Chapitre 3 : La perspective
On ne dessine bien que ce que l’on comprend bien.
La perspective
Commençons par la définition du petit Larousse sur la perspective.
Perspective : technique de la représentation en deux dimensions,
sur une surface plane, des objets en trois dimensions tels qu’ils ap-
paraissent vus à une certaine distance et dans une position donnée.
Histoire de la perspective
La perspective est la technique de représentation des volumes en trois
dimensions. Au Moyen-Âge, cette technique n’existe pas car non seu-
lement les savoirs venus de l’Antiquité ont été oubliés, mais aus-
si parce qu’on ne cherche pas à représenter ce que l’on voit. Tout
est dans la symbolique. Ainsi, la taille des personnages représen-
tés dépend de leur statut social ou de leur symbolique religieuse.
Si la perspective fut utilisée dans l’Antiquité, notamment pour l’art du
trompe-l’œil chez les Romains, c’est à la Renaissance que les artistes hu-
manistes italiens vont la développer. Ces hommes étaient aussi mathé-
maticiens, architectes, philosophes, sculpteurs et peintres. On attri-
bue la naissance de la perspective à l’architecte Brunelleschi. En 1415,
il réalise l’expérience de la “tavoletta” : il peint le baptistère de Florence
tel qu’on pouvait le voir depuis la porte centrale de la cathédrale, et dé-
montre qu’il est possible de représenter une chose réelle à l’identique.
Les créateurs italiens développent ainsi la technique de la pers-
pective linéaire et fuyante, et les artistes flamands utilisent quant
à eux la perspective dite atmosphérique que Léonard De Vin-
ci perfectionnera avec l’aspect brumeux de son « sfumato ».
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Introduction
Contrairement aux idées reçues, la perspective n’est pas utilisée unique-
ment pour le dessin d’architecture, mais pour toutes les thématiques du
dessin. De la construction d’un château au personnage en train de cou-
rir, les règles de la perspective restent les mêmes. C’est ce que nous allons
voir. Mais avant cela, nous allons parler rapidement des termes techniques.
Vocabulaire technique
La ligne d’horizon
La ligne d’horizon est définie par votre regard, on ne peut donc pas voir
au-dessus. Imaginons, vous êtes à la plage avec un ami. Vous êtes assis sur le
sable et votre ami est debout, vous regardez tous les deux au loin. Vous remar-
querez que la ligne d’horizon de votre ami ne sera pas la même que la vôtre.
Les points de fuite
Ce sont un ou deux points posés arbitrairement sur la ligne d’horizon
pour aider à la construction de la perspective.
Les lignes de fuite
Ce sont les lignes qui permettent la construction du dessin. Ces lignes
sont reliées aux points de fuite.
La perspective à un point de fuite (1PF)
Cette perspective est principalement utilisée pour les dessins de rues
et ruelles de face. Très pratique pour créer des ambiances sombres et
glauques. Cependant, l’utilisation de cette technique reste très contex-
tuelle.
Voir les étapes dans le schéma suivant :
Comment réaliser la perspective à un point
de fuite ?
Pour cet exercice, vous pouvez simplement prendre une feuille d’impri-
mante A4 avec un crayon à papier, une règle et une gomme.
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Exercice ruelle :
Partie théorique : certaines personnes pensent que, pour apprendre la
perspective, il faut dessiner directement dans la rue. Je trouve que c’est
une très mauvaise idée. Dessiner dans la rue est déjà compliqué en soi
pour plusieurs raisons (voir chapitre Dessin de rue), alors en plus ap-
prendre la perspective, c’est encore pire ! C’est comme si on vous disait
« pour apprendre à surfer, il faut le faire sur un tsunami car il y a des
grosses vagues ». Ça ne marche pas, on est d’accord. Si on veut apprendre
à surfer, il faut déjà apprendre à tenir en équilibre sur la planche. Avant de
vouloir faire du dessin de rue, il faut déjà avoir une bonne connaissance
de la perspective.
Objectif : dessiner une ruelle simple sans détails, ni toits, vous devez
ajouter seulement des portes et des fenêtres. L’idée est de vous familiari-
ser avec les points de fuite et la 3D. Vous aurez tout le loisir de faire des
détails dans les chapitres suivants. Pour vous aider, je vous mets en image
l’exercice à faire.
