
brer le culte des esprits de l’eau en liaison avec l’activité de
pêche. Le muyabedi avait la réputation d’être prétentieux, et sa
promotfon sociale était parfois rapide : Ebélé, fondateur du clan
DeIdo etait le fils du captif Ejombé qui avait eu la chance d’épouser
la fille Kana du clan Akwa. A la deuxième génération, le descendant
d’un esclave devenait wonja, c’est-à-dire homme libre, cf. René
BUREAU, 1962, p. 57.
103
ca’ptifs de guerre et d’esclaves achetés ou reçus en ca-
deau (1). Il est possible que le ralentissement de la
traite des esclaves a la suite du contrôle de la côte
par Les navires. britanniques, ait favorisé leur ‘formation
par accumulation d’esclaves non vendus (21, mais il faut
remarquer que- la traite ne cessa jamais totalement malgré
cette action anti-esclavagiste. L’existence des villages
d’esclaves correspond surtout, à notre avis, à la logique
de la cité dont la survie matérielle implique une domina-
tion sur Les campagnes environnantes (3).
C’est surtout ce dernier critère, le type de rapport qu’une
agglomération établit avec son environnement rural, *
fonde le fait citadin. Par contre, la présence d’espaC:i
cultivés à l’intérieur même du périmètre habité n’est
pas contradictoire avec le fait citadin : aujourd’hui
encore, la plupart des villes africaines ont un fort
pourcentage d’actifs agricoles.
La colonisation va saper les bases de la société
dwala : le commerce,dont le trafic esclavagiste, et l’approvi-
sionnement de la cite par les villages d’esclaves. Certains
auteurs parlent volontiers de la décadence des Dwala au
XXème siècle. Ce qui nous surprend, pour notre part, c’est
que cette société ait pu survivre malgré tout, alors que les
-----------------------
(1) Le ‘mukoma est un captif de guerre, le mukaki a été acheté à l’âge adul-
te, l’etumbe a et& acheté enfant et agrandi en esclavage, le mujabedi
a éte reçu en cadeau, le muyabedi est fils d’esclave. Chaque esclave
travaille. pour un patron dwala. Par le biais de leur association, le
menqanqa, les esclaves disposent d’une certaine marge de manoeuvre
pour faire pression sur leurs patrons : “si un membre [Link]
avait des griefs contre son maître, il plaçait devant sa porte un
bâton qui le mettait au ban de la société. Pour s’en tirer, le patron
devait se soumettre au kwa (poison d’épreuve) et de toutes façons
sa case était détruite. Lesluttes entre nobles et esclaves allèrent
jusqu’à entraver complètement le commerce sur le Wuri. Le conseil
anglais de la baie de Biafra dut intervenir pour rétablir la paix”.
(R. BUREAU, 1962, p.55). Ces esclaves domestiques ne sont pas a
confondre avec les esclaves qulon peut vendre :II.. . les nombreux
esclaves constituaient pour les Duala une propriété rentable dans
laquelle ils avaient investi leurs bénéfices de commerce et
les esclaves sont alors a distinguer de ceux qui étaient achetés ou
capturés en vue d’un transport Outre-Atlantique” (Van SLAGEREN,
p.16).
(2) 3. Weber et M. Kuoh-Moukouri le suggèrent (1971, p.122).
(3) Cf. le cas de Foumban, ville précoloniale, d’après C. TARDITS -
Le royaume bamoum. 1980, Paris, éd. Armand Colin (Edisem, Publications
de la Sorbonne), lC78 p.
104
évènements la condamnaient. Certes les Dwala ont perdu l'im-
portance qu’ils avaient au XIXème siècle, mais leur reconver-
sion mérite d'être appréciée a sa juste valeur.
Des débouches dans des activités non-agricoles s'of-
frirent d'abord à eux. Parmi les premiers scolarisés du
Cameroun, les Dwala furent par conséquent parmi les premiers
à servir d’employés dans‘ les maisons de commerce et dans
l'administration. 15 yb de la population active dwala (hommes
et femmes) était en 1954, dans la catégorie des employés de
bureau ou exerçait une profession libérale (1). Le missionnai-
re Alfred Saker, de son côté, lança quelques activités techni-
ques (travail du bois et du bâtiment) pour que les premiers
chrétiens, marginalisés vis-a-vis de leur milieu d'origine,
puissent survivre :
l,. . .
Saker eut Z’idée de créer une écoEe industrielle au profit des jeunes
chrétiens et c’est cette école qui aUait contribuer à saper les fondements
de Z’es&vage dans la société dwala. IL est vrai que Saker entreprit d’abord
avec ses fidèles de faire des briques pour remplacer les constructions
provisoires et insalubres par des bâtiments définitifs. Puis il leur apprit 6
cultiver la terre tout en introduisant de’ nouvelles denrées alimentaires,
dont les chrétiens de Douala furent alors les premiers fournisseurs. Peu à
peu l’activité industrielle prit une telle envergure que la ville se distingua
d’autres villes de la côte africaine par le grand nombre de ses artisans
très qualifiés et par son application de la civilisation moderne:(Van Slage-
ren) p. 27.
L’impact de la formation technique donnée par A.
Saker est sans nul doute quelque peu exagéré dans ce texte.
Néanmoins, 1. Dugast confirme la présence d'artisans dwala.
Elle estime que les Dwala -sont “bien doués pour les travaux
fins de menuiserie et d'ébénisterie", mais elle constate ce-
pendant que "leurs artisans sont malheureusement peu nom-
breux"(2).
____-----------_-------
(1) Maurice LACAN (1974), p. 278.
(2) 1. DUGAST - [Link]., p.12
105
Nous avons vu précédemment que la pêche était
restée une activité importante. Outre son intérêt purement
économique, elle a permis, entre autres, de maintenir les
activités rituelles en liaison avec le thème de l’eau et
donc d’assurer un minimum de cohés-ion sociale.
Mais là où les Dwala firent preuve d’originalité,
ce fut précisément dans un début de colonisation agricole du
Moungo dès les premières années du XXème sièc1.e. _N’ayant pas
de terres disponibles, ils utilisèrent leurs anciennes rela-
tions commerciales pour obtenir des terres a l’intérieur. un
grand nombre émigrèrent ainsi dans la région de Yabassi,
d’autres dans le sud du Moungo, d’autres enfin remontèrent
le Moungo jusqu’au niveau de Man jo.
Plus peut-être que d’autres populations camerounai-
ses, ils étaient prêts à employer une main d’oeuvre agricole
du fait de l’existence de ces villages d’esclaves que nous
venons d’évoquer. De taille beaucoup plus restreinte que
les plantations européennes , celles des Dwala se rapprochaient
néanmoins de ce modèle du fait de l’utilisation d’une main
d’oeuvre non familiale. Elles constituèrent,bien avant les
grandes plantations bamileke, le prototype des unités de
production indigènes gérées sur le mode capitaliste. De
même que pour les villages d’esclaves, la main d’oeuvre des
plantations dwala était souvent d’origine bamileke. Nous
avons ainsi, pour la société dwala, une parfaite continuité
entre les modes de production esclavagiste et capitaliste.
Afin de cerner l ’ ampleur de cette colonisation
agricole entreprise par les Dwala, nous donnerons quelques
faits, a défaut d’une enquête plus systématique qui mérite-
rait d’être entreprise sur ce sujet, dans les régions qu’ils
exploitèrent.
La reqion de Yabassi et le pays basaa
Tout naturellement, cette colonisation agricole re-
monte les voies fluviales déjà fréquentées pour des raisons
106
commerciales par les Dwala. Un recensement agricole de
1913 (1) dénombre une trentaine d’exploitations de cacao et
de plantains de part et d'autre du Wouri. 83,3 % de ces
plantations appartiennent a des Dwala. Il est significatif
que le cacao, culture d’exportation, se 'trouve associé avec
le plantain, culture vivrière, car déjà se pose le problème
du ravitaillement du centre urbain de Douala.
Dans les années vingt, le missionnaire R. Nicod ren-
contre un originaire du pays wuri (groupe ethnique au nord-
est de’ Douala sur les rives du fleuve Wouri) ayant grandi a
Douala avant la colonisation, installe au nord-est de Yabassi
sur une rive de la rivière Dibeng. Sa main d'oeuvre est
suffisamment nombreuse pour qu'il ait fondé une communauté
chrétienne. Fervent chrétien, il a fait venir à ses propres
frais un jeune homme scolarise pour diriger celle-ci, et une
église a été construite par ses soins.
