Entrepreneuriat Hybride Et Incubation - Quand Les Employés Deviennent Entrepreneurs Et Les Organisations Réinventent Le Travail
Entrepreneuriat Hybride Et Incubation - Quand Les Employés Deviennent Entrepreneurs Et Les Organisations Réinventent Le Travail
2025 02:45
Ad machina
L'avenir de l'humain au travail
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© Gabriel Chirita et Jérôme Gonthier, 2017 Ce document est protégé par la loi sur le droit d’auteur. L’utilisation des
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Auteur(s)
1 : Gabriel Chirita
2 : Jérôme Gonthier
Citation : Chirita, G. et Gonthier, J. (2017). Entrepreneuriat hybride et incubation – Quand les employés
deviennent entrepreneurs et les organisations réinventent le travail. Ad Machina, 1(1), p. 26-39.
doi : 10.1522/radm.no1.42
Remerciements
Détails :
Quel serait l’avenir du travail dans les prochaines décennies? Épineux sujet qui préoccupe de plus en plus les chercheurs,
les communautés et les décideurs. Plusieurs études estiment que 40 à 70 % des métiers d’aujourd’hui seront automatisés
d’ici les vingt prochaines années. Serait-ce la fin de la société salariale? La fin de l’emploi? Qu’adviendra-t-il des milieux
de travail? Quel rôle les organisations auront-elles à jouer dans l’évolution du travail?
Étant donné ces questions préoccupantes, il est d’ores et déjà primordial d’identifier et d’étudier de nouvelles formes
d’organisation du travail naissantes. Nous vous présentons ici un possible scénario comme solution à l’épineux problème
de l’emploi. Il s’agit de la métamorphose des salariés en entrepreneurs au sein des incubateurs d’affaires mis en place par
les organisations qui les embauchent : une solution qui profite tant aux porteurs de projet qu’aux organisations en quête
d’innovations. En permettant aux organisations d’innover et aux salariés de s’épanouir, les incubateurs constituent un
laboratoire qui apprend aux entreprises à gérer des individus à l’aube d’une ère post-emploi.
Mots clés
Gabriel Chirita
Jérôme Gonthier
Maintes études nous annoncent que d’ici une vingtaine d’années, près de la moitié des emplois existants, y
compris ceux liés à des « tâches cognitives spécifiques », courent le risque de disparaître (Glenn et Florescu,
2015). En 2011, deux économistes du MIT, Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee ont montré, dans leur livre
Race Against the Machine (2011), que le progrès des technologies informatiques et de communication
produiront de nombreux changements perturbateurs autant pour les compagnies que pour leurs employés. Ces
constats ont incité l’économiste Carl Benedickt Frey et l’ingénieur Michael Osborne à essayer de déterminer la
probabilité de robotisation de 702 métiers classés dans différentes catégories. Les conclusions de leur étude,
publiée en 2013 sur le site de la célèbre Université Oxford1 et qui fut depuis citée pas moins de 730 fois, sont
pour le moins alarmantes. Dans une vingtaine d’années, 47 % des emplois aux États-Unis seront, selon un taux
de probabilité supérieur à 70 %, confiés à des machines intelligentes. Bowles (2014) est arrivé à des conclusions
similaires après avoir étudié les probabilités de robotisation des emplois dans l’Union européenne.
Ces recherches ont eu beaucoup d’échos, car pour certains il s’agirait d’un son de cloche sur l’avenir de l’emploi.
Par ailleurs, l’accélération des changements technologiques n’aura pas uniquement d’impact sur l’emploi, elle
redéfinira des industries entières (Dobbs et al., 2015). Par exemple, Uber, évaluée à près de 68 milliards de dollars
en 2015 (Chen, 2015), ne possède pas de véhicules et Airbnb, entreprise hôtelière dont la valeur est évaluée à
près de 30 milliards de dollars, ne possède aucun actif immobilier (Reuters, 2016).
