Etre Mono
Etre Mono
LAPSS
Laboratoire d'analyses des
politiques sociales et sanitaires
Être mono-parent :
des familles sous contraintes
dans un contexte institutionnel local
Nous tenons vivement à remercier les différents partenaires de cette étude (la
Caisse d’Allocations Familiales d’Ille-et-Vilaine, le Conseil Général et la Ville de
Rennes), les parents et les professionnels qui se sont, très sincèrement et très
honnêtement, prêtés au jeu (parfois difficile) de l’entretien, ainsi que les “ relais ” qui
nous ont permis de prendre contact avec eux (notamment la responsable du CDAS de
Rennes Cleunay-St Cyr, la directrice de l’association AMFD, les membres de
l’association AVEL MAD et Claudine Larzul de la Ville de Rennes) et le comité de
pilotage de l’APRAS pour les orientations et le soutien qu’il a donnés à cette étude1.
1 Nous remercions également Béatrice Peschard de Quest’us et Régine Maffeïs LAPSS pour les
corrections qu’elles ont apportées aux premiers manuscrits et leur travail de mise en page du document
final. Nous n’oublions pas le groupe “ femmes et santé ” du comité consultatif de la Ville de Rennes
(présidé par Maria Vadillo) grâce auquel a germé et fleuri l’idée de cette étude.
INTRODUCTION ...................................................................................................................................... 92
1 - Objectifs de l'étude..................................................................................................................... 92
2 - Pertinence de la catégorie : compter n'est pas signifier ........................................................... 93
Introduction et synthèse
“ Faire face ”
Les témoignages des mono-parents convergent vers la nécessité de faire face au
jour le jour à leur nouvelle situation, après la perte ou le départ du conjoint. La rupture
(ou le deuil) a bouleversé la vie quotidienne et nécessité une réorganisation. Les
contraintes se sont multipliées et le principe organisateur des pratiques est le fait de faire
face à ces contraintes. La plupart des parents interviewés, particulièrement les femmes,
ont évoqué les contraintes du double rôle social de mère et de père. Si ces femmes
s’accordent le plus souvent sur la nécessité de maintenir ce double lien, - l’affectif et
l’autoritaire -, elles évoquent aussi l’énorme difficulté que provoque la recomposition du
rôle parental due à la séparation : les pères ayant moins de temps à passer avec les
enfants, en viennent à refuser de se voir enfermés dans le rôle d’autorité, celui-ci étant
perçu comme le “ mauvais rôle ”. Ce rôle d’autorité est donc souvent renvoyé à la mère,
qui l’assume avec d’autant plus de difficultés que les enfants sont adolescents ou jeunes
adultes.
Les personnes rencontrées évoquent largement le très grand attachement qui les
lie à leurs enfants. La peur d’être qualifiées de “ mauvais parents ” les préoccupent, au
point que certaines construisent, malgré elles, un cocon familial qui tend à les isoler.
Pour les femmes, la garde des enfants est un souci permanent parfois obsédant, plus que
l’argent et plus que cet ex-conjoint qui les a parfois abandonnées sans avoir été
pénalisé.
On ne peut appréhender le quotidien des familles monoparentales et les
contraintes qu’elles connaissent sans évoquer cette période de rupture qui représente
psychologue (ou le psychiatre) est également souvent évoqué comme une aide permettant
de mieux supporter les conditions de la rupture et d’être mieux armé pour assumer la
situation.
Quant aux services sociaux, il semble qu’ils déçoivent souvent les attentes des
parents-solo, voire même inspirent la méfiance ou la crainte. Ils font l’objet de préjugés
solides qui disqualifient parfois aux yeux des usagers, leurs capacités à résoudre les
problèmes qui leur sont soumis et la réalité objective des actions mises en œuvre.
Concernant les institutions du “ social ”, les familles monoparentales se plaignent de la
rigidité d’un système administratif qui ne prend pas en compte la diversité des situations
matrimoniales et surtout le caractère de plus en plus séquentiel des trajectoires
familiales. En revanche, les foyers d’hébergement qui accueillent les mères avec leurs
enfants, sont unanimement appréciés (cf. le foyer Brocéliande).
contact direct ou indirect, nature du service proposé et public concerné (restreint ou non
aux familles monoparentales, avec la totalité ou une partie de celles-ci).
Nous pourrions penser a priori que ces distinctions influent sur les réponses. Par
exemple, les enseignants ou éducateurs de jeunes enfants (crèche) en contact direct avec
l'ensemble des familles (y compris les familles monoparentales) seraient plus enclins à
relativiser leurs propos, à noter la diversité des situations et à éviter de dramatiser ou
stigmatiser la monoparentalité. A l'inverse les travailleurs sociaux en relation avec les
femmes percevant l'API pourraient avoir tendance à généraliser les éventuelles
difficultés rencontrées par ces mères à l'ensemble des femmes en famille monoparentale.
Or il n'en est rien. Il semble que la ligne de démarcation entre ce qui serait de l'ordre du
préjugé et ce qui relève d'un constat avéré et nuancé soit plus d'ordre idéologique et
transcende donc l'inscription dans une pratique professionnelle.
En résumé, la manière dont les professionnels analysent la monoparentalité serait
fortement influencée par l'image qu'ils se font (et/ou que leur institution se fait) de la
(“ vraie ”) famille ou de ce qu'elle devrait être (visée normative). Ainsi la famille
monoparentale apparaît en creux par rapport à ce que serait censé être la famille
nucléaire présentée comme un idéal.
Autrement dit, s'interroger sur la monoparentalité permet, par effet de miroir, de
s'interroger sur les évolutions (ou “ mutations ”, comme le souligne I. Théry) de la
famille nucléaire à savoir, plus particulièrement, sur le statut parental, la place des
hommes et des femmes, la socialisation et le développement des enfants.
- la mère est inactive (elle noue alors une relation exclusive et pathologique avec son
enfant) ;
- la mère travaille (il lui est difficile de mener de front vie professionnelle et activités
domestiques ou éducatives, l'enfant est livré à lui-même).
Ces arguments, rapidement évoqués, mettent en avant la persistance implicite ou
explicite de la référence au modèle biparental et une vision idyllique du couple dans
lequel les rôles paternels et maternels sont à la fois complémentaires et interchangeables.
De telle sorte que de nombreuses préconisations visent à réintroduire “ le père ”
(maintenir la parentalité au-delà de la conjugalité).
L'insertion professionnelle
La question principale des professionnels rencontrés est : doit-on “ assister ” les
femmes monoparents ou doit-on faire en sorte de les autonomiser ? Sont alors mises en
concurrence la valeur travail (qui permet de ne pas être dépendant des allocations) et la
valeur responsabilité maternelle (une femme seule peut-elle être une “ bonne ” mère
quand elle travaille ?).
Des actions ont été entreprises afin de faciliter l'accès au travail pour les publics
précarisés mais il semble qu'elles soient menées sur un trop court terme (elles ne
permettent pas de mettre en place une formation qualifiante et la sortie des emplois
précaires).
Penser l'insertion professionnelle comme un objectif à atteindre (plutôt qu'un
retour au foyer “ choisi ” par défaut), envisager des actions de formations sur le long
terme (éventuellement le temps de l'API) et faciliter la garde des enfants (gratuité et
extension des services) sont des propositions envisagées par quelques professionnels.
Concernant la garde des enfants, les dispositifs existants, même s'ils peuvent
paraître insuffisants, sont de surplus mal connus malgré les efforts des professionnels
(notamment les loisirs proposés par la Ville de Rennes hors des temps scolaires).
Améliorer l'information (cela concerne également les services de la PMI) serait
également une action à entreprendre (en s'appuyant notamment sur un réseau de
professionnels en contact avec ces familles).
Enfin, il semble souhaitable d'élargir la question de la garde des enfants aux
femmes qui ne “ travaillent ” pas (qui n'occupent pas un emploi salarié), pour qui la
conciliation vie familiale / vie personnelle est aussi primordiale.
fécond de s'interroger (pour les accompagner) sur les évolutions de la famille (cf. Irène
Théry) notamment sur :
- le lien de filiation (principe d'indissolubilité naguère attribué à la conjugalité) et la
personnalisation du lien à l'enfant ;
- le statut de parent (comment tenir compte des composantes biologiques, sociales et
généalogiques), le thème de “ parent démissionnaire ” et l'inégalité des rôles de la
paternité et de la maternité avant et après la rupture ;
- la dynamique de l'égalité des sexes et de la conciliation vie familiale et vie
professionnelle.
PREMIERE PARTIE :
Chapitre 1 :
En somme, est-ce que le mono-parent se sent un parent différent des autres et dans
quelle mesure ? Comment perçoit-il les regards extérieurs, ceux de ses proches, famille
et amis, mais aussi et peut-être surtout ceux des professionnels de l’enfance et de la
famille auxquels il se confronte, au premier rang desquels les enseignants ?
Sans prétendre, une fois encore, que notre enquête qualitative soit d’aucune manière
représentative de ce que recouvre potentiellement la monoparentalité, que ce soit dans
la ville de Rennes ou ailleurs, il nous semble qu’elle peut cependant permettre de
comprendre pourquoi certains mono-parents éprouvent profondément une sorte de
“désapprobation sociale”, des effets de stigmatisation, jusqu’à intégrer ces éléments
comme des composantes identitaires, alors que d’autres n’évoquent nullement ces
effets, jusqu’à parfois même ne pas se penser comme des familles monoparentales, et
même refuser tout ce que la catégorie véhicule justement de stéréotypes négatifs, pour
se présenter comme des familles “ordinaires”, si l’on peut dire, parfois même avec
certains atouts et avantages que pourraient leur envier les familles biparentales.
Ce qui peut expliquer cet écart renvoie, selon nous, à une certaine conception de la
norme familiale : certains percevant la norme familiale comme une structure qui existe
hors de soi - hors même de son expérience personnelle qui n’a parfois pas participé à
donner une représentation de la famille justement -, une représentation fixée dans un
imaginaire collectif et social, avec des configurations précises ; alors que d’autres ont
plutôt une approche “constructiviste” de la norme familiale, celle-ci n’étant au fond que
le résultat de l’expérience, d’ajustements progressifs, la norme familiale étant d’autant
plus souple que l’on a pu en recevoir une de son passé familial, que l’on ajuste et
bricole soi-même, dans un processus d’auto-production normative.
Faire face
- Tout d’abord, en parlant de leur situation et de leur rôle de parent, les personnes
rencontrées convergent sur un premier constat : la nécessité de faire face à cette
situation nouvelle, au jour le jour, sans avoir bien souvent même le temps de
rationaliser ou d’appliquer des schémas idéaux. Le changement de situation a provoqué
des bouleversements et réorganisé totalement la vie quotidienne. Les contraintes se sont
multipliées et ont imposé de régler au fur et à mesure les obstacles. Du fait de ces
contraintes, un des thèmes fédérateurs est le manque de temps : temps pour les enfants,
mais aussi et peut-être surtout, temps pour soi. Le mono-parent doit affronter un rythme
quotidien qui ne laisse guère d’espace à une réflexion sur le rôle de parent. Le principe
organisateur des pratiques est le fait de faire face à ces contraintes.
d’un droit de visite, de vacances, voire dans le cadre de garde partagée. Les choses se
passent un peu comme si, du fait que ces pères ont moins de temps à partager avec leurs
enfants, ils en étaient venus à écarter ou refuser ce rôle d’autorité, ce “mauvais rôle”, si
l’on peut dire, celui qui cadre et borne les pratiques et les revendications des enfants,
pour privilégier le “bon rôle”, celui qui se traduit par l’expression d’affection, le partage
et la complicité, la souplesse. Laissant en creux ce rôle d’autorité, les pères semblent
poser à celles qui ont à partager l’essentiel du quotidien des enfants un problème
nouveau : elles doivent, certes d’une manière différente des mères abandonnées par
leurs ex-partenaires, faire face à un rôle d’autant plus délicat à assumer que les enfants
sont adolescents, préadolescents ou jeunes adultes.
Se penser en termes de distance à une norme parentale ou construire et ajuster son rôle
parental au gré de son expérience
Avant de distinguer ce qui différencie les propos tenus par les mono-parents rencontrés,
il est donc possible de repérer une composante identitaire largement partagée, que l’on
retrouve fréquemment dans les entretiens. Si l’on ne peut véritablement définir un
mono-parent à la lumière de nos entretiens, on peut en revanche repérer que ce qui le
caractérise le mieux, aux dires de nos interlocuteurs/trices : le fait qu’il doit “faire face”,
“assumer”, “se débrouiller”. L’important semble moins dès lors de nommer ou de
rationaliser sa situation de parent au singulier que de montrer que cette situation impose
une manière d’être, qui ne laisse guère de place aux états d’âme, si l’on peut dire. La
situation monoparentale représente donc principalement une série de contraintes
auxquelles le mono-parent ne cesse de faire face. Ces obligations, cette pression, ces
contraintes se traduisent en termes de temps, d’abord, mais aussi en termes d’écart à un
idéal devenu hors d’atteinte. Les moyens matériels sont une autre limite à laquelle il
faut faire face.
Ainsi Bérénice (37 ans, divorcée, mère de trois enfants respectivement de 14, 11 et 8
ans), à propos de l’accompagnement du travail scolaire :
Le travail scolaire, (…), bien sûr, c’est quelque chose d’important, mais je
n’ai pas le temps. Quand j’arrive le soir, j’ai tellement de choses à faire
dans la maison, c’est ce côté-là,… parce qu’on arrive, le linge, la cuisine,
la vaisselle, tout préparer pour le lendemain matin. Il y a énormément de
choses à faire en arrivant…Il y a tout ce côté-là qui est vraiment épuisant,
quand on arrive de sa journée de travail et qu’il faut tout recommencer…
Aussi quand elle évoque le parent idéal, elle fait immédiatement référence au temps et à
la disponibilité :
Il doit être disponible, en forme, patient, parce que moi, je manque de temps
pour eux, je me rends compte… pour m’occuper plus d’eux, je vois les
devoirs, heureusement qu’ils sont à l’étude. Je ne me sens pas le courage le
soir de faire tout ça.
Le thème du manque de temps, pour les enfants, voire pour chaque enfant avec ses
attentes spécifiques, mais aussi pour soi, est un véritable leitmotiv de cet ensemble
d’entretiens. Ainsi, Solange (veuve de 34 ans avec ses deux enfants de 4 et 7 ans) nous
dit :
J’aimerais avoir un peu de temps libre, ce n’est pas simplement pour garder
mes enfants, ce serait d’avoir du temps pour moi… J’aurai préféré éveiller
mes enfants au monde qui les entoure plutôt que de m’occuper d’eux
matériellement, parce qu’en ce moment, j’ai le temps de m’occuper d’eux
matériellement, c’est-à-dire qu’ils vivent toujours avec un parent qui leur
impose des contraintes. Je n’ai pas le temps avec les deux, j’aurais un
enfant, ce serait sans doute différent, mais avec les deux, je n’ai pas le
temps de passer du temps à lire, à les emmener à la bibliothèque, à les
éveiller. Idéalement, j’aurais voulu leur faire connaître beaucoup plus de
choses…
La difficulté majeure, mais ça on l’avait ressenti déjà quand on était séparé,
c’est de ne pas avoir de temps avec un seul enfant, de ne pas pouvoir
justement se partager les enfants. Les enfants n’ont pas le même âge et pas
forcément les mêmes centres d’intérêt et quand on est seul, on ne peut pas
consacrer un temps, mais un vrai temps, à l’enfant qui concerne son âge,
ses curiosités, ses désirs et c’est vraiment difficile. Il y a toujours l’autre qui
est là, qui a envie d’autre chose, j’ai du mal à assurer, à répondre aux deux
demandes. Quand on vit en couple, c’est possible…
De même pour Evelyne (divorcée avec deux enfants de 5 et 10 ans), le temps pour soi
n’existe pas :
Quand on est une famille monoparentale, moi je suis soit au travail, soit
avec les enfants, je n’ai pas de temps pour moi toute seule. Impossible.
“Faire face”, c’est donc bien “faire le maximum” avec les moyens que l’on a. En ce
sens, le bilan n’est pas nécessairement présenté comme négatif, mais il est loin d’être
idéal. D’ailleurs, pour nombre de ces parents, l’idée d’un “parent idéal” semble bien
abstraite ou désuète. Nathalie (36 ans, séparée avec deux enfants de 8 et 6 ans) exprime
cela très clairement :
Á mon avis, il n’y a pas de parent idéal. Moi, je pars du principe que je fais
le maximum pour mes enfants, je fais ce qui me semble être le mieux pour
eux…Je me dis que c’est pour Eddy, je veux faire le maximum pour lui.
C’est un petit combat, un gros même avec tout en même temps, le divorce,
la scolarité d’Eddy, les problèmes d’argent, ça fait pas mal. Il faut
beaucoup de courage et de tempérament, mais on n’a pas le choix. J’ai pris
une décision à la base, il faut assumer jusqu’au bout.
Le diagnostic du parent solo n’est donc pas aussi catastrophiste qu’on voudrait bien le
faire croire parfois. La logique d’émancipation amène nombre d’entre eux à évaluer
assez positivement leur performance parentale, sans nier bien sûr les difficultés. On
assume ; telle est bien la vision que développe Sybille (mère divorcée de deux enfants
de 4 et 9 ans) dans cet extrait :
Je crois que finalement mon rôle de maman toute seule je l’assume pas mal
du tout. J’arrive bien à me débrouiller et à gérer le mieux possible. C’est
vrai qu’il y a des moments où on aimerait un petit peu passer le relais et
puis, bien souvent, quand on se retrouve seule, on est entouré de nos amis
quand on a vécu en couple, nos amis sont des couples, nos amis sont des
familles, donc au début on est entouré, les couples sont présents mais on se
rend compte qu’après, on rencontre des soucis différents et que quelque
part, on n’est pas toujours sur la même longueur d’onde.
La rupture est d’ailleurs parfois à la fois une contrainte et un soulagement par rapport à
une situation antérieure vécue comme un échec. Ainsi que le développe Flora (mère
séparée avec une petite fille de 4 ans) :
Quand je me suis retrouvée toute seule avec ma fille, c’était mieux je trouve,
matériellement c’était mieux au début. Sur la vie quotidienne, c’était mieux
aussi, pour moi, ça a été un grand soulagement à tout point de vue.
Une grande partie des parents rencontrés nous a fait part de cette difficulté spécifique
des parents solo. Certes, elle est d’autant plus forte que l’on avait affaire aux parents
d’adolescents ou de préadolescents. Mais c’est bien un point qui fait consensus. Etre
parent seul impose une nouvelle répartition des rôles parentaux qui ne va pas de soi. Il y
a bien sûr un premier cas de figure : celui des femmes qui ont été abandonnées par leur
compagnon ou celui des veuves qui ont perdu leur partenaire. Du fait de l’absence de
l’autre, elles ont dû très tôt compenser cette absence auprès de leur(s) enfant(s), en
assumant un double rôle, ce qui n’est pas sans poser problème.
Mais cette configuration n’est pas si éloignée de celles des femmes, qui dans le cadre du
divorce ou de la séparation, évoquent la difficile répartition de ces deux rôles
classiquement attribués à chaque sexe : d’un côté le rôle nourricier et affectueux, de
l’autre celui de l’autorité. Ce dernier est bien celui qui pose problème. En effet, même
pour les hommes en position de parent non gardien ou n’ayant pas la résidence
principale des enfants, le rôle d’autorité est relativement problématique. Les parents
interviewés nous en parlent comme d’un “mauvais rôle” que se refusent d’assumer leurs
ex-partenaires, pour privilégier le rôle affectif, voire le rôle de copain. On peut
d’ailleurs remarquer que, bien souvent, cette question de l’autorité des pères posait déjà
problème dans la vie de couple.
C’est très dur pour une mère de jouer les deux rôles, nous dit Chantal (mère
séparée avec deux garçons de 17 et 14 ans). Ce sont aussi presque les mots
de Thérèse (mère séparée depuis un an avec trois filles de 5, 8 et 12 ans) : Je
dirais quelque chose : c’est que je fais le rôle du père et de la mère…
D’ailleurs, il a très peu d’autorité… C’est un africain, donc il est plutôt
cool. Il ne sait pas monter la voix quand il y a une bêtise de faite ou autre et
il cède aux caprices des filles, comme il ne les voit pas souvent…
Il ne faudrait pas que moi je joue la mère sévère et que lui il soit trop cool
(mère séparée avec deux enfants jumeaux de 16 ans).
Solange (enseignante, séparée puis veuve avec deux jeunes enfants) souligne aussi ce
point en évoquant la perte de l’autre :
Sylvie (divorcée avec deux enfants de 11 et 7 ans) précise ce point avec beaucoup
d’acuité :
C’est vrai que je suis maman et en même temps, je suis maman et papa
parce que Martine et Jacques ont un papa, mais… J’aurais souhaité n’être
que maman, ne pas faire tout le temps le rôle du papa aussi par ce que j’ai
l’impression d’être… c’est-à-dire que je suis obligée de jouer le rôle du
papa ; ce n’est pas que je n’aime pas, mais c’est le rôle que je suis obligée
de jouer parce que le papa est défaillant et ça, ça m’énerve un peu. Le rôle
du papa, c’est par exemple donner des limites à un enfant et les nôtres ne
l’ont pas du tout ça parce qu’ils ont un papa qui n’est pas un papa, c’est un
copain. On a le droit de tout, tout est bien et moi, je suis obligée après,
quand ils reviennent, de mettre ces limites-là, sans arrêt et de rétablir les
situations… Le rôle de maman, c’est plus l’affectif, c’est plus les petits
secrets, pleins de petites choses.
Jacqueline (divorcée depuis onze ans et mère de trois garçons de 26, 23 et 16 ans) fait
sensiblement le même constat, y compris de se plaindre de la manière dont le père se
comportait avant le divorce :
Un des gros problèmes des ados, c’est qu’ils vivent entre eux et qu’ils
manquent de repères et de relations avec les adultes. Ils manquent
d’accompagnement avec d’autres adultes référents, hommes et femmes,
d’hommes en particulier pour nous, dans ma situation de femme avec trois
fils, j’ai personne pour me confronter… N’empêche que si tu es dans un
couple où ça marche quand même, il y a une confrontation des parents par
rapport à l’éducation des enfants, il y a une autorité. J’ai beaucoup regretté
que leur père n’ait jamais eu d’autorité. Il y a un problème d’autorité de la
part du père qui est fondamental, autorité dans le bon sens du terme, de
prise en mains, de prise en compte et de barrières qu’il aurait mises, même
avec l’aîné. Il est le seul à avoir vécu plus avec son père et il y a des tas de
barrières qu’il n’a pas mis. Il refuse de voir les problèmes… C’est toujours
moi qui ait dû faire front à tout. La responsabilité des pères, c’est
dramatique, pour les femmes, pour les enfants, pour tout le monde.
Amélie (divorcée, mère de trois filles de 10, 15 et 17 ans) insiste, elle aussi, sur cette
difficulté, sur les effets des pères copains, sans autorité, et sur la faiblesse de la position
de mère seule face aux enfants et la gestion de l’autorité :
Cette question de l’autorité ne doit pas être comprise, cependant, comme un déficit des
ménages monoparentaux. Elle est bien commune à l’ensemble des familles
contemporaines, qu’elles soient mono ou bi-parentales. L’air du temps et les nouvelles
relations conjugales et parentales, horizontalisées, moins hiérarchiques, moins fondées
sur l’autorité, créent un nouvel horizon et engendrent de nouvelles difficultés. L’identité
de parent se cherche, se rééquilibre. Les images traditionnelles du père autoritaire et
distant et de la mère nourricière et affectueuse semblent bien insuffisantes pour
permettre aux parents d’aujourd’hui de se définir et de se penser. Si l’on ne nie pas les
spécificités des rôles des sexes, on perçoit que la recomposition de ces rôles est loin
d’être achevée. Les pères contribuent encore bien peu aux tâches domestiques et
d’éducation, mais ils se cherchent dans une autre figure que celle de ce père
traditionnel. Ce qui est revendiqué et parfois mal reçu par leurs partenaires féminines,
c’est la possibilité de développer une relation chaleureuse et affectueuse avec les
enfants, une relation de proximité, de complicité, au risque de donner à voir un père-
copain, trop tolérant, ne cadrant pas assez les enfants.
On pourrait aller jusqu’à considérer que les pères rejettent autant cette figure du père
autoritaire et distant, que le font les femmes de la conception traditionnelle de la mère
nourricière et ménagère. Ces deux modèles conformes à une tradition considérée
comme désuète ne suffisent plus à forger les rôles de père et de mère. Et si ce
phénomène vaut pour l’ensemble des familles, il prend une certaine acuité dans les
ménages monoparentaux, surtout ceux issus de la séparation et du divorce, dans la
mesure où les pères sont en quelque sorte encore plus demandeurs de proximité avec
leurs enfants, dont ils se sentent écartés. C’est peut-être en ce sens qu’ils cherchent à
éviter le rôle de détenteur de l’autorité, de la règle, de la loi, de l’interdit et qu’ils le
laissent assumer à celle qui a le plus de temps avec l’enfant. Quoiqu’il en soit, il y a là
indéniablement un problème non réglé et qui suscite certaines tensions.
Ces propos sur le difficile double rôle doivent donc être bien compris. Il ne s’agit pas de
dire que les mono-parents ont tout simplement un problème d’autorité, lié à l’absence
du père, ce qui irait dans le sens d’un diagnostic déficitaire trop simpliste et donc des
idées reçues sur leurs incapacités éducatives. Il faut plutôt l’entendre comme le signe
d’une mutation en cours des rôles respectifs de l’homme et de la femme dans la famille,
qu’elle soit bi ou mono-parentale. Les nouvelles marques de chacun sont encore floues
et les mono-parents les éprouvent d’autant plus que justement, cette répartition des rôles
parentaux constituaient déjà un problème avant la séparation.
Mais d’autres dimensions interviennent encore et qui concernent ici notre objet : le rôle
parental et la perception de soi, au regard de ce que l’on croît être le regard des autres.
En effet, pour se penser comme parent seul, on fait appel à toute une série de lectures
au-delà de sa propre expérience. Ainsi, la vision que l’on a de soi peut être plus ou
moins affectée par le regard des autres (parents, proches, amis, collègues,
professionnels de l’enfance et de la famille, etc.). C’est à ce niveau qu’il nous semble
possible de tenter une interprétation qui permet de rendre compte de différentes
attitudes.
Dans d’autres ménages (grosso modo, l’autre moitié de notre échantillon), le rôle de
parent, seul ou en couple, semble faire l’objet d’un processus d’ajustement et
d’arbitrage complexe, sans que ne s’impose clairement une norme familiale explicite.
On croit encore moins alors à l’existence d’un modèle idéal de famille ou de parent. La
famille bi-parentale peut signifier autant de difficultés et d’impasses que la situation
monoparentale. On pense alors son rôle de parent comme un “rôle de composition”,
construit au fil du temps, non sans faire appel à sa propre expérience d’enfant et aux
modèles fournis par ses propres parents. Il s’agit en tous les cas d’un rôle à construire, à
ajuster, à définir progressivement, sans se plier à un devoir-être. Pas de modèle figé,
juste une construction toujours en cours.
Ces deux types d’attitudes ont des effets majeurs sur la manière dont ces parents nous
parlent d’eux-mêmes et de leur rôle.
Pour construire sa propre image de mono-parent, le regard que les autres portent sur soi
est déterminant. A ce niveau, l’existence d’une vision relativement traditionnelle de la
famille peut peser de tout son poids sur l’expérience de la monoparentalité. Tout semble
alors signifier qu’en se retrouvant ou en se mettant dans cette situation, on s’écarte de la
norme. Les parents des personnes rencontrées sont parfois le véhicule principal de ce
jugement.
Ma mère était mère au foyer. Je viens d’une famille de sept enfants. Mon
père était directeur de société… Mes parents avaient une conception très
forte de l’éducation, très judéo-chrétienne, comme on dit… Ils avaient une
conception assez rigide de l’éducation…En ce qui concerne la division des
rôles, c’était très fort, extrêmement fort, puisque ma sœur et moi, on était de
ménage et de vaisselle et mes frères ne faisaient pas grand chose. Mes
frères, c’était les études, ils se mettaient les pieds sous la table. C’était très
rigide là-dessus. Mon père a interdit à ma mère de reprendre des études
alors qu’elle a eu envie d’en faire quand elle a eu 40 ans… Mon père avait
le rôle d’autorité, celui qui commande, qui interdit… Ma mère faisait la
cuisine, le linge, le ménage en complément des dames qui sont venues
travailler à la maison à certaines périodes de ma vie… C’est ma mère qui
m’a toujours soutenu dans mes projets professionnels… Mon père, en fait,
lui, ne nous a jamais considérées que comme des pourvoyeuses d’enfants…
Là où ça a été très dur, c’est que mes parents m’ont beaucoup jugée lors de
ma séparation, de mon divorce, ils ne m’ont pas du tout aidée, pas du tout.
Ils m’ont plutôt enfoncée et là, c’est vrai qu’ils sont très mal à l’aise avec
ça. Maintenant, avec le recul, c’est différent, parce qu’ils se rendent compte
que finalement, quand je me suis séparée, la première chose que ma mère
m’a dite, c’est : ‘les enfants vont trinquer’. Moi, il a fallu que j’élimine ce
truc-là. J’ai mis des années et des années, de thérapie, pour retirer ce poids
que j’avais sur la tête, le poids de mes deux parents qui me jugeaient,
d’autant plus qu’on avait décidé ça conjointement, mais ils ont vite estimé
que c’était moi la seule responsable et non pas mon conjoint… Á aucun
moment, ils n’ont essayé de comprendre par rapport à moi personnellement
qu’est-ce qui faisait que ma vie de couple était insupportable. Je trouve que
c’est un peu dur de vivre ça, de ne pas avoir une confiance au niveau
affectif.
Claudine (mère divorcée d’un garçon de 9 ans) évoque, elle aussi, cette désapprobation
des parents et ses effets, à l’occasion de son retour chez eux après la séparation :
Mes parents m’ont récupérée chez eux… Á partir de là, le climat a changé,
c’est-à-dire qu’alors que j’avais une relation toujours très proche avec mes
parents, quelque chose s’est cassé… Je me suis aperçue que je redevenais
la petite fille qui avait une enfant, mais mon autorité face à mon enfant
n’était plus celle que j’avais auparavant, c’est-à-dire que c’étaient les
grands-parents qui prenaient les décisions… J’ai eu droit régulièrement à
des remontrances dans le genre ‘tu l’abandonnes, tu n’es pas une mère
digne’, ‘si on n’était pas là, qu’est-ce qu’il deviendrait ? un délinquant ?’.
Pour autant, elle ne considère pas avoir reçu ou pu se construire un modèle idéal de la
famille. Le discours de sa mère était bien d’un tout autre ordre :
Une image de la famille ? Non, elle n’existait pas. Dans mon esprit, c’était
la mère, les enfants, c’est tout. Le père est quasiment inexistant. C’est ‘les
hommes sont tous des salauds’, c’est un résumé assez exact de ce qu’elle
nous a inculqué, à tel point que ses trois filles sont toutes les trois
célibataires.
L’expérience accumulée durant l’enfance est donc déterminante. Beaucoup des parents
interviewés ont fait référence à leurs propres parents pour décrire et exprimer leur
conception du rôle parental. On commente alors les effets de continuité et de
reproduction.
Pour d’autres, en revanche, cette expérience d’enfant confronté et éduqué par ses
parents n’a pas eu lieu, et en cela n’a donc pas permis de se forger une expérience de la
parentalité. C’est le cas dans le récit de Thérèse (mère séparée depuis un an avec trois
filles de 5, 8 et 12 ans) :
Une image de la famille ? J’en ai pas, je n’ai pas eu de famille… Mon père
est orphelin et ma mère m’a abandonnée à l’âge de trois ans… En fait,
l’éducation que je prône maintenant, c’est par mon imagination et du bon
sens, je crois qu’il n’y a pas à chercher plus loin… Il n’y a pas de mode
d’emploi, il faut que ça vienne du cœur… Moi, j’aurais bien voulu qu’on
m’aime, tout simplement, me sentir importante pour quelqu’un. C’est
énorme quand vous n’avez pas l’amour de vos parents, si en plus ils vous
écrasent, ils vous abîment, ils vous cassent. Il ne faut pas rêver, ça reste à
vie, les cicatrices, elles restent et ça vous déstabilise en tant qu’adulte dans
la mesure où on ne vous a jamais appris à avoir confiance en vous.
Face à ce vide “ expérientiel ” de la petite enfance, il reste l’amour et le bon sens pour
construire sa propre expérience. Mais il peut aussi rester un très puissant sentiment de
différence et, de ce fait, une représentation très forte de ce que devrait être et ne jamais
cesser d’être une famille : un couple avec deux parents qui élèvent ensemble leurs
enfants. Comme le dit Estelle (mère divorcée avec deux enfants de 12 et 14 ans) :
Le schéma idéal pour élever des enfants, c’est un couple, un papa, une
maman présents et ce n’est pas le cas pour nous, donc c’est loin d’être
l’idéal. La deuxième chose, ce sont les conditions matérielles pour les
élever que je n’ai pas non plus.
Se penser en termes d’écart à la norme, c’est bien cela. Savoir et reconnaître que l’on
n’est pas dans une situation conforme au minimum requis. C’est aussi ressentir le poids
du regard de réprobation qui enveloppe votre situation. De là découle le sentiment de
honte :
Quand je parle de honte, c’est que forcément quand vous allez demander
pour avoir un truc gratuit pour les bus pour les enfants, plutôt que d’avoir
des amendes que je ne pourrais pas payer. Ce n’est pas flatteur de donner
cette image-là de vous parce que la honte, elle vient peut-être plus dans le
regard de l’autre qui parfois vous dit que vous êtes des assistés.
Bérénice (mère divorcée de 37 ans, avec trois enfants de 8, 11 et 14 ans), qui a elle-
même été privée de modèle parental (placement, puis divorce de ses parents) le
manifeste de la manière suivante :
Et puis, si les enfants ont des difficultés, c’est peut-être à cause de ça, ça
marche moins bien à l’école… Ils ont un caractère un petit peu difficile, ce
sont les répercussions de la séparation. On est responsable de tout ça
quand même.
Je n’ai pas vraiment connu la vie de famille étant donné que toute petite, on
a été en nourrice, on a été placée, quand le divorce a été prononcé, on a été
vivre chez ma mère. En cours d’année, on est venu me chercher à l’école
pour m’emmener en pension. Ma mère nous avait mis en pension… Alors
une famille modèle ?? Je n’en sais rien. Il faudrait que j’en voie une pour
vous dire si ça en est une…
Mais à peine formulé ce vide, Alcina décline tout un dispositif normatif pour mieux dire
la distance qui l’en sépare :
Pour moi, déjà, une famille idéale, c’est une famille dans laquelle il y a une
bonne entente entre tous les membres de la famille. En cas de besoin
psychologique ou d’aide morale, qu’il y ait toujours quelqu’un derrière,
qu’il y ait toujours une écoute ou quelque chose, qu’il y ait une entraide. En
tout cas la mienne, elle ne risque pas d’être comme ça puisqu’elle est
complètement fracassée depuis le début.
Dans ces familles dans lesquelles la norme est comme en surplomb, pour mieux
signifier la distance et l’échec, le risque de ressentir la désapprobation et la
stigmatisation de son environnement est grand. De ce fait, nombre de ces familles ont
perçu et critiqué les stéréotypes véhiculés sur les familles monoparentales.
L’école dit que les relations sont bonnes, mais je les sens quand même très
mal à l’aise par rapport aux situations de divorce. L’entretien que j’ai eu
hier justement avec l’enseignant, il était inquiet, on sentait bien qu’il avait
peur de je ne sais quoi. Moi, j’avais écrit pour annoncer que je souhaitais
qu’il rencontre le père de mon fils, parce que mon fils a besoin de limites, il
a besoin de bosser, de savoir qu’il y a des trucs qui ne sont pas acceptables
et jusqu’ici, il n’y a que moi qu’il avait vu et là, j’ai senti qu’il avait peur de
se trouver dans une situation comme ça où il avait en face de lui deux
parents qui n’étaient pas des parents classiques. En plus, c’est vrai qu’avec
mon ex-mari, au bout de dix ans de divorce, on a mis en place un équilibre
entre nous qui fait qu’on recherche des solutions par rapport aux enfants
quand il y a des problèmes, mais parfois je pense que les interlocuteurs
croient toujours qu’il y aura problème.
Je trouve qu’ils projettent un peu leurs problèmes sur les couples séparés
ou alors je ne sais pas, mais je sens que ce n’est pas cool… Le regard, il est
par exemple en conseil de classe, on dit qu’il y a des problèmes dans la
famille quand il y a un enfant qui n’a pas ses deux parents… Je pense qu’on
est stigmatisés mais de moins en moins parce que mon fils lui-même me
disait en arrivant à Rennes, quand il était en 6ème, au bout d’un mois ou
deux, “ j’ai repéré, on doit être trois ou quatre à avoir des parents
divorcés ”, donc çà je ne l’ai pas inventé, lui-même aussi, il sait bien que
c’est différent. Ce n’est pas forcément stigmatiser dans le sens que c’est un
peu négatif, alors que je pense personnellement que quand il y a des parents
qui ne peuvent pas se supporter, qui se tape sur la tête sans arrêt, ce n’est
pas forcément bon non plus pour les enfants. A mon avis, le regard négatif
systématiquement pour les gens seuls n’est pas juste et le regard positif
systématiquement pour les couples n’est pas juste non plus.
Les instits, ils repèrent tout de suite les parents seuls. Leurs enfants ont
quelques difficultés en classe… Ma petite dernière est en CP, elle a
beaucoup de mal à suivre, elle est agitée… Ils les suivent de près, ils ont mis
quelque chose en place, un réseau d’aide, donc ils m’ont convoquée pour
que ça se mette en route…
Patricia (mère séparée de deux enfants de 3 mois et 9 ans) fait le même constat de
désapprobation de la part du milieu scolaire, au point d’avoir craint à un moment qu’on
lui retire son dernier enfant :
Certes, il n’est pas facile de tirer une conclusion de ces portraits identitaires. Les parents
solo sont trop divers. Il semble cependant que s’impose à nouveau le constat qu’il
convient de tenir compte de la diversité des situations (tous les parents solo ne sont pas
aux prises avec les mêmes difficultés), sans nier la fragilité de ceux qui sont à la fois
confrontés à une pression accrue du fait de leurs conditions socio-économiques, de leur
précarité socioprofessionnelle, et au regard plus réprobateur et stigmatisant des autres, à
la fois proches, et moins proches, comme les professionnels de l’enfance et de la
famille.
Si le fait d’être parent et la manière de l’être adéquatement restent une énigme, une
équation trop complexe pour être résumée dans un manuel de bonne conduite, il
convient de tenir compte des besoins de soutien qu’éprouvent ceux de ces parents qui se
battent pour que soit réduites leurs difficultés. L’important pour eux est dès lors peut-
être de parvenir à être rassurés sur leurs compétences parentales, sur leurs capacités à
être parents, de leur permettre de construire une vision plus souple et nuancée des
aspects de leurs réussites et ainsi, de forger une norme mieux maîtrisable de ce qu’est et
peut être un parent.
Cette vision plus positive et plus souple du rôle de parent solo apparaît d’autant plus
que l’on a affaire à des personnes qui ont reçu lors de leur enfance des modèles
parentaux jugés a posteriori cohérents, que ce soit pour les reproduire ou s’en
distinguer, qui ont pu confronter positivement et ajuster leur conception du rôle de
parent avec leur partenaire et qui ont ainsi pu expérimenter ce rôle concrètement, avec
leurs propres enfants. Parce que la norme en la matière est moins rigide et figée, le
parent solo rapportera alors moins ses difficultés ou ses contraintes à une logique
d’échec ou de défaillance par rapport à un modèle, mais plus comme une manière de
faire face à un épisode difficile.