Dans les années trente, les rapports administratifs
de la circonscription de Yabassi, signalent la présence
de nombreux Dwala, a l’est de Douala en direction d’Ed&a,
plus précisément près du village basaa de Bonépoupa sur’
la Dibamba. Là, plusieurs petits villages de planteurs dwala
se sont constitues très tôt et groupes sous le commandement
du chef Kingué Dika (dwala). Cette région, de communication
difficile avec Yabassi, sert de refuge à de nombreux "vaga-
bonds”, selon la terminologie utilisée par l'administration
colonidle, lesquels “trouvent asile chez les nombreux manoeu-
vres de races diverses employés par les planteurs" (2).
Dans cette région a proximité de la Dibamba, quelques plan-
teurs dwdla ont de la main d’oeuvre étrangère, notamment
“Yaoundé”, mais il ne sont pas les seuls et ce premier peuple-
----------_-----_______
(1) Cité par MOBY ETIA P. _ Les pays de Bas-Munqo, Bas-Wouri, 1976,
Yaoundé, Université de Paris 1, These de geographie, 271 p. multigr.
(2) Rapport de tournée de 1'Administrateur Paillas, du 11 au 23 Avril 1931,
Yaounde, Archives nationales, APA llï’%/C, Yabassi.
107
ment s’est- accru d’éléments étrangers dont la plupart ne
veulent pas- reconnaître l’autorité du chef ( 1) : le recense-
ment de ce village, dénommé Dibamba, aboutira à l’excluSion
de 17 individus “renvoyés dans leur pays d’origine” et a
5 condamnations par le tribunal pour faits de vagabondage !
C’est dire la relation étroite entre colonisation.. agricole
dwald et utilisation d’une main d’oeuvre salariée.
La partie méridionale du Moungc
Très tôt également, les Dwaia investirent les
régions pongo et abo, et la région, de Mbanga. Plus précise-
ment cette colonisation agricole emprunta la vallée du Moungo
comme axe de pénétration. En 1913, le recensement agricole,
déjà mentionne a propos [Link] vallée du Wouri, chiffrait a
271 le nombre de plantations dans cette vallée dont 240 (soit
88, 6 06 ) étaient tenues par des Dwala. C’est dire la rapidité
avec laquelle les Dwald comprirent l’enjeu que constituait
1:’ économie de plantation et l’approvisionnement de Douala
([Link] macabo sont associés au cacao).
Dès 1913, ces plantations sont donc nombreuses, et
les superficies,ainsi mises en valeur, importantes. Le recen-
sement ne mentionne les surfaces des exploitations .que pour
84;5 XI d’entre elles (229sur 271) ; mais à partir des exploi-
tations mesurées, dont la superficie totale atteint 1 704 ha.
et de la superficie moyenne d’une exploitation (7,44 ha 1,
on peut évaluer à plus de 2 000 ha (2 016,48 ha) [Link] surfa-
fes cultivées.
Quelques autochtones participent a cette mise
en valeur : des Balong (201, Pongo (6) et Mungo (3) ; mais
ils sont nettement minoritaires et leurs plantations sont de
dimension redui te (une seule dépasse 2,5 ha et la moyenne
s’établit à 0,87 ha_ [Link]).
(1) Rapport trimestriel ‘1931 de. la &.rconscription de Yabdssl. Yaoundé,
Archives nationales, APA 11798/C.
108
Les plantations dwala sont de taille très variable,
mais on constate l'existence de grandes plantations : pr,&s de
30 % des exploitations ont plus de 5 ha ce qui suppose L'em-
ploi d'une main d’oeuvre importante.
Tableau no16 : Plantations dwala~dans la vallée duMoungo en 1913
nb. %
moins de 1 ha 45 23
de 1 à 2,5 3: 31
de 2,5 à 4,Y 17
de 5 à 7,4 19 10
de 7,s à Y,9 11 6
de 10 à 24,Y 14 7
de 25 à 49,Y Y 4
50 et plus 5 2
Total 198 100
Exploit. non mesurées 42
nb. total d’exploitations 240
Il est intéressant de constater que cette vallée
du Moungo est colonisée par certains clans dwala seulement :
126 Bonanjo, 31 Bojongo, 19 Bonaberi, 16 Bonaduma, 8 Bonapri-
SO, etc... toutes ces familles relevant du groupe Dell.
Par contre, les Deido sont les plus nombreux dans la vallée
du Wouri, suivis par les Akwa. Ce net découpage de l'espace
par zones d'influente reproduit sans nul doute les anciennes
aires d'influente commerciale de l'économie de traite.
Des inégalités sont reperables à l’intérieur d'un
même groupe familial : 12,906 seulement des explpitations
tenues par les Bojongo dépassent 5 ha contre 31,2 % pour les
Bonabéri, et 33,3 % pour les Bonan jo ..
Ce processus de colonisation agricole du Bas- Moungo
par les Dwala consacre leur influence sur toute cette région,
ce qui n’est pas sans inquiéter vivement le pouvoir colonial :
“Une place particulière doit être faite aux étrangers, planteurs pour
la plupart et en bonne partie Douala, qui se sont installés le long de
la voie ferrée aux environs et au nord de Mbanga et le long du Mungo
@iv.), et qui s’étendent de plus en plus à l’est, le long des affluents du
Wouri. Cette partie de la population a été dans le passé Za source de
109
nombreuses difficultés car elle est la plus évozuée et la plus riche. Si
soR activité, bienfaisante au point de vue économique est à encourager,
son action politique est à surveiller étroitemerW1 ! (1).
Le pouvoir colonial tente d’isoler les Dwala par
le découpage administratif des circonscriptions. Le 27 -3uin
1921, Pongo et Abo sont intégrés à la subdivision de
Nyombé (future subdivision de Mbanga) laquelle dépend de’
la circonscription de.. Douala. Mais le .26 novembre 1926,
l.‘administration revient sur cette décision et rattache la
subdivision de Mbanga à la circonscription de Nkongsamba (2).
Depuis, l’unité administrative qui sera plus tard le départe-
ment du Wouri, corncide avec la ville de Douala et ses envi-
rons immédiats.
Pongo et Abo, de leur côté se considèrent comme “Dwalaman” (3)
‘La subdivision de Mbunga peut être divisée en 2 parties : ia région
du sud comprenant les régions Bakoko, Pongo, Abo nord et Abo sud.
De langue et de coutume Douala pour la plupart, autrefois sous la dépen -
dance des chefs douala, regardant vers Douala avec qui se yont- toutes les
opérations commerciales, s?[Link] par des. mariages fréquents avec
les Douala, les habitants de ces régions subissent de ce côté une infZuence
considérabZe” (4).
“Des réunions secrètes, furent décidées au cours desqueUes. les Pongo
envisagèrent leur rattachement à la subdivision de Douala, estimant
qu’ils avaient droit au titre de “doualaman” et qu’alors on les laisserait
tranquilles pour les travaux manuels, en leur laissant le droit de racheter
leurs prestations” (5).
------------------_-----
(1) Rapport du Ier trimestre 1930, subdivision de Mbanqa, APA 11799/G.
(2) APA 11799/F, subdivision de Mbanga.
(3) En pidgin, la traduction anglaise donnerait : Dwala-men (merxhommes).
“Les traditions établies à ce jour nous indique& que les Dwala.
appartiennent à un large groupe englobant les Ba-limba, ba-Noh (dits
ba-Tanga), BO (Abo), Lo-Ngase, Ewodi (dits Wuri ou Ori), Pongo,
Ba-Kwédi et d’autres unités de moindre importance démographique,
assimilées pour cette raison - l’ensemble des groupes se réclamant du
Imême ancêtre Mbédi-Mbongo” (M. BEKOMBO [Link].,p.2).
(4) APA 11799/F, Mbanqa 1927. Le rapport administratif confirme cette
analyse en révelant les collectes d’argent qui se font en faveur des
Dwala condamnés à une peine de prison.
(5) Rapport annuel de 1933, subdivision de Nkonqsamba, APA 11798/F.
Ces reunions secretes temoignaient de la reaction des populations
locales au travail prestataire organisé par l’administration pour
faire la route Mbanga-Moundamé.
110
L’opinion des administrateurs est catégorique:
“Région indisciplinée et rendue frondeuse par la proximité de
la région Douala de laquelle elle se rapproche par l'esprit
et les tendances. Les instructions et ordres donnés étaient
généralement reçus avec désinvolture et exécutés avec mauvai-
se grâce" (1).