Et si tout cela représentait en fait de vraies bonnes nouvelles? Pourquoi ne pas s’imaginer un avenir où les tâches
routinières seront exécutées par les machines, laissant aux humains plus de temps à leur créativité? Dans cet
avenir, probablement pas trop lointain, les organisations auront besoin d’individus innovants et entreprenants
pour renforcer leurs avantages concurrentiels. Peut-être le plein emploi ne pourra-t-il plus être atteint, mais qui
dit emploi ne dit pas nécessairement travail. D’ailleurs, le philosophe français Bernard Stiegler (2013) ne nous a-
t-il pas déjà avertis que l’emploi est l’antagoniste du travail? C’est l’emploi qui a détruit le travail, et la fin de
l’emploi, c’est « l’occasion de réinventer le travail au cœur de nos sociétés du numérique, de construire une
économie contributive » Stiegler (2013). Nous savons tous ce que c’est que l’emploi. Mais que considère-t-on
alors comme étant du travail? Selon la théorie économique, le facteur de production qui crée de la valeur, c’est
le travail. Donc, pour appréhender le travail, il suffit normalement de chercher la création de valeur. Jusqu’à
présent, le travail salarié au sein d’une organisation était prépondérant, d’où la confusion entre l’emploi et le
travail.
Cependant, d’autres formes de travail existent ou émergent en dehors de l’emploi salarié : le travail autonome,
l’intrapreneuriat, le travail en réseau, etc. Ce sont des formes de travail qui sont aujourd’hui considérées comme
atypiques, mais qui représenteront probablement la norme future, surtout si l’on prend en considération la rapide
émergence de la gig economy2. Une étude menée par Intuit prévoit en effet qu’en 2020, 40 % de la population
américaine active sera formée de travailleurs indépendants. Ce qui veut dire que la gig economy s’attaquera aussi
aux emplois les plus qualifiés. Dans un avenir proche, les grandes entreprises pourraient se passer de la plupart
de leurs salariés en confiant toutes les tâches, même les plus stratégiques, à des travailleurs indépendants. Cela
Notre article adopte cette perspective. Nous présentons une possible avenue que le travail de l’avenir pourrait
emprunter, laquelle, à notre avis, profitera autant aux employés entreprenants qu’aux organisations à la recherche
d’innovations pour maintenir ou accroître leurs avantages concurrentiels.
Ainsi cherchons-nous à démontrer comment les grandes entreprises peuvent améliorer leurs capacités
d’innovation en misant sur la souplesse et la flexibilité des individus innovateurs et entreprenants, tandis que ces
derniers y trouveront un cadre adéquat pour mettre en œuvre leurs idées et leurs projets. En parallèle, nous
croyons que ces dispositifs permettront aux entreprises d’apprendre à gérer des individus qui risquent d’opérer
de façon de plus en plus indépendante.
En incubant des projets entrepreneuriaux, les grandes entreprises seront amenées à remettre leurs pratiques en
question, à apprendre à mieux intégrer les connaissances, mais surtout à créer en collaboration avec les porteurs
de projet qu’elles accueillent.
Avant de se tourner vers l’avenir, faisons une petite incursion dans le passé. Le plein emploi a été longtemps
l’apanage de ce qu’on appelle la « société salariale », qui s’est construite à partir de la 2e révolution
industrielle sur les bases d’une économie managériale où les grandes entreprises ont constitué les grands
pourvoyeurs du travail salarié. La société salariale a connu son apogée pendant les Trente Glorieuses,
période de plein emploi. Cependant, selon Audretsch (2006), la fin des années 70 du siècle dernier
constituerait un point de retournement marqué par l’émergence d’une économie entrepreneuriale sous
l’effet de la mondialisation, de l’arrivée des technologies de l’information et du changement de la
composition de la force de travail, caractérisée par la tendance à une plus grande participation des femmes,
des immigrants et des travailleurs jeunes et âgés. Les PME, que l’on croyait vouées à disparaître, ont
retrouvé un espace d’opportunités dans une économie dominée par les grandes entreprises. Ces dernières,
pour faire face à ces nouveaux défis, ont entamé de lourds processus de restructuration, ébranlant le mythe
de la sécurité d’emploi, interrogeant dès lors le sens du travail.