Outils : dessiner uniquement au trait, sans ombre et lumière, à l’aide d’un
crayon à papier et d’une règle.
Temps : libre.
La perspective à deux points de fuite (2PF)
Cette technique est la plus utilisée de toutes. C’est le passe-partout du des-
sinateur. Contrairement au 1PF, vous n’êtes pas limité dans vos cadrages et
vos compositions d’images.
Voir les étapes dans le schéma suivant :
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Ombre et lumière L’intensité de l’ombre
Comprendre les ombres et les lumières est un point central dans le Voici un schéma pour vous montrer l’intensité de l’ombre. Si un dessin
monde du dessin. Lorsque l’on débute, on place souvent les ombres un est terne, c’est souvent parce que les ombres ne sont pas assez travaillées.
peu au hasard car on ne sait pas comment les définir. J’appelle ce phé- Plus vous apporterez de la nuance, plus votre illustration sera puissante.
nomène « l’ombre qui embellit le dessin ». Dans un sens, c’est le cas, on Connaissez-vous la carte à gratter ? Non, je ne parle pas de la Française des
veut placer les ombres pour faire « joli ». Mais la réalité est que cela fait Jeux. C’est une feuille noire que vous achetez dans les commerces d’art avec
perdre de la crédibilité à votre dessin. C’est comme si vous faisiez un gâ- une plume à gratter. Lorsque vous dessiner dessus, vous devez « enlever la
teau sans recette et que vous mettiez beaucoup de sucre pour être sûr matière noire » pour faire votre dessin. En école d’art, nous devions réaliser
que ce que vous avez fait est mangeable. Se reposer sur le sucre pour ap- des illustrations sur des cartes à gratter pour nous entraîner à faire appa-
précier un dessert n’est pas la solution. C’est exactement la même chose raître d’abord les lumières progressivement. Cette technique nous fait réflé-
pour le dessin. Placer des ombres pour faire « genre » ne marche pas. chir à l’envers. Cela apporte un complément à la compréhension de l’ombre
Donc, il est essentiel de connaître la théorie des ombres et lumières. et de la lumière. Je vous conseille d’aller voir le travail de Nicolas Delort.
Voici un schéma qui explique le placement des ombres et lumières :
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La météo
Ah ! Vaste sujet ! Effectivement, lorsque l’on dessine, on n’y pense pas
souvent mais la pluie, les nuages, la grêle peuvent influencer les ombres
que l’on ajoute au dessin. Cela signifie que si vous partez du prin-
cipe que votre météo sera nuageuse, les ombres seront moins intenses
et plus homogènes que s’il fait un grand soleil sans nuage. Plus la lu-
mière est forte, plus l’ombre sera forte. Selon moi, la météo doit être
un élément d’habillage, plus qu’un élément d’impact sur vos ombres.
Un élément d’habillage
Un élément d’habillage consiste à accentuer l’immersion dans le pay-
sage. Les nuages sont très utilisés pour ça. Voici deux exemples de la
même illustration avec et sans nuages. Vous voyez où je veux en venir ?
La météo, un élément cinématographique ?
Un bon dessin ne doit pas forcément être dans l’ultra réalisme. Il y a des
grands concepts clés qui permettent d’améliorer notre technique, mais on
ne doit pas les prendre au pied de la lettre. Dans le monde du cinéma et de la
BD, la météo est principalement utilisée pour accentuer une émotion. Voici
un exemple pour étayer mon propos : au moment de la défaite de Naruto,
lorsqu’il veut empêcher Sasuke de rejoindre le camp d’Orochimaru, la pluie
commence à arriver. Cela illustre la grande tristesse de Naruto de ne pas
avoir pu sauver son ami. Imaginez la même scène avec un grand soleil, cela
ne donnerait pas le même effet. Je suis sûr que si vous observez bien vos films
préférés, vous comprendrez mieux comment les cinéastes l’utilisent. La BD,
le manga et le jeu de rôle utilisent les mêmes codes graphiques que le cinéma.
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