Introduction
Henri Lefebvre a distingué trois dimensions de l'espace : l'espace conçu, l'espace vécu et
l'espace perçu. En nous appuyant sur cette tripartition, nous explorerons comment les États, les
entreprises, les habitants et d'autres acteurs façonnent l'espace à travers leurs projets, leurs
pratiques et leurs représentations. Cette approche nous permettra de mieux comprendre les
enjeux liés aux inégalités spatiales, aux conflits d'usage et au développement durable.
I.L'espace ,un produit social et politique
Pour Lefebvre, l’espace n’est pas un simple décor de l’histoire, mais un acteur à part entière. Il
est produit, reproduit et transformé par les sociétés. Cette production se fait à trois niveaux :
. L'espace conçu:C'est l'espace des planificateurs, des architectes, des urbanistes. Il est le
fruit de représentations idéales et de projets rationnels.
. L'espace vécu: C'est l'espace des habitants, des usagers, celui des pratiques
quotidiennes. Il est souvent en tension avec l'espace conçu, car il est le produit de
l'appropriation subjective de l'espace.
. L'espace perçu: C'est l'espace des représentations collectives, des symboles, des
mythes. Il est construit par les discours, les médias et les institutions.
II. Le droit à la ville
Un concept clé lié à la production sociale de l’espace est celui du droit à la ville. Pour Lefebvre,
ce droit ne se limite pas à un accès physique à la ville, mais inclut également le droit à l'usage, à
la transformation et à la jouissance de la ville. Il s'agit d'un droit à la participation active à la
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production de l'espace urbain.
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[Link] acteurs de la production sociale de l'espace
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1. Les États et les institutions
Ce sont les principaux architectes des cadres réglementaires et politiques qui façonnent nos
villes. Ils définissent les règles d'urbanisme, les normes de construction et les zones
d'aménagement concerté. En Côte d'Ivoire, l'État a joué un rôle central dans la planification
urbaine, notamment à travers les schémas directeurs d'aménagement et d'urbanisme (SDAU).
Exemple : Le SDAU d'Abidjan a défini les grandes orientations de développement de la ville, en
délimitant les zones d'habitation, d'activités économiques et en prévoyant la construction
d'infrastructures.
[Link] acteurs économiques
Les entreprises du bâtiment, les promoteurs immobiliers, les investisseurs jouent un rôle crucial
dans la construction et la transformation des espaces. Ils sont souvent guidés par des logiques
de profit et cherchent à maximiser la valeur foncière des terrains. Exemple : La construction d'un
centre commercial en périphérie d'une ville peut entraîner une mutation profonde des mobilités
et des pratiques commerciales.
3 .Les acteurs sociaux
Les populations locales, les associations de quartier, les mouvements citoyens ont souvent joué
un rôle important dans la défense de leurs intérêts et dans la transformation de leur
environnement. Exemple : Les mouvements de résistance contre les projets d'aménagement qui
menacent leur cadre de vie, comme les projets d'extension de l'aéroport d'Abidjan.
IV. Les processus de production sociale de l'espace
1. La construction sociale de la nature
La nature n'est pas un décor neutre, mais une construction sociale. Les représentations de la
nature, les pratiques agricoles, les politiques environnementales façonnent les paysages. La
lagune Ebrié, par exemple, est à la fois un espace naturel et un espace social, utilisé pour la
pêche, le transport, les loisirs. Les représentations de cette lagune ont évolué au fil du temps, en
fonction des enjeux économiques et sociaux.
2. La production de l'espace urbain
Les villes sont des espaces dynamiques en constante évolution. La gentrification, la
périurbanisation, la métropolisation sont des processus qui transforment profondément le tissu
urbain. Abidjan est un exemple typique de ville africaine en croissance rapide, marquée par des
processus de métropolisation et de ségrégation sociale. Exemple :
-La création de quartiers résidentiels fermés, comme la Riviera Golf, a accentué les inégalités
sociales et spatiales.
-La transformation d'un quartier industriel en quartier d'affaires est un exemple typique de
gentrification.
3. La production de l'espace rural
L'espace rural est aussi le fruit de constructions sociales. Les politiques agricoles, les modes de
vie ruraux, le tourisme rural façonnent les paysages et les activités é[Link] campagnes
ivoiriennes ont été profondément transformées par l'industrialisation de l'agriculture, l'exode
rural et le développement du tourisme. Exemple : La plantation d'hévéas et de palmiers à huile a
modifié les paysages ruraux et les modes de vie des populations.
V. Les enjeux de la production sociale de l'espace
1. Les inégalités spatiales
L'accès à l'emploi, au logement, aux services publics est inégalement réparti sur le territoire. Les
inégalités sociales se traduisent par des inégalités spatiales. Exemple : Les quartiers populaires
sont souvent moins bien desservis en transports en commun et disposent de moins d'espaces
verts que les quartiers bourgeois.
2. Les conflits d'usage
Les tensions autour de l'utilisation de l'espace sont fréquentes. Elles peuvent porter sur la
préservation du patrimoine, la protection de l'environnement, ou encore les modes de vie.
3. Les enjeux environnementaux
La production de l'espace a un impact sur l'environnement. Le changement climatique, la perte
de biodiversité sont des enjeux majeurs. La pollution de la lagune Ebrié, la déforestation et
l'érosion des sols sont des problèmes environnementaux majeurs en Côte d'Ivoire.
VI. Perspectives et débats
1. Les nouvelles technologies
Les outils numériques et les données géographiques offrent de nouvelles possibilités pour
concevoir et gérer les espaces. Exemple : La modélisation 3D permet de visualiser les projets
d'aménagement urbain avant leur réalisation
2. Les nouvelles formes de gouvernance
La participation citoyenne et la co-construction sont de plus en plus importantes dans la
production de l'[Link] est encouragée dans certains projets d'aménagement urbain.
3. La justice spatiale
Il s'agit de construire des villes plus justes et plus inclusives, où tous les habitants ont accès aux
mêmes droits et opportunités.
Conclusion
En conclusion, la production sociale de l'espace, telle que conceptualisée par Henri Lefebvre,
nous invite à considérer les lieux non pas comme des données immuables, mais comme des
constructions sociales dynamiques. Les États, les entreprises, les habitants et d'autres acteurs
façonnent l'espace à travers leurs projets, leurs pratiques et leurs représentations. Les enjeux
liés à cette production sont multiples : inégalités spatiales, conflits d'usage, développement
durable. Comprendre ces processus est essentiel pour construire des villes et des territoires plus
justes et plus durables.