Chapitre 2 :
Nous ne dresserons pas ici un bilan quantitatif des comportements parentaux, une
catégorisation excessive gommerait la spécificité des trajectoires. Á partir des
cinquante-cinq entretiens effectués et plus précisément des quarante-neuf exploitables,
nous mettrons en évidence les modes de fonctionnement, les pratiques récurrentes et les
diverses attitudes que nous avons pu observer face aux contraintes particulières qui
s'imposent à ces familles.
Nous aborderons d'abord la période de mise en situation monoparentale, puis le thème
de l'activité professionnelle du parent gardien et ses conséquences dans l'organisation
familiale, ainsi que la marge de disponibilité et d’autonomie que s’accorde le parent
pour lui-même dans sa vie quotidienne. Nous tenterons enfin de rapprocher ces
différentes pratiques des conditions de socialisation des personnes interviewées au
travers de ce qu’elles ont bien voulu nous confier au sujet de leur vécu familial, social
ou affectif. Nous resterons cependant prudents et éviterons les déductions hâtives,
l’extrême diversité des trajectoires et la richesse des témoignages nous incitant à ne pas
nous laisser entraîner sur la pente facile du découpage social et de la catégorisation.
Outre le traumatisme provoqué par la rupture conjugale (il n'est pas demandé aux
personnes d'en parler au cours de l'entrevue mais beaucoup en parlent), la situation du
parent solo a plus ou moins pour effet de remettre en cause l'idée qu'il se fait de ses
propres capacités à accomplir les tâches socialement admises d'éducation des enfants.
Qu'il soit ou non à l'origine de la rupture, il est assigné à une sorte de reconstruction de
l'image qu'il a de lui-même et tenu de trouver ses marques dans l'univers complexe de la
réorganisation familiale. Lorsque les personnes que nous avons interviewées relatent ce
temps fort du passage de la situation biparentale à la situation monoparentale, les
entretiens révèlent quatre types d'attitudes que nous développerons brièvement :
Dans ce cas de figure, l'entrée dans la monoparentalité est souvent le résultat d'une
décision cooptée à l'avance entre les deux conjoints, une complicité s'instaure entre eux
ainsi qu'entre le parent gardien et les enfants. La rupture représente une sorte de
soulagement, un mieux-être et le “bien des enfants” est nettement affiché dans les
discours.
Evelyne (39 ans, 2 enfants) et son mari, d'accord pour divorcer, attendront un peu plus
d'un an l'obtention de leurs logements respectifs pour entamer les procédures et
effectuer la séparation “en douceur”. Ils n'informent pas leurs enfants âgés de 9 et 4 ans
de leur décision.
Marie-France (32 ans, 3 filles de 13, 10 et 5 ans) prévoit avec son mari les nouvelles
modalités de l'
organisation familiale : “C'était vu ensemble, dit-elle, on a tenu vraiment
à ce que ça ne change pas trop pour les enfants, on a pris en compte leur bien-être”.
Solange (32 ans, 2 enfants de 18 mois et 4 ans) raconte ainsi l’après-rupture : “On a
continué à essayer d'élever les enfants ensemble, on se consultait continuellement, on se
gardait respectivement nos enfants quand on était contraint par le travail d' être absent.
On continuait à les élever chacun dans le respect d'une famille”.
Jacqueline a divorcé à 41 ans avec trois garçons de 15, 12 et 5 ans, elle explique : “Le
problème du couple empêchait la relation avec les enfants; ils sentaient bien que ça
n'allait pas. Après, j'
ai enfin soufflé, j'
ai enfin arrêté de râler, j'
ai repris en main les
enfants, j'
ai renoué plus profondément avec eux”.
Chantal (32 ans, deux garçons de 5 et 2 ans) confie que pour elle et ses enfants : “la
rupture a été la survie”.
Flora (27 ans) avait une petite fille de 18 mois quand elle s’est retrouvée toute seule.
Elle s’est alors sentie entièrement disponible : “C'
était mieux matériellement et pour la
vie quotidienne, dit-elle, pour moi, ça a été un grand soulagement à tous points de
vue”.
Martine (35 ans, 2 enfants de 9 et 5 ans) et son ex-mari ont adopté au départ la garde
alternée puis ils se sont mis d'accord sur d'autres modes de garde, leur préoccupation
était que les enfants ne souffrent pas de la situation ; quinze ans après, elle fait le bilan :
“J'
ai divorcé parce que je devais divorcer, mais pour les enfants, je trouvais que ce
n'
était pas la solution idéale, maintenant je me dis que je ne me suis pas trop mal
débrouillée, je me dis qu'ils s'
en sortent bien, finalement, on s'
en sort bien tous les
quatre”.
Estelle (30 ans, 2 enfants de 3 ans et 1 an) vit en Mayenne quand elle quitte son
conjoint pour venir s'installer à Rennes chez un de ses frères étudiant ; elle ne connaît
personne et n'a pas un sou en poche, elle trouve rapidement du travail : “Pendant
plusieurs années, je n'ai compté que sur moi et sur mon travail, explique-t-elle, les amis
sont venus plus tard, j'ai vraiment été très seule, j'
ai vécu une relation très forte avec
les enfants et donc ça compensait ”.
Lorsque son enfant a deux ans, Véra (30 ans) trouve un emploi à temps partiel et quitte
l'ami avec lequel elle vivait pour s'installer seule : “Je me suis dit, enfin libre!, le fait de
ne plus être avec cette personne, ça ne m' a jamais manqué. Je suis de caractère très
solitaire, je peux passer trois mois sans voir personne. Je n'
en souffre pas”.
Amélie divorce à 25 ans, elle a deux fillettes de 8 et 3 ans, elle confie : “Je me suis mise
en retrait comme ça, par peur de l' insécurité pour les enfants. J'ai pris des étudiantes
pour s'occuper de mes filles quand je travaillais. J' ai eu des propositions d' aide mais
j'
ai refusé, j'
ai préféré un crédit à la banque, un truc officiel...”.
Caroline (31 ans) est mère célibataire, pendant un an après la naissance de son enfant
elle a eu tendance à s’isoler et n’a pas cherché à créer de nouveaux contacts: “Si on ne
se déplace pas, raconte-t-elle, si on ne remplit pas des dossiers, si on ne fait pas de
demande, on ne vient pas vers vous. C'est le médecin généraliste qui voyait que j'
étais
en difficulté et m'
a conseillé d'aller voir une assistante sociale pour avoir l' aide
médicale. Au départ, on n'
y va pas parce qu'
on ne connaît pas ! ”.
Il en est de même pour Safi (enseignant, seul avec un enfant de 6 ans) qui, lorsque sa
conjointe s’en va et qu’il a des difficultés financières, ne cherche pas à contacter les
services sociaux par peur d’être mal jugé.
La cassure conjugale est ici vécue de façon très douloureuse. L'épreuve de la rupture
peut engendrer hospitalisation, problèmes de santé ou démission. La période de déprime
et de souffrance est plus ou moins longue selon les situations et les individus.
“Au début, je voulais abandonner les enfants, explique Isabelle (40 ans, 3 enfants de 8,
5 et 3 ans), j'
ai trouvé ça vraiment injuste qu'
ils aient deux parents et que l'
un se
déresponsabilise complètement. J'
ai eu un moment très pénible, j'
avais vraiment envie
de les rejeter, je n'
étais pas très bien dans ma tête, ça a duré quand même 1 an, 1 an
1/2, j'
étais jalouse de leur père qui avait fui une responsabilité que l'
on avait prise en
commun vis-à-vis d' eux.”
Delphine, veuve à 37 ans avec un enfant de 9 ans, a le souvenir d'avoir elle aussi
démissionné : “Mon mari est décédé brutalement, raconte-t-elle, j'
étais dans le
brouillard et dans une relation de dépendance vis-à-vis de lui. Il a fallu que j' apprenne
l'
autonomie ; j' ai donc privilégié ma vie personnelle. J'
ai dit à mon fils "débrouille-toi
tout seul!". Je lui ai laissé beaucoup d'
indépendance et j'ai privilégié ma vie...”.
Sandra (38 ans, 2 enfants de 11 et 7 ans) parle d'un mal-être qui a duré plusieurs années,
la rupture et le divorce ayant traîné à cause d'un désaccord sur la garde des enfants.
Karine, 24 ans, mère célibataire d'une fillette de 3 mois a été abandonnée par son
conjoint à 5 mois de grossesse. Á la naissance du bébé, elle se sent dépassée : “Il y a
plein de trucs à affronter sur le plan administratif, dit-elle, des tonnes de papiers à
faire et les biberons qui reviennent, il faut avoir du courage. Au début, j' ai cru que
j'
allais tourner dingue, problème d'allaitement, d' intolérance au lait, les urgences, les
soucis, c'
est pas des choses très drôles, j'
avais l'
impression de ne plus jamais dormir,
on n’imagine pas ce que c'est un bébé ! Le temps que ça prend !...”.
Thérèse (36 ans, 3 filles de 11, 7 et 4 ans) a dû être hospitalisée pendant près d'un an
après la séparation.
Brigitte (37 ans, un enfant de 4 ans) a été, elle aussi, hospitalisée à la suite d'une
tentative de suicide : “J'
étais tellement tendue, raconte-t-elle, je faisais des crises de
panique, c'
était terrible, j'
avais envie de me fiche par la fenêtre... je culpabilisais
énormément !”.
Nous mettrons dans cette catégorie le parent solo pris totalement en charge avec ses
enfants dans un foyer d'accueil comme le foyer Brocéliande à Rennes. L'entrée dans cet
établissement se fait par l'intermédiaire d'une institution ou d'un travailleur social. Les
personnes se trouvent généralement en situation de détresse sociale (pas de moyens
financiers, pas de soutiens familiaux ou amicaux solides), ne trouvant pas le moyen de
se sortir d'une situation qu'elles ne supportent plus.
C'est le cas de Bérénice (35 ans, 3 enfants de 11, 8 et 5 ans) : “Au départ, j'
avais envie
de partir, explique-t-elle, mais je ne savais pas comment faire sans argent, sans salaire,
sans amis, sans rien. J'
ai connu l'
existence du foyer par une assistante sociale, elle m'
a
donné le numéro de téléphone”.
Alcina (29 ans, un enfant qui vient de naître) connaît plusieurs liaisons. Elle a trois
enfants dont elle n'a pas la garde, elle est hospitalisée à la suite d'une tentative de
suicide alors qu'elle attend le quatrième enfant : “La seule solution pour moi pour sortir
de l'
hôpital, explique-t-elle, c'
était d'
avoir un lieu d'
accueil. Il était hors de question
que je retourne chez moi”.
La mésentente conjugale augmente pour Sylvie (28 ans, 2 enfants de 7 et 3 ans) quand
elle est en période de chômage, elle contacte le foyer par téléphone : “j' ai pris un
rendez-vous avec quelqu’un du foyer, dit-elle, je n'
arrêtais pas de parler, il fallait que
je vide mon sac. Puis, quelques jours après, j'
ai eu le document du juge me permettant
de partir avec les enfants”.
Á 52 ans, Anita quitte, après 18 ans de mariage, un mari de plus en plus violent à son
égard. Une assistante sociale l'amène au foyer avec ses quatre filles âgées de 16, 14, 13
et 7 ans.
Marie (31 ans) arrive au foyer avec deux fillettes de sept et un an et un nouveau-né. Elle
n'a pas réussi à trouver une stabilité, après une enfance perturbée. Elle n'a connu que
des tentatives infructueuses de vie en couple.
Ces quelques témoignages rendent compte d'une reconnaissance des effets bénéfiques
d'une prise en charge globale de la famille par une institution comme le foyer
Brocéliande.
Comme pour les familles biparentales, les questions de logement et d’emploi sont
étroitement liées au niveau socio-économique des parents. Une fois passé l'épisode de la
rupture, les situations matérielles se réorganisent et chacun reprend son rôle en tentant
de maintenir le niveau de vie précédent. Cette remise en marche sera plus aisée et plus
rapide si le parent dispose de capitaux économiques importants et s'il est soutenu par un
réseau familial et amical qui l'accompagne dans ce travail de reconstruction de son
système familial.
2 - La question du logement
Parmi les familles rencontrées, vingt-huit ont déménagé au moment de la rupture. Bien
peu ont fait une demande de logement HLM. Généralement, elles préfèrent choisir le
quartier où elles vont s'installer, comme Gaëlle qui a un agrément d’assistante
maternelle et tient à garder sa “clientèle” du quartier. Les parents solo généralement ne
veulent pas attendre. “La situation professionnelle de l' un et de l'autre (elle et son
mari) n'
était pas formidable, explique Evelyne (2 enfants de 9 et 4 ans), donc on a fait
chacun une demande d' appartement, j'
ai trouvé que c' était long. Je trouve qu'
à ce
niveau-là, on n’est pas beaucoup aidés quand on sait qu' on va être seule avec des
enfants. On m'a proposé un appartement où il n' y avait même pas de baignoire, il a
fallu que j'
insiste un petit peu pour en demander un autre avec une baignoire mais on
m'a dit qu’on ne pouvait pas refuser comme ça. Finalement, j'
ai eu la chance qu'
on me
propose celui-là, mais c'
était long ! ”.
Certains parents ont une représentation négative du logement social. Maud s'est
installée dans le privé en arrivant à Rennes avec sa fille de 18 mois. Des amis lui
avaient trouvé un logement. Elle ne voulait pas de HLM. Finalement, elle a dû faire une
demande car son loyer était trop cher. Aujourd'hui, elle est tout à fait satisfaite de son
logement et ne regrette pas.
Quelques personnes ont été hébergées dans leur propre famille au moment de l'entrée en
situation monoparentale. Cette solution est quelquefois difficile.
Chrystelle s'est installée six mois chez sa mère avec ses deux enfants de 7 et 2 ans en
attendant un logement social neuf qu'elle avait retenu : “ Ça n'
a pas été facile, dit-elle,
je m'entends très bien avec ma mère, mais là, retourner chez maman !... ”.
Claudine a vécu avec son fils de 7 ans pendant un an chez ses parents. Elle commente
ainsi son expérience : “Ils m'
ont bien accueillie, j'
arrivais chez eux, c'
était évident ! Le
problème s' est posé au bout de deux mois : je me suis aperçue que je redevenais une
petite fille et mon autorité face à mon enfant n'était plus celle que j'
avais auparavant,
c'
étaient mes parents qui prenaient les décisions et si j' étais contre, je n'avais pas
beaucoup de solutions. (...) Je n'
avais pas d'
espace pour moi, je dormais dans le canapé
du séjour, même si c'est une maison dans laquelle j'
ai vécu étant enfant, à 30 ans, ce
n'
est pas pareil...”.
Gwenaëlle est allée six mois chez une tante avec ses trois adolescents, puis elle a retapé
sa maison qu’elle avait quittée précipitamment.
Marie a été hébergée quelque temps chez sa grand-mère avec son bébé avant de
naviguer entre Bordeaux, Montpellier et Rennes.
Qui les a aidés physiquement, matériellement ? Leurs parents sont, là encore, très
souvent évoqués ainsi que l'ex-conjoint.
Anne à un enfant de 4 ans et est enceinte quand elle rompt avec son conjoint : “J'
ai eu
un logement par l'intermédiaire du travail de mon mari, dit-elle. Nous avions décidé
que je prendrai un logement plus grand et qu' il garderait le T1 que nous avions ; ça
s'est passé dans de bonnes conditions car on a maintenu le dialogue. Il n'y a pas eu de
tension, même au niveau des meubles, j'ai gardé des meubles que j' avais de ma famille.
Il m' a aidée à déménager avec ma sœur et mon beau-frère. Il m' a aidée aussi à
remonter les meubles”.
Les parents de Véra (mère d'un enfant de 2 ans) se déplacent de Grande-Bretagne pour
aider leur fille à déménager.
Les personnes rencontrées sont généralement assez attentives à leur cadre de vie et très
vigilantes quant à sa gestion. Elles se plaisent là où elles sont et apprécient de ne plus
être obligées de négocier avec quelqu’un les choix concernant cette question du
logement. Quelques rares parents ont acheté une maison, d'autres ont gardé le logement
acheté en commun à l'époque de la vie en couple comme Marie-Cécile (mère de trois
enfants de 13, 10 et 3 ans) qui partage les remboursements de la maison avec son ex
conjoint ou Elise (veuve avec un enfant de 11 ans) qui a continué à rembourser les
emprunts de l'appartement familial pendant six ans.
L'activité professionnelle tient une place très importante dans la vie des parents solo;
outre son rôle économique, elle représente un moyen de valorisation personnel qui tend
à compenser souvent la mauvaise image qui leur est renvoyée par l'entourage du fait de
la situation de monoparentalité. Avoir une profession est une priorité pour tous et
toutes. C’est une évidence pour les femmes qui exerçaient une profession avant la
rupture, même si elles n’apportaient qu’un salaire “de complément” pour assurer à la
famille le niveau de vie escompté au départ par le couple. Mais cette profession était
souvent exercée à temps partiel. L'activité essentielle de la mère encore socialement
admise est de “s'occuper” des enfants. Cette situation nécessitait pour les personnes
- Le parent solo fait appel aux institutions du social ou autres organismes et peut
bénéficier d'
aides financières publiques qui remplacent temporairement une activité
professionnelle.
- Le parent profite des dispositifs publics pour s'engager dans une formation
professionnelle mais il subit aussi l’insécurité du marché de l’emploi..
- Le parent est obligé de rechercher un emploi au moment de la séparation.
- Le parent peut disposer d' une autonomie financière déjà acquise avant la rupture
ou bénéficie d'une aide non négligeable de l'ex-conjoint.
Saïd (36 ans) travaillait sur les marchés avant de se retrouver seul avec son fils de 9 ans.
Il touche le RMI et recherche une activité compatible avec la responsabilité de cet
enfant.
Flora (30 ans), mère d'une fillette de 4 ans, a bénéficié de l'API et perçoit maintenant un
RMI partiel en complément de quelques vacations dans un bureau d'études.
Marie (34 ans) dit avoir eu une enfance perturbée par l'absence de père et des
placements dans différents établissements. Elle a connu une liaison très instable,
déménage souvent, est prise en charge par le foyer Brocéliande et a actuellement la
charge de ses deux derniers enfants (3 ans et 1 an). Elle touche l'API.
Alcina (30 ans), ayant à sa charge un enfant de 22 mois, vient de quitter un emploi de
serveuse dans un restaurant, elle touche l'API. Elle est peu motivée pour rechercher un
emploi à Rennes, car elle souhaite se rapprocher de sa famille à Paris.
Charles (55 ans), originaire du Congo, était médecin et faisait des remplacements dans
les hôpitaux de la région (Bretagne, Basse-Normandie). Veuf avec 6 enfants, dont le
dernier avait 5 ans au décès de sa mère, il n'a pas retrouvé d'activité professionnelle
compatible avec sa situation. Il touche le RMI depuis 10 ans.
Thérèse (37 ans), mère de trois enfants, perçoit l'allocation adulte handicapé pour des
raisons indépendantes de sa situation familiale.
Dans ce cas, le parent solo donne priorité à l'éducation des enfants et à la vie de famille
mais surtout, il connaît des trajectoires professionnelles hachées, fragiles, quelquefois
ponctuées d'échecs. Onze personnes déclarent disposer de moins de 4.000 F par mois.
Les personnes de cette catégorie tirent parti des dispositifs sociaux pour engager des
formations.
L'histoire d'Anita est assez exemplaire : elle a un mari violent depuis le début de son
mariage dont elle a eu quatre enfants. Elle est femme au foyer. Á 40 ans, elle passe son
certificat d'études primaires. Deux ans plus tard, elle quitte le domicile conjugal avec
ses enfants âgés de 16, 14, 13 et 7 ans pour le foyer Brocéliande où une assistante
sociale la conduit. Six mois plus tard, elle effectue une formation de travailleuse
familiale à Poitiers. Quand elle s'installe avec ses enfants dans un logement, elle est
agréée famille d'accueil de l'ASE et continue à exercer sa profession de travailleuse
familiale.
Après deux années de fac de Lettres, Léa se marie, elle est gérante d'un camping puis
fait un CES dans un collège. Après la naissance de son premier enfant, elle fait un stage
d'informatique. Elle a ensuite un second enfant puis divorce. Elle demande alors l'API
et couple cette prestation avec le RMI. Actuellement, ses enfants ont 6 et 4 ans. Elle a
un CES à la Chambre de commerce et apprécie de ne pas travailler le mercredi : “Je
voulais un travail à mi-temps qui me permette d' élever mes enfants”, dit-elle. Lorsque
son contrat sera terminé, elle souhaite faire une formation en informatique à l'AFPA.
Karine a 24 ans et un enfant de deux mois. Son conjoint l'a quittée quand elle était
enceinte. Elle est surveillante d'externat, a une licence de Lettres et hésite à s'engager
dans une maîtrise : “Si je m' arrêtais de travailler, dit-elle, j'
aurais davantage d' aides,
mais je me dis que je ne veux pas me renfermer sur moi-même. D' un autre côté, une
maîtrise, c'est du travail, je ne vais pas laisser le bébé 10 heures par jour en crèche! Il
va falloir que je trouve une solution !” .
Á 20 ans, Laurianne est seule avec un enfant, son conjoint l'a quittée à la naissance du
bébé. Elle est prise en charge six mois dans un foyer maternel, puis elle fait un DEUG
de Lettres et une formation de secrétariat. Mais lorsqu'elle entre dans la vie
professionnelle, elle ne trouve que des contrats précaires : “Je n'avais rien de stable,
explique-t-elle, c'était très dur, je ne pouvais rien construire, rien envisager. Je ne
pouvais pas partir en vacances, c'
était la galère !”. Au bout de six ans, elle trouve
enfin une situation plus stable.
Vingt des personnes que nous avons interviewées n'avaient pas d'activité
professionnelle au moment de l'entrée dans la monoparentalité et se sont engagées dans
la recherche d'un emploi. Les récits qu'elles font de cette recherche témoignent, pour la
plupart, d'un certain réalisme et d'une détermination qui semblent les avoir aidées à
s’insérer relativement rapidement sur le marché de l’emploi.
Maud (40 ans) est arrivée à Rennes avec une enfant de 18 mois. Elle n'a que le certificat
d'études mais de l'expérience dans le secteur associatif. Elle sollicite directement une
association pour obtenir un Contrat emploi solidarité qu'elle garde pendant 2 ans.
Patricia (30 ans), niveau bac, engage une formation par le biais de l'ANPE qui lui
permet de trouver un emploi de magasinière dans une entreprise publique.
Estelle (30 ans), disposant d'un bac et de quelques formations en secrétariat, s'adresse à
une agence d'intérim qui lui propose d'effectuer un remplacement dans une banque ; ce
premier pas lui sert de tremplin pour son insertion future dans un organisme bancaire.
Annick a 42 ans quand elle se sépare de son mari, ses enfants sont adolescents ; elle
possède un bac passé 14 ans auparavant mais pas d'expérience professionnelle. Elle
regarde les annonces dans Ouest-France et trouve un travail de visiteuse médicale.
Des personnes disposant de capitaux scolaires peu monnayables ont opté pour des
emplois moins valorisés socialement. C'est le cas de Gaëlle (26 ans) qui a une licence
d'Histoire et échoue à des concours administratifs. Elle opte alors pour le métier
d'assistante maternelle dont elle semble aujourd’hui tout à fait satisfaite.
Les personnes qui disposent de salaires élevés et d'une profession socialement valorisée
sont plus généralement investies dans leur activité professionnelle. Elles sont dix-sept à
disposer de plus de 9.000 F par mois de ressources mensuelles. Dans cette sous-
catégorie, les parents exerçaient déjà cette profession avant la rupture. Ils ont
quelquefois augmenté leur temps de travail ou ont seulement réorganisé leurs horaires
en fonction des soutiens dont ils disposaient à ce moment-là.
Lorsqu'elle se retrouve veuve, Elise, médecin dans une entreprise publique, a un fils de
11 ans : “J'
ai augmenté mon temps de travail, dit-elle, pour vivre correctement et payer
Sandra, médecin hospitalier, déménage pour se rapprocher de son travail mais reste à
plein temps, ses enfants alors âgés de 10 ans et 8 ans passent le mercredi chez leur père.
Marie-Cécile, médecin libéral, est restée à mi-temps : “Mes horaires de travail sont
variables, dit-elle, quand je travaille le soir, P.(l'ex-conjoint) vient ici à la maison pour
garder les enfants. J'
aime bien donner des grands coups de temps en temps et après
pouvoir m'organiser comme je veux”.
Chantal est bibliothécaire. Quand elle se sépare du père de ses enfants, ils ont 8 et 5 ans.
Elle est assez fière de son parcours professionnel : “J' aime bien les études, dit-elle,
j'
aime bien qu' il y ait un résultat et j'
aime bien me prouver que je suis capable de faire
quelque chose. J' ai passé un concours qui m' a permis d'
accéder au statut de cadre A de
la fonction publique”.
D'autres personnes de cette catégorie ont des salaires beaucoup plus faibles mais
laissent apparaître le même type d'investissement dans leur vie professionnelle. C'est le
cas de Nathalie qui est en instance de divorce. Elle a quitté son domicile depuis peu
avec ses deux enfants de 8 et 6 ans. Elle travaille dans une garderie de la ville de
Rennes : “Je m' entends bien avec mes collègues, dit-elle, j' ai de la chance, c' est
important d' avoir une bonne ambiance de travail quand on a des soucis à la maison.
C'est l'
idéal cette ambiance, ça permet de blaguer, ça me détend...”
Marie-France, vendeuse en confection, divorcée depuis 9 ans et mère de trois filles (13,
10 et 5 ans au moment du divorce) explique : “J'aime bien mon travail, j'ai demandé à
faire plus d'
heures. Financièrement, ça a quand même été dur au début, il a fallu gérer.
Les deux petites restaient seules à la maison le mercredi. Elles faisaient leurs devoirs
ensemble et l' après-midi, la grande sœur était là. Je n'
ai compté que sur moi, je n' ai
jamais rien demandé à personne. J' ai la chance d'avoir des filles sympas avec qui je
n'ai pas eu trop de difficulté”.
Brigitte, aide-soignante à mi-temps, divorcée depuis trois ans et mère d'un garçon de
7 ans, dit qu'elle ne veut pas se sacrifier pour lui : “Ma profession me plaît, je m'
y
épanouis complètement, je l' ai voulue. J'
ai passé un concours et je l'
ai eu, j'
ai bossé
pour ça, je voulais être reconnue...”
Vingt et une personnes ont des ressources situées entre 4.000 F et 9.000 F par mois. Ces
parents solo qui perçoivent des salaires relativement faibles ont tendance à ressentir leur
activité professionnelle de façon contraignante et à rechercher davantage une
satisfaction dans la vie de famille. Cette sous-catégorie dont les enfants sont
généralement plus jeunes met en avant les difficultés de conciliation entre les deux
activités, difficultés abordées souvent par des parents qui aspiraient à des fonctions plus
valorisantes du fait de leur niveau d'étude ou qui exercent une profession de service
(aide à domicile, vendeuse, employée de collectivité).
Véra, mère célibataire d'un enfant de 4 ans, enseigne l'anglais dans des cours privés et
se limite aux créneaux horaires de l'école et de la garderie : “Si on me propose un cours
après 18h, ça ne vaut pas la peine de payer une garde, explique-t-elle, si ce que je
gagne est repris par la garde. Ma hantise permanente, c' est que l'
enfant tombe malade,
si c'
est le cas, j'en fais quoi ? Je fais venir quelqu’un d' un organisme, mais je ne
connais pas la personne, ce n'est pas très rassurant, ni pour moi ni pour mon enfant !”.
“C'
est important la présence de la mère, dit Estelle employée de banque et mère de
deux garçons de 14 et 12 ans, j'
ai travaillé à plein temps pendant de nombreuses années
et maintenant je suis à mi-temps. Je suis là pour leur demander comment s’est passée
leur journée. Et le bisou, c'
est important !”
“J'ai changé mes horaires, explique Sylvie divorcée et mère de deux enfants de 11 et
7 ans, j'
arrêtais à 18 h, j'
arrivais à l'
école à 18 h 20, ça faisait trop tard. J’aimais bien
les coucher de bonne heure, donc le temps qu' on revoie les devoirs, que je prépare à
manger... je me suis réorganisée au niveau des horaires. Je ne veux pas les laisser tous
seuls à la maison”.
Evelyne, séparée depuis peu, mère d'une fille de 10 ans et d'un garçon de 5 ans, se dit
très organisée : “Ma fille est maintenant plus grande, dit-elle, plus autonome mais il
faut être derrière si on veut que les choses soient faites et j’aime les choses bien faites.
Je coiffe ma fille parce qu' elle ne sait pas le faire toute seule. Elle a des cheveux longs,
donc il faut faire la tresse, ça prend du temps. Oui, il faut être très organisé”.
Sybille est aide-soignante ; elle est divorcée depuis peu de temps et a deux enfants de 9
et 4 ans. Elle a diminué son temps de travail et consacre un budget non négligeable à
payer des baby-sitters pour les plages horaires non compatibles avec l'école ou la
garderie : “J'
ai eu vraiment de la chance, dit-elle, en réduisant mon temps de travail,
j'
ai obtenu un poste qui m'
a permis d'
avoir tous mes mercredis disponibles avec mes
enfants”.
Solange a 34 ans et deux enfants de 7 et 4 ans, elle est enseignante, son conjoint est
décédé peu de temps après la rupture. Elle a choisi de travailler à 3/4 de temps pour être
plus disponible aux enfants mais elle déplore l'ampleur des tâches ménagères et a
l'impression d'imposer continuellement des contraintes à ses enfants : “Je n' ai pas le
temps de leur lire des histoires, de les emmener à la bibliothèque. J'
aurai voulu leur
faire connaître beaucoup plus de choses, les éveiller...”
Les trajectoires professionnelles des personnes interrogées sont très diverses. Il en est
de même de la façon dont le travail est investi par les intéressés. Même si l'activité
professionnelle va de soi pour la majorité des parents solo rencontrés, son accès, rendu
déjà difficile en période de chômage, impose d'assumer des contraintes à la fois
matérielles (par exemple, faibles revenus d'un temps partiel) ou psychologiques
(emplois précaires, à durée déterminée ou en dessous de la qualification). Á cela
s'ajoutent souvent les non-coïncidences des horaires entre le travail et les structures
publiques d'accueil des enfants.
On remarque également que les parents très investis dans leur activité professionnelle
disposent de revenus plus élevés, et donc de davantage de moyens financiers pour
déléguer une partie des tâches ménagères et la garde des enfants. Cet avantage donne un
choix plus large de loisirs ou d’activités hors travail. Les parents dont la profession est
moins valorisée socialement et qui choisissent d’investir dans la vie de famille mettent
plutôt l'accent sur les difficultés de conciliation vie familiale - vie professionnelle et
déplorent de ne pas avoir de temps pour des loisirs. Ces derniers appartiennent à des
catégories sociales dans lesquelles l'image traditionnelle de la femme au foyer n'est pas
encore totalement rejetée. Dans les milieux populaires, les représentations liées aux
familles monoparentales restent encore souvent très négatives. Les tâches domestiques
et d’éducation des enfants sont considérées comme non compatibles avec une activité
salariée. La réalité de la crise de l'emploi semble légitimer cette représentation
traditionnelle du partage sexué des rôles entretenue par l'environnement familial ou
amical. Ainsi, certains parents solo ressentent une forte culpabilité face à la réprobation
(souvent ambiguë) de leur entourage. Celui-ci considère encore l’activité
professionnelle de la mère comme un handicap sinon comme une forte contrainte qui
risque d’entraver une “bonne” éducation des enfants.
Nous avons interrogé les parents solo sur les conditions de leur socialisation : quelle
était la profession de leurs parents, comment était constituée la famille, dans quel type
d’environnement ont-ils grandi ; comment s’organisait le quotidien et quelles étaient les
priorités éducatives… ? A cette dernière étape de l’interview, les personnes mises en
confiance se sont livrées plus facilement. C’était aussi une occasion pour elles de porter
un jugement sur l’éducation qu’elles ont reçue, d’évoquer des souvenirs heureux ou des
conflits, des rancœurs, des souffrances.
Seize des personnes interrogées ont été élevées par un parent seul (veuvage ou divorce)
ou par une autre personne que leur mère ou leur père (grands-parents). Parmi les autres
(qui ont donc grandi dans des familles biparentales), dix-sept évoquent des difficultés
liées aux relations de couple de leurs parents.
Quelques personnes ont connu des placements en établissements pendant leur enfance
ou leur adolescence comme Amélie, Bérénice, Alcina, Thérèse et Marie. Aujourd’hui,
les deux premières jouissent d’une stabilité professionnelle et d’un certain équilibre
personnel mais les trois autres cumulent des difficultés sociales et psychologiques,
chômage, isolement, placement d’un des enfants…
Les personnes interviewées repèrent facilement dans leur trajectoire des situations ou
des faits qui leur donne un moyen d’expliquer ou de justifier leur propre échec
conjugal. Sur ce terrain, il est préférable de s’avancer avec prudence : de nombreux
témoignages infirment l’idée que l’on reproduit peu ou prou son vécu familial dans sa
propre famille : Gaëlle, Isabelle, Adeline, Bruno, Christèle, Nathalie et Laure sont tous
Les rôles traditionnels liés aux responsabilités parentales pèsent encore de tout leur
poids sur les conceptions de la famille et continuent d’influencer les comportements.
Beaucoup de personnes évoquent des parents très “traditionnels”, père au travail, mère à
la maison. Elles déplorent souvent la rigidité d’un père peu présent, trop occupé et la
faiblesse d’une mère “enfermée” malgré elle dans les tâches ménagères. Généralement,
les mères solo que nous avons rencontrées ont voulu casser, lorsqu’elles se sont mises
en couple, cette division sexuée des rôles sociaux constatés chez leurs parents. L’échec
conjugal est ainsi souvent imputé à la désaffection du conjoint au partage des
responsabilités familiales et domestiques, après quelques années de vie commune. Le
père des enfants est souvent qualifié, dans le discours des femmes, d’inconstant ou
d’immature. Selon certains témoignages, ces pères éprouveraient des difficultés à
adopter des comportements que leurs propres parents ont invalidés.
Cette brève synthèse des entretiens effectués auprès de personnes élevant seules leurs
enfants permet-elle de mettre en évidence des spécificités liées à la situation de
monoparentalité ? Les témoignages recueillis rendent compte d’une telle diversité
d’option, de choix ou d’expérience, qu’ils remettent quelque peu en cause la pertinence
de cette catégorie en tant que telle. La situation de monoparentalité génère-t-elle, chez
les personnes qui la connaissent, plus de difficultés sociales ou financières ou
psychologiques que chez les parents vivant en couple ? Une fois la période de rupture
“digérée”, assumée, le rapport au rôle parental paraît identique à celui des couples
biparentaux. L’organisation sociale urbaine telle qu’elle se déroule à Rennes tend à
favoriser les contacts et les relations entre les parents, à l’école, dans le milieu de travail
ou avec les professionnels des dispositifs sociaux. Les différences que nous avons pu
constater entre ces familles ont presque essentiellement des origines économiques et
culturelles.
Chapitre 3 :
Les discours des parents solo sur les “soutiens” révèlent les latitudes de choix dont ils
disposent pour assumer leur situation vis-à-vis du “ regard ” social sur la
monoparentalité et pour mener à bien leurs tâches éducatives. Ils révèlent également les
rapports que ces personnes entretiennent avec leur famille d'origine et les moyens
qu'elles mettent en œuvre pour sauvegarder leur autonomie. Leurs capacités à atteindre
cet objectif ne dépendent pas seulement des ressources financières dont elles disposent,
elles varient suivant l'image qu'elles ont d'elles-mêmes, suivant l'idée qu'elles se font de
la situation de monoparentalité, représentations qui leur sont plus ou moins renvoyées
par le miroir de l'entourage familial, professionnel et relationnel et qui détermineront un
sentiment de satisfaction ou d'insatisfaction.
Nous avons demandé aux parents que nous avons rencontrés de nous parler des divers
soutiens dont ils disposent dans leur vie quotidienne : comment s'organisent-ils pendant
les périodes scolaires, les mercredis ? Á qui confient-ils leurs enfants pendant les petites
et les grandes vacances ? Partent-ils en vacances avec leurs enfants ? Où vont-ils ?
Nous rendons compte ici de ce que les personnes ont évoqué au cours des entretiens en
matière d'aides spécifiquement liées à leur situation de famille. Nous rendons compte
également de l'évaluation qu'elles font de ces soutiens.
Le récit du quotidien met en scène un certain nombre de personnes qui prennent part à
la vie de la famille ponctuellement ou de façon épisodique et contribuent à soutenir le
parent solo ou les enfants. Mais les soutiens peuvent être également matériels, se
présenter, par exemple, sous la forme du prêt temporaire d'un logement pour dépanner
momentanément la famille au cours d'une rupture conjugale. Ils peuvent être financiers,
prêts ou dons d'argent de la part des parents ou grands-parents, d'un frère ou d'une sœur
ou prêt bancaire. Ils peuvent être administratifs sous la forme des prestations
spécifiques de la CAF (API, ASF). Ils peuvent encore être constitués par une prise en
charge globale de la famille dans un établissement comme le foyer Brocéliande.
Les soutiens s'exercent de différentes manières : ils peuvent être de courte durée ou
pérennes, privés ou issus de dispositifs publics, concerner uniquement le parent ou les
enfants ou la famille. Le soutien peut consister aussi à soutenir affectivement le parent
solo, le conseiller, l'orienter, le dépanner matériellement momentanément ou, plus
généralement, à accueillir ou garder ses enfants pendant qu'il travaille ou qu'il est
occupé à diverses activités. Les personnes que nous avons rencontrées peuvent
bénéficier d'un seul soutien ou de soutiens cumulés. La forme du soutien et son
importance qualitative et quantitative sont liées généralement à la position sociale du
parent solo, à ses revenus et à ses capacités à s'assumer en tant que personne seule. Les
effets des soutiens relèvent de l'appréciation subjective des intéressés.
Nous rendons compte ici de ce que les personnes en disent et de la manière dont elles
les évaluent en termes d’efficacité dans le domaine de l’affectif comme dans celui du
budget familial : certains parents sauront assumer leur situation, d'autres auront besoin
de soutiens importants au moment de la rupture, d'autres encore connaîtront des
périodes de mal-être au cours desquelles ils “mettront à contribution” leurs soutiens de
façon épisodique.
Les principaux soutiens généralement évoqués dans les entretiens et que nous
développerons ici, sont de six types :
- le soutien des parents du parent solo et, plus généralement, celui de sa mère est
le plus répandu ;
- le soutien des proches, frères, sœurs, oncles, tantes ou cousins germains, est
assez souvent évoqué ;
- le soutien des amis est lui aussi très apprécié. Quelques personnes témoignent
également des aléas liés à une nouvelle liaison ;
- le soutien de l'ex-conjoint est relativement fréquent et a trait plus précisément à
la fonction éducative et à la garde des enfants ;
- les soutiens cliniques (un psychologue ou un psychiatre) sont aussi largement
évoqués mais, s'ils sont appréciés, ils ne sont pas beaucoup commentés ;
- les soutiens des dispositifs sociaux (institutions du social, associations,
établissement) sont de différents types.
Nous mentionnerons brièvement les soutiens “de service” (baby-sitter, employés). Nous
illustrerons les différents modes de soutien au moyen des extraits des témoignages qui
nous ont paru les plus significatifs.