Longtemps, les chercheurs ont considéré l’action entrepreneuriale comme le résultat d’un choix
dichotomique, l’entrepreneur étant celui qui quittait l’entreprise dans laquelle il travaillait pour créer sa
propre entreprise (Burke et al., 2008). Cette vision d’un dilemme « tout ou rien » contraste fortement avec
l’évidence qu’une proportion importante d’entrepreneurs démarrent leurs activités sans quitter leurs
emplois salariés.
Les données du rapport sur l’Indice entrepreneurial québécois (Marchand, Chirita, Ibanescu, 2015)
montrent que jusqu’à 72,6 % des entrepreneurs naissants commencent leurs activités tout en restant des
employés salariés. Bien qu’il ait été suggéré que les porteurs de projets préfèrent garder leur emploi salarié
durant les phases liminaires de leurs projets entrepreneuriaux pour des raisons qui tiennent de la
sécurisation de leurs revenus (Burke et al., 2008; Folta et al., 2010), il arrive que les entrepreneurs puissent
garder leur statut d’employés bien au-delà de la phase de démarrage. Par exemple, au Royaume-Uni, les
entrepreneurs « hybrides » sont plus nombreux que les entrepreneurs « purs » (Burke et al., 2008).
L’avantage de l’entrepreneuriat hybride est qu’il permet aux entrepreneurs naissants de tester leurs
compétences entrepreneuriales et le potentiel de leur projet avant de se lancer pour de bon (Folta et al.,
Une étude récente de KPMG (2016) réalisée auprès de 1 300 chefs d’entreprise à travers le monde révèle
que 41 % d’entre eux prédisent que leur industrie connaîtra une rapide et profonde transformation sur un
horizon de trois ans, entre 2017 et 2020. De plus, 65 % d’entre eux sont inquiets d’entrer en concurrence
avec de nouveaux entrants qui brouilleront les frontières traditionnelles de leur industrie3. Le corollaire de
ce constat est que les entreprises n’aient d’autre choix que de poursuivre une stratégie d’exploration de
nouvelles idées, produits ou services, ou modèles d’affaires.
Cependant, en raison de leurs structures hiérarchiques complexes (Brown, 2014), les grandes entreprises
s’appuient souvent sur des processus d’innovation rigides. Selon la théorie des organisations (March, 1991),
les entreprises compétitives en matière d’exploration seraient différentes des entreprises performantes en
matière d’exploitation. Afin de concilier les deux systèmes d’action, Michael Tsuhman et Charles O’Reilly
(1996) ont proposé le terme d’organisation ambidextre pour décrire les organisations qui arrivent à jumeler
l’exploitation des activités existantes avec l’exploration de nouveaux projets (modèles d’affaires, produits
et services, technologies).
Selon Tushman et O’Reilly (2004), pour réaliser le desideratum d’une organisation ambidextre, les activités
d’exploration doivent être mises en œuvre dans des structures autonomes de la structure principale, celle-
ci étant davantage conçue pour être efficiente que pour être radicalement innovante. Ainsi, maintes
entreprises ont-elles commencé à mettre des structures en place spécifiquement pour l’intrapreneuriat et
pour l’essaimage. Mais la difficulté consiste alors à gérer cette séparation organisationnelle afin d’établir des
synergies entre les structures exploratrices (qui doivent devenir efficientes) et la structure principale (qui
doit en profiter pour renouveler ses pratiques).
L’une des réactions possibles devant de tels enjeux est l’appel aux incubateurs d’affaires dont le rôle est de
développer de nouvelles possibilités d’exploration pour l’entreprise parente de l’incubateur (EPI). Il s’agit
de structures au sein desquelles mûrissent des occasions d’affaires, souvent radicalement différentes des
tendances du marché, pour en faire des propositions d’affaires viables (O’Connor et al., 2006). Ainsi, en
2015, un rapport du cabinet de conseil Accenture montre-t-il que pas moins du tiers des grandes entreprises
des pays du G20 auraient déjà mis en place un programme d’incubation de start-ups. De plus, 9 % des
revenus de ces entreprises résulteraient de leur collaboration avec les start-ups incubées, un pourcentage
qui pourrait grimper à 20 % d’ici 2020 (Accenture, 2015).