Dans un tel climat, le moral des administrateurs
était mis à rude épreuve, ainsi pour 1' Administrateur Raynaud
qui venait d'être nomme chef de la subdivision de Mbanga au
moment même où un travail prestataire devait être organise
pour construire la route de Mbanga à Moundamé Beach. Son
supérieur hiérarchique, le chef de la circonscription de
Nkongsamba, transmet alors ses inquiétudes au Commissaire
de la République Française à Yaoundé, en lui demandant de ne
pas tenir compte des nombreuses lettres d'accusation qu'il
reçoit et qui visent M. Raynaud :
“J’ai appris de source certaine que le Prince Bell de Douaia apporte
son concours aux mécontents et dirige leur campagne de protestations.
Tout récemment, il présida une réunion de nuit, à Moundamé, où il fut
décidé qu’une nouveZZeplainte contre le chef de subdivision de Mbanga vous
serait adressée ainsi qu’à Monsieur le Procureur. Ces manoeuvres ne
sont pas pour troubler ma sérénité et je ne dramatise par leur portée,
mais je crains qu’elles aient LUI effet démoralisant sur mon jeune collabo-
rateur qui exerce son premier commandement dans un poste particulière-
ment délicat. Aussi, pour réconforter son zèle et encourager son activité
lui ai-je adressé la lettre ci-jointe l’engageant à ne pas se laisser influ-
encer par la campagne menée contre lui...” (2):
L’influence des Dwala ne s'arrête d'ailleurs pas a
cette partie méridionale du Moungo, mais s'exerce plus au
nord, jusqu’au niveau de Manjo. Cependant, elle perd progres-
sivement de sa force politique.
La réqion du Manjo
Nous avons déjà vu qu’en 1947, plus de 100 Dwala se
trouvaient dans le canton Manehas ; s'ajoutaient à eux environ
----------------_--------
(1) Yaoundé, Archives nationales, APA 11798/F, Rapport annuel, 1933,
Nkonqsamba.
(2) Lettre de décembre 1932. Yaoundé, Archives nationales, APA 11798/K.
111
.
300 Abo et Pongo qui-leur sont apparentés et perçus ,comme-
tels par les autres groupes ethniques ; au total 417 person-
ries, soit le QlUS fort contingent des migrants non-bamiléké.
Un rapport administratif de 1934 présente le canton
Manéhas comme partagé en deux zones d'influente : bamiléké
au,, nord et pongo (et sans doute aussi abo et dwala) au sud
ffL’autochtone ,pares&ux, a vendu les droits d’usage à des Bamiléké dans
le nord et à des Pongo dans le sud. On constate que les villages des
%trangers’f sont florissants alors que ceux des Manéhas sont pauvres.
L’opposition est partitiulièrement marquée aux villages de Nlohé, de
Manengoteng, de Manengqlé” (1).
Les agents de l’agriculture admirent les plavta-
tions de caféiers tenues par les immigres. A Nlohé, le dwala
Elimbi 3oë est considéré comme un planteur modèle (2).
Les planteurs dwala seront particulièrement vulnéra-
bles lors de la grande crise économique de 1928-32, puisqu'ils
utilisent une main d’oeuvre salariée.
Avec le développement urbain de Douala, une autre
activité apparaIt : la spéculation immobilière. Cl-est cette
évolution des activités économiques que M. Lacan résume dans
le texte suivant :
“Ecartés depuis l’époque. allemande des activités commerciales, mais peu
‘désireux de se livrer aux travaux manuels Zes pZus pénibles qui sont laissés
ati étmngérs, les Duala sont à la recherche de nouvelles bases économi-
ques. Les Bell qui sont touchés par l’expropriation mettent leur compétence
au service du commerce et de 1‘administration où ils acquierent la réputa-
tion, aujourd’hui bien établie, de clercs ou bureaucrates. D’autres partici-
pent à la mise en valeur du Mungo : on compte en 1935 quelques 5000
planteurs établis hors de la ville.- Leur retour, pendant et après la grande
crise, est à l’origine de la remontée des effectifs. Mais daris les années
1930, c’est vers la spéculation immobili$re que s’orienteront la plupart
des autochtones ...I’ ( M. LACAN, p. 66).
(1) Raoport de tournée du 5 au 11 décembre 1934, Nkonqsamba, Yaoundé
Archives nationales, APA 11797/8.
(2) Un chef de famille de Nlohe avait épouse une- fille dwdld à 1 ‘époque
précoloniale.
112
b) Les commerçants hausa :
Les commerçants hausa forment un second groupe
d’immigrants nettement individualisé. Le missionnaire H.
Nicod décrit ainsi ceux de la région de Nkongsamba , dans
un style particulièrement coloré :
“Des hommes haut de taille au teint foncé, aux traits fortement accusés,
se distinguent surtout par l’ooulence de leurs vê[Link] blancs qui trafnent à
terre et leurs têtes enturbanné[Link], carquois, fines épées pendent à leurs
épaules et à Zews flancs, quelques-uns tiennent à la main de longs javelots
aux pointes de fer. Ce sont des chefs ou des notables Haoussa . . . Quand
le Haoussa s’installe quelque part, c’est à. proximité des commerçants
ou d’un poste administratif, en général, comme un satellite de la civilisa-
tion européenne. Il construit alors des huttes rondes, en herbes, qu’il
entoure de hautes palissades. De ces cours fermées s’échappe le bruit
sourd et cadencé des mortiers de bois dans lesquels les femmes écrasent
le mai3 pour Ze réduire en farine ; parfois aussi, un son de flûte’ ou de
tambour” (p. 145).
Ces Hausa ont profité des structures étatiques
mises en place par les Fulbé au nord du Cameroun, les lamidats,
pour s’infiltrer dans cette région, A la veille de la péné-
tration coloniale, ils avaient également prof%té de la consti-’
tution du royaume des Bamum QOUr descendre encore plus
au sud :
“Déjà au temps du règne du roi Nsangu, père de Njoya, qui perdit la
vie vers 1898 dans la guerre avec les Banso, des commerçants Haoussa
étaient descendus de l’intérieur sur Foumbun. Ils apportaient avec eux le
Coran, des livres de prière et des formules magiques que Nsangu acheta
pour une très grosse somme d’argent. Plus tard, lorsque Njoya fit appel au
Lamido de Banyo pour se débarrasser de son rival Gbetnkom et que les
Haoussa ne cessaient de circulèr, l’influence de l’Islam augmenta de
façon progressive. Le Sultan de Banyo aurait détaché quelqu’un pour
enseigner la prière musulmane à Foumban et un groupe de néophytes,
nommés gha to tu (ceux qui baissent la tête), y fut constitué. Njoya de
son côté, sans toutefois adhérer publiquement Ù l’Islam, prit l’habitude de
porter’ des robes flottantes et un turban. Il permit aux commerçants
Haoussa de construire une mosquée sur la place du marché, Tout cela se
passait Ù la veille de la pénétration allemande à Foumban en 1902.” (Van
SLAGEREN p.101).
Au début du XXème siècle, l’auteur que nous venons
de citer, estime que les Hausa formaient à Foumban, un quar-
tier de 2 000 habitants (1). De même, ils utilisèrent la
------------------------
( 1) Van SLAGEREN, Q . Y 1.
113
“paix coloniale” -et 1’ [Link]-ion d-e postes administratifs
pour s’installer dans l’ouest et le sud du. Cameroun. Cette
liaison étroite entr’e les activités commerciales des Hausa et
la mise en p1ac.e de structures étatiques ne doit pas surpren-
dre. Les Hausa procè[Link] en effet à des transactions sur de
longues distances, utilisant pour cela les groupes de compa-
triotes installés ici et là comme, autant de relais. C’est
donc par caravanes que les -Hausa acheminent, entre autres
produits, 1 ‘ivoire du. pays vuté, vèrs la vallée de la Bénoué
et Sokoto (11, et les noix de kola des pays banso et bamiléke
vers les pays musulmans. Pour cela, ils doivent traverser
des contrées les plus diverses et affronter des groupes de
pillards. Les Giziga et les Gidar, par exemple, tendaient
volontiers des guet-apens aux caravanes hausa qui allaient de
Garoua à Maroua, détrouss’ant les ânes de leurs fardeaux.
On comprend l’intérêt, pour ce mode de commerce, de benefi-
cier des pouvoirs centralises s’exerçant sur de vastes terri-
toires.
Par contre, dans tout l’ouest et le sud du Cameroun,
les transactions commerciales ne pouvaient se faire que
de groupe a* groupe à cause de la mosaïque politique exis-
tante : chefferies des plateaux de l’ouest et societes-acepha-
les organisées en termes claniques.