Le soutien représenté par la présence auprès du parent gardien de sa mère tient une
place très importante dans les récits recueillis. On pourrait presque affirmer que ce
soutien est général s'il n'y avait cependant quelques exceptions. Certains parents solo
évitent de solliciter leurs parents. Il s'agit de personnes ayant plutôt des revenus
importants qui donnent leur préférence aux amis. D'autres, rares cependant, se heurtent
à l'indifférence des parents ou n'ont plus de parents. Si très peu de personnes n'ont pas
recours au soutien de leur mère pour les aider au moment de la rupture ou après, la
plupart du temps un frère, une sœur, une tante ou une cousine assurent la présence, les
conseils ou les dépannages de garde des enfants pour des petites vacances, un mercredi
ou en cas de maladie de l'enfant.
L'aide de “sa” mère est évoquée par les personnes qui en bénéficient comme “allant de
soi”. Elle est généralement appréciée parce qu'elle renforce l'éthique familiale et les
pratiques éducatives intergénérationnelles. Elle est ressentie comme étant “dans l'ordre
des choses”. Elle représente un soutien essentiel au parent affecté par une rupture
conjugale ou le décès de son conjoint. Lorsque le parent solo est ainsi soutenu par ses
propres parents, il peut s'instaurer une sorte de connivence entre les deux parties.
L'environnement amical est parfois repoussé au profit de cette relation de complicité
qui se maintient quelquefois longtemps ou se modifie à la faveur d'un changement dans
la situation du parent gardien ou au fil des années lorsque les enfants grandissent.
Amandine (27 ans), mère célibataire d'un enfant de 6 ans, privilégie ses relations avec
sa mère : “ Pour moi, l'
essentiel, dit-elle, c'
est la famille, le reste autour... j'
ai appris à
ne pas m'y attacher. Quand je sors le soir, je confie M. à ma mère, je sais que je peux
alors avoir l'
esprit tranquille. Ma mère était avec moi quand j' ai accouché, puis j' ai
vécu un an 1/2 chez elle avec ma sœur, c'
est pratiquement ma mère qui a élevé mon
fils ”.
Chantal est séparée de son conjoint depuis 12 ans, elle a deux garçons qui ont
aujourd'hui 17 et 14 ans. Elle parle de l'attitude de sa mère au moment de la rupture :
“ J'
avais la chance d'avoir ma mère qui était sur place et ne travaillait pas. Elle
s'
occupait de mes enfants le soir après l'
école et le mercredi. Elle avait l'
air de penser
que cette rupture était une bonne chose pour moi. Elle me disait souvent qu'il ne fallait
pas s'embêter avec des hommes ! Pour elle, je n' avais plus d'
homme donc j' étais
tranquille ”. Après le décès de sa mère, le père de Chantal, au chômage, a pris le relais
en prenant en charge les enfants le soir et le mercredi.
Certaines personnes disent qu'il n’y a que leur mère sur qui elles peuvent compter. C'est
le cas de Karine (24 ans), mère célibataire d'un bébé de deux mois qui s'installe chez sa
mère peu après la naissance de l'enfant.
Caroline, 34 ans, est isolée et sans amis au moment de la naissance de son enfant. Elle
dit qu'elle n'avait, à ce moment-là, que sa mère pour l'aider et la soutenir.
Bérénice (37 ans), divorcée, 3 enfants de 14, 11 et 8 ans, compte sur sa fille aînée pour
garder les deux plus jeunes mais elle s'adresse aussi à sa mère qui est retraitée: “Ma
mère habite à 20 minutes d' ici. Donc si, par exemple, la petite est malade, je la lui
amène ; elle peut la garder même la nuit, plusieurs jours, ça me rend service. Il n'
ya
que ma mère qui peut me dépanner, je n'
ai qu'
elle, je suis fille unique”.
Le soutien des grands-parents qui prennent en charge les enfants pendant que le parent
travaille semble a priori aller de soi et ne rien exiger en retour. On fait appel à sa mère
(beaucoup plus rarement à son père) pour assurer l'accueil de l'enfant après l'école, le
mercredi, au moment de certaines petites vacances ou quand il est malade. Cette
pratique est socialement admise et valorisée.
Bruno (41 ans), divorcé depuis 3 ans, a la garde de son fils de 11 ans. L'enfant mange
chez ses grands-parents paternels tous les midis. Il y va aussi le mercredi et quand il est
malade.
Sylvie (32 ans), deux enfants de 11 et 7 ans, explique : “Si un de mes enfants est
malade, j'appelle ma mère pour savoir si elle peut le prendre. Ce n'
est pas toujours
évident car elle travaille”.
L’aide de la mère ne semble pas poser problème. Quand il fait référence au soutien
maternel, il est rare que le parent solo dévoile les détails des négociations qu'il a dû
entreprendre pour sauvegarder son autonomie d'adulte. On ne connaît pas le contenu
des échanges complexes, des difficiles compromis qui s’instaurent entre sa mère et lui.
Certains parents, en effet, vivent la monoparentalité de leur enfant comme un échec de
leur propre travail parental et cherchent des occasions de se “rattraper”. Cette
culpabilité les incite à prendre en charge leurs petits-enfants d’une façon qui pourrait
apparaître comme excessive et surtout à émettre ouvertement leur opinion à propos des
pratiques éducatives de leur fille ou de leur fils.
Claudine (34 ans) est seule depuis deux ans avec son fils de 9 ans. Ses parents habitent
à côté de l'école. L'enfant de Claudine y passe ses mercredis, une partie des petites
vacances et quelquefois la nuit, si sa mère rentre très tard de son travail. Les propos de
Claudine illustrent les difficultés auxquelles elle se trouve confrontée : “ J'
ai des amis,
raconte-t-elle, qui ont pris mon fils en vacances trois semaines l'été dernier, alors ça a
été un combat à mener face à mes parents qui m' ont dit qu'on ne laisse pas partir un
enfant seul avec des gens, même si on les connaît bien. Si je laisse partir mon enfant,
pour eux, c' est que je l'abandonne, ça, c' est l'idée de ma famille. J' ai eu droit
régulièrement à des remontrances du genre "si on n’était pas là, qu' est-ce qu' il
deviendrait ? Un délinquant ?" Quand on me dit ce genre de choses, je suis furieuse, ça
se passe toujours très mal, j'
ai du mal à accepter ça ”.
Le soutien de la mère au parent solo entraîne bien évidemment une contrepartie d’ordre
affectif quelquefois difficile à gérer. Ce parent ne peut redevenir l’enfant que sa mère
souhaiterait inconsciemment qu’il soit, il a besoin d’elle autrement. Cette relation
ambivalente peut être illustrée par les propos de Christèle (40 ans), divorcée, mère de
deux enfants de 11 et 6 ans : “ Au moment de la rupture, dit-elle, j’ai vécu six mois
chez ma mère avec les enfants. Ça n’a pas été facile. Je m’entends très bien avec ma
mère, mais là ! Retourner chez sa maman, avec les deux enfants ! Enfin, heureusement
que je l’avais ! ”
Le soutien des parents exige donc de la part du parent solo une certaine vigilance quant
à la sauvegarde de son autonomie. Il doit protéger ses propres capacités à être lui-même
un parent tout en acceptant par obligation de déléguer un certain nombre de tâches à ses
géniteurs.
Le soutien des frères, sœurs, oncles, tantes, cousins vient au second rang après la mère
ou les parents. Il est généralement moins sûr que le soutien décrit précédemment, mais
il est aussi moins “passionné”. Il résulte le plus souvent de la non-disponibilité des
parents ou d'un choix, voire quelquefois d'une opportunité.
Gaëlle (31 ans), divorcée depuis un an et mère d'une fillette de 7 ans, privilégie une de
ses sœurs : “ On se voit beaucoup avec mes sœurs, dit-elle, mais il y en a une que je
vois plus souvent que les autres. Les amis, on ne peut pas compter sur eux. J' ai prévenu
ma fille que si un jour je me faisais hospitaliser, elle irait vivre chez ma sœur qui habite
le quartier, celle que je vois beaucoup ”.
Nathalie a 36 ans et deux enfants de 8 et 6 ans. Elle a quitté son mari il y a un an et a été
hébergée chez sa sœur. Elle n'a plus ses parents et dit qu'elle n'a pratiquement pas
d'amis. Actuellement, elle a son propre logement et sa sœur la dépanne de temps en
temps pour les enfants si elle a besoin.
Jacqueline (52 ans) est divorcée depuis 11 ans. Elle a trois enfants âgés aujourd'hui de
26, 23 et 16 ans. Ses frères représentent un soutien sur le plan pratique : “ J' ai des
frères qui sont sympas, explique-t-elle, ils me donnent un coup de main si j' ai besoin.
Quand j'
ai déménagé, ils m' ont aidé, si j'
ai un problème de bricolage, il y en a un qui
me dépanne, je ne veux pas trop le déranger mais s'il sait que j'
ai besoin, il vient ”.
Charles est médecin d'origine africaine, il est installé à Rennes depuis 20 ans avec
quatre enfants d'un premier mariage. Il se remarie avec une de ses compatriotes. Ils ont
un cinquième enfant mais lorsque celui-ci a 5 ans, sa mère décède accidentellement.
Selon les pratiques de leur pays d'origine, en l'absence de la mère, les enfants de
Charles se partagent les tâches domestiques de la famille et aussi l'éducation du dernier
enfant. Dix ans plus tard, Charles fait un bilan plutôt positif de cette solidarité familiale.
Delphine s'est retrouvée veuve à 37 ans avec un enfant de 10 ans : “ Mes parents ne
m'
ont pas aidée, dit-elle, j'
avais eu des relations difficiles avec eux. Pendant un temps,
il y a eu une rupture complète. Ce sont les frères de mon mari qui ont joué un grand
rôle auprès de P. (son fils), particulièrement un de ses oncles. Moi, je ne voulais pas
d'aide de ma belle-famille pour moi mais pour P., j'
ai trouvé ça très bien ”.
Le soutien des proches a, dans certains cas, un arrière-goût un peu amer. Patricia
habitait Paris quand elle a quitté son mari avec son enfant de 18 mois. Elle est recueillie
par un cousin germain qui habite Rennes et dont la femme accepte de prendre en charge
l'enfant pendant que Patricia travaille ou suit des formations. Cinq ans plus tard, Patricia
jouit d'une stabilité professionnelle. Elle se met en ménage avec un nouveau conjoint et
a un deuxième enfant. Au cours de l'entretien, elle fait le bilan suivant : “ Cette cousine
m'a beaucoup aidée, mais aujourd' hui je regrette de ne pas avoir fait appel à des
organismes sociaux, elle m'a aidée mais en voulant m' aider, elle m'
indiquait ses choix.
Elle n'
a pas supporté la venue d'un homme dans ma vie, elle n' a pas supporté que mon
petit garçon et moi on s' en sorte. Elle m' a fait des réflexions tellement désobligeantes
que j'ai arrêté de la voir. En fait, les gens qui vous aident, ils s'
aident eux aussi quelque
part et à la fin ça tourne mal ”.
Le soutien de la famille peut donc présenter des difficultés voire des pièges dont les
parents solo ne sont pas toujours conscients : les parents et les proches soutiennent
massivement les familles monoparentales, mais ils exigent des contreparties
psychologiquement coûteuses. C’est pourquoi, des parents solo ont préféré prendre
leurs distances et ont choisi des soutiens hors du champ de leur famille d’origine.
Vingt-quatre personnes ont signalé avoir perdu de bons amis du fait de la rupture
conjugale. Certaines personnes ont gardé des amis “d'avant” leur divorce, d'autres se
sont liées d'amitié avec des parents se trouvant dans la même situation et avec qui ils
ont pu parler de leur situation, comparer, recevoir ou donner des conseils. D'autres
encore préfèrent rencontrer des amis “en couple”.
Les amis semblent effectivement représenter un soutien solide sur lequel les parents
solo peuvent compter et surtout à qui ils peuvent se confier sans risques. Comme le dit
Jacqueline : “ Les amis, c’est plus au niveau de la relation… ”
Les parents solo ont connu leurs amis soit au travail soit à l’école des enfants.
Laure (36 ans), divorcée, deux fillettes de 4 et 3 ans, confie de temps en temps ses filles
à ses parents pour les petites vacances. Elle dit qu'elle peut compter aussi sur des amis
si elle est vraiment en panne. Ce sont des amis qu'elle a connus au travail et qu'elle voit
aussi en dehors.
Adeline (49 ans), divorcée depuis 11 ans avec deux enfants de 23 et 15 ans, raconte:
“ Je sollicite mes amis pour pouvoir discuter avec eux, essayer de comprendre comment
prendre mes enfants, savoir dans quel sens aller, jusqu'
où poser des limites ”.
Le soutien des amis est surtout valorisé par les personnes dont la situation sociale et
financière est plutôt élevée. Moins présents physiquement que la mère ou les proches,
les amis sont sollicités par téléphone, rencontrés les week-ends ou pendant les vacances.
Ils complètent le rôle de la mère pour ce qui concerne les dépannages des mercredis ou
des petites vacances et permettent de contourner quelquefois des relations familiales un
peu compliquées ou conflictuelles. Les relations avec les amis sont différentes de celles
qu'on a avec sa mère ou ses parents.
Chantal (44 ans), divorcée depuis 12 ans, avec deux enfants de 17 et 14 ans, explique :
“ Les amis, c'
est plus pour me sortir, pour m'
écouter aussi. Autant je ne peux pas parler
de moi, de mes besoins personnels avec mes parents, autant j'
en parle avec mes amis ”.
Estelle privilégie les amis par rapport à la famille, elle dit qu'ils ne sont pas très
nombreux et que ce sont souvent les parents des copains des enfants. Au moment de
l'interview, elle se dit dépressive. Elle a des problèmes relationnels avec ses parents
qu'elle tente de gérer au mieux. Elle dit qu'elle a quelques bons amis qui l'aident.
Clémence avait 3 enfants de 20, 15 et 4 ans quand elle a divorcé, elle explique : “ Mes
parents m'ont aidée pour garder les enfants mais j'
avais besoin d'
autre chose. Ah! si
mes amis n'avaient pas été là ! ”
Sur certains points, les amis seraient plus compréhensifs que les parents.
Isabelle (55 ans), divorcée depuis 15 ans avec 3 enfants de 23, 20 et 18 ans, est
originaire d'une famille nombreuse (7 frères et sœurs) avec laquelle elle entretient de
bonnes relations mais, pour la soutenir ou se confier, elle privilégie les amis : “ Il y a
des choses que, par pudeur, je ne veux pas faire porter à mes frères et sœurs, explique-
t-elle, ça peut être des problèmes financiers ou des problèmes liés aux relations avec
mon ex-mari. Je ne veux pas que mes frères et sœurs aient une attitude d'
assistance
envers moi ”.
Marie-Cécile (44 ans), divorcée, trois enfants, raconte : “ Mes parents ont cherché à
s'
occuper de moi au moment de la séparation, ils étaient très présents mais moi, je suis
assez autonome ; je ne veux pas que l'
on me prenne en charge. J'
ai plutôt sollicité des
amis qui ont été très proches. Le réseau d' entraide a dépassé le cadre familial. Je
n'
avais pas envie que mes parents fricotent dans ma vie ”.
En l’absence de famille proche sur place, le soutien est recherché auprès d’amis.
Aïcha (42 ans) est originaire d'Algérie. Elle n'a pas de famille à Rennes, mais semble
préférer cette situation pour, dit-elle, sauvegarder son autonomie. Elle a par contre des
amies sur qui elle peut compter.
Il en est de même pour Maud (44 ans), mère d'une fillette de 6 ans qui n'a pas non plus
de famille à Rennes. Elle s'y est mariée puis est partie dans le Sud de la France pendant
dix ans. Après son divorce, elle est revenue à Rennes avec sa fille âgée de 18 mois. Des
amis rennais, avec qui elle a repris contact, lui ont trouvé un logement et l’ont dépannée
lors de sa recherche d'emploi.
Moins spontané que le soutien de la famille, le soutien des amis est plus épisodique,
plus fragile aussi. Il exige une démarche de la part du parent solo qui n’est pas toujours
facile à opérer. Nous avons remarqué que les personnes qui sont en recherche d’emploi
ont peu d’amis ou relancent peu leurs amis. Les jeunes ont également tendance à
s’isoler et leurs relations amicales ne se prolongent pas dans le temps.
Les personnes sont plutôt réservées quant à la question d’une nouvelle liaison, en
revanche, elles sont nombreuses à nous avoir confié qu'elles souhaitaient “refaire leur
vie” ou qu'elles avaient tenté la chose mais sans que la relation ait pu se poursuivre.
Annick a aujourd'hui 57 ans. Elle est divorcée depuis 14 ans et a deux enfants qui
avaient 18 et 15 ans au moment du divorce. Elle parle d'une liaison qu'elle a eue il y a
quatre ans : “ J'
ai eu pratiquement une vie de couple pendant cinq ans, dit-elle, j'
ai
cohabité mais pas complètement… nous avions quand même nos deux appartements. Il
était souvent chez moi, oui, la plupart du temps, il était chez moi. C'
était quelqu’un qui
était plus jeune que moi et donc qui avait besoin de fonder une famille, ce que moi je ne
voulais plus ”.
“ Oui, j'
ai vécu avec quelqu’un, raconte Chantal (44 ans), séparée depuis 12 ans, mère
de deux enfants âgés aujourd'hui de 17 et 14 ans, mais nous n' avons jamais cohabité.
C'était quelqu’un qui était seul avec des enfants à peu près de l'
âge des miens. Nous
avons été ensemble pendant quatre ans ; j' étais prête à m'installer avec lui mais
finalement, c'
est lui qui a refusé à cause de mes enfants. Il y a eu des problèmes entre
mes enfants et les siens, un petit peu de jalousie peut-être... ”
Pierre (43 ans) est séparé depuis 9 ans, il a organisé à l'amiable la garde des enfants
avec son ex-conjointe : “ J'
ai vécu avec quelqu’un pendant cinq ans. Elle n'
avait pas
d'enfants, donc elle a pris des responsabilités à l'égard de mes enfants. Elle avait 20
ans quand eux en avaient 7 ou 8 donc il y a eu un moment une jalousie vis-à-vis des
enfants, puis une période de rivalité entre elle et les enfants, des discussions, des
lettres, je me suis opposée à elle pour imposer mes enfants... ”
La recohabitation peut être quelquefois au stade de projet : “ Nous nous voyons peu, dit
Brigitte 40 ans, mère d'un enfant de 7 ans et seule depuis 3 ans, il a son travail en
dehors et moi, j'
ai le mien ici. Pour être ensemble vraiment, le travail ne nous le permet
pas. C'est bien, car ça me permet de voir venir. Il y a des choses qui ne sont pas encore
claires dans ma tête. Lui est prêt, pas moi. On en a parlé, on reste comme ça et un jour
ou l'autre, on se retrouvera dans un point commun. Il s' entend très bien avec mon fils,
mais jamais il ne s'insérera dans son éducation ”.
Gwenaëlle a 49 ans, elle est divorcée depuis 5 ans et a trois enfants de 22, 20 et 17 ans :
“ J'
ai un ami avec qui je souhaite refaire ma vie. Pour l' instant, je suis entre les deux, je
passe des week-ends chez lui et je suis la semaine à la maison. D'
un côté, mes enfants
sont heureux de me voir revivre plus heureuse et de l'
autre, ils me disent que je ne suis
plus beaucoup à la maison, car mon ami habite à la campagne ”.
Delphine, 53 ans, est veuve depuis 16 ans. Son fils avait 9 ans au moment du décès de
son père. Elle a connu une première liaison que son fils a bien acceptée, selon elle, mais
qui n'a pas duré : “ M. (son fils) avait 13 ans, raconte-t-elle, j'
avais ma vie de femme à
faire aussi, j'
allais voir cet ami à Paris les week-ends de temps en temps, mais je n' ai
pas vécu avec lui. Il aimait beaucoup M. ; il lui a donné beaucoup ; il a eu avec lui une
relation très intelligente ; ce n'
était qu'
un adolescent, avec tout ce que ça comporte”.
Elle a eu ensuite une autre liaison avec Patrick divorcé, n'ayant pas la garde de ses
enfants, avec qui elle cohabite aujourd'hui : “Patrick était assez possessif vis-à-vis de
moi au début, dit-elle, mais il souhaitait quand même aider M. Mais M. avait trouvé
d'autres modèles ailleurs puis, rapidement, il est parti faire ses études, donc ils
n'étaient plus sous le même toit. Mais moi, par rapport aux enfants de Patrick que je
rencontrais de temps en temps, ça a été difficile ”.
Pour Patricia (35 ans), qui a vécu seule avec son fils (18 mois au moment de la
séparation) pendant cinq ans, la nouvelle liaison est scellée par l'arrivée d'un nouvel
enfant âgé d’un mois au moment de l'interview : “ Je suis avec quelqu’un que j' admire,
dit-elle, il correspond à ce que je recherchais ”.
4 - Le soutien de l’ex-conjoint
Le parent non gardien représente un soutien non négligeable, non seulement lorsqu'il
accueille les enfants de façon régulière, mais aussi quand une relation de collaboration
sans heurts s'instaure entre les deux parents pour organiser ou réorganiser la prise en
charge des enfants ou échanger à propos de la fonction éducative. Ce contrat entre les
deux ex-conjoints naît de compromis quelquefois longs et difficiles et dont l'histoire ne
nous est pas toujours retracée. Au-delà des décisions de justice qui fixent sur le papier
les modalités de prise en charge des enfants et sur lesquelles on revient rarement (sauf
dans le cas de Bruno qui veut obtenir la garde de son deuxième enfant), les relations
entre ex-conjoints perdent au fil des années leurs particularités passionnelles et
conflictuelles. Le parent non gardien accepte quelquefois volontiers de prendre en
charge l'enfant ponctuellement, en plus des périodes qui ont été décidées lors du divorce
ou de la séparation, si le parent gardien est malade ou s'il a un problème de prise en
charge de ses enfants. Dans ce cas, la personne interviewée tient à faire savoir à son
interlocuteur que le parent non gardien est soucieux de ses enfants et qu'il représente
vraiment un soutien pour lui.
Evelyne (40 ans), récemment séparée, deux enfants de 10 et 5 ans, semble ne pas avoir
connu de conflit conjugal ; la séparation d'avec son conjoint s'est faite apparemment
sans heurts : “ Mon ex-mari est très arrangeant, dit-elle, je lui demande de me dépanner
si un enfant est malade, à ce niveau-là, on s'
arrange bien. Pendant les petites vacances,
ils vont quelques jours chez leur père et l' été, on voit en fonction de nos vacances
respectives ”.
L'ex-mari de Marie-Cécile (divorcée depuis trois ans, trois enfants de 16, 13 et 6 ans) a
créé une autre famille après son divorce. Il vient tous les mardis soir dîner avec ses
3 enfants au domicile de son ex-femme car Marie-Cécile est médecin libéral et termine
son travail tard ce soir-là. Cela lui permet de passer un moment avec ses trois (premiers)
enfants dans leur cadre de vie quotidienne.
Pierre et son ex-conjointe sont parents de jumeaux qui avaient 7 ans lors de la
séparation. Ils ont adopté un mode de garde informel et ne voulaient pas trop de
contraintes : “ C'
est une garde alternée, dit-il, il n'
y a rien de fixe. On s'
est toujours bien
entendu. Leur mère est infirmière, ça dépend de son organisation de travail, moi je n'
ai
pas trop de contraintes d'
horaires, ils sont ici ou chez elle... ”
Mais la présence régulière du parent non gardien auprès des enfants n'est pas générale.
Dans certains cas, l'attitude de l'ex-conjoint est considérée par le parent gardien comme
n'étant pas un soutien sûr; il lui est reproché son manque de respect des engagements ou
son irrégularité : “ C'est très variable, raconte Estelle (divorcée, deux enfants de 14 et
12 ans), actuellement, il doit les prendre pendant les vacances scolaires. Quand ils
étaient plus petits, leur père était plus proche ; il les prenait tous les mardis soirs, il
faisait du sport avec eux le mercredi mais depuis la rentrée de septembre, il s' est
éloigné. Cela fait un mois que les enfants n'
ont pas vu leur père; c'
est ça que je trouve
difficile ”.
Le soutien d'un psychologue ou d'un psychiatre est très souvent relaté par les parents
solo notamment lorsqu'ils commentent en détail la période de rupture. Ce sont plutôt les
femmes d'âge mûr (35-50 ans) qui évoquent ce type de soutien et l'apprécient. Les
autres le signalent, mais n'en disent pas plus. Ces personnes ont le plus souvent recours
Pour d'autres parents, la séparation d'avec le conjoint les oblige à entreprendre un long
processus de reconstruction personnelle. Généralement, pour ceux-ci, les difficultés
étaient déjà latentes. Le traumatisme de la rupture n’a fait que révéler un
dysfonctionnement ou un problème grave, comme l’illustre l’histoire de Thérèse (37
ans, séparée depuis un an et mère de trois filles de 12, 8 et 5 ans). Elle décrit son
enfance comme une période de souffrances : orpheline de mère, victime d'inceste, elle
est placée à 14 ans par le juge des enfants dans un établissement. Plus tard, lorsqu'elle
rencontre celui qui sera le père de ses enfants, elle l'épouse “ non par amour, dit-elle,
mais par bon sens car il ne boit pas et il n' est pas violent ”. Après dix ans de vie
commune, pendant lesquels elle n'est jamais en forme, elle ne supporte plus son mari et
lui demande de partir. Elle est alors hospitalisée durant un an à l’hôpital et,
actuellement, elle dit qu'elle reprend pied peu à peu avec l'aide d'un psychiatre.
Estelle, qui se retrouve seule avec ses deux enfants de 3 et 1 an, tient le coup pendant
six ou sept ans, puis fait une dépression. Après une nouvelle liaison de courte durée,
elle consulte un psychiatre. Elle parvient alors à mieux analyser le type de relations qui
la lient à ses parents.
Brigitte était dépressive avant de se marier et avait fait une tentative de suicide. Après
son mariage, quand elle a 37 ans et un enfant de 4 ans, elle fait de nouveau une tentative
de suicide quand elle apprend que son mari a une amie. Elle est hospitalisée en milieu
psychiatrique après la rupture conjugale, puis se reconstruit.
Christèle (40 ans), divorcée depuis trois ans, a deux garçons de 11 et 6 ans. Au moment
de la rupture, elle est hospitalisée trois mois en clinique psychiatrique, puis trois mois
en maison de repos. Actuellement, elle a retrouvé un très bon équilibre.
Les personnes rencontrées ont toutes constaté une baisse de leur pouvoir d'achat après
le départ ou la disparition de leur conjoint et sont, pour la plupart, insatisfaites du
montant des aides publiques qui leur ont été octroyées (excepté cependant pour les
allocations spécifiques comme l'API). Elles déplorent la complexité des dispositifs, leur
compartimentation et les lenteurs administratives liées aux démarches visant à faire
valoir leurs droits tant au niveau financier qu'au niveau des logements sociaux, des
déplacements et de la garde des enfants. Il ressort surtout des propos tenus par les
parents solo une méconnaissance de ces dispositifs et une inadéquation entre leurs
besoins matériels objectifs et le niveau des aides.
Cet exemple donné par Marie-France, divorcée depuis 9 ans avec trois filles qui ont
actuellement 22, 19 et 14 ans, est très illustratif : “ Au début, je ne savais pas du tout à
quoi ça servait ces bons vacances et pendant cinq ans, je les ai jetés, je les ai mis au
panier. C' est seulement la cinquième année que j'ai réalisé que ça pouvait aider pour
les vacances. On a pu partir avec mes filles en pension complète. Maintenant, je n' y ai
plus droit, curieusement, les bons vacances, on en a plus quand on en aurait besoin un
peu plus. Plus les enfants grandissent et plus ça coûte cher et moins on est aidé
financièrement ”.
Les aides accordées aux familles monoparentales par les institutions publiques font
quelquefois l'objet de propos soupçonneux, comme ceux de Laurianne (40 ans), mère
célibataire d'une fille de 20 ans : “ Je souhaiterais que les caisses d'allocations
familiales soient beaucoup plus sévères, beaucoup plus strictes par rapport au contrôle
des familles monoparentales : des tas de jeunes femmes disent vivre seules et ne vivent
pas réellement seules ; ça doit être très différent quand on a un ami derrière qui aide
psychologiquement, matériellement et lorsqu' on est réellement seule! Si c'
était mieux
contrôlé, ça serait moins ambigu pour l' opinion publique. (...) Je pouvais prétendre à
ce qu'on appelle l' AO (l' allocation orphelin), c' est comme ça que ça s' appelle, je
n'
aimais pas du tout à l' époque. Puis, ça a changé d' appellation, ça s'appelle
maintenant l'
allocation de soutien de famille, rien que pour ça, je n'
ai jamais voulu
demander cette allocation ”.
Parmi les personnes interviewées, une dizaine ont bénéficié des actions des dispositifs
publics destinés aux familles en situation de précarité. Là encore, les trajectoires des
parents sont très diverses : certaines familles ont de très faibles revenus du fait de la
difficulté qu'elles éprouvent à pénétrer le marché de l'emploi lorsqu’elles ont un niveau
scolaire bas ou une qualification qui n'est plus adaptée à la demande.
6.1 - Les services sociaux sont sollicités pour des raisons financières
Maud (44 ans) et Aïcha (42 ans), toutes deux au chômage en fin de droits, sont usagers
des organismes liés aux politiques d'emploi (ANPE, centres de formation...).
Maud, mère célibataire d'une fillette de 6 ans, a bénéficié d'un CES pendant deux ans
lorsqu'elle est arrivée à Rennes. Elle a un certificat d'études primaires et suit
actuellement quelques formations courtes proposées par l'ANPE.
Aïcha est d'origine algérienne. Elle est divorcée avec deux filles de 12 et 8 ans. Elle est
titulaire d'un diplôme d'ingénieur obtenu dans son pays il y a une vingtaine d’années.
Lorsqu'elle a cherché du travail après son divorce, son diplôme était considéré comme
trop ancien. Sa nationalité représente aussi, selon elle, un handicap pour trouver du
travail. Elle a effectué un CES pendant un an, puis a touché les ASSEDIC. Elle sollicite
actuellement le RMI.
D'autres personnes éprouvent des difficultés à intégrer les dispositifs comme Flora,
Caroline ou Saïd, également en situation précaire.
Flora (30 ans), mère d'une fillette de 4 ans, est séparée de son conjoint depuis trois ans.
Ce dernier ne verse pas de pension alimentaire. Elle est titulaire d'un bac et inscrite à
l'université. Elle ne touche qu'une partie du RMI, car elle a quelquefois des petits
“boulots”. Elle dit qu'elle a du mal à s'en sortir financièrement : “ J'
ai cherché à faire
une formation, je fais du phoning pour un cabinet d'
études. J'
ai voulu faire une
formation en informatique mais il me manquait trois jours d'
allocation chômage pour
que le coût de cette formation soit pris en charge. J'
ai l'
impression parfois de me
heurter à des murs ! ”
Caroline (34 ans) a un enfant de 3 ans. Elle a été abandonnée par son conjoint avant la
naissance de l'enfant. Pendant un an, elle est restée un peu isolée. Elle ne voyait que sa
mère et touchait les ASSEDIC (elle avait travaillé auparavant comme employée de
maison). Elle ignorait l'existence de la PMI, des aides publiques comme l'aide médicale,
ou du RMI ou de l'API. C'est seulement lorsque l'enfant a eu un an qu'elle a rencontré
une assistante sociale parce qu'elle recherchait un moyen de garde pour l’enfant. Elle a
alors été intégrée aux activités du centre social de son quartier destinées aux jeunes
parents : “ On était un groupe de 5 femmes, raconte-t-elle, on a appris à gérer les
dépenses liées au bébé (lait, vêtements, poussette). Ça m' a permis de connaître deux
personnes ”. Elle a ensuite suivi une formation d'auxiliaire de vie pour les personnes
âgées et fait actuellement des remplacements.
Saïd (36 ans) est seul avec son fils de 9 ans. La femme qui l'a quitté récemment avait
d'autres enfants (d'un autre), mais elle n'était pas la mère de l'enfant de Saïd.
Auparavant, il travaillait sur les marchés des environs avec des horaires qui ne lui
permettaient pas souvent d'être chez lui en même temps que l'enfant. Maintenant que
son amie est partie, il ne travaille plus sur les marchés. Il ne touche pas d'indemnités
ASSEDIC et a donc demandé le RMI. Il cherche en même temps un travail de
manutentionnaire avec des horaires compatibles avec la charge de l'enfant. Il est assez
critique vis-à-vis de l'assistante sociale à qui il a demandé un secours en attendant de
percevoir son allocation (il semble craindre qu’on lui retire l’enfant).
6.2 - Les services sociaux peuvent être sollicités pour des raisons éducatives ou de
protection des enfants
Amélie (32 ans) est divorcée depuis six ans et mère de trois filles âgées aujourd'hui de
17, 15 et 10 ans. Elle est employée de cantine à la ville de Rennes. Elle avait 15 ans
lorsqu'elle a eu sa fille aînée qui a fait alors l'objet d'une mesure d'assistance éducative
ordonnée par le juge des enfants puis d’un placement (mésentente avec les grands-
parents qui revendiquaient la garde de l'enfant). Lors de la séparation d'avec son mari,
Amélie, restée seule avec ses deux dernières filles, s'isole et ne sollicite pas le service
social pendant quelques années, puis elle demande une tutelle aux prestations familiales
pour l'aider à gérer son budget.
Alcina a 30 ans et quatre enfants, mais elle n'a la garde que du dernier qui a 22 mois.
Ses autres enfants ont été confiés à la DAS ou à leurs pères respectifs. Elle les voit
rarement. Après un bref séjour au foyer Brocéliande, elle s’installe dans un appartement
avec son bébé et trouve de temps en temps du travail comme serveuse. L'assistante
sociale qui s'occupe d'elle lui a imposé de confier son enfant à la journée cinq jours par
semaine à une assistante maternelle : “ C' est un contrat que j' ai fait il y a trois mois
avec le service social, explique Alcina, c'
est sur leur demande qu'
il est chez cette
personne… ”
Léa et Marie ont eu des trajectoires chaotiques, parsemées d'échecs ou d'espoirs déçus.
Elles ne livrent pas les détails des actions menées par les différentes institutions sociales
qui les ont prises en charge mais leurs difficultés d’insertion sont moins dues à leur
situation de famille monoparentale qu’à des handicaps personnels liés à leur propre
histoire.
Léa, 32 ans, est divorcée depuis cinq ans et a deux filles de 6 et 4 ans. Elle est en
DEUG de Lettres quand elle rencontre son futur mari qui est d'origine étrangère. Ils
multiplient les emplois précaires et déménagent souvent. Elle a une santé fragile et
connaît plusieurs hospitalisations. La mésentente s'installe dans le couple après la
naissance du premier enfant et le conjoint s'en va à la naissance de la seconde fille. Léa
touche l'API puis le RMI, elle est actuellement en CES.
Marie a 34 ans. Elle est divorcée et a eu trois enfants. Elle a été confiée étant petite à
l'ASE puis élevée par sa grand-mère. Elle a eu une adolescence difficile avec de
nombreux placements en établissements. Elle s’est mise en ménage très jeune. Le
couple est instable : ruptures, réconciliations, nouvelles ruptures... Ils ont une fille, puis
se quittent à nouveau. Le service social est sollicité quand Marie se retrouve seule avec
l’enfant. Elle touche l'API, le couple se retrouve, ils se marient puis se séparent de
nouveau. Marie déménage plusieurs fois, fait une tentative de suicide, se met en ménage
avec un autre conjoint dans le Sud de la France, met au monde une seconde fille, revient
à Rennes pour être prise en charge au foyer Brocéliande alors qu'elle est enceinte du
troisième enfant.
6.3 - Une institution sociale peut intervenir pour protéger le parent et les enfants
de la violence du conjoint
Bérénice, Anita et Sylvie ont été prises en charge avec leurs enfants au foyer
Brocéliande pendant six mois. Ce sont des travailleurs sociaux qui leur avaient donné
les coordonnées du foyer. Anita y a été conduite avec ses enfants par une assistante
sociale. Bérénice et Anita, sans bagage scolaire, étaient toutes deux femmes au foyer
avant de se séparer de leur conjoint. Par le biais du foyer, elles ont pu effectuer des
formations professionnelles courtes préalablement à la recherche d'emploi. Sylvie, d'un
niveau bac comptabilité, était au chômage au moment où elle a quitté son mari pour se
rendre à Brocéliande.
Ces trois femmes ont largement apprécié l'aide qui leur a été apportée par cet
établissement. Le cumul des soutiens qu'elles y ont trouvé a, en effet, favorisé à la fois
leur insertion professionnelle et sociale.
Parmi les parents que nous avons interviewés, quelques rares personnes financent des
aides à domicile, femmes de ménage, jeunes filles au pair ou étudiantes. Il s'agit
essentiellement de parents qui disposent de revenus “ confortables ”. L'évocation de ce
type de soutien s'accompagne d'une certaine forme de culpabilité, quand ils expliquent
de quelle façon ils assument les tâches domestiques. Lorsqu'on est parent solo, le souci
des revenus, la peur de “ manquer ” est presque quasi générale, même chez les mieux
placés dans l'échelle des salaires.
Une exception toutefois pour Sybille, aide-soignante, 32 ans, deux enfants de 9 et 4 ans
qui, compte tenu de ses horaires de travail, finance des étudiants le soir ou le matin pour
s'occuper de ses enfants. Elle dit que ce service représente vraiment une lourde charge
pour son budget.
Le couple parental est encore considéré socialement comme “ ne devant pas se
désunir ” ; ce principe pèse plus ou moins sur la conscience collective. Aucune des
personnes que nous avons rencontrées n’avait, bien évidemment, prévu qu’elle se
retrouverait un jour seule avec ses enfants. La mise en situation de monoparentalité
n’est, par nature, ni prévisible, ni programmable. La situation de parent solo largement
occultée autrefois et considérée comme atypique, devient aujourd’hui le lot de près d’un
dixième des familles françaises, au moins pendant une séquence de leur vie. La grande
diversité des situations rencontrées dans cette enquête ne permet pas de faire émerger
précisément des attentes et des besoins spécifiques, mais on remarque, cependant, que
la période de rupture se révèle être un moment particulièrement éprouvant pendant
lequel le besoin de soutien se fait sentir avec beaucoup d’acuité.
Cette mise à plat des appuis et des soutiens évoqués par ces parents interviewés, met en
évidence l’importance et la diversité des moyens auxquels ces personnes ont recours au
moment de la rupture et, par la suite, en situation de monoparentalité.
Le soutien des parents (du parent solo) est massif et plus particulièrement celui des
mères. Mais ce type de soutien peut envahir l’espace d’autonomie de la personne au
point de la priver trop largement de son rôle éducatif et d’accentuer un sentiment
d’incompétence ; elle doit alors imposer à ses géniteurs, des limites à leur intervention.
Le parent solo a aussi besoin de soutien pour lui seul, pour reconstruire une image
positive de lui-même, pour acquérir une certaine assurance face au regard de son
entourage et de son environnement ; les prises en charge cliniques représentent des
aides non négligeables. Les soutiens non “familiaux” (amis, ex-conjoint, psychologue,
dispositifs sociaux) contribuent par leur complémentarité à consolider cette
reconstruction et à favoriser un fonctionnement socialement légitime de ces familles.
Concernant les dispositifs sociaux liés aux politiques de la famille, les parents solo
adoptent généralement des attitudes d’évitement : crainte que les enfants soient retirés,
complexité du fonctionnement administratif, peur d’être mal jugé... La période de
rupture est un temps de souffrance, éprouvant, parfois accablant. La soudaineté de
l’éclatement familial échappe aux modes de fonctionnement des institutions sociales
publiques : le parent en rupture conjugale éprouve le besoin d’un soutien “dans
l’immédiat” et d’un soutien diversifié. Il n’a jamais préparé ni prévu les modalités
matérielles précises de sa nouvelle vie “en solo”. Des parents, des amis peuvent
répondre à ses attentes “ sur le moment ”, lui procurer un dépannage financier alors que
les administrations du social n’ont pas cette même logique de fonctionnement “ dans
l’urgence ” : elles participent d’une conception basée sur l’immuabilité du couple
parental et sur les principes de prévoyance familiale liés à l’exercice d’une parentalité
de couple.