Parmi les entreprises qui ont investi dans des incubateurs d’affaires, on compte Google, Microsoft,
Samsung, etc. Prenons l’exemple de Google :
Son incubateur est accessible à tout employé de Google souhaitant travailler sur un projet
entrepreneurial, sans quitter son emploi. Après approbation de leur projet par un jury, les
employés choisis pourront s’y consacrer à plein-temps pendant plusieurs mois et recevront
par la suite un premier financement de la part de Google dans leur startup. En cas d’échec, ils
pourront réintégrer leur emploi d’origine4.
Notre article se concentre sur ce type d’incubateur privé mis en place par des entreprises5 qui veulent
appuyer des projets entrepreneuriaux innovants. Dans ce type de structure, les employés peuvent donner
libre cours à leur potentiel d’innovation en développant de façon autonome des idées en dehors des activités
2. Les incubateurs mis en place par des entreprises comme nouvelle forme d’exercice du
travail et d’innovation
Dans leur forme la plus commune, les incubateurs d’affaires offrent des espaces de travail, du financement,
du soutien administratif, du coaching et du mentorat, ainsi que des opportunités de réseautage pour les
individus qui cherchent à réaliser des projets entrepreneuriaux. Ils accueillent les entrepreneurs très tôt dans
le développement de leur projet, souvent à l’étape d’idéation du concept, et hébergent leurs startups pour
une période allant de 12 à 36 mois (Bringl et al., 2014). L’incubation n’est pas complète tant et aussi
longtemps que le projet n’a pas été testé sur le marché à l’aide d’un prototype viable (O’Connor et al., 2006).
Les porteurs de projet profitent de ce soutien pour tester des idées d’affaires, en se concentrant
principalement sur des activités techniques et sur l’étude de leurs marchés. En somme, les incubateurs sont
des structures nourricières pour les porteurs de projets. Ils leur facilitent l’accès à des ressources les aidant
à réaliser leurs projets. Pour les EPI, les incubateurs représentent des structures leur permettant de
développer de nouvelles activités, en marge de leurs activités principales, lesquelles pourraient avoir un
impact important sur leurs avantages compétitifs dans un horizon de 7 à 10 ans (Bringl et al., 2014).
Bien que plusieurs définitions d’incubateurs d’affaires soient proposées, les chercheurs s’accordent pour
affirmer que ces structures ont comme principale responsabilité de développer de nouvelles opportunités
de croissance ou de nouvelles compétences pour les EPI (Keil et al., 2009; Vanhavaberke et Peeters, 2005;
Becker et Gassmann, 2005).
Les activités d’incubation visent à réduire le risque associé à l’exploration d’une occasion radicale
(O’Connor et DeMartino, 2006). Il s’agit d’un processus visant à identifier des possibilités de création de
valeur en lien avec les compétences technologiques de l’EPI et à traduire ces idées entrepreneuriales en
produits ou services désirés par les consommateurs (Vanhavaberke et Peeters, 2005).
Garnsey et Probert (2010) s’inspirent de la théorie de l’économie évolutionniste (Nelson et Winter, 1982)
pour suggérer que l’incubateur crée un environnement sélectif (selection environment) stimulant au sein
des EPI. Bien que les services offerts dans ces structures soient relativement flexibles, on y compte
généralement des espaces de travail collaboratif, du coaching spécialisé, du financement et des occasions
de réseautage. La majorité des incubateurs assurent également certains services de base, comme la
comptabilité, les relations publiques, le soutien juridique et le recrutement (Hansen et al., 2000). Le
processus d’incubation comprend la sélection des projets qui seront incubés, la période d’incubation et la
sortie de l’incubateur (Becker et Gassmann, 2006; Ford, Garnsey et Probert, 2005). Ces étapes sont
fortement appuyées par les actions d’individus clés qui assurent les liens entre l’EPI, l’incubateur et les
projets incubés.
Plusieurs auteurs considèrent que pour les EPI, l’utilité première des incubateurs demeure l’apprentissage.
C’est le cas de Vahaverbeke et al. (2009), qui adoptent la théorie des Real Options pour expliquer le lien
entre incubation et apprentissage. Selon eux, dans un contexte où l’incertitude associée à un nouveau
marché ou à une nouvelle technologie est inacceptable, il est préférable pour les entreprises de créer des
options – c’est-à-dire de se donner le droit, mais non l’obligation, d’agir sur un investissement important
prévu pour le futur par de plus modestes investissements d’apprentissage : notamment en investissant dans
un portefeuille de projets incubés.