La précipitation avec laquelle les Hausa profitè-
rent de la bonne occasion que représentait pour eux la péné-
tration coloniale, est tout à fait remarquable :
“‘A partir du moment où Zintgraff commençait à prospecter les ‘régions du
Nord, les marchands haoussa cherchèrent à trouver des communications
avec la. côte du Cameroun.. La première grande caravane haoussa parvint
à atteindre Victoria en 1902, d ‘autres étaient signalées sur la route
Bangangté-[Link]’ ( Von SLAGEREN p. 91).
Les missions chrétiennes, entre autres la S.M.E.P.
(Société des Missions Evangéliques de Paris) ,redoutaient,
---------------------------
(1) Sokoto, siège de 1’Emirat Fulbé. La vallée de la B&oue était devenue
dans la deuxième moitié du XIXème siècle un axe de penetration des
produits européens et d’évacuation des produits tels que l’ivoire.
114
a juste titre, un déferlement de l’Islam sur le sud et l’ouest
du Cameroun par l’intermédiaire de ces Rausa et a la suite de
la construction du C.F.N. C’était notamment une [Link] du
directeur de la S.M.E.P., E. Allégret (1).
Les Hausa empruntèrent effectivement le C.F.N. pour
investir les petits centres semi-urbains en formation autour
des gares. Une population totale de 573 Hausa est recensée
en 1923, dans la région de Mbanga et de Bonabéri, la ,moitie
constituée d’hommes adultes (290). Ces Hausa sont repartis
en petits groupes sous la direction de six chefs hausa (2).
Ils sont particulièrement nombreux a Nkongsamba :
407 en décembre 1934, et 524 en août 1937. On trouve également
de forts contingents a Baré et à Melong 1 et II (3).
Relativement nombreux, s’installant les premiers à
la suite de la création d’un poste administratif, entretenant
de bonnes relations avec cette administration, ils se voient
souvent confier la charge de représenter les “étrangers”. A
Nkongsamb.a, par exemple, Adam Arab qui réside au village hau-
sa de Baresoumtou, exerce les fonctions de chef non seulement
sur ses compatriotes ,’ mais aussi sur tous les étrangers
fixes dans la région de Nkongsamba sans allegeance aux chefs
territoriaux (soit 3 900 personnes en 1939) et sur la popula-
tion dite flottante (7 300 employés et manoeuvres à.cette mê-
me date). Il est aide dans sa tâche de chef supérieur par des
représentants des principaux groupes ethniques (4).
------------____--__-----
(1) Cf. Van SLAGEREN, (1972)
(2) Ces six che’fs hausa sont : Malam Bell0 a Mbanga (installé en 1917),
Garha à Nyombé, Abatcha à Suza, Mahamadou a Maka, Ibrahim a Loum, en-
fin Malam Labaru à Bonaberi (Rapport sur la coutume indiqene, 1923,
Yaoundé, Archives nationales, IRCAM.
(3) Rapport de tournée du 18 au 22 août 1937 de 1’Administrateur MENEZ,
chef de la subdivision de Nkongsamba (Yaounde, Archives nationales,
APA 11797/B, Nkongsamba).
(4) Bamum, Bamiléke, “Y aounde” , “Baf ia” , Vute, Dwala-Pongo, sont ainsi
représentés. Même référence que la note précédente.
115
A Nlohé, l’administration a également placé un Hausa :
“‘A la tête de cette tour de Babel oh les. Bamiléké et les Yaoundé se
comptent par centaines, nous avons placé un représentant de IlAdministra-
tion, soudanais retraité après 15 ans de services, qui tiendra en main
(espérons-le) cette population turbulent@ (1).
On peut constater que c’est un Hausa qui est chôisi
bien que ses compatriotes ne soient pas nombreux, et malgré
le prestige dont jouit a Nlohe le représentant des Dwala et
des Pongo : Peter. Mbimbe.
En 1939,’ une école coranique est ouverte a Nkong-
samba.
Cependant, la participation des Bamiléké aux activi-
tés commerciales concurrença vigoureusement cette expansion
hausa, et celle-ci ne put prendre toute l’ampleur qu’elle
aurait pu avoir sans cela (2).
c) Les “yaoundé” et les “bafia.”
Les Ewondo sont partout signalés dans le [Link]ès
tôt scolarisés, notamment par les missions catholiques,
ils ont été parmi les populations les plus ouvertes à la
coionisation. Les missions catholiques du Moungo s ‘appuieront
sur eux pour toucher les autres immigrés.
Les populations de la région de Bafia sont égale-
ment bien représentées dans le [Link] nombreux transfuges
se glissant parmi les immigrés, le chef de la circonscription
de Bafia demande à plusieurs reprises leur renvoi, à son
homologue du Moungo. Cependant, les “Baf ia” jouissent en
----------------------------
(1) Rapport de tournée du 15 au 11 décembre 1934, subdivision de Nkongsam-
&. Yaounde,Archives nationales, APA 11797jB.
(2) Il suffit de comparer le cas du Cameroun avec celui de la Côte d’ivoire
04 les populations “diula” ont investi tous les centres ‘de la partie
meridionale, pour se faire une idée de ce qu’aurait pu être l’immigra-
tion hausa sans la concurrence bamiléké. Dans l’ouest et le sud du
. Cameroun, les Bamiléké jouent le rôle que les commerçqnts “soudanais”
remplissent dans d’autres pays africains.
116
général d'une bonne réputation et "les exploitants européens
de la ligne prisent particulierent la main d’oeuvre de cette
race” (1).
Ce problème des transfuges fuyant l'impôt et le tra-
vail prestataire affecte le Moungo. L’heterogeneite et le
caractère récent de son peuplement, l'intensité des mouve-
ments migratoires qui Y opèrent, en font une excellente
zone de refuge loin des contraintes de i ‘ddministration colo-
niale. Que le Moungo soit limitrophe avec un pays géré par une
autre administration, où l'on peut s’installer provisoirement
pour échapper aux recherches, est également un atout sérieux
pour sa réputation de zone de refuge. L’administrateur,du
cours de ses tournées ,tombe parfois sur un village de trans-
fuges comme celui découvert, en 1933, sur la route "bakosi"
(de Loum a la frontière franco-britannique) :
“Au cours de la reconnaissance effectuée sur cette route, j’ai eu la surprise
de découvrir un véritable viEZage, de construction toute récente, établi à
quelques mètres de la frontière. Ce village, composé d’une trentaine
de cases en paille, habrite uRe quarantaine d’indésirables dont la plupart
ont pris la fuite -chez nos voisins dès que ma présence fut signalée. Ces
individus sont originaires de Yaoundé, Douala et Bafia. Ils n’ont certaine-
ment acquitté aucune taxe. Je leur ai donné un délai d’une semaine pour
se mettre en règle et évacuer cet emplacement d’où il leur est vraiment
trop facile de se mettre à l’abri des autorités françaises ou anglaises
suivant Zes besoins du moment” (2).
Il est certain qu’entre ces transfuges et les
Ewondo devenus capitas dans une plantation' européenne, les
différences de motivation sont grandes. Le Moungo apparalt des
cette époque comme un véritable "melting pot", un milieu
cosmopolite à la fois porteur d'un développement économique
sans précédent dans l'ouest du Cameroun, et lourd d'inquietu-
de par ces masses situées hors de leur milieu d’origine
et échappant pratiquement à tout contrôle de leurs sociétés
traditionnelles.
(1) Rapport annuel, 1933, de la subdivision de Nkonqsamba. Yaoundé,
Archives nationales, APA 11798fF.
(2) Rapport de tournée, 1933, Nkonqsamba .. Yaoundé Archives. nationales
APA 11798/H.
117
d) Nkonqsamba, ville cosmopolite
La croisianhe rapide de Nkongsamba et son ambiance
de ville du Far-west, résument cette histoire .du Moungo dans
la première moitié du XXème siècle. L’animation y estparticu-
lièrement grange dans les rues :
“Une rue unique part, de la gare et descend vers 28 fond d’un vallon.
Quelques européens ont établi des boutiques en tôles le long de la rue plus
exactement de ce chemin de terre rouge et argileux. Plus bas que les fac-
tories, dont qùelques unes sont encore fermées depuis la guerre, est cons-
truit un misérable village où vivent les étrangers attirés par l’argent
qu’ils peuvent gagner en travaillant chez les commerçants blancs,, mais
surtout en exerçant le métier de petits revendeurs sur les marches des
environs. Zl y a des Grassfields en grand nombre, descendus des plateaux
de l’intérieur, vêtus d’une étroite bande d’étoffe passant entre les jambes ;
on en voit qui, des boutiques jusqu’à la gare, transportent des sacs
pesant jusqu’à cent kilos qu’ils placent sur la tête.