Chapitre 4 :
Aux vues des récits de ces personnes, des tendances se dessinent, des similitudes
apparaissent. Certains facteurs se combinent pour générer une configuration favorable à
la “reprise en main” suite à la rupture ; d’autres, au contraire, constituent des obstacles
d’autant plus infranchissables qu’ils s’accompagnent d’un fort sentiment d’incapacité à
assumer les contraintes et la solitude.
Le classement proposé ici, illustré par des exemples, permet de structurer l’analyse et
de fournir une représentation synthétique de l’échantillon enquêté. Ce classement
permet une meilleure lisibilité du champ observé et propose une représentation
schématique des résultats de notre enquête. En revanche, il met en relief les limites
d’une investigation concernant précisément la situation de monoparentalité : elle
présente, en effet, peu de caractéristiques vraiment spécifiques dans la mesure où les
problèmes rencontrés sont, pour beaucoup d’entre eux, identiques à ceux de familles
biparentales (la recherche d’emploi, la garde des jeunes enfants, les difficultés
relationnelles avec les adolescents). Ce qui est différent, dans les situations de
monoparentalité, c’est la façon dont les problèmes sont interprétés et investis par les
personnes concernées et par leur entourage. Le regard des autres pèse plus ou moins
selon la position sociale, chaque parent solo adopte une représentation de sa situation en
fonction de ses capitaux initiaux et des (nombreux) conseils que lui prodiguent ses
soutiens, ce qui l’amène à trier, dans son récit, ceux des éléments de sa trajectoire qui
lui permettent d’entretenir et de consolider l’idée qu’il se fait de lui-même. En
conséquence, un certain nombre de paramètres échappent au chercheur, lui interdisant,
dans ce type d’approche, d’entreprendre une construction typologique trop
schématique, cela afin de rester fidèle à la réalité qu’il est en devoir d’appréhender.
Nous avons pris en compte quatre variables qui jouent un rôle important dans les
différents processus d’insertion sociale, professionnelle et d’individualisation du parent
solo. Elles constituent les éléments principaux de “remise en marche” du système
familial après la période de rupture conjugale.
Il s’agit :
- des conditions de socialisation du parent ;
- des relations qu’il entretient (ou non) avec l’ex-conjoint ;
- du type de soutien qu’il mobilise ;
- de la manière dont il intègre les contraintes de sa vie professionnelle.
Nous avons dégagé quatre dominantes comportementales de cette mise en rapport des
variables et des attitudes et illustrons chacune d’entre elles au moyen de deux exemples
pris parmi nos entretiens. Les trajectoires types développées ci-dessous représentent des
destins possibles, parfois probables lorsque des conditions objectivement favorables ou
défavorables se cumulent. Il s’agit de constructions idéal-typiques qui mettent en relief
des orientations, des tendances ou des systèmes de soutiens ayant pesé de manière
significative sur les trajectoires. Ces constructions permettent aussi de relativiser le
poids de certains éléments considérés généralement par les professionnels du social et
par les acteurs publics, comme déterminants.
Dans ce type de trajectoire, l’attitude d’affirmation de soi est dominante. Le parent solo
est souvent originaire des classes moyennes. La famille d’origine est évoquée de façon
neutre mais les relations sont entretenues avec les parents, frères et sœurs. Les deux
exemples pris ici concernent deux femmes dont les origines et les capitaux scolaires
sont totalement différents, mais elles sont cependant toutes deux orientées vers une
quête de leur autonomie et transmettent cette référence à leurs enfants. Elles privilégient
le soutien de leurs amis et obtiennent de leur ex-conjoint un partage à peu près équitable
des tâches éducatives. Elles apprécient leur activité professionnelle et s’y investissent.
Marie-Cécile a actuellement 44 ans et trois enfants de 16, 13 et 6 ans. Elle est séparée de
son mari depuis trois ans. Elle est médecin libéral, ses revenus sont supérieurs à 30.000F
par mois.
Marie-Cécile est issue d’une famille de quatre enfants, ses parents étaient commerçants.
Elle a eu une éducation chrétienne traditionnelle et a été pensionnaire à partir de la
sixième dans une école catholique. Bonne élève, ambitieuse, elle sait ce qu’elle veut. Elle
dit avoir appris à ne compter que sur elle-même. Elle encadre des colonies de vacances
comme monitrice l’été et pense que, de ce fait, elle connaît bien les enfants.
Elle rencontre son ex-conjoint pendant leurs études de médecine. Lui est second d’une
famille de deux enfants, il est issu du même milieu. Á l’époque, ils sont un peu en
réaction contre l’attitude “petite bourgeoise” de leurs parents. Lorsqu’ils se mettent en
ménage, ils veulent avoir trois enfants.
Á l’arrivée des deux aînés, ils ont tous deux le souci de partager équitablement les tâches
domestiques et d’éducation. Lorsqu’elle s’installe comme médecin libéral, elle se met à
mi-temps ; elle souhaite consacrer du temps à ses enfants. Elle privilégie spontanément la
carrière professionnelle de son mari qui est médecin hospitalier. Le couple achète une
maison dans laquelle ils font faire des travaux.
Concernant les tâches éducatives, elle dit, au moment de l’interview, qu’elle n’a peut-être
pas laissé assez de place à son mari. Elle participe aux activités des parents d’élèves de
l’école maternelle, entretien des relations de voisinage ou d’amitié avec beaucoup de
mères de famille du quartier rencontrées à l’école, elle se veut disponible, ouverte et
souhaite avoir une maison très accueillante. Elle hésite à déléguer les tâches domestiques
à une employée par peur d’introduire une “étrangère” dans vie de famille. Elle se décide
finalement à avoir une femme de ménage.
Lorsque le dernier enfant a trois ans, son conjoint quitte brusquement Marie-Cécile. Elle
connaît alors une période de forte déprime et perd dix kilos. Des amis l’aident et la
soutiennent. Ses parents acceptent mal la séparation, ils veulent l’aider mais elle ne
souhaite pas qu’ils la prennent en charge, elle veut préserver son autonomie. Une tante de
son mari qui n’a pas d’enfants vient souvent la dépanner. Marie-Cécile dit que cette
personne est très disponible et très attachée aux enfants.
Elle reste dans la maison dont les charges (financières) continuent d’être assumées par le
couple. Elle augmente son temps de travail mais tient à garder du temps pour ses enfants
et aussi pour elle (elle a une activité sportive et de loisir). Elle a une femme de ménage
quatre heures par semaine.
Son ex-conjoint a une nouvelle compagne dont il a eu un enfant. Il se montre plutôt aidant
pour Marie-Cécile, acceptant ses exigences et prenant sa place de bons grés dans la
nouvelle organisation familiale : les horaires de travail de Marie-Cécile sont très
variables. Un soir par semaine, elle termine tard, son ex-conjoint vient alors préparer le
dîner pour le prendre avec ses enfants et les garder jusqu’au retour de leur mère. Ceux-ci
vont chez leur père la moitié des vacances et leur tante vient les garder un mercredi sur
deux.
Marie-Cécile est satisfaite de cette organisation. Elle ne participe plus aux activités des
parents d’élève de l’école mais garde un bon réseau d’amis. Les enfants n’ont pas
particulièrement de problèmes scolaires et sont relativement autonomes pour leur travail.
Elle dit que les deux aînés ont été plutôt épargnés des effets de la séparation de leurs
parents, en revanche, sa petite dernière en aurait souffert. Elle dit avoir créé une très forte
intimité avec ses enfants. Elle entretient une relation avec un ami avec qui elle ne
cohabite pas.
n’avait pas le droit de sortir et cela lui coûtait. Elle raconte qu’elle gardait la monnaie des
courses pour s’acheter des livres. L’école avait de l’importance pour ses parents et elle se
souvient qu’il existait une grande solidarité entre les frères et sœurs. Ils se “ serraient les
coudes ” autant pour le travail scolaire que pour les difficultés quotidiennes. Aujourd’hui,
elle reconnaît le bien-fondé de cette rigueur paternelle. Elle dispose d’un CAP d’agent de
collectivités.
Son ex-conjoint est issu lui aussi d’une famille nombreuse mais il a eu une éducation
beaucoup moins rigoureuse. Ils se sont mis en ménage assez jeune. Lui est ouvrier et elle,
agent de collectivité. Á la naissance de sa première fille, Marie-France arrête de travailler,
son mari, dit-elle, considère qu’une mère doit rester à la maison. Mais financièrement,
c’est un peu serré et elle n’aime pas beaucoup ce statut de femme au foyer. Elle fait des
ménages quelque temps chez des particuliers puis, après la naissance de sa deuxième fille,
trouve une activité bénévole dans une association du quartier. Après la naissance de sa
troisième fille, elle est embauchée deux jours par semaine comme vendeuse dans une
boutique de vêtements mais son mari n’apprécie pas qu’elle mette les enfants en garderie
pour travailler, les tâches ménagères ne sont pas partagées entre les conjoints et la
mésentente s’installe dans le couple. Quand ses filles ont 13, 10 et 5 ans, Marie-France
décide de divorcer. Elle peut augmenter son temps de travail et la séparation se fait à
l’amiable, sans trop de heurts : les deux parents sont d’accord pour respecter au mieux le
bien-être des enfants. La mère de Marie-France la culpabilise un peu mais ses frères et
sœurs ne la jugent pas et restent en bons termes avec elle. Elle garde de bons amis et reste
dans le même appartement.
Pour concilier vie familiale et vie professionnelle, Marie-France a reproduit ce qu’elle
avait connu au sein de sa famille, elle s’est basée sur la confiance qu’elle avait dans ses
filles : l’aînée s’occupait des plus jeunes. Elle a beaucoup utilisé la garderie de l’école le
soir et pendant les petites vacances. Selon elle, l’important est de maintenir la cohésion
familiale et d’être assez sévère à propos des “règlements” qu’elle a fixés à la maisonnée.
Elle ne sollicite pas sa mère qui est maintenant âgée, elle ne voit plus son père car ses
parents sont séparés, mais elle voit régulièrement une de ses sœurs. Ses autres frères et
sœurs sont plus éloignés d’elle. Elle préserve sa vie personnelle en entretenant ses
relations amicales et aussi quelques loisirs personnels (piscine, cinéma). Elle a vécu
quelque temps avec un ami mais la cohabitation a posé quelques problèmes avec ses
filles, elle y a donc mis fin. L’été, elle part en camping avec ses filles si les finances le
permettent. Elle dispose actuellement de 6.800 F par mois (non compris l’allocation
logement).
Son ex-mari prend les enfants un week-end sur deux mais pas pendant les petites
vacances. Elle dit ne pas avoir trop de problèmes éducatifs. Pour l’avenir, elle souhaiterait
que ses filles sachent être indépendantes, qu’elles ne comptent pas sur un homme et
qu’elles soient capables de décider par elles-mêmes même si elles construisent un couple.
Ici, la personne est originaire d’un milieu ouvrier. Les parents sont évoqués comme
injustement sévères, mais l’expérience de solidarité vécue avec les frères et sœurs
représente l’élément solide et déterminant de la période de socialisation. Ce parent solo
défend lui aussi son indépendance et privilégie les amis pour l’aider. L’ex-conjoint est
moins présent que celui Marie-Cécile, mais il garde toutefois de bonnes relations avec
son ex-femme et ses enfants. L’investissement professionnel est important mais les
revenus financiers sont faibles. Comme Marie-Cécile, le souhait principal exprimé au
sujet des enfants est l’autonomie.
Gwenaëlle a 49 ans et trois enfants de 22, 20 et 17 ans. Elle est divorcée et vit seule avec
ses enfants depuis cinq ans. Elle est éducatrice de jeunes enfants dans une crèche
parentale.
Gwenaëlle est la dernière d’une famille de huit enfants. Son père était inspecteur
d’assurances, sa mère au foyer était aidée par une employée de maison. Elle a grandi dans
un milieu aisé et chaleureux et n’a pas été très poussée dans sa scolarité. Son éducation
plutôt traditionnelle la destine à être femme au foyer. On lui apprend, entre autre, qu’il est
préférable de fréquenter les personnes de “son milieu”.
Adolescente, elle remet en cause cette éducation : elle épouse un homme qui n’est pas de
son milieu (son père est invalide de guerre et sa mère épicière) et qui est divorcé et père
d’un enfant dont il n’a pas la garde. Il est éducateur spécialisé. Elle sait qu’il a été
alcoolique mais elle pense qu’elle va réussir à le guérir définitivement de cette maladie.
Elle travaille un court moment comme jardinière d’enfants.
Á la naissance de son premier enfant, elle choisit de rester au foyer et participe aux
activités des parents d’élèves de l’école. Elle s’entend plutôt bien avec son mari qui est
assez présent aux enfants et partage certaines tâches domestiques. Peu de temps après, la
famille s’installe dans une maison T6. C’est son mari qui suggère à Gwenaëlle de
reprendre des études pour passer le diplôme d’éducatrice de jeunes enfants. Elle a alors
39 ans et s’engage dans cette formation. Puis, elle trouve un travail à temps partiel dans
une crèche parentale. Elle ne s’aperçoit pas immédiatement que son conjoint s’est remis à
boire ; ce sont ses enfants qui lui font remarquer que leur père cache des bouteilles
partout dans la maison. Elle se culpabilise et pense que, du fait de son activité
professionnelle, elle est moins disponible à lui et que c’est pour cette raison qu’il est de
nouveau alcoolique.
Lorsqu’elle réalise qu’il a une liaison, elle quitte le domicile avec les enfants et est
hébergée chez une tante. Sa mère est aussi très présente et l’aide financièrement. La
première année, elle touche l’ASF puis son ex-conjoint verse une pension alimentaire.
Elle se sent bien entourée, bien soutenue par sa famille, ses cousines et ses amis. Son
aîné, un garçon, réagit mal à la séparation de ses parents. Il arrête de fréquenter le lycée,
“touche” à la drogue. Sa deuxième, décide de s’installer chez son père où elle restera
finalement peu de temps pour revenir ensuite auprès de sa mère. La dernière adopte un
comportement de mutisme. Gwenaëlle consulte un psychiatre mais ne prolonge pas sa
démarche, en matière de soutien, elle préfère s’appuyer sur ses parents ou ses frères et
sœurs.
Elle ne parvient pas à obtenir un temps plein dans son travail et doit se contenter d’un 3/4
de temps.
Quelque temps plus tard, elle réintègre la maison familiale où, avec l’aide de ses enfants,
de ses cousines et de quelques amis elle refait peintures et tapisseries pour, dit-elle, que la
maison ne ressemble plus à ce qu’elle était avant.
Elle a le sentiment aujourd’hui que ses enfants ont acquis une certaine stabilité et, surtout,
qu’ils ont pris leur autonomie. Ses deux aînés font des formations à l’extérieur, elle n’a
plus avec elle que la dernière qui est en terminale. Les enfants ne veulent plus voir leur
père mais ont des contacts avec la famille paternelle.
Gwenaëlle a un ami avec lequel elle envisage de s’installer et qui habite en dehors de
Rennes. Elle dit que ses enfants acceptent difficilement cette liaison mais elle est décidée
à vivre avec cet homme dont elle dit qu’il est “de son milieu”, ce qui n’était pas le cas
avec son ex-mari. Elle pense, en effet, qu’elle n’aurait pas dû épouser son ex-conjoint
justement parce qu’il était issu d’un autre milieu social. Elle considère qu’elle a été
victime, en quelque sorte, d’une erreur de jeunesse.
L’enfance de ce parent solo est une période chaleureuse avec une “bonne” éducation.
Son mariage a été considéré par ses propres parents comme “une erreur de parcours”.
Les liens avec la mère se resserrent au moment de la rupture. L’ex-conjoint est
disqualifié. Il partage irrégulièrement les charges liées à l’éducation des enfants. Ce
parent solo est issu des classes moyennes supérieures, il dispose d’un capital scolaire
plutôt faible. Il a une activité professionnelle qui lui plaît, mais des revenus faibles. Il va
tenter de reconstruire une relation conjugale “réussie” mais, cette fois-ci, avec
l’assentiment maternel.
Christèle a 40 ans ; elle est divorcée et vit seule depuis trois ans et demi. Elle a deux
garçons qui ont actuellement 11 et 6 ans. Déjà avant son mariage, elle occupait un poste
d’adjoint administratif à l’Éducation nationale. Elle a donc la sécurité d’emploi. Ses
revenus avoisinent 10.000 F par mois.
Christèle est la dernière d’une famille rennaise de cinq enfants d’un milieu laïque, son
père était enseignant et sa mère au foyer. Son père est décédé quand elle avait 12 ans et sa
mère a alors travaillé au rectorat (emplois réservés pour les conjoints de fonctionnaires).
Elle a de bons souvenirs de son enfance, de son quartier, des bons rapports de voisinage
où tout le monde se connaissait, c’était comme une grande famille. Elle se souvient,
également, que sa fratrie était très soudée. Elle a beaucoup vécu seule avec sa mère car
ses frères et sœurs beaucoup plus âgés qu’elle ont quitté la maison plus tôt.
Á vingt-neuf ans, elle épouse un enseignant qui est divorcé avec deux enfants. Elle garde
son activité professionnelle. Peu de temps après, elle accepte que l’un des enfants de son
mari, âgé de 13 ans, vienne vivre avec eux. Puis, leur premier enfant naît et cinq ans après
arrive le deuxième. La cohabitation avec l’enfant du conjoint ne pose pas problème. Le
partage des tâches domestiques est équitable, le père s’occupe beaucoup des enfants, de la
cuisine, des courses… La mère de Christèle vient souvent rendre visite à la famille et
garde les enfants quand les parents sortent le soir.
Le couple achète une maison mais, deux ans plus tard, le conjoint fait part de son
intention de divorcer pour vivre avec une autre femme. Christèle est très abattue, très
déprimée. Elle “démissionne”. Elle est hospitalisée six semaines dans une clinique puis
six semaines dans une maison de repos. Elle sera suivie par un psychiatre pendant deux
ans et demi. Pendant tout ce temps, ses frères et sœurs la soutiennent. Sa mère aussi est
très présente s’occupant des enfants et aidant sa fille à “reprendre le dessus”. La maison
familiale est vendue et Christèle fait une demande de logement HLM dans du neuf dans le
même quartier, car elle ne souhaite pas que les enfants changent d’école. En attendant de
pouvoir s’installer, elle loge chez sa mère avec ses enfants pendant six mois. Il y a
quelques tensions, mais la perspective d’installation dans son logement (choix de la
décoration) l’aide à surmonter sa nouvelle situation. Le service social de son
administration lui octroie un prêt et un secours qui lui permettent de couvrir diverses
dépenses liées à la rupture et à l’emménagement. Pendant toute cette période, son ex-
conjoint prend les enfants un week-end sur deux et pendant les petites vacances.
Actuellement, Christèle se sent bien. Sa mère vient garder les enfants pour lui permettre
d’avoir des activités pour elle (sport, danse). Elle voit ses frères et sœurs et a beaucoup
d’amis. Le partage de la garde des enfants avec son ex-mari se passe bien : il prend les
enfants la moitié des vacances scolaires et chaque mercredi. L’été, elle part en camping
Dans ce cas de figure, la période de l’enfance aussi évoquée de façon très positive. La
personne se décrit comme très active, puis complètement abattue au moment de la
rupture. Sa mère, omniprésente dans la vie de famille, va l’aider à se “relever”. L’ex-
conjoint n’est cependant pas disqualifié et partage équitablement les charges éducatives.
Ce parent solo est issu des classes moyennes. Il dispose d’un capital scolaire moyen
mais, surtout, de la sécurité d’emploi. Ce parent n’envisage pas une recohabitation.
Certains parents solo ont quitté assez jeunes le milieu familial d’origine pour jouir
rapidement d’une indépendance. La famille d’origine est géographiquement éloignée.
Après la rupture, l’ex-conjoint est rejeté et ne se manifeste qu’épisodiquement. Dans
cette trajectoire, le parent solo éprouve un sentiment de culpabilité marqué qu’il
supporte mal. Il connaît de longues périodes d’isolement qu’il recherche pourtant
volontairement. Il peut être dépressif et consulter un psychologue. Il dispose d’un
capital scolaire moyen et n’apprécie pas toujours son activité professionnelle dont il tire
des revenus faibles. Il sollicite quelquefois les travailleurs sociaux pour des dépannages
financiers. Il peut avoir quelques bons amis pour l’aider. Il parle beaucoup de son
attachement à ses enfants.
Véra a 32 ans. Elle est mère célibataire et vit seule avec son enfant de 4 ans et demi. Elle
est britannique d’origine et vit en France depuis huit ans environ. Elle possède une
maîtrise de lettres obtenue dans son pays et un DEA effectué à Rennes. Actuellement, elle
tire ses ressources de cours d’anglais qu’elle donne dans des instituts privés.
Elle est la seconde d’une famille de deux enfants. Son père est architecte et sa mère
travaille dans un grand magasin. Elle considère que ses parents sont très traditionnels.
Elle est passionnée par ses études littéraires et particulièrement par la littérature française.
Elle apprécie aussi la peinture et la musique. En venant en France, elle souhaitait surtout
apprendre davantage et n’envisageait pas de se marier ou d’avoir des enfants.
Elle a connu le père de son enfant dans une institution privée dont il était directeur et où
elle avait été embauchée pour donner des cours d’anglais. Ils ont vécu ensemble pendant
deux ans et lui voulait bien un enfant. Elle ne souhaitait pas avoir d’enfants, mais elle ne
pouvait pas utiliser de moyens contraceptifs, dit-elle, pour des raisons médicales. Le
conjoint avait déjà un enfant d’une autre liaison qu’il prenait de temps en temps pendant
les vacances. Pendant sa grossesse, elle se rend compte qu’elle n’est pas du tout attachée
à cet homme. Après la naissance de l’enfant, elle déplore que le père ne s’intéresse pas au
bébé et la délaisse. Il reconnaît cependant l’enfant. Pendant deux ans, elle prend un congé
parental en restant au domicile de cet homme. Elle n’est pas rémunérée et dit que sa vie
était devenue très difficile, voire intolérable.
Elle reprend son travail et décide de partir s’installer seule ailleurs. Ses parents sont
quelque peu “bouleversés” par cette décision, surtout à cause de l’enfant qui devra vivre
sans son père. Ils aident cependant Véra financièrement. Cela lui permet de s’installer
dans un logement dans le parc privé non loin de son lieu de travail. Ils se déplacent pour
le déménagement et son père effectue quelques travaux de peinture. L’enfant fréquente
une crèche parentale non loin du nouveau logement, mais le coût en est très important et
Véra ne peut obtenir d’aides financières. Peu de temps après, elle le met à l’école à
regrets, car elle le trouve encore trop jeune.
Véra se sent bien mieux depuis qu’elle a quitté le père de son enfant. Elle apprécie
d’avoir retrouvé son indépendance à laquelle elle tient énormément. Peu de temps après,
elle ne reprend pas son travail dans l’institution de l’ex-conjoint et cherche à donner des
cours dans différents organismes.
Actuellement, elle travaille 20 heures par semaine, excepté pendant les vacances
scolaires. Ses ressources sont à peu près de 5.000 F par mois et le père de l’enfant ne
verse aucune pension. Elle n’a pas d’aides publiques, mis à part l’allocation logement.
Elle refuse les cours qu’on lui propose au-delà de 18h30, car la garderie se termine à
18h45 et il lui faut garder du temps pour les trajets. Elle a la hantise que l’enfant tombe
malade, car elle ne sait pas comment elle se débrouillerait dans ce cas. Elle ne voudrait
pas le confier à quelqu'un qu’elle ne connaît pas. En effet, Véra n’a pas d’amis à Rennes
et n’est guère sociable. Elle considère avoir un caractère très solitaire. Elle a eu une amie,
mais elle est partie aux Etats-Unis. Á Rennes, elle ne voit pas grand monde. Elle dit ne
pas souffrir de cette solitude choisie, c’est sa personnalité explique-t-elle. Si elle fait une
rencontre pour reconstituer une famille, tant mieux, mais elle ne pense pas du tout à cela,
ne craignant pas de rester seule toute sa vie. Ce qu’elle souhaite c’est pouvoir continuer à
lire, à se cultiver et écrire des romans.
Ce parent solo a gardé des contacts positifs avec sa famille ce qui relativise son
isolement. Après la rupture, l’ex-conjoint est largement critiqué et complètement rejeté.
Cette femme éprouve un sentiment de culpabilité de se retrouver seule avec son enfant
mais elle ne veut pas se situer en victime. Elle dispose d’un capital scolaire relativement
important qui n’est pas du tout valorisé dans sa situation actuelle. La présence de
l’enfant entrave les projets d’étude ou de découvertes intellectuelles qu’elle envisage
pour l’avenir. Elle ne recherche pas particulièrement une autre liaison. Elle n’a pas de
solutions de garde pour son enfant en dehors de l’école.
Estelle a 41 ans. Elle vit seule avec ses deux garçons de 14 et 12 ans. Elle est séparée de
son mari depuis 11 ans. Elle travaille dans une banque.
Elle est l’aînée d’une famille de six enfants. Son père était cadre moyen dans une
entreprise et sa mère au foyer. Elle a eu une éducation très stricte avec un père très
puritain. Adolescente, elle s’est souvent opposée à ses parents et à fait des fugues. Elle se
sentait mal aimée, souffrait de l’excès d’autorité de son père, mais elle se souvient qu’il
existait une très grande solidarité entre ses frères et sœurs. Elle a eu le bac et n’a pas fait
d’études par la suite (excepté quelques formations de secrétariat), car ses parents ont
refusé pour des questions financières.
Quand elle s’est mise en ménage avec le père de ses enfants, elle ne travaillait pas. Lui est
originaire de Martinique et a été élevé jusqu’à 12 ans par une famille d’accueil. Il est
retourné après chez ses parents, son père était enseignant. Il est entré dans l’armée puis
est revenu en Métropole. Quand Estelle et lui se sont mariés, il était responsable d’une
discothèque. Les deux enfants sont arrivés rapidement. Leur père y était très attaché mais
très vite, le couple ne s’est plus entendu. Il était souvent absent et elle se sentait très
différente de lui au niveau culturel. Elle aimait lire et lui s’intéressait plutôt au sport.
Elle décide de quitter la ville ou elle habite pour venir s’installer à Rennes car un de ses
frères y est étudiant. Ses enfants ont alors trois ans et un an, elle n’a pas un sou en poche
et pas de travail. Ses parents la jugent très mal. Son frère l’héberge quelque temps, puis
elle trouve un emploi dans une banque par une agence d’intérim. Elle peut alors
s’installer dans un studio. Son aîné va à l’école et le petit en crèche. Son ex-conjoint
l’aide un peu financièrement. Il prend les enfants quelques week-ends. Elle finit par
trouver un emploi à durée indéterminée dans une banque et le service social de cette
banque la dépanne de temps en temps, car elle a des difficultés financières.
Pendant six ou sept ans, elle vit très isolée et ne se fait pas de relations. Elle ne veut
compter que sur elle-même et ne voit presque personne hormis ses frères et sœurs. Elle
envoie les enfants chez ses parents pour les petites vacances et leur père les prend un
week-end sur deux. Elle est continuellement anxieuse, court beaucoup car les horaires de
la banque coïncident mal avec ceux de la garderie et de l’école et sa situation de mère
seule la culpabilise énormément. Ses parents entretiennent cette culpabilité. Elle a une
expérience de cohabitation avec un ami, mais leur relation ne dure pas. Elle ne compte
pas, à l’avenir, recréer une nouvelle relation.
Depuis deux ou trois ans, les enfants sont plus grands donc plus autonomes et Estelle
s’est fait des amis sur qui elle peut compter. Ses revenus ont un peu augmenté, elle achète
donc son appartement en accession à la propriété. Depuis peu, elle a obtenu un mi-temps
thérapeutique, car son équilibre psychologique est fragile. Elle consulte un psychiatre qui
l’aide à supporter ses problèmes de culpabilité. Elle a pris de la distance avec ses parents
pour se retrouver elle-même. Elle est très fière de ses garçons qui font du sport de haut
niveau, mais constate que leur père les prend moins souvent.
Ce parent solo a quitté assez jeune un milieu familial insatisfaisant et n’a gardé que
quelques rares contacts avec sa famille d’origine. Après la rupture conjugale, l’ex-
conjoint est rejeté et ne se manifestera qu’épisodiquement auprès des enfants. Cette
femme éprouve un sentiment de culpabilité. Elle se sent stigmatisée et de ce fait a eu
tendance à s’isoler avec ses enfants. Elle est facilement dépressive et consulte un
psychiatre. Sa période d’isolement a été assez longue, mais elle a fait place à une
ouverture vers l’extérieur avec le soutien d’amis. Son activité professionnelle lui pèse et
ses revenus sont faibles. En revanche, elle n’a plus de problèmes de garde d’enfants ce
qui lui a peut-être permis cette ouverture récente.
Cette dernière catégorie concerne les parents solo dont les revenus sont très faibles et
les trajectoires sociales et professionnelles irrégulières. Ils sont usagers du travail social
et bénéficient des dispositifs publics concernant les personnes en situations de précarité.
L’ex-conjoint est souvent inexistant. Ces parents solo n’ont que très peu de contacts
avec leur famille d’origine ou éprouvent des difficultés à maintenir ces contacts. Ils ont
généralement peu d’amis sur qui compter.
Maud a 44 ans. Elle élève seule sa fille de 6 ans. Depuis un an, elle est en recherche
d’emploi et touche l’AUD (allocation unique dégressive), auparavant elle a été en CES
pendant deux ans.
Maud est issue d’une famille de deux enfants. Elle et sa sœur ont été élevées chez des
religieuses, elle en garde de bons souvenirs. Leur mère était malade et elle n’a
pratiquement pas connu son père avec qui elle a coupé toute relation. Á dix ans, elle
revient habiter avec sa mère qui vit alors avec un nouveau partenaire dans la ZUP-sud de
Rennes. Les liens avec sa sœur sont très forts mais l’évocation de la période
d’adolescence est douloureuse : Maud explique qu’elle a suivi par la suite une thérapie
pour faire le deuil de cette jeunesse difficile. Elle a quitté l’école à 15 ans, puis elle a fait
l’école de coiffure, mais cette profession ne lui plaisait pas, elle a eu différents emplois,
entre autres dans la couture.
Elle se marie à 27 ans, le couple travaille alors dans le commerce alimentaire d’une
grande surface de Rennes. Un petit garçon naît et, peu de temps après, la famille
déménage pour s’installer dans le département du Gard. Elle reste au foyer jusqu’aux 3
ans de l’enfant et reprend ensuite un travail de vendeuse. Le couple a des amis sur place
et la vie de famille semble se dérouler sans problèmes.
Elle rompt avec son mari alors que son fils a cinq ans, mais elle entretient de bonnes
relations avec le père du garçon notamment pour ce qui concerne la garde. L’enfant passe
tous les week-ends chez son père, puis il finit par s’y installer.
Cinq ans plus tard, Maud a une relation avec un ami. Une petite fille naît de cette union,
mais la relation ne dure pas et Maud se retrouve seule avec sa fille. Son ex-mari a refait sa
vie, mais il garde les contacts avec Maud du fait de la présence de leur fils. Lorsqu’elle
décide de revenir à Rennes, il l’aidera à déménager. La petite fille a alors 18 mois. Le
garçon qui a 14 ans préfère rester dans le Gard avec son père. Á Rennes, un couple
d’amis lui trouve un logement dans le privé après l’avoir hébergé quelque temps. Elle
touche le RMI puis bénéficie six mois plus tard d’un CES dans une association qui revend
des vêtements usagés. Elle garde cet emploi pendant deux ans. Elle devait courir très
souvent à cause des horaires ce qui, d’après elle, était fatigant pour l’enfant. La garde de
sa petite fille était assurée par l’école maternelle et la garderie du soir. Elle a été obligée
de demander une dérogation à l’inspection d’Académie, car la petite n’avait pas tout à fait
deux ans au début et, pour Maud, il n’était pas possible de payer une assistante maternelle
ou une crèche. Pour le samedi (elle travaillait un samedi sur deux), une étudiante gardait
l’enfant.
Maud a toujours gardé des contacts réguliers avec son fils qui est aujourd’hui en
terminale et bon élève. Au moment de l’entrevue, elle est en recherche d’emploi depuis
deux ans et touche une allocation de 3.200 F par mois et l’ASF. Elle participe aux
activités des dispositifs liés à la recherche d’emploi. Elle s’est installée dans un
appartement en HLM dont elle est très contente et apprécie de pouvoir s’occuper
pleinement de sa fille qui est maintenant en CP. Elle a quelques contacts avec sa sœur qui
habite dans une autre région.
Ce parent solo est typique des femmes victimes de la crise de l’emploi. Cette femme
dispose de capitaux scolaires faibles et d’un manque de qualification. Cependant, elle a
un bon équilibre personnel et reste optimiste sur l’avenir. Elle est très attachée à ses
enfants qui ne présentent pas de problèmes particuliers. Elle a une représentation
traditionnelle de la famille et s’investit plus volontiers dans la vie domestique.
L’activité professionnelle à laquelle elle peut prétendre (ménages, restauration …)
risque de ne pas être compatible avec la garde de son enfant encore jeune.
Alcina a 30 ans et vit seule depuis deux ans avec son dernier enfant de 22 mois. Ses trois
autres enfants vivent avec leurs pères respectifs. Les deux aînés qui ont 9 et 10 ans sont à
Paris et le troisième, de 3 ans, vit à Rennes.
Alcina est parisienne. Elle est la seconde fille d’une famille de quatre. Dès 4 ans, elle est
placée par le juge des enfants en famille d’accueil puis dans des établissements avec deux
de ses sœurs. Sa mère est psychologiquement fragile et a fait plusieurs tentatives de
suicide. Ses parents ont divorcé quand elle avait 7 ans. Elle n’a jamais revu son père
depuis cet âge. Les essais de retour chez sa mère se sont soldés par des échecs. Ses
rapports et relations avec sa mère ont toujours été très difficiles. Alcina dit de sa famille
d’origine qu’elle est complètement “fracassée”. Son niveau scolaire correspond à la
cinquième.
Á 20 ans, elle se met en ménage avec un ami. Leur premier enfant est placé très jeune à la
DDASS et le second confié à la garde du père par le juge des enfants au moment où le
couple se sépare. Alcina trouve des petits boulots dans la restauration, puis elle épouse un
Breton qui travaille à Paris dans la pâtisserie. Elle prend de temps en temps ses enfants et
son nouveau conjoint les accepte bien. Ce dernier cherchait à quitter Paris pour revenir en
Bretagne. Le couple s’installe à Rennes peu de temps avant la naissance d’un petit
garçon. Mais Alcina et son mari ne s’entendent plus. Une procédure de divorce est alors
engagée et l’enfant est confié à son père. Á la suite de cette séparation, Alcina fait une
tentative de suicide alors qu’elle est enceinte. Elle n’a à Rennes ni famille ni amis (sa
mère vient cependant la voir). Elle reste un mois à l’hôpital puis elle est acceptée enceinte
au foyer Brocéliande. Elle quitte le foyer quatre mois plus tard avec son bébé (son
quatrième enfant, qui est avec elle au moment de l’interview). Elle est logée dans un
appartement HLM et suivie par le service social de secteur. Sa mère vient la voir une
semaine et sa petite sœur de 13 ans reste avec elle trois semaines. Il semble que les
relations entre la mère et la fille soient plus pacifiques.
L’ex-mari d’Alcina qui s’est mis en ménage avec une autre femme mère de trois enfants,
demande à obtenir la garde du dernier-né pour que les deux frères soient élevés ensemble
et le JAF aurait donné un avis favorable. Pour l’instant, Alcina attend la décision
définitive du juge. Elle dit que son enfant est très dur. Á la demande du service social, il
est gardé à la journée, cinq jours par semaine, par une assistante maternelle (Alcina
n’aurait souhaité que trois jours mais l’assistante sociale lui a imposé cinq jours). Elle
touche l’API, elle a environ 3.700 F par mois, l’APL couvre le montant de son loyer et le
service social l’aide à payer l’assistante maternelle. Elle cherche du travail dans la
restauration mais les horaires qu’on lui propose ne sont pas conciliables avec la
responsabilité de l’enfant. Elle prend son autre enfant un week-end sur deux, mais elle n’a
que de rares contacts avec ses deux aînés qui sont à Paris.
Á Rennes, Alcina n’a pas d’amis et, comme les relations avec sa mère se sont améliorées,
elle souhaiterait retourner à Paris plus près de sa famille. Elle pense qu’elle aura moins de
difficultés à trouver du travail. Actuellement, elle n’a pas suffisamment d’argent pour
payer le voyage à Paris pour voir ses aînés. Elle a conscience que l’aide du service social
lui est utile, mais elle se sent un peu “dépossédée” de ses responsabilités.
Cette trajectoire est typique des personnes ayant eu une enfance difficile le plus souvent
hors du foyer familial ou avec des parents qui les ont rejetées. Cette femme connaît,
depuis peu, le soutien ambigu de sa famille d’origine, mais les liens semblent très
fragiles et elle n’a pas d’amis sur qui compter. Son expérience de parent représente une
succession d’échecs qui lui sont signifiés à chaque fois par le service social, ce qui
explique son attitude critique vis-à-vis des travailleurs sociaux. Son très faible capital
scolaire ne lui permet pas d’espérer une activité professionnelle valorisante. Elle peut
s’investir dans une formation professionnelle si elle est bien soutenue.
D’autres trajectoires qui peuvent s’inscrire dans une de ces catégories ont été décrites
dans les chapitres précédents. Elles témoignent, pour la plupart, de l’aspect séquentiel
des parcours familiaux d’aujourd’hui et des différentes façons de vivre et de se
représenter la situation monoparentale.
Au cours de l’investigation que nous avons menée, nous avons refusé d’admettre qu’il
existait un “univers particulier de la monoparentalité”. Cet univers n’existe pas en tant
que tel, il est construit dans l’imaginaire social et les représentations des différents
acteurs sociaux, qu’ils participent ou non aux politiques familiales. S’il y a bien des
parents solo qui font face, avec difficulté quelquefois, aux contraintes issues des
responsabilités parentales, les trajectoires de chacun, nous l’avons vu, sont extrêmement
diversifiées et excluent toute possibilité d’analyse en termes de catégorisation. Cela dit,
des tendances apparaissent, principalement en fonction des niveaux socio-économiques
et des capitaux hérités du milieu familial d’origine.
En tout état de cause, pour entreprendre cette étude, nous avons tenté de nous départir
au maximum des stéréotypes véhiculés à propos des situations de monoparentalité
comme, par exemple, la difficulté particulière que connaîtrait le parent pour s’insérer
socialement et professionnellement ou encore l’idée, toujours répandue, que les enfants
concernés seraient des enfants “à problème”, victimes d’une éducation “amputée” et
qui n’auraient pas intégré certains repères essentiels à la vie en société.
Nous avons observé que, dans les situations de divorce comme en cas de décès du
conjoint, la période de rupture représente incontestablement un temps fort de la
trajectoire du parent solo. Tout au long de cette période, il doit à la fois faire le deuil
d’un traumatisme affectif qu’il ressent comme un échec, trouver un sens à sa nouvelle
situation (sollicité en cela par le questionnement des membres de sa famille proches, de
ses enfants, et parfois de ses amis), gérer un déménagement, un partage de biens,
chercher un emploi, entamer une formation ou négocier avec son employeur une
modification de l’organisation de son travail. Au cours de cette épreuve, il ressent une
forte culpabilité liée à la crainte de ne pas pouvoir jouer pleinement son rôle de parent
du fait de sa solitude. Le regard des acteurs institutionnels à l’école ou dans les
dispositifs sociaux, qu’il soit bienveillant ou suspicieux, maintient l’effet de
stigmatisation induit par des représentations sociales qui se pérennisent.