Ces investissements créent de la valeur pour les entreprises, car l’apprentissage par exposition prolongée à
une occasion spécifique réduit l’incertitude qui lui est associée. En fin de compte, en se donnant le droit de
reporter la décision d’y investir de façon plus importante, l’entreprise se dote d’une flexibilité stratégique
(Vanhaverbeke et al., 2009).
Keil et al. (2009) montrent que les projets incubés peuvent agir comme de riches foyers de mise en œuvre
d’évènements fondateurs menant au développement de nouvelles compétences pour l’EPI. À partir d’une
étude longitudinale des 37 projets incubés par une entreprise, entre 1999 et 2003, ces deux auteurs ont
constaté que même les projets ayant échoué ont créé d’importantes compétences qui ont subséquemment
été transférées ailleurs dans l’EPI. Keil et al. (2009) démontrent par le fait même que l’entrée en phase de
commercialisation des incubés n’est pas le seul véhicule qui permet à une entreprise de bénéficier de ses
investissements en incubation. Il est selon eux essentiel de mesurer le succès des initiatives d’incubation,
d’une part, bien sûr, par le nombre d’initiatives commercialisées, mais également, et surtout, par le nombre
de compétences développées au sein des projets incubés, qu’ils aient été jugés comme des succès ou non.
3. Les incubateurs mis en place par des entreprises comme nouvelle forme d’exercice du
travail et d’innovation
Les contributions de différents chercheurs démontrent que l’incubation constitue un moyen pour les EPI
de concilier l’exploration et l’exploitation par la mise en place d’une structure, indépendante de leurs
opérations courantes, qui permet à des salariés ou à des gens de l’extérieur de poursuivre et de développer
des occasions d’affaires risquées au bénéfice des EPIs.
Jusqu’à présent, les chercheurs se sont attachés à décrire le processus d’incubation, les activités des
différents acteurs impliqués et les impacts résultant de ces activités d’incubation au sein de grandes
entreprises. Il a été démontré que l’incubateur générait les conditions favorables au développement d’idées
entrepreneuriales (Ford et al., 2010) et qu’il était un lieu idéal de création de nouvelles compétences pour
l’EPI (Vanhaberke et Peeters, 2005; Keil et al., 2009).
Nous répondrons à ces deux questions en nous appuyant sur le modèle d’apprentissage délibéré conçu par
Zollo et Winter (2002) pour étudier l’impact de l’esprit entrepreneurial émanant de l’incubateur sur la
capacité d’innovation de l’EPI.
Selon Zollo et Winter, trois mécanismes d’apprentissage sont en jeu dans la création et le perfectionnement
de compétences :
Toujours selon Zolo et Winter (2002), ces trois mécanismes influencent les capacités dynamiques d’une
entreprise. Contrairement au modèle original, nous observerons leur impact sur la capacité d’innovation
des entreprises étudiées. À partir des trois dimensions des capacités d’une entreprise (ressources, processus
et valeurs) proposées par Christensen et Raynor (2003) et de la définition de la capacité d’innovation de
Wang et Ahmed (2005), nous appréhendons la capacité d’innovation comme englobant les ressources, les
processus et les valeurs mis en œuvre dans une entreprise pour développer de nouveaux produits, services,
modèles d’affaires ou marchés
En plus des trois mécanismes d’apprentissage qu’ils proposent, Zollo et Winter (2002) présentent un
modèle selon lequel se développe une compréhension collective des apprentissages réalisés à l’égard d’une
tâche particulière – l’innovation dans le cas qui nous concerne. Ce modèle est représenté en quatre étapes :
(1) variation générative, (2) sélection interne, (3) réplication, et (4) rétention des idées.