Des caravanes d’hommes, de femmes, d’enfants lourdement chargés appor-
tent aux. marchands, du cacao, des nattes, mais surtout des noix de
palme qui serviront à faire du savon et des huiles industrielles~~ (H. NICOD,
p.145).
Devant le spectacle des rues animées de ce centre urbain, le
missionnaire H. Nicod voit naltre une nouvelle civilisation :
“Cette agglomération sans apparence est d’une importance capitale dans la
vie du pays : un sime des temps nouveaux de l’évolution profonde qui mène
rapidement les tribus indigènes vers un avenir dont elles ne soupçonnent
nullement les secrets.
Dans ce village bat le pouls d’une civilisation nouvelle et d’une organisation
sociale diamétralement opposée à celle qui existe ici depuis des siècles.
La civilisation nouvelle, représentée par quelques européens, c’est tout
d’abord en cet endroit, et presque uniquement, celle que crée l’argent.
que chercherait-on d’autre dans ces cases en tôles inconfortables, au
milieu d!une population si étrangère à la mentalité des Blancs qu’il fau-
drait la transformer avant de pouvoir établir avec elle des relations
autres que celles de l’intérêt.
Acheter, vendre, importer, exporter des marchandises pendant quelques
mois, réaliser des bénéfices pour rentrer au pays, voilà la préoccupation
de ceux qui viennent s’établir en ces lieux inhospitaliers et se privent
de presque tous les avantages de la civilisation.
Seule, la présence de la voie ferrée et des quelques boutiques groupées à
son extrémité a suffi pour que fût transformée la vie zociale de la région.
Il n’y a pas encore trente ans, le chef de Nkongsamba avait fait savoir
que tout Blanc qui cherchait à pénétrer dans son village serait mis a
mort. A ce moment-là, les étrangers, si nombreux aujourd’hui : gens
de la côte, Grassfiels, Haoussas etc... n’auraient jamais pu voyager Zibre-
ment et s’installer dans le pays, alors divisé à l’infini entre des tribus ja-
louses du territoire qu’elles occupaient.
118
Un centre comme c$lui de Nkongsamba est la création du gouvernement eu-
ropeen qui a unifie te pays et qui assure protection aux voyageurs et
aux étrangers. Il est la cheville ouvrière de cette Afrique nouvelle qui
naît à la vie et qui finira par supplanter l’autre” (p.147).
Bernard Nkuissi, dans son étude sur Nkongsamba, souligne lui
aussi cet aspect cosmopolite du peuplement de cette ville :
“La dernière traverse du C.F.N. située à 160 .km de Bonabéri, a été
comme un aimant puissant et irrésistible, attirant autour d’elle le commer-
ce, les services administratifs, une fouie d’affaires, une variété de popula-
tions d’origine souvent lointaine, créant dans un site un peu insolite,
une ville d’immigration dont le caractère est vraiment original et peut-
être unique au Cameroun” (p.95).
Les statistiques demographiques confirment ces
analyses qualitatives, Les recensements de 1935 et de 1937
sont, entre autres, particulièrement éloquents.
Tableau n017: Recensement des “étrangers” a Nkongsamba 1935-1937(l)
Déc. 1935 Août 1937
Eamileké 2 185 71% 2 501 73%
Hausa 407 13 524 15
Bamum 202 7 121 3
Yaoundé 152 5 99 3
Dwala, Pongo 93 3 103 3
Vuté 40 1 62 2
Congolais - - 24 1
TOTAL 3 079 100 3 434 100
Le fait urbain de Nkongsamba est consacré, dès
1923 , par la création administrative d’un “centre urbain”,
le 16 mai, et le transfert,le 30 septembre, de la subdivision
qui siégeait précédemment à Bar&. Aujourd’hui, Nkongsamba est
une commune de plein exercice ; comme Douala et Yaoundé,
elle est administrée par un délégué du gouvernement. Elle
apparaît à l’extrémité d’une longue chaTne de centres urbains
secondaires qui s’étend le long du C.F.N. depuis Douala, chaque
centre reproduisant le cosmopolitisme de La gr‘ande ville
- - - - - ---------------__---
(1) Rapport de tournée des 18-22 août 1937 par Menez,chef de subdivision
de Nkongsamba. Archives nationales, APA 11797/B.
119
comme autant de microcosme.5 OÙ l’on peut observer les flux .mi-
gratoireis, qui envahirent le Moungo dans la prem.ière moitié du
!Xème sièc1.e (1.).
2O - LA FIXATION DES MIGRANTS BAMILEKE
Parmi tous ces flux migratoires, ..l’immigration
-bamiléké est de Loin la plus importante. Son ampleur, dès le
début du XXème siècle, ne saurait nous surprendre puisque
ie pays bi-mil-éké est contigu au Moungo et connait de très
fortes densités démographiques. A l’époque précoloniale ,
des éléments bamiléké avaient déjà glissé dans la partie
septentrionale du Moungo, en pays bakem, atteignant le Nkam
(z-iv. 1.
La pression sur les terre? ne saurait ‘suffire
cependant 2 expliquer l’immigration bamiléké dans ces modali-
tés. On pourrait imaginer en effet que ces mouvements migra-
te-i-ces opkrent à la périphérie du’ plateau bamiléké, aboutis-
sant .. a une véritable auréole. Or, nous constatons leur nette
. 6rientYation :~ les migrants ne recherchent pas seulement
la .terre, mais surt-out une zone où ils .puissent participer
aux activités économiques les plus lucratives. C’est là,
précisément qu ’ a lieu la rencontre entre l-e capitalisme
et -1 ‘émigrati-on bamiléké.
Après’ .la période de l’huile de palme, commence
celle. des exploitations forestières et des grandes planta-
tions européennes. Avec d’autres populations, les Bamiléké
sont présents dans ces unités de production capitalistes .dis-
tributrices de revenus monétaires. A la même époque, les
(1) Aujourd’hui encore à Manjo, 1eS migrants non-bamiléké restent relative-
ment nombreux. Le recensement de ce centre urbain par 1’I.F..O.R.D. en
1974 a donné les résultats suivants :
Originaires du MoÙngo, Wouri et Prov. du Sud-Ouest 451 hab.
Originaires. des Prov. du N-W et Ouest 479 hab.
Originaires de Béti, Basaa, “Bafia”
soit 10% de la population totale de Manjo (14 162 hab.).
120
autochtones du Moungo et des éléments dwala et apparentés ou-
vrent des plantations individuelles de. cacaoyers oÙ ils em-
ploient, eux aussi, de la main d’oeuvre. Vers 1930, après la
crise économique, les plantations de caféiers - grandes
plantations européennes et plantations individuelles - se
multiplient dans toute la partie septentrionale du Moungo; au
même moment s’ouvrent des bananeraies dans la zone centrale
du Moungo,également grandes tionsommatrices de main d’[Link].
Nous pouvons résumer très schématiquement les
phases économiques de la première moitié du XXème siècle par
le tableau suivant :
Tableau no18 : Histoire économique du Moungo
Production Date Modes de production
dominante Chantiers Grandes Plantations Localisation
plantations individuelles
Huile de
palme X X
Hévéa Avant X
1930 sud
Cacao X X sud
Bois X
sud
Café Après
1930 X X nord
Bananes X centre
A cause ‘de ces activités économiques, le Moungo, plus
que d ‘autres régions, oriente les mouvements migratoires
dont ceux d’origine bamiléké.
Le Moungo répond également à une autre attènte
des Bamiléké. Ces derniers ne désirent pas seulement gagner
de l’argent, 1 es salaires offerts par les unité-s de produc-
tion capitalistes, mais s’installer définitivement et à
leur propre compte. Le rapport des migrants bamiléké avec le
capitalisme débouche directement sur’ la relation avec les
121
populations autochtone's car c'est auprès de celles-ci que les
Bamiiéké peuvent obteni-r des. terres. L'immigration bamiléké
se différencie radicalement en cela des autres flux migratoi-
res puisqu'elle aboutit à une colonisation agricole. Le
capitalisme a finalement joué le rôle de catalyseur de l'i,mmi-
gration bamiléké en lui. donnant l'occasion d'une première
étape dans le processus de colonisation agricole :
“Venus comme manoeuvres des plantations
d’abord ou ouvriers dans la cons-
truction du chemin de fer, les Bamiléké s’y sont peu à peu instaZlés
à leur propre compte, de sorte qu’aujourd’hui Ze travail dans une plantation
européenne ou indigène est considéré par beaucoup comme un moyen
d’acquérir leurs propres parcelles de terre" (1).