Lorsqu’on est seul, il faut “faire face”, comme nous l’ont dit et montré les personnes
interviewées. Il faut assurer vaille que vaille le travail éducatif et domestique. Les
parents solo les plus âgés sont généralement assez fiers de “s’en être bien sortis” ; les
jeunes rêvent d’une activité professionnelle à mi-temps avec des horaires calqués sur
ceux de l’école. La garde de l’enfant est un souci permanent qui obsède parfois le
parent, plus que l’argent et plus que cet ex-conjoint qui vous a abandonné sans avoir été
pénalisé.
On constate également que les personnes rencontrées évoquent largement le très grand
attachement qui les lie à leurs enfants. La peur d’être qualifié de “mauvais parents” ou,
parfois, de se voir retirer l’enfant, les préoccupe, au point que certains construisent,
malgré eux, un cocon familial qui tend à les isoler du monde environnant.
Mais les parents solo ne sont pas réellement seuls pour faire face à leur situation.
Ils/elles sont soutenu(e)s de diverses manières. Nous avons souligné le rôle primordial
des grands-parents, des oncles, tantes, mais aussi celui, moindre, des amis et de l’ex-
conjoint. Si nous avons peu de détails concernant les motivations à effectuer une
démarche auprès d’un psychologue, les quelques témoignages apportés sur ce sujet
rendent compte d’un besoin important et d’une satisfaction assez générale. Il en est de
même pour les foyers d’accueil, comme le foyer Brocéliande, que quelques parents ont
expérimenté.
Quant aux services sociaux, ils semblent qu’ils déçoivent souvent les attentes des
parents solo, voire même inspirent la méfiance ou la crainte. Eux aussi font l’objet de
préjugés qui disqualifient parfois aux yeux des usagers, leurs capacités à résoudre les
problèmes qui leur sont soumis et la réalité des actions mises en œuvre. Concernant les
institutions du “social”, les familles monoparentales se plaignent de la rigidité d’un
système administratif qui ne prend pas en compte la diversité des situations
matrimoniales actuelles et, surtout, le caractère de plus en plus séquentiel des
trajectoires familiales.
Dans la majorité des cas, les parents solo disent avoir des difficultés financières au
moment de la rupture mais les systèmes de dépannage des services sociaux ne
fonctionnent pas toujours dans l’urgence. Le plus souvent, le problème posé est moins
celui d’un manque provisoire de ressources, que celui d’une difficulté momentanée de
trésorerie. Un dépannage financier rapide, sous forme de secours ou de prêts, pourrait
être accordé au parent gardien lors de la rupture conjugale (divorce ou veuvage), le
temps d’attendre l’obtention d’un logement ou une régularisation de la procédure
judiciaire, qu’il s’agisse du partage des biens ou du droit de garde, cela afin d’éviter
Les parents solo ne devraient-ils pas pouvoir utiliser les services d’un agent neutre qui
joue le rôle d’interface entre lui et l’univers des dispositifs du social ? Un “guichet
unique” proposant des conseils formels, des informations diverses (juridiques,
institutionnelles, sociales, etc.) ou une orientation, peut être initié par le secteur
associatif. Des agents compétents pourraient être à l’écoute des parents, les conseiller,
les orienter dans le dédale des multiples institutions qui émargent aux politiques de la
famille ; ces agents auraient pour mission de se faire l’interprète des familles
monoparentales, auprès des administrations, de faire accélérer les dossiers, de dépanner
financièrement en cas de besoin, mais aussi de parer à un éventuel “écroulement” de
l’équilibre familial ou à une difficulté passagère. Cet “ interprète polyvalent ” ne se
substituerait aucunement à la famille proche ou au psychologue, mais sa présence
pourrait réassurer le parent, le déculpabiliser, le soutenir. Enfin, cet intermédiaire, dont
le statut reste à définir, permettrait peut-être de réduire les nombreux préjugés que les
familles ont à propos des dispositifs sociaux.
De ce point de vue, une plus grande souplesse d’accès aux services d’accueil des jeunes
enfants (haltes-garderies, crèches, assistantes maternelles) faciliterait grandement la vie
des parents solo, la question des horaires d’ouverture et de fermeture des lieux
d’accueil n’étant toujours pas résolue. Certes, cette question concerne également les
familles biparentales mais elle se pose avec encore plus d’acuité dans les situations de
monoparentalité.
Nous avons aussi pu repérer à quel point nombre de parents en situation monoparentale
éprouvaient la nécessité de s’impliquer dans des démarches associatives en vue de
promouvoir des réponses à leurs besoins. Ces initiatives peuvent prendre diverses
formes, dans le cadre associatif. Quand pour les unes, il s’agit avant tout de se faire le
porte-parole de la cause des ménages monoparentaux auprès des pouvoirs publics et
des institutions pour obtenir des réponses ; pour d’autres, il s’agit plutôt d’organiser
pour et par soi-même des réponses collectives à des problèmes concrets et quotidiens
DEUXIEME PARTIE :
Introduction
1 - Objectifs de l'étude
disponibles, avouent toutefois avoir repéré des difficultés particulières pour les mères
(puisqu'elles sont principalement concernées) et les enfants.
Ne pas donner de sens à cette catégorie (malgré, parfois, son existence officielle)
peut s'expliquer par deux facteurs principaux.
1) La situation d'entretien elle-même :
- encourage les professionnels à être prudents quant à leur interprétation de la
monoparentalité. Ils ne souhaitent pas être accusés de jugements hâtifs et se
protègent de tout excès de catégorisation qui pourrait très vite déboucher,
selon eux, sur de la “ ghettoïsation ”. A une période où la “ mixité sociale ”
(surtout pour les bailleurs sociaux) est prônée, il serait de mauvais ton de
rompre avec cette injonction.
3% de l'AAH,
1,7 minimum vieillesse,
89% des gens qui ne bénéficient d'
aucun minimum social.
La conclusion... En fait, c'est ça qu' on voulait dire au ministère, non
seulement, on remplit notre rôle social mais en plus dans les 3 dernières
années, les gens qui sont rentrés étaient moins bien lotis que ceux qui
sortaient. L'
enquête l'
a confirmé.
Je crois qu'
en plus, c'
est un peu un sujet tabou, la famille monoparentale.
On voudrait tellement pouvoir dire et faire plaisir à tout le monde en disant
"mais non, les enfants des familles monoparentales vont aussi bien que les
autres". En tout cas chez nous, on ne s'est jamais autorisé à faire vraiment
une étude sérieuse sur ' est-ce qu'
il y a des problèmes différents dans les
familles monoparentales ? (PMI - Protection Maternelle et Infantile -, dir)
Notre objectif, pour cette étude, ne sera pas de répertorier ces différents préjugés
afin de les confronter à la réalité (et ainsi démontrer leur peu de fondement), ce travail
ayant déjà été effectué lors de l'analyse documentaire3 (reprenant les travaux de
nombreux sociologues). Nous avons plutôt souhaité comprendre les logiques à l'oeuvre,
les modes de rationalité de ces professionnels pour ensuite en étudier les
prolongements, les conséquences sur leur manière d'intervenir auprès des familles
monoparentales, sur les difficultés rencontrées et enfin sur les préconisations ou
améliorations envisagées.
Le plan adopté pour exposer le point de vue des professionnels s'appuie sur les
quatre axes précédemment énoncés. Nous développerons trois thèmes clés identifiés
(par l'ensemble des interviewés) comme révélateurs des difficultés rencontrées par les
femmes (principalement) en famille monoparentale. Il s'agit de :
- l'absence du père et la socialisation des enfants (avec un point particulier sur la notion
d'enfance en danger) ;
Nous terminerons par une réflexion plus générale sur la manière d'appréhender
la monoparentalité (dans quelle mesure peut-elle constituer un facteur explicatif pour
les professionnels ? Quelles sont les erreurs méthodologiques à l'origine de déductions
parfois simplificatrices ?) et sur le sens qu'il conviendrait de lui accorder, notamment,
comme angle de lecture des mutations de la famille nucléaire. Enfin, en guise de
conclusion, nous nous interrogerons sur la question des “ responsabilités ” (publiques
et/ou privées ?) et sur le rôle des associations de familles monoparentales.
Chapitre I :
La maman qui a une quarantaine d' années, qui a sa fille, elle c'
est un choix
de sa part. Oui. Apparemment. On a fait un petit topo avec la directrice
parce que c'est vrai qu'
elle connaît mieux le détail et donc c' est ce qu'elle
m' a dit, c'
est qu'apparemment c' est un choix de la maman. Donc l' enfant
voit son papa de temps en temps, il l'a vu à Noël, il le voit... Oui, elle a fait
le choix de l'élever toute seule. De pas avoir d'homme à la maison. C' est
bizarre comme choix, d' ailleurs. Moi ça m' a étonnée parce que de me dire
faire ce choix-là, c'
est un petit peu égoïste, hein, je trouve. Enfin peut-être
que le papa était d'accord. Peut-être que ça n' aurait pas marché non plus,
mais bon...., on ne connaît pas non plus les détails, mais... (Crèche,
éducatrice)
5 Nous sommes en réalité très sceptique quant à la “ scientificité ” de ce genre de théorie quand elle
renvoie à un invariant de la relation mère-enfant, à un instinct, à une nature. Cette “ théorie ” est bien plus
utile, selon nous, à légitimer le modèle biparental qu'à expliciter les relations qui se nouent entre une
mère et son enfant en “ l'absence ” du père. Il serait d'ailleurs intéressant de savoir si cette même
“ fusion ” se produit entre le père et l'enfant (en l'absence de la mère)...
Par ailleurs, les professionnels qui ont fait le lien entre la monoparentalité et la
fusion ont parfois quelques difficultés à asseoir leur “ constat ” autrement que sur du
“ ressenti ”, quelque chose qui ne “ s'explique pas ”.
Ce qu' on avait vu également avec la directrice, on disait que c' est plus
fusionnel, l'
enfant et la mère en famille monoparentale. Il y a une fusion.
Q : Et comment vous le repérez ? A partir de quoi ?
Ben des relations, nous on le voit quand la mère emmène l' enfant à la
crèche et quand elle vient le chercher. C'
est vrai que nous, on voit pas les à-
côtés donc...
Q : Mais ça se traduit comment ? Parce que ça, vous l' avez observé ?
Oui..., non, mais je ne sais pas. Ça se ressent... Ça doit se voir dans le
visage, dans le regard, dans le..., et c'
est vrai qu'
on sent qu'
il y a... (Crèche,
éducatrice)
Déjà, je sais pas si c' est une maladie mentale, c' est la fusion maladive, je
dirais, avec l'enfant. L'enfant n' existe pas en tant que sujet, quoi. L'
enfant
c'est l'
objet. L'enfant c'est une partie de la personne, une partie de la mère,
quoi. Il n'
existe pas. Ça c' est souvent ce qu'on observe quand même chez les
mamans qui sont malades. (ASE - Aide Sociale à l'
Enfance -, éducatrice)
Je connais une dame qui avait une peur bleue que sa fille fasse des
mauvaises rencontres. Elle l' empêchait de sortir, fallait aller la chercher au
lycée tellement elle avait peur qu'elle tourne mal et un beau jour, la fille elle
est partie. Elle l'
a tellement presque séquestrée que ça a donné le contraire.
Et il y a d'
autres familles, par contre elles laissent tout faire, c'
est pas mieux
non plus. Donc c' est vrai qu'il faut un juste milieu. (Travailleuse familiale)
Cette (mauvaise) socialisation serait autant due à la volonté des mères qui ne
souhaitent pas punir leur enfant (il aurait déjà été “ puni ” par la désunion) qu'à leur
“ incapacité ” à les éduquer. Il semblerait, pour quelques professionnels, que l'image de
la femme en famille monoparentale soit celle d'une jeune mère immature ignorant en
partie les manières d'éduquer, convenablement, un enfant. C'est ainsi qu'une éducatrice
de crèche s'étonne de ne pas voir les femmes en FMP lui poser plus de questions
concernant l'éducation de leur enfant.
M6 : Quand ils commencent à exprimer d' autres besoins que d' avoir
l'
estomac plein. Les mamans ne savent pas toujours ce qu'
elles doivent leur
apporter à côté de l' alimentation par exemple. Il y a tous les conseils
éducatifs aussi. Savoir mettre des limites. Elles ont beaucoup de mal, la
plupart du temps, à dire non à leur enfant. Au fil des mois, on arrive à voir
quelles seront celles qui auront des soucis.
P : C'
est difficile à faire passer parce que les mamans soit elles-mêmes ont
eu une enfance difficile donc elles partent du principe qu'
elle ne veulent pas
dire non à leur enfant. On retrouve ça au niveau de dormir. Les mamans
qui sont seules en particulier couchent souvent avec leur bébé. Au début, ce
n'est pas forcément gênant, si elles allaitent ou si il y a un biberon la nuit
mais alors en grandissant ça pose problème et aussi quand le copain vient
le week-end, le petit ne veut pas aller dans son lit.
M : Et puis, il y a toujours le problème de la solitude donc ce n'
est pas que
pour l'
enfant mais pour elle aussi. On sent bien que ce n' est pas forcément
l'
enfant qui réclame d' être avec la maman. On a ça pour le sommeil et pour
la séparation après quand on leur conseille d' essayer de prendre de la
distance entre eux deux, de mettre l' enfant à la halte garderie par exemple,
c'est très difficile. Il y a beaucoup de mamans qui disent ' oh non, il va
pleurer'. En fait non. C'
est beaucoup plus fréquent quand les mères sont
seules.
Quoi qu'il en soit, la relation mère-enfant est souvent “ trop ” ou “ pas assez ”
souple. L'absence (supposée) du père expliquerait dans le même temps un repli de la
mère sur son enfant (d'où la notion “ d'isolement ” qui serait à la fois cause et effet de
cette relation exclusive - nous développerons ce point en abordant l'insertion sociale) et
un déficit d'éducation allant du manque de contraintes à l'abandon (“ l'enfant est livré à
lui-même ”).
M : Le rythme de l'
enfant n'
est pas toujours respecté.
P : Ça veut dire que ce sont des enfants à qui les limites sont peu intégrées.
Ce sont des enfants qui ont souvent des perturbations du rythme du sommeil
et des troubles alimentaires, c'
est-à-dire des enfants qui n' ont pas d'heures
pour manger, qui grignotent et qui, du coup, au moment des repas ne
mangent pas. Des enfants qui, la nuit, réveillent leurs parents, donc à qui on
donne un biberon, donc le lendemain matin il n' a pas faim et on re-rentre
dans cet engrenage, il n' a pas faim, il est fatigué, donc au repas suivant il
est fatigué, il ne mange pas, etc. Et hop, on est dans l'
engrenage. (P.M.I.)
Paradoxalement, quand la mère exerce son autorité, elle le fait à mauvais escient
ou pour “ se rassurer ” elle-même. C'est-à-dire que les faits qui pourraient contredire la
théorie précédemment énoncée ne viennent pas l'invalider ou la nuancer mais sont
interprétés de telle sorte qu'ils la renforcent.
Que l'enfant soit livré à lui-même ou surprotégé, il n'en est pas moins
“ perturbé ”. Ce qui est étonnant dans les analyses que fournissent les professionnels
(qui partagent ce point de vue) c'est qu'aucune référence n'est faite à l'entourage de la
mère ni sa famille proche, ni ses amis ou voisins, ni l'école, la crèche ou autres agents
socialisateurs. Tout se passerait comme si la mère était elle-même déliée de toutes
contraintes (“ elle a choisi un autre mode de vie ”) internes (sa propre socialisation) ou
externes (relations et pressions sociales).
Je m'
interroge peut-être sur le côté un peu laisser faire. C'
est-à-dire un délit
plus ou moins apparent. L' apport affectif est là mais l'apport à l'éducatif,
c'est-à-dire, devant la priorité d'avoir la sécurité pour l'
enfant, le fait par
exemple d' emmener les gamins en boîte ou les laisser et se dire ' tiens, je
vais aller me promener avec ma copine et laisser mes gamins dans
l'
appartement' . C'
est vrai qu' à la limite quand les parents sont en couple,
même si le père est alcoolisé, etc., il y a quand même une présence qui est
là. Alors que dans une situation de monoparentalité, la personne est seule et
peut-être que finalement les enfants sont peut-être beaucoup plus facilement
livrés à eux-mêmes. (ASE, éducatrice)
Il n'
y a pas de différences au niveau des enfants. [Plus loin] Ils sont moins
obéissants, je dirais, oui. Je pense qu'ils jouent beaucoup de ça. C' est vrai
moi j'imagine une personne qui est toute seule avec son enfant. Elle peut
pas passer le temps à se fâcher. Et elle peut pas passer le relais à quelqu'un
d'autre, à son mari, elle peut pas passer le relais. Donc, moi je pense qu'
au
niveau de l'autorité, ça joue. Je vois on a une maman qui peut dire dix fois
la même chose à sa fille, mais ça n' amène à rien parce que, de toute façon,
la gamine elle sait bien qu'elle va continuer à le faire et puis elle continue à
le faire. Et à chaque fois c'
est : '
je vais me fâcher, je vais me fâcher'mais on
se fâche jamais. Et je pense que les enfants savent jouer par rapport à ça.
(Crèche, éducatrice)
L'enfant en FMP, à qui les limites n'ont pas été imposées, serait moins obéissant,
plus agressif et devenu adolescent retournerait parfois sa violence contre sa mère. Il n'y
aurait qu'un pas entre la notion d'enfance en danger et celle de parent en danger.
Moi je trouve que souvent ces gamins sont quand même un peu perturbés au
niveau du comportement. Ils sont plus agressifs, ils cherchent leurs repères,
je pense. (C.S.F. - Confédération Syndicale des Familles -, Mme)
On avait à l'
occasion de notre activité de médiation familiale pas mal de
femmes seules qui appelaient et qui sont confrontées à la violence de leurs
enfants devenus ados ou jeunes adultes et nous on n' a pas de réponse, on
réoriente mais on sentait de la détresse et on sentait que si on n' était pas
persuasif en disant c'
est là où il faut vous adresser pour que vous puissiez
être écoutée, entendue et éventuellement aidée. On se disait entre le coup de
téléphone à l'UDAF et le coup de téléphone à la structure, on n'
était pas sûr
que ça puisse aboutir. Et donc, il y avait comme ça plein de concordances
qui faisaient qu'
on disait on a le devoir de travailler sur ce thème là [les
FMP]. (UDAF, dir)
Notre objectif n'est pas de minorer les éventuelles difficultés rencontrées dans
les familles monoparentales mais, ainsi que l'ont souligné différents professionnels,
tenter d'aller au-delà de l'explication simplificatrice qui voudrait que la forme familiale
seule soit la cause de ces “ agressions ”. Il est bien plus probable que, d'une part, divers
facteurs sont à prendre en compte et, d'autre part, que les moyens utilisés pour détecter
et mesurer ces “ dysfonctionnements ” sont à reconsidérer. Nous examinerons plus en
détail ces deux points (analyse multifactorielle et question méthodologique) en abordant
le thème de l'enfance en danger, exemplaire selon nous, de possibles abus
d'interprétation.
Et sur l'
autre point, est-ce qu'
on les connaît après en terme de difficultés
pour ne pas dire de troubles, moi je suis embêté parce que je ne regarde
jamais si c'
est une FMP. Ce que je sais c'
est que la plupart de nos troubles
lourds sont dus à des ménages “ normaux ”, constitués d' un monsieur,
d'
une dame et d' enfants dans lesquels il y a une perte de contrôle. Le
monsieur qui boit ou la dame ou les deux. Ou alors les enfants sont plus ou
moins excités à 14 ans et autre. Mais, il n'
y a pas de raison particulière de
faire une strate FMP. Je dirais qu'en définitive, ils sont peut-être fragiles
dans leur dispositif économique mais après, je ne les identifie pas comme
des fauteurs de troubles particuliers ou à difficulté de comportement. Je
pense qu'ils ont peut être plus de soucis eux-mêmes intrinsèquement que
extrinsèquement. (OPHLM - Dir)
Nous on traite les plaintes les plus difficiles qui remontent des agences. On
a regardé, on n' a pas plus de FMP que d' autres situations, ce n'
est pas un
critère discriminant pour nous. Sur des problèmes de délinquance juvénile,
de dégradation des parties communes, de regroupement de jeunes et
autres... On constate qu'il y en a mais on retrouve aussi des couples avec
des parents qui travaillent. Il y a aussi des parents qui sont là les deux et
qui n'
ont plus l'
autorité parentale par rapport à leurs enfants. Il y a des
gamins en plein dérapage et les parents ne contrôlent pas. Ils ne leur
demandent pas pourquoi ils rentrent à six heures du matin et où ils étaient.
(OPAC, dir)
3 - L'enfance en danger
Nous souhaitons mettre l'accent, pour cette partie, sur les “ erreurs
méthodologiques ” qui peuvent éventuellement accompagner les analyses sur la
monoparentalité. Il ne s'agit pas pour autant d'affirmer que les propos tenus par les
professionnels sont systématiquement dénués de toute vraisemblance. Il est probable
qu'il y ait des enfants “ en danger ” dans les familles monoparentales (comme dans
toutes les familles) mais les outils utilisés pour “ prouver ” que cette forme familiale est
plus “ pathogène ” et productrice de dangers que les autres nous semblent devoir être
relativisés.
Pour les autres, la certitude est inverse mais les arguments utilisés diffèrent. Ils
font, soit appel à des expériences et des observations professionnelles, soit à une
expérience personnelle. Dans ce cas le souci des interviewés est plus lié à une auto-
légitimité et une volonté de déstigmatiser une catégorie à laquelle ils ont appartenu (ou
à laquelle ils appartiennent encore).
Ça c'
est faux que les enfants sont plus en risque dans les FMP ! Là, je
m'insurge contre ça. Ça ne veut absolument rien dire. Moi j' ai élevé mes
enfants et encore à l'heure d'aujourd' hui il y a des choses que je ne laisse
pas passer et que je n'ai pas laissé passer et puis c'est tout. Faut peut-être
aussi avoir une force de caractère, c'
est possible. (Travailleuse familiale)
Nous n' avons pas de statistiques sur la situation familiale des enfants
placés. Mais ce sont peut-être des éléments d'
information que l'on pourrait
avoir. Les tribunaux pour enfants n' ont jamais pu établir de statistiques
fiables parce qu'
on n'avait pas de matériel informatique qui le permettait8.
(juge des enfants)
7 Selon une brochure éditée par le Conseil Général d'Ille et Vilaine (Enfants en danger - Guide pratique
du signalement, 1999, 96 p.) reprenant les propositions de l'ODAS (Observatoire national De l'Action
Sociale décentralisée), les enfants en danger sont définis comme "l'ensemble des enfants en risque et
maltraités. [L'enfant en risque] est un enfant qui connaît des conditions d'existence risquant de mettre en
danger sa santé, sa sécurité, sa moralité, son éducation ou son entretien, mais qui n'a pas été pour autant
maltraité. [L'enfant maltraité] est un enfant victime de violences physiques, d'abus sexuels, d'actes de
cruauté mentale, de négligences lourdes ayant des conséquences graves sur son développement physique
ou psychologique." p. 6
8 Cette précision est confirmée par M. Manciaux, M. Gabel, D. Girodet, C. Mignot, M. Rouyer : "Dans
l'état actuel des connaissances, personne en France, ni pouvoirs publics, ni chercheurs, ni professionnels,
ni associations, ne peut avancer une estimation nationale plausible de la maltraitance ; les services du
ministère de la Justice ne sont pas en état de mesurer le nombre de signalements directs au procureur de
la République pour faits de mauvais traitements. Seuls sont connus aujourd'hui les signalements pour
mauvais traitement, effectués à l'ASE dans le cadre de ses missions. C'est-à-dire que, en 1997, les seules
données fiables recueillies par l'ODAS sont celles des services des conseils généraux et qu'elles ne
fournissent néanmoins qu'une vue partielle de la situation." (in, Enfances en danger, Paris : Éditions
Fleurus, 1997, p. 176).
- La prévention, l'accompagnement
Je pense qu'
il y a quand même aussi plus de signalements et sans doute des
équipes beaucoup plus sensibilisées, beaucoup mieux formées. Donc qui
sont beaucoup plus attentives et qui vont peut-être intervenir plus
précocement qu' elles ne l'auraient fait autrefois. Ce qui est une bonne
chose. Si on regarde les statistiques du département, globalement, mais
c'est vrai aussi sur le plan national, ce sont surtout les enfants en risques
qui augmentent. Donc c' est pour ça que j'
ai tendance à dire que c'
est quand
même bien une sensibilisation des équipes. C' est une évolution des
pratiques, aussi. (P.M.I., dir)
9 Sur les critères utilisés pour justifier la crise de la famille et leur pertinence relative, nous renvoyons à
l'étude documentaire, V. Vasseur, op. cit. , pp. 10-16.
Je crois qu'
à partir du moment où, effectivement, on n'
est pas en capacité
d'offrir à toute la population un service identique, il faut essayer de
recentrer nos interventions auprès des familles qui sont susceptibles d'
en
10 Nous avons rencontré la même difficulté lors d'une enquête sur la question du racisme. De nombreux
jeunes d'origine étrangère s'étant plaint d'être systématiquement suivis par les vigiles, nous en avons
demandé les raisons aux vigiles et directeurs de magasin. La raison est, en effet, très simple : les "noirs"
et "arabes" sont ceux qui volent le plus donc on ne surveille quasiment qu'eux...
11 Nous sommes conscient du fait qu'il paraît difficile de la préciser davantage pour l'enfance en danger.
Cependant, mais sans avoir fait plus de recherche sur cette question, il nous paraît périlleux de vouloir
associer sous ce même titre l'enfance en risque et l'enfance maltraitée le premier pouvant, notamment,
faire référence à un environnement précaire (un logement insalubre par exemple) plus qu'à une
quelconque malveillance des parents.
tiers seraient encore “ très frileux ” dans ce domaine. Si bien que ceux-là mêmes qui
sont en contact avec l'intégralité de la population (comme l'éducation nationale) sont
aussi ceux qui interviennent le moins12.
12 La question de l'anonymat des signalements et celle de l'information sur les différentes procédures
seraient probablement à examiner pour tenter de comprendre cette frilosité.
13 Nous ne voulons pas signifier que les autres familles sont entièrement "invisibles" mais elles sont
proportionnellement moins examinées.
traités comme tels - que les autres. Les jeunes arrêtés pour vagabondage ou vol simple
étaient ainsi généralement 'remis à leur famille', surtout s'il s'agissait d'un premier délit
et si l'on jugeait qu'ils avaient agi 'sans discernement' ; cependant, quand la famille était
'dissociée', on estimait très souvent que cette situation la rendait incapable de 'corriger'
l'enfant et qu'il fallait profiter d'un premier délit mineur de celui-ci pour tenter de le
'redresser' en l'envoyant dans un établissement correctionnel. Quelle que soit la
délinquance réelle des uns et des autres, il était donc normal de trouver dans ces
établissements beaucoup plus d'enfants de familles 'dissociées' que d'enfants de familles
'complètes', les taux élevés de dissociation familiale parmi les populations de jeunes
délinquants reflétant avant tout la différence de pratiques d'étiquetage et de traitement
pénal et social des jeunes selon leur situation familiale. ”14 Cette analyse semble
toujours actuelle et transférable à la notion d'enfance en danger ainsi que le suggère un
juge pour enfants :
Pour être plus complet sur cette question il nous aurait également fallu
approfondir les suites données à ces signalements (classement, AEMO, placement
judiciaire ou administratif) et la manière dont elles sont hiérarchisées15 mais ces
investigations auraient dépassé le cadre de cette étude. Nous nous sommes par contre
intéressée à la cessation des placements (qu'ils soient judiciaires ou administratifs).
Puisque certains d'entre eux étaient motivés ou révélés par la monoparentalité, la re-
cohabitation pouvait-elle y mettre fin ?
J'
ai remarqué par rapport à quelques situations, que finalement pour sortir
de leur situation, les femmes ont l' impression qu' il faut trouver un mec. Et
elles ont l'impression qu' elles arriveront à récupérer leur gamin que lorsque
finalement elles ne seront plus en situation de monoparentalité, comme si
tout était..., la raison, quoi. Moi je l'
ai entendu. Et de fait je le vois. (ASE,
éducatrice)
Pour les professionnels, les choses ne sont pas si simples (même si elles
pouvaient l'être au début du placement). Mis à part le fait qu'il faille que l'enfant ait
retrouvé un équilibre, ce qui semble aller de soi, il est nécessaire aussi que la santé
physique ou psychologique des parents le permette ainsi que l'environnement matériel
qu'ils proposent à l'enfant. Ce ne serait donc pas tant la monoparentalité qui serait en
cause que ce qu'elle est censée dévoiler en l'occurrence notamment la précarité et
l'instabilité psychologique. Mais ces deux “ qualités ” n'appartiennent pas en propre à
ces familles (la monoparentalité n'est pas l'arbre qui cache la forêt) et préexistent le plus
souvent à la dissociation familiale.
Ce qu' il y a c'est que, moi j'ai envie de dire que dans les couples qu'
on a,
c'est pas des familles monoparentales, mais la place du père, à part deux ou
trois, le père il est aussi absent du couple. Bien que physiquement présent, il
peut être aussi absent. Donc, à la limite, on retrouve les mêmes choses.
C'est une absence morale, éducative. Ou c' est un père qui est complètement
dans l'alcoolisme ou dans le... Donc les femmes se retrouvent en situation
de monoparentalité parce qu' elles assument seules souvent, et en plus elles
ont un mec à charge. Quelquefois c'
est peut-être encore pire. (ASE,
éducatrice)
Nous ne ferons dans cette partie que présenter les propositions formulées par les
professionnels rencontrés et valables pour l'ensemble des familles. Toutefois, nous ne
pouvons que souscrire aux préconisations qui :
- vont dans le sens d'une indifférenciation des publics et d'un élargissement de la
prévention à tous les milieux sociaux ;
- renforcent l'aide à la parentalité, envisagée non comme une sanction mais comme un
service (dé-stigmatisation).
- Préférer les mesures AEMO, les travailleuses familiales (assouplir la prise en charge
des travailleuses familiales et réfléchir à la “ sélection ” des familles) et les placements
administratifs ;
S'il n'
y a personne dans l'entourage pour aider la maman, on peut orienter
vers une travailleuse familiale. Elle peut venir 3 fois quatre heures par
semaine. On informe aussi sur les différents services liés à la petite enfance
sur le quartier. C'
est notre travail aussi. Les services de garde commencent
aux trois mois de l'enfant. Il y a la halte garderie pour les femmes qui ne
travaillent pas. On peut aussi organiser parfois un accueil en famille
d'accueil, un week-end sur deux pour certaines mamans. Des accueils
provisoires. Quand la maman n' en peut plus. Mais là, ça ne passe pas par le
juge. C' est administratif. C'
est un contrat. C' est pareil pour les mamans
quand elles ont des hospitalisations. Quel que soit l' âge des enfants. C'est
quand les relais ne sont pas possibles dans le voisinage ou dans la famille.
Ça a un coût et ce n'est pas simple non plus. Quand on parle d'
accueil de la
DAS [Direction des Affaires Sociales], les copines, elles disent, "ils vont te
les garder". (P.M.I., Maurepas)
actuelle, qu'
ils sont en train de les relancer, c'
est une approche qui nous
paraît importante. Il y a aussi toutes les interventions à la P.M.I., les
travailleuses familiales qui font un boulot extraordinaire, qui évitent
certainement des mesures de placement, parce qu'
elles sont là. Tout ça c'
est
de la prévention. (Juge des enfants)
Plus ça va aller, plus on va aller dans des familles très lourdes, très
précarisées. D'
ailleurs la CAF reprochait à l'
association d'
avoir des heures
de plus en plus du Conseil Général. En plus la CAF est bien cadrée et on ne
peut pas dépasser, par exemple si vous avez un enfant qui a 14 ans et demi,
on ne peut plus aller vous aider. Donc qu' est-ce que font les assistantes
sociales ? Elles font une prévention. Donc ça passe en prévention. Donc
automatiquement, on est Conseil Général. Mais il y a aussi beaucoup de
familles qu'
on a besoin d' aider en prévention, qui ont besoin d' être
encadrées davantage. La CAF ne veut pas donner plus d'
heures qu'elle en a
donné l'année d' avant.
Et puis il y a des familles qu' on voit et qui n' ont pas besoin. Parce
qu'elles connaissent très bien le système, c' est comme partout. Il y a des
familles qui..., bon, la mère, faut le reconnaître, a un poil dans la main. Il
faut aussi voir les choses telles qu'elles sont. D'
ailleurs elles le disent sans
se gêner, quand elles ont des copines qui viennent à la maison ' tiens, j'
ai ma
femme de ménage aujourd' hui'. C'est aussi une facilité quand vous payez
2,30 francs de l'heure. Pourquoi aller se casser la tête à aller repasser une
pile de linge ou mettre sa maison propre. Elles y ont droit et donc elles en
profitent au maximum. Moi j' ai vu des familles, c' était des familles
bourgeoises qui, à la limite ils auraient pris une employée de maison, ça
aurait été exactement pareil. Mais comme eux ils y avaient droit, comme je
disais tout à l'
heure, on a le droit donc on prend. Des gens que le mari était
ingénieur ou des choses comme ça. (Travailleuse familiale)
La difficulté, c'
est de faire adhérer la famille au passage de relais. Parce
que souvent pour une famille, le signalement à l' aide sociale à l'
enfance, ça
veut dire '
ça y est la DDASS va me prendre mes enfants' . Alors que ça peut
être simplement pour conforter un certain nombre de mesures, peut-être
ajouter un éducateur, peut-être mettre un encadrement judiciaire qui va
obliger cette famille aussi à avoir des repères plus clairs par rapport à la
loi et par rapport à ses obligations vis à vis de ses enfants, sans que pour
autant il y ait des mesures draconiennes du type placement d' enfant.
Le placement d' enfant est rare. L' objectif c'est quand même bien
effectivement de permettre à l'
enfant de vivre dans son milieu d'
origine et de
mettre en place les mesures qui s'
imposent pour favoriser ça.
4 - Le retour du “ père ”
négocient les contraintes et libertés de chacun. Les modèles d'éducation semblent ainsi
moins prégnants même si toujours existants (ce que d'aucuns auraient tendance à
oublier). Ces évolutions nous invitent à avoir une perception dynamique de la famille
(elle passe par plusieurs phases, dont la monoparentalité) et à ne plus assimiler une
famille à un ménage (la parentalité peut s'exercer en dehors d'un foyer commun). Les
réflexions des professionnels illustrent ces hésitations entre un modèle où la famille,
quand elle ne repose plus sur le couple, doit se maintenir, pour les uns, par le biais de la
filiation biologique (le parent est le géniteur) et, pour les autres, par le biais de la
filiation domestique (ensemble des personnes qui vivent sous le même toit quel que soit
le lien biologique). Elles illustrent également la difficulté à penser la parenté comme
plurielle et à maintenir une place au parent géniteur tout en reconnaissant le “ parent
social ” (notamment par le fait de le nommer et de l'inscrire dans la généalogie). Les
extraits d'entretiens suivants exemplifient ces différentes tendances en même temps
qu'ils proposent des “ solutions ”.
Ce qu'
on a comme discours par rapport à la place du père, c'
est que
l'
enfant a un père comme il a une mère et que l'
important c'
est de pouvoir
en parler à l'enfant. Qu'
il sache qu'il a un papa et qu' on donne une
explication la plus exacte possible sur la place de son père. Parce que
l'
enfant en crèche, il voit le père et la mère des autres enfants, donc l'
enfant
va être amené à parler de son père, ' et mon papa à moi ?' ... C'
est pas
majoritaire, mais on a des cas..., les cas lourds, c'
est ces cas-là. Vous savez
quand on raye sur un dossier administratif, comme on voit des choses
comme ça, vous vous dites attention, hein, c' est pas du tout évident que
l'
enfant retrouve ses racines, quand même. Il a besoin de connaître ses
origines. (Crèche, Dir)
Q : Est-ce que vous faites partie des personnes qui penseraient que de toute
façon famille monoparentale égale difficultés plus ou moins importantes
pour l'enfant ?
Ça dépend. Ce que je vous disais, ça dépend vraiment de la manière dont
cette mère va faire une place au père de l'
enfant. Non pas à son conjoint, à
son compagnon, mais vraiment au père de l' enfant... Après, bon, la fonction
masculine j'ai envie de dire ça peut être aussi bien le grand-père qu'
un ami
qui peut l'
exercer. (P.M.I., dir)
- Le père symbolique
Oui, je pense que l'image masculine est importante pour l' enfant. Pas
forcément le père. C'
est important que dans le réseau, il y ait ces deux
représentations parentales. L' enfant, il en fait ce qu'
il veut. Mais il n'
y a pas
que ça. Il y a aussi, je crois la représentation que la mère peut donner de
l'
homme. Qu' elle arrive à faire la part des choses entre ce qu' elle a vécu
avec son compagnon et ce qui est du besoin de l' enfant (image de l' homme
ou image de la femme selon les cas). Il est important que le parent ne
disqualifie pas l'image de l'autre parent. Il faut faire la part des choses
'
moi, ça ne s'est pas passé très bien. Avec ton père on ne s'est pas trop bien
entendu mais ça ne veut pas dire que il n' y a pas d' égalité (?) paternelle
etc.'Tout en sachant que c' est compliqué pour l' enfant. Il va dire '
pourquoi
toi tu as fait comme ça. Moi, j' ai mes copains ils ont leur père et leur mère,
ça se passe bien...'Ça renvoie aussi sans doute à une culpabilité de l' enfant.
Qu' est ce qui s'est passé pour que ça m' arrive à moi aussi. Il y a la notion
de la puissance de la ' pensée magique'que vous connaissez bien. C' est de
ma faute si mon père est parti. (APASE, AS)
Pour que le père puisse pratiquer son rôle, de nombreux professionnels sont
revenus sur la garde conjointe et la manière de l'améliorer. Contrairement à une idée
fortement répandue (liée encore une fois à l'image de “ la femme qui a fait un enfant
toute seule ” ou à celle de la “ séparation conflit ” dans laquelle les enfants sont utilisés
comme moyen de pression et de chantage) la femme souhaite, le plus souvent que son
ex-conjoint prenne une part active à l'éducation des enfants (sauf, semble t-il, après qu'il
ait “ abandonné ” ses enfants pendant une période longue ou qu'il les ait brutalisés).
Différentes mesures ont donc été proposées pour aller plus loin que ce que propose
ordinairement la loi aujourd'hui, comme prendre en compte le nombre d'enfants du
parent non-gardien pour attribuer un logement HLM et revoir les allocations logement.
La FMP en tant que telle n' est pas un critère, pour nous, intéressant à
repérer... Par contre depuis qu'on s'est vu, j'
ai pensé à autre chose en
parlant avec des collègues, la FMP c' est aussi la personne seule... Enfin on
a beaucoup de difficultés et là je parle plus en problème d'impayés de loyers
d'hommes seuls qui vont prendre le logement. Ils sont seuls, ils ont leur
salaire, la pension alimentaire à verser à leur femme qui garde les enfants
mais ils sont obligés de prendre un type 3 ou 4 pour les avoir en garde. Et
donc, ils se retrouvent à payer un logement trop grand pour leurs moyens
financiers et là on a des impayés. (Aiguillon Construction, psychologue)
Toutes les dérives et les manques concernant l'éducation des enfants se trouveraient
renforcées par “ l'isolement ” des femmes.
Chapitre 2 :
Comme nous l'avons déjà signalé, l'absence du père (postulée le plus souvent)
est associée à l'absence de relations sociales pour la femme en FMP. Cette affirmation
tend à prouver, d'une part, que peu de contrôles sont exercés sur ces familles (d'où tous
les dangers qui pèsent sur elles et particulièrement sur les enfants) et que, d'autre part, la
priorité (parmi les actions sociales) doit être donnée à “ l'insertion sociale ” (l'insertion
professionnelle devenant secondaire). La catégorie de famille monoparentale sur
laquelle se focalisent ces discours est celle des femmes qui perçoivent l'API. Nous
aborderons successivement ces trois thèmes (isolement, API et insertion sociale) pour
ensuite faire le lien avec l'insertion professionnelle.