À l’étape de la variation générative, les individus réagissent à des stimuli internes ou externes en générant
de nouvelles idées pour aborder une problématique. Lors de la deuxième étape, celle de la sélection interne,
les nouvelles idées générées à l’étape précédente sont mises dans le contexte du fonctionnement traditionnel
de l’organisation et des structures de pouvoir établies. La troisième phase du cycle d’évolution des
connaissances organisationnelles, la réplication, correspond à la période où l’organisation met en place des
activités ayant pour objectif de diffuser les initiatives de changement récemment approuvées. Enfin, à la
dernière étape, celle de la rétention des idées, les connaissances codifiées sont acceptées et
s’institutionnalisent.
À partir du modèle de Zolo et Winter (2002), nous proposons le cadre conceptuel suivant :
4. Design de la recherche
4.1 Échantillon
Notre recherche a porté sur quatre EPI : une entreprise basée à Montréal (EPI A), et œuvrant dans le
secteur des télécommunications, et trois entreprises basées en Belgique, œuvrant dans trois secteurs bien
distincts : aéronautique (EPI B), bancaire (EPI C), et pharmaceutique (EPI D). Toutes ces entreprises
avaient en commun le fait d’avoir récemment mis en place un programme d’incubation au sein de leur
organisation.
Au total, nous avons réalisé neuf entrevues, quatre au sein de l’entreprise montréalaise, deux dans les
entreprises belges œuvrant dans les secteurs bancaires et aéronautiques, et une dans l’entreprise
pharmaceutique. Cet échantillon s’est révélé suffisant dans la mesure où les réponses des informateurs
durant les dernières entrevues étaient prévisibles et permettaient de prévoir une saturation des données.
La première consiste à évaluer dans quelle mesure les propositions de notre cadre théorique se sont révélées
exactes à l’égard des cas que nous avons étudiés. Nous présentons dans un premier temps le niveau du
modèle cyclique d’évolution de connaissances organisationnelles auquel les cas étudiés sont parvenus. Nous
analysons ensuite l’impact des différents mécanismes d’apprentissage sur les trois dimensions de la capacité
d’innovation, c’est-à-dire les ressources, les processus, et les valeurs, tel que suggéré par Christensen et
Raynor (2003). Il convient de rappeler que contrairement au modèle initial proposé par Zollo et Winter
(2002), nous n’étudions pas l’impact des mécanismes d’apprentissages sur les capacités dynamiques, mais
bien sur la capacité d’innovation.
Notre seconde méthode d’analyse de données consiste à comparer les résultats des différents cas afin de
mettre en lumière les contrastes et les similitudes qu’ils présentent.
Notre étude portant sur les quatre cas d’incubateurs a fait ressortir des similarités et des différences quant
à l’influence de l’esprit entrepreneurial des porteurs de projets incubés sur la capacité d’innovation des EPI.
Tableau 1
Synthèse des résultats
Niveau d’évolution de la capacité Sélection
Réplication Rétention
d’innovation interne
Cas représentatif EPI C EPI A et EPI D EPI B
Accumulation
Élevé Élevé Élevé
d’expérience
Investissements
Articulation des
en Faible/Moyen Moyen Moyen
connaissances
apprentissage
Codification des
Faible/Moyen Faible/Moyen Élevé
connaissances
Ressources Faible Élevé Élevé
Impact sur la
capacité Processus Faible Moyen/Élevé Élevé
d’innovation
Valeurs Faible Faible Élevé
Nos résultats montrent que les étapes du modèle d’apprentissage délibéré de Zollo et Winter6 (sélection
interne, réplication, rétention) permettent de comprendre comment l’esprit entrepreneurial des porteurs de
projet influence la capacité d’innovation des EPI. Parmi les entreprises de notre échantillon, nous avons
estimé que l’EPI C avait atteint l’étape de la sélection interne. Pour leur part, les EPI A et D se trouvent à
l’étape de la réplication alors que l’EPI B est arrivée à l’étape de la réplication. En plus d’avoir atteint le
niveau le plus élevé, l’EPI B est l’entreprise qui a le mieux réussi à intégrer l’esprit entrepreneurial des
porteurs de projets incubés.
Alors que toutes les initiatives d’incubation des cas étudiés ont affiché un rendement élevé en matière
d’accumulation d’expérience, l’EPI B s’est distinguée des autres par l’effort supplémentaire qu’elle a
consacré à l’articulation et à la codification des connaissances issues de l’expérience d’incubation. Ainsi,
l’EPI a mis en place un comité transversal chargé de faire connaître l’initiative et de voir à ce qu’elle obtienne
respect et considération dans l’ensemble de l’entreprise. Par la suite en associant un observateur externe à
sa démarche, cette EPI s’est donné les outils pour assurer la reconnaissance et la légitimité de l’initiative au
sein des différentes fonctions organisationnelles et pour évaluer la démarche de façon objective selon ses
objectifs économiques, plutôt qu’en fonction des relations de pouvoir en place.
Si le comité transversal et l’observateur externe ont sans doute facilité la sélection interne, d’une part, ils
ont également permis d’identifier les pratiques à adapter pour répliquer les composantes de l’esprit
entrepreneurial dans les différentes dimensions de la capacité d’innovation de l’EPI.
La difficulté à mettre en œuvre ces mécanismes d’apprentissage indique que les autres EPI étudiées ne
s’étaient pas préparées à l’absorption des apprentissages découlant de l’incubation. Elles cherchaient plutôt
à créer des précédents, à démontrer que cette pratique est effectivement performante pour développer de
Il importe toutefois de souligner que l’étape de rétention n’est pas la seule qui peut avoir un impact sur les
trois dimensions d’une capacité. Les cas B et D démontrent qu’à l’étape de la réplication, l’esprit
entrepreneurial a déjà influencé la capacité d’innovation de leur organisation parente. Dans certains
contextes, l’esprit entrepreneurial n’est tout simplement pas compatible avec le fonctionnement d’une
organisation. Cela peut être attribuable, par exemple, à la complexité de ses opérations ou à l’influence de
réglementations diverses sur leurs activités. Cependant, cela n’empêche pas l’esprit entrepreneurial de
pouvoir influencer les ressources à la disposition de l’organisation ou encore d’avoir une incidence sur ses
processus. Le cas de l’EPI A témoigne de cet état de fait alors que l’incubateur a permis de valider l’efficacité
d’une approche de développement de produit en market pull7 et la possibilité d’agencer les ressources de
l’organisation parente autrement.
Nous estimons donc que le cycle de variation, de sélection interne, de réplication et de rétention exprime
bien la façon dont une EPI peut rapatrier les dynamiques entrepreneuriales de son incubateur
entrepreneurial jusqu’à en imprégner les ressources, les processus et les valeurs composant ses capacités.
6. Discussion
La méthode de recrutement des porteurs de projets incubés est un élément qui ressort clairement de chacun
des cas étudiés, lequel est absent du modèle de Zollo et Winter (2002). Au-delà des mécanismes
d’apprentissage associés à la mise en place d’une nouvelle démarche, il semble que le recrutement ait
constitué l’un des éléments fondamentaux de la réussite ou de l’échec des initiatives d’incubation. En effet,
pour trois des cas étudiés, la modification apportée au modèle d’incubation pour faire suite à la première
cohorte expérimentée était liée à l’identification des personnes les plus susceptibles de porter un projet
d’incubation. Dans l’autre cas, le modèle de recrutement était spécifiquement conçu pour identifier les gens
ayant un esprit entrepreneurial plus développé.
À la lumière de notre étude, nous formulons trois suggestions à l’intention des praticiens impliqués dans la
mise en place et la gestion d’incubateurs pour des entreprises.
Deuxièmement, pendant la phase de l’incubation, les gestionnaires d’incubateurs doivent voir à favoriser
l’accumulation d’expérience chez les porteurs de projets incubés. Cette approche s’est montrée très efficace
dans chacun des cas étudiés. Elle permet d’offrir de nouvelles perspectives aux incubés à l’endroit de leur
pratique professionnelle.
Nous convenons de certaines limites de notre étude, dont le petit échantillon de 4 entreprises, qui ne nous
permet pas d’inférer les résultats à l’ensemble des entreprises qui mettent en place des incubateurs. Par
ailleurs, la taille de notre échantillon s’est également révélée trop limitée pour atteindre le niveau de détail
que nous aurions souhaité obtenir. Le cas de l’EPI A, où quatre intervenants liés à l’initiative d’incubation
ont été rencontrés, constitue selon nous un modèle qu’il aurait fallu reproduire dans les trois autres cas.
Des facteurs contextuels nous ont empêchés d’y parvenir, nous restreignant à deux entrevues dans deux
des cas et à une seule entrevue dans un autre. Cette situation nous a parfois forcés à présumer des intentions
et des actions des intervenants rencontrés pour assurer la cohérence de notre étude et contribuer à notre
argumentation.
Conclusion
Le travail de l’avenir misera beaucoup sur l’innovation et l’esprit entrepreneurial. Les organisations
automatiseront certains de leurs processus de production et de gestion. Cette avenue conduira
inévitablement à la perte d’emplois. En même temps, d’autres occasions se créeront, car l’impératif de
l’innovation sera plus pressant que jamais pour les organisations. Les organisations auront besoin
d’individus innovants et entreprenants, elles devront stimuler l’esprit entrepreneurial de leurs employés.
Ces derniers ont tout intérêt à profiter des possibilités de l’économie entrepreneuriale et du soutien
organisationnel. L’entrepreneuriat hybride institutionnalisé par l’entremise des incubateurs d’affaires
profitera à ceux qui veulent tester leurs idées, mais aussi aux organisations qui veulent développer leurs
capacités d’innovation.
Bien qu’il existe différents types d’incubateurs, leur mission étant généralement de développer de nouvelles
occasions d’affaires, plusieurs recherches positionnent les incubateurs comme des sources importantes
d’apprentissage pour les organisations. En raison de l’échange constant de ressources et de connaissances,
l’incubateur a le potentiel de devenir un endroit où se produisent des évènements à l’origine du
développement de nouvelles compétences pour l’EPI.
Cependant, notre étude montre que seules quelques-unes des entreprises qui ont mis en place des
incubateurs d’affaires réalisent l’utilité réelle de ces structures sur le développement de leurs capacités
d’innovation. Les entreprises qui attendent que les incubateurs leur fournissent des solutions clés en main,
qui peuvent être transférées directement à leurs unités d’affaires, seront déçues des résultats.
Notre recherche démontre ainsi que les entreprises apprennent encore à maximiser les bénéfices
d’initiatives d’incubation. Pour contribuer véritablement au développement de nouvelles compétences à
travers ses activités d’incubation, l’entreprise doit pouvoir compter sur une capacité d’absorption
développée. En d’autres termes, elle doit être performante dans l’acquisition, l’assimilation, la
transformation et l’exploitation de nouvelles idées.
1 "The future of employment: how susceptible are jobs to computerisation", en français : « Le futur de l’emploi : à quel point le
travail est-il susceptible d’être confié à des ordinateurs? ».
2 Gig economy signifie l’appel aux travailleurs indépendants pour effectuer des tâches exigeant peu de qualifications.
3 Ibidem.
5 Il convient de noter que les incubateurs d’affaires sont généralement mis en place par des établissements d’enseignement
supérieur et de recherche (universités, écoles, organismes de recherche), par des agences de développement économique ou des
pôles de compétitivité, ou par des entreprises.
6 On omet l’étape de la variation générative, car dans nos cas, elle concerne uniquement les porteurs de projet.
7 Market Pull. Approche selon laquelle l’innovation est expliquée par la demande du marché pour des nouveautés. Le marché
formule un problème, et donc un besoin, et l'entreprise propose une solution en guise de réponse.
8 Il s’agit d’un jeu comptant trois types de joueurs : les intrapreneurs, les investisseurs et les experts. Pendant deux mois, les trois
types de joueurs interagissent ensemble. Les intrapreneurs et les experts développent un modèle d’affaires et un plan d’affaires,
alors que les investisseurs conseillent les intrapreneurs.
9 Les « Startups Weekends » sont des évènements tenus pendant une fin de semaine et visant à regrouper des spécialistes de
différentes disciplines (programmeurs, entrepreneurs, experts en communication, etc.) afin qu’ils proposent, en petites équipes,
des idées d’affaires. Depuis 2007, près de 3000 évènements ont été organisés dans 150 pays. L’EPI D s’est servie de cette
méthode pour recruter des incubés.
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