Ce double mouvement se trouve souvent exprimé par
la distinction classique entre migration organisée et migra-
tion spontanée. En fait, dans le cas bamiléké, cette distinc-
tion se révèle artificielle : .
?5i, à l’origine, l’émigration a été solli&tée par les européens en quête de
main d’oeuvre pour le&rs pEant&ions, elle est devenue aujourd’hui WI
phénomène naturel” (2).
Les Dwala' sont également intervenus dans le Moungo
comme colons agricoles,, cependant ils n'ont pas pu continuer
ce processus au-delà de la crise économique des années 1928-
32. Ils ont en effet adopté d'emblée le m6de de production
capitaliste en parfaite continuité avec l'utilisation d'escla-
ves au XIXème siècle pour leur agriculture, or la baisse
'des cours mondiaux provoqua le même effet sur leurs planta-
tions (et sur celles des autochtones du MoungO qui les avaiént
imités) q u’e sur les unités européennes. 'La colonisation
agricole bamiléké s'est avérée par contre moins fragile aux
fluctuations des cours mondiaux. Le mode de faire -valoir y
est direct, et la main d’oeuvre utilisée .d”origine familiale.
La main d’oeuvre salariée n’est pas exclue, mais elle reste
------------------------
(1) G. HAMANI (p.32) - [Link].,p. 32.
(2) H. SOURNIES - L’émiqration des populations bamiléké dans la @ion du
Munqo (Cameroun 1954) - Aspects divers et consequences - memoire de
stage Outre-Mer n040, Ecole Nationale de la France d’outre-mer,
annees 1954-55, p.4.
122
temporaire. Ce n’est que ’ dans une seconde phase que des
grands planteurs bamileke apparaissent.
On comprend que les Bamileke préfèrent travailler
comme main d ‘oeuvre pour le compte des planteurs indig.ènes.
En plus d’une rétribution monétaire, ils peuvent en effet es-
pérer obtenir l’autorisation de cultiver quelques produits vi-
vriers. sur un lopin de terre, et ultérieurement, d ‘ouvrir
une plantation dans les environs.-
a) La colonisation aqricole bamileke dans la région cacaoyère
de Mbanqa
La première zone de colonisation agricole bamileke
se situe au coeur même de la région cacaoyère de Mbanga. Ve-
nus à l’occasion de la construction du C.F.N. ,les Bamiléké
restèrent sur place et s’employèrent dans ‘les plantations
autochtones qui avaient grand besoin de main.d’oeuvre etrange-
re. D’après une enquête de la Société de Prévoyance, en 1934,
il y avait dans cette région de Mbanga environ 5 000 000 de
pieds de cacaoyers 1 Or la population autochtone (Bonkeng-
Pen ja et Balong) ne comprenait que 1 272 hommes adultes
recensés dont une partie (environ 500) [Link] chez
les planteurs européens : “C’est ce qui explique pourquoi les
planteurs indigènes autochtones ont dÛ faire appel a 2 179
indigènes du Noun (Province actuelle de 1’ Ouest), non pas
pour améliorer le rendement de leur plantation, mais unique-
ment pour ne pas les laisser péricliter” ( RAYNAUD , 1942).
Ils profitèrent ensuite de la crise économique
des années 1928-32 selon le processus suivant décrit par
1’Administrateur Ràynaud en 1942 :
“Ils (c’est-à-dire les migrants bamiléké établis dans
la région cacaoyère louaient 1eurs services
de Mbanga)
aux agriculteurs autochtones, partageant leur existence
et rés i dan t le plus souvent sur la plantation même. .4u moment
de la récolte les employeurs leur donnaient une certaine somme d’argent
123
avec un jeton d’impôt, comme gratification. Leur condition sociale était à
peine supérieure à celle ,de l’esclave.
Du point de vue politique, ils n’a’vaient plus aucune attache avec leur
chefferie natale, et dépendaient du chef sur Zequel se trouvait la plantation
de leurs maîtres. Toutefois, iZs ne participaient pas aux affaires du pays et
vivaient méprisés de l’ensemble de la population autochtone.
Mais la crise économique qui sévit de 1928 à 1932 bouleversa ilordre
établi, les planteurs de la subdivision habitués à disposer de fortes sommes
d’argent (certains Otto Dikoume, Garba Alabi, vendaient annuellement
plus de cent mille francs de cacao) ne surent pas S’adapter à la Situation
crée par les nouveaux cours de beaucoup inférieurs à ceux des années
précédentes. Espérant des temps meilleurs, ils s’endettèrent, aussi bien
dans le commerce local, qu’auprès de leurs employés, à qui ils demandèrent
-d’aftendre la prochaine campagne du cacao pour être rémunérés de leur
travail. Malheureusement les années qui suivirent n’apportèrent aucune
amélioration du sort des planteurs, bien au contraire, car les cours n’étant
pas à la hausse, les commerçants se payèrent en partie sur la nouvelle
récolte, et les planteurs presque sans argent, furent dans l’impossibilité
de régler leurs manoeuvres. La troisième année et celles qui suivirent;
achevèrent de ruiner les propriétaires autochtones qui ne pouvant tenir
leurs engagements enve,rs leurs employés, leur donnèrent en paiement
quelquefois une femme, et le plus souvent une partie de leur plantation.
Depuis, par suite de l’incurie et de la paresse des autochtones, ce procédé
est. devenu courant et c’est ainsi que peu à peu les plantations des indigè-
nes originaires de la subdivision passent aux mains des Bamiléké”.
Dans la même région de Mbanga; des Bamiléké purent s’instal-
ler dans une zone non occupée par les autochtones : celle
de Nkapa. Nous citons toujours l’[Link] :
“Un deuxième groupement s’installe autour des villages de Souza, NkaQpa
et Bomono dans le sud de la subdivision. R était composé des Bamiléké
n’ayant pu trouver du travail à Mbanga ou préférant la culture du palmier
à celle du cacaoyer. Mais dans les chefferies Pongo, Abo ou Bakoko, ils
se heurtèrent à une race plus travailleuse et ils ne QLIYentà part quelques
-exceptions très rares devenir propriétaires des biens de leurs maîtres.
C’est alors que, plutôt que de retourner dans leurs pays natal, ils se
groupèrent près de Nkappa et cultivèrent les terrains abandonnés. Un
des .leurs, nommé ‘Feinboy Nkétte(l), devint leur chef sans titre officiel,
prêta de l’argent à certains, soit pour louer des terrains,. soit pour créer
. un petit commerce. Par la suite, il fonda un village bamiléké à Nkappa.
C’est encore, à l’heure actuelle, le seul qui existe dans la subdivision.
Plus tard, en 1933, Feinboy Nkétté sera reconnu par
1 i [Link]-ati0.h comme chef de village, reproduisant ainsi -
par certains aspects - une chefferie bamiléké en zone d’immi-
gration.
:
--------------,,--,----------
(1) Feinboy : surnom pidgin déduit de 1 ‘anglais “fine boy”, c’est-à-
dire “garçon sympathique”.
124
L’importance de cette région est telle que, le
5 Juillet 1921, c’est Souza et non Mbanga qui fut proclamé
chef lieu de subdivision (1). Le ,transfert aura lieu deux
ans plus tard, .le 21 janvier 1923, à Mbanga. Souza est déjà
à cette é’poque un grand marché d’huile fréquenté par les
célèbres market-boys bamileke, et oÙ les femmes vute et
“yaoundé” fabriquent du vin de maïs pour les manoeuvres
des plantations (2).
La localisation des zones d’immigration bamileke
est donc soumise à cette relation avec les .autochtones.
Àu sud de la région cacaoyère de Mbanga, les palmeraies natu-
relles des pays pongo, abo et bakoko demeurent inaliénables
et les Bamiléke ne s ‘y aventurent pas. La présence Bamileke
ne réapparaît qu’au niveau de Dibombari (3)) mais lies cette
fois-ci a l’industrialisation et aux activités commerciales
de cette zone (4).
La localisation des zones d’immigration bamileke dé-
pend d’autre part des activités économiques dominantes,
et l’histoire de l’immigration bamileke coïncide avec celle
du développement économique du Moungo.
(1) L’importance &onomIque de cette région est reconnue par l’adminis-
tration, mais non sans hésitation sur le choix des chefs-lieux.
En 1920, Nyombe est le chef-lieu d’une subdivision dépendant de
la circonscription de Douala. En 1921, cette subdivision est transfe-
rée à Kaké (27/06) puis à Souza (05/09) jusqu’au 31 janvier 1923.