1 - L'isolement
Nous sommes partis du constat, ou des représentations, que tout était plus
difficile pour quelqu' un qui est seul avec des enfants. La garde est plus
difficile, l'
accès à l'
emploi est plus difficile, l'
isolement est plus grand avec
les difficultés qu'
on connaît actuellement au niveau économique. C'
était de
dire les familles monoparentales qu' est-ce qu'elles sont et de faire en sorte
de briser leur isolement. La monoparentalité c' est aussi le logement, les
loisirs, les modes de transport, les structures de garde. Les loisirs, ça paraît
mineur comme travail mais ça facilite l' insertion. Les solidarités familiales
sont extrêmement fortes et permettent à une famille par moment... C' est vrai
qu' une famille qui assume un jeune jusqu' à 25 ou 28 ans, heureusement que
la famille est là parce que sinon il y a beaucoup de jeunes qui basculeraient
dans l'exclusion beaucoup plus encore, idem avec les personnes âgées donc
on s' était dit quand on est seul avec des enfants, ça doit être encore plus
difficile, donc on a un devoir de travailler sur ce sujet là et de faire des
propositions pour faire en sorte que l'on puisse améliorer l'
ordinaire de ces
familles et qu' on les connaisse un peu mieux parce que c'
est vrai qu'elles ne
s'adressent pas spontanément à nous. (UDAF, dir)
Nous pensons, comme nous avons déjà pu l'indiquer, que ce lien effectué entre
la monoparentalité et l'isolement (outre le fait qu'il légitime l'intervention des
travailleurs sociaux, notamment) renvoie à l'amalgame réalisé entre FMP et API, cette
dernière catégorie englobant tous les préjugés concernant ces familles : l'isolement
(comme semblerait l'indiquer son appellation) mais aussi, la précarité, le jeune âge des
enfants et des femmes, leur immaturité, l'absence plus ou moins réelle du père,
“ l'assistanat ”, la monoparentalité choisie et la “ fraude ”.
2 - L'API
2. 1 - L'API et la fraude
La question pour laquelle le consensus est le plus parfait est celle de l'API et de
la fraude. Tous les professionnels (exceptées peut-être les assistantes sociales de la CAF
qui accueillent ces femmes au moment de l'ouverture des droits) ont tenu à faire
remarquer la “ présence d'hommes ”.
Ce n'
est pas véritablement notre domaine (allocations perçues
illégalement). 10 000 logements c' est un trop gros organisme pour se rendre
compte des situations. On est trop loin des gens. Par contre quand j' étais à
Fougères (2000 logements HLM), on voyait tout, on savait tout. Très
souvent les gens me disaient, cette dame là, c' est dégueulasse, elle sort d'
ici
elle a l'
API et il y a un monsieur qui l'attend dans la voiture. Dans ce cas là
on avait des indications de la CAF de demander à ce qu' il y ait un contrôle.
[...] Je pense qu'
il y a beaucoup de fraudes. Parce qu' on sait très bien qu' on
a très peu de chances de se faire prendre. Je pense en plus qu' il y a un
phénomène de contamination. J' en parle mais je suis incapable d' avancer la
moindre preuve tangible. Dans les immeubles où vous avez une
concentration de gens qui se ressemblent et qui communiquent entre eux et
qui se disent des trucs en disant 'tu devrais faire ça parce que moi je le fais
et de toute façon, il n'
y a pas de risque sauf de rembourser les sommes' , on y
va quoi. Moi, je pense que ça peut fonctionner comme ça. Il y a des gens qui
s'interdisent ce genre de choses mais il y en a d' autres qui vont le tester.
(OPHLM, Dir)
Enfin, vous me direz, c' est comme on veut. Elles se disent familles
monoparentales mais on sait bien qu' il y a quelqu'
un, il y a un homme, mais
bon, ne serait-ce que pour toucher l' API, elles se déclarent familles
monoparentales. Mais si si, sur Maurepas, il y en a énormément. [...] Elles
sont obligées d' assumer tout et elles sont pas toujours capables d' assumer
tout. C'
est difficile. Toutes celles qu'
on aide sur Maurepas, c' est des femmes
qui ne travaillent pas. C' est des femmes qui sont au foyer, qui restent là.
Qui, bien souvent, attendent que le..., c'
est peut-être méchant ce que je dis,
mais malheureusement on en a la preuve, attendent que l' enfant ait deux ans
et demi pour en avoir un autre, donc l' API...
Q : Et elles vous l'
ont dit elles-mêmes ?
Ces “ fraudes ” sont plus ou moins réprimées et peuvent traduire, selon les
interviewés, soit l'a-moralité, l'incivilité de ces femmes, soit une réponse (unique ?) à
une situation de précarité (elles agissent ainsi parce qu'elles n'ont pas le choix).
Afin de relativiser ces propos il nous faudrait revenir sur deux notions : les
critères de la fraude et le statut social de ces femmes.
16 P. Steck, "Prestations familiales : définir l'isolement", Droit social, N°3 MARS 1997.
Parmi celles qui sont parties avec le papier [stipulant les droits et devoirs
de l'
API], il y en a une, on ne peut pas appeler ça une vraie séparation. Elle
vivait chez ses parents avec son enfant et son copain était aussi chez ses
parents (à lui) mais il n'
y avait pas du tout de rupture entre les deux. Lui est
salarié. Donc ils avaient chacun une adresse et un domicile. La législation
de l'
API à vrai dire n'
interdit pas ça. Mais c'
est très ambigu. (CAF, Service
social, AS)
En tout cas ce qu'on a pu vérifier au travers des entretiens que l' on conduit,
c'est que la fraude, elle est quasi inexistante. Elle est dérisoire. En tout cas
les fraudes caractérisées. (Caf, service social, dir)
Je crois que les relations conjugales sont beaucoup plus complexes que ça
et qu'
on souhaitait pouvoir démontrer qu'
il y avait encore tout intérêt à
conserver la notion de communauté économique et de ne pas élargir notre
appréciation à tout ce qui touchait autour des relations familiales,
17 Cette suspicion renvoie également à la hiérarchie effectuée, à l'intérieur des familles monoparentales,
entre les différents statuts matrimoniaux. Les femmes percevant l'API seraient censées regrouper les
"maternités célibataires" (en relation avec l'âge des enfants) autrefois nommées les "filles-mères" pour
qui les représentations sociales semblent avoir peu évolué ainsi que le notait N. Lefaucheur : "Les
représentations dominantes de la dignité et de l'indignité féminines et le contenu donné au concept de
famille ont longtemps empêché d'embrasser dans un même regard la veuve éplorée, hissée par la douleur
et la chasteté supposées au sommet de la hiérarchie de la dignité féminine près de la religieuse, et la fille-
mère éhontée, disputant à la prostituée les derniers barreaux de l'échelle de l'indignité. [...] Qu'un même
terme puisse les désigner était à proprement parler impensable." in "Familles monoparentales : Les mots
pour le dire", pp. 206-207 (citée par Claude Martin, Les familles monoparentales, Évolution et traitement
social, Les éditions ESF, 1987, p. 45.)
La preuve ultime de la fraude, en matière d'API, serait illustrée par les femmes
qui continuent à avoir des enfants alors qu'elles perçoivent cette allocation. Elles
planifieraient dès les 2 ans 1/2 du dernier enfant (donc avant la rupture des droits) une
autre naissance afin de continuer à recevoir ce “ revenu ”. Le désir d'enfant, aussi
culpabilisante et infamante que cette “ stratégie ” puisse paraître, naîtrait du désir
d'allocations au point où certaines femmes (“ plus nombreuses qu'on ne le croit ”) “ en
seraient ” ainsi à leur quatrième, cinquième, sixième enfant...
Encore une fois, il nous semble hardi, en l'absence de données chiffrées
objectives, de véhiculer et généraliser ce type de message. De plus, que ces situations
puissent exister (API successives) ne signifie en rien qu'elles soient préméditées et
correspondent à une stratégie de la part de ces femmes. Deux femmes, parmi celles que
nous avons interviewées (cf. partie précédente), avaient pu percevoir l'API avant et
après la remise en couple (et une nouvelle naissance). Ces deux femmes (au même titre
que les autres interviewées d'ailleurs) avaient bien plus misé sur une pérennité de leur
nouvelle vie de couple que sur un partenaire devant accessoirement leur permettre de
prolonger leurs allocations. La question des API successives pose davantage les
questions du statut social de la femme et du marché de l'emploi que celle de la fraude et
des “ effets pervers ” (désincitation à l'emploi, désincitation au mariage) des allocations.
Le statut et la reconnaissance sociale de la femme continuent de reposer très
généralement sur ses rôles de mère et d'épouse (l'un sans l'autre n'étant pas tout à fait
“ normal ”). Quelques femmes ont construit leur “ carrière ” sur ce modèle parfois
d'autant plus rapidement qu'elles étaient contraintes et pressées par leur propre milieu
familial (leur préférant un avenir conjugal et parental plus certain qu'une intégration
professionnelle). La première désunion, comparée à l'investissement exclusif de ces
femmes, a le plus souvent eu des effets désastreux sur la construction de leur identité et
l'image qu'elles se sont faites d'elles-mêmes renforcée par la stigmatisation des tiers
(avec en première ligne, parfois, la famille proche)18 Il leur a donc fallu,
progressivement, se reforger une image positive (avec, éventuellement, l'aide de
psychologues19 ou de bénévoles associatifs - notamment par le biais des associations de
18 Quelques femmes ont raconté qu'elles ont dû subir, au moment de la séparation, les sarcasmes plus ou
moins explicites de leurs propres parents qui leur reprochaient de ne même pas pouvoir "être une bonne
épouse ou une bonne mère" (après n'avoir pas pu être une "bonne" élève ou un "bon" enfant).
19 Cf. Partie précédente.
2. 2 - Préconisations API
Et bien vous savez, en tout cas ce que disent mes collègues, c' est qu'elles
retrouvent une certaine forme de culpabilité très forte. Dans les services
prestations on peut avoir des réflexions du type '
de toute façon, elles vivent
de l'
API, elles sont tranquilles'
. En fait il y a quand même un sentiment de
culpabilité presque de honte, parfois chez les jeunes femmes, que d' être
dans ce statut de famille monoparentale qu' elles n'
ont pas forcément choisi
du tout. Les collègues le disent très fortement dans le constat qu'elles font
quand on en discute de manière informelle. C'
est très clair, particulièrement
en milieu rural. (CAF, service social, dir)
éclairer un peu les bénéficiaires de l'API sur le sens qu' avait la prestation à
la fois dans la relation qu'
elles allaient établir avec leur enfant, justement la
place qu' elles laissaient à l'
autre parent, et aussi quel type de lien elles
allaient établir avec la CAF dès lors que la CAF était l' institution qui allait
leur verser la ressource principale, au moins pendant une durée de trois
ans. Et notre intention, à ce moment-là, était de leur expliquer ce qu' était la
prestation d'
allocation de parent isolé, ce qu' elle offrait en termes de droits
mais aussi ce qu'elle avait comme obligations. Je dirais avec l' objectif d'
un
petit peu humaniser cette institution. (CAF, service social; dir)
On se dit qu'
au moment de l'
ouverture d'
API, c'
est un moment un petit peu
de bouleversement, quand même, de la vie familiale d' une personne, donc
on essaie de faire le tour avec elle de l'
ensemble des questions qui se posent
L'accent mis sur l'isolement des femmes et la fusion (maladive) avec l'enfant
encouragent les professionnels à envisager pour elles une “ insertion sociale ”. Il est
important qu'elles se créent des réseaux de relations, qu'elles participent à des activités
extérieures qu'elles se préoccupent davantage d'elles (notamment au niveau de la santé)
afin qu'elles acquièrent un meilleur équilibre, un bien-être dont les conséquences ne
pourraient être que bénéfiques pour l'enfant. L'idée implicite de ces recommandations
est qu'une femme ne peut totalement s'épanouir en s'occupant de ses enfants 24h sur 24.
Cette femme-là, c'était une gentille jeune femme, mais c'est vrai qu' elle a été
dépassée aussi. Parce que, trois petits comme ça, elle était complètement
submergée. Il y aurait eu besoin de temps qu' elle puisse sortir, le soir, par
exemple, en laissant ses jumeaux qui avaient quelques mois. En plus, elle en
avait un qui était vraiment malade, qui avait été à Paris faire une opération
du coeur. Et c'est vrai que cette femme-là, je l'
ai suivie très longtemps et je
lui tirais mon chapeau parce que c' est vrai que de rester enfermée dans un
appartement avec trois petits gamins, eh bien par moments, on a de quoi
péter les plombs, c'
est le moment de le dire. C' est vrai qu'
elle recevait
rarement quelqu'un et c' était assez dur pour elle de vivre cette solitude.
Parce que c'
est une solitude. (Travailleuse familiale)
Ces souhaits sont à mettre en relation avec les propositions du service social de
la CAF (suivi API) et ne peuvent être que bénéfiques aux femmes isolées (qu'elles
soient ou non en couple) qui ignorent ces services ou hésitent à les fréquenter de crainte
d'être jugées. Par contre il serait rapide et illusoire de les présenter comme la panacée
qu'il faudrait appliquer à toutes les femmes en FMP. L'isolement n'est pas, d'une part,
une caractéristique ni propre ni clef des familles monoparentales et, d'autre part,
“ l'insertion sociale ” ne peut être présentée par défaut, faute de mieux, c'est-à-dire sans
avoir tenté une insertion professionnelle.
Moi je suis très inquiète. Je sens une tendance très forte au retour des
femmes au foyer. C' est pas possible qu'
on laisse faire ces choses-là. [...]
Dans la fonction publique et notamment à la ville de Rennes, on a des
avantages exceptionnels et moi je pense à ces femmes qui travaillent dans
des petites entreprises et je me dis qu'
il faut aussi qu'
on pense à elles.
Quand on met des réunions toujours à 18h30-19 heures, une femme qui est
seule, elle a quand même du mal à laisser ses enfants. Et c'
est vrai qu'
on ne
fait pratiquement plus de réunions le samedi après-midi. Nos équipements
de quartier sont pour la plupart fermés le samedi après-midi. (service
culturel Ville de Rennes)
Qu'il y ait des priorités et que l'insertion sociale soit envisagée comme la
première phase d'une insertion professionnelle peut s'entendre mais il n'est pas
souhaitable que ces femmes soient, ipso facto, renvoyées à leur foyer sous prétexte que
le marché de l'emploi est saturé ou qu'il n'offre que des emplois précarisés, dénués de
tout intérêt.
L'
insertion professionnelle, c'est important mais pas forcément prioritaire.
Est-ce que l'
activité professionnelle est indispensable ? Pas forcément. Je
pense que souvent, la priorité ne va pas à l'emploi. C'est plutôt le logement,
la santé, c' est des problèmes, parfois, d'
ordre juridique ou autres, qui font,
en fait, effectivement, que l'
emploi n'est pas forcément ce qui est prioritaire.
Il peut y avoir insertion sociale sans activité professionnelle. Et bien
souvent d'ailleurs, au contact un petit peu des travailleurs sociaux, ou des
gens du CDAS ou autres, il s' avère que bien souvent en tout cas pour les
plus défavorisés, il faut faire face à autre chose qu'
à la recherche d'emploi.
(UDAF, Dir)
Chapitre 3 :
Bien que la précarité ne concerne pas la totalité (ni même la majorité) des
familles monoparentales - contrairement aux représentations - , elle reste un problème
préoccupant sachant que 17% de ces familles vivent sous le seuil de pauvreté (il semble
d'ailleurs que cette proportion aille en s'accroissant). Les facteurs qui pourraient
expliquer cet appauvrissement seraient :
- l'insuffisance des ressources propres de ces familles (dont les revenus dépendent
d'allocations) et leur faible insertion sur le marché du travail ;
- et (ce qui peut aller de pair) une solidarité publique défectueuse notamment en ce qui
concerne la prise en charge des enfants (en l'occurrence des modes de garde insuffisants
ou inappropriés).
Cette question de la précarité renvoie donc à la situation des femmes sur le
marché du travail et à la manière dont elle est favorisée ou au contraire freinée. De telle
sorte que les difficultés attribuées aux femmes monoparents (et qui selon quelques
interlocuteurs leur incombent en partie, ce qui est particulièrement lisible à travers
l'interprétation de l'API et des “ grossesses successives ”) ne peuvent trouver de
solutions ou de pistes d'actions sans une réflexion plus générale sur la place des
hommes et des femmes dans notre société.
La question principale des professionnels rencontrés est : doit-on “ assister ” les
femmes monoparents ou doit-on faire en sorte de les autonomiser ? Sont alors mises en
concurrence la valeur travail (qui permet de ne pas être dépendant des allocations) et la
valeur responsabilité maternelle (une femme seule peut-elle être une “ bonne ” mère
quand elle travaille ?).
Des actions ont été entreprises afin de faciliter l'accès au travail pour les publics
précarisés mais il semble qu'elles soient menées sur un trop court terme (elles ne
permettent pas de mettre en place une formation qualifiante et la sortie des emplois
précaires) et soient soumises à des modes de contrôle (estimer la “ réussite ” de ces
actions) par trop restrictifs (proportion de personnes ayant obtenu un contrat de travail
quelle que soit sa forme).
Penser l'insertion professionnelle comme un objectif à atteindre (plutôt qu'un
retour au foyer “ choisi ” par défaut), envisager des actions de formations sur le long
terme (éventuellement le temps de l'API) et faciliter la garde des enfants (gratuité et
extension des services) sont des propositions envisagées par quelques professionnels.
Concernant la garde des enfants, les dispositifs existants, même s'ils peuvent
paraître insuffisants, sont de plus mal connus malgré les efforts des professionnels
(notamment les loisirs proposés hors des temps scolaires). Améliorer l'information (cela
concerne également les services de la P.M.I.) serait également une action à entreprendre
(en s'appuyant notamment sur un réseau de professionnels en contact avec ces familles).
Enfin, nous élargirons la question de la garde des enfants aux femmes qui ne
“ travaillent ” pas (qui n'occupent pas un emploi salarié), pour qui la conciliation vie
familiale / vie personnelle est aussi un problème.
1 - Précarité
Q : Mais toutes les familles monoparentales ne sont pas dans des situations
précaires ?
Non. Non, non, pas du tout. On a des situations tout à fait confortables.
Alors confortables sur le plan matériel. Après, sur le plan charges,
responsabilités, comment dirais-je, pressions sur le parent qui assure la
Nous examinerons donc, dans les deux chapitres suivants, la situation des
femmes en FMP qui perçoivent des minima sociaux et tentent une (ré)insertion sur le
marché du travail. Nous tenterons d'analyser les freins ou difficultés auxquelles elles
doivent faire face (du point de vue des professionnels) et verrons, avant d'envisager des
21 Ils n'ont pas tous la même réflexion (alors qu'ils accueillent approximativement la même "clientèle") ce
qui prouverait que leurs analyses ne dépendent pas (ou pas seulement) des observations de terrain.
préconisations, dans quelle mesure cette analyse peut être appliquée à l'ensemble des
femmes.
J'
ai surtout connu plutôt des femmes, à la limite en API, qui arrivent au
RMI après. C' est plutôt comme ça que ça se passe, finalement. Elles
arrivent au bout de l'
année ou des trois ans et puis elles arrivent au RMI.
Donc c' est des gens qui sont souvent depuis longtemps dans les minima
sociaux, en fait, et qui y restent quand même longtemps. Et des fois elles
partent [du dispositif RMI] parce qu' elles sont en API. Là je pense à une
jeune femme qui est seule, elle n' est plus dans le dispositif parce qu'elle est
en API, mais je suppose qu' elle reviendra un jour ou l' autre dans le
dispositif RMI, à moins qu' elle trouve du travail. Mais en même temps, les
problèmes des femmes qui sont au RMI qui se retrouvent en API, elles
restent à la maison en fait, elles s'
occupent de leur enfant et puis le temps
passe et après les difficultés d' insertion professionnelle sont là. (CCAS,
animatrice d'
insertion)
Pour éviter ces aller et retour entre minima sociaux et tenter d'en extraire les
femmes qui s'y enlisent, plusieurs mesures ont été entreprises et notamment “ les
mesures d'intéressement ” dont l'objectif est d'encourager les allocataires à reprendre un
emploi en cumulant pendant un temps un salaire et une partie des allocations.
Depuis janvier 99, comme pour le RMI, il y a une mesure d' intéressement,
donc on prend 50% des revenus pendant 4 trimestres. Le premier trimestre,
c'est cumulé et après pendant 4 trimestres, on prend 50% des revenus. On
divise les revenus par deux et on donne le complément API. Ce qu' on fait
aussi c'
est que si elles cessent leurs activités, on neutralise aussi les revenus
du trimestre. Alors qu' avant, il fallait attendre un trimestre de plus. Pour
l'
instant, il n'
y a que ça, il n'
y a pas eu l'insertion comme au RMI. C' est vrai
que s'il y avait un contrat d' insertion, il y aurait moins de bénéficiaires...
(CCAS, animatrice d'
insertion RMI)
Nous ignorons les répercussions de ces initiatives mais il semble évident qu'elles
ne peuvent à elles seules pallier toutes les difficultés rencontrées lors d'une reprise
d'emploi. L'effet “ désincitatif ” de l'API estimé à partir d'un calcul gain/perte de
revenus est insuffisant à expliquer le retrait prolongé du marché du travail. Nous allons
donc tenter avec les professionnels de l'insertion professionnelle (en l'occurrence du
service RMI et ASFAD) d'identifier les principales difficultés rencontrées et, le cas
échéant, les manières d'y remédier.
“ L'idéal ” pour ces professionnels serait qu'à l'issue d'un stage, d'une formation,
d'une remise à niveau (parfois envisagée avec un emploi CES), les allocataires puissent
retrouver un emploi stable.
L'inconvénient est que ces formations ou ces emplois précaires (du type CES)
débouchent le plus souvent sur d'autres contrats précaires alors qu'ils étaient
initialement conçus comme une première étape vers de “ vrais ” emplois (qualifiés, à
plein temps et à plus long terme notamment). Les “ bénéficiaires ” entrent ainsi dans la
spirale “ des emplois précaires ” et alternent période d'activité et de RMI sans que les
expériences acquises ne puissent progressivement amener une amélioration de leurs
conditions. Ainsi, contrairement à une idée, là aussi, fortement répandue, ces personnes
sont très rarement sans activité. Elles finissent un contrat (à durée courte, deux ans au
maximum dans le cas d'un CES) et se retrouvent dans le dispositif RMI avant d'en
retrouver un autre qui sera aussi peu qualifié.
Les femmes (en monoparentalité) ne font pas rien ou elles font des CES.
Mais les CES, elles peuvent pas en faire toute leur vie non plus. La plupart
des femmes que j' ai, seules avec des enfants, j'
en ai aucune qui ne fait rien.
Ou qui peut être en attente d'autre chose mais qui, à un certain moment, ou
a fait un CES ou un stage de remise à niveau ou des heures de travail. J' en
ai aucune qui ne fait rien, rien du tout ou qui reste à la maison élever ses
enfants. Faut dire que nous, on les incite aussi, le RMI c' est pas une
allocation mensuelle, le but est quand même de s' insérer
professionnellement. [...] Beaucoup de femmes, elles font des contrats..., des
CES ou des contrats précaires à mi-temps, enfin à temps partiel en tous les
cas . Donc sur des postes pas qualifiés. C'est ça en fait. Nous, les femmes
qu'on a, seules avec enfants, c'est vrai qu'
elles restent des années dans le
dispositif, on peut pas dire qu'
elles font rien. A certains moments elles font
des CES, après elles se retrouvent au chômage, mais elles ne sortent pas du
dispositif parce que leurs ressources ne leur permettent pas. (RMI)
3. 1 - Qualification et formation
Les femmes accueillies dans le dispositif RMI qui auraient les plus grandes
difficultés d'insertion seraient aussi les moins diplômées ou qualifiées. Elles auraient
quitté le milieu familial et scolaire jeunes et auraient pratiqué des “ petits boulots ”.
Elles ne se projetteraient pas dans l'avenir (au moins au niveau professionnel) en se
préparant une carrière faite de plusieurs étapes, objectifs qu'il faudrait atteindre
progressivement. Elles sembleraient relativement désabusées ; les tentatives de
formation ou d'amélioration de leur condition ayant le plus souvent échoué.
Ce sont des femmes qui n' ont pas beaucoup de qualifications, donc elles se
retrouvent sur des postes à temps partiel, ménage, des choses comme ça,
vous voyez. Et puis elles ne sont pas qualifiées donc elles ne peuvent pas
prétendre à des postes plus intéressants. Donc avec, après, les problèmes
que ça pose pour trouver du travail, parce que comme elles sont pas
qualifiées c'est faire caissière, vendeuse, femme de ménage. Donc sur des
postes souvent avec des horaires décalés. Elles n' ont pas de moyens de
transport le plus souvent. Et du coup prendre un emploi, c'
est difficile. Si ce
n'
est des CES, qui sont quand même avec des horaires plus compatibles
avec elles. (RMI)
Celles qu'
on voit ont un niveau de formation très bas. Donc déjà le contexte
de l'
emploi est difficile, donc s'
il n'
y a personne qui les guide un peu pour
des remises à niveau par exemple… (APASE, AS)
Ça dépend du niveau de ces femmes-là. Parce que j' ai quelques femmes qui
sont quand même en grande..., qui ont un tout petit niveau d'études. Donc la
formation qualifiante, ça ne les intéresse pas. Parce que ça leur fait peur,
ça les bloque..., rien que de penser à faire de la formation, ça les bloque,
elles n'ont pas... Par exemple, ça va être atteindre un CAP, pouvoir
prétendre à un emploi spécifique. Une formation dans le secrétariat, dans le
nettoyage industriel, vous voyez ? Donc qui donne un diplôme. Une
formation type AFPA aussi. [...] Le problème ce serait plutôt l'
accès à la
formation. Mais en même temps, accès à la formation, ça peut pas se
Des fois, il faut passer par la remise à niveau pour atteindre un certain
niveau pour pouvoir faire une formation qualifiante. Parce que tout le
monde ne peut pas le faire non plus d' emblée. Donc après, il y a aussi des
gens qui souhaitent travailler en CES, parce que les gens qui travaillent en
CES ont la possibilité de faire une formation complémentaire, puisqu'il y a
400 heures de formation prévues en complément du RMI. Donc ça c' est une
solution aussi qui n'
est pas mal, puisque ça permet de faire des modules, de
22 Elle peut être le résultat, comme nous l'avons évoqué, d'un processus très long et ancien
d'infériorisation qui a pu commencer dès la petite enfance (avec les premiers résultats scolaires) et se
poursuivre en couple quand le conjoint reproche à sa femme "d'être bonne à rien et mauvaise en tout".
Ces dénigrements répétés ont d'ailleurs pu trouver "une preuve" de leur justesse (pour leurs auteurs mais
parfois aussi pour la femme elle-même) au moment de la séparation ("tu n'es même pas capable de garder
ton époux, etc.") cf. entretiens de Brigitte et Paulette notamment.
Une autre difficulté à laquelle se heurtent les professionnels est liée non plus aux
“ caractéristiques ” de ces femmes mais aux stages qui ne tiennent pas toujours compte
des impératifs des “ usagers ” ; en l'occurrence la garde des enfants et la compatibilité
des horaires avec les modes de garde habituels. Il est assez surprenant et édifiant de
constater que ces formations ne tiennent pas compte de ces paramètres sachant que les
femmes sont les premières concernées par les emplois précaires.
Les formations ne sont pas toujours adaptées. Les métiers vers lesquels
elles se dirigent posent parfois le problème de la garde des enfants. Et
parfois, l'
angoisse du travail est telle que... Elles ont une grande perte de
confiance en elles-mêmes. Il faut se rendre compte qu'
on a sur ces stages
des familles en très grande difficulté qui ne sont pas forcément
représentatives de l'
ensemble des FMP. [...] Les problèmes auxquels on
s'
est heurté c' est surtout les problèmes de garde pour les enfants. La
précarité fait aussi qu'
ils ont souvent peu de moyens de mobilité. Ce sont les
deux obstacles principaux. (ASFAD, insertion professionnelle)
Dans le service on suit les femmes qui sont hébergées à Brocéliande ou qui
sont dans des appartements à l' extérieur. Mais ce n'
est qu'
une petite partie
de notre public puisqu'on reçoit également pour les stages et les formations
que l'
on fait tout le public des personnes qui sont demandeurs d' emploi et
qui rencontrent des difficultés réelles à retrouver un emploi. Souvent ce sont
des personnes qui cumulent difficultés sociales, psychologiques et de
recherche d'emploi. On travaille beaucoup avec l' ANPE, avec la direction
23 Cette association regroupe un centre d'hébergement (CHRS) qui accueille les femmes victimes,
principalement, de violence conjugale (la résidence "Brocéliande"). Pendant leur séjour, "elles reçoivent
un accompagnement social avec des équipes d'éducateurs spécialisés, des AS, des CESF et des
psychologues. Il y a aussi une crèche qui accueille les enfants de ces femmes mais fonctionne également
pour les parents du quartier. Il y a aussi le service Dyade, depuis deux ans. C'est un service d'écoute mis à
la disposition du conjoint qui n'a pas la garde des enfants..." (ASFAD, Insertion professionnelle)
Il y a aussi la mesure ASI, Appui Social Individualisé. C'est une mesure qui
est financée essentiellement par la DDASS et le Conseil Général. Le but
c'est d'amener les gens à résoudre d'abord les difficultés qu' ils rencontrent
en amont, problème de logement, problèmes sociaux, problèmes
psychologiques, problème d'
alcool avant de faire des démarches pour l'
aide
à l'emploi. Le but c'est de les accompagner vers l' emploi mais en prenant en
compte toutes les difficultés qu' ils rencontrent. Là on a un public mixte, à la
fois hommes et femmes et puis des gens mariés, non mariés... Là, c' est très
divers.
Il y a aussi les ateliers qui sont pour le moment des ateliers de CHRS. Les
femmes qui sont hébergées au CHRS et au centre maternel peuvent avoir
une activité soit de couture, soit de lingerie, soit de nettoyage des locaux. Le
but c'
est de leur apprendre à reprendre un rythme de travail pour celles qui
l'
ont perdu, c' est une étape transitoire en fait. (ASFAD, insertion
professionnelle)
- Faire émerger un projet (de la demande à l'offre et non l'inverse), trouver sa voie
Ce qui paraît également intéressant, pour ce service, est sa souplesse puisque les
stagiaires, selon l'étape où ils en sont (à leur arrivée) peuvent intégrer tel ou tel module
plus ou moins en amont de la concrétisation du projet professionnel. Ainsi est conçu le
stage EPP (Éveil à un Projet Professionnel) dont l'objectif est de permettre au stagiaire
de découvrir des professions auxquelles il n'aurait pas forcément pensé. Le circuit se
fait donc de la demande (l'employé) à l'offre (l'employeur) et non l'inverse comme cela
se passe le plus souvent. Il est bien évident que tout stagiaire ne peut accéder à tout
emploi mais élargir ses horizons et choisir un métier autre que celui auquel on se
croyait astreint (femme de ménage, caissière) peut accroître le dynamisme et la
motivation du candidat pour concrétiser son projet.
On a souvent aussi des femmes qui ont un très bas niveau de qualification.
C'
est vraiment une constante. Du coup, ça entraîne d' autres difficultés.
Dans le choix des métiers, par exemple, elles se limitent souvent aux mêmes
métiers : agents de collectivité, nettoyage. Il y a peu d'
ouverture à d' autres
métiers potentiels. Il y a aussi une méconnaissance d' ailleurs souvent des
métiers. Ça fait donc partie de notre travail de leur faire découvrir d'
autres
métiers.
Il y a un stage qui s'appelle 'éveil au projet personnel et professionnel'
(EPP) qui est en cours actuellement (on en fait deux par an) et qui est
exclusivement féminin et on reçoit souvent des familles monoparentales,
c'
est dans ce stage qu'
on en a le plus. (ASFAD, insertion professionnelle)
- Sensibilisation, du concret
Après cette première sensibilisation, les stagiaires peuvent donc concrétiser leur
choix sans s'engager définitivement notamment dans le secteur des emplois familiaux
en effectuant un stage pré-qualifiant donnant accès au CAFAD (après une validation
d'acquis) avec un allégement de 120 heures.
Ces formations ne peuvent avoir des chances de réussir, selon les professionnels,
que dans la mesure où elles s'adressent à des petits groupes afin qu'un suivi
individualisé et régulier soit possible. Nous avons déjà noté le découragement de
certaines femmes, le peu de confiance qu'elles ont en elles-mêmes et leur difficulté à se
projeter sur du long terme.
Tout irait (presque) pour le mieux dans le meilleur des mondes de l'insertion
professionnelle si ce type de service fonctionnait réellement comme nous l'avons
présenté. Or sa mise en place et son efficacité peuvent être remises en question par les
Pour les femmes concernées par ces formations, la priorité est de trouver un
emploi et d'améliorer leurs revenus (le plus souvent limités au RMI). Il est donc
compréhensible que si la formation génère plus de difficultés qu'elle n'en résout, elles
abandonnent leur projet pour trouver plus rapidement un emploi, même précaire.
Les obstacles que doivent surmonter ces femmes sont prioritairement, comme
pour le service RMI, liés à la difficile conciliation vie familiale et vie professionnelle ;
la garde des enfants étant identifiée comme le problème (public ?) numéro 1 (pour
celles qui sont en formation comme pour celles qui travaillent) ainsi que le rappelle
l'ensemble des professionnels.
Je pense que la garde des enfants est un frein énorme pour l'
emploi. Et puis
même si on trouve une solution de garde... On me demande d'
évaluer, par
exemple le coût de la garde. Mais si c'
est une garde par exemple jusqu'
à 22
heures le soir, quand la jeune femme va se présenter éventuellement au
niveau du service social pour demander une aide financière, on lui dira
'
quel est l'
intérêt de l'
enfant là dedans ?'Donc moi je pense que ça c'est un
grand frein. Et que c'est vrai que la garde à domicile, c'
est coûteux et les
aides financières ne sont pas en conséquence. Alors que l' idéal, c'
est vrai
que ce serait sûrement de pouvoir faire garder son enfant chez soi. (Relais
assistantes maternelles)
Je crois que du point de vue matériel, il faut vraiment aider les femmes qui
sont prêtes à faire une démarche d' insertion professionnelle. Il faut
vraiment qu'il y ait quelque chose qui se fasse pour aider la prise en charge
de leur gamin. Tout de suite, c'
est le discours de la garde des enfants. Il faut
vraiment élargir le champ des possibilités. Une mère de famille qui travaille
en milieu hospitalier ou en travail posté, comment elle fait pour se
débrouiller ? Si elle arrive à 9 heures ou 10 heures du soir. Ou si elle part à
6 heures du matin. C' est vraiment très difficile. Donc là il y a sûrement des
améliorations à faire. (service éducation)
De longues discussions et de longs débats ont déjà eu lieu sur ce thème et nous
n'avons ni la prétention d'en faire un commentaire argumenté ni de proposer des
solutions définitives. Nous souhaiterions simplement, avec les professionnels, suggérer
24 Quelques professionnels ont également abordé le thème de la rémunération des formations. Accorder
un supplément de revenus pendant cette période pourrait encourager et motiver ces femmes à poursuivre
leur formation. A l'inverse, une seule motivation par l'argent pourrait désintéresser de la formation et faire
que les bénéficiaires passent d'un stage à l'autre sans réel projet d'insertion professionnelle. Ne disposant
que de peu d'éléments sur cette question, il nous est impossible d'en poursuivre les réflexions.
25 Il est vrai aussi, comme l'a suggéré un professionnel, que les enfants des femmes qui perçoivent l'API
sont plus souvent plus jeunes ce qui leur facilite l'accès à certains modes de garde et leur prise en charge.
API qu' elles disent, il faudra que je trouve du boulot, je vais essayer d' y
arriver. Mais, pour moi, c' est dans le vague. Je crois que c'
est vrai que pour
certaines on aurait pu commencer des démarches d' insertion avant. Le
labyrinthe de l'emploi, il n'
est pas simple non plus. Donc si elles ont un
référent qui peut leur dire quelles formations elles peuvent faire, quels
projets... Ça serait peut-être quelque chose de pas mal. (CAF, service
social, AS)
Les pistes envisagées par les professionnels nous semblent devoir être
approfondies (comment, pratiquement, mettre en place un tel partenariat ; les services
existants sont-ils en mesure de répondre à cette demande ; faut-il en créer d'autres ; avec
quels financements ?26). Nous pensons, par contre, que ce dispositif doit rester souple et
ne pas constituer une contrainte supplémentaire pour les femmes qui perçoivent l'API
(comme cela peut s'opérer pour le RMI, c'est-à-dire menacer de supprimer l'allocation si
26 Nous ne pensons pas, à l'instar de quelques professionnels, qu'il faille créer un service de formation
"spécialisé", réservé aux FMP. Les problématiques que rencontrent ces femmes dépassent le cadre de la
structure familiale pour embrasser toutes les personnes en grande précarité.
elles ne donnent pas la preuve de leur recherche d'emploi et passer, ainsi, du droit au
devoir d'insertion). En amont de ces préconisations, il semble urgent d'agir sur le thème
de la garde des enfants (leitmotiv des difficultés rencontrées par ces femmes).
On s'
aperçoit que la directrice ou le directeur qui inscrit l'
enfant à l'
école
n'
a pas forcément le réflexe d'
informer les familles de ce genre de solution
d'
accueil. Sans doute que la famille est informée au niveau de l' accueil
avant et après la classe, mais pour les mercredis et les petites vacances,
c'
est moins sûr... Ça me fait penser que dans nos affiches, on ne parle
27 Pour être tout à fait juste, il aurait fallu préciser qu'il concerne aussi les hommes soit en tant que parent
mono soit aussi en tant que conjoint. Il est probable, d'ailleurs, que si la question de la garde des enfants
n'a pas plus évolué, c'est au moins en partie dû au fait qu'elle est restée une question strictement féminine
qui ne regarde que les femmes et est censée être réglée par elles. D'où la difficulté d'amener cette
question sur la scène publique.
28 Une des preuves de ces imperfections nous a été révélée par des professionnels chargés d'informer les
"usagers" sur les avantages et inconvénients des différents modes de garde. Ils se trouvent parfois devant
des situations si inextricables qu'ils ne trouvent que comme seules solutions celles des gardes
"extralégales", c'est-à-dire le recours aux étudiants non déclarés.
Il ne nous appartient pas pour cette étude de faire une analyse comparée des
différents modes de garde mais plutôt de mettre en avant leurs imperfections (telles
qu'analysées par les professionnels) et les propositions d'amélioration.
En résumé, les modes de garde existant pourraient être perfectionnés par rapport
à trois principaux critères : le coût, l'amplitude horaire et la souplesse.
Pour ce qui concerne le coût et l'amplitude horaire (ces deux questions étant
étroitement liées), de nombreuses personnes se sont étonnées du fait qu'il existe une
sorte de sélection des modes de garde en fonction du revenu des ménages, les plus
souples (en l'occurrence les gardes à domicile) étant “ réservés ” aux familles aisées
(l'AGED, pour une garde à plein temps, semble effectivement favoriser les ménages
percevant les plus hauts revenus). Ceci peut sembler paradoxal puisque les femmes qui
“ acceptent ” les horaires atypiques sont aussi plus souvent celles qui sont dans des
situations économiques précaires.
Il est vrai également que les femmes subissant ces contraintes professionnelles
peuvent faire appel à des assistantes maternelles (et bénéficier de l'AFEAMA) mais ces
dernières préfèrent accueillir les enfants à des horaires plus “ typiques ” et dans les
situations où la demande dépasse l'offre, sélectionnent les parents. Un mode de garde
qui peut paraître adapté d'un point de vue théorique ne l'est donc pas forcément d'un
point de vue pratique.
Les assistantes maternelles, si elles ont le choix, elles vont pas choisir les
horaires les plus difficiles et prendre le samedi et le dimanche. Donc ce
serait le plus adapté en théorie, mais dans les faits c' est vrai que ce qu'on
dit souvent c'est que les assistantes maternelles elles doivent assurer ce que
les autres modes de garde n' assurent pas. Et c'
est pas évident non plus pour
elles. Elles peuvent refuser parce que de toute façon elles vont pas accepter
des horaires, par exemple, qui sont contraignants par rapport à leur propre
vie de famille, puisqu' elles ont fait ça pour concilier. Donc c' est vrai
qu'
elles peuvent refuser, c' est un choix. Mais le parent et l'assistante
maternelle se choisissent. Certaines acceptent. Mais c'
est vrai que c' est
quand même une minorité. La plupart elles préfèrent avoir un enfant cinq
jours dans la semaine et de 8 heures du matin jusqu'à 18 heures le soir. Je
pense que de toute façon, l'
assistante maternelle, quand elle s'engage, elle
doit sans doute apprécier le fait que la personne est toute seule. Donc ce
que ça peut avoir comme conséquences (débordements d' horaires). (CAF,
Animatrice de relais assistante maternelle)
Une autre question, jugée comme secondaire par rapport à la précédente, est
celle, pourrait-on dire, des horaires atypiques à l'intérieur des horaires typiques. Elle
concerne donc la souplesse des services proposés et la possibilité pour les parents
(notamment en crèche) d'amener leurs enfants après 9h30 (par exemple) quand ils
commencent leur journée de travail après ce délai. Une des critiques adressées aux
parents est de laisser leurs enfants 10 heures par jour. Assouplir les temps d'accueil
pourrait être un moyen de répondre en partie à ce problème.
Les enfants font fréquemment dix heures de garde, tous les jours de la
semaine. Donc c' est beaucoup. Surtout quand on a des enfants à partir de
deux mois et demi. C' est une réelle difficulté. [...]
Alors, le règlement intérieur prévoit que les enfants doivent arriver avant
9H30 le matin. Pourquoi ? Parce que, d' une part, c'
est un temps d'accueil
où vraiment les professionnels sont à la disposition des enfants et des
parents. [...] Et d'
autre part parce que quand un enfant arrive après cette
heure il a déjeuné plus tard et son rythme est décalé par rapport aux autres.
Il se sera levé plus tard aussi et il n'
aura peut-être pas envie de se coucher
avec les autres. On n' a pas les possibilités humaines de faire vraiment du
travail à la carte malgré les assouplissements que nous avons opérés. Mais
il y a une autre tendance actuellement qui est : '
il y a des choses que l'
enfant
ne va pas faire mais est-ce que c' est vraiment important ? Est-ce que ce
n' est pas plus important qu' il soit avec son père ou avec sa mère ?'Et
troisième notion : on reproche parfois aux parents de se désengager vis-à-
vis de leur enfant mais quand on leur dit : '
il faut qu'
il vienne régulièrement
à telle heure' , en fin de compte, ne contribue t-on pas à ce qu' ils se
déchargent sur nous d' un certain nombre de choses ? (Service des crèches,
dir)
Pour conclure cette partie, nous évoquerons la question des femmes qui ne
“ travaillent ” pas, ou devrait-on dire celles dont le travail (domestique et éducatif) n'est
pas reconnu. Du fait de l'invisibilité de leurs charges, peu de services (à moindre coût)
sont mis à leur disposition pour qu'elles puissent, comme elles le disent, “ souffler ”. Il
existe certes les haltes garderies mais les créneaux horaires (en journée) leur permettent
peu de sortir, de respirer. Cette proposition pourrait paraître comme du “ luxe ” mais le
deviendrait peut-être moins si elle avait des effets positifs sur l'équilibre et le bien-être
de ces mères et, par voie de conséquence sur ceux de leurs enfants. Les modalités
restent là aussi à examiner mais on pourrait , par exemple, penser à un nombre annuel
de remboursement de garde. Il a été également proposé que les jeunes enfants (mais,
ajouterions nous, que les mères soient “ seules ” ou pas) puissent bénéficier d'un accueil
collectif afin de faciliter (ou contrôler ?) leur socialisation mais sans que cette mesure
ne soit répressive. Il faudrait faire une étude plus approfondie sur ce point pour tenter
d'évaluer la pertinence de ce type de proposition et “ la valeur ajoutée ” par rapport aux
services proposés dans les haltes garderies qui organisent, notamment, des activités
avec les enfants seuls d'une part et les parents et leurs enfants d'autre part.
J'ai demandé à la Ville de Rennes d' accepter en crèche des enfants qui
n'auraient pas de raisons d' y venir, c' est-à-dire dont les parents ne
travaillent pas, et qui peuvent se retrouver justement avec des mères seules,
pour lesquelles nous on a des inquiétudes et pour lesquelles la structure
crèche peut être contenante et rassurante aussi pour la mère sans qu'
il y ait
de mesure sévère et avec une observation de psychologue qui devrait nous
permettre de mieux ajuster nos mesures. On verra. (P.M.I., dir)
Les gens ont besoin de temps pour eux. Toute personne. C' est nécessaire et
ça a des effets extrêmement positifs sur la famille et les enfants. Première
chose : les enfants sentent que leur mère ou leur père peut avoir une vie en
dehors d'
eux, c'
est bien important. (APASE, AS)
Je pense que pour les familles monoparentales, enfin sur Maurepas, ce qui
manque le plus c' est le soir. Des relais pour pouvoir souffler. Parce que
c'est vrai que quand on peut sortir de chez soi, même sans faire la fête, sans
faire la nouba, je veux dire, discuter, aller au cinéma, même manger une
pizza, sortir avec quelques personnes, quand on revient on se sent plus
d'attaque que quand on est toute la fin de semaine chez soi, qu' on peut pas
bouger. Ou alors on sort, bon, malgré que, quelquefois, sans doute on se
culpabilise si on laisse les enfants seuls, ou ils sont gardés par n' importe
qui, ce qui arrive aussi très souvent, des gamines qui, s' il arrivait un
accident ne sauraient pas faire face. Et ça, je pense que sur Maurepas, c'
est
ce qui manque le plus. C' est le soir, des relais pour pouvoir garder des
enfants, que les mères de famille puissent sortir. (Travailleuse familiale)
29 Agnès Pitrou, Les politiques familiales - Approches sociologiques - , Paris : Syros, 1994, 287 p.
Chapitre 4 :
Par exemple un gamin qui est intrépide, on entend ' de toute façon c'est pas
étonnant, t'
as vu l'
attitude son père ? Son père il est en prison !'Alors moi
ça me hérisse. Parce que je me suis bagarrée dans ce collège quand je suis
arrivée sur Rennes il y a neuf ans. J'ai entendu dire au conseil de classe,
(j'
étais parent délégué) : '
c'est pas étonnant c'
est une femme divorcée.'Ou
alors : '
c'est pas étonnant, il est tout seul avec sa mère ! Elle a pas le temps
de s'occuper de tout le monde ! Elle peut pas s' occuper de ses devoirs !'
Stop ! Arrêtons ce délire. Parce que je suis sûre que dans les couples, ils ont
pas forcément plus de temps à donner aux gamins ! (ATSEM)
Les femmes renfermées sur elles-mêmes avec absence de relations [du père
ou d' hommes] par rapport à l' enfant..., il faut jamais systématiser que c'
est
ces enfants-là qui ont des..., qui ont plus de problèmes et qui ont plus de
difficultés, disons que nous, on a toujours un regard attentif sur ces enfants-
là par rapport à leur comportement, par rapport à leur évolution et leur
développement. Mais on peut pas systématiser et dire ' il va pas bien.'
(Crèche, dir)
C'
est difficile de savoir si on rencontre plus de difficultés avec les FMP. On
peut être marqué quand il y a des mesures éducatives (placement des
enfants) par exemple. Mais il y a des cas où ça se passe très bien. Mais
quand ça se passe bien, on n'
en parle pas. Il faut pas généraliser. (OPHLM,
agence de quartier)
Est-ce qu'
on a repéré des choses particulières ? Je crois qu'
on ne repère
pas de choses particulières plus chez ces familles que chez les familles en
précarité. En fait, on a des similitudes avec nos familles en grande
précarité. Alors ces similitudes, c'
est les règles vis à vis de l'
enfant, les rites.
(APASE, AS)
l'
extérieur, se referment un petit peu sur leur petite cellule familiale, pour le
coup, rend aussi la vie plus difficile pour elles. Ça c'
est quelque chose qui a
été caractérisé, effectivement dans l'enfance en danger. Mais comme on
retrouve aussi dans les couples, les couples où le mari est au chômage, où
la femme n' a pas non plus de profession, on a aussi ces mêmes difficultés
donc on est bien sur une notion de précarité. (P.M.I., dir)
On n'
a que des cas où le papa est parti. Donc où il y a pas de nouvelles du
papa du tout.
Q : Sauf pour la femme la plus âgée [dont elle avait parlée plus tôt].
Voilà. Mais je sais pas si elle le voit beaucoup. (Crèche, éducatrice)
porte par lui-même ni crédit, ni discrédit. ”30 Il est probable que, pour cette raison, les
monoparents ont décidé, après la séparation, de “ faire le tri ” dans leurs relations. Il
leur est, par contre, moins facile d'en faire autant des professionnels avec qui ils sont en
contact (ils ne sont pas tous porteurs de stigmatisation au même degré) mais ils peuvent
tenter de les éviter en faisant appel, notamment, aux solidarités privées.
Toutefois, et contrairement à ce que l'on pourrait penser, le stigmatisant n'est pas
dans une position beaucoup plus confortable que le stigmatisé (ce que dévoilent,
d'ailleurs, les propos ambigus et parfois paradoxaux des professionnels) car comme
l'indique E. Goffman “ Le stigmate et le normal sont inclus l'un dans l'autre : si l'un se
révèle vulnérable, il faut s'attendre à ce que l'autre en fasse autant. ”31 De sorte que,
continuant à paraphraser cet auteur, “ notre hypothèse est que pour comprendre la
différence [en l'occurrence, la monoparentalité], ce n'est pas le différent qu'il convient
de regarder, mais bien l'ordinaire. La question des normes sociales demeure certes au
centre de l'étude, mais notre intérêt ira moins à ce qui s'écarte extraordinairement du
commun qu'à ce qui dévie communément de l'ordinaire. ” 32 Il nous semble, autrement
dit, que s'interroger sur la monoparentalité nous invite, par effet de miroir, à nous
interroger sur la famille “ ordinaire ” et sur le sens de son évolution.
Rappelons dans un premier temps que la monoparentalité n'est pas une nouvelle
forme de famille mais une séquence de vie. Elle est pourtant analysée comme ayant son
propre mode de fonctionnement distinct de celui de la famille “ normale ”. Elle inquiète
parce qu'elle est censée représenter les “ évolutions dangereuses ” de la famille
nucléaire, cette dernière étant posée comme l'étalon, la référence. Les interviewés ont
donc dû, au moins implicitement, prouver la supériorité d'un modèle sur un autre.
L'analyse de leurs arguments montre qu'ils vont les puiser non pas dans la réalité
existante, mais dans un idéal vers lequel il faudrait tendre. Si bien que ni le modèle de
la famille nucléaire actuel, ni celui de la monoparentalité (si tant est qu'il existe) ne
paraissent satisfaisants. Les questions que se sont donc posés les professionnels sont
celles des évolutions de la famille et de la manière de les accompagner (jusqu'où peut-
on, doit-on, avons-nous les moyens d'aller ?). Il est évident que les périodes de mutation
sont inconfortables (surtout pour les professionnels qui s'inscrivent dans une visée
normative - Que “ prescrire ” ?) et expliquent ces réponses en forme de balancier : du
30 E. Goffman, Stigmate - Les usages sociaux des handicaps, Paris, Les Éditions de minuit (coll. Le sens
commun), 1975 [1ère Ed 1963], p. 13.
31 E. Goffman, Idem, p. 158.
32 E. Goffman, Idem, p. 150.
retour à la famille patriarcale (qui avait le mérite de laisser moins de place au doute) à
une famille plus élective et égalitaire mais aussi dissoluble. Ainsi que le souligne I.
Théry : “ C'est parce que la révolution structurelle de la famille est inachevée que
surgissent les difficultés et pas l'inverse. ”33
Par rapport à la forme de la famille comme valeur, moi je dirais que plutôt
que de s'enraciner sur des trucs comme ça, il faut essayer de comprendre un
peu les nouvelles formes de familles qui se composent... Parce que de toute
façon, on est devant un fait inéluctable donc on va pas se mettre à prêcher
dans les rues, en disant ' regardez la famille', c'est ce que font certaines
associations de familles. On ne peut pas nier l'évolution donc il vaut mieux
l'
accompagner. Je crois que de toute façon, on ne fera pas marche arrière.
(C.S.F., Mr)
Le mariage (indissoluble) avait ceci de magique qu'il réunissait les conjoints, les
parents (filiation biologique, domestique et généalogique) et les enfants ; le père étant le
garant de cette indissolubilité. Chacun (conjoints, parents, enfants) était uni pour la vie,
pour le meilleur et pour le pire. Les nostalgiques de ce modèle (très inégalitaire eu
égard au statut de soumission des femmes et des enfants) légitiment leur point de vue
par la stabilité qu'il pouvait offrir aux uns et aux autres et il est probable que la
référence au mariage comme ciment de l'union et de la parentalité comme (seul) vrai
fondement de la famille s'inspire de ce modèle.
les raisons qui expliqueraient qu'il ne puisse (totalement) exercer son rôle ? Le réflexe
est d'en attribuer la faute aux femmes qui refuseraient de maintenir un lien avec leur ex-
conjoint en l'autorisant à voir les enfants ; cette mainmise sur l'enfant pouvant aussi être
un moyen de se “ venger ”... Cette explication nous semble un peu courte (comme nous
l'avons déjà souligné à propos du “ retour du père ”) dans la mesure où de nombreuses
femmes ne dédaigneraient pas se faire davantage épauler. De plus, les institutions et les
professionnels jouent eux-mêmes un rôle non négligeable et ont aussi parfois du mal à
distinguer conjugalité et parentalité. Nous pouvons repérer ces fonctionnements dans
les situations extrêmes notamment dans le cas de conjoints violents ; nous faisons
référence ici au service Dyade de l'ASFAD35. Qu'un homme ait été violent avec sa
femme et soit étiqueté comme “ mauvais époux ” ne devrait pas, selon les
professionnels du service Dyade, avoir de conséquence sur son droit d'exercer sa
parentalité. Le “ mauvais ” époux ne ferait pas forcément le “ mauvais ” parent et
l'argument de l'intérêt de l'enfant ne serait pas recevable pour expliquer la “ rupture
parentale ”. Il faudrait maintenir la parentalité même quand les enfants émettent un avis
contraire.
Nous, on dit souvent, mais ça choque aussi, de faire attention, ne pas trop
responsabiliser les enfants. La filiation, ce n'
est quand même pas la volonté
des enfants. Faut faire attention de ne pas leur faire porter des choses. Et
nous, on sait les dégâts que ça peut poser. Il y a des enfants qui, à 10 ans,
disent qu'
ils n'en ont rien à foutre de leur père et après qui passent leur vie
d'adulte à essayer de réparer ça. [...] C'est important qu'
il sache qu' il a vu
certaines choses mais que la complexité du lien entre son père et sa mère, il
ne la connaît pas forcément. Nous, ça fait des années qu' on travaille et on
n'a pas tout compris. Et lui-même, quand il sera adulte, quelle est la chance
qu'il se donnera d' être faillible s'
il condamne chaque adulte qui n' assure
pas ? [...] Pour les autres professionnels, on peut être mal perçu. C' est un
peu 'de quoi on se mêle'des fois. Parce que nous, comme on est beaucoup
plus dans la différenciation des places, c'
est-à-dire, le conjoint de cette
dame ne peut pas être vu de la même façon en tant que parent des enfants et
en tant que conjoint. Pour un travailleur social qui accompagne une femme
35 En résumé, ce service a comme objectif de permettre au parent "non-gardien" (en accord avec le
parent "gardien") d'exercer son droit de parentalité soit avant qu'une décision de justice n'ait été prise, soit
après, quand elle n'est pas observée (pour diverses raisons). L'idée de créer ce service a germé quand ces
professionnels (auparavant éducateurs à Brocéliande) se sont rendus compte que de nombreuses femmes
hébergées (parce qu'elles avaient été victimes de violence conjugale) reprenaient contact (et parfois une
vie commune) avec leur ex-conjoint malgré les efforts du centre pour les tenir à l'écart et les "protéger".
Se mêlaient pour ces femmes à la fois le désir de revivre en couple et celui de maintenir des liens entre le
père et les enfants sans que la frontière entre les deux ne soit très lisible ni pour les parents ni pour les
professionnels qui y perdaient un peu leur latin et pour qui la remise en couple (avec le même conjoint)
pouvait être le signe d'un échec.
en grandes difficultés, il adopte souvent son point de vue. Il finit par être
l'
avocat de la dame. Nous on dit attention.
L'idéal (présenté en fait comme la réalité actuelle) des statuts parentaux tendrait
vers une égalité et une complémentarité des rôles. Les rôles de père et de mère seraient
en quelque sorte mixtes. Chacun pourrait garder une spécialité mais devrait aussi
pouvoir remplacer le conjoint provisoirement défaillant ou non disponible. Ceci signifie
une plus juste répartition des tâches domestiques et éducatives ainsi qu'une autorité
(rôle traditionnellement attribué au père) et une affectivité (rôle traditionnellement
attribué à la mère) partagées.
Il est probable que moins les rôles seront divisés à l'intérieur du couple moins
aussi l'enfant aurait à subir la séparation et “ l'absence ” de l'un de ses parents. Les
exemples suivants montrent à quel point il existe un hiatus entre la situation telle que
présentée (équilibre et complémentarité des rôles) et la situation réelle. Pour l'extrait
cité, nous avons restitué deux moments de l'entretien ; le premier a eu lieu dès les
premières minutes alors qu'il s'agissait de comparer les familles monoparentales aux
couples avec enfant et le second une demi-heure environ après ce premier échange.
Non, je ne pense pas qu' une FMP est vraiment une famille. Il manque
quelque chose... Les enfants ont besoin de leur papa, déjà.
Q : Pourquoi ?
Je sais pas, c' est la famille, hein. C'est le noyau, les trois... Je pense qu'
il
faut... S'
il y a le père c'est mieux, mais je pense qu' il faut quand même une
présence masculine. De toute façon, c' est vrai qu'on le dit. Je trouve que
l'
homme souvent c' est l'
autorité. La maman elle peut pas tout assumer. Elle
36Nous nous demandons d'ailleurs dans quelle mesure le lien de filiation n'est pas, dans certains cas, le
soutien de la conjugalité.
peut pas tout assumer toute seule, je pense pas. Y' a un moment où ça doit
être épuisant... Le rôle de la mère, enfin je crois que... Pour moi, l'
un ne va
pas trop sans l'autre. Je crois qu'
ils se complètent, de toute façon. Donner le
rôle de la mère par rapport au rôle du père, je crois que maintenant ça a
vachement évolué. Pour moi les tâches sont.... Je parle un petit peu parce
que c'est vrai que c'est personnel, parce que je vis ça comme ça, d' essayer
de partager au maximum les tâches. Surtout quand les deux travaillent, on
est obligés.
[Une demi-heure après]
J'
ai trois enfants. Donc c' est vrai que... Je pense qu' on assume plus les
enfants que le père parce que je crois que c' est dans la logique des choses et
que c'est comme ça. C' est logique parce que c' est ancré dans les moeurs que
c'
est la femme qui doit faire ça, qui s' occupe davantage des enfants et qui
sait ce qui est bon pour eux plus que le père. Je pense qu'
il y a cet instinct
maternel. Mais je pense que des fois, je partagerais bien un petit peu plus
l'
éducation des enfants. Et puis les petites choses du quotidien qui font
qu'on pense... Parce qu'
on sait que si on n' y pense pas, lui [le mari] il ne va
certainement pas y penser parce qu'il a tellement l'habitude que ce soit nous
qui y pensions...
Q : Vous me disiez tout à l'heure "ça a évolué", le schéma que vous me
faites...
Non, non, ça a évolué parce que c' est vrai que maintenant les hommes
participent beaucoup plus, quand même.
Q : Beaucoup plus, ça veut dire quoi ? Cinq minutes de plus par jour ?
Peut-être [rires]. Donc on peut leur demander. Quand on n' est pas là, on
peut leur demander... C'est vrai que quand on s'en va, on est tranquille. On
va pas se dire 'oh la, la, comment on va retrouver la maison ?'Je pense
qu'on a confiance. Quand on s'en va pour une soirée ou pour une journée...
Q : C' est dans l'
exceptionnel alors ?
Voilà. C' est quand même dans l' exceptionnel. Voilà, oui.
Q : Alors maintenant, parlons du rôle du père...
Il aide un petit peu. Quand on le pousse un petit peu, il aide. Je crois qu'
il
faut le pousser un peu. Mais je crois en plus qu'on leur demande... On leur
demande beaucoup. Enfin eux, ils trouvent qu' on leur demande beaucoup.
Je crois qu'ils ne se rendent pas compte que quand on a bossé une journée
dans son travail, on a aussi la journée à la maison, enfin la soirée, et qu'
on
ne s'arrête pas, quoi. Parce qu' il faut aller chercher les enfants, il faut
préparer à manger et puis il faut s'
occuper du linge et puis..., il y a des
sécurité. Qu'
elle soit d'
ordre matériel ou... C'
est à nous, en tant que femmes,
de changer ça, de faire évoluer ça. (ATSEM, Mme)
La conquête de l'égalité existe en droit mais pas en fait ce que dévoile la difficile
conciliation vie familiale et vie professionnelle. Comme nous avons pu le souligner, le
statut social des femmes repose encore en grande partie sur leur rôle de mère et
d'épouse. Il ne s'agit pas de récuser ce statut mais de lui reconnaître la même dignité et
reconnaissance que celui fourni par le statut professionnel. Le fait d'attribuer ces rôles à
une “ nature ” féminine (un “ instinct ” maternel) contribue d'un côté à ignorer la part
d'effort fourni par ces femmes (elles ne font que se conformer à ce que leur assigne leur
“ nature ”) et de l'autre à culpabiliser celles qui s'en émanciperaient notamment en se
consacrant, aussi, à une carrière professionnelle. Par effet de ricochet, cette
naturalisation des rôles dédouanerait les pères qui se préoccupent peu des tâches
éducatives et domestiques et “ féminiserait ” ceux qui s'y adonnent. L'évolution des
rôles sexués, pour tendre vers l'égalité, doit donc s'affranchir d'une quelconque attache
ou prédestination “ naturelles ”38, “ biologiques ” ou “ génétiques ”. L'homme et la
femme devraient pouvoir avoir le même accès et le même choix à ces deux “ carrières ”
(familiales et professionnelles) sans que l'une ne soit “ choisie ” par défaut ou se
présente comme l'exclusive de l'autre. Nous avons déjà évoqué à ce sujet la question de
la garde des enfants et de la formation des femmes. Une part de la précarisation des
familles monoparentales s'explique probablement par cet accès inégal au marché du
travail.
L'accès à l'emploi est plus difficile et puis elles sont sur des postes pas
intéressants, mal payés, souvent à temps partiel. Que ce soit le ménage ou
la vente, le commerce c' est à temps partiel. Avec des horaires difficiles,
37 Il serait intéressant de savoir si ces souhaits sont partagés de la même manière pour les hommes et
pour les femmes.
38 Voire même "surnaturelle" quand le rôle des uns et des autres est censé correspondre à une volonté
divine ; le poids de la religion n'est pas sans incidence sur le maintien et la justification des inégalités
sexuées (il suffit de se reporter, notamment, aux discours sur la contraception ou sur l'avortement...).
J'avais constaté que les femmes qui partaient très tôt de leur milieu familial
(peut-être moins maintenant ou je suis moins sensible), vers 18, 19 ans avec
un, deux, trois enfants tentaient de se ré-approprier quelque chose de leur
vie vers la trentaine. Là, il y a certainement une grosse interrogation
existentielle. C'
est très fréquent. C'est '
comment ça se fait ? Pourquoi j'ai
quitté ma famille ? Je me suis mise en ménage, j'ai eu des enfants. Et moi, je
ne me suis pas très bien réalisée dans tout ça. J' arrive à 30 ans et
finalement c'
est un peu décevant.'Là, il y a des grosses crises. (APASE, AS)
Nous terminerons cet examen des évolutions de la famille par les nouveaux
rapports entre les parents et les enfants. De nombreux professionnels ont tenu à
souligner, alors même qu'ils attribuaient des “ manques ” éducatifs particuliers aux
familles monoparentales, cette difficulté générale à élever les enfants.
discours d'un apprentissage (quand celui-ci n'a pu s'opérer par la socialisation) sans
culpabiliser les parents.
Les parents demandent beaucoup à ceux qui ont leurs enfants en charge, je
pense. Mais c' est peut-être parce que, justement, ils sont plus démunis, peut-
être, face à différentes mutations de la société. Tout ce qui est, par exemple
l'
autorité. Sous couvert d'écouter les enfants, de les laisser s'
exprimer, on
perd quelque fois le contrôle... Et cette année par exemple, dans les thèmes
qui ont été demandés par les parents, il y a beaucoup de choses qui tournent
autour de l'autorité, de la politesse. (C.S.F., Mme)
dirais plus insolents. Quel que soit le modèle familial, oui. (éducatrice
crèche)
J'
ai très peu de choses sur tout ce qui concerne la famille monoparentale.
On rencontre régulièrement évidemment les directeurs d' écoles et les
enseignants, ils nous font part souvent de difficultés sociales dans les écoles
de plus en plus, c'est vrai. Mais pour l'instant, la question particulière des
familles monoparentales a été englobée dans le problème plus large, que les
gamins sont de plus en plus difficiles et de plus en plus tôt et partout dans
Rennes. On vient encore de recevoir une lettre d' une école du centre ville,
d'
un gamin qui a traité de '
chienne'la directrice de l' école. Ce qui remonte
c'
est que ce n'
est pas qu'un problème de milieu social, ni de quartier. Les
gamins non citoyens, on pourrait dire, c' est quelque chose qui existe
partout. Le second mouvement, c' est que ces incivilités concernent des
enfants de plus en plus jeunes. C'
est-à-dire dès la maternelle, des enfants de
trois ans qui sont complètement déstructurés qui n' acceptent pas l'autorité
d'un adulte. A trois ans, ne pas accepter l'
autorité d'un adulte c'
est vrai que
bon, on s'interroge. (Service éducation, Ville de Rennes)
Là aussi, un retour sur le modèle patriarcal serait pour quelques uns tentant
puisqu'il est plus confortable pour les parents (il est plus facile d'imposer que de
discuter). Mais, comme pour les points précédents et en accord avec I. Théry, il nous
semble préférable d'accompagner ces changements (même si provisoirement
inconfortables) plutôt que de revenir à “ l'âge d'or de l'éducation ” qui, selon ses
défenseurs, produisait moins de “ délinquants ”. Outre le fait que cet argument est très
discutable39, il nous semble que la personnalisation du lien à l'enfant doit être
encouragée aussi bien pour les parents que pour les professionnels de l'éducation mais
en évitant la “ dictature ” de l'enfant.
39 Il est possible de penser que c'est en raison même du soin particulier apporté à l'équilibre des enfants et
à leur épanouissement, à l'apprentissage de la "citoyenneté" que les situations qui s'en distinguent
deviennent plus visibles (puisque décevantes) et moins tolérables. De plus, et en prenant les mêmes
précautions qu'avec les familles monoparentales, il ne faudrait pas attribuer à l'éducation des enfants ce
qui lui est extérieur notamment les difficultés socio-économiques que rencontrent certaines familles.
exemple, toute la matinée vont donner des bonbons, des gâteaux aux gosses.
Et puis l'
heure de midi arrive, et le gamin il va rien manger. Alors là, ça va
être des cris : "faut que tu manges !". Alors, on essaie de leur dire "mais ce
matin il a mangé trois ou quatre bonbons, alors automatiquement..., ou des
gâteaux ou des chips ou des trucs comme ça, donc il peut pas avoir faim
maintenant ! Il vaut mieux le laisser toute la matinée sans manger, enfin
tranquille, même s' il vous demande vous dites non". Mais aussi le fait de
dire non c'est difficile aussi, hein. En définitive, notre travail c'est ça. C'
est
essayer de faire comprendre aux mères que de dire non, c' est pas ne pas
aimer son enfant, et beaucoup de mères pensent ça. (Travailleuse familiale)
Conclusion :
Moi la question que je me pose par rapport à tout ça, c' est jusqu'où la
société va pouvoir aller pour pallier les problèmes de la famille ? Jusqu'où
elle peut aller ? Jusqu'où elle doit aller ? Et à quel prix ? Enfin bon, c'
est
vraiment ces questions-là que je finis par me poser. Parce que quand on
voit effectivement qu' il semblerait que les gamins sont de plus en plus
difficiles et partout. On va pas remplacer la famille... Donc agir sur la
parentalité c'
est pas se substituer à la famille, c'est plutôt effectivement, lui
donner les moyens d' être réellement efficace. Enfin moi c' est plutôt ces
questions-là que je me pose. Sans y avoir réfléchi pendant des heures et des
heures, mais est-ce qu' il faut aller ouvrir des crèches pour trois gamins à
six heures du matin ? Est-ce que c' est souhaitable pour le môme ? [...]
C'est-à-dire qu' effectivement il y a des évolutions économiques que subit la
famille en effet, et qu' elle n'
a pas..., oui c'
est vrai que les familles n'
y sont
Ces interrogations ne sont pas l'apanage des professionnels et sont intégrés par
des monoparents qui hésitent de sorte à faire appel aux services publics, préférant (pour
certains) s'adresser à des associations jugées comme non disqualifiantes (notamment les
associations de familles monoparentales).
Les précédents développements montrent pourtant que les
“ dysfonctionnements ” observés dépassent le cadre de la monoparentalité et sont plus
le fait d'inégalités de fond (entre les rôles parentaux, entre les hommes et les femmes,
entre les parents et les enfants) que de “ manques ” consécutifs à la désunion. Réduire
ces inégalités et accompagner les mutations de la famille ne peut se réduire à une
“ affaire privée ”. Les questions que posent la monoparentalité renvoient à des
responsabilités collectives et sociales (d'où les préconisations des professionnels).
Cette précision ne signifie pas qu'il ne faille pas tenir compte de la dimension
monoparentale. Parents gardiens et non-gardiens rencontrent de réelles difficultés à
assumer leur rôle et à concilier vie familiale, vie professionnelle et épanouissement
personnel. Les enfants, de leur coté, peuvent souffrir de ne voir que l'un de leur parent.
Mais, ce dont il faudrait prendre conscience, c'est que les dispositions prises pour
alléger ces “ fardeaux ” bénéficient dans le même temps à l'ensemble des parents,
femmes, hommes, enfants quelle que soit leur situation familiale. La pénibilité du
travail des femmes, par exemple, prend une coloration particulière quand elles sont de
surcroît monoparent mais elle n'épargne ni les femmes en couple ni les célibataires. Et
elle n'est pas le fait non plus exclusivement d'entreprises privées, intéressées par le
profit à tout prix.
avec des kilomètres de bureaux, toutes seules là-dedans la nuit, ou très tôt
le matin ou très tard le soir. Parce qu' il faut surtout pas les voir ! Le
problème c' est que si dans des collectivités comme chez nous, on essaie
d'avoir une politique sociale un peu mieux, malgré tout il y a quand même
toujours un point de comparaison, parce qu' il y a un moment où si ça coûte
trop cher, on dit "on le délègue au privé". Donc de toute façon, ces boîtes-là
font tout abaisser vers le bas, quoi, de toute manière. (Service éducation,
Ville de Rennes)
40L'entretien a été mené avec une stagiaire de l'association dans le cadre de sa préparation en IUT
carrières sociales, option animateur socioculturel. Des emplois du temps incompatibles ne nous ont pas
permis de rencontrer les responsables de cette association.
serait aussi à ce moment que le regard social paraîtrait le plus blessant et semblerait
rappeler continuellement “ l'échec ” d'une vie conjugale. Le principal intérêt des
associations de familles monoparentales, à ce moment de la trajectoire des
monoparents, serait, à l'instar peut-être des psychologues, de leur permettre de
recouvrer une identité positive, de relativiser leurs difficultés (en constatant qu'ils ont
tous les mêmes ; ils ne sont pas, dès lors, des “ incapables ”), de trouver un regain
d'énergie et de s'octroyer quelques loisirs sans culpabiliser.
C'
est-à-dire qu'
il faut pas être juste après la rupture, enfin la séparation, et
ni trop après la séparation non plus, parce qu'après on a pris un rythme de
vie, on a ses habitudes et c' est vrai que parfois on n'a pas la démarche
d'entrer dans une association. Par contre, quand on est dans l' entre deux,
c'est vrai que là on se rend compte qu' on est vraiment isolé, qu'on ne sort
plus, qu'
on est toujours avec les enfants. [...] Ce qu'
elles veulent c'
est sortir
un peu des relations de famille où on ne se sent pas toujours forcément à sa
place. Et puis de faire garder les enfants quand on peut sortir ou quand on
travaille, choses qui sont pas forcément faciles non plus. Les principales
difficultés, la première, c'
est les relations, c'
est '
j'
en peux plus de voir tout le
temps mes parents, mes grands-parents. J' ai besoin d'
air, j'ai besoin de
rencontrer des gens qui vivent la même situation que moi et j'
ai besoin de
sortir un peu sans mes enfants et avec des personnes que je connais pas.
(Avel-Mad, stagiaire)
Ces premiers arguments augmentés du fait que les monoparents sont souvent
surchargés (et ne peuvent se consacrer totalement bénévolement à cette association)
plaident pour une prise en charge financière de ce type d'association ne serait-ce que par
la mise en place d'un poste permanent “ d'animateur-secrétaire ”. Si l'on en juge par
l'expérience de l'association Avel-Mad, on constate qu'il est quasiment impossible (faute
de moyens humains et financiers) de faire face à la demande des monoparents soit en
termes de conseil, soit en termes de mises en place d'activité et de rencontres. Il serait
d'ailleurs envisageable, étant donné la demande existante, d'élargir les attributions de
ces associations à un rôle de relais d'information (en partenariat avec différentes
institutions) que cela concerne les modes de garde, les allocations, les services de
médiation, le logement, les pensions alimentaires, etc.
Il y a des coups de fil, comme ça où il y avait, par exemple, une femme qui
appelait parce qu'
elle était en situation où ça n'
allait plus du tout avec son
mari, elle ne savait plus du tout comment s' en sortir et donc elle demandait
des conseils pour savoir par où commencer. Elle craignait sa réaction si
elle demandait le divorce donc comment on pouvait s' organiser pour en
parler ensemble et devant quelqu' un, peut-être, etc. Il y a eu beaucoup de
demandes sur le problème juridique et de garde des enfants. Beaucoup,
comme je vous l'ai dit, ont des emplois avec des horaires bizarres, type de
cinq heures à onze heures le matin. [...] Pour beaucoup [de monoparents]
leur première démarche c' est Avel Mad. Parce que vu le nombre de
personnes qu' on a réorientées. Beaucoup cherchent dans le minitel
"familles", et du coup, elles voient "familles monoparentales" et appellent.
Ou alors elles ont gardé l' article, comme on fait tous et elles appellent.
(Avel-Mad, stagiaire)
quand même ça qui est derrière, quoi. Et je pense que c’est aussi ça, parce
que ce qu’on vit c’est aussi ce qu’on nous renvoie. C’est pas seulement ce
qu’on vit à l’intérieur, c’est aussi comment on nous regarde. Et ça je pense
que c’est plus dur. Le regard de l’extérieur c’est vrai que c’est plus dur.
Enfin moi j’entendais une femme qui vivait seule, qui me disait ' quand on
est seule, on est moins facilement invitée dans un réseau de copains' . [...]
Moi je trouve que c’est quand même très long cette histoire. Y’a quand
même vraiment un regard négatif, tout le monde à chaque fois qu’on
interroge, les gens ils disent '
non, non, non, non, c’est pas vrai.'Mais il y a
quand même une équation famille mono, famille galère, famille à
problèmes, c' est vraiment présent. Je me souviens d’une des membres du
collectif qui vivait une situation de monoparentalité. Jamais elle a dit
qu’elle était famille mono. Pour moi, elle avait pas du tout envie de se
reconnaître là-dedans. Elle voulait pas du tout s’identifier. Et je pense que
par exemple Avel Mad, les problèmes qu’ils rencontrent, il y a beaucoup ce
problème d’identification à une image qui est quand même pas très positive.
(C.S.F., Mr)
Il y a des femmes qui culpabilisent aussi : ' j'ai jamais eu personne pour
venir m'aider donc je suis gênée de vous...'
. Et c'est vrai que à ces femmes-
là, on a envie de leur dire '
écoutez, profitez, moi je suis là, les enfants sont
en sécurité, on leur donnera le biberon ou on leur fera un bain si c' est
l'
heure de faire un bain, si vous avez à aller chez le coiffeur, au kiné...'On
force aussi beaucoup les femmes après les premiers jours de naissance à
prendre des rendez-vous chez le kiné ou chez le coiffeur. Parce que c' est
vrai qu'avec un bébé c'est pas toujours facile. Bon, je pense que les gens qui
demandent une travailleuse familiale et qui sont conscients de ce qu'
est une
travailleuse familiale, arrivent à s' épanouir à la limite, d' avoir une
travailleuse familiale. Mais c' est vrai que les familles qui sont
monoparentales, qui sont seules et qui culpabilisent à la limite, et de ne pas
savoir élever leur enfant parce que même si elles le disent pas, je pense
qu'elles culpabilisent quelque part, elles ne se sentent pas vraiment...
(Travailleuse familiale)
ANNEXE 1 :
17 avaient au moins un enfant de moins de 3 ans 5 avaient au moins un enfant de moins de 3 ans
28 avaient des enfants entre 4 et 13 ans 23 avaient des enfants entre 4 et 13 ans
4 avaient au moins un enfant de plus de 13 ans 21 avaient au moins un enfant de plus de 13 ans
21 ont moins de 4000F de ressources mens. 11 ont moins de 4000F de ressources mens.
16 entre 4000 et 9000F 21 entre 4000 et 9000F
12 plus de 9000F 17 plus de 9000F
ANNEXE 2 :
Deux autres filles naissent, elle est femme au foyer .Logement HLM. Ils sont obligés de rester en France
(guerre civile en Algérie) Elle ne peut pas travailler (réglementation française, lui a un travail) elle
prépare alors à l’université de Rennes 2 un DEA en aménagement du territoire en espérant un jour
retourner dans son pays.
Au moment de la rupture
Il n’a pas un travail à la hauteur de ses espérances. Nostalgique de son pays. Il devient violent avec elle.
Elle demande le divorce. Cherche des conseils. Elle reste dans le même logement. Ses amies la
soutiennent. L’ex-conjoint trouve un travail à Paris. Elle accepte un CES qui la dévalorise.
Elle cherche du travail et se rend compte que ses diplômes sont difficilement monnayables. Trop
anciens.
Actuellement
Elle touche les ASSEDIC (CES). Son aînée est partie vivre avec son père à Paris.
La seconde fréquente un collège public du centre-ville. Elle est très autonome et plutôt une élève
brillante.
La petite fréquente l’école publique, cantine et étude. Aïcha apprécie d’avoir du temps pour ses filles.
Elle se passionne pour les science humaines Elle ne veut pas enfermer ses filles dans des doctrines.