C’est alors Mbanga qui prend le relais, devient même chef-lieu de
circonscription le 26 janvier 1926, mais est reléguée au rang de
subdivision en 1928, sous le commandement cette fois de Nkongsamba qui
acquiert ainsi un statut et une fonction importante apres avoir
et& les cinq années précédentes une subdivision rattachée a la circons-
cription de Dschang.
(2) “NOUS avons saisi 200 litres de vin de maïs fabriques par des femmes
babouté et yaoundé...” (Rapport de tournée aqricole en décembre
1937, APA 11797/A).
(3) Carte ORSTOM, 1964, “Localisation des groupes humains”.
(4) De nombreux Bamilékétravaillent a L’usine d’huile de palme de Oibomba-
ri et à la savonnerie de Nkapa (H. SOURNIES p.40). Le même auteur si-
gnale 3 000 Bamiléké sur 16 000 hab. dans le secteur de Bwélébo.
125
Avant 1930; l’iminigration se fait au niveau de
la zone cacaoyère de Mbanga. De 1925 à 1928, les cours mon-
diaux du cacao sont suffisamment élevés pour que les autoch-
tones n’hésitent pas à ‘employer de la main d’oeuvre salariée.
Plus ati sud, les sols ont une texture ‘sableuse moins propice
aux cultures vivrières et, les palmeraies naturelles sont
étroitement contrôlées par les Pongo, Abo et Bakoko. Plus
au nord, dans la région de Loum et Manjo, ce sont Surtout
des chantiers forestiers qui emploient’ de la main d’oeuvre,
activité moins prisée par les Bamiléke.
b) La réqion de Nkonqsamba
La diffusion de la caféiculture et l’ouverture de
grandes bananeraies après 1930 vont attirer un grand nombre
de migrants bamileke. L ’ [Link] Raynaud c-ite ,-en .1942,
des quartiers bamileke dans les centres de Mbanga, Nyombé,
Pen ja et Loum et on peut y ajouter Nlohé, Man jo, [Link],
etc... On assiste à une remontée vers le’ nord du Moungo de la
colonisation bamiléké, le centre de gravité se situant doréna-
vant entre Loum et Man jo. La plaine des Mbo, à partir de la
route Nkongsamba - Melong, commence également à être investie
à cette époque-‘1.à.
A Nkongsamba même, les activités commerciales ont
devancé le processus de colonisation agricole. La caféicultu-
re ne s ‘étant diffusée dans le Moungo qu’à partir des années
trente, et le cacaoyer ne remontant pas au-delà de Man jo,
c’est essentiellement le commerce qui provoqua l’immigration
bamiléké a Nkongsamba,de 1911 a 1930. B. Nkuissi l’affirme
sans équivoque :
“Avant 1911, les Bamiléké . . . avaient du connaître Nkongsamba et la
région du Mungo (traite, commerce, travaux sur la voie ferrée et dans les
plantations, portage), mais sans s’y installer. Après la guerre, les nécessi-
tes du portage accentuèrent le rythme des échanges entre Nkongsamba et
le pays bamiléké. C’est probablement grâce au commerce que les Bamiléké
se sont en quelque sorte familiarisés avec Nkongsamba : ils s’y installèrent
d’abord a titre provisoire et temporaire, le temps de régler les ,‘faffaireslf
puis définitivement ...
126
‘On a quelquefois tendance à croire que les premiers Bamiléké de Nkong-
samba furent avant tout des planteurs. Cette thèse serait exacte si
les premiers Bamiléké s’étaient installés dans Ze Mungo seulement après
1925. C’est après cette date, en effet, que le café sera introduit à Nkong-
samba. Mais en 1923, Nkongsamba est avant tout un carrefour commer-
cial. Or, la présence bamiléké est attestée dès c&e époque (notamment
dans les listes des adjudicataires). Par la suite, Z’intérêt agricole jouera WI
rôle important - autant que le commerce - dans l’attrqction des Bamiléké”
(p.113).
Les market-boys pullulent dans la région de Nkong-
samba encore plus que dans le reste du Moungo.L’administra-
tion essaie .en vain de contrôler cette effervescence en
appliquant le décret du 6 mai 1924 qui réprime le vagabonda-
ge et en prônant l’existence d’une patente pour lutter contre
cette foule de petits vendeurs (1).
c) L’infiltration bamiléké en pays bakem et baréko
Plus au nord, en pays bak’em et baréko, limitrophes
avec le pays bamiléké, se manifeste une autre forme d’immigra-
tion : une infiltration de Bamiléké traversant le Nkam (riv.)
selon le principe de la tâche d’huile.
Cette immigration s’effectue dans une zone à l’écart
des routes et des grandes unités de production capitalis-
tes (2). Elle prolonge les mouvements migratoires précolo-
niaux et utilise la stratégie qui présidait à cette époque :
les relations matrimoniales. Les mariages entre Bamiléké et
Bakem sont d’autant plus fréquents que des éléments bakem”ont,
au XIXème siècle, traversé le Nkam (riv. ) dàns l’autre sens
pour fonder des villages incorporés ensuite dans les cheffe-
ries bamiléké de Baboutcha Fongam, Kunu, Fomes’a I et ,II.
( 1) Rapoort de tournée du chef .de subdivision de Nkonqsamba, du 18 au 22
août 1937, pour le recensement des etrangers de Nkonqsamba, Rare et
Melonq. (Yaounde, Archives nationales, APA 11797/8)..
(2) Aux yeux des administrateurs, le pays bakem reste très arriéré : “Les
Bakem obéissent difficilement, sont têtus et arriérés... Les sorciers
jouent chez eux un rôle de premier plan qui ne peut que nuire à
leur évolution.. .II (Août 1930, Nkongsamba; Archives nationales,
APA 11799/3).
127
Un rapport du médecin ch,ef de la circonscription du Moungo
révèle, en 1935, à l’occasion d’une tournée en pays bakem,
l’importance de ces mariages :
‘!La morti-natalité est considérable et la stérilité des femmes est fréquente.
Cette population en voisinage avec les Bamiléké de Bafang ne tardera cer-
tainement pas à être submergée par ceux-ci. Le mélange des deux races com-
mence à s’effectuer déjà car les femmes grassfields sont très recherchées par
les hommes du pays parce que ‘plus robustes et plus fécondes” (1).
Ces relations matrimoniales, qui existaient déjà à
l’époque précoloniale et qui sans nul doute facilitaient la
circulation des produits de traite au XIXème siècle, sont
mises à profit pour fuir le? contraintes administratives :
de même que les Bamiléké de la partie méridionale de la
subdivision de Bafang, les Bakem “se livrent au petit jeu
qui consiste à évoluer ‘sur les [Link] ins des subdivisions
de Nkongsatiba, de Bafang et de. Yabassi”(2) :
-Les mêmes constatations valent pour le pays baréko.
Les Baréko avaient eux aussi traversé le Nkam à l’époque pré-
coloniale, notamment au niveau des chutes de ce fleuve à
Ekom. Ils fondèrent trois villages sur la rive gauche du
Nkam : Ndjoun, Mboué et Mandjibé. En 1928, à la suite d’une
précision dans la délimitation des subdivisions de Bafang et
de Nkongsamba et en. vue d’homogénéiser ethniquement les circons-
criptions, l’administration déplaça ces villages sur la
rive droite. L’actuel village Ndjoun a été ainsi créé, en
1928, lors de ce rappel des éléments baréko ; rapatriement
qui* ne s’est pas fait sans mal puisqu’en 1933, deux ressor-
tissants de Ndjoun sont condamnés pour avoir traversé le
Nkam afin de cultiver leurs anciennes terres. Une telle
situation favorise les échanges matrimoniaux :
-------------------------
(1) e;oya$, Archives nationales, APA 11797/B, Nkonqsamba. Il s’agissait
pour les populations bamiléké, de donner des fenimes a leurs
voisins ’ plus au sud, afin de faciliter ‘l’importation des produits de
traite dont une partie transitait par le pays bakem.
(2) Yaound&,Archives nationales, APA 11799/3. Nkonqsamba,Rapport de tour-
née, août 1930..
128
“On trouve dans le village de Carte 10
Ndjoun la marque très
nette de Z%wtallation primi-
tive de ces Baréko au
milieu des Bamiléké de Ba-
fang. Par sui-te des mélanges
par les femmes de ces
derniers, la race est forte et
les ménages ont de nombreux
enfants à f’encontre des
ménages mbo et baréko
voisins qui diminuent Zente-
ment par suite de stérilité” l
U).
Réciproquement,
-9 Balcuk.
Y.
le chef de subdivision
VA
de Baf ang demande à
son collègue de
Nkongsamba de refouler
les éléments bamiléké
I ,
enfuis des chefferies ’D’après carte du dipxtcmrnt du Mungo ORSTOM.191
Makouk et Baboutcha .
Fongam et réfugiés en
pays bàbéko et bakem
(2) *
Un rapport de tournée administrative révèle en’1934
un important groupement bamiléké sur la route d’Ekom. Un
autre est signalé au village Mbalembeng (36 hommes bamiléké
et 11 hommes bamum) (3).
3O - PROFIL DU MIGRANT BAMILEKE
La situation socio-économique du migrant bamiléké
dépend d ’ une part des activités économiques, variables
selon les lieux et selon les époques, d’autre part de la
relation qui s’établit avec les populations autochtones, elle
aussi, très variable. Le Bamiléké infiltré en pays -bakem et
baréko ne se trouve pas dans la même situation que le market-
boy de Nkongsamba, ou l’ex-manoeuvre des plantations de
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( 1) Rapport de t&rn&e du chef de la subdivision de Nkonqsamba, du 23 au
30 nov. 1935 dans la réqion Bayoun (pays baréko) .(APA 117977/8). I.
Dugast, dans son Inventaire Ethnique du Sud-Cameroun (1949),,a,joute que
les constructions et les cultures sont de type bamileke (p.24).
(2) Rapport de tournée du 8 au 16 ianvier 1934, par Henri GELI, chef de
subdivision de Nkonqsamba . Archives nationales, 11797/B.
(3) Même référence.
129
cacaoyers de la région ’ de Mbanga- installé à son propre
c0mpt.e. N’est-il donc pas arbitraire de définir un portrait
commun - une personnalité de base - qui ne serait qu’une
moyenne abstraite. ? Le risque est évident si nous considérons
le point de chute de l’immigre bamileke.
Cependant, chaque individu entame un processüs de pro-
motion sociale et économique qui le conduit à pratiquer plu-
sieurs activités. De même que le salarié agricole est devenu
colon, le market-boy devient planteur et réciproquement. En
définitive, le migrant bamiléké ne saurait se définir par ‘une
seule catégorie socio-professionnelle : il a en général plu-
sieurs activités économiques, menées de front, où ‘il est sou-
vent malaisé de distinguer l’activité principale des activi-
tés secondaires.
Avec le temps et s ’ ils réussissent, les migrants
bamileke acquièrent progressivement les mêmes éléments : _
- La plantation de cacaoyers ou de caféiers qui procu-
re un reven.u annuel relativement fixe. L’entretien est sou-
vent confie à une aide familiale. Eventuellement, on fera ap-
pel a des tâcherons pour un travail précis et limite. La fem-
me, de son côté, "met de la propreté” dans la plantation en y
pratiquant des cultures vivrières (1) : tubercules, haricots,
arachides’, etc.. . la vente d’une partie des récoltes alimente-
ra son budg’et personnel.
- La plantation, une fois mise en production n’absorbe
pas beaucoup du temps de travail du chef de l’exploitation.
celui-ci peut alors consacrer son temps libre à des activités
commerciales. Il ouvrira une petite boutique sur son lieu de
résidence, dans un des centres urbains secondaires qui
s’échelonnent le long de l’axe routier et ferroviaire du
--------------------------
(1) Faut-il voir. dans cette pratique de culture mixte, une des raisons de
la coïncidence de la colonisation agricole bamiléké avec les sols sur
basalte du Moungo, ces sols étant en général plus aptes que les autres
a supporter des cultures vivrières sans exiger de trop longues jachè-
res ?
130
\
Moungo. De retour de sa plantation, au début de l’après-midi,
il se tiendra patiemment derrière son échoppe en attente des
clients. L’achat d’un véhicule - d’abord le vélo auquel on
ajoute un pousse-pousse, puis le pick-up - lui permettra de
fréquenter régulièrement les marchés environnants. Les
revenus annuels de la plantation soutiendront ses activités
commerciales. L ’ importance de ces activités expliquent
le choix délibéré des migrants bamiléké de s’installer
sur les nouveaux axes routiers, là où l’é[Link] marchande
n’a pas encore pénétré profondément les milieux ruraux,
mais cependant là où une camionnette peut arriver (1).
Le commerçant bamiléké jouira alors d’un quasi monopole, pre-
nant en conséquence une marge bénéficiaire importante sur les
produits de première nécessite. Après le Moungo, les commer-
çants bamileke ont ainsi investi tous les petits centres admi-
nistratifs du sud ; ils pénètrent actuellement l’est du
Cameroun au fur et à mesure de l’ouverture de nouvelles rou-
tes par les forestiers, les travaux publics et le génie
militaire (2).
- Le temps de travail non occupé par les activités
agricoles peut également être mis à profit. pour exercer
des métiers artisanaux et techniques. Ceux-ci sont tradition-
nels comme la vannerie, ou ont été appris a l’occasion d ‘un
séjour dans un centre urbain : métiers liés à la construction
(menuiserie, charpenterie, maçonnerie, etc...) ou répondant
aux multiples besoins d’une population urbaine (salon de
coiffure, studio photographique, atelier mécanique pour
vélos ou voitures,etc.. . 1. Chacun pratique les savoir-faire
techniques qu’il a pu acquérir. Le moindre petit centre de-
vient rapidement un milieu disposant de tous les services quo-
_------------------------
(1) Dès l’ouverture de la route Yabassi-Bafang, le commerce s’est ahài
développe sous l’impulsion de multiples initiatives des Bamileké resi-
dant le long de cette route, dans les villages “pionniers” (BARBIER,
1972).
(2) 3.L. DONGMO - -,Le dynamisme bamiléké : essor demoqraphique, expansion
spatiale et reussite economique - Paris, Universite de Paris X,
1978, thèse de doctorat d’Etat en géographie sous la direction de P.
Pélissier, 2 tomes, 1 242 p.
131
tidiens que l’on peut attendre de la ville.. L’opposition classi-
que ville-campagne es-t médiatisee,dans le Moungo, par les multi-
ples cent-res urbains secondaires ; une continui té. s ’ instaure
.’
entre la [Link] .ville et les milieux ruraux les plus éloignés.
Une bourgeoisie d’aff,aire s’est constituée à
partir‘.‘de cès activités polyvalentes. EIle est formke de
ceux -qui, parmi, 1Bs premiers. émigrés, ont’ pu poursuiv”re jusqu ’ au
bout un processus’ d’accumulation du capital. La p’lupart d’en-
tre eux sont originaires des départements méridion,aux du pla-
teau ,bamileké, ([Link] ‘et Nde) et de la Mifi, c’est-à-dire
des départements ‘1eS plus tôt atteints par l’émigration. Les
ressortissants, de’ la Ménoua et des Bamboutos, la plupart
d’Tmmigration récente, n’en sont qutà leur première étape.
Maurice. La’can en s’appuyant sur les données du recensement de
Dduala en 19’68, met en évidence ce facteur temps situant les
_’
individus dans le processus des promotion économique qu’ils en-
tament après leur immigration.
‘VI y a dcinc à Douala des relations assez étroites entre l’âge et le type
d’intégration à 1‘économk urbaine. L’économie moderne occupe la majeure
: : partie- des htimmes Ggés de 25 à 50-55 ans et beaUCOUp de femmes âgées
de 15 à 30 ans. Nous avons vu d’autre part qu’ex(staient à partir de
30-35 &I.S une tendance à Za cessation d’acti+ité,ou au départ vers d’autres
catégories. Pour beaUCOUp, la situation de salarié dans tic ‘entreprise indus-
trielle ou commerciale est transitoire, précédée par wz passage plus
ou moins long dans. une profession marginale et débouche naturezlement
sur le retour à des activités indépendantes que ce soit en ville même
.’ qu ailleurs.
Il y a donc ‘un motivement social particulier (que nous ne pouvons saisir
ici que de façon rudimentaire) qui semble donner à la Qroiétarisation
‘urbaine un _caractère ‘moins définitif, moins irréversible que dans. les
sociétés industrialisées” (p.55) (1). I
La ‘promotion soci.o-économique des migrants bamileke
dans le Moungo a été maintes- fois évoquée et décrite dans la
littérature cons4crée au “dynamisme”- des -Bàmileke.
_ .
(1) L’auteur. précise que l’insuffisance des avantages fiés a l’ancienneté
ét à la qualification n’est pas faite pour retenir les. ouvtii’ers
et employés d’un. certain âge : “le développement économique de Douala
s’appuie sur l’exploitation intensive d’une main d’oeuvre hâtivement
formée et rejette à la périphérie du se