Alcina femme 30 ans maternité célibataire (après mariage court) seule depuis 2 ans
Elle a eu 4 enfants : 2 enfants de 10 et 9 ans (sont confiés à leur père à Paris par le JE). 1 garçon de 3 ans
qui vit chez son ex-mari. Elle n’a la garde que du dernier (garçon) de 22 mois né après la rupture avec
son mari.
Niveau d’études : 5e, 4e
En recherche d’emploi. Dit qu’elle touche l’API et l’AJE.
Ressources : 3.700 F Logement : HLM 3 pièces (ancien)
Famille d’origine
Seconde d’une famille de 4 filles. Vit à paris Elle a connu différents placements. Nourrices, foyers.
Sa mère travaillait dans une épicerie. Ses parents divorcent qd elle a 7 ans. Elle n’a pas revu son père
depuis.
Connaît des placements, mésentente avec l’ami de sa mère. Quitte sa mère à 15 ans, conflits, sa mère fait
des TS.
Première liaison : son premier enfant est placé très jeune (DDASS), l’autre enfant est confié au père par
le JE.
Seconde liaison : elle se marie avec un Breton pâtissier travaillant à Paris.
Début de la vie de couple (avec son mari)
Ils vivent peu de temps à Paris, ils s’installent à Rennes quelque temps après la naissance du premier
garçon.
Il travaille de nuit, elle dit que l’enfant ne voyait jamais son père qui dormait dans la journée.
Elle a commencé une formation à l’AFPA puis elle arrête parce qu’elle est enceinte (second enfant pas
désiré).
Ils ne s’entendent pas. Ils décident de divorcer avant la naissance de ce nouvel enfant.
Au moment de la rupture
Elle reste 2 mois avec lui puis fait une TS. Elle est hospitalisée, accouche puis est hébergée au foyer
Brocéliande L’ex-conjoint demande la garde de l’aîné et l’obtient.
Elle se fait quelques copines au foyer mais qu’elle ne garde pas. Elle s’installe dans son logement un an
après
Sa mère et sa sœur sont venues de Paris au moment de la naissance mais pas après. Contacts avec sa
jeune sœur.
Elle fait un petit boulot à temps partiel de serveuse dans un restaurant mais ça ne dure pas. Problèmes
d’horaires.
Actuellement
Depuis 3 mois, l’enfant est gardé par une assistante maternelle rémunérée en partie par le service social
(contrat).
Elle avait des difficultés à supporter son enfant trop turbulent. Mais elle ne voulait une ass. Mat. que 2 ou
3 jours
Son ex-mari a demandé la garde de cet enfant qu’il prend 1 we sur 2. Elle ne sait pas ce que va décider le
juge.
Elle dit qu’elle n’a pas vu l’autre garçon depuis 2 ans, elle ne peut pas l’avoir en visite le week-end.
Elle se sent en échec en matière éducative. Á Rennes, elle n’a pas d’amis ni copines et voudrait retourner
à Paris.
Elle a peur que le fait d’être suivie par le service social lui fasse perdre la garde de son enfant.
Elle s’investit dans l’association des familles monoparentales. A une très bonne amie sur qui elle
peut compter.
Anita femme 60 ans séparation et divorce (il y a 18 ans) après 21 ans de mariage
4 filles : 34 ans, 32 ans, 31 ans et 25 ans. Certificat d’études.
Travailleuse familiale (aujourd’hui retraitée). Logement HLM.
Famille d’origine
Seconde d’une famille de 6 enfants (2gars et 4 filles) à la campagne. Père très rigide, sévère avec les
filles.
Chauffeur. Partage sexué des tâches. Mère laveuse à domicile. Anita commence à travailler à 14 ans.
Elle est vendeuse en confiserie. Se met en ménage à 20 ans à Paris avec un homme violent originaire de
Brest.
Début de vie de couple
L’ex conjoint a un frère et une sœur, son père alcoolique battait sa mère Il a travaillé dans la marine
marchande.
Il est violent dès le début de la vie commune, alcoolisme. La famille s’installe à Brest. Il est employé aux
PTT.
Elle est femme au foyer Elle dit qu’il est très exigeant avec ses filles. Elle est coupée de sa famille
d’origine.
Á 40 ans, elle passe son certificat d’études. L’ex est de plus en plus violent même avec ses propres filles.
Au moment de la rupture
Une AS de Brest l’oriente vers le foyer Brocéliande à Rennes avec ses 4 filles (16 ; 14 ; 13 et 7 ans).
Elle reste 6 mois dans ce foyer. Elle est “ remise sur pieds ”, y puise une meilleure image d’elle-même.
Elle s’installe dans un appart. Fait une formation de travailleuse familiale à Poitiers, sa sœur garde les
enfants.
Elle travaille tt de suite. Elle dit n’avoir pas eu de problèmes financiers car elle a tt de suite récupéré les
alloc.
Elle se fait beaucoup d’amis au foyer Brocéliande puis en dehors.
Après
Après 3 ans, elle devient famille d’accueil de l’ASE. Le premier enfant qu’elle accueille tourne mal,
culpabilité .
Elle est soutenue par les travailleurs sociaux, accueille un autre enfant handicapé mental.
Elle est valorisée par ce travail. Elle s’engage comme administrateur dans qqes associations du “social”.
L’ex-mari fait quelques incursions violentes chez son ex-conjointe. Les filles vont voir leur père. Pension
alim.
Elle se dit sévère avec ses filles. Privilégiait la politesse et l’honnêteté. N’a pas voulu se remettre en
ménage.
Elle dit ne pas d’être sentie stigmatisée par les instits. Mais mal à l’aise dans des réunions d’amis en
couple.
Bruno homme 41 ans divorcé depuis 3 ans vit seul liaison non cohabitante
2 enfants : un garçon de 11 ans à sa charge (et un garçon de 5 ans qui vit avec sa mère, l’ex-conjointe).
Niveau d’étude seconde. Pas de diplôme. Formé sur le tas. Informaticien Plein temps.
Ressources : 11.500 F. Locataire d’un appart. 4 pièces.
Famille d’origine
Second d’une famille de 4 (2 garçons, 2 filles) cadres à respecter mais qquefois parents pas assez sévères.
Père cadre à France-Télécom, mère au foyer, milieu urbain. Proximité des gr.-parents paternels
(vacances).
Division des rôles : père autorité, mère “ rôle maison ”. différence filles /garçons. .Ses parents lui ont
légué des règles de respect, politesse, vie en soc. Il apprécie cet héritage, il pouvait parler, se confier à
son père.
Importance de l’école mais il dit qu’il n’avait pas les aptitudes pour poursuivre des études.
Début de vie de couple
Elle est fille d’enseignants, profession commerciale. Ils avaient le même désir d’enfants, même concepts
éduc.
Il s’occupait des conduites à l’école et des devoirs, elle s’occupait des courses, mais partage pour le reste.
Quand il va à l’école, l’aîné mange le midi chez ses gr.-parents paternels mais pas le second.
Les gr.-parents paternels ou oncles et tantes dépannent ponctuellement si besoin pas les gr.-parents
maternels.
Au moment de la rupture
Il garde le même logement, le même travail. Il emprunte pour racheter des meubles. Soutien et aide de sa
famille.
Il regrette de perdre quelques bons amis mais en garde d’autres. Il obtient la garde de l’aîné, il dit qu’il a
toujours été complice de ce fils. Souhaite que les deux enfants se voient le mercredi chez les gr.-parents
en plus des we.
Profite de 35 h pour réduire ses horaires, peut travailler chez lui (informatique).
Actuellement
Pas de CALM. Le midi, l’enfant mange chez ses grands-parents paternels Le soir, il suit les devoirs.
Mercredi, l’enfant fait du hand-ball, Il assume l’enfant la moitié des vacances Satisfait de cette
organisation.
Il prend les deux enfants 1 we sur deux. Pas de problème de coordination avec l’ex-conjointe, mais il
regrette qu’elle n’amène plus le petit le mercredi chez ses gr.-parents pour qu’il voit davantage son frère.
Souhaite que les 2 frères ne soient pas coupés l’un de l’autre et a demandé la garde de l’autre enfant au
juge.
No problème avec l’école. Trouve que c’est un peu pesant d’assumer seul son enfant, mais il faut
être organisé.
Actuellement
Lorsque l’enfant a 1 an, elle trouve un CES. Elle inscrit son enfant dans une crèche et déménage pour
une HLM.
Elle participe aux activités au centre social (gestion d’un budget, apprentissage puériculture …). Elle a
fait une formation pour s’occuper de personnes handicapées et fait des remplacements.
Elle a un ami qui est actuellement en arrêt de travail.
Délégation : cantine et garderie du soir et sa mère pendant les petites vacances.
Elle n’a pas d’amies dans le coin, n’a pas envie de connaître des gens.
Elle se plaint que l’enfant est difficile. Elle a du mal à se faire obéir.
Le père a pris ses enfants régulièrement Un WE sur deux. Elle avait peur qu’il parte avec eux Les enfants
étaient toujours inquiets. Pas de pension alimentaire (chômage). Elle a gardé le même logement.
Sa mère a encouragé cette rupture et l’a beaucoup dépannée pour garder les enfants.
A arrêté de fréquenter des amis qui étaient en couple, se sentait mal à l’aise avec eux.
Se considérait en échec et coupable de sa situation.
Actuellement
Délégation : concernant la garde des enfants hors scolaire, son père a pris le relais de sa mère décédée.
Soutien plus important des amis qui l’écoutent, son père est plus là pour le “ matériel ”.
Elle a de moins en moins de contacts avec l’ex-conjoint qui est devenu dangereux.
Tentative de recohabitation mais échec à cause des enfants (l’autre avait un enfant du même âge).
Elle n’est pas très sûre d’elle, demande souvent à son entourage professionnel de l’évaluer.
S’inquiète de savoir si elle pourra payer des études à ses garçons.
Dit qu’elle n’est pas assez exigeante avec eux (scolaire) qu’elle a un gros problème d’autorité.
Charles homme (origine congolaise) 55ans veuf depuis 10 ans liaison non cohabitante
6 enfants : 30ans(F), 28ans(F), 26ans(G), 23ans(G), 21ans(F), 15ans(G).
Médecin (études au Congo Kinshasa) + spécialité chirurgie.
Sans emploi depuis 10 ans. RMI.
Ressources : 3.900 F. HLM type 5.
Famille d’origine
Né au Congo (ex-belge), dernier d’une famille catholique de 6 enfants. Son père artisan, sa mère
agricultrice.
Marqué par l’assassinat (politique) d’un de ses frères séminaristes qui l’avait poussé à faire études
médecine.
Il se marie, a 5 enfants puis il divorce parce que sa femme est une mauvaise éducatrice. Il “ garde ” les
enfants.
Début de vie de couple
Il s’installe à Rennes en 1979, souhaite avoir ici de meilleures conditions de travail. Il est seul avec 5
enfants.
Se remarie avec une Congolaise. Elle a un bac et un diplôme de secrétariat. Ici, elle fait des ménages pour
envoyer de l’argent à sa famille. Elle s’occupe des enfants de son mari, elle en veut un, un garçon naît fin
1984.
Il fait des vacations ou des remplacements dans divers hôpitaux en Bretagne - Pays de Loire. Souvent
éloigné du domicile, il surveille qd même l’éducation des enfants. Ils attachent beaucoup d’importance au
travail scolaire.
Tout le monde partage les tâches domestiques : il dit que dans sa culture, il n’y a pas de rôles liés au sexe.
Son épouse décède dans un accident de voiture en 1990. Le dernier enfant a 5 ans.
Au moment du décès (1990)
Il cherche un poste à mi-temps près de Rennes, ne trouve pas et décide de vivre de ses économies.
Il impose quelques principes à ses enfants : ponctualité, priorité aux études, solidarité. Tout le monde
partage les tâches domestiques. Il dit qu’il s’est sacrifié pour ses enfants. Il n’est pas influencé par les
jugements des autres.
Des amis lui propose de prendre en charge le dernier enfant qui a 5 ans, mais il refuse car il veut que ses
enfants restent ensemble pour avoir la même éducation. Il n’éprouve pas le besoin de soutien. Garde le
même logement.
Actuellement
Il n’y a plus que les deux derniers enfants au domicile. Tâches domestiques partagées. Il est toujours au
RMI.
Il est fier que ses enfants aient “réussi” dans les études universitaires (droit, informatic, biol. socio. com.).
Le dernier 15 ans va aux activités de la Maison Verte de Villejean. Bonnes vacances. Pas de probl.
scolaires.
Il ne se sent pas stigmatisé et dit qu’il n’est pas du tout influencé par les avis de son environnement.
Pas de famille à Rennes. Il a quelques amis africain, va bientôt se mettre en ménage avec son amie.
Elle peut confier son fils à ces amis pour avoir un week-end pour elle “ pour vivre un peu ”.
Elle va quelquefois en camping avec son fils et des amis.
Le père de l’enfant est à Rennes mais se manifeste très rarement. Ne le prend jamais.
Delphine femme 53 ans veuve depuis 16 ans recohabite avec un retraité divorcé
Un fils de 25 ans.
Niveau Bac + 3. Puéricultrice de PMI.
Ressources : 12.000 F. Propriétaire de sa maison.
Famille d’origine
Parents instituteurs tous les deux en campagne.
Seconde de deux enfants, son frère a 9 ans de plus qu’elle. Enfant gâtée, n’a pas appris l’autonomie.
Elevée par sa grand-mère paternelle, sa mère n’arrive pas à s’imposer face à cette gr-mère autoritaire.
Le couple parental ne marchait pas. Père autoritaire et écrasant. Mère malheureuse.
Début de vie de couple
Le père, cadre commercial, était fils de banquier, famille de 6 enfants très catholique.
Il avait trois enfants d’un premier mariage et n’en voulait plus d’autres.
Elle voulait des enfants. Leur fils est né 7 ans après leur rencontre, lui s’y est très attaché.
Elle s’est trouvée très démunie, se sentait incapable d’élever cet enfant, ne se sentait pas adulte.
Elle se sentait une “ mère-enfant ”. Elle s’est investie dans son métier.
Délégations : crèche, et jeune fille au pair.
Au moment du décès
Elle fait une dépression importante et prend conscience qu’elle était dépendante de son mari.
Elle démissionne un peu à cette époque quant à la prise en charge de son fils : étudiants, jf au pair.
Les demi-frères et sœurs de son fils prennent beaucoup en charge l’enfant (10 ans).
Les frères de son mari l’aident (administratif, présence) + un couple d’amis sur Rennes.
Elle touche l’ass. vie qui lui permet de ne pas avoir de problèmes financiers et de faire des choses pour
elle.
Continue à exercer son activité professionnelle à mi-temps. Reste dans le même logement.
A une relation trois ans plus tard avec un autre homme mais non cohabitante. Très positif pour l’enfant.
Actuellement
Après une scolarité difficile et une période d’insécurité, elle met l’enfant dans une école privée.
Elle se sent tout à fait mieux et très fière lorsqu’il a son bac.
Le garçon est orienté vers la marine marchande par ses oncles paternels.
Il s’est marié récemment avec une jeune fille du milieu bourgeois rennais, elle en est très fière.
Elle a acheté une maison et cohabite avec un retraité depuis 5 ans. Elle travaille toujours.
Apprécie d’avoir du temps pour ses enfants. Ils font du sport de haut niveau qu’elle monnaye comme elle
peut.
Participe depuis deux ou trois ans à des activités associatives qui lui ont permis de se faire de bons amis.
A “ mis au clair ” sa relation avec ses parents qui prennent désormais les enfants pendant les vacances.
L’ex-conjoint prend aussi les enfants mais pas régulièrement. Elle part 8 jour en camping avec eux.
Aimerait avoir plus de moyens financiers. Dit qu’il est trop tard pour qu’elle refasse sa vie avec
quelqu'un.
Aucun partage des tâches. Elle fait un peu de théâtre, chante mais n’est pas rémunérée.
L’enfant va à la crèche. Pas d’autre délégation.
Au moment de la rupture
Elle déménage dans le même quartier. L’enfant reste à la crèche. Elle trouve quelques vacations
(enquêtes).
Et met un terme à ses activités de théâtre. Elle obtient l’API. Soutien moral de quelques amis.
Elle ressent un grand soulagement du fait de cette rupture. Souhaite être le plus possible à l’écoute de sa
fille.
Actuellement
Pas de soutien du côté du père, il prend l’enfant épisodiquement. Elle déplore ce désintérêt pour sa fille.
Le père a un autre enfant avec qui il vit. Elle s’emploieà ce qu’il prenne plus régulièrement leur fille.
Garde contacts avec sa mère qui prend souvent l’enfant et avec sa sœur, bons amis pour dépannage de
garde.
RMI partiel, revenus très restreints. Elle a très peu de relations avec l’école de l’enfant. CALM le soir.
L’enfant est gardée le mercredi par une assistante maternelle qu’elle a connue par sa soeur.
L’enfant n’a pas d’activités de loisir. Vacances avec sa mère ou chez la grand-mère maternelle.
Gwenaëlle femme 49 ans divorcée, seule depuis 5ans un ami, non recohabitant
3enfants : garçon 22 ans, fille 20 ans, fille 17 ans.
Bac + 2. Educatrice de jeunes enfants dans une crèche parentale.
Ressources : 7.400 F. Logement : propriétaire d’une maison (de famille) de 6 pièces, rente viagère.
Famille d’origine
Dernière d’une famille de 8 enfants. Famille “ bourgeoise ”.
Père : inspecteur d’assurances. Mère au foyer. Maison à Rennes. Aide (employée).
Beaucoup de contacts avec la famille élargie (oncles, tantes cousins, pendant les vacances Carnac, St
Malo…).
Regrette de ne pas avoir été plus “ poussée ” dans ses études alors que ses frères l’ont été.
Elle dit qu’elle a été élevée pour être une future maîtresse de maison, assumer les tâches domestiques.
Elle s’est opposée au modèle de ses parents, c’est un peu par réaction qu ‘elle a épousé un divorcé.
Actuellement
Il fait toute la cuisine, repassage, ménage et courses le samedi matin, s’occupe du linge, lui achète ses
vêtements.
Sa fille reste à l’étude après l’école. Elle allait le mercredi chez sa gr.-mère paternelle mais plus
maintenant.
Autonome le we, une fois sur 2 chez sa mère. Elle n’a pas d’activité le mercredi et ne sort pas le soir.
La fille passe les grandes vacances 1 mois avec sa mère et 1 mois avec son père. Contacts avec le collège
mais ça marche pas fort sur le plan scolaire. Relations de confiance entre le père et la fille. Il ne
mentionne pas de soutien.
Elle trouve un logement à la périphérie de Rennes, n’a pas besoin d’aides financières, elle a quelques
économies.
Des amis l’aident et la soutiennent Elle a du mal à trouver une ass. maternelle pour la seconde fillette.
Elle dit que la petite a eu du mal à s’adapter à sa nouvelle gardienne.
Actuellement
Elle s’organise pour déjeuner avec ses filles le midi 4jours sur 5 (cantine chère, commune suburbaine).
Une “ dame ” va les chercher le soir à l’école, cette personne fait aussi le repassage mais pas le ménage.
Elle emmène ses filles chez leur père un WE sur 2. Les fillettes ont été passer les vac. chez ses parents à
elle.
Elle a fait une dem. d’AGED pour les charges de la gardienne. C’est long. Elle dit qu’à la CAF c’est le
bazar.
Elle a un réseau d’amis, ne se sent pas mal jugée par l’école car elle s’est présentée comme
orthophoniste.
Elle dit qu’elle a du mal à trouver du temps pour elle, qu’elle travaille plus qu’elle ne voudrait.
Elle a une bonne amie. Léger partage des tâches. Mais le couple est très instable, rupture, séparations
reprises. Un jour il démissionne de son travail, elle dit que c’est pour cette raison qu’elle le quitte.
Au moment de la rupture
Elle est logée avec l’enfant à Paris dans un appart. De sa gr.-mère. Elle voit une AS. Cherche du travail.
Elle touche l’API, engage une préqualification à la formation d’aide soignante. L’enfant est en crèche.
Re-essai de vie en couple avec son ex-conjoint. Ils se marient pour “ consolider ” puis séparation après 9
mois.
En 1992, la grand-mère décède. Elle va à Rennes, puis à Bordeaux, se sent isolée, pas bien, fait une TS.,
hospit.
Le père exerce son droit de visite. Elle va à Montpellier retrouver une amie. Crée une assoc. de soutien
aux FMP.
Toujours à Montpellier, elle vit avec un garçon qui a aussi perdu sa mère très jeune. En 1996, naissance
d’une seconde fille, le père la reconnaît + tard, vie de couple très instable puis il devient un SDF.
En 1997, elle arrive au foyer Brocéliande à Rennes avec les deux fillettes, elle est enceinte.
Actuellement
Le troisième enfant, un garçon, est né en 1998.
Il semble que l’aînée des filles soit placée à l’ASE.
Elle souhaite que ses enfants ne soient pas coupés de leur père.
L’aînée doit changer d’école. Elle voit plusieurs assistantes sociales pour problèmes d’argent et
problèmes de santé de son fils (scolarité spécialisée). Pas d’aides financières. Elle a quelques économies.
Découvert bancaire.
Actuellement
Gros problèmes financiers. Elle peut bénéficier de dépannages de la part de sa sœur quand elle est
disponible.
Dit qu’elle a très peu d’amies pour l’aider, une ou deux, elle se débrouille bien tte seule.
Hors temps scolaire, elle prend les enfants avec elle puisqu’elle travaille dans une garderie ville de
Rennes.
Trouve que c’est difficile de se faire obéir. Elle incite ses enfants à faire du sport : piscine Cercle Paul
Bert.
Déplore que le père se manifeste de moins en moins auprès des enfants. Elle dit qu’il l ne veut plus les
voir.
Activité professionnelle très valorisée, lieu de travail aidant.
Patricia femme, 35 ans, séparée, seule avec son enfant 5 ans, actuellement recohabitante
2 enfants : garçon 9 ans (premier couple) , garçon 3 mois (nouveau couple).
Niveau bac.
Profession : magasinière dans un établissement public. Actuellement APE partielle.
Ressources : (les siennes propres) 6.000 F. Logement privé F3.
Famille d’origine
Seconde d’une famille de deux enfants, habitant le région parisienne. Père chauffeur routier.
Sa mère décède qd elle a 12 ans, elle est élevée par une tante puis revient chez son père avec son frère à
15 ans.
Très bon souvenirs de sa mère, “ permissive ”, affectueuse. Pas de souvenirs marquants de la tante.
Venait tous les ans en vacances en Bretagne chez son cousin.
Début de la vie de couple
Ex-conjoint fils unique, son père décède quand il a 16 ans. Il était technicien.
Elle décrit l’ex-conjoint comme “ très gentil ”, il voulait des enfants, elle a 24 ans et n’utilise pas de
contraceptif.
Elle se met en ménage avec lui alors qu’elle est enceinte de 2 mois. Habitent Paris. Ils sont en désaccord
sur l’éducation à donner à l’enfant à naître. Il souhaite une éducation stricte, elle est plus libertaire
(comme sa mère).
L’enfant tombe malade très jeune, il est hospitalisé et le père s’en désintéresse. Pas de partage des tâches.
Elle ressent la famille du père comme “ négative ” vis-à-vis de l’enfant.
Au moment de la rupture
Elle quitte Paris avec l’enfant de 18 mois car l’ami est violent. Elle vient s’installer à Rennes chez un
cousin.
Elle se sent coupable d’avoir quitté le père de l’enfant. Aide psycho. Elle craint qu’on lui retire son
enfant.
En contrepartie de l’hébergement chez le cousin elle s’occupe de sa fille handicapée (la fille du cousin).
Puis, elle s’occupe d’une personne handicapée la nuit et le matin, l’enfant est gardé par la femme du
cousin.
Elle fait ce travail pendant 4 ans puis la personne handicapée décède.
Elle bénéficie d’une formation. Elle retrouve du travail rapidement.
Actuellement
Elle vit avec un ami depuis 2 ans 1/2 dont elle vient d’avoir un autre enfant qui a 3 mois.
Elle a perdu tout contact avec le père de son premier enfant. Contacts gardés avec la grand-mère
paternelle.
Elle est fâchée avec le cousin et la cousine qui l’avaient accueillie il y a 8 ans (du fait de la recohab.).
Elle a une APE partielle. Ne travaille que le matin. Délégation : assist. matern., et garderie de l’école. Gr.
Mère paternelle (épisodiquement) Réseau d’amis, (voisins).Tâches domestiques partagées avec le nouvel
ami.
Elle est très critique vis-à-vis des instituteurs de l’école qui, selon elle, stigmatisent les famille
monoparentales.
Paul homme 55 ans divorcé depuis 9 ans vit seul depuis 14 ans
2 filles de 23 et 26 ans.
Enseignant en mathématiques au lycée.
Ressources : 9.000 F. Locataire appart. Privé 3 chambres.
Famille d’origine
Parents commerçants dans une petite ville. Mère au foyer aide quelquefois son mari.
A trois frères et sœurs. Ils ont tous été pensionnaires dans pension catho dès l’âge de 9 ans.
Education très cadrée et stricte. “ on m’a foutu une paix royale ”.
Scolarité “ réussie ” aimait l’école.
Début de vie en couple
Ne dit rien sur l’ex-conjointe.
Les tâches étaient partagées équitablement.
Au moment de la rupture
C’est elle qui est partie. Il a voulu garder les enfants, elle ne s’y est pas opposée.
La charge des fillettes ne lui a pas pesé au contraire, elles ont représenté un soutien pour lui.
Au début, il s’est senti un peu isolé il a beaucoup participé aux activités des parents d’élèves de l’école
primaire où il s’est fait des copains.
Il ne s’est jamais senti différent des autres.
Le soutien affectif est plutôt venu de ses frères et sœurs et d’une psychothérapie.
Il a beaucoup voyagé à l’étranger avec ses filles. Elle ont toujours été régulièrement chez leur mère.
Délégation : loisirs Ville de Renne, colos.
Actuellement
Considère qu’il a réussi l’éducation de ses filles : leur a donné des repères, de l’ouverture, un esprit
critique.
Elles sont toutes les deux en troisième cycle universitaire pour lui c’est une réussite.
Considère que les enfants ont besoin de bornes et de limites claires et précises pour se construire.
Il n’a pas été aussi strict que ses parents.
Safi homme 45 ans divorcé depuis 2 ans seul avec l’enfant depuis 8 mois
Un garçon de 7 ans.
Maîtrise de sciences physique. Enseignant à 3/4 de temps dans le secondaire privé.
Ressources : 6.000 F. Logement : HLM 3 pièces.
Famille d’origine
Algérien, 7e d’une famille de 8 (4 garçons, 4 filles). Décès du père qd il a 2 ans, remplacé par le gr père.
Père commerçant, mère au foyer, parents traditionnels. 3 des enfants font des études supérieures.
Vient en France en 1984 pour faire un DEA de science, difficultés d’intégration au début. Il échoue, ne
peut pas faire une thèse et pour cette raison, il ne veut pas retourner dans son pays, décide de rester en
France.
Début de vie de couple
Il rencontre sa future femme dans le milieu étudiant. Elle est fille unique, parents divorcés, mère
employée de cantines décède quand elle est ado, père déchu de ses droits. Elevée dans plusieurs familles
puis par une tante.
Ils se marient, elle rencontre la belle-famille en Algérie, bien acceptée, il rencontre la tante, bien accepté
aussi.
Ils travaillent tous les deux, elle enseigne l’italien, lui la physique, périodes de chômages épisodiques.
Au moment de la rupture
Ils vivent ensemble 5 ans puis divorcent. L’enfant est confié à sa mère. Lui déménage change de quartier.
Nouvelles périodes de chômage ou de difficultés à trouver des cours.
Un 1 an _ plus tard, il obtient du JAF la garde de l’enfant. Il n’a pas fait appel à des trav. sociaux.
Soutiens .d’amis. Il vit bien cette situation. L’ex conjoint prend l’enfant une vacance sur deux et un we
sur deux.
Actuellement
Il utilise cantine, CALM et étude le soir mais pas systématiquement. Il veut être très présent auprès de
son fils
Il dit qu’il a des problèmes financiers, se culpabilise d’avoir eu par le passé des périodes de non-travail.
Il n’a pas la sécurité d’emploi et va essayer de faire une demande au rectorat pour poste contractuel.
Il souhaite refaire sa vie avec une autre femme mais il dit qu’il “ veut trouver une mère ” à son enfant.
Ils se sent un peu isolé
Il participe de temps en temps aux activités de l’association des f. monoparentales. Se sent un “ bon ”
père.
Il se sent mal jugé par les parents rencontrés à l’école, dit qu’il faut être sévère avec les enfants mais pas
excessivement. Souhaite reconstituer une famille ici ou à Paris. Il ne retournera pas en Algérie.
Actuellement
A vécu avec quelqu'un pendant 6 mois mais n’a pas prolongé la relation.
Bons contacts avec les enseignants mais elle dit que les enfants ont des difficultés scolaires du fait du
divorce.
Horaires d’aide-soignante : trois étudiantes tournent pour la garde des enfants, dit que c’est lourd
financièrement.
Cantine le midi, étude ou garderie le soir et elle s’est arrangée pour être libre tous les mercredis pr. être
avec eux.
Vacances : elle délègue à ses parents (résidence secondaire de son père), plus rarement à des amis.
Le père prend les enfants un WE sur deux chez sa propre mère, il n’a pas de logement, il est logé chez
son amie.
Dit qu’elle pense bien assurer son rôle de mère. Elle a un projet de création d’un réseau d’entraide pr. les
FMP.
Elle s’ennuie, se sent seule, ne trouve pas de travail. Elle ne supporte plus les relations sexuelle avec son
mari et lui demande “ d’aller voir ailleurs pour ça !”. Il essaie de l’aider. Elle lui dit que c’est mieux qu’il
s’en aille.
Au moment de la rupture
Elle est hospitalisée pendant un an pour dépression. C’est lui qui s’occupe des enfants. Il finance l’aide
familiale Quand elle va mieux, son aide à lui diminue. Elle garde le même logement. Pension
d’invalidité.
Il l’aide un peu financièrement de façon irrégulière. Elle est suivie par un psychiatre.
Actuellement
Le père est avocat, vit chez une amie, prend les filles 1 we sur 2. Elle dit qu’il n’a pas d’autorité sur ses
filles.
Sa participation financière (à lui) est toujours irrégulière (il paie l’assurance de sa voiture à elle, la
mutuelle …).
Elle a une aide familiale chaque mercredi matin. Elle n’a pas d’amies juste une “ copine ”. Dit qu’elle
sort peu.
Les enfants : activités du cercle Paul Bert, colo de la CAF. Vacances familiales chez sa copine à la
campagne.
Elle va voir les institutrices chaque trimestre. Ne veut pas avoir de sentiments de possession pour ses
enfants, veut leur apprendre à être autonomes, “ qu’elle soient fortes ”. et qu’elles se sentent aimées.
Véra femme 32 ans mère célibataire vit seule depuis deux ans
Un garçon de 4 ans 1/2.
Maîtrise de littérature française (elle est anglaise). Enseigne l’anglais dans des cours privés. Mi-temps.
Ressources : 5.000 F par mois environ. Logement location T3 dans le privé. Alloc. Logement.
Famille d’origine
Seconde d’une famille de deux : un garçon et elle.
Famille anglaise. Père architecte, mère au foyer puis travaille comme vendeuse quand Véra a 11 ans.
Famille très traditionnelle, rôles très partagés.
Elle se passionne pour les études, la lecture et surtout pour le français. Sait lire depuis qu’elle a 3 ans.
N’envisageait pas de se marier ni d’avoir des enfants.
Début de vie en couple
Le père dirige une école privée dans laquelle elle enseignait l’anglais. Il a déjà un enfant d’une autre
liaison.
C’est lui qui a voulu qu’elle s’installe avec lui, elle ne voulait pas mais elle a quand même suivi.
Elle ne voulait pas d’enfant mais n’a pris aucune mesure de contraception.
Á la naissance de l’enfant, elle s’arrête de travailler (congé non rémunéré) lui l’abandonne à moitié et lui
fait comprendre que l’enfant ne l’intéresse pas.
Au moment de la rupture
Elle s’en va de chez lui et cherche un appartement près de la crèche où était son fils.
Ses parents l’aident financièrement et viennent l’aider à déménager.
Elle se sent bien, tout à fait libre. Elle n’est pas mal jugée par ses parents.
Eprouve des difficultés pour trouver des cours à donner avec horaires compatibles avec la garderie.
Actuellement
Le père ne verse aucune pension.
Elle organise son travail en fonction des horaires de l’école et de la garderie.
Elle déplore de ne pas trouver de garde pour l’enfant. Une voisine peut dépanner de temps en temps.
Elle déplore que son enfant n’ait pas de lien avec son père. Ne souhaite pas avoir d’autres enfants.
Elle veut sauvegarder son indépendance et son autonomie. N’aime pas qu’on se force à l’inviter.
Elle dit avoir un caractère solitaire. A une ou deux amies.
Espère trouver du temps plus tard pour satisfaire son envie de découverte et de créativité : écrire, peindre.
ANNEXE 3 :
Grille d’entrevue
Grille d’entrevue :
Le thème de cette entrevue porte sur la manière dont vous avez assumé votre rôle de
parent à la suite de votre entrée en situation de monoparentalité et sur les difficultés
que vous avez connues et éprouvées.
Signalétique informative
- - Combien d’enfants avez-vous ? Quel est leur âge ?
- - Quel âge avez-vous ? Quelle est votre situation familiale actuelle (mariée, séparée,
divorcée, veuve, vivant seule avec mes enfants, à nouveau en couple). Avez-vous un
partenaire avec lequel vous ne vivez pas ?
- - Quel est votre niveau d’études ? Dernier diplôme obtenu, dernière formation
suivie ?
- - Exercez-vous une activité professionnelle ? Laquelle ? A plain temps, à temps
partiel ?
- - Etes-vous en recherche d’emploi ? Depuis combien de temps ?
- - De quelles ressources disposez-vous mensuellement approximativement ?
- - Etes-vous bénéficiaire de l’API ? Quelles autres allocations touchez-vous ?
(R.M.I…)
- - Etes-vous locataire ou propriétaire de votre logement ? Taille du logement
(nombre de pièces) ? Combien de personnes vivent dans votre logement ?
ANNEXE 4 :
- Associations familiales
* Confédération syndicale des familles
1 - Direction
2 - Une “ personne de terrain ” chargée de la jeunesse/enfance; de
l'éducation/formation
* Avel Mad
3 - Stagiaire (assure les permanences et la mise en place des activités)
* UDAF 35
4 - Direction
5 - Un chargé de mission (intervenant notamment sur l'enquête FMP à Redon)
- Logement
* OPHLM
6 - Direction (siège)
7 - Direction (antenne de Maurepas)
8 – “ personne de terrain ” à Maurepas
* Aiguillon construction
9 - Une psychologue intervenant auprès des locataires (deux entretiens)
* Espacil Habitat
10 - Direction
* OPAC
11 - Direction
- CAF
* Siège
12 - Une responsable du service prestation
13 - Une responsable du service social
* Centre social
14 - Direction
15 - Une responsable de la halte garderie
16 - Deux CESF
17 - Un responsable de la ludothèque
* Centre Francisco Ferrer
18 - Une AS (ouverture des droits API)
19 - Une coordinatrice du relais assistantes maternelles
- Ville de Rennes
20 - Une responsable du service des crèches
24 - Une éducatrice de jeunes enfants en crèche
21 - Une responsable du développement culturel
22 - Une responsable du service de l'éducation
23 - Une cadre à la direction des services à l'école
25 - Une ATSEM en école maternelle et directrice d'un centre de loisirs
26 - Une responsable antenne SIAP à Villejean (suivi RMI)
- DDAS
* PMI
27 - Une responsable PMI
28 - Un médecin de la PMI (CDAS Maurepas)
29 - Une puéricultrice de la PMI (CDAS Maurepas)
* ASE
30 - Une éducatrice spécialisée (ASE, placement des enfants)
- Divers
31 - Une juge pour enfants
32 - Une travailleuse familiale
* APASE :
33 - Un AS
* ASFAD :
34 - Une responsable du service insertion professionnelle
35 et 36 - Deux éducateurs Dyade.
ANNEXE 5 :
La recherche a été menée par Claude Martin, chargé de recherche 1e classe au CNRS, membre
du Centre de recherches administratives et politiques (CNRS, IEP de Rennes et Université de
Rennes 1) et directeur scientifique du Lapss de l’École nationale de la santé publique. Ses
travaux portent depuis près de 20 ans sur les transformations de la famille et les politiques
sociales. Il a publié plusieurs ouvrages sur ces question. Et Madeleine de Certaines, docteur en
sciences politiques de l’Université de Rennes 1, membre du CRAP et du Lapss. Sa thèse portait
sur une analyse rétrospective des politiques familiales et leurs rapports avec la question des
droits des femmes.
Le Lapss (Laboratoire d’analyse des politiques sociales et sanitaires de l’ENSP), créé en 1994,
a pour principal objectif d’analyser les recompositions des politiques et d’étudier les questions
relatives à leur articulation, dans un contexte de restructuration des systèmes de protection
sociale.
Dans cette perspective, les activités de recherche du laboratoire s’organisent autour de cinq axes
de recherche sur lesquels nous avons capitalisé l’ensemble de nos activités :
- [Link] professions socio-sanitaires et les acteurs du système de protection sociale,
- 2. L’évolution des fonctions de soin, d’aide profane et professionnelle. Les questions
d’égalité des chances,
- 3. Les politiques socio-sanitaires et leur mise en œuvre territorialisée,
- 4. Les transformations des systèmes nationaux de protection sociale en Europe,
- 5. Les politiques de prévention et de prise en charge en direction de l’enfance et de la
jeunesse.
L’équipe du Lapss est une équipe pluridisciplinaire (sociologie, économie, science politique,
démographie, santé publique) basée à l’ENSP. Les membres du Lapss sont des enseignants-
chercheurs auxquels s’ajoutent un réseau de collaborateurs spécialisés. Par ailleurs, le Lapss
bénéficie de l’apport renouvelé d’étudiants du 3e cycle. Le Laboratoire est lié par convention au
CRAP.
LAPSS Avenue du Professeur Léon Bernard
35043 RENNES Cedex
Tél. : 02 99 02 28 53
Mail : cmartin@[Link] ou rmaffeis@[Link]
Quest’us est une association (loi 1901) d’études et de recherches en sociologie créée par
Angélina Etiemble et Véronique Vasseur.
Les enquêtes menées dans le cadre de cette association s’articulent autour de trois axes
principaux :
1. minorités culturelles et ethniques, racisme et discrimination, circulations migratoires,
diaspora, demandeurs d’asile et réfugiés politiques :
2. usages et usagers, information sociale, transports, automates ;
3. minorités sociales, rapports de genre, discriminations sexuelles, famille, adoption plénière
et internationale.
Véronique Vasseur est sociologue, chargée de cours à l’Université Rennes II Haute Bretagne et
à l’IRTS et directrice de Quest’us.
Bibliographie :
INSEE (1994), “ Les familles monoparentales ”, Portrait social, 144 p.
J. Commaille (1993), Les stratégies des femmes. Travail, famille et politique, Paris :
La Découverte.
F. De Singly (sous la direction de ) (1991), La famille l’état des savoirs, Paris : éd.
La Découverte.
E. Goffman (1975) [1ère éd. 1963], Stigmate – Les usages sociaux des handicaps,
Paris, Les Editions de minuit (coll. Le sens commun).
N. Lefaucheur, “ Les familles monoparentales : des chiffres et des mots pour les
dire , formes nouvelles ou mots nouveaux ? ” in N. Lefaucheur ; F. Bailleau, V.
Peyre, Lectures sociologiques du travail social, Paris : CRIV et Editions
ouvrières, pp. 173